Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
12 avril 2013 5 12 /04 /avril /2013 13:57

 

La gendarmerie, une institution pérenne, évolue au fil des décennies. Nous avons retracé les différents déménagements de la gendarmerie de Pont-de-l’Arche depuis la Révolution française à nos jours. C’est un clin d’œil à ce représentant local de l’armée, lointaine émanation de l’infanterie française créée à Pont-de-l’Arche en 1481.   

 

A la recherche de la première gendarmerie

C’est grâce à deux témoignages que nous avons pu localiser la première gendarmerie de la ville. Roland Chantepie écrivit, page 319 [1], que « Le local de la gendarmerie se situait rue Montalent (aujourd'hui, rue Jean Prieur) ; désaffecté à la fin du Second Empire, ce vaste bâtiment servit pendant de nombreuses années à loger des familles nécessiteuses de Pont-de-l'Arche ; il fut ensuite démoli entièrement quelques temps avant la Seconde guerre mondiale et ce fut très dommage (1939).  Longtemps, on a pu lire au-dessus du portail principal l'inscription suivante : GENDARMERIE IMPERIALE, dont les lettres, avec le temps, finirent par s'altérer. » 

Puis, c’est la plume de Marcel Ouin, le patron des chaussures Marco, qui nous apporte des compléments d’information. Il les livre par la voix de sa grand-mère, page 164, qui prépara le repas de Napoléon Ier venu voir les travaux de l'écluse de Limaie [2] : « Tu n’oublies pas que je suis une Pasdeloup, que j’habitais rue Ste-Marie et qu’elle débouche juste en face de ce qui était à l’époque « la gendarmerie Impériale » (…) tu pourras encore lire au-dessus d’une porte-cochère, en plein cintre, « gendarmerie Impériale ».

 

C’est ce que l’on voit quand on agrandit une carte postale des années 1910. A droite du café épicerie Trumel, on retrouve la porte en plein cintre et l’on reconnait les contours de l’inscription « gendarmerie impériale ».

 

Jean Prieur (1)

A droite de cette carte postale des années 1910, apparait une porte en plein cintre. Elle constituait l'entrée de la première gendarmerie de Pont-de-l'Arche. 

 

Première gendarmerie

Agrandissement de la vue précédente.

 

Un vestige de cette gendarmerie subsiste aujourd’hui entre les numéros 4 et 6 de la rue Jean-Prieur. Ce sont quelques pierres de taille, certainement des réemplois des anciens remparts.

 

P1110408

Quelques pierres forment l'ultime vestige de la première gendarmerie

dans la rue Jean-Prieur (photo A. Launay, 2013). 

 

 

 

La gendarmerie de la rue Charles-Cacheleux

Roland Chantepie écrivit que la première gendarmerie fut désaffectée à la fin du Second empire, ce qui correspond à l’architecture et au matériau de la gendarmerie du numéro 14 de la rue Charles-Cacheleux. Ses dimensions permettaient de loger une plus grande garnison. Elle porte toujours l’inscription « Gendarmerie nationale » sur le même mode que la précédente gendarmerie.

 

P1120934

La deuxième gendarmerie, au numéro 14 de la rue Charles-Cacheleux (photo A. Launay, 2010).

 

P1120936

Inscription "gendarmerie nationale" sur la même façade

(photo A. Launay, 2010). 

 

 

 

La gendarmerie de la place Aristide-Briand  

Faisant face à la croissance de la population, la caserne de Pont-de-l’Arche a dû devenir trop étroite. Les gendarmes ont changé de locaux, semble-t-il après la Première guerre mondiale, où ils se sont installés dans une maison bourgeoise au numéro 4 de la place Aristide-Briand.

 

Aristide Briand (22)

A gauche, sur la place Aristide-Briand, la troisième gendarmerie de la ville sur une carte postale de la fin des années 1940 ou du début des années 1950.  

 

 

 

La rue Général-de-Gaulle : 1970

Les autorités militaires ont souhaité doter Pont-de-l’Arche et sa région d’une gendarmerie aux locaux fonctionnels. C’est ainsi que la municipalité de Roland Levillain fit construire la caserne au numéro 52 de la rue Général-de-Gaulle, gendarmerie et logements compris, en 1970. La gendarmerie fut agrandie par l’équipe de Paulette Lecureux en 1994 mais cela ne suffit bientôt plus...

 

Gendarmerie rue de Gaulle

Les locaux fraichement livrés de la quatrième gendarmerie, rue Général-de-Gaulle (archives municipales, 1970).

 

 

 

La cinquième gendarmerie, chemin du Becquet : 2008

Cinquième et dernier lieu, la gendarmerie actuelle fut érigée pour les autorités militaires par l’équipe de Dominique Jachimiak et livrée en 2008. Elle est située en bout de ville et constitue un véritable quartier avec ses logements. La précédente gendarmerie fut transformée en guichet des services sociaux et associatifs de la Ville (Le Tremplin) par l'équipe de Richard Jacquet.  

 

Gendarmerie

La façade de l'actuelle gendarmerie du chemin du Becquet (photo A. Launay, 2011).

 

 

Sources

[1] Chantepie Roland, Pont-de-l’Arche à travers les âges, manuscrit b, 2e partie, De la Révolution à nos jours (1944).

[2] Ouin Marcel, Au coin du feu après la chasse, Pontoise : R. Lachèvre, 1948.

 

A lire aussi... 

La poste de Pont-de-l'Arche et ses déménagements !

 

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

Repost 0
11 avril 2013 4 11 /04 /avril /2013 13:08

Roland Levillain est né en juin 1912 à Saint-Martin-de-Boscherville et décédé le 21 février 2014. Il est le dernier maire de droite de Pont-de-l’Arche (1959-1977) et partage avec Jean-Charles Ducôté (maire de 1827 à 1845) le record de longévité aux commandes de la commune : 18 ans. Il était exploitant de scierie et de carrière au Bon-air [1] ce qui lui permit d’acheter de nombreux terrains, notamment ceux de La Pommeraie. Sa scierie a contribué à la construction du pont provisoire en bois (1941-1944) et fut, pour ces raisons, bombardée par l’aviation Alliée (3 juin 1944) [2].

 

L’élu municipal et l’adjoint d’Alix Duchemin

La lecture des archives montre l’implication politique de Roland Levillain dès les années 1950 où le PCF avait repoussé la gauche radicale-socialiste archépontaine au côté du centre droit. Ainsi, en 1953, Roland Levillain fut candidat sur une liste rassemblant des radicaux-socialistes et des personnalités de droite. Face à elle, la liste PCF et la liste divers droite de Charles Morel qui remporta le scrutin et fit élire Didier Simon. Le décès brutal de Didier Simon déclencha un nouveau scrutin. En 1954, la liste radicale-socialiste sortit des urnes ex-aequo avec celle de Charles Morel. Les conseillers municipaux firent élire – d’un fil et au bénéfice de l’âge – le radical-socialiste Alix Duchemin. Roland Levillain, marqué à droite, fut désigné adjoint, fonction qu’il assuma de 1954 à 1959.  

 

Roland-Levillain.jpg

Roland Levillain posant dans son bureau de maire pour le premier bulletin municipal : Pont-de-l'Arche : revue cantonale (1965) (photo Lefer). 

 

Le maire trois fois réélu

Roland Levillain bénéficia d’un contexte politique favorable. En 1959, les radicaux-socialistes, sans meneur, perdirent les élections face à la droite et disparurent du devant de la scène politique communale. Roland Levillain devint maire en 1959. Il en fut de même aux élections de 1965 où le PCF, pourtant bien implanté, ne réunit pas assez de voix face à la droite et à une partie de l’électorat de gauche non rassurée par le communisme et l’URSS. Roland Levillain profita de la division de la gauche en 1971 où la gauche socialiste et radicale émergea à côté du PCF, avant de s’écraser faute de meneur compétent. Les victoires de Roland Levillain furent en partie dues à la division de la gauche et à l’effondrement de la gauche républicaine, elles furent aussi le fruit du bilan de ce maire dont on peut lire le maintient de l’électorat, malgré une légère érosion, au fil des scrutins. Roland Levillain fit donc trois mandats, avec des listes constituées autour de commerçants et de personnes – même de gauche – investies dans la vie publique. Proche de son électorat, c’est lui qui instaura la plage horaire du mardi soir pour les permanences du maire. Il fut le dernier maire à avoir été traité solennellement en notable avec, par exemple, le garde champêtre annonçant l’entrée dans la salle de « Monsieur le Maire » au début des séances du Conseil municipal.

 

L’action municipale

Les mandats de Roland Levillain révélèrent l’entrepreneur, pour ne pas dire l’homme d’affaires. Des projets urbains extramuros ont émergé dans notre ville depuis les années 1930 (groupe scolaire) et plus encore depuis les années 1950 (salle des fêtes, pont, HLM de l’Anneau des Rosiers et des Lupins 1…) et la croissance qui a suivi la Libération. Roland Levillain poursuivit cet élan et devint, grâce à ses trois mandats, le maire au plus riche bilan quant à la création d’équipements municipaux et de lotissements privés.

