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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 22:23

La récente installation d'Arche immobilier dans l'ancienne poste de Pont-de-l'Arche, nous offre l'occasion de retracer les déménagements du service postal dans notre ville... 

 

Jusqu'en 1950 : rue Président-Roosevelt

Sous l’Ancien régime, on parlait de « postes de chevaux », c’est-à-dire des relais où l’on pouvait remplacer ces braves animaux mis à rude épreuve pendant quelques dizaines de kilomètres afin que les malles, les voitures, portant le courrier parcourent la France le plus vite possible.

En toute logique, la poste de Pont-de-l’Arche se trouvait à côté de la porte des Champs, porte médiévale accueillant la route de Paris. A peine rentrée dans la ville, la malle se dirigeait vers la cour du Cerf, en passant par le portique. Les chevaux étaient accueillis dans une écurie au fond à gauche de cette cour. A la fin du XVIIIe siècle, c’est Nicolas David Ducroq de Biville, avocat au bailliage et maire, qui était directeur de la poste. On peut donc parler d'un service directement rattaché au pouvoir.

En 1876 seulement, les premières dépêches télégraphiques partent de Pont-de-l’Arche et y arrivent. On peut parler de postes et télégraphes.

 

Roosevelt (18)

La poste de Pont-de-l'Arche vers 1910.

 

 

Facteurs PA

 

Deux facteurs et des membres de leurs familles

à Pont-de-l'Arche dans les années 1910 (photo Tardieu).   

 

 

Avenue De-Lattre-de-Tassigny

En 1950, les locaux de la rue Roosevelt étant devenus trop petits, l’administration des postes décida de déménager. C’est dans une maison bourgeoise du XIXe siècle, bâtie sur la Côte d'amour, qu’elle installa le guichet, le bureau du receveur, la salle de tri des facteurs d’une partie du canton. C'était une propriété communale. 

Un local de télécommunications (téléphone) fut installé juste à côté de la poste. Cependant, l’administration des postes postale souhaita fermer le bureau archépontain, dans les années 1990. La municipalité de Pont-de-l’Arche tenta de maintenir une présence postale et c'est ainsi qu'un guichet et des services bancaires sont disponibles dans la rue Jean-Prieur.

Bandeau PTT (ancienne poste)

"PTT" : postes télégraphes et télécommunications, peinture des années 1960 recouverte depuis octobre 2012 par l'enseigne Arche immobilier (photo A. Launay, 2012).  

 

L'espace Jacques-Henri-Lartigue

L’administration postale souhaitait quitter Pont-de-l’Arche à moins que la commune paie un nouveau local. La chose était difficile pour les finances communales et refusée par les habitants en 1993 lors d’un référendum d’initiative populaire. Ainsi, en 1995 le conseil municipal présidé par Paulette Lecureux réserva une place à La Poste (nom de l'entreprise) dans le projet de l’Espace Lartigue, composé de logements sociaux et de cases commerciales et inauguré en 1997.

Le compromis proposé par la Ville fut accepté par La Poste qui maintint à Pont-de-l’Arche un guichet, un receveur et des services financiers. Ce bureau ouvrit en 2000. Quant aux facteurs, depuis ce temps, ils trient le courrier à Val-de-Reuil.

 

Arche immobilier : 2012

L'agence immobilière archépontaine a racheté l'ancienne poste à la Ville de Pont-de-l'Arche. Elle a emménagé en septembre 2012 et créé deux logements aux étages. Son enseigne respecte les lignes de ce beau bâtiment ce qui est heureux pour cette entrée de ville par le pont. En 2019, la société Arche immobilier achète la franchise "Guy-Hoquet immobilier".    

 

Arche immobilier / 1, avenue De-Lattre-de-Tassigny

02 35 02 12 24 /

https://www.guy-hoquet.com/agence/258394___/guy-hoquet-pont-de-l-arche.html   

 

Arche immobilierL'équipe d'Arche immobilier satisfaite de ses nouveaux locaux (photo A. Launay, 2012).

 

Sources

Registres des délibérations du Conseil municipal

Pont-de-l'Arche ma ville : bulletin municipal

 

A lire aussi... 

Les gendarmeries de Pont-de-l'Arche depuis la Révolution

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 22:07

Publié dans Pont-de-l'Arche magazine n° 17 en hommage à Simone Sauteur. 

 

Par ailleurs, Au coeur du Vièvre, mémoires de Simone Sauteur sur le maquis Surcouf

 

Simone-Sauteur.JPG

Simone Sauteur en 2009 (photo André Roques)

 

Simone Sauteur est née le 19 juin 1921 à La Vieille Lyre (Eure) et décédée le 26 mai 2012. Elle était amie de Robert Leblanc, futur chef du maquis Surcouf. Elle qui voulait s’engager dans la Résistance suivit les conseils de son ami et demanda une affectation à La Haye-de-Routot en tant qu’institutrice et, en ce temps, secrétaire de mairie. A 19 ans, elle qui venait de sortir de l’école normale d’instituteurs, avait pour mission de fabriquer de faux-papiers et d’envoyer des messages radiotélégraphiés pour renseigner le maquis.

Le réseau Surcouf fut fondé à Saint-Georges-du-Vièvre en 1942 par Robert Leblanc dit « Parrain » (1910-1956), épicier, le Père Meulant, curé, et Robert Sanson, charpentier. Ces hommes commencèrent par cacher des réfractaires au Service du travail obligatoire puis composèrent un maquis. Comme le disait Simone Sauteur : « A 19 ans, on voulait faucher les armes aux Allemands et qu’ils rentrent chez eux. C’était tout simple dans nos jeunes esprits ». À partir de septembre 1943, les résistants de Surcouf réalisèrent leurs premiers sabotages. Ce réseau prit de l’ampleur et devint le plus actif de la Normandie. Il œuvrait dans un triangle entre Pont-Audemer, Bernay et Rouen. Ils abattirent notamment Violette Morris, célèbre collaboratrice de la Gestapo. À l’été 1944, de 80 à 250 hommes composaient ce maquis qui déplora beaucoup de morts dans ses rangs. Surcouf forma le cœur du Premier bataillon de marche de Normandie, le 8 octobre 1944, pour combattre l’ennemi jusqu’au cœur du Reich. Dans un discours le 15 avril 1956, le général de Gaulle salua la mémoire du maquis Surcouf, « fer de lance de la Résistance normande ».

Simone Sauteur joua un rôle dans la fabrication de faux papiers, dans la transcription de textes des messages. Elle effectua de nombreuses liaisons (voir le témoignage ci-dessous) et risqua sa vie longtemps. Alertée par des Gendarmes de Rouen, elle dut notamment quitter La-Haye-de-Routot en 1944 suite à l’arrestation de trois résistants par des miliciens français. Elle se réfugia alors dans la région de Pont-Audemer, la région du maquis Surcouf. Elle servit de secrétaire à Robert Leblanc et parcourut des centaines de kilomètres à vélo en tant qu’agent de liaison. C’est ici qu’elle prit le pseudonyme de « Puce » afin de masquer son identité à l’occupant.

Le témoignage qui suit a été enregistré le 17 avril 2004 lors d’un entretien de Simone Sauteur avec Armand Launay à propos d’André Antoine (1920-1944), figure de la Résistance locale – et martyr – dont le nom a été donné à la rue de l’église en 1945.

 

« C’est le 10 janvier 1944, Parrain [1] m’envoie en mission de liaison à la gare de Rouen avec Robert Catalan [2]. Je dois réceptionner un coli des mains d’un monsieur, je n’imaginais alors pas que c’était André Antoine et je m’en moquais bien car l’anonymat le plus complet était la norme dans la Résistance. Toujours est-il que cet homme venait de Paris pour nous apporter quelque chose. Je me revois sur le quai de la gare, seule – Robert Catalan étant resté en retrait – m’avancer vers cet inconnu qui me remet, à l’arrière du train, un coli très lourd en me disant : « on vous expliquera comment s’en servir ». J’étais morte de trouille.

Puis nous nous sommes rendus avec Robert dans un bar, au boulevard des Belges, tenu par une dame qui était avec nous [3]. C’est là que Robert a déballé le pain de plastic, les fils... Il m’a montré comment on branchait tout cela afin que je l’explique à mon tour aux gars de Pont-Audemer.

Mais il fallait encore je rentre à Pont-Audemer en car. En ce temps, c’était les Allemands qui montaient les premiers dans les cars. Quand je monte dans le car avec mon imposant coli, un soldat allemand me fait signe de m’aider à le mettre dans les porte-bagages. Alors je lui fais signe, plutôt, de m’ouvrir un strapontin. On a fait toute la route côte à côte et je me suis préparée pour sortir très rapidement du car une fois arrivée à Pont-Audemer. De là, j’ai récupéré mon vélo, mis le coli sur le porte-bagages et j’ai rejoint le maquis à Saint-Etienne-l’Allier. »

 

Ce témoignage n’étonnera pas ceux qui ont connu Simone Sauteur, son énergie, sa rigueur et sa haute opinion de la France. Il pourra étonner ceux qui ont retenu de Simone sa douceur et sa générosité. Cependant, malgré les atrocités qu’elle a connues, elle n’a jamais eu de haine pour l’ancien ennemi. Profondément catholique, elle aimait son prochain. De cet amour, il nous reste ses écrits et le souvenir de la silhouette menue de Simone, au bout de l’impasse des Avettes où s’épanouissaient les chats et les fleurs qui comptaient tant pour elle et ceux qui l’aiment... 

 

Réalisé avec l’aide de Pierre Lercier, maire de La Haye-de-Routot,

qui fut élève de Simone Sauteur.

 

Notes

[1] Pseudonyme de Robert Leblanc, chef du réseau Surcouf.

[2] Résistant envoyé par Londres.

[3] Dans la Résistance. 

 

A lire aussi... 

