Naissance de la ville : raisons militaires
Le fort de Limaie, détail du vitrail du halage
La ville de Pont-de-l’Arche est née après la construction de fortifications militaires bâties sur le
territoire du village des Damps. U n pont de bois fut jeté sur la Seine, à partir de 862, et protégé par deux forts, de part et d'autre du fleuve. Le chantier de ces défenses, qui marqua le règne
de Charles II, dit le Chauve, fut décidé et officialisé lors des plaids de Pîtres. Vers 869, le pont et les deux forts semblent avoir été achevés. Ils servirent notamment en 885 lors d'une
offensive générale des "hommes du Nord", ayant pour but le siège de Paris. Le pont "de l'Arche" (c'est-à-dire "de la forteresse") servit à retarder l'avancée des Normands. Ceux-ci mirent quatre
mois à gagner Paris depuis l'embouchure de la Seine. Cependant, les rois des Francs peinaient à mobiliser pleinement les troupes de leurs vassaux. Ainsi le fort de Pont-de-l'Arche a très
certainement manqué d'hommes de garnison : Guillaume Caillou, moine qui tint les chroniques de Jumièges, se rappela un siècle et demi plus tard, et ce malgré de nombreuses imprécisions, que
des renforts francs vinrent aux Damps pour renforcer la garnison du pont de l'Arche. En vain, donc.
On perd ensuite le fil de l'histoire durant le laps temps où s'articula le basculement de pouvoir des rois
francs aux ducs de Normandie. Que devinrent le pont et la ville après 911, date de naissance de la Normandie ?
Toujours est-il que la paroisse de Pont-de-l'Arche apparaît dans une charte de Richard II, en 1020, qui
accorde à l'abbaye de Jumièges de nombreux droits spirituels mais surtout financiers (notamment sur le trafic fluvial).
La ville semble s'être développée autour du pont, ouvrage nécessitant le halage des bateaux et offrant la
possibilité de percevoir des droits de passage.
Développement d’une place forte : l’enjeu de la lutte entre les rois d’Angleterre et de
France.
Pont-de-l'Arche apparaît ensuite bien plus clairement dans les archives lors des luttes entre Richard Coeur
de Lion, duc de Normandie et roi d'Angleterre, et Philippe II Auguste, roi de France. Richard Cœur de Lion fit rénover le pont de la ville et donna les moyens nécessaires à la fondation de
l'abbaye de Bonport (deux kilomètres de Pont-de-l'Arche). Dans les luttes entre les deux monarques, le château du Vaudreuil fut rasé ce qui, lorsque le roi de France reprit possession de la
Normandie, facilita le choix de Pont-de-l'Arche comme chef lieu militaire local. En effet, Philippe Auguste fit de Pont-de-l’Arche son principal lieu de résidence en Normandie. Il fit fortifier
la ville par des remparts en pierre de taille de Vernon encore visibles de nos jours. Il en fit de même pour le fort de Limaie, situé de l’autre côté du pont, rive droite, dont il bloquait
l’accès, telle une barbacane. Ce fort était doté d’une tour philipienne qui constituait un observatoire idéal sur la circulation fluviale et le halage des bateaux. Les atouts géographiques,
alliés aux atouts militaires, firent que la ville devint le siège d’un bailliage secondaire de Rouen. La date de cet établissement nous échappe.
Rôle de Pont-de-l’Arche dans la maîtrise territoriale et la police
intérieure.
L’assise militaire présentait de nombreux avantages, tant pour la maîtrise territoriale face à l’éventuels
envahisseurs que pour la police intérieure au royaume. Pont-de-l’Arche permettait la maîtrise de la circulation fluviale et, donc, l’approvisionnement de Rouen, ville qui pouvait tomber entre des
mains ennemies.
C’est pourquoi notre cité fut un enjeu lors des combats qui opposèrent les rois d’Angleterre aux rois de
France durant la guerre de Cent ans.
Ainsi Henri V, roi d’Angleterre, se rendit maître de Pont-de-l’Arche en 1418. La ville connut ainsi une
occupation anglaise jusqu’en 1449. En 1346, Édouard III ne put prendre Pont-de-l’Arche et poursuivit sa chevauchée vers Mantes.
Qui plus est, la ville offrait une base arrière idéale en vue d’une attaque de la capitale haut
Normande :
- dans le cadre de la lutte contre la Ligue du bien public, en 1466 Louis XI établit un vaste camp dans la
vallée située entre Pont-de-l’Arche et Pont-Saint-Pierre et ce après avoir repris le fort de Limaie qui était tombé entre les mains des nobles de Louviers, ligueurs. Ce camp aurait accueilli une
armée de près de trente mille hommes afin de reprendre Rouen puis toute la Normandie. C’est ici que furent créées les célèbres « bandes de Picardie », ancêtres de l’infanterie
française.
- en 1589, les troupes d’Henri IV, qui assiégeaient Rouen, étaient ravitaillées depuis Pont-de-l’Arche.