Ainsi, Roland Levillain et son équipe firent agrandir le groupe scolaire de deux classes (1962). Ils furent à l’origine de la piscine communale (1967 – démolie en 1996), du stade Jacques-Havet (1964), des terrains de tennis (1964 et 1971) et du premier local technique (vers 1970) à côté des services de la Direction départementale de l’équipement (actuellement Le Mutant). Ce local sert aujourd’hui au Comité des fêtes. Vaste opération, c’est sous un mandat de Roland Levillain que la Ville de Pont-de-l’Arche construisit les locaux du collège de Pont-de-l’Arche (1967). Il fit aussi construire la gendarmerie (1970) où l’équipe de Richard Jacquet fit installer le Tremplin (2009). C’est Roland Levillain qui fit transférer la mairie du bailliage à l’hôtel Alexandre-Delafleurière (1968) où elle se trouve de nos jours. Il privatisa le bailliage avant que ce joyau du patrimoine historique ne fût racheté par l’équipe de Paulette Lecureux (1998). Il fit aménager la cave de l’ancienne école de garçons (1976) afin d’y tenir des manifestations culturelles. Un nom fut alors forgé : la Salle d’Armes. Il fit restaurer deux vitraux (1972) et entretint l’église Notre-Dame-des-arts. Il fit aménager la place Aristide-Briand (1959) et lança la création des deux blocs sanitaires au groupe scolaire (1977) et programma la dalle devant accueillir le Mil-club attribué à la Ville par la Direction départementale de la jeunesse, des sports et des loisirs (1977). La place jouxtant la salle des fêtes fut baptisée place du Huit-mai 1945. Roland Levillain fit aussi publier le premier bulletin d’information municipale (1965) : « Pont-de-l’Arche : revue cantonale ». C'est durant un mandat de Roland Levillain que l'hôpital local lança une première tranche de réhabilitation (1976).

 

Réalisations privées

Du côté des réalisations privées, on compte le lotissement de la Forêt (1962), l’impasse du Soleil-rouge (1963), le clos de Bonport (vers 1966), la rue Jean-de-la-Varende (1971), l’impasse de la Vallée (1972), le lotissement l’Orée-du-bois (1972), l’impasse du Bon-air (1975). C’est durant le premier mandat de Roland Levillain que l’union commerciale créa le camping Eure et Seine (1960) et que le Temple protestant évangélique fut érigé (1964). Durant un autre mandat, l’Association archipontaine des équipes féminines créa la maison de retraite Les Pins avec l’aide de la Ville (vers 1970).  

 

Le social en berne

Le social et la création de services publics sont un point faible des mandats de Roland Levillain. De nouveaux équipements furent créés, de nouvelles sociétés se constituèrent comme l’Association jeunesse et loisirs, des cours de danse furent instigués par Louise Bornstein dans une classe préfabriquée précédant le gymnase du collège… Cependant, il semble que Roland Levillain n’ait pas suffisamment accompagné l’évolution des modes de vie en matière de sports, mais surtout de loisirs et d’éducation. C’est ce que démontre l’élection de Roger Leroux et son équipe, en 1977, et surtout leurs réalisations et leur réélection en 1983.  

Une seule résidence HLM a été inaugurée (1963) : Les Lupins 2 (l’immeuble jouxtant la rue du Bon-air). Il se peut qu’elle ait été lancée par l’équipe d’Alix Duchemin en même temps que Les Lupins 1 (1958). Après 1972, les constructions privées se raréfièrent ce qui fit baisser la population. Entre les recensements de 1975 et 1982 la villa passa de 2 883 à 2 456 habitants. Après une augmentation, cette baisse de la population semble traduire un essoufflement de la politique de Roland Levillain.

 

La brèche de l'immobilier

Roland Levillain, propriétaire de nombreuses terres, devint promoteur immobilier. Des projets émergèrent à La Pommeraie qui choquèrent une partie de la population et l’opposition de gauche, non élue : en tant que maire, il autorisa des permis de construire qui le concernaient [3]. Ceci n’était pas nouveau, le premier bulletin municipal (1965) mit en évidence une publicité (deuxième page de couverture) pour la Société civile immobilière « Bon air » qui prévoyait des logements accessibles à la propriété en lieu et place de la scierie Levillain. Ces projets choquèrent doublement en l’absence de projets de logements HLM.  

 

Finances

Côté finances, Roland Levillain laissa un budget sain qui permit à la nouvelle équipe élue en 1977 de réaliser de nombreux équipements et de créer de nouveaux services publics dès le début du mandat.

 

Sources

Registres des délibérations du Conseil municipal

Pont-de-l’Arche : revue cantonale

Le Trait d’union

 

A lire aussi…

Les maires de Pont-de-l’Arche

 

Notes

[1] peut-être à la suite de Robert Stref.

[2] archives de l’Eure : fonds FFI 97.

[3] Le Trait d'union n° 11, juillet 1979.

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

Repost 0
9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 15:29

Né vers 1857, Armand Louis Eugène Ferrand fut notaire à Pont-de-l’Arche. Il fut une figure incontournable du Pont-de-l’Arche de la toute fin du XIXe siècle. Il mit sa rigueur professionnelle au service de ses idéaux républicains ce qui lui valut d’être élu maire, malgré lui, de 1894 à 1900.

 

En tant que notaire sur la place Aristide-Briand, Eugène Ferrand a laissé au paysage archépontain une de ses demeures les plus notables : la flèche néogothique de la rue Charles-Cacheleux. Côté cour, une pierre portant le millésime de 1898 nous apprend qu’elle a été posée par la femme d’Eugène Ferrand. Cette élévation fait partie du mouvement de construction de demeures bourgeoises caractéristique de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Précédant de quelque 35 ans la construction en vieux normand de l’étude notariale de la place Aristide-Briand, cet édifice se veut un vieux manoir normand avec ses pans de bois et ses tuileaux en remplissage.

 

Eugene-Ferrand-1-copie-1.JPG

Cette flèche néogothique fait partie des demeures

les plus notables du paysage archépontain depuis 1898

où Eugène Ferrand, notaire, décida de la faire ériger (photo A. Launay, 2013). 

 

Eugene-Ferrand-2.JPG

Millésime de l'édifice cité ci-dessus (photo A. Launay, 2011).

 

On retrouve Eugène Ferrand parmi les conseillers municipaux élus en 1888. Il œuvra cette même année pour la création d’une école maternelle. En vain, semble-t-il. La valeur éducation n’était pas un vain mot pour Eugène Ferrand qui, le 18 septembre 1896, déposa en préfecture les statuts de la Société des amis de l’école laïque, une association cardinale dans la sociabilité archépontaine jusqu’à la Seconde guerre mondiale ; une association dans laquelle figurèrent beaucoup de militants de la gauche radicale et même socialiste.

Le 30 aout 1894, au renouvèlement du Conseil municipal, Eugène Ferrand fut élu maire par 10 voix sur 14, trois élus ayant voté blanc et un autre pour Ernest Divay. Les élections d’avril 1896 reconduisirent une majorité d’élus républicains de gauche au Conseil municipal, parmi lesquels Armand Léopold Ouin, patron des chaussures Marco, Henry de Lafleurière, Anthime Ferrandier, Henry Prieur… Eugène Ferrand fut réélu avec 13 voix et son adjoint, Anthime Ferrandier en obtint 11.

Jusqu’à plus ample informé, Eugène Ferrand est le premier maire qui laissa un bilan officiel de son mandat : Six ans de mairie : aux habitants de la Ville de Pont-de-l’Arche. Son mandat est caractérisé par une gestion financière rigoureuse et une volonté de rendre équitable l’accès aux services. Il y parvint tout en annulant la dette communale. Il fit aussi procéder à un récolement des archives municipales, une première depuis 1857. Il fit rétablir les commissions administratives gérant l’hôpital local et le bureau de bienfaisance.

Tout en diminuant les dépenses de l’hôpital, il augmenta le nombre d’hospitalisés. Il fit aussi rénover les locaux. L’Elbeuvien du 30 décembre 1900 retrace l’inauguration de l’hôpital « sous la présidence de M. Eugène Ferrand, assisté de membres de la commission administrative de l’hospice. L’auteur des plans est M. Marie, ancien agent-voyer, qui en a conçu les aménagements d’après les derniers perfectionnements préconisés par la science moderne. L’hôpital est tenu par les sœurs de la Providence d’Évreux ». De 12 lits, l’hôpital accueillit 18 lits. Une vaste salle éclairée fut aménagée.

Eugène Ferrand fit aussi des travaux à la mairie (le bailliage) et la justice de paix (même lieu) pour rendre plus accessibles les différents services. Une partie de ces travaux doit être visible dans le cour du four à pain de nos jours. Il s'agit de l'agrandissement du bâtiment de la prison des hommes qui présente les mêmes caractéristiques que l'extension de l'école de garçons (voir ci-dessous) : brique en chainage, damier de silex et de brique blanche en remplissage. 

Il fit aussi agrandir et aménager l’école de garçons (salles Ambroise-Croizat et Beauregard) ce qui repoussa de quelques années la nécessité de construire un groupe scolaire. De ces travaux, une extension côté cour est nettement visible, de nos jours, qui porte le nom d’Eugène Ferrand et de Hubert Marie, agent-voyer, auteur des plans.

 

Extension Beauregard 1

Extension de l'ancienne école élémentaire (salles Ambroise-Croizat et de Beauregard)

bâtie en 1897 lorsqu'Eugène Ferrand était maire (photo A. Launay, 2010). 

 

Extension Beauregard 2 

Millésime de l'édifice cité ci-dessus (photo A. Launay, 2011).

