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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 13:31

 

Autres parties de l'étude : 

 

"Les Prussiens au Pont-de-l’Arche", texte du maire Prosper Morel-Dubosc

L'occupation de Pont-de-l'Arche par l'armée prussienne en 1870-1871

La guerre de 1870-1871 aux Damps et à Pont-de-l’Arche (conclusion)

 

 

Les premiers combats et la retraite française jusqu’en Normandie 

Dès les premiers combats (à partir du 19 juillet), l’armée française a essuyé des défaites qui lui firent perdre l’Alsace. Ce n’est pas qu’elle fût nettement moins puissante que l’armée allemande mais ses généraux commirent de nombreuses fautes stratégiques.

En effet, bien que l’armée impériale fût peu préparée et même moins bien organisée que celle de l’ennemi, elle était tout de même considérable et capable de résister. La bataille de Rezonville / Mars-La-Tour (16 aout) fut gagnée par 90 000 Allemands alors que le général Bazaine avait sous ses ordres près de 140 000 hommes. Un tiers des Français n’ont pas combattu ce jour là faute d’un commandement judicieux.

Le 2 septembre 1870, c’est Napoléon III en personne qui capitula avec une des plus grandes armées françaises à Sedan, où les Allemands les avaient encerclés et dont l’assaut final risquait d’être encore plus horrible. Cette date est le signe manifeste que les Allemands ont abattu l’Empire : l’Empereur est capturé, la France n’a plus d’armée régulière. La victoire leur semble acquise.

Or, ce qui n’était pas prévu, ce fut la proclamation de la république à Paris, le 4 septembre. Les Allemands étaient en route pour Paris, c’est pourquoi les républicains, pourtant rétifs à la guerre, mirent en place un Gouvernement de défense nationale. Ce dernier opposa une résistance étonnamment efficace mais pas assez pour imposer la souveraineté française. Le front de guerre se rapprochait inexorablement de Paris. La ville de Toul tomba le 23 septembre ; Orléans le 11 octobre (car le but des Allemands était d’assiéger Paris).

 Les troupes allemandes entrèrent en Normandie le 3 décembre et étaient déjà à Rouen le 5 décembre.

 

Prussiens.JPG

Des Soldats prussiens, photographie, Rouen, 1870.

 

   Les Prussiens aux Damps

Le début de la guerre ne semble pas avoir eu de répercussions sur la vie du village hormis la mobilisation de quelques hommes et des collectes de fonds comme l’atteste la délibération du Conseil Municipal du 30 octobre 1870 :

 Une circulaire de M. le Préfet de l’Eure, en date du 24 septembre 1870, concernant le renvoi momentané des militaires blessés ou malades dans leurs foyers ; aucun militaire de la Commune se trouvant dans le cas prévu, il n’y a rien à faire quant à présent. Une circulaire de M. le préfet de l’Eure, en date du 24 octobre 1870, demandant le concours en argent des communes pour l’achat d’armes et de munitions. M. le Maire complète cette communication en disant qu’une souscription qui a produit 55 francs ayant été ouverte par ses soins pour le même objet, il n’y a pas lieu de demander à la Commune de nouveaux sacrifices…

Cependant, la défense nationale n’ayant pas été à la hauteur, le front de guerre se rapprocha et dépassa Les Damps, vouant ainsi sa population aux exigences de l’occupant. Le document que nous allons utiliser est le témoignage de l’ancien Maire des Damps, M. Charpentier-Grandin, rapporté par M. Géfrotin (Cf. Bibliographie : pages 157 à 159) ce qui explique le ton assez neutre et dénué de spontanéité. 

Le… mercredi 7 décembre, vers trois heures de l’après-midi, une colonne, forte de 4000 hommes environ, sous les ordres du général Strubberg, vint de Rouen pour s’installer à Pont-de-l’Arche.  Comme il était impossible de loger tout ce monde, trois bataillons allèrent s’établir, l’un à Alizay, l’autre à Criquebeuf et le troisième aux Damps. Cette dernière commune, de 300 habitants, ne pouvait se faire à l’idée que cette masse d’hommes et de chevaux qui s’avançait le long de la Seine allait s’abattre sur elle.

