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15 mai 2021 6 15 /05 /mai /2021 14:09

Avec nos remerciements à notre ami Frédéric Ménissier

pour son excellente collection de photographies printanières.

 

À cinq kilomètres du centre de Louviers mais sur le plateau du Neubourg, Le Mesnil-Jourdain a une position singulière dans le paysage local. 

Le Mesnil-Jourdain photographié par Frédéric Ménissier en avril 2021.

Le Mesnil-Jourdain photographié par Frédéric Ménissier en avril 2021.

Le ravin de Damneville ou de Becdal

Un ravin a une position centrale dans la commune : le “ravin de Damneville”, à l’ouest dans la commune de Quatremare, appelé ensuite “ravin de Becdal”, en aval. L’ensemble des hameaux mesniljourdanais et leurs 234 habitants (en 2018) se situent autour de ce ravin. En effet, s’il est question de Mesnil-Jourdain au singulier, ce rebord du plateau est occupé par plusieurs hameaux dans ce qui devait ressembler à un bocage le long des bois couvrant les coteaux, sur des sols argileux avec silex. C’est ce qu’entretient le domaine des Vergers du Mesnil-Jourdain dont les haies habillent le chef-lieu de commune autant qu’elles font barrage aux vents balayant le plateau. Ces vergers s’inscrivent dans une activité qui, en 1879, était notée par MM. Charpillon et Caresme signalant, dans la commune, près de “4 000 arbres à cidre”.

Les vergers du Mesnil-Jourdain par Frédéric Ménissier en avril 2021. Les vergers du Mesnil-Jourdain par Frédéric Ménissier en avril 2021.
Les vergers du Mesnil-Jourdain par Frédéric Ménissier en avril 2021.

Les vergers du Mesnil-Jourdain par Frédéric Ménissier en avril 2021.

Ainsi, de part et d’autre du ravin, on compte le village de Caillouet, le château de la Croix-Richard, la ferme du Petit-Mesnil, Sainte-Barbe, La Coquetière, Cavoville, Le Mesnil-Jourdain et, plus récemment, le hameau du Perray. Le ravin de Becdal permettait un passage plus aisé de la vallée au plateau à une circulation non motorisée et donc soucieuse d’amoindrir le dénivelé des parcours. Ainsi, Le Mesnil-Jourdain est une voie directe entre Acquigny et Pinterville, c’est-à-dire la vallée de l’Eure, et Quatremare, un point central du plateau du Neubourg. Mais s’il est question de ravin et non simplement de vallée, c’est que le relief est ici abrupt et l’on perd rapidement 100 mètres d’altitude du plateau à la vallée. Il est possible d’imaginer que Le Mesnil-Jourdain eut une fonction défensive à 5 km des portes de Louviers. C’est ce que l’on pourrait faire avec la lecture des vestiges appelés Le Fort-aux-Anglais dans le bois du Mesnil-Jourdain. Nous lui avons consacré une étude dans laquelle nous affirmons qu’il s’agit d’un enclos pour les animaux nécessaires à l’exploitation des ressources forestières. Mais Léon Coutil, archéologue normand de renom, y voit des fortifications antiques. Le nom de Caillouet nous étonne aussi. Il évoque le mot normand de caillou, passé en langue française, et le village se trouve au-dessus de carrières sises dans le ravin, comme le montre la carte géologique accessible sur le site Géoportail. C’est en effet ici que débute un affleurement de roches calcaires dites maastrichtiennes et campaniennes (classées C5 et C6 et datées de 83,6 à 68,2 millions d’années) et, à partir de la Croix-Richard des roches santoniennes plus anciennes et plus solides (classées C4 et datées de 83,6 à 86,3 millions d’années). Il est très probable que ces roches aient servi à constituer le moellon, voire les pierres de taille des constructions locales.

Vues sur le ravin de Becdal par Frédéric Ménissier en mai 2021.Vues sur le ravin de Becdal par Frédéric Ménissier en mai 2021.Vues sur le ravin de Becdal par Frédéric Ménissier en mai 2021.

Vues sur le ravin de Becdal par Frédéric Ménissier en mai 2021.

