Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
13 septembre 2020 7 13 /09 /septembre /2020 14:18

 

Sotteville-sous-le-val est une charmante commune, blottie au pied du coteau de la presqu’ile de Freneuse, qui mérite qu’on s’y balade par le corps comme par l’esprit. 

Sotteville désigne, à l’origine, quelques habitations regroupées autour de l’église Saint-Baudile. On traitait de paroisse Saint-Baudile-de-Sotteville.   

En face de l’église, le long de la route reliant Igoville à Freneuse (la rue du village), se voient d’étranges colonnes. Deux sont entièrement dégagées et une troisième se trouve à moitié engagée dans un bâtiment d’habitation. Elles sont couronnées de chapiteaux sculptés comme dans des églises. D’où viennent-elles ? 

 

Photographie de la maison aux colonnes accessible sur le site POP, la plateforme ouverte du patrimoine, proposée par le Ministère de la culture. Datant de 1939 et pris par Emmanuel-Louis Mas il montre l’édifice d'origine, disparu depuis, et ses trois colonnes restées comme orphelines au milieu du village..

Photographie de la maison aux colonnes accessible sur le site POP, la plateforme ouverte du patrimoine, proposée par le Ministère de la culture. Datant de 1939 et pris par Emmanuel-Louis Mas il montre l’édifice d'origine, disparu depuis, et ses trois colonnes restées comme orphelines au milieu du village..

Les colonnes en question devant l'église Saint-Baudile (cliché d'Armand Launay, juin 2012).

Les colonnes en question devant l'église Saint-Baudile (cliché d'Armand Launay, juin 2012).

 

Une photographie de cette maison, que nous appelons la maison aux colonnes, est accessible sur le site POP, la plateforme ouverte du patrimoine, proposée par le Ministère de la culture. Sous la cote MH0170031 et datant de 1939, un cliché d’Emmanuel-Louis Mas (1891-1979) reproduit ci-dessous montre l’édifice. On le retrouve dans la notice APMH00170031. 

Dans une certaine confusion la notice annonce le XIVe siècle pour dater on ne sait trop quoi. À l’évidence, ce siècle se rapproche plus de la création des colonnes (début du XIIIe siècle) que de la maison qui a été bâtie à la toute fin du XVIIIe siècle ou au début du XIXe siècle. Était-elle faite en pans de bois ? Nous l’ignorons. Toutefois elle complétait un beau bâtiment, peut-être du XVIIe siècle, à l’Est bâti sur des lits de silex, avec des moellons calcaires en remplissage et des chainages en pierres de taille. Celui-ci a peut-être été couvert de chaume à en croire ses pignons surélevés par rapport à la ligne du toit. Côté sud, une de ses pierres de chainage porte la lettre “M” en caractère gothique entourée d’une couronne, semble-t-il et d’un symbole que nous ne savons pas interpréter (une dédicace en hommage à un abbé décédé ?). Quant au bâtiment disparu, avait-il une vocation agricole ? C’est possible à en juger par l’espace entre deux des colonnes qui devaient laisser place à l’entrée d’une charrette, au moins à bras. Quant à l’étage, ses fenêtres laissent deviner qu’il était habité. Quoi qu’il en soit, en 1939, ce bâtiment semblait déjà à l’abandon qui était recouvert de croutes de réclames. 

 

Maison, toujours debout, qui se trouve dans le prolongement de la maison aux colonnes disparue. Une colonne la soutient en partie et une pierre de chainage porte la lettre "M" qui semble provenir de l'ancienne abbaye de Bonport (clichés d'Armand Launay, février 2014).
Maison, toujours debout, qui se trouve dans le prolongement de la maison aux colonnes disparue. Une colonne la soutient en partie et une pierre de chainage porte la lettre "M" qui semble provenir de l'ancienne abbaye de Bonport (clichés d'Armand Launay, février 2014).

Maison, toujours debout, qui se trouve dans le prolongement de la maison aux colonnes disparue. Une colonne la soutient en partie et une pierre de chainage porte la lettre "M" qui semble provenir de l'ancienne abbaye de Bonport (clichés d'Armand Launay, février 2014).

 

Ces colonnes, les connaisseurs le voient, sont cisterciennes. Ce sont les parties supérieures, les chapiteaux qui l’indiquent. Ceux-ci sont sculptés de manière à représenter des fleurs d’eau, c’est-à-dire des roseaux, que l’on appelait des cisteaux en ancien français. C’est en effet dans un lieu dit Cisteaux, puis Cîteaux, que l’ordre cistercien fut fondé par Robert de Molesme en 1098. Beau clin-d’œil, donc. 

 

Émile Chevallier, homme d’église attaché à la paroisse de Pont-de-l’Arche, publia deux ouvrages sur l’ancienne abbaye de Bonport, située dans la même paroisse. Il s’agit d’un guide et d’un ouvrage plus approfondi intitulé Notre-Dame de Bonport : étude archéologique sur une abbaye normande de l'ordre de Cîteaux, et publié en 1904 par Firmin-Didot.

À la page 13, l’abbé Chevallier nous apprend que l’abbaye de Bonport, qui fut nationalisée comme tous les biens ecclésiastiques par les députés de la Révolution en 1790, fut vendue le 2 avril 1791 à Jacques Joseph Alexandre de la Fleurière et, surtout, Alexandre de la Folie qui exploita les lieux. Outre l’exploitation agricole, celui-ci vendit des matériaux de l’abbaye. Il commença par les quatre cloches de Notre-Dame de Bonport, l’église abbatiale, qui partirent à la fonderie de Romilly-sur-Andelle dès juillet 1791. Le 22 février 1792, une chapelle était détruite ainsi que, déjà, une partie de l’abside de Notre-Dame. L’ancienne abbaye était devenue partiellement une carrière de pierres destinées aux constructions des habitants de la région. Vers 1820 la carrière était toujours exploitée semble-t-il (page 14).

 

Photographies prises dans l'enceinte de l'ancienne abbaye de Bonport. L'une montre la base des colonnes de Notre-Dame, vendues entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle. L'autre montre les vestiges de faisceaux de colonnes engagés dans le mur du dortoir et donc non démontables pour être vendus (clichés d'Armand Launay, juin 2010 pour les bases de colonnes, aout 2016 pour les vestiges accolés au dortoir).
Photographies prises dans l'enceinte de l'ancienne abbaye de Bonport. L'une montre la base des colonnes de Notre-Dame, vendues entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle. L'autre montre les vestiges de faisceaux de colonnes engagés dans le mur du dortoir et donc non démontables pour être vendus (clichés d'Armand Launay, juin 2010 pour les bases de colonnes, aout 2016 pour les vestiges accolés au dortoir).

Photographies prises dans l'enceinte de l'ancienne abbaye de Bonport. L'une montre la base des colonnes de Notre-Dame, vendues entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle. L'autre montre les vestiges de faisceaux de colonnes engagés dans le mur du dortoir et donc non démontables pour être vendus (clichés d'Armand Launay, juin 2010 pour les bases de colonnes, aout 2016 pour les vestiges accolés au dortoir).

 

Émile Chevallier cite ensuite, (page 15) des pierres encore identifiables en 1904 dans la région : il s’agit de pierres sculptées, celles de l’église Notre-Dame. Il expose qu’il en existe à Criquebeuf, Pont-de-l’Arche, Alizay, Pont-Saint-Pierre et Sotteville-sous-le-val dans deux propriétés. 

La maison aux colonnes semble donc avoir été relevée notamment grâce à trois colonnes rachetées par un particulier à Alexandre de la Folie. Elles ont vraisemblablement servi de soutènement à une sablière portant les solives du second niveau. Ce bâtiment, disparu depuis, date donc par déduction de la toute fin du XVIIIe siècle ou des deux premières décennies du XIXe siècle. Peut-être que ces colonnes ont transité par voie de Seine car, après tout, l’ancienne abbaye bonportaise se situe presqu’en face de Sotteville. Quoi qu’il en soit, ces colonnes à chapiteaux, et la pierre avec un “M” indiquent que certaines demeures sottevillaises ont été restaurées avec des pierres de réemploi issues de Bonport. Ce constat est renforcée par la présence dans deux autres propriétés du centre-village d’autres colonnes bonportaises. Elles servent de piliers à deux portails. 

 

Nous publions ci-dessous différentes photographies de ces colonnes bonportaises réemployées dans les villes et villages de la région. 

 

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

 

Autres colonnes de Bonport servant de piliers de portails dans le coeur de village de Sotteville (clichés d'Armand Launay, aout 2004 et février 2014).
Autres colonnes de Bonport servant de piliers de portails dans le coeur de village de Sotteville (clichés d'Armand Launay, aout 2004 et février 2014).
Autres colonnes de Bonport servant de piliers de portails dans le coeur de village de Sotteville (clichés d'Armand Launay, aout 2004 et février 2014).

Autres colonnes de Bonport servant de piliers de portails dans le coeur de village de Sotteville (clichés d'Armand Launay, aout 2004 et février 2014).

Colonne de Bonport servant de soutènement au local accueillant de nos jours le bar central de Tourville-la-rivière (cliché d'Armand Launay, juillet 2019).

Colonne de Bonport servant de soutènement au local accueillant de nos jours le bar central de Tourville-la-rivière (cliché d'Armand Launay, juillet 2019).

Colonne et pierres sculptées de Bonport situées dans la commune de Criquebeuf-sur-Seine (clichés d'Armand Launay, avril 2010).
Colonne et pierres sculptées de Bonport situées dans la commune de Criquebeuf-sur-Seine (clichés d'Armand Launay, avril 2010).
Colonne et pierres sculptées de Bonport situées dans la commune de Criquebeuf-sur-Seine (clichés d'Armand Launay, avril 2010).

Colonne et pierres sculptées de Bonport situées dans la commune de Criquebeuf-sur-Seine (clichés d'Armand Launay, avril 2010).

Colonne de Bonport servant de soutènement dans la cour du Cerf à Pont-de-l'Arche (cliché d'Armand Launay, mai 2008).

Colonne de Bonport servant de soutènement dans la cour du Cerf à Pont-de-l'Arche (cliché d'Armand Launay, mai 2008).

Colonnes de Bonport servant de piliers de portail dans la rue principale d'Alizay (cliché d'Armand Launay, mars 2011).

Colonnes de Bonport servant de piliers de portail dans la rue principale d'Alizay (cliché d'Armand Launay, mars 2011).

Partager cet article
Repost0
13 septembre 2020 7 13 /09 /septembre /2020 08:43

 

Que signifie Sotteville ? 

Le toponyme de Sotteville-sous-le-val a été interrogé sous l’angle normand, c’est-à-dire la recherche des traces des northmen, les hommes du nord : en somme les vikings. L’on s’est plu à répéter que Sotteville provient de “Sóti”, du vieux danois, qui désigne “celui qui est noir comme de la suie”. L’on traite donc d’une personne à la peau mate et aux cheveux noirs, à moins que ce soit un sobriquet hérité d’une anecdote ou d’une blague potache. On rapproche ce mot de l’anglais “soot”, la suie. Le suffixe “ville” vient du roman “villa” qui désigne, non une ville ou une somptueuse villa romaine, mais un domaine rural. Ce suffixe permet donc de transformer le nom “Le Noir” en “Domaine du Noir”. 

 

Mais à quoi bon préciser “sous le val” ? 

Mais nous nous intéressons ici à la précision “sous le val” accolé au nom d’origine scandinave. À l’évidence, il s’est agi de distinguer notre Sotteville de Sotteville-lès-Rouen, située aussi le long du cours de la Seine. Mais pourquoi ne pas appeler cette paroisse Sotteville-sous-les-monts comme, à près de 13 km par la route, Amfreville-sous-les-monts ? Après tout, il existe bien une ligne de coteaux assez pentus descendant régulièrement vers Saint-Aubin-lès-Elbeuf. 

 

Sotteville-sous-le-val désigne le chef-lieu de paroisse, puis de commune, mais aussi l'ensemble du territoire communal. Il n'est donc pas sûr que la précision "sous le val" désigne le val de la Moulinière au-dessus du chef-lieu (cliché d'Armand Launay, aout 2019).

Sotteville-sous-le-val désigne le chef-lieu de paroisse, puis de commune, mais aussi l'ensemble du territoire communal. Il n'est donc pas sûr que la précision "sous le val" désigne le val de la Moulinière au-dessus du chef-lieu (cliché d'Armand Launay, aout 2019).

 

Sotteville-sous-le-val… Renoux ?

Nous avions pensé, il y a longtemps, que “le val” précisant le nom de la commune était celui du Val-Renoux, vous savez, celui par lequel passe l’autoroute 13, là où se trouve la merveilleuse sculpture “Sur la trace des vikings”, de Georges Saulterre. Cette hypothèse a, depuis, été wikipédiatisée dans la fiche dévolue à la commune sottevillaise. 

Après tout, cette hypothèse parait assez logique car le Val-Renoux se dessine nettement depuis la vallée de Seine où circulent les passants, notamment sur l’eau. 

 

Que désigne Sotteville ? 

Mais Sotteville désigne depuis 1790 tout l’espace d’une commune et, auparavant, donnait son nom à l’étendue de la paroisse accolé au nom de son saint patron : Saint-Baudile-de-Sotteville. Par conséquent Sotteville est, à l’origine, un nom de lieu mais pas d’espace. Sotteville désignait le village, chef-lieu de paroisse, blotti autour de son église. Il existe aussi des hameaux : la Ferme du val, le Val-Renoux, les Bocquets et La cour à Monnier.

 

Sotteville-sous-le-val... de la côte Moulinière ? 

Or, la fiche Wikipédia de la commune, atteste que c’est depuis au moins 1757 que l’on accole la mention “sous le val” et non “à côté du val”. On ne traite pas de Sotteville-ès-val, près-val ou jouxte-val comme l’on disait Saint-Aubin-jouxte-Boulleng avant de dire Saint-Aubin-lès-Elbeuf.

La mention “sous le val” est-elle tout simplement une référence à la côte Moulinière qui passe dans un vallon derrière l’église et la mairie de Sotteville ? 

