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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 17:49

Le nom de Charles Michels fut donné à la cité d’urgence inaugurée à Pont-de-l’Arche en septembre 1947 par le maire communiste André Benet et le député radical-socialiste Pierre Mendès France. Son nom est aussi immortalisé à Romans, Limoges, Issoudun, Saint-Denis, Paris (XVe arrondissement)… Mais qui était-il ?

 

DSCF4026.JPG

La cité Charles-Michels fut bâtie en urgence en 1947 pour reloger des sinistrés de la Seconde guerre mondiale. Son architecture stéréotypée, constituée de panneaux de béton, devait durer peu de temps. Existant toujours aujourd'hui, elle témoigne des années qui ont suivi la Libération (photo A. Launay, 2011). 

 

Charles Michels, né le 6 mars 1903 à Paris et mort le 22 octobre 1941, était un ouvrier en chaussures qui devint secrétaire au syndicat CGTU, puis CGT de la fédération des cuirs et peaux. Il fut ensuite député communiste de Paris (XVe arrondissement).

Dès 13 ans, cet orphelin de père travailla dans la chaussure, chez Dressoir, une des plus importantes entreprises de chaussures de la région parisienne. A 17 ans, il devint délégué du personnel de son usine ce qui lui valut un licenciement. Adhérent au Parti communiste français à partir de 1926, il acquit des responsabilités syndicales à partir de 1929 dans l’union syndicale des cuirs et peaux au niveau local et national. C’est à titre qu’il accompagna les ouvriers de Pont-de-l’Arche durant la grande grève de 1932 où il fut identifié avec son camarade André Tollé dans un rapport de police. En 1935, les organisations syndicales des cuirs et peaux, CGT et CGTU fusionnèrent et Charles Michels avait la réputation d’organisateur de tous les mouvements de grève nationaux. 

En 1936, il fut élu député du Front populaire dans le XVe arrondissement de Paris. En 1937, il fut élu secrétaire général des la CGT des cuirs et peaux où il milita contre le fascisme. En septembre 1939, il fut incorporé au 22e GOA à Vernon. Il fut déchu de ses fonctions législatives le 21 janvier 1940 en raison de son appartenance au Parti communiste français. Démobilisé, il regagna Paris où il prit contact avec Jean Catelas, meneur de la résistance communiste locale. Charles Michels réutilisa ses réseaux syndicaux des cuirs et peaux pour organiser la résistance. Il fut arrêté avant de pouvoir gagner la clandestinité en octobre 1940. Après plusieurs centres de détention, il aida des camarades à s’évader de la prison du Camp Choisel, à Châteaubriand, (Ille-et-Vilaine).

Suite à un attentat perpétré contre la Kommandantur de Nantes, Charles Michels fut le premier otage à être désigné puis fusillé, le 22 octobre 1941, avec 26 autres détenus dont le célèbre Guy Môquet qui cita Charles Michels dans l'avant dernière qu'il écrivit à sa famille, avant d'être fusillé à son tour. 

 DSCF4029.JPG

Vue sur une autre maison de la rue Charles-Michels (photo A. Launay, 2011).

Plaque commémorative placée chez le marbrier à l'entrée de la rue Charles-Michels. Il semble que ce soit elle qui ait été inaugurée quand la rue fut baptisée du nom de Charles Michels (cliché Armand Launay, juillet 2016).

Plaque commémorative placée chez le marbrier à l'entrée de la rue Charles-Michels. Il semble que ce soit elle qui ait été inaugurée quand la rue fut baptisée du nom de Charles Michels (cliché Armand Launay, juillet 2016).

Sources

Maitron Jean, Pennetier Claude (dir.), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, tome XXXVI, quatrième partie, 1914-1939 : De la Première à la Seconde guerre mondiale, Paris : les Editions ouvrières, 483 pages. Charles Michels : page 354.

Chantepie Roland, Pont-de-l’Arche à travers les âges, manuscrit b, 2e partie, De la Révolution à nos jours (1944).

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 15:52

Faire un brushing, voir un combat de catch, faire une garden-party, écouter du rock ou encore être une fashion victime… L’anglais contemporain utilise des mots normands. Pourquoi ? La réponse date de 1066 où Guillaume II, duc de Normandie, conquit l’Angleterre avec ses compagnons. Le normand devint alors la langue du pouvoir et du prestige en Angleterre et ce durant des siècles. Mais que sait-on de la présence du normand en Angleterre ? Pourquoi l'anglais lui a-t-il laissé place ? Comment se fait-il que le français et le latin ne l'aient pas complètement effacé ? Quelles sont les témoins bien vivants du normand dans l’anglais contemporain ? Autant de questions auxquelles cette étude entend laisser quelques jalons...

 

1066 : des Normands conquièrent le trône d’Angleterre

Le 5 janvier 1066, le décès du roi sème le trouble en Angleterre. En effet, Edouard le Confesseur (né vers 1004-1066), sans descendant direct, avait promis son trône au duc de Normandie, Guillaume II, dit le Bâtard. Pourquoi ce choix ? Edouard était le fils de la grande-tante de Guillaume, Emma, elle-même fille du duc de Normandie Richard Ier. Ces liens familiaux lui avaient permis de fuir les invasions danoises de 1013 en se réfugiant en Normandie à la cour de son oncle Richard II. Son règne, entamé en 1043, fut marqué par sa méfiance à l’encontre des anglo-saxons et des danois. Il s’entoura donc de Normands ce qui lui valut l’inimitié des anglo-saxons. A la mort d’Edouard, les nobles anglo-saxons voulurent contrecarrer l’arrivée de Guillaume II et installèrent sur le trône Harold Godwinson (1022-1066) qui n’avait aucune parenté avec Edouard. Il fut couronné le 5 janvier 1066. Guillaume II leva au plus vite une vaste armée de Normands, Picards, Bretons et Flamands. Après avoir débarqué en Angleterre, il tua Harold et de nombreux nobles anglo-saxons lors de la célèbre bataille d’Hastings le 14 octobre 1066. Il prit la couronne du royaume d’Angleterre le 25 décembre 1066 à Londres. Ainsi, sur la tête d'un seul homme fut fondé un pouvoir immense : la couronne du royaume d'Angleterre et la couronne du duché de Normandie, vassal du royaume de France. Un pouvoir qui perdura jusqu’en 1204.

 

 

Guillaume 1er

En devenant roi d’Angleterre, le duc de Normandie Guillaume le Conquérant a fait du normand la langue du pouvoir outre-Manche. 

 

Une élite normande s’installe au pouvoir

Pour gratifier ses compagnons de l’avoir soutenu dans la conquête du trône, Guillaume – désormais appelé le Conquérant – leur donna les titres et les fonctions anciennement possédés par la noblesse anglo-saxonne. Il s’entoura d’hommes de confiance et constitua ainsi une aristocratie à majorité normande dans les domaines politique, militaire, religieux et économique. Pour n’en citer que quelques-uns, Thomas fut fait archevêque d’York et Lanfranc de Pavie devint archevêque de Cantorbéry. On retrouve les noms de plusieurs dizaines de grandes familles normandes grâce au Domesday book (1086) qui recensa pour le roi toutes les terres d’Angleterre : les Aubigny (Manche), les Beaumont (de Beaumont-le-Roger), les Bohun (de Saint-Georges-de-Bohun, Cotentin), les Bourg (devenu De Burgh en Angleterre et Burke en Irlande), les Bruis (de Brix, près de Cherbourg, devenu Bruce dont Robert 1er roi d’Ecosse), les Ferrière (Eure, devenu Ferrers), les Giffard (Bolbec), les Grandmesnil (Falaise), les Harcourt (près du Neubourg), les Mandeville (de Manneville, Seine-Maritime), les Montfort (de Montfort-sur-Risle), les Mortemer (devenu Mortimer), les Montbray (Cotentin), les Montgomméry (Calvados), les Tosny (Eure)…

 

Impacts de la conquête

Les Normands sont les derniers conquérants qu’ait connus l’Angleterre. Par la force, ils ont unifié le pays pour la première fois de son histoire et lui ont apporté une stabilité. Ils ont renforcé le pouvoir royal par son administration et par l’installation du système féodal, vaste hiérarchie héréditaire dirigée par le roi et qui comprend des seigneurs et leurs obligés, les vassaux. Les seigneurs ont fait construire des châteaux forts dans toute l’Angleterre afin d’assoir et de protéger leur pouvoir et, plus généralement, celui du roi. Enfin, l’empreinte normande s’est aussi fait sentir dans la culture anglaise… La langue du roi est devenue la langue du pouvoir mais aussi, après le latin, de la loi et de la religion. Par suite, la langue normande est devenue synonyme de prestige et de culture. Mais est-ce à dire que l’anglais avait disparu d’Angleterre ?

 

Tour de Londres

En 1066-1067, Guillaume le Conquérant ordonna la construction de la tour Blanche à l'intérieur des remparts de Londres. Construite en pierre de Caen, cette tour avait pour rôle de protéger la ville des attaques venues du fleuve, la Tamise. Aujourd’hui encore, elle témoigne de la domination normande sur l’Angleterre, couverte de nombreux châteaux normands.

