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9 octobre 2020 5 09 /10 /octobre /2020 10:14
Carte postale issue des fonds des Archives départementales de l'Eure.

Carte postale issue des fonds des Archives départementales de l'Eure.

 

Village-rue du bord de Seine, Criquebeuf semble désigner tout d’abord le centre-village, sa mairie et son église Notre-Dame, que nous avons étudiée dans un précédent article. C’est ici que la sociabilité paroissiale et communale se sont constituées grâce aux écoles et aux commerces qui perdurent. 

Mais Criquebeuf désigne, à l’origine, un chapelet de hameaux et son centre-bourg. Le premier des hameaux, à l’est, est La plaine de Bonport, anciennement Saint-Martin-de-Maresdans, puis Gaubourg, Criquebeuf et Quatre-âge. Ces hameaux, groupes de fermes familiales, ont été réunis au fil des décennies par l’urbanisme galopant et grignotant les maraichages. Il convient de parcourir ces hameaux à pied afin de les sentir pleinement. Ils présentent une harmonie commune : celles de petites maisons en moellon calcaire de pays, toutes reliées à la Seine grâce des venelles parallèles. Les surprises sont au rendez-vous : la maison Riquier, ancien siège de la vicomté de l’eau présente une magnifique galerie à pans de bois à son second étage. Ce bâtiment du XVIe siècle a été classé Monument historique en 1932. Ces activités fluviales se lisaient encore dans les cartes postales du début du XXe siècle où l’on voit un gué et un bac nécessaires à la traversée du fleuve et à l‘exploitation des iles. Face à l’église, retrouvez quelques pierres, sculptées de lettres gothiques ou d’un feuillage, issues de l’ancienne abbaye de Bonport tout comme les stalles du chœur de Notre-Dame.

C’est sûrement un des grands attraits de cette charmante commune que de conserver ses airs ruraux, voire naturels, au milieu des villes et des routes très fréquentées.  

 

Cartes postales issues des fonds des Archives départementales de l'Eure.
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9 octobre 2020 5 09 /10 /octobre /2020 10:06
Cartes postales de La Haye-Malherbe issues des fonds des Archives départementales de l'Eure ou d'une collection privée.
Cartes postales de La Haye-Malherbe issues des fonds des Archives départementales de l'Eure ou d'une collection privée.Cartes postales de La Haye-Malherbe issues des fonds des Archives départementales de l'Eure ou d'une collection privée.
Cartes postales de La Haye-Malherbe issues des fonds des Archives départementales de l'Eure ou d'une collection privée.Cartes postales de La Haye-Malherbe issues des fonds des Archives départementales de l'Eure ou d'une collection privée.Cartes postales de La Haye-Malherbe issues des fonds des Archives départementales de l'Eure ou d'une collection privée.

Cartes postales de La Haye-Malherbe issues des fonds des Archives départementales de l'Eure ou d'une collection privée.

 

Nom champêtre s’il en est, La Haye-Malherbe évoque la végétation et les haies qui caractérisent la Normandie. Pourtant le terme de haie fait déjà controverse : certains y voient un bois, une lisière de forêt, une haie fortifiée (plessée)... Il semble que la haie ait désigné une belle propriété entourée d’arbres à la manière des clos-masures du pays de Caux. Cette propriété fut possédée par une famille Malherbe dont on retrouve le nom de Ranulf Malherbe dans une charte de 1206. 

C’est de cette période qu’émerge la paroisse Saint-Nicolas et son église dont il ne reste rien. L’église actuelle présente d’impressionnants contreforts et des baies du XVIe siècle. L’édifice fait l’objet d’une rénovation légère appelant aux dons sur le site de la Fondation du patrimoine

La Haye-Malherbe est aussi une commune qui regroupe Le Camp des ventes, dans un vallon descendant vers Saint-Pierre-lès-Elbeuf, une partie de La Vallée et des hameaux depuis regroupés dans le centre-bourg : Le Mont-Honnier, Le Carbonnier, Les Hoguettes. Car La Haye-Malherbe constitue une sorte de point central : la place derrière l’église rappelle l’existence d’un marché local et ancestral qui perdure. Les commerces rouvrent autour de la place. L’INSEE, dans le cadre de ses enquêtes statistiques, traite même d’”unité urbaine” autour de La Haye-Malherbe regroupant Terres de Bord et Vraiville. Il est vrai qu’un petit pôle d’activité vit ici qui ne demande qu’à être soutenu et sollicité. 

La Haye-Malherbe rompt la monotonie des champs ouverts du plateau du Neubourg. La Haye ici prend tout son sens : quelques haies perdurent, des vallons boisés y démarrent leur course vers Montaure ou les hauts d’Elbeuf. D’ailleurs le relief malherbois est aussi plissé par endroits par l’exploitation passée d’un bon filon d’argile. Depuis au moins le XVe siècle et jusqu’à la Seconde guerre mondiale, des tuiliers et potiers extrayaient et exploitaient l’argile. Ils étaient 31 professionnels en 1868. 

Le patrimoine malherbois, que l’on parcourt volontiers par ses chemins de randonnée, est composé d’un four à pain et d’une magnifique maison médiévale, anciennement couverte de chaume, dans la route de Louviers. N’oublions pas le très élégant Château d’Argeronne, bâti entre 1650 et 1655 par Louis Berryer, membre de la noblesse normande et qui occupa des fonctions d'État. Ce château se loue ‒ et se visite parfois ‒ dans son écrin forestier. La Haye-Malherbe, c’est aussi la figure tutélaire du moulin de Beauregard qui occupe l’un des points culminants de la commune, point depuis lequel on voit les hauts de Rouen d’ailleurs. Il reste de ce moulin la tour télescopique sur lits de pierre de taille calcaire et de silex blanc. Il date au moins du XVe siècle.      

 

Le moulin de Beauregard, sur les hauteurs, est un des patrimoines bâtis les plus notables de La Haye-Malherbe (clichés de Frédéric Ménissier, septembre 2020).
Le moulin de Beauregard, sur les hauteurs, est un des patrimoines bâtis les plus notables de La Haye-Malherbe (clichés de Frédéric Ménissier, septembre 2020).

Le moulin de Beauregard, sur les hauteurs, est un des patrimoines bâtis les plus notables de La Haye-Malherbe (clichés de Frédéric Ménissier, septembre 2020).

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9 octobre 2020 5 09 /10 /octobre /2020 09:53
Balade à Poses, sur la passerelle du barrage en avril 2013 (clichés d'Armand Launay).
Balade à Poses, sur la passerelle du barrage en avril 2013 (clichés d'Armand Launay).

Balade à Poses, sur la passerelle du barrage en avril 2013 (clichés d'Armand Launay).

 

Si l’intérêt touristique et promenadier de Poses n’est plus à faire, le long de la Seine, des ruelles et du barrage, il est bon d’y voyager dans le temps afin de voir combien évoluent vite les modes de vie et donc, quelque part, les paysages.

Déjà son église Saint-Quentin des XVe et XVIe siècles, au chœur et au transept gothiques, est intrigante si loin des maisons. Elle témoigne d’un temps où Poses n’était pas que ce village-rue peuplé de mariniers aux maisonnettes blotties et réparties au gré des venelles. Poses a aussi été un ensemble de hameaux situés hors des eaux des crues, notamment dans la plaine vers Léry, parmi lesquels se trouvait, naguère, un moulin depuis recouvert par les eaux des étangs ayant remplacé les carrières de sable. La vigne a même été entretenue et exploitée dans cette plaine comme en témoignent les lieux-dits comme “le clos des vignes” vers Tournedos.  

Qui sait qu’ici sont distinguées la haute Seine, celle de Paris et des berges aussi basses que végétales, de la basse Seine soumise aux marées ? La basse Seine fut transformée en chenal entre le milieu du XIXe siècle et les années 1930, ceci afin de rendre plus aisée la navigation. Ainsi Poses est le point cardinal où la Seine perd le plus de son altitude. C’est ce qui explique la présence des écluses d’Amfreville-sous-les-Monts afin d’aider les péniches à passer la cataracte.

Avant l’inauguration, en 1887, du barrage et des écluses, Poses était déjà une pause dans la pénible navigation des mariniers. Déjà en ce lieu la Seine perdait une altitude suffisamment importante pour baisser le tirant d’eau et rendre périlleuse la remontée, comme la descente, des bateaux. Des heures de guidage et montage des bateaux étaient nécessaires selon le poids des embarcations. Cela nécessitait des équipes de professionnels sur place et des aubergistes pour loger les transporteurs et leurs clients les commerçants, eux qui surveillaient le déplacement de leurs marchandises vers Paris ou vers la mer. Il parait que les bateaux étaient posés sur des iles, appelées les “poses”, en attendant la marée haute et donc les manœuvres des hommes. Ce serait là l’origine du nom de Poses au pluriel assez singulier.  

Ces activités batelières se lisent encore nettement sur les cartes postales des années 1910, notamment disponibles sur le site des Archives de l’Eure. Elles animent aujourd’hui encore le musée flottant de la batellerie : un prétexte supplémentaire pour aller se balader à Poses et savourer un patrimoine bâti serti dans un agréable écrin naturel. 

 

Cartes postales de Poses des fonds des Archives départementales de l'Eure.
Cartes postales de Poses des fonds des Archives départementales de l'Eure.
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9 octobre 2020 5 09 /10 /octobre /2020 07:24
L'église Notre-Dame de Pîtres est le joyau patrimonial de la commune avec un mur-chevet et des parties du mur sud de la nef datant du Xe siècle, un clocher-carré roman (remanié au XIIIe siècle) et une baie romane en plein cintre sur le mur nord de la nef (cliché d'Armand Launay, aout 2019)..

L'église Notre-Dame de Pîtres est le joyau patrimonial de la commune avec un mur-chevet et des parties du mur sud de la nef datant du Xe siècle, un clocher-carré roman (remanié au XIIIe siècle) et une baie romane en plein cintre sur le mur nord de la nef (cliché d'Armand Launay, aout 2019)..

 

Sur une petite élévation de la plaine alluviale de Seine, entre 10 et 15 mètres d’altitude, se trouve le village de Pîtres, protégé des crues. Pîtres se trouvait ainsi sur l’ancienne rive droite de l’Andelle, à proximité de son confluent avec la Seine. Un petit port andelien a ainsi animé le bourg durant des siècles, à commencer par le transit du “bois d’Andelle”, c’est-à-dire les futs flottant sur l’eau.  

Les voies terrestres dessinent un carrefour central. Ici se croisent, d’une part, la voie reliant Poses, lieu de franchissement de la Seine, et le plateau de Quèvreville vers Rouen, notamment par la Vallée-Galantine et, d’autre part, la voie reliant la vallée de l’Andelle à Pont-de-l’Arche. Pîtres était la jonction entre le pays d’Andelle, le pays de Seine et le Vexin normand au-dessus de la côte des Deux-amants. 

Il n’est pas étonnant que ce carrefour ait fourni aux archéologues un important matériel préhistorique, gaulois, gallo-romain, médiéval et même scandinave, ce qui est rare en Normandie malgré la colonisation viking. Comme Romilly-sur-Andelle, Pîtres est un toponyme roman. Il semble signifier les “moulins”. S’il existe aujourd’hui une rue des moulins, vers l’ile Sainte-Hélène, on peut s’étonner que le terme de “moulins” ait suffit à caractériser, déjà au VIIIe siècle, ce lieu. Les moulins à eau étaient-ils si rares entre leur création du IVe siècle et leur multiplication au Xe siècle ? 

De ces temps gallo-romains, sont restés des vestiges de thermes, derrière l’église, et de deux théâtres. L’un était situé au carrefour de la Bourgerue et de la rue de la Bise. L’autre était près de la Pierre-Saint-Martin, plus au sud, au-delà du terrain de football. Léon Coutil affirma en 1901 que les pierres de ces édifices gallo-romains avaient été réemployées dans les murs et maisons du centre-village. 

Une villa royale dût s’établir dans ces lointains vestiges de Rome car Pîtres était un fief royal. Charles le Chauve y fit assembler plusieurs fois les grands de son royaume dans différents plaids (assemblées), notamment pour y légiférer sur la monnaie et décider de la construction des fortifications de Pont-de-l’Arche (862-879) contre les incursions scandinaves. En 905 un édit montre un fonctionnement normal de la villa royale, quelques années avant la création de la Normandie. Au XIIe siècle, lointain souvenir de cette présence royale, Marie de France dans son poème des Deux-amants traita d’un “roi des Pistriens”. Elle qui travaillait pour les rois normanno-anglais en fit nécessairement un roi français arbitraire et nuisible à sa propre fille. C’est lui qui força, dans la légende, l’amant de sa fille à la porter dans ses bras jusqu’en haut de la côte des Deux-amants. Celui-ci en mourut de fatigue et la fille du roi en périt de chagrin, selon cette histoire inspirée de la légende de Pyrame et Thisbé, d’Ovide.

La paroisse de Pîtres allait jusqu’à Igoville et l’on a traité de “val de Pîtres” pour désigner la région, un titre dont s’est emparée l’association d’histoire de la commune qui publie depuis des années d’intéressants articles. Aujourd’hui encore, plusieurs hameaux constituent la commune : La Vallée-Galantine du nom d’une famille noble, le Nouveau-Pîtres, Le Port-de-Poses, le Taillis et la rue du Bosc, anciens hameaux devenus quartiers... Cela témoigne d’un habitat épars dont les vestiges archéologiques se font l’écho. 

