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10 janvier 2021 7 10 /01 /janvier /2021 08:59
Carte postale des années 1910 (Archives départementales de l'Eure).

Carte postale des années 1910 (Archives départementales de l'Eure).

 

Jolie commune de 1500 habitants, Alizay est un village-rue qui peuple le pied d’un coteau abrupt de la vallée de la Seine. Ses maisons de modeste dimension témoignent de sa récente vocation essentiellement rurale. Faites de moellon calcaire extraits du coteau, elles sont aussi souvent bâties avec des pans de bois et sont entourées de petites cours, les potagers de nos anciens. 

Les curieux gagneront à parcourir les chemins piétons situés entre les dernières maisons et le coteau. On y lit toujours les charmes de la campagne, ses vergers, ses prés, ses lisières des bois et les perspectives sur le clocher Saint-Germain et la vallée, notamment la côte des Deux-amants. Ici, au pied d’un vallon assez abrupt, se trouve l’Alizay ancien. On peut imaginer qu’en ce lieu l’eau, descendant du plateau de Boos par le vallon du Solitaire, abondait et rendait possible l’implantation permanente des hommes. Ce n’est pas pour rien que la station de pompage actuelle est située non loin de cet espace. L’abbé Cochet a découvert vers 1870 des vestiges allant de la période gauloise (La Tène ancienne) aux temps gallo-romains près de Rouville, au champ de la Gritte, dans le prolongement du Manoir. Parmi les objets retrouvés figurent des céramiques, ce qui n’est guère étonnant. En effet, un des hameaux alizéens situé un peu plus au nord de la Gritte, et dénommé la Briquèterie, atteste l’exploitation d’un bon filon d’argile. 

 

Les fouilles archéologiques menées par l'INRAP à Alizay et Igoville constituent la référence la plus vaste d'étude de l'occupation du fond de vallée de la Seine par l'homme et sur une période allant de la dernière glaciation (- 10 000 ans) au Moyen-Âge (photographies aimablement prêtées par l'INRAP en 2011).
Les fouilles archéologiques menées par l'INRAP à Alizay et Igoville constituent la référence la plus vaste d'étude de l'occupation du fond de vallée de la Seine par l'homme et sur une période allant de la dernière glaciation (- 10 000 ans) au Moyen-Âge (photographies aimablement prêtées par l'INRAP en 2011).

Les fouilles archéologiques menées par l'INRAP à Alizay et Igoville constituent la référence la plus vaste d'étude de l'occupation du fond de vallée de la Seine par l'homme et sur une période allant de la dernière glaciation (- 10 000 ans) au Moyen-Âge (photographies aimablement prêtées par l'INRAP en 2011).

 

Un village fluvial ? 

On peut se figurer qu’ici, près de Saint-Germain et de la Gritte, étaient les rives de la Seine par l’un de ses bras, au moins, et jusqu’au haut Moyen Âge. En effet, un bras existe toujours le long du coteau nord à Freneuse. L’observation des courbes de niveau, sur la carte topographique, montre qu’un bras partait du Manoir et courait vers Alizay avant, assurément, de poursuivre son cours le long d’Igoville, Sotteville et Freneuse. Alizay a sûrement vécu de la pêche et du transport fluvial. C’est ce qu’attestent, au moins pour le Moyen Âge, la culture du chanvre au bord de la Seine et le petit port de la Maison rouge en face des Damps. 

Plus récemment, en 2011, un immense chantier de fouilles a vu le jour le long de la Seine à Alizay et Igoville. L’INRAP, avant l’ouverture de vastes carrières de sable, a pu retracer l’utilisation humaine de l’ancienne vallée de Seine depuis la dernière glaciation (il y a 12 000 ans) au Moyen Âge. Dans des chenaux depuis asséchés, l’homme a utilisé les ressources du fleuve et chassé le petit gibier. Des habitats réguliers, dès que les eaux le permettaient, montrent l’intérêt domestique de ce fond de  vallée. De très nombreuses découvertes, inédites dans l’ouest de la France et sur une aussi longue période, font d’Alizay une référence pour dater et identifier d’autres découvertes archéologiques. 

On mesure que la sédentarisation des hommes s’est faite au pied des monts mais n’a pas rompu, loin de là, le lien des habitants au fleuve dont les eaux, rappelons-le, étaient potables. 