 

Des restaurations à l’église Notre-Dame-des-arts ont aussi eu lieu notamment grâce au denier public et ce avant 1905 et la loi de séparation des Eglises et de l’Etat. Eugène Ferrand fit aussi renouveler l’équipement électrique de la ville en partenariat avec la Société normande d’électricité, basée de l’autre côté de la Seine, sur la zone du Fort. L’éclairage des rues passa de 3 mois à 9 mois par an. Un circuit téléphonique fut livré au public le 1er mai 1898.

 

Sources

L’Elbeuvien

Registres des délibérations du Conseil municipal

Ferrand Eugène, Six ans de mairie : aux habitants de la Ville de Pont-de-l’Arche, [1900], 15 pages. Bibliothèque administrative de la Ville de Paris : Br. 14781.

 

A lire aussi... 

Les maires de Pont-de-l'Arche

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

Repost 0
3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 12:32

Quelques salariés de chez Marco vers 1910. Avec tous mes remerciements à Bruno Daniel.

Marco-vers-1910--Bruno-Daniel-.jpg

 

Les salariés de chez Marco en 2011 (photo A. Launay).

Marco 1 

A lire aussi... 

La rubrique "Marco et l'industrie de la chaussure" de ce blog

Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

Repost 0
3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 10:45

               

En 1964, Paul Lambert a commencé à créer de la faïence « Vieux Rouen », un savoir-faire disparu dans notre région depuis 1850 (voir ci-dessous). Depuis 1994, son fils Luc a brillamment pris le relai de l’entreprise familiale classée entreprise du patrimoine vivant par le ministère de l’artisanat en 2007. Suivez-le guide !

 

Faïence 12

Luc Lambert réalisant le décor d'un plat, en l'occurrence un dessin de Félix Benoist lithographié par Charpentier dans La Normandie illustrée : monuments, sites et costumes... dessinés d'après nature par Félix Benoist et lithographiés par les premiers artistes de Paris, les costumes dessinés et lithographiés par François-Hippolyte Lalaisse,... ; texte par M. Raymond Bordeaux et Amélie Bosquet, sous la direction de M. André Pottier,... pour la Haute-Normandie…, Nantes : Charpentier père, fils et Cie, 1852, 2 volumes.

 

 

Le retour de la faïence rouennaise

Paul Lambert nous vient de Nevers, le bastion français où a survécu la tradition de la faïence. Il a acquis la technique de la faïence dans la « manufacture du bout du monde », la plus ancienne entreprise de faïence d’Europe. En 1960, il s’installe à Louviers avec son épouse Mireille avant de créer son atelier en 1964 à Igoville.

Quand il est arrivé en Normandie, Paul était « persuadé que la faïence Vieux Rouen s’y produisait toujours ». Surprise, elle était éteindre depuis plus de 100 ans. « J’ai donc travaillé plusieurs mois pour retrouver les émaux, les décorations propres au style normand. C’était très stimulant. » Et c’est ainsi que Paul Lambert redonna vie à la faïence rouennaise qui était alors reproduite sans éclat par des céramistes du Nord et de la Sarthe. Son initiative a séduit un public connaisseur et curieux et a fait des émules dans la capitale haut-normande (quartier Saint-Romain)…

Face à l’émergence des importations massives d’objets utilitaires, les faïenciers comme Luc privilégient les objets rares, précieux et personnalisés. Il s’agit de coller au plus près des gouts des clients. Chaque œuvre sortant de l’atelier Lambert est unique et demande beaucoup d’heures de travail : « le plus souvent, les gens viennent avec leur propre idée. Ils me montrent une photo de pièce de musée, une documentation sur l’objet de leurs rêves. » Et l’expérience de Luc fait le reste. « C’est comme cela que récemment j’ai réalisé un manège en faïence ». Les mairies sont aussi intéressées par le travail personnalisé de Luc : « je réalise souvent des plats décorés du blason communal et les cadeaux offerts aux mariés. Nous recevons aussi dans notre boutique des cars de touristes venus à la rencontre d’un savoir-faire typiquement normand. Vases, plats, pendules, blasons, luminaires, assiettes, articles pour la table, tasses, pavés… et une gamme très variée d’objets demandés par la clientèle ». Dans la lignée des faïenciers de Rouen, capables de produire tous types d’objets, les Lambert ont même réalisé un luminaire à partir d’éléments de la fusée Ariane ! Luc Lambert travaille aussi quelques porcelaines, grés et verres.


Visites et contact

Boutique ouverte du lundi de 14h à 19h et du mardi au samedi de 10h à 19h. 3, route de Paris (zone du Fort, près du pont de Pont-de-l’Arche) / 27 460 IGOVILLE / 02 35 23 02 83 / faience-lambert@voila.fr

 

 

Faïence 6

Paul, Mireille et Luc Lambert, famille de faïenciers qui ont réintroduit le « Vieux Rouen » en Normandie à partir de 1964. Ici dans la boutique d’Igoville. Photo Armand Launay.

 

Le style Vieux-Rouen ? 

Au XVIe siècle, Masséot Abaquesne (vers 1500-1564) est le premier faïencier normand de renom. Natif de Cherbourg, iI reçut une solide formation notamment auprès de maitres italiens de Faenza, ville qui a donné son nom à la faïence. Il réalisa de nombreux carreaux de faïence historiés, portant des arabesques et des blasons dans le style dominant de l’époque : le style italien. Son chef-d’œuvre est la série de carreaux réalisée entre 1540 et 1548 pour décorer le château d’Écouen, propriété du connétable de France Anne de Montmorency. Ce château abrite aujourd’hui le Musée national de la Renaissance et présente de nombreuses œuvres de Masséot Abaquesne. Cependant, les descendants de cet artiste normand ne parvinrent pas à reprendre son flambeau.  

 

Faïence 2

Le Déluge, embarquement sur l'Arche, Masséot Abaquesne, 1550. Exposé au musée national de la Renaissance d'Ecouen.

 

En 1644, la Régente Anne d’Autriche accorda le monopole de la fabrication de faïence à Nicolas Poirel qui engagea Edme Poterat. Celui-ci relança la production de faïence à Rouen et créa peu à peu son fameux décor bleu à lambrequins ou broderies. En privilégiant un décor, devenu omniprésent sur les objets, le style rouennais émergea et acquit une réputation nationale. Les Poterat innovèrent aussi dans la forme des objets [2] et dans leur composition puisqu’ils inventèrent la porcelaine tendre.

 

Faïence 3

Broc, Edme Poterat, atelier Luc Lambert (Igoville), facsimilé d’un original de 1700-1720 conservé au musée de la céramique de Rouen.

 

L’année 1720 marqua la fin des Poterat et de leur monopole royal. Leur entreprise fut reprise par Nicolas Fouquay, le créateur des célèbres bustes des « Quatre saisons ». Rouen connut alors l’ouverture de nombreuses fabriques (jusqu’à 22) dans le quartier Saint-Sever qui influencèrent tous les ateliers de France [2]. La production rouennaise fut cependant concurrencée par l’ouverture du marché aux importations anglaises, l’émergence de la porcelaine et la volonté royale de limiter la consommation du bois de chauffe. La production s’appauvrit avant de s’éteindre vers 1855. Les décors de Rouen furent alors reproduits sans grand éclat hors de la Normandie. Ce n’est que dans les années 1960 que la production de faïence rouennaise reprit en Normandie dans l’atelier Lambert auquel nous consacrons un article plus loin…

 

A lire aussi...

L'ancienne usine électrique de Pont-de-l'Arche

Les ponts de Pont-de-l'Arche de 862 à nos jours



[1] Aiguières, bannettes, bénitiers, bidets, boites à épices, boules à éponge ou à savon bouquetières, bourdalous, bouteilles, consoles murales, crachoirs, crucifix, hanaps, huiliers, jardinières, jattes, légumiers, moutardiers, pichets, plateaux de commodes ou de cheminées, plats à barbe, rafraichissoirs, saucières, saupoudreuses, soupières, suspensoirs d’église, terrines, théières…

[2] Paris, Saint-Cloud, Moulins, Lille, Saint-Amand, Strasbourg, Marseille, Rennes, Quimper, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Saintes et La Rochelle

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

Repost 0
3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 10:20

 

Sur la route de Rouen, après le pont, les plus observateurs auront remarqué une cheminée en brique. Située au n° 12 de la rue du Canal, à Igoville, cette propriété privée témoigne de l’existence de l’usine électrique de Pont-de-l’Arche…

 

Fondée par Adrien Gascon en 1894, la Société normande d’électricité alimenta Pont-de-l’Arche et sa proche région en électricité depuis ses locaux de la rive droite de la Seine. Il semble qu’Adrien Gascon fut aidé par le marquis de Cairon, maire d’Alizay qui habitait le manoir de la Motte (actuelle mairie). L’expansion de la première usine électrique locale nécessita la création d’un second local plus vaste et lumineux (voir notre photo) et le premier bâtiment en brique fut transformé depuis en style « vieux normand ».

C’est Marcel Gaubert qui reprit cette usine en 1909. Il commanda aussitôt un nouveau moteur à gaz suisse qui arriva durant les inondations de février 1910 où 20 cm d’eaux étaient entrés dans le local (voir plaque). Mobilisé durant la Grande guerre, M. Gaubert fut remplacé par son contremaitre, M. Hémard. Marcel Gaubert rentra du front et se maria en 1919, quelques mois avant la naissance de son fils Jacques Lachner-Gaubert. En ce temps, la Société normande d’électricité s’arrêtait de produire durant la nuit. Elle achetait donc du courant à la Société andelysienne d’électricité (SAE) et le transformait en courant alternatif.

