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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 17:45

Charpillon L.-E., Caresme Anatole, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys : Delcroix, 1868, 960 p., t. II, p. 895-897.  

 

 

CRIQUBEUF-SUR-SEINE  

 

 

Paroisse des : Dioc. d’Évreux. Vic et Élect. de Pont-de-l’Arche. Parl. et Gén. de Rouen. 

La voie romaine de Mediolonum à Rothomagus, longe la rive gauche de la Seine et passe aux Damps, Criquebeuf-sur-Seine et Caudebec-lès-Elbeuf. 

L’origine de ce village, qui est saxonne, est peut-être commune avec celle de l’autre Criquebeuf, tout deux ont la sainte Vierge comme patronne. 

En 1063, une partie de Criquebeuf-sur-Seine appartenait à Odon Stigand, dapifer le Guillaume le Bâtard. Ce seigneur ayant perdu son fils à l’âge de 26 ans, en éprouva une grande douleur et le fit inhumer à Saint-Ouen de Rouen, où déjà Stigand l’ancien était inhumé avec sa femme et où lui-même avait choisi sa sépulture. 

En récompense de la sépulture accordée à lui et aux siens, Eudes Stigaut donna aux moines de Saint-Ouen l’église de Montaure pour en faire un prieuré, qu’il dota de tout ce qu’il avait dans le territoire de Criquebeuf, avec l’eau.   

L’église de Criquebeuf avec le fief qui lui servait de dotation étaient restés dans le domaine ducal ; Richard Cœur-de-Lion, en fondant l’abbaye de Bonport, détacha de son domaine l’église de Criquebeuf. « Nous donnons, dit-il, à perpétuité, aux religieux pour leur entretien et besoins, l’église de Criquebeuf intégralement avec toutes ses dépendances, nous voulons à cette occasion qu’on sache que l’avouerie de ladite église nous a été adjugée après la preuve faite dans une enquête[1].  

Cette  donation remonte a 1090, et quatre ans après, Guérin, évêque d’Évreux, donna deux part  de la dîme de Criquebeuf aux moines de Bonport, et la troisième au curé et aux clercs chargés de desservir l’église.

Phllippe-Auguste se trouvant à Fontainebleau en 1204, confirma les biens de N.-D. de Bonport.  

L’année suivante, Gilbert, prieur des Deux-Amants, cède à Pierre, abbé de Bonport, la chapelle Saint-Martin de Maresdans et tout ce que ce couvent avait de droits depuis le Pont-de-l’Arche jusqu’à l’église de Criquebeuf[2].  

Dans une bulle du commencent du XIIIe siècle, le pape Innocent III prend sous sa protection l’abbaye de Bonport et lui confirme les dîmes de Criquebeuf.  

Dès 1160 on trouve des traces d’une famille de Criquebeuf ; Goscelin et Raoul de Criquebeuf, son fils, furent témoins de la donation que le curé de La Londe fit au Bec.  

Geofroy de Criquebeuf est cité dans une charte de 1223. Gautier, châtelain du Pont-de-l’Arche, vendit, vers 1230, 3 vergées ¾ à prendre dans la forêt de Bord, à Raoul de Criquebeuf et Richard du Val, pour 12 s. 9 d. de rente, il mesura lui-même et fit si bonne mesure, que les acquéreurs lui donnèrent 30 s de pot-de-vin[3].  

Le 16 octobre 1245, Innocent IV confirma la possession des dîmes de Criquebeuf à l’abbaye de Bonport, et le 10 mars suivant il consacra le partage fait par Guérin, évêque d’Évreux, de la dîme de Criquebeuf.  

Au mois de septembre 1247, Hamon le Haranguier et Julienne, sa femme, fille de Gautier Mustel du Pont-de-l’Arche, vendent à Robert Coepel 3 boisseaux de blé, un chapon 6 d. et l’obole de rente dus par Marie Tissier et Roger Goujou, sur une masure et terre cultivable en la paroisse de Criquebeuf-sur-Seine[4].  

Nicolas, seigneur de La Londe, donna au Bec, en 1250, tout le pré qu’il avait dans l’île de Criquebeuf-sur-Seine[5].  

