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8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 15:30

Expliquer le blason de Pont-de-l’Arche, c’est remonter aux éléments historiques qui ont pu l’inspirer. C’est pourquoi nous proposons ce bref historique des représentations de ce visuel. Au-delà, c’est le thème de la représentation d’une ville par un dessin qui nous a motivé. Nous nous sommes demandé si les logotypes ayant émergé depuis la fin du XXe siècle sont en rupture ou en continuité avec les blasons ?

 

Le blason de Pont-de-l'Arche sur un vitrail de Notre-Dame-des-arts (au-dessus du portail) cliché Armand Launay, 2012).

Le blason de Pont-de-l'Arche sur un vitrail de Notre-Dame-des-arts (au-dessus du portail) cliché Armand Launay, 2012).

Des emblèmes du XIVe siècle

Jusqu’à plus ample informé, c’est Alfred Canel qui a le plus poussé la réflexion sur le blason archépontain, lui qui écrivit en 1863 un Armorial des villes et corporations de Normandie.

Celui-ci explique que la plus ancienne représentation de la ville de Pont-de-l'Arche date du XIVe siècle où un écu de la vicomté montre « au milieu, un écu parti de France et de Navarre, et, en arrière de l'écu, un pont sur lequel s'élève un fort, dont on n'aperçoit que le sommet. A chaque côté de l'écu, une petite croix pose sur le parapet du pont. »

Alfred Canel en publie un dessin (page 208) avec un pont reposant sur neuf arches, Alfred Canel trouvant plus convenable de donner à la ville plus de trois ou quatre arches, chiffres habituellement attribués aux ponts jetés sur de plus petites rivières comme à Pont-Audemer et Pontorson (page 210). 

 

1669 : la plus ancienne représentation retrouvée

La plus ancienne représentation subsistante du blason de Pont-de-l’Arche, citée par Alfred Canel (page 209), date de 1669. On peut la retrouver dans le premier volume de La description des provinces et villes de France par Pierre de La Planche, prêtre et bibliothécaire de l'Oratoire de Paris. Illustré de 560 blasons, l’ouvrage est conservé à la Bibliothèque du Musée Condé de Chantilly et diffusé sur son site Internet (voir nos Sources). Pont-de-l’Arche y est donc décrit par sa géographie et ses fonctions administratives et militaires.

Le blason est ainsi décrit :

« De gueulles & au pont de 4 arches d’argent chargé d’une tige de croix sur le milieu et de 2 tours couvertes aux 2 bouts, au chef d’azur a 3 fleurs de lis d’or » 

La première représentation retrouvée du blason de Pont-de-l'Arche date de 1669 et se trouve dans l'ouvrage "La description des provinces et villes de France" de Pierre de La Planche (Bibliothèque du musée Condé).

La première représentation retrouvée du blason de Pont-de-l'Arche date de 1669 et se trouve dans l'ouvrage "La description des provinces et villes de France" de Pierre de La Planche (Bibliothèque du musée Condé).

Des variantes considérables

Puis Alfred Canel parcours les représentations successives du blason archépontain. Nous prenons par exemple le travail de Charles-René d'Hozier qui décrit le blason en ces termes (page 37) : « de sable, à un pont de trois arches d’argent, massonné de sable ; et un chef cousu d’azur, chargé de trois fleurs de lis d’or. » Il semble que les travaux de messieurs Saint-Allais et d'Avannes concordent avec Charles-René d'Hozier en écartant les emblèmes militaires.

Alfred Canel cite enfin les travaux de messieurs Traversier et Vaïsse pour lesquels le blason de Pont-de-l'Arche se compose : « De gueules, à un pont de trois arches, d'argent, mouvant d'une rivière de sinople ; au chef cousu de France. »

Version de la fin du XXe siècle du blason de la ville, signée Grégory Patin, et régulièrement utilisée par la collectivité territoriale.

Version de la fin du XXe siècle du blason de la ville, signée Grégory Patin, et régulièrement utilisée par la collectivité territoriale.

