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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 19:01

 

    Chateau-d-Igoville--1910-.JPG

Un magnifique château de la moitié du XVIIIe siècle...

Chat.-Igoville 

... tranformé en mairie peu après 1990. 

 

D’après le Dictionnaire historique de toutes les communes de l’Eure de Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme, la paroisse d’Igoville fut créée suite au démembrement de celle de Pîtres. L’église fut placée sous le patronage de saint Pierre et le trésorier de la cathédrale de Rouen présentait à la cure. Malheureusement les auteurs ne précisent pas le siècle de création de la paroisse. 

Outre l’église paroissiale, il existe un fief dont nous retrouvons la trace assez tôt et qui fut une assise financière non négligeable pour quelques familles nobles et quelques religieux : le fief aux malades, lieu dit qui porte encore ce nom de nos jours. Cette portion de territoire est partagée entre les communes de Sotteville-sous-le-Val et Igoville et consiste en une frange de terre sablonneuse qui longe la Seine. 

Vers 1260, on retrouve un certain Jean de Poissy en tant que seigneur de Gouy, des Authieux, de Sotteville, d’Igoville… 

En 1289, le prieuré du Mont-aux-malades donna en échange à Laurent le Chambellan le fief de haubert  de Sotteville et Igoville dit le fief aux malades. Ce nom est assurément issu d’une appellation populaire locale. Laurent le Chambellan mourut en 1304 et fut inhumé dans l’église du Mont-aux-malades, montrant ainsi que des liens plus profonds qu’un contrat d’échange l’unissait au prieuré de la banlieue rouennaise. La fille unique de Laurent le Chambellan, Lucie, avait épousé un dénommé Pierre de Poissy, lui apportant le fief aux malades qu’elle hérita de son père. Nous ne pouvons pas attester qu’il existe un lien direct entre Jean de Poissy et Pierre de Poissy bien que nous soupçonnons évidemment une filiation. 

Le fils de Pierre de Poissy, prénommé Jean, était propriétaire du fief aux malades en 1323. Nous perdons ensuite trace des propriétaires jusqu’au XVIIe siècle.

Barthélemy Selles vendit son fief le 27 mai 1621 à Jean Le Cornu, seigneur de Bihorel, conseiller au Parlement de Rouen et commissaire aux requêtes du Palais. Son fils, Laurent Le Cornu, seigneur d’Igoville, trésorier de France au bureau des finances de Rouen, fit de très nombreux dons à l’Hôtel-dieu et à d’autres maisons pieuses de Rouen (plus de 100000 écus). Il était ainsi considéré comme le père des pauvres de la ville. Il vendit le fief aux malades à Barthélemy Boivin de Bonnetot, maître des comptes, avant 1689. 

La haute justice d’Igoville fut aliénée en fief en 1706 et passa successivement entre les mains de François Baudouin, Louis Baudouin puis de M. Esmangard. 

 

Vers 1747, un château émerge...

C’est du XVIIIe siècle que proviennent les plus lointains documents concernant ce que l’on appelle le château d’Igoville de nos jours, château qui n’englobait qu’une petite partie de l’ensemble des possessions dudit fief. Nous apprenons qu’en 1747 la chapelle du manoir de Claude-François Esmangard, fut bénite par M. Esmangard, vicaire général de l’archevêque. Outre la continuité de la présence d’une noblesse et d’un haut clergé rouennais, nous pensons que la chapelle fut bénite après l’emménagement du propriétaire dans son manoir nouvellement bâti, ainsi que ce bâtiment religieux. 

Cette bénédiction marque les premières années d’un nouveau manoir qu’attestent des éléments architecturaux notés par les connaisseurs qui ont récemment évalué le patrimoine de cette demeure. Ceux-ci ont fait référence au plan symétrique du manoir et au grand escalier d’honneur, orné d’une rampe en fer forgé de style Louis XV. Ce sont-là des indicatifs de la première moitié du XVIIIe siècle. Le manoir était alors accompagné d’une chapelle carrée, d’un colombier, de bâtiments annexes ainsi qu’un jardin, perdus depuis lors. Nous estimons donc que le château d’Igoville tel que nous le voyons actuellement fut bâti dans les années mil sept cent quarante. 