La Croix-Richard désigne une croix de chemin qui devait marquer l’entrée dans la paroisse du Mesnil-Jourdain. Son nom doit provenir du “bois Richard” dont il est question plus bas dans ce texte dans une charte datant environ de 1192. Les cartes postales illustrées montrent un bel édifice de style néo-Louis XVI. Il fut bâti peu avant la Première guerre mondiale par l’architecte ébroïcien Henri Jacquelin (1872-1940) d’après sa fiche parue dans Wikimonde. Peu documentée, son histoire est à écrire. Dans les recensements de population accessible sur le site des Archives de l'Eure on mesure que personne ne résidait en ce lieu en 1911 alors qu'en 1926 sont inscrits Joseph Levitre, né en 1842, et surtout son fils Joseph Claude et son épouse Emma, tous deux nés en 1871. Cette demeure a été inscrite sur la liste supplémentaire des Monuments historiques le 18 janvier 2021, plus précisément ses “façades et toitures du chalet à la Suisse, le mur d'enceinte et les sols du domaine.”  

La Croix-Richard par Frédéric Ménissier en avril 2021 : la socle de l'ancienne croix, l'allée d'entrée du château, la croix récente en béton et le portail du château.
La Croix-Richard par Frédéric Ménissier en avril 2021 : la socle de l'ancienne croix, l'allée d'entrée du château, la croix récente en béton et le portail du château.La Croix-Richard par Frédéric Ménissier en avril 2021 : la socle de l'ancienne croix, l'allée d'entrée du château, la croix récente en béton et le portail du château.La Croix-Richard par Frédéric Ménissier en avril 2021 : la socle de l'ancienne croix, l'allée d'entrée du château, la croix récente en béton et le portail du château.

La Croix-Richard par Frédéric Ménissier en avril 2021 : la socle de l'ancienne croix, l'allée d'entrée du château, la croix récente en béton et le portail du château.

Cartes postales des années 1910 du château de la Croix-Richard, la seconde étant issue des collections en ligne des Archives de l'Eure. Cartes postales des années 1910 du château de la Croix-Richard, la seconde étant issue des collections en ligne des Archives de l'Eure.

Cartes postales des années 1910 du château de la Croix-Richard, la seconde étant issue des collections en ligne des Archives de l'Eure.

Becdal et Cavoville comme preuves d’une colonisation scandinave ?

Étonnamment, nous n’avons pas trouvé mention de vestiges archéologiques dans le territoire communal. Il est possible que les vestiges aient été dispersés par les engins agricoles ou recouverts par les habitations actuelles. Quoi qu’il en soit, il semble que des défrichements aient eu lieu avant l’an mil car on voit apparaitre dans la toponymie des noms scandinaves. Le ravin de Becdal en est le nom le plus patent. Il provient, d’après l’article “Toponymie normande” de Wikipédia, de “dal” qui signifie vallée en vieux norrois (comme dans l’Allemand thal) et de “bec” qui désigne le ruisseau en vieux norrois itou. La “vallée du ruisseau” est le nom norrois de ce ravin ce qui semble indiquer la présence de scandinaves dans la région. On pourrait penser que le ravin tient son nom d’une personne dénommée ainsi. Après tout, il existe bien un manoir du XVIIe siècle, partiellement inscrit aux Monuments historiques depuis 1978, en bas de la vallée, à Acquigny. Mais c’est plutôt ce manoir qui tire son nom de la vallée car il fut construit plus tard par un certain Denis Le Roux, semble-t-il seigneur d’Acquigny au XVe siècle. De même, Le Mesnil-Jourdain comprend le hameau de Cavoville, où se trouve la mairie et qui dut être le plus peuplé des hameaux de la commune. Cavoville fut même une commune de 1790 à 1826 où elle fut rattachée au Mesnil-Jourdain. Le nom de Cavoville n’a cependant pas été traité par les toponymistes, à notre connaissance. Deux chartes accessibles par le site Scripta, dirigé par Pierre Bauduin, indiquent les formes anciennes de ce nom. Entre 1180 et 1192,  Adam de Kavalvilla (Cavoville) donna à l’église Saint-Taurin d’Évreux 12 acres de terre sise au Bois-Richard qu’il tenait du fief de Gautier de Houlme (acte 5591). Un acte du 11 octobre 1281 montre que Jean Le Veneur, chevalier, fit échange avec Renaud Leschamps, écuyer, de plusieurs rentes qu’il possédait dans différentes paroisses dont la “parrochia de Mesnillio Jordani” distincte de la “parrochia Beate Marie de Cavavilla” (acte 2129). Notons que la paroisse du Mesnil-Jourdain fut aussi placée sous le vocable de Notre-Dame (Beate Marie) et dépendait du chapitre de la cathédrale d’Évreux, selon la fiche de la base POP du Ministère de la culture. Quant à savoir où était l’église de Cavoville ? Cette même fiche annonce qu’elle fut mentionnée en 1220, détruite “après 1823” et qu’elle est “visible sur le cadastre napoléonien”. Nous ne l’avons pas retrouvée en parcourant ce document sur le site des Archives de l’Eure. Quoi qu’il en soit, nous notons cette forme de “Kaval” ou “Cava” pour Cavoville. Il nous fait penser à la forme de nom très courante dans la région où le nom d’un seigneur scandinave précède le suffixe “villa”, désignant le domaine rural. Ainsi Surtauville, Surville, Crasville… Il est probable, sous une forme très modifiée, que “Kaval” soit un nom scandinave. 

