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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 19:05
Carte postale des Amis de l'école laïque, association à vocation pédagogique et militante présidée par Emile Chary, militant radical-socialiste, avec la participation active du directeur de l'école des garçons, le militant socialiste SFIO Louis Guérin. Ici, près de 110 enfants de la section de gymnastique photographiés devant le mur de la ferme autrefois située au bout de la cour du groupe scolaire Maxime-Marchand (ferme remplacée par la résidence Lucie-et-Raymond-Aubrac).

Carte postale des Amis de l'école laïque, association à vocation pédagogique et militante présidée par Emile Chary, militant radical-socialiste, avec la participation active du directeur de l'école des garçons, le militant socialiste SFIO Louis Guérin. Ici, près de 110 enfants de la section de gymnastique photographiés devant le mur de la ferme autrefois située au bout de la cour du groupe scolaire Maxime-Marchand (ferme remplacée par la résidence Lucie-et-Raymond-Aubrac).

 

Avec nos remerciements à Loïc Lemarchand pour ses informations et la motivée insufflée.

 

 

Né au Havre en 1889, Louis Guérin devint directeur de l’école de Pont-de-l’Arche (qui était alors dans la salle Ambroise-Croizat, près de l’église) en 1930. Son arrivée fut saluée par le journal L’Industriel de Louviers. Dans son édition du 11 janvier 1930, il relata le remplacement de M. Hubert, directeur de l’école de garçons, par M. Guérin, précédemment instituteur à Bosc-Roger-en-Roumois. Louis Guérin retrouva donc Pont-de-l'Arche où il était institueur au moins durant l'année 1912.

 

Voilà un enseignant qui fit polémique, durant le Front populaire, à cause de ses convictions socialistes avancées (il était membre de la SFIO et de tendance révolutionnaire). Louis Guérin a rejoint une association nommée les Amis de l’école laïque et animée par des militants radicaux-socialistes. Parmi les activités de cette association, il y avait la très populaire fête de la jeunesse, rassemblement annuel de défilés des enfants des écoles publiques.  

Louis Guérin se fit très vite mal voir du conseil municipal présidé par le maire conservateur Charles Morel. Ainsi la délibération du 12 juillet 1933 rapporta que le maire était invité à la fête de la jeunesse, dimanche 16 juillet, par M. Guérin, directeur de l’école. Le maire demanda ‒ pour la forme ‒ à ce que le Conseil municipal dans son entier fût invité, contrairement à ce qui fut fait à la fête de 1932. Le maire précisa ensuite au président des Amis de l’école laïque, Émile Chary, qu’il était loin d’être hostile envers l’école laïque (pour preuves la subvention à la caisse des écoles, au prix du 14-Juillet et l’aboutissement prochain du projet de création du groupe scolaire… Ainsi, Louis Guérin fut le premier directeur du groupe scolaire que nous connaissons de nos jours). Ceci pour préparer à une mise en garde : le Conseil municipal « Réprouve les agissements de certains qui, sous le couvert de la fête de la jeunesse, cherchent à faire une propagande de leur politique marxiste. » Les rad-soc, ça passe encore, les socialistes non ! S'il n'était pas nommé, Louis Guérin était clairement visé.

Cela ne refroidit nullement notre homme. Révolutionnaire, il est compté ‒ au moins pour l’année 1935-1936 ‒ parmi les précurseurs de la pédagogie de Célestin Freinet, pédagogie voulant placer la créativité de l’enfant au cœur de la construction des apprentissages. Autogestion, quand tu nous tiens…  

La même année, le Conseil municipal parvint à démontrer que Louis Guérin n’enseignait pas que la morale républicaine en classe mais diffusait ses idées socialistes. La délibération du 25 septembre 1935 relata que M. Guérin avait « violé la neutralité scolaire » en montrant une brochure intitulée « Les Faucons rouges ». Pour les élus conservateurs, c’était une documentation “socialiste à tendance communiste”, ce qui est vrai dans la mesure où cette revue prônait la révolution complète du système et, par conséquent, la formation dès à présent les cadres du prochain pouvoir socialiste. Une pétition de parents d’élèves fut initiée, signée puis envoyée au ministère. M. Guérin reconnut avoir diffusé les idées socialistes incriminées. Preuve à l’appui, le Conseil municipal vota une motion de “déplacement” de M. Guérin dans une autre école et vota un “blâme les instituteurs qui se livrent dans l’exercice de leurs fonctions à une propagande néfaste contre la Famille et contre la Patrie.” On apprécie la politesse du pluriel employé et, mêmement, que le mot travail n’ait pas ‒ déjà ‒ été utilisé avant la “famille” et la “patrie”.  

Militant convaincu, en 1937 Louis Guérin était secrétaire du Comité des loisirs. Le 1er-mai, à l’occasion de la Fête du printemps organisée par les Amis de l’école laïque, M. Maze, secrétaire du comité national des loisirs exposa les buts de ce comité… “Les loisirs ne doivent pas être le privilège d’une élite, mais être distribués à tous. (...) Le machinisme, qui tend de plus en plus à remplacer l’ouvrier, ne doit pas servir à occasionner du chômage, mais à procurer des loisirs à l’ouvrier. (...) Des organisations de loisirs existent dans la plupart des pays étrangers. Il a fallu attendre l’avènement d’un gouvernement de Front populaire pour en créer en France.” Puis M. Degouey, directeur du tourisme aux chemins de fer de l’État indiqua les facilités offertes par les “billets Léo Lagrange” (billets de fin de semaine, billets de famille…). Les adhésions à ce comité furent enregistrées par M. Guérin. Puis des films furent projetés, dont un sur le familistère de Godin...  

Dans la délibération du 27 octobre 1938, les élus communaux, présidés par Raoul Sergent, reprochèrent à M. Guérin de se livrer « à des attaques contre la religion, méconnaissant ainsi les principes fondamentaux de neutralité de l’école laïque. » Ils relayaient ainsi la plainte que Maurice Desdouits, curé de la paroisse, avait adressée au préfet. En 1938, toujours, on retrouve Louis Guérin en tant que secrétaire du Bureau de la Ligue des droits de l’Homme de Pont-de-l’Arche (délibération du 5 février 1938).

Puis nous perdons trace de ce personnage qui campe admirablement ‒ à l’échelle de notre bon Pont-de-l’Arche ‒ les débats passionnés et les mutations sociales, voire symboliques, qui ont refaçonné la France dans les années 1930. Loïc Lemarchand nous apprend que Louis Guérin fut instituteur de la proche commune de Canappeville de 1923 à 1927 et qu’il décéda en 1963 à Sotteville-lès-Rouen.

Reproduction d'une photographie éditée suite à la Fête du printemps de 1937 organisée par les Amis de l'école laïque de Pont-de-l'Arche. Endoctrinement politique ou démonstration, par l'exemple, de la force créatrice et pédagogique ? Le débat était déjà vif en ce temps à ce sujet...

Reproduction d'une photographie éditée suite à la Fête du printemps de 1937 organisée par les Amis de l'école laïque de Pont-de-l'Arche. Endoctrinement politique ou démonstration, par l'exemple, de la force créatrice et pédagogique ? Le débat était déjà vif en ce temps à ce sujet...

Armand Launay

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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 15:36
L'école-mairie de Montaure a perdu son école et donc la cour de récréation protégée par un portail. Elle a, en revanche, gagné une fenêtre au rez-de-jardin (clichés contemporains Armand Launay, aout 2013).L'école-mairie de Montaure a perdu son école et donc la cour de récréation protégée par un portail. Elle a, en revanche, gagné une fenêtre au rez-de-jardin (clichés contemporains Armand Launay, aout 2013).
L'école-mairie de Montaure a perdu son école et donc la cour de récréation protégée par un portail. Elle a, en revanche, gagné une fenêtre au rez-de-jardin (clichés contemporains Armand Launay, aout 2013).L'école-mairie de Montaure a perdu son école et donc la cour de récréation protégée par un portail. Elle a, en revanche, gagné une fenêtre au rez-de-jardin (clichés contemporains Armand Launay, aout 2013).

L'école-mairie de Montaure a perdu son école et donc la cour de récréation protégée par un portail. Elle a, en revanche, gagné une fenêtre au rez-de-jardin (clichés contemporains Armand Launay, aout 2013).

Avec une construction datée de 1874, l’école-mairie montre une commune de Montaure légèrement en avance sur l’arrivée du républicanisme. En effet, ce n’est qu’en 1875 que la France a été définie comme une république (l’amendement Wallon) et en 1879 qu’un président authentiquement républicain fut élu en la personne de Jules Grévy. Or, le programme républicain s’accompagnait de l’établissement de l’école publique gratuite et obligatoire, sous le ministère de Jules Ferry, et la construction de mairies.

Ceci démontre l’attachement des Montaurois à la république. Dans notre circonscription, Montaure était même le plus grand fief radical avec Les Damps. Le mémoire de Françoise Chapon sur Pierre Mendès France montre qu’en 1936 seules Les Damps et Montaure dépassaient les 60 % de voix en faveur de la gauche radicale de Pierre Mendès France (48 % de moyenne cantonale). Cet attachement républicain se lisait encore en 1959 où André Martin, maire radical-socialiste de Montaure, fut élu conseiller général après un premier tour où il rassembla 37,5 % des voix (contre 33,5 % des voix au communiste Vigor). Il poursuivit la politique de son prédécesseur Pierre Mendès France. 

 

Sources

Bodinier Bernard, « L’enracinement local de Pierre Mendès France », page 93, Franche Dominique, Yves Léonard, Pierre Mendès France et la démocratie locale : Actes du colloque du conseil général de l’Eure, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2004, 224 pages ;

Chapron Françoise, « Etude d’une circonscription radicale originale sous la IIIe République : Pierre Mendès France à Louviers (1930-1939) », Mémoire de maitrise en histoire contemporaine, 1981, 149 pages ;

Collectif, La Dépêche, n° du 15 juillet 1959.

 

A lire aussi... 

La biographie d'André Martin dans notre article consacré à la Résistance

Deux plaques inaugurales furent posées sur l'école-mairie. Une d'entre elle existe toujours qui porte le nom du Sous-préfet Jules Develle (cliché Armand Launay, octobre 2013).

Deux plaques inaugurales furent posées sur l'école-mairie. Une d'entre elle existe toujours qui porte le nom du Sous-préfet Jules Develle (cliché Armand Launay, octobre 2013).

Armand Launay

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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 22:03

Article publié dans Pont-de-l'Arche magazine n° 10 (hiver 2010) avec nos remerciements à Jean-Jacques Morel. 

