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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 17:50

Il est toujours plaisant d’aborder l’histoire par l’image. Ce type de documents est « parlant », concret… et permet d’ouvrir un véritable album de souvenirs si l’on prend le temps d’approfondir le sujet. C’est pourquoi nous vous proposons une photographie des enfants de l’école publique de Poses, datée de 1932, grâce à laquelle nous allons renouer avec un des loisirs les plus populaires du début du siècle dernier : les fêtes de la jeunesse…


Carte-postale-de-Poses-1-


Description de la photo
« Fêtes de la jeunesse. Pont-de-l’Arche 1932. Elbeuf 1933. Les Matelots de l’école de Poses. »
Filles et garçons, les écoliers de Poses ont participé aux « fêtes de la jeunesse ». Ces fêtes comprenaient des défilés au son des fanfares locales, des exercices et concours de gymnastique réalisés devant un public et un jury.
L’inscription « La laïque » sur les chapeaux marins montre qu’il s’agissait de célébrer précisément l’école publique et non les écoles confessionnelles.
Les habits n’ont rien d’étonnant. Les garçons portent des culottes courtes pour favoriser le mouvement. Une chemise-cravate démontre le souci de plaire au public et au jury. Il s’agit d’être chic ! Les filles, en jupes, portent un joli ruban qui va dans ce même sens. Cependant, elles ne manipulent pas de bâtonnets qui servent à imiter les rames, au moins sur cette photo, et qui doivent servir à des mouvements synchronisés.
Le chapeau marin permet de donner une identité aux jeunes Posiens : Les Matelots. Cela n’étonnera personne, vu l’emplacement de cette commune près d’un pertuis puis d’un barrage-écluse.
Un panneau mobile, derrière les jeunes, démontre que les fêtes de la jeunesse rassemblaient des délégations d’élèves sous le signe de leur commune, Poses en l’occurrence, lors des parades et des défilés.
Enfin, le fait d’éditer cette photographie sous la forme de carte postale démontre que les fêtes de la jeunesse étaient populaires au point que les parents et les familles pouvaient acheter des cartes postales en souvenir. Celles-ci apportaient peut-être même quelque argent pour financer l’organisation de ces manifestations. 

Organisation à Pont-de-l’Arche
Les fêtes de la jeunesse à Pont-de-l’Arche remontent à juillet 1932. Elles se déroulaient sur l’ancien terrain de football, en forêt, sur la route de Louviers mais aussi, au moins en 1938, sur un ancien terrain de sports de la rue Abbé-de-Lanterie.
Elles étaient organisées par MM. Tardy, mari de la directrice de l’école publique (et militant radical-socialiste), Guérin, enseignant (et militant SFIO), et surtout Chary, président de l’Association des Amis de l’école laïque (et militant radical-socialiste). Cet homme est central. Depuis 1926, il louait la salle des fêtes de la commune et offrait un programme d’animations (cinéma, théâtre…) à la population. Rompu à l’organisation de festivités, il s’occupait aussi du Noël des écoles. Il devint donc l’instigateur de la fête de la jeunesse dans la commune avec deux professeurs.
En 1933, le maire Charles Morel, « réprouvait « les agissements de certains qui, sous le couvert  de la fête de la jeunesse, cherchent à faire une propagande de leur politique marxiste. » En effet, les fêtes de la jeunesse, très républicaines, étaient largement soutenues par certaines familles politiques et pas qu’à Pont-de-l’Arche…


Dans la région et en France
Les fêtes de la jeunesse sont nées de la fusion entre les fêtes des écoles et les concours de gymnastique qui, comme les exercices de tir dans les écoles, avaient pour objectif patriotique de former les soldats de demain…
Le terme de « fête de la jeunesse » apparut en 1913 à Déville-lès-Rouen. Au programme, les élèves des différentes écoles suivaient un entraînement au grand air, un défilé en ville, un concours de gymnastique animé par les fanfares locales. Des récompenses étaient remises aux enfants en livrets de caisse d’Epargne en présence de personnalités officielles. Le soir, un bal était donné dans la ville.
Suite à ce succès, les fêtes de la jeunesse furent organisées à Rouen en 1914. Le président de la République était même invité. Le 14 juillet, ce sont 20 000 spectateurs qui s’y rendirent pour voir près de 2 000 élèves des écoles locales. Les organisateurs étaient principalement des membres du Parti républicain radical et radical socialiste qui gagnèrent en notoriété. 
Après la Première Guerre mondiale, les festivités reprirent. En 1920, la fête de la jeunesse fut organisée en même temps que la fête Jeanne-d’Arc (13 juin). Le thème désormais n’était plus le patriotisme mais la laïcité, et ce au grand dam des écoles confessionnelles.
Ce type de festivité gagna toute l’Europe. Cependant, dans un climat de concurrence entre les nations, l’enrôlement de la jeunesse dans des activités aux références quelque peu militaires a largement été repris par l’extrême droite allemande et italienne, tout comme l’idée de jeux olympiques d’ailleurs.
Quant à Rouen, la fête de la jeunesse culmina en 1931 avec le cinquantenaire de l’école laïque et en 1939 où 7 000 jeunes s’exercèrent en public. Elles reprirent en 1947 et s’éteignirent en 1975. Elles subsistent sous des formes différentes dans certains pays tels que le Cameroun.


Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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Published by Armand - dans Léry & Poses
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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...