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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 17:35

Entre le Lotissement de la Forêt et la rue Charles-Michels, quelques rues traversent le Pont-de-l’Arche de 1900. La brique rouge y est reine et rappelle la première construction d’Habitations à loyer modérée (HLM), appelées Habitations à bon marché (HBM) avant 1949. Elles furent instituées par la loi Siegfried du 30 novembre 1894 qui prévoyait des défiscalisations contre la mise à disposition de logements sociaux...

 

P1090753

La rue Docteur-Sorel, 2013 (photo A. Launay)

 

L’initiative revint à Maurice Hervey, sénateur républicain modéré (droite), de fonder et présider la « Société anonyme des habitations à bon marché » (SAHBM), visant à construire des logements pour les ouvriers. A ses côtés, Léon Bataille, maire républicain de gauche de Pont-de-l’Arche (1900-1902), était administrateur. Etienne-Alexandre Sorel, conseiller municipal royaliste, était administrateur délégué. La SAHBM récolta 30 000 francs nécessaires aux constructions de logements dont le nombre nous est inconnu. Parmi eux, Henri Désiré de Subtil de Lanterie, homme d’église, offrit 2 000 francs. Autre bienfaiteur, Emile Lenoble, propriétaire de Bonport, permit à la ville de creuser un puits artésien sur un de ses terrains. 

Sous la présidence d’Anthime Ferrandier, le Conseil municipal du 13 avril 1921 honora Etienne-Alexandre Sorel et Emile Lenoble en donnant leurs noms à des voies. Il en fut de même pour Maurice Hervey le 4 mars 1931 sous la présidence de Charles Morel. Le 21 mars 1934, le nom d’Henri Désiré de Subtil de Lanterie était donné à une voie sans rapport avec les constructions de la SAHBM auxquelles il avait prit part. Léon Bataille, le seul personnage réputé de gauche parmi les bienfaiteurs de la SAHBM, est aussi le seul à n’avoir pas été honoré de son action.

 

Leon-Bataille--1909-.JPG

Léon Bataille, maire de Pont-de-l'Arche de 1900 à 1902,

fut administrateur de la SAHBM. Ici dans sa propriété de la Folie-Vallée en 1909.

 

Henry Prieur, industriel du chausson et de la chaussure avait déjà fait bâtir des logements ouvriers dans une rue qui, depuis, porte son nom. Cependant, c’est bel et bien la SAHBM qui a porté le premier projet « public » de Pont-de-l’Arche.

Si les maisons n’ont pas été construites côte à côte, dans un même espace, la cohérence de leur architecture saute aux yeux et permet de les retrouver dans les différentes rues concernées. Il s’agit de demeures rectangulaires à un étage plus un étage de comble. Elles sont réalisées en brique. Toutefois, le remplissage de certaines constructions des rues Maurice-Hervey et Docteur-Sorel est réalisé de moellon calcaire scié du plus bel effet. Toutes sont couvertes d’ardoises sur toits à deux pans. Nombre de façades sont aujourd’hui couvertes de crépit masquant leur beauté. Certaines maisons sont mitoyennes (rue Emile-Lenoble et rue Olivier-des-Bordeaux si on peut attribuer les maisons de cette voie à la SAHBM) mais toutes ont une cour destinée au potager. C’est ainsi que ces édifices sont construits près de la rue afin de laisser un espace exploitable côté cour. Côté décoration, d’élégantes séries de croix grecques ornent les façades des murs gouttereaux. Souvent, des losanges de brique ornent les allèges du premier étage. Le nom de l’architecte à l’origine de ces réalisations nous est malheureusement inconnu.  

 

P1090751.JPG

Une demeure de la SAHBM restée dans son jus dans la rue Maurice-Hervey, 2013 (photo A. Launay)

 

Sources

Délibérations du Conseil municipal

 

Avec nos remerciements à Daniel Hector Costa 

 

Armand Launay

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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 13:30

Autrefois appelée « rue Nouvelle », cette voie fut rebaptisée lors du Conseil municipal du 21 mars 1934, sous la présidence de Charles Morel, où les élus argumentèrent que M. l’abbé de Lanterie était un « bienfaiteur [qui] a offert un puits à tout le quartier des HBM ».