 

Charles Morel est né à Pont-de-l'Arche le 15 mai 1882 et décédé à son domicile de la Vènerie (rue Charles-Cacheleux) le 15 novembre 1967 à 85 ans. Il repose aux côtés de son épouse et de ses fils dans le caveau familial au cimetière communal.

Fils d'Edouard Désiré Gustave Morel (1848-1896) et de Marie Désirée Lefebvre, il devint orphelin à 14 ans. Il quitta alors Pont-de-l’Arche pour faire un tour de France au cours duquel il apprit le travail de la chaussure de A à Z : ouvrier, contremaitre puis chef de fabrication à Bordeaux puis Paris. Il revint au pays et épousa Léontine Orélie Julienne le 5 novembre 1906 à Saint-Pierre-lès-Elbeuf. De cette union, il eut deux fils : Jacques (1909-1970) et Raymond (1915-2003). 

 

Charles-Morel.JPG

 

L'industriel

Le 15 mai 1911, Charles Morel créa sa première usine (41, rue de Caudebec) à Elbeuf. Il fut activement secondé par son épouse et l’entreprise sut se positionner sur le marché. En 1922, il monta l'usine d'Igoville, (rue de l'Andelle, près de Super U) puis, en 1929, l'usine de Pont-de-l'Arche (rue Charles-Cacheleux, remplacée par la résidence Les Marquises). Il devint l'un des principaux employeurs de la région.

Son fils Jacques dirigea l'usine d'Igoville spécialisée dans la fabrication de chaussures pour homme et son fils, Raymond, dirigea l'usine de Pont-de-l'Arche spécialisée dans la fabrication de chaussures pour dames. En 1964, ces deux usines réunirent leurs activités sur le site de Pont-de-l'Arche qui fut alors agrandi. Cependant, cette usine fut confrontée à la hausse de ses couts de production en 1968. Elle ferma ses portes à la fin de l’année.

A lire : Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure. 

 

Le maire

Charles Morel était un homme de contact. Fort de son relationnel et de son expérience, il s'investit pleinement dans la vie de la commune. Il exerça plusieurs mandats de maire : de 1930 à 1935 et de 1935 à juillet 1936 où il démissionna, laissant le siège à son bras droit Raoul Sergent, par ailleurs Conseiller général. Charles Morel fut aussi maire du 30 octobre 1947 au 8 mai 1953. Puis il fut conseiller municipal du 14 mai 1953 au 20 mars 1959. Durant son premier mandat, il porta l’étiquette de l’Union républicaine démocratique (URD), formation de droite qui le mettait en lien direct avec Maurice Hervey, vice-président du Sénat et élu local. Son premier mandat fut marqué par le déblocage du projet de construction d’un groupe scolaire. Le groupe scolaire (actuellement Maxime-Marchand) fut inauguré le 25 novembre 1934 en présence du ministre de l'Education nationale, André Mallarmé qui remercia Charles Morel de son investissement personnel. En 1950, il ouvrit le dossier de création d'une nouvelle salle des fêtes en raison du percement de la déviation menant au nouveau pont

 

Un homme investi

Charles Morel fut fondateur de l'Union sportive d'Igoville et de la société des Trompes de chasse de Pont-de-l'Arche. Il présida aussi la fanfare municipale. Il entretint de bonnes relations avec Pierre Mendès France.

Il fut l'ami d'Olympe Hériot avec qui il pratiqua longtemps la chasse à courre. Grand bourgeois, Olympe Hériot avait fait bâtir en 1905 un ensemble d'édifices baptisé la Vènerie. Sur la route de Louviers, à l'orée du bois, il vint ainsi souvent à Pont-de-l’Arche pour pratiquer la chasse à courre. Lorsqu'il quitta la ville, il souhaita que la Vènerie soit reprise par son ami Charles Morel, qui accepta. Ce dernier y entretint une écurie de chevaux de courses ; des trotteurs qu'il emmenait lui-même et qu'il faisait courir sur les hippodromes normands. Il existait en forêt de Bord une piste spécialement aménagée où il entrainait ses chevaux. Cette ligne parallèle à la route de Cobourg s'appelle aujourd'hui l'allée des Cavaliers.

 

Charles-Morel-et-Olympe-Heriot.JPG

Charles Morel et Olympe Hériot devant l'église Sainte-Anne de Tostes.

 

Charles et Léontine Morel fêtèrent leurs noces d'or en l'église Notre-Dame-des-arts le 5 novembre 1956. Cette église bénéficia de l’attention de Léontine Morel qui demeure la marraine de la 3e cloche, baptisée Léontine, et fondue dans l’atelier Peeters à Villedieu-les-Poêles. Elle fut apportée à Pont-de-l’Arche par un camion de l'usine Morel et fut inaugurée le 4 avril 1943 en présence du maréchal Philippe Pétain.

Charles Morel fut nommé Chevalier de la Légion d'honneur et Officier de palmes académiques. 

 

Sources

Archives de la famille Morel

Registre des délibérations du Conseil municipal

 

 

A lire aussi... 

Les maires de Pont-de-l'Arche

 

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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 17:17

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1958 : naissance à Pont-de-l’Arche de « Cours complémentaires » après le CM2 suite au travail de l’inspecteur d’académie, M. Brulfert. Il sollicita M. Dalle, professeur de français, pour donner des cours dans le groupe scolaire Maxime-Marchand. Les Cours complémentaires furent transformés, par un décret de 1959, en Collège d’enseignement général (CEG). Son directeur est Marceau Lavallée, par ailleurs conseiller municipal. 

1966 : Lors du Conseil municipal du 16 février, les élus ont écouté le maire, Roland Levillain, rapportant la lettre de l’Inspecteur d’académie portant sur le remplacement du Collège d’enseignement général (CEG) par le Collège d’enseignement secondaire (CES).

1966 : Lors du Conseil municipal extraordinaire du 20 avril, les élus acceptent la construction d’un CES, selon la demande du Préfet, « en construction industrialisée ». L’Etat est maitre d’ouvrage. La commune paiera sa part. Le terrain choisi est situé entre la rue Maurice-Delamare et le tout nouveau Lotissement de la forêt.

1967 : construction des bâtiments par la Ville de Pont-de-l'Arche dont le maire est Roland Levillain.

1969 : nationalisation des collèges.

1978 : création du Syndicat intercommunal du secteur scolaire du CES de Pont-de-l'Arche pour mieux concerter les communes quant à l'entretien des locaux. Il est présidé par Jean-Pierre Binay, adjoint au maire de Pont-de-l'Arche.  

1983 : le Syndicat intercommunal du collège permet la création du self du collège.  

1983 : La loi du 22 juillet transfère la gestion et la propriété des collèges aux Conseils généraux.  

1986 : inauguration du gymnase du collège suite à l'implication de Paulette Lecureux, présidente du Syndicat intercommunal du collège et adjointe au maire de Pont-de-l'Arche. 

1987 : le 10 octobre, le collège est officiellement nommé Hyacinthe Langlois en présence du maire Roger Leroux et la principale Chantal Leroy. L'idée de donner ce nom revient à Anita Patin et Simone Sauteur

 

Bulletin-municipal-inauguration-college-Langlois-1-.JPG

Le maire, Roger Leroux, et la principale, Chantal Leroy, lors de l'inauguration devant l'ancien bâtiment de l'administration. Le menhir couché est un clin d'oeil à Hyacinthe Langlois, dont la tombe, située dans le cimetière monumental de Rouen, est ornée d'un menhir.   

 

1995-1997 : le collège est rénové. Le bâtiment de l’administration, faisant front à la rue Kennedy, est rasé. Une aile est construite rassemblant les deux bâtiments de cours et l’administration est intégrée dans une extension. Un bâtiment d’accueil est créé.  

2012 : les terrains du collège sont officiellement cédés par la Ville de Pont-de-l’Arche au Département, réparant un oubli de longue date…

 

Sources

Le Trait d’union, bulletin d’informations municipales

Registres des délibérations du Conseil municipal

 

Armand Launay

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Published by Armand Launay - dans Pont-de-l'Arche Ecoles Sports
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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 22:50

Donner un nom de personne à une rue démontre l’envie de disputer à l’oubli les mérites d’un individu estimé. Mais la mémoire doit s’entretenir car le nom de « rue Blin », par exemple, n’évoque plus dans les esprits qui fut Julien Blin, ancien maire et bienfaiteur de Pont-de-l’Arche.

 

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La rue Julien-Blin en 2012 (photo Armand Launay)

 

Julien Robert Alexandre Blin naquit le 1er octobre 1738 et mourut le 29 novembre 1826. Nous n’avons pas trouvé de lien généalogique avec la famille Blin d’Elbeuf. Il était ingénieur des ponts et chaussées, Pont-de-l’Arche étant un point stratégique sur la Seine.

 

Nommé maire en période de crise

Avec le retour de la monarchie, l’Etat, par le biais de la Préfecture de l’Eure, nomma Julien Blin à la fonction de premier magistrat de Pont-de-l’Arche, ce qu’il assuma jusqu’à sa mort. Son mandat est caractérisé par un assainissement des comptes de la ville. Déficitaires en 1815, les comptes étaient excédentaires en 1826 notamment grâce aux réclamations systématiques de sommes indument payées par la Ville à la Préfecture ou, tout simplement, dues par la Préfecture.

 

Un bienfaiteur durant son mandat

Julien Blin fit don de nombreux biens immobiliers (et les rentes sur ces biens) qui donnèrent à la ville quelques moyens d’action dans une période noire. En effet, après les guerres, la perte des tribunaux royaux en 1790, la fin du montage des bateaux en 1813… et avant l’arrivée de l’industrie du chausson, Pont-de-l’Arche était très pauvre. Il semble que Julien Blin ait acquis ses biens en les achetant à des particuliers s’étant enrichis durant la Révolution. En effet, ses propriétés sont souvent d’anciens biens religieux réquisitionnées par l’Etat à la Révolution avant d’être revendus comme biens nationaux.

Lorsqu’il fit démolir partiellement les remparts de sa propriété (très certainement l’actuel presbytère), il finança aussi l’abaissement des remparts derrière l’église, une bonne chose en ce temps. Le Conseil municipal lui fit part de ses remerciements.

Le 2 mai 1816. Julien Blin donna les bases de la première école de la ville. En 1818, il fit construire de nouveaux locaux au-dessus de la salle d’Armes afin de servir de logements pour l’instituteur et les deux sœurs enseignant aux filles.

Lors du conseil municipal du 5 février 1822, il fit don à la commune de trois maisons, dont l’actuel presbytère, contre la promesse du Conseil de payer le logement du vicaire, en plus de son traitement annuel, mais aussi de célébrer une messe basse mensuelle en son honneur. Le curé devait aussi être logé dans cette demeure.