Que retenir ?

Alfred Canel rappelle à juste titre qu'il n'y a pas de vérité en matière de blason, ce dernier devant seulement être « en rapport avec ce qu'il doit exprimer » (page 210). C'est donc l'analyse historique qui doit permettre de dessiner un emblème représentatif.

 

La ville du roi

Depuis l'écu de la vicomté (XIVe siècle), toutes les représentations mettent en avant les lys royaux car Pont-de-l'Arche était une ville royale, siège de quatre tribunaux du monarque. Quid donc de la thèse avançant que les fleurs de lys sont un don d'Henri IV daté de 1589 ; thèse reprise sur Wikipédia (au 7 janvier 2014).

 

Le pont fondateur

S'il y a un emblème que l'on peut difficilement retirer à la ville, c'est bien son pont autour duquel est née la ville fortifiée à partir du IXe siècle. La question réside plutôt dans le nombre d'arches. Quatre, trois, neuf... La seule symbolique qui semble crédible est celle de la multiplicité des arches et non la représentation fidèle de la réalité.

 

Les fortifications

Les tours symbolisent les fortifications de part et d'autre du pont : le fort de Limaie et la ville fortifiée. Quid de la tour unique sur l'écu de la vicomté ? Est-elle l'emblème de la place forte que constituait Pont-de-l'Arche, toponyme désignant à la fois la ville du pont et son fort ?

 

Les croix

De deux croix sur l'écu de la vicomté à la croix unique de tous les blasons, cet élément illustre sans équivoque la fidélité au catholicisme. La croix unique au milieu du pont est une réalité historique attestée sur tous les dessins représentant le pont tombé en 1856.

 

Les logotypes de la Ville de Pont-de-l'Arche

Certains nostalgiques regrettent que les collectivités territoriales ne se contentent pas des blasons pour marquer leur présence, leur action. C'est le fruit d'une habitude qui fut donnée – et qui se maintient par endroits – par certaines collectivités elles-mêmes. Les archives municipales démontrent, çà-et-là, que la Ville de Pont-de-l'Arche utilisa le blason au moins à partir de 1871 (sans tours) quand Prosper Morel-Dubosc était maire. Elle a continué à utiliser le blason juste très récemment, même après avoir adopté un logotype.

 

Le logotype est-il de trop ?

Blason et logo n'ont pas la même histoire, ils ne revêtent pas non plus le même sens. Une collectivité peut à bon droit utiliser un blason mais n'en a pas l'exclusivité. Chacun est libre de l'utiliser car il appartient au domaine public. Qui plus est, le blason est suranné. La royauté a disparu, exit les fleurs de lys dans un document communal, et la République ne reconnait aucun culte, exit la croix catholique dans un document communal représentant la population quelle que soit sa spiritualité de chacun de ses membres.

 

Un premier logo éphémère : 1993

Le premier maire à avoir ressenti le besoin de créer un logo est Paulette Lecureux. Elle, son adjoint à l'information-communication Alain Petitprez, et son équipe lancèrent un concours auprès des enfants. Grégory Patin signa le premier logo de Pont-de-l'Arche, publié en une du n° 18 de « Pont-de-l'Arche », bulletin municipal édité en juin 1993.

Un premier logo de la Ville apparait en 1993, de Grégory Patin, et reprend le pont à quatre arches du blason de Pont-de-l'Arche (extrait du bulletin municipal).

Un premier logo de la Ville apparait en 1993, de Grégory Patin, et reprend le pont à quatre arches du blason de Pont-de-l'Arche (extrait du bulletin municipal).

Un deuxième logo : 1994-2008

Vraisemblablement insatisfaits des retours de la population, les élus décidèrent d'adopter un nouveau logo, réalisé par une entreprise. Celui-ci fut présenté dans l'éditorial du bulletin municipal « Pont-de-l'Arche » n° 21 de mars 1994. Réalisé par LGC concepts, d'Evreux, celui-ci comprend un trait vert pour la forêt de Bord, deux traits bleus pour l'Eure et la Seine et un trait jaune pour le pont ; le tout barré par le nom de la ville. Ce logo tint bon pendant 26 ans sans toutefois être systématiquement reproduit sur tous les documents et propriétés de la commune.