La centrale de Pont-de-l’Arche compta jusqu’à sept moteurs dont deux de marque Caterpillar. Elle fournissait la ville de Pont-de-l'Arche et notamment l'industrie de la chaussure hormis les établissements de  Paul Nion et ses fils de Georges Prieur, faisant leur propre courant, et MARCO, se fournissant à la SAE. Les habitants de Pont-de-l’Arche n’avaient presque pas d’électricité quand les usines tournaient. Certains se souviennent d’avoir « à peine un lumignon » qui éclairait la cuisine le soir. Il fallait attendre la fermeture des usines pour y voir clair ! Jacques, le fils de Marcel, apprit son métier à l’école professionnelle de Rouen (Blaise-Pascal). Il travailla à l’usine de son père à partir de 1938.

Quatre personnes travaillaient alors pour Marcel Gaubert en 1939 quand éclata la guerre. Ce dernier fut mobilisé et emprisonné 5 ans en Autriche. La centrale fut affectée par la guerre et dut racheter le courant à la SAE. A la Libération, l’énergie électrique fut nationalisée. L’usine de Pont-de-l’Arche ferma ses portes. Jacques Lachner-Gaubert intégra le personnel d’EDF en 1948. Il travailla à Louviers jusqu’en 1975.

Aujourd’hui, dans ses locaux au charme d’antan, Jacques témoigne de la course folle qu’a connue notre société plus d’un siècle, de révolution technique en révolution technique. Il nous a permis de lever le mystère sur ce bâtiment qui a compté dans l’histoire locale en nous l’en remercions vivement !

 

Publié initialement dans Pont-de-l’Arche magazine n° 13 (automne 2011)

 

Usine-electrique.JPG 

Jacques Lachner-Gaubert, témoin fidèle de la vie de l’ancienne usine électrique de Pont-de-l’Arche.

 

Sources

Registre des délibérations du Conseil municipal de Pont-de-l’Arche

Divers courriers d’époque

 

 

A lire aussi... 

L'écluse de Limaie

Les faïenciers Lambert 

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

Repost 0
28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 16:48

 

La rue des Soupirs est située le long du parc de la mairie. Nous avons noté déjà dans cette rue deux éléments de patrimoine : un mur en bauge et des stigmates de bombardements de 1944Ce nom intrigue, de quels soupirs est-il question ?

 

P1110178.JPG

 

Le plus ancien document, que nous ayons retrouvé, qui note le nom de rue des Soupirs date de 1917. Il questionnne une rue des Soupirs du camp aux Anglais.

Nous nous plaisons à relier ces soupirs aux noms de lieux, près des villes, qui font joliment référence aux herbes folles où folâtraient les amoureux : le Bel ébat à Evreux, la Côte des amoureux à Louviers et la Côte d’amour à Pont-de-l’Arche... Pour ne citer qu'elles.  

Lucien Barbe, auteur du Dictionnaire du patois normand en usage à Louviers et environ, nous apprend que la Côte des amoureux, à Louviers donc, était nommée la "Côte à mamours" en dialecte normand. Faire des mamours signifie faire des bisous, des papouilles, des câlins… Ces pratiques expliquent le besoin de se retrancher non loin de la ville mais déjà dans une certaine intimité...

Quant aux soupirs, au figuré, ils désignaient l’amour. L’expression soupirant nous est restée aujourd’hui qui désigne celui qui se languit d’amour.

Enfin, la rue des Soupirs est située non loin de la Côte d’amour, nom inusité de nos jours et que l’on retrouve dans les cartes postales des années 1910. Cet endroit, situé près de l’ancienne poste, a été recouvert par l’avenue De-Lattre-de-Tassigny afin de permettre l’accès au nouveau pont de la ville (1955). On retrouve le nom de Côte d'amour depuis au moins 1782 comme en témoigne un dessin que nous reproduisons ci-dessous. 

Quand les noms officiels rejoignent la poésie… et la remplace quelque peu !

La Côte d'amour, un joli nom de lieu archépontain encore usité dans les années 1910 comme en témoigne cette illustration de carte postale.

La Côte d'amour, un joli nom de lieu archépontain encore usité dans les années 1910 comme en témoigne cette illustration de carte postale.

Sur cette autre carte postale, quelques jeunes prennent du bon temps dans les herbes, ce qui illustre notre thèse selon laquelle la Côte d'amour et la rue des Soupirs tiennent leurs noms de ces moments insouciants parmi les pâquerettes des beaux jours...

Sur cette autre carte postale, quelques jeunes prennent du bon temps dans les herbes, ce qui illustre notre thèse selon laquelle la Côte d'amour et la rue des Soupirs tiennent leurs noms de ces moments insouciants parmi les pâquerettes des beaux jours...

La coste d'amour nommé dans un dessin de 1782 représentant le fort de Limaie, c'est-à-dire le fort situé de l'autre côté du pont de Pont-de-l'Arche. Le pont actuel touche la berge d'Igoville à l'endroit de la tour d'angle figurant sur ce dessin reproduit dans un article de Léon Coutil intitulé "Le vieux château de Limaie et le vieux pont de Pont-de-l'Arche (Eure)" publié dans le Bulletin de la Société d'études diverses de Louviers, tome XVI, 1921-1922.

La coste d'amour nommé dans un dessin de 1782 représentant le fort de Limaie, c'est-à-dire le fort situé de l'autre côté du pont de Pont-de-l'Arche. Le pont actuel touche la berge d'Igoville à l'endroit de la tour d'angle figurant sur ce dessin reproduit dans un article de Léon Coutil intitulé "Le vieux château de Limaie et le vieux pont de Pont-de-l'Arche (Eure)" publié dans le Bulletin de la Société d'études diverses de Louviers, tome XVI, 1921-1922.

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

Repost 0
28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 16:06


La guerre de Cent ans fut une longue succession de batailles entrecoupées de pauses qui opposèrent divers clans français et la monarchie anglaise. L’enjeu de ces conflits fut le trône de France et la maitrise de vastes territoires qui ont, par la suite, formé notre pays. Les premiers combats commencèrent en 1339 suite aux velléités d’Edouard III, roi d’Angleterre, sur le trône de France. En 1346, celui-ci se lança dans une chevauchée armée du Cotentin à Paris, puis de Paris à Calais. Ce fut un échec, notamment devant Pont-de-l'Arche qu’il voulait prendre de surprise. Néanmoins, les terres continentales étaient déchirées entre diverses luttes d’influences et d’alliances plus ou moins trahies. Pour compliquer le tout, la famille royale se déchira : le roi Charles VI étant sujet à des crises de démence, il régnait une certaine vacance du pouvoir français. Son fils Charles VII, encore très jeune, n’était que le Dauphin du roi. Une vendetta opposa les Armagnacs, proches de Charles VII, aux Bourguignons, c'est-à-dire les proches du duc de Bourgogne autour de Jean sans Peur, oncle du Dauphin. Profitant de cette division, Henri V d’Angleterre débarqua en aout 1417 dans l’estuaire de la Touques. Il conquit toute la Normandie, dont l’actuel département de l’Eure, d’avril 1418 à décembre 1419.

 

Comment le pont de l'arche fut prins"Comment le pont de l’arche fut prins", peinture, fol. 138v, in Martial d'Auvergne, Vigiles de Charles VII, France, 1484, manuscrit, parchemin, II-266 feuillets. Bibliothèque nationale de France, département des manuscrits (division occidentale), Français 5054. cf. aussi  http://gallica.bnf.fr. Jusqu'à plus ample informé, c'est la plus ancienne évocation de pont à Pont-de-l'Arche, l'évènement datant de 1449. 

 

Prise de possession en 1418 par Henri V

Après s’être rendu maitre de Louviers, Henri V, roi d’Angleterre, arriva à Pont-de-l’Arche le 29 juin 1418 avec 10 000 hommes. Tenant déjà Harfleur, il voulait maitriser la Seine en aval de Rouen, avant de s’attaquer à cette ville. Il fit camper ses troupes entre la forêt et Pont-de-l’Arche et établit ses quartiers dans l’abbaye de Bonport. Jean Malet, seigneur de Graville et capitaine de la garnison de Pont-de-l'Arche, resta fidèle au Dauphin Charles VII en refusant de donner les clés de la ville. Henri V devait encore encercler la ville et faire battre en retraite plus de 2 000 combattants français, venus en renfort, qui attendaient les Anglais de l’autre côté du fleuve (fournissant ainsi un ravitaillement à la ville). Le 4 juillet, le duc de Cornouailles franchit alors la Seine avec huit bateaux, soit une soixantaine de combattants et quelques canons, et gagna une petite ile d’où il put tirer sur les Français. Impressionnés, ceux-ci se dispersèrent. Mil anglais traversèrent le fleuve, suivis le lendemain (5 juillet) par le duc de Clarence et 4 000 soldats ; la ville et le château de Pont-de-l’Arche étaient alors assiégés des deux côtés de la Seine.