 

Bienfaiteur à l’origine de l’hôpital local

Le 25 aout 1827, le Conseil municipal rapporta les termes du don testamentaire de Julien Blin. Sans descendance, il donna à la commune des biens immobiliers estimés à 236 450 francs (les recettes de la ville étant de 6 000 francs cette année-là). Ces biens comprenaient l’ancien couvent des pénitents à condition qu’il serve d’hôpital destiné à l’accueil des « indigents malades et inférieurs », de la ville et de bonne moralité.

Julien Blin offrit aussi quatre maisons rue de la Municipalité, où il mourut, et qui porte aujourd’hui son nom ; trois petites maisons rue de Crosne et place de l’église ; diverses terres cultivables aux Damps, Léry, la Haye-Malherbe. Ces dernières terres devant fournir de quoi financer en partie le Bureau de bienfaisance de la commune, en charge du fonctionnement de l’hôpital.

Les élus écrivirent que ce « legs fait honneur aux sentiments généreux de M. Blin pour la ville où il a voulu finir ses jours [et] sera un très grand secours pour cette même ville, à raison de la quantité d’indigents malades et infirmes qui s’y trouvent, et du peu de ressources qu’elle possède pour y subvenir. »

 

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Une des parties anciennes de l'EHPAD (ex-hôpital local)

fondé grâce aux dons de Julien Blin (photo Armand Launay, 2010). 

 

L’hommage de la Ville

En 1830, les élus votèrent l’érection d’une « pierre tumulaire » sur la tombe de Julien Blin, dans le cimetière communal. En 1865, sous la présidence de Jean-Baptiste Delaporte, les élus décidèrent de donner le nom de « Blin » à la rue de la Municipalité, ancienne rue de la Geôle, ancienne rue Royale). Il entérina en fait l’usage populaire qui nommait la rue du nom du notable qu’était Julien Blin. Dans sa délibération, ce même Conseil ne retint de cet homme que son legs testamentaire, passant sous silence – ou ignorant – l’ensemble des ses actes et surtout son attention pour la Ville. La mémoire doit s’entretenir.

 

Monument Blin 1

La stèle érigée par la Ville dans le cimetière communal en 1830

en hommage à Julien Blin (photo Armand Launay, 2012)

 

Sources

Délibérations du Conseil municipal

 

 

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Les maires de Pont-de-l'Arche

 

Armand Launay

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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 22:50

Jean Kerbrat, né en 1939 à Mayenne et décédé le 15 novembre 2013, fut propriétaire du bailliage de 1969 à 1976. La grandeur des lieux permit à ce sculpteur de renom d’installer son atelier et de préparer l’exposition au musée du Havre (1970), des œuvres comme l'hommage à Fernand Léger (aujourd’hui dans le collège du même nom au Petit-Quevilly), les sculptures monumentales de Creil (1972-1976)... Quant au bailliage, il en assura l’entretien, notamment en remplaçant des clés de pierre, en curant le puits pour l’écoulement des eaux diluviennes. Il conserva les graffitis de la cour intérieure et des murs des prisons. La présence de cet artiste attira à Pont-de-l’Arche le graveur Jacques Ramondot (1928-1999), le peintre Robert Savary (1920-2000)[1], le sculpteur René Leleu (1911-1984), l’universitaire et écrivain René Etiemble (1909-2002). Si, malheureusement, Jean Kerbrat dut quitter notre ville pour des raisons familiales, il laissa trois empreintes dans la ville.

 

 

Au bailliage : l’hommage à Antoine Bourdelle

 

Autour de l’entrée du prétoire, se trouve une sculpture qui s’étend sur tout le premier niveau du mur pignon. Sur une forme de grillage céramique, Jean Kerbrat sculpta dans du plâtre quatre allégories marchant sur le soubassement en pierre de taille et épousant admirablement les rares espaces entre la porte et deux ouvertures : architecture, danse, musique et sculpture. Il s’agit d’un hommage à Antoine Bourdelle (1861-1929), incontournable sculpteur versé dans les œuvres monumentales. L’œuvre de Jean Kerbrat au bailliage démontre qu’il souhaitait y vivre longtemps, si ce n’est toute sa vie.

Bailliage

 

 

A l’école maternelle Les Lutins : 14 ardoises sculptées

 

Les 14 ardoises qui décorent l’agrandissement de l’école maternelle sont de Jean Kerbrat. Cet agrandissement date de 1984 où Roger Leroux, maire, inaugura la troisième classe et la salle d’activités. Si l’on retrouve l’univers des personnages, souvent graves et robustes, de l’œuvre de Jean Kerbrat de cette époque, les thèmes traités y sont plus légers qu’ailleurs.  Comme l’écrit l’artiste lui-même, dans une commande « l’œuvre doit impliquer tous les publics ». Jean Kerbrat s’est donc conformé aux attentes de l’Atelier des deux anges, cabinet d’architectes de Val-de-Reuil qui avait la maitrise d’œuvre des travaux pour le compte de la Ville de Pont-de-l’Arche. Parmi les thèmes, l’on retrouve la musique « chanson dolente de l’accordéoniste », la danse « la noce à Gonesse », la poésie « Elégie aux grands arbres du Morvan », la fantaisie « La grenouille bleu » (sic), le cheminement « puisqu’il faut partir toujours »…

 

Les Lutins

 

Ardoise

 

A la salle des fêtes : ciment et éclats d’ardoises

La salle des fêtes de Pont-de-l’Arche a été inaugurée en 1954 par le maire Alix Duchemin. Lors de sa réhabilitation en 1987, le maitre d’œuvre l’Atelier des deux anges (Val-de-Reuil) a fait poser une décoration toute contemporaine pour le compte de la Ville de Pont-de-l’Arche représentée par son maire Roger Leroux. Ainsi, l’entrée située dans la rue Maurice-Delamare est ornée de quatre rectangles de ciment encadrant la porte principale et ses deux ouvertures de part et d’autre. Ces rectangles présentent des couches de ciment sur lesquelles ont été projetées des gouttes de ciment et un demi carré d’ardoise. Quelque part, on peut voir dans les projections de ciment une expression de la créativité. Quant aux ardoises cassées en deux, elles peuvent symboliser ce qui est séparé, à l’extérieur de la salle des fêtes qui est le lieu de réunion par excellence.

 

Salle des fêtes

 

Détail salle des fêtes


Plus d’infos sur www.kerbratjean.fr 

 

 

 

[1]Qui réalisa en 1976 une lithographie de l’église vue du pont dont on trouve une copie à l’accueil de la mairie. 

Armand Launay

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 19:36

Un article de L’Industriel de Louviers du 1er décembre 1934 immortalisa l'inauguration du groupe scolaire de Pont-de-l'Arche qui eut lieu le 25 novembre. Le journaliste du journal conservateur mit en valeur des hommes politiques de droite. Pierre Mendès France et les hommes de gauche sont quelque peu effacés, sans plus, ce qui correspond à la volonté de Pierre-Etienne Flandin, président du Conseil des ministres, de faire une trêve des partis face aux périls fascistes et soviétique. C’est ce qui explique le titre de l’article mettant l’accent sur la concorde. Le Front populaire de 1936 dut les ravir !

Pour Pont-de-l’Arche, le projet d’agrandir ou de bâtir une nouvelle école était d’autant plus important qu’il remontait à 1905. Voyons donc ce grand moment de la vie archépontaine, quant le groupe scolaire ne s’appelait pas encore Maxime-Marchand

 

 

 

Inauguration de l'école de PDA (L'Industriel de Louviers d 

 

 

L’inauguration du groupe scolaire

à Pont-de-l’Arche fut une belle manifestation de concorde

 

L’inauguration du groupe scolaire de Pont-de-l’Arche a été l’occasion d’une fête magnifique, dans un élan de concorde qui ne se manifesta jamais avec plus d’allégresse.

La présence d’un ministre éminent, du nouveau Préfet de l’Eure qui partout où il passe rassemble toutes les sympathies et de tous les parlementaires entourant leur vénéré doyen, aurait suffi à donner à cette cérémonie toute sa signification et tout son éclat.

L’empressement de la population à accueillir les autorités à suivre le programme pourtant très simple de cette journée, témoigna à la fois de sa satisfaction de voir réalisé un projet si longtemps attendu et de manifester aussi à ceux qui en furent les artisans toute sa reconnaissance. Il prouve aussi que tout ici-bas s’apaise et s’oublie, quand chacun y met de sa bonne volonté et que les uns et les autres comprennent que tous les habitants d’une même ville ont plaisir et profit à s’unir, dans les jours fastes et néfastes pour partager les mêmes joies et supporter ensemble les mêmes épreuves.

Pas une note discordante n’est venue troubler, tout au long de cette journée, cette harmonie. Dans les nombreux discours qui furent prononcés, tous les orateurs et M. Mallarmé, ministre de l’Éducation Nationale[1], en particulier et avec plus d’autorité, convièrent leurs auditeurs à cette union bienfaisante qui est la condition du redressement d’une situation pleine d’écueils.

Le succès de cette journée, dont l’organisation fut de tous points parfaite, prouve ce que peut faire une municipalité et un conseil inspirés du seul souci des intérêts matériels et moraux de ses administrés. La municipalité de Pont-de-l’Arche, sans s’arrêter aux difficultés et aux critiques, a su prendre une initiative depuis longtemps attendue et la réaliser dans le minimum de temps avec le minimum de sacrifices financiers.

Elle a doté la ville d’un groupe scolaire qui répond à toutes les exigences de confort et dont par surcroît un architecte de talent, a su faire une véritable oeuvre d’art bien appropriée à son cadre.

 

Le groupe scolaire

La jolie ville de Pont-de-l’Arche avait des écoles qui n’étaient pas dignes d’elle. La municipalité présidée par Charles Morel[2], comprenant qu’il était aussi vain de chercher à les améliorer que de discuter sans jamais aboutir, sur la construction d’un nouvel édifice résolut de passer à l’action. Un projet présenté par M. Laquerrière, architecte, dont maintes réalisations heureuses[3], ont dans la région imposé la réputation et le talent, fut accepté.

Le 5 novembre 1933, M. Philip, Sous-Préfet des Andelys, posait la première pierre. Le 25 Novembre 1934, M. Mallarmé ministre de l’Instruction Publique[4]l’inaugurait. Cette cérémonie eut pu avoir lieu plus tôt [...] C’est une des conséquences de cette instabilité ministérielle[5], par ailleurs si regrettable.

Dimanche donc, le groupe scolaire recevait la visite officielle du Ministre des Autorités et de l’énorme assistance qui les accompagnait.