Enfin, ce qui exprime le mieux l’ancrage dans le passé de Pîtres est l’église Notre-Dame et ses parties romanes. Ce temple, où les assemblées de Charles le Chauve sont censées s’être tenues, possède toujours un mur du XIe siècle (le chevet) et des maçonneries de la même époque dans le mur sud de la nef. Sa tour-clocher carrée, malgré des remaniements du XIIIe siècle, est toujours ornée d’éléments romans : un décor de bandes lombardes le long de la corniche, ses baies jumelées surmontées d’un oculus. Mil ans plus tard, il fait partie des derniers clochers carrés romans de la région et donne à la paroisse sa figure tutélaire sur fond de côte des Deux-amants. Ce charmant bourg est à visiter, sans oublier d’y prendre un café au Marigny...

 

A lire aussi, sur ce blog, l'historique de Pîtres par MM. Charpillon et Caresme.

Cartes postales issues des collections des Archives départementales de l'Eure. Une capture d'écran de la carte d'état-major accessible sur le site Géoportail.
Cartes postales issues des collections des Archives départementales de l'Eure. Une capture d'écran de la carte d'état-major accessible sur le site Géoportail.
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Armand Launay

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29 septembre 2020 2 29 /09 /septembre /2020 13:43
Démarrage de l'application mobile devant un bananier de Mayotte : les gens ont de ces idées (cliché d'Armand Launay, septembre 2020)...

Démarrage de l'application mobile devant un bananier de Mayotte : les gens ont de ces idées (cliché d'Armand Launay, septembre 2020)...

 

L’Office de tourisme Seine-Eure a édité en 2019 une brochure de 40 pages associée à une application numérique intitulée : “À la découverte de Pont-de-l’Arche. Les histoires du Maître du pont.” Celle-ci se veut un circuit fléché et animé devant guider les visiteurs dans le patrimoine et l’histoire de la ville. Ce circuit a été mis à la disposition du public à partir de juin 2020 avec une publicité dans les médias et les abribus de l’agglomération. L’application est disponible dans Google play où vous chercherez le fournisseur “Seine Eure s’imagine”. 

Quelques élus de Démocratie archépontaine, groupe d’opposition au Conseil municipal actuel, ont eu la bonne idée de juger cette visite cette semaine et, à travers elle surtout, de viser l’action de la municipalité lors des dernières journées du patrimoine. Leur reproche peut se résumer à la difficulté, voire l’impossibilité, de suivre les repères matériels du circuit de découverte en ville. Ils affirment que les élus de la majorité auraient dû accompagner, ou faire accompagner, les visiteurs dans ce dédale d’un genre nouveau.

En effet, nous nous posions aussi la question depuis juillet dernier où, durant la Sainte-Anne qui a à peine eu lieu pour cause de prévention du Covid-19, nous avions réalisé la visite avec notre fille de 11 ans et notre père... un peu plus âgé : alors, que vaut ce circuit ?  

 

Notre fine équipe durant la recherche (cliché d'Armand Launay, juillet 2020).

Notre fine équipe durant la recherche (cliché d'Armand Launay, juillet 2020).

 

Un travail professionnel

À notre connaissance, c’est principalement Estelle Maillet, ingénieure d’études, qui a conçu le circuit et le texte pour le compte de l’entreprise “Médiéval-AFDP”, spécialisée dans l’étude et la mise en valeur du patrimoine, surtout médiéval. 

Il s’agit d’une découverte de la ville par les propos de Gervald, personnage fictif, maitre du pont de la ville. Il assure une fonction attribuée par le roi, c’est-à-dire la charge du guidage et du montage des bateaux sous le pont. En effet, le passage des bateaux était périlleux et nécessitait des haleurs et une personne pour organiser leur travail. Par un jeu de piste, le visiteur trouve des indices en quête de Gervald et découvre diverses facettes de l’histoire de la ville, des éléments du patrimoine… pas uniquement médiévaux. 

Les dessins ont été réalisés par Kévin Bazot et David Herbreteau. Le graphisme a été réalisé par “L'Ours en Plus”, dont on apprécie les jeux de mots. Ceux-ci ont travaillé sur la base de documents anciens excellemment mis au gout du jour et plutôt bien réinterprétés. Les “sources documentaires principales”, voire uniques, sont “Armand Launay, blog pontdelarche.over-blog.com” et “Pierre Molkhou”, sans titre d’ouvrage cependant, et les “Archives départementales de l’Eure”... bien qu’en fait on ne retrouve presque rien issu de ces archives dans le carnet de voyage du circuit, c’est-à-dire le document imprimé qui accompagne l’application mobile. Les photographies sont d’André Roques, de l’Office de Tourisme Seine-Eure, de Guillaume Duprey et de istock.

La recherche historique semble suffisante bien que n'apportant aucune nouvelle information, le graphisme est excellent, que ce soit sur le papier ou dans l’application téléphonique. Nous ne savons combien il en a couté* à l’Office de tourisme mais les deux années de travail ont été sérieuses et ont abouti à un beau résultat. 

 

Une initiative réussie pour les adolescents

L’application mobile et le support imprimé, le carnet de voyage, sont adaptés aux adolescents et aux habitués de la manipulation d’écrans. L’écran a un pouvoir captivant qui invite le visiteur à poursuivre sa quête. Celle-ci est agrémentée de quelques jeux qui en modifient le rythme. L’application mobile est un outil efficace pour sensibiliser un public à un sujet sûrement nouveau pour lui : l’histoire et le patrimoine d’une commune. Elle intéresse aussi par son aspect ludique et pédagogique. 

 

Une aura pour la commune

La commune de Pont-de-l’Arche bénéficie désormais d’une offre nouvelle et encore assez rare : le circuit renforcé par l’application mobile. Cela constitue un beau document et une belle animation. Les amateurs de nouveautés apprécieront, un temps du moins... car c’est là le cout de la néophilie, l’amour de la nouveauté. Une communication a été assurée sur l’histoire de la ville, ce qui est très rare. C’est même la première fois, à ce stade-là, que l’histoire de Pont-de-l’Arche a été promue à Louviers, Val-de-Reuil et la région. La commune aura aussi, et enfin, ouvert sous conditions le portail donnant accès à l’arrière de l’église, sur les remparts.  

 

Durant la recherche, place Hyacinthe-Langlois (cliché d'Armand Launay, juillet 2020).

Durant la recherche, place Hyacinthe-Langlois (cliché d'Armand Launay, juillet 2020).

 

Support ou gadget ? 

Recourir à l’écran est riche, mais une visite de ville dure longtemps. Or, l’écran nous maintient dans une activité principale, obsédante : le clic, le visionnage d’images et une certaine lecture rapide d’une série de textes assez brefs. 

Le suivi de ce circuit numérique, avec son support imprimé, nous détourne relativement de la flânerie, de l’observation pure des ruelles et du paysage. Parfois même, on se retrouve perturbé par la manœuvre d’un automobiliste, un piéton souhaitant passer sur un trottoir étroit. Plus dommage encore, en matière patrimoniale : on se retrouve souvent dans la lecture de connaissances historiques et non dans l’interprétation des données du terrain : que nous apprend telle pierre ? Quel est ce type architectural ? Pourquoi cette voie est-elle dans ce sens ? Le patrimoine est presque un prétexte à entrer dans l’histoire, alors que des morceaux d’histoire devraient éclairer le patrimoine que l’on perçoit. C’est particulièrement criant à l’endroit de Notre-Dame-des-arts : on en vient à chercher des nombres parmi les bancs en bois alors qu’on survole ce qui fait la beauté des lieux : le recueillement, l’observation attentive des détails comme les angelots du maitre-autel, les ex-votos, les signatures des vitraux, les sculptures des fonts-baptismaux, la lumière filtrée et colorée par les vitraux... 

Certes, le jugement esthétique et le sentiment sont le propre de chaque visiteur et le circuit ne prétend pas les gâcher. Mais, de fait, le visiteur scrupuleux est happé par la direction imprimée par la visite et les énigmes à percer. En caricaturant un peu, on cherche la signalétique du circuit au lieu d’observer le paysage. Le temps passant, le visiteur se retrouve pressé de trouver l’étape suivante : il court un peu plus qu’il ne le devrait. Certaines personnes, comme les élus de Démocratie archépontaine, trouvent que le circuit est mal matérialisé dans les rues, malgré une signalétique régulière. En effet, des clous métalliques au sol, à l’effigie de Gervald, sont parfois difficilement identifiables malgré l’aide du plan dans le carnet de voyage imprimé. Nous avons été contacté par Facebook pour aider en direct des visiteurs en peine. Nous même, avec notre fille, nous avons dû chercher à deux reprises assez longtemps les clous. Les personnes n’utilisant que l’application mobile doivent peiner à trouver tous les clous. Or, sans les indices lisibles sur les clous métalliques, on ne peut poursuivre les étapes de l’application mobile...  

L’application mobile est-elle donc le support idoine ou un gadget qui détourne d’une visite personnelle et interrogative ? 

 

Des oublis et des erreurs

À la perfection nul n’est tenu et il n’est pas besoin d’être parfait pour être bon. Ces propos ne visent donc pas à ternir les auteurs du circuit mais à en évaluer objectivement les limites. Il est dommage que le circuit oublie l’ancienne abbaye de Bonport, dans la commune de Pont-de-l’Arche. Celle-ci aurait dû au moins faire l’objet d’une invitation à la visite. La colonne de Bonport présente dans la cour du Cerf offrait pourtant cette transition, d’autant plus qu’une page du carnet de voyage est laissée à une improbable rédaction que le visiteur pourrait faire... s’il le voulait. De même, le panneau sculpté de la place Hyacinthe-Langlois, la maison du gouverneur, la maison à avant-solier, les réclames des façades du XIXe siècle, les voutes de l’escalier du pont, le remplacement d’un bras de Seine par le cours de l’Eure en 1935… d’importants éléments du patrimoine bâti et naturel manquent.  

Bien que ne se voulant pas une somme d’histoire et de patrimoine, avec des liens systématiques et cohérents, le texte est ponctué d’erreurs. La plus étonnante est la mention de l’armée allemande en 1946 (sur l’application téléphonique, lue en juillet 2020). D’autres erreurs viennent d’interprétations hâtives comme l’affirmation que Henri Désiré de Subtil de Lanterie, homme d’église et propriétaire de la tour de Crosne, se trouverait sur le cliché d’une carte postale de 1910 où un voit un homme, plutôt jeune, en costume de ville ; sûrement un ami du photographe. Des lectures trop rapides font écrire que ce n’est qu’en 1772 que Pont-de-l’Arche est devenu le siège du bailliage alors que la ville accueillait un bailliage secondaire de Rouen depuis le milieu du XVIIe siècle. Les auteurs se sont emmêlés les pinceaux : ce pauvre Gervald est réputé victime de la peste noire (1346-1353) alors qu’il est aussi réputé être maitre du pont depuis 1415. Mieux vaut-il commencer par mourir afin d’être bien conscient de la chance de vivre ? Ces oublis et erreurs ne ternissent pas le travail d’ensemble, mais une relecture supplémentaire eût été nécessaire. 

 

Les clous à l'effigie de Gervald, une signalétique pas toujours facile à repérer (cliché d'Armand Launay, juillet)

Les clous à l'effigie de Gervald, une signalétique pas toujours facile à repérer (cliché d'Armand Launay, juillet)

 

Faire à la fois plus simple et plus ambitieux en matière de culture et de tourisme

Malgré ce circuit, on est encore ‒ à mon sens ‒ orphelins d’une vraie visite fléchée. Ce sont quelques panneaux résistants, bien placés, qui permettent aux gens de se balader assez librement dans la ville et de découvrir, par hasard, l’existence d’un tel parcours. De petits dépliants peuvent les compléter sous forme imprimée dans les commerces, les services publics, ou sous format pdf sur le site Internet de l’Office de tourisme ou de la Ville. C’est sûrement moins couteux mais plus adapté aux différentes pratiques des visiteurs. Le circuit des Damps, le “parcours de découverte Philippe”, du nom de notre regretté ami Philippe Wastiaux, en constitue un bon exemple de sobriété et d’efficacité, bien que les textes puissent être augmentés. Plusieurs visites archépontaines sont à proposer : l’église Notre-Dame mérite une bonne heure pour les amateurs de patrimoine religieux. Les jeunes et les marcheurs peuvent faire un large tour de la ville avec une dose d’histoire et de patrimoine architectural et naturel. Deux visites patrimoniales peuvent être proposées : une pour les personnes à mobilité réduite ou fatiguée ; une seconde plus longue pour le public en pleine possession de ses moyens et aimant à déambuler. Le circuit à la recherche de Gervald constitue une bonne chasse au trésor avec ses énigmes et ses jeux. Mais il enferme de nouveau les jeunes dans la pratique de l’écran quand nous devrions, au contraire, les faire respirer, les faire réfléchir. De plus, ce circuit n’assouvit pas ‒ toujours selon nous ‒ le désir de connaissance adulte. Le gadget jette une lumière sur le patrimoine, pour les gens qui la voient peu, mais il éblouit et détourne le regard d’une vision plus lente, plus fine, plus personnelle du monde qui nous entoure. Par exemple, en quoi une Vierge à l’Enfant Jésus du XIIIe siècle constitue un objet rare et précieux dans l’église ? Il s’agit aussi d’initier et former le public à une lecture plus amoureuse, plus connaisseuse de la beauté et du sens.  