Bientôt, néanmoins, le doute ne fut plus possible, car la tête de la colonne fit halte devant la mairie. Le commandant, sans descendre de cheval, demanda le maire, comme d’habitude. M. Charpentier-Grandin, qui était présent, s’avança, et il s’établit entre eux le dialogue suivant : 

 

LE COMMANDANT. – Nous devons stationner ici.

LE MAIRE. – Mais c’est impossible ; car vos hommes ne sauraient y trouver ni logement, ni nourriture.

LE COMMANDANT. – Il nous faut 500 kilogrammes de viande.

LE MAIRE. – Mais nous n’avons pas de boucher.

LE COMMANDANT. – Vous avez des vaches et nous avons des bouchers. Donnez-nous deux vaches.

Il nous faut, en outre, 500 kilogrammes de pain.

LE MAIRE. – Mais nous n’avons pas de boulangers. Les habitants s’approvisionnent à Pont-de-l’Arche, et, cette ville étant elle-même occupée, ils ne trouveront rien.

LE COMMANDANT. – C’est bon. Vous avez de la farine, cela nous suffira, et, si ça ne se trouve pas, mes hommes chercheront. Il nous faut aussi 100 bottes de foin et 12 litres d’avoine par cheval. Nous en avons 43.

LE MAIRE. - Mais…

LE COMMANDANT. – C’est bien. 

 

Le vocabulaire des réquisitions était à peine épuisé que presque tous les hommes étaient casés : 100 dans une maison [vraisemblablement dans la Gentilhommière], 30 ou 40 dans une autre, et chez les plus pauvres 10, 12, 15.  

M. Charpentier-Grandin, qui n’avait pas prévu qu’il aurait cent convives affamés à traiter, et qui ne pouvait les satisfaire sur l’heure, vit sa maison presque pillée et sa cave vidée en un instant. Cela se passait en sa présence, sous les yeux des officiers, qui laissaient faire. Les soldats enlevaient jusqu’aux rideaux de laine de la salle à manger, et les déchiraient par bandes pour se faire des cache-nez !

Pendant ce temps, les réquisitions pleuvaient ; les habitants, ahuris et manquant de tout, accouraient se plaindre. C’était un tableau navrant. La même chose à peu près se produisit à Alizay.

Pont-de-l’Arche fut moins maltraité, comparativement, parce qu’il offrait plus de ressources".

  

En quoi consistaient ces réquisitions et leur montant était-il plus important, en proportion, que celui qui fut perçu à Pont-de-l’Arche ? C’est ce que nous allons aborder grâce aux délibérations du Conseil municipal.  

 

Extraits de délibérations du Conseil municipal des Damps    

Le 18 novembre 1870

 M. le Maire expose que le mercredi 7 et le jeudi 8 novembre 1870 la Commune a eu à loger et à nourrir, pour deux jours, le 2ème bataillon commandé par le Major Von der Mosel, du 28ème régiment de ligne des armées prussiennes, soit environ 960 hommes et 43 chevaux, selon la déclaration du commandant ;

Que cette occupation considérable, qu’on aurait pu croire impossible eu égard au petit nombre de maisons agglomérées (environs 48), les seules qui aient été requises par les soldats pour leur logement, et le peu de ressources que présentaient la plupart, il en est résulté un préjudice important, soit à cause des réquisitions opérées, soit à cause des pertes éprouvées par les habitants ;

Que, pour la conservation des droits de tous, il propose de faire dresser un état estimatif des réquisitions faites ; de faire estimer la dépense de nourriture pour chaque homme… et de demander aux habitants de remettre un état détaillé de toutes les pertes qu’ils ont éprouvées, en outre de la nourriture et du logement.

Que pour faire ce travail estimatif des réquisitions faites et de celles qui pourraient avoir lieu plus tard (puisque la contrée est sans cesse occupée par les troupes ennemies)… il y a lieu de nommer une commission qui s’entourera de tous les renseignements nécessaires puis fera son rapport sur lequel il sera établi par le Conseil ce qu’il appartiendra.