Tous furent unanimes à louer la très artistique originalité de l’ensemble. Ce groupe, en effet, ne présente pas l’aspect de l’école conçue sur le plan classique. C’est un très bel ensemble d’art normand.

À l’entrée de chaque côté d’une petite cour d’honneur s’élèvent de coquets pavillons qui seront les logements du directeur et de la directrice des écoles.

Face à l’entrée s’ouvre une vaste salle qui servira de préau où les enfants seront à l’abri des intempéries, sans être privés d’air puisque, à volonté, peuvent se lever des rideaux de fer de chaque côté.

Peut-être même, la municipalité songe-t-elle aux possibilités de l’aménager pour en faire une très belle salle où se pourront donner les fêtes scolaires. Deux bureaux vitrés permettent aux instituteurs de surveiller tout à leur aise, les ébats des enfants. Derrière, de chaque côté, sont installés les lavabos, avec eau courante, qui permettront aux enfants de se soumettre aux règles élémentaires de l'hygiène, pour passer de la récréation au travail. Dans le prolongement, séparés par un intervalle suffisant, pour que les cours des professeurs ne se gênent réciproquement pas, s’alignent les classes auxquelles donnent accès un long couloir. L’air, la lumière peuvent y pénétrer à flots. Les classes sont assez vastes pour que les enfants n’y soient jamais entassés. De chaque côté, de grandes cours, qu’encadreront des arbres dont les frondaisons donneront à l’ensemble un caractère champêtre et aux enfants, dans les journées trop chaudes une ombre bienfaisante.

On ne pouvait mieux  répondre aux soucis de l’hygiène, du bien-être et de l’esthétique, créer, enfin, un ensemble susceptible de donner à l’école un aspect, une ambiance plus attrayants.

 

La réception du ministre.

M. Mallarmé, ancien ministre des PTT[6]du gouvernement Doumergue[7]devait précédemment inaugurer ce groupe scolaire. Devenu ministre de l’Éducation Nationale du gouvernement Flandin[8], il fut sollicité par tous les parlementaires de l’Eure, de tenir sa promesse. Il y consentit avec bonne grâce. Il avait tous les titres pour cette mission, il la remplit avec une simplicité et une distinction pleins de bonne grâce, qui lui conquit tout de suite, la déférente sympathie des Archi-Pontains venus en foule entourer les autorités invitées à la recevoir à la Mairie[9].

Il fut accueilli par M. Chiraux, le nouveau Préfet de l’Eure, ses collaborateurs, M. Morel, maire de Pont-de-l’Arche, de ses adjoints etc.

Un peloton de gendarmerie sous les ordres de l’adjudant Petit, remplaçant le lieutenant Lombard, rendait les honneurs. La musique du 39e d’Infanterie sous la direction du capitaine Pommier exécuta une vibrante " Marseillaise ". Dans le cabinet du maire fut officiellement entérinée la délibération suivante : L’An mil neuf cent 34, le 25 Novembre, à 11 heures, M. Mallarmé, Ministre de l’Éducation Nationale, assisté de M. Chiraux, Préfet de l’Eure, de M. Philip, Sous-Préfet des Andelys, de M. Charles Morel, Maire de Pont-de-l’Arche, de M. Raoul Sergent, premier adjoint, conseiller général de l’Eure[10], de M. Henri Girard, deuxième adjoint. En présence de M. le président Maurice Hervey[11], sénateur de l’Eure, M. Abel Lefebvre, M. Neuville, sénateurs de l’Eure, M. Briquet[12], député de l’Eure, président du conseil général, Mendès-France [pas de M.], Alexandre Duval, Chauvin, députés de l’Eure, Lebret, député de la Seine-Inférieure, Inspecteur d’Académie Charlet, inspecteur primaire Girault, chef de la 2e Division de la Préfecture, M. Buisson chef de la 3Division, MM. Ferrandier A., Lefebvre M., Hacot Jules, Lefebvre Louis, Callerot, Partie E., Vidal, Prunier, Lemaire Gaston, Forfait, Lenoir, conseillers municipaux, MM. Rousseau, conseiller général, Thorel, Maire de Louviers, P. Josse, Maire de Perruel, G. Delamarre, conseillers généraux ; MM. Régnier, Président du Conseil d’Arrondissement, MM. Laquerrière et Raymond, architectes, Kerrand, juge au Tribunal Civil de Louviers, Noclercq, Procureur de la République, Mallet, premier suppléant au juge de paix, les Institutrices publiques et MM. les instituteurs publics de la ville, M. Ambroise, président de la Société des Amis de l’École Laïque[13], M. l’abbé Desdouits, curé doyen de Pont-de-l’Arche[14], a inauguré le groupe scolaire de la ville de Pont-de-l’Arche. Le cortège se forma précédé des drapeaux de la 2110e section des Vétérans porté par M. Delamare, accompagné de M. Louis Lefebvre, trésorier et des Anciens Combattants, porté par M. Niaux, accompagné de M. Albert Sauvé. Entraîné par la musique du 39e et la musique de Pont-de-l’Arche, le défilé gagna route de Paris le groupe scolaire entre deux haies profondes de curieux. Les rues de la ville étaient joliment décorées, aux abords des routes s’élevaient de coquets arcs de triomphes avec des banderoles portant ces mots : " Honneurs au Ministre " – " Honneur au Préfet " – " Honneur aux Musiciens ".

 

L’inauguration

M. Mallarmé procéda à la rituelle ouverture de l’édifice en coupant le ruban tricolore qui barra symboliquement l’entrée et le cortège pénétra dans le vaste préau, où les enfants groupés sous la surveillance de leurs maîtres, accueillirent le ministre et les autorités par l’exécution très nuancée d’un chœur bien choisi.

Un compliment fut très bien récité par un jeune élève et des gerbes de fleurs furent remises au Ministre et au Préfet.

Charles Morel, Maire, souhaita alors la bienvenue à M. Mallarmé en ces termes :

 

Discours de M. Morel, maire.

Monsieur le Ministre,

Je suis heureux et fier de recevoir aujourd’hui un représentant du Gouvernement de la République. Je vous remercie, M. le Ministre, de nous faire l’honneur de présider la cérémonie d’inauguration de notre groupe scolaire.

En mon nom, au nom de la municipalité et au nom de la ville de Pont-de-l’Arche, je vous prie de vouloir bien agréer nos souhaits de bienvenue.

À M. le Préfet, à M. le Sous-Préfet, à MM. les Sénateurs, à MM. les Députés, à MM. les Inspecteurs de l’Enseignement primaire qui ont tenus par leur présence à rehausser l’éclat de notre fête, nous souhaitons aussi la plus cordiale bienvenue.

Monsieur le Ministre,

L’un des premiers soucis de la municipalité, que j’ai l’honneur de présider, a été de procurer à nos enfants l’air pur, la lumière, le gai soleil et l’espace dont ils ont besoin pour se développer normalement pendant leur scolarité.

Je tiens à souligner que nous avons pensé aussi au bien-être de leurs dévoués maîtres et maîtresses. Tous ces bienfaits, ainsi que le confort moderne, nos enfants vont les trouver dans ces locaux que, grâce au bienveillant concours de M. le Ministre de l’Éducation Nationale, de M. le Préfet, de MM. les Parlementaires, d’anonymes même, nous avons pu édifier en très peu de temps.

À vous, M. le Ministre de l’Éducation Nationale, à vous M. le Préfet, à M. le Sous-Préfet, à vous MM. les Parlementaires, un bien cordial merci.

Tous nos compliments à M. Laquerrière, architecte qui, dans un site agréable, a su, avec un goût parfait, ériger ce groupe scolaire que vous admirez.

Merci aussi à MM. les entrepreneurs et à leurs ouvriers qui se sont acquittés consciencieusement de leur tâche.

Je n’aurai garde d’oublier mes dévoués collaborateurs du Conseil municipal qui ne m’ont jamais marchandé leur concours dans l’accomplissement de cette oeuvre.

Mes Chers Enfants,

Vous êtes bien jeunes, cependant je suis certain que vous appréciez déjà ce qui a été fait dans l’intérêt de votre santé et pour rendre votre séjour à l’école plus attrayant.

Je suis certain aussi que vous saurez en témoigner votre reconnaissance par votre exactitude et votre assiduité, par votre amour du travail, par votre bonne conduite en tous lieux, votre respect et votre amour envers vos chers parents, par votre docilité envers vos maîtres et maîtresses qui se dévouent pour développer votre intelligence et pour former votre coeur.

Aimez-les, écoutez-les, profitez de leurs leçons car ils remplissent une noble tâche qui consiste à faire de vous de bons Français et de bonnes Françaises aimant leur famille, leur petite patrie, Pont-de-l’Arche, et par dessus tout notre pays " La France ".

Dans le préau absolument comble l’assistance applaudit chaleureusement le sympathique maire qui avait si heureusement traduit ses sentiments.

 

Discours de M. le Dr Briquet, président du Conseil Général

Au nom du Conseil Général, M. le Dr Briquet souhaite la bienvenue à M. Mallarmé. C’est un grand honneur pour le fils d’une institutrice et d’un modeste professeur de Lycée de recevoir le grand maître de l’Université dont il rappelle la carrière politique brillante et ses divers passages dans les conseils du gouvernement.

M. Mallarmé devait, en raison de ses origines et de sa culture, parvenir à la haute charge qu’il occupe. Petit fils de l’adjoint au maire de Strasbourg, fils d’un avocat qui s’expatria d’Alsace après 1870, il parvint à l’agrégation après des études brillantes et fut professeur à Alger qu’il devait ensuite présenter à la Chambre.

Remarqué par ses interventions, il occupa diverses fonctions dans plusieurs commissions importantes et y affirma des qualités qui dénotent bien de ses origines[15].

Devenu ministre de l’Instruction publique il sut, en répondant mardi aux questions posées préciser ses intentions qui sont de nature à donner toute satisfaction.

La nécessité de faire des économies, des restrictions, n’a entraîné pour l’Instruction publique que les décisions strictement indispensables, relativement aux suppressions de postes, aux réductions des subventions. M. Mallarmé a promis de les répartir pour que les constructions ne soient pas interrompues et que l’attribution des bourses soit assurée aux plus méritants.

Il a décidé aussi de faire régner l’ordre dans la grande administration qu’il dirige, sachant faire la distinction qui s’impose entre la grande majorité du personnel enseignant fidèle à son devoir et quelques égarés. S’il applique des règlements à ceux qui seraient coupables, c’est avec le souci d’empêcher le discrédit de ceux qui ne le sont pas et de protéger l’école publique.

En terminant, le Président du Conseil Général se dit heureux de recevoir un ministre du gouvernement de trêve, décidé à défendre l’ordre, le calme, et pour cette œuvre de salubrité, de moralité, il l’assure du dévouement du Conseil Général et de la confiance des populations de notre beau département.