Henri Désiré de Subtil de Lanterie est né à Pont-de-l’Arche le 1er décembre 1840 et décédé à Pont-de-l’Arche le 16 novembre 1925. Il est le fils de Marie-Auguste de Subtil de Lanterie, propriétaire de la Tour de Crosne. Il fut ordonné sous-diacre en 1869 et diacre en 1870. En 1872, il devint prêtre de Saint-Sulpice. 

Avec le vicaire Emile Chevallier, Henri Désiré de Subtil de Lanterie était le plus proche collaborateur de Pierre-Octave Philippe, curé-doyen de Pont-de-l’Arche, depuis 1903. Henri Désiré est nommé chanoine honoraire de la paroisse de Pont-de-l’Arche le 14 octobre 1911.

En offrant 2 000 francs, il permit d’approfondir un puits de 20 mètres supplémentaires. C’est ainsi qu’il devint l’un des principaux contributeurs d’une société philanthropique qui apporta 30 000 francs nécessaires à la construction de maisons afin que « l’ouvrier honnête et laborieux » puisse devenir propriétaire : la SAHBM.

Cette action généreuse lui valut l’honneur du Conseil municipal de Charles Morel, près de 9 ans après sa mort, sur une opération urbaine sans rapport avec la SAHBM puisque les maisons de cette rue datent de 1927 à 1930. 


Henri Désiré de Subtil de Lanterie (été 1913)

Henri Désiré de Subtil de Lanterie, dans la cour de la Tour de Crosne (la propriété qu'il acquit de son père) durant l'été 1913. Cet homme fut un des bienfaiteurs de la Société anonyme des habitations bon marché.  

 

Sources

Délibérations du Conseil municipal


Avec nos remerciements à Jean-Pierre Decraene


Armand Launay

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 22:39

Maurice Hervey est né à Paris le 12 novembre 1855 et décédé à Notre-Dame-du-Vaudreuil le 14 novembre 1936). Il était le gendre d’Alexandre Raoul-Duval.

 

Maurice-Hervey.JPG


Il créa en 1900 une section départementale de la ligue de la Patrie française, mouvement d’extrême droite.

Il devint conseiller municipal de Notre-Dame du Vaudreuil en 1891 et conseiller général de Pont-de-l’Arche en 1901 sous l’étiquette républicaine modérée. Il perdit ce poste en 1913 face au républicain de gauche, le radical Maurice Delamare. En 1912, il fut élu sénateur et réélu à ce poste en 1921 et en 1929.

Il fut affecté en 1915 à l’état-major du 6e corps d’armée en Champagne car, malgré ses fonctions et son âge, Maurice Hervey s’était porté volontaire pour défendre le drapeau. Il acquit la croix de guerre avant de reprendre sa place au Parlement en 1917.

Sénateur, il siégea dans le groupe de la gauche démocratique, qui était en fait à droite. En 1914, il combattit l’impôt sur le revenu proposé par les radicaux. Il œuvra pour le vote et l’éligibilité des femmes et pour la lutte antialcoolique.

Très actif et influent, il fut élu vice-président du Sénat de 1925 à 1928.

Les élus conservateurs de Pont-de-l’Arche voulurent honorer Maurice Hervey en tant que fondateur et président de la « Société anonyme des habitations à bon marché » qui construisit des maisons ouvrières. Ils donnèrent ainsi son nom à la « rue Neuve du sud » par une délibération du 4 mars 1931.

Cet homme avait aussi été salué par la précédente équipe municipale, celle du radical Maurice Delamare, qui reconnurent « le zèle et le dévouement dont [M. Maurice Hervey] a toujours fait preuve pour le développement de son œuvre au grand profit de la classe laborieuse… ».

 

Sources

Délibérations du Conseil municipal

Site Internet du Sénat

 

Armand Launay

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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 15:24

Une exposition consacrée à Pierre Mendès France par la Ville de Louviers nous offre l’occasion d’évoquer la profonde attache archépontaine de celui qui fut Conseiller général et député de notre ville.

 

Article publié dans Pont-de-l'Arche magazine n° 17 (automne 2012). 

 

Un représentant de la République…

L’avocat Pierre Mendès France (1907-1982) est un des plus grands hommes d’Etat français du XXe siècle.

