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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 15:15

L’église Notre-Dame est sans conteste le joyau architectural de Montaure (Eure). Son histoire est liée à un ancien prieuré créé en ce lieu par les moines de l’abbaye Saint-Ouen de Rouen.

 

 

Notre-Dame de Montaure par une chaude journée estivale (cliché Armand Launay, juillet 2013)

Notre-Dame de Montaure par une chaude journée estivale (cliché Armand Launay, juillet 2013)

Les plus anciens seigneurs – connus – de Montaure, les Stigand, ont fait don de l’église et de son domaine à l’abbaye Saint-Ouen de Rouen avant 1018, date à laquelle ce don aurait été officialisé par le duc Richard II. L’abbaye Saint-Ouen établit en 1063 un prieuré à côté de l’église paroissiale. Cela explique que l’église Notre-Dame jouxte, de nos jours encore, un logis et un enclos prioraux. À en voir l’architecture, il semble que les religieux aient remplacé une église primitive par un édifice roman. Jusqu'à plus ample informé, la plus ancienne mention du patronage de la paroisse date de 1260 où, dans une charte de Bonport, il est question de la paroisse "Beate Marie de Monteaureo" (Jules Andrieux, page 252). 

 

L’église Notre-Dame

L’église est une propriété communale depuis 1905 et son affectataire est la paroisse catholique Notre-Dame des bois, pays de Louviers. Elle est le seul vestige des réalisations du XIe siècle dans la commune.

 

Architecture

Notre-Dame, de plan cruciforme, est couronnée d’un clocher carré central roman percé de baies géminées et couvert par une flèche de charpente polygonale. Cet édifice, réalisé en moellon calcaire et silex, pour le remplissage, et en pierre de taille pour le chainage, est doté d'une crypte sous le chœur. Un avant-corps en brique de pays couvre la porte d’entrée. Il semble dater du XIXe siècle. Le toit de l’église est fait de longs pans et les pignons sont couverts. La nef est dépourvue de collatéraux. Elle est couverte d’un berceau en charpente dont on voit nettement les vastes entraits. La croisée du transept présente quatre voutes en plein cintre caractéristiques du roman. Le chevet semble dater du XIIIe siècle avec ajout de contreforts et percement de baies au XVIe siècle. Ces baies comportent des remplages gothiques et portent des vitraux du XIXe siècle et XXe siècle. Le chœur, dont le pavage fut refait en 1849, est doté d’une porte murée qui permettait aux moines du prieuré d’entrer dans Notre-Dame. Leurs stalles (XVIIe siècle) sont encore en place à l’entrée du chœur. Une trappe offrait un accès, par escalier, à la crypte, du XIIIe siècle et réaménagée au XVIe siècle. Dans cette dernière, se trouve la résurgence d’une source. Un bassin en pierre recueille cette eau. Placée sous le patronage de Saint-Eustache, patron des chasseurs, cette eau était réputée pour la guérison des enfants peureux et le soin des malades de la danse de Saint-Guy. Cette fontaine, reliée aux deux puits de la place Jean-Baptiste-Charcot, atteste la présence d’une nappe phréatique durable qui explique assurément l’installation de maisons en ce lieu, certainement avant la christianisation. L’église a d’ailleurs pu, comme dans maints endroits, remplacer un lieu de culte païen. Quant aux maisons qui devaient être proches de l’église, la pente vers la ravine orientée vers le sud devait leur fournir une plus grande chaleur, un meilleur ensoleillement aux bêtes et aux cultures...

 

 

Fontaine Saint-Eustache, clocher, baies géminées, ouvertures étroites, avant-corps, baie gothique, intérieur de l'église en 1910 et en 1913 (clichés contemporains Armand Launay, 2013)...
Fontaine Saint-Eustache, clocher, baies géminées, ouvertures étroites, avant-corps, baie gothique, intérieur de l'église en 1910 et en 1913 (clichés contemporains Armand Launay, 2013)...
Fontaine Saint-Eustache, clocher, baies géminées, ouvertures étroites, avant-corps, baie gothique, intérieur de l'église en 1910 et en 1913 (clichés contemporains Armand Launay, 2013)...
Fontaine Saint-Eustache, clocher, baies géminées, ouvertures étroites, avant-corps, baie gothique, intérieur de l'église en 1910 et en 1913 (clichés contemporains Armand Launay, 2013)...
Fontaine Saint-Eustache, clocher, baies géminées, ouvertures étroites, avant-corps, baie gothique, intérieur de l'église en 1910 et en 1913 (clichés contemporains Armand Launay, 2013)...
Fontaine Saint-Eustache, clocher, baies géminées, ouvertures étroites, avant-corps, baie gothique, intérieur de l'église en 1910 et en 1913 (clichés contemporains Armand Launay, 2013)...
Fontaine Saint-Eustache, clocher, baies géminées, ouvertures étroites, avant-corps, baie gothique, intérieur de l'église en 1910 et en 1913 (clichés contemporains Armand Launay, 2013)...
Fontaine Saint-Eustache, clocher, baies géminées, ouvertures étroites, avant-corps, baie gothique, intérieur de l'église en 1910 et en 1913 (clichés contemporains Armand Launay, 2013)...
Fontaine Saint-Eustache, clocher, baies géminées, ouvertures étroites, avant-corps, baie gothique, intérieur de l'église en 1910 et en 1913 (clichés contemporains Armand Launay, 2013)...
Fontaine Saint-Eustache, clocher, baies géminées, ouvertures étroites, avant-corps, baie gothique, intérieur de l'église en 1910 et en 1913 (clichés contemporains Armand Launay, 2013)...