Comparaison de deux vues aériennes sur Le Mesnil-Jourdain et ses hameaux, l'une de 2019 et l'autre des années 1950 (captures d'écrans réalisées à partir du site Géoportail).
Comparaison de deux vues aériennes sur Le Mesnil-Jourdain et ses hameaux, l'une de 2019 et l'autre des années 1950 (captures d'écrans réalisées à partir du site Géoportail).

Comparaison de deux vues aériennes sur Le Mesnil-Jourdain et ses hameaux, l'une de 2019 et l'autre des années 1950 (captures d'écrans réalisées à partir du site Géoportail).

 

L’émergence du fief du Mesnil-Jourdain  

Située sur le plateau, au sud du ravin de Becdal, une motte féodale existe toujours un peu au nord de l’église Notre-Dame au chef-lieu de commune, ancien domaine agricole du Mesnil-Jourdain. Un mesnil, en français médiéval, est un diminutif de maison. On retrouve le terme de “mansionile” qui provient du latin ma[n]sionem. Il s’agit donc d’un petit domaine. Le terme de Jourdain est tout aussi intéressant. Il fait référence au fleuve du Proche-Orient, cité dans la Bible, mais qui semble avoir influencé le choix de noms de baptêmes masculins au temps des croisades du XIIe siècle. Citons, par exemple, Jourdain du Hommet (décédé en 1192), seigneur de Cléville et de Sheringham, connétable de Richard Cœur de Lion durant la troisième croisade. Cet homme était évêque de Lisieux. Citons aussi un certain Jourdain de Canteloup qui donna en 123 aux frères du prieuré des Deux-amants un moulin installé sur la Seine (cité par André Pilet, à la page 20 de son ouvrage intitulé Amfreville-sous-les-Monts : son histoire, des silex taillés à l'ordinateur). En ce qui concerne notre paroisse, c’est Louis-Étienne Charpillon et Anatole Caresme qui nous fournissent matière à réfléchir et peut-être comprendre dans le tome II de leur monumental Dictionnaire historique de toutes les communes de l’Eure, paru en 1879. Un généreux article sur Le Mesnil-Jourdain, de la page 526 à la page 529, nous apprend la présence d’un certain Geoffroy du Mesnil en 1190 et un certain Jourdain du Mesnil vers 1200. C’est à cette époque que Le Mesnil va prendre le nom d’un seigneur appelé Jourdain. Celui-ci était propriétaire d’un moulin sur le “pont aux moulins” de Louviers, pont appelé Esperlène d’après MM. Charpillon et Caresme et qui semble correspondre à Épervier d’après la toponymie lovérienne (un bras de l’Eure porte ce nom ainsi qu’un champ, appelé Éprevier, entre Louviers et Le Petit-Mesnil). En 1201, “Étienne du Mesnil, chevalier, confirme à l’archevêque Robert Poulain la vente faite par Guillaume de Foleville à l’archevêque Gautier, de l’ile Jourdain et de la petite ile entre le moulin de la Lande et le pont Esperlène. C’est lui qui vendit à l’archevêque un moulin à foulon près le moulin Jourdain, moyennant 30 livres. Sa fille Jeanne, épouse de Pierre Lhuissier, vendit au même prélat 13 livres 14 sous que son frère Jourdain du Mesnil lui avait assignés en dot sur le moulin dit Jourdain. À la même date Étienne du Mesnil délaisse à l’archevêque le moulin Jourdain, assis sur le pont Esperlène, avec toutes les moutes” (la moute du Parc et de Beauvais, celle du fief de La Vacherie et du fief Saint-Taurin à Louviers).