 

L’anglais pour le peuple, le normand au pouvoir

Les Normands et leurs alliés étaient quelques milliers de locuteurs normands parmi près de 1,5 à 2 millions[1]d’anglo-saxons de langue germanique[2]. Le contraste était fort entre ces langues car le normand est un parler roman, proche du français, forgé depuis l’Antiquité tardive à partir du latin populaire du nord de la Gaule. En effet, les Normands, nom donné aux Vikings par les Francs, signifie étymologiquement « les hommes du nord ». Mais ceux-ci ont très vite adopté la langue romane parlée dans la région qui a pris le nom de Normandie. Après 1066, l’Angleterre a continué à parler et écrire en anglais. Seuls les Anglais au contact du pouvoir se sont familiarisés avec le normand, notamment pour améliorer leur position sociale et financière. Au fil des décennies, ils ont fait entrer dans l’anglais des centaines de mots normands et latins venus du continent. Les linguistes ne dénombrent que 900 mots normands ou latin avant 1250[3]. Ceci s’explique en partie par la rareté des écrits qui nous sont parvenus. Cependant, les fils des conquérants normands, que l’on appelle les Anglo-normands ont grandi parmi les anglophones. Les Anglo-normands les plus éloignés du pouvoir royal ont donc été très tôt à l’aise en anglais et ont créé autant de passerelles entre les langues. Le vocabulaire anglais s’est alors enrichi de mots normands et latins principalement dans les domaines où les conquérants ont brillé ou modifié les usages. Citons quelques exemples…

 

Administration : government, council (conseil), state (état), royal, court, assembly, parliament ;

Religion: sermon, prayer (prière), clergy, abbey, miracle, marvel, piety ;

Droit : justice, jury, judge, liberty, proof (preuve), verdict, prison, pardon ;

Arts martiaux : army, enemy, arms, combat, defence ;

Mode : fashion, collar, button, boot, satin, ornament ;

 Arts culinaires : dinner, supper, sole, saumon, sausage, pigeon, biscuit, orange, peach, oil, vinegar, mustard. Des mots normands ont été intégrés en anglais pour nommer des plats alors que le nom des animaux vivants est resté en anglais. C’est le cas pour le bœuf (beef / ox), le veau (veal /calk), le mouton (mutton / sheep), le cochon (pork / pig) ;

Arts : art, music, image, cathedral, column, pillar (pillier).
 

 

Une littérature prolifique

Avec le latin, le normand a été la langue la plus utilisée en littérature en Angleterre durant les XIe et XIIe siècles. Les archives ont conservé des écrits de dizaines d’auteurs alors que la littérature française n’en était qu’à ses balbutiements. Parmi les plus brillants, citons Wace, auteur du Roman de Rou [Rollon], une chronique sur les ducs de Normandie, et du Roman de Brut [Brutus], la plus ancienne chronique en langue romane sur les rois de Bretagne. Benoît de Sainte-Maure est l’auteur du Roman de Troie, principale œuvre romane traitant de la bataille de Troie, et l’Estoire des ducs de Normandie. La littérature anglo-normande a aussi apporté la plus ancienne version de la Chanson de Roland, œuvre majeure de la littérature française. Citons aussi les légendes autour de Merlin l'Enchanteur et du roi Arthur qui ont été compilées par Geoffroy de Monmouth dans Historia regum Britanniae avant qu’elles ne pénètrent la littérature française. Beaucoup d’autres écrits remarquables ont marqué cette époque et cette aire culturelle et notamment des travaux historiques comme l’Histoire de Guillaume le Maréchal (auteur anonyme).

 

Après 1135, le normand cède le pas au français

En 1135, Henri 1erBeauclerc décéda à Lyons-la-Forêt. Ce dernier fils de Guillaume le Conquérant fut le dernier roi de la dynastie anglo-normande. Son successeur, Etienne, était le fils du comte de Blois, Etienne-Henri, et de la fille de Guillaume le Conquérant, Adèle. Etienne de Blois fut le père de Geoffroy V d’Anjou, dit Plantagenêt… autant dire que le normand n’était pas la langue première des Plantagenet. La cour d’Angleterre maintint l’usage de l’anglo-normand mais elle s’habitua à un nouvel accent et à de nouveaux mots. En 1204, le roi de France, Philippe Auguste, conquit la Normandie. Le roi d’Angleterre, Jean sans Terre, ne conserva que les iles Anglo-normandes. La perte d’influence de l’anglo-normand en fut accentuée. De nombreux seigneurs durent choisir entre leurs terres de Normandie, dépendant désormais de la couronne de France, ou leurs terres d’Angleterre. Ceux qui restèrent outre-Manche furent coupés de leurs origines normandes. Ils s’ouvrirent à d’autres horizons culturels principalement importés par la couronne d’Angleterre. Celle-ci appréciait particulièrement le français de Paris qui avait émergé avec la monarchie capétienne. En fait, dès la seconde moitié du XIIe siècle[4], l’anglo-normand était ressenti par les élites en Angleterre comme un français déformé. Des écoles enseignaient le français usité en ile de France à côté d’écoles enseignant l’anglo-normand. C’est pourquoi le français fut adopté en Angleterre pour la justice et le droit. L’élite anglaise fit apprendre cette langue à ses enfants à l’étranger ou à domicile grâce à des tuteurs. La langue anglaise enregistra ses premiers mots français parfois en plus de leurs synonymes normands déjà empruntés. Citons par exemple ward / guard (garde), warden / guardian (gardien), warrant / guarantee (garantie), captain / chieftain (capitaine)… On peut dire que le normand a ouvert la culture anglaise au français, future langue officielle du royaume de France par l’édit de Villers-Cotterêts (1539).

 

Après 1349, l’anglais triomphe

Quel cas extraordinaire qu’un pouvoir royal qui maintenait artificiellement une langue minoritaire méconnue du peuple ! L’attachement aux traditions ne saurait tout expliquer. Les monarques anglais étaient natifs de terres situées sur le continent. L’anglais leur était étranger ou secondaire. Il fallut donc attendre la guerre de Cent ans (1337-1453) et la perte progressive de ces terres pour que l’anglais retrouve sa place au pouvoir. En 1349, John Cornwall et Richard Pencrich, professeurs de l’université d’Oxford, décidèrent d’utiliser l’anglais dans leur enseignement. A partir de 1363, le chancelier débuta la session parlementaire par un discours en anglais et non plus en anglo-normand. Henri IV d’Angleterre (1367-1413) fut le premier monarque depuis 1066 dont la langue maternelle était l’anglais. Les rois d’Angleterre revendiquant le trône de France, la longue lignée des mariages avec des femmes issues de la noblesse continentale maintint encore longtemps un lien avec le français. De Henry II[5] à Henry VI[6], tous les souverains anglais épousèrent des femmes de France… et leurs terres... Edward IV (1461-1483) fut le premier à rompre cette tradition en 1464. Enfin, l’usage du français au gouvernement et dans la rédaction de la législation prit fin dans les années 1480 sous le règne d’Henry VII Tudor (1457-1509). Pourquoi cette fin du français en Angleterre ? Etait-ce dû à un repli identitaire, une vengeance suite aux pertes de territoires ? Il semble que non puisque l’enseignement du français et l’emprunt de nombreux mots à son vocabulaire s’est poursuivi sans discontinuer… jusqu’à nos jours !

 

Henry IV

Henri IV (1367-1413) fut le premier roi d’Angleterre depuis 1066 dont l’anglais était la langue maternelle (portrait anonyme, National portrait gallery).

 

L’anglais, marqué à vie par le normand puis le français…

Avant les Normands, les scandinaves colonisèrent l’Angleterre et modifièrent la grammaire et la prononciation de l’anglais. Cette influence était facilitée par l’origine commune de ces langues. Bien qu’ils parlassent une langue latine – et donc très différente de l’anglais – les Normands ont profondément modifié l’anglais, notamment l’orthographe et la prononciation (comme par exemples les suffixes –tion qui se prononcent /chone/, presque comme le normand /chon/. C’est pourquoi les linguistes distinguent tous l’Ancien anglais, avant 1066, du Moyen anglais qui a coexisté avec l’anglo-normand. Les Normands ont ouvert la langue anglaise aux langues romanes en plus du latin déjà connu par les élites et l’Eglise. Ainsi, près de 10 000 mots d’origine latine sont passés en anglais entre 1150 et 1400 (dont 90 % après 1250)[7]. Si l’anglo-normand n’a survécu que dans les iles Anglo-normandes où il est la langue officielle, les linguistes s’accordent à dire que l’anglais s’est enrichi de plus de 25 % de mots d’origine latine. Certains disent même que l’anglais est une langue hybride[8] ! Il est vrai que cette ouverture sur une autre langue est presque unique au monde. L’ensemble des mots importés est tellement vaste qu’il est même possible de distinguer les mots normands des mots français…

 Armoiries

 

Les armoiries de la couronne britannique portent la devise officielle : « Dieu et mon droit » ainsi que la devise de l’ordre de la Jarretière, le plus élevé des ordres de chevalerie : « Honi soit qui mal y pense » (avec un seul « n »). Ces deux devises témoignent de la place autrefois occupée par le normand puis le français au sein du pouvoir royal anglais.

 

Distinguer le normand du français ?

Le normand et le français sont des dialectes issus du latin parlé en Gaule romaine suite à la domination romaine. C’est pourquoi les linguistes les classent parmi les langues romanes. Leurs similitudes sont importantes. Ainsi, de nombreux mots passés en anglais ne peuvent pas être attribués au normand ou au français. Par exemple, veil (voile), leisure (loisir), prey (proie)… Le son « oi » du français actuel se prononçait « ei » au Moyen Âge et se prononce toujours ainsi en normand… Cependant, depuis la fin de l’Antiquité, plusieurs siècles d’évolution séparée ont fait émerger de nettes différences de prononciation et de vocabulaire entre le normand et le français. Avec le picard et le wallon, le normand fait partie des dialectes du nord de la ligne Joret, ligne identifiée en 1833 par le philologue Charles Joret (1829-1914). En Normandie, elle passe par Granville, Vire, Evreux et Les Andelys. Voici quelques différences de prononciation entre les dialectes du nord et du sud de la ligne Joret :

 - au nord le son /k/ du latin s’est maintenu alors qu’au sud il est devenu /ch/. Exemple : le mot latin calidum devenu « caud » en normand et « chaud » en français ;

 - au nord le /w/ de certains mots germaniques est devenu /v/ alors qu’au sud il est devenu /gu/. Exemple : « viquet » en normand et « guichet » en français ; 

 les sons /s/ et /ch/ sont intervertis. Exemple : « cauchure » en normand et « chaussure » en français.

 

C’est ainsi qu’avec ces différences de prononciation nous pouvons identifier certains mots d’origine normande. Notre outil de travail a été l’édition de 1966 de The Oxford dictionary of English etymology. Ce dictionnaire étymologique est le fruit de plusieurs décennies d’études. Le 4e éditeur de ce dictionnaire a été le grammairien et lexicographe Charles Talbut Onions (1873-1965). Avec beaucoup de précaution, celui-ci a distingué les mots du latin et de l’ancien français et, ce n’est pas tout, de l’ancien français (Old French) et de l’ancien français du nord (Old Northern French). Ce sont ces derniers mots que nous avons commencé à répertorier afin d’illustrer les différences de prononciation entre le normand et le français citées ci-dessus.