Jean Malet tint ses positions et envoya plusieurs messages à ses soutiens. Les Rouennais, malgré une alliance signée le 5 juin 1418, n’intervinrent pas [1]... Jean sans Peur, tenant Pontoise et Chartres, interdit tout envoi de secours en Normandie et ce, de la part du gouvernement – armagnac – de Paris… Quelques escarmouches se produisirent encore devant le château de la rive droite. Isolé, Jean de Graville dut se résigner et signa un acte de reddition le 19 juillet, précisant que lui, Pierre de Rouville (son second) et mille de leurs hommes pouvaient partir libres sous la protection du roi d’Angleterre (jusqu’au 25 de ce mois). Les Anglais s’emparèrent alors de Pont-de-l’Arche, perçant ainsi les défenses bourguignonnes, et se rabattirent sur Rouen.

Jean de Graville eut le mérite de rester fidèle à Charles VII : isolé, il s’opposa à la fois aux Anglais et à Jean sans Peur, qui s’appuyait sur la bourgeoisie commerçante de Paris et qui vivait du trafic de la Seine et de ses affluents. On peut d’ailleurs pressentir une collusion financière entre celui-ci et le roi d’Angleterre. Quoi qu’il en soit, Charles VII remercia Jean de Graville en lui assignant 200 livres par mois (pour lui-même et pour 150 hommes) et en le nommant grand maitre des arbalétriers. Charles VII pouvait d’autant plus gratifier le capitaine de Pont-de-l'Arche que, si tous les sujets étaient restés aussi fidèles que Jean de Graville, Henri V d’Angleterre n’aurait pu se proclamer roi de France, suite au traité de Troyes (1420) [2].

 

Quel rôle pour le Pont-de-l’Arche anglais ?

Quel était le rôle stratégique de Pont-de-l'Arche ? Le contrôle des vivres nous semble intéressant car si les Anglais comptaient assiéger Rouen, mieux valait pour eux contrôler les vivres qui pouvaient être acheminées par notre cité, soit par voie de Seine, soit par la rive droite de ce fleuve. Or Pont-de-l’Arche contrôlait à la fois le passage sur la Seine (par le montage des bateaux sous son pont) et au dessus de celle-ci. D’ailleurs, une fois Pont-de-l’Arche tombé, Rouen ne tarda pas. Les taxes perçues ne devaient pas non plus être dédaignées. Mais, plus généralement, la maitrise de la Seine était essentielle aux déplacements d’une armée, de son matériel et de son approvisionnement [3]. En 1420, Thomas Holgill devint pourvoyeur des provisions de plusieurs places fluviales en Normandie [4]et notamment de Pont-de-l’Arche. Il assura aussi le ravitaillement des troupes anglaises de Paris. C’est ainsi que le 20 février 1420 le nouveau capitaine de Pont-de-l’Arche, Jean Falstof, fut chargé d’acheminer de Rouen à la Bastille de Paris un convoi fluvial de froment et d’orge. Il avait aussi pour mission de surveiller les navires suspectés de transporter des provisions pour les Français et, au besoin, de les réquisitionner ou les détruire. Car le danger était toujours présent, les Français de Charles VII contre attaquèrent, notamment à Verneuil en 1424.

Mais qui dit contrôle fluvial, dit présence et contrôle de troupes armées : Jean Beauchamp, autre capitaine, et ses troupes furent passés en revue en 1425 par les commissaires du roi d’Angleterre. Cette même année, le 8 octobre, une ordonnance contre les soldats qui avaient déserté leurs corps fut adressée au chevalier Jean Kigley, bailli de Rouen, et à Guillaume Crafford, lieutenant du même bailli et capitaine de Pont-de-l’Arche. Quelle était l’ampleur de la garnison ? Elle allait de 20 à 110 hommes (surtout vers les dernières années) durant la période anglaise. L’année 1429 est représentative : 10 hommes d’armes et 30 archers à cheval, 10 hommes d’armes et 30 archers à pied. Les troupes à cheval parcouraient la région dans un petit périmètre, les autres étaient en permanence dans le fort et pouvaient aussi s’atteler à des réparations comme celles du pont en 1435.

 

Les capitaines de la garnison anglaise de Pont-de-l’Arche de 1419 à 1447 [5]

1419 : Amauri le Coq, " capitaine du pont " ;

1421 : Maurice Bron [= Brown ?], " capitaine de la ville et du château pour le roi d’Angleterre " ;

1429-1432 : Robert de Willoughby, " capitaine du Pont-de-l’Arche" ;

1422 : Thomas Maitreson, " capitaine de la ville et du château " ;

1422-1429 : Jean de Beauchamp, " capitaine de Pont-de-l’Arche " ;

1433 : Jehan Talbot ;

1434 : le comte d’Arundell, " capitaine de la ville et du château " ;

1435-1437 : Robert de Willoughby, " capitaine du Pont-de-l’Arche" ;

1440-1443 : le cardinal de Luxembourg, " capitaine de Pont-de-l’Arche " ;

1443 […] : Adam Hilton, " capitaine de Pont-de-l’Arche " ;

1446-1447 […] : le duc d’York, " gouverneur de France et de Normandie, capitaine de Pont-de-l’Arche " et Thomas Mulso, lieutenant ;

1448 : Fauquemberg.

 

 

La Libération de Pont-de-l’Arche en 1449 par Charles VII

L’importance stratégique de Pont-de-l'Arche se sentit aussi en matière diplomatique. Outre les Etats de Normandie qui s’y tinrent en 1432, 1437, 1438 et 1439, la ville accueillit des conférences entre Anglais et Français. Cependant le vent tourna, les Français s’étaient ressaisis, notamment en 1435où les Armagnacs firent la paix avec les Bourguignons. En 1441, Evreux fut libéré. La garnison anglaise de Pont-de-l'Arche fut renforcée et confiée parfois à des personnalités de premier plan comme le duc d’York, par exemple. Le 30 novembre 1440, Henri V réunit à Pont-de-l’Arche une assemblée des notables de la ville et des environs pour faire cesser les actes de résistance et l’avancée des troupes françaises qui s’étaient momentanément emparées de Louviers. En 1444, les places de Verneuil, Vernon, Château Gaillard et Pont-Audemer furent à leur tour libérées.

Le roi de France, Charles VII, eut l’intention de reprendre Rouen en 1449 : il concentra ses forces sur Louviers et Pont-de-l'Arche en vue, très certainement, de faciliter le passage des troupes, du matériel et des futures vivres. Et, contrairement à l’arrivée des Anglais à Pont-de-l'Arche, les Français voulurent reconquérir la ville non par la force mais par la ruse, d’après les chroniqueurs du Moyen Age. Un marchand de Louviers, qui passait habituellement par Pont-de-l'Arche pour aller vendre ses denrées à Rouen, prit une place cardinale dans une stratégie un peu spéciale. Alors que le marchand devrait obtenir des gardes l’ouverture de la porte, quelques Français à pied resteraient cachés près de l’entrée du château de Limaie, sur la rive droite en face du pont, et attendraient la première occasion pour s’engouffrer dans les fortifications. Pendant ce temps, quelque 4 à 500 cavaliers patientaient à l’orée de la forêt, rive gauche. Alors, le 13 mai 1449, selon les propos de Léon de Duranville ;

Le marchand, traversant le Pont-de-l'Arche, suivant son habitude, réclame du portier l’ouverture de la porte pour le lendemain de très bonne heure, et ce, sous promesse de récompense. […] au point du jour, il frappe pour éveiller le portier. Celui-ci conçoit d’abord quelques inquiétudes, en voyant deux hommes sortir de l’hôtellerie ; mais il se sécurise sur l’assurance à lui donnée que ce sont deux habitants de Louviers. Toute prime mérite son salaire ; le marchand laisse tomber à terre quelques pièces de monnaie, et, profitant de la posture du portier… il le tue. Le bruit alarme ceux qui sont dans le château, et l’un d’eux, descendant en chemise, s’efforce de lever le pont-levis. Il y avait deux ponts-levis, l’un par lequel on accédait au boulevard, et qui se trouvait au pouvoir des assaillants, et l’autre, dont le soulèvement pouvait encore sauver la place. Le marchand s’élance, et met à mort ce second adversaire. […] Il restait encore une seconde entreprise ; ce fut l’affaire d’un clin d’œil que de passer le pont et d’arriver à la porte de la ville. Le sommeil régnait encore, un seul anglais défendit longtemps et courageusement cette porte. Les autres soldats de l’Angleterre furent tous prisonniers, et notamment le seigneur de Fauquemberg [qui] venait d’arriver durant la nuit. […] La place étant au pouvoir des Français de Brézé [6], ils ouvrirent une des portes qui donnaient vers la forêt ; alors, le bailli d’Evreux et le seigneur de Magny… entrèrent dans la place… Cet événement coûta la vie à huit ou dix anglais.

La chute de Pont-de-l'Arche éveilla la fureur du duc de Sommerset, gouverneur de Rouen, car la route de sa ville était ouverte au roi de France. Elle tomba peu de temps après, en 1450 (ainsi que la Normandie continentale) aux mains du roi de France. En 1475, cessaient les attaques anglaises et donc la guerre de Cent ans. Mais, cependant, les monarques anglais ont depuis lors conservé le titre de… roi de France…

 

 

A lire aussi...

Les ponts de Pont-de-l'Arche de 862 à nos jours

Les remparts de Pont-de-l'Arche

 

 

Notes

[1] A moins qu’ils eussent envoyé les soldats dont nous parlions ci-dessus qui, très rapidement, se sont enfuis, comme si la défense de Pont-de-l'Arche leur importait peu…

[2] Ce qui fut approuvé par le Parlement et l’Université de Paris…

[3] Henri V protégea en priorité la Normandie et Paris et rendit sûr l’axe de la Seine en s’emparant de Sens, Montereau, Melun, Dreux (en 1421).