Un Jourdain du Mesnil était présent à Louviers et au Mesnil qui semble avoir pris de l’importance. Selon MM. Charpillon et Caresme, en 1237, “Jourdain du Mesnil siégea aux assises du Pont-de-l’Arche” et en 1243 “Jourdain du Mesnil fit don d’un moulin aux moines de Bonport.” En 1276, il était question d’un certain “Étienne du Mesnil-Jourdain”. Le nom de la paroisse s’est donc forgé à partir du nom d’un noble ayant pris une importance particulière dans la région, comme le démontre sa présence à Pont-de-l’Arche, ville royale et ville de l’administration royale. 

Nous pensons que les revenus de la famille Jourdain se sont en partie faits grâce à l’Eure, le droit de moute au moulin de Louviers et, pourquoi pas, l’utilisation du ravin de Becdal. En effet, jusqu’à plus ample informé, nous ne connaissons pas de moulin dans cette partie du plateau du Neubourg. Il est possible que le grain fût transporté par Becdal à Louviers, peut-être en embarquant sur l’Eure. Le nom de Jourdain serait-il un sobriquet pour une personne tirant ses revenus de la rivière ?    

Quoi qu’il en soit, ce nom est limpide car la création de la paroisse est relativement tardive par rapport aux paroisses de la région et leurs toponymes normands des IXe et Xe siècles. 

Un bonjour de Mesnil-Jourdain ! Carte postale des années 1910.

Un bonjour de Mesnil-Jourdain ! Carte postale des années 1910.

L’imposant patrimoine bâti du Mesnil-Jourdain

Autour de l’église Notre-Dame se trouve un imposant patrimoine bâti en pierre de taille calcaire et à pans de bois qui campe une admirable carte postale normande, une des plus belles vues de la région de Pont-de-l’Arche grâce aux champs situés au sud et permettant d’avoir cette belle vue. Il faut mesurer avant toute chose que la commune se compose, comme les autres, de corps de fermes plus ou moins imposants et bien conservés. Comme les communes proches de vallons, les fermes se sont installées le plus souvent entre les terres argileuses des vallons, propices aux vergers et à l’élevage, et les terres limoneuses du plateau, propices à la culture en champs ouverts. Le domaine du Mesnil-Jourdain est le principal corps de ferme de la paroisse, situé entre ces deux types d’espaces, et doté d’une grande mare un peu à l’ouest. La Conservation régionale des Monuments historiques a inscrit le 25 octobre 1961 sur la liste supplémentaire des monuments protégés la motte féodale, la façade et les toitures du “bâtiment en pierres et silex attenant à l’église et des bâtiments en pans de bois à sa suite” et les “façades et toitures du bâtiment adossé à la motte féodale”. L’église paroissiale a été classée Monument historique le 14 juin 1961 et la croix de cimetière a été classée le 20 juin 1952.

Localisation des différents bâtiments notables du domaine du Mesnil-Jourdain (vue légendée réalisée sur le site Géoportail).

Localisation des différents bâtiments notables du domaine du Mesnil-Jourdain (vue légendée réalisée sur le site Géoportail).

Vue éloignée, côté sud, sur le domaine du Mesnil-Jourdain d'après une photographie de Frédéric Ménissier prise en avril 2021.

Vue éloignée, côté sud, sur le domaine du Mesnil-Jourdain d'après une photographie de Frédéric Ménissier prise en avril 2021.