Enfin, le carnet de voyage termine par une belle invitation qui honore les auteurs : “Je tire une leçon de mon aventure : La vie ne vaut d’être vécue que si on la partage avec les autres !” Au-delà de l’évidente condition humaine ‒ “l’homme est un animal social”, écrivait Aristote ‒ ce partage doit être provoqué. C’est sûrement ainsi que les visites de ville gagnent à être réalisées en présence d’un guide qui échange selon sa sensibilité et selon les désirs du public. Les membres de l’opposition ont donc raison d’inviter la municipalité à ne pas oublier cette dimension cardinale.

 

Mon père, personnage sociable, préférant la discussion avec des touristes que la consultation d'écrans (cliché d'Armand Launay, juillet 2020).

Mon père, personnage sociable, préférant la discussion avec des touristes que la consultation d'écrans (cliché d'Armand Launay, juillet 2020).

L’impression personnelle d’être dépossédé

Je remercie Estelle Maillet pour sa courtoisie et son amabilité. Elle m’a questionné sur des illustrations anciennes de la ville, que j’ai fournies, et leur interprétation afin de les améliorer voire de reconstituer le paysage tel qu’il fut. Elle m’a demandé quelques sources bibliographiques. Elle a aussi veillé à ce que mon nom figure dans les remerciements. J’ai, à ce titre, œuvré à la réalisation de certaines parties de ce circuit.

Grâce à Estelle Maillet, j’ai moins l’impression d’avoir été dépossédé de mes travaux puisque j’ai été associé et cité. Mais, si l’histoire de Pont-de-l’Arche ne m’appartient pas, mes ouvrages et mes articles sont ma propriété intellectuelle. La majorité des anecdotes et des interprétations sur les faits, les monuments, proviennent de mes écrits disponibles sur ce blog ou dans des opuscules. L’écriture du carnet de voyage n’est pas de moi et l’on a ainsi évité le plagiat mais quand je lis les souvenirs du fantôme Gervald, j’ai l’impression qu’il a louché sur ma copie. Il a dû sembler impossible de m’associer à la réalisation des textes à moins de me rémunérer, ce qui n’entrait pas le calcul de rentabilité. Des illustrations de mon ouvrage sur Pont-de-l’Arche, cité de la chaussure ont même été reproduites sans en citer la source. Si je n’en suis pas l’auteur, il est toujours honnête de sourcer les informations données. Les noms des auteurs des illustrations anciennes ont été systématiquement délaissés et oubliés. C'est étonnant. Les banques d’images Freepik et Adobestock étant citées dans l’ours (les crédits) du carnet de voyage, il doit donc être possible de citer des noms et de respecter les droits d'auteurs. Ceux-ci ne sont pas que pécuniers mais moraux, aussi.  

Gervald, nom imaginaire du maitre du pont représenté sur le vitrail du montage, œuvre de Martin Vérel datée de 1605 (cliché d'Armand Launay, juillet).

Gervald, nom imaginaire du maitre du pont représenté sur le vitrail du montage, œuvre de Martin Vérel datée de 1605 (cliché d'Armand Launay, juillet).

 

Pour conclure

En somme, ce parcours a le grand mérite d’exister. Je ne sais combien les professionnels ont facturé à l’Office de tourisme* mais ceux-ci ont bien travaillé. J’espère que le cout n’a pas été faramineux. Le kit étant vendu 7 € l’unité et imprimé à 1 000 exemplaires, 7 000 € correspondent peut-être au prix coutant des seuls objets mis à disposition. Le cout total doit être bien plus lourd*. 

Il est dommage que, malgré cet investissement, la ville ne bénéficie toujours pas de panneaux touristiques réguliers formant un circuit à l’image de celui des Damps. Le circuit gervaldien devrait être complété par d’autres circuits, plus classiques, moins couteux*, mais adaptés à différents publics. Cela permettrait sûrement une meilleure répartition des crédits entre les communes de l’agglomération. Nombre de communes mériteraient leurs circuits, ce que nous aimerions réaliser même partiellement et bénévolement. 

Enfin, et comme le laissent entendre les élus de Démocratie archépontaine, ce circuit numérique ne doit pas être un paravent qui masque la disparition d’une offre culturelle et touristique. Des animations, des expositions, des conférences, des visites guidées et commentées doivent perdurer afin de former le public au jugement esthétique et afin de lui donner des expériences sensibles riches. Après tout ‒ et c’est un grand défaut ‒ l’écran n’est pas directement propice au contact humain. Il pallie la solitude et l’ignorance mais il pâlit les relations humaines et l’interrogation individuelle. 

 

* Nous avons appris par les membres de l'opposition au conseil municipal que le cout total de l'opération est de 100 000 € (cent-mil euros). Addenda du 14 octobre 2020.

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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29 septembre 2020 2 29 /09 /septembre /2020 13:13

 

Avec nos remerciements à Jean Baboux

 

Le vitrail du halage est un joyau du patrimoine de Pont-de-l’Arche. Daté de 1605, il témoigne d’une des activités cardinales du Pont-de-l’Arche d’avant 1813 qui vivait, pour partie, du montage des bateaux.

Le vitrail du montage, une œuvre de Martin Vérel datée de 1605 et située dans l'église Notre-Dame-des-arts (photo A. Launay, 2013)

Le vitrail du montage, une œuvre de Martin Vérel datée de 1605 et située dans l'église Notre-Dame-des-arts (photo A. Launay, 2013)

Le vitrail du halage : fenêtre sur une activité révolue

Le vitrail d’un point de vue patrimonial

Le vitrail du halage est situé au registre inférieur de la deuxième fenêtre sud de l’église Notre-Dame-des-arts. Classé Monument historique en 1862, comme l’ensemble des vitraux en place à cette date, il fut fabriqué en 1605 par Martin Vérel, un peintre verrier de Rouen. C’est ce que nous apprend un procès retrouvé parmi les archives du bailliage de Vernon (sic) et relaté (page 42) par Bernadette Suau dans « A Pont-de-l'Arche, la vitre des bateaux ». Ce vitrail bénéficia d’une restauration en 1883 par l’atelier Duhamel-Marette.

Description de la scène

Ce vitrail représente une scène de montage, c’est-à-dire le halage sous le pont. Au premier plan, plusieurs dizaines de haleurs – hommes, femmes et enfants – en tenue du dimanche tirent des cordages avec l’aide de quelques chevaux. Au bout des cordages, un premier bateau, suivi d’un second encore sous le pont, remonte le courant de la Seine. En bas à droite se trouve le fort de Limaie (démantelé peu après 1782) qui était situé sur la rive droite de la Seine. Au bout du pont, la ville de Pont-de-l’Arche est représentée par deux tours. Sur le pont, en dessous de la croix, se trouve le maitre de pont, personnage qui guidait les monteurs afin d’éviter que le bateau ne percute une pile du pont. Le montage nécessitait une force parfaitement maitrisée. En bas, sur le chemin de halage, se trouvent deux commerçants, propriétaires des bateaux, reconnaissables à leurs capes de voyageurs.

Détails du vitrail du montage (photos A. Launay, 2013)
Détails du vitrail du montage (photos A. Launay, 2013)
Détails du vitrail du montage (photos A. Launay, 2013)
Détails du vitrail du montage (photos A. Launay, 2013)
Détails du vitrail du montage (photos A. Launay, 2013)
Détails du vitrail du montage (photos A. Launay, 2013)
Détails du vitrail du montage (photos A. Launay, 2013)

Détails du vitrail du montage (photos A. Launay, 2013)

Une scène profane dans une église ?

Le halage, revenu de la paroisse

Des scènes profanes ornent les vitraux des églises. Parmi elles, la scène du montage de bateaux est particulièrement intéressante car elle illustre une activité professionnelle révolue. Pourquoi représenter le travail des monteurs ? Les registres de la fabrique paroissiale peuvent nous fournir une réponse. Ceux-ci nous apprennent qu’en 1511 « On a commencé à faire payer les bateaux qui montent les festes. » C’est-à-dire que la paroisse percevait de l’argent sur le montage des bateaux lors des jours fêtés. Nul doute que cette somme a largement participé à la construction de l’église Saint-Vigor dont le gros œuvre fut érigé entre 1499 et 1566.

 

Un revenu revendiqué car détourné…

Ce droit perçu par la paroisse sur les bateaux a été usurpé par la garnison royale du fort de Limaie. C’est ce qu’indique une remontrance de 1620 résumée ainsi dans les registres de fabrique : « On a aussy prié M. le colonel Dornano, lieutenant en la province de Normandie, de donner des ordres à ses soldats qui montoient les bateaux et en prenoient le droit qui avoit esté donné par les habitants à l'église. Ledit sieur Dornano ordonna que les soldats de la ville et du château auroient pour tout droit à chaque bateau quarante sols et le surplus seroit donné à l'église à quelque prix qu'il pût aller. » L’on apprend donc que des soldats s’accaparaient la partie de la taxe donnée par les habitants de Pont-de-l’Arche à la paroisse en 1511 (la nouvelle et vaste église était en construction depuis 1499). Depuis quand l'usurpaient-ils ? Les registres de fabrique ne le précisent pas. Mais cette usurpation devait avoir lieu depuis quelques années puisqu’un temps a dû s’écouler avant que la paroisse ne se retourne vers le représentant du roi en Normandie. On peut aussi l’imaginer car la réponse de ce dernier, en répartissant les taxes entre les militaires et la paroisse, a entériné l’habitude des militaires à percevoir une taxe sur les bateaux montés. Dans une note (page 59) de Diaire ou journal du voyage du chancelier Séguier en Normandie Amable Floquet rapporte que « Au mois de mai 1616, ceux qui gardaient le château du Pont-de-l’Arche se permettaient des exactions sur les marchandises dont étaient chargés les navires qui passaient par là. Plus tard, l’abbé de « Bois-Robert, ayant découvert au cardinal que Saint-Georges, gouverneur du Pont-de-l’Arche, prenoit tant sur chaque bateau qui remontoit, et qu’on appeloit ces bateaux des cardinaux, Saint-Georges fut chassé. » Une mention des registres de fabrique datée de 1629 apporte cette précision : « Le Parlement se fait montrer les titres du droit de cinq sous par courbe de chaque bateau. » Nous avons donc les sommes données par les habitants de Pont-de-l’Arche à la paroisse. Amable Floquet rapporte aussi que les Etats de Normandie, réunis à Rouen le 26 novembre 1643, remontrèrent au roi que « La garnison du Pont-de-l’Arche est un impost sur le vin » et qu’il faudrait faire « défenses aux soldats de rien prendre ausdicts basteaux » et en faire « respondre le capitaine du chasteau » qui était toujours Jean de Lonlay, seigneur de Saint-Georges. Le même Amable Floquet clôt la note ainsi : « Le 11 mars 1649 (pendant les troubles de la Fronde), le Parlement supprima, comme illégal, le droit de cinq sous par courbe de chevaux hallants bateaux entre Elbeuf et le Pont-de-l’Arche. » Quoi qu'il en soit, il nous est impossible de savoir si cette décision a définitivement clos ces exactions, tant à l'encontre de la paroisse que des marchands. Selon la tradition orale, le sobriquet des Archépontains – les Carnages – viendrait de cette situation où Pont-de-l’Arche était un pays où les "quarts (de vin) nagent" ; les marchands devant lâcher une partie de leur marchandise dans l’eau, à destination des soldats.

 

Un vitrail comme légitime revendication ?

Cette situation nous fait penser que la commande du vitrail du montage doit avoir eu pour motivation de rappeler à tous les droits donnés par les Archépontains à la paroisse en matière de montage des bateaux sous le pont. Ce vitrail nous rappelle aujourd’hui le poids des activités fluviales dans la vitalité archépontaine. Mais en quoi consistaient les professions touchant au montage ?

Vue d'élévation & plan du château de Limaie. Avant 1782. Un feuillet de papier (210 x 125 mm), lavis, aquarelle & encre. La garnison de ce fort posa bien des soucis aux marchands et à la paroisse Saint-Vigor de Pont-de-l'Arche.

Vue d'élévation & plan du château de Limaie. Avant 1782. Un feuillet de papier (210 x 125 mm), lavis, aquarelle & encre. La garnison de ce fort posa bien des soucis aux marchands et à la paroisse Saint-Vigor de Pont-de-l'Arche.

Maitre de pont et haleurs

Pourquoi monter les bateaux à Pont-de-l’Arche ?

Si Poses et Martot ont été des étapes fluviales, c’est à cause de la perte d’altitude naturelle du lit de la Seine. Pour Pont-de-l’Arche, située entre ces deux stations, ce sont les réalisations humaines qui ont contrarié la navigation fluviale. En cause, les ponts bâtis en ce lieu depuis le pont de Charles le Chauve, construit entre 862 et 873 pour barrer le fleuve aux Vikings. Ces ponts créaient une légère chute d’eau, variant selon les marées, et perturbant les courants si bien que des pilotes locaux étaient nécessaires pour aider les bateaux à passer le pont sans dommage. Lors de la description du vitrail du montage (plus haut), nous avons vu le maitre de pont donner des instructions aux monteurs depuis le tablier du pont pour éviter que le bateau ne cogne une pile.