 

Le 15 janvier 1871

Exemple de denrées réquisitionnées et / ou consommées sur place par les Allemands : vaches, poules, bottes de foins, avoine, blé, bijoux, draps, serviettes, barrique de vin, chemises, lapins, eau de vie, sucre, café, bas de laine, beurre, argent, bois à brûler, bottes de luzerne, pommes de terre, bottes de seigle, sel…

 

Le 26 février 1871

 Le 15 février courant, il a été requis par les Prussiens et par l’entremise de M. le Maire 4 hectolitres d’avoine qui ont été fournis par M. Lange…

Que du 20 au 21 courant les habitants de la Commune ont donné la nourriture et le logement à 140 hommes et 140 chevaux composant la 2ème batterie de l’escadron Munich du 1er régiment d’artillerie de l’armée allemande.

 

Le 19 mars 1871

 Pertes d’argent dues à la présence allemande : 

Impôts perçus par le Trésor allemand : 174,2 francs.

Valeur des objets mobiliers enlevés : 4500 francs.

 

 

Les documents que nous avons parcourus ont mis en évidence l’importance des réquisitions, par rapport à la petitesse du village mais aussi leur étendue. En effet, les troupes ennemies ne sont pas contentées de prendre les dentées vitales, elles se sont aussi attelées au vol des biens monétaires et mobiliers. Il en ressort que l’estimation des pertes donne un total de près de 4700 francs. Comparée à l’estimation dressée à Pont-de-l’Arche, cette somme est effectivement colossale car cela revient à dire que chacun des 280 Dampsois s’est vu réquisitionner la valeur de 38 francs alors que chacun des 1640 Archépontains a, lui, perdu, 24 francs. 

Cette importance du montant des réquisitions est dû au fait que la commune des Damps était enfermée dans le périmètre du pont de Pont-de-l’Arche, placé sous la haute protection des troupes allemandes. C’est ce que nous montre clairement la carte du livre de M. Géfrotin. Des tranchées ont été creusées à hauteur des Damps ainsi que de la forêt et de la route d’Elbeuf car les Allemands, prévoyants, redoutaient un éventuel retour des Mobiles français. La défense du pont était aussi renforcée par des postes de gardes allemands dans les maisons de la place Briand, à l’entrée de la rue de Paris (rue Roosevelt, aujourd’hui) mais aussi dans l’Hôtel de Normandie et dans la zone du Fort, à Igoville, où les envahisseurs avaient levé à la hâte un camp fortifié. 

Par conséquent, Les Damps connut une occupation permanente, pour garder les lieux, et une intrusion passagère mais continue de troupes en mouvement qui passaient par le pont de Pont-de-l’Arche.

Cependant, comme chaque village qui eut à subir des dommages de guerre, Les Damps put bénéficier de dédommagements de l’Etat, comme en témoignent les délibérations suivantes.

 

Le 26 avril 1871

M. le Maire soumet un nouveau questionnaire relatif à l’occupation prussienne et qui a été adressé de l’Assemblée nationale par le Président de la Commission des départements envahis…

  

Le 28 janvier 1872

M. le préfet a fait savoir à M. le Maire que le Ministre de l’Intérieur a accordé la somme de 100 millions de francs, "approuvée par la loi du 6 septembre 1871, à titre de dédommagement provisoire pour réquisitions et dommages causés par l’invasion allemande en 1870–1871. 

 

Le 21 juin 1874 

Dernier versement aux Damps des indemnités de guerre.

 

Vers la fin de la guerre. Bien que les troupes allemandes se soient retirées de la région de Pont-de-l’Arche dès le début du mois de mars, tout le territoire n’était pas libéré et les autorités ennemies demandaient à la France le paiement d’une « indemnité » de guerre de près de 5 milliards de francs (correspondant à peu près à 100 milliards de francs nouveaux et 15 milliards d’euros). Une souscription publique fut alors lancée dans le pays afin de libérer le territoire national. Elle put très rapidement fournir le montant exigé ce qui éveilla le regret, parmi les dirigeants allemands, ne n’avoir pas demandé un montant plus grand encore. La délibération suivante témoigne parfaitement de la situation. 

