Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 17:53

Paris, Rouen, Le Havre ne forment qu’une seule ville dont la Seine est la grande rue.
 

Napoléon Bonaparte

 

Ancienne-ecluse


Le montage des bateaux sous le pont de la ville
Depuis le IXe siècle, le passage des bateaux posait problème à Pont-de-l’Arche à cause des piles du pont qui donnaient naissance à une chute d’eau de presque 50 cm. Alors, le halage, c’est-à-dire la traction des bateaux (remontant le courant) par des chevaux était arrêté. Des hommes, aidés de quelques chevaux, montaient les bateaux sous le pont à l'aide de cordages. C'est ce que représente un magnifique vitrail de l’église de Pont-de-l’Arche. Les bateaux étaient donc dépendants de la main d’œuvre locale guidée par le maitre de pont. Cette opération coutait cher à la navigation, en plus des droits de passage… et prenait du temps.

1796 : un projet de canal à Pont-de-l'Arche
Le premier projet de construire un canal contournant le pont de Pont-de-l’Arche est né en 1796 de l’étude de Pierre-Alexandre Forfait. Celui-ci était mandaté par le ministre de la Marine, Jean Dalbarade, pour étudier l’amélioration de la navigation entre Paris et la mer. Il proposa même d’éviter le pertuis de Poses en creusant un canal de Bonport à Portejoie ! La situation budgétaire de la France étant calamiteuse, le projet archépontain ne se concrétisa pas. Cependant, Pierre-Alexandre Forfait devint ministre de la Marine et des colonies sous Napoléon Bonaparte, après le coup d’État de Brumaire. Napoléon Bonaparte vit lui-même la situation de Pont-de-l’Arche le 8 brumaire an XI (30 octobre 1802).

 

Une écluse utile à la police intérieure...

Selon toute vraisemblance, Napoléon fut sensible à l’idée de creuser un canal notamment pour achalander Paris en cas de disette… Il avait évidemment noté combien les révoltes du peuple parisien avaient changé le cours de la Révolution française à plusieurs reprises… et combien les haleurs et le peuple de Pont-de-l’Arche pouvaient se servir, en cas de famine, sur les bateaux chargés de vivres.

En effet, en juillet 1792 en pleine famine, les haleurs refusèrent de monter de les bateaux en direction de Paris (Etienne-Alexandre Sorel, page 111). Le 17e régiment d'infanterie et le Conseil municipal prirent eux-mêmes les cordages. En février 1795, le bateau "La Thérèse" fut arrêté par le peuple qui souhaitait recevoir 150 quintaux de blé pour survivre à la famine (E.-A. Sorel, page 121). En 1795 toujours, les femmes suppléèrent les hommes afin de limiter la réaction de l'armée suite aux pillages de voitures. Ainsi, elles arrêtèrent une charette remplie de farine, qu'elles pillèrent. Elles pillèrent deux voitures remplies de riz et un bateau allant vers Paris le 7 avril (Etienne-Alexandre Sorel, page 123).  

 

1803-1813 : du déblocage des fonds à l'inauguration du canal

En 1803, les fonds nécessaires furent débloqués pour construire un canal de 370 mètres, une arche au-dessus du canal et une écluse de 80 mètres de long et 13 mètres de large. La paix à Paris en dépendait. La guerre, l’embargo européen sur le commerce français et la sous-évaluation des frais de chantier retardèrent l’exécution des travaux dont la première pierre ne fut posée qu’en 1807. Le premier juin 1810, Napoléon Bonaparte, accompagné de l’impératrice Marie Louise, de Jérôme, roi de Westphalie et de plusieurs généraux, visita les travaux de l’écluse, la première qui fut creusée dans le fleuve. Sur la tête du pont, fut placée l’inscription suivante : Napoléon le Grand, 1er juin 1810. Le 14 aout 1813 eut lieu l’inauguration. Puis, l’écluse fut gardée en permanence par un éclusier percevant une taxe sur les passages. A côté de l’écluse se trouvait la maison de cet agent. Elle existe encore à droite du pont en direction de Rouen, près de la berge.
 