 

Profession : maitre de pont

C’est en février 1415 le que le roi Charles VI institua l’office de maitre du pont de Pont-de-l'Arche par une ordonnance qui ne varia pas jusqu’à la Révolution française. On retrouve donc cette ordonnance dans les recueils juridiques des marchands et prévôts de Paris, qui nommaient le maitre de pont de Pont-de-l’Arche. Ce document visait à encadrer une activité qui semble avoir été très convoitée, ce qui devait perturber la navigation. En déterminant la rémunération revenant au maitre de pont (5 sous tournois par courbe), puis à ses assistants et ses « valets », cette ordonnance nous apprend que le halage avait aussi lieu, pour un moindre tirant d’eau, du côté de la ville (payé 32 deniers contre 40 deniers du côté de Limaie). Cet office sera supprimé à la Révolution et remplacé par la charge de chef de pont nommé par le sous-secrétariat des travaux-publics, dépendant du ministère de l'Intérieur.

Le maitre de pont donnant des instructions aux monteurs grâce à son chapeau. Détail du vitrail (photo A. Launay, 2013)

Le maitre de pont donnant des instructions aux monteurs grâce à son chapeau. Détail du vitrail (photo A. Launay, 2013)

Les monteurs

Combien fallait-il payer de haleurs ? L’ordonnance royale se débarrasse de la question en ces termes : « Et au cas que les eaux seront si fortes qu’il y faudra plus de gens que ledit Maistre ne doit bailler, iceluy Maistre les querra, & les Voicturiers payeront le pardessus. » Selon Joseph Dutens (page 388), la chute d’eau de 50 cm occasionnée par le pont nécessitait un halage assuré jusqu’à « soixante chevaux, et le secours de deux à trois cents hommes… ». La dépense pouvait aller jusqu’à 200 francs vers le début du XIXe siècle. Cela laisse imaginer que quelques dizaines de personnes servaient régulièrement au halage et que quelques centaines d’autres venaient ponctuellement. A défaut d’apporter une grande richesse au pays, cela devait occuper une part non négligeable d’une population estimée à 1639 habitants en 1793.

Dans son mémoire de maitrise, Bénédicte Delaune note (page 60) que les capitations de 1788 répartissent comme suit les professions à Pont-de-l’Arche : artisanat 102 personnes (dont cuir 28 et textile 37), commerce 48, notables 23, pont et eau 22 (dont commis du maitre de pont 2 et aides de pont 8), nature 25, domestique 10 et autres 13. Les métiers de l’eau formaient le quatrième secteur professionnel de la ville. Bénédicte Delaune avance (page 76) le chiffre de 10 % des électeurs qui vivaient, en 1788, des activités fluviales. Ceci ne représente, pour le montage, que les cadres d’une profession qui recourait largement aux journaliers.

Les haleurs

Combien fallait-il payer de haleurs ? L’ordonnance royale se débarrasse de la question en ces termes : « Et au cas que les eaux seront si fortes qu’il y faudra plus de gens que ledit Maistre ne doit bailler, iceluy Maistre les querra, & les Voicturiers payeront le pardessus. » Selon Joseph Dutens (page 388), la chute d’eau de 50 cm occasionnée par le pont nécessitait un halage assuré jusqu’à « soixante chevaux, et le secours de deux à trois cents hommes… ». La dépense pouvait aller jusqu’à 200 francs vers le début du XIXe siècle. Cela laisse imaginer que quelques dizaines de personnes servaient régulièrement au halage et que quelques centaines d’autres venaient ponctuellement. A défaut d’apporter une grande richesse au pays, cela devait occuper une part non négligeable d’une population estimée à 1639 habitants en 1793.

Dans son mémoire de maitrise, Bénédicte Delaune note (page 60) que les capitations de 1788 répartissent comme suit les professions à Pont-de-l’Arche : artisanat 102 personnes (dont cuir 28 et textile 37), commerce 48, notables 23, pont et eau 22 (dont commis du maitre de pont 2 et aides de pont 8), nature 25, domestique 10 et autres 13. Les métiers de l’eau formaient le quatrième secteur professionnel de la ville. Bénédicte Delaune avance (page 76) le chiffre de 10 % des électeurs qui vivaient, en 1788, des activités fluviales. Ceci ne représente, pour le montage, que les cadres d’une profession qui recourait largement aux journaliers.

 

Comment halez-vous ?

A Pont-de-l’Arche

Nous utilisons le témoignage de l’ingénieur-hydrographe Pierre-Alexandre Forfait qui était mandaté, en 1796, par le ministre de la marine, Jean Dalbarade, pour étudier les pistes d’amélioration de la navigation entre la mer et Paris. Fort de son voyage sur un lougre appelé Le saumon, il rapporta que les principaux obstacles à la navigation étaient les 9 ponts situés entre Rouen et Paris car ils interrompaient lourdement le chemin de halage. Ainsi, il décrivit précisément le montage à Pont-de-l’Arche à titre d’illustration du fonctionnement de l’ensemble des ponts. C’est cet ingénieur qui proposa la construction d’un canal et d’une écluse en lieu en place des fossés du fort de Limaie. Il écrivit sur son arrivée au pied des ruines du fort de Limaie : « On a porté trois amarres de 2PO ½ à une pointe de terre saillante à l’amont du pont et sur laquelle est établi un pilotage destiné à servir de conducteur à ces traits. Deux rouleaux verticaux terminent une grande encochure, l’arche et le poste où le navire est amarré se trouvent à peu près dans la même direction… [page 20] Cette amarre se fait avec de fortes bosses disposées et entretenues par la marine ou les navigateurs. Elles sont frappées sur le chapeau par de forts poteaux de garde bordés, qui déffendent la maçonnerie et les batteaux contre les abordages qui se feroient réciproquement. [page 21]

Cet amarrage est réalisé « par un batelier du pays qui en a le privilège sous la dénomination de "Pêcheux" ». Il est 11 heures du matin et le pont ne sera franchi qu’à la fin de la journée car le maitre de pont souhaite attendre le flot de la marée, à 6 heures du soir, pour aider le lougre de Pierre-Alexandre Forfait à passer. Ce dernier, ainsi que son pilote, ont trouvé ce secours de la marée bien inutile. Pour pouvoir passer sous la grande arche (celle de Limaie), les matelots amènent les mâts et le gréement. Trois amarres sont fixées au bateau et passées sous l’arche grâce à un canot. Sur la rive gauche (la ville), deux amarres sont attachées à quatre chevaux chacune. Sur la rive droite (Limaie), une amarre est attachée à huit chevaux. Le montage commence par le travail des chevaux de la rive gauche qui, malgré les remous du fleuve, viennent placer le lougre le long de la première pile du pont. Le bâtiment est « emponté ». Le maitre de pont donne alors l’ordre aux 16 chevaux de tirer. Pierre-Alexandre Forfait nota que, sous l’effort, deux chevaux tombèrent… Le lougre monta cependant sans difficulté et fut amarré 25 toises en amont du pont. Vers 7 heures, le montage était fini et il fallut aux matelots 45 minutes pour remonter les mâts et regréer.

Pierre-Alexandre Forfait était révolté comme on le lit dans les propos rapportés par Jean Legoy : « Au Pont de l’arche tout est préjugé ; on doutait que nous passions avec 16 chevaux sans le secours d’un grand nombre d’hommes ainsi que c’est l’usage. Le maitre de pont a trois brigades d’ouvriers sous ses ordres, des compagnons, des farigouliers. Les hommes restant attachés à quelques amarres, leurs fonctions sont nulles pour des navires (comme « Le saumon »). On ne fait rien au passage de ces ponts qu’avec des chevaux. Ce sont des chevaux qui halent le trait sous le pont, ce sont des chevaux qui remontent le bateau, les hommes ne font rien. Cependant, les hommes, femmes et enfants ont la prétention d’être employés à tous les passages de navires. » Après Vernon, l’ingénieur poursuit : « Nous reconnaissons de plus en plus que les manœuvres des ponts sont dirigées par l’habitude et le préjugé. Ils ne font rien qu’avec des chevaux, dont le mouvement ne pouvant être simultané, occasionne nécessairement des secousses qui causent des accidents de toute espèce. »

Evidemment nous sommes en pleine période de remise en cause des corporations et des monopoles, mais ce propos traduit peut-être la situation difficile des contemporains de Pierre-Alexandre Forfait. A Pont-de-l’Arche, il reproche la présence trop nombreuse de monteurs qui ne serviraient à rien à côté de la puissance aveugle des chevaux. On pourra objecter qu’en période de crise les monteurs ne devaient avoir la pleine possession de leurs moyens et que les mettre au chômage eût été bien pire encore.

 

1813, le halage obsolète

Comme nous l’avons étudié dans l’article « L’écluse de Limaie entre Pont-de-l’Arche et Igoville (1813-1858) », le montage est devenu insupportable aux autorités pour sa lenteur, son cout et le doute qu’il laissait planer sur l’approvisionnement de Paris. Qui plus est Pierre-Alexandre Forfait devint ministre de la marine et, semble-t-il, eut l’oreille de Napoléon Bonaparte quant au projet de créer une écluse à Pont-de-l’Arche. L’empereur alloua les crédits nécessaires au percement d’un canal et à la construction d’une écluse ouverte à la navigation en 1813. Désormais, un éclusier et deux aides rendaient inutiles les dizaines, voire centaines, de monteurs grâce au contournement du pont. Lorsque ce pont s’écroula en 1856, il fut remplacé par un autre ouvrage d’art aux arches suffisamment grandes pour laisser passer sans encombre le trafic fluvial. L’écluse de Limaie devint à son tour obsolète et les haleurs de la Seine perdaient leur travail à mesure que la navigation se motorisait. Pont-de-l’Arche cessa d’être une étape fluviale.

 

Conclusion

Le vitrail du montage illustre l’histoire des techniques et donc des modes de vie. Les progrès techniques (ponts, écluses, bateaux) ont permis une amélioration des moyens de transports. Mais il semble que ce soit l’approvisionnement de la capitale et la volonté de libérer le commerce qui ont motivé les autorités nationales à transformer les infrastructures locales, ce qui a bouleversé des habitudes pluriséculaires. Peut-être que de nombreux haleurs archépontains, qui se sont retrouvés sans emploi à partir de 1813, se sont reconvertis dans le chausson, un objet du quotidien qu’ils devaient user en tirant les bateaux ? C’est l’hypothèse que nous avons formulée dans notre ouvrage sur l’industrie de la chaussure à Pont-de-l’Arche. Quoi qu’il en soit, ces réalisations ont auguré les constructions de la seconde moitié du XIXe siècle – les barrages – et les vastes travaux d’endiguement de la Seine dans les années 1930. Depuis, la Seine est une voie commerciale et Pont-de-l’Arche a cessé d’être une étape fluviale.

http://pontdelarche.over-blog.com/article-pont-de-l-arche-cite-de-la-chaussure-78659707.html

 

A lire aussi…

http://pontdelarche.over-blog.com/article-l-ecluse-de-limaie-entre-pont-de-l-arche-et-igoville-1813-1858-78659430.html$

http://pontdelarche.over-blog.com/article-grands-travaux-de-la-seine-dans-la-region-de-pont-de-l-arche-annees-1930-78659526.html

 

Sources

Les ordonnances royaux, sur le faict et jurisdiction de la prevosté des marchans & eschevinage de la ville de Paris, Paris, P. Rocolet, 1544, voir chapitre XL, page 137.

Delaune Bénédicte, Pont-de-l’Arche, population, pouvoirs municipaux et société à la fin du XVIIIe siècle et pendant la Révolution, mémoire de maitrise préparé sous la direction de Claude Mazauric, université de Rouen, vers 1992, 130 pages.

Dutens Joseph, Histoire de la navigation intérieure de la France…, tome I, Paris, A. Sautelet et Cie, 1829, 651 pages.

Floquet Amable, Diaire ou journal du voyage du chancelier Séguier en Normandie après la sédition des nu-pieds (1639-1640) et documents relatifs à ce voyage et à la sédition, Rouen, E. Frère, 1842, 448 pages.

Forfait Pierre-Alexandre, Mémoire et Observations concernant la navigation du lougre de la République, sur la Seine, du Havre à Paris l’an 4e de la République, 1796, 30 pagesmanuscrit conservé à la bibliothèque municipale du Havre sous la cote mss 241.

Legoy Jean, « Le voyage du Havre à Paris par la Seine en 1796 », in Cahiers Léopold-Delisle, t. XXV-XXXVI, années 1986-1987, La Normandie et Paris : actes du XXI congrès des sociétés historiques et archéologiques de Normandie, 255 pages.

Suau Bernadette, « A Pont-de-l'Arche, la vitre des bateaux », in Nouvelles de l'Eure, n° 64-65, 1978, pages 42-55.

Collectif, « Note de ce qui s'est passé de curieux et de ce qui a été fait dans l'année de chaque trésorier », in Semaine religieuse du diocèse d'Evreux, n° des 24, 31 aout, 14, 21 septembre 1918.

Monteurs et chevaux en action. Détail du vitrail (photo A. Launay, 2010)
Monteurs et chevaux en action. Détail du vitrail (photo A. Launay, 2010)

Monteurs et chevaux en action. Détail du vitrail (photo A. Launay, 2010)

Comment halez-vous ?

