Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 14:23

 

Peu connus mais pourtant témoins d’une production longtemps nécessaire au niveau local : les fours à plâtre de Pont-de-l’Arche méritent notre attention. On les trouve dans une cour privée au n° 63 du Quai Maréchal-Foch. Tout d’abord, nous nous étonnons car, pour faire du plâtre, il faut du gypse. Or, ce sont plutôt les régions de Paris et de Pacy-sur-Eure qui en sont riches, pas la nôtre. Force est pourtant de constater que des carrières ont été nombreuses à Pont-de-l’Arche...  

 

Photographie panoramique des fours à plâtre de Pont-de-l'Arche (janvier 2011).

Photographie panoramique des fours à plâtre de Pont-de-l'Arche (janvier 2011).

 

Des carrières locales ? 

À Pont-de-l’Arche comme aux Damps, commune limitrophe, une rue des Carrières jouxtait le lieu d’une ancienne plâtrerie. En effet, la rue Henry-Prieur était dénommée rue des Carrières avant son baptême officiel le 4 mars 1937 par le Conseil municipal présidé par Raoul Sergent. Ce nom, que l’on retrouve sur le plan cadastral de 1837, désigne tout d’abord une ferme. Le plan montre une délimitation peu linéaire entre une parcelle de cette ferme et un espace sous le coteau, au nord. Cela indique la présence de carrières à ciel ouvert dont l’espace a depuis quelques années été occupé par quelques maisons neuves. 

 

Les fours à plâtre sont situés près de l'ancienne ferme des Carrières, près des carrières le long du coteau. Extrait du plan cadastral de 1837 consulté sur le site des Archives départementales de l'Eure.

Les fours à plâtre sont situés près de l'ancienne ferme des Carrières, près des carrières le long du coteau. Extrait du plan cadastral de 1837 consulté sur le site des Archives départementales de l'Eure.

La sente des Plâtriers en avril 2013. Sente qui jouxte les fours à plâtre et qui permet d'aller vers l'ancienne ferme des Carrières.

La sente des Plâtriers en avril 2013. Sente qui jouxte les fours à plâtre et qui permet d'aller vers l'ancienne ferme des Carrières.

 

La rue des Carrières indiquait aussi l’orientation vers le coteau de l’Eure, autrefois bras de Seine, vers Bonport. Il est vrai que le coteau, loin de descendre en douceur vers l’Eure, a un relief concave semblant indiquer qu’on y exploitait la roche calcaire à ciel ouvert. Nous ne savons pas si des carrières souterraines ont été exploitées avant que leur entrée ne soit éventuellement rebouchée. 

Il est probable qu’une partie de la roche ayant servi à la construction des murs de remplissage de l’ancienne abbaye de Bonport ait été extraite directement des carrières locales du bord de l’eau ou de la forêt de Bord. Nous traitons ici du remplissage car les pierres de taille de Bonport proviennent de carrières de qualité, telle que celle de Vernon, offrant de la roche calcaire dure et donc résistante.  

La roche locale a dû servir aux constructions de la ville de Pont-de-l’Arche, que ce soit les maisons, les murs et le remplissage des remparts (notamment avec le creusage des fossés). C’est ce que tend à prouver une charte de 1284 où il est fait mention d’une carrière de pierres à côté de la “Basse sentele”, c’est-à-dire la rue de l’Abbaye-sans-toile. Il est vrai que le sol de la ville y est singulièrement bas. C’est même le seul endroit où les remparts ont été fondés au niveau de la Seine et non sur le coteau calcaire. Il faut imaginer que tout l’espace entre l’escalier du pont actuel, l’arrière du Manoir de Manon et le bout de l’Abbaye-sans-toile ont été exploités. Peut-être même se trouve-t-il des carrières souterraines courant sous la ville. C’est ce que tendrait à prouver un témoignage d’un Archépontain qui, durant les travaux de l’espace Jacques-Henri-Lartigue, a vu un éboulement. Celui-ci laissait entrevoir une galerie perpendiculaire au Manoir de Manon et allant vers le sud. Certains en ont conclu qu’il existait des galeries à vocation militaire sous la ville. Il est probable qu’on ait affaire à une ancienne carrière souterraine. 

C’est l’exemple des Damps qui peut, à défaut de prouver tout cela, rendre crédibles ces affirmations non prouvées. En effet, la commune des Damps, s’étalant de nos jours le long d’un coteau calcaire, présente toujours des entrées de carrières souterraines qu’on appelle des cavages. Venant de Pont-de-l’Arche, la première se trouve après la rue du Val, aux alentours de la maison Morel-Billet. Puis, une entrée bouchée se situe juste après la maison Langlois, vaste propriété du bout de la rue des Peupliers, au-dessus d’une falaise. Puis, une entrée de carrière se trouve au fond de la cour du restaurant la Pomme, de nos jours. Enfin, une entrée se trouve dans la rue des Carrières, avant la maison de la Dame-Blanche. Celles-ci ont cessé d’être exploitées vraisemblablement à la fin du XIXe siècle. Par ailleurs, elles ont servi de refuge durant les bombardements précédant la Libération de 1944.

 

Vue sur le bâtiment des fourneaux, détail d'une photographie aérienne des années 1960. Ce bâtiment s'est effondré en 2004.

Vue sur le bâtiment des fourneaux, détail d'une photographie aérienne des années 1960. Ce bâtiment s'est effondré en 2004.

 

La sente des Plâtriers et ses fourneaux

Une “sente des Plâtriers” existe toujours à Pont-de-l’Arche. Elle dénomme l’escalier situé en contrebas de la tour de Crosne, entre la rue Henry-Prieur et le quai Maréchal-Foch. Il doit son nom aux fours à plâtre situés dans un modeste bâtiment effondré en 2004. Ces fours ont alimenté les constructions de Pont-de-l’Arche au XIXe siècle. 

Nous n’avons pu fouiller beaucoup d’archives, mais un chaufournier apparait dans la capitation de 1788. C’est ce que nous apprend Bénédicte Delaune à la page 60b de son mémoire de maitrise soutenu en 1992 et intitulé Pont-de-l’Arche, population, pouvoir municipaux et société à la fin du XVIIIe siècle et pendant la Révolution. Rien ne prouve que ce chaufournier ait utilisé les fourneaux qui nous intéressent mais, en l’absence de mention d’autres fours, nous pensons qu’il s’agit-là d’une référence en lien avec notre plâtrerie des bords de l’eau. Cette plâtrerie a assurément remplacé un ancien four à chaux, aux cheminées plus massives donc. Celui-ci, au pied des fossés de la ville, a dû servir aux maçonneries des fortifications et aussi des bâtiments publics et privés. Ceci d’autant plus qu’en 1697 Louis XIV obligea les propriétaires de maisons à pans de bois à couvrir ceux-ci de plâtre pour limiter la propagation des incendies.  

Ce four, étant donné que la chaux était un engrais, dut aussi servir à enrichir les terres, notamment de la ferme de la Carrière, voire des fermes du Becquet et du Bon-air.

De manière plus précise, un document des Archives de l’Eure (460 Q 19) montre que les fours étaient utilisés en 1849 quand Édouard Collet, maitre plâtrier, signa un bail d’occupation de 9 ans de la propriété d’Éléonore Frigard. Le bail, contre 250 francs par an, comprenait une maison avec cuisine, une petite salle à côté, une chambre au-dessus sans cheminée, une écurie, une plâtrerie ayant deux fourneaux, le tout dans le même enclos et le long de la rivière allant à Bonport. Édouard Collet utilisait ces lieux depuis plusieurs années. 

Éléonore Frigard décéda le 16 octobre 1850. Sa propriété fut reprise par ses frères Jean-Baptiste Louis Frigard, huissier, Napoléon Frigard, Euphrosine Frigard et Caroline Frigard. Le bail n’a semble-t-il pas été dénoncé et le maitre plâtrier a continué son activité.  

Il semble que la plâtrerie ait cessé ses activités avant 1891 car, dans le recensement de la population, aucun plâtrier n’est mentionné dans la rue de la Petite-chaussée, actuel quai Maréchal-Foch. En 1896, seuls subsistent les tailleurs de pierre Parfait Lefebvre, 57 ans, et son fils Robert, 24 ans, mais sans lien direct avec le sujet qui nous intéresse. 

 

 

Description des fourneaux

Jusqu’en 2004, les fourneaux étaient protégés par un étage en moellons calcaires sciés datant vraisemblablement des années 1860. Cet étage était couvert par un toit à pan simple en ardoise. Il servait assurément de réserve à bois, peut-être amené depuis la forêt de Bord par le chemin puis la sente des Plâtriers où une porte donnait accès à cet étage. Par chance, l’effondrement de la partie haute de la plâtrerie n’a pas endommagé les fourneaux et les propriétaires ont, d’urgence, mis hors d'eau les fours afin de préserver. 

Grâce à quelques clichés de janvier 2011, on peut voir les fourneaux dans un relativement bon état de conservation. La photographie panoramique montre deux fourneaux à plâtre avec, à l’est (à gauche), un espace de stockage. Ces fourneaux en plein cintre sont maçonnés en brique de pays datant de plusieurs campagnes de restauration s’étalant, semble-t-il le long du XIXe siècle. Le sol est couvert d’un pavé qui semble plus ancien, peut-être de la fin du XVIIIe siècle. 

Au fond des fours se voient encore des conduits d’aération, depuis bouchés. Autre partie bouchée, un puits situé dans le bâtiment.

La plâtrerie était accessible depuis la rue de la Petite-chaussée en passant par une petite cour en légère montée, donc adaptée au charrettes tirées par des animaux, comme l’illustre le célèbre tableau de Théodore Géricault, “le four à plâtre”, daté de 1821 ou 1822. 

 

Photographies des fours à plâtre (janvier 2011).
Photographies des fours à plâtre (janvier 2011).
Photographies des fours à plâtre (janvier 2011).

Photographies des fours à plâtre (janvier 2011).

Illustration de ce que fut un four à plâtre selon Théophile Géricault, vers 1821 ou 1822 (musée du Louvre).

Illustration de ce que fut un four à plâtre selon Théophile Géricault, vers 1821 ou 1822 (musée du Louvre).

 

Du plâtre et donc du gypse ?

N’étant pas spécialiste du sujet, nous nous étonnons de voir qu’ici fut produit du plâtre. En effet, si cette production est bel et bien attestée, tant à Pont-de-l’Arche qu’aux Damps où l’on en exportait dans les années 1850 par le petit port, elle ne va pas de soi d’un point géologique car la roche adaptée à la fabrication du plâtre est le gypse, non la craie locale.  