Précisons que le gouverneur de la ville, Leblanc du Rollet avait, parmi les premiers, ouvert les portes de la ville à Henri IV, roi contesté. Ce monarque avait, en remerciement, gratifié les
armes de la ville des trois fleurs de lys royales. La ville blasonne depuis : de sable au pont d’argent maçonné de
sable, au chef cousu d’azur chargé de trois fleurs de lys d’or.
Bastille excentrée de Rouen, Pont-de-l’Arche était une base de repli en cas de révolte du peuple normand.
C’était une place de sûreté dans la mesure où il n’y avait pas assez d’habitants ici pour impulser une révolte dépassant les forces de police locales. De plus, maîtriser la ville ne suffisait
pas : il fallait encore prendre d’assaut le fort de Limaie, de l’autre côté de la Seine. Pont-de-l’Arche était donc, pour des raisons de police intérieure, de maîtrise du territoire en cas
de guerre, une place stratégique :
- c’est ainsi que des protestants rouennais assiégèrent la ville, en 1562, avec 6 pièces d’artillerie en
espérant y faire un butin. Ils s’en prirent directement au pouvoir royal, mais en vain car la ville était restée fidèlement catholique.
- en 1650, la Fronde renversa l’utilité des fortifications de la ville : le duc de Longueville utilisa
la garnison et le château contre le pouvoir royal. Le comte d’Harcourt, qui protégeait le voyage du monarque en Normandie, reçut l’ordre d’investir la place. Il vint camper auprès de ses murs
avec l’aide des habitants qui avaient pointé trois canons contre le château, de l’autre côté de la Seine. Le duc de Longueville se servit de cette place forte comme un argument supplémentaire
pour négocier la paix avec le roi. Les remparts de Pont-de-l’Arche, encore visibles de nos jours, étaient devenus une arme pour d’éventuels insurgés.
Le parlement de Normandie et le peuple de Rouen demandèrent à plusieurs reprises le démantèlement de
ceux-ci. Cependant, les nobles qui percevaient des droits sur la ville négocièrent le maintien des fortifications. Elles ne tombèrent en désuétude qu’à la fin du XVIIIe siècle.
Pont-de-l’Arche et la convoitise des privilèges royaux sous l’Ancien Régime.
Les ambitions n’étaient pas rares qui regardaient Pont-de-l’Arche avec intérêt. La ville comptait de
nombreuses charges qui attiraient les convoitises :
- la charge de gouverneur de la ville (police militaire locale) : les plus grands nobles qui obtinrent
du roi les droits de gouverneur de la ville furent Concini, maréchal d’Ancre et allié de Marie de Médicis, Albert de Luynes, Jean-Baptiste d’Ornano, Richelieu.
- 4 tribunaux : le tribunal de première instance (le bailliage), la perception des tailles (le
tabellionnage), le grenier à sel (sa vente était un monopole d’État) et l’administration des eaux et forêts. Ces tribunaux attirèrent de nombreux officiers royaux dans la ville ;
- les droits mineurs (droits de passage sur le pont, droit de halle, droit d’octroi…). Il résultait de ces
charges un déséquilibre : outre une fabrique de drap qui ne dura qu’un temps, la ville de Pont-de-l’Arche ne connaissait aucune industrie qui nourrît les 1700 habitants que comptait la cité
à la veille de la Révolution française. Elle n’en était pas moins le chef-lieu de l’administration locale.
La Révolution française et l’Empire ou la fin des privilèges.
La Révolution française remit les pendules l’heure en faisant de Louviers le chef-lieu de l’administration
locale : le rôle militaire de Pont-de-l’Arche avait cédé depuis longtemps le pas aux gains issus de l’industrie manufacturière de Louviers, ville bien plus peuplée. En 1790, Elbeuf ne fut
pas compris dans le nouveau département de l’Eure à cause du refus de Louviers de cohabiter avec son concurrent drapier. Ces deux villes locales purent donc toutes les deux devenir des chef-lieu
de circonscription.
Hormis un juge de paix et une municipalité, Pont-de-l’Arche perdit toute fonction administrative. Durant la
Révolution, les nouvelles municipalités archépontaines connurent les mêmes disputes que celles qui déchiraient les nobles d’avant la révolution. Néanmoins, celles-ci étaient publiques.
Après 1792, les républicains avancés prirent le dessus de la politique locale. Alexandre de la Fleurière
fut maire de la ville et acquit l’ancienne abbaye de Bonport pour le compte d'Alexandre de la Folie, maire de Criquebeuf. Ces deux hommes furent chassés par la réaction thermidorienne de 1795.
Les principaux problèmes que connut la ville durant cette période concernent les altercations entre les régiments de l’armée révolutionnaire et les habitants les plus attachés au culte
catholique. Ils concernent aussi, et surtout, la famine. Celle-ci était aussi atroce que partout ailleurs à cela près que les habitants de la ville, depuis de longs siècles, aidaient les bateaux
à franchir le pont qui barrait la Seine. Ils tiraient donc les bateaux de blé destinés à la population de Paris mais le ventre vide ! sans même pouvoir manger de quoi refaire leurs forces.