Nous utilisons le témoignage de l’ingénieur-hydrographe Pierre-Alexandre Forfait qui était mandaté, en 1796, par le ministre de la marine, Jean Dalbarade, pour étudier les pistes d’amélioration de la navigation entre la mer et Paris. Fort de son voyage sur un lougre appelé Le saumon, il rapporta que les principaux obstacles à la navigation étaient les 9 ponts situés entre Rouen et Paris car ils interrompaient lourdement le chemin de halage. Ainsi, il décrivit précisément le montage à Pont-de-l’Arche à titre d’illustration du fonctionnement de l’ensemble des ponts. C’est cet ingénieur qui proposa la construction d’un canal et d’une écluse en lieu en place des fossés du fort de Limaie. Il écrivit sur son arrivée au pied des ruines du fort de Limaie : « On a porté trois amarres de 2PO ½ à une pointe de terre saillante à l’amont du pont et sur laquelle est établi un pilotage destiné à servir de conducteur à ces traits. Deux rouleaux verticaux terminent une grande encochure, l’arche et le poste où le navire est amarré se trouvent à peu près dans la même direction… [page 20] Cette amarre se fait avec de fortes bosses disposées et entretenues par la marine ou les navigateurs. Elles sont frappées sur le chapeau par de forts poteaux de garde bordés, qui déffendent la maçonnerie et les batteaux contre les abordages qui se feroient réciproquement. [page 21]

Cet amarrage est réalisé « par un batelier du pays qui en a le privilège sous la dénomination de "Pêcheux" ». Il est 11 heures du matin et le pont ne sera franchi qu’à la fin de la journée car le maitre de pont souhaite attendre le flot de la marée, à 6 heures du soir, pour aider le lougre de Pierre-Alexandre Forfait à passer. Ce dernier, ainsi que son pilote, ont trouvé ce secours de la marée bien inutile. Pour pouvoir passer sous la grande arche (celle de Limaie), les matelots amènent les mâts et le gréement. Trois amarres sont fixées au bateau et passées sous l’arche grâce à un canot. Sur la rive gauche (la ville), deux amarres sont attachées à quatre chevaux chacune. Sur la rive droite (Limaie), une amarre est attachée à huit chevaux. Le montage commence par le travail des chevaux de la rive gauche qui, malgré les remous du fleuve, viennent placer le lougre le long de la première pile du pont. Le bâtiment est « emponté ». Le maitre de pont donne alors l’ordre aux 16 chevaux de tirer. Pierre-Alexandre Forfait nota que, sous l’effort, deux chevaux tombèrent… Le lougre monta cependant sans difficulté et fut amarré 25 toises en amont du pont. Vers 7 heures, le montage était fini et il fallut aux matelots 45 minutes pour remonter les mâts et regréer.

Pierre-Alexandre Forfait était révolté comme on le lit dans les propos rapportés par Jean Legoy : « Au Pont de l’arche tout est préjugé ; on doutait que nous passions avec 16 chevaux sans le secours d’un grand nombre d’hommes ainsi que c’est l’usage. Le maitre de pont a trois brigades d’ouvriers sous ses ordres, des compagnons, des farigouliers. Les hommes restant attachés à quelques amarres, leurs fonctions sont nulles pour des navires (comme « Le saumon »). On ne fait rien au passage de ces ponts qu’avec des chevaux. Ce sont des chevaux qui halent le trait sous le pont, ce sont des chevaux qui remontent le bateau, les hommes ne font rien. Cependant, les hommes, femmes et enfants ont la prétention d’être employés à tous les passages de navires. » Après Vernon, l’ingénieur poursuit : « Nous reconnaissons de plus en plus que les manœuvres des ponts sont dirigées par l’habitude et le préjugé. Ils ne font rien qu’avec des chevaux, dont le mouvement ne pouvant être simultané, occasionne nécessairement des secousses qui causent des accidents de toute espèce. »

Evidemment nous sommes en pleine période de remise en cause des corporations et des monopoles, mais ce propos traduit peut-être la situation difficile des contemporains de Pierre-Alexandre Forfait. A Pont-de-l’Arche, il reproche la présence trop nombreuse de monteurs qui ne serviraient à rien à côté de la puissance aveugle des chevaux. On pourra objecter qu’en période de crise les monteurs ne devaient avoir la pleine possession de leurs moyens et que les mettre au chômage eût été bien pire encore.

 

1813, le halage obsolète

Comme nous l’avons étudié dans l’article « L’écluse de Limaie entre Pont-de-l’Arche et Igoville (1813-1858) », le montage est devenu insupportable aux autorités pour sa lenteur, son cout et le doute qu’il laissait planer sur l’approvisionnement de Paris. Qui plus est Pierre-Alexandre Forfait devint ministre de la marine et, semble-t-il, eut l’oreille de Napoléon Bonaparte quant au projet de créer une écluse à Pont-de-l’Arche. L’empereur alloua les crédits nécessaires au percement d’un canal et à la construction d’une écluse ouverte à la navigation en 1813. Désormais, un éclusier et deux aides rendaient inutiles les dizaines, voire centaines, de monteurs grâce au contournement du pont. Lorsque ce pont s’écroula en 1856, il fut remplacé par un autre ouvrage d’art aux arches suffisamment grandes pour laisser passer sans encombre le trafic fluvial. L’écluse de Limaie devint à son tour obsolète et les haleurs de la Seine perdaient leur travail à mesure que la navigation se motorisait. Pont-de-l’Arche cessa d’être une étape fluviale.

 

Conclusion

Le vitrail du montage illustre l’histoire des techniques et donc des modes de vie. Les progrès techniques (ponts, écluses, bateaux) ont permis une amélioration des moyens de transports. Mais il semble que ce soit l’approvisionnement de la capitale et la volonté de libérer le commerce qui ont motivé les autorités nationales à transformer les infrastructures locales, ce qui a bouleversé des habitudes pluriséculaires. Peut-être que de nombreux haleurs archépontains, qui se sont retrouvés sans emploi à partir de 1813, se sont reconvertis dans le chausson, un objet du quotidien qu’ils devaient user en tirant les bateaux ? C’est l’hypothèse que nous avons formulée dans notre ouvrage sur l’industrie de la chaussure à Pont-de-l’Arche. Quoi qu’il en soit, ces réalisations ont auguré les constructions de la seconde moitié du XIXe siècle – les barrages – et les vastes travaux d’endiguement de la Seine dans les années 1930. Depuis, la Seine est une voie commerciale et Pont-de-l’Arche a cessé d’être une étape fluviale.

 

 

A lire aussi…

L'écluse de Limaie

Les grands travaux de la Seine

 

 

Sources

Les ordonnances royaux, sur le faict et jurisdiction de la prevosté des marchans & eschevinage de la ville de Paris, Paris, P. Rocolet, 1544, voir chapitre XL, page 137.

Delaune Bénédicte, Pont-de-l’Arche, population, pouvoirs municipaux et société à la fin du XVIIIe siècle et pendant la Révolution, mémoire de maitrise préparé sous la direction de Claude Mazauric, université de Rouen, vers 1992, 130 pages.

Dutens Joseph, Histoire de la navigation intérieure de la France…, tome I, Paris, A. Sautelet et Cie, 1829, 651 pages.

Floquet Amable, Diaire ou journal du voyage du chancelier Séguier en Normandie après la sédition des nu-pieds (1639-1640) et documents relatifs à ce voyage et à la sédition, Rouen, E. Frère, 1842, 448 pages.

Forfait Pierre-Alexandre, Mémoire et Observations concernant la navigation du lougre de la République, sur la Seine, du Havre à Paris l’an 4e de la République, 1796, 30 pages, manuscrit conservé à la bibliothèque municipale du Havre sous la cote mss 241.

Legoy Jean, « Le voyage du Havre à Paris par la Seine en 1796 », in Cahiers Léopold-Delisle, t. XXV-XXXVI, années 1986-1987, La Normandie et Paris : actes du XXIe congrès des sociétés historiques et archéologiques de Normandie, 255 pages.

Suau Bernadette, « A Pont-de-l'Arche, la vitre des bateaux », in Nouvelles de l'Eure, n° 64-65, 1978, pages 42-55.

Collectif, « Note de ce qui s'est passé de curieux et de ce qui a été fait dans l'année de chaque trésorier », in Semaine religieuse du diocèse d'Evreux, n° des 24, 31 aout, 14, 21 septembre 1918.

 

Armand Launay

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26 septembre 2020 6 26 /09 /septembre /2020 15:26
"Prise de la mission d’étude en fond foret de bord", cliché du 24 janvier 1974 pris par Jean Pottier. Cote AP1736T000508 de la base POP. Médiathèque de l'architecture et du patrimoine. Le cliché a été pris depuis l'orée de la forêt sur les hauteurs de la Voie-blanche.

"Prise de la mission d’étude en fond foret de bord", cliché du 24 janvier 1974 pris par Jean Pottier. Cote AP1736T000508 de la base POP. Médiathèque de l'architecture et du patrimoine. Le cliché a été pris depuis l'orée de la forêt sur les hauteurs de la Voie-blanche.

 

Val-de-Reuil, ville de 13 000 habitants seulement mais qui devait en accueillir 100 000 en l’an 2000 selon Catherine Blain, auteure d’une étude sur le cabinet à l’origine de la conception de cette ville ! 

Cette volonté plutôt démiurgique de créer une ville nouvelle là où il n’y avait aucun habitant peut étonner aujourd’hui. Ce projet s’est, certes, réalisé mais plus modestement que les perspectives envisagées dès 1965 où fut prévue la création de neuf villes nouvelles, en France, dans les régions où la population risquait d’être trop concentrée. Délaissant un peu les villes préexistantes, des crédits furent alloués par l’État pour créer non seulement des villes nouvelles mais de nouvelles villes avec un urbanisme novateur, propice à un meilleur cadre de vie et à une citoyenneté créative, créatrice. C’est l’atelier Montrouge qui travailla sur le projet du Vaudreuil-ville nouvelle. La confusion avec le nom de la commune du Vaudreuil fut écartée en 1984 pour le nom de Val-de-Reuil, un nom témoignant qu’il est peu judicieux, pour beaucoup de personnes, de créer ex-nihilo une nouvelle entité détachée d’une continuité historique. Le projet consista à valoriser l’espace public, lieu de rencontre, en créant une dalle, belle voie piétonne au milieu des immeubles collectifs, le collectif étant vu comme favorable à la solidarité. Les voitures, qui commençaient à encombrer sérieusement les villes et les poumons, furent reléguées dans les parkings souterrains, sous la dalle, sous les immeubles. Elles demeuraient cependant très accessibles aux habitants censés les utiliser quotidiennement pour aller travailler en dehors de la ville, pour beaucoup d’entre eux. Une station de train fut prévue, mais la ville fut dans l’ensemble pensée selon la logique de la circulation automobile. 

Si la ville a émergé à partir de 1975 où les premiers habitants s’installèrent, on peut noter que le souffle a manqué. Les causes avancées sont le choc pétrolier, la limitation de la croissance… Pourtant, la prospérité économique n’a pas disparu et la démographie française a ralenti, certes, mais s’est tout de même maintenue. 

Val-de-Reuil s’inscrit, avec un léger décalage temporel, dans la construction des quartiers de banlieue  qui avaient pour finalité le bienêtre des gens frappés par la guerre. Politiques et urbanistes ont souhaité mettre à la disposition des citoyens de l’espace, des logements sains, un accès à l’eau, l’eau chaude même, le tout-à-l’égout, le chauffage, les voies de circulation, les services publics. Val-de-Reuil est, de ce point de vue, mieux réalisée que maintes banlieues auxquelles on cherche désespérément un centre de gravité, un centre-ville ; les banlieues étant à la périphérie de la vraie ville, le centre ancien à l’exemple de Paris, Rouen ou Évreux. Val-de-Reuil est une commune avec son centre, ses services administratifs, son cœur de ville. Mais les habitants cherchant à se loger ont le plus souvent préféré se tourner vers les centres-villes anciens, les zones pavillonnaires périphériques ou dans les villages. Val-de-Reuil s’est peuplée grâce à l’offre d’habitations à loyers modérés (HLM) qui ont attiré des personnes désargentées, pour beaucoup issues de l’immigration. La ville a donc trouvé sa vocation sociale et un public... quelque peu contraint. De plus, ses commerces ont souvent périclité dans le cadre d’un mouvement national de concentration des services notamment causé par l’usage des voitures, des camions et la hausse des importations. Heureusement, la ville est entourée d’industries alors que le secteur secondaire s’est, dans l’ensemble, raréfié en France. Mais les Rolivalois ne sont pas nécessairement les ouvriers de cette industrie qui recrute dans la campagne et les villes avoisinantes. Val-de-Reuil semble être en partie une banlieue excentrée à la campagne et entrant en concurrence avec son milieu avoisinant. Les communes de Louviers et Val-de-Reuil se sont retrouvées dans une logique de concurrence, notamment pour leurs édiles. Il est vrai que le pôle économique de Louviers (Incarville) a été attribué à la ville nouvelle. L’intercommunalité, créée à l’origine autour de Louviers, Incarville, Val-de-Reuil et Pont-de-l’Arche, a amoindri cette incohérence. 