Pour poursuivre cette étude nous avons consulté la carte géologique de la France sur le site Géoportail et lu la Notice explicative de la carte géologique au 1/50 000e, dite des Andelys, éditée par le Service de la carte géologique de la France. 

 

Détail de la carte géologique du site Géoportail consulté le 19 juillet 2014. Les fours à plâtre des Damps et Pont-de-l'Arche sont signalés ainsi que les zones ont le calcaire coniacien, dégagé des alluvions, est localisé.

Détail de la carte géologique du site Géoportail consulté le 19 juillet 2014. Les fours à plâtre des Damps et Pont-de-l'Arche sont signalés ainsi que les zones ont le calcaire coniacien, dégagé des alluvions, est localisé.

 

Le premier constat est l’absence de gypse dans la proche région de Pont-de-l’Arche. La région de Pont-de-l’Arche est constituée d’alluvions récentes en fond de vallée et d’alluvions plus anciennes sur le petit rebord de plateau partant des Damps (la Crute) et descendant en douceur vers Bonport. Géologiquement, ce sol est classé “Fy” ce qui désigne les alluvions fluviatiles anciennes de basses terrasses datant du pléistocène supérieur, période que l’on fait débuter à 126 000 ans avant Jésus-Christ. Ces alluvions proviennent d’un ancien lit de la Seine, plus en altitude et décalé par rapport à son lit actuel. Ce lit est à relier au méandre fossile des Authieux-sur-le-Port-Saint-Ouen. Les alluvions Fy sont distinguées selon leur altitude en Fyc pour les terrasses élevées entre 30 et 35 m et Fyb pour les terrasses allant jusqu’à 75 m et composées d’un sol plus riche en sable. 

Les alluvions ne constituent que des couches sur des sols calcaires bien plus anciens. Ces couches sont épaisses de 1,50 à 3 m pour Fyc, 3 à 10 m pour Fyb selon les carottages réalisés au niveau de l’autoroute A13.

Or, les roches calcaires affleurent par endroits. C’est le cas aux Damps entre la Crute et la rue des Plâtriers et à Pont-de-l’Arche dans un triangle près du bord de l’eau où se trouvent les fours qui nous intéressent ici. Il semble évident que nos ancêtres ont privilégié ces lieux car le calcaire y était directement exploitable. Ceci n’a pas empêché d’exploiter aussi les carrières le long du coteau mais celles-ci nécessitaient un plus long travail de transport.   

Le calcaire local est le même que celui des falaises d’Amfreville-sous-les-Monts ou Orival. Il est appelé “craie à Micraster coranguinum” et abrégé en C4 sur les cartes. Il s’agit d’un calcaire coniacien (c’est-à-dire que son stratotype a été fixé à Saintes, en Charente-Maritime) datant d’entre 86 et 89 millions d’années. 

Il ne s’agit pas de gypse et, si l’on peut comprendre aisément qu’il servit à faire de la chaux, on peut présumer que la pureté de son calcaire a permis de faire un plâtre de qualité relative mais présentant l’intérêt d’être produit localement.

 

Des questions demeurent : où et comment concassait-on les moellons calcaires ? Les plâtriers ici n’étaient-ils que producteurs de plâtre ou, aussi, artisans qui appliquent le plâtre dans les chantiers ?  

 

Depuis 140 ans les propriétaires ont souhaité protéger les fours à plâtre, témoin de pratiques qui ont rendu maints services au niveau local. Une mise hors d'eau a de suite été réalisée afin de préserver les fours (cliché de septembre 2012).

Depuis 140 ans les propriétaires ont souhaité protéger les fours à plâtre, témoin de pratiques qui ont rendu maints services au niveau local. Une mise hors d'eau a de suite été réalisée afin de préserver les fours (cliché de septembre 2012).

 

Fermeture mais conservation de la plâtrerie

Avec l’amélioration des moyens de transport, il a été possible d’importer des plâtres de meilleure qualité. La plâtrerie locale a été victime de cette nouvelle concurrence et l’on estime à 1882 la date de fermeture de l’établissement archépontain. 

Aujourd’hui ce petit élément du patrimoine a toute sa place dans la compréhension de ce qui fit la vie en collectivité. Un nom de voie l’évoque nettement : la sente des Plâtriers. Par chance, ce n’est que l’étage supérieur du bâtiment qui tomba en 2004. Les deux fourneaux méritent d’être préservés, d’autant plus qu’ils ne dérangent pas. Il conviendrait de les protéger, comme l’ont fait tous les propriétaires depuis au moins 140 ans. Un nouvel étage, pouvant accueillir un petit logement ou un espace de rangement, serait le bienvenu dans ce bel espace de la ville. 

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

Partager cet article
Repost0
19 juin 2014 4 19 /06 /juin /2014 18:13
Visite commentée de Notre-Dame-des-arts, dimanche 29 juin, 14h
Partager cet article
Repost0
8 juin 2014 7 08 /06 /juin /2014 19:23

Le moulin de la Couture, plus connu sous le nom de moulin de Tostes, a été inventorié par le service régional de conservation du patrimoine culturel (référence IA00018023). Celui-ci le date du XIVe siècle avec un point d’interrogation. Il a raison car aucune étude n’a encore posé la question sur cette propriété privée qui ne fait l’objet d’aucune protection. 

Le moulin de la Couture vue de l'ouest (route de Tostes à Montaure) (cliché Armand Launay, novembre 2013).

Le moulin de la Couture vue de l'ouest (route de Tostes à Montaure) (cliché Armand Launay, novembre 2013).

Repères historiques : une propriété de Bonport

La plus ancienne mention du moulin de la Couture se trouve dans le travail d'Etienne Deville qui a recueilli les manuscrits de l'ancienne abbaye de Bonport et publié leur contenu (voir les sources). A la page 24 du second fascicule, il résume un document rédigé par un moine ou un prieur : « Etat du revenu de l'abbaye de Bonport ordre de Cisteaux diocèse d'Evreux et ce commençant à la Saint Michel mil six cens six. » Parmi les bénéfices cités, Bonport possède des droits sur la « grande ferme » de la vallée de la Corbillière, le Camp des Ventes, Montore [sic], Blacquetuit, la Cramponnière et Tostes. A la page 25 est écrit que, parmi les propriétés tostaises, Bonport percevait des revenus sur le « moulin de Tostes » et, plus précisément sur Pierre le Bourgeois et Pierre Martin.

Ensuite, nous empruntons au précieux travail de Max Masson (voir les sources) qui a passé au crible les archives municipales de Tostes et dressé une liste de propriétaires du moulin de la Couture (tome 1, folios 74 et 75). Max Masson trouve trace du moulin vers 1670 où il est toujours une propriété bonportaise. La Couture, culture en normand, formait alors un hameau qui regroupa « jusqu'à sept masures ». Grâce aux archives d'état civil, Max Masson cite les meuniers tostais : Jean Auger (1707), Jean Pétel (1759), Jean Moreau (1771), François Longuemare (1796) et François Langlois (1801). Le moulin fut nationalisé ainsi que l'ensemble des propriétés de Bonport et revendu comme bien national à certain Quesney, fabricant à Elbeuf. C'est peut-être cet homme qui est honoré par une belle stèle dans le cimetière de Pont-de-l'Arche. Max Masson rapporte des souvenirs d'anciens du village de Tostes se rappelant avoir vu des débris d'ailes et « même une aile qui pendant encore au mécanisme du sommet, après avoir tourné longtemps aux grands vents venus de la mer... » Enfin l'auteur tostais rapporte une légende locale donnant aux moulins un rôle de surveillance militaire tant leur architecture massive rappelle des tours de guet.

1606 est donc, jusqu'à plus ample informé, la date la plus reculée concernant ce moulin et ce malgré une analyse attentive du Cartulaire de l'abbaye royale de Notre-Dame de Bonport dressé en 1862 par Jules Andrieux. En effet, dans cette importante somme de documents, l'entrée des terres tostaises dans le giron de Bonport n'est pas mentionnée. La mention la plus reculée date du 15 novembre 1456 où les moines rendent aveu de leurs biens en Normandie et en Ile-de-France. Parmi ces biens (page 405) « plusieurs terres labourables avec trois manoirs ou granches, nommées Tostes, Blacquetuit et la Corbeillerre. » Pas de référence à notre moulin donc. Pourtant celui-ci a nécessairement dû être bâti ou acquis par Bonport pour moudre les récoltes des importantes granges locales. Nous notons que, sans être à équidistance, la Couture forme un quatrième point entre Tostes, la Corbillière et Blacquetuit.

D’après le même cartulaire, il semble que Bonport n'acquit aucun terrain à Tostes au XIIIe siècle où les chartes sont nombreuses. Cependant, Jules Andrieux reproduit (page 159) une charte de février 1246 par laquelle Louis IX céda 100 acres en forêt de Bord aux moines de Bonport. Le roi accorda ces terres forestières en réparation de dommages antérieurs causés sur des terres cultivées : « ... pro restauratione dampnorum que sustinebant, ut dicibant, pro terris traditis ad culturam in forestis de Borz et de Aquosis, dedimus et concessimus in perpetuam centum acras terre, sitas in dicta foresta de Borz... » Qui plus est, Louis IX accorda de nouveaux droits aux moines sur un moulin de Pont-de-l’Arche. Ces terres de la forêt de Bord semblent avoir un lien fort avec la culture. Peut-être tenons-nous là une partie des terres de Tostes tombées dans la mouvance de Bonport.

En résumé, nous entrevoyons le début de la mainmise de Bonport sur Tostes et ses dépendances à partir du XIIIe siècle et officiellement au XVe siècle. En toute logique, ces nouvelles terres fertiles ont nécessité la présence d’un moulin pour moudre les récoltes.

Qui plus est, dans un article intitulé "Moulins seigneuriaux et moulins royaux en Normandie : marché de l'énergie et institution (XIIe-XVe siècles)" Mathieu Arnoux note (page 520) "deux épisodes de forte croissance économique" durant la période étudiée : les "XIe-XIIe siècles" et la "seconde moitié du XVe siècle".  Cette période serait donc propice à la construction de notre moulin.  

