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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 14:16

L’Eure prend sa source dans le Perche à l’étang Rumieu (Eure-et-Loir). Depuis les travaux d’aménagement de la Seine en voie d’eau (1934), cette rivière a gagné près de 10 kilomètres et se jette dans la Seine à Martot. Autrefois, après 215 kilomètres elle se jetait dans la Seine aux Damps, de la pointe de la Garenne (petit pont actuel) jusqu'à la zone marécageuse en face du restaurant La Pomme.

 

Les Damps (7)

L'Eure aux Damps, un cadre idéal pour les balades en famille...

 

La première mention écrite de l'Eure date de 885. Elle se trouve dans les annales du monastère de Saint-Bertin sous la plume d'Hincmar, l’évêque de Reims, qui écrivit que les Normands avaient laissé leurs navires aux Damps sur les berges de l’Eure, dite Authura. 

Nous rapprochons ce mot d’atura, un mot préceltique signifiant « la source » que l'on retrouve dans de nombreux dictionnaires étymologiques. Ce nom a aussi donné Adour dans le sud de la France.  

Mais comment Authura aurait-il pu donner Eure ? 

Entre 1160 et 1170, Robert Wace nomme notre rivière dans le Roman de Rou :

« Rainault li parla a li : dessus l’ewe d’Eure

A Normanz l'envéia, ki sout la tenéure,

Manda lor k'il sace de son entreteneure »... 

Ces rimes démontrent qu’on ne disait pas « Eure » mais éure ou ure… Comme le faisait Voltaire vers 1722 qui faisait rimer dans les chants VIII et IX de La Henriade le mot Eure avec nature et structure. Vers 1907 encore, Le Dictionnaire du patois normand en usage à Louviers et dans les environs de Lucien Barbe nous apprend que nos ancêtres disaient la rivière d’Ure ou la dure

 

De Authura on a dû adoucir la dentale et prononcer Adura. Le "a" final a dû disparaître en même temps que le français s’est façonné, donnant Adour. Enfin, comme nombre de sons "ou" qui donnèrent un "u' dans les langues d'oïl, on dût prononcer L’Adure.

 

De là, étant impossible de différencier à l’oreille L’Adure de La Dure, le nom de la rivière a été raccourci  en rivière Dure, la rivière d’Ure puis, bientôt, l'"éure" ou l'"ure".

 

La dernière étape a été la transformation du son "u" ou "éu" en "e". L'orthographe "Eure", attestée au XVIIIe, a dû jouer un rôle important en laissant planer un doute sur la réelle prononciation. Prenons l'exemple de "gageure". Beaucoup de nos contemporains prononcent "gajeure" alors que la prononciation est "gajure". Les rectifications recommandées par l'Académie française depuis 1990 lèvent le doute en orthographiant désormais ce mot "gageüre", l'accent étant porté sur le "u". Trop tard pour l'Eure... 

Pour revenir à notre rivière, la prononciation locale "ure" a dû être concurrencée puis marginalisée par la prononciation "Eure" issue du français académique utilisé à l'oral par de nouveaux arrivants et à l'écrit par l'administration. Ensuite, la version "Ure" a dû être assimilée au parler normand local avec lequel elle a disparu puisque l'on a longtemps considéré, à tort, que les parlers locaux n'étaient qu'une déformation du français.  

 

Sources

 
- Barbe L., Dictionnaire du Patois Normand en usage à Louviers et environs, Saint-Aubin-lès-Elbeuf, Page de Garde,1998, 1re édition en 1907, 127 pages.

- Pluquet Frédéric, Le Roman de Rou et des Ducs de Normandie, volume 1, Rouen, Edouard Frère Editeurs, 1827, 414 pages.


Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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commentaires

Coudurier Aurélien 06/03/2013 14:00


Bonjour,


Article intéressant qui a le mérite d'exister. Je reste sceptique cependant sur l'évoluton phonétique du nom. Bien que n'étant pas un spécialiste en phonétique historique, je suis en mesure de
proposer une évolution plus en accord avec les règles qui régissent l'évolution du latin vers le français. Ainsi:


aut(h)ūra => autúra => otúra => odúra => oðure (11e siècle environ, avec probablement l'orthographe "odure") => oüre (12e siècle environ) => ure (évolution effective au 14e
siècle)


On retrouve une évolution phonétique similaire avec armatura => armeüre => armure.


Cordialement

Armand 06/03/2013 14:05



ok merci !



Vinsareva 05/12/2011 17:42


Je ne savais pas tous ça. Merci pour le partage.

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...