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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 09:50

Hyacinthe Langlois (1777-1837), enfant de Pont-de-l’Arche, a mis en valeur le patrimoine médiéval normand par des études et de nombreux dessins au trait précis. On trouvera sa biographie sommaire sur mon blog et détaillée sur le site de l’Institut national de l’histoire de l’art (INHA) par Claudine Lebrun-Jouve.

 

Une tombe monumentale à Rouen

La mort d’Hyacinthe Langlois a laissé un grand vide tant au niveau professionnel qu’amical. Ses nombreux amis ont voulu honorer sa mémoire. Ils ont ainsi déplacé un menhir depuis la rive gauche de Rouen afin de marquer la tombe de l’artiste, tombe qui se trouve toujours au cimetière monumental de Rouen (section M2). Ce menhir porte un médaillon dessiné par Polyclès Langlois, son fils, et sculpté par Pierre-Jean David (1788-1856), dit David d'Angers. Il a été offert en 1838 à la Ville de Rouen par un comité de souscription. Le menhir porte aussi une plaque : « À E.-H. Langlois né à Pont-de-l’Arche le 3 août 1777, peintre, graveur, archéologue, la Normandie reconnaissante. » La commune de Pont-de-l’Arche participa à cette souscription.

 

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Hyacinthe Langlois dessiné par son fils Polyclès.

C’est ce dessin qui fut gravé par David d’Angers

afin de réaliser des médaillons en plâtre et en bronze (voir ci-dessous).

Revue de Rouen et de la Normandie, tome X.

 

Tombe Langlois

La tombe d’Hyacinthe Langlois au cimetière monumental de Rouen

est enrichie d’un vrai menhir portant un médaillon et une plaque en bronze.

Photo de l’Association des habitants du quartier Jouvenet

 

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Détail du médaillon sur la tombe monumentale d’Hyacinthe Langlois. 

 Photo de l’Association des habitants du quartier Jouvenet.

 

Un médaillon sur sa maison natale à Pont-de-l’Arche

La Ville de Pont-de-l’Arche ne s’est pas contentée de participer à la souscription permettant d’ériger une tombe monumentale. Selon Alfred Dieusy, elle a financé dès 1837 la copie en plâtre du médaillon sculpté par David d’Angers sur les bases du portrait réalisé par Polyclès Langlois. Ce portrait ainsi qu’une plaque de marbre furent apposés sur la maison de naissance d’Hyacinthe Langlois à Pont-de-l’Arche (5, rue Alphonse-Samain, 1er étage de la boulangerie). Claudine Lebrun-Jouve, historienne de l’art, note que le musée d’Angers conserve un moulage en plâtre du médaillon de la tombe de Langlois et le musée du Louvre une copie en terre cuite et une édition en bronze. On trouve également une copie en plâtre sur la façade du n° 5 de la place Isaac-Benserade à Lyons-la-Forêt.

 

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Une copie en plâtre signée David d’Angers et une plaque de marbre

ont été financées par la Ville de Pont-de-l’Arche en 1837

pour signaler la maison natale d’Hyacinthe Langlois.

 

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Une copie en plâtre du portrait d’Hyacinthe Langlois

se trouve curieusement sur une façade de la ville de Lyons-la-Forêt.  

 

Un buste inauguré en 1867 au cœur de Pont-de-l’Arche : place Hyacinthe-Langlois

 

C’est en 1864 qu’un ancien élève d’Hyacinthe Langlois à l’école d’art, l’architecte Georges Simon, émit l’idée d’ériger un monument en hommage à Hyacinthe Langlois dans sa ville natale. En 1865, le Conseil municipal de Pont-de-l’Arche, présidé par Jean-Baptiste Delaporte, décida de baptiser la place de la halle du nom d’Hyacinthe Langlois. En 1867, les initiatives s’organisèrent. Un comité fut créé, présidé officieusement par André Pottier, ami de Langlois et archiviste de la Ville de Rouen, afin d’ériger un monument. André Pottier s’assura de la pleine coopération de la Ville de Pont-de-l’Arche et appela à la souscription dans un discours prononcé à Rouen le 20 mars 1867. En voici quelques extraits :

« Il s’agit de venir en aide à la ville du Pont-de-l’Arche, qui fait appel à notre concours pour élever un modeste monument à celui qui semblait avoir pris à tâche de populariser le nom de sa ville natale en le rendant inséparable du sien.

Le Pont-de-l’Arche n’avait pas attendu ce jour longtemps différé, à ce qu’il semble, pour tenter d’honorer une mémoire qui lui est chère, et qu’elle comptera désormais parmi ses plus précieux souvenirs. A peine l’éminent artiste avait-il fermé les yeux, que sa ville natale consacrait une maison où il avait reçu le jour par une inscription commémorative. Mais ce genre de monument, essentiellement fragile et périssable. (…) C’est donc à des monuments moins périssables qu’il faut confier le soin de transmettre à la postérité les noms dignes de mémoire.