 

Description architecturale

Le moulin de la Couture a été bâti sur une motte de terre ; motte certainement amoindrie par la hausse naturelle du sol autour. Depuis qu'il est tombé en désuétude, le moulin a perdu sa toiture et ses pales. Aujourd'hui demeure le corps principal, de type moulin à tour cylindrique, réalisé en pierre calcaire locale et en silex. Deux larmiers séparent trois niveaux dont la circonférence diminue avec l'altitude. On peut parler d’architecture télescopique. Le premier niveau – la base de la tour – est légèrement évasé. Avec le deuxième niveau, il présente une décoration esthétique reposant sur une alternance d'assises en pierre de taille et en silex gris. Le troisième niveau est orné d'un damier de pierres de taille et de silex. Quelques ouvertures étroites ponctuent le corps du bâtiment. Elles devaient servir d’éclairage et d’aérations faciles à boucher en périodes de froid. Le mouin est percé de deux portes (Est et ouest) voutées en tiers-point selon les canons de l'architecture gothique. La toiture a entièrement disparu. Paul Hélot, dans un article intitulé « Document sur les moulins à vent de France » décrit la toiture des moulins à tour (page 18) : « la toiture seule est mobile, supportée par deux gros sommiers qui reposent à chacune de leur extrémité sur un rail circulaire surmontant l’arête du mur. Ils reposent sur ce rail par l’intermédiaire de galets en fonte, c’est en somme une plaque tournante montée sur le rail et qui sert de base à la charpente du toit. Cette charpente est munie d’une lucarne qui laisse passer l’arbre des ailes. On peut faire tourner toute cette toiture au moyen d’une queue que l’on pousse du sol ; elle est fixée à la charpente du côté opposé aux ailes. » On parle ainsi de moulin-tour à calotte tournante. Ainsi s’explique la présence de deux portes afin que l’on pénètre dans le moulin quelle que soit l’orientation de ses pales.

Paul Hélot précise que le moulin à tour à calotte tournante est un véritable donjon de pierre qui fit son apparition dans le nord de la France « que vers le XVe siècle ». Ses murs ont souvent « plus d’un mètre d’épaisseur, il y a presque toujours un rez-de-chaussée et un étage ». Une description allant parfaitement au moulin de la Couture.

Le moulin de la couture vu de l'Est (cliché Armand Launay, novembre 2013).

Le moulin de la couture vu de l'Est (cliché Armand Launay, novembre 2013).

Détail de la porte ouest (cliché Armand Launay, novembre 2013).

Détail de la porte ouest (cliché Armand Launay, novembre 2013).

Détail de l'appareillage du niveau supérieur de la tour du moulin (cliché Armand Launay, novembre 2013).

Détail de l'appareillage du niveau supérieur de la tour du moulin (cliché Armand Launay, novembre 2013).

Le moulin de la Couture est habité par au moins un personnage halloweenien (cliché Armand Launay, novembre 2013).

Le moulin de la Couture est habité par au moins un personnage halloweenien (cliché Armand Launay, novembre 2013).

Autre perspective sur la porte ouest et les reflets d'automne sur les moellons de silex (cliché Armand Launay, novembre 2013).

Autre perspective sur la porte ouest et les reflets d'automne sur les moellons de silex (cliché Armand Launay, novembre 2013).

Comparaisons architecturales

Les assises de notre moulin font penser à celles d'une tour d'angle de l'enceinte de l'abbaye de Bonport, réalisée toutefois avec du silex blanc. Une analyse dendrochronologique, c'est-à-dire portant sur l'ancienneté du bois, réalisée par Jean-Baptiste Vincent en 2016 nous apprend que cette tour date du milieu du XIIIe siècle. Jean-Baptiste Vincent expose ainsi que "cette datation dendrochronologique affine la typo-chronologie des constructions employant un appareillage mixte calcaire et silex, phénomène souvent daté au plus tôt du XIVe s., mais qui dans ce contexte apparaîtrait dès le milieu du XIIIe s. C’est ainsi les problématiques sur les politiques architecturales monastiques et les techniques de construction du Moyen Âge qui trouveront une réponse grâce à cette confirmation dendrochronologique."

Elles se rapprochent aussi de la technique utilisée pour le moulin d’Hauville (construit en 1258 par les moines de Jumièges et détruit en 1400 selon l'association du moulin) et le proche moulin de Beauregard à La Haye-Malherbe, daté du XVe siècle par la conservation régionale (référence IA00019331) avec un point d'interrogation. Ce moulin a fait l'objet d'une de nos études accessible en cliquant ici.  

Les assises d'une tour d'angle de l'enceinte de Bonport ressemblent à celle du moulin de la Couture, le silex n'étant pas noir mais blanc. Cette tour date du milieu du XIIIe siècle (cliché Armand Launay, 2012).

Les assises d'une tour d'angle de l'enceinte de Bonport ressemblent à celle du moulin de la Couture, le silex n'étant pas noir mais blanc. Cette tour date du milieu du XIIIe siècle (cliché Armand Launay, 2012).

Le moulin de Beauregard, à La Haye-Malherbe, est voisin de celui de la Couture. Hormis le garde-corps en brique (XIXe siècle) qui le couronne, il est en tous points semblable à celui de Tostes (cliché Armand Launay, novembre 2013).

Le moulin de Beauregard, à La Haye-Malherbe, est voisin de celui de la Couture. Hormis le garde-corps en brique (XIXe siècle) qui le couronne, il est en tous points semblable à celui de Tostes (cliché Armand Launay, novembre 2013).

En guise de conclusion

Le moulin de la Couture était une propriété de l’abbaye de Bonport au service des vastes terres mises en valeur par et pour les moines. Son architecture de moulin à tour cylindrique traduit une technologie arrivée dans le nord de la France vers le XVe siècle. Ce siècle nous a aussi laissé les plus anciennes chartes attestant la mainmise de Bonport sur Tostes (1456) et donc la nécessité, pour l’abbaye, de moudre le grain sur place. La seconde partie du XVe siècle étant une période de prospérité économique, nous sérions tentés de la retenir pour dater la construction du moulin de la Couture.

 

A lire aussi...

L'histoire de Tostes

La ferme de Blacquetuit

Sainte-Anne de Tostes

 

 

Sources

- Arnoux Mathieu, "Moulins seigneuriaux et moulins royaux en Normandie : marché de l'énergie et institution (XIIe-XVe siècles)", pages 505 à 520, Cavaciocchi Simonetta, Economia e energia (secc. XIII-XVIII), atti della "Trentaquattresima settimana di studi del'Instituto internazionale di storia economica "F. Datini "" 15-19 aprile 2002, Firenze, 2003 ;  

- Deville Etienne, Les Manuscrits de l'ancienne bibliothèque de l'abbaye de Bonport conservés à la Bibliothèque nationale et à la bibliothèque de Louviers, fascicule 2e, Paris, Honoré Champion, 1910, 36 pages ;

- Masson, Max, Histoire de Tostes par Tostes pour Tostes, 2 tomes, Tostes, mairie, 1986, 55 f. ;

- Hélot Paul, « Documents sur les moulins à vent de France », Nos vieux moulins, Société des amis des vieux moulins, Rouen, juillet 1933, 2e année, n° 1, 48 pages ;

-  Vincent, Jean-Baptiste, « Pont-de-l’Arche – Abbaye de Bonport : tour d’enceinte », ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Haute-Normandie, mis en ligne le 18 février 2016, consulté le 19 janvier 2020. URL : http://journals.openedition.org/adlfi/16653.

Deux cartes postales de la première décennie du XXe siècle. Sur la première se trouvent des vestiges de toiture. Deux cartes postales de la première décennie du XXe siècle. Sur la première se trouvent des vestiges de toiture.

Deux cartes postales de la première décennie du XXe siècle. Sur la première se trouvent des vestiges de toiture.

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

Partager cet article
Repost0
8 juin 2014 7 08 /06 /juin /2014 17:00

Près de Pont-de-l'Arche, dans l'Eure, se trouve la peu connue commune de Tostes (454 habitants, 5 hameaux). Il se trouve qu'en plus d'être charmante elle est riche en histoire et en patrimoine... 

La mairie de Tostes, construite en 1891, est le symbole républicain de la volonté d'autonomie des Tostais (cliché A. Launay, mai 2014).La mairie de Tostes, construite en 1891, est le symbole républicain de la volonté d'autonomie des Tostais (cliché A. Launay, mai 2014).

La mairie de Tostes, construite en 1891, est le symbole républicain de la volonté d'autonomie des Tostais (cliché A. Launay, mai 2014).

Une présence humaine préhistorique

Même en l’absence de rapport archéologique contemporain, il n’est pas difficile de constater la présence de l’Homme à Tostes durant la préhistoire et ce grâce à trois articles de Léon Coutil.

Le premier article, intitulé « Inventaire des menhirs et dolmens de France (département de l’Eure) », expose que « sur la limite de la forêt, entre Tostes et Saint-Pierre-lès-Elbeuf, au triage de la Cramponnière, se trouve un grès d'environ un mètre de hauteur, que l'on désigne sous le nom dePierre du Gain » (pages 108-109). Cela doit vraisemblablement être un mégalithe préceltique attestant la présence de l’Homme, voire sa sédentarisation.

Dans un article de 1893, « Résumé des recherches préhistoriques en Normandie (époque paléolithique) », Léon Coutil fait état d’une autre découverte : « Dans les champs, à la surface, M. Noury a recueilli une large hache plate taillée à grands éclats des deux côtés ; cette pièce, un peu triangulaire et à patine ocreuse, mesure environ 0m15. On peut la voir au musée d'Elbeuf, ainsi que des lames moustériennes trouvées dans les mêmes conditions, au même endroit » (page 66).

Dans un autre article, « Ateliers et stations humaines néolithiques du département de l’Eure » Léon Coutil écrivit que « Le Musée d'Elbeuf possède plusieurs belles haches trouvées à la Vallée, près Tôtes, au triage des Routis. Au triage des Treize-Livres, hache plate en silex rosé, trouvée en 1859 (Musée de Louviers)" (page 177).

 

Des traces gallo-romaines

La Carte archéologique de la Gaule, éditée par Dominique Cliquet, fait état (page 227) de fouilles réalisées entre 1894 et 1904 par Léon de Vesly et Victor Quesné. Celles-ci eurent lieu à la Butte des Buis, en forêt, près de La Vallée. Elles ont restitué les bases d’un fanum (13 m de côté) à cella carrée (un sanctuaire) de 4,35 m de côté et entourée d’une galerie. Les murs de cette dernière étaient recouverts d’une couche de gypse rose et surmontés d’un portique. Plus de 60 monnaies ont été retrouvées sur les lieux allant du début du Ier siècle avant notre ère au IVe siècle : Tibère, Claude, Néron, Marc-Aurèle, Lucille, Dèce, Gallien, Salonine, Postume, Claude II, Tétricus I et II, Probus, Constance Chlore, Maximien Hercule et Daia, Constantin, Licinius, Crispus, Constantin II.