Exemples de mots anglais empruntés au normand

Mot anglais

(et sa signification)

Son origine normande

Son équivalent en français

Origine plus lointaine

brush (to) (brosser)

brocher

brosser

de "brosse"

bushel (boisseau)

boichel

boissel

mot gaulois

cabbage (chou)

caboche

chou

latin populaire : caulis

caitif (chétif)

caitif

chétif

latin populaire : cactivus

candle (chandelle)

candelle

chandelle

bas latin : candela

canvas (canevas)

canevas

chanvre

latin : cannabis

capon

capon

chapon

latin : capulare (couper)

captain (capitaine)

capitaine

chevetain

latin : caput (la tête)

car (voiture)

carre

char

latin : carrus

carpenter (charpentier)

carpentier

charpentier

latin : carpentarius

carry (to)

(porter)

carrier

charrier

de "charrrier"

castle (château)

castel (câté, aujourd'hui)

château

latin : castellum

catch (to) (attraper)

cacher

chasser

latin : captare

cater (to) (approvisionner)

acater

acheter

latin : ad captare

caterpillar (chenille)

cateplose

chateplose

latin : catta pilosa (chatte poilue)

cattle (bétail)

catel

cheptel

latin : capitale (propriété)

cauldron (chaudron)

caudron

chaudron

latin : caldaria

causeway (chaussée)

cauchie

chaussée

latin : calcia viata (voie renforcée de chaux)

chair (chaise)

chair

chaise

latin : cathedra

chalice (calice)

chalice

calice

latin : calicem

cherry (cerise)

cherise

cerise

latin : ceresium

crocket (crochet)

croquet

crochet

francique : krok

cushion (coussin)

couchin

coussin

latin : coxinus

decay (to) (déchoir)

décair

déchoir

latin : decadere

fashion (mode)

faichon

façon

latin : factio

fork (fourche)

fourque

fourche

latin : furca

garden (jardin)

gardin

jardin

latin populaire : gardinus

kennel (chenil)

quenile

chenil

latin : canile

lavish (prodigue)

laviche

lavis

latin : lavare

launch (lance)

lanche

lance

latin : lancea

leash (laisse)

laiche

laisse

de "laisser" (latin : laxare)

March (mars)

Marche

Mars

latin : Martius

mushroom (champignon)

moucheron

mousseron

de "mousse" (francique : mosa)

parosh (paroisse)

paroiche

paroisse

latin : parochia

pocket (poche)

pouquette

pochette

francique : pokka

poniard (dague)

poniard

poignard

latin : pugnatis

poor (pauvre)

paur

pauvre

latin : pauper

push (to) (pousser)

poucher

pousser

latin : pulsar

rock (roche)

roque

roche

latin : rocca

search (to) (chercher)

cercher

chercher

latin : circare

sorrel (oseille)

surelle

oseille

francique : sur

surgeon (chirurgien)

sérugien

chirurgien

latin : chirurgia

trick (triche)

trique

triche

de "tricher" (latin : tricari)

truncheon (bâton matraque)

tronchon

tronçon

latin populaire : trunceus

usher (huissier)

huichier

huissier

de "huis" (latin : ostium)

wage (gage)

wage

gage

francique : watha

wardrobe (garderobe)

warderobe

garderobe

de "garde" (francique : warden)

warranty (garantie)

warantie

garantie

francique : warjan

warren (garenne)

varenne

garenne

germanique : wardon

 

En guise de conclusion… 

L’anglais a mémorisé de très nombreux mots d’ancien français. Avec quelques éléments linguistiques identifiés par le philologue Charles Joret, nous avons dressé une liste de 50 mots issus de l’aire dialectale du nord de la France. Si les sources écrites sont rares dans les premiers siècles après la conquête de l’Angleterre par les Normands, il nous semble néanmoins possible de rattacher ces mots à l’influence culturelle normande qui a précédé l’arrivée du français d’ile de France parmi les élites anglaises. Une histoire de la langue normande serait la bienvenue pour identifier les caractéristiques et l’évolution de cette langue romane au cours des siècles. Elle permettrait d’approfondir cet article qui est une introduction à cet aspect de l’histoire qui unit les peuples de part et d’autre de la Manche et au-delà.   

 

 

Sources 

Bartlett Robert, England under the Norman and Angevin kings : 1075-1225, Oxford : Clarendon press, 2000, 772 pages ; 

Hughes Geoffrey, A History of English words, Oxford : Blackwell publishers, 2000, 430 pages ; 

Millward, C. M., A Biography of the English language, Fort Worth : Harcourt Brace college publishers, 1996, 441 pages ; 

Minkowa Donka, Stockwell Robert, English words : history and structure, Cambridge : Cambridge university press, 2009, 219 pages ; 

Onions Charles Talbut, The Oxford dictionary of English etymology, Oxford : Clarendon press, 1966, 1024 pages ; 

Walter Henriette, Honni soit qui mal y pense : l’incroyable histoire d’amour entre le français et l’anglais, Paris : Robert Laffont, 2001, 364 pages. 

  

 

Notes

[1] Estimation établie grâce au Domesday book (1086).

[2] C’est-à-dire de la même famille que le néerlandais, le danois et l’allemand de nos jours.

[3] Minkowa Donka, Stockwell Robert, English words : history and structure, page 43. 

[4] Bartlett Robert, England under the Norman and Angevin kings, page 489.

[5] Marié en 1152 avec Aliénor d’Aquitaine.

[6] Marié en 1445 avec Marguerite d’Anjou.

[7] Minkowa Donka, Stockwell Robert, English words : history and structure, page 43.

[8] Minkowa Donka, Stockwell Robert, English words : history and structure, page 40.

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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Published by Armand Launay - dans Normandie Langue normande
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26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 15:36

Pierre-Octave Philippe est un homme d’Eglise né le 18 octobre 1835 à Nassandres (Eure) et décédé à Pont-de-l’Arche le 1er mai 1907.

 

Pierre-Octave-Philippe--portrait-.jpg

 

Il entra au petit séminaire d'Evreux en 1850 où il brilla. Son premier sermon porta sur la Vierge-Marie. Pierre-Octave Philippe fut nommé vicaire à Pont-de-l'Arche de juillet 1860 à 1867. Comme l’écrivit son biographe Maurice Thinon de la Troche (voir les sources), il se fit une réputation de « théologien de mérite et [de] prédicateur de haut vol. » Il donnait une première messe à 6 heures du matin, étudiait durant la matinée et passait ses après-midi auprès de ses paroissiens, surtout les malades, les faibles. Durant une épidémie de choléra, il soigna lui-même des malades. Son biographe dit de lui qu’il était un grand catéchiste, une personne secourable : « l'homme de Dieu et l'homme de tous ».

Le 10 juillet 1867, le diocèse le nomma curé de Caumont. Sous le feu de l'ennemi, il apporta ses soins aux soldats français durant les combats de la guerre de 1870. A la fin de l’année 1887, il fut de retour à Pont-de-l'Arche comme curé-doyen. Maurice Thinon de la Troche ne manque d’admiration pour ce prédicateur : « Tout entier à ses paroissiens, il le fut toujours aux heures de joie comme aux heures de tristesse et de colère. Les habitants de Pont-de-l'Arche n'ont pas grand effort de mémoire à faire pour évoquer la silhouette de leur vieux pasteur se dressant devant eux, pour leur ouvrir tout grands ses bras et leur jeter, en appel de paix, le cri de son cœur : « Je vous aime ! » »

 

Presbytere--6-.JPG

Le presbytère vu depuis la tour-clocher de Notre-Dame-des-arts. Sur cette carte postale, on aperçoit la silhouette de Pierre-Octave Philippe, quelques années avant sa disparition.  

 

La piété de Pierre-Octave Philippe pour la Vierge-Marie se confirma en 1896 où il fonda l'œuvre de Notre-Dame-des-arts. Outre le renouveau du culte catholique, le curé-doyen voulait attirer autour des arts la contribution de grandes familles françaises afin de restaurer l’église. Maurice Thinon de la Troche le dit en d’autres termes : « Sans autres moyens que sa prière et sa foi, il réussit à promouvoir un afflux de ressources qui lui permirent, sinon de réaliser l'idéal qu'en son rêve pieux il avait entrevu, du moins de redonner à son église un vêtement de gloire. »

Il prolongea en cela le travail d’un de ses récents prédécesseurs, Jacques Evariste Lemariez (1828-1885), curé doyen de Pont-de-l’Arche, chanoine honoraire de Nancy et Evreux, dont la tombe porte encore aujourd’hui l’inscription « Regrets de sa famille, de ses nombreux amis et de tous ses paroissiens. Reconnaissance au restaurateur zélé et actif de leur église ».

Pierre Octave Philippe fut entouré de deux amis : l'abbé Emile Chevallier, son vicaire depuis 1895, « son alter ego » et, depuis 1903, l'abbé de Lanterie. A son décès furent ouverts quatre jours de recueillement très suivis. La cérémonie funèbre fut présidée par Monseigneur Meunier en présence d’Etienne-Alexandre Sorel, président de l'ancien Conseil de fabrique, et du maire Jules Fromont, qui déclama que « Le nom de l'abbé Philippe fait partie de l'histoire de notre petite ville, il est inscrit dans nos cœurs et passera à la postérité."

Il fut enterré au cimetière communal. Sa tombe a depuis été retirée.

 

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La mémoire populaire dit que le visage de la statue du Sacré-coeur, au tambour de Notre-Dame-des-arts, a été taillé d'après les traits de Pierre-Octave Philippe (photo A. Launay, 2012).  

 

Sources

Registres d’état civil

Thinon de la Troche Maurice, Un prêtre : M. l'Abbé Pierre-Octave Philippe, chanoine honoraire, curé-doyen de Pont-de-l'Arche, directeur de l'œuvre de Notre-Dame-des-arts, Pont-de-l'Arche : imprimerie Claude frères, 1907, 23 pages. 