Elu député radical-socialiste de notre circonscription en 1932, il s’illustra dans le gouvernement de Front populaire en introduisant en France les thèses de l’économiste John Keynes sur l’importance des investissements publics dans la relance économique.

Lieutenant réserviste, Pierre Mendès France réclama en 1939 une affectation au front malgré ses mandats politiques. En 1940, le gouvernement vichyste nouvellement installé chercha à écraser Pierre Mendès France, homme de gauche, juif et franc-maçon, et le fit emprisonner. Celui-ci s’évada et rejoignit la Résistance auprès du général de Gaulle, à Londres. Il combattit dans l’aviation.

A la Libération, le général de Gaulle le nomma au commissariat aux finances du Gouvernement provisoire. Ensuite, il occupa des postes de premier plan à la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), au Fonds Monétaire International et au Conseil économique et social de l’ONU.

A l’Assemblée nationale, il présida la commission des finances en 1953 et devint président du Conseil des ministres en juin 1954, la plus haute fonction de la IVe République. En un peu plus de 7 mois, il donna l’indépendance à l’Indochine, remit sur de bons rails la question de la Tunisie, de la Sarre et des comptoirs français de l’Inde. Puis il s’opposa à la Ve République taillée pour Charles de Gaulle et écrasant le pouvoir législatif.

Ancré à gauche, il rejoignit le Parti socialiste et soutint François Mitterrand dont il vit l’élection avant de s’éteindre, en plein travail dans son bureau de Louviers, le 18 octobre 1982.

… très attaché à Pont-de-l’Arche

Pierre Mendès France installa son cabinet d’avocat à Louviers en 1929. En 1932, il devint député de notre circonscription et fut réélu en 1936, 1947 et 1952.

Chose moins connue, il battit Raoul Sergent (URD) aux élections cantonales de 1937. Il retrouva ce siège de conseiller général de Pont-de-l’Arche en 1951 et 1958, siège qui lui permit de devenir président du Conseil général de l’Eure (1951-1958).

Suite au décès du radical Maurice Delamare, deux fois maire de Pont-de-l'Arche, la gauche locale était sans meneur. Pierre Mendès France vint combler durablement cette lacune et il devint le représentant, notamment, des ouvriers de la chaussure.

Lorsqu’il venait (de Louviers), il est arrivé qu’il soit accueilli à l’orée de la forêt, près du calvaire de la Procession, et porté sur les épaules jusqu’au centre ville ! Cet honneur était un retour de l’implication du de cet élu qui travailla, avec les réseaux radicaux-socialistes, au reclassement des ouvriers mis au chômage par certains patrons de la chaussure après la grande grève de 1932. Pierre Mendès France appuya la création de la cité d'urgence Charles-Michels (1947), de la nouvelle salle des fêtes (1954), du nouveau pont (1955), de la cité d'urgence L'Anneau des Rosiers (1955), de l'école maternelle (1957)... 

L’attachement de Pont-de-l’Arche pour Pierre Mendès France ne se démentit pas. Le 19 novembre 1982, suite à son récent décès, le Conseil municipal présidé par Roger Leroux donna son nom à la résidence que nous connaissons de nos jours et qui allait bientôt sortir de terre.

  Pierre Mendès France

Devant le bailliage (alors mairie) et de gauche à droite, Roland Levillain, adjoint au maire, le préfet Pierre Damelon, Pierre Mendès France et son épouse Lily Cicurel, et Alix Duchemin (1878-1964). Ce dernier fut maire radical-socialiste de Pont-de-l’Arche de 1954 à 1959.  

 

 

A lire aussi...

Pierre Mendès France et la commune des Damps


Armand Launay

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  • : Pont de l'Arche histoire, patrimoine et tourisme
  • : Bienvenue sur ce blog perso consacré à Pont-de-l'Arche et sa région (Normandie, Eure). Contactez-moi afin d'étudier ensemble, plus avant, l'histoire et donc de progresser vers la connaissance. Bonne lecture ! armand.launay@gmail.com
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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au cœur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

- Mieux connaitre Pont-de-l'Arche à travers 150 noms de rues et de lieux ! (Autoédité, 2019, 64 pages). 

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte.

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