Charles Cacheleux

André Goharel

En ma douce Eure, ouvrage édité par Simone Sauteur en 1983. Il y est question de résistance dans le Vièvre, de Robert Leblanc et de Madame De-Lattre-de-Tassigny. Document numérisé par Alain Corblin.
En ma douce Eure, ouvrage édité par Simone Sauteur en 1983. Il y est question de résistance dans le Vièvre, de Robert Leblanc et de Madame De-Lattre-de-Tassigny. Document numérisé par Alain Corblin.
En ma douce Eure, ouvrage édité par Simone Sauteur en 1983. Il y est question de résistance dans le Vièvre, de Robert Leblanc et de Madame De-Lattre-de-Tassigny. Document numérisé par Alain Corblin.
En ma douce Eure, ouvrage édité par Simone Sauteur en 1983. Il y est question de résistance dans le Vièvre, de Robert Leblanc et de Madame De-Lattre-de-Tassigny. Document numérisé par Alain Corblin.
En ma douce Eure, ouvrage édité par Simone Sauteur en 1983. Il y est question de résistance dans le Vièvre, de Robert Leblanc et de Madame De-Lattre-de-Tassigny. Document numérisé par Alain Corblin.
En ma douce Eure, ouvrage édité par Simone Sauteur en 1983. Il y est question de résistance dans le Vièvre, de Robert Leblanc et de Madame De-Lattre-de-Tassigny. Document numérisé par Alain Corblin.
En ma douce Eure, ouvrage édité par Simone Sauteur en 1983. Il y est question de résistance dans le Vièvre, de Robert Leblanc et de Madame De-Lattre-de-Tassigny. Document numérisé par Alain Corblin.
En ma douce Eure, ouvrage édité par Simone Sauteur en 1983. Il y est question de résistance dans le Vièvre, de Robert Leblanc et de Madame De-Lattre-de-Tassigny. Document numérisé par Alain Corblin.
En ma douce Eure, ouvrage édité par Simone Sauteur en 1983. Il y est question de résistance dans le Vièvre, de Robert Leblanc et de Madame De-Lattre-de-Tassigny. Document numérisé par Alain Corblin.
En ma douce Eure, ouvrage édité par Simone Sauteur en 1983. Il y est question de résistance dans le Vièvre, de Robert Leblanc et de Madame De-Lattre-de-Tassigny. Document numérisé par Alain Corblin.
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En ma douce Eure, ouvrage édité par Simone Sauteur en 1983. Il y est question de résistance dans le Vièvre, de Robert Leblanc et de Madame De-Lattre-de-Tassigny. Document numérisé par Alain Corblin.
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En ma douce Eure, ouvrage édité par Simone Sauteur en 1983. Il y est question de résistance dans le Vièvre, de Robert Leblanc et de Madame De-Lattre-de-Tassigny. Document numérisé par Alain Corblin.
En ma douce Eure, ouvrage édité par Simone Sauteur en 1983. Il y est question de résistance dans le Vièvre, de Robert Leblanc et de Madame De-Lattre-de-Tassigny. Document numérisé par Alain Corblin.
En ma douce Eure, ouvrage édité par Simone Sauteur en 1983. Il y est question de résistance dans le Vièvre, de Robert Leblanc et de Madame De-Lattre-de-Tassigny. Document numérisé par Alain Corblin.
En ma douce Eure, ouvrage édité par Simone Sauteur en 1983. Il y est question de résistance dans le Vièvre, de Robert Leblanc et de Madame De-Lattre-de-Tassigny. Document numérisé par Alain Corblin.
En ma douce Eure, ouvrage édité par Simone Sauteur en 1983. Il y est question de résistance dans le Vièvre, de Robert Leblanc et de Madame De-Lattre-de-Tassigny. Document numérisé par Alain Corblin.
En ma douce Eure, ouvrage édité par Simone Sauteur en 1983. Il y est question de résistance dans le Vièvre, de Robert Leblanc et de Madame De-Lattre-de-Tassigny. Document numérisé par Alain Corblin.
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En ma douce Eure, ouvrage édité par Simone Sauteur en 1983. Il y est question de résistance dans le Vièvre, de Robert Leblanc et de Madame De-Lattre-de-Tassigny. Document numérisé par Alain Corblin.
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En ma douce Eure, ouvrage édité par Simone Sauteur en 1983. Il y est question de résistance dans le Vièvre, de Robert Leblanc et de Madame De-Lattre-de-Tassigny. Document numérisé par Alain Corblin.

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 22:56

Toutes les rues du centre-ville de Pont-de-l’Arche et de quartiers des faubourgs sont marquées de plaques bleues datant des années 1960 et 1970. Cependant une d’entre elle est bien plus belle… celle d’André Antoine.

 

Cette attention ne tient pas au fait qu’André Antoine était un résistant. En effet, de nombreuses rues portent les noms de résistants à Pont-de-l’Arche et, malheureusement, tous n’ont pas de belles plaques en leur honneur. En 1994, Madeleine Antoine, veuve d’André Antoine, fit part au maire Paulette Lecureux, de sa déception : la plaque de rue « André Antoine » n’exprime rien. « André Antoine ! Qui est-il pour les générations futures ? » écrivit-elle au maire. Elle demanda alors qu’une nouvelle plaque soit posée, mentionnant : « Lieutenant-colonel André Antoine / Résistant-chef de réseau / 1939-1944 ».

Cette demande tout à fait légitime fut retenue de suite par Paulette Lecureux, premier magistrat sensible à l’histoire. Ainsi une plaque fut commandée, apposée, et inaugurée le 8 mai 1995 à l’occasion du 50e anniversaire du 8-Mai 1945. Les cérémonies coorganisées avec la commune des Damps et les associations d’anciens combattants se déroulèrent en présence de Madeleine Antoine et quelques proches. Madeleine Antoine, dans un courrier en date du 11 mai 1995, s’est dite « reconnaissante du témoignage (…) cette journée du 8 mai 1995 restera gravée dans ma mémoire… »

 

André Antoine (plaque Pont-de-l'Arche)

L'hommage rendu par la Ville de Pont-de-l'Arche en 1945

et renforcé en 1995 par Paulette Lecureux, maire (photo A. Launay)


 

 

André Antoine, éléments de biographie

 

André Louis Antoine est un résistant français né le 29 mars 1920 à Saint-Dizier (Haute-Marne) et mort pour la France le 27 février 1944.

Marié et sans enfant, cet artisan radioélectricien, diplômé de l’école centrale de TSF de Paris, fut mobilisé le 9 juin 1940. Il rejoignit le 8e Régiment du génie à Versailles et partit dans l’Ain. Rentré aux Damps, où il résidait, il entra aussitôt dans la résistance en construisant et réparant des postes d’émission et de réception de TSF. Quand l’occupant l’obligea à se rendre à Cherbourg pour y travailler, le 15 avril 1943, il devint clandestin en s’arrêtant à Brionne où il passa de suite à l’action. Sous le pseudonyme d’ « Allais », il s’engagea dans un réseau appelé Front national, sans rapport avec le parti d’extrême droite de nos jours. Il en devint rapidement un des cadres départementaux les plus influents sous le grade de Lieutenant-colonel. Par la suite, il adhéra au réseau appelé Résistance, en juillet 1943, avec un autre chef de secteur du Front national, Armand Tarissan, et en devint le chef régional. André Antoine a été nommé Lieutenant-colonel, grade homologué au Journal officiel de la République française au titre de la résistance intérieure française. 

Après de très riches faits d’armes (voir ci-dessous), André Antoine fut grièvement blessé le 16 janvier 1944, à 15 h, par des tirs de mitraillettes allemands chez Monsieur Lerouge (charpentier à Beaumesnil). Il était venu en ce lieu s’informer et s’assurer de l’inviolabilité des ordres et papiers secrets ainsi que du poste d’émission détenus par le capitaine Trumelet arrêté cinq jours auparavant par les Allemands. Il fut aussitôt transporté à Rouen par la Gestapo où il subit son premier interrogatoire vers 23h. Il fut placé en traitement à l’hôtel-Dieu où il subit une opération révélant sept perforations des intestins et une blessure par balle au-dessus de la cheville gauche. Descendu dans les locaux disciplinaires de l’hôpital de Rouen pour un nouvel interrogatoire, il dut subir une nouvelle intervention chirurgicale. Interrogé plusieurs fois sur son lit de souffrances, n’a pas jamais voulu répondre. Il décéda le 27 février 1944 à 14h05. Il fut inhumé au cimetière des Damps le 2 mars 1944. 

 Les élus de Pont-de-l’Arche décidèrent d’honorer la mémoire de ce martyr en donnant son nom à la rue de l’église lors du Conseil municipal du 20 mars 1945. Une plaque commémorative rappelle aussi sa bravoure sur le monument aux Morts des Damps (photo ci-dessous).

 

 

André Antoine (plaque Les Damps)

L'hommage sur le Monument aux morts des Damps (photo A. Launay)

 

 

Détail des faits d’armes d’André Antoine

 

Activités générales

Camouflage des réfractaires en très grand nombre.

Regroupement des patriotes français.

Sauvetage, hébergement et départ des parachutistes alliés.

 Regroupement des indications militaires : passage de troupes, repérage des postes d’émission de DCA et des postes d’écoute allemands.

 

Activité personnelle

Cambriolage de la gendarmerie de Serquigny pour se procurer le pli secret allemand concernant le débarquement allié.

Incendie de meules de lin aux environs de Beaumesnil.

Relevé et dressé des plans des gares de la région en vue de bombardements.

Relevé et dressé des plans d’embuscades en vue du débarquement.

Nomination de Robert I comme chef de ce maquis.

Relevé et dressé les plans concernant les champs d’aviation de Beaumont-le-Roger, Evreux et Conches.

Renseignements sur l’activité de ces champs d’aviation.

Démolition de l’appareil de contrôle des avions allemands en vol (appareil placé sur le terrain même de Beaumont-le-Roger).

Organisation complète de la Résistance dans l’Eure notamment dans les cantons de Brionne, Saint-Georges, Lieurey, Pont-Audemer, Bernay, Beaumont-le-Roger, Beaumesnil, Verneuil-sur-Avre, Breteuil, Conches, Bourtheroulde…

Organisation de la résistance dans le département du Maine-et-Loir notamment Saumur, Fontenay et Roumaison.

Nomination de A 18 comme lieutenant de cette région.

Dépôt chez les grossistes du reliquat des tickets d’alimentation de manière que ces derniers puissent être utilisés normalement par le maquis sans avoir recours à la force.

Relevé et dressé des plans de la Centrale électrique de Distre en vue de son bombardement.

Agent de renseignement pour l’Intelligence service par l’intermédiaire de M. Follope de Bernay fusillé par les Allemands.

Nomination du capitaine Trumelet de Beaumesnil comme chef militaire de Résistance dans l’Eure.

Passé au Comité directeur « Résistance à Paris » sous les ordres directs d’Alger.

Activités dans les départements du Calvados et Seine-Maritime.

 

Tombe-Andre-Antoine.JPG

La tombe d'Antoine Antoine, aux Damps (photo Madeleine Antoine)

 

 

A lire aussi... 

Simone Sauteur

André Goharel

 

 

Armand Launay

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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 22:51

Charles Cacheleux est un résistant français né le 16 décembre 1906 à Saint-Aubin-lès-Elbeuf et mort pour la France le 24 aout 1944 à Martot.

 

Avec nos remerciements à Jocelyne et Jacques Cacheleux  

 

 Charles Cacheleux (portrait)

 

Le combattant exemplaire (Maroc)

Engagé volontaire dans l’armée en 1926, il est affecté au Maroc en 1927 où il devient sergent. Il encadre alors des goums marocains, restés célèbres notamment car ils montaient des chameaux. Il fut gratifié de la Croix de guerre « pour sa belle conduite au feu et son énergie le 18 février 1929, lors de l’occupation du Tarkast-Tighanimine, en servant lui-même une de ses pièces sous le feu ajusté d’un fort groupe dissident qui tentait de s’infiltrer par les pentes de l’Iferghas leur causant des pertes certaines. A réussi à empêcher la progression de l’adversaire… ». En 1931, il fut fait chevalier de l’ordre d’Ouissam Alaouite (le gouvernement chérifien) qui fut homologué par la grande chancèlerie de la Légion d’honneur en 1932.

 

Le garde des Eaux et forêts

De retour dans le civil, Charles Cacheleux devint garde domanial des eaux et forêts et fut affecté dans l’Yonne. Mobilisé en 1939, il fut de retour dans ses foyers en juin 1940. C’est en juillet 1942 que Charles Cacheleux fut affecté à Pont-de-l’Arche, dans l’ancienne maison forestière du Rond-de-France, suite à une promotion en tant que brigadier.

 

Le Résistant

Charles Cacheleux mit son dynamisme et son patriotisme au service de la Résistance, plus précisément parmi les Francs tireurs partisans (d'obédience communiste) d’Elbeuf. Les autorités nazies le soupçonnèrent. Elles l’incarcérèrent et le torturèrent au donjon, à Rouen, avant de le libérer le 8 mars 1944.