L’urbanisme rolivalois fait toujours tache pour beaucoup d’observateurs de la région. Les entrées de ville d’après guerre n’ont pas la beauté et l’harmonie des centres-villes anciens. Une ville nouvelle, même à l’urbanisme pensé, n’a pas le charme de l’écrin qui la sertit : la forêt de Bord, les falaises, les champs, les berges de l’Eure et de la Seine. Il semble même que l’architecture rolivaloise ne prenne pas (encore ?) la reconnaissance d’un centre reconstruit comme celui du Havre d’Auguste Perret. Souhaitons-le lui, même dans une moindre mesure. D’une certaine manière, nous y revenons, on peut se demander si Val-de-Reuil n’a pas détourné les pouvoirs publics d’un aménagement ambitieux et concerté de Louviers et sa région ? N’aurait-on pas voulu soulager Rouen et Paris, par la proximité d’une autoroute, au lieu de créer un pôle lovérien ? 

Ne serions-nous pas sur la voie de la détérioration, d’une part, du cadre de vie des Rolivalois – citadins à la campagne – et, d’autre part, du paysage normand avec le projet de contournement est de Rouen ? 

 

Quoi qu’il en soit, nostalgiques ou non, voici quelques photographies de Jean Pottier, photographe né en 1932 qui fut missionné dans le cadre du projet de construction de la ville nouvelle du Vaudreuil afin d’illustrer le cadre géographique et humain de la future ville. Ses clichés sont consultables sur la Plateforme ouverte du patrimoine (POP) du Ministère de la culture. Ils sont conservés à la Médiathèque de l'architecture et du patrimoine. Voici donc Val-de-Reuil avant Val-de-Reuil, puis deux vues aériennes des travaux du “germe de ville” et, enfin, une comparaison cartographique entre l’avant Val-de-Reuil et la ville actuelle. 

 

 

"Champ dans lequel est prévu l’installation de la ville nouvelle". Cliché de Jean Pottier pris le 23 juin 1970. Cote AP1736T000495 de la base POP. Médiathèque de l'architecture et du patrimoine. Cliché peut-être pris depuis Saint-Étienne-du-Vauvray avec, au fond, le coteau du Vaudreuil.

"Champ dans lequel est prévu l’installation de la ville nouvelle". Cliché de Jean Pottier pris le 23 juin 1970. Cote AP1736T000495 de la base POP. Médiathèque de l'architecture et du patrimoine. Cliché peut-être pris depuis Saint-Étienne-du-Vauvray avec, au fond, le coteau du Vaudreuil.

"Champ dans lequel est prévu l’installation de la ville nouvelle". Cliché de Jean Pottier pris le 12 octobre 1970. Cote AP1736T000496 de la Base POP. Médiathèque de l'architecture et du patrimoine. Cliché pris, semble-t-il, depuis le Cavé du Vaudreuil.

"Champ dans lequel est prévu l’installation de la ville nouvelle". Cliché de Jean Pottier pris le 12 octobre 1970. Cote AP1736T000496 de la Base POP. Médiathèque de l'architecture et du patrimoine. Cliché pris, semble-t-il, depuis le Cavé du Vaudreuil.

"Ferme vue à 200 mètres de la colline qui surplombe l’autoroute en construction". Cliché de Jean Pottier pris le 23 juin 1970 depuis le coteau de Vironvay. On y voit la ferme de la Haute-Crémonville dont certaines parties datent du XVe siècle. Ce bâtiment, situé dans l'actuelle commune du Val-de-Reuil, a été inscrit sur la liste complémentaire des Monuments historiques en 1978. Cote AP1736T000489 de la base POP. Médiathèque de l'architecture et du patrimoine.

"Ferme vue à 200 mètres de la colline qui surplombe l’autoroute en construction". Cliché de Jean Pottier pris le 23 juin 1970 depuis le coteau de Vironvay. On y voit la ferme de la Haute-Crémonville dont certaines parties datent du XVe siècle. Ce bâtiment, situé dans l'actuelle commune du Val-de-Reuil, a été inscrit sur la liste complémentaire des Monuments historiques en 1978. Cote AP1736T000489 de la base POP. Médiathèque de l'architecture et du patrimoine.

"Cheval dans un pré". Cliché de Jean Pottier pris le 20 novembre 1973. Cote AP1736T000506 de la base POP. Médiathèque de l'architecture et du patrimoine.

"Cheval dans un pré". Cliché de Jean Pottier pris le 20 novembre 1973. Cote AP1736T000506 de la base POP. Médiathèque de l'architecture et du patrimoine.

"Maison rurale à Léry". Cliché pris par Jean Pottier le 30 mars 1971. Cote AP1736T000502 de la base POP. Médiathèque de l'architecture et du patrimoine.

"Maison rurale à Léry". Cliché pris par Jean Pottier le 30 mars 1971. Cote AP1736T000502 de la base POP. Médiathèque de l'architecture et du patrimoine.

Photographie aérienne de la construction du germe de ville en 1974 (cliché diffusé par Paris-Normandie sans plus de références).

Photographie aérienne de la construction du germe de ville en 1974 (cliché diffusé par Paris-Normandie sans plus de références).

Captures d'écrans du site Géoportail afin de comparer la vue aérienne actuelle et celle des années 1950-1965. On mesure que si la ville de Val-de-Reuil a été créée ex-nihilo cela ne signifie pas que le terrain était absolument vierge et inhabité. Le long du chemin entre Léry et Notre-Dame-du Vaudreuil s'égrènent des hameaux depuis le nord vers le sud : La rue Goujon et les Vallées (anciennement dans la commune de Léry) et Le Torché (anciennement dans la commune de Notre-Dame-du-Vaudreuil, rattachée le 15 avril 1969 à Saint-Cyr-du-Vaudreuil dans la commune du Vaudreuil). Quelques anciennes maisons de ces hameaux ont été conservées dans Val-de-Reuil qui servent de lieux de sociabilité.
Captures d'écrans du site Géoportail afin de comparer la vue aérienne actuelle et celle des années 1950-1965. On mesure que si la ville de Val-de-Reuil a été créée ex-nihilo cela ne signifie pas que le terrain était absolument vierge et inhabité. Le long du chemin entre Léry et Notre-Dame-du Vaudreuil s'égrènent des hameaux depuis le nord vers le sud : La rue Goujon et les Vallées (anciennement dans la commune de Léry) et Le Torché (anciennement dans la commune de Notre-Dame-du-Vaudreuil, rattachée le 15 avril 1969 à Saint-Cyr-du-Vaudreuil dans la commune du Vaudreuil). Quelques anciennes maisons de ces hameaux ont été conservées dans Val-de-Reuil qui servent de lieux de sociabilité.

Captures d'écrans du site Géoportail afin de comparer la vue aérienne actuelle et celle des années 1950-1965. On mesure que si la ville de Val-de-Reuil a été créée ex-nihilo cela ne signifie pas que le terrain était absolument vierge et inhabité. Le long du chemin entre Léry et Notre-Dame-du Vaudreuil s'égrènent des hameaux depuis le nord vers le sud : La rue Goujon et les Vallées (anciennement dans la commune de Léry) et Le Torché (anciennement dans la commune de Notre-Dame-du-Vaudreuil, rattachée le 15 avril 1969 à Saint-Cyr-du-Vaudreuil dans la commune du Vaudreuil). Quelques anciennes maisons de ces hameaux ont été conservées dans Val-de-Reuil qui servent de lieux de sociabilité.

Armand Launay

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20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 15:31

L’église paroissiale Notre-Dame (localisez-la en cliquant ici), dans la commune de Terres de Bord (Eure), est le joyau architectural de Montaure et le joyau roman de cette partie du plateau du Neubourg, sur les hauteurs de Pont-de-l'Arche, Elbeuf et Louviers. Son histoire est liée à un ancien prieuré créé en ce lieu par les moines de l’abbaye Saint-Ouen de Rouen.

 

 

Notre-Dame de Montaure vue d'Écrosville par une chaude journée d'été (cliché d'Armand Launay, juillet 2013).

Notre-Dame de Montaure vue d'Écrosville par une chaude journée d'été (cliché d'Armand Launay, juillet 2013).

Un site élevé et alimenté en eau

Notre-Dame de Montaure est élégamment assise sur le trône naturel constitué par le rebord d'un vallon dénommé La Glacière. S'il n'est plus en eaux, celles-ci ne manquent pas dans cet espace à cheval entre la plaine du Neubourg et les vallons de la forêt de Bord-Louviers menant par de douces pentes aux vallées de l'Eure et de la Seine. L'eau jaillit toujours sous Notre-Dame à l'endroit de la fontaine Saint-Eustache, dans la crypte. Cette eau explique assurément l'implantation humaine en ce lieu (accédez ici à un autre de nos articles) avec, possiblement, un temple païen puis de successives églises primitives.

 

Le temps des seigneurs normands

Face au portail de Notre-Dame se trouve le château de Montaure, noble résidence du XVIIIe siècle lointaine héritière du château des Stigand, daté du XIe siècle. Ces seigneurs, parmi lesquels Odon Stigand, sénéchal du duc de Normandie Richard II, ont selon toute vraisemblance possédé l'espace central de Montaure. Celui-ci devait comprendre les vastes domaines du château actuel et de ce qu'on nomme le prieuré, tant et si bien que le cœur de Montaure est peu bâti ; il est vert et l'on reconnait de loin le paysage montaurois à ce pittoresque tableau d'où dépasse la flèche du clocher.  
Notre-Dame de Montaure est indissociable du prieuré, dont il est question. Il en reste un bel édifice du XVII
e siècle, son portail, et son domaine aujourd'hui boisé. 

 

Une donation à Saint-Ouen de Rouen en 1063

Auguste Le Prévost (voir dans la bibliographie à Delisle Léopold) expose une charte du 29 juin 1063 par laquelle le père d'Odon Stigand, sénéchal de Guillaume le Conquérant, donna des biens montaurois et criquebeuviens à l’abbaye Saint-Ouen de Rouen. Il donna l'église "Sanctæ Mariæ de Monte Aureo". Son nom n'a pas changé. L'abbaye Saint-Ouen fonda un prieuré rural en ce lieu, c'est-à-dire que quelques moines s'y installèrent afin de s'occuper des âmes, de faire valoir les terres et d'en envoyer le revenu à l'abbaye-mère. L'abbaye Saint-Ouen de Rouen était un des plus grands propriétaires nomrands de ce temps. On en voit encore ses locaux, certes plus récents, de l'hôtel de Ville de Rouen et son église abbatiale Saint-Ouen.  

 

La coexistence d'une église paroissiale et d'un prieuré rural

Mais MM. Charpillon et Caresme nous apprennent que les seigneurs des lieux, les Stigand, gardèrent le patronage de la paroisse, c'est-à-dire sa charge et la possibilité de nommer le clerc de leur choix. C'est ce qui explique, on le verra plus en détail, que l'église fut partagée entre les moines et le curé et, surtout, que Notre-Dame jouxte, de nos jours encore, un logis et un enclos prioraux. La fiche Mérimée de Notre-Dame nous apprend que ce patronage est passé, un temps au moins, aux mains de l'abbé de Saint-Ouen.

 

L’église Notre-Dame est inscrite comme monument historique

L’église est une propriété communale depuis 1905 et son affectataire est la paroisse catholique Notre-Dame des bois, pays de Louviers. Elle présente de très beaux vestiges romans du XIe siècle au niveau de la tour-clocher et de la base de certains murs de la nef et du transept. La statue de Notre-Dame, dans le chœur, a été classée Monument historique au titre d'objet le 12 juillet 1912. La place Jean-Baptiste-Charcot, avec la disparition du cimetière paroissial, est ornée d'une belle croix hosannière. Celle-ci a été inscrite sur l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques le 3 décembre 1954. On le mesure, un riche ensemble patrimonial, rehaussé de verdure, se dessine en ce lieu. De plus, notre église fait partie des quelques temples romans de la région avec, notamment, Alizay, Léry et Pîtres. Enfin, Notre-Dame est aussi l'église d'Écrosville, hameau presque aussi peuplé que Montaure à la fin de l'Ancien Régime, de Blacquetuit, les Fosses, la Vallée de la Corbillière et des hameaux de Tostes avant la création de la paroisse Sainte-Anne en 1687 à la demande de Louis Colbert, abbé de Bonport et fils du célèbre homme d'État.

C'est ainsi que l'église et le logis prioral ont été inscrits sur la liste complémentaire des Monuments historiques le 30 septembre 1997 comme l'atteste sa notice de la base Mérimée (PA27000021).

La pittoresque place Jean-Baptiste-Charcot regorge de patrimoine. L'église, le prieuré, la croix hosannière et un pressoir (non visible sur la photographie) sont inscrits sur la liste complémentaire des Monuments historiques (cliché d'Armand Launay, juillet 2013).

La pittoresque place Jean-Baptiste-Charcot regorge de patrimoine. L'église, le prieuré, la croix hosannière et un pressoir (non visible sur la photographie) sont inscrits sur la liste complémentaire des Monuments historiques (cliché d'Armand Launay, juillet 2013).

Le prieuré, la croix hosannière et Notre-Dame vers 1910 (?) par le cliché de Gabriel Bretocq (1873-1961) (consulté sur la Plateforme ouverte du patrimoine le 20 septembre 2020. Notice APMH00114997. Original conservé à la Médiathèque de l'architecture et du patrimoine).