Fontaine Saint-Eustache, clocher, baies géminées, ouvertures étroites, avant-corps, baie gothique, intérieur de l'église en 1910 et en 1913 (clichés contemporains Armand Launay, 2013)...

Mobilier

  • le maitre-autel en bois (début XVIIe siècle ?) imite le marbre. Il comporte, à gauche, la statue de la Vierge à l'Enfant. En pierre polychromée, elle date de la seconde moitié du XVe siècle. Elle a été classée Monument historique au titre d’objet le 12 juillet 1912. Elle mesure 178 cm de hauteur (avec la plinthe). La base Mérimée précise que « Les orfrois du manteau de la Vierge sont décorés de lettres capitales d'aspect un peu fleuri, séparées par deux points superposés. Elles ne forment aucun mot reconnaissable, à l'exception d’ORA, peut-être par hasard. Il y a également des lettres fantaisistes, faites d'entrelacements sans signification. » L’Enfant tient une colombe dans sa main gauche. Le maitre-autel présente, à droite, la statue de Saint Jean-Baptiste. Au centre, une toile représente la Crucifixion ;

  • les fonts baptismaux (XVe siècle) sont en pierre calcaire sculptée. Le couvercle en bois est couvert d’étain gravé et doré du XVIIIe siècle. Ils sont inscrits sur l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques depuis 2004 ;

  • le calvaire de la poutre de gloire, autrefois adossé à la voute d’entrée de la croisée du transept, a été déplacé sur le mur du collatéral sud par mesure de sécurité. Ce groupe de trois éléments sculptés sur bois peint (XVe ou XVIe siècle et remanié au XIXe siècle) est inscrit sur l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques depuis 2004 ;

  • les stalles, au nombre de 10, semblent dater du XVIIe siècle. Le décor est assez sobre mais les séparateurs représentent des aigles, peut-être en référence à saint Jean. Ces stalles étaient utilisées par les moines bénédictins et séparaient, certainement avec les autels latéraux, le chœur de la nef où se trouvait le public. Au côté nord du chœur, une porte murée servait autrefois d’accès aux moines ;

  • la statue de Saint-Eustache fut taillée au XVIIe siècle dans du bois. Encore dotée d’une belle polychromie, elle est inscrite sur l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques depuis 2004 ;

  • les cloches sont baptisées Perrette-Edmée (1755) et Alexandrine-Jeanne (1865). La charpente et la couverture du clocher ont été restaurées de 2007 à 2008. En 2009, le mécanisme des cloches a été électrifié par la mairie et l’Association de sauvegarde du patrimoine ;

  • un portrait de l’abbé Anatole Toussaint, ancien curé se trouve sur le mur du collatéral nord. Curé de Montaure et botaniste, son portrait aurait été peint chez son ami Claude Monet par un de ses élèves ;

  • la chaire à prêcher date du XIXe siècle. Elle est ornée des personnages du Christ et la Vierge entourés des quatre évangélistes ;

  • un vitrail du XXe siècle, restauré sous la conduite du curé Pierre Bleunven, représente saint Pierre, reconnaissable à la clé et aux traits d’un pêcheur. Un vitrail représentant Jeanne d’Arc a été offert au XXe siècle par Maximilien Catoire, bienfaiteur à l’origine de la « Colonie », ancien hôpital qu’il dirigea durant la Première guerre mondiale. Il habita La Garde-Châtel. Le vitrail fut rénové depuis par la famille Catoire-De la Haye.