 

Mort au combat

Le 24 aout 1944, alors que les troupes allemandes fuyaient l’avancée de l’armée canadienne, un groupe de résistants des Forces françaises de l’intérieur (FFI), qui surveillait les mouvements de troupes, fut démasqué en tentant de voler une arme dans un camion à Pont-de-l'Arche. Un échange de tirs blessa René Hublet et tua Alphonse Samain. En représailles, les Allemands prirent des otages sur la place Aristide-Briand et notamment Charles Cacheleux. L'armée canadienne ayant certainement été prévenue, une rafale d'obus tomba sur la place. Elle tua un homme et blessa Mme Lapeyre. Les Allemands s'enfuirent, libérant tous les otages. C’est alors que Charles Cacheleux et des amis furent chargés par le chef cantonal FFI, Maurice Loze, d’amener d’urgence Mme Lapeyre à l’hôpital d’Elbeuf[1]. Cependant leur voiture fut mitraillée à Martot. Charles Cacheleux fut tué ainsi que Jean Prieur et Gabriel Briavoine. MM. Guilbert et Grajewski survécurent.

 

Un nom de rue

C’est lors du conseil municipal du 22 janvier 1945 que les élus archépontains décidèrent d’honorer la mémoire de Charles Cacheleux, en même temps que celle d’Alphonse Samain. L’inauguration de la rue qui menait à la maison forestière eut lieu à l’occasion du 11-Novembre 1945. Une cité porte son nom dans sa ville natale de Saint-Aubin-lès-Elbeuf où se trouve aussi sa tombe.

Charles Cacheleux (carte d'identité)

Cette carte d’identité, partiellement brulée, témoigne du courage dont fit preuve

Charles Cacheleux le 24 aout 1944 où il fut mitraillé par des troupes allemandes

alors qu’il accompagnait une blessée à l’hôpital d’Elbeuf.    

 

 

 

A lire aussi...

Le combat de Pont-de-l'Arche en 1940...

 

 

Sources

- Archives départementales de l’Eure, fonds FFI 78 ;

- Archives de la famille Cacheleux.

 

Armand Launay

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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 22:40

Cet article fait suite à :

 

L’invasion prussienne de 1870-1871 aux Damps

"Les Prussiens au Pont-de-l’Arche", texte du maire Prosper Morel-Dubosc

L'occupation de Pont-de-l'Arche par l'armée prussienne en 1870-1871

 

 

Les documents que nous avons abordés ont mis en valeur le fait que Les Damps, Pont-de-l’Arche, mais aussi les villages les plus proches, ont particulièrement subi l’occupation de 1870-1871. Ceci à cause du pont de Pont-de-l’Arche qui attira le passage et le stationnement de nombreuses troupes prussiennes. Les réquisitions furent plus importantes qu’ailleurs.

En revanche, malgré la hauteur de l’humiliation et du montant des richesses pillées, Pont-de-l’Arche ne figure pas au nombre des villes martyres de cette guerre : le nombre de victimes fut minime et les dégâts matériels négligeables. Le fait que l’armée française n’ait pas opposé un front de résistance a évité des bombardements mais aussi l’explosion du pont. Et c’est là que se manifeste bel et bien la débandade de l’armée française : les mines du pont, tout comme la défense du lieu (pourtant aidé par la frontière naturelle qu’est la Seine), furent abandonnées. Quant au pont du Manoir, il ne fut pas prévu de le miner mais d’y établir une redoute tournée vers Léry… alors que les troupes allemandes vinrent du Manoir…

Les notables de Pont-de-l’Arche ne s’y trompèrent pas : faire sauter le pont de la ville eût causé plus de pertes, notamment en représailles, que d’avantages pour la ville. En attendant, il est intéressant de constater le besoin de nos deux témoins de justifier leur choix, comme si leur acte fût une lâcheté qui eût enfoncé le clou de la défaite. De plus, ces hésitations participaient bien de la réticence des conservateurs locaux vis-à-vis de la politique du Gouvernement de Défense Républicaine. Pour eux, la défense à tout prix était la dernière des aberrations, eux qui fustigeaient les républicains radicaux. Ces derniers désiraient donner à la France tous les moyens de repousser l’armée de Prusse (et d’Allemagne, en définitive) afin d’éviter de nouvelles humiliations de l’occupation car, en effet, à l’époque, le patriotisme était une valeur de gauche.

Quoi qu’il en soit, la défense française, si impressionnante fut-elle pour les généraux allemands, ne pouvait pas repousser les troupes ennemies. La grande majorité des Français appelait à la paix et ne cautionnait pas le gouvernement républicain. Alors, comme le souhaitait Bismarck, on procéda à l’élection d’une nouvelle Assemblée nationale dont les représentants ratifieraient l’armistice avec l’Allemagne. Le 8 février, les élections placèrent au pouvoir une grande majorité de conservateurs favorables à la paix. Le 17 février, Adolphe Thiers fut élu chef de l’exécutif provisoire et, dès le 21 et jusqu’au 26, il négocia la paix avec Bismarck à Versailles. La France devait verser 5 milliards de Francs d’indemnité de guerre à l’Allemagne, nouveau pays qui naquit en mars 1871.

Bismarck avait donc réussi à fédérer les Allemands en faisant défiler leurs troupes sur les Champs-Elysées. Quant à l’Alsace et la Lorraine, elles devinrent allemandes (hormis le territoire de Belfort, seule partie alsacienne restée française, et le département de la Meurthe-et-Moselle, ce qui explique sa forme étirée comme une frontière) ce qui eut pour conséquence d’exacerber plus encore le nationalisme français et l’esprit de revanche qui mena à la Première guerre mondiale.

Pour l’heure, en France, tout le monde n’était pas d’accord à propos de la cessation des combats : les milieux ouvriers, républicains radicaux ou socialistes, souhaitaient encore la guerre à outrance et l’établissement définitif d’un gouvernement républicain et populaire. C’est pourquoi, le 21 mars, la Commune insurrectionnelle de Paris fut proclamée… Ses instigateurs, appelés les Communards, ne reconnaissaient pas l’autorité de Thiers et du gouvernement de Versailles, récemment élu et traître, selon eux. La Commune fut réprimée avec barbarie, laissant derrière elle 35000 victimes et un idéal jamais éteint, parmi les révolutionnaires.

 

 

Sources 

- Géfrotin A., L’Arrondissement de Louviers pendant la Guerre de 1870–1871, Louviers, 2e édition, 1875, 268 pages. Disponible à la médiathèque de Louviers sous la cote : H.L. in /8 155 SEXT.

- Les Prussiens au Pont-de-l’Arche, anonyme, manuscrit de 1872. Disponible aux Archives Municipales de Louviers sous la cote : 4 H 13 (classement non définitif).

- Roth F., La Guerre de 1870, Hachette, Collection Pluriel, Paris, 1993, 778 pages.

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 22:31

    Dans la même étude : 

       

L’invasion prussienne de 1870-1871 aux Damps

"Les Prussiens au Pont-de-l’Arche", texte du maire Prosper Morel-Dubosc

La guerre de 1870-1871 aux Damps et à Pont-de-l’Arche (conclusion)

 

 

Témoignage anonyme retrouvé aux Archives municipales de Louviers 

 (cote : 4 H 13) 

 

"Notre beau pont, dont les vieilles arches avaient été construites sous Charles-le-Chauve, pour arrêter les Normands, devait cette fois être détruit pour arrêter les Prussiens, car dès le mois d’octobre il avait été miné par les soins de l’autorité militaire.

Les troupes qui avaient successivement occupé la ville gardaient soigneusement la mine sous l’inspection d’un employé du génie dont le service cessa, on ne sait pourquoi, près d’un mois avant l’invasion.

Après la retraite définitive, la Garde Nationale continua leur service avec un zèle qui mérite d’être cité.

Sous la direction de leurs officiers nos braves gardes nationaux faisaient chaque jour l’exercice, et le dimanche 3 décembre, au moment où tonnait le canon de Buchy, on voyait encore les pompiers se déployer en tirailleurs sur la lisière de la forêt de Bord d’où la défense, si elle eût été généralisée, pouvait inquiéter sérieusement l’ennemi.

Le 4 décembre, les éclaireurs prussiens s’étaient avancés  jusqu’au Manoir et s’y étaient installés ; informé de ce fait quatre gendarmes du Pont de l’arche s’y transportèrent en toute hâte, c’étaient les nommés Lambrette de la brigade de Gaillon, Leclerc, Baillert et Dreillard, de la brigade de Pont de l’arche. Ces braves militaires firent prisonniers, avec armes et bagages, trois dragons prussiens qu’ils conduisirent à Louviers.

Ce trait hardi fut, dans notre contrée, le dernier épisode de la défense. A  partir de ce moment, nous ne vîmes plus l’uniforme français.

 

§ 2

 

Dans la soirée du 4 décembre, les membres de la commission municipale au nombre de 14 (un quinzième avait cru devoir donner sa démission) se réunirent au domicile de M. Morel Duboc auquel les fonctions de Maire avaient été confiées.

Dans cette séance, tenue en quelque sorte sous le canon de l’ennemi, la municipalité s’occupa de la question de savoir s’il y avait ou non possibilité de défendre la ville.

M. Courcelle, commandant du 1er bataillon de la garde nationale sédentaire du canton y assistait ; Nous devons dire que ce bataillon n’était pas armé et que les gardes nationaux et les pompiers de Pont de l’arche possédaient seuls des fusils ; étaient aussi présents le capitaine de la gendarmerie nationale de Pont de l’arche et celui des pompiers.

Une interpellation fut adressée à chaque capitaine relativement au contingent qu’il pouvait fournir et à l’armement des hommes.

Le capitaine de la garde nationale fit remarquer que qur les 200 hommes comprenant sa compagnie, 70 seulement portaient l’uniforme du corps et qu’en cas d’insuccès, il serait à craindre que les autres ne fussent traités par l’ennemi comme venaient de l’être les citoyens courageux qui avaient défendu Bazincour.

Le capitaine des pompiers était à la tête de 50 hommes portant l’uniforme du corps, mais dépourvus de leurs s… ( ?), giberne et ceinturons que la délégation de Tours leur avait fait enlever, quoique ces équipement fussent la propriété de la ville.

Gardes nationaux et pompiers étaient armés d’un fusil à percussion, ancien système et pourvu chacun de trois cartouches, qu’à défaut de gibernes, ils mettaient dans leurs poches.

Malgré l’infériorité du nombre et l’insuffisance des munitions, les officiers offrirent de tenter un effort désespéré pour essayer d’arrêter la marche de l’ennemi.

Une grave question s’agita. Devait-on faire sauter le pont ? Pont de l’arche était dépourvu de troupes depuis le 19 octobre, celles qui étaient les plus rapprochées se trouvaient à Rouen d’où elles venaient du reste de s’éloigner par suite de l’envahissement de la ville et les ordres venant de là s’arrêtaient aux limites de la Seine-Inférieure.

Pourtant un écrit émanant de M. Fontaine, alors sous-préfet de Louviers, fut communiqué à la municipalité. Cet écrit était adressé à M. le commandant des troupes à Pont de l’arche (on ignorait au chef lieu de sous préfecture qu’il n’y avait plus de troupes depuis 15 jours) et il portait en substance que M. le commandant des troupes pouvait, s’il le jugeait nécessaire, faire sauter le pont pour couvrir la retraite du colonel Thomas.