La motte castrale des Jourdains

L’élément de patrimoine le plus ancien est la motte castrale sans douves, invisible depuis la rue, surmontée de nos jours par la base d’un bâtiment en silex, semble-t-il, recouvert de végétation. On le confondrait volontiers avec un colombier à l’abandon s’il n’y avait cette motte caractéristique du Moyen Âge dont la fondation est estimée au XIIe siècle. Cette motte témoigne des Jourdains qui étaient des nobles d’épée. MM. Charpillon et Caresme nous apprennent qu’en 1370 Michel du Mesnil-Jourdain, alors capitaine de Louviers, reçut l’ordre de Charles V de prendre 20 hommes pour la défense de Louviers, alors menacée. De même, vers 1350, l’héritière du Mesnil-Jourdain se maria à Jean de La Héruppe, gouverneur de Pont-de-l’Arche et, en 1395, “Pierre de La Héruppe, avait des quarts de fiefs au Vieux-Rouen, La Villette de Louviers, Montpoignant de Léry et Baignard de Criquebeuf”. Il devait, à ce titre, fournir des hommes au Pont-de-l’Arche en cas de bataille. On mesure que, bien que la ferme du Mesnil-Jourdain ne fut pas située dans un lieu propice aux défenses militaires, les Jourdains ont eu des fonctions martiales sûrement grâce à la proximité de la place forte de Louviers. La motte castrale semble avoir été située au milieu d’une propriété bien plus vaste, aujourd’hui partiellement occupée par des constructions plus récentes. 

La motte castrale (photographie de Jean-Charles Juillard, 2014, avec nos remerciements).

La motte castrale (photographie de Jean-Charles Juillard, 2014, avec nos remerciements).

Les manoirs des Hellenvilliers

Puis, le bâtiment le plus ancien semble se situer le long de la rue de l’église. On attribue ce manoir à la famille de Hellenvilliers. En effet, d’après MM. Charpillon et Caresme, Guillaume de la Champagne, seigneur du Mesnil, fut le dernier des Jourdains. Peu après 1408, semble-t-il, sa fille Agnès se maria à Roger de Hellenvilliers. 

Le manoir est composé au-rez-de-chaussée d’une alternance de silex, de pierre de taille au niveau de la voute de la porte cochère et du contrefort, et de moellon calcaire. Largement remanié, il témoigne tout de même du XVe siècle par ses ouvertures étroites et les quelques assises en silex, au-dessus de la porte piétonne, qui nous rappellent le moulin de la Couture de Tostes et autres propriétés de ce même siècle des moines de Bonport. L’étage à pans de bois et les ouvertures à meneaux (les formes de croix) évoquent le XVIe siècle et le débit de la Renaissance.  

Entre ce manoir et l’église se trouve un beau bâtiment du XVIe siècle avec de beaux chainages en pierre de taille et un remplissage de petits moellons calcaires ponctués de blocs de silex. Ce réemploi de matériaux plus anciens est élégant. Il est probable que ce bâtiment ait servi d’écuries, comme le laissent entendre les petites ouvertures hautes, et qu’il ait remplacé une ancienne grange dimière. En effet, les seigneurs du Mesnil-Jourdain présentaient à la cure, c’est-à-dire qu’ils dirigeaient la paroisse.  

Orienté nord-sud, un imposant manoir à pans de bois est aussi attribué aux Hellenvilliers et estimé du XVIIe siècle. Il présente de riches décorations avec des croix de saint-André, un escalier dans une tourelle hors du corps principal, une galerie au-dessus de la porte d’entrée. 

Le premier manoir des Hellenvilliers (XVe siècle), côté rue, d'après une capture d'écran réalisée à partir du site Google maps et une photographie de Frédéric Ménissier datant d'avril 2021.Le premier manoir des Hellenvilliers (XVe siècle), côté rue, d'après une capture d'écran réalisée à partir du site Google maps et une photographie de Frédéric Ménissier datant d'avril 2021.

Le premier manoir des Hellenvilliers (XVe siècle), côté rue, d'après une capture d'écran réalisée à partir du site Google maps et une photographie de Frédéric Ménissier datant d'avril 2021.

Le second manoir des Hellenvilliers (XVIIe siècle), côté cour, d'après une aquarelle signée Dubourg (avec nos remerciements à Jean-Charles Juillard).

Le second manoir des Hellenvilliers (XVIIe siècle), côté cour, d'après une aquarelle signée Dubourg (avec nos remerciements à Jean-Charles Juillard).

Le second manoir des Hellenvilliers (XVIIe siècle), côté cour, d'après une photographie de Gabriel Ruprich-Robert (1859-1953) et disponible dans la base POP du Ministère de la culture.