Une souscription volontaire, devant subvenir à l’exécution de cette entreprise et couvrir des frais dont le chiffre n’est même pas encore posé, le monument, quant à la nature des matériaux à mettre en œuvre, quant à l’importance à lui donner, et quant au développement de l’ornementation, sera ce que le montant des sommes recueillies permettra qu’on le fasse, aussi simple et modeste que les circonstances pourront l’exiger, et peut-être également, aussi élégant et ornementé qu’une souscription fructueuse aura permis de l’établir.

Au reste, quel que doive être ce monument, simple jusqu’à la nudité, ou relevé par l’ornementation jusqu’à la richesse, il aura donc le mérite de correspondre au sentiment général de la cité, qui est fière du nom de Hyacinthe Langlois… »

 

Le 30 mars, le Comité ouvrit la souscription qui fut bien accueillie par les Archépontains, les Villes de Rouen et de Pont-de-l’Arche et des nombreuses sociétés savantes où avait siégé Hyacinthe Langlois. On profita de l’évènement pour réunir des œuvres de Langlois et les exposer à partir du 11 mai 1867 à l’hôtel de Ville de Rouen.

 

Le 1er janvier 1868, le Comité ouvrit un concours : 3 000 francs seront offerts à l’artiste présentant le plus beau projet de monument. Le programme fut dressé par Ernest Le Fèvre, président de la Société des amis des arts. Le concours fut clôturé le 29 février après de réception de 24 projets exposés publiquement. Ceux-ci suscitèrent de nombreux débats parmi le jury et c’est un vote secret qui donna la préférence au projet d’Auguste-Vincent Iguel : un buste de Langlois sur un simple piédestal. Un traité fut signé avec l’artiste en vue de la réalisation du monument.

 

Ce buste fut achevé à temps pour la commémoration des 30 ans de la mort d’Hyacinthe Langlois, au milieu de la place qui porte désormais son nom. Un discours fut prononcé par Eustache Delaquérière. En bronze, le buste de Langlois a trôné au cœur de la Ville jusqu’en 1941. Roland Chantepie a pu coucher sur le papier un évènement de la guerre : « Le buste d’Hyacinthe Langlois (…) fut déboulonné par l’occupant, déposé de son socle (…) et envoyé à la fonte pour être transformé en obus ou canon » (folio 468, voir sources).

Une délibération du Conseil municipal du 10 octobre 1952 montre l'embarras des élus quant au financement de la sculpture d'un nouveau buste par le sculpeur Delandre. Ils pensent faire appel à la Société des amis d'Hyacinthe Langlois. Celle-ci dut répondre par la négative car, le 16 juillet 1953, les élus votent par 11 voix contre 4 la suppression du socle de la statue. 

 

Aujourd’hui, nombreux sont les Archépontains à demander ce qui est arrivé au buste que l’on voit sur les cartes postales (voir ci-dessous) dont une grande reproduction couvre une vitrine de la Civette, sur la place Langlois. Certains ressentent même un vide…

 

Un monument éphémère, sous forme de menhir, fut aussi créé au collège Hyacinthe-Langlois

 

Place Langlois (13)

Ce buste, créé par souscription en 1868 et démonté par les nazis en 1941, a montré au grand jour l’attachement des Archépontains et de nombreux érudits rouennais à Hyacinthe-Langlois. Il a aussi donné du caractère à cette place centrale de Pont-de-l’Arche.

 


M.Taillefesse devant les bâtiments de la DDE

 M. Taillefesse s'amusant sur le buste d'Hyacinthe Langlois

déboulonné pour le compte de l'armée allemande (1941).


 

Sources

- Archives municipales de Pont-de-l’Arche ;

 - Chantepie Roland, Pont-de-l’Arche à travers les âges, manuscrit b, 2e partie, De la Révolution à nos jours (1944) ;

 - Delaquérière Eustache, Projet de discours à prononcer lors de l’inauguration du monument qui doit être érigé à la mémoire de Eustache-Hyacinthe Langlois au Pont de l’Arche (Eure), 8 p. imprimé à Rouen : D. Brière et fils, Disponible à la BM de Rouen (formulation un peu différente) sous la cote 135-110 ;

- Dieusy Alfred, Album de dessins de E.H. Langlois du Pont-de-l’Arche gravés par Jules Adeline, Ernest Le Fèvre et Bracquemond et facsimilé reproduits par les procédés héliographiques de M. Amand-Durant. Autobiographie et recueil de lettre à Bonav. de Roquefort classés et accompagnés d’un texte par Alfred Dieusy, ancien élève de Langlois, Rouen, librairie Ernest Schneider, 1880 ;

- La base Joconde du Ministère de la culture : notice sur le médaillon de David d'Angers.


Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...