 

A lire aussi... 

L'église Notre-Dame-des-arts

 

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Ci-dessous : carte postale annotée par Pierre-Octave Philippe qui justifie son envie d'instaurer le culte de Notre-Dame-des-arts. 

Pierre-Octave Philippe, curé de Pont-de-l’Arche, fondateur de l’œuvre Notre-Dame-des-arts (1896)
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26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 13:43

 

Henry Placide Prieur est né à Pont-de-l’Arche le 30 septembre 1840 et décédé au même lieu le 29 décembre 1914. Il fut l’un des principaux industriels du chausson puis de la chaussure et maire de la Ville. Il est aujourd’hui commémoré par un nom de rue officialisé le 4 mars 1937 par le Conseil municipal présidé par Raoul Sergent. Auparavant, cette rue s’appelait « rue des Carrières » et, encore avant, le boulevard de Crosne.

 

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La rue Henry-Prieur et ses logements ouvriers bâtis par le même personnage témoignent de l'épopée de la chaussure à Pont-de-l'Arche (photo A. Launay, 2013).

 

L’industriel du chausson puis de la chaussure

Neveu d’Antoine Ouin, premier industriel du chausson à Pont-de-l’Arche, Henry Prieur se lança dans la fabrication de chausson à partir de 1872. Son entreprise fut florissante, il dut agrandir ses locaux de la route de Tostes en 1892. En 1898, il fut le premier industriel archépontain à mécaniser sa production. Il put ainsi travailler plus fortement le cuir et créer les premières chaussures de Pont-de-l’Arche, ville du chausson. C’est dans son usine qu’éclata la première grande grève de la chaussure à Pont-de-l’Arche (1900). Paternaliste, il fit construire des logements ouvriers, ceux que l’on connait dans la rue Henry-Prieur. Dans cette rue, il fit aussi construire en 1903 sa demeure personnelle, Les Lauriers, que nous avions attribué à son fils, Henry, dans notre ouvrage Pont-de-l’Arche, cité de la chaussure (page 42). Cette demeure porte la signature de Rabier, architecte. Le portail en fer forgé porte les initiales « HP ». Ce n’est pas donc pas un hasard si la rue des Carrières a pris le nom d’Henry Prieur. Quelques années plus tard, Henry Prieur laissa la gestion de son entreprise à ses fils Henry (1882-1937) et Albert (1890-1965) qui firent fleurir l’entreprise familiale qui employa jusqu’à 350 personnes en 1923. Albert Prieur fut propriétaire du « Château » du Centre de loisirs. Il semble qu’Henry Prieur habita la villa Les Lauriers. Toutefois, l’entreprise Prieur ferma définitivement ses portes en 1964.

 

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Les locaux de l'entreprise de chaussons puis de chaussures d'Henry Pieur, dans la rue Roger-Bonnet (photo A. Launay, 2013). 

 

L’homme politique local

C’est le 19 avril 1878 que Henry Prieur commença sa longue carrière publique en devenant conseiller municipal. Quelle que soit la tendance politique, il se fit élire sur les listes des élections du 23 janvier 1881, du 18 mai 1884 et du 23 avril 1888. Recueillant moins de voix que ses colistiers, il était toujours élu en fin de liste. Il était avait cependant la confiance des autres élus. En effet, le 21 décembre 1890, alors qu’Achille Fumierre fut élu maire, Henry Prieur fut élu adjoint par neuf voix contre quatre. Dans le même ordre d’idées, le 26 juillet 1891, notre homme fut élu maire sans difficulté par neuf voix sur quinze. Le 15 mars 1892, les élections municipales furent avantageuses pour Henry Prieur où il termina troisième de la liste des élus. Il fut élu maire par 11 voix sur 16 mais démissionna peu après pour des raisons que nous ignorons et peut-être relatives à son entreprise. Ce durent être de bonnes raisons car les élections du 18 avril 1896 le placèrent encore dans une bonne position (quatrième de la liste). Le 6 juillet 1902, au deuxième tour il se désista en faveur de Jules Fromont qui devint maire. Les élections du 17 mai 1908 furent mauvaises pour la gauche où Maurice Delamare, leader des républicains de gauche, se retrouva dernier élu de la liste et Henry Prieur, situé cinq places avant Maurice Delamare. Le vote des conseillers pour choisir un maire est intéressant. Il fallut trois votes pour départager MM. Fromont et Prieur. Ce dernier dut son élection à Maurice Delamare et Armand Ouin. Ceux-ci reçurent chacun une voix au premier tour, Henry Prieur six. Au deuxième tour Henry Prieur en eut huit alors que MM. Ouin et Delamare n’en reçurent plus aucune. Maurice Delamare devint adjoint. Quant aux fils, Albert Prieur faillit être maire en 1919, où il refusa la charge. Henry Prieur fils fut adjoint de Maurice Delamare en 1925.

 

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La villa Les Lauriers (1903) fut construite pour Henry Prieur (photo A. Launay, 2013). 

 

Sources

Registres des délibérations du Conseil municipal

Registres d'état civil 

 

A lire aussi... 

Le Monument aux morts

Les maires de Pont-de-l'Arche

 

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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 17:16

 

L'armée de l'air britannique et la première salle des fêtes

C’est la présence de l’armée de l’air britannique, le Royal flying corps, qui dota Pont-de-l’Arche d’une première salle des fêtes. En effet, durant la Première guerre mondiale l’armée de sa Majesté occupa tout l’espace compris entre la rue des Peupliers, aux Damps, et la rue des Soupirs à Pont-de-l’Arche. Les soldats achevèrent la construction de l’usine de chaussures des Fils de Georges Prieur (avenue de la Forêt de Bord), le gouvernement britannique loua le Vieux manoir, actuel Manoir de Manon, afin d’établir le quartier général des officiers. L’armée construisit de nombreux baraquements provisoires au Camp dont il reste le bar Les Dardanelles. Elle fit aussi bâtir une salle des fêtes, aujourd’hui disparue, au bout de la rue de Montalent, actuelle rue Jean-Prieur. Cette salle était constituée de deux baraquements en bois, longs et accolés. Quelques décorations peintes égayaient ses façades.

Le 7 décembre 1921, la Ville de Pont-de-l’Arche acheta ce baraquement 10 000 francs aux établissements Ponda, dirigés par M. Fabre. Ce bâtiment devait servir de salle des fêtes.  Les élus décidèrent de mette en location cette salle à des particuliers souhaitant y réaliser des animations. L’Industriel de Louviers du 14 octobre 1922 narre l’inauguration du cinéma d’Édmond Béquet et de R. L’Hernaut dans la salle des fêtes. Le 17 mars 1923, le journal annonçait des spectacles : « The great mystery », et « Robertson et sa mystérieuse Compagnie ». Le 30 décembre 1935, les élus confièrent le bail à Maurice Lavoisey, par ailleurs animateur d’une troupe lovérienne de théâtre : « la Revue locale ». Une anagramme lui servait de nom de réalisateur « Maurice de Yésioval ». Le 22 aout 1928, les élus signèrent un bail avec Emile Chary qui réalisa plusieurs spectacles avec Maurice Lavoisey.

 

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La première salle des fêtes de Pont-de-l'Arche se trouvait dans un baraquement provisoire bâti par l'armée de l'air britannique durant la Première guerre mondiale (photo archives municipales). 

 

Le nouveau pont oblige la création d'une nouvelle salle 

A la Libération, il fut décidé de construire le nouveau pont en amont de la ville, devenue trop étroite pour les moyens de transports. Ainsi, les Ponts et chaussées décidèrent de créer une déviation depuis la limite des Damps jusqu’à l’entrée du pont prévue au bout de la rue Jean-Prieur. Cette nouvelle voie, la future avenue De-Lattre-de-Tassigny, condamna plusieurs espaces et bâtiments dont la salle des fêtes. Le 30 mars 1950, sous la présidence de Charles Morel, le Conseil municipal décida la construction d’une salle des fêtes « en remplacement de celle expropriée pour le passage d’un tronçon de la RN 182 selon l’état descriptif et estimatif sommaire établi par M. Rivier, architecte à Louviers, qui se monte à environ 8 305 000 F ». Le projet suivit son cours et c’est Alix Duchemin qui mena à bien la construction de la salle des fêtes (1954). Elle fut inaugurée en présence de Pierre Mendès France en face du groupe scolaire Maxime-Marchand et près de ce qui sera l'école maternelle et le stade Jacques-Havet. Pour la première fois, la ville avait une salle des fêtes construite pour durer. Elle témoigne des années 1950 par son plan en carré long et son toit à quatre pans recouverts de tuiles mécaniques. 

Salle des fêtes non terminée (oct. 1954)

L'inauguration de la salle des fêtes en 1954 en présence (de gauche à droite) du Préfet, d'Alix Duchemin, maire, de Pierre Mendès France, député, conseiller général de Pont-de-l'Arche et président du Conseil général, et de la veuve Georges Bluet, présidente du cercle radical Edouard-Herriot de la ville. 

 

La salle des fêtes bénéficia d’une restauration achevée en 1987 pendant le mandat de Roger Leroux. C’est depuis lors que l’entrée de cet espace est enrichie d’œuvres du sculpteur Jean Kerbrat qui habita Pont-de-l’Arche quelques années.

Ce bâtiment fut restauré en 2006 pendant le mandat de Dominique Jachimiak. Celui-ci décida de lancer un concours afin de nommer ce lieu. Le nom d’Espace des Arts’chépontains fut retenu suivant le jeu de mots d’Odile Maës. Il repose sur l’identification du mot « Arts » dans la sonorité du nom des habitants : les Archépontains. 

 

Maurice Delamare (9)

Vue sur la salle des fêtes peu après sa construction (carte postale). 

 

Sources

Registres des délibérations du Conseil municipal

Archives municipales

 

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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 13:59

Maurice Delamare (8)

L'entrée du stade, carte postale des années 1960.