Rouen devait être pris.

La destruction du pont sous les yeux de l’ennemi implacable amènerait pour représailles le bombardement de la ville.

Aucune retraite n’était ni signalée ni prévue ; le colonel Thomas était complètement inconnu ; les troupes s’éloignaient tout à la fois de Rouen et d’Evreux en se dirigeant vers le Calvados.

Le corps d’armée prussien qui s’avançait devait être pourvu d’un matériel de pontonniers, et les îles qui se trouvent en face de la ville se prêtent au prompt établissement d’un pont de bateaux dont nous n’avions pas la possibilité d’empêcher la construction.

Toutes les routes qui convergent à Pont de l’arche désignaient fatalement cette malheureuse ville à l’occupation ennemie.

Sans même donner la peine d’établir un pont de bateaux, les Prussiens pouvaient traverser la Seine, sur le pont du Manoir appartenant à la compagnie des chemins de fer, pont que l’autorité militaire n’avait pas fait miner et dont on s’était contenter d’enlever le tablier parce qu’il devait être défendu par une redoute qui était établie de façon à le commander, dont la supposition que l’ennemi nous attaquerait par la rive gauche, tandis que nous prenait au contraire par la rive droite ce qui lui assurait la possession de la redoute.

M. le commandant Courcelle, dont le courage mérite d’être rehausser par un calme et une justesse d’appréciation qui lui ont acquis à jamais la reconnaissance du pays, développa toutes ces considérations, et la commission municipale s’en inspirant, on décida à l’unanimité que la destruction du pont serait un sacrifice aussi dangereux qu’inutile et qu’en veillant au contraire à sa conservation elle ferait preuve de patriotisme.

En même temps, il fut décidé que Pont de l’arche, ville ouverte et dépourvue de troupes ne pouvait tenter la moindre défense et se trouverait condamnée à subir la loi du vainqueur.

Pour empêcher l’ennemi de s’emparer des fusils de la garde nationale on fit procéder à son désarmement et, le 6 décembre, au moment où les cavaliers prussiens entraient dans la ville les armes étaient dirigées sur Louviers, puis le Neubourg et enfin sur Bernay.

Dans la nuit du 6 au 7 plusieurs individus appartenant au parti radical les plus exaltés tentaient de détruire le pont, sachant qu’une fois cet acte accompli, leurs personnes, seules choses qu’ils eussent à conserver, posséderaient assez de souplesse pour se mettre à l’abri du danger. M. Moul fut même sur le point d’être jeté à l’eau par ces exaltés.

L’attitude énergique de quelques hommes courageux arrêta cette tentative insensée et épargna à la France un nouveau désastre.

Le 7 décembre, environ 6000 hommes d’infanterie et 1200 cavaliers avec 12 pièces de canons prirent possession du Pont de l’arche.

 

§ 3

 

Dans la fatale journée du 7 décembre, les Prussiens qui étaient sous les ordres du major Arulberg, qui commandait la 30ème brigade d’infanterie, ne laissèrent pas le temps à la municipalité de désigner les logements, ils s’installèrent selon leur bon plaisir, et firent main basse sur tous les objets qu’ils trouvèrent à leur convenance.

Les débits de tabac, les cafés, les magasins d’épiceries, de nouveautés et autres, furent tous mis à contribution.

Le général ordonna, sous peine d’amende considérables, et même d’enlèvement des autorités : 1) de supprimer la mine du pont, 2) de boucher toutes les tranchées qui avaient été pratiquées sur les routes, 3) et d’amener sur la place le lendemain à 8 heures du matin tous les chevaux du pays.

La nuit du 7 au 8 se passa dans les plus terribles angoisses. Le matin, les chevaux furent présentés, un seul, fort heureusement, fut jugé digne d’être monté par un Prussien ; quant aux autres on les réquisitionna pour servir d’attelage à ces affreuses voitures qui recelaient, pour la plupart, les pendules volées à nos malheureux concitoyens, pendules dont il nous a été donné de voir passer le spécimen chez un horloger à qui on en avait offert.

Dans cette matinée du 8, un de nos concitoyens qui avait essayé de résister fut rudement malmené par les soldats.

Plusieurs hommes ayant accompagné les chevaux réquisitionnés pour les attelages, afin de pouvoir les ramener aux propriétaires, eurent à endurer pendant huit jours, outre la rigueur du froid, les mauvais traitements de l’ennemi ; quelques uns, dans les environs de Beaumont-le-Roger, exposés aux balles des francs tireurs qui occasionnèrent parmi les Prussiens une confusion telle que nos concitoyens purent, un instant, s’enfuir avec leurs chevaux.

Le 8 décembre, les troupes qui avaient envahi le Pont de l’arche, se dirigèrent, une partie sur Elbeuf et une autre sur Louviers.

Nous allons maintenant, sous forme d’éphémérides, raconter autant que possible, nos souvenirs de chaque jour.

Le 9 décembre, passage de troupes, les cafés, surtout, sont le point de mire des envahisseurs.

Dans la nuit du 9 au 10, vers deux heures du matin, les habitants de la rue de Paris et de la place des champs furent éveillés par des coups redoublés frappés dans leurs portes et dans leurs fenêtres, le froid est excessif, la glace couvre la terre ; ce sont les Prussiens du train des équipages qui, au nombre de 500 avec 80 chevaux et environ 40 voitures, ne peuvent plus avancer et s’installent de vive force dans les maisons.

Le 10, nouveau passage de troupes ; un convoi dont l’aspect était navrant venait du côté de Vernon, il escortait les malheureux jeunes gens pris à Saint-Pierre-de-Bailleul et aux environs.

On sait que ces victimes, ont été transportées en Allemagne et que plusieurs sont morts dans les prisons de Munich.

(voir les renseignements de Saint-Pierre-de-Bailleul)

Le 11, nouveau passage de troupes, un mobile en convalescence a l’imprudence de paraître sur la place du Pont de l’arche ; quoique vêtu d’une blouse il est soupçonné par les Prussiens d’être franc tireur, on le maltraite, on se dispose même à le fusiller quand intervint M. Mesnil notaire qui donne des explications sur sa position et lui sauve la vie.

Le 12 arrivée de plusieurs compagnies du 43ème régiment qui s’installent chez les habitants et y demeurent jusqu’au 17 ? les hommes composant ces compagnies appartenaient aux provinces de la Baltique et parmi eux bon nombre d’étudiants qui, sous la dénomination de volontaires, dépendaient de l’université de Koenisberg.

Du 12 au 17 réquisitions dans la ville et dans les campagnes voisines, vexations de toute nature.

Le 18 à 9 heures du matin arrivée du 1er régiment de ligne qui traverse la ville et va occuper les maisons Artus et Cassel qui se trouvent à Igoville, à l’extrémité du pont.

Ces maisons sont situées sur un terrain qu’on appelle le fort, parce qu’autrefois il y avait là un fort qui défendait le pont.

Ce même jour le fort est crénelé  et le pont est barricadé. Défense est faite de passer d’une rive à l’autre de la Seine. C’est que les Prussiens craignaient d’être attaqués par les mobiles qui se trouvaient aux environs d’Elbeuf.

Le 19 ordre est donné à tous les malheureux pêcheurs qui sont propriétaires de barques de les amener sur la rive droite, un instant on a craint qu’elles ne fussent brûlées.

Ce même jour commencèrent des réquisitions en pain, viande, bougie, chandelle, cognac etc.

Le 20 décembre la ville de Pont de l’arche est sur le point de manquer de vivres. Les pêcheurs privés de leurs bateaux n’ont plus de ressources ; les ouvriers chaussonniers qui jusque là avaient été occupés par suite de cotisations de plusieurs habitants ayant pour but de fournir des fonds aux fabricants pour payer la main d’œuvre, demeurent inoccupés faute de matières premières et d’écoulement des produits fabriqués. Les ouvriers bûcherons n’ont plus de travail dans la forêt, les coupes n’ayant pas été vendues. La misère est générale.

Les ateliers nationaux avaient été créés dès les premiers jours de décembre, un emprunt avait été décidé par la commission municipale, mais personne  ne se présentait pour le couvrir quoiqu’il constituât un placement avantageux.

Sur 10000 f dont on avait besoin d’urgence extrême on put à peine trouver 3000 f.

Le samedi de chaque semaine plus de 150 ouvriers travaillant aux ateliers nationaux venaient toucher à la mairie leur modique salaire et souvent ils se rencontraient avec des compagnies de soldats prussiens qui venaient, eux, faire leurs réquisitions.

Plus d’une fois, les membres de la municipalité qui étaient en service furent obligés de cacher sous des journaux, à l’arrivée des Prussiens, les quelques pièces de monnaie qu’ils destinaient aux ouvriers.

Le 21 continuation des réquisitions. Pont de l’arche est parcouru par des patrouilles d’infanterie et de cavalerie ; des postes sont établis aux abords du pont dans l’hôtel de Normandie et chez d’autres voisins.

Le 22 les docteurs médecins de la localité ne parviennent qu’à grand peine à franchir le pont pour visiter les malades d’Igoville et d’Alizay. Leur accès près du commandant rend néanmoins de grands services.

L’honorable M. Morel, qui faisait les fonctions de maire, et qui a accompli sa mission avec un zèle et une énergie qui lui ,mérite la reconnaissance du pays, est conduit presque chaque jour au fort par des patrouilles prussiennes pour recueillir de nouvelles exigences.

Le 23 décembre un panier d’argent est trouvé par les Prussiens dans la maison Cassel et ils l’apportent à la Mairie, mais le même jour, M. le maire est demandé au fort et on le prévient que le lendemain la ville de Pont de l’arche devra fournir une somme de dix mille francs.

Le 24 deux membres de la commission municipale se rendent près du  commandant et lui déclarent formellement que la ville est dans l’impossibilité de fournir la moindre somme et qu’elle est résignée à tout endurer plutôt que de faire une seule tentative pour s’en procurer.

Devant cette attitude le commandant laisse tomber sa prétention.

Le même jour les Prussiens veulent fêter la Noël, ils ajoutent à leurs réquisitions quotidiennes du champagne, de la farine et vin fin.

Dans la nuit on aperçoit en effet des feux de joie, et le lendemain on apprend que les soldats ont offert à leurs officiers des arbres de Noël.

Le 26 le Maire de St Cyr du Vaudreuil est amené au fort par une compagnie sous prétexte que des coups de fusil avaient été tirés sur une patrouille qui passait dans sa commune ; il paraît en effet que des hommes ivres s’étaient détachés de leurs compagnies de mobiles ou de francs tireurs et avaient imaginé de décharger leurs armes au moins à 1000 mètres sur des cavaliers prussiens et qu’ensuite ils s’étaient, bien entendu, repliés prudemment.

Le 27 décembre le temps est affreux, neige, glace, misère croissante. Pont de l’arche est isolé des autres endroits, personne n’ose y venir ou en sortir ; les chevaux et les voitures qui y viennent sont réquisitionnés ; on manque de farine : les autorités s’émeuvent de ce fait et font des démarches auprès de plusieurs fariniers ; on ne sonne plus les cloches ; toutes les maisons sont fermées, et les patrouilles composées de lourds fantassins parcourent seuls les rues de la ville.