 

La mairie d'Alizay, ici en cours d'agrandissement, occupe un ancien manoir situé au fief de la Motte. En effet, une motte féodale se trouve toujours un peu à l'est de cette belle demeure, à droite de ce cliché. C'est là le cœur du fief originel d'Alizay, fief qui fut concurrencé et dépassé par celui de Rouville au Moyen-Âge et surtout durant l'Ancien-Régime (photographie d'Armand Launay, 2011).

La mairie d'Alizay, ici en cours d'agrandissement, occupe un ancien manoir situé au fief de la Motte. En effet, une motte féodale se trouve toujours un peu à l'est de cette belle demeure, à droite de ce cliché. C'est là le cœur du fief originel d'Alizay, fief qui fut concurrencé et dépassé par celui de Rouville au Moyen-Âge et surtout durant l'Ancien-Régime (photographie d'Armand Launay, 2011).

 

Un ou deux fiefs seigneuriaux ?

Il existe une continuité d’habitat, semble-t-il, avec la découverte de deux cercueils en plâtre contenant des scramasaxes et vases de l’époque franque (Riquier, 1862). C’est à relier aux mêmes découvertes faites à Igoville au Camp blanc et aux Beaux sites. Au Moyen Âge, Alizay n’apparait tout d’abord pas comme fief mais comme partie du domaine appelé “val de Pîtres”. Ce domaine fut la propriété des rois francs. C’est en ce lieu que Charles II, dit le chauve, fit réunir plusieurs assemblées des grands de son royaume, notamment en 862 pour construire le château fortifié de Pont-de-l’Arche face aux Vikings et pour légiférer en matière de monnaie. Ces assemblées, appelées plaids, eurent lieu dans le palais du roi mais l’on ne sait où cette demeure se trouvait exactement.  

Alizay faisait partie de ce domaine qui dût ensuite être la propriété de Rollon et des ducs de Normandie. D’aucuns pensent que le château de Rouville trouve-là son étymologie : Rollonis villa, le domaine de Rollon. L’ancien palais du roi serait ainsi localisé, au moins en théorie. Le domaine qui nous intéresse fut ensuite la propriété d’importantes familles normandes, issues de la colonisation scandinave. Au XIe siècle, c’est Roger Ier de Tosny, un des plus grands seigneurs de la Normandie, qui en était le maitre. Celui-ci, nous apprend Auguste Le Prévost, en constitua le douaire de sa fille, Adeliza (née vers 1030 et décédée en 1069). Le douaire étant un héritage de la femme en cas de décès de son époux : c’est donc une femme qui était seigneure du lieu. De là à imaginer qu’Alizay est une déformation d’Adeliza, c’est une hypothèse jusqu’alors non formulée. Elle n’est pas délirante étant donné que la première apparition du nom d’Alizay, dans les archives, est de 1180, ce qui est tardif. Adeliza apporta son domaine à son mari, Guillaume Fils Osbern. Le Val de Pîtres revint en partie aux Tosny en 1119 et resta en leur possession jusqu'à la victoire de Philippe Auguste reprenant en main la Normandie en 1204. Mais déjà Alizay était possédée par un seigneur Français. En effet, en 1200, Albéric III, comte de Dammartin, en France, est le premier seigneur connu de ce fief. Peu avant 1200, Renaud, fils d’Albéric et comte de Boulogne, réunit la chapelle de Rouville, qu’il avait fondée, à la cure de Saint-Germain. Plus tard, en 1216, Mathilde, fille de Renaud, se maria à Philippe Hurepel, fils de Philippe Auguste lui-même. Le roi voulait gagner la fidélité des comtes de Boulogne face aux prétentions des Flandres.  

Ce fief d’Alizay semble être celui de la Motte, c’est-à-dire le cœur d’Alizay, près de l’église Saint-Germain. La Motte désigne de nos jours le monticule de terre au nord-est de la mairie alizéenne. Le siège de la mairie est d’ailleurs une belle résidence, agrandie récemment, elle-même héritière d’un château médiéval. L’église Saint-Germain semble témoigner de l’importance de ce fief en ce temps. Quelques vestiges datent du XIIe siècle dans le mur sud du chœur. Même son beau clocher carré semble inspiré des volumes des clochers romans, alors que celui-ci date du XVIe siècle et bénéficie, depuis le 17 avril 1926, d’un classement aux Monuments historiques. Par ailleurs, 5 œuvres sont classées aux Monuments historiques au titre d’objets dans l’église. C’est Mathilde qui, en 1258, donna la cure de cette église à l’archevêque de Rouen. 