 

Le 18 février 1872

Souscription patriotique pour la libération du territoire français. M. le Maire ne doute pas que l’œuvre dont il s’agit ne réussisse aux Damps. Les habitants qui ont subi les misères et les hontes de l’occupation étrangère comprendront mieux qu’aucuns le triste et douloureux sort réservé à leurs compatriotes du Nord et de l’Est qui gémissent encore sous la domination prussienne.

 

Sources

- Géfrotin A., L’Arrondissement de Louviers pendant la guerre de 1870–1871, Louviers, 1875, 268 pages.

- L’Elbeuvien du 20 mars 1918.

- Merlier M. (sous la dir. de), La Guerre de 1870-1871 en Haute-Normandie, Rouen, CRDP, 1972, 233 pages.

- Roth F., La Guerre de 1870, Paris, Hachette, 1993, 778 pages.

- Pessiot G., Histoire de Rouen 1850-1900 en 500 photographies, Rouen, Editions du P’tit Normand, 1981, 289 pages. L’illustration de cet article est extraite de la page 61 de ce livre.

Armand Launay

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 17:41

Naissance de la ville : raisons militaires 

Fort-en-869--Haywood- 

La ville de Pont-de-l’Arche est née après la construction de fortifications militaires bâties sur le territoire du village des Damps. Un pont de bois fut jeté sur la Seine, à partir de 862, et protégé par deux forts, de part et d'autre du fleuve. Le chantier de ces défenses, qui marqua le règne de Charles II, dit le Chauve, fut décidé et officialisé lors des plaids de Pîtres. Vers 873, le pont et les deux forts semblent avoir été achevés. Ils servirent notamment en 885 lors d'une offensive générale des "hommes du Nord", ayant pour but le siège de Paris. Le pont "de l'Arche" (c'est-à-dire "de la forteresse") servit à retarder l'avancée des Normands. Ceux-ci mirent quatre mois à gagner Paris depuis l'embouchure de la Seine. Cependant, les rois des Francs peinaient à mobiliser pleinement les troupes de leurs vassaux. Ainsi le fort de Pont-de-l'Arche a très certainement manqué d'hommes de garnison : Guillaume Caillou, moine qui tint les chroniques de Jumièges, se rappela un siècle et demi plus tard, et ce malgré de nombreuses imprécisions, que des renforts francs vinrent aux Damps pour renforcer la garnison du pont de l'Arche. En vain, donc.

On perd ensuite le fil de l'histoire durant le laps temps où s'articula le basculement de pouvoir des rois francs aux ducs de Normandie. Que devinrent le pont et la ville après 911, date de naissance de la Normandie ?

Toujours est-il que la paroisse de Pont-de-l'Arche apparaît dans une charte de Richard II, en 1020, qui accorde à l'abbaye de Jumièges de nombreux droits spirituels mais surtout financiers (notamment sur le trafic fluvial).

La ville semble s'être développée autour du pont, ouvrage nécessitant le montage des bateaux et offrant la possibilité de percevoir des droits de passage. Développement d’une place forte : l’enjeu de la lutte entre les rois d’Angleterre et de France.

 

Pont-de-l'Arche apparait ensuite bien plus clairement dans les archives lors des luttes entre Richard Coeur de Lion, duc de Normandie et roi d'Angleterre, et Philippe II Auguste, roi de France. Richard Cœur de Lion fit rénover le pont de la ville et donna les moyens nécessaires à la fondation de l'abbaye de Bonport (deux kilomètres de Pont-de-l'Arche). Dans les luttes entre les deux monarques, le château du Vaudreuil fut rasé ce qui, lorsque le roi de France reprit possession de la Normandie, facilita le choix de Pont-de-l'Arche comme chef lieu militaire local. En effet, Philippe Auguste fit de Pont-de-l’Arche son principal lieu de résidence en Normandie. Il dota la ville d'une prévôté et la fit fortifier par des remparts en pierre encore visibles de nos jours. Il en fit de même pour le fort de Limaie, situé de l’autre côté du pont, rive droite, dont il bloquait l’accès. Ce fort était doté d’une tour philipienne qui constituait un observatoire idéal sur la circulation fluviale et le montage des bateaux. Les atouts géographiques, alliés aux atouts militaires, firent que la ville devint un relai du pouvoir royal. 