Cependant, est-ce à dire que cette nouvelle construction est le premier manoir bâti en ce lieu ? Rien ne nous permet ni de l’affirmer ni de l’infirmer. Y eut-il de précédentes demeures ? de précédentes granges ? C’est tout à fait probable, d’autant plus que le fief aux malades a été un fief de haubert : un château exista assurément mais pas nécessairement en cet endroit. Ce qui semble acquis, c’est qu’il ne reste aucun vestige de précédents bâtiments dans les matériaux de l’actuelle gentilhommière. 

On retrouve ensuite un propriétaire nommé Louis-Jacques des Marets, seigneur de Saint-Aubin, Corneville, Tennemare, La Barre… et conseiller au Parlement de Rouen de 1742 à 1775. Marié à Marie-Madeleine Duval de Morgny, il eut pour héritière, Marie-Louise des Marets, sa fille. Celle-ci eut pour dot son hôtel rouennais et le château d’Igoville lors de son mariage, en 1777, avec Alexandre de Moncel, marquis de Torcy, président à mortier au Parlement de Rouen. Celui-ci mourut en 1781. La veuve épousa en secondes noces Jean-Pierre Fermin, comte de Vieux, en 1790. Jean-Pierre Fermin, d’origine bretonne, était un ancien capitaine de dragons au régiment du Dauphin. Il fuit la Révolution avant de commander la Garde nationale de Rouen en 1814. Il divorça en 1794 afin de conserver les biens que sa femme conserva avant de l’épouser à nouveau, quelques années plus tard. Ce couple faisait partie, sous l’Empire, des trente plus grandes fortunes de Seine-Inférieure. Les héritiers Fermin vendirent leurs biens le 26 septembre 1872 à Louise Adélaïde de Clisson, fondatrice de l’orphelinat de Saint-François-Xavier. Il semble qu’à partir de cette période le château servit aux sœurs de cet orphelinat à tel point qu’on ait affublé ces bâtiments du nom de couvent  … Dans son testament, Mme de Clisson dût céder sa propriété igovillaise aux sœurs car, lors de la dissolution des congrégations enseignantes, le château d’Igoville se retrouva sans propriétaire et fut acheté en mars 1903 par Henriette Avon, mariée au général Avon (décédé en 1918). En 1922, Henriette Avon et sa fille, la comtesse René de Maulde, étaient propriétaires du château. Cette famille vendit ses biens à MM. Jacques et Raymond Morel en 1949 ; Raymond Morel étant un célèbre directeur d’usine de chaussure à Pont-de-l’Arche et Igoville.

Cette propriété manqua d'entretien. C’est pourquoi la commune d'Igoville commença par racheter le parc et les dépendances, en 1982, avant de devenir propriétaire du château en 1990. 

D’importantes rénovations ont rendu à ce château sa beauté et lui ont assuré de passer encore quelques décennies à l’abri de la ruine. Peut-être n’a-t-on jamais mis autant en valeur les droites lignes de ce bâtiment. Enfin, la réutilisation des lieux en mairie, bibliothèque, treize logements, salle d’exposition… assurent mieux encore la pérennité des lieux tout en offrant à la commune un magnifique souvenir de son histoire et un important outil à l’administration et à la vie sociale.

 

Sources

- ANONYME, " 3. – Le château rénové d’Igoville ", in, COLLECTIF, Les échos de Seine-Bord n° 4, avril 2003, 8 p., cf. p. 8. 

- BEAUMONT, Franck, SEYDOUX, Philippe, Gentilhommières des pays de l’Eure, Paris : La Morande, 1999, 465 p., ISBN 2-902091-31-2. 

- CHARPILLON, Louis-Etienne, CARESME, Anatole, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys : Delcroix, 1868, 960 p.

- Base " Mérimée " du patrimoine architectural français : www.culture.gouv.fr/public/mistral/merimee_fr

 

Armand Launay

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Published by Armand Launay - dans Igoville
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AVON François 26/04/2015 09:23

Je vous signale une erreur dans votre texte sur le château d'Igoville. L'épouse du général Avon qui a acheté ce chapeau en 1903 se nomme : Marie Henriette Charlotte MATHELAT (mais de façon usuelle se faisait appelée Cornélie, le prénom de sa mère) épouse AVON. Le mariage a eu lieu à Alger le 20 juin 1866. C'est leur fille qui se prénomme Henriette. Elle a épousée le comte René de Maulde. C'est elle qui vendit le château, son fils étant mort pour la France en 1918.
Salutations.

Armand Launay 10/05/2015 09:08

ok merci de cette précision. Bien cordialement.

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...