Le second manoir des Hellenvilliers (XVIIe siècle), côté cour, d'après une photographie de Gabriel Ruprich-Robert (1859-1953) et disponible dans la base POP du Ministère de la culture.

Le manoir des De Roux

Un dernier manoir doit retenir notre intention. Invisible depuis la route, ce manoir se situe près de la motte castrale. Il semble avoir été bâti pour les Le Roux, seigneurs d’Acquigny devenus seigneurs du Mesnil-Jourdain depuis 1605 où Robin Le Roux, président aux requêtes puis conseiller au parlement, la reçut par décret. Selon MM. Charpillon et Caresme, toujours, vers 1879 la comtesse du Mesnil-Jourdain, héritière des Le Roux, possédait encore la plus grande partie des terres du Mesnil-Jourdain. 

Ce bâtiment est aussi austère qu’harmonieux. Il est austère par ses angles saillants, notamment dans deux corps de bâtiments carrés aux ailes, et par ses ouvertures somme toute réduites, surtout au rez-de-jardin. On peut présumer qu’il servait de stockage à l’étage et de bergerie au rez-de-cour. Il est harmonieux par la blancheur du calcaire de ses moellons et des pierres de taille aux angles et aux chainage. La couleur sable des maçonneries, en remplissage, apportent une appréciable couleur chaude. Les toits à croupe évoquent, romantiquement, les bastides et l’ambiance du sud-ouest. Moins joyeux, on peut regretter avec Jean-Charles Juillard la construction d’un nouveau bâtiment entre la motte castrale, qu’il entaille, et le manoir des Le Roux ; construction sûrement autorisée dans la mesure où il est peu visible. 

Vue sur l'église Notre-Dame du Mesnil-Jourdain, côté sud, d'après une photographie de 1939 prise par Emmanuel-Louis Mas (1891-1979) et disponible dans la base POP du Ministère de la culture.

Vue sur l'église Notre-Dame du Mesnil-Jourdain, côté sud, d'après une photographie de 1939 prise par Emmanuel-Louis Mas (1891-1979) et disponible dans la base POP du Ministère de la culture.

Vue sur l'église Notre-Dame du Mesnil-Jourdain, côté nord, dans le domaine, d'après une photographie de Gabriel Ruprich-Robert (1859-1953) et disponible dans la base POP du Ministère de la culture.

Vue sur l'église Notre-Dame du Mesnil-Jourdain, côté nord, dans le domaine, d'après une photographie de Gabriel Ruprich-Robert (1859-1953) et disponible dans la base POP du Ministère de la culture.

Notre-Dame du Mesnil-Jourdain (XVe siècle)

Les Hellenvilliers étaient les patrons de la paroisse. Ils ont fait édifier le temple actuel vers 1455 à la place de leur chapelle privée, mais ouverte sur l’espace public, vers les quelques habitations d’alors du Mesnil-Jourdain. C’est ainsi qu’elle est adossée au bâtiment du XVe siècle, à l’ouest, qui contraint à placer l’entrée par le sud de la tour-clocher, comme à Pont-de-l’Arche. 

La tour-clocher s’élève sur quatre niveaux, fait rarissime dans la campagne alentour. Elle est massive, avec contreforts, mais non austère comme à Notre-Dame de Freneuse. Sa hauteur la rend élégante, élégance renforcée par la finesse des décorations gothiques des remplages du vitrail de l’entrée, des gargouilles et de sa balustrade en claire-voie qui couronne la tour. Le clocher est constitué d’une harmonieuse flèche pyramidale qui poursuit l’effort d’élévation de Notre-Dame. De ce point de vue, elle ressemble à un temple citadin et démontre à la fois les revenus et la volonté de puissance des Hellenvilliers. Le portail, avec ses voussures en arc brisé, son trumeau et son tympan à remplages gothiques flamboyants fait songer à Notre-Dame-des-arts, à Pont-de-l’Arche, plus tardive de quelques décennies. 

Vue sur le portail de l'église Notre-Dame du Mesnil-Jourdain, côté sud, d'après une photographie de 1939 prise par Emmanuel-Louis Mas (1891-1979) et disponible dans la base POP du Ministère de la culture.