 

Rôle de Pont-de-l’Arche dans la maitrise territoriale et la police intérieure

L’assise militaire de la ville présentait de nombreux avantages, tant pour la maitrise territoriale face à l’éventuels envahisseurs que pour la police intérieure au royaume. Pont-de-l’Arche permettait la maitrise de la circulation fluviale et, donc, l’approvisionnement de Rouen, ville qui pouvait tomber entre des mains ennemies. C’est pourquoi notre cité fut un enjeu lors des combats qui opposèrent les rois d’Angleterre aux rois de France durant la guerre de Cent ans. Ainsi Henri V, roi d’Angleterre, se rendit maitre de Pont-de-l’Arche en 1418. La ville connut ainsi une occupation anglaise jusqu’en 1449. En 1346, Édouard III ne put prendre Pont-de-l’Arche et poursuivit sa chevauchée vers Mantes. Qui plus est, la ville offrait une base arrière idéale en vue d’une attaque de la capitale haut Normande :

- en 1481 Louis XI établit un vaste camp dans la vallée située entre Pont-de-l’Arche et Pont-Saint-Pierre. Ce camp aurait accueillit une armée de près de trente mille hommes afin de reprendre Rouen puis toute la Normandie. C’est ici que furent créées les célèbres « bandes de Picardie », ancêtres de l’infanterie française.

- en 1589, les troupes d’Henri IV, qui assiégeaient Rouen, étaient ravitaillées depuis Pont-de-l’Arche. Précisons que le gouverneur de la ville, Leblanc du Rollet avait, parmi les premiers, ouvert les portes de la ville à Henri IV, roi contesté. La tradition orale narre que ce monarque avait gratifié, en remerciement, les armes de la ville des trois fleurs de lys royales. Cependnat, la ville étant un plein fief royal, ces lys ne sont pas surprenant. La ville blasonne depuis : de sable au pont d’argent maçonné de sable, au chef cousu d’azur chargé de trois fleurs de lys d’or.

Bastille excentrée de Rouen, Pont-de-l’Arche était une base de repli en cas de révolte du peuple normand. C’était une place de sûreté dans la mesure où il n’y avait pas assez d’habitants ici pour impulser une révolte dépassant les forces de police locales. De plus, maitriser la ville ne suffisait pas : il fallait encore prendre d’assaut le fort de Limaie, de l’autre côté de la Seine. Pont-de-l’Arche était donc, pour des raisons de police intérieure, de maitrise du territoire en cas de guerre, une place stratégique :

- c’est ainsi que des protestants rouennais assiégèrent la ville, en 1562, avec 6 pièces d’artillerie en espérant y faire un butin. Ils s’en prirent directement au pouvoir royal, mais en vain car la ville était restée fidèlement catholique.

- en 1650, la Fronde renversa l’utilité des fortifications de la ville : Le duc de Longueville utilisa la garnison et le château contre le pouvoir royal. Le comte d’Harcourt, qui protégeait le voyage du monarque en Normandie, reçut l’ordre d’investir la place. Il vint camper auprès de ses murs avec l’aide des habitants qui avaient pointé trois canons contre le château, de l’autre côté de la Seine. Le duc de Longueville se servit de cette place forte comme un argument supplémentaire pour négocier la paix avec le roi. Les remparts de Pont-de-l’Arche étaient devenus une arme pour d’éventuels insurgés. Le parlement de Normandie et le peuple de Rouen demandèrent à plusieurs reprises leur démantèlement. Cependant, les nobles qui percevaient des droits sur la ville négocièrent le maintien des fortifications. Elles ne tombèrent en désuétude qu’à la fin du XVIIIe siècle.