 

Façade sud, clocher et transept, côté sud-est, de l'église Saint-Germain d'Alizay. Photographie d'Emmanuel-Louis MAS (1891-1979) datant de 1939 et accessible sur la base POP du Ministère de la culture (notice APMH0195926).

Façade sud, clocher et transept, côté sud-est, de l'église Saint-Germain d'Alizay. Photographie d'Emmanuel-Louis MAS (1891-1979) datant de 1939 et accessible sur la base POP du Ministère de la culture (notice APMH0195926).

 

Alizay ou Rouville ?

Le centre de gravité d’Alizay a basculé vers Rouville. En 1351, le seigneur de Rouville réclama la cure de Saint-Germain. Il semble que cette partie de la commune lui ait échappée et qu’il ait établi ses quartiers dans le château de Rouville. Un jugement arbitral, datant de 1358, donna raison à l’archevêque mais deux chapelles furent confiées au seigneur de Rouville : Saint-Antoine et Saint-Pierre. Ce château fut ensuite la propriété des Gougeul puis des Hallé qui furent les principaux propriétaires d’Alizay et de grandes familles nobles de Normandie. L’ancien château seigneurial est tombé en ruine. Il en reste des bâtiments agricoles et un colombier. Ce n’est qu’en 1882 que le château actuel fut bâti par l’architecte rouennais Loisel. Mais cet édifice subit un incendie en 1949. Outre ses dimensions, il maintient en ce lieu une atmosphère d’Ancien Régime. Il est pourtant devenu une propriété du département de l’Eure en 2012 lors du sauvetage de la papèterie alors appelée Mreal et devenue depuis Double A. C’est au titre des dommages de guerre, qu’en 1951 une industrie allemande fut installée en ce lieu, le château de Rouville étant à vendre. La Sica, son premier nom,  a été rachetée plusieurs fois depuis. C’est l’un des principaux employeurs de la région. Elle a fédéré nombres d’ouvriers communistes qui ont porté à la mairie d’Alizay des maires collectivistes. 

 

L'implantation en 1951 de la SICA, usine produisant de la pâte à papier, a ancré Alizay dans la période industrielle. Maints ouvriers ont composé la population alizéenne qui ont porté au conseil municipal des élus communistes qui ont l'envie et les moyens et développer les services publics. Ici ont peut apprécier deux photographies de Jean Pottier datant de mars 1971. On y voit le parc à bois et une vue générale sur l'ancêtre de ce qu'on appelle de nos jours Double A (base POP du Ministère de la culture).L'implantation en 1951 de la SICA, usine produisant de la pâte à papier, a ancré Alizay dans la période industrielle. Maints ouvriers ont composé la population alizéenne qui ont porté au conseil municipal des élus communistes qui ont l'envie et les moyens et développer les services publics. Ici ont peut apprécier deux photographies de Jean Pottier datant de mars 1971. On y voit le parc à bois et une vue générale sur l'ancêtre de ce qu'on appelle de nos jours Double A (base POP du Ministère de la culture).

L'implantation en 1951 de la SICA, usine produisant de la pâte à papier, a ancré Alizay dans la période industrielle. Maints ouvriers ont composé la population alizéenne qui ont porté au conseil municipal des élus communistes qui ont l'envie et les moyens et développer les services publics. Ici ont peut apprécier deux photographies de Jean Pottier datant de mars 1971. On y voit le parc à bois et une vue générale sur l'ancêtre de ce qu'on appelle de nos jours Double A (base POP du Ministère de la culture).

 

Alizay, petit village normand, est devenu un centre bourg aux nombreux services publics. Il est doté depuis 1840 d’une station de train et risque de subir le passage d’une autoroute contournant Rouen par l’est. 

 

Armand Launay

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  • : Pont de l'Arche et sa région histoire, patrimoine et tourisme
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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au cœur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

- Mieux connaitre Pont-de-l'Arche à travers 150 noms de rues et de lieux ! (Autoédité, 2019, 64 pages). 

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte.

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