Vue sur le portail de l'église Notre-Dame du Mesnil-Jourdain, côté sud, d'après une photographie de 1939 prise par Emmanuel-Louis Mas (1891-1979) et disponible dans la base POP du Ministère de la culture.

Détail sur une statue et sur les décors floraux des frises de l'encadrement de la porte principale d'après une photographie de Frédéric Ménissier en avril 2021.

Détail sur une statue et sur les décors floraux des frises de l'encadrement de la porte principale d'après une photographie de Frédéric Ménissier en avril 2021.

Plus modeste est la première et unique travée de la nef qui présente des baies gothiques aux dimensions appréciables et laissant passer largement la lumière à l’intérieur du temple. Puis, les autres travées, celles du chœur, sont bien plus modestes, le gros des dépenses ayant déjà été consenti pour la tour-clocher et la nef. Le temple retrouve une taille commune aux églises du plateau du Neubourg et le chœur bénéficie d’une lumière plus mesurée, plus intime et propice au recueillement. Il en résulte une disproportion entre les deux parties de l’édifice mais elle n’entame pas la beauté et l’harmonie d’ensemble de Notre-Dame.     

C’est ainsi que l’église paroissiale a obtenu son classement aux Monuments historiques le 14 juin 1961. Quant à son mobilier, ce sont un peu plus de 20 objets qui sont recensés, et dont les fiches sont accessibles dans la base POP du Ministère de la culture. Plusieurs objets datant du milieu du XVIIIe siècle sont classés sur la liste des Monuments historiques : 

- le 3 février 1958, au chœur du sanctuaire de Notre-Dame, une statue grandeur nature de la Vierge à l’Enfant en calcaire peint polychromé, l’ensemble du maitre-autel (l’autel, le tabernacle, le tabor (pupitre d’autel) et le tableau d’autel représentant la Descente de croix) et une statue grandeur nature de Saint-Nicolas ;

La Vierge à l'Enfant-Jésus, cœur du sanctuaire de Notre-Dame, par Frédéric Ménissier datant de mai 2021.

La Vierge à l'Enfant-Jésus, cœur du sanctuaire de Notre-Dame, par Frédéric Ménissier datant de mai 2021.

Le maitre-autel de Notre-Dame par Frédéric Ménissier datant de mai 2021.

Le maitre-autel de Notre-Dame par Frédéric Ménissier datant de mai 2021.

Saint-Nicolas par Frédéric Ménissier datant de mai 2021.

Saint-Nicolas par Frédéric Ménissier datant de mai 2021.

La Descente de la croix, détail du maitre-autel. On dit que les hermines du rideau couronnant le tableau seraient une référence aux fonctions de justice des Le Roux, ce qui est probable (potographie de Frédéric Ménissier, mai 2021).

La Descente de la croix, détail du maitre-autel. On dit que les hermines du rideau couronnant le tableau seraient une référence aux fonctions de justice des Le Roux, ce qui est probable (potographie de Frédéric Ménissier, mai 2021).

- le 24 mars 1972, le retable partiellement peint en trompe-l'œil sur le mur ; 

- un calice en cuivre et argent classé le 21 janvier 1974. 

En sus, le 4 juillet 1903 ont été classées au titre d’objets trois statues en marbre représentant des angelots nus et ailés. Elles font partie d’un style appelé putto ; putti dans son pluriel italien. Elles proviennent du tombeau de Robert Le Roux de Tilly, conseiller au Parlement de Normandie, mort en 1638, et de son épouse Marie de Bellièvre morte en 1642. Le tombeau a été transféré à l'église paroissiale d'Acquigny en 1779, où il a été saccagé à la Révolution.” La fiche du Ministère de la culture nous apprend que “Ces statues ont été exécutées par Jacques Sarrazin. Elles sont rehaussées par une imposante fresque représentant les défunts. L'angelot central chevauche un crâne comme pour signifier que la vie est plus forte, que cela soit au Paradis tout comme aujourd'hui où les naissances perpétuent la vie.

Vues sur la fresque en hommage à Robert Le Roux de Tilly et son épouse Marie de Bellièvre (XVIIe siècle) (Frédéric Ménissier, mai 2021). Vues sur la fresque en hommage à Robert Le Roux de Tilly et son épouse Marie de Bellièvre (XVIIe siècle) (Frédéric Ménissier, mai 2021).