Nous en doutons car ce val n’est pas très lisible, bien qu’il existe. À ce titre, bien des villages devraient s’appeler Les Damps-sous-le-val, Igoville-sous-le-val, Connelles-sous-le-val… Même le Val-Renoux a besoin d’un nom d’homme pour qu’on le distingue et donc le retienne. 

 

Sotteville-sous-le-val... des Authieux ? Ou l’ancienne paroisse étendue. 

C’est en faisant des recherches sur Ymare que nous avons pris connaissance d’un plan terrier du XVIIIe siècle de la paroisse de Sotteville : celui-ci nous a mis la puce à l’oreille. À côté du plan terrier de Sotteville et ses hameaux valléens, il existe un plan de la paroisse de Sotteville... sur le plateau des Authieux. Cela n’est guère étonnant quand on songe que la commune est aujourd’hui en partie assise sur les hauteurs, du côté des Pointes des Authieux. Songez aussi au nouveau cimetière communal.

Mais ce plan, reproduit ci-dessous, nous apprend que les terres sottevillaises allaient par le fond des vallons jusqu’au pied des paroisses de Saint-Aubin-Celloville, alors dénommée Saint-Aubin-la-campagne, et d’Ymare. Si les bois lui échappaient, la paroisse allait jusqu’à leur lisière si bien que l’ensemble du val des Authieux (la route principale entre Igoville et Gouy) était sottevillais. On mesure aussi, mais c’est un autre sujet, que la ferme de la Folie et le Précantuit étaient igovillais.

Nous pouvons donc former l’hypothèse que “le val” dont il est question dans le nom de la commune désigne ou, plutôt, désignait cette bonne moitié de la paroisse autant accessible par Sotteville que par le Port-Saint-Ouen et qui devait être convoitée. On peut supposer que des fermes y existassent, à l’exemple de la ferme de la Folie, et que des paysans y travaillassent régulièrement. L’archéologie et l’observation aérienne y répondront peut-être un jour, si ce n’est déjà fait. 

Il est étonnant, dans le découpage des terres paroissiales, que le bas de ce val ait été attribué à Igoville et le haut à Sotteville. Ce découpage est sûrement le résultat d’une prise de pouvoir par quelque seigneur local ou par l’abbaye Saint-Ouen de Rouen, grand propriétaire foncier de la région comme l’indique toujours le nom du Port-Saint-Ouen.

On pourrait m’objecter que c’est surtout la paroisse d’Igoville qui est sise “sous le val” des Authieux. C’est géographiquement vrai. Mais toponymiquement il n’existe qu’un seul Igoville, nettement identifiable donc, alors qu’il existe bien des Sottevilles.

 

Conservé aux Archives départementales de Seine-Maritime sous la cote 12Fi106 et accessible par le site http://www.archivesdepartementales76.net, ce plan montre la partie haute de la paroisse de Sotteville-sous-le-val, le nom est donné. Ce plan terrier n'est pas daté mais date du XVIIIe siècle (capture d'écran du 12 septembre 2020).

Conservé aux Archives départementales de Seine-Maritime sous la cote 12Fi106 et accessible par le site http://www.archivesdepartementales76.net, ce plan montre la partie haute de la paroisse de Sotteville-sous-le-val, le nom est donné. Ce plan terrier n'est pas daté mais date du XVIIIe siècle (capture d'écran du 12 septembre 2020).

Détails du plan ci-dessus (captures d'écran du 12 septembre 2020).
Détails du plan ci-dessus (captures d'écran du 12 septembre 2020).

Détails du plan ci-dessus (captures d'écran du 12 septembre 2020).

 

Le val des Authieux et sa particularité.

Nous avançons un autre argument expliquant, selon nous, la référence au val des Authieux comme élément distinguant la paroisse sottevillaise. Le val des Authieux n’est pas un vallon en eau issu d’une érosion des coteaux de Seine. Il provient d’un ancien méandre de Seine asséché puis coupé du lit principal du fleuve. C’est Jérôme Chaïb, écologue et directeur de l'Agence régionale de l'environnement de Haute-Normandie, qui nous renseigne bien ici. Par des dessins très pédagogiques reproduits ci-dessous, il montre quelques phases de l’évolution du méandre de Seine qui nous intéresse. En retenant les leçons de Charles Darwin qui, dans L’Origine des espèces, nous invite à réfléchir à l’échelle géologique, bien plus vaste donc, on mesure combien le fleuve a creusé la roche et a pu modifier son cours. Ceci d’autant plus que le fleuve a été plus impétueux à certaines périodes de son histoire. On mesure donc que le val entre Igoville et le Port-Saint-Ouen mais aussi le Val-Renoux sont le vestige d’un ancien lit de la Seine. C’est un val qui se situe tout de même entre 70 et 80 mètres au-dessus de la Seine et qui descend de deux côtés vers le fleuve séquane… Ils ont été parcourus ensuite et vraisemblablement par quelques rus qui les ont creusés un peu plus surtout à leur connexion avec la vallée de la Seine actuelle. Nous songeons aux vallons descendant de Saint-Aubin-Celloville et Ymare, ce dernier semblant avoir eu un ru plongeant ensuite vers Igoville.

Dessins de Jérôme Chaïb, de l’AREHN, issu de la page 31 de La Seine en Normandie, ouvrage collectif publié en février 2012 et dirigé par Céline Dégremont et Christian Lévêque sous l’égide du GIP Seine-Aval. Nous en avons consulté la version numérique déposée dans Issuu à l’adresse suivante : https://issuu.com/seineaval/docs/la_seine_en_normandie. On voit ici que le val des Authieux est un méandre fossile. C’est donc un val particulier qui a dû compter dans la précision donnée à la paroisse de Sotteville-sous-le-val ; ce val étant pour moitié dans ladite paroisse. (capture d'écran du 12 septembre 2020).

Dessins de Jérôme Chaïb, de l’AREHN, issu de la page 31 de La Seine en Normandie, ouvrage collectif publié en février 2012 et dirigé par Céline Dégremont et Christian Lévêque sous l’égide du GIP Seine-Aval. Nous en avons consulté la version numérique déposée dans Issuu à l’adresse suivante : https://issuu.com/seineaval/docs/la_seine_en_normandie. On voit ici que le val des Authieux est un méandre fossile. C’est donc un val particulier qui a dû compter dans la précision donnée à la paroisse de Sotteville-sous-le-val ; ce val étant pour moitié dans ladite paroisse. (capture d'écran du 12 septembre 2020).

À la sortie d'Ymare, au-dessus de la mare Bouet. On voit se dessiner ici le val des Authieux, ancien lit de la Seine d'un méandre fossile. La paroisse de Sotteville-sous-le-val venait jusqu'à la lisière du bois où fut prise cette photographie (cliché d'Armand Launay, aout 2020).

À la sortie d'Ymare, au-dessus de la mare Bouet. On voit se dessiner ici le val des Authieux, ancien lit de la Seine d'un méandre fossile. La paroisse de Sotteville-sous-le-val venait jusqu'à la lisière du bois où fut prise cette photographie (cliché d'Armand Launay, aout 2020).

 

Pour conclure, la paroisse de Sotteville-sous-le val était bien plus étendue que la commune qui lui a succédé à partir de 1790. Elle occupait une partie du val des Authieux, ancien méandre de Seine. Il semble donc que Sotteville-sous-le-val désigne ce val particulier et non les vallons directs du coteau tels que le Val-Renoux et la côte de la Moulinière.    

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

Partager cet article
Repost0
12 septembre 2020 6 12 /09 /septembre /2020 10:16
L'église Saint-Martin de Crasville, son cimetière attenant et le Monuments aux morts pour la patrie (cliché de Frédéric Ménissier, septembre 2020). L'église est souvent le plus emblématique élément de patrimoine des communes rurales. Bien loin de clore la balade, elle nous invite au contraire à la poursuivre pour en connaitre davantage.

L'église Saint-Martin de Crasville, son cimetière attenant et le Monuments aux morts pour la patrie (cliché de Frédéric Ménissier, septembre 2020). L'église est souvent le plus emblématique élément de patrimoine des communes rurales. Bien loin de clore la balade, elle nous invite au contraire à la poursuivre pour en connaitre davantage.

 

Quelle déception ! Quand nous avons récemment fait une simple recherche sur l’histoire et le patrimoine de Crasville, sur le Net, un constat s’est imposé : la commune n’a pas bénéficié de mise en valeur, hormis une louable initiative sur le blog Preciosa qui offre de belles photographies sur la mairie, l’église Saint-Martin et le Monument aux morts. 

 

Chacun vaquant à ses occupations, sûrement, la commune de Crasville a été quelque peu négligée. Elle souffre sûrement aussi de sa petitesse car, fait rare, on ne retrouve pas de cartes postales anciennes sur Crasville, alors qu’elles abondent en général jusques et y compris dans les communes rurales. Ces cartes doivent exister mais elles ne sont, pour l’heure, pas partagées sur le Net. 

N’ayant pas beaucoup de temps, nous non plus, nous proposons ici des captures d’écran de l’imposant ouvrage de Louis-Étienne Charpillon et Anatole Caresme : Dictionnaire Historique de toutes les communes du département de l’Eure. Édité en 1868 chez Delcroix, aux Andelys, il constitue en deux volumes un admirable tri par commune de ce que les archives départementales de l’Eure, essentiellement, possèdent de chartes d’Ancien régime. Les auteurs ont décrypté et traduit le latin médiéval. Si des erreurs se retrouvent régulièrement, ils ont eu l’immense mérite d’offrir une masse d’information colossale aux analyses des amateurs d’histoire locale. Nous avons mis en valeur des pages disponibles dans Google livres mais qui n’apparaissent pas suite aux requêtes classiques des robots de recherche.  

Histoire de Crasville (Eure)
Histoire de Crasville (Eure)
Histoire de Crasville (Eure)
Histoire de Crasville (Eure)
Histoire de Crasville (Eure)
Histoire de Crasville (Eure)
Histoire de Crasville (Eure)
Histoire de Crasville (Eure)
Histoire de Crasville (Eure)
Histoire de Crasville (Eure)
Histoire de Crasville (Eure)
Histoire de Crasville (Eure)
Histoire de Crasville (Eure)
Histoire de Crasville (Eure)
Histoire de Crasville (Eure)
Histoire de Crasville (Eure)

 

La lecture de la fiche de Crasville étonne par sa relative longueur, de la page 880 à 882. On y lit l’étymologie la plus courante donnée au toponyme : “grasse ville”, se fondant sur la qualité de ses terres grasses, propices à la culture. Mais l’on peut s’interroger car ce toponyme n’apparait qu’en Normandie. Or, Grasseville devrait apparaitre passim dans toute l’aire où le roman, ancêtre du français, était pratiqué. On peut, probablement, lire ici un anthroponyme (un nom d’homme) accolé au terme villa qui désignait, en latin médiéval, un domaine rural. Cette question est bien traitée dans la fiche Crasville de Wikimanche ; Crasville étant ici un homonyme de la commune qui nous intéresse. Cette étymologie est curieusement proche de celle d'Écrosville que nous traitons dans un article consacré aux origines de Montaure.

 

Une terre agricole au centre de convoitises

Quoi qu’il en soit, Crasville compte en tant que propriété agricole qui fit l’objet au fil des siècles de convoitises de nobles, à défaut peut-être que ces convoitises soient nobles elles-mêmes. Elle se trouva, par là, constituée peu à peu en sergenterie, c’est-à-dire le siège d’une fonction de justice royale : sergent. Celui qui l’exerce assure le respect des lois dans un espace donné. Cette sergenterie, dépendant du bailliage de Pont-de-l’Arche, semble avoir eu pour fonction de régir le sud, somme toute éloigné, de l’élection de Pont-de-l’Arche du côté d’Acquigny, Louviers et du plateau. 

 

Vue sur le coq de l'église Saint-Martin de Crasville (cliché de Frédéric Ménissier, septembre 2020).

Vue sur le coq de l'église Saint-Martin de Crasville (cliché de Frédéric Ménissier, septembre 2020).

Vue sur le clocher de Saint-Martin couronné par un mat lumineux du XXIe siècle;) (cliché de Frédéric Ménissier, septembre 2020).

Vue sur le clocher de Saint-Martin couronné par un mat lumineux du XXIe siècle;) (cliché de Frédéric Ménissier, septembre 2020).

Une élégante église rurale

On y apprend que l’église fut consacrée en 1510 au nom de “Dieu et du bienheureux Saint-Martin”. Notons que Saint-Martin est un vocable ancien qui laisse présager que Crasville était déjà constitué en communauté humaine durant le haut Moyen Âge. Cette information ne permet cependant pas de dater les murs de l’édifice. En effet, ils sont composés d’un appareil mixte de pierres de taille et, surtout, de moellons calcaires et de silex noir. Cet élégant appareillage est issu d'un réemploi d'éléments antérieurs à moins qu'il ne s'agisse de maçonneries conservées, malgré des restaurations partielles. Cet appareillage rattache l'église à un passé plus lointain encore que la Sauvegarde de l'art sacré français date du XIIe siècle. Cette impression est renforcée par la présence de mini-baies (côté nord, au chevet, et au portail) rappelant les étroites ouvertures romanes. L'une d'entre elles est ici, côté chevet, couronnée d'un petit arc gothique. Cette élégance est rehaussée d’un beau muret de même appareil mixte qui enclosait le cimetière. Citons aussi le calvaire daté du début du XVIIe siècle.

Des chainages en pierre de taille calcaire sont visibles sous les baies gothiques. Elles ont été ajoutées à l'édifice afin de renforcer les murs affaiblis par le percement de baies plus larges. Ces baies gothiques semblent dater du XVIe siècle et, peut-être, de la rénovation de l'église avant sa consécration en 1510. Le clocher couronne la nef, dépourvue de transept. Ce clocher est peu élevé contrairement à ceux de petites églises rurales de la région. Très sobre et harmonieux, le chevet présente une abside en hémicycle dans l'alignement des murs de la nef.

