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22 février 2021 1 22 /02 /février /2021 19:16

Avec nos remerciements à Frédéric Ménissier pour ses photographies. 


Tostes réunit 447 habitants en 2014 ‒ un record dans son histoire ‒ répartis dans cinq hameaux : Les Treize-livres, La Cramponnière, La Couture, une partie de La Vallée et... Tostes ! La commune semble contraster avec la forêt de Bord dont on a dit, souvent, qu’elle constitue une clairière.

Vue du centre de Tostes, le chef-lieu de l'ancienne commune, par Frédéric Ménissier (photographie de novembre 2020).

Vue du centre de Tostes, le chef-lieu de l'ancienne commune, par Frédéric Ménissier (photographie de novembre 2020).

 

L’essart ou le brulis ? 

Il est vrai que le nom du village renvoie à l’idée de conquête humaine sur la forêt. En effet, que ce soit la thèse de l’origine latine du nom de Tostes, “tostus”, qui signifie le brulis, ou la thèse scandinave matinée d’anglo-saxon, toft, qui désigne l’essart, cette commune est le terminus des défrichements du plateau du Neubourg au-dessus de la vallée de la Seine. Tostes est d’ailleurs depuis le Moyen Âge une partie de Montaure, plus gros hameau, fief local dans la mouvance directe d’une grande famille normande, scandinave d’ascendance, les Stigand. Ceux-ci avaient fait construire leur château et une église (du XIe siècle) en face : Notre-Dame de Montaure.  

 

L’ancien bocage 

Le paysage, aujourd’hui largement composé de champs ouverts, est loin d’avoir toujours été le même comme en témoignent les hameaux épars. Il faut concevoir le Tostes de l’Antiquité comme un ensemble de fermes-hameaux, sans rupture frontale entre les bois, les champs et les prairies. Il faut imaginer une sorte de bocage, y compris dans la forêt de Bord, comme le démontrent les villas gallo-romaines retrouvées en forêt aujourd’hui au Testelet, aux Buis, à La Vallée… Ces villas devaient être entourées de vergers, d’espaces de cultures, de prairies, de petits bâtiments agricoles, de temples ruraux... 

 

La culture de la betterave à sucre, à Tostes, devant une des dernières haies, non loin de l'ancien château d'eau (photographie de Frédéric Ménissier, novembre 2020).r

La culture de la betterave à sucre, à Tostes, devant une des dernières haies, non loin de l'ancien château d'eau (photographie de Frédéric Ménissier, novembre 2020).r

 

La formation d’une forêt royale

La fin de l’Antiquité a dû modifier le paysage tostais. La diminution générale de la démographie, en Gaule romaine, le climat plus austère ont favorisé une reconquête de terres par la forêt, les landes, les terres délaissées… Il semble que les espaces boisés se reformèrent surtout dans les parties plus pentues, moins riches en sol sûrement et plus difficiles à cultiver. Quand les sources écrites nous parviennent, une forêt du roi s’est formée qui épouse les pentes des coteaux de la Seine. D’ailleurs, le terme de forêt désigne ce qui est exclu… de l’usage libre des habitants. La forêt est l’espace réservé du roi, lui qui a besoin de bois en grande quantité. La forêt de Bord est le domaine royal ou, au mieux, la paissance des animaux est tolérée. Cependant, les terres du plateau sont toujours ponctuées d’exploitations fermières, sûrement animées par l’entretien des vergers, des cochons, des vaches, autour de rus coulant dans les vallons devenus secs depuis lors. 