 

Le stade Jacques-Havet (1964)

Dans la rue Président-Kennedy, le stade Jacques-Havet est le premier équipement sportif permanent de la Ville de Pont-de-l’Arche. Les précédents terrains ne nécessitaient pas, ou peu, d’équipements et c’est ainsi que, au gré des constructions immobilières, on retrouve dans les archives des terrains provisoires du côté de la rue Maurice-Hervey, près de la rue Charles-Michels, sur la route de Louviers (en forêt) ou encore sur la route de Tostes comme les fêtes de la jeunesse en 1937. Avant 1934, les entrainements de gymnastique des écoles se faisaient sur la place de l’église avant d’être installés, durant la Seconde guerre mondiale, sur la future place du Huit-mai-1945, en face du groupe scolaire Maxime-Marchand et à côté de la future salle des fêtes.

Suite aux demandes exprimées par les écoles, dont la récente école maternelle, et les associations, le Conseil municipal présidé par Roland Levillain souhaita doter la ville d’un stade digne d’un chef-lieu de canton. Ainsi une délibération du Conseil municipal du 28 février 1958 fait état d’une réponse des Ponts et chaussées chiffrant la réalisation de cet équipement à 24 millions de francs. Les élus décidèrent de demander une subvention au service départemental des sports.

Une délibération du 27 mai 1960 nous apprend le transfert de l’ancien stade au nouveau et donc l’acquisition récente des terrains par la Ville le long de la route nationale 13. Le 21 février 1962, le maire notifie aux élus l’octroi d’une subvention par le Haut commissaire de la jeunesse et des sports pour réaliser le stade scolaire. Les élus finirent le dossier de financement et lancèrent les adjudications des travaux.

C’est ainsi que le 21 juin 1964 eut lieu l’inauguration du stade municipal et scolaire en présence de Roland Levillain, maire, de Maurice Herzog, Sous-secrétaire d’Etat à la jeunesse et aux sports, et de monsieur le Préfet. Outre le terrain de football, les tribunes et les vestiaires, le stade permettait la pratique du handball, près de l’école maternelle, et de plusieurs disciplines d’athlétisme notamment grâce à une piste en terre battue.

Ce stade a ainsi pu accompagner l’émergence de l’enseignement secondaire dans la ville avant la création du collège en 1967.

En 2001, cet espace fut baptisé du nom de Jacques Havet, ancien adjoint au maire et président de l’USPAI.

 

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Le stade Jacques-Havet en 2012 durant les Olympiades 276 (photo A. Launay)

 

Les terrains de tennis (1964-1980)

En juillet 1964, quelques semaines après l’inauguration du stade Jacques-Havet, le premier terrain de tennis fut livré, près des tribunes du stade. Toujours durant un mandat de Roland Levillain, le 12 mai 1971 les élus décidèrent la création de deux courts supplémentaires, le long de l’impasse des Chanterelles (lotissement de la Forêt). Ceci démontre la popularité de ce sport dans la ville. Des vestiaires furent créés en 1980 durant le mandat de Roger Leroux qui fit aussi couvrir le premier court de tennis, près des tribunes.

 

Tennis en 1965

Inauguration du premier terrain de tennis en présence de Roland Levillain, maire (photo Archives municipales)

 

La salle de tennis de table (1977)

La salle de tennis de table, située entre la rue Président-Kennedy et la place du Huit-mai-1945, date de 1977, le premier mandat de Roger Leroux.

 

Le Mil-club (1979)

D'abord envisagée dans la Salle d’Armes par Roland Levillain et son équipe, la salle de judo fut installée dans le Mil-club construit en 1979. Comme l’indique son nom, cet espace était polyvalent. Il accueillit aussi les premiers cours de l’école de danse. Le Mil-club de Pont-de-l’Arche est très tardif. Il fut attribué à la Ville par la Direction départementale de la jeunesse, des sports et des loisirs en 1977 et l'équipe de Roland Levillain vota les crédits nécessaires à la dalle de béton. Entre 1966 et 1978, 2 500 Mil-clubs ont été construits en France selon la volonté du ministère de la Jeunesse et des sports de multiplier les équipements socioéducatifs (l’opération « Mille clubs de jeunes »). Les Mil-clubs regroupent cinq modèles de préfabriqués légers, livrés en kit et montés sur place par les jeunes des communes concernées. Ils expriment la volonté de l’Etat d’assurer des missions de cohésion sociale principalement dans les zones récemment urbanisées dans le cadre de la reconstruction d’après-guerre. Les Mil-clubs devaient compléter le réseau des Maisons des jeunes et de la culture (MJC) d’un point de vue géographique mais aussi et surtout dans l’accueil des 15-25 ans sur des projets immédiats et sans spécialité particulière. Ces lieux de rencontre devaient faciliter les initiatives et la vie associative. A Pont-de-l’Arche, c’est un modèle CL 480 de 2e génération de Mil-clubs qui fut créé. C’est une structure modulaire poteau-poutre qui combine deux pièces carrées décalées de 45°. On mesure la recherche de hauteur sous le plafond. La forme particulière de ces équipements créés en série a largement participé à leur popularité.

 

Mille club 3

Le Mil-club et son environnement en 2010 (photo A. Launay)

 

Le gymnase du collège (1986)

Ce gymnase, répondant à des impératifs pédagogiques, fut construit par le Syndicat intercommunal du secteur scolaire du CES de Pont-de-l’Arche en 1986. Bâti durant le mandat de Roger Leroux, il fut réalisé grâce à Paulette Lecureux, adjointe au maire et présidente du syndicat intercommunal. Il bénéficia d’importantes rénovations en 2010 suite au travail de Zahir Mechkour, président du syndicat, et de l’équipe de Richard Jacquet.

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Le gymnase du collège en 2012 durant les Olympiades 276 (photo A. Launay)

 

Le gymnase du Bon-air (2003)

L’équipe de Paulette Lecureux souhaita construire un équipement répondant aux attentes des clubs sportifs parmi lesquels le judo. Les élus envisagèrent de bâtir un gymnase au cœur de La Pommeraie mais les riverains souhaitèrent que ce lieu garde sa vocation première de poumon vert. Il fut ainsi décidé que le gymnase serait construit le long de la rue Nungesser-et-Coli. Les travaux furent conduits par l’équipe de Dominique Jachimiak et l’inauguration eut lieu en 2003.

 

Le stade Max-Fournier (1987/ 2005)

La construction du lotissement Jules-Massenet, en 1987, a nécessité le transfert de terrains de football et de rugby à l’espace Sainte-Anne, près du chemin de la Procession. A la fin du second mandat de Roger Leroux, la Maison des associations a été créée en 1987 dans un local de la rue Roger-Bonnet, acquis par la Ville en 1988. Puis, afin de réaliser le contournement sud de Pont-de-l’Arche, les terrains ont été déplacés au sud du Chêne-Jaunet en 2005. Ils ont été baptisés « Max-Fournier » en 2007 en hommage au premier président du Rugby club archépontain (RCA). Max Fournier fut muté au collège de Pont-de-l’Arche en 1969. Originaire de la Dordogne, il joua aux clubs d’Évreux et de Bernay. En 1977, avec de nouveaux collègues, il fonda le RCA avec l’aide du maire Roger Leroux.  

 

Sources

Registres des délibérations du Conseil municipal

Le Trait d’union : bulletin d’informations municipales

Verniers Hélène, « Les Mille clubs où la cabane industrialisée », dans Monnier Gérard, Klein Richard, Les années zup : architectures de la croissance 1960-1973, Paris : A et J Picard, 2002, 301 pages.

 

 

Armand Launay

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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 20:39

Inauguré le 29 janvier 1955 par Pierre Mendès France, président du Conseil des ministres, le pont de Pont-de-l’Arche ne portait pas de nom officiel avant le 4 mai 1969. Ce jour-ci, le maire Roland Levillain baptisa le nouvel ouvrage « De-Lattre-de-Tassigny » en présence de la veuve de ce maréchal né le 2 février 1889 à Mouilleron-en-Pareds (Vendée) et mort le 11 janvier 1952 à Paris. L’avenue percée pour l’accès à ce pont prit aussi ce nom. 

Nous reproduisons ci-dessous un plan de situation du pont avant travaux édité par le Ministère des travaux publics dans une brochure intitulée « Le nouveau pont-route de Pont-de-l’Arche : 1951-1954 » (page 2). 

Carte nouveau pont


On mesure que l’avenue De-Lattre-de-Tassigny n’était qu’un projet sous le nom de « déviation » partant de la limite avec Les Damps jusqu’à la culée sud du pont. Elle fut réalisée dans le cadre des travaux du pont et coupa en deux le boulevard de la Marne et la rue Marie-Morel-Billet, atrophia le square Didier-Simon, coupa le parc de la Folie-Vallet, fit tomber une maison (parking de la rue Jean-Prieur) et amena le Conseil municipal à détruire l’ancienne salle des fêtes.

Quid alors de la partie sud de l’avenue jusqu’à la forêt de Bord ?   

C’est Jean Verdier, dans un article publié dans Présence normande en 1960 (voir sources) qui nous fournit la réponse. A la page 23, il écrit que les travaux sur la RN 154 eurent lieu « par petites tranches successives entre 1953 et 1957. » Il précisa que ce « long travail de patience [fut] couronné en 1958 par l’élargissement à quatre voies (…) au sommet (...) du Val-aux-loups. » Plus précisément, pour ce qui nous intéresse ici : « De l’orée de la forêt de Bord à l’entrée est de Pont-de-l’Arche, un tracé nouveau réalisé en 1955, amène l’automobiliste en souplesse jusqu’à l’entrée du pont, reconstruit en amont de l’agglomération. » Un tracé qui délimite le récent lotissement de la Forêt.

En 2006, cette route nationale 154 fut départementalisée et rebaptisée poétiquement D 6015.

En 2001, cette avenue est partiellement restaurée par le Conseil général. Le carrefour avec la rue Maurice-Delamare est remplacé par un rondpoint. En 2005, un rondpoint est créé en forêt pour le futur contournement sud de la Ville inauguré en 2010. 

 

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Vue sur le pont en 2012 (photo A. Launay).


Sources

Ministère des travaux publics, Le nouveau pont-route de Pont-de-l’Arche : 1951-1954, imprimerie Logier et Cie, 32 pages.