 

Fontaine Saint-Eustache, fonts baptismaux, stalles et statue Notre-Dame (clichés Armand Launay, septembre 2013)
Fontaine Saint-Eustache, fonts baptismaux, stalles et statue Notre-Dame (clichés Armand Launay, septembre 2013)
Fontaine Saint-Eustache, fonts baptismaux, stalles et statue Notre-Dame (clichés Armand Launay, septembre 2013)
Fontaine Saint-Eustache, fonts baptismaux, stalles et statue Notre-Dame (clichés Armand Launay, septembre 2013)
Fontaine Saint-Eustache, fonts baptismaux, stalles et statue Notre-Dame (clichés Armand Launay, septembre 2013)

Fontaine Saint-Eustache, fonts baptismaux, stalles et statue Notre-Dame (clichés Armand Launay, septembre 2013)

Le logis prioral

Le logis prioral est le seul vestige du prieuré. Il a été construit par les bénédictins de Saint-Ouen de Rouen à partir de 1063 et ferma après 1663. L’église était partagée avec le curé. Trois à quatre moines formaient ici une annexe de la grande abbaye Saint-Ouen de Rouen. Les religieux faisaient valoir des terres et percevaient des revenus dans la région (Léry, Le Vaudreuil…) dont ils rendaient une part à leur abbaye de tutelle.

 

Le prieuré est couvert d’un toit à croupes garni de tuiles plates. On dit souvent que le toit du prieuré fut réalisé en forme de cercueil pour rappeler aux moines la condition humaine. Cela a dû intervenir trop tard car, dans son Registre des visites, l’archevêque de Rouen Eudes Rigaud (vers 1210-1275) a noté à plusieurs reprises que les trois à quatre religieux de Montaure acceptaient de boire dans le village, accueillaient des femmes dans le prieuré et se servaient de matelas, pourtant interdits dans leur ordre. Qui plus est, le prieuré ferma ses portes au moment où, vraisemblablement, fut construit le logis. Si l’on ne sait qui le posséda ensuite, il dût rester dans le giron d’un établissement religieux ou d’un noble exilé car il fut nationalisé à la Révolution puis revendu comme bien national le 22 aout 1792 à Louis Delarue, fabricant de draps à Elbeuf. Des pavés de fabrication locale orneraient son intérieur d’après Françoise Guilluy.

 

L’église et le logis prioral ont été reconnus par le Conservatoire régional qui les a inscrits sur la liste complémentaire des Monuments historiques le 30 septembre 1997 : l'ancien prieuré en totalité : l'église et son mur de soutènement, l'enclos monastique, les sols avec les vestiges qu'il contient, le logis prioral et son portail.

Diverses vues sur le logis prioral (clichés Armand Launay, été 2013)
Diverses vues sur le logis prioral (clichés Armand Launay, été 2013)
Diverses vues sur le logis prioral (clichés Armand Launay, été 2013)

Diverses vues sur le logis prioral (clichés Armand Launay, été 2013)

A lire aussi...

La croix monumentale de Montaure

Aux origines de Montaure et de son nom

 

Sources

- Amsellem Emmanuelle, « Les Stigand : des Normands à Constantinople », Revue des études byzantines, tome 57, 1999, pages 283 à 288 ;

- Andrieux Jules, Cartulaire de l'abbaye royale de Notre-Dame de Bon-Port de l'ordre de Citeaux au diocèse d'Evreux, Evreux, Auguste Hérissey, 1862, 434 pages ; 

- Association Saint-Blaise, Notre Dame de Montaure : l’église de la montagne dorée, 2013, 4 pages ;

- Bonnin Thierry, Regestrum visitationum archiepiscopi rothomagensis : journal des visites pastorales d'Eude Rigaud, archevêque de Rouen, Rouen, Le Brument, 1852, 876 pages.

- [Caresme Anatole], « Le prieuré de Montaure », 7 pages, Mélanges historiques, ch. XII, Louviers, imprimerie de Mlle Houssard et frère, document conservé à la médiathèque de Louviers sous la cote inv 9/454 et publié sur ce blog ;

- Charpillon Louis-Etienne, Caresme Anatole, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys, Delcroix, 1868, 960 pages, tome II, voir les pages 541 à 543 et publié sur ce blog ;

- Delisle Léopold, Passy Louis, Mémoires et notes de M. Auguste Le Prévost pour servir à l’histoire du département de l’Eure, tome II, Évreux, Auguste Hérissey, 1864 ;

- Guilluy Françoise, Tuiliers et potiers de l’Eure : La Haye-Malherbe et Montaure, Association pour la sauvegarde du patrimoine malherbois, 1995, 192 pages ;

- Ministère de la culture, Base Mérimée, www.culture.gouv.fr ;

- Quesné Victor, « Le Désert des carmes déchaussés de la Garde-Châtel », Bulletin de la Société d'études diverses, n° 6, 1903.

Armand Launay

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...