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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 16:23

Les Damps (10)

L'école-mairie vers 1910

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Une partie de la mairie en 2011

 

Lorsque l’on se rend en mairie, on peut y lire une plaque commémorative rappelant que ses murs furent bâtis en 1879 afin de servir à la fois d’école et de mairie aux 275 Dampsois de l’époque.

Auparavant, c’était le logement personnel du maire qui faisait office de centre administratif (lieu de réunion du Conseil municipal, accueil du public, archives...).

Quant aux enfants, ils devaient se rendre soit à Pont-de-l’Arche soit à Léry pour suivre leurs études primaires, ce qui signifiait que certains d’entre eux ne se rendaient jamais à l’école, notamment afin d’aider leurs parents au travail quotidien.

Cependant, prise isolément, cette plaque commémorative ne rend pas compte de la sensibilité et de la motivation des Dampsois. C’est pourquoi, il est intéressant de voir quels enjeux recouvraient la construction de l’école-mairie nous permettant, aujourd’hui, de comprendre quelques-unes des préoccupations de nos ancêtres.

La préoccupation immédiate est facilement discernable. La délibération du Conseil municipal de mars 1878 nous en fournit la cause : depuis quelques années, les enfants des Damps pouvaient bénéficier gratuitement de l’enseignement de l’école de Pont-de-l’Arche grâce à un don privé. Or, depuis l’année 1877 le Conseil municipal de Pont-de-l’Arche remettait en cause cet accès gratuit aux Dampsois ce qui provoqua la colère des parents, rendant ainsi plus criant le besoin d’ouvrir une école aux Damps.           

Ensuite, le deuxième aspect à prendre en compte dans notre étude est que le projet de construction de l’école-mairie vient de certains habitants de la commune et non de directives administratives. La première mention du projet date du Conseil municipal du 16 mai 1875. Une souscription publique fut ouverte pour aider à financer la construction, le coût étant très lourd pour la petite commune (9640 francs). Les réponses à l’appel furent nombreuses (à hauteur de 1350 francs, soit 1/7e des dépenses) ce qui révèle combien le projet obtenait non seulement les suffrages des Dampsois mais encore leur plein investissement.

Toutefois, ces faits restent muets si on ne les relie pas à l’histoire nationale : la construction de l’école-mairie se produisit avant que la IIIe République (officialisée en 1875) ne se dote d’une législation aidant au développement systématique de l’instruction publique et, surtout, d’un gouvernement réellement républicain. Car, paradoxalement, la France, pourtant républicaine de nom, était encore représentée par une majorité de monarchistes à l’Assemblée nationale, jusqu’en 1875, au Sénat, jusqu’en 1877, mais aussi au gouvernement, jusqu’en 1879 quand Jules Grévy fut élu président.

Par conséquent, le projet de construction d’une école-mairie aux Damps, sans être révolutionnaire, n’était pas anodin, surtout dans les campagnes qui étaient généralement plus conservatrices et donc monarchistes.

Mais les Damps était un village résolument républicain et dans de nettes proportions. Ainsi, lors des élections législatives de 1877, 47 suffrages dampsois sur 54 se tournèrent vers le républicain Develle, qui devint député à l’issu du scrutin. En fait, construire une école était le fruit d’une vision de la société où chaque homme est citoyen, c’est-à-dire libre. Or, pour que l’homme soit libre, il lui faut suffisamment de culture afin qu’il sache choisir sans que quiconque ne décide à sa place. La liberté c’est pouvoir mais - aussi - savoir choisir afin de ne dépendre que de soi.

Qui plus est, le nouveau bâtiment fut construit afin de servir de mairie à la commune, permettant ainsi de faire des économies en réunissant sous le même toit l’école, le centre administratif, mais aussi le logement du maitre d’école qui était aussi le secrétaire de mairie.

La mairie, "maison commune" symbolisa l'autonome des Damps vis-à-vis de Pont-de-l’Arche, dont le Conseil municipal avait réitéré le vœu de fusionner les deux communes en 1850. De plus, la symbolique de la mairie renvoie directement aux réformes qui suivirent juin 1789 et qui menèrent, peu à peu, à la première République de 1792 car c’est durant cette période que naquit le projet de doter chaque municipalité d’une maison commune.

La première pierre de l’école fut donc posée le 29 juin 1879, le jour de la fête communale, en présence du sous-préfet de l’ancien arrondissement de Louviers. C’est le 2 novembre que l’inauguration eut lieu en présence du député, M. Develle, de l’inspecteur des écoles primaires, du maire, M. Courcelle, de son adjoint, M. Saint-Pierre, des conseillers municipaux… ainsi que d’une foule nombreuse de Dampsois et de gens des environs. Le sous-préfet et le député louèrent les bienfaits de l’instruction publique ainsi que les efforts du nouveau gouvernement de Jules Grévy en ce sens.           

En conclusion, nous avons vu que la construction de l’école-mairie des Damps en 1879 n’est pas anodine ; elle a deux origines :

 

1      La montée du républicanisme auquel ont contribué localement les habitants des Damps avant qu’il ne gagne toutes les instances dirigeantes du pays et, avec lui, la prise de conscience de l’importance de l’éducation.

2    La volonté des Dampsois de ne plus dépendre de Pont-de-l’Arche en matière d’éducation, réaffirmant, par là-même, l’autonomie du village en le dotant d’un officiel bâtiment de mairie.

 

 

Sources

Archives municipales des Damps

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

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Published by Armand Launay - dans Les Damps Républicanisme Ecoles
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commentaires

Vinsareva 16/12/2011 18:15


Le bâtimnent n'a pas tellement changé, je trouve.

Armand 16/12/2011 18:18



Bonjour ! En effet non. Il a été gardé dans son jus. L'agrandissement de la mairie l'a bien épagné. ++



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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...