L’église Saint-Martin est modeste malgré la présence dans cette paroisse de familles nobles. Ceci témoigne sûrement d’une démographie faible. L’intérieur de l’église, d’après les photographies du site de la Sauvegarde de l’art sacré français, est enduit. Il est richement décoré d’autels et de statues auxquels nous n’avons pas eu accès. La nef est couronnée d’un berceau lambrissé (une coque de navire inversée) et d’une poutre de gloire adossée à un mur de soutènement du clocher. Il est patent que l’édifice a été pensé pour être harmonieux à l’intérieur où la lumière pénètre correctement et où l’on perçoit tout de même une sorte de transept et un chœur.   

À noter, en 2017, la Sauvegarde de l’art sacré français a récolté 4000 € pour restaurer la couverture, certaines descentes d’eaux pluviales et poser un paratonnerre.

Photographies de l'église Saint-Martin publiées en 2017 sur le site de La Sauvegarde de l'art sacré français, institution qui a contribué à la restauration de l'édifice.
Photographies de l'église Saint-Martin publiées en 2017 sur le site de La Sauvegarde de l'art sacré français, institution qui a contribué à la restauration de l'édifice.Photographies de l'église Saint-Martin publiées en 2017 sur le site de La Sauvegarde de l'art sacré français, institution qui a contribué à la restauration de l'édifice.Photographies de l'église Saint-Martin publiées en 2017 sur le site de La Sauvegarde de l'art sacré français, institution qui a contribué à la restauration de l'édifice.

Photographies de l'église Saint-Martin publiées en 2017 sur le site de La Sauvegarde de l'art sacré français, institution qui a contribué à la restauration de l'édifice.

 

Le mobilier de l'église Saint-Martin

Saint-Martin renferme un mobilier assez nombreux que ce soit des meubles le plus souvent du XVIIIe siècle et des statues souvent du XVIIe siècle. L’objet le plus ancien semble être les fonts baptismaux du XVIe siècle. L’objet le plus notable est le groupe sculpté représentant Saint-Martin, à qui le sanctuaire est dédié, sur son cheval. En pierre calcaire polychromée, cette sculpture date du troisième quart du XVIe siècle. Elle est située au-dessus de la porte latérale sud. Au final, une douzaine d’objets sont répertoriés par la Conservation régionale des Monuments historiques. Depuis le 10 juin 1907, deux verrières du XVIe siècle sont en partie classées Monuments historiques. Il s’agit des verrières dites de la Flagellation et de saint Paul ; toutes deux remontées dans des verrières contemporaines. Ce sont les deux seules œuvres de la commune faisant l’objet d’une protection. 

 

Extrait du plan cadastral de Crasville conservé aux Archives départementales de l’Eure (sous la cote : 3PL/1161/2) et accessible en ligne sur https://archives.eure.fr. Il s’agit ici de la section A dite “du village”. Il date de 1823 et fut réalisé par M. Hautier, géomètre en chef et M. Meunier, géomètre de première classe. Peut-on relier le nom de Faroul, retrouvé chez Charpillon et Caresme (au début de cet article), et le nom d’espace “La masure Farou” ?

Extrait du plan cadastral de Crasville conservé aux Archives départementales de l’Eure (sous la cote : 3PL/1161/2) et accessible en ligne sur https://archives.eure.fr. Il s’agit ici de la section A dite “du village”. Il date de 1823 et fut réalisé par M. Hautier, géomètre en chef et M. Meunier, géomètre de première classe. Peut-on relier le nom de Faroul, retrouvé chez Charpillon et Caresme (au début de cet article), et le nom d’espace “La masure Farou” ?

 

Le bâtiment de la mairie, par sa petite taille et son matériau en brique, montre une nouvelle époque : celle de la République au village. Elle n'a pas été associée à une école. La scolarité Deux plaques commémoratives témoignent de manière explicite de cette époque qui est aussi la nôtre pour peu qu'on s'en donne les moyens.

Ainsi les membres du Conseil municipal, emmené par Albert Signol, ont laissé leurs noms à la postérité : Léon Guilbert, adjoint au maire, Ernest Loisel, Florentin Signol, Gustave Huet, Michel Huet, Ernest Meraisse, François Bérenger, Xavier Huet et Alphonse Huet. On mesure, aux noms de familles, combien la population était peu nombreuse et concentrée autour de quelques familles.

Fiers d'eux et de leur idéologie, ces élus ont inscrit leurs noms à côté du millésime de la mairie. Celui-ci est à gauche, dans le sens de la lecture et donc de la préséance. Il porte la date exacte du 26 septembre 1897 ainsi que le nom du député républicain lovérien (Jules) Ernest Thorel (1842-1906). Cet hommage n'est pas simplement dû au représentant de l'Assemblée nationale qui a assurément œuvré à l'octroi d'une subvention d'État à la construction de la mairie. Il participe de ce mouvement de républicanisation de la France par les écoles-mairies. À ce titre, la date 1897 à Crasville est un peu tardive qui témoigne de la modicité du budget communal et, peut-être, de la présence d'élus non républicains dans les précédentes mandatures ; élus qui en auront payé le prix en passant après les bons élèves.

Ernest Thorel (Wikimedia commons)

Au fond de la cour de la mairie, une plaque est située en haut d'un pilier en brique, reste de portail. Elle rend hommage à Benjamin Gangel. Cet homme a peut-être offert le terrain car on y indique qu'il s'agit d'une "place". La date de "1874" apparait peut-être, étant donné son relatif effacement. Benjamin Gangel a peut-être été le donateur d'un terrain afin d'y établir, à terme, la maison commune, c'est-à-dire la mairie. Le paradoxe aura été que la mairie a quelque peu masqué la plaque...

On peut aussi noter l'existence, à côté de Crasville, du moulin de Beauregard, sur la commune de La Haye-Malherbe.

La mairie de Crasville, datée de 1897, témoigne de l'attachement républicain de certains de ses habitants. Elle structure de nouvelle façon les liens humains autour d'une sociabilité et d'une vision de la société qui font partie de l'histoire et du présent (clichés de Frédéric Ménissier, septembre 2020).
La mairie de Crasville, datée de 1897, témoigne de l'attachement républicain de certains de ses habitants. Elle structure de nouvelle façon les liens humains autour d'une sociabilité et d'une vision de la société qui font partie de l'histoire et du présent (clichés de Frédéric Ménissier, septembre 2020).La mairie de Crasville, datée de 1897, témoigne de l'attachement républicain de certains de ses habitants. Elle structure de nouvelle façon les liens humains autour d'une sociabilité et d'une vision de la société qui font partie de l'histoire et du présent (clichés de Frédéric Ménissier, septembre 2020).La mairie de Crasville, datée de 1897, témoigne de l'attachement républicain de certains de ses habitants. Elle structure de nouvelle façon les liens humains autour d'une sociabilité et d'une vision de la société qui font partie de l'histoire et du présent (clichés de Frédéric Ménissier, septembre 2020).

La mairie de Crasville, datée de 1897, témoigne de l'attachement républicain de certains de ses habitants. Elle structure de nouvelle façon les liens humains autour d'une sociabilité et d'une vision de la société qui font partie de l'histoire et du présent (clichés de Frédéric Ménissier, septembre 2020).

En guise de conclusion, toute une histoire crasvillaise est à bâtir, notamment à partir de la lecture des délibérations du Conseil municipal. Des photographies et cartes postales anciennes sont à retrouver qui existent assurément. D'autres photographies documentaires et artistiques sont à prendre et partager. Avis aux amateurs qui hésitent à se lancer dans la constitution d’une telle histoire ! Ce serait un bon projet pour pallier ce silence relatif à l’endroit de Crasville tout comme de tant d’autres communes. 

 

Armand Launay

avec nos remerciements à notre ami Frédéric Ménissier

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

Partager cet article
Repost0
6 septembre 2020 7 06 /09 /septembre /2020 18:49
Wimara, tel est le nom du groupe scolaire depuis 2018. Il plonge aux racines du nom de la commune, un nom qui appelle à s'interroger sur l'histoire plus qu'il n'y répond (clichés de Paris-Normandie).

Wimara, tel est le nom du groupe scolaire depuis 2018. Il plonge aux racines du nom de la commune, un nom qui appelle à s'interroger sur l'histoire plus qu'il n'y répond (clichés de Paris-Normandie).

 

“Wimara”, tel est le nom du groupe élémentaire de la commune d’Ymare depuis 2018 où les élus ont laissé le choix du nom aux enfants. C’est ce que nous apprend un article de Paris-Normandie en date du 19 aout 2018. Ceux-ci auront été préalablement informés de la plus lointaine trace écrite du nom de ce village : en effet Wimara apparait sur la courte fiche Wikipédia de la commune et ce grâce à la bienveillance d’un internaute ayant, de plus, laissé ses sources dans des notes de bas de page. Il s’agit de renvoi vers des cotes d’archives conservées par le département. 

Le contributeur wikipédien montre ensuite la relative permanence de ce nom jusqu’à la période contemporaine : “Le nom de la localité est attesté sous les formes Wimara vers 1240 ; Iglise d'Ymare en 1291 ; Ymare en 1319 ; Vimara en 1337 ; Imare en 1431 ; Saint Aubin d'Ymare en 1462 et 1464 ; Ecclesie Sancti Albini de Imare en 1638 ; d'Imare en 1707 ; d'Ymare en 1772 ; Ymard en 1648 ; Imare entre 1704 et 1738 (Pouillé) ; Imares en 1715 (Frémont), en 1757 (Cassini) ; d'Ymare en 1787.” Les sources de ces informations sont aussi cotées aux archives départementales de Seine-Maritime. 

Le “a” final de Wimare est une latinisation caractéristique de l’écriture des chartes médiévales. Comme bien des noms médiévaux, le son germanique “w” s’est déformé dans le langage oral en “v” ou a disparu. On retrouve ainsi cette évolution dans d’autres toponymes locaux tels que Igoville, Incarville…

 

Que signifie Wimara ?  

Ce toponyme est unique en Normandie et donc en France puisqu’il semble qu’Ymare soit un nom d’origine scandinave. 

Selon François de Beaurepaire, la forme Wimara retrouvée vers 1240 vient de l'adjectif norrois viðr “large” ou hvítr “blanc” et du vieux norrois marr “mare”. Pour les amoureux des racines scandinaves de la Normandie, ces mots sont romantiques et pleins de sens. Mais, avouons-le, ils nous sont étrangers et l’on peine à les prononcer. On peut les apparenter aux termes anglais, leurs cousins germaniques, wide et white, déjà plus clairs (surtout le second) pour les anciens collégiens que nous sommes. 

Cela donnerait à Ymare le sens de “grande mare” ou “blanche mare”. S’il est aisé d’imaginer une mare autour de laquelle les hommes et les animaux trouvaient de quoi vivre, on ne voit pas très bien quelle serait cette grandeur, ou blancheur, qui distinguerait le lieu d’Ymare des autres lieux avoisinants. De plus, n’y aurait-il qu’une seule grande mare en Normandie ? Qui plus est, si une mare pouvait être blanchâtre, n’y en aurait-il aucune autre que celle de la commune qui nous intéresse ? Enfin, même argument mais appliqué à Blacquetuit, hameau jouxtant Montaure : en quoi celui-ci serait un essart noir et non pas l’essart d’un certain Le Noir ?  

C’est pourquoi nous rejoignons le jugement de François de Beaurepaire, auteur de Les Noms des communes et anciennes paroisses de l'Eure, qui voit dans ce type de toponyme un anthroponyme, c’est-à-dire un nom de personne : Wido ou Witto. Son argumentation repose sur la fréquence de ce toponyme qu’il retrouve dans Quittebeuf (attesté sous la forme de Witeboe en 1205), Yville-sur-Seine (Witvillam, vers 1025), Ymare donc (Wimara, vers 1240) et Iville / Vitot (Witot 1035 - 1047). On pourrait suggérer aussi, peut-être, Yport. 

Le nom d’homme Wido-Witto peut se traduire par Le Grand, voire Le Large donc Le Costaud, ou Le Blanc. Ymare signifierait donc la “mare de Le Blanc” ou la “mare de Le Grand”.

 

 

Ymare, la mare blanche, la grande mare, ou la mare de Le Blanc, de Le Grand, voire du Costaud ? La toponymie est un champ d'hypothèse, un champ très fertile même (cliché d'Armand Launay, aout 2020).

Ymare, la mare blanche, la grande mare, ou la mare de Le Blanc, de Le Grand, voire du Costaud ? La toponymie est un champ d'hypothèse, un champ très fertile même (cliché d'Armand Launay, aout 2020).

 

Mais le spécialiste sur lequel le Net se repose pour commenter ce toponyme, François de Beaurepaire, avance aussi la possibilité que l’anthroponyme soit d’origine anglo-saxonne sous la forme “Hwita. Ceci car il semble que les Scandinaves établis dans le Pays de Caux et la vallée de la Seine fussent des colons danois auparavant installés en Angleterre. Des Anglo-saxons les ont sûrement suivis et peut-être influencés en Neustrie, devenue la Normandie. 

Cependant le toponyme Ymare fait écho à Yville et Yport, termes scandinaves et le suffixe proprement anglo-saxon de mare est mer comme dans Mortemer et Blingemer. 

 

Que nous apprend ce toponyme ? 

Il semble qu’une partie d’Ymare ait été donnée en tant que propriété à un Scandinave, ou Anglo-scandinave, et les siens. Peut-être s’agit-il d’un homme, dénommé “Le Blanc” ou “Le Grand” qui se rendit utile à Rollon et fut ainsi remercié par ce don de terre déjà organisée en propriété. Fut-il possessionné près de la mare actuelle ? C’est possible car le Clos de la ferme, vaste et bel espace proche de la mare, constitue une propriété noble qui doit être la lointaine héritière d’un fief seigneurial englobant l’église et la mare centrale donc. Il est donc évident qu’une source d’eau devait ressurgir en ce lieu qui le rendait propice à l’habitation et l’exploitation des ressources naturelles.  

Des maisons à pans de bois ont sûrement existé de part et d’autre de ce fief englobant la mare et l’église. Elles durent être occupées par des Neustriens et par des colons scandinaves de la suite de Le Blanc ou Le Grand. Avec leur matériau naturel, elles ont entièrement disparu et ont été remplacées par de nouvelles habitations.. 