[4] dont Rouen, Château Gaillard, Vernon et les Goulets.

[5] Delabos Christian, annexe IV. 

[6] Pierre de Brézé (sénéchal d’Anjou, de Poitou et de Normandie, capitaine de Louviers), Robert de Flocques (bailli d’Evreux, maréchal de Normandie, propriétaire de la seigneurie d’Orcher, près d’Harfleur), Jacques de Clermont, Guillaume de Bigars…

 

 

Sources 

Bodinier Bernard (dir.), L’Eure de la préhistoire à nos jours, Saint-Jean-d’Angély : éd. J.-M. Bordessoules, 2001, 495 pages ;

Charpillon Louis-Etienne, Caresme Anatole, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys : éd. Delcroix, 1868, 960 pages ;

Delabos Christian, La Seine et les opérations militaires à la fin du Moyen Age, mémoire de maitrise soutenu à Rouen sous la direction d’Alain Sadourny en 1991, 248 pages ;

Demurger Alain, Temps de crises, temps d’espoirs : XIVe-XVe  siècle, Paris : Le Seuil, collection points histoire,1990, 380 pages ;

Duranville Léon de, Essai archéologique et historique sur la ville du Pont-de-l’Arche et sur l’abbaye Notre-Dame-de-Bonport, auto produit, 1856, 231 pages.

 

 

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

Repost 0
27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 17:49

Le nom de Charles Michels fut donné à la cité d’urgence inaugurée à Pont-de-l’Arche en septembre 1947 par le maire communiste André Benet et le député radical-socialiste Pierre Mendès France. Son nom est aussi immortalisé à Romans, Limoges, Issoudun, Saint-Denis, Paris (XVe arrondissement)… Mais qui était-il ?

 

DSCF4026.JPG

La cité Charles-Michels fut bâtie en urgence en 1947 pour reloger des sinistrés de la Seconde guerre mondiale. Son architecture stéréotypée, constituée de panneaux de béton, devait durer peu de temps. Existant toujours aujourd'hui, elle témoigne des années qui ont suivi la Libération (photo A. Launay, 2011). 

 

Charles Michels, né le 6 mars 1903 à Paris et mort le 22 octobre 1941, était un ouvrier en chaussures qui devint secrétaire au syndicat CGTU, puis CGT de la fédération des cuirs et peaux. Il fut ensuite député communiste de Paris (XVe arrondissement).

Dès 13 ans, cet orphelin de père travailla dans la chaussure, chez Dressoir, une des plus importantes entreprises de chaussures de la région parisienne. A 17 ans, il devint délégué du personnel de son usine ce qui lui valut un licenciement. Adhérent au Parti communiste français à partir de 1926, il acquit des responsabilités syndicales à partir de 1929 dans l’union syndicale des cuirs et peaux au niveau local et national. C’est à titre qu’il accompagna les ouvriers de Pont-de-l’Arche durant la grande grève de 1932 où il fut identifié avec son camarade André Tollé dans un rapport de police. En 1935, les organisations syndicales des cuirs et peaux, CGT et CGTU fusionnèrent et Charles Michels avait la réputation d’organisateur de tous les mouvements de grève nationaux. 

En 1936, il fut élu député du Front populaire dans le XVe arrondissement de Paris. En 1937, il fut élu secrétaire général des la CGT des cuirs et peaux où il milita contre le fascisme. En septembre 1939, il fut incorporé au 22e GOA à Vernon. Il fut déchu de ses fonctions législatives le 21 janvier 1940 en raison de son appartenance au Parti communiste français. Démobilisé, il regagna Paris où il prit contact avec Jean Catelas, meneur de la résistance communiste locale. Charles Michels réutilisa ses réseaux syndicaux des cuirs et peaux pour organiser la résistance. Il fut arrêté avant de pouvoir gagner la clandestinité en octobre 1940. Après plusieurs centres de détention, il aida des camarades à s’évader de la prison du Camp Choisel, à Châteaubriand, (Ille-et-Vilaine).

Suite à un attentat perpétré contre la Kommandantur de Nantes, Charles Michels fut le premier otage à être désigné puis fusillé, le 22 octobre 1941, avec 26 autres détenus dont le célèbre Guy Môquet qui cita Charles Michels dans l'avant dernière qu'il écrivit à sa famille, avant d'être fusillé à son tour. 

 DSCF4029.JPG

Vue sur une autre maison de la rue Charles-Michels (photo A. Launay, 2011).

Plaque commémorative placée chez le marbrier à l'entrée de la rue Charles-Michels. Il semble que ce soit elle qui ait été inaugurée quand la rue fut baptisée du nom de Charles Michels (cliché Armand Launay, juillet 2016).

Plaque commémorative placée chez le marbrier à l'entrée de la rue Charles-Michels. Il semble que ce soit elle qui ait été inaugurée quand la rue fut baptisée du nom de Charles Michels (cliché Armand Launay, juillet 2016).

Sources

Maitron Jean, Pennetier Claude (dir.), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, tome XXXVI, quatrième partie, 1914-1939 : De la Première à la Seconde guerre mondiale, Paris : les Editions ouvrières, 483 pages. Charles Michels : page 354.

Chantepie Roland, Pont-de-l’Arche à travers les âges, manuscrit b, 2e partie, De la Révolution à nos jours (1944).

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

Repost 0
27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 15:52

Faire un brushing, voir un combat de catch, faire une garden-party, écouter du rock ou encore être une fashion victime… L’anglais contemporain utilise des mots normands. Pourquoi ? La réponse date de 1066 où Guillaume II, duc de Normandie, conquit l’Angleterre avec ses compagnons. Le normand devint alors la langue du pouvoir et du prestige en Angleterre et ce durant des siècles. Mais que sait-on de la présence du normand en Angleterre ? Pourquoi l'anglais lui a-t-il laissé place ? Comment se fait-il que le français et le latin ne l'aient pas complètement effacé ? Quelles sont les témoins bien vivants du normand dans l’anglais contemporain ? Autant de questions auxquelles cette étude entend laisser quelques jalons...

 

1066 : des Normands conquièrent le trône d’Angleterre

Le 5 janvier 1066, le décès du roi sème le trouble en Angleterre. En effet, Edouard le Confesseur (né vers 1004-1066), sans descendant direct, avait promis son trône au duc de Normandie, Guillaume II, dit le Bâtard. Pourquoi ce choix ? Edouard était le fils de la grande-tante de Guillaume, Emma, elle-même fille du duc de Normandie Richard Ier. Ces liens familiaux lui avaient permis de fuir les invasions danoises de 1013 en se réfugiant en Normandie à la cour de son oncle Richard II. Son règne, entamé en 1043, fut marqué par sa méfiance à l’encontre des anglo-saxons et des danois. Il s’entoura donc de Normands ce qui lui valut l’inimitié des anglo-saxons. A la mort d’Edouard, les nobles anglo-saxons voulurent contrecarrer l’arrivée de Guillaume II et installèrent sur le trône Harold Godwinson (1022-1066) qui n’avait aucune parenté avec Edouard. Il fut couronné le 5 janvier 1066. Guillaume II leva au plus vite une vaste armée de Normands, Picards, Bretons et Flamands. Après avoir débarqué en Angleterre, il tua Harold et de nombreux nobles anglo-saxons lors de la célèbre bataille d’Hastings le 14 octobre 1066. Il prit la couronne du royaume d’Angleterre le 25 décembre 1066 à Londres. Ainsi, sur la tête d'un seul homme fut fondé un pouvoir immense : la couronne du royaume d'Angleterre et la couronne du duché de Normandie, vassal du royaume de France. Un pouvoir qui perdura jusqu’en 1204.

 

 

Guillaume 1er

En devenant roi d’Angleterre, le duc de Normandie Guillaume le Conquérant a fait du normand la langue du pouvoir outre-Manche. 

 

Une élite normande s’installe au pouvoir

Pour gratifier ses compagnons de l’avoir soutenu dans la conquête du trône, Guillaume – désormais appelé le Conquérant – leur donna les titres et les fonctions anciennement possédés par la noblesse anglo-saxonne. Il s’entoura d’hommes de confiance et constitua ainsi une aristocratie à majorité normande dans les domaines politique, militaire, religieux et économique. Pour n’en citer que quelques-uns, Thomas fut fait archevêque d’York et Lanfranc de Pavie devint archevêque de Cantorbéry. On retrouve les noms de plusieurs dizaines de grandes familles normandes grâce au Domesday book (1086) qui recensa pour le roi toutes les terres d’Angleterre : les Aubigny (Manche), les Beaumont (de Beaumont-le-Roger), les Bohun (de Saint-Georges-de-Bohun, Cotentin), les Bourg (devenu De Burgh en Angleterre et Burke en Irlande), les Bruis (de Brix, près de Cherbourg, devenu Bruce dont Robert 1er roi d’Ecosse), les Ferrière (Eure, devenu Ferrers), les Giffard (Bolbec), les Grandmesnil (Falaise), les Harcourt (près du Neubourg), les Mandeville (de Manneville, Seine-Maritime), les Montfort (de Montfort-sur-Risle), les Mortemer (devenu Mortimer), les Montbray (Cotentin), les Montgomméry (Calvados), les Tosny (Eure)…

 

Impacts de la conquête

Les Normands sont les derniers conquérants qu’ait connus l’Angleterre. Par la force, ils ont unifié le pays pour la première fois de son histoire et lui ont apporté une stabilité. Ils ont renforcé le pouvoir royal par son administration et par l’installation du système féodal, vaste hiérarchie héréditaire dirigée par le roi et qui comprend des seigneurs et leurs obligés, les vassaux. Les seigneurs ont fait construire des châteaux forts dans toute l’Angleterre afin d’assoir et de protéger leur pouvoir et, plus généralement, celui du roi. Enfin, l’empreinte normande s’est aussi fait sentir dans la culture anglaise… La langue du roi est devenue la langue du pouvoir mais aussi, après le latin, de la loi et de la religion. Par suite, la langue normande est devenue synonyme de prestige et de culture. Mais est-ce à dire que l’anglais avait disparu d’Angleterre ?