Le prieuré, la croix hosannière et Notre-Dame vers 1910 (?) par le cliché de Gabriel Bretocq (1873-1961) (consulté sur la Plateforme ouverte du patrimoine le 20 septembre 2020. Notice APMH00114997. Original conservé à la Médiathèque de l'architecture et du patrimoine).

Le plan de Notre-Dame de Montaure (document publié sur le site de La sauvegarde de l'art sacré français).

Le plan de Notre-Dame de Montaure (document publié sur le site de La sauvegarde de l'art sacré français).

Le plan

Le plan de Notre-Dame est cruciforme, c'est-à-dire que l'église a une forme de croix. Ce qui lui donne cette forme est le transept débordant du vaisseau principal appelé la nef. L'église est orientée, c'est-à-dire tournée vers l'orient, l'est.

 

La tour-clocher

Une imposante tour sert de clocher. Elle est carrée et de style roman comme on peut le mesurer avec ses deux étages d'ouvertures étroites et en plein cintre et aurait conservé, grâce à des restaurations successives, son architecture du XIe siècle. Les hautes baies sont géminées, c'est-à-dire groupées par deux, presque jumelles, sous un même arc ici. La tour est couverte d'une flèche de charpente polygonale restaurée en 2008 notamment grâce aux fonds de la Sauvegarde de l'art sacré français. Cette tour est située à la croisée du transept, le lieu où le transept traverse la net, près du chœur.

Les cloches sont baptisées Perrette-Edmée (1755) et Alexandrine-Jeanne (1865). En 2009, le mécanisme des cloches a été électrifié par la mairie et l’Association de sauvegarde du patrimoine ;

La tour-clocher romane de Montaure (XIe siècle) et ses belles baies géminées (clichés d'Armand Launay, mai 2013).
La tour-clocher romane de Montaure (XIe siècle) et ses belles baies géminées (clichés d'Armand Launay, mai 2013).La tour-clocher romane de Montaure (XIe siècle) et ses belles baies géminées (clichés d'Armand Launay, mai 2013).La tour-clocher romane de Montaure (XIe siècle) et ses belles baies géminées (clichés d'Armand Launay, mai 2013).

La tour-clocher romane de Montaure (XIe siècle) et ses belles baies géminées (clichés d'Armand Launay, mai 2013).

Le chevet et la nef

Notre-Dame a un chevet plat, ce qui signifie que le mur fermant le sanctuaire, à l'ouest, est droit et non en demi-cercle, par exemple. Ce chevet semble dater du XIIIe siècle, avec ajout de contreforts.

La nef est couverte par un toit à long pans et les pignons sont couverts. Le gros-œuvre est réalisé en appareil mixte, c'est-à-dire plusieurs matériaux. Le moellon calcaire y côtoie le silex pour le remplissage et la pierre de taille forme le chainage. Ces pierres semblent être issues du réemploi de précédents murs et confèrent à l'église une plus grande ancienneté. Françoise Bercé, ayant réalisée une précieuse description pour le compte de la Sauvegarde de l'art sacré, cite une étude de Maylis Baylé que nous n'avons pas encore eu l'heur de lire. La chercheuse, spécialiste de l'art roman, avance que la base du mur sud et les épais murs du transept semblent dater de l'an 1000.

Au-dessus du portail et dans les murs de la nef, côté est, sont percées de petites ouvertures romanes. Elles ont été rehaussées de baies gothiques au XVIe siècle, près du transept.

Un avant-corps, aussi appelé porche, en brique de pays couvre le portail. Il semble dater du XIXe siècle.

Vue sur les façades extérieures et le (clichés d'Armand Launay, mai et juillet 2013).
Vue sur les façades extérieures et le (clichés d'Armand Launay, mai et juillet 2013).Vue sur les façades extérieures et le (clichés d'Armand Launay, mai et juillet 2013).

Vue sur les façades extérieures et le (clichés d'Armand Launay, mai et juillet 2013).

L'intérieur de la nef

La nef n'a pas de collatéraux. Elle présente une vue dégagée sur l'intérieur de l'édifice et son pavé de tomettes de pays. Une mise en lumière agréable fait ressortir le contraste entre, d'un côté, la sombreur du berceau lambrissé, des entraits, des boiseries, des bancs et de la chaire à prêcher et, de l'autre côté, la clarté des murs et la lumière issue des baies.

Le berceau lambrissé désigne cette coque de navire retournée qui couronne la nef et masque la charpente du toit. Les entraits sont les vastes poutres qui relient les deux murs latéraux, les murs gouttereaux. Les ouvertures romanes, côté est, tamisent la lumière comme pour plonger le visiteur dans une atmosphère propice au recueillement. Puis, plus proche du transept, la lumière se fait plus généreuse grâce aux deux séries de baies gothiques. Enfin, au loin, l'apothéose de lumière existe qui vient du chœur, le sanctuaire qui était interdit d'accès aux fidèles au Moyen Âge et réservé aux officiants.

La porte d'entrée plus deux vues de la nef (carte postale des années 1910 et clichés d'Armand Launay, mai 2013).La porte d'entrée plus deux vues de la nef (carte postale des années 1910 et clichés d'Armand Launay, mai 2013).
La porte d'entrée plus deux vues de la nef (carte postale des années 1910 et clichés d'Armand Launay, mai 2013).La porte d'entrée plus deux vues de la nef (carte postale des années 1910 et clichés d'Armand Launay, mai 2013).

La porte d'entrée plus deux vues de la nef (carte postale des années 1910 et clichés d'Armand Launay, mai 2013).

Les fonts baptismaux du XVe siècle) sont en pierre calcaire sculptée. Le couvercle en bois est couvert d’étain gravé et doré du XVIIIe siècle (clichés d'Armand Launay, septembre 2013). 
Les fonts baptismaux du XVe siècle) sont en pierre calcaire sculptée. Le couvercle en bois est couvert d’étain gravé et doré du XVIIIe siècle (clichés d'Armand Launay, septembre 2013). Les fonts baptismaux du XVe siècle) sont en pierre calcaire sculptée. Le couvercle en bois est couvert d’étain gravé et doré du XVIIIe siècle (clichés d'Armand Launay, septembre 2013). 

Les fonts baptismaux du XVe siècle) sont en pierre calcaire sculptée. Le couvercle en bois est couvert d’étain gravé et doré du XVIIIe siècle (clichés d'Armand Launay, septembre 2013). 

Vestiges de la poutre de gloire

Côté sud, à droite vers le chœur, se trouve le calvaire de la poutre de gloire. Ce groupe de trois éléments sculptés sur bois peint date du XVe ou du XVIe siècle. Il a été remanié au XIXe siècle. Il reposait autrefois sur une poutre à l’entrée de la croisée du transept, autrement dit la poutre de gloire, comme le montre la carte postale de 1910 reproduite plus haut dans cet article.

Une chaire à prêcher de la fin XIXe siècle n'a pas d'intérêt patrimonial mais présente de belles et fines sculptures, notamment les pinacles qui couronnent son abat-son. Elle est ornée des personnages du Christ et la Vierge entourés des quatre évangélistes.

Sur les murs, quelques documents témoignent d'une vie paroissiale active qui honorent des anciens curés montaurois, dont l'abbé Jules Balley mort pour la France le 15 juin 1940 et l'abbé Anatole Toussaint dont sont principalement mis en valeur, ici, ses qualités de botaniste ce qui devrait être secondaire pour un curé. Le portrait de cet homme, aux airs doncamillesques, aurait été peint chez son ami Claude Monet par un des élèves de ce peintre.

Un vitrail, signé V. Boulanger, représentant Jeanne d’Arc a été offert en 1920 par Maximilien Catoire et sa moitié. Ce bienfaiteur est à l’origine de la « Colonie », un hôpital qu’il dirigea durant la Première guerre mondiale. Il habitait La Garde-Châtel. Le vitrail fut rénové depuis par la famille montauroise Catoire-De la Haye.

Vitrail du mur collatéral nord à l'effigie de Jeanne-d'Arc (cliché d'Armand Launay, septembre 2013).

Vitrail du mur collatéral nord à l'effigie de Jeanne-d'Arc (cliché d'Armand Launay, septembre 2013).

Le transept

La croisée du transept présente quatre voutes en plein cintre caractéristiques de l'art roman. Un escalier à vis offre accès à la tour-clocher. Des autels latéraux, assez sobres pour de l'art baroque, occupent chaque aile du transept. Ils semblent dater du XVIIe siècle. 

Vue sur un arc du transept et la cage de l'escalier à vis menant au clocher (cliché d'Armand Launay, septembre 2013).

 

Un vitrail contemporain à l'effigie de Saint-Pierre se trouve dans l'aile nord du transept. Il a été offert en 1995 par l'abbé Bleunven et ses paroissiens.  

Un vitrail contemporain à l'effigie de Saint-Pierre se trouve dans l'aile nord du transept. Il a été offert en 1995 par l'abbé Bleunven et ses paroissiens.  

Vues sur les autels occupant les ailes du transept (cliché d'Armand Launay, septembre 2013).Vues sur les autels occupant les ailes du transept (cliché d'Armand Launay, septembre 2013).

Vues sur les autels occupant les ailes du transept (cliché d'Armand Launay, septembre 2013).

Aux journées du patrimoine, les tissus liturgiques de l'ancienne confrérie de charitons de Montaure sont présentés au public. Ceux-ci sont bien conservés et complètent le corbillard entreposé au nord-ouest de la nef (clichés d'Armand Launay, septembre 2013).
Aux journées du patrimoine, les tissus liturgiques de l'ancienne confrérie de charitons de Montaure sont présentés au public. Ceux-ci sont bien conservés et complètent le corbillard entreposé au nord-ouest de la nef (clichés d'Armand Launay, septembre 2013).Aux journées du patrimoine, les tissus liturgiques de l'ancienne confrérie de charitons de Montaure sont présentés au public. Ceux-ci sont bien conservés et complètent le corbillard entreposé au nord-ouest de la nef (clichés d'Armand Launay, septembre 2013).

Aux journées du patrimoine, les tissus liturgiques de l'ancienne confrérie de charitons de Montaure sont présentés au public. Ceux-ci sont bien conservés et complètent le corbillard entreposé au nord-ouest de la nef (clichés d'Armand Launay, septembre 2013).

Le chœur

Le chœur, dont le pavage fut refait en 1849 dans le ton des damiers du XVIIe siècle, est doté d’une porte murée qui permettait aux moines du prieuré d’entrer dans Notre-Dame. Leurs stalles du XVIIe siècle sont encore en place à l’entrée du chœur. Au nombre de 10, elles présentent un décor assez sobre. Leurs parcloses (séparateurs) sont ornés d'aigles, peut-être en référence à saint Jean. Ces stalles étaient utilisées par les moines bénédictins et séparaient, certainement avec les autels latéraux, le chœur de la nef où se trouvait le public.  

Les stalles des moines bénédictins dans lesquels ceux-ci s'installaient pour prier et chanter (cliché d'Armand Launay, septembre 2013).

 

Le maitre-autel et la Vierge à l'Enfant, pièce maitresse du patrimoine montaurois 

Le maitre-autel baroque en bois date du début XVIIe siècle. Il imite excellemment le marbre et bénéficie de vastes dorures qui, bien illuminées, créent ici le point le plus lumineux du sanctuaire. Une toile au centre illustre, classiquement, la crucifixion du Christ. Il comporte à droite une statue en pierre polychromée de saint Jean-Baptiste évangélisateur (d'où sa vaste croix) et son mouton qui, symboliquement, le positionne en meneur des âmes humaines. Cette statue semble contemporaine du maitre-autel. 

Mais ce qui retient surtout le regard des spécialistes et amateurs de patrimoine, c'est la statue de la Vierge à l'Enfant Jésus. En pierre polychromée, elle date de la seconde moitié du XVe siècle. Elle a été classée Monument historique au titre d’objet le 12 juillet 1912. Elle mesure 178 cm de hauteur (avec la plinthe). La base Mérimée précise (notice PM27001150) que « Les orfrois du manteau de la Vierge sont décorés de lettres capitales d'aspect un peu fleuri, séparées par deux points superposés. Elles ne forment aucun mot reconnaissable, à l'exception d’ORA, peut-être par hasard. Il y a également des lettres fantaisistes, faites d'entrelacements sans signification. » L’Enfant tient une colombe dans sa main gauche.

Vues diverses sur le maitre-autel (clichés d'Armand Launay, septembre 2013 et aout 2020).Vues diverses sur le maitre-autel (clichés d'Armand Launay, septembre 2013 et aout 2020).
Vues diverses sur le maitre-autel (clichés d'Armand Launay, septembre 2013 et aout 2020).Vues diverses sur le maitre-autel (clichés d'Armand Launay, septembre 2013 et aout 2020).Vues diverses sur le maitre-autel (clichés d'Armand Launay, septembre 2013 et aout 2020).

Vues diverses sur le maitre-autel (clichés d'Armand Launay, septembre 2013 et aout 2020).

La statue de la Vierge à l'Enfant Jésus, œuvre classée monument historique au titre d'objet en 1912 (clichés d'Armand Launay, septembre 2013 et aout 2020).La statue de la Vierge à l'Enfant Jésus, œuvre classée monument historique au titre d'objet en 1912 (clichés d'Armand Launay, septembre 2013 et aout 2020).