Au mois d’août 1254, Jehan, fils de Nicolas de Saint-Amand, vend à Richard, son frère tout son héritage de Criquebeuf et Freneuse, en maisons, terres et aulnaies.  

Robert Le Courtois, de la paroisse de Criquebeuf, vendit à l’abbaye de Bonport, en 1262, une pièce de terre à Criquebeuf, sise entre la terre de Guillaume Baignart et celle de Gillebert Maillard[6].  

L’abbaye de Fontaine-Guérard vendit au couvent de Bonport, en 1264, une première fois deux pièces de pré dans l’île de Criquebeuf, et une seconde deux autres pièces au même lieu ; parmi les témoins de ces chartes, Thomas et Étienne Le Tissier, Jacques-André et Pierre Le Goupil, deux familles importantes de Criquebeuf à cette époque.  

Robert de Feuquerolles, chevalier, seigneur de Criquebeuf, siégeait en 1258 à l’Échiquier de la Saint-Michel à Rouen ; au mois d’août 1266, il approuva la vente de deux pièces de pré dans son fief, faite par les religieuses de Fontaine-Guérard à Bonport[7].  

En 1290, Geofroy de  Feuquerolles, chevalier, tenait le fief de Criquebeuf-sur-Seine ; il le possédait encore en 1309, lorsqu’il fut compris dans l’échange du fief de Tourville-la-Campagne contre celui de Neufmarché[8].  

En septembre 1327, Jean Le Panier avait vendu aux moines de Bonport une pièce de terre sise dans le fief de Mgr de Criquebeuf et estimée 2 s. 6 d. de rente. Charles IV amortit cette acquisition.  

En 1390, les habitants de Criquebeuf-sur-Seine, Martot, le Becquet et S. Pierre Lierrout, unis ensemble, plaidaient à l’Échiquier contre ceux de Pont-de-l’Arche, Léry, le Vaudreuil, Igoville, etc.  

Le fief de Criquebeuf-sur-Seine, en sortant des mains de la famille de Feuquerolles paraît avoir été acquis par la maison d’Harcourt, d’où il passa aux seigneurs de Rieux, héritiers en partie de cette maison.  

Vers 1460, Jean de Rieux rendit foi et hommage au seigneur de La Londe et de Tourville à cause de ses fiefs de Criquebeuf-sur-Seine et Gilles Touques[9].  

En 1496, lors de l’arrêt de partage entre les maisons de Rieux et de Lorraine, Criquebeuf-sur-Seine resta à cette dernière représentée alors par René de Lorraine, marquis d’Elbeuf. Les ducs d’Elbeuf n’ont pas cessé de posséder ce fief jusqu’à la Révolution[10].  

Au XVe siècle, bon nombre de petits propriétaires obérés pour se procurer des ressources, vendaient leurs troupeaux, quitte à reprendre à ferme ou à moitié. À cette époque, un paysan de Criquebeuf vendit 10 bêtes à laine pour 85 s. t., puis il les repris à bail pour trois ans ; la laine devait être partagée tous les ans et les corps à la fin de ce bail[11].  

Criquebeuf fut uni à Elbeuf lors de son érection en duché en 1582.   

Un curé de Criquebeuf fonda en 1648 le couvent des Pénitents du Tiers-ordre à Pont-de-l’Arche.   

Fiefs : 1° Baignard. Ce fief a aussi été nommé Mesnil ou Mesnillet, à cause de sa dépendance du Mesnil-Jourdain. Richard Baignard, tige de cette famille, tenait dès 1210 un fief au Thuit-Signol.   

Raoul Baignard, prêtre, curé au Mesnil-Jourdain, renonce en faveur du prieuré de Sainte-Barbe-en-Auge, à ses prétentions au patronage de Cesseville.   

Au mois de février 1240, Gautier du Mesnil vendit à Raoul Baignard, son oncle, une pièce de terre au Mesnil-Jourdain.   

Charles-le-Bel, en septembre 1327, amortit en faveur de l’abbaye de Bonport une rente de 40 s. que leur avait vendu Geofroy Baignard, sauf 2 d. que les religieux devaient audit Geofroy sur des héritages sis au Mesnil-Jourdain dans ses fiefs[12].   

Dans son aveu pour le Mesnil-Jourdain, en 1395, Pierre de la Héruppe dit que, est tenu de lui par quart d’hommage de membre de fief noble, le fief Baignard à Criquebeuf, 8e de ce fief[13].   