Presque chaque jour, il y a des passages et les barricades du pont s’ouvrent devant elles pour se refermer ensuite.

Le 28 M. Mesnil notaire accompagné d’un membre de la municipalité parcourt les campagnes par un temps affreux pour essayer de couvrir une partie de l’emprunt voté et n’obtient aucun succès ; l’inquiétude des administrateurs est arrivée à son plus haut degré.

Le 29 décembre continuation des réquisitions, augmentation de vin blanc et de vin de Bourgogne pour les officiers.

Depuis le 7 décembre la commission municipale se tenait en permanence à l’hôtel de ville pour parer autant que possible à tous les événements.

30 et 31 décembre continuation des réquisitions.

1er janvier 1871, un nommé Hédouin, en état d’ivresse, ayant insulté un soldat prussien a été tué par une sentinelle.

Le 2 janvier continuation des réquisitions. Inquiétude des Prussiens, les postes et les patrouilles sont doublés ; un instant nous avons l’espoir qu’un corps français va les attaquer.

Le 3 les Prussiens avancent une grande garde composée de 50 hommes jusque sur la place du Pont de l’arche et occupant militairement la maison de M.Mesnil notaire ; en même temps ils font avancer des détachements de cavalerie pour aller en reconnaissance.

Au même moment nous voyons une de leur colonne se diriger sur Elbeuf ; c’est qu’en effet ils venaient d’éprouver au château Robert des pertes sensibles ; à 4 heures du soir ils rentraient au fort.

Pendant toute la journée les rues étaient cernées et il était défendu de sortir sous peine de mort.

Le 4 nouvelle occupation de la place des champs par 50 hommes d’infanterie et 30 dragons ; cette fois le corps de garde avait été changé, on avait pris la maison de Mme Hébert Duthuit pour loger les soldats.

Nouvelle  inquiétude des Prussiens, on se bat à Moulinaux, un instant nous eûmes l’espoir de voir apparaître les nôtres, nous crûmes entendre dans les échos de la forêt la charge des tambours français, c’était une illusion, car à 4 heures nous apprîmes malheureusement que notre garde mobile était en retraite sur Bourtheroulde.

Vers 5 heures les Prussiens rentrèrent au fort toujours en laissant des postes aux abords du pont et en faisant circuler force patrouilles.

Le 5 continuation des réquisitions, on y ajoute 225 harengs saurs et des sardines que nous nous trouvions dans l’impossibilité de fournir.

Depuis le 5 jusqu’au jour de l’armistice, les réquisitions n’ont pas varié ; il fallait en outre fournir presque tous les jours des chevaux et des voitures pour les troupes de passage.

Vers le 15 janvier on a pu obtenir la permission de communiquer avec la rive droite de la Seine moyennant un permis du maire que visait le commandant du fort chez lequel il arrivait souvent de faire antichambre une heure ou deux.

Le 29 le fort fut évacué et les troupes prirent leur logement dans la ville de Pont de l’arche d’où elles ne sortirent que le 7 mars.

Outre les troupes de séjour continuel qui ont été souvent renouvelées nous avions encore à loger les troupes de passage, de sorte qu’il y avait toujours dans les maisons très exiguës 8 à 10 militaires.

Voir pour les autres détails, contributions et les notes de M. Morel.

Pont de l’arche a été une des villes les plus maltraitées par l’occupation ; Cette occupation lui coûte en effet plus de 40000 f ; mais quand on songe qu’elle a conservé un pont qui a coûté près d’un million, on ne peut faire autrement que de conclure que l’Etat chez nous en a été quitte à bon marché.

 

Pour copie conforme,

Le Maire de la ville de Louviers, chevalier de la légion d’honneur, Député à l’Assemblée nationale.

 

Armand Launay

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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 22:22

Dans la même étude :  

 

L’invasion prussienne de 1870-1871 aux Damps

L'occupation de Pont-de-l'Arche par l'armée prussienne en 1870-1871

La guerre de 1870-1871 aux Damps et à Pont-de-l’Arche (conclusion)

 

 

 

"Renseignements fournis par M. Morel, ancien Maire.

 

            M. Géfrotin. 

            Vous m’avez demandé, il y a déjà bien longtemps, quelques renseignements sur l’occupation prussienne dans notre localité ; je me serais empressé de répondre à votre invitation, si depuis trois mois, ainsi que j’ai eu l’honneur de vous le dire, je n’avais pas été atteint d’un rhumatisme au bras droit qui ne m’a pas permis d’écrire depuis ce moment. Je vous les donne tout autant que ma mémoire peut me les fournir, car je n’ai rien écrit. Je n’en avait pas le temps.

            Les Prussiens sont arrivés à Pont-de-l’Arche le 7 décembre 1870, au nombre de 1400 environ, ils se sont logés, comme vous le savez, en désignant eux mêmes leurs logements au moyen de la craie.

            Leur premier acte dut de faire retirer la mine qui avait été préparée pour faire sauter le pont, afin de se ménager un passage qui était pour eux de toute nécessité.

            Le 9 le commandant donna l’ordre que tous les chevaux de la ville fussent réunis sur la place pour qu’il pût faire son choix.

            Le 16 ils formèrent un camp composé de deux compagnies d’infanterie et d’un détachement de cavalerie à l’extrémité du pont vers Igoville ; aussitôt les arbres qui bornent la route près du canal furent abattus (le fort), de grosses pierres, des bateaux pêcheurs, planches etc. ont été apportés et ont servi à faire, en moins de deux heures, trois barrières en avant de la première vers la ville, la chaussée du pont était obstruée au moyen de fils de fer entrelacés qui ne permettaient pas de circuler ; de ce côté, par conséquent, Pont-de-l’Arche était bloqué. Une porte fut établie à l’entrée du pont avec des factionnaires de distance en distance, pour empêcher toute espèce de circulation. C’est là où ces gredins, sûrs de l’impunité, se livrèrent à des actes de pillage, que l’autorité locale était impuissante à réprimer.

            Le Conseil municipal se tenait en permanence, il fallait lutter pied à pied avec ces coquins là qui ne vous parlaient que l’injure à la bouche et le sabre à la main pour obtenir les énormes réquisitions de chaque jour ; une fois l’on demanda 100 kilos de café, autant de sucre, cognac etc.

            Le 25 décembre, il nous fallut trouver tout ce qu’ils demandaient pour célébrer le Réveillon. Ce jour là, la ville dut payer au moins la somme de 1000 F.

            Le 1er janvier, un sieur Hédouin, contrarié de ne pouvoir passer le pont, insulte une sentinelle ; un coup de fusil le blesse grièvement, le lendemain, il succombait à sa blessure.

            Le 2 l’inhumation d’une femme ne put avoir lieu à l’heure indiquée, malgré l’intervention de l’autorité, il fallut admettre que le moment fût choisi par le commandant. C’était au moment du combat des Moulinaux, la ville était enfermée comme dans un cercle de fer ; personne ne pouvait en sortir ; toutes les maisons furent fermées, et quand venait cinq heures on ne circulait plus dans les rues. Quand aussi l’habitant avait une pièce sue le derrière, il l’occupait de préférence dans la crainte que la lumière ne fût aperçue du dehors.

            Le 4 janvier, malgré toutes les réquisitions en natures, le commandant du fort exigea une somme de 10 000 F ; en présence d’une demande aussi sévère, je dus me rendre au camp, escorté comme toujours par des Prussiens, accompagné de MM. Romain et Delapotterie, nous plaidâmes chaleureusement notre cause pour ne pas payer cette nouvelle réquisition, nous fîmes ressortir la malheureuse situation du pays, les ouvriers sans travail, plongés dans la plus affreuse misère ; nous gagnâmes notre procès en leur livrant du cognac, leur liqueur favorite.

            Le 7 un détachement appelé à remplacer l’un de ceux du fort d’Igoville, commandé par un officier du mon de Lauberlat, de triste mémoire, exigea une fourniture immédiate de pain ; dans l’impossibilité de pouvoir satisfaire ses exigence il fit charger les armes sur la place Langlois et paraissait décidé à tirer sur moi et les quelques personnes qui m’accompagnaient.

            Le 9 le même Lauberlat que l’on appelait vulgairement l’homme à lunette (ne sachant pas son nom) dirigea le vol et le pillage chez un certain nombre d’habitants, notamment les cafetiers et épiciers, il faisait la terreur de notre ville. Pouvions nous l’empêcher ? Nous assurément. Très heureusement un capitaine commandant vint avec un détachement augmenter l’occupation du fort, et par suite des rapports que nous eûmes avec lui pour les réquisitions journalières du camp, j’obtins, sur ma demande, un laissez-passer pour pouvoir communiquer avec lui ; malgré cette autorisation, j’éprouvais souvent, de la part des factionnaires, un refus brutal. J’insistait parfois, mais quand leurs baïonnettes se tournaient vers moi, je jugeais qu’il était prudent de ma retirer. Je pus faire parvenir une plainte et, le lendemain, je fus admis près du commandant à qui je fis part de la conduite ignoble que tenait ce fameux Lauberlat et quelques soldats que je lui désignais. Il affligea 18 heures d’arrêt à ce misérable officier, et les soldats, après avoir reçu force coups de cordes, ont été attachés à des arbres pendant 24 heures. Le commandant a tenu que je les voie dans cette position, en me faisant ressentir que toujours chez eux il y avait bonne discipline et il m’a invité à l’informer s’il se commettait quelque excès en ville, il les punirait. Etaient-ils tous de cette nature ? J’en doute fort.

            Le 11 nous eûmes à loger plus de 1500 hommes, nous fumes en butte aux insolences les plus grossières d’un lieutenant dont le nom m’échappe, et la main, comme toujours, sur la garde de son épée, nous ne savions comment faire pour parvenir à les placer. M. Helloin secrétaire de la Mairie qui pendant cette malheureuse période, a partagé les ennuis et les tribulations de l’Administration avec ce courage vraiment extraordinaire, cherchait par tous les moyens possibles à nous aider de son concours, fut aussi insulté et retenu comme prisonnier quelques instants, mais profitant de l’état d’ivresse du chef et de ses soldats prussiens, il pus se dérober à leur surveillance.

            Tout se continua de la même manière jusqu’au 10 février. Ce jour là on fut contraint de payer les douzièmes des contributions, plus les contributions indirectes.

            Le 16 février, par ordre du général en chef de la 1ère armée allemande, une contribution de 41075 F. était imposée à la ville de Pont-de-l’Arche à raison de 28 F. par chaque habitant, la même contribution fut imposée aux autres communes.

            Le 17 je recevais une autre dépêche signée, comme la précédente du colonel de Légat qui occupait la ville de Louviers, dans laquelle il était dit que si cette somme n’était pas payée au jour indiqué, passé ce délai, on prendrai, comme otages, les personnes les plus distinguées de la commune (ce sont les termes de la lettre). Il partit le lendemain de Louviers, la somme ne fut pas payée.

            Les 19, 20 et 21 du même mois nous avons été complètement débordés, il nous en arrivait de tous les côtés, à tel point que les ouvriers aisés, ceux auxquels nous avions été obligés de d’en donner quelques jours avant n’en voulaient plus recevoir qu’à la condition qu’on leur délivrerait le pain et la viande (ce qui fut fait par l’administration) l’encombrement était tel que nous craignions de grands désordres.

            Enfin, l’armistice arriva et fut salué avec bonheur, nous pûmes un peu respirer, puis le 11 mars au matin le dernier détachement prussien quittait nos murs ne laissant après eux que de très mauvais souvenirs.