 

Tour de Londres

En 1066-1067, Guillaume le Conquérant ordonna la construction de la tour Blanche à l'intérieur des remparts de Londres. Construite en pierre de Caen, cette tour avait pour rôle de protéger la ville des attaques venues du fleuve, la Tamise. Aujourd’hui encore, elle témoigne de la domination normande sur l’Angleterre, couverte de nombreux châteaux normands.

 

L’anglais pour le peuple, le normand au pouvoir

Les Normands et leurs alliés étaient quelques milliers de locuteurs normands parmi près de 1,5 à 2 millions[1]d’anglo-saxons de langue germanique[2]. Le contraste était fort entre ces langues car le normand est un parler roman, proche du français, forgé depuis l’Antiquité tardive à partir du latin populaire du nord de la Gaule. En effet, les Normands, nom donné aux Vikings par les Francs, signifie étymologiquement « les hommes du nord ». Mais ceux-ci ont très vite adopté la langue romane parlée dans la région qui a pris le nom de Normandie. Après 1066, l’Angleterre a continué à parler et écrire en anglais. Seuls les Anglais au contact du pouvoir se sont familiarisés avec le normand, notamment pour améliorer leur position sociale et financière. Au fil des décennies, ils ont fait entrer dans l’anglais des centaines de mots normands et latins venus du continent. Les linguistes ne dénombrent que 900 mots normands ou latin avant 1250[3]. Ceci s’explique en partie par la rareté des écrits qui nous sont parvenus. Cependant, les fils des conquérants normands, que l’on appelle les Anglo-normands ont grandi parmi les anglophones. Les Anglo-normands les plus éloignés du pouvoir royal ont donc été très tôt à l’aise en anglais et ont créé autant de passerelles entre les langues. Le vocabulaire anglais s’est alors enrichi de mots normands et latins principalement dans les domaines où les conquérants ont brillé ou modifié les usages. Citons quelques exemples…

 

Administration : government, council (conseil), state (état), royal, court, assembly, parliament ;

Religion: sermon, prayer (prière), clergy, abbey, miracle, marvel, piety ;

Droit : justice, jury, judge, liberty, proof (preuve), verdict, prison, pardon ;

Arts martiaux : army, enemy, arms, combat, defence ;

Mode : fashion, collar, button, boot, satin, ornament ;

 Arts culinaires : dinner, supper, sole, saumon, sausage, pigeon, biscuit, orange, peach, oil, vinegar, mustard. Des mots normands ont été intégrés en anglais pour nommer des plats alors que le nom des animaux vivants est resté en anglais. C’est le cas pour le bœuf (beef / ox), le veau (veal /calk), le mouton (mutton / sheep), le cochon (pork / pig) ;

Arts : art, music, image, cathedral, column, pillar (pillier).
 

 

Une littérature prolifique

Avec le latin, le normand a été la langue la plus utilisée en littérature en Angleterre durant les XIe et XIIe siècles. Les archives ont conservé des écrits de dizaines d’auteurs alors que la littérature française n’en était qu’à ses balbutiements. Parmi les plus brillants, citons Wace, auteur du Roman de Rou [Rollon], une chronique sur les ducs de Normandie, et du Roman de Brut [Brutus], la plus ancienne chronique en langue romane sur les rois de Bretagne. Benoît de Sainte-Maure est l’auteur du Roman de Troie, principale œuvre romane traitant de la bataille de Troie, et l’Estoire des ducs de Normandie. La littérature anglo-normande a aussi apporté la plus ancienne version de la Chanson de Roland, œuvre majeure de la littérature française. Citons aussi les légendes autour de Merlin l'Enchanteur et du roi Arthur qui ont été compilées par Geoffroy de Monmouth dans Historia regum Britanniae avant qu’elles ne pénètrent la littérature française. Beaucoup d’autres écrits remarquables ont marqué cette époque et cette aire culturelle et notamment des travaux historiques comme l’Histoire de Guillaume le Maréchal (auteur anonyme).

 

Après 1135, le normand cède le pas au français

En 1135, Henri 1erBeauclerc décéda à Lyons-la-Forêt. Ce dernier fils de Guillaume le Conquérant fut le dernier roi de la dynastie anglo-normande. Son successeur, Etienne, était le fils du comte de Blois, Etienne-Henri, et de la fille de Guillaume le Conquérant, Adèle. Etienne de Blois fut le père de Geoffroy V d’Anjou, dit Plantagenêt… autant dire que le normand n’était pas la langue première des Plantagenet. La cour d’Angleterre maintint l’usage de l’anglo-normand mais elle s’habitua à un nouvel accent et à de nouveaux mots. En 1204, le roi de France, Philippe Auguste, conquit la Normandie. Le roi d’Angleterre, Jean sans Terre, ne conserva que les iles Anglo-normandes. La perte d’influence de l’anglo-normand en fut accentuée. De nombreux seigneurs durent choisir entre leurs terres de Normandie, dépendant désormais de la couronne de France, ou leurs terres d’Angleterre. Ceux qui restèrent outre-Manche furent coupés de leurs origines normandes. Ils s’ouvrirent à d’autres horizons culturels principalement importés par la couronne d’Angleterre. Celle-ci appréciait particulièrement le français de Paris qui avait émergé avec la monarchie capétienne. En fait, dès la seconde moitié du XIIe siècle[4], l’anglo-normand était ressenti par les élites en Angleterre comme un français déformé. Des écoles enseignaient le français usité en ile de France à côté d’écoles enseignant l’anglo-normand. C’est pourquoi le français fut adopté en Angleterre pour la justice et le droit. L’élite anglaise fit apprendre cette langue à ses enfants à l’étranger ou à domicile grâce à des tuteurs. La langue anglaise enregistra ses premiers mots français parfois en plus de leurs synonymes normands déjà empruntés. Citons par exemple ward / guard (garde), warden / guardian (gardien), warrant / guarantee (garantie), captain / chieftain (capitaine)… On peut dire que le normand a ouvert la culture anglaise au français, future langue officielle du royaume de France par l’édit de Villers-Cotterêts (1539).

 

Après 1349, l’anglais triomphe

Quel cas extraordinaire qu’un pouvoir royal qui maintenait artificiellement une langue minoritaire méconnue du peuple ! L’attachement aux traditions ne saurait tout expliquer. Les monarques anglais étaient natifs de terres situées sur le continent. L’anglais leur était étranger ou secondaire. Il fallut donc attendre la guerre de Cent ans (1337-1453) et la perte progressive de ces terres pour que l’anglais retrouve sa place au pouvoir. En 1349, John Cornwall et Richard Pencrich, professeurs de l’université d’Oxford, décidèrent d’utiliser l’anglais dans leur enseignement. A partir de 1363, le chancelier débuta la session parlementaire par un discours en anglais et non plus en anglo-normand. Henri IV d’Angleterre (1367-1413) fut le premier monarque depuis 1066 dont la langue maternelle était l’anglais. Les rois d’Angleterre revendiquant le trône de France, la longue lignée des mariages avec des femmes issues de la noblesse continentale maintint encore longtemps un lien avec le français. De Henry II[5] à Henry VI[6], tous les souverains anglais épousèrent des femmes de France… et leurs terres... Edward IV (1461-1483) fut le premier à rompre cette tradition en 1464. Enfin, l’usage du français au gouvernement et dans la rédaction de la législation prit fin dans les années 1480 sous le règne d’Henry VII Tudor (1457-1509). Pourquoi cette fin du français en Angleterre ? Etait-ce dû à un repli identitaire, une vengeance suite aux pertes de territoires ? Il semble que non puisque l’enseignement du français et l’emprunt de nombreux mots à son vocabulaire s’est poursuivi sans discontinuer… jusqu’à nos jours !

 

Henry IV

Henri IV (1367-1413) fut le premier roi d’Angleterre depuis 1066 dont l’anglais était la langue maternelle (portrait anonyme, National portrait gallery).