Guillaume Le Prévost tenant du fief Baignard ou Menillet, ou Criquebeuf, eut main levée le 27 juillet 1596.   

Raoul Labbé, mort avant 1629, fit l’acquisition du fief de Baignard ou Menillet ; il prenait les titres de baron de Bellegarde, conseiller à la cour des aides de Normandie, seigneur d’Incarville, Épreville, La Motte, Vaudreuil, Criquebeuf, Livet, Mesnil Sainte-Marguerite, etc.[14] Il épousa Catherine de Bois-l’Évêque, dont il eut quatre fils et deux filles ; Charles, l’un d’eux, sieur de la Motte, marié à Madeleine Labbé, avait été reçu au Parlement en 1625. Il blasonnait : d’argent au sautoir de sinople.   

On lit dans un aveu pour le Mesnil-Jourdain, du 17 novembre 1665 : Item en relève un huitième de fief assis en la paroisse de Criquebeuf-sur-Seine, jadis nommé le fief Baignard, à présent fief du Mesnil ou de Criquebeuf, qui fut Guillaume Le Prévot et à présent Charles Labbé…   

En 1679, Marguerite Labbé, fille de Jean-Baptiste, héritière sous bénéfice d’inventaire de son oncle Charles Labbé, esc., est conseiller au Parlement, tenait la châtellenie de Martot, composée des fiefs de Martot et Freneuse, Criquebeuf-sur-Seine.   

M. Nicolas-Alexandre Lucas, fils d’Adrien, sieur de Boncout, devint président du bureau des finances en 1707 ; c’est lui qui fit l’acquisition de Criquebeuf, la Motte ou Vaudreuil et Martot.   

Lucas de Boucout : d’or, à l’aigle éployée de sable becqué et onglé de gueules, au chef de gueules, chargé de trois croisettes d’argent.  

Jacques-Alexandre Lucas de Boucout, fils du président, était, en 1780, possesseur du plain-fief du Ménillet à Criquebeuf, dont il avait été ensaisiné le 3 septembre 1764. Sa fille unique et héritière, Adélaide-Geneviève Lucas de Boucout, épousa Michel-Charles-Louis de Biencourt, marquis de Poutrincourt, auquel elle porta la succession paternelle.

 

CRIQUEBEUF-SUR-SEINE, canton de Pont-de-l'Arche, sur la Seine, à. 35 m. d’alt. – Sol : alluvions contemporaines, craie blanche. – R.dép. n° 12, de Bourgtheroulde à Gournay. – 4 cont., 1,535 fr. en ppal. – Rec. ord., budg. 1867, 4,838 fr. – Surf. terr., 1,463 hect. – Pop., 1,220 hab. – * Percep. et Rec. cont. ind. de Pont-de-l’Arche. – Écoles spéc. de 90 garçons et de 75 filles. – 1 Maison d’école. – Paroisse. – Presbyt – Comp. de 30 sap.-pompiers. – Soc. de musique. – 15 perm. de chasse. – 13 déb. de boissons. – Dist. en kil. aux ch.-l. de dép., 38 ; d’arr., 16 ; de cant., 4.  

 

Dépendances : Quatre-Âges, Le Champ-d’Asile, Gaubourg.   

Agriculture : Céréales. – Bois. – Légumes.   

Industrie : Néant. – 31 Patentés.   

 

 

 

[1] Cartulaire de Bonport.  

 

[2] Cartulaire de Bonport.  

 

[3] Cartulaire de Bonport.  

 

[4] Cartulaire de Bonport.  

 

[5] Inventaire des titres du Bec. 

 

[6] Cartulaire de Bonport.   

 

[7] Cartulaire de Bonport, 269.   

 

[8] Il s’agissait de la mouvance seulement. 

 

[9] Archives de la Seine-Inf.  

 

[10] Voir Dict. hist. à la suite des ducs d’Elbeuf.  

 

[11] Tabellionage d’Elbeuf.    

 

[12] Cartulaire de Bonport, 383.   

 

[13] M. Goujon, Hist. du Vaudreuil, p. 9. 

 

[14] M. Goujon, Hist. du Vaudreuil, p. 43.

Armand Launay

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...