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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 19:20

Les Stigand

Anatole Caresme écrit sur Odon Stigand, puissant seigneur de Mézidon, notamment, qui possédait « un manoir à Montaurium », c’est-à-dire Montaure. C’est le premier seigneur – connu – de Montaure. Odon Ier était maitre d’hôtel du jeune Guillaume le Conquérant. Il décéda en 1066. Il fit don de l’église paroissiale de Montaure – et son domaine – à l’abbaye de Saint-Ouen de Rouen. Cette donation aurait été ratifiée par Richard II en 1018 et ce ne serait pas un hasard car celui-ci fut le premier duc normand qui gouverna avec l’appui de l’Eglise. Il restaura donc le pouvoir de celle-ci en la dotant de nombreux biens, principalement en faveur des abbayes. Montaure se retrouvait rattaché à la prestigieuse abbaye de Saint-Ouen au cœur du pouvoir normand, un des Etats les plus forts d’Europe.

Odon Stigand eut trois fils : Odon (1036-10XX), Maurice et Robert qui brillèrent auprès de l’Empereur de Constantinople. Le dernier revint très riche en Normandie.

 

Un manoir fortifié ?

La famille seigneuriale de Montaure était donc au cœur du pouvoir normand. Cette puissance devait s’accompagner localement d’un manoir fortifié. Peut-être est-ce la motte féodale signalée par le service régional de l’inventaire du patrimoine ? Quant à son emplacement, le plus évident doit être le terrain de l’actuel château. En effet, son site surplombe un ravin qui constitue une défense supplémentaire utile à une place-forte. Le château actuel, au centre d’une vaste propriété, doit avoir remplacé un édifice plus ancien à l’emplacement, peut-être, du domaine des Stigand.

 

L'actuel château de Montaure : une construction de François de Camus ? 

Aujourd’hui, Montaure compte un magnifique château privé, de style classique, bâti dans la première moitié du XVIIIe siècle. De plan symétrique, le gros-œuvre est mixte, réalisé en calcaire, brique de pays et bois. La couverture est faite en ardoise et tuile plate qui repose sur un toit à longs pans brisés. L’édifice compte un rez-de-jardin et un étage de comble. Un jardin à la française et des parties boisées occupent le vaste domaine (7 hectares) du château. Quel riche propriétaire a pu faire bâtir ce château ? Il s’agit des Le Camus et, vraisemblablement, de François Le Camus (1671-1743), qui fut administrateur pendant plus de 50 ans de la Manufacture royale de draps de Louviers, fondée par Colbert. Il possédait le château et ses dépendances en demi-fief de haubert avec le marquis de La Londe. Puis, en 1781, François Claude Le Camus vendit son demi-fief au marquis de La Londe, qui réunit enfin la totalité des fiefs de Montaure et Ecrosville. En 1792, ce marquis fuit la Révolution en gagnant l’Allemagne. Le domaine de Montaure fut nationalisé et mis en vente en 1794. C’est Louis Châtel, cultivateur à Ecrosville et maire, qui l’acheta pour 40 000 livres. Ne pouvant honorer son enchère, le bien fut revendu à Pierre François Louis Lemercier, marchand de bois à Caudebec-lès-Elbeuf, qui acquit aussi la ferme à côté.

Le château de Montaure bâti pour les Le Camus au XVIIIe siècle (clichés contemporains Armand Launay, été 2013)
Le château de Montaure bâti pour les Le Camus au XVIIIe siècle (clichés contemporains Armand Launay, été 2013)
Le château de Montaure bâti pour les Le Camus au XVIIIe siècle (clichés contemporains Armand Launay, été 2013)

Le château de Montaure bâti pour les Le Camus au XVIIIe siècle (clichés contemporains Armand Launay, été 2013)

Difficile d'écrire sur ce château sans citer le Bon air, une ancienne dépendance ayant servi au fermier du château. Cette demeure en brique de pays existe toujours dans une propriété contigüe. 

 

Le pressoir

A la beauté, le Conservatoire régional des Monuments historiques a privilégié la rareté. Il a ainsi inscrit le bâtiment du pressoir (XVIIe siècle) sur l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques le 14 décembre 1990. Il y aussi inscrit la tour à piler mais pas la presse, qui est un « objet rapporté ». Cette propriété privée accueille le Musée du cidre.

 

Sources

Amsellem Emmanuelle, « Les Stigand : des Normands à Constantinople », Revue des études byzantines, tome 57, 1999, pages 283 à 288 ;

Charpillon Louis-Etienne, Caresme Anatole, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys, Delcroix, 1868, 960 pages, tome II, voir les pages 541 à 543 ;

Delisle Léopold, Passy Louis, Mémoires et notes de M. Auguste Le Prévost pour servir à l’histoire du département de l’Eure, tome II, Évreux, Auguste Hérissey, 1864 ;

Guilluy Françoise, Tuiliers et potiers de l’Eure : La Haye-Malherbe et Montaure, Association pour la sauvegarde du patrimoine malherbois, 1995, 192 pages ;

Ministère de la culture, Base Mérimée, www.culture.gouv.fr.

 

A lire aussi... 

La Garde-Châtel (Montaure) du désert des carmes au château actuel

Aux origines de Montaure et de son nom

 

Le pressoir (XVIIe siècle), propriété du château de Montaure inscrit sur l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1990 (cliché Armand Launay, mai 2013).

Le pressoir (XVIIe siècle), propriété du château de Montaure inscrit sur l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1990 (cliché Armand Launay, mai 2013).

Armand Launay

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...