Les habitants d’Ymare étaient-ils des Neustriens parlant roman ou des colons dano-saxons ? Les études toponymiques montrent qu’Ymare est à la limite intérieure de l’espace considéré comme densément peuplé par le colon scandinave. C’est ce que montre une cartographie de l’article “Colonisation de la Normandie” sur Wikipédia et qui se fonde sur les toponymes. 

Près d’Ymare, plusieurs lieux-dits semblent d’origine scandinave, même s’ils sont discutables. Certains semblent être aussi des noms de propriétaires comme Sotteville (la ferme de Soti), Tourville (la ferme de Tor), Amfreville (la ferme d’Asfridr)... 

Surtout, des noms de lieux seraient des mots proprement norrois.

 

 

La ferme de la Folie, à côté du champ du Précantuit, à Igoville : un des noms possiblement scandinaves de la région d'Ymare (cliché d'Armand Launay, aout 2020).

La ferme de la Folie, à côté du champ du Précantuit, à Igoville : un des noms possiblement scandinaves de la région d'Ymare (cliché d'Armand Launay, aout 2020).

 

Selon l’article Wikipédia de la commune d’Igoville, le Pré-cantui(t) serait une déformation de Brescantuit. Ce toponyme daterait de 1453 mais la fiche Wikipédia est muette sur la source de cette information. On y retrouve le terme de thuit qui désignait un essart et qui proviendrait du vieux norrois thveit (à vos souhaits). Si ce terme désigne un champ, de nos jours, mais ce champ a pu désigner une ferme. La ferme désaffectée “la Folie” en est peut-être la lointaine héritière. Le préfixe pourrait aussi être scandinave. On le retrouve dans Bretot, attesté vers 1040 selon François de Beaurepaire, et qui proviendrait de l'adjectif breiðr “grand, large”, ou de brestir, le fossé, qu’on retrouve dans Bertelonde “le bois du fossé”. Quid du radical “can” du Brescantuit ? 

Une autre terme scandinave existe sûrement dans le “Bois Bouclon”, à Saint-Aubin-Celloville et dans “Bouquelon” à Boos. C’est le même terme que celui d’une commune de l’Eure qui viendrait du scandinave bóka-lundr, “bois de hêtres”. Un doute demeure sur le “Bois Bouclon” car il jouxte un espace appelé “Le Bosc-long”, c’est-à-dire le “long bois”. Lequel des deux aurait influencé l’autre ? Aurions-nous affaire à une déformation fautive et donc à une étymologie erronée ?  

Enfin, des termes se trouvent dans la vallée ou le rebord des falaises comme la Houle à Sotteville-sous-le-val, l’ile L’Homme au Vaudreuil, le Becdal à Acquigny, Daubeuf, Vatteville, Belbeuf, Criquebeuf, Martot... 

 

En guise de conclusion, Ymare semble être un témoin de la colonisation scandinave dans la région de Pont-de-l’Arche. Ce serait la mare de Le Blanc ou Le Grand, voire Le Costaud, nom de personnage. Il semble attester qu’il existait une propriété noble autour de la mare et de ce qu’on appelle actuellement le Clos de la ferme. Chose étonnante, si Ymare signifie la mare de Le Blanc, Saint-Aubin, le nom du patron de son église, provient d’Albinus qui signifie Le Blanc... en latin. 

 

A lire sur ce blog, un petit aperçu de l'histoire d'Ymare.

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

 

Partager cet article
Repost0
6 septembre 2020 7 06 /09 /septembre /2020 13:23
La Croix de Rouville, ses vestiges du moins, par une belle journée d'aout 2020 (cliché d'Armand Launay).

La Croix de Rouville, ses vestiges du moins, par une belle journée d'aout 2020 (cliché d'Armand Launay).

 

Il suscite l’interrogation, quelque part entre Ymare et les hauteurs d’Alizay, cet ancien monument aux formes dolméniques qu’on appelle la Tombe du druide. Il est réputé propice à la santé et porte, gravée, une croix liturgique. Est-ce un vestige préceltique comme l’affirme sa fiche de la base Mérimée, recensant le patrimoine français, ou bien une tombe chrétienne ?   

 

La Tombe du druide dans la littérature... 

Jusqu’à plus ample informé, c’est l’abbé Jean Benoit Désiré Cochet, érudit havrais, qui a le premier écrit sur le monument qui nous intéresse. En 1871, il publia la notice que nous reproduisons ci-dessous. Ymare y semble posséder comme meilleur élément patrimonial une “table de pierre posée sur deux autres”. L’auteur ni ne la nomme ni ne la date. Il la situe à la limite d’Ymare et... de Pîtres, ce qui est partiellement erroné. En bon pâtre, meneur d’âmes, il accorde une importance aux croyances populaires affirmant que le fait de passer sous la table de pierre guérit de la fièvre et de la morsure des chiens enragés. Il suppose que cette table a remplacé un ancien monument, sans plus de précision. 

Quelle est cette “Tombe du druide” à Ymare ? Dolmen ou calvaire ?

 

Nous ne savons s’il y a un lien de cause à effet mais, 8 ans plus tard, les abbés Joseph Bunel et Albert Tougard mirent leurs pas dans ceux de l’abbé Cochet. Les auteurs de la Géographie du département de la Seine-inférieure inclurent dans le patrimoine d’Ymare cette “table de pierre” située près d’un carrefour. En 1879, ce monument était désormais une curiosité ymaroise. Les auteurs entérinèrent l’hypothèse de l’abbé Cochet qui ne demandait qu’à être formulée : ce monument témoigne de temps plus anciens. S’ils n’osèrent écrire que cette table de pierre était druidique, ce sont les rites populaires autour de la guérison de la fièvre et de la rage qui, selon eux, provenaient de “superstitions gauloises ou druidiques”. On appréciera la distinction, byzantine, entre ces adjectifs.   

 

Huit ans plus tard, de nouveau, c’est l’érudit normand Léon Coutil qui reprit la recherche et osa une interprétation allant dans le sens des abbés Bunel et Tougard mais en plus précis. Dans le Bulletin de la Société normande d'études préhistoriques, publié en 1897, Léon Coutil accorda une page de texte et un dessin à “La croix de Rouville ou Croix d’Ymare”. Lui donnant enfin son vrai nom, La Croix de Rouville, il se trompa toutefois en affirmant que ce monument était au carrefour de quatre communes dont Pîtres, comme le fit l’abbé Cochet. Il avança, de plus, que cette table de pierre était un dolmen christianisé. Ceci à cause de sa forme générale, son matériau et sa croix gravée, vraisemblablement plus récente. Mesurant tout de même la petitesse du dolmen, il affirma que ses pierres avaient été “aplanies et amincies”. C’est une interprétation qui lui permit d’ajouter un monument supplémentaire à son recensement des menhirs et dolmens de Seine-Maritime. L’érudit ne s’intéressa pas aux légendes populaires mais seulement à l’objet et ses dimensions. Voici la copie des texte et dessin de Léon Coutil. 

 

Illustrations de l'article de Léon Coutil ci-dessus avec, en sus, des exemples de mégalithes christianisés, selon lui, dans la région. Nous pouvons douter de cette affirmation et penser qu'il s'agit, pour certains, de calvaires originaux avec table de prière, voire autel pour les Rogations ou autres processions.
Illustrations de l'article de Léon Coutil ci-dessus avec, en sus, des exemples de mégalithes christianisés, selon lui, dans la région. Nous pouvons douter de cette affirmation et penser qu'il s'agit, pour certains, de calvaires originaux avec table de prière, voire autel pour les Rogations ou autres processions.
Illustrations de l'article de Léon Coutil ci-dessus avec, en sus, des exemples de mégalithes christianisés, selon lui, dans la région. Nous pouvons douter de cette affirmation et penser qu'il s'agit, pour certains, de calvaires originaux avec table de prière, voire autel pour les Rogations ou autres processions.

Illustrations de l'article de Léon Coutil ci-dessus avec, en sus, des exemples de mégalithes christianisés, selon lui, dans la région. Nous pouvons douter de cette affirmation et penser qu'il s'agit, pour certains, de calvaires originaux avec table de prière, voire autel pour les Rogations ou autres processions.

Puis, au Vingtième et Vingt-et-unième siècles on retrouve dans la littérature régionale, qu’elle soit imprimée ou sur le Net, des articles qui reprennent les mêmes interprétations que ci-dessus sans les critiquer et en se cachant derrière le mystère afin de ne pas avoir à en proposer une étude rationnelle.  

Nous citons pour l’exemple cet article du Petit Manchot, La Croix d’Ymare, qui a le mérite de mettre en valeur ce monument et ses légendes. Il cite Léon de Vesly qui est l’auteur de la meilleure étude parue sur la Croix d’Ymare et que nous aborderons plus bas. Le Petit Manchot cite une autre légende attachée à la Croix d’Ymare : celle avançant que celui qui touche cette pierre est assuré de mourir dans son pays natal. Mais l’auteur du blog n’exploite pas la matière de l’article de Léon de Vesly. D’ailleurs, il cite l’article de Léon Coutil alors qu’il s’inspire et cite celui de Léon de Vesly. Le Petit Manchot n’a pas pris le sujet à bras-le-corps. 

 

Léon de Vesly avait pourtant bien écrit et pensé au sujet de la Croix de Rouville et mérite d’être lu. Son article, intitulé “Légendes, superstitions et vieilles coutumes”, a été publié en 1895 dans le Bulletin de la Société libre d'émulation du commerce et de l'industrie de la Seine-Inférieure. On le lit grâce à la numérisation proposée par Gallica (voir notre bibliographie). 

Illustration de Léon de Vesly issu de son article traité ci-dessus et référencé dans la bibliographie.

Illustration de Léon de Vesly issu de son article traité ci-dessus et référencé dans la bibliographie.

 

Léon de Vesly narra une anecdote d’ouvriers des chemins de fer ayant déposé la table au sol et peinant à la remettre sur les autres pierres, ceci après un pari bien arrosé. C’est un bien curieux mégalithe... portatif, que voilà. Il narra surtout son témoignage sur la vivacité d’une croyance et pratique ymaroise et alentour : toucher la pierre offrirait de finir ses jours au pays. Or, il vit écrits dans la neige tombée sur la table de pierre les noms de deux navires de guerre français affectés dans la colonie de Madagascar. Des soldats ou les membres de leur famille les avaient sûrement écrits en ce lieu dans l’espoir que la vie soit plus forte que la mort. Le passage est à lire directement dans le texte de Léon de Vesly. 

L’auteur écrit avoir cru un temps que la Croix de Rouville était un dolmen. Il l’a même fait figurer sur une carte des dolmens du département. Mais il est revenu de cette croyance qu’il dit avoir hérité de savants “qui ne sont même pas venus dans les lieux”. On apprécie la ruade. L’auteur affirma que ce monument est une “table de justice”, là où les seigneurs de Rouville, du nom du fief sis à Alizay, rendaient leur jugement en cas de litige. L’auteur nous apprend aussi que ce monument était appelé “la grosse pierre” par les Ymarois et que des érudits avaient émis l’hypothèse qu’il constituait un vestige de thermes antiques… 

 

Les différentes interprétations quant à la fonction de ce monument nous laissaient sceptiques depuis longtemps et nous rejoignons les propos de Léon de Vesly. Cet auteur use d’humour lorsqu’il ironise sur la croyance selon laquelle la Croix de Rouville guérit aussi les rhumatismes lombaires si le souffrant passe sous la table… Quelle scène en effet que de faire cette gymnastique dans cet état de santé… Mais l’auteur n’a pas creusé plus loin son analyse rationnelle et nous a laissé sur notre faim de connaissance. Nous avons adopté une autre méthode pour mieux connaitre cette “grosse pierre”, ou ces trois pierres : la visualisation de cartes disponibles sur le site Géoportail.

 

Que nous apprennent les cartes actuelles et anciennes ?

Nous avons consulté les plans cadastraux de la commune mais ceux-ci sont rongés à l’endroit qui nous intéresse. Les parcellaires d’Ancien Régime disponibles sur le site des Archives départementales ne montrent pas cet espace. 

 

La carte IGN actuelle montre que La Croix de Rouville désigne, de nos jours, un champ situé sur la commune d’Alizay. Le monument qui nous intéresse est appelé “Tombe du druide”. Il est rehaussé par le symbole indiquant les dolmens. On voit, au nord-ouest, un début de chemin du village dénommé “Croix de Rouville” et qui finit rapidement en impasse.

 

Carte IGN actuelle de l'espace qui nous intéresse (capture d'écran du site Géoportail).

Carte IGN actuelle de l'espace qui nous intéresse (capture d'écran du site Géoportail).

 

La vue aérienne des années 1950-1960 montre un espace de champs ouverts qui permet de retrouver les limites communales que l’on voit dans la carte IGN actuelle. On voit aussi quelques arbres épars et même un alignement d’arbres le long du chemin de la Croix de Rouville. La “grosse pierre” se confond avec eux. Il semble qu’il y ait un arbre derrière elle, vers l’ouest. La trace d’un ancien chemin allant de l’impasse de la Croix de Rouville en direction de la vallée Galantine, et donc de Pîtres, se lit ça-et-là par une teinte parfois plus sombre parfois plus claire à travers les champs.

 

Vue aérienne des années 1950-1960 de l'espace de la Croix de Rouville (capture d'écran du site Géoportail).

Vue aérienne des années 1950-1960 de l'espace de la Croix de Rouville (capture d'écran du site Géoportail).

 

Puis, la carte d’état major de 1866 montre un petit carré au sud du chemin de la Croix de Rouville représentant assurément ladite Croix ou, tout du moins, ce qu'il en restait. Il n’était question ni de tombe ni de dolmen. C'est à partir de ce point notable du territoire que l'altitude fut prise et rapportée : 134 m. Notons qu'en ce temps la délimitation entre Alizay et Ymare était encore nette et que le monument qui nous intéresse était ymarois.