D’unanimes applaudissements soulignent les paroles de M. Briquet.

 

Discours de M. Mallarmé, ministre de l’Instruction publique

Dans un langage aussi simple que châtié, M. Mallarmé a prononcé un discours qui fit une profonde impression.

Il remercie les précédents orateurs de leurs souhaits et de leurs éloges et il félicité la municipalité de son initiative et de sa réalisation. Il sait ce qui a été fait à Pont-de-l’Arche et estime que M. le Maire a été trop modeste sur les mérites de la Municipalité quand, dans une période de crise, une municipalité a pu élever un bel immeuble, comme celui-ci, répondant à toutes les exigences du confort et de l’hygiène, elle mérite les plus chaleureuses félicitations.

Ce n’est plus l’école d’autrefois, sans charmes et sans agrément, mais une belle maison normande remarquable par sa beauté et l’ingéniosité de ses plans. Mais ce n’est point seulement l’immeuble qu’il faut considérer.

S’adressant aux enfants M. le Ministre poursuit ainsi :

" Vous mes chers enfants, vous allez passer-là une série d’années où vous recevrez les éléments de l’instruction, de l’éducation nécessaires pour faire votre chemin dans la vie. L’école sera un symbole, vous y aurez lié des amitiés sur lesquelles vous aimerez à reporter vos souvenirs plus tard. Je sais qu’on peut vous confier à vos maîtres en toute sécurité intellectuelle et morale. La presque unanimité du personnel enseignant est digne de notre confiance. Vous en recevrez de bons conseils et de bons exemples.

Il faut dissiper les légendes. Il y a dans le personnel des individualités égarées, mais nous avons le devoir de protéger ceux qui travaillent pour leur rendre hommage.

Je suis persuadé que dans cette maison les maîtres seront dignes de leurs fonctions au point de vue social et moral, sachant préparer l’avenir du pays, soucieux de leurs devoirs et de leur responsabilité. Il est deux termes inséparables : Patrie et République. Certains se prétendent plus républicains que les autres parce qu’ils répudient l’idée de Patrie[16]. Les vrais patriotes au contraire furent toujours à l’heure du danger, les vrais Républicains et la République ne peut exister si l’on ne sait associer la défense Nationale, l’amour de la Patrie et l’Idéal républicain.

C’est ce que nous demandons aux instituteurs d’inculquer aux enfants, ils auront aussi bien servi leur pays et la République. "

D’interminables applaudissements saluent l’orateur.

On commence la visite des écoles qui se termine par un vin d’honneur. Les autorités vont ensuite s’incliner devant le monument aux morts et y déposer des gerbes de fleurs.

Et le cortège gagne les Établissements Morel[17], où va être servi le banquet.

 

Le banquet

Dans une vaste salle artistement décorée et fleurie, et ce qui est plus appréciable en cette saison, bien chauffée, les convives prennent place suivant un protocole bien réglé. M. Mallarmé ministre de l’Instruction Publique préside entouré de M. Chiraux, Préfet de l’Eure, M. Charles Morel, maire, MM. Hervey, Abel Lefebvre, Neuville, sénateurs, Join-Lambert, Duval, Briquet, Chauvin, Mendès[18], députés. Madame Morel, M. de Fouquières, M. Sergent, conseiller général, premier adjoint, M. Philip, Sous-Préfet des Andelys, M. le Chef de cabinet de la Préfecture, MM. Josse, Rousseau, Delamare, conseillers généraux, MM. Régnier, Président du conseil d’arrondissement, Langlois, Moreau, conseillers d’arrondissement, Noclercq, Procureur de la République, Kerrand, juge au Tribunal de Louviers, MM. Diné, Ingénieur en chef du service vicinal, M. Guillemont, ingénieur des Ponts-et-Chaussées, Tardy, ingénieur du service vicinal, MM. Buisson, Girault, chefs de division à la Préfecture, MM. Prémillieux, maire des Damps[19], Hache, maire de Léry, Armand, maire du Vaudreuil, Frétigny, maire d’Alizay, Cousin, adjoint à Poses, M. l’Abbé Desdouits, curé doyen, MM. Callerot, A. Ferrandier[20], M. Lefebvre, Partie, Prunier, Vidal, Lemaître, G., A. Huet, conseillers municipaux, M. Lerebours[21], notaire, Dr Hardy, MM. Leduc, Maltet, Blard, Lièvre, Desloges, Duchemin, Saint-Gilles, Dugard, Martin, Hacot, Lecomte ; Ambroise; Tardy Bernard, Rivette, etc. Mmes Demare, reveceuse des Postes, Prémillieux, Guérin[22], Blondel, directrice d’École, Dugard, Tanguy, Tardy[23].

Somptueusement reçus par M. Morel, ils furent traités avec M. Lemaire de l’Hôtel d’Elbeuf, avec le souci de maintenir sa vieille réputation malgré la surprise d’un nombre de couverts supérieur aux prévisions. Le menu abondant et délectable était arrosé de vins de bons crus et très correctement servis. L’ambiance de cordialité qui marqua les débuts de cette journée ne pouvait que s’amplifier.

Au champagne, M. Chiraux, Préfet de l’Eure s’acquitta éloquemment des obligations de sa charge, pour saluer M. le Ministre.

Aux sentiments de déférente sympathie, aux souhaits de bienvenue qui lui furent exprimés le matin, M. le Préfet, vint joindre les siens au nom du département.

M. Mallarmé, par l’accueil qu’il reçut a certainement eu l’impression qu’il se trouvait au milieu de braves gens, de populations laborieuses représentées par des hommes de coeur, d’ordre et de dévouement.

Les Normands ont fait tout leur devoir pendant la dernière guerre au champ d’honneur. À l’arrière ils ont généreusement reçu les réfugiés et travaillé pour que la France vive.

L’heure des difficultés venues, ils sont restés calmes et confiants, en ceux qui avaient la Charge de les résoudre et ils font aujourd’hui confiance au Président Flandin auquel M. Chiraux prie M. Mallarmé de transmettre l’hommage de leur respectueux attachement.

De cette visite du Ministre de l’Éducation Nationale, le département de l’Eure lui gardera un souvenir reconnaissant et M. le Préfet poursuit ainsi :

" S’il y a entre nous des différences de sentiments de croyances, nous savons nous unir autour de la France et de la République, la Patrie nous rassemble car nous savons que si nous voulons qu’elle recueille les fruits de sa victoire, nous devons être unis de cœur et de volonté. Et il termine par le toast rituel au Président de la République.

M. Morel, maire, qui, tout au long de cette journée, s’est acquitté de tous ses devoirs avec délicatesse et correction à l’égard de tous ses hôtes prend ensuite la parole pour remercier tous les convives et tous ceux qui ont contribué au succès de cette belle fête. Il lève son verre à M. le Ministre, aux autorités, à tous les convives en souhaitant qu’ils gardent un souvenir durable de cette manifestation qui s’est déroulée dans la plus parfaite union.

 

M. Raoul Sergent, premier adjoint, conseiller général, présente les excuses de plusieurs invités et prononce la discours suivant :

Monsieur le Ministre,

Malgré de lourdes occupations inhérentes à vos hautes fonctions ministérielles, vous avez bien voulu accepter de présider l’inauguration du modeste groupe scolaire de notre ville, désirant marquer que, grandes villes et villages, sont également l’objet de la sollicitude du Gouvernement.

Au nom des élus cantonaux, j’ai M. le Ministre, le très grand honneur de vous saluer et de vos remercier. C’est également un très grand honneur pour la ville de Pont-de-l’Arche, de recevoir pour la première fois un représentant du Gouvernement de la République. Honneur dont je suis certain, tous les habitants garderont un inaltérable souvenir.

M. le Préfet,

M. le Sous-Préfet,

M. l’Inspecteur d’Académie,

MM. les Parlementaires,

M. l’Inspecteur Primaire,

Mesdames, Messieurs,

Mon premier devoir en prenant la parole est de saluer les hautes personnalités politiques et administratives qui nous ont fait l’honneur d’assister à notre fête.

Tout d’abord, M. le Préfet Normand d’adoption dont les qualités administratives nous sont bien connues. M. le Sous-Préfet qui posait il y a un an la première pierre de l’édifice.

Messieurs les Inspecteurs de l’enseignement, les Parlementaires et en particulier M. le Président Hervey, qui se trouvant à notre porte fut souvent mis à contribution.

Je n’aurais garde d’oublier M. André de Fouquières qui a fait de notre contrée sa deuxième patrie d’adoption et qui nous a été d’un précieux concours dans la réussite de notre entreprise.

Leur présence et la vôtre, Mesdames, Messieurs, est une preuve de l’importance et de la grandeur de cette cérémonie.

Mes doubles fonctions de conseiller général et d’adjoint au Maire, ne me permettent point de faire ressortir comme il conviendrait l’œuvre accomplie par la municipalité que préside avec tant d’autorité et de sagesse, M. Charles Morel.

Mais il est tout de même de mon devoir, sans vaine gloriole, de relater l’effort accompli.

Dès 1908, c’est-à-dire il y a plus d’un quart de siècle, il était déjà question au sein du Conseil municipal de l’état lamentable des locaux scolaires.

Des projets assez divergents étaient présentés. Certains, partisans de la construction de nouveaux locaux, d’autres de la transformation des locaux actuels.

La guerre survient, cette guerre qui ne se contente pas de tuer la vie humaine, mais qui tâche dans toutes les mesures de ses affreux moyens, d’arrêter la vie intellectuelle, matérielle [...]

L’instruction, nécessité impérieuse pour un pays n’est-elle pas en effet intimement liée à nos institutions démocratiques, puisque sous le régime républicain, ce sont les citoyens eux-mêmes qui sont appelés par les représentants qu’ils élisent à gouverner et à faire les lois. Il est donc de première nécessité que ces citoyens soient instruits et éclairés.

La République a donc voulu qu’il n’y eut plus en France un Français qui ne sache lire, c’est pourquoi elle a décrété que l’école fut pour la jeune génération une sorte de berceau de l’égalité.

C’est pourquoi elle l’a rendue gratuite afin que tous les enfants s’y coudoient au même titre sans distinction de naissance ou de fortune et qu’ils s’habituent à s’y connaître, à s’aimer. Elle a voulu que l’école soit en quelque sorte un atelier de science et de raison.

N’est-il pas en effet, juste que l’enfant s’il a le mérite de l’intelligence puisse accéder aux plus hauts sommets. N’est-il pas juste également que le suffrage universel puisse aller chercher dans toutes les classes de la Société l’élu qui lui convient.