D’autres vestiges sont signalés par la carte d’état-major de l’IGN en forêt de Bord, près du carrefour des Quatre-bancs, entre La Couture et Louviers. La carte IGN les considère comme des restes de villa avec son puits. Nous n’avons pas trouvé de rapport de fouille sur ces vestiges situés aujourd’hui hors du périmètre administratif de Tostes.

Ces premiers éléments laissent entrevoir un habitat gallo-romain dispersé dans des friches d’une forêt de Bord aux contours différents de ceux que nous lui connaissons depuis le Moyen-Âge.

Les quelques éléments dont nous disposons montrent que, vraisemblablement, certaines villas ont été abandonnées et la nature a repris ses droits sous forme de forêt. C'est certainement ce qui a rendu possible leur conservation : les autres vestiges de villas ayant été arrasés par des siècles d'activité agricole.

Nous pensons que d'autres villas ont ponctué le rebord de plateau sur lequel Tostes a émergé ensuite. Les hameaux que nous connaissons de nos jours ont peut-être remplacé et recouvert de petites exploitations agricoles familales de l'Antiquité.

En effet, les emplacements les plus propices à l'activité humaine n'ont pas dû être abandonnés : résurgences de sources ou présence de nappes phréatiques importantes et non profondes, terres planes et ensoleillées, proximité de la forêt pour l'élevage d'animaux... A ce titre, les courbes de niveau de la carte d'état major montrent que la naissance du ravin de la vallée d'Incarville se situe près de la Fosse Caron, au-dessus de la ferme du Petit-Bonport (en face de la mairie). S'il y a un ravin, c'est qu'il y a eu un ravinement et donc de l'eau. Quand cette eau a-t-elle cessé de couler ? Nous l'ignorons mais il paraitrait logique que la Ferme du Petit-Bonport ait été bâtie à côté d'une source et, autour d'elle, le hameau de Tostes.  

Il y a certainement eu un mouvement de bocagisation autour des habitats des cinq hameaux (voire plus). Ce paysage était quelque peu différent de celui d'aujourd'hui : des champs ouverts dévolus à la production intensive, saufs autour des habitations et de quelques lisières de forêt.  

La carte d'état major IGN indique des "vestiges Gallo-romains" et un "Puits romain" près du carrefour des Quatre-bancs. Le deuxième extrait de carte montre la naissance du ravin de la vallée d'Incarville, à deux pas de la ferme du Petit-Bonport certainement installée ici en raison de la résurgence d'eau.
La carte d'état major IGN indique des "vestiges Gallo-romains" et un "Puits romain" près du carrefour des Quatre-bancs. Le deuxième extrait de carte montre la naissance du ravin de la vallée d'Incarville, à deux pas de la ferme du Petit-Bonport certainement installée ici en raison de la résurgence d'eau.

La carte d'état major IGN indique des "vestiges Gallo-romains" et un "Puits romain" près du carrefour des Quatre-bancs. Le deuxième extrait de carte montre la naissance du ravin de la vallée d'Incarville, à deux pas de la ferme du Petit-Bonport certainement installée ici en raison de la résurgence d'eau.

Un lieu-dit Tostes attesté en 1130

Le nom de Tostes existait bien avant que le village ne soit constitué en paroisse en 1687. En 1130, le grand rôle de l’Echiquier de Normandie cita des droits à percevoir en forêt de Bord et à Tostes « … et de 4 lib. 14 sol. de pasnagio foreste de Bort. In thesauro 74 sol. In suo superplus veteris anni de compoto suo de vadio Petri de Bures in Tostes 100 sol. et quiebus est. » (Léopold Delisle, Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, page 29, membrane 8). Difficile de douter qu'il s'agisse de l'emplacement du chef-lieu de commune que nous connaissons aujourd'hui et qui a dû, selon notre thèse exposée plus haut, être construt autour de la ferme dite du Petit-Bonport.

 

Un nom sorti de la clairière ?

Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme ont écrit que le nom de Tostes provient du scandinave « topt », signifiant village. Cette hypothèse est séduisante car le plateau du Neubourg est ponctué de toponymes scandinaves : Surtauville, Limbeuf, Daubeuf, Ecquetot et le très proche Blacquetuit dans la commune de Montaure… Une autre hypothèse est soulevée par Auguste Le Prévost (voir Léopold Delisle et Louis Passy) : Tostes viendrait du participe passé latin « tostus » du verbe « torrere », bruler. Les « tostes » anciennes de la forêt de Bord seraient donc nos « brulis » actuels, c’est-à-dire des terres forestières ou herbagères brulées afin de les rendre plus propres à l’agriculture. Une trace de ces pratiques demeure sur le territoire de Criquebeuf-sur-Seine où une parcelle de forêt est nommée Les Brûlins (près du Bosc-hêtrel).

 

Sainte-Anne, déjà patronne en 1174

Dans le Dictionnaire des anciens noms de lieux du département de l'Eure, Auguste Le Prévost cite une charte d'Henri II, datée de 1174, qui mentionne sainte Anne comme patronne de Tostes. C'est toujours sous ce vocable qu'est connue l'église paroissiale. Le lieudit dépendait du chapitre de la cathédrale de Chartres. Après tout, le confluent de la Seine et de l'Eure, rivière de Chartres, n'était pas loin : Les Damps. Comment la cathédrale de Chartres avait-elle été possessionnée à Tostes ? Edouard Jore, auteur de « La chasse en forêt de Bord » (page 14), nous fournit des éléments d'explication par un document constituant la plus ancienne référence du nom « Bord » : « il s’agit d’une charte du 11e jour des calendes d’octobre de l’an 1014, par laquelle Richard II, dit « le Bon Duc de Normandie » pour réparer les dommages que son armée avait causés aux possessions de la Cathédrale de Chartres, fait don à cette Basilique notamment de Vraiville entre Louviers et Elbeuf avec la dîme de la chasse dans la forêt appelée Bord ». Il s'agit d'une conséquence indirecte des incursions scandinaves donc et il semble que le lien avec Tostes soit fait par la forêt de Bord.

"Plan, figure et arpentage général de la terre de Toste appartenant à Messieurs les Abbé et religieux de Notre-Dame de Bomport" par Jacques Longuet, arpenteur ordinaire du roi, en 1694 (Gallica, Bibliothèque nationale de France).

"Plan, figure et arpentage général de la terre de Toste appartenant à Messieurs les Abbé et religieux de Notre-Dame de Bomport" par Jacques Longuet, arpenteur ordinaire du roi, en 1694 (Gallica, Bibliothèque nationale de France).

Tostes est née d'une clairière et n'en est pas tout à fait sortie ce qui renforce le caractère agréable de cette commune (photo Armand Launay, 2011).

Tostes est née d'une clairière et n'en est pas tout à fait sortie ce qui renforce le caractère agréable de cette commune (photo Armand Launay, 2011).

Des terres dans la mouvance de Bonport

Richard Cœur de Lion, roi d’Angleterre et duc de Normandie, et Philippe Auguste, roi de France, ont fondé l’abbaye de Bonport en 1190. Ils dotèrent cet établissement de nombreuses terres en forêt de Bord, aux alentours, et le long de la Seine. Cependant le cartulaire de Bonport, tel que compilé, commenté et partiellement reproduit par Jules Andrieux, reste muet sur l’entrée de terres tostaises dans le domaine de l’abbaye. Le cartulaire mentionne pour la première fois Tostes le 15 novembre 1456 où les moines rendent aveu de leurs biens en Normandie et en Ile-de-France. Parmi ces biens (page 405) « plusieurs terres labourables avec trois manoirs ou granches, nommées Tostes, Blacquetuit et la Corbeillerre. » La grange de Tostes doit assurément être la ferme qui jouxte aujourd’hui l’église Sainte-Anne. Selon Max Masson, à la Révolution elle était exploitée par la famille Mouchard (voir plus bas) et était connue sous le nom de ferme du « Petit Bonport » (folio 4, tome I). Celle-ci côtoie une ancienne grange – très remaniée – qui semble avoir remplacé la grange dimière bonportaise de Tostes, à deux pas de l’église.

 

1687 : Bonport érige Tostes en paroisse

Les notes d’Auguste Le Prévost (page 286) citent un document important dans l’histoire de Tostes : « En 1687, les moines de Bonport exposèrent à l’évêque d’Evreux qu’ils possédaient mille acres de terre, tant de labour que de bois, situées dans la forêt du Pont-de-l’Arche, autrement dite la forêt de Bord ; qu’au milieu de ces terres s’élevaient cinq villages : Tostes, Blasquemesnil [sic], la Corbillière, la Cramponnière et Treize-livres, et que ces cinq villages comprenaient environ trois cents habitants : que depuis 1680, l’abbaye de Bonport avait fait élever une chapelle à Tostes, et qu’il était urgent de transformer cette chapelle en paroisse. La paroisse ne fut érigée que le 14 janvier 1687 à la demande de Louis Colbert, abbé de Bonport, par décret de l’évêque d’Evreux. » L’on mesure la mainmise de Bonport sur les terres situées autour de la forêt de Bord.

Louis Colbert, fils de Jean-Baptiste Colbert, bras droit du roi, avait un pouvoir certain. Il parvint à faire reconnaitre la nouvelle paroisse de Sainte-Anne de Tostes, composée de terres prises sur Montaure (dont la ferme de Blacquetuit qui revint en définitive à Montaure en 1791)… Il rattacha la paroisse de Tostes au domaine de son abbaye, ce qui lui fit gagner près de 300 hectares de bois et 300 hectares de terre. L’intérêt de cette affaire était de récupérer, en plus, le dixième des récoltes grâce à l’impôt de l’Eglise qu’était la dime.

L’autre partie des terres, boisée, était elle aussi essentielle. Outre la fabrication des outils et des locaux abbatiaux, les moines pouvaient se chauffer, cuisiner et vendre le bois coupé. Ils pouvaient de même faire glaner les porcs. En revanche, leurs bois étaient évidemment à la merci des habitants les plus démunis, ou avides, de la région. C’est ce qui fit que les moines mandatèrent des hommes à la surveillance de la propriété… Une famille de Tostes était missionnée pour cela : les Mouchard (Max Masson, folio 37, tome I). Leur ferme était située près de l’église et était appelée « Le petit Bonport » (Max Masson, folio 4, tome I). Leur nom de famille doit venir du surnom « mouchard » puisqu’ils révélaient aux moines les noms des auteurs de délits. Ceux-ci devaient les transmettre aux autorités de la Maitrise des eaux et forêts de Pont-de-l’Arche.

