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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 20:44

Si je n’ai pas eu – ou pris – le temps de lire les archives d’Igoville, on m’a souvent questionné sur le « château » de La Sahatte qui hante les cartes postales de 1910 et qui, manifestement, a disparu depuis.

Je rassemble donc quelques éléments, notamment ces fameuses cartes postales de 1910, afin de donner un début de réponse aux curieux. Ces éléments sont parfois le fruit d’entretiens réalisés avec nos anciens depuis 2002. 

L’observation des cartes postales, ci-dessous, laisse entrevoir qu’il s’agit d’une maison bourgeoise de la première moitié du XIXe siècle. En effet, une étude de Guy Arbellot (voir les sources) nous apprend que 4 personnes habitaient le « château de la Sahatte » en 1847.

Munie de deux tours de part et d’autre de la façade, et richement décorée, cette demeure se voulait un « château ».

Le nom de Sahatte nous échappe, a-t-il préexisté ? Provient-il du nom d’un propriétaire ?

Le « château » a été occupé durant la Seconde guerre mondiale. L’armée allemande l’occupait en aout 1944 quand les Canadiens libéraient notre région. Il semble que trois soldats canadiens aient été tués par des Allemands en approchant La Sahatte.

Yves Fache, habitant des Authieux-sur-le-Port-saint-Ouen, a publié un article dans le journal Paris-Normandie du 26 aout 1988. On y apprend que La Sahatte a appartenu à la famille Nibelle, député de Rouen en 1914 et qu'il y accueillit de jeunes réfugiés serbes. Yves Fache continue : "Une de ses magnifiques allées de hêtres avait été vendue pendant la dernière guerre pour l'industrie de la chaussure à Pont-de-l'Arche avec des semelles articulées en bois ! Lors de la Libération, le château avait bien pris deux ou trois obus, tirés de la forêt de Bord par les Canadiens. Il ne fut jamais réparé. Au contraire, il fut pillé..."  

En effet, des gens de la région récupérèrent peu à peu ses pierres, comme il advint à la maison Becq de Fouquières, aux Damps. Aujourd’hui, seules ses fondations sont encore visibles, au milieu d’un bois privé à droite de la rue des Canadiens – juste hommage – sur la route des Authieux-sur-le-Port-saint-Ouen. Des écuries en ruine sont visibles à l’orée du bois qui borde cette rue.

La légende raconte qu’une galerie souterraine partait non loin de ce château et arrivait à l’ancienne abbaye de Bonport en passant sous la Seine et par la maladrerie d’Igoville. D’après des riverains, une zone située à 50 mètres des dernières maisons serait souvent dégagée par temps brumeux ce qui serait l’indicatif du passage d’un souterrain. 

  

Sources

- Arbellot Guy, Dictionnaire des lieux habités de l'Eure, pages 9-247, « Annales de Normandie », 50e année, n° 1, 2000, cf. page 191. 

- Site de la commune d’Igoville : www.ville-igoville.com/INFORMATIONS-BLASON-53.htm

 

A lire aussi

Le Pont-de-l'Arche souterrain 

Le Château d'Igoville

 

 

P1090372

 

Carte-postale-d-Igoville-17-

 

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

 

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 22:41

 

Le pont du diable à Pont-de-l’Arche : la légende face à l’histoire

Il fut un temps, pas si lointain, où l’on bâtissait tout ou presque à la force du poignet, les ponts y compris. Les chantiers étaient alors de vastes entreprises qui devaient impressionner nos ancêtres tout comme nous sommes admiratifs des prouesses tecniques et donc humaines que sont le pont de Normandie ou le viaduc de Millau, par exemple.

C’est pourquoi les observateurs du chantier d'un pont devaient se dire que l’architecte avait vendu son âme au diable pour mener à bien une entreprise de cette ampleur, voire de cet orgueil. Enfin, avait-il vendu son âme ou conclu quelque autre marché satanique ? L’architecte exposait toujours la vie des autres ; que ce soit celle des ouvriers pendant les travaux ou celle des usagers depuis l’inauguration du pont jusqu’à son délabrement. Il avait, en ce sens, pouvoir sur autrui ou encore partie liée avec Satan. 

Les légendes qui font intervenir le diable dans la construction de ponts sont loin d’être rares. Citons pour témoin le pont sur le Vaerebro, près de Roskilde (dans le canton de Jyllinge au Danemark, sur la même ile que Copenhague) [1].

Plus précisément, l’exemple de Pont-de-l’Arche nous a fait remarquer que de nombreuses versions existaient autour d’un même pont. Si elles peuvent se résumer autour de mêmes personnages aux actes assez similaires, elles expriment chacune une originalité qui dénote la culture, la sensibilité de leurs auteurs.

Les versions de la légende touchent aux thèmes de la prouesse déployée pour la construction du pont et de son érosion. Trois des quatres versions que nous reproduisons ci-dessous citent la dernière arche du pont, celle qui permet le passage des bateaux. Difficile à bâtir et à entretenir, c'est donc l’arche du diable. Ce point semble inspiré de la réalité...