 

 

Pont-de-l’Arche et la convoitise des privilèges royaux sous l’Ancien régime

Les ambitions n’étaient pas rares qui se tournaient vers Pont-de-l’Arche. La ville comptait de nombreuses charges qui attiraient les convoitises :

- la charge de gouverneur de la ville (police militaire locale) : les plus grands nobles qui obtinrent du roi les droits de gouverneur de la ville furent Concini, maréchal d’Ancre et allié de Marie de Médicis, Albert de Luynes, Jean-Baptiste d’Ornano, Richelieu.

- quatre tribunaux : le tribunal de première instance (le bailliage), la perception des tailles (le tabellionnage), le grenier à sel (sa vente était un monopole d’État) et l’administration des eaux et forêts. Ces tribunaux attirèrent de nombreux officiers royaux dans la ville ;

- les droits mineurs (droits de passage sur le pont, droit de halle, droit d’octroi…).

Il résultait de ces charges un déséquilibre : outre une fabrique de drap qui ne dura qu’un temps, la ville de Pont-de-l’Arche ne connaissait aucune industrie qui nourrît les 1700 habitants que comptait la cité à la veille de la Révolution française. Elle n’en était pas moins le chef-lieu de l’administration locale.

 

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La Révolution française et l’Empire ou la fin des privilèges

La Révolution française remit les pendules l’heure en faisant de Louviers le chef-lieu de l’administration locale : le rôle militaire de Pont-de-l’Arche avait cédé depuis longtemps le pas aux gains issus de l’industrie manufacturière de Louviers, ville bien plus peuplée. En 1790, Elbeuf ne fut pas compris dans le nouveau département de l’Eure à cause du refus de Louviers de cohabiter avec son concurrent drapier. Ces deux villes locales purent donc toutes les deux devenir des chef-lieu de circonscription. Hormis un juge de paix et une municipalité, Pont-de-l’Arche perdit toute fonction administrative. Durant la Révolution, les nouvelles municipalités archépontaines connurent les mêmes disputes que celles qui déchiraient les nobles d’avant la révolution. Néanmoins, celles-ci étaient publiques. Après 1792, les républicains avancés prirent le dessus de la politique locale. Alexandre de la Fleurière fut maire de la ville. Il fut chassé par la réaction thermidorienne de 1795. Les principaux problèmes que connut la ville durant cette période concernent les altercations entre les régiments de l’armée révolutionnaire et les habitants les plus attachés au culte catholique. Ils concernent aussi, et surtout, la famine. Celle-ci était aussi atroce que partout ailleurs à cela près que des habitants de la ville, depuis de longs siècles, montaient les bateaux sous le pont. Ils tiraient donc les bateaux de blé destinés à la population de Paris mais le ventre vide ! sans même pouvoir manger de quoi refaire leurs forces. C’est ainsi qu’ils arrêtèrent de travailler et qu’ils prirent du blé dont étaient chargés les bateaux… avant que l’armée ne les réprime. Napoléon Bonaparte, qui passa deux fois par Pont-de-l’Arche, comprit ce danger pour la police intérieure et fit bâtir une écluse, inaugurée en 1813. Celle-ci permettait de se dispenser de la main d’œuvre locale tout en faisant acheminer le pain qui apaisait le peuple et évitait ainsi d’éventuels mouvements insurrectionnels parisiens. Rappelons que le peuple en armes avait fait changer le cours de la Révolution à plusieurs reprises déjà (la déchéance du roi, la répression des girondins…). Le début du XIXe siècle fut une période de misère pour la ville. Il n’y a guère d’événements si ce n’est l’occupation prussienne en 1815. Notons la présence d’une loge franc-maçonne et la création de la gare Alizay-Pont-de-l’Arche en 1843.