            J’aurais, cher Monsieur bien d’autres détails qui se passaient un peu partout. Ainsi la ville a été bien des fois menacée d’être incendiée, si un des leurs eût manqué à l’appel. Dans le cours de décembre, un jeune homme a eu l’imprudence de venir au Pont de l’arche avec un pantalon rouge au moment du passage d’une colonne de 10.000 Prussiens ; il fut pris pour un mobile ou un franc tireur. Le colonel le fit mettre en place pour le faire fusiller ; un sergent le tenait en joue à distance d’environ 5 pas, pendant que le colonel s’adressait à M. Mesnil et à moi pour avoir quelques renseignements sur ce jeune homme, qui lui furent donnés aussitôt et qui parurent le satisfaire. Le pauvre garçon eut sa grâce.

            La nuit du 11 au 12 décembre, après avoir hébergé 4 Prussiens d’une manière convenable demandant vins, cognac, comme toujours, avec menace. Ils se sont retrouvés ivres, voulant les envoyer coucher, partent à trois, mais le 4ème, qui était un sous officier et à qui cela ne convenait pas, devint furieux, tira son revolver de sa ceinture, me mit le canon sur la poitrine pendant au moins 4 minutes, lorsqu’appelant à grands cris ses camarades qui s’empressèrent de venir à mon secours et me sauvèrent (il était temps).

            Voilà, mon cher Monsieur, les principales péripéties du séjour des Prussiens dans notre malheureuse ville du Pont de l’arche.

            Permettez-moi, Monsieur, de saisir cette occasion pour me rappeler à votre bon souvenir.

            Agréez, je vous prie, avec le regret que j’éprouve de vous envoyer aussi tardivement ces quelques renseignements, l’expression de mes meilleurs sentiments toujours bien dévoués.

 

Signé : Morel, ancien Maire.

 

Pont de l’arche, le 29 mars 1872.

 

Pour copie conforme, le Maire de Louviers, chevalier de Légion d’honneur, déposé à l’Assemblée Nationale."

 

 

Consulté aux Archives municipales de Louviers (cote : 4 H 13).

 

Prosper Morel-Dubosc est né le 29 novembre 1812 à Pont-de-l'Arche et décédé au même lieu le 15 décembre 1891.


Armand Launay

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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 22:09

 

Entre lacs et falaises, la serre zoologique Biotropica a pris place en 2012 dans la base de loisirs de Léry-Poses, à deux pas des falaises de la vallée de la Seine et de Pont-de-l'Arche. Un joli petit coin de Normandie où le sport, les loisirs et le patrimoine sont rois…

 

 

Logo Biotropica

 

 

Léry-Poses : sports et loisirs pour tous ! 

 

Entre Poses et Val-de-Reuil, 40 millions de tonnes de granulats ont été extraits pour répondre aux besoins de l’immobilier. La majeure partie des carrières n’est plus exploitée et a laissé place à près de 650 hectares de lacs. Une réserve ornithologique occupe 65 hectares et le reste est dévolu aux loisirs sous la responsabilité de la base de plein air de Léry-Poses. Ce syndicat mixte, associant la région Normandie, les départements de l'Eure et de Seine-Maritime et la CASE, met à la disposition du public de nombreuses activités sportives au lac du Mesnil (golf, voile, kayak, escalade, VTT, tir à l’arc…) et des loisirs pour l’ensemble de la famille au lac des Deux amants (plage, minigolf, téléski, parc de jeux, chalets en location, pédalos et canoë-kayaks…). De quoi passer des weekends aussi agréables qu’occupés !

 

Base de Léry-Poses

27 740 Poses – 02 32 59 13 13 / http://basedeloisirs-lery-poses.fr

 

11

Golf, sports nautiques, escalade et plage…

Léry-Poses a quoi ravir toute la famille.

 

 

 

Le barrage de Poses et les écluses d’Amfreville

 

Le saviez-vous ? La marée se fait sentir sur la Seine jusqu’à Poses, à 160 km de la mer ! C’est le barrage de Poses et les écluses d’Amfreville-sous-les-Monts qui démarquent la haute Seine de la basse Seine, soumise aux marées. Ces éléments ont été construits de 1878 à 1881. Le barrage présente d’impressionnantes poutres métalliques et des bardages de béton. Il est d’autant plus spectaculaire qu’une passerelle permet aux promeneurs de le surplomber et d’apprécier son point de vue imprenable sur les chutes d’eau, leur force, leur bruit et leurs embruns ! Un lieu de promenade idéal pour la famille entre Amfreville et sa célèbre guinguette et le village fluvial de Poses où sont amarrés les remorqueurs accueillant le musée de la Batellerie.

A lire : notre album-photos sur les réparations du barrage de Poses et des écluses d'Amfreville à la Libération.

 

12

Depuis 1881, le barrage de Poses sépare la basse Seine – soumise aux marées –

et la haute Seine. Au fond, la Côté des Deux amants.

 

 

Reine des falaises : la légendaire Côte des Deux amants

 

Avec 140 mètres de dénivelé, les falaises bordant la boucle de Seine à Poses offrent un magnifique paysage où des affleurements de craie entrecoupent des herbages et surtout des bois. La clé de voute de cet ensemble est sans conteste la côte des Deux amants qui domine le confluent de la Seine et de l’Andelle, aux confins du Vexin. Du haut de celle-ci, un très beau point de vue se dégage sur les iles de Seine, la vallée des lacs et vers Pont-de-l’Arche. Cette côté a inspiré la poétesse Marie de France qui écrivit la légende des Deux amants à la fin du XIIe siècle. Première femme à avoir écrit des vers en français et, plus précisément, en anglo-normand, elle a conté l’histoire du roi de Pîtres qui ne voulait pas marier sa fille. Il promit la main de celle-ci à l’homme qui surmonterait l’impossible : gravir la côte en portant la princesse dans les bras. Un homme s’y risqua qui mourut d’épuisement en arrivant en haut de la côte. Sa dulcinée mourut de chagrin sur les lieux qui s’appellent depuis « Côte des Deux amants ». Une hypothèse moins romantique avance que le nom provient de « côte des deux amonts » puisque cette zone de confluence permettait aux mariniers « d’aller amont » vers l’Andelle ou vers la Seine… soit deux amonts !

 

13

La côte des Deux amants, un site naturel classé bien connu des romantiques...

 

 

 

Pont-de-l'Arche, patrimoine médiéval et renaissant...

 

Avec l'ancienne abbaye de Bonport fondée par Richard Coeur de Lion (1190), les remparts de Philippe Auguste (XIIIe siècle), des dizaines de maisons à pans de bois (XVe-XVIIIe siècle), une église flamboyante (1499-1566), on peut lire l'histoire de la Normandie et de la vallée de la Seine à travers le prisme de Pont-de-l'Arche ! Il faut aussi compter sur la forêt de Bord-Louviers, vaste domaine public où chacun trouve son plaisir (balade à pied, VTT, équitation, observation animale, calme...). 

 

Ajoutez à cela de magnifiques berges propices aux piqueniques, une offre de restauration et de services...

 

 

Pour plus d'informations, l'Office de tourisme 

 

Sorties touristiques, agenda des manifestations, offre d’hébergement et de restauration…

Office de tourisme Seine Eure

10, rue Maréchal-Foch
27 400 LOUVIERS
02 32 40 04 41 / www.tourisme-seine-eure.com

14

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2Les falaises vers Connelles vues depuis la Côte des Deux-amants (automne 2011).

 

 

1

Des randonneurs arrivant au sommet de la Côte des Deux-amants avec vue,

en contrebas, sur la Seine et les lacs de Léry-Poses (automne 2012).

Armand Launay

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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 22:50

Jean Kerbrat, né en 1939 à Mayenne et décédé le 15 novembre 2013, fut propriétaire du bailliage de 1969 à 1976. La grandeur des lieux permit à ce sculpteur de renom d’installer son atelier et de préparer l’exposition au musée du Havre (1970), des œuvres comme l'hommage à Fernand Léger (aujourd’hui dans le collège du même nom au Petit-Quevilly), les sculptures monumentales de Creil (1972-1976)... Quant au bailliage, il en assura l’entretien, notamment en remplaçant des clés de pierre, en curant le puits pour l’écoulement des eaux diluviennes. Il conserva les graffitis de la cour intérieure et des murs des prisons. La présence de cet artiste attira à Pont-de-l’Arche le graveur Jacques Ramondot (1928-1999), le peintre Robert Savary (1920-2000)[1], le sculpteur René Leleu (1911-1984), l’universitaire et écrivain René Etiemble (1909-2002). Si, malheureusement, Jean Kerbrat dut quitter notre ville pour des raisons familiales, il laissa trois empreintes dans la ville.

 

 

Au bailliage : l’hommage à Antoine Bourdelle

 

Autour de l’entrée du prétoire, se trouve une sculpture qui s’étend sur tout le premier niveau du mur pignon. Sur une forme de grillage céramique, Jean Kerbrat sculpta dans du plâtre quatre allégories marchant sur le soubassement en pierre de taille et épousant admirablement les rares espaces entre la porte et deux ouvertures : architecture, danse, musique et sculpture. Il s’agit d’un hommage à Antoine Bourdelle (1861-1929), incontournable sculpteur versé dans les œuvres monumentales. L’œuvre de Jean Kerbrat au bailliage démontre qu’il souhaitait y vivre longtemps, si ce n’est toute sa vie.

Bailliage

 

 

A l’école maternelle Les Lutins : 14 ardoises sculptées

 

Les 14 ardoises qui décorent l’agrandissement de l’école maternelle sont de Jean Kerbrat. Cet agrandissement date de 1984 où Roger Leroux, maire, inaugura la troisième classe et la salle d’activités. Si l’on retrouve l’univers des personnages, souvent graves et robustes, de l’œuvre de Jean Kerbrat de cette époque, les thèmes traités y sont plus légers qu’ailleurs.  Comme l’écrit l’artiste lui-même, dans une commande « l’œuvre doit impliquer tous les publics ». Jean Kerbrat s’est donc conformé aux attentes de l’Atelier des deux anges, cabinet d’architectes de Val-de-Reuil qui avait la maitrise d’œuvre des travaux pour le compte de la Ville de Pont-de-l’Arche. Parmi les thèmes, l’on retrouve la musique « chanson dolente de l’accordéoniste », la danse « la noce à Gonesse », la poésie « Elégie aux grands arbres du Morvan », la fantaisie « La grenouille bleu » (sic), le cheminement « puisqu’il faut partir toujours »…

 

Les Lutins

 

Ardoise

 

A la salle des fêtes : ciment et éclats d’ardoises

La salle des fêtes de Pont-de-l’Arche a été inaugurée en 1954 par le maire Alix Duchemin. Lors de sa réhabilitation en 1987, le maitre d’œuvre l’Atelier des deux anges (Val-de-Reuil) a fait poser une décoration toute contemporaine pour le compte de la Ville de Pont-de-l’Arche représentée par son maire Roger Leroux. Ainsi, l’entrée située dans la rue Maurice-Delamare est ornée de quatre rectangles de ciment encadrant la porte principale et ses deux ouvertures de part et d’autre. Ces rectangles présentent des couches de ciment sur lesquelles ont été projetées des gouttes de ciment et un demi carré d’ardoise. Quelque part, on peut voir dans les projections de ciment une expression de la créativité. Quant aux ardoises cassées en deux, elles peuvent symboliser ce qui est séparé, à l’extérieur de la salle des fêtes qui est le lieu de réunion par excellence.