En effet, aux XVIIe et XVIIIe siècles, des témoins ont noté la difficulté de l’entretien de la grande arche, près du château de Limaie. Lorsque le dimanche 1er janvier 1640 M. le chancelier Séguier inspecta en personne le pont et le château de Limaie, il remarqua dans son Diaire que l’une des piles de l’arche principale, proche le dict chasteau, par laquelle on faict remonter les bateaux… est presque toute ruinée et consommée soit par le hurt des glaçons, soit par le courant de l’eaüe… Cette même année commencèrent de vastes travaux financés par l’État afin d’ériger un pont neuf.

Or on rapporta, dès 1712, que ce pont menaçait déjà ruine et que la navigation était entravée par les pêcheurs et les gords [2]. Selon Yves Fache, dont les références sont parfois aléatoires, deux arches du pont s’ouvrirent au début du XVIIIe siècle [3].

Du fait de la grandeur de l’arche sous laquelle on halait les navires, il n’est pas étonnant de penser qu’elle était la plus exposée à la chute et, par conséquent, qu’elle nécessita plus d’entretien que les autres arches. À notre avis, la légende du pont diabolique trouve son origine ici même ainsi que dans l’impression de défi humain que constitue l’érection et l’entretien d’un tel ouvrage. Les variantes autour de la la légende restent mineures et doivent provenir des érudits qui ont eu l’heureuse idée de coucher par écrit cette légende populaire. C'est ce qui expliquerait le mélange des siècles, la présence du duc de Normandie, du gouverneur d’Hasdans (terme qui n’a pu franchir les âges puisqu’il s’est transformé, dans sa forme populaire, en Les Damps)…

A. Launay

 

 

A lire aussi...

Les ponts de Pont-de-l'Arche de 862 à nos jours

 

 

Notes

[1] Dumézil Georges, "La gestatio de Frotho III et le folklore du Frodebjerg", pages 81 à 90, in Mythes et dieux de la Scandinavie ancienne, Paris : Gallimard, 2000, coll. Bibliothèque des sciences humaines, 373 pages ;

[2] Brisson Charles, Hostalier A., "Le sixième pont de Pont-de-l’Arche – I.– Un pont millénaire", 7 mars 1952, 1 page, archives d’Elbeuf : Fonds Brisson, dossier 188 C 329 ;

[3] Fache Yves, Histoire des ponts de Rouen et de sa région, Luneray : Bertout, 1985, 392 pages.

 

 

Version de la légende par Alf. B. (1833) 

Alf. B., "Le Pont-de-l’Arche – Tradition normande", in La Revue de Rouen, 2e semestre 1833, 423 pages.

 

 

Nam asellus, quem ante me agebam,

Primus tibi occurrit.

 

Car l’âne que je menais devant moi

Vous a rencontré le premier.

 

                (Hist. d’Alexandre-le-Grand).

 

« Par saint Vigor, mon patron ! Voici bien du nouveau ! Pauvre passager que je suis ! Comment nourrir, maintenant, ma bonne mère que j’aime ? Comment épouser Brigide, la fille du pêcheur ? »

Et le malheureux s’élança dans la ville, criant partout au miracle !

C’est qu’en vérité ses yeux avaient été frappés d’un bien incroyable prodige : la veille encore, lorsqu’aux rayons du soleil couchant il avait attaché sa barque au rivage, la Seine passait libre et fière devant sa cabane : esclave aujourd’hui, elle partage ses eaux aux vingt-deux arches d’un pont.

Certes, il y avait, dans cette rapide construction, quelque chose d’inaccessible à toute intelligence humaine, et les bourgeois se refusèrent, tout d’abord, au témoignage de l’infortuné batelier. Mais, enfin, comme il continuait de crier, sans qu’on eût pu apercevoir en lui aucune marque de folie, un, puis deux, puis tous, descendirent aux poternes : Force leur fut alors de se rendre compte à l’évidence.

Or, ce que le seul Jehan, compagnon cordonnier, osa penser à cette époque, tous le répètent aujourd’hui : « Ce pont était œuvre infernale. » 

Voici le fait : 

Dans une année qui n’est plus bien connue, mais que l’on sait seulement être fort éloignée, le désir vint au duc de Normandie d’aller faire une visite au comte d’Évreux, son puissant vassal. D’aucuns disent qu’il y avait, dans cette démarche, plus que de la courtoisie, quelque arrière pensée d’usurpation. D’autres témoignent, au contraire, de la bonne foi du prince, et il en est même qui rappellent un mariage. Quelle que soit, du reste, la meilleure de ces opinions, peu importe à notre récit. Le point principal, le seul nécessaire est le passage du duc par la ville théâtre de cette action, et située entre Rouen et Évreux.