 

La Croix de Rouville sur la carte d'état major en 1866 (capture d'écran du site Géoportail).

La Croix de Rouville sur la carte d'état major en 1866 (capture d'écran du site Géoportail).

Enfin, la carte de Cassini, datant de 1780 environ, atteste l’existence d’une “Croix d’Ymare” au sud du village symbolisée par un rond au-dessus du “m” du mot “Imare”. Il rend d’ailleurs moins lisible le nom de la paroisse qui apparait comme “Limares”. Nous avons eu des doutes car les noms des lieux se tassent sur ce précieux document. Néanmoins, un symbole de village est dénommé Quévreville. Un autre est dénommé la Poterie entre Quévreville et Ymare. Il ne s'agit donc pas d'une Croix d'Ymare qui aurait désigné le précédent calvaire du rondpoint du château-d'eau. Le nom de Croix d'Ymare, par élimination, ne peut désigner que ce rond qui jouxte le "m" d'Ymare.

Extrait de la carte de Cassini (vers 1780) sur Ymare et sa proche région (capture d'écran du site Géoportail).

Extrait de la carte de Cassini (vers 1780) sur Ymare et sa proche région (capture d'écran du site Géoportail).

Était-ce une croix de carrefour ? 

À la lecture des documents cartographiques, nous trouvons que ce monument a plusieurs caractéristiques des croix de carrefour, c’est-à-dire des calvaires que l’on trouve nombreux au bord des routes, surtout celles des régions encore (récemment) attachées au catholicisme. 

Outre le rappel de la foi et ses valeurs morales, ces croix servent à orienter les voyageurs. C’est ainsi qu’on la retrouve nettement indiquée dans la carte de Cassini. Ces croix annonçaient aussi souvent la limite de paroisses. On peut ainsi citer le calvaire d’Ymare, redressé en 1791 à l’ouest de la paroisse et l’emplacement du calvaire près de la pharmacie de Quévreville-la-poterie. Celle de Rouville était à la limite entre les paroisses d’Ymare et d’Alizay dont faisait partie la proche ferme du Solitaire. Or, les terres de la paroisse d’Alizay sont devenues au Moyen Âge la propriété des seigneurs de Rouville, du nom du château situé près de l’usine Double A de nos jours. Cette mainmise seigneuriale sur les terres alizéennes se lit dans l’article “Alizay” écrit par Louis-Étienne Charpillon et l’abbé Anatole Caresme dans leur imposant Dictionnaire des communes de l’Eure. Les seigneurs de Rouville ont dû prendre possession de la ferme du Solitaire, comme le prouve les noms de lieux : le Bois de Rouville et la Croix de Rouville. La croix en question se trouve à la limite intérieure de la paroisse d’Ymare. Elle n’a peut-être pas été la propriété des Rouville mais elle se trouvait en direction des terres rouvillaises. Ce sont les habitants d’Ymare, proches et nombreux, qui ont dû forger ce toponyme. 

Quoi qu’il en soit, ces délimitations d’Ancien Régime ont servi de trame à la constitution des territoires communaux en 1790. 

 

Un calvaire presque déchristianisé ? 

Ce qui était auparavant dénommé croix est devenue, dans les consciences, une tombe ou un mégalithe. Nous pensons que cela est dû à la déchristianisation. Celle-ci peut se lire dans l’érosion de monuments religieux et leur manque d’entretien. Une croix en bois ici n’a peut-être pas été remplacée d’autant plus que le chemin a été de moins en moins fréquenté. Puis, la Révolution française a connu un mouvement antireligieux où des calvaires ont été démolis comme celui de Pont-de-l’Arche par exemple. Les délibérations du conseil municipal ymarois contiennent peut-être la réponse. 

La Croix de Rouville a cependant survécu par ses trois pierres, contrairement à d’autres croix qui ont pleinement disparu comme la “croix Maurice” aux Damps. S’il est difficile d’imaginer quelle forme avait le calvaire, il est possible d’affirmer que ces pierres n’en sont que des restes. Il suffit de les voir pour réaliser que les rebords de la table sont cassés, que celle-ci est déséquilibrée et que les deux assises sont somme toute petites même si je ne les porterai pas, même après un pari bien arrosé. On est loin d’un mégalithe ou, tout simplement, d’un portail en pierre dont la région est, ou était, coutumière comme le montre notre illustration portant sur une propriété de Montaure. De même, Léon Coutil a dessiné des autels qui, adjoints à un calvaire, montrent que ce type d’édifice existait même sous des formes assez peu dégrossies. 

Avions-nous ici affaire à un calvaire original, avec un autel-table devant une croix, propice à la prière agenouillée ? Était-ce une croix-reposoir comme la croix de La Villeneuve-les-Convers, notamment, qu’on voir sur le net grâce au cliché d’un certain Michel Foucher ? La table servait-elle, non à poser des cercueils, comme ont servi certaines tables-reposoirs, mais d’autel à office lors des Rogations, ces prières collectives prononcées trois jours avant l’Ascension et ce dans l’espoir d’avoir de belles récoltes ? La table servait-elle de pause lors de processions et de pose de la statue du saint vénéré localement ?

Nous ne pouvons rien prouver. Il serait intéressant de trouver des autels ruraux ou des preuves de leur existence passée. L’origine de noms de communes, principalement normandes, laisserait alors entendre qu’ils ont existé. Nous songeons aux Authieux dont la thèse étymologique principale est les “autels”. 

Ces pierres sont-elles plus simplement des restes de paliers formant une assise pyramidale couronnées d’une croix de bois ? Nous ne pouvons pas plus le prouver. 

Ce trilithe, c’est-à-dire ces trois pierres, avec une croix liturgique gravée sur sa table, semble être une recomposition de fortune visant à prolonger la présence chrétienne en ce carrefour déclassé. Les calvaires entretenus en priorité ont, selon toute vraisemblance, été ceux des axes amenés à être les plus empruntés. Or, les croyances populaires associées à ce calvaire montrent qu’ici les rituels ont été plus nombreux qu’ailleurs, autrefois. Cette survivance des croyances, avec le besoin de délimitation spatiale, a sûrement contribué à sauver ce vestige de calvaire. 

 

Ces piliers de portail de la rue des Forrières, à Montaure, montrent que des mégalithes ("grandes pierres", en grec de salon) plus imposants que ceux de la Croix d'Ymare ont pu être utilisés par nos ancêtres bien après la préhistoire (cliché d'Armand Launay en mai 2013).

Ces piliers de portail de la rue des Forrières, à Montaure, montrent que des mégalithes ("grandes pierres", en grec de salon) plus imposants que ceux de la Croix d'Ymare ont pu être utilisés par nos ancêtres bien après la préhistoire (cliché d'Armand Launay en mai 2013).

 

Conclusion

La Croix de Rouville fut un calvaire de carrefour. On a oublié jusqu’à son nom et sa fonction, y compris les hommes de foi du XIXe siècle en quête d’exotisme. Les trois pierres actuelles, connues sous le nom de “Tombe du druide”, sont des vestiges d’un monde révolu : celui de chemins de campagne nombreux et variés ; de petits champs familiaux ; de haies et de bouquets d’arbres épars… Elles évoquent un monde parcouru quotidiennement par une foule de voyageurs de Poses et Pîtres à Boos et Rouen mais aussi, peut-être surtout, de cultivateurs et d’éleveurs de la paroisse. Ici le calvaire d’Ymare servait de repère aux passants et de support autant que de rappel aux prières catholiques. On peut imaginer les cultivateurs priant ici un instant pour l’Angélus. Il reste de ces prières des légendes assez récentes, c’est-à-dire de la fin du XIXe siècle, évoquant l’espoir de guérison et de vie bonne ressenti par nos ancêtres. C’est à peine si nous les comprenons aujourd’hui, nous qui cherchons des dolmens, des résurgences païennes à tous les carrefours, ou presque. Si l’on cherche des mégalithes, notre contrée n’en manque pas. Si l’on regrette la disparition de ces croyances catholiques populaires à l’endroit de la Croix de Rouville, il suffit d’aller dans les églises où s’expriment les vœux de ceux qu’on appelle les petites gens ; vœux adressés au divin par sainte Rita, Saint Expédit, la Vierge Marie...

Quel fut ce calvaire précisément ? Nous ne pouvons que conjecturer un autel-table ou un piédestal à paliers. Les trois pierres actuelles sont-elles des fragments d’un ancien dolmen ou, plus largement, d’une allée couverte ? Peut-être mais dans quel lieu furent ces mégalithes ? Rien n’indique qu’il y ait eu une telle construction. Rien ne l’exclut non plus mais ces trois restes de pierre n’attestent rien et ne prennent sens que dans la délimitation foncière médiévale entre les paroisses d’Ymare et d’Alizay. 

Nous avons donc étudié un espace tellement changé que le fil permettant d’en comprendre son usage a été rompu. L’avons-nous rattaché ? 


 

Orientations bibliographiques

- Bunel et Tougard, Géographie du département de la Seine-inférieure, 1879, voir la page 130, consulté sur Google livres le 3 septembre 2020 ;

- Léon Coutil, “Inventaire des menhirs et dolmens du département de la Seine-Inférieure”, voir la page 124 et après, in Bulletin de la Société normande d'études préhistoriques, publié en 1897. Consulté sur Gallica le 3 septembre 2020, ark:/12148/bpt6k54417513 ;

- Léon de Vesly, “Légendes, superstitions et vieilles coutumes”, Bulletin de la Société libre d'émulation du commerce et de l'industrie de la Seine-Inférieure, voir les pages 100 à 106, publié en 1895. Consulté sur Gallica le 3 septembre 2020, ark:/12148/bpt6k5725972c/f104.image.r=Ymare.

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

 

Partager cet article
Repost0
29 août 2020 6 29 /08 /août /2020 13:06

 

Consultez, sur la Plateforme ouverte du patrimoine (POP) du ministère de la culture, une série de photographies sur les badauds du marché de Pont-de-l’Arche. 

En effet, une série de photographies de la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine (de Saint-Cyr) y a été versée. 

Cette série a été réalisée par Jean Pottier, né en 1932, dans le cadre de la construction de Val-de-Reuil, qu’on appelait alors la ville nouvelle du Vaudreuil. Elle est humblement nommée “les habitants des communes alentours”.

Cette série est un peu éparpillée parmi les résultats de la base POP et quelques photographies semblent issues d’un autre marché local. Quoi qu’il en soit, on y voit les badauds du dimanche 13 juillet 1970 au matin. Certaines têtes vous seront connues…  

Poursuivez la recherche dans la base POP où au moins 300 documents concernent Pont-de-l’Arche. Une belle série de clichés du même auteur est censée concerner les ouvriers en chaussures de chez Marco. Mais ils semblent plutôt issus de l’usine Labelle de Saint-Pierre-du-Vauvray… 

Nous reproduisons ci-dessous quelques photographies de la série portant sur le marché de Pont-de-l’Arche. Merci Jean Pottier ! 

 

Accédez à la base POP :  https://www.pop.culture.gouv.fr/

 

A lire aussi, sur le blog, l'article sur l'ancienne halle et le marché de Pont-de-l'Arche

 

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

 

Le marché de Pont-de-l'Arche en photographies en 1970 par Jean Pottier
Le marché de Pont-de-l'Arche en photographies en 1970 par Jean Pottier
Le marché de Pont-de-l'Arche en photographies en 1970 par Jean Pottier
Le marché de Pont-de-l'Arche en photographies en 1970 par Jean Pottier
Le marché de Pont-de-l'Arche en photographies en 1970 par Jean Pottier
Le marché de Pont-de-l'Arche en photographies en 1970 par Jean Pottier
Le marché de Pont-de-l'Arche en photographies en 1970 par Jean Pottier
Partager cet article
Repost0
9 avril 2020 4 09 /04 /avril /2020 15:40
Sur la tombe familiale se trouve une plaque commémorative rappelant le décès en déportation de Jean Hazard. Elle se situe au cimetière de Pont-de-l'Arche, près de la croix hosannière, c'est-à-dire au centre (cliché Armand Launay, novembre 2017).

Sur la tombe familiale se trouve une plaque commémorative rappelant le décès en déportation de Jean Hazard. Elle se situe au cimetière de Pont-de-l'Arche, près de la croix hosannière, c'est-à-dire au centre (cliché Armand Launay, novembre 2017).

 

Endolories sûrement, certaines âmes cheminant dans le gravier du cimetière de Pont-de-l’Arche ont remarqué une tombe, sombre et sobre, au centre. Sur le monument funéraire de la famille Hazard-Bohu, elle dispute à l’oubli le nom de “Jean Hazard ‒ Né le 16 juin 1912”. Ce qu’elle a de notable, pour ceux qui n’ont pas connu cet homme, est la suite de l’inscription : Déporté à Flossenburg ‒ Mort pour la France ‒ Le 18 novembre 1944”. La barbarie nazie aura fait disparaitre son corps, mais pas son souvenir.

Une recherche sur Internet permet de retrouver sur Légifrance l’information suivante : Hazard (Jean, Albert, Ernest), né le 16 juin 1912 à Quatremare (Eure), décédé le 18 novembre 1944 à Flossenburg (Allemagne). C’est un extrait du Journal officiel n° 142 du 21 juin 1994 (page 8918) qui comporte l’arrêté du 6 mai 1994 portant apposition de la mention “Mort en déportation” sur les actes de décès de nombreux déportés. 

Sur l’acte de naissance de Jean Hazard, accessible sur le site des Archives départementales de l’Eure, figure André Hazard, son oncle, fruitier, demeurant à Pont-de-l’Arche et Henri Guérin, instituteur public, domicilié à Vernon, ami du père de Jean. On y apprend que Albert Maurice Raymond Hazard, père de Jean, s’est marié à Pont-de-l’Arche le 12 octobre 1907 avec Émilienne Louise Bohu. Albert Maurice Raymond Hazard est décrit comme instituteur public, né à Pont-de-l’Arche le 8 décembre 1884, “demeurant de fait à Quatremare et de droit à Pont-de-l’Arche”. On connait aussi un certain Louis Guérin, instituteur public socialiste à Pont-de-l’Arche et sûrement en lien avec les deux instituteurs cités ci-dessus. 