 

 

La révolution industrielle : l’industrie du chausson et de la chaussure

La révolution industrielle a touché le pays : l’industrie du chausson s’est développée qui a apporté un travail très faiblement rémunéré aux habitants de la proche région. Les chaussons, d’abord réalisés dans les foyers des ouvriers, furent ensuite fabriqués dans des usines construites dans les ruelles médiévales de la ville à partir de la moitié du XIXe siècle. Cette industrie se propagea et, dans l’entre deux guerres, une vingtaine d’usines existaient qui employaient plusieurs milliers de personnes. La fabrique du chausson, puis de la chaussure après 1900, n’apporta de richesse qu’à ses propriétaires, dont les belles villas sont encore visibles de nos jours dans les faubourgs de la ville. La prise de conscience aidant, les ouvriers de la ville se mirent en grève en 1900, 1932, 1936 et 1954… afin de maintenir, voire d’améliorer leurs salaires.

 

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Guerre et destructions

La ville connut l’occupation prussienne en 1870 à cause de son pont, qui faillit être dynamité. Elle accueillit un camp de l’armée britannique entre 1915 et 1920. Elle connut les combats entre les panzers de Rommel et les armées française et anglaise en 1940. Ses ponts furent une des principales cibles locales des bombardements aériens de la Seconde Guerre mondiale. Toutefois les bombardements n’ont pas fait disparaitre le patrimoine architectural de la ville : l’église gothique du XVIe siècle, les maisons à pans de bois de la fin du Moyen Âge et de l’Ancien Régime, le bailliage du XVIIIe siècle principalement, la maison du gouverneur (XVe siècle ?), les remparts (XIIIe siècle), le manoir de Manon…

 

 

Personnalités

Le dernier des ponts de la ville fut inauguré en 1955 par Pierre Mendès France qui était alors président du Conseil mais aussi conseiller général du canton de Pont-de-l’Arche. Pont-de-l’Arche a aussi accueilli des personnalités lettrées : Octave Mirbeau, écrivain, Jules Massenet, compositeur, Jacques-Henri Lartigue, photographe. Mais la plus grande gloire de la cité est Eustache-Hyacinthe Langlois (1777-1837), enfant du pays, qui était archéologue, artiste dessinateur, nouvelliste... Cet homme participa au lancement de l’étude du patrimoine médiéval normand. Il fut instigateur du musée des antiquités de Rouen et fut aussi professeur à l’école des beaux-arts. De nombreuses amitiés culturelles se mobilisèrent pour honorer sa mémoire et financèrent un buste (disparu) et un médaillon à Pont-de-l’Arche. Les élus de Pont-de-l’Arche donnèrent son nom à la place principale de la cité.

 

Le-marche

 

Croissance démographique et développement des services publics depuis 1945

Depuis la Seconde Guerre mondiale, la ville connait une très grande croissance démographique suite aux nombreux projets immobiliers qui accueillent une population désireuse de vivre dans un cadre de vie agréable. Située entre l’Eure, la Seine et la forêt de Bord, la ville de Pont-de-l’Arche est très proche des pôles d’emplois que sont Rouen, Val-de-Reuil et Paris, facilement accessibles depuis la construction de l’autoroute A 13 en 1967. Les municipalités, généralement situées à gauche de l’échiquier politique, ont donc depuis accompagné le développement des services publics définis par l’État en faisant face, de plus, à la croissance démographique propre à la ville (écoles, crèches, infrastructures sportives, voirie). Pont-de-l’Arche compte aujourd’hui plus de 4200 habitants. La ville fait partie, depuis 2001, de la communauté de communes Seine-Eure, qui réunit les municipalités de la région de Louviers et de Val-de-Reuil.

 

Armand Launay

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 13:48

Dans une délibération du Conseil municipal de Pont-de-l’Arche du 16 juillet 1937, le maire conservateur de la ville se défend d’une attaque d’un journal local.

  

Il a récemment accueilli des réfugiés républicains espagnols mais dans de bonnes conditions. Il fut prévenu par téléphone (à 15 h 30 min) de l’arrivée imminente des républicains. Il fit balayer la salle des fêtes, s’entendit avec l’hospice pour préparer le repas du soir. Les réfugiés arrivèrent à 17 h. Leur identité fut contrôlée. Le maire fit appel à la population pour obtenir la literie et quelques places d’accueil.