L'église Sainte-Anne est contemporaine de l'érection de Tostes en paroisse par l'abbaye de Bonport en 1687 (cliché Armand Launay, mai 2014).L'église Sainte-Anne est contemporaine de l'érection de Tostes en paroisse par l'abbaye de Bonport en 1687 (cliché Armand Launay, mai 2014).

L'église Sainte-Anne est contemporaine de l'érection de Tostes en paroisse par l'abbaye de Bonport en 1687 (cliché Armand Launay, mai 2014).

La ferme de La Corbillière, à La Vallée, est un des plus beaux éléments du patrimoine bâti de Tostes. Son logis semble dater du XVe siècle, avec des ajouts et remaniements de la fin du XIXe siècle. Un étage carré plus un étage de comble. Escalier dans l’œuvre. Référence Mérimée : IA00018024. Il est jouxté par une grange, en ruine, du XVIIe siècle (photo A. Launay, avril 2014).

La ferme de La Corbillière, à La Vallée, est un des plus beaux éléments du patrimoine bâti de Tostes. Son logis semble dater du XVe siècle, avec des ajouts et remaniements de la fin du XIXe siècle. Un étage carré plus un étage de comble. Escalier dans l’œuvre. Référence Mérimée : IA00018024. Il est jouxté par une grange, en ruine, du XVIIe siècle (photo A. Launay, avril 2014).

La Révolution confirme l’autonomie de Tostes

La Révolution émancipa Tostes des moines de Bonport car l’abbaye fut fermée en 1790. Cela posa toutefois la question du maintien de cette commune. Grâce à la mobilisation des habitants, Tostes et ses fermes furent érigées en commune en 1790 à l’exception de la ferme de Blacquetuit qui revint à la commune de Montaure étant donnée, peut-être, sa proximité avec ce bourg (Max Masson, folio 54, tome I). Le hameau de Tostes fût-il érigé en commune s’il n’avait pas auparavant été constitué en paroisse ? On peut en douter quand on considère qu’Ecrosville, un hameau presque aussi peuplé que le bourg de Montaure, a été rattaché à la commune de Montaure. Quelque part, l’intervention de Bonport a laissé des traces dans le découpage administratif local ; d’où cette étrangeté administrative répartissant les maisons de La Vallée – un hameau aussi grand que Tostes – dans trois communes (Tostes, Montaure et La Haye-Malherbe).

Cette étrangeté administrative a été résorbée par la fusion des communes de Tostes et Montaure qui se nomment, depuis le 1er janvier 2017 "Terres de Bord". 

 

Un appréciable patrimoine ancien

Pour une commune peu habitée (412 habitants en 2012 selon l’INSEE), Tostes possède un beau patrimoine architectural parmi lequel se trouve la tour d’un moulin à vent, présumée du XVe siècle, une ferme nommée La Corbillière dont les parties les plus anciennes sont datées du XVe siècle par la conservation régionale des Monuments historiques, plusieurs corps de ferme du XVIIe siècle et une église rurale de la fin du XVIIe siècle.

 

 

Tostes possède un beau patrimoine ancien dont la tour d'un moulin du XVe siècle (propriété privée) (cliché Armand Launay, aout 2013).

Tostes possède un beau patrimoine ancien dont la tour d'un moulin du XVe siècle (propriété privée) (cliché Armand Launay, aout 2013).

Sources

- Andrieux Jules, Cartulaire de l'abbaye royale de Notre-Dame de Bon-Port de l'ordre de Citeaux au diocèse d'Evreux, Evreux, Auguste Hérissey, 1862, 434 pages ;

- Charpillon Louis-Etienne, Caresme Anatole, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys, Delcroix, 1868, pages 922 et 923 ;

- Cliquet Dominique, Carte archéologique de la Gaule : l’Eure 27, Paris, ministère de la culture, 1993, 285 pages ;

- Coutil Léon, « Résumé des recherches préhistoriques en Normandie (époque paléolithique) », pages 34 à 142, Collectif, Bulletin de la Société normande d'études préhistoriques, Société normande d'études préhistoriques et historiques, Louviers, imprimerie Eugène Izambert, tome I, année 1893, 1894, 151 pages ;

- Coutil Léon, « Inventaire des menhirs et dolmens de France (département de l’Eure) », pages 36 à 122, Collectif, Bulletin de la Société normande d'études préhistoriques, Société normande d'études préhistoriques et historiques, Louviers, imprimerie Eugène Izambert, tome IV, année 1896, 1897, 222 pages ;

- Coutil Léon, « Ateliers et stations humaines néolithiques du département de l’Eure », pages 123 à 211, Collectif, Bulletin de la Société normande d'études préhistoriques, Société normande d'études préhistoriques et historiques, Louviers, imprimerie Eugène Izambert, tome IV, année 1896, 1897, 222 pages ;

- Delisle Léopold (publié par), « Cartulaire normand de Philippe Auguste, Louis VIII, Saint-Louis et Philippe le Hardi », Mémoire de la Société des antiquaires de Normandie, 6e volume, XVIe volume de la collection, Caen, 1852, 390 pages ;

- Delisle Léopold, Passy Louis (publié par), Mémoires et notes de M. Auguste Le Prévost pour servir à l’histoire du département de l’Eure, tome III, Évreux, Auguste Hérissey, 1864, article « Tostes », page 286 ;

- Deville Étienne, Les Manuscrits de l’ancienne bibliothèque de l’abbaye de Bonport conservés à la bibliothèque nationale et à la bibliothèque de Louviers, fascicule 2, Paris : H. Champion, 1910, 36 pages ;

- Jore Edouard, « La chasse en forêt de Bord avant 1789 », pages 14 à 18, Bulletin de la Société d’études diverses de l’arrondissement de Louviers, tome XVII, années 1923-1924, 134 pages ;

- Le Prévost Auguste, Dictionnaire des anciens noms de lieux du département de l'Eure, Evreux, typographie d’Ancelle fils, 1839, 297 pages, références pages 270 et 271 ;

- Masson Max, Histoire de Tostes par Tostes pour Tostes, 2 tomes, édité par la mairie de Tostes, 1986, 82 et 108 folios ;

- Anonyme, Wikipédia, article Tostes, excellemment alimenté avec sources à l’appui.

 

 

 

A lire aussi...

L'ancienne ferme de Blacquetuit (Montaure)

Aux origines de Montaure et de son nom

Tostes et le moulin de la Couture

Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).
Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).

Album "passé-présent" de cartes postales anciennes et de photographies (A. Launay, printemps 2014).

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

Partager cet article
Repost0
8 juin 2014 7 08 /06 /juin /2014 10:57
Sainte-Anne de Tostes vue depuis le côté sud (cliché Armand Launay, avril 2014).

Sainte-Anne de Tostes vue depuis le côté sud (cliché Armand Launay, avril 2014).

Parmi mes coups de cœurs, il y a Tostes depuis toujours et son église depuis peu. Voici le compte rendu d’une visite de courtoisie rendue en février 2012 à l’église Sainte-Anne avec mon ami Michel Lepont.


Informations diverses

Adresse postale : 6-8, rue de l’église, 27340 TOSTES
Propriétaire : commune de Tostes (code INSEE : 27648) depuis 1905.
Affectataire : église catholique, évêché d’Évreux, paroisse Notre-Dame des bois, pays de Louviers.
Protection : recensée en 1986 par les Monuments historiques. Ni inscrite, ni classée. Référence Mérimée : IA00018022.


Sainte Anne, patronne de Tostes

Auguste Le Prévost, dans son Dictionnaire des anciens noms de lieux du département de l'Eure, cite une charte d'Henri II, datée de 1174, qui mentionne sainte Anne comme patronne de Tostes. Celle-ci était célébrée le 26 juillet. Le lieudit dépendait du chapitre de Chartres.  

Selon Étienne Deville, en 1255 le pape Alexandre IV autorisa les moines de Bonport à construire, pour leur usage, un autel dans leur grange de Tostes. Ce fait relate l’importance des moines de Bonport qui ont possédé de très nombreuses terres à Tostes mais ne nous permet pas de faire le lien avec l’église actuelle. 

Cependant, nous savons qu'un clos de Bonport existait à Tostes dans un espace qui correspond à une exploitation agricole actuelle, en face de l'église, à proximité de l'église. Une grange se trouve toujours en ce lieu, du moins à proximité. L'hypothèse que nous formulons est que l'autel en question dans le charte de 1255 est l'ancêtre de l'église qui nous intéresse ici.  

Au XIVe siècle, une chapelle est construite dans le village (notice Mérimée), peut-être à l’emplacement de l’église aujourd’hui.

Auguste Le Prévost nous informe que (page 286) "depuis 1680, l’abbaye de Bonport avait fait élever une chapelle à Tostes."  Nous pouvons affirmer qu'il s'agit-là de l'édifice qui nous intéresse. En effet, l'auteur donne information pour immortaliser le fait que Louis Colbert - abbé de Bonport et surtout fils du célèbre homme d’État - voulut ériger les hameaux de Tostes en paroisse :

« En 1687, les moines de Bonport exposèrent à l’évêque d’Évreux qu’ils possédaient mille acres de terre, tant de labour que de bois, situées dans la forêt du Pont-de-l’Arche, autrement dite la forêt de Bord ; qu’au milieu de ces terres s’élevaient cinq villages : Tostes, Blasquemesnil, la Corbillière, la Cramponnière et Treize-livres, et que ces cinq villages comprenaient environ trois cents habitants : que depuis 1680, l’abbaye de Bonport avait fait élever une chapelle à Tostes, et qu’il était urgent de transformer cette chapelle en paroisse. La paroisse ne fut érigée que le 14 janvier 1687 à la demande de Louis Colbert, abbé de Bonport, par décret de l’évêque d’Évreux. »

L'abbé de Bonport voulait ainsi prendre la main sur la dime due à l'église. Pour cela, il arracha à la très ancienne paroisse Notre-Dame de Montaure ses fiefs déjà détenus par l'abbaye de Bonport.

Si l'église Sainte-Anne de Tostes bénéficia d'aménagements attestés par des millésimes observables : 1722 sous le clocher, 1728 sur la baie près de la porte et 1748 sur un lambris du chœur ; nous pouvons nous demander si l'architecture actuelle reflète bien la date de 1680 où la chapelle est sensée avoir été élevée ?
 