Sur le site de la Fondation pour la mémoire de la déportation se trouve la liste des 1700 déportés partis de Compiègne le 27 avril 1944 et arrivés trois jours plus tard à Auschwitz. On y apprend que leur funèbre convoi a été dénommé “convoi des tatoués”. Il comprit des personnes non juives et la raison de son existence continue d’interroger les spécialistes. Les prisons étaient-elles saturées et nécessitaient-elles donc de faire de la place ? Ces déportés étaient-ils des travailleurs ? L’énigme demeure. Nous apprenons que les Hazard ont ensuite été déportés à Buchenwald. Jean a ensuite été transféré à Flossenbürg, camp bavarois frontalier de la Tchéquie connu pour son activité métallurgique et ses carrières. Jean Hazard n’a pas survécu à sa déportation, comme 52 % des déportés du convoi des tatoués. Son père est revenu en Normandie. Il est décédé à Caudebec-lès-Elbeuf le 14 février 1953 comme l’indique la mention marginale de son acte de naissance. Mais c'est à Pont-de-l'Arche qu'il a été inhumé.

Grâce aux recherches de notre ami Nicolas Sovereto, notamment sur Filae, nous apprenons que Raymond Hazard fut fait chevalier de la Légion d'honneur par décret du 9 novembre 1930 ceci au regard de ses services militaires durant la Première guerre mondiale. Il fut blessé à la fesse droite par un éclat d'obus le 11 octobre 1915.

Le site MyHeritage nous apprend que Jean Hazard était instituteur, athée et militant républicain radical de gauche. Ceci n'est pas étonnant car de très nombreux enseignants, appelés hussards de la République, défendaient ce genre d'opinions. C'est sûrement à ce titre qu'il rejoignit un réseau de résistance et se retrouva, comme nous en informe le site cité, à la prison de Rouen.

Les archives en ligne du site Arolsen, dévolues aux victimes des camps nazis, produisent des copies de différents documents établis par les autorités nationales-socialistes sur Jean et Raymond Hazard ; documents que nous reproduisons ci-dessous avec l'aimable concours de Nicolas Sovereto.

Enfin le site Mémoire des hommes nous apprend que Jean Hazard était membre d'un réseau de résistance appelé "Action M". Il correspond, selon la fiche Wikipédia, à la région du Mans et une partie de la Normandie. Dirigé par Valentin Abeille, il participa aux préparatifs du Débarquement de Normandie et paya un lourd tribut à l'ennemi.

 

 

 

Malgré cette apparence de détails, nous ignorons énormément de faits. Nous sommes preneurs de toute information les concernant, notamment photographique.

 

Différents documents établis par les autorités nazies sur Jean et Raymond Hazard en tant que prisonniers politiques puis déportés vers les camps de concentration (The Arolsen archive online).
Différents documents établis par les autorités nazies sur Jean et Raymond Hazard en tant que prisonniers politiques puis déportés vers les camps de concentration (The Arolsen archive online).
Différents documents établis par les autorités nazies sur Jean et Raymond Hazard en tant que prisonniers politiques puis déportés vers les camps de concentration (The Arolsen archive online).
Différents documents établis par les autorités nazies sur Jean et Raymond Hazard en tant que prisonniers politiques puis déportés vers les camps de concentration (The Arolsen archive online).
Différents documents établis par les autorités nazies sur Jean et Raymond Hazard en tant que prisonniers politiques puis déportés vers les camps de concentration (The Arolsen archive online).
Différents documents établis par les autorités nazies sur Jean et Raymond Hazard en tant que prisonniers politiques puis déportés vers les camps de concentration (The Arolsen archive online).
Différents documents établis par les autorités nazies sur Jean et Raymond Hazard en tant que prisonniers politiques puis déportés vers les camps de concentration (The Arolsen archive online).
Différents documents établis par les autorités nazies sur Jean et Raymond Hazard en tant que prisonniers politiques puis déportés vers les camps de concentration (The Arolsen archive online).
Différents documents établis par les autorités nazies sur Jean et Raymond Hazard en tant que prisonniers politiques puis déportés vers les camps de concentration (The Arolsen archive online).

Différents documents établis par les autorités nazies sur Jean et Raymond Hazard en tant que prisonniers politiques puis déportés vers les camps de concentration (The Arolsen archive online).

Autres vues sur le monument funéraire de la famille Hazard-Bohu (clichés Frédéric Ménissier, mai 2020).
Autres vues sur le monument funéraire de la famille Hazard-Bohu (clichés Frédéric Ménissier, mai 2020).

Autres vues sur le monument funéraire de la famille Hazard-Bohu (clichés Frédéric Ménissier, mai 2020).

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

Partager cet article
Repost0
8 avril 2020 3 08 /04 /avril /2020 19:15

Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Cartes postales de Louviers
Partager cet article
Repost0
8 avril 2020 3 08 /04 /avril /2020 17:07
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe

Partager cet article
Repost0
29 février 2020 6 29 /02 /février /2020 12:13
L'ancienne salle du conseil municipal (cliché Armand Launay).

L'ancienne salle du conseil municipal (cliché Armand Launay).

 

Commentaire après le premier et unique tour (publié le 27 mars 2020)

 

Sans avancer de résultats fantaisistes ‒ tirés du chapeau ‒ nous avions émis dans notre commentaire du 29 février dernier (ci-dessous), la forte probabilité qu’un seul tour suffise à élire les conseillers municipaux de Pont-de-l’Arche. C’est ce qui s’est produit le dimanche 15 mars où la liste de Questions d’avenir, dirigée par le maire sortant Richard Jacquet, a été élue avec 52,9 % des suffrages exprimés. Ce sont 42 voix qui ont permis à Questions d’avenir de dépasser la majorité absolue (c’est-à-dire plus de 50 %).

La deuxième liste est ‒ sans surprise ‒ celle de Démocratie archépontaine de Patrick Bellamy qui arrive cependant bien après celle du maire sortant avec 20,9 % des voix. Puis, la liste Pont-de-l’Arche ensemble d’Hervé Lour cumule 17,4 % des voix et, enfin, le Rassemblement national autour de William Bertrand obtient 8,7 % des suffrages exprimés. 

 

Résultat du vote réparti par bureaux et en pourcentages.

 

Bureau 1

Bureau 2

Bureau 3

Totaux (nombre)

Totaux %

R. Jacquet

51,5

52,6

54,7

766

52,90 %

H. Lour

21,6

17,3

13,2

252

17,40 %

W. Bertrand

7,3

10,8

8

127

8,77 %

P. Bellamy

19,6

19,3

24,1

303

20,93 %

 

100

100

100

1448

 

 

Une analyse par bureau confirme que le bureau 1, celui du centre-ville, est le plus conservateur de la ville qui a donné à Hervé Lour son meilleur pourcentage. Mais nous sommes loin du temps où ce bureau plaçait en tête des candidats de droite. Il n’est plus spécialement ni bourgeois ni conservateur comme lorsque Pont-de-l’Arche était un centre-bourg commerçant, avec son marché dominical et, qui plus est, siège d’un chef-lieu de canton. C’était encore le cas du temps de Roland Levillain (dans les années 1970). 

Le RN national obtient un résultat relativement plus fort dans le bureau 2, celui du Pont-de-l’Arche du sud-Est (collège, rue Charles-Cacheleux...). Le bureau 3, traditionnellement plus à gauche, offre de meilleurs résultats aux listes plutôt de gauche. Quoi qu’il en soit, il n’y a que 10 % de différence entre le résultat de droite du bureau 1 et du bureau 3, ce qui signifie que le choix des citoyens, lors du scrutin municipal, est avant tout fondé sur les forces citoyennes en présence et non sur une orientation idéologique forte, l’ensemble des listes se revendiquant de valeurs républicaines. Le RN traduit cependant un désaveu quant aux listes et partis traditionnels et un manque de confiance dans les candidats dits de l'"establishment", c'est-à-dire issus d'élites, de groupes établis qui se maintiendraient au pouvoir et confisqueraient le pouvoir démocratique.    

 

Des pourcentages qui masquent une abstention record

Les pourcentages ne sont que des proportions. Ils masquent une abstention forte. Si elle était prévisible, l’abstention a cependant atteint un niveau record dans l’histoire de la commune. En effet, sur 3 024 inscrits sur les listes électorales, 1 529 personnes (50,56 %) ne se sont pas déplacées en 2020. Cela fait donc 550 voix de moins qu’en 2014, le nombre d’inscrits ayant ‒ il est vrai ‒ baissé de 46. Ce sont donc près de 500 électeurs qui ont manqué, soit un électeur sur six.

Les résultats n’engagent donc que 49,44 % des inscrits, ce qui s’explique notamment par la panique et l’appel gouvernemental au confinement afin de limiter la propagation du coronavirus, pandémie venue de Chine. L’abstention est cependant moins forte à Pont-de-l’Arche qu'au niveau national (55,25 %). Cette abstention exprime-t-elle un désaveu local pour l’offre de service politique proposée par les candidats ? C’est possible étant donné le travail des élus “lanceurs d’alertes” depuis 2018 qui s’est soldé par l’éviction de leur propre fer de lance, Angélique Chassy. Nombre d’électeurs auront retenu du travail de Démocratie archépontaine l’idée que Questions d’avenir n’est pas si efficace et honnête qu’elle l’annonce mais que Démocratie archépontaine n’a pas été en mesure d’être plus ouverte et prompte au dialogue que le maire en place. 

Quant aux votes blancs et nuls, la loi les exclut des suffrages exprimés. Les bulletins blancs et nuls étaient 108 en 2014 et 47 en 2020. À croire que la peur du virus a dissuadé des électeurs de se déplacer pour glisser un bulletin non comptabilisé parmi les exprimés.

 

Au-delà des pourcentages : qui a gagné de l’audience ? 

Quant aux suffrages exprimés, ils étaient 1 998 en 2014 (soit 65 % des inscrits) et 1 448 en 2020 (soit 47,9 %). Il y a donc une baisse de 27,5 % entre ces deux élections. Une liste a-t-elle été plus touchée ? 

Oui, il s’agit de cette d’Hervé Lour qui est passé de 561 voix (28,1 %) en 2014 à 252 suffrages en 2020 (17,4 %) soit une baisse de 55,1 %.

Celle de Richard Jacquet est passée de 1 437 électeurs en 2014 (71,9 %) à 766 en 2020 (52,9 %) soit une perte de 46,7 %. 

Ces deux listes ont perdu la moitié , ou presque, de leur électorat, donc de leur représentativité et, quelque part, de leur légitimité. 

 

Quant à la répartition des voix en 2020, on mesure aisément que ces pourcentages sont presque remplacés par ceux des deux nouvelles listes : les 19 % de perte du maire sortant se retrouvent dans les 20,9 % de Démocratie archépontaine. La perte de 10,7 % d’Hervé Lour semble s’expliquer par le résultat du RN et ses 8,8 %. Ce serait caricatural de penser qu’il y a eu un parfait report de voix de chacune de ces listes vers les nouvelles équipes, mais une logique existe puisque le RN incarne une droite contestataire et populaire, ce qui est le profil d’Hervé Lour, et Démocratie archépontaine est un peu plus marquée à gauche que Questions d’avenir. C’est ce dont témoignent les déclarations des listes faites en préfecture où Questions d’avenir n’apparait désormais qu’en tant que “divers” et non plus “divers gauche”, voire “socialiste”. Cela traduit le rapprochement de Richard Jacquet et ses proches avec La République en marche. La déclaration en préfecture classe, cependant, Démocratie archépontaine comme “divers gauche”, bien que certains de ses membres n’aient rien à voir avec les tendances de gauche et bien que l’on ne sache pas pour quelles étiquettes les membres de Démocratie archépontaine eussent appelé leurs coéquipiers grands électeurs (maire et adjoints) à voter aux sénatoriales. 

 

La répartition des sièges

Les calculs offrent la moitié des sièges à la liste majoritaire soit 14 élus pour Questions d’avenir. Les sièges restant, 13 donc, sont répartis proportionnellement entre les quatre listes. Ainsi Questions d’avenir glane 6 sièges en sus, Démocratie archépontaine 3 sièges, 2 sièges pour Pont-de-l’Arche ensemble et, enfin, 1 siège pour le Rassemblement national. 

Questions d’avenir a, conformément à la finalité de la loi, une large majorité de 21 sièges sur 27, soit plus des ¾ des conseillers. Elle perd cependant 3 sièges par rapport à la précédente mandature.

 

Quelle conduite à prévoir au Conseil municipal ? 

Une opposition de trois élus de Démocratie archépontaine, soutenus par une dynamique associative, doit traverser une longue nouvelle période de vaches maigres et exploiter d’éventuelles erreurs du maire et son équipe. Ils devront battre le pavé et faire le tour des boites aux lettres pour espérer maintenir et grossir une dynamique critique et citoyenne face au maire et son équipe. C’est ce qui explique sûrement le renoncement de 7 colistiers (!), annoncé dans La Dépêche de Louviers le 26 mars, qui ont démissionné à la simple annonce de devoir siéger au conseil municipal. 

Ce constat est pire encore du côté de Pont-de-l’Arche ensemble qui, hormis Hervé Lour, n’a pas réussi durant le précédent mandat à trouver des personnes suffisamment motivées et pertinentes pour tenir longtemps leur rôle d’élu d’opposition au Conseil municipal. Cela s’est traduit par un certain rapprochement d’Hervé Lour avec l’équipe majoritaire de Questions d’avenir... tant il est difficile de s’opposer intellectuellement et émotionnellement seul face aux idées d’un groupe majoritaire, qu’on ait tort ou raison. 

La nouveauté est l’entrée officielle du RN au conseil municipal. Officielle car durant la précédente mandature avait siégé un temps Doris Perreaux, élue de Pont-de-l’Arche ensemble, et qui était adhérente à titre personnel au RN. Le RN aura donc une voix locale si elle est utilisée. Mais il sera difficile de faire passer un programme national pour une participation pertinente aux questions communales. L’élu RN devra surtout démontrer qu’il est une force de proposition communale pour être crédible à la table des débats. C’est peut-être seulement à ce titre qu’il sera rétrospectivement le gagnant de ce scrutin.