La statue de la Vierge à l'Enfant Jésus, œuvre classée monument historique au titre d'objet en 1912 (clichés d'Armand Launay, septembre 2013 et aout 2020).

La Vierge à l'Enfant Jésus en 1939. Cliché d'Emmanuel Mas (1891-1979) consulté le 20 septembre 2020 sur la Plateforme ouverte du patrimoine. Original conservé sous la cote APMH0195764 à la Médiathèque de l'architecture et du patrimoine.

La Vierge à l'Enfant Jésus en 1939. Cliché d'Emmanuel Mas (1891-1979) consulté le 20 septembre 2020 sur la Plateforme ouverte du patrimoine. Original conservé sous la cote APMH0195764 à la Médiathèque de l'architecture et du patrimoine.

Saint-Eustache

Une statue de Saint-Eustache, taillée au XVIIe siècle dans du bois, est encore dotée d’une belle polychromie. Saint Eustache est le patron des chasseurs.  

 

La crypte et la fontaine Saint-Eustache

Une trappe offrait un accès par escalier à la crypte. Celle-ci daterait du XIIIe siècle et fut réaménagée au XVIe siècle. Dans cette dernière, se trouve la résurgence d’une source. Un bassin en pierre recueille cette eau qui avait la réputation d'aider la guérison des enfants peureux des maladies de peau et des troubles de la "danse de Saint-Guy", autrement dit des gestes épileptiques. Cette fontaine, reliée aux deux puits de la place Jean-Baptiste-Charcot, atteste la présence d’une nappe phréatique durable qui explique assurément l’installation d'habitants. C'est ce qui a fait écrire Auguste Le Prévost qui avança que Montaure signifie le "mont de l'eau" ou de la "rivière". 

Bassin de recueillement des eaux de la fontaine Saint-Eustache (cliché d'Armand Launay, septembre 2013).

 

Ancien escalier reliant le chœur à la crypte (condamné depuis) et porte donnant accès à la fontaine depuis la rue Maxime-Marchand (clichés d'Armand Launay, septembre 2013). Ancien escalier reliant le chœur à la crypte (condamné depuis) et porte donnant accès à la fontaine depuis la rue Maxime-Marchand (clichés d'Armand Launay, septembre 2013).

Ancien escalier reliant le chœur à la crypte (condamné depuis) et porte donnant accès à la fontaine depuis la rue Maxime-Marchand (clichés d'Armand Launay, septembre 2013).

A lire aussi...

La croix monumentale de Montaure

Aux origines de Montaure et de son nom

 

Sources

- Amsellem Emmanuelle, « Les Stigand : des Normands à Constantinople », Revue des études byzantines, tome 57, 1999, pages 283 à 288 ;

- Andrieux Jules, Cartulaire de l'abbaye royale de Notre-Dame de Bon-Port de l'ordre de Citeaux au diocèse d'Evreux, Evreux, Auguste Hérissey, 1862, 434 pages ; 

- Association Saint-Blaise, Notre Dame de Montaure : l’église de la montagne dorée, 2013, 4 pages ;

- Bercé Françoise, Montaure [description architecturale de Notre-Dame dans le cadre de la levée de fonds menée par la Sauvegarde de l'art sacré français en vue d'une restauration], cahier 23 de la Sauvegarde de la art sacré, 2008, pages 156 et 157 ;  

- Bonnin Thierry, Regestrum visitationum archiepiscopi rothomagensis : journal des visites pastorales d'Eude Rigaud, archevêque de Rouen, Rouen, Le Brument, 1852, 876 pages.

- [Caresme Anatole], « Le prieuré de Montaure », 7 pages, Mélanges historiques, ch. XII, Louviers, imprimerie de Mlle Houssard et frère, document conservé à la médiathèque de Louviers sous la cote inv 9/454 et publié sur ce blog ;

- Charpillon Louis-Etienne, Caresme Anatole, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys, Delcroix, 1868, 960 pages, tome II, voir les pages 541 à 543 et publié sur ce blog ;

- Delisle Léopold, Passy Louis, Mémoires et notes de M. Auguste Le Prévost pour servir à l’histoire du département de l’Eure, la notice sur Criquebeuf (tome I, page 562), la notice sur Montaure (tome II, page 513), Évreux, Auguste Hérissey, 1864 ;

- Guilluy Françoise, Tuiliers et potiers de l’Eure : La Haye-Malherbe et Montaure, Association pour la sauvegarde du patrimoine malherbois, 1995, 192 pages ;

- Ministère de la culture, Base Mérimée, www.culture.gouv.fr ;

- Quesné Victor, « Le Désert des carmes déchaussés de la Garde-Châtel », Bulletin de la Société d'études diverses, n° 6, 1903.

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20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 15:23

Dans la perspective de mettre en valeur l'histoire de cette charmante commune de l'Eure et, aussi, d'y travailler nous même, voici une copie de l'article à elle consacré dans les Mémoires et notes de M. Auguste Le Prévost pour servir à l'histoire du département de l'Eure, recueillis et publiés par (...) MM. Léopold Delisle et Louis Passy, publié à Evreux en 1864.

Il s'agit du tome II pour Montaure, pages 413 à 416,. A voir, le tome I à l'article de Criquebeuf-sur-Seine où est recopiée in extenso la charte de donation de l'église de Montaure à l'abbaye Saint-Ouen de Rouen. 
 

L'histoire de Montaure selon Auguste Le Prévost
L'histoire de Montaure selon Auguste Le Prévost
L'histoire de Montaure selon Auguste Le Prévost
L'histoire de Montaure selon Auguste Le Prévost
L'histoire de Montaure selon Auguste Le Prévost
L'histoire de Montaure selon Auguste Le Prévost
L'histoire de Montaure selon Auguste Le Prévost
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19 septembre 2020 6 19 /09 /septembre /2020 16:05
Vue sur le mur pignon et le mur sud du logis prioral (cliché d'Armand Launay, mai 2013).

Vue sur le mur pignon et le mur sud du logis prioral (cliché d'Armand Launay, mai 2013).

Le prieuré de Montaure désigne un ancien établissement religieux dont il reste aujourd'hui un bel espace central ainsi qu'un logis prioral, privés, et l'église Notre-Dame, propriété de la commune. Il ne faut pas le confondre avec la belle demeure bourgeoise, le prieuré, qui doit son nom à la proximité avec le logis prioral et avec le fait qu'elle a été bâti dans l'enclos dudit prieuré (voir les photographie du bas de cet article). 

Le prieuré a été fondé par les bénédictins de Saint-Ouen de Rouen à partir de 1063 et ferma après 1663. L’église Notre-Dame était partagée avec le curé, un temps, et a été placée sous la tutelle du prieuré. C'est ce qui explique leur proximité et, aussi, la présence d'une porte, aujourd'hui murée, dans le chœur par lequel les moines venaient mener l'office. Trois à quatre moines formaient ici une annexe de la grande abbaye Saint-Ouen de Rouen où se trouve aujourd'hui l'hôtel de Ville. Les religieux faisaient ici valoir des terres et percevaient des revenus dans la région (Léry, Le Vaudreuil…) dont ils rendaient une part à leur abbaye de tutelle.

L’église Notre-Dame et le logis prioral ont été reconnus par le Conservatoire régional qui les a inscrits sur la liste des Monuments historiques le 30 septembre 1997 : l'ancien prieuré en totalité : l'église et son mur de soutènement, l'enclos monastique, les sols avec les vestiges qu'il contient, le logis prioral et son portail.

Photographie aérienne disponible sur le site Géoportail (capture d'écran du 21 septembre 2020) avec un calque supplémentaire délimitant et numérotant les parcelles cadastrales. Les parcelles inscrites sur la liste complémentaire des Monuments historiques sont les suivantes : 1996 A 584, 958, 1019 à 1021, 1023, 1024, 1028 à 1031, 1168 à 1170, 1238. C'est-à-dire qu'elles forment un rectangle comprenant l'église, le prieuré et l'espace boisé.

Photographie aérienne disponible sur le site Géoportail (capture d'écran du 21 septembre 2020) avec un calque supplémentaire délimitant et numérotant les parcelles cadastrales. Les parcelles inscrites sur la liste complémentaire des Monuments historiques sont les suivantes : 1996 A 584, 958, 1019 à 1021, 1023, 1024, 1028 à 1031, 1168 à 1170, 1238. C'est-à-dire qu'elles forment un rectangle comprenant l'église, le prieuré et l'espace boisé.

Description du logis prioral

Le bâtiment du prieuré, près de l'église, est couvert d’un toit à croupes garni de tuiles plates. Quelques beaux chainages de pierre de taille calcaire font songer à une construction du XVIIe siècle avec, en remplissage, quelques tuileaux mais surtout de petits moellons de silex et de calcaire. Ceux-ci ont sûrement été réemployés à partir des restes de l'ancien bâtiment prioral. Certains commentateurs ont affirmé que le toit du prieuré fut réalisé en forme de cercueil pour rappeler aux moines la condition humaine. Il est vrai que le faite du toit penche beaucoup d'est à l'ouest et que les murs gouttereaux se rapprochent étrangement. Mais de là à y voir une injonction morale, il y a un problème de dates : dans soRegistre des visites aux établissements religieux, l’archevêque de Rouen Eudes Rigaud (vers 1210-1275) nota à plusieurs reprises que les trois à quatre religieux de Montaure acceptaient de boire dans le village, accueillaient des femmes dans le prieuré et se servaient de matelas, pourtant interdits dans leur ordre. Qui plus est, le prieuré ferma ses portes au moment où, vraisemblablement, fut construit le logis. 

Nous ignorons qui le posséda ensuite ? Servit-il de presbytère ? Quoi qu'il en soit, ses ouvertures sont étroites qui rappellent le Moyen Âge plus que les belles baies des demeures aristocratiques de la Renaissance. 

Il dut se trouver dans le giron d’un établissement religieux ou d’un noble exilé car il fut nationalisé à la Révolution puis revendu comme bien national le 22 aout 1792 à Louis Delarue, fabricant de draps à Elbeuf. Des pavés de fabrication locale orneraient son intérieur d’après Françoise Guilluy.

Aujourd'hui, comme le note la fiche des Monuments historiques, le logis prioral est le seul vestige des bâtiments qui constituaient partiellement la clôture de cet espace.  

Dans les autres parcelles, du côté de la rue Maxime-Marchand, on aperçoit encore de beaux murs de pierre. Des vestiges sont cités dans la notice des Monuments historiques. Nous n'y avons pas eu accès. 

Vue sur le mur pignon est. On mesure le rétrécissement de l'œuvre qui a fait dire à certains commentateurs que le prieuré avait une forme de cercueil pour rappeler aux hommes leur mortalité (cliché d'Armand Launay, mai 2013).

Vue sur le mur pignon est. On mesure le rétrécissement de l'œuvre qui a fait dire à certains commentateurs que le prieuré avait une forme de cercueil pour rappeler aux hommes leur mortalité (cliché d'Armand Launay, mai 2013).

Détails du mur sud du Prieuré (clichés d'Armand Launay, juillet 2013).

Détails du mur sud du Prieuré (clichés d'Armand Launay, juillet 2013).

Le portail du prieuré est un vestige du XVIIe siècle, vraisemblablement. Il est aussi protégé par l'inscription aux Monuments historiques (cliché d'Armand Launay, mai 2013).

Le portail du prieuré est un vestige du XVIIe siècle, vraisemblablement. Il est aussi protégé par l'inscription aux Monuments historiques (cliché d'Armand Launay, mai 2013).

Le prieuré est aussi le nom donné à la belle demeure bourgeoise où résidèrent Maurice Emmanuel et Jean-Baptiste Charcot. Cette demeure doit son nom au fait qu'elle a été construite dans l'enclos prioral et à côté du logis souvent appelé prieuré (carte postale de 1910 et cliché d'Armand Launay, mai 2013)..
Le prieuré est aussi le nom donné à la belle demeure bourgeoise où résidèrent Maurice Emmanuel et Jean-Baptiste Charcot. Cette demeure doit son nom au fait qu'elle a été construite dans l'enclos prioral et à côté du logis souvent appelé prieuré (carte postale de 1910 et cliché d'Armand Launay, mai 2013)..

Le prieuré est aussi le nom donné à la belle demeure bourgeoise où résidèrent Maurice Emmanuel et Jean-Baptiste Charcot. Cette demeure doit son nom au fait qu'elle a été construite dans l'enclos prioral et à côté du logis souvent appelé prieuré (carte postale de 1910 et cliché d'Armand Launay, mai 2013)..

Bibliographie à retrouver au pied de l'article portant sur Notre-Dame de Montaure.  

À consulter aussi : Maurice Emmanuel et Jean-Baptiste Charcot à Montaure.

 

Armand Launay

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  • : Pont de l'Arche et sa région histoire, patrimoine et tourisme
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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages) ;

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages) ;

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages) ;

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au cœur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages) ;

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages) ;

- Mieux connaitre Pont-de-l'Arche à travers 150 noms de rues et de lieux ! (Autoédité avec Frédéric Ménissier, 2019, 64 pages) ; 

- Les Trésors de Terres-de-Bord : promenade à Tostes, ses hameaux, Écrosville, La Vallée et Montaure (édité par la mairie de Terres-de-Bord, à paraitre en 2022).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis enseignant à Mayotte.

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