C’est ainsi qu’ils arrêtèrent de travailler et qu’ils prirent du blé dont étaient chargés les bateaux… avant que l’armée ne les réprime.
Napoléon Bonaparte, qui passa deux fois par Pont-de-l’Arche, comprit ce danger pour la police intérieure et
fit bâtir une écluse, inaugurée en 1813. Celle-ci permettait de se dispenser de la main d’œuvre locale tout en faisant acheminer le pain qui apaisait le peuple et évitait ainsi d’éventuels
mouvements insurrectionnels parisiens. Rappelons que le peuple en armes avait fait changer le cours de la Révolution à plusieurs reprises déjà (la déchéance du roi, la répression des girondins…).
Le début du XIXe siècle fut une période de misère pour la ville. Il n’y a guère d’événements si ce n’est l’occupation prussienne en 1815, la présence d’une loge franc-maçonne et la création de la
gare Alizay-Pont-de-l’Arche en 1843.
La révolution industrielle : l’industrie du chausson et de la chaussure.
La révolution industrielle a touché le pays : l’industrie du chausson s’est développée qui a apporté
un travail très faiblement rémunéré aux habitants de la proche région. Les chaussons, d’abord réalisés dans les foyers des ouvriers, furent ensuite fabriqués dans des usines construites dans les
ruelles médiévales de la ville à partir de la moitié du XIXe siècle. Cette industrie se propagea et, dans l’entre deux guerres, une vingtaine d’usines existaient qui employaient plusieurs
milliers de personnes. La fabrique du chausson, puis de la chaussure après la Première Guerre mondiale, n’apporta de richesse qu’à ses propriétaires, dont les belles villas sont encore visibles
de nos jours dans les faubourgs de la ville. La prise de conscience aidant, les ouvriers de la ville se mirent en grève en 1900, 1932, 1936 et 1954… afin de maintenir, voire d’améliorer leurs
salaires.
Guerre et destructions.
La ville connut l’occupation prussienne en 1870 à cause de son pont, qui faillit être dynamité. Elle
accueillit un camp de l’armée anglaise entre 1915 et 1920. Elle connut les combats entre les panzers de Rommel et les armées française et anglaise en 1940. Ses ponts furent une des principales
cibles locales des bombardements aériens de la Seconde Guerre mondiale. Toutefois les bombardements n’ont pas fait disparaître le patrimoine architectural de la ville : l’église gothique du
XVIe siècle, les maisons à pans de bois de la fin du Moyen Âge et de l’Ancien Régime, le bailliage du XVIIIe siècle principalement, la maison du gouverneur (XVe siècle ?), les remparts
(XIIIe siècle), le manoir de Manon…
Personnalités.
Le dernier des ponts de la ville fut inauguré en 1955 par M. Pierre Mendès France qui était alors président
du Conseil mais aussi conseiller général du canton de Pont-de-l’Arche. Pont-de-l’Arche a aussi accueilli des personnalités lettrées : Octave Mirbeau, écrivain, Jules
Massenet, compositeur, Jacques-Henri Lartigue, photographe. Mais la plus grande gloire de la cité est Eustache-Hyacinthe Langlois (1777-1837), enfant du
pays, qui était archéologue, artiste dessinateur, nouvelliste... Cet homme participa au lancement de l’étude du patrimoine médiéval normand. Il fut le premier instigateur du musée des antiquités
de Rouen et fut aussi professeur à l’école des beaux-arts. De nombreuses amitiés culturelles se mobilisèrent pour honorer sa mémoire et financèrent un buste (disparu) et un médaillon à
Pont-de-l’Arche. Les élus de Pont-de-l’Arche donnèrent son nom à la place principale de la cité.
Croissance démographique et développement des services publics depuis 1945.
Depuis la Seconde Guerre mondiale, la ville connaît une très grande croissance démographique suite aux
nombreux projets immobiliers qui accueillent une population désireuse de vivre dans un cadre de vie agréable. Située entre l’Eure, la Seine et la forêt de Bord, la ville de Pont-de-l’Arche est
très proche des pôles d’emplois que sont Rouen, Val-de-Reuil et Paris, facilement accessibles depuis la construction de l’autoroute A 13 en 1967. Les municipalités, généralement situées à gauche
de l’échiquier politique, ont donc depuis accompagné le développement des services publics définis par l’État en faisant face, de plus, à la croissance démographique propre à la ville (écoles,
crèches, infrastructures sportives, voirie). Pont-de-l’Arche compte aujourd’hui plus de 4200 habitants. La ville fait partie, depuis 2001, de la communauté de communes Seine-Eure, qui réunit les
municipalités de la région de Louviers et de Val-de-Reuil.
A voir aussi :
L'église
Notre-Dame-des-arts,
L'ancien bailliage,
L'office de tourisme...