Les élus d’opposition auront la difficulté de se trouver face à un maire expérimenté, qui a construit tout un organigramme autour de lui et rodé sa manière de travailler. Il a conservé un tremplin municipal pour réussir, peut-être enfin, aux élections départementales, régionales voire législatives. Ce sont des horizons qu’il vise depuis près de 20 ans et qui le placent dans le piège des grands projets qui le coupent peu à peu des préoccupations des habitants. 

Richard Jacquet rejoint quoi qu’il en soit Roland Levillain au rang de maire réélus deux fois et réalisant trois mandats. C’est un des deux gagnants, presque par défaut d’opposition et de vitalité citoyenne, de ces élections.

 

Quel positionnement politique et idéologique à venir dans la commune ? 

Le maire s’est bâti un espace politique centriste, se faisant passer pour non partisan, neutre, au-delà des idéologies comme si cela était possible. Il a contribué à la dilution du message de gauche à l’échelle communale. Déjà entre 2008 et 2014 le courant communiste s’est éteint après le départ d’Arnaud Levitre qui contribua à l’élection de Richard Jacquet en 2008, devenant adjoint à la culture avant de démissionner et de devenir, plus tard encore, maire d’Alizay. Qui plus est, depuis 2014, c’est la fin du courant socialiste, qui n’a jamais été ni vindicatif ni formateur de l’opinion publique locale, qui se produit avec la fin du seul et simple affichage de gauche aux élections puis le siphonnage de ses cadres et nombre de ses militants par La République en marche d’Emmanuel Macron, ceci entre la fin de l’année 2016 et le début de 2017. 

Or, à Pont-de-l’Arche, aucune mouvance politique d’extrême-gauche, ni même de gauche gouvernementale n’a perduré. Une mouvance n’est pas qu’une idéologie, un parti national désincarné autant que lointain, mais une sociabilité militante, appelant à la réflexion et à la mobilisation. 

Le vote contestataire est donc réapparu dans la ville du côté du Rassemblement national. La mauvaise gestion budgétaire du maire et sa volonté manifeste de cacher la réalité des finances communales, doublée de la stratégie modérée de Démocratie archépontaine, marchant sur les plates-bandes de Questions d’avenir, ont dégagé localement un petit espace au Rassemblement national. 

 

Enfin le maire, Richard Jacquet, se sort bien de ce mandat calamiteux. Après avoir perdu une grande minorité de ses élus par la scission de 2018 ; à cause d'un lourd déséquilibre, la gestion du budget communal a été déléguée à la demande du maire, pendant quelques mois, par le service financier de la CASE (une première dans l’histoire de la ville, le maire ayant même souhaité donner un chèque-cadeau de 100 € pour chaque agent de la CASE ayant travaillé au budget archépontain, avant une invalidation de ce chèque par la préfecture) ; après la promesse de bâtir un centre culturel surdimensionné et engendrant une hausse, à venir, des impôts locaux ; après tout cela... le maire se faire réélire avec l’apparence d’un assentiment populaire alors que le peuple décroche.

Commentaire du 29 février 2020 avant la tenue du scrutin.

 

Les élections municipales auront lieu les 15 et 22 mars... Tout du moins s’il y a besoin d’un second tour. En effet si, dès le premier tour, une liste obtenait la majorité des suffrages, elle bénéficierait de la moitié des sièges à pourvoir. Dans une commune de la strate de Pont-de-l’Arche, 27 personnes sont à élire. La liste gagnante aurait d’office 14 sièges. Le reste des sièges serait distribué proportionnellement au nombre des suffrages exprimés, du moins pour les listes réalisant plus de 5 % des suffrages exprimés. Ceci est clairement favorable à la liste vainqueuse afin de lui dégager une majorité nette facilitant son exercice du pouvoir. La liste majoritaire se choisira des représentants à l'intercommunalité.

S’il n’y avait pas de liste obtenant plus de 50 % des suffrages au premier tour, un second tour serait organisé. Y participeraient les listes ayant obtenu plus de 10 % des suffrages exprimés au premier tour. Ceci laisserait la possibilité d’un appel au report des voix d’une liste vers une autre. Les listes encore en lice pourraient fusionner si elles le souhaitaient et s’y entendaient. 

 

Pour se rafraichir la mémoire concernant les élections municipales de 2014, cliquez ici.

 

 

La situation politique locale de 2014 à 2020 (pour approfondir ce sujet, cliquez ici)

Il s’agit du second mandat de Richard Jacquet (PS), élu avec 71,92 %, dès le premier tour, en 2014. Il rassembla sur son nom plutôt les suffrages de gauche, étant donné qu’il fut le rassembleur de plusieurs partis et différentes opinions de gauche en 2008. Ceci n’empêcha pas que des personnalités plus conservatrices ou libérales s’allient au maire sortant. Face à Richard Jacquet et sa liste, baptisée Questions d’avenir, dans la lignée de l’équipe élue en 2008, s’est trouvée la liste d’Hervé Lour dénommée Pont-de-l’Arche ensemble. Cette dernière n’obtint en vertu ‒ ou vice ‒ des calculs électoraux, que trois sièges. 

Durant ce mandat, des réalisations ont eu lieu telles que l’agrandissement de la mairie, la rénovation de la rue Général-de-Gaulle ; des réalisations assez cantonnées sur la construction d’édifices et infrastructures neufs, faisant appel à la commande publique. Mais ce mandat laisse une impression mitigée par rapport au mandat précédant. En effet, les services publics municipaux ont plutôt été maintenus que développés, exception faite de la municipalisation de la maison de retraite “Les Pins” dont la gestion par une association avait été jugée défaillante. Ce bilan modéré s’est produit dans une période de fermeture des services publics de l’État qui s’est soldée, dans la ville, par la disparition du Trésor public. De plus, un recrutement à un poste de direction a été effectué en 2015. D’après l’élu d’opposition Hervé Lour, il aurait été réalisé sur la base de réseaux de connaissances au sein du Parti socialiste local et non sur les seules compétences et la seule notion d’intérêt général.

Bien des électeurs ont eu l’impression de perte de vitalité associative au sein de Questions d’avenir et d’institutionnalisation de ses principaux élus. Questions d’avenir a commencé à se scinder en 2017 entre partisans et sympathisants de la République en marche (LREM) ou fidèles aux partis antérieurs, c’est-à-dire de gauche gouvernementale. Des élus de la liste Questions d’avenir n’ont jamais trouvé leur place dans l’analyse de dossiers ou en tant que relais des opinions archépontaines au sein du Conseil municipal. Pis, lors des élections législatives, l’adjointe à l’urbanisme et le Directeur général des services ont fait campagne pour le candidat LREM, Bruno Questel, face au maire Richard Jacquet. Bien loin d’être en rupture, il semble que ce fait ait trahi le positionnement devenu plus ouvert ‒ pour ne pas dire opportuniste ‒ du maire en matière partisane. 

L'institutionnalisation des principaux élus s’est manifestée aussi dans des actions : le passage en force sur la création d’une bande cyclable dans le cadre de la réhabilitation de la rue Roger-Bonnet, par la CASE, et sans prendre en compte l’avis des riverains ; des choix d’économies assez révélatrices comme la réduction des décorations de Noël, la fermeture de la piscine de l’Accueil de loisirs un été, la limitation du Banquet des anciens en reportant l’âge des convives de 60 à 67 ans et l’âge des récipiendaires du colis des anciens de 60 à 80 ans, le projet de fusionner avec Montaure et Tostes sans autre finalité que de prétendues économies ; la fermeture de l’accueil du public en mairie le matin...

Enfin, un autre point de rupture s’est dessiné autour de ce qui peut apparaitre comme un reniement. Nous traitons de la construction projetée de la crèche intercommunale sur un terrain municipal proche de l’entrée de l’ancienne abbaye de Bonport. C’est pourtant en partie sur l’opposition au projet de lotir ce terrain que Richard Jacquet et ses colistiers ont été élus en 2008 face à Dominique Jachimiak, maire qui avait prévu ‒ un temps ‒ d’y faire construire un supermarché. De plus, après avoir promis la valorisation du centre ville comme lieu de sociabilité, la logique consumériste domine désormais chez les élus majoritaires autour de la construction d’édifices neufs, accessibles aux voitures, et de la consommation d’espaces non bâtis. On peut adjoindre ici l’acceptation par les élus du projet ‒ privé ‒ de déplacer le centre médical des Tilleuls en haut de la rue Charles-Michels, près de la maison forestière.  

L’élément le plus sombre de ce mandat se situe au niveau des finances et de la transparence du maire envers ses concitoyens et ses propres élus. En 2018, un contrôle de la Chambre régionale des comptes a révélé quelques irrégularités (des subventions non versées comme celle allant au CDIS, c’est-à-dire à la caserne des sapeurs-pompiers). Celles-ci ont permis à certains élus de la majorité d’apprendre que le budget communal était déficitaire, en cessation de paiement, avec des factures non déclarées et en retard de plusieurs années. Il faut adjoindre à cela quelques dépenses semble-t-il indues. Ceci a été révélé par des agents et des élus entre le départ de l’ancien directeur général des services et le nouveau. Le maire a reproché aux élus lanceurs d’alertes d’avoir révélé ces informations à la population. Il leur a demandé de signer une charte de bonne conduite stipulant qu’ils devaient se taire après débats internes. Neuf élus ont été exclus du groupe Questions d’avenir ou l’ont quitté. C’est ainsi que 6 élus ont fondé une association d’opposition : Démocratie archépontaine. 

Jusqu’en 2018, la politique locale se lisait, sans les conversations et sous la plume des journalistes locaux, principalement Thomas Guilbert pour La Dépêche de Louviers, à travers l’action du maire Richard Jacquet. Depuis lors, c’est plutôt à travers les questions des membres de Démocratie archépontaine que le débat politique local s’est tenu.  

 

Affichage suivant les élections de mars 2014 (cliché Armand Launay).

Affichage suivant les élections de mars 2014 (cliché Armand Launay).

 

Les listes en lice...

 

Démocratie archépontaine…

Cette liste est née de ces deux oppositions décrites ci-dessus : celle des six élus Lanceurs d’alertes à partir de 2018 et celle d’une partie de la population qui ne se retrouve pas ‒ ou plus ‒ dans l’action du maire sortant Richard Jacquet. 

Cette liste est née d’une dynamique associative, avec une consultation citoyenne large réalisée en 2019 et ayant obtenu la réponse de 300 Archépontains. Elle représente plutôt un gage de renouvellement du personnel politique et de ses relations, ses accointances. Cependant elle comporte en elle une partie de l’équipe municipale élue entre 2001 et 2008 autour de Patrick Bellamy, qui fut adjoint au maire Dominique Jachimiak. Renouveau, expérience et/ou ancien temps. 

Cette liste se revendique du bon sens, notamment en limitant les dépenses de la commune, principalement le couteux ‒ et peut-être illusoire ‒ projet de centre culturel prévu sur la place Aristide-Briand. Elle se revendique aussi de la transparence en matière de décision et de finances. 

Mais cette liste s’est sabordée en janvier 2020. Quelques membres du bureau de Démocratie archépontaine ont reproché à leur tête de liste Angélique Chassy, première adjointe aux finances jusqu’en 2018, d’être à la fois non-malléable mais aussi fragile. À 8 semaines du premier scrutin, ce choix peut laisser perplexe : si la tête de liste ne satisfaisait pas tous les membres du bureau, pourquoi ne pas l’avoir écartée et, surtout, rétrogradée dans la liste auparavant et ce avec concertation ? Si elle était fragile, pourquoi était-elle le fer de lance de cette association ? Si elle n’était pas malléable, pourquoi s’était-elle entourée de personnes issus d’horizons divers : actuels élus, citoyens désireux de se présenter pour la première fois, anciens élus d’avant 2008 ? Deux chefs d’accusation antinomiques qui ‒ qu’on nous pardonne cette analogie ‒ comme pour Socrate, accusé d’être athée et de créer de nouveau dieux, semblent être des prétextes plus que des raisons. L’exclusion d’Angélique Chassy n’a, à ce propos, fait l’objet d’aucun vote, d’aucun débat argumentatif au sein de l’association Démocratie archépontaine et de ses colistiers. Il semble que des ambitions individuelles se soient déclarées ‒ certes tardivement ‒ bien qu’Angélique Chassy ait diplomatiquement annoncé à la population qu’elle se retirait pour une raison professionnelle. Des membres de cette association ont aussi perdu confiance envers Angélique Chassy qui aurait menacé, en décembre, de se démettre de la tête de la liste. Le manque de confiance réciproque s'est donc installé entre les colistiers. Démocratie archépontaine a d’ores-et-déjà montré une limite entre ses prétentions démocratiques et sa capacité d’écoute et de décider selon des critères de raison et non de rapports arbitraires et individualistes. Cela rappelle un étrange procédé qui eut lieu aux élections de 2001 où, entre les deux tours, la tête de liste Claude Blot fut remplacée par Dominique Jachimiak, mieux placé dans les résultats alors par tête et non par liste, et ce malgré l'avis du premier intéressé et malgré la surprise de l'électorat.   

Quid de ce sabordage donc ? Les membres du bureau de Démocratie archépontaine se surestiment-ils quand ils croient pouvoir être élus sans Angélique Chassy qui a regroupé autour d’elle de nombreux membres de Démocratie archépontaine et des sympathisants appréciant à la fois son investissement depuis 2008 et son relationnel sincère et dynamique ? Angélique Chassy est une figure qui incarnait une opposition au maire par son expérience et son absence de calcul partisan. Depuis lors, le débat public semble être de nouveau issu des initiatives du maire sortant, bien relayé par La Dépêche de Louviers.  

Si elle possède une vitalité citoyenne, Démocratie archépontaine ne se distingue pas, en apparence et sur les documents à l’attention du public, par une philosophie politique différente de celle de Questions d’avenir. Elle risque d’en payer les frais d’autant plus que de nombreux habitants préfèrent la certitude d’avoir un maire connaisseur, même s’il a failli sur des points cruciaux et qu’il s’est institutionnalisé, que des moins-connus, voire méconnus, qui tiennent un discours proche du maire, mais avec des promesses de meilleure moralité et de sobriété budgétaire. 