 

Salle des fêtes

 

Détail salle des fêtes


Plus d’infos sur www.kerbratjean.fr 

 

 

 

[1]Qui réalisa en 1976 une lithographie de l’église vue du pont dont on trouve une copie à l’accueil de la mairie. 

Armand Launay

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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 22:16

Lieu d'accueil aux abords des villes, la maladrerie était destinée aux lépreux du Moyen Âge à la Renaissance. Celle de Pont-de-l'Arche s'est peu à peu évanouie dans les brumes de l'histoire mais le cimetière communal semble bien en être l'héritier...

 

Diis manibus

 

Cimetière (vue aérienne Google)

Le cimetière de Pont-de-l'Arche par satellite vers 2006 (image Google). 

 

 

Un nom de lieu pour seul vestige de la maladrerie ? 

Avec la matrice, le plan cadastral est un document fiscal permettant de délimiter les terrains et de répertorier les propriétaires. Celui de Pont-de-l’Arche, achevé en octobre 1834 par Le Fébure, géomètre en chef et Girard, géomètre, a enregistré sous le nom de Maladrie tout l’espace situé autour du cimetière, y compris de l’autre côté de la route d’Elbeuf. Depuis, son orthographe a été corrigée en « maladrerie », comme le montre l’inventaire des Monuments historiques qui répertorie une maladrerie disparue à Pont-de-l’Arche[1]. Surtout, une impasse longeant le cimetière a porté ce nom jusqu’au 12 octobre 1973 où le Conseil municipal, suivant l’avis des riverains, la renomma Impasse de la Vallée.

 

Une maladrerie ? Définition

Dans les villes, les hôtels-Dieu accueillaient les malades. Cependant, les lépreux, étaient renvoyés vers les maladreries des abords des villes. La première léproserie connue, celle de Saint-Claude (Jura), est citée par Grégoire de Tours dans Les Vies des pères, au VIe siècle. Les léproseries, comme nombre d'institutions charitables, se multiplièrent au XIIe siècle dans un contexte d'essor économique. Elles étaient placées sous la responsabilité d’établissements religieux. Mais que savons-nous de l’histoire de la maladrerie de Pont-de-l’Arche ?

 

Vers 1250 : une léproserie gérée par Bonport

La plus ancienne mention de la maladrerie se trouve dans le cartulaire de Bonport. Par un acte d’aout 1259 Jean Goceselin, bourgeois de Pont-de-l’Arche, concéda des libéralités et des biens immobiliers à l’abbaye de Bonport, conformément au souhait de sa femme Mathilde. Il céda deux sous à la « leprosie » de Pont-de-l’Arche, propriété de l’abbaye donc, chaque année à la saint Jean-Baptiste[2]. La localisation de celle-ci, à mi-chemin entre l’ancienne abbaye et la ville de Pont-de-l’Arche, est donc parfaitement logique, d’autant plus que cet ancien lit de Seine, sans relief, était destiné aux cultures du fait de la présence d’eau[3].

Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme citent cet acte de 1259 et avancent qu’il est probable qu’il s’agisse de la « même maison que le Bel-Air cité en 1265 »[4]. Nous nuançons le propos car la Maladrerie a pu être appelée Bon-air à cause de sa proximité avec la « maison » ou ferme du Bon-air. Quant à la date de 1265, les auteurs ne la citent pas dans leur article sur Pont-de-l’Arche et nous ne la trouvons pas ailleurs. Néanmoins, Léon de Duranville écrivit qu’il « y avait eu jadis une maladrerie, qui porte maintenant le nom de Bon air ». Du vivant de Léon de Duranville, une ferme du Bon-air existait. Cela semble confirmer que c’est ce nom qui prévalait et qui caractérisait tout l’espace entre Pont-de-l’Arche et Bonport, comme aujourd’hui. Léon de Duranville précisa aussi que « la chapelle fut bénite par Eudes Rigaut. »[5] 

Bruno Tabuteau, docteur en histoire, auteur de "Les maladreries et léposeries en Normandie" (Cahiers Jacques-Charles, AMSE, 2011), répare l'erreur de De Duranville en précisant qu'en 1261 Eudes Rigaud rejoignit le roi Saint Louis, le 1er juin, à la chapelle Saint-Etienne du château de Pont-de-l'Arche (Limaie) où il célébra la messe le 2 juin. Cependant le 4 et le 5 juin, Eudes Rigaud consacra l'église du couvent des dominicains de Rouen comme le montre le Journal des visites pastorales d'Eudes Rigaud (page 402). Il ne s'agit donc pas de la chapelle de la maladrerie de Pont-de-l'Arche. Bruno Tabuteau nous donne, en revanche, nombre d'informations sur l'aumône de Normandie dont bénéficiaient les comptes de la maladrerie de Pont-de-l'Arche. Se fondant sur les Journaux des trésors des rois Philippe IV le Bel (Jules Viard, Paris, imprimerie nationale, 1940) et Charles IV (id. 1917), l'historien note des versements irréguliers allant de 1297 à 1384.   

 

Renaissance : la maladrerie entre paroisse et ordres religieux

A une date indéterminée, il semble que la gestion de la maladrerie est passée des moines de Bonport à la paroisse Saint-Vigor. En effet, les registres de la fabrique nous apprennent qu’en 1539 Claude Hays, curé, qui avait « joui du revenu de la léproserie pendant dix-huit ans, a remis les titres et payé les arrérages, suivant l’accord qu’il a passé au parlement le 17 janvier 1538.[6] » Que s’est-il passé 18 ans auparavant, en 1520 ? Nous l’ignorons. Quoi qu’il en soit, nous apprenons que la maladrerie était passée dans le giron de l’hôtel-Dieu qui, en 1648, passa sous la responsabilité des frères pénitents. Ceci ne dura pas car, suite aux édits de décembre 1672 et du 20 février 1673 réorganisant le fonctionnement de divers hôpitaux, la Chambre royale les condamna le 31 mai 1673 à laisser à l’Ordre du Mont-Carmel la libre possession et jouissance de « la malladrerie et hospital » de Pont-de-l’Arche dont ils étaient propriétaires depuis 25 ans[7]. Puis, un édit de mars 1693 confia aux villes la gestion des hôpitaux. Qu’en fut-il de la maladrerie ?

 

Bien paroissial, la maladrerie devint cimetière communal

Les registres du conseil de fabrique indiquent que la maladrerie était devenue un bien paroissial car de 1781 à 1782, alors que Michel Duval était curé, « on a fait faire un cimetière neuf au même lieu et place de l’ancien, nommé Maladrerie ». Ceci atteste que l’espace autour de la maladrerie était connu comme cimetière et explique pourquoi le plan de Pont-de-l’Arche dressé vers 1702 par le cartographe Nicolas Magin (1663-1742) montrait un cimetière au lieu dit La Maladrerie. Les bâtiments avaient déjà peut-être été démolis. 

De cimetière pour malades contagieux, celui-ci devint cimetière paroissial mais le nom de maladrerie se converva. On le retrouve en 1812 dans une délibération du Conseil municipal du le 13 novembre où fut évoqué un pommier mutilé près de la « maison de la Maladrerie ». Cela désignait soit la maladrerie soit une maison qui la jouxtait.

Après la nationalisation des biens de l’Eglise, la maladrerie – tout du moins son terrain – passa dans le domaine communal. En effet, une délibération du 3 mai 1862 rappelle la décision du 4 novembre 1851 qui demandait aux personnes désireuses de maintenir des tombes dans l’ancien cimetière, celui autour de l’église Saint-Vigor, actuelle Notre-Dame-des-arts, de se manifester en mairie avant le 31 décembre. « Contre 30 fr. le mètre, les tombes pourront être maintenues, sinon elles seront ôtées « au fur et à mesure que le besoin d’inhumer se présentera selon l’ordre des sépultures. » La place manquait dans l’ancien cimetière, autour de l’église, et il semble que ses tombes n’étaient pas récentes puisqu’on ne se bousculait pas pour les conserver. Il faut dire que la translation du cimetière de l’église à la Maladrerie avait commencé en 1781. Quant aux premières photographies de l’église Notre-Dame-des-arts, vers 1895, elles montrent qu’il n’existait plus aucune tombe autour de l’église. La translation était achevée. Les seuls vestiges de ce cimetière se trouvent dans l’église où des plaques rappellent que certains nobles étaient inhumés en son sein.

 

Ce plan de Pont-de-l’Arche, dressé vers 1702 par le cartographe Nicolas Magin (1663-1742),

montre que la maladrerie (vers l'Est, à gauche, au-dessus du mot "Elbeuf")

était déjà assimilée à un simple cimetière (BnF, collection d'Anville).

 

A quoi ressemblait la maladrerie ?

Regardons la léproserie Saint-Lazare de Gisors, dont il reste la chapelle Saint-Luc. Elle se compose d'une simple nef rectangulaire de près de 110 m² réalisée en pierre calcaire et complétée d'un chevet à pans de bois. Elle devint une maison de charité durant le XVIIIe siècle puis fut reconvertie en grange à la Révolution. La Ville de Gisors l’acquit en 1967 et elle fut classée aux Monuments historiques en 1992[8]. Comme Gisors, Pont-de-l’Arche comptait parmi les petites villes de Normandie au Moyen Âge. La chapelle de la maladrerie de Pont-de-l’Arche a peut-être ressemblé à celle de Gisors, du moins dans ses dimensions et dans ses matériaux. Pour compléter l’image que l’on peut se faire de la maladrerie, il faut ajouter des bâtiments annexes, un cimetière autour, un calvaire et peut-être un enclos.

 

Léproserie Saint-Lazare (Gisors)

La chapelle Saint-Luc de la léproserie de Gisors,

une illustration de ce que pouvait être une partie de la

maladrerie de Pont-de-l'Arche ? (photo Wikipédia)

 

 

Le patrimoine confirme-t-il les textes historiques ?

Aujourd’hui, le mur autour du cimetière, fait de grandes pierres de taille calcaires, trahit bien son origine de la fin du XVIIIe siècle. Le plus ancien monument daté a été érigé en 1824 à la mémoire de Louis Joseph Quesney. La plus ancienne dépouille est celle de Julien Blin, ancien maire et bienfaiteur de la ville, dont l’enterrement eut lieu en 1826 et dont la stèle offerte par la ville fut posée vers 1830. Cependant, le plus ancien monument n’est pas daté : il s’agit du calvaire central…

 

Le plus ancien monument : le calvaire central

 

A lire aussi...