C’est une grande joie pour les habitants d’avoir enfin des écoles convenables, pour faire la première éducation des enfants.

Ce bâtiment attestera que nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir pour donner aux enfants des locaux où ils auront plaisir à travailler.

Des maîtres zélés ayant eu au cœur le sentiment élevé de leurs devoirs professionnels sauront donner à ces enfants avec les connaissances pratiques utiles à la vie de cette haute conception morale, cette conscience des hommes et des choses qui font les Sociétés et les peuples dignes et grands.

Ils leur apprendront l’amour de la famille, l’amour de la Patrie, l’amour de la République. Ils contribueront à cette grande œuvre de l’enseignement populaire à laquelle nous portons tous un intérêt passionné parce que nous sommes persuadés que l’avenir du pays en dépend.

En rendant l’école saine et agréable nous le faisons ainsi davantage et nous accomplissons ainsi un l’un des plus grands devoirs qui incombent à de bons patriotes et à de sincères républicains.

Vive la France !

Vive la République !

 

M. Mendès, prend la parole au nom des députés, pour remercier M. le Ministre d’avoir répondu avec bienveillance à l’invitation qui lui avait été faite par tous les représentants du département qui se sont retrouvés pour lui souhaiter une cordiale bienvenue.

Il rend hommage à la municipalité de Pont-de-l’Arche, qui a su réaliser le projet de construction du groupe scolaire en conciliant le confort et l’esthétique et félicite M. le Maire et ses collaborateurs qui ont fait aboutir une décision de principe prise en 1911. Il joint ses remerciements à tous ceux qui ont contribué à l’éclat de cette fête.

M. le sénateur Hervey, associe les membres de la Haute Assemblée aux remerciements adressés à M. le Ministre et se réjouit s’assister au rayonnement de la plus réconfortante fraternité.

Se croyant peu qualifié – bien à tort du reste – pour parler de l’école, il a voulu s’en référer à des auteurs plus compétents et il cite des passages connus de lettres ou de discours de Guizot, Jules Ferry et Barthou. Il se plaît à constater qu’un homme qui fut la gloire de la monarchie et deux autres qui furent celles de la République, à cinquante et cent ans de distance, donnent les mêmes conseils aboutissent aux mêmes conclusions fixant ainsi la vraie doctrine.

Si elle avait toujours été suivie, on ferait disparaître certains griefs. Et avec maints exemples puisés dans l’histoire de la région, avec une rare érudition, M. le sénateur Hervey montre combien il est facile de cultiver l’amour de la petite patrie, base de la grande si l’on enseigne bien aux enfants ce qui rattache le lieu de leur naissance à la France. L’instituteur trouverait des sujets de leçons utiles.

Si dans l’étude du passé, on trouve une raison d’aimer mieux son pays, on comprend davantage les raisons de la protéger contre l’oppression, se préparer contre la guerre, c’est vouloir l’empêcher, la repousser.

Quand on arrive au soir de la vie, une seule joie reste c’est de voir ses enfants partager les mêmes sentiments.

 

Discours de M. le Ministre

M. Mallarmé clôt la série des discours. Il remercie M. Morel, en sa double qualité de maire et de propriétaire. " Grâce à l’ingénieuse installation de cette salle, dit-il, nous avons mieux senti le sentiment de cordialité de cette réunion.

Je veux aussi vous féliciter, vous êtes M. le maire la vivante incarnation de ce que peut être un pays démocratique. Parti de rien vous êtes arrivé par votre travail, votre ténacité, à vous créer une situation sociale enviée. Mais ne craignez pas les envieux. Continuez votre œuvre, elle ne mérite que des admirateurs.

M. Mallarmé remercie M. le Préfet, MM. les Parlementaires et les habitants de leur invitation et de leur accueil. Ce sont de vrais Normands qui ont gardé les vertus de leurs ancêtres : l’audace, le goût du travail, le sentiment de la famille, la prudence et la sagesse. Il regrette de n’avoir pu prendre avec eux qu’un contact passager. Il espère qu’il se renouvellera en d’autres occasions.

Examinant ensuite la situation présente il signale la crise grave à laquelle le gouvernement doit faire face : Crise extérieure certaine, sur laquelle il ne veut pas insister ; crise intérieur, surtout pour les agriculteurs dont il connaît toutes les difficultés.

Mais dans un grand pays démocratique comme le nôtre, le seul moyen de résoudre les difficultés c’est l’Union entre les citoyens. Autour de ces tables, il y a des divergences d’opinion – elles honorent le pays – mais à l’heure actuelle elles doivent faire place à un accord[24]. Il rend hommage aux représentants du département et particulièrement à M. Abel Lefebvre et à M. Maurice Hervey qui de toutes façons s’est sacrifié pour sa patrie.

Mais cette union ne doit pas être passagère, il faudrait qu’elle soit permanente pour assurer notre sécurité extérieure, notre bien-être intérieur il ne suffit pas d’une trêve de façade, mais de la trêve dans les esprits et dans les cœurs ; M. Mallarmé aurait souhaité que M. Morel n’ait point, par des scrupules de discrétion qui l’honorent, renoncé à associer des ouvriers à cette fête[25]. Il aurait été heureux de leur dire combien il appréciait ce qu’ils avaient fait pour concourir à son succès.

Après avoir donné ses conseils aux enfants il les laisse avec confiance aux mains de leurs maîtres et il lève son verre à l’école laïque et républicaine.

Je ne voudrais pas qu’on voit dans cette expression une tendance politique. L’école laïque et républicaine a droit à notre respect et à notre confiance, à la condition qu’elle laisse à chacun le soin de sa conscience. L’école doit développer la morale et non la discorde. Je suis persuadé que les maîtres suivront ces directives et que l’École de Pont-de-l’Arche sera un lieu de réconfort, de joie et de développement moral.

Tous les orateurs avaient été longuement applaudis, un ban fut battu en l’honneur de M. le Ministre.

 

Remise de distinctions

La cérémonie n’était point terminée, M. le Ministre, prenant à nouveau la parole, déclara que pour reconnaître les mérites de M. Morel, il eut été heureux de lui apporter la croix de chevalier de la Légion d’Honneur[26]. N’en ayant plus à sa disposition, il lui promit de le faire figurer au tableau de la prochaine promotion.

Cette nouvelle est chaudement applaudie.

M. Mallarmé remet ensuite le diplôme d’officier d’académie aux collaborateurs dévoués du maire, M. Raoul Sergent, M. Girard, adjoints et M. Laquerrière architecte à Elbeuf, auxquels les convives témoignent leurs vives sympathies.

La rosette de l’Instruction publique est ensuite remise aux applaudissements de tous à Mme Guyot, ancienne institutrice et M. Gondard, d’Évreux, M. Guillermaux, de Saint-Marthe, Legendre de Poses, pour services rendues aux oeuvres post-scolaires, M. Pesqueux, de Saint-Georges-du-Vièvre, pour services rendus à l’art musical.

 

À l’Hospice[27]

Le Ministre et les autorités, en quittant les Établissements Morel se rendirent à l’Hospice où ils furent reçus par M. Ouin, président de la commission administrative et le Dr Hardy. Il visite l’établissement hospitalier dont il se plut à reconnaître la parfaite tenue puis devant le personnel il remit à la sœur Saint-André, supérieure, la médaille d’argent de l’Assistance publique.

À cette distinction qui récompense si justement de longs et dévoués services tous les habitants de Pont-de-l’Arche applaudiront.

Dans l’après-midi, la musique du 39e avait donné un concert très apprécié et très applaudi.

Le soir les arcs de triomphe s’illuminaient et on remarquait particulièrement le merveilleux effet des illuminations du monument aux morts auquel elles donnèrent un saisissant relief.

Un bal enfin, terminait dans la joie populaire cette belle fête. Tous se réjouirent que pas une ombre ne vint assombrir l’éclat de son succès et rendirent hommage pour sa parfaite organisation à ceux qui en furent les actifs artisans et reçurent la récompense méritée de leur dévouement.

Une quête faite au banquet par Mme Morel[28]pour la caisse des Écoles produisit 616 fr. 70. »

 

[1]André-Victor Mallarmé (1877-1956). Ministre du 8 novembre 1934 au 31 mai 1935. Une biographie sommaire du personnage se trouve dans le corps de texte (intervention du Dr Briquet).

[2]Maire de Pont-de-l’Arche pendant 15 ans (de 1930 à 1936 et de 1947 à 1953). Industriel de la chaussure, il possédait trois usines en 1934 dont une à Pont-de-l’Arche.  

[3]La maison notariale de Pont-de-l’Arche, par exemple, place Aristide-Briand.

[4]On lit encore le flottement dans l’appellation de cette fonction entre Instruction publique, forme ancienne, et Éducation nationale. Le nom d’Éducation nationale fut officialisé quand Jean Zay, député radical-socialiste d’Orléans, occupait ce ministère dans le gouvernement de Front populaire (5 juin 1936-21 juin 1937). 

[5]Cette instabilité ministérielle a d’ailleurs stigmatisé, dans les esprits, le régime parlementaire de la IIIe et de la IV République, régimes qui firent face à de grandes crises, qui en résolurent, mais qui succombèrent à d'autres (occupation, guerre d'Algérie). André-Victor Mallarmé faisait partie du huitième gouvernement depuis l’entrée en fonction du président de la République, Albert Lebrun…  le 10 mai 1932.

[6]De mars à décembre 1930.

[7]Gaston Doumergue, président de la République du 13 juin 1924 au 13 juin 1931.

[8]Pierre-Étienne Flandin (1889-1958). Président du Conseil des ministres du 11 novembre 1934 au 30 mai 1935.

[9]Qui se trouvait au bailliage jusqu’en 1968.

[10]Élu en 1931 face au candidat de la gauche républicaine : Louis Prémillieux, maire radical-socialiste des Damps. 

[11]Maurice Hervey (1855-1936). Conseiller général de Pont-de-l’Arche de 1901 à 1913. Sénateur de 1912 à sa mort, il fut vice-président du Sénat de 1925 à 1928.

[12]Membre du Parti républicain radical et radical-socialiste.

[13]Les statuts de cette association furent déposés en préfecture le 18 septembre 1896 par Eugène Ferrand, maire de la ville.

[14]Maurice Desdouits, curé de la paroisse de Pont-de-l’Arche de 1933 à 1945. Auteur de notes très instructives sur l’histoire de la ville. 

[15]Étrange compliment pour un homme issu d’un milieu modeste et qui réussit grâce à son travail et à la reconnaissance du régime républicain.