 

 

Bandeau de la page Facebook de la liste Démocratie archépontaine au 29 février 2020.

Bandeau de la page Facebook de la liste Démocratie archépontaine au 29 février 2020.

 

“Pont-de-l’Arche ensemble” avec le maire sortant ? 

Cette liste existait déjà en 2014 autour d’Hervé Lour, un ancien sapeur-pompier de la Ville ayant évolué depuis en grade en dehors de Pont-de-l’Arche. Pont-de-l’Arche ensemble a obtenu trois élus suite aux élections de 2014. Démissions officielles et démobilisation officieuse caractérisent ses élus sauf Hervé Lour qui est demeuré fidèle à son siège. De sensibilité de droite, ce groupe n’a pas eu de vie associative réelle durant le mandat. La vigilance et la force de proposition des élus de Pont-de-l’Arche ensemble ont été rares et faibles durant les conseils municipaux de la mandature. Plus étonnant, les votes d’Hervé Lour, ces derniers mois, ont été en accord avec ceux de Questions d’avenir. Ce comportement est d’autant plus déroutant qu’Hervé Lour a préféré rejeter les élus qui ont fait scission de Questions d’avenir à cause de la gestion défaillante et de la communication insincère du maire sortant. Il lui était pourtant possible de brandir-là la preuve du manque de rigueur et d’efficacité du maire sortant sur ces points. Au lieu d’exploiter la faille, il a préféré la minimiser et viser plutôt le challenger que le leader, à croire qu’il n’espère qu’une deuxième place. 

Il n’y a pas eu de formation de nouveaux citoyens à la politique locale durant le mandat mais l’inclusion de personnes durant les mois précédant les élections afin de dresser la liste des candidats. 

Ayant réalisé 28 % des voix en 2014 avec pour colistier un ancien maire de la ville, Dominique Jachimiak, peut-on envisager un meilleur résultat en 2020 étant donné les déçus du maire sortant ? C’est peu probable car il risque d’y avoir une dispersion des voix entre les trois listes d’opposition ainsi qu’une hausse de l’abstention. 

 

Bandeau de la page Facebook de la liste Pont-de-l'Arche ensemble au 29 février 2020.

Bandeau de la page Facebook de la liste Pont-de-l'Arche ensemble au 29 février 2020.

 

Le “Rassemblement national” peut-il être un Rassemblement local ? 

William Bertrand est un entrepreneur à la retraite, habitant Pont-de-l’Arche depuis plus de 25 ans. Son étiquette partisane ne doit pas tromper : le Rassemblement national fait sa promotion durant des scrutins locaux en vue des scrutins nationaux où ce parti glane bien plus de suffrages. Il est difficile pour ce parti, brocardé de tous côtés et ayant souvent des élus avérés malhonnêtes, de recruter pour ses listes des citoyens crédibles dans un rôle représentatif. Ne voulant pas être incisif, nous nous contentons de mesurer que la majeure partie des candidats locaux du RN prêtent leurs noms et apportent leur caution à un ensemble de revendications nationales bien plus qu’ils ne veulent ‒ et peuvent, souvent ‒ s’investir pour l’intérêt général. Le Rassemblement national pourra-t-il réunir 27 Archépontains, surtout des personnes crédibles dans cette mission ? C’est une première interrogation. Si tel était le cas, combien de suffrages pourrait-il rassembler sur son étiquette ? Un scrutin national permet au RN d’espérer de nombreuses voix à Pont-de-l’Arche, comme dans tant de communes. Marine Le Pen fit 29,33 % des suffrages exprimés au premier tour en 2017, la plaçant en tête de tous les candidats. Mais le scrutin local se décide surtout sur les noms des candidats, leur crédibilité, leur investissement dans la vie locale. Cela ne s’improvise pas et le fait que la tête de liste soit habituée aux scrutins locaux ne lui donne pas meilleure publicité qu’un investissement ‒ plein et entier ‒ dans le tissu associatif ou la vie culturelle et politique locale. 

 

William Bertrand, en haut et à l'extrême-droite du cliché, et des représentants locaux et régionaux du Rassemblement national, dans sa propriété (capture d'écran en date du 29 février 2020 de la page Facebook du RN en Normandie).

William Bertrand, en haut et à l'extrême-droite du cliché, et des représentants locaux et régionaux du Rassemblement national, dans sa propriété (capture d'écran en date du 29 février 2020 de la page Facebook du RN en Normandie).

 

La campagne de Questions d’avenir

La campagne de Questions d’avenir repose sur une expérience datant de 25 ans. Richard Jacquet fut élu avec Paulette Lecureux (PS) entre 1995 et 2001, puis opposant associatif entre 2001 et 2008, et maire depuis. Dans le privé ‒ si l’on ose dire ainsi ‒ il est “chargé de mission” à la mairie PS de Grand-Quevilly. La communication de Questions d’avenir est donc rodée et réfléchie. Les supports de communication de cette liste et de la mairie sont travaillés par le même graphiste professionnel et se situent ‒ à défaut d’être identiques ‒ dans une esthétique semblable. Ils confèrent donc un caractère officiel et professionnel à la liste de Questions d’avenir. La communication de Questions d’avenir est d’autant plus efficace que les équipes concurrentes se sont cantonnées à des documents amateurs, bricolés, ne mettant pas en lumière le contenu, voire le desservant. 

Le discours de Questions d’avenir repose sur l’argument ex-cathedra, c’’est-à-dire celui du maire qui parle depuis son siège. C’est lui qui a choisi ses colistiers et non un groupe de citoyens actifs réunis en association. La vie associative de Questions d’avenir a été quasi-inexistante durant le mandat. La vitalité de l’équipe majoritaire, nous l’avons montré, a surtout résidé dans les heurts nés de la division du groupe entre partisans de LREM et de la gauche gouvernementale et entre ceux qui admettaient de se taire sur le déficit budgétaire de la commune et la volonté du maire de la cacher aux administrés. Le maire a commencé à réanimer le groupe de Questions d’avenir durant l’été 2019 autour d’élus minoritaires ‒ étant donné les défections, les abandons et les exclusions ‒ qui ont continué à le suivre. Puis, il s’est adjoint des personnes motivées et impliquées dans la vie publique, notamment un transfuge de Démocratie archépontaine ayant repris l’idée de Conseil consultatif de citoyens, sous un autre nom. Ce sont donc des personnes nouvelles mais ayant déjà admis de siéger autour d’un chef et d’un débat encadré. 

Le programme est bien travaillé et relayé, au moins dans la forme, par les personnes pressenties pour être adjointes : nature, sérieux budgétaire, intercommunalité, emploi, bienêtre des habitants, écoute des citoyens. Ce sont les promesses attendues de citoyens bienveillants et positifs ; des promesses attendues chez toutes les listes si bien qu’il est difficile de les départager à l’aune des promesses. Le programme de Questions d’avenir comporte toujours le projet de centre culturel. Pourtant c’est un dossier qui parait irréaliste tant les finances de la Ville sont faibles ‒ quoique tout juste équilibrées en 2020 ‒ le maire répétant à l’envi que l’État se désengage des dotations aux collectivités territoriales. Ce dernier propos étant juste, on imagine mal comment la Ville trouverait un budget de fonctionnement permettant d’ouvrir et animer un centre culturel (budget évalué à 200 000 € supplémentaires par an). Une intercommunalisation de services et la vente de bâtiments communaux ne parait pas équilibrer financièrement ce projet. Une hausse des impôts locaux, plus forte que celle votée en 2015 par l’équipe de Questions d’avenir, parait donc nécessaire à ce projet, même si elle n’est pas mise en évidence dans les programmes. Quand bien même, puisque la baisse des dotations d’État grève de plus en plus le budget archépontain, entre autres, aucune équipe d'élus ne pourra se permettre de maintenir les taux d’impositions.

Bandeau de la page Facebook de la liste Questions d'avenir au 29 février 2020.

Bandeau de la page Facebook de la liste Questions d'avenir au 29 février 2020.

Y aura-t-il un second tour ? 

C’est probable, mais pas certain. Qu’il y ait une érosion de la liste de Questions d’avenir et de son meneur Richard Jacquet est une évidence. Malgré la prime au maire sortant et les voix des familles et proches des nouveaux candidats, il y aura une perte de voix par rapport à 2014 et ses 71,92 %. Mais la liste de Démocratie archépontaine s’est sabordée 8 semaines avant le scrutin et a perdu une partie de sa crédibilité et des soutiens d’Angélique Chassy. La liste d’Hervé Lour a-t-elle apporté une vitalité ou un débat éclairant sur la vie politique municipale ces dernières années ? Le RN saura-t-il monter une liste crédible et, quand bien même, un scrutin municipal n’est pas le lieu ou le moment de l’expression de ce type de votes protestant contre des actions politiques nationales et internationales (souverainisme, immigration, antiparlementarisme...). 

Chance est donnée au maire sortant et sa liste d’être en tête devant deux listes récupérant les voix des déçus. Il ne serait pas étonnant que 50 %, et plus, des suffrages exprimés se portent sur Questions d’avenir, dans quel cas le second tour n’aurait pas lieu. Démocratie archépontaine et Pont-de-l’Arche ensemble auraient donc leurs groupes d’élus. 

L’abstention augmentera traduisant, d’une part, le désaveu national du peuple dans des élites déconnectées de ce qui fait l’intérêt général et, d’autre part, le fait que des électeurs attendaient la candidature d’Angélique Chassy ou ne voient pas de liste convaincante. 

 

Enfin, notre tableau est peu réjouissant et peut démotiver au vote. Ce n’en est pas l’objectif mais il nous a semblé intolérable de cacher la réalité. L’écueil politique local se trouve, à notre sens, dans le fait que c’est essentiellement tous les 6 ans que les habitants sont sollicités et, pour certains, s’intéressent à la vie municipale et locale. lls n’en connaissent que le relief et laissent le champ libre aux élus. Il conviendrait que chacun s’investisse régulièrement, ne serait-ce qu’en se tenant au courant et en sollicitant ses élus, afin que la démocratie représentative ne soit pas que la représentation d’une partie des citoyens et d’un clientélisme de ceux-ci auprès des autres. 

 

 

 

 

 

Ajout du 12 mars 2020 :

 

Liste des candidats de Démocratie archépontaine :

Patrick Bellamy, Myriam Rasse, Laurent Montlaurd, Marion Steer, Christophe Otero, Anita Hervieux, Guy Cottrez, Mélanie Hamon, Sébastien Da Costa, Sandrine Dolla, Olivier Molho, Karine Demarest, François Hagen, Charlotte Ricouard, Michel Lacombe, Sandrine Vandensteen, Éric Barillé, Sophie Rabl, Stéphane Bréham, Géraldine Sublet, Fabrice Fuzeau, Marlène Schneider, Romain Boitelle, Estelle Duriez, Geoffroy Bosquillon de Jenlis, Nicole Cliville, Gérard Demarest.

 

Liste des candidats de Pont-de-l’Arche ensemble :

Sébastien Berrenger, François Biquillon, Rodolphe Cariou, Mélanie Carré, Midried Charpentier, Marie-José Gonord, Hervé Dehame, Marc-Antoine Deloire, Sigrid Demon, Angélique Duhamel, Véronique Fort, Béatrice Galliot, Roland Garreau, Adrien Henry, Chantal Infray, René Infray, Jérémy Jacob, Déborah Lair, Marc Lévy, François Loison, Valérie Louchel, Hervé Lour, Maria Mendes de Brito, Reynald Mentré, Julie Morisse, Françoise Picard, Jean-François Roussel.

Liste des candidats du Rassemblement national

William Bertrand, Sylviane Defresne, Sylvain Forfait, Claudine Lefevre, Patrick Leroy, Jeanne Leroy, Yannick Leroy, Mylène Lémery, Philippe Devillers, Laëtitia Flambard, Pascal Renard, Muriel Brunet, Jérôme Libercé, Danièle Launay, Sylvain Flambart, Katia Boucher, Pierre Calle, Evelyne Damesne, Jacky Desmonts, Reine Guérin, Jean-Pierre Lendormy, Jocelyne Deshais, Pierre Dffacis, Hélène Girard, Louis Boulnois, Adrienne Lesueur, Patrice Jacquot.

 

Liste des candidats de Questions d’avenir : 

Mourad Afif-Hassani, Danielle Bertre, Karine Botté, Daniel Breiner, Arnaud Damien, Maryvonne Davot, Anne-sophie de Besses, Nadine Deschamps, Manuella Ferreira, Pascal Ferreira, Ludovic Guiot, Carole Hervagault, Monique Infray, Richard Jacquet, Marie-Claude Lauret, Anthony Le Pennec, Corentin Lecomte, Hélène Lepresle, Majo Maire, Pascal Marie, Philippe Mauger, Albert Naniyoula, Aurélie Philippe, Mikaël Polard, Jessica Pousset, Léon Taisne, Cédric Viguerard.

 

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

 

 

Partager cet article
Repost0

  • : Pont de l'Arche et sa région histoire, patrimoine et tourisme
  • : Bienvenue sur ce blog perso consacré à Pont-de-l'Arche et sa région (Normandie, Eure). Contactez-moi afin d'étudier ensemble, plus avant, l'histoire et donc de progresser vers la connaissance. Bonne lecture ! armand.launay@gmail.com
  • Contact

Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages) ;

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages) ;

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages) ;

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au cœur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages) ;

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages) ;

- Mieux connaitre Pont-de-l'Arche à travers 150 noms de rues et de lieux ! (Autoédité avec Frédéric Ménissier, 2019, 64 pages) ; 

- Les Trésors de Terres-de-Bord : promenade à Tostes, ses hameaux, Écrosville, La Vallée et Montaure (édité par la mairie de Terres-de-Bord, à paraitre en 2022).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis enseignant à Mayotte.

Accédez aux articles par Google maps