Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 16:47

Dans la rue des Carrières se trouve la plus ancienne demeure des Damps : la maison de la Dame blanche. Tous les curieux d’histoire locale ont entendu dire que ce nom a pour origine Blanche de Castille, qui aurait habité ici...

 

P1150701


La lecture du Dictionnaire historique de toutes les communes de l’Eure (1868), de MM. Caresme et Charpillon, démontre que ce n’est pas Blanche de Castille qui vécut ici mais Blanche de France, identifiée grâce aux actes de propriété conservés :  

 

"En mai 1331, Philippe le Bel donnait à Etienne de la Chapelle, son cuisinier, des héritages assis aux Damps, à Léry, et dans les environs, qui avaient été confisqués sur Robert de Gasny, pendu pour ses démérites. Il se trouve que ce domaine de Léry appartenait alors à Blanche de France, fille de Philippe le Long, qui en avait hérité de sa mère Blanche de Bourgogne, morte en 1330. Cette princesse prétendit que les biens du supplicié lui appartenaient par échoite, et avec l’approbation de sa famille, elle les donna à deux religieuses de Longchamps ; mais Guillaume de la Chapelle, fils d’Eustache, fit une vigoureuse résistance en s’appuyant sur la donation faite à son père. Le roi intervint par lettre de juillet 1335 et ordonna l’exécution d’une décision de ses gens de comptes, qui avaient adjugé les héritages à Blanche de France".

           

Deux Blanche, mère et fille, ont bien été propriétaires de terres aux Damps au XIVe siècle. Mais, est-ce à dire que ces dames fussent propriétaires de la demeure qui nous intéresse ?

Son ancienneté permettrait de le penser puisqu’une cave présente les caractéristiques du XIIIe siècle avec des arcs doubleaux chanfreinés en plein cintre (comme la Salle d’Armes à Pont-de-l’Arche). Les parties les plus anciennes de la maison semblent dater du XIVe siècle. Les décorations gothiques sculptées dans les poteaux de la façade nord (notamment des encadrements des fenêtres) indiquent une construction antérieure à la fin du premier tiers du XVIe siècle. Au milieu de la façade sud se trouve un bel escalier en vis en demi-hors-d’œuvre non visible depuis la route. Il met en valeur le parfait parallélisme de ce bâtiment.

 

Cependant, rien n’atteste que cette demeure ait appartenu à Blanche de Bourgogne et Blanche de France. En effet, il est douteux qu’une tradition orale ait survécu 650 ans (soit une trentaine de générations)… Qui plus est, la confusion avec Blanche de Castille montre le peu de fiabilité de la mémoire orale au-delà du propre vécu des témoins. Cette confusion est très certainement due à la déformation de propos apportés aux Dampsois à partir des textes de MM. Charpillon et Caresme, grands vulgarisateurs des chartes oubliées dans les archives.

 

 

 

Voie blanche

 

La Voie blanche désigne plusieurs lieux de la région de Val-de-Reuil. L’origine de son nom a suscité des explications dignes de légendes…

 

- le chemin forestier qui part des Damps vers Léry ;  

- un hameau de Léry (centre équestre et quelques maisons) ;

- un quartier de Val-de-Reuil.

 

D’aucuns ont écrit que ce nom provenait de Blanche de Castille qui aurait possédé des terres aux Damps (voir ci-dessus). Or, la Voie blanche n’existait pas en ce temps. La partie qui nous intéresse est un ancien tronçon de la voie royale, puis impériale, reliant Paris à Rouen. Ce tronçon fut déclassé en chemin forestier en 1869 car son relief le rendait moins accessible que le tracé historique longeant l’Eure par Léry. On peut avancer une autre explication : le chemin entre Les Damps et Val-de-Reuil parcourt l’éperon Nord-Est du plateau du Neubourg. C’est ainsi qu’affleure le blanc calcaire contrastant avec les chemins qui empruntaient le creux de la vallée avant l’arrivée du goudron. A notre sens, c’est cette particularité visuelle qui a permis à nos ancêtres de nommer cet espace géographique et non la présence d’une grande dame. Il serait tentant de donner des explications érudites mais le plus intéressant est de retrouver les préoccupations quotidiennes de nos ancêtres, surtout dans un temps où l’on ne donnait pas de nom de personnes aux lieux.

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com/

Bando 13x9 (1)

Partager cet article

Repost 0
Published by Armand - dans Les Damps
commenter cet article

commentaires

Vinsareva 04/01/2012 21:53


Cette maison est très belle.

Armand 05/01/2012 09:48



Moi qui suis passionné par les maisons à pans de bois, je suis entièrement d'accord ! ++



  • : Pont de l'Arche histoire, patrimoine et tourisme
  • Pont de l'Arche histoire, patrimoine et tourisme
  • : Bienvenue sur ce blog perso consacré à Pont-de-l'Arche et sa région (Normandie, Eure). Vos commentaires et messages sont aussi les bienvenus ! Pour utiliser mes travaux, contactez-moi;-)
  • Contact

Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...