 

L’anglais, marqué à vie par le normand puis le français…

Avant les Normands, les scandinaves colonisèrent l’Angleterre et modifièrent la grammaire et la prononciation de l’anglais. Cette influence était facilitée par l’origine commune de ces langues. Bien qu’ils parlassent une langue latine – et donc très différente de l’anglais – les Normands ont profondément modifié l’anglais, notamment l’orthographe et la prononciation (comme par exemples les suffixes –tion qui se prononcent /chone/, presque comme le normand /chon/. C’est pourquoi les linguistes distinguent tous l’Ancien anglais, avant 1066, du Moyen anglais qui a coexisté avec l’anglo-normand. Les Normands ont ouvert la langue anglaise aux langues romanes en plus du latin déjà connu par les élites et l’Eglise. Ainsi, près de 10 000 mots d’origine latine sont passés en anglais entre 1150 et 1400 (dont 90 % après 1250)[7]. Si l’anglo-normand n’a survécu que dans les iles Anglo-normandes où il est la langue officielle, les linguistes s’accordent à dire que l’anglais s’est enrichi de plus de 25 % de mots d’origine latine. Certains disent même que l’anglais est une langue hybride[8] ! Il est vrai que cette ouverture sur une autre langue est presque unique au monde. L’ensemble des mots importés est tellement vaste qu’il est même possible de distinguer les mots normands des mots français…

 Armoiries

 

Les armoiries de la couronne britannique portent la devise officielle : « Dieu et mon droit » ainsi que la devise de l’ordre de la Jarretière, le plus élevé des ordres de chevalerie : « Honi soit qui mal y pense » (avec un seul « n »). Ces deux devises témoignent de la place autrefois occupée par le normand puis le français au sein du pouvoir royal anglais.

 

Distinguer le normand du français ?

Le normand et le français sont des dialectes issus du latin parlé en Gaule romaine suite à la domination romaine. C’est pourquoi les linguistes les classent parmi les langues romanes. Leurs similitudes sont importantes. Ainsi, de nombreux mots passés en anglais ne peuvent pas être attribués au normand ou au français. Par exemple, veil (voile), leisure (loisir), prey (proie)… Le son « oi » du français actuel se prononçait « ei » au Moyen Âge et se prononce toujours ainsi en normand… Cependant, depuis la fin de l’Antiquité, plusieurs siècles d’évolution séparée ont fait émerger de nettes différences de prononciation et de vocabulaire entre le normand et le français. Avec le picard et le wallon, le normand fait partie des dialectes du nord de la ligne Joret, ligne identifiée en 1833 par le philologue Charles Joret (1829-1914). En Normandie, elle passe par Granville, Vire, Evreux et Les Andelys. Voici quelques différences de prononciation entre les dialectes du nord et du sud de la ligne Joret :

 - au nord le son /k/ du latin s’est maintenu alors qu’au sud il est devenu /ch/. Exemple : le mot latin calidum devenu « caud » en normand et « chaud » en français ;

 - au nord le /w/ de certains mots germaniques est devenu /v/ alors qu’au sud il est devenu /gu/. Exemple : « viquet » en normand et « guichet » en français ; 

 les sons /s/ et /ch/ sont intervertis. Exemple : « cauchure » en normand et « chaussure » en français.

 

C’est ainsi qu’avec ces différences de prononciation nous pouvons identifier certains mots d’origine normande. Notre outil de travail a été l’édition de 1966 de The Oxford dictionary of English etymology. Ce dictionnaire étymologique est le fruit de plusieurs décennies d’études. Le 4e éditeur de ce dictionnaire a été le grammairien et lexicographe Charles Talbut Onions (1873-1965). Avec beaucoup de précaution, celui-ci a distingué les mots du latin et de l’ancien français et, ce n’est pas tout, de l’ancien français (Old French) et de l’ancien français du nord (Old Northern French). Ce sont ces derniers mots que nous avons commencé à répertorier afin d’illustrer les différences de prononciation entre le normand et le français citées ci-dessus.

Exemples de mots anglais empruntés au normand

Mot anglais

(et sa signification)

Son origine normande

Son équivalent en français

Origine plus lointaine

brush (to) (brosser)

brocher

brosser

de "brosse"

bushel (boisseau)

boichel

boissel

mot gaulois

cabbage (chou)

caboche

chou

latin populaire : caulis

caitif (chétif)

caitif

chétif

latin populaire : cactivus

candle (chandelle)

candelle

chandelle

bas latin : candela

canvas (canevas)

canevas

chanvre

latin : cannabis

capon

capon

chapon

latin : capulare (couper)

captain (capitaine)

capitaine

chevetain

latin : caput (la tête)

car (voiture)

carre

char

latin : carrus

carpenter (charpentier)

carpentier

charpentier

latin : carpentarius

carry (to)

(porter)

carrier

charrier

de "charrrier"

castle (château)

castel (câté, aujourd'hui)

château

latin : castellum

catch (to) (attraper)

cacher

chasser

latin : captare

cater (to) (approvisionner)

acater

acheter

latin : ad captare

caterpillar (chenille)

cateplose

chateplose

latin : catta pilosa (chatte poilue)

cattle (bétail)

catel

cheptel

latin : capitale (propriété)

cauldron (chaudron)

caudron

chaudron

latin : caldaria

causeway (chaussée)

cauchie

chaussée

latin : calcia viata (voie renforcée de chaux)

chair (chaise)

chair

chaise

latin : cathedra

chalice (calice)

chalice

calice

latin : calicem

cherry (cerise)

cherise

cerise

latin : ceresium

crocket (crochet)

croquet

crochet

francique : krok

cushion (coussin)

couchin

coussin

latin : coxinus

decay (to) (déchoir)

décair

déchoir

latin : decadere

fashion (mode)

faichon

façon

latin : factio

fork (fourche)

fourque

fourche

latin : furca

garden (jardin)

gardin

jardin

latin populaire : gardinus

kennel (chenil)

quenile

chenil

latin : canile

lavish (prodigue)

laviche

lavis

latin : lavare

launch (lance)

lanche

lance

latin : lancea

leash (laisse)

laiche

laisse

de "laisser" (latin : laxare)

March (mars)

Marche

Mars

latin : Martius

mushroom (champignon)

moucheron

mousseron

de "mousse" (francique : mosa)

parosh (paroisse)

paroiche

paroisse

latin : parochia

pocket (poche)

pouquette

pochette

francique : pokka

poniard (dague)

poniard

poignard

latin : pugnatis

poor (pauvre)

paur

pauvre

latin : pauper

push (to) (pousser)

poucher

pousser

latin : pulsar

rock (roche)

roque

roche

latin : rocca

search (to) (chercher)

cercher

chercher

latin : circare

sorrel (oseille)

surelle

oseille

francique : sur

surgeon (chirurgien)

sérugien

chirurgien

latin : chirurgia

trick (triche)

trique

triche

de "tricher" (latin : tricari)

truncheon (bâton matraque)

tronchon

tronçon

latin populaire : trunceus

usher (huissier)

huichier

huissier

de "huis" (latin : ostium)

wage (gage)

wage

gage

francique : watha

wardrobe (garderobe)

warderobe

garderobe

de "garde" (francique : warden)

warranty (garantie)

warantie

garantie

francique : warjan

warren (garenne)

varenne

garenne

germanique : wardon

 

En guise de conclusion… 

L’anglais a mémorisé de très nombreux mots d’ancien français. Avec quelques éléments linguistiques identifiés par le philologue Charles Joret, nous avons dressé une liste de 50 mots issus de l’aire dialectale du nord de la France. Si les sources écrites sont rares dans les premiers siècles après la conquête de l’Angleterre par les Normands, il nous semble néanmoins possible de rattacher ces mots à l’influence culturelle normande qui a précédé l’arrivée du français d’ile de France parmi les élites anglaises. Une histoire de la langue normande serait la bienvenue pour identifier les caractéristiques et l’évolution de cette langue romane au cours des siècles. Elle permettrait d’approfondir cet article qui est une introduction à cet aspect de l’histoire qui unit les peuples de part et d’autre de la Manche et au-delà.   

 

 

Sources 

Bartlett Robert, England under the Norman and Angevin kings : 1075-1225, Oxford : Clarendon press, 2000, 772 pages ; 

Hughes Geoffrey, A History of English words, Oxford : Blackwell publishers, 2000, 430 pages ; 

Millward, C. M., A Biography of the English language, Fort Worth : Harcourt Brace college publishers, 1996, 441 pages ; 

Minkowa Donka, Stockwell Robert, English words : history and structure, Cambridge : Cambridge university press, 2009, 219 pages ; 

Onions Charles Talbut, The Oxford dictionary of English etymology, Oxford : Clarendon press, 1966, 1024 pages ; 

Walter Henriette, Honni soit qui mal y pense : l’incroyable histoire d’amour entre le français et l’anglais, Paris : Robert Laffont, 2001, 364 pages. 

  

 

Notes

[1] Estimation établie grâce au Domesday book (1086).

[2] C’est-à-dire de la même famille que le néerlandais, le danois et l’allemand de nos jours.

[3] Minkowa Donka, Stockwell Robert, English words : history and structure, page 43. 

[4] Bartlett Robert, England under the Norman and Angevin kings, page 489.

[5] Marié en 1152 avec Aliénor d’Aquitaine.

[6] Marié en 1445 avec Marguerite d’Anjou.

[7] Minkowa Donka, Stockwell Robert, English words : history and structure, page 43.

[8] Minkowa Donka, Stockwell Robert, English words : history and structure, page 40.

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

Repost 0
Published by Armand Launay - dans Normandie Langue normande
commenter cet article

  • : Pont de l'Arche histoire, patrimoine et tourisme
  • Pont de l'Arche histoire, patrimoine et tourisme
  • : Bienvenue sur ce blog perso consacré à Pont-de-l'Arche et sa région (Normandie, Eure). Vos commentaires et messages sont aussi les bienvenus ! Pour utiliser mes travaux, contactez-moi;-)
  • Contact

Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...