[16]À titre d’exemple, même au sein du parti radical, parti attaché à la France, le député Pierre Cot, s’exprimait ainsi : Nous rejetons le dogme de la souveraineté nationale parce que, jadis, ce dogme garantissait notre indépendance et il n’est plus, dans le monde moderne, qu’une survivance dangereuse (Le rajeunissement de la politique, p. 168). C’est au sein même du parti radical que se situait la ligne de partage entre les personnes plus attachées aux doctrines nationales, voire nationalistes, et celles qui restaient plutôt attachées à l’universalisme de la forme républicaine du gouvernement (excluant bien entendu l’internationalisme communiste). Cela explique pourquoi M. Briquet, tout radical qu’il soit, justifie les choix de M. Mallarmé alors que M. Mendès France ne les cautionne pas. Cette question de la priorité nationale ou sociale marquait nettement le clivage entre la droite et la gauche.

[17]L’usine de Charles Morel était située sur la route de Louviers. Cet homme se lança dans la fabrication de chaussons et de chaussures dès 1909 où il ouvrit sa première usine à Elbeuf. Il en ouvrit une deuxième à Igoville, en 1919, puis une troisième en 1929, à Pont-de-l’Arche. Ses fils prirent sa suite avant la fermeture définitive en 1968.

[18]Dénigrement très fréquent de nombreux journalistes de droite qui retiraient la moitié du nom de M. Mendès France. Ces journalistes estimaient que M. Mendès France ne devait pas porter ce nom car il avait une ascendance israélite. C’est ainsi qu’essayait de se venger la droite xénophobe et antisémite.  

[19]Louis Prémillieux, maire radical-socialiste des Damps de 1931 à 1935.

[20]Anthime Ferrandier, ancien maire, dont le nom a été donné à une rue.

[21]Qui fut membre de la Société d’études diverses de Louviers et sa région.

[22]Qui est compté parmi les précurseurs de la célèbre pédagogie de Célestin Freinet. C’est ainsi qu’on retrouve son nom dans les archives déposées au Centre International de Recherches sur l’Anarchisme, à Marseille, pour les années 1935-1936. Cet audacieux enseignement Freinet, un intérêt du moins, contredit donc tout à fait les " certitudes " du ministre qui faisaient des professeurs archépontains des promoteurs du patriotisme (http://www.freinet.org). M. Guérin eut de sérieux ennuis avec les élus conservateurs de Pont-de-l’Arche en raison de ses convictions politiques dont il eut le malheur de parler aux enfants en classe.

[23]Qui occupa ensuite la fonction de directrice de l’école des filles.

[24]Les positions du ministre reprennent fidèlement l’orientation prise par le Président du Conseil des ministres : celui-ci œuvrait pour une réforme des institutions alliée à une politique de trêve des partis. Attaché à la paix, tout en étant déterminé à défendre la France contre la menace hitlérienne, Pierre-Étienne Flandin mena avec son ministre des Affaires étrangères, Pierre Laval, une politique de rapprochement avec l’Italie et l’URSS et de resserrement des liens franco-britanniques.

[25]En effet, selon l’adjoint au maire, futur maire, " tous les enfants [se] coudoient [à l’école] sans distinction de naissance ou de fortune [afin] qu’ils s’habituent à s’y connaitre, à s’aimer. " Les enfants sont tous égaux, quoiqu’il existait à Pont-de-l’Arche – comme partout ailleurs – des écoles privées.

[26]Qu’il eut effectivement ainsi que la médaille du mérite et la médaille d’or du travail.

[27]À l’emplacement de l’EHPAD actuel de Pont-de-l’Arche, cet hospice en est l’ancêtre. Les bâtiments furent conçus par M. Marie, agent voyer de la commune, et l’hôpital fut inauguré en décembre 1900 par Eugène Ferrand, maire. 

[28]Qui quêtait aussi régulièrement pour la paroisse. 

 

Armand Launay

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 16:16

Les écoles de filles et de garçons étant devenues trop petites, le Conseil municipal de Pont-de-l'Arche étudia dès 1905 la possibilité de construire un groupe scolaire neuf... 29 ans avant son inauguration en 1934.

 

Ecole Max Machand 1

 

En 1877, l’école de filles accueillait jusqu’à 80 enfants dans une de ses 3 salles de cours (pour un total de près de 120 enfants). Le maximum autorisé par la loi étant de 40 enfants, la Préfecture imposa aux sœurs de ne plus accepter tous les enfants de 4 à 7 ans. Or, il n’y avait pas de salle d’asile, l’ancêtre de la maternelle, à Pont-de-l’Arche. Les garçons étaient 150 dans 3 classes au début du XXe siècle.

 

1905, naissance du projet

Sensibilisés par une étude d’Étienne-Alexandre Sorel, médecin et conseiller municipal, les élus ont souhaité mettre fin aux problèmes d’insalubrité des locaux et au manque cruel de place dans les salles de classe. C’est ainsi que naquit, en 1905, le projet de construire un groupe scolaire neuf en dehors du centre médiéval où régulièrement des enfants mouraient des épidémies de scarlatine, rougeole… 

En 1908, le maire, Maurice Delamare, chargea la commission des écoles de démarcher les entrepreneurs afin de créer une école neuve à Pont-de-l’Arche, pour les garçons et les filles. La municipalité choisit le terrain où est l’actuel groupe scolaire ; l’acte d’achat est signé en décembre 1912. Mais les devis de l’architecte rouennais Bourienne sont jugés trop onéreux (63 600 francs). Des plans sont cependant dressés : trois classes de garçons et trois de filles, chacune de 50 élèves, sont prévues dans un bâtiment en rez-de-chaussée situé le long de la rue. S’y ajoutent préaux, cours et toilettes distincts pour les enfants des deux sexes. Les instituteurs devaient être logés sur place, alors qu’on avait prévu d’installer les institutrices dans l’ancienne école de filles. Le cout global, accepté par le conseil, était évalué à plus de 80 000 francs. La Première Guerre mondiale éclata avant que le financement ne soit trouvé et reporta le projet d’école.

Ce n’est qu’en 1931, grâce à l’intervention de personnes influentes que le Conseil municipal put travailler efficacement à la construction d’un groupe scolaire neuf, le futur groupe Maxime-Marchand. 

 

1933, première pierre du futur groupe scolaire baptisé Maxime-Marchand en 1987

La première pierre fut posée le 5 novembre 1933, dans la rue Maurice-Delamare, et l’inauguration eut lieu le 25 novembre 1934 sous la présidence du maire, Charles Morel, accompagné du ministre de l’Instruction publique, André Mallarmé, et de très nombreuses personnalités politiques du département. Politique, le mot est lâché. Le financement d’un tel projet n’aurait pas été possible si les élus locaux n’avaient pas reçu l’appui de personnalités gouvernementales. Charles Morel, industriel de la chaussure, pouvait compter sur le sénateur Maurice Hervey, ancien vice-président du Sénat. Qui plus est, André de Fouquières, chef du protocole de l’Élysée, possédait une résidence secondaire aux Damps (route de l’Eure). Ce diplomate utilisa son carnet d’adresses en faveur du projet, ce qui explique l’inscription de son nom sur une des deux plaques commémoratives de l’école, alors qu’il n’exerçait aucun mandat. 

Ainsi ce n’est qu’en 1933-1934 que sortit de terre un grand édifice en style néo-normand, fruit du travail des architectes elbeuviens L. et R. Laquerrière, aussi auteurs de la maison notariale de Pont-de-l’Arche et divers édifices. C’était la première fois, hormis la gendarmerie, qu’un édifice public était construit en dehors de l’enceinte médiévale. 

 

Description architecturale et agrandissements

Le gros œuvre de ce groupe scolaire est composé de béton. Des pierres de parement ont été apposées sur les façades pour donner une esthétique normande au bâtiment. Le toit à quatre versants est recouvert de tuiles plates de pays et possède de larges lucarnes. La façade, outre la pierre de taille, présente des pans de bois en trompe-l’œil réalisés grâce à l’application d’une peinture sur quelques incisions sur ciment qui imitent les nervures du bois. Un arc en plein cintre surmonte la porte d’entrée. Sa présence est étonnante car il n’entre pas dans l’architecture traditionnelle locale que souhaitaient imiter les architectes Laquerrière. Face à l’entrée s’ouvre une vaste salle qui enveloppe le bureau de direction, deux salles de classe et, enfin, le préau protégeant les enfants des intempéries.

L’édifice a été conçu pour être confortable et esthétique à la fois. Deux maisons situées de part et d’autre de la cour d’entrée servaient de logements pour le directeur de l’école des garçons et la directrice de l’école de filles. C'est en 1963 que la séparation entre les garçons et les filles, la gémination, fut abolie. Il s’agissait d’équilibrer les effectifs mais aussi de répondre à l’évolution des mentalités pour qui cette division ne se justifiait plus sur le plan pédagogique. 

Deux belles plaques en marbre commémorent l’inauguration du groupe solaire.

Ecole Max Machand 3Ecole Max Machand 2

 

L’agrandissement du groupe scolaire est prévu dès 1951 pour remplacer les deux classes (une de garçons et une de filles) installées provisoirement dans un ancien bâtiment scolaire incommode, malsain et trop petit. De plus, l’école de filles accueillait une classe enfantine qui recevait les enfants de cinq ans, au nombre de 47. Derrière le premier bâtiment, les deux ailes séparées sont prolongées en 1957 et en 1962, dans le même matériau, alignant chacune quatre salles de classe le long d’un couloir. En 1994, une salle d'activité est créée dans le préeau central. Les vitres sont omniprésentes afin d’apporter le plus de lumière naturelle et les classes sont assez vastes pour que les enfants ne s’y entassent plus comme dans les anciennes écoles communales. 

 

Les préfabriqués, qui avaient servi de classes pour des élèves de primaire mais aussi les premiers collégiens, ont depuis disparu. Une salle de classe a été bâtie il y a quelques années entre les deux ailes du groupe scolaire afin d’accueillir, notamment, des enfants de l’école maternelle jusqu’à la construction d’une classe adaptée aux plus petits dans les locaux de l'école maternelle

 

Armand Launay

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 15:47

S’il existait des professeurs à Pont-de-l’Arche depuis le Moyen Âge, il a fallu attendre la fin du XVIIIe siècle pour que l’enseignement concerne de près ou de loin tous les garçons de la commune. Organisés par le diocèse et la municipalité, les premiers cours dont nous avons retrouvé la trace ont été donnés à partir de 1781 dans l’église du couvent Saint-Antoine (fermé en 1738). Situés à l'angle des rues Fichet et Jean-Prieur, les murs de ce couvent ont entièrement disparu.