Verdier Jean, « Dix ans de travaux sur la RN 13 bis », Présence normande n° 5, juillet 1960, 10 pages.

 

A lire aussi...

La rue des Soupirs et la Côte d'amour

  

Armand Launay

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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 17:11

 

… ces âmes dévotes agenouillées devant la Vierge,

 leur adoration ne pouvait aller

à la seule image de marbre.

Elles brûlaient d’une piété sincère…

 

Mohandas Gandhi, lors d’une visite à Paris [1].

 

 

 

A Léry, le "petit Saint-Ouen" désigne une statuette représentant cet évêque nommé à Rouen en 640. Cette statuette passe l’essentiel de l’année dans l’église depuis les années soixante et est l’objet d’un culte, en forêt, le dimanche des Rameaux (quelques temps après l’équinoxe de printemps [2]).

Ce culte est assez populaire dans la région ; nombreuses sont les personnes qui se souviennent d’un après-midi passé en forêt de Bord à l’occasion de ce rendez-vous catholique et profane où la statuette est de nouveau de sortie comme pour honorer et commémorer la tradition.

Les textes qui traitent du petit Saint-Ouen ne sont pas rares, qu’ils soient écrits par des nostalgiques du patrimoine folklorique ou par des fervents, des historiens locaux ou encore des ethnologues.

Nous n’apprendrons rien de révolutionnaire au lecteur concernant le déroulement du culte mais, en revanche, nous allons nous attacher à mettre en valeur la logique qui motive les fidèles, depuis de nombreux siècles, à répéter des gestes similaires. Surtout, nous tenterons de mettre l’accent sur la continuité d’esprit qui unit le catholicisme, en l’occurrence local, au paganisme.  

 

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Le pèlerinage du "Petit Saint-Ouen" au début du XXe siècle.

 

 

I) Origine, évolution et déroulement du culte du "petit Saint-Ouen"

 

1) Déroulement du culte et des différents rituels 

Saint-Ouen n’est pas un saint mineur à Léry : il est le patron de l’église paroissiale ; le patron de l’ancienne confrérie mortuaire des charitons et enfin ; l’effigie de la statuette qui nous intéresse.

Un culte ancestral réunit les habitants de la paroisse et d’ailleurs autour d’un hêtre [3] dans lequel est placée la statuette, en forêt. Ce hêtre se situait juste à côté d’une mare et il est possible que celle-ci ait été creusée afin de remplacer une source tarie qui fut le premier lieu de culte.  

On prête à Saint-Ouen des vertus médicales qui, outre les prières et les pièces déposées dans un tronc, sont favorisées par un ensemble de gestes rituels :

 

-                           Saint-Ouen est propice à la guérison. L’eau de la mare Saint-Ouen était censée faire tomber la fièvre et guérir certaines maladies. D’après Claude Macherel et Jacques Le Querrec [4], le fidèle y allait au petit matin, rapportait de l’eau à la personne malade afin qu’elle en boive. Autrement, le fidèle pouvait utiliser le petit ruban noué au poignet gauche de la statuette : il le trempait dans l’eau de la mare puis le plaçait au cou du malade. Saint-Ouen devait soigner l’eczéma [5]. Selon le même principe, on disposait des pièces de tissu (des mouchoirs blancs, le plus souvent) sur des petits bâtons plantés tout autour de la mare ; on appliquait ensuite ces tissus sur les plaies ;

-                          des brins de buis, de genêt, et des rameaux de sapins tressés en couronne déposés sur un hêtre appelé Arbre de Saint-Ouen, soulagent les nouveaux nés de la fièvre. C’est ce que rapporta Edmond Spalikowski [6], dans les années trente, montrant qu’un rituel propre aux nouveaux nés était appliqué aux malades concernés ;

-                           Saint-Ouen est dit propice à la fertilité. Les couples stériles sont invités à faire sept fois le tour de l’arbre à reculon ;

-                           Saint-Ouen est dit propice au mariage, aidant les demoiselles à trouver un mari dans l’année. Pour cela, il faut que la demoiselle dérobe la statuette quelques semaines avant la cérémonie religieuse ; qu’elle lui confectionne une nouvelle tenue et qu’elle redépose l’objet dans la niche de l’arbre avant le jour du culte.

 

Toutefois, si ces rituels sont traditionnels, la cérémonie du « petit Saint-Ouen » a évolué durant ces dernières décennies.

 

2) L’évolution de la dévotion et de la cérémonie depuis 1900 

Il semble que l’on ne recoure plus aux vertus thérapeutiques du saint depuis les années soixante. Cependant, d’après MM. Macherel et Le Querrec, il n’y avait pas lieu de penser que la croyance fût éteinte en 1974, date de leur observation : cette foi ne se montrait tout simplement plus en public.

Les dévotions se pratiquaient durant toute l’année mais le dimanche des Rameaux était la date d’une procession menée par le curé paroissial, au moins jusqu’aux alentours de la Première Guerre mondiale. La communauté processionnait alors en passant par le cimetière et assistait ensuite à la messe auprès de l’arbre Saint-Ouen. Si le temps s’y prêtait, il semble que les fidèles piqueniquaient et se promenaient dans les bois durant la journée (comme le laisse entendre le témoignage de Hyacinthe Langlois ci-dessous). 

Cependant, cette solennité religieuse a peu à peu cédé le pas à des activités plus profanes. Les marchands sont les premiers acteurs peu catholiques à entrer en scène, comme l’exemplifie un article de L’Elbeuvien du 18 février 1906 : Il n’y a point de danses ; mais de jeunes gens et jeunes filles, voire même vieux et vieilles, désireux de se garantir des fièvres, s’y rendent en foule pour croquer figues, raisins et autres fruits secs, dont les petits marchands sont abondamment fournis ; ancienne coutume qui se perd dans la nuit des temps.

Au fil des ans, cette intrusion du profane a gêné des croyants et en premier lieu le curé, qui décida de ne plus guider de procession et ne célébra plus de messe en forêt depuis les années vingt. Depuis quelques décennies, une petite kermesse s’est installée auprès de l’arbre Saint-Ouen. L’observation de 1974 montre que les animations furent organisées par le comité des fêtes... La fanfare de la Madeleine, les majorettes Philips étaient aussi de la fête. Des jeux (chamboule-tout, casse-bouteilles), une buvette et une friterie investirent les lieux. Et, outre les fruits secs séculaires (figues, raisins secs symbolisant les anciens vignobles de Léry), les cacahouètes, les jouets en plastique se vendaient largement.  

Les fidèles, quant à eux, allaient le plus souvent faire un tour en forêt ou attendaient au village le temps que la kermesse et ses nombreux curieux libèrent les lieux. Tout l’après-midi voyait donc défiler devant l’arbre Saint-Ouen un curieux mélange de festivités et de dévotions.

Malgré l’étiolement de la cérémonie religieuse, on aurait pu penser que la kermesse se maintînt. Or, elle connut quelques années de flottement, dans les années quatre-vingts et quatre-vingt-dix, avant de reprendre il y a peu grâce à l’initiative de l’Association culturelle lérysienne.

 

3) Origines du culte 

On ne peut pas dater avec précision l’origine du culte de Saint-Ouen à Léry, que ce soit le grand (à l’église) ou le petit. Certaines personnes ont pensé que l’origine du culte remontait à la période où vécut saint Ouen, évêque de Rouen, comme en témoigne cet extrait de l’ouvrage de Marcel Mage : Il existait à cet endroit un vieux hêtre que consacraient les traditions gauloises. Saint Ouen, évêque de Rouen, qui rendait souvent visite à l’évêque Taurin d’Evreux, en faisant halte à Léry connaissait bien ce rite autour de l’arbre sacré. Il y annexa le cérémonial de l’Église en bénissant l’arbre et en fondant à proximité un prieuré qui dépendait de l’Évêché de Rouen.

Chaque année l’habitude fut prise de célébrer une messe en forêt. C’est ainsi que s’établit et se perpétua la dévotion à Saint Ouen. Après la disparition du Prieuré la tradition se maintint avec quelques modifications.

M. de Vesly, historien local du début du XXe siècle n’en pensait pas moins, à quelques – notables – différences près, ainsi que le rapporte L’Elbeuvien du 30 mars 1918 : La tradition rapporte que, lors d’une de ses visites pastorales, saint Ouen, ami de saint Eloi, qu’il avait connu à la cour de Clotaire II, se serait reposé en cet endroit à l’ombre d’un arbre qui était l’objet du culte des idolâtres. Saint Ouen avait été nommé évêque de Rouen en 640.

Ces thèses sont artificielles. Les lieux bénits par des évêques sont innombrables et n’ont pas tous engendré des cultes, loin de là. La simple volonté d’un homme, fût-il religieux, n’engendre pas un culte qui investit une communauté pendant des siècles et des siècles. Il faut se méfier des écrits relatifs aux saints (les hagiographies), surtout lorsqu’ils donnent des détails à la fois précis et anodins : ils peuvent se remplacer les uns les autres tant ils n’apportent pas plus de sens aux faits observés. L’idée que Saint-Ouen se soit arrêté à Léry est, toutefois, séduisante étant donnée la présence d’un palais royal au Vaudreuil.

La référence au paganisme semble plus crédible mais reste décrite, à nos yeux, de façon caricaturale : le christianisme aurait remplacé l’ancien culte à 100 % et du jour au lendemain ? Ne l’aurait-t-il pas plutôt fait perdurer sous de nouvelles formes ? et comment ?

 

Petit-Saint-Ouen-2.JPG

 

 

II) Signification du culte au-delà de l’opposition entre paganisme et christianisme

     

1) La régénération et le culte de la vie 

Qu’est-ce qui unit toutes les croyances et tous les rituels attachés au " petit Saint-Ouen ", statuette, arbre et mare compris ?