Architecture
Avec le monument aux Morts, l’église de Tostes forme un pittoresque tableau avec son muret en pierre de taille et moellon maçonnés ainsi que de précieux éléments végétaux. L’église Sainte-Anne est le bâtiment public le plus remarquable du centre-village et le seul visitable à l’occasion de concerts et de messes.


Gros-œuvre
Tournée vers l’Est, l’église Sainte-Anne est constituée d’un seul vaisseau de plan allongé réalisé avec, en chinage, des pierres de calcaire de dimension moyenne et, en remplissage, un appareillage – rustique et élégant – de petits moellons calcaires et de silex sombre. Sur le mur gouttereau nord, c'est-à-dire visible depuis la rue, ceux-ci sont alternés à raison d’une ligne de moellons toutes les 2 à 4 lignes de silex. Le mur sud est rempli de moellons de silex noir. Le haut du pignon est et l’escalier à vis (dans l’œuvre) sont réalisés en pans de bois et en torchis. Le chœur est constitué d’un bâtiment deux fois plus réduit que la nef et composé des mêmes matériaux, les moellons calcaires exceptés.

Nous avons bien affaire à un savoir-faire de la moitié du XVIIe siècle. Les petits blocs de silex noir sont sûrement un réemploi de l'édifice antérieur.  

 

Ouvertures
La nef est percée de deux paires de baies en vis-à-vis et au chambranle réalisé en pierre de taille. Les baies les plus proches du chœur sont géminées (jumelées) et surmontées d’un œil-de-bœuf percé de trois cercles. Les baies les plus proches du clocher sont voutées en berceau. La baie côté nord porte le millésime "1728". Ces ouvertures sont élégantes et rattachent, modestement mais efficacement, la rurale église Sainte-Anne à l'esthétique gothique. La porte est couverte d’un arc en plein cintre. Le pignon est est ajouré de deux œils-de-bœuf ; le pignon ouest en possède un.

 

2Détail de la baie côté nord.


Couverture
La nef est protégée par un toit à longs pans avec un pignon couvert. Il est surmonté d’un clocher à flèche de charpente polygonale portant une girouette. A part le clocher, couvert d’ardoises, le toit est couvert de tuiles plates de pays.


Charpente et décor intérieur
La charpente de la nef est masquée par un berceau lambrissé en coque de navire renversé. Toutefois, les trois entraits sont apparents dont un soutient un balcon situé sous le clocher. Le sol est couvert d’un beau pavé orné de décors floraux dans le chœur et d’un pavé plus rustique dans la nef. La voute du chœur est recouverte de lambris portant le millésime de « 1748 ».  

Mobilier
Malgré de modestes dimensions, Sainte-Anne de Tostes recueille un mobilier riche et varié.

Les retables classés
Deux sculptures sur bois ont été classées par les Monuments historiques au titre d’objets le 10 juin 1907. Il s’agit des retables des deux autels latéraux qui encadrent des toiles. Chacun présente de fines sculptures dessinant un fronton brisé avec une sorte de cartouche en son centre. Des motifs floraux décorent les parties latérales où l’on attendrait des colonnes. Ils s’inscrivent pleinement dans l’art baroque du XVIIe siècle. Le retable nord propose une peinture sur toile représentant le Paralytique ou Jésus guérissant les malades (références Mérimée AP58N00162 et AP58N00263). Le retable sud est enrichi d’une peinture sur toile représentant la Résurrection de Lazare (références Mérimée AP58N00161 et AP58N00262).

3

Le retable côté nord, "le Paralytique ou Jésus guérissant les malades",

classé Monument historique en 1907.


4 Le retable côté sud, la "Résurrection de Lazare",

classé Monument historique en 1907 également.

 

Le retable central et son tabernacle
L’élégant retable central est de style baroque. En son centre se trouve une toile millésimée 1657 illustrant la présentation de la Vierge Marie, au Temple, par ses parents Joachim et sainte Anne. De part et d’autre du corps central se trouvent deux colonnes à chapiteaux corinthiens surmontés d’un arc en plein cintre. Au-dessus de celui-ci, on peu voir un symbole de la trinité portant la date de 7551. Le tabernacle, tout aussi baroque avec ses colonnettes torses, possède des niches où se trouvent les statuettes de sainte Anne, du Christ au globe et de saint Joseph.  

 5                                         Le retable central, de style baroque, porte une toile millésimée 1657

illustrant la présentation de la Vierge Marie, au Temple,

par ses parents Joachim et sainte Anne.



Statuaire : les oeuvres les plus anciennes
Les plus anciennes statues datent du XVe siècle. Il s’agit d’une Vierge à l’Enfant naïve, près du retable sud, d’une Sainte-Anne et d’un Saint-Eloi, près du retable nord. Ces statues présentent encore une belle polychromie. Représentant sainte Anne, une statue en bois servant aux processions est rangée contre le retable nord. 

 

Statuaire : les vestiges de la poutre de gloire

Avec le crucifix du mur sud, deux statues forment un ensemble en bois de la Renaissance, malheureusement en mauvais état, qui devait constituer la poutre de gloire. Le Christ crucifié, entouré de la Vierge et de saint Jean l'Evangéliste, formaient ce groupe traditionnellement situé sur une poutre surmontant la nef, à l'entrée du choeur. Les poutres de gloire, à l'origine du jubé (tribune et clôture séparant la nef du choeur), furent le plus souvent démontées après le concile de Trente et au XIXe siècle dans un souci d'ouvrir le choeur aux fidèles.  

 

Statuaire : l'original saint Onuphre

Après Sainte-Anne, les fidèles tostais adressaient leur dévotion à saint Onuphre. Une statue (XIXe siècle) à l'effigie de ce patron des tisserands orne le bas-côté sud. Saint guérisseur des rhumatismes et des problèmes d’articulation, il faisait l’objet d’un pèlerinage le 12 juin et ce jusque dans les années 1930 (Max Masson). Nous nous arrêtons un peu sur ce saint tant il est rare. Saint Onuphre est le patron des tisserands car il n'est revêtu que sa chevelure et de longs poils. Amusant clin-d'oeil. Un oratoire accolé au chevet de l’église lui était dédié qui a disparu ces dernières décennies. Selon Georges Dumézil, ce saint est aussi le patron des raves, semées vers le jour de sa fête. Autrement, on peut se demander s'il n'y a pas un lien entre les moines de Bonport et la présence de ce saint à Tostes. Saint Onuphre était un saint de l'extrême : il vivait en ermite dans le désert de la région de Thèbes, en Egypte, au IVe siècle. La légende dit qu'il vivait de l'eau d'une fontaine et de l'ombre d'un palmier. Un moine cistercien, les cisterciens étant réputés chercher le "désert" (le vide d'hommes), aura peut-être ironisé sur le côté très reculé de Tostes au Moyen-Âge, blotti au coeur de la forêt. Ceci d'autant plus qu'il semble que la ferme connexe, ancienne propriété de Bonport, a semble-t-il été bâtie à côté d'une source. Enfin, il nous plait de souligner que "Onuphre" provient de l'égyptien "Ounennefer", un qualificatif - signifiant "éternellement bon" - qui était attribué à Osiris, dieu de l'agriculture et de la mort. La mythologie dit de ce dieu agricole qu'il fut ressuscité par Isis. Après tout, le Nil ne ressuscitait-il pas les récoltes après chacune de ses crues annuelles ? Onuphre incarne donc plutôt bien le cycle végétal. Saint Onuphre fut introduit en Occident après les croisades. Dans l'église de Tostes, on retrouve aussi ce saint dans un vitrail décrit plus bas. 

 

67

Saint-Onuphre                                   Sainte-Anne                                                                        


Fonts baptismaux
Octogonaux, les fonts baptismaux ont été taillés dans de la pierre calcaire locale. Sobres et élégants, ils semblent dater du XVIIe siècle et sont encore munis de leur cuve en plomb.  


8


Vitraux
Les vitraux se trouvent dans le chœur. Du XIXe siècle, vraisemblablement, ils représentent Sainte-Anne (côté sud) et Saint-Onuphre, genou droit à terre, devant une bible ouverte sur le sol. Il est reconnaissable à la lettre O dans son auréole et la branche de palmier qui lui apporte une ombre. 

Cloche
La cloche a été réalisée par la fonderie Mahuet, à Dreux. Pesant 200 kg, elle porte cette inscription : « L'an 1863, Mgr Devoucoux étant évêque d'Evreux, j'ai été fondue par la générosité de M. Janvier de la Motte, préfet de l'Eure, par celle des habitants de Tostes et par les soins de M. Dedessulamare, maire – Bénite par M. Marette, curé de Montaure et de Tostes – nommée Marie par M. Alphonse Gantier et Melle Eugénie Heullant ». Silencieuse avant les années 1950, la cloche tinta de nouveau après 1980 suite à des travaux, notamment d’électrification, financés par la commune et une souscription publique lancée par le maire M. Drouet. .

 

9

 

Stalles et banc de présidence
Contre le mur pignon Ouest se trouvent quatre stalles et le banc de présidence. En bois sculpté, ces beaux éléments du XVIIe siècle se trouvaient dans le chœur. Peut-être ces stalles sont-elles un souvenir des moines de Bonport venant (présider ?) aux offices ? 


Harmonium

A noter enfin, un harmonium du début du XXe siècle qui est une véritable pièce de collection tant ce type d'instrument, qui ne bénéficie d'aucune protection, s'est raréfié.



Sources
- Ministère de la culture, base Mérimée ;

- Delisle Léopold, Passy Louis (publié par), Mémoires et notes de M. Auguste Le Prévost pour servir à l’histoire du département de l’Eure, tome III, Évreux, Auguste Hérissey, 1864, article « Tostes », page 286 ;

- Deville Étienne, Les Manuscrits de l’ancienne bibliothèque de l’abbaye de Bonport conservés à la bibliothèque nationale et à la bibliothèque de Louviers, vol. 2, Paris : H. Champion, 1910, 36 pages ;  

- Le Prévost Auguste, Dictionnaire des anciens noms de lieux du département de l'Eure, Evreux, typographie d’Ancelle fils, 1839, 297 pages, références pages 270 et 271 ;

Masson Max, Histoire de Tostes par Tostes pour Tostes, 2 tomes, Tostes, mairie, [1985 ?], 55 f. Ce livre est disponible en mairie contre 15 €. Il rassemble les photocopies des travaux dactylographiés de Max Masson, ancien secrétaire de mairie. Cet homme, aujourd'hui décédé, s’appliqua à éplucher et commenter les archives municipales.