Nous perdons trace de cette école par la suite. À partir de 1792, l’État commence à donner des directives plus précises pour inciter les communes à organiser une école. Celles-ci tentaient de fournir un local, elles rétribuaient le professeur et lui payaient toute ou partie de son logement. En 1803, une enquête révèle la présence de deux instituteurs et, à partir de 1818, on trouve également une sœur de la Providence qui donnait des cours aux filles de la commune. Elle bénéficiait, elle aussi, de l’aide municipale.

 

Croizat-Beauregard.JPG

 

La salle Ambroise-Croizat : première école dès 1818

En 1818, Julien Blin reconstruit l’ancien Hôtel-Dieu, vendu comme bien national en 1793, dont il ne reste que la Salle d'Armes. Il loge dans les nouveaux locaux l'instituteur et deux soeurs avant de le donner au Bureau de bienfaisance. Outre les logements, le bâtiment est aménagé en maison d’école. À la mort de l’instituteur, en 1832, le conseil municipal demande une école mutuelle qui permettrait de recevoir beaucoup plus d’enfants. 

Après le vote de la loi Guizot sur l’instruction publique (28 juin 1833), la commune de Pont-de-l’Arche, unie pour l’instruction aux communes voisines d’Igoville et des Damps, décide de réaménager le bâtiment, que le Bureau de bienfaisance accepte de céder à la commune, pour y accueillir tout à la fois les garçons et les filles. Les premiers élèves furent accueillis dans le logement du professeur avant les travaux de 1835 qui permirent l’ouverture de salles de classe adaptées à l’enseignement collectif, la création de deux cours derrière le bâtiment et un exhaussement de celui-ci pour loger les enseignants au-dessus des classes. Les garçons, dans l’actuelle salle Ambroise-Croizat, sont confiés à un instituteur (sans doute un Frère) et les filles, dans la salle devenue Beauregard, à deux sœurs de la Providence. Les enseignants sont logés à l’étage, alors mansardé. Ils bénéficient de la générosité de Mlle de Montalent qui offre une rente mensuelle de 1 800 francs pour subvenir à leurs besoins.

 

Vers 1860 : nouveau bâtiment pour l'école de filles 

Les locaux de la salle Ambroise-Croizat devinrent vite vétustes. En 1858, l’école de filles, qui accueillait 60 filles dans une salle de 6,25 m sur 5,5 m, était déclarée « insalubre ». Pour pallier ce problème, la mairie acquiert un logement plus grand à l’encoignure de la place Maréchal-Leclerc et de la rue du Petit Salut (au n° 9). La cour intérieure servit de cour de récréation et le parvis de l’église de champ d’exercice. Du coup, les garçons, enseignés maintenant par deux ou trois Frères de la Doctrine chrétienne, se retrouvèrent seuls dans l’ancien Hôtel-Dieu qui est réaménagé, en 1860, en particulier le premier étage, avec infirmerie, cuisine, réfectoire, parloir et oratoire.

 

Ecole de filles

 

Laïcisation de l'enseignement

Malgré un Conseil municipal plutôt conservateur, la laïcisation des écoles se fit très rapidement à Pont-de-l’Arche. En 1883, les Frères de l’école des garçons durent démissionner suite aux ordres de leur hiérarchie qui ne supportait pas les récentes réformes de Jules Ferry en matière de laïcisation des programmes scolaires. M. Grambert devint ainsi le premier instituteur laïc de la commune. L’école des filles se laïcisa en 1901 grâce à la nomination d’une nouvelle institutrice, Juliette Fortier. La même année 1901, une école religieuse est ouverte dans notre ville, l’école Saint-Charles, qui divisa par deux les effectifs de l’école publique.

 

Salles Ambroise-Croizat et Beauregard : description du bâtiment 

Érigé en 1818 par Julien Blin, et largement rénové à la fin du XIXe siècle, ce bâtiment est réalisé avec du matériau de pays, c’est-à-dire de petits moellons calcaires en remplissage. Quant au chainage, il est réalisé avec de la brique rouge locale car la production de ce matériau était devenue courante dans la région et les constructeurs avaient confiance en ce matériau pour réaliser la structure des bâtiments. C’est ainsi que les arêtes des murs et le haut des pignons sont réalisés en brique. Mais ce matériau a aussi servi de décoration comme on peut le voir aux jambages des fenêtres mais aussi aux bandeaux entre les étages. Quant au toit, il est composé de deux longs pans couverts de tuiles plates. Il porte les sirènes de la ville.

 Extension-Beauregard-1.JPG

L’arrière de la salle Beauregard présente aussi un intérêt architectural. En 1896, M. Revert, le nouveau directeur de l’école, demanda au conseil municipal de réaliser des aménagements afin d’agrandir les logements des enseignants. Ainsi Hubert Marie, architecte et agent voyer de la commune, proposa la création d’un escalier donnant sur la partie nord du bâtiment (sente de Beauregard). L’objectif était d’installer les logements des autres professeurs un peu plus loin que celui du directeur. Les travaux furent réalisés en 1897 comme en témoigne un millésime, situé du côté de la cour intérieure, qui cite Eugène Ferrand, maire de la ville.

 

Extension-Beauregard-2.JPG

Cet agrandissement témoigne d’un gout architectural prononcé. Le toit en pavillon, couvert d’ardoises, possède une très forte pente qui confère à ce bâtiment carré un aspect néogothique. Cette impression est renforcée par les meurtrières mais aussi l’accolade située au-dessus du linteau de la porte. Les linteaux situés au dessus des ouvertures imitent les nervures des décorations gothiques – sans la souplesse de leurs courbes – et intègrent des décors trilobés. L’angle des murs consiste en une chaine de refends réalisée en brique rouge. Quant au remplissage, il est composé au rez-de-chaussée d’une alternance de lignes de briques claires et de silex de pays. Le premier étage présente, quant à lui, un damier de ces mêmes matériaux. Quelques ancres viennent parachever ce riche appareillage de matériaux.

 

C’est en 1978 que le Conseil municipal présidé par Roger Leroux baptisa une salle du nom d’Ambroise Croizat (ministre communiste du travail de 1945 à 1947) et ce suite à la proposition de Gilbert Bonnetier, adjoint au maire et secrétaire de la section locale des mutilés du travail. Quant à la salle Beauregard, elle doit son nom à la proximité de la sente qui la jouxte.

Un escalier situé à droite de l’entrée de la salle Ambroise-Croizat permet de descendre vers la salle d’Armes qui était la cave de l’ancien Hôtel-Dieu.

Cette école servit uniquement de logements aux enseignants à partir de 1934 lorsque le groupe scolaire Maxime-Marchand fut ouvertDans l’après guerre, l’ancienne école de garçons accueillit aussi l’école ménagère agricole qui prodiguait une formation jusqu’au CAP. Puis elle servit de petite salle polyvalente.

 

Quant à l’ancienne école de filles, elle servit de logement aux institutrices avant d’accueillir la caserne de pompiers, après guerre, et d’être vendue à un particulier.

 

Sources

Registres de délibérations du Conseil municipal 

 

Armand Launay

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 15:14

Biographie de cet homme qui fut directeur du groupe scolaire de Pont-de-l'Arche, qui porte aujourd'hui son nom

Né le 16 février 1911 à Montaure et mort le 15 mars 1962 près d’Alger, Maxime Marchand est un humaniste, pédagogue et martyr du fascisme français.

 

Portrait Max Marchand

 

Lors du Conseil municipal du 10 mars 1987, Robert Redon proposa de donner le nom de cet homme au groupe scolaire de Pont-de-l'Arche, groupe dont il fut directeur, et ce afin de commémorer le 25e anniversaire de son assassinat. Cependant, la première marque d’attention à l’égard de Maxime Marchand revient à Marceau Lavallée, directeur d’école et conseiller municipal qui proposa au Conseil du 2 décembre 1964 de donner ce nom à la salle du 1er étage du préau. Une plaque fut posée.

Celui qui l’on appelle le plus souvent Max Marchand est né dans une famille modeste. Élève boursier du fait de son mérite, il devint instituteur en 1930. Malgré son service militaire en Algérie en 1931-1932, puis une mobilisation en tant que lieutenant en 1939 et un emprisonnement en Allemagne (1939-1945), Maxime Marchand gravit rapidement les échelons.

Il devint directeur d’école à Pont-de-l’Arche (1er octobre 1945-2 mai 1946), puis professeur à l’école normale de Rouen et inspecteur de l’école primaire (1948).

Il reçut sa mutation en Algérie française où, grâce à ses qualités relationnelles, il forma les instituteurs afin d’améliorer les pratiques pédagogiques. Il devint inspecteur de l’Académie de Bône, puis d’Alger (1961) avant d’assumer les fonctions de directeur des centres sociaux éducatifs d’Algérie (1962).

L’humanisme de Maxime Marchand se traduisit aussi par son militantisme : républicain, laïque, socialiste, franc-maçon et syndicaliste, il lutta contre les extrémistes et chercha à sauvegarder la paix. Il militait pour l’accès à la pleine citoyenneté des Français de souche algérienne afin qu’ils soient égaux aux métropolitains. Il dénonçait une « caricature de démocratie et de suffrage universel » où les Droits de l’Homme étaient bafoués.

Avec ses proches, il devint un symbole à abattre pour les ligues d’extrême droite. Bien qu’il reçût des menaces de mort et que sa maison fût dynamitée, le ministère tarda à lui accorder une mutation en métropole. Des activistes de l’Organisation de l’armée secrète (OAS) le fusillèrent lors d’une réunion avec ses collègues des Centres sociaux.

Ainsi, moururent avec lui le 15 mars 1962 : Mouloud Feraoun (chef du service des Centres sociaux d’Algérie), Robert Aymard, Marcel Basset, Ali Hamoutène, Salah Ould Aoudia  (inspecteur des Centres sociaux).

Comme beaucoup d’autres, ces hommes ont payé au prix de leur vie leur volonté de vivre fraternellement, quelles que soient les différences culturelles, vers le progrès.

Le nom de Maxime Marchand a été donné à divers établissements scolaires (Pont-de-l’Arche, Évreux, Louviers, Vernon, Le Loroux-Bottereau (44), Alger, Bône, Oran, Souk-Ahras, Theniet-el-Had…), rues (Montaure, Alger), salles (au ministère de l’Éducation nationale), diverses plaques commémoratives...

 

Source

Jouin Serge, Le Destin tragique de Maxime Marchand et l’Algérie, Saint-Nazaire : chez l'auteur, 1986, 138 pages.  

Plaque apposée sur la maison natale de Maxime Marchand au n° 5 de la rue Abbé-Toussaint, à Montaure.

Plaque apposée sur la maison natale de Maxime Marchand au n° 5 de la rue Abbé-Toussaint, à Montaure.

Armand Launay

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...