 

Le lendemain, il fit aménager une salle de l’ancienne école de filles pour y loger les Espagnols. Le nécessaire de toilette fut acheté. L’on apprend qu’une somme en espèces fut remise grâce au don de M. Numa Parra. Un nouvel appel à la population fut lancé : M. le curé et M. Prunier, conseiller municipal, y répondirent.

 

«  M. le maire ne permet à personne de douter des sentiments humanitaires de ses amis et de lui-même parce que chrétiens, ayant horreur de la guerre et encore plus de la guerre civile, il n’a pas demandé à ces réfugiés de quelle côté de la barrière ils étaient, pour lui ce sont des êtres humains qui ont droit à toute la commisération possible. En tout cas, il se tient à la disposition des calomniateurs pour s’enquérir auprès de ces malheureux, s’ils ont été contents et satisfaits du bon accueil qui leur a été réservé. » 

 

 

drapeau-Espagne.gif

 

En una deliberación del consejo de la ciudad de Pont-de-l’Arche del 16 de julio de 1937, el alcalde de derecha se niega de un ataque de un periódico local. Él acomodó recientemente a refugiados republicanos españoles pero en buenas condiciones. El alcalde fue informado por teléfono a la tres y  30 minutos) de la llegada inminente de los republicanos. Él hizo barrer la sala de actos, se puso de acuerdo con el hospicio para preparar la comida de la tarde. Los refugiados llegaron a las cinco de la tarde. Su identidad era controlada. El alcalde invitó a población para obtener el juego de cama y algunos lugares de la recepción.

 El día siguiente, hizo acondicionar una sala de la antigua escuela de chicas para alojar a los Españoles. El estuche de tocador fue comprado. Sabemos que una suma en metálico fue devuelta gracias al don de Sr. Numa Parra. Un nuevo llamamiento a la población fue lanzado: el cura de la parroquia y Sr. Prunier, consejal, respondieron a eso. "El alcalde no le permite a nadie no fiarse de sentimientos humanitarios de sus amigos y de sí mismo porque cristianos, detestando la guerra y todavía más guerra civil, no preguntó a estos refugiados de cuál lado de la barrera eran, para él son seres humanos quienes tienen derecho a toda la conmiseración posible. En todo caso, el alcalde está a la disposición de calumniadores para inquirir cerca de estos desgraciados si estuvieron contentos y satisfechos de la buena acogida que ha sido reservada para ellos. "

Armand Launay

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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 17:49

THE COMMON POINTS ONE CAN FIND WHEN COMPARING THE ENGLISH LANGUAGE TO THE NORMAN LANGUAGE

P. 3


WHEN ENGLISH HISTORIANS SET OUT IN QUEST OF THE FIRST CASTLE ERECTED IN LES DAMPS (9TH CENTURY)

P. 11

 

RICHARD THE LION HEART AND PONT-DE-L’ARCHE

P. 13

 

WILLIAM OF PONT-DE-L’ARCHE : A COURTIER IN HENRY 1ST BEAUCLERC AND STEPHEN OF BLOIS’ COURTS

P. 14


PONT-DE-L’ARCHE AND THE HUNDRED YEARS WAR: 31 YEARS OF ENGLISH OCCUPATION

P. 15


THE BRITISH CAMP DURING THE FIRST WORLD WAR: THE ROYAL FLYING CORPS IN LES DAMPS AND PONT-DE-L’ARCHE

P. 21

 

WILLIAM TURNER (1775-1851) AND DAWSON TURNER (1775-1858) IN PONT-DE-L’ARCHE

P. 24

 

 

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Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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23 avril 2006 7 23 /04 /avril /2006 00:27

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  • : Pont de l'Arche histoire, patrimoine et tourisme
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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au cœur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

- Mieux connaitre Pont-de-l'Arche à travers 150 noms de rues et de lieux ! (Autoédité, 2019, 64 pages). 

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte.

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