Plan-ecluse-canal


1856 : abandon de l’écluse et du canal
En 1856, le pont de la ville, qui était un obstacle à la navigation fluviale, s’effondra dans la Seine suite à la volonté des autorités. Après avoir dragué le lit du fleuve et après avoir bâti un pont de neuf arches, la navigation put s’effectuer sans encombre sous le pont. Cette nouvelle construction sonna le glas de l’écluse en 1858.

Le canal devint un marais insalubre qui fut remblayé en 1907. En 1910, les restes de l’écluse s’évanouirent un peu plus avec la construction de l’auberge du " Vieux pilier " (où se trouve la station service, de nos jours). L’arche que l’on voit sur des cartes postales et qui permettait à la route Rouen-Évreux de franchir le canal, a, semble-t-il, été recouverte durant les travaux de fondation de la culée du nouveau pont, en 1951.

Néanmoins, une partie du canal ayant servi à l’écluse fut encore utile. Elle servit d’entrepôt pour un réparateur de péniches : M. Sénécaux qui faisait partie de La Société générale de transport. Deux longs bâtiments furent construits dans l’alignement de l’ancien canal ; bâtiments que l’on voit aujourd’hui et qui servent à une casse-auto. Aujourd’hui, on peut encore voir le passage de l’ancien canal de l’écluse à gauche du pont en direction de Rouen, près des quatre logements qui sont situés à gauche lorsqu’on se rend vers l’ancienne usine électrique (route de la déchèterie d’Igoville).

 

A lire aussi...

Les ponts de Pont-de-l'Arche de 862 à nos jours

Le fort de Limaie : un châtelet sur la Seine à Pont-de-l'Arche

Le vitrail du halage ou Pont-de-l'Arche étape fluviale de Seine avant 1813

 

Bibliographie

 - Collignon, Maurice, « Napoléon Premier dans l’Eure », in Bulletin de la Société d’études diverses de Louviers, t. XII, années 1909-1910, Louviers : Eugène Izambert, 320 pages, voir le chapitre XV, « À l’écluse de Pont-de-l’Arche » ;

- Forfait, Pierre-Alexandre, Mémoire et observations concernant la navigation du lougre de la République, sur la Seine, du Havre à Paris l’an 4e de la République, 1796, 30 pages, manuscrit conservé à la bibliothèque municipale du Havre (mss 241).

- Legoy, Jean, « Le voyage du Havre à Paris par la Seine en 1796 », in Cahiers Léopold-Delisle, t. XXV-XXXVI, années 1986-1987, La Normandie et Paris : actes du XXI congrès des sociétés historiques et archéologiques de Normandie, 255 pages ;

- Petit-Decroix, Yvette, Binay, Jean-Pierre, Masson, Patrick…, Les moulins à eau du pays de Louviers, Louviers : Société d’études diverses de Louviers et sa région, 2005., 96 paes ;

- Préteux, M.-L., « La Navigation sur la Seine au Moyen Âge et dans les temps modernes », in Recueil de l’Association des amis du vieux Havre n° 6, Le Havre : Imprimerie Micaux Frère, 1926 ;

Sorel Etienne-Alexandre, Pont-de-l’Arche pendant la Révolution d’après les registres municipaux : 1789-1804, Rouen : A. Lestringant, 1919, 147 pages.

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

Partager cet article

Repost 0

commentaires

  • : Pont de l'Arche histoire, patrimoine et tourisme
  • Pont de l'Arche histoire, patrimoine et tourisme
  • : Bienvenue sur ce blog perso consacré à Pont-de-l'Arche et sa région (Normandie, Eure). Vos commentaires et messages sont aussi les bienvenus ! Pour utiliser mes travaux, contactez-moi;-)
  • Contact

Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...