Il semble, en effet, que les rituels du « petit Saint-Ouen » consistent tous à réparer la vie qui existe : guérison de la fièvre, de certaines maladies et notamment auprès des nourrissons. Ils aident ensuite à engendrer la vie comme le montre l’union mais aussi la fertilité des couples qui sollicitent Saint-Ouen. Enfin, de source sérieuse, ces rituels ont parfois eu la réputation de pouvoir faire renaitre à la vie, comme en témoigne avec une tristesse fort émouvante cet article de L’Elbeuvien du 30 mars 1918 : M. de Vesly vit une pauvre mère présenter à la statuette son bébé déjà touché par la mort ; après avoir prié avec ferveur, elle prit, et plaça sur son enfant un petit rameau d’une couronne qui entoure le tronc de l’arbre et qui est tressée de buis, de genêts et de rameaux de sapins. Cette couronne renouvelée aux Rameaux est bénie par le clergé de Léry le jour de Pâques fleuries.

Qui plus est, la cérémonie du " petit Saint-Ouen " fait écho, dans le calendrier, à la Toussaint, fête qui clôt la belle saison en célébrant les morts, elle aussi et de manière bien plus importante. Entre les deux – tel un point d’orgue – la fête patronale du 26 aout célèbre, quant à elle, le " grand Saint-Ouen ". La communauté de Léry possède donc ses repères dans le calendrier ; repères exprimés  par la spiritualité et observables dans le rythme des saisons.

Par conséquent, le culte du " petit Saint-Ouen " parait être le symbole de la renaissance de la nature et de la vie en général. Comme le notent MM. Macherel et Le Querrec, ce rendez-vous est la première festivité de l’année après l’hiver. Ce sont les premiers beaux jours " où l’espoir renait à l’espérance ", comme on dit en Normandie…

Est-ce propre au catholicisme de célébrer les forces de la nature, même à travers un saint ?

 

2) Liens spirituels avec le paganisme           

Les beaux jours voient les feuilles vert pâle du gui se dorer, d’où son autre nom, plus imagé, de rameau d’or. Or le gui, dans le culte païen, symbolise la régénérescence et l’immortalité. Sa cueillette par les druides coïncide avec la naissance de l’année et a donné pour partie naissance au non même de druide. Ce mot gaulois est composé de deux termes dru-vid, qui signifient force et sagesse (dans le sens de connaissance). Les symboles couramment associés à la force et la sagesse sont respectivement le chêne, déjà, et le gui. Cela signifie que les responsables du culte sont dotés d’un pouvoir sur le temporel, sur les objets et les forces de la nature et qu’ils sont capables de régénérer la vie… Le chef spirituel est toujours censé avoir un rapport privilégié avec les forces qui dépassent les hommes.

            Mais le rameau d’or connait son équivalent dans le culte catholique : le rameau vert, d’olivier ou de palmier. Le dimanche des Rameaux est, à ce propos, le rappel annuel de la dernière entrée de Jésus Christ dans Jérusalem car, dans la tradition orientale, ce végétal célèbre ceux qui triomphent. Dans la liturgie, la prière de bénédiction des Rameaux se prononce en ces termes : Bénissez, Seigneur, ces rameaux de palmier ou d’olivier, et donnez à votre peuple la parfaite piété qui achèvera en nos âmes les gestes corporels par lesquels nous vous honorons aujourd’hui. Accordez-nous la grâce de triompher de l’ennemi et d’aimer ardemment l’œuvre de salut qu’accomplit votre miséricorde. Le lien entre l’attitude (c’est-à-dire le ressenti, le sentiment, la pensée) et le comportement (le geste qui extériorise, qui manifeste quelque chose aux yeux de tous) est particulièrement clair : il y a un double mouvement entre le geste et la foi. Le rituel est censé aider l’accomplissement d’un désir intérieur.

Mais, qu’il y ait des points communs entre le paganisme et le christianisme n’est pas étonnant. Le catholicisme pratiqué par les gens n’est jamais que leur interprétation de cette religion et cette interprétation est basée sur leurs habitudes. Le catholicisme romain est donc une interprétation d’une branche du judaïsme (le pharisaïsme) par d’anciens païens de l'empire romain.

Mais, cette pensée païenne – elle même – était loin d’être imperméable à d’autres cultes (notamment les multiples mystères orientaux) y compris le monothéisme. Regardons le paganisme développé par l’empereur romain Marc Aurèle : les différences ne sont pas frappantes entre la croyance en plusieurs dieux et la foi en une divinité unique. Suivant la conception religieuse que développe l’empereur dans Pensées pour moi-même, les dieux aident les hommes dans leur quête spirituelle, un peu à la manière des saints du christianisme. Et ils les aident non seulement à œuvrer sur les choses extérieures à l’individu mais aussi sur la manière dont ils perçoivent les choses. Marc Aurèle recommande ainsi à sa conscience : Commence donc par les [dieux] en prier et tu verras. (…) Un autre [que toi dira] : « Pussé-je ne pas perdre mon enfant ! » Toi ; « Pussé-je ne pas être affligé de le perdre ! » (137, XL). Et ce ne sont pas des dieux fictifs qui servent à exposer la doctrine stoïcienne ; l’empereur y croit sincèrement : Je n’ai jamais vu mon âme, et pourtant je l’honore. Il en est ainsi pour les Dieux (174, XXVIII). Cela n’empêche pourtant pas Marc Aurèle de considérer qu’il existe un principe commun qui anime l’univers. C’est ce qu’il décrit, avec poésie, en ces termes : que dire de chacun des astres ? Ne sont-ils pas différents tout en collaborant à la même œuvre ? (95, XLI). Ce principe est appelé Dieu : I’intelligence de chacun est Dieu et découle de Dieu (173, XXVI).

Alors, selon cette conception, le passage du paganisme au christianisme ne se fait pas avec la violence qui a pu opposer, parfois, deux camps aux intérêts divergents, mais avec l’émergence progressive d’un principe premier – déifié – qui relègue les dieux au rang d’intermédiaires entre lui et les hommes et qu’on appelle " saints ".

Revenons à nos campagnes : les gaulois, comme maints autres peuples, n’ont pas révolutionné leurs croyances lorsque le christianisme est arrivé dans la province de Rouen, du moins si celui-ci est resté pacifique avec les cultes locaux. Quant au chêne portant le gui, lorsque les rameaux chrétiens l’ont remplacé (buis, genêt…), on a pu le remplacer par une autre essence très répandue, elle aussi ; le hêtre.

 

3) Le mythe et sa valeur sociale   

Les croyances au sein d’un même culte, d’une même idéologie, diffèrent mais partagent certaines valeurs. Dans le cas de Léry, même si les actes sont variés et revêtent de nombreuses significations, ils réunissent une population autour d'une même manière de ressentir la vie et d’appréhender la mort. Le culte du Petit Saint-Ouen fournit un repère connu de tous qui marque un moment de l'année et constitue un mythe.

Nous entendons par mythe, ce que Mircea Eliade a défini dans Aspects du mythe : Notre recherche portera en premier lieu sur les sociétés où le mythe est – ou a été jusqu’à ces derniers temps – « vivant », en ce sens qu’il fournit des modèles pour la conduite humaine et confère par là même signification et valeur à l’existence.

Or, le mythe relatif aux guérisons du " petit Saint-Ouen " n’a pas changé qu’il soit païen ou chrétien si, comme nous le pensons, le rameau de Jésus a pris le relai du rameau d’or païen.

Suivant l’argumentation de Mircea Eliade, nous remarquons que la répétition symbolique par des gestes – même à petite échelle – d’un mythe fondateur de l’univers et de l’humanité est sensée régénérer la vie dans la pensée païenne [7].

L’imitation des gestes fondateurs de l’univers (la cosmogonie) doit aider les hommes à faire un retour en arrière, avant que la vie ne dégénère. Et, ce re-commencement est, à proprement parler, la réplique du commencement absolu, la cosmogonie. La connaissance de l’origine de chaque chose (animal, plante…) confère alors une sorte de maitrise magique sur elle et procure la science de ce qui se passera à l’avenir.

Ce type de rituels a existé dans maintes sociétés et, sans savoir à quel mythe cosmogonique celte le rituel gaulois faisait référence, nous notons que les chrétiens ont dû le remplacer par un équivalent, c’est-à-dire Jésus en pleine gloire et avant qu’il ne meure…

            Le culte du " petit Saint-Ouen " garde donc le même sens pour des chrétiens ou des païens : il célèbre la vie quand elle rayonne et a pour objectif de recréer le monde d’avant le mal, la mort et la dégénérescence. Il semble que nous ayons affaire à un exemple de réappropriation d’un culte païen par les chrétiens. Cette transition a dû se faire au fil des générations sans quoi, un culte païen qui eût survécu trop longtemps à la christianisation eût été frappé d’interdiction pure et simple par les monothéistes.

            Pour les Lérisiens, ce culte a réuni la communauté pendant de longs siècles autour d’une espérance. Notons que cet acte a perdu son importance religieuse en même que les liens sociaux traditionnels se sont délités au cours du XXe siècle et surtout après 1945.

            Les quelques processions et animations actuelles ont désormais pour origine la conscience de la fragilité d’un folklore (dans le sens neutre de connaissance populaire), bien plus que la foi ou la tradition.

 

Conclusion 

Il semble qu’un culte païen de Léry survécut au christianisme en se mélangeant avec les nouvelles croyances.

Alors, quand les moines de l’abbaye Saint-Ouen de Rouen eurent la jouissance des terres lérisiennes, au moins depuis 1018 [8], ils durent avoir à cœur de mieux évangéliser la communauté locale, reconnaissant dans ce culte des éléments pas très catholiques. Ce culte, qui devint celui du petit Saint-Ouen, n’a pas pu être tout à fait païen quand des chrétiens l’ont réinvesti : à tout prendre, ils auraient préféré le détruire, comme partout ailleurs où il restait des fidèles à la foi de nos ancêtres. L’arbre sacré et la source ont dû passer par plusieurs phases de christianisation pour pouvoir être acceptés par les autorités religieuses.

La population, quant à elle, a dû souhaiter perpétuer les actes de ses ancêtres sans concevoir, pour autant, de rupture entre sa manière de vivre le sacré et celle de l’Église. En effet, bien que la religion ait changé, le culte du " petit Saint-Ouen " a continué à célébrer le renouveau de la vie au moment où la nature bourgeonne.