Vues sur la fresque en hommage à Robert Le Roux de Tilly et son épouse Marie de Bellièvre (XVIIe siècle) (Frédéric Ménissier, mai 2021).

Vue sur le cimetière, le portail et deux bâtiments des Hellenvilliers par Frédéric Ménissier en avril 2021.

Vue sur le cimetière, le portail et deux bâtiments des Hellenvilliers par Frédéric Ménissier en avril 2021.

Massives porte charretière et porte piétonne triplement voutées en plein-cintre le long de la rue de l'église, vers Cavoville. La première vue est une aquarelle de Dubourg (merci à Jean-Charles Juillard) et la seconde une photographie de Frédéric Ménissier prise en avril 2021. Elles semblent dater au moins du XVe siècle, à en croire les assises alternées de silex et de pierre de taille, et témoignent de l'entrée d'une imposante propriété nobiliaire.
Massives porte charretière et porte piétonne triplement voutées en plein-cintre le long de la rue de l'église, vers Cavoville. La première vue est une aquarelle de Dubourg (merci à Jean-Charles Juillard) et la seconde une photographie de Frédéric Ménissier prise en avril 2021. Elles semblent dater au moins du XVe siècle, à en croire les assises alternées de silex et de pierre de taille, et témoignent de l'entrée d'une imposante propriété nobiliaire.

Massives porte charretière et porte piétonne triplement voutées en plein-cintre le long de la rue de l'église, vers Cavoville. La première vue est une aquarelle de Dubourg (merci à Jean-Charles Juillard) et la seconde une photographie de Frédéric Ménissier prise en avril 2021. Elles semblent dater au moins du XVe siècle, à en croire les assises alternées de silex et de pierre de taille, et témoignent de l'entrée d'une imposante propriété nobiliaire.

Le couvent de Sainte-Barbe

Nous avons vu que la paroisse était liée à Louviers par la famille Jourdain. Cela se traduit dans la découpe des limites communales qui descendent jusqu’aux rives et de l’Eure et au sud de la boucle fossile de La Haye-le-comte où l’on trouve l’ancien couvent de Sainte-Barbe. Les archives de l’Eure en ligne font état d’une liasse (cotée H1209) où se trouvent des documents allant de 1470 à 1668. On y apprend qu’Artus de Hellenvillier, écuyer, seigneur du Mesnil-Jourdain, fit don en 1470 à frère “Jehan Berthon, prêtre, religieux de la tierce ordre Saint-François” et à ses successeurs, d'une “place et lieu assis ès bois de la dite seigneurie du Mesnil-Jourdain, nommé l'Ermitage.” 

Les bâtiments du couvent Sainte-Barbe sur une carte postale illustrée des années 1910 et vue sur la ferme Sainte-Barbe par Frédéric Ménissier en avril 2021.Les bâtiments du couvent Sainte-Barbe sur une carte postale illustrée des années 1910 et vue sur la ferme Sainte-Barbe par Frédéric Ménissier en avril 2021.

Les bâtiments du couvent Sainte-Barbe sur une carte postale illustrée des années 1910 et vue sur la ferme Sainte-Barbe par Frédéric Ménissier en avril 2021.

 

Petite par le nombre de ses habitants, Le Mesnil-Jourdain s’avère être une des communes les plus riches en patrimoine bâti et paysager de la région. Saluons le travail des élus et de plusieurs habitants, réunis en association, investis dans la protection et la restauration du patrimoine. En lien avec la Fondation du patrimoine, qui collecte des fonds, ils se sont attelés à un vaste travail de restauration de Notre-Dame dont les gargouilles ont été récemment restaurées. Nous invitons nos lecteurs à se joindre aux dons sur le site de la Fondation du patrimoine.

 

Armand Launay

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages) ;

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages) ;

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages) ;

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au cœur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages) ;

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages) ;

- Mieux connaitre Pont-de-l'Arche à travers 150 noms de rues et de lieux ! (Autoédité avec Frédéric Ménissier, 2019, 64 pages) ; 

- Les Trésors de Terres-de-Bord : promenade à Tostes, ses hameaux, Écrosville, La Vallée et Montaure (édité par la mairie de Terres-de-Bord, à paraitre en 2022).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis enseignant à Mayotte.

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