 

A lire aussi...

Tostes et son histoire...

Notre-Dame de Montaure

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

Partager cet article
Repost0
6 juin 2014 5 06 /06 /juin /2014 17:49

Du vendredi 20 mars au dimanche 22 juin, profitez du magasin d'usine chez Marco pour (vous) offrir des chaussures Made in France en vrai cuir et à prix réduits (à partir de 30 €). Collections été, hiver. Pour tous les âges.  

Ces magasins présentent aussi des chaussures pour hommes et des articles de maroquinerie.  

   

P1110359

Les magasins d'usine chez Marco, un rendez-vous apprécié qui attire les foules (photo A. Launay, 2013). 

 

P1040386.JPG

Des sacs à mains, des trousses, des portes-monnaies en cuir sont aussi proposés.  

 

Pour cela, rendez vous chez Marco au 17, rue Maurice-Delamare (localiser sur une carte) de 9h à 19h le vendredi et le samedi et de 9h à 15h le dimanche. 

Parking gratuit en face de l'usine. Règlement par carte bleue ou espèces uniquement. 

Plus d'infos au 02 32 98 70 20 ou contact@chaussures-marco.com

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com/

Bando 13x9 (1)

 

Partager cet article
Repost0
15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 15:43

En parcourant les archives du journal radical-socialiste L'Elbeuvien, nous avons trouvé deux articles portant sur le même évènement organisé en 1901 par le mouvement socialiste alors naissant à Pont-de-l'Arche ; mouvement dont peuvent se revendiquer à la fois le PS et le PCF de nos jours puisqu'il est antérieur de quatre ans à la fondation de la Section française de l'internationale ouvrière (SFIO).

 

L’Elbeuvien du 24 février 1901

Conférence socialiste

Le groupe « le Réveil Social de Pont-de-l’Arche » organise pour le dimanche 24 février prochain, une conférence publique, gratuite et contradictoire avec le concours du citoyen Lepez, secrétaire de la fédération socialiste de la Seine-Inférieure, qui traitera : Du Nationalisme et de la Doctrine Socialiste.

Cette conférence se fera à 2 h. précises du soir, salle du premier étage, chez M. Motte, hôtel du Midi, à Pont-de-l’Arche.

Nous espérons que tous les citoyens vraiment libres, que tous les républicains de bonne foi, viendront assister à cette manifestation antiréactionnaire et protester contre l’invasion de la bande nationaliste qui est venue dimanche nous rendre visite.

 

Le 3 mars 1901

Conférence socialiste

Dimanche dernier, le citoyen Lepez faisait à Pont-de-l’Arche une causerie sur le nationalisme et la doctrine socialiste.

Parlant du nationalisme, dit le Petit Rouennais il en a expliqué le but tout de haine et de discorde, il a expliqué sa corrélation avec l’antisémitisme et rappelé les crimes commis au nom de ses politiques.

Puis, il a indiqué par quels moyens les socialistes croient pouvoir arriver à l’établissement de la société collectiviste, qu’il a esquissée à grands traits.

Après Lepez, le citoyen Fauconnier, d’Elbeuf, développe également les idées socialistes et, comme lui, se fait applaudir.

Les deux camarades s’élèvent énergiquement contre la guerre et engagent vivement tous les gens de cœur à s’unir en des groupes d’études sociales.

Des citoyens présents donnent immédiatement leur adhésion au groupe « le Réveil Social de Pont-de-l’Arche ».

Une quête au profit des mineurs de Montceau-lès-Mines a produit 7 fr. 10.

Un punch était offert aux camarades de Rouen et d’Elbeuf, et les membres du groupe ont fort bien dit des chansons socialistes.

Le Secrétaire

L'hôtel du Midi, actuellement l'Estaminet, était un des lieux de sociabilité, notamment politique, du Pont-de-l'Arche de la Belle-époque.

L'hôtel du Midi, actuellement l'Estaminet, était un des lieux de sociabilité, notamment politique, du Pont-de-l'Arche de la Belle-époque.

Partager cet article
Repost0
23 avril 2014 3 23 /04 /avril /2014 12:56

Dimanche 8 juin

Tostes et son histoire : visite et conférence

Avec 454 habitants, Tostes est une petite commune par sa taille mais pas par son histoire et son patrimoine. C’est ce qui vous sera démontré – s’il le fallait – par une visite de l’église Sainte-Anne (30 minutes) puis par une projection de photographies et de cartes dans la salle polyvalente (une heure). Les cinq hameaux de Tostes seront traités, ainsi que sa forêt aux nombreux vestiges archéologiques, ses constructions datant de la Renaissance... De quoi faire une belle promenade à travers les siècles et les ruelles…

Proposé par la commune de Tostes. Animé par Armand Launay. Entièrement gratuit. Rendez-vous à 16h devant l’église.

Tostes et son histoire : visite et conférence le dimanche 8 juin

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

Partager cet article
Repost0
5 avril 2014 6 05 /04 /avril /2014 15:56

Dimanche 20 avril
16h - église Notre-Dame-des-Arts

Concert par Michel Lepont, organiste titulaire

 

L'orgue sur le chemin de Pâques

 

Entrée libre
Renseignement auprès du service culturel de la Ville : 02 32 98 90 93

 

 

Pour plus d'infos sur l'orgue :

L’orgue de Pont-de-l’Arche présenté par son organiste

 

DSC03219

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

Partager cet article
Repost0
24 mars 2014 1 24 /03 /mars /2014 17:54
L'écharpe du maire sur le dos d'une des chaises des mariés (salle du Conseil municipal) (cliché Armand Launay, 2013).

L'écharpe du maire sur le dos d'une des chaises des mariés (salle du Conseil municipal) (cliché Armand Launay, 2013).

Un vote d’adhésion aux bilan et programme du maire sortant Richard Jacquet

 

23 mars – tour unique

Participation

Inscrits : 3070

Votants : 2106 (68,6 %)

Nuls ou blancs : 108

Exprimés : 1998

 

Répartition des suffrages exprimés par bureaux

 

 

Bureau de vote 1

(centre-ville)

Bureau de vote 2

(Kennedy-Jaunet)

Bureau de vote 3

(Bon-air)

Totaux

Questions d’avenir

392

(67,58 %)

492

(71,61 %)

553

(75,64 %)

1437

(71,92 %)

Pont-de-l’Arche ensemble

188

(34,41 %)

195

(28,38 %)

178

(24,35 %)

561

(28,08 %)

Totaux

 

580

(100 %)

687

(100 %)

731

(100 %)

1998

(100 %)

 

 

Les élus

24 colistiers de Questions d’avenir (dont les 4 conseillers communautaires de Pont-de-l’Arche)

Richard Jacquet, Chassy Angélique, Albert Naniyoula, Marie-Christine Calmon, Daniel Breiner, Carole Hervagault, Nicolas Bouillon, Chantal Moulin, Cédric Viguerard, Marie-Claude Lauret, Pascal Marie, Véronique Bertrand, Hervé Castel, Myriam Rasse, Nicolas Le Carff, Caroline Videment, Corentin Lecomte, Marie-Paule Forêt, Patrick Bellamy, Florence Coudoux, Cédric Niaudeau, Michelle Langlois, Christophe Otero, Maryvonne Davot.

3 colistiers de Pont-de-l’Arche ensemble

Hervé Lour, Anita Hervieux, Dominique Jachimiak.

 

Un électorat mobilisé

Le taux de participation archépontain, 68,6 %, est supérieur à la moyenne nationale (61,4 %). Il est très légèrement supérieur au taux de participation de Pont-de-l’Arche au premier tour de 2008 : 68,58 %, (66,54 % au niveau national). Le scrutin de 2008 fut très disputé avec quatre listes en présence. Ceci démontre que le scrutin de 2014 n’a pas moins intéressé l’électorat. La participation archépontaine est contraire à la tendance nationale. Les deux listes archépontaines ont su sensibiliser les électeurs et les élus n’en ont que plus de légitimité.  

 

Richard Jacquet : un bilan reconnu

L’équipe de Richard Jacquet rassembla 815 voix en 2008. Avec 66 suffrages exprimés de plus en 2014, son équipe en rassemble 1437 six ans plus tard. Ces 622 voix supplémentaires montrent que le bilan de Richard Jacquet est accepté et que son équipe est reconnue à sa place et fondée à poursuivre ses projets selon le même mode d’action.

 

Une opposition faible

« Pont-de-l’Arche ensemble » a rassemblé des personnes plutôt marquées à droite, à commencer par sa tête de liste Hervé Lour, et réalise son meilleur résultat (34,41 %) dans le bureau traditionnellement plus conservateur de la ville : le bureau 1. Toutefois, en 2014 ce bureau ne donne que 188 voix à « Pont-de-l’Arche ensemble » quand il en donnait 174 aux deux listes de droite présentes au premier tour de 2008 et 226 à la liste « Pont-de-l’Arche pour tous » de Dominique Jachimiak. Ceci démontre que la stratégie d’union entre l’ancien maire et Hervé Lour n’a pas fonctionné. Elle a dû dissuader une partie de l’électorat de droite de se reporter sur ce curieux attelage entre une tête de liste UDI et un ancien maire qui souhaitait présenter une liste amie du Front de gauche jusqu’en septembre 2013 et qui a écrit qu’il se retirait de la vie publique. Cette stratégie a dû fédérer quelques électeurs restés fidèles à l’ancien maire mais pas en nombre suffisant pour garantir le résultat habituel de la droite aux municipales archépontaines. Dominique Jachimiak a perdu tout poids électoral, du moins positif.

Qui plus est, la liste d’Hervé Lour est arrivée très tard dans la mandature et même dans la campagne. Elle a repris les grandes lignes du programme de Questions d’avenir en modifiant, toutefois, la localisation des grands projets structurants et en engendrant, de ce fait, des dépenses irréalistes. Un programme qui traduit le manque de temps de réflexion et une trop récente implication dans la vie locale. Notons aussi que la démobilisation de l’électorat socialiste au niveau national ne s’est pas faite sentir à Pont-de-l’Arche où le scrutin semble avoir gardé sa portée locale en focalisant sur les individus et les projets.