Le deuxième logo de la Ville a été adopté en 1994 durant le premier mandat de Paulette Lecureux.

Le deuxième logo de la Ville a été adopté en 1994 durant le premier mandat de Paulette Lecureux.

Un troisième logo : 2008

Le troisième logo a été conçu dans le cadre de l'adoption de la première ligne graphique de la Ville, c'est-à-dire l'édition de supports visuels cohérents rappelant sans équivoque l'appartenance ou l'action de la Ville. Ceci par souci de lisibilité de l'action publique mais aussi par souci professionnel. Le logo fut donc travaillé par Richard Jacquet, maire, Armand Launay, conseiller délégué à la communication, les élus et conçu par Yvon Ronnel, artisan-graphiste (Libre équerre). Le résultat témoigne de la volonté de concilier patrimoine et vie contemporaine. Ainsi sont représentés le pont disparu, pour l'histoire, mais aussi la tour de Crosne et l'église Notre-Dame-des-arts, éléments clés du patrimoine de la ville. Devant cela, deux personnages de taille inégale se tiennent la main. Ils représentent le principe de solidarité et d'éducation, à la fois compétences officielles de la Ville en matière de petite enfance et d'action sociale, mais aussi projet, Richard Jacquet ayant adopté « Pont-de-l'Arche, une ville à vivre ensemble » comme slogan de son action.

Adopté en 2008, le nouveau logo de Pont-de-l'Arche reprend des éléments d'histoire (pont disparu), de patrimoine (église Notre-Dame et tour de Crosne) avec la mise en avant des notions d'éducation et de solidarité.

Adopté en 2008, le nouveau logo de Pont-de-l'Arche reprend des éléments d'histoire (pont disparu), de patrimoine (église Notre-Dame et tour de Crosne) avec la mise en avant des notions d'éducation et de solidarité.

Sources

- Bibliothèque numérique du musée Condé (consultée le 7 janvier 2014) : http://www.bibliotheque-conde.fr/pdf/laplanche/1_300.pdf ;

- Canel Alfred, Armorial des villes et corporations de Normandie, Paris, Auguste Audry, 1863, 446 pages, voir pages 208 à 2011

- D'Hozier Charles-René, Armorial général de France : recueil officiel dressé en vertu de l'édit royal du 20 novembre 1696, volume 4, Paris, librairie des "Archives de la noblesse", 1903-1904, Gallica (consulté le 7 janvier 2014) : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb30621509j

- Pont-de-l'Arche, bulletin municipal.

Le blason archépontain sur une en-tête d'un courrier officiel de la mairie en 1912 (archives municipales).

Le blason archépontain sur une en-tête d'un courrier officiel de la mairie en 1912 (archives municipales).

Blason sur verre offert à la Ville en 2006 par Paul Grizel, habitant de Pîtres. Il orne depuis la salle du Conseil municipal (cliché Ville de Pont-de-l'Arche).

Blason sur verre offert à la Ville en 2006 par Paul Grizel, habitant de Pîtres. Il orne depuis la salle du Conseil municipal (cliché Ville de Pont-de-l'Arche).

Blason sur pierre adossé au mur pignon de la salle Ambroise-Croizat et de la salle d'Armes (cliché Armand Launay, 2012).

Blason sur pierre adossé au mur pignon de la salle Ambroise-Croizat et de la salle d'Armes (cliché Armand Launay, 2012).

Blason sur portail chez un particulier du n° 38 de la rue Coste-et-Bellonte (cliché Armand Launay, 2013).

Blason sur portail chez un particulier du n° 38 de la rue Coste-et-Bellonte (cliché Armand Launay, 2013).

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

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Published by Armand Launay - dans Blason Pont-de-l'Arche Ponts
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  • : Pont de l'Arche histoire, patrimoine et tourisme
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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...