Le rameau d’or païen, le gui, fut remplacé par les rameaux qui accueillirent Jésus, selon la Bible, lors de sa dernière entrée à Jérusalem. Se rappeler le Jésus des rameaux, c’est régénérer la vie avant qu’elle se soit marquée par le péché et qu’elle subisse la crucifixion. Il est toutefois frappant de voir combien le paganisme s’exprime dans ce culte lui qui se soucie du renouveau des forces de la vie alors que le christianisme voit l’histoire d’une manière linéaire et toute tournée vers la question de la mort.

Plus profondément, le paganisme survit encore de nos jours bien que les hommes tendent vers une rationalisation de leur perception de la vie, rationalisation à laquelle le christianisme a, lui-même, beaucoup contribué en refoulant la superstition et en résumant le divin en un dieu.

 

 

Remerciements à Mme David et M. Dorival, de Léry, pour leur témoignage et leurs illustrations.  

 

 

Petit-Saint-Ouen-3.JPG

Voici le lieu encore appelé de nos jours le " petit Saint-Ouen ". En forêt de Bord, il est situé sur les hauteurs quelques lacets plus haut que la maison forestière de Léry-la Voie Blanche.

 

 

A lire aussi...

Le paganisme dans l'histoire de Pont-de-l'Arche et des Damps

 

 

Sources 

- Charpillon L.-E., Caresme Anatole, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys : Delcroix, 1868, p. 430 à 432.

- Fournée Jean, L’Arbre et la forêt en Normandie : mythes, légendes et traditions, tome 2, imprimé par Le pays bas-normand, 1985, 302 p.

- Macherel Claude, Le Querrec Jacques, Léry, village normand : un croquis ethnologique, Nanterre : Service de publication du laboratoire d’ethnologie, 1974, 122 p.

- Eliade Mircea, Aspects du mythe, Paris : Gallimard, Folio / essais, 1988, 250 p.

- Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, Paris : Flammarion, 1992, 222 p.

- Mage Marcel (dir.), Léry de la préhistoire à l’aube du 3e millénaire, Léry : mairie, 1998 (réédition en 2010), 102 p.

 

 

 

 

Le hêtre Saint-Ouen

                              vu par Hyacinthe Langlois

 

 

Voyez-vous ce hêtre magnifique sur le tronc duquel est fixé, de temps immémorial, cette petite chapelle de planches, incomplet abri d’une figurine de bois vermoulue ? Cet arbre est le hêtre de Saint-Ouen, et cette image est celle du grand prélat de la Neustrie dont il porte le nom, du référendaire du bon roi Dagobert. Chaque année les bonnes femmes des environs s’empressent de la revêtir dévotement d’une robe et d’une coiffure nouvelles, taillées en forme de fourreau et de béguin d’enfant ; et ce renouvellement de toilette n’a jamais lieu sans glisser, dans la tirelire, suspendue à côté du saint, quelques pièces de monnaies qui doivent plus tard être échangées contre des évangiles. Chargé de sa hotte remplie de bois mort, le pauvre bûcheron lui-même sacrifie souvent, en l’honneur de saint Ouen, son modeste centime. Quant au fastinguant de premier ordre, au voleur de bois de lune, qui vient exploiter imprudemment la forêt de l’État avec une charrette attelée de plusieurs chevaux, celui-ci ne s’occupe guère de pieuses offrandes, et troquerait, contre les coupables bonnes grâces d’un garde-forestier, la protection de tous les sains du paradis.

Un jour, le hêtre séculaire allait, comme un vulgaire arbrisseau, tomber sous le fer d’une hache barbare ; mais un officier des eaux et forêts, destitué depuis, parce qu’un méchant homme l’avait dénoncé comme père d’émigré, étendit une main protectrice, et le mont-joie du bocage resta debout. Cette main était celle de mon digne père, et j’aime d’autant plus à m’en souvenir, qu’il y avait, à cette époque, un certain courage à conserver un objet auquel se ralliaient des coutumes religieuses.

Depuis des siècles, en effet, lorsqu’au chant de la grive, le rossignol d’hiver, succèdent les mélodieux accents de la classique Philomèle, le dimanche des Rameaux ramène autour de l’immense végétal des populations champêtres des environs. Là, se déploient, dans leur modeste éclat, tout le luxe des campagnes, toute la coquetterie villageoise ; mais le ménétrier n’y fait entendre aucun accord profane : tout se borne, dans ce divertissement solennel, à des repas sur l’herbe, à des prières, à explorer les étalages ambulants des petits marchands de joujoux, de gâteaux, et à prêter l’oreille aux vendeurs de complaintes, qui font redire aux échos du bois les malheurs de l’innocente épouse de Siffroy, les miracles de saint Hubert et la pénitence de Julien l’Hospitalier.

 

 

E.-H. Langlois

 

 

Hyacinthe Langlois, " La Croix Sablier ", in La Revue de Rouen, 1835, vol. 6, p. 306.

 

Cité par Duranville (Léon Levaillant de), Essai archéologique et historique sur la ville du Pont-de-l’Arche et sur l’abbaye Notre-Dame-de-Bonport, auto produit, 1856, p. 129 à 131.

 

[1] Autobiographie ou mes expériences de vérité, Paris : Quadrige ; PUF, 2003, 676 p., cf. p. 101.

[2] Les Rameaux sont célébrés sept jours après Pâques, fête qui évolue selon le calendrier lunaire : elle est célébrée le dimanche qui suit le 14e jour de la lune, soit le 21 mars ou immédiatement après.

[3] Cet arbre, rapporté par Eustache-Hyacinthe Langlois, fut remplacé au XIXe siècle (cf. L’Elbeuvien du 30 mars 1918 : Son remplaçant n’a que 1 m 20 de circonférence…).

[4] cf. bibliogr. : Observation du 4 avril 1974.

[5] Bien que Saint-Vulfranc, à la Haye-Malherbe, était dit plus efficace dans ce genre de traitements.

[6] Spalikowski Edmond, La Normandierurale et ignorée, Paris : éd. de Neustrie, 1985, 189 p., cf. p. 77.

[7] La cosmogonie est le modèle exemplaire de toute espèce de « faire » : non seulement parce que le Cosmos est l’archétype idéal de toute situation créatrice et de toute création – mais aussi parce que le Cosmos est une œuvre divine ; il est donc sanctifié sans sa structure même. Par extension, tout ce qui est parfait, « plein », harmonieux, fertile, en un mot : tout ce qui est « cosmisé », tout ce qui ressemble à un Cosmos, est sacré. Faire bien quelque chose, œuvrer, construire, créer, donner forme… tout ceci revient à dire qu’on amène quelque chose à l’existence, qu’on lui donne « vie », en dernière instance, qu’on la fait ressembler à l’organisme harmonieux par excellence, le Cosmos. Or, le Cosmos… est l’œuvre exemplaire des Dieux. cf. p. 49 et 50.

[8] Où le duc Richard II comprit l’église de Léry dans les possessions cette abbaye. Il est toutefois possible que Léry appartînt déjà à Saint-Ouen dès la fondation de cette communauté religieuse. 

 

Armand Launay

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 17:45

Liste d’articles consacrés aux élections à Pont-de-l’Arche, résultats et commentaires.

 

Marianne-2.JPG

La Marianne de Pont-de-l'Arche n'a pas de bonnet phrygien. Avec une couronne végétale, elle fait d'avantage penser à une Minerve qu'à une Marianne révolutionnaire. Elle traduit la sensibilité bien plus modérée des élus qui ont commandé ce buste en 1879 quand Alfred Houzard de la Potterie était maire.  

 

Elections municipales

1944

1945

1947

1953

1954

1959

1965

1971

1977

1983

1989

1995

2001

2008

 

Les maires de Pont-de-l’Arche depuis 1735

 

Cantonales

2004

2011

 

Législatives

2012

 

Présidentielles

2007

2012

 

A lire aussi...

La mairie de Pont-de-l'Arche ou l'historique de l'hôtel Alexandre Delafleurière   

 

Armand Launay

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 12:26

Curieux nom que Morel-Billet pour cette voie unissant Les Damps et Pont-de-l’Arche ! Et ce ne sont pas ses précédents noms qui renseignent : « chemin des quatre vents » et « chemin des haies » à partir de 1937 et pour la partie dampsoise.

 

P1110173.JPG

Photo A. Launay (2013)

 

La matrice cadastrale des Damps fournit le nom de Marie Mathilde Morel-Billet. Cette dame, née vers 1847, habita au n° 19 de cette voie jusqu’en 1938 où elle vendit sa propriété. Elle se maria avec Abraham Victor Morel à Rouen, le 5 juillet 1862. Son mari, né à Pont-de-l’Arche le 23 avril 1838 et décédé aux Damps le 24 décembre 1896, fut un bonnetier rouennais.

Le nom de la rue fut officialisé le 4 mars 1937 lors du Conseil municipal de Pont-de-l’Arche présidé par Raoul Sergent. Il remplaça l’ancienne appellation de « rue des haies ». Cette dame eut cet honneur car elle devait être connue de certains membres du Conseil. Peu après, Monsieur et Madame Marcel Lefebvre (gendre et la fille de la défunte) remercièrent les élus d’avoir donné le nom de « Mme Morel-Billet » à cette rue. Il serait donc plus juste de nommer cette rue « Marie Morel-Billet ».

Cette voie traverse le dernier faubourg bourgeois de Pont-de-l’Arche qui n’ait pas entièrement été traversé et perturbé par une grande voie. On retrouve ainsi dans la partie de la rue épargnée par l’avenue De-Lattre-de-Tassigny plusieurs belles demeures telles que Le Pelouzel construit pour l'industriel de la chaussure Armand Ouin (1905), Les Lauriers habité de 1898 à 1893 par Octave Mirbeau (Les Damps), La Folie-Vallée (fin XVIIIe siècle) et même l’ancienne usine de Jean Coudray qui rappelle l'importance de l’industrie de la chaussure.

Un caveau érigé en l’hommage à la famille Morel-Billet se trouve dans le cimetière de Pont-de-l’Arche. Il doit dater de 1868.

 

Morel-Billet.JPG

 La rue Marie-Morel-Billet sur Google maps (2013)

 

Sources

Registre d'état civil

Registres des délibérations du Conseil municipal

 

 

Armand Launay

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...