Le calvaire de la Procession

 

Un monument presque oublié

Au centre du cimetière se trouve un calvaire. Celui-ci était nettement visible quand les tombes n’étaient couvertes que de croix de bois. Aujourd’hui, il passe quelque peu inaperçu, de prime abord, tant les monuments funéraires sont devenus imposants depuis la moitié du XIXe siècle. La croix du calvaire, en pierre calcaire, présente de fines sculptures. L'érosion a surtout frappé les personnages, le Christ, l'Enfant Jésus et la Vierge dont la tête a disparu. Le corps de la croix est orné de palmettes étirées. Les bras de la croix sont reliés par d'élégantes décorations en forme de croissants de lune. Cette croix, qui semble dater du XVIe siècle, repose sur un socle de pierre restauré en 1998 par la Ville de Pont-de-l’Arche à l’initiative de Michel Lepont. En effet, cet organiste archépontain, correspondant de l’association Notre-Dame-de-la-Source, spécialisée en restauration du petit patrimoine religieux, a convaincu la municipalité présidée par Paulette Lecureux de restaurer ce bien communal. Le socle de pierre du calvaire s’effritant dangereusement, il lança un livre de soutien à la restauration de ce monument qui obtint plus de 100 signatures. Elles permirent d’inscrire la restauration du calvaire à la session 1996 du concours « Un patrimoine pour demain », organisé par Pèlerin magazine. Lauréat du concours, cette restauration fut soutenue par une subvention de 31 644 francs. Ce sont les Services techniques de la Ville qui assurèrent la restauration et notamment Alain Richard et Alain Morel.

 

 Restauration calvaire (1998) 2

Les agents des services techniques de la Ville de Pont-de-l'Arche

restaurant le socle du calvaire en 1998 (photo Michel Lepont)

 

Un monument hautement symbolique

Presque toutes les tombes et stèles du cimetière sont orientées, c’est-à-dire qu’une face de leur forme rectangulaire est tournée vers l’orient (l’Est). Or, le calvaire est le seul monument à présenter un angle vers l’orient. Ses trois autres angles renvoient vers les autres points cardinaux. C’est donc sous la croix du calvaire que les quatre points cardinaux se rassemblent. Ils confèrent à ce monument une place cardinale, c’est-à-dire une place au cœur du cimetière et, symboliquement, du cosmos puisque les points cardinaux n’ont pas de limite. Le calvaire est comme un guide autour duquel est structuré le cimetière. Or, sur la croix du calvaire se trouve une image du Christ, le guide des chrétiens qui espèrent une vie après la mort. Une observation attentive montre que l’image du Christ n’est pas alignée sur l’angle Est du calvaire. Elle est décalée vers le sud-est, là où apparaissent les rayons du jour naissant au solstice d’été, le plus long jour de l’année. Symboliquement, le Christ est le premier à recevoir la lumière du jour renaissant après la nuit, la lumière de la vie après la mort. Au dos de la croix, une sculpture de la Vierge à l’Enfant est aussi symbolique. L’hiver, ces deux personnages voient le jour mourir au nord-ouest, horizon vers lequel ils sont tournés. Le Christ et sa mère vont mourir. Mais, avec le retour du jour, le Christ va ressusciter ainsi que ses serviteurs. Hautement symbolique, le calvaire s’inscrit dans une des plus anciennes traditions locales car, au néolithique, les sépultures collectives protégées par des allées couvertes étaient déjà orientées de manière à recevoir les rayons du jour naissant au solstice d’été. Aujourd’hui, les tombes de plusieurs prêtres de Pont-de-l’Arche - Jacques Lemariez (1828-1885), Philippe Damoiseau (1799-1874), Gabriel Caillet (1911-1994), Adrien Colin (1918-2002) et une tombe anonyme - jouxtent le calvaire. Tournées vers le nord, elles rappellent le rôle central du calvaire.

 

Calvaire

 

Un vestige de la maladrerie ?

Ce calvaire est-il le guide du cimetière paroissial ou celui de l’ancienne maladrerie ? Vue son ancienneté, nous sommes tentés de dire qu’il appartenait au cimetière de la maladrerie. Qui plus est, d’après le plan de Nicolas Magin la maladrerie ne jouxtait pas la route d’Elbeuf mais était située à mi-distance entre la route et le coteau bordant l’Eure. Le cimetière devait se trouver autour d’elle et son calvaire. Ceci dit, le calvaire a très bien pu être déplacé selon les besoins. C’est ce que la restauration de 1998 a révélé : le socle était réalisé avec le réemploi d’anciennes pierres tombales du début du XIXe siècle. On a très bien pu déplacer la croix et la poser sur un socle nouveau. Ce serait assez logique car le cimetière a bénéficié de plusieurs agrandissements. Un des premiers agrandissements s’est fait vers l’ouest et jusqu’à la route d’Elbeuf comme le montre le mur de pierre et l’entrée principale. Puis, le cimetière a été agrandi vers l’Est, décalant la porte principale vers l’ouest. Or, le calvaire est resté au centre du cimetière, preuve qu’il a été déplacé.  

 

La stèle de Louis Joseph Quesney (1824)

Nous n’avons pas trouvé d’information directe sur cet homme né à Elbeuf le 1er aout 1750 et décédé à Pont-de-l’Arche le 24 février 1833. Il appartint à une famille de nobles ayant joué un rôle pendant la Révolution parmi les républicains modérés, puis parmi les fidèles au pouvoir napoléonien. Ainsi le père de Louis Joseph, Louis Robert Quesney, était receveur des gabelles avant 1790. Il fut conseiller municipal en 1795 puis à partir de 1800. Entre temps, il fut nommé maire de Pont-de-l’Arche de 1796 à 1799. Un autre Quesney apparait dans les archives en tant qu’agent national en 1795. Un Quesney signa un bel article sur l’économie de Pont-de-l’Arche dans le 3e tome des Annales de statistiques en 1802 (page 55). Il signa en tant que chef de la 1re division des bureaux de la préfecture du département de la Seine-Inférieure et se dit natif de la commune. La stèle de Louis Joseph Quesney fut commandée 9 ans avant sa mort à « Requier », maçon à Alizay, qui finit de la tailler en avril 1824. Celle-ci est gravée de grands aphorismes romantiques.

 

Monument Quesney 5

Datant de 1824, la stèle rendant hommage à Louis Joseph Quesney

est le plus ancien monument individuel du cimetière de Pont-de-l'Arche.

 

La stèle de Julien Blin (1830)

Julien Blin (1738-1826) est un ingénieur des ponts et chaussées. En 1815, il fut nommé maire de Pont-de-l’Arche par le Préfet de l’Eure, fonction qu’il assuma jusqu’à sa mort. Il assainit les comptes de la Ville notamment en rappelant la Préfecture à ses obligations. Il enrichit la ville, alors très pauvre, en lui donnant des immeubles (et les rentes afférentes) qu’il avait acquis durant la période révolutionnaire. En 1818, il fit construire des logements au-dessus de la Salle d’Armes, ancien hôtel-Dieu, pour l’instituteur et deux sœurs qui enseignaient dans la ville. En 1822, il fit don à la commune de trois maisons, contre l’obligation de celle-ci d’en utiliser une comme presbytère. En 1827, le Conseil municipal rapporta les termes du don testamentaire établi par Julien Blin. Sans descendance, il fit don à la commune de biens immobiliers estimés à 236 450 francs,  presque 40 fois le budget communal de 1827 ! Parmi ces biens, Julien Blin souhaitait que l’ancien couvent des pénitents serve d’hôpital aux « indigents malades et inférieurs ». Julien Blin offrit aussi sept maisons et des terres cultivables. Les dons de ce bienfaiteur permirent entre autres de loger la première école de la ville conformément aux lois Guizot sur l’enseignement public (28 juin 1833). En 1830, les élus municipaux votèrent l’érection d’une « pierre tumulaire » sur la tombe de Julien Blin. En 1865, le nom de « rue Blin » fut officialisé par le Conseil municipal[9].

 

Monument Blin 1

Cette stèle de 1830 a été offerte par la Ville de Pont-de-l'Arche

en hommage à son ancien maire Julien Blin, bienfaiteur à

l'origine de l'hôpital local et des bâtiments de la première école publique.

 

Autres tombes et mur de clôture

Les plus anciennes tombes datent du dernier quart du XIXe siècle. Les stèles abordées ci-dessus sont séparées de plusieurs dizaines de mètres. Elles doivent leur conservation à leur caractère monumental et au renom des défunts qu'elles commémorent. Les tombes qui les entouraient ont été relevées au fil des générations. On peut donc déduire que ce cimetière était pleinement utilisé dès le début du XIXe siècle. Une partie du mur de clôture trahit des origines de la fin du XVIIIe siècle avec d’imposantes pierres de taille en chainage et dans les piliers de la porte d’entrée principale, porte qui, comme nous l’avons écrit plus haut, ne peut être celle du cimetière de la maladrerie qui ne jouxtait pas la route d’Elbeuf, selon le plan dressé par Nicolas Magin.

Notons aussi la présence de deux tombes d'artilleurs anglais tombés lors du combat de Pont-de-l'Arche en juin 1940.

 

P1050112Les pierres de taille du mur sud témoignent du XVIIIe siècle

(ici le pilier Est de l'entrée principale).

 

 

Conclusion

Le cimetière communal semble bien être l’héritier de la maladrerie du XIIIe siècle. Après les ordres religieux et la paroisse, ce bien communal a pris le relai du cimetière de la maladrerie ; relai symbolisé par le calvaire central du XVIIe siècle. A partir de 1781, il remplaça l’ancien cimetière autour et dans l’église Saint-Vigor, devenue Notre-Dame-des-arts en 1896. Quelques plaques et gisants y subsistent qui rappellent qu’on y enterrait les chrétiens depuis peut-être les fortifications de Charles le Chauve (IXe siècle) ?

 

 

Avec mes remerciements à Ulysse Louis, Michel Lepont et Bruno Tabuteau

 

 

[1] Base Mérimée : référence IA00017898.

[2] Delisle Léopold, « Cartulaire normand de Philippe Auguste, Louis VIII, Saint-Louis et Philippe le Hardi », Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, 6e volume, XVIe vol., Caen, 1852, 390 p. cf. page 119 – n° 629, aout 1259 : « Noverint universi, tam presentes quam futuri, quod ego Johannes Goceselin (sic), burgensis de Ponte Arche, assensu et voluntate Matildis, uxoris mee, vendidi et concessi et omnino reliqui abbati et Conventui Beati Marie de Bonoportu quamdam domum quam habebam opud Pontem Arche […] et ad festum sancti Johannis Baptiste duos solidos, et ad dictos terminos leprosie (sic) de Ponte Arche (2) duos solidos… » 

[3] Dont on retrouve une résurgence au pied du coteau, sous le coude du chemin du Becquet, où fut installé un puits artésien au début du XXe siècle.

[4] Charpillon Louis-Etienne, Caresme Anatole, Dictionnaire historique de toutes les communes de l’Eure

[5] Duranville Léon Levaillant de, Essai historique et archéologique sur la ville du Pont-de-l’Arche…, page 122.

[6] « Note de ce qui s’est passé de curieux et de ce qui a été fait dans l’année de chaque trésorier », La Semaine religieuse du diocèse d’Évreux, 24 et 31 aout, 14 et 31 septembre 1918. Reproduction in extenso et sans modifications d’un manuscrit daté de 1722.  

[7] Goujon Paul, « L’Hôtel-Dieu et les pénitents du Pont-de-l’Arche », La Normandie, 1897, n° 3 de mars (pages 66-76), n° 4 d’avril (pages 105-115), page 109.

[8] Wikipédia : article « Gisors ».

[9]L’histoire est ironique : depuis 2008, nous lui avons rendu son prénom, Julien, dans des documents officiels (cartes de la Ville, site Internet…). Or, seul un prénom figure sur sa stèle : Armand, gravé il y a fort longtemps par l’on ne sait qui.

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au cœur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

- Mieux connaitre Pont-de-l'Arche à travers 150 noms de rues et de lieux ! (Autoédité, 2019, 64 pages). 

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte.

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