 

Une opposition essentielle

« Pont-de-l’Arche ensemble » a vivifié le débat démocratique de ces élections et accru la participation. Cette liste a fait réélire en beauté Richard Jacquet à un score jamais égalé. Il lui est donné, comme 3 de ses 4 prédécesseurs directs, de faire au moins un second mandat. Il ne rejoint donc pas Dominique Jachimiak au banc des désavoués. L’intérêt de la Ville, qui a su trouver son équipe, est désormais d’avoir une opposition constructive, rappelant l’équipe majoritaire à la meilleure vigilance qui soit et offrant à la population un autre axe de lecture de l’action publique locale. 

Au matin du 24 mars 2014, rue Maurice-Delamare (cliché Armand Launay).

Au matin du 24 mars 2014, rue Maurice-Delamare (cliché Armand Launay).

Commentaire rédigé avant les élections :

Une opposition hétéroclite contre le maire sortant Richard Jacquet.

 

=> scrutin de liste respectant la parité et offrant à élire, pour la première fois, les conseillers intercommunaux, fixés à 4 pour Pont-de-l’Arche. Un seul tour possible, le 23 mars, en raison de la candidature de deux seules listes.

 

Avant janvier 2014, une liste unique...

Si les élections municipales de 2008 ont vu quatre listes s’opposer, celles de 2014 semblaient bien moins disputées avant la mi-janvier 2014. En effet, seule la liste de Richard Jacquet, issue de l’association Questions d’avenir, était entrée en campagne. Cette situation traduisait l’affaiblissement de l’opposition « Pont-de-l’Arche pour tous », menée par l’ancien maire Dominique Jachimiak. Cette perte de vitesse est due au départ de certains des membres – et élus – de l’opposition ayant rejoint Richard Jacquet à l’automne 2013 notamment à cause de divergences sur les stratégies d’alliance de leur mentor.

Le résultat connu d’avance semblait propre à démobiliser l’électorat, en plus de l’abstention prévisible des personnes désirant sanctionner l’équipe sortante. Cette abstention, prévue à la hausse par rapport aux précédentes élections municipales, aurait pu laisser à la future équipe et à ses contempteurs l’impression d’être « mal élue ».

 

L'arrivée de "Pont-de-l'Arche ensemble"

L’annonce dans La Dépêche de Louviers du 17 janvier 2014 de la candidature de la liste « Pont-de-l’Arche ensemble » modifie la donne. Hervé Lour, épaulé par Dominique Jachimiak, rend le résultat de ces élections sinon incertain du moins plus intéressant. Ceci dans la mesure, entre autres, où un débat contradictoire aura lieu et des candidats d’opposition pourront être élus (mais combien ? Avec deux listes, un seul tour suffira à désigner les élus. Lire le mode de calcul sur elunet.org). Qui plus est, un duel entre une tête de liste de gauche et une tête de liste de droite clarifiera le débat dans la ville, chose nouvelle depuis l'effacement de la droite archépontaine au Conseil municipal après le départ de Roland Levillain.

Les précédentes élections analysées sur ce blog ont montré deux facteurs expliquant l’élection d’une liste : sa capacité à rassembler et la qualité de l’opposition.

 

La popularité de "Questions d'avenir" en question

En six ans, l’équipe de Questions d’avenir (dans laquelle nous avons été élu) n’a pas soulevé de protestation groupée et organisée sur un de ses projets, sur sa manière de consulter les citoyens ou sur un évènement extérieur (intercommunalité, projet routier ou industriel…). Ceci la différencie du mandat de Dominique Jachimiak contesté sur plusieurs points (dont Le Mutant) et du dernier mandat de Paulette Lecureux perturbé par la question de l’intercommunalité. L’équipe de Richard Jacquet n’a pas connu de scission, de perte d’élus en nombre. Elle en a même gagné deux en fin de mandat. Avec la neutralité du Front de gauche cantonal, Questions d'avenir représente bel et bien l'union de la gauche sans toutefois arborer d'étiquette partisane. Elle compte néanmoins quelques citoyens qui ne se revendiquent pas de gauche. Cette liste laisse l’image, que les gens soient ses partisans ou non, d’une équipe impliquée. Ce travail s’est traduit par une amélioration des services publics (création du Tremplin, constitution d’une police municipale, organisation de l’Espace jeunes…), des réalisations immobilières et urbaines et ce sans augmentation d’impôts. Pour autant, cette liste n’a pas suscité l’adhésion unanime des citoyens comme en témoigne la constitution d’une autre liste.

 

Quid de la pertinence de "Pont-de-l'Arche ensemble" ?

La qualité de l’opposition détermine elle aussi l’issue d’un scrutin. « Pont-de-l’Arche ensemble » est une organisation qui apparait dans le sprint final des élections. Des citoyens peineront à parier sur un coureur demeuré inconnu durant six années de mandat où les candidats doivent alimenter la vie publique pour être connus, reconnus et prétendre être (ré)élus. Un des meneurs de cette liste, Dominique Jachimiak, s’est fait connaitre dans l’opposition au sein du Conseil municipal mais plutôt comme soutien ponctuel du Front de gauche (aux cantonales de 2011 et lors d’une tentative avortée de constitution de liste en septembre 2013 en vue des élections municipales). Celui-ci, dont l’association a perdu du souffle en fin de mandat, se retrouve donc au côté d’Hervé Lour qui a déjà affiché dans La Dépêche de Louviers déjà citée son appartenance à l’Union des démocrates et indépendants (UDI), une formation politique classée à droite. Il fut conseiller municipal dans l'équipe de Dominique Jachimiak de 2001 à 2008 avant de marquer une divergence en 2008 où il fut candidat sur la liste « Demain, Pont-de-l’Arche » conduite par Eric Réboli et majoritairement composée de citoyens marqués à droite.

 

L'électorat potentiel et disparate de l'opposition

Les parcours des deux instigateurs de la liste « Pont-de-l’Arche ensemble » étonneront donc certains électeurs qui pourront être tentés de penser qu’il y a là plus une alliance contre Richard Jacquet qu’un réel partage de vues politiques. C'est ce que confirme la venue de Ludovic Aumont, adjoint de Richard Jacquet, dans cette liste (La Dépêche de Louviers du 30 janvier 2014). Cette nouvelle liste s’agrègera néanmoins les voix des électeurs restés fidèles à Dominique Jachimiak et ceux opinant à droite car c'est bien ici que se trouvent rassemblés le plus de citoyens archépontains de cette tendance. Ceci peut-être pondéré par le fait qu’aux élections municipales les électeurs ne votent pas nécessairement pour leur couleur politique mais bien plus pour la pertinence d’une équipe. Ainsi on retrouve difficilement aux municipales les voix allant à droite aux présidentielles. Au premier tour des municipales de 2008, la droite réunissait 23 % des voix alors qu’elle totalisait 63 % des voix au premier tour des présidentielles de 2007 et encore 53 % en 2012. La dernière catégorie d’électeurs potentiels de « Pont-de-l’Arche ensemble » rassemblera les personnes désirant sanctionner l’équipe de Richard Jacquet. Le résultat de la liste d’Hervé Lour ne permettra pas de distinguer les motivations des électeurs de l’opposition mais le nombre de voix sera un indicatif de la popularité du premier magistrat actuel, de son bilan, et de sa nouvelle équipe.

 

 

Annexes

Composition de la liste "Pont-de-l'Arche ensemble"

Ludovic Aumont (directeur d'école primaire), Virginia Bellenger (ATSEM), Olivier Bonhomme (cadre commercial), Odile Bréant (assistante qualité), Johann Bréant (sollier moquettiste), Rodolphe Cariou (responsable déploiement), Sébastien Danel (ingénieur travaux neufs), Hervé Dehame (infirmier), Sigrid Demon (technicienne qualité), Nicolas Deshayes (commercial indépendant), Sophie Elisalt (assistante commerciale), Valérie Forfait (enseignante), Roland Garreau (retraité artisan carrossier), Sandra Henrio (assistante de direction), Anita Hervieux (retraitée des assurances), Dominique Jachimiak (cadre de l'éducation nationale), Hervé Lour (chef de centre de sapeurs-pompiers), Vincent Loyauté (responsable régional), Jonathan Macé (ouvrier), Ida Molinaro (graphiste), Doris Perreaux (gérante de société), Joël Pétrel (responsable achat approvisionnement), Alicia Tedbirth (intérimaire), Dominique Tinel (retraitée de l'administration territoriale), Magdalena Van Duffel (assistante de vie scolaire), Liliane Vigie (retraitée), Mike Vlerick (technicien en bureau d'études).

 

Composition de la liste "Questions d'avenir" :

Richard Jacquet (chargé de mission en développement durable), Chassy Angélique (attachée de l'enseignement et de la recherche), Albert Naniyoula (directeur d'établissement médicosocial), Marie-Christine Calmon (conseillère en ingénierie sociale), Daniel Breiner (retraité EDF), Carole Hervagault (rédactrice d'assurances), Nicolas Bouillon (directeur d'établissement social), Chantal Moulin (employée de La Poste), Cédric Viguerard (chef d'équipe en transport express régional), Marie-Claude Lauret (retraitée de l'INSEE), Pascal Marie (technicien de photocopieurs), Véronique Bertrand (technicienne en gestion de production), Hervé Castel (greffier des services judiciaires), Myriam Rasse (retraitée de l'éducation nationale), Nicolas Le Carff (agent de maintenance SNCF), Caroline Videment (ingénieure), Corentin Lecomte (étudiant), Marie-Paule Forêt (technicienne de gestion), Patrick Bellamy (technicien en téléphonie), Florence Coudoux (agent de recouvrement), Cédric Niaudeau (coordinateur enfance-jeunesse), Michelle Langlois (retraitée), Christophe Otero (informaticien), Maryvonne Davot (demandeuse d'emploi), Mickaël Polard (responsable adjoint de préparation), Yveline Barbette (secrétaire), Xavier Charlet (technicien de maintenance).

 

A lire aussi...

Le portail des élections à Pont-de-l'Arche

 

 

Détail de façade et végétation de printemps (cliché Armand Launay, mars 2014).

Détail de façade et végétation de printemps (cliché Armand Launay, mars 2014).

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

Partager cet article
Repost0

  • : Pont de l'Arche histoire, patrimoine et tourisme
  • : Bienvenue sur ce blog perso consacré à Pont-de-l'Arche et sa région (Normandie, Eure). Contactez-moi afin d'étudier ensemble, plus avant, l'histoire et donc de progresser vers la connaissance. Bonne lecture ! armand.launay@gmail.com
  • Contact

Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au cœur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

- Mieux connaitre Pont-de-l'Arche à travers 150 noms de rues et de lieux ! (Autoédité, 2019, 64 pages). 

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte.

Accédez aux articles par Google maps