 

Le fief de Bonport

Puis, en dehors des parties royales, c’est l’abbaye de Bonport qui prit possession, au moins à partir de 1255, des terres agricoles de Tostes. Le petit Bonport est la ferme principale, semble-t-il, de l’abbaye sise à Pont-de-l’Arche. C’est la ferme située entre la mairie et l’église. Les moines bonportois ont aussi acquis la ferme de la Cramponnière, nom d’une terre qui colle, Les Treize-livres, nom issu de la quantité de son rendement, la Couture et son moulin dont il reste aujourd’hui un somptueux vestige : sa tour cylindrique du XVe siècle, semble-t-il. La Couture en normand désigne la culture, preuve s’il en est que cet espace était déjà dévolu à une exploitation céréalière quand d’autres parties de la paroisse restaient plus proches de la forêt, des vergers, des haies bocagères, de la vigne et de l’élevage assurément. Bonport a aussi possédé le manoir de la Corbillière (XVe siècle), à La Vallée, dont il reste un bel édifice, près de la “sente aux moines”, et son enclos de haies. Les propriétés de Bonport comprenaient aussi Blacquetuit dont il subsiste deux magnifiques édifices du XVe siècle itou, près de Montaure.

 

Le manoir de la Corbillière, à la Vallée, par Frédéric Ménissier (novembre 2020).

Le manoir de la Corbillière, à la Vallée, par Frédéric Ménissier (novembre 2020).

 

Sainte-Anne de Tostes

Cette mainmise de Bonport, avec toutes ses constructions en ce lieu, s’est traduite en 1687 par l’érection de la chapelle Sainte-Anne de Tostes en paroisse distincte, désormais, de celle de Notre-Dame de Montaure. Cette opération permit à Bonport, dont l’abbé était alors Louis Colbert, le fils de l’homme d’État, d’économiser la dime. L’église fut construite en 1680 à côté du “petit Bonport”, vaste ferme où se trouvait la grange dimière. Celle-ci a été remplacée par le bâtiment que l’on voit encore de nos jours le long de la route, près de l’église vers la mairie. Sainte-Anne se dresse aujourd’hui, somme toute modeste, mais ô combien élégante avec son alternance d’assises en silex sombre et en calcaire et son clocheton en flèche de charpente couvert de tuile. Si l’église n’est pas protégée par les Monuments historiques, ses deux retables latéraux sont classés au titre d’objets depuis le 10 juin 1907. Ils comportent deux toiles : le Paralytique ou Jésus guérissant les malades et la Résurrection de Lazare. 

 

Sainte-Anne de Tostes émergeant des toitures et des arbres de l'ancienne chef-lieu de commune par Frédéric Ménissier (photographie de novembre 2020).

Sainte-Anne de Tostes émergeant des toitures et des arbres de l'ancienne chef-lieu de commune par Frédéric Ménissier (photographie de novembre 2020).

 

Le retour dans le giron montaurois ? 

La Révolution française a chassé les ordres religieux de leurs propriétés car l’Église, tutelle et puissance étrangère, se retrouvait premier propriétaire de France. Les Tostais qui l’ont pu sont devenus propriétaires des anciennes terres bonportoises. Blacquetuit a fait partie de la naissante commune de Montaure en 1790 alors que Tostes était reconnu comme commune à part entière. Cela démontre la vitalité des habitants et leur appétit pour la souveraineté. Ce n’est que le 1er janvier 2017 que Tostes et Montaure fusionnèrent dans une nouvelle commune dénommée “Terres de Bord”. Mais est-ce une nouvelle commune ou le retour, un peu indirect et avec d’autres fonctions, de l’ancienne paroisse de Montaure ?

 

Notre-Dame de Montaure, émergeant de l'horizon, et son clocher romand du XIe siècle qui rassembla durant longtemps les hameaux de Montaure et de Tostes (photographie de Frédéric Ménissier datant de novembre 2020).

Notre-Dame de Montaure, émergeant de l'horizon, et son clocher romand du XIe siècle qui rassembla durant longtemps les hameaux de Montaure et de Tostes (photographie de Frédéric Ménissier datant de novembre 2020).

Armand Launay

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au cœur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

- Mieux connaitre Pont-de-l'Arche à travers 150 noms de rues et de lieux ! (Autoédité, 2019, 64 pages). 

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte.

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