Toutes les lumières étaient disparues des maisons ; le fiancé de Brigide, lui-même, reposait depuis deux heures, et la garde de nuit était déjà renouvelée trois fois à la grande tour du château. Tout à coup retentissent au loin les pas d’un cheval au galop ; puis un homme d’arme paraît bientôt, qui d’un seul mot fait tomber le pont-levis. Il semblait un guerrier normand, et se disait chargé pour le gouverneur des volontés du terrible duc, leur souverain seigneur à tous les deux. Aucune porte ne résistait à ce nom tant redouté, et l’envoyé se trouva bientôt en présence de celui qu’il cherchait. Le gouverneur était un homme bon et vaillant à demande, épris, avant tout, de son épée et de sa fille.

Ne saurait dire quel effet produisit sur lui l’arrivée de l’inconnu, car ses gardes étaient éloignés, et l’homme qu’il aperçu n’était plus celui qu’avaient reçu ses archers.

Au lieu de l’humble costume d’un chevaucheur, une armure noire étincelant brillait sur sa poitrine. Sa taille était haute, son visage livide et profondément ridé. Quand il s’approcha du grand foyer, la flamme pâlit, et ce fut comme un bruit d’airain quand il vint à parler :

« Messire, dit-il, un homme venait de Rouen vers toi à la plus grande vitesse de son cheval. Mais, entourés des ténèbres, coursier et cavalier se sont abîmés dans le fleuve. L’ordre qu’ils portaient, le voici, de son exécution dépend ta bonne où ta mauvaise fortune. »

Le gouverneur étendit le bras comme porté par une force invisible, et reçut une large parchemin au sceau du duc de Normandie.

Lecture faite, il semble réfléchir, puis il allait appeler :

« Quels ordres veux-tu donner ? » dit, en l’arrêtant, son mystérieux interlocuteur : « la deuxième heure n’aura pas sonné demain depuis le lever du soleil, que déjà le duc paraîtra sur la rive opposée, suivi de ses hommes d’armes et des gens de sa maison.

En si peu de temps, que faire ?

Ne te serait-il pas impossible de rassembler le nombre de barques nécessaire au passage, que de manquer aux volontés de si puissant et si impérieux seigneur ? »

Le gouverneur ne répondit rien, mais il sentait toute la portée de ces paroles.

« Que les ordres du duc soient remplis, ajouta l’inconnu, et puissance croîtra suivant son bon désir. Néglige, au contraire, de le satisfaire, et ta ruine entraînera celle des tiens, celle de ta fille.

Puissance de Satan ! Qui peut m’aider en ce pressant danger ?

- Celui-là même que tu viens d’invoquer. »

Le gouverneur frémit, car il savait maintenant quelle voix lui parlait, quelle main s’appuyait pesante sur son épaule.

« Nos conditions, dit-il en balbutiant ?

- Pour toi un pont, pour moi le premier être qui de ses pas en pressera les dalles. »

Le gouverneur jura sa parole de chevalier, et Satan disparut pour tenir la sienne.

À ce nom, disent les vieilles, un bruit de chaînes, mêlé de voix nombreuses, retentit par tout le pays.

Cette apparition resta toute la nuit comme un songe dans l’esprit du gouverneur. Puis, à la première lueur du jour, poussé par je ne sais quel mouvement indicible qui, dans les choses même les plus incroyables, nous fait toujours tenter une vérification, il sortit de son château sans trop se faire compte de cette démarche. Mais le même instinct qui l’avait amené dans la ville, le conduisit au rivage. Partout régnait le silence car les bourgeois dormaient encore.

Déjà, il était en vue du pont, lorsque accourut vers lui son enfant bien aimée qui, inquiète de ne l’avoir point trouvé à son réveil, le cherchait partout, et pensa, dans la rapidité de sa course, être entraînée sur les dalles maudites.

Le souvenir des paroles de Satan vint alors frapper comme la foudre, la tête du malheureux père. Un froid subit courut par tous ses membres ; une sueur glaciale couvrit son visage ; et ce fut comme machinalement qu’il trouva encore assez de force pour lancer avant sa gentille Alice un chat, mis près de lui, disent les braves gens, par la protection de saint Vigor.

Anéanti, tremblant de tout son corps, il serre sa fille contre son sein, et, chargé de ce précieux fardeau, regagne précipitamment le château.

Une heure après, le passager, avait, comme nous l’avons dit, réveillé tout le monde ; et ce ne fut, durant la journée, que bruits d’hommes et de chevaux. Sur le soir, le duc de Normandie quitta la ville pour continuer son voyage ; mais on ne m’a point dit s’il fut ou non surpris de l’architecture diabolique du pont.

Seulement, au milieu de la nuit suivante, une forte odeur de soufre arracha le gouverneur au sommeil, et l’homme de la veille apparut à son chevet.

« J’ai accompli ma promesse, dit-il, et toi, tu as éludé la tienne : par grâce pour les bourgeois de la ville, ce qui est fait est fait ; mais, quand le jour m’a surpris, une arche restait inachevée : jamais on ne la finira. Ta mauvaise foi l’a méritée ; ma puissance y pourvoira. »

Il dit, et s’abîme comme la première fois.

Huit jours plus tard, le batelier, riche d’un trésor qu’il avait trouvé, épousa Brigide, sa fiancée.

La ville où tout cela s’est passé a reçu depuis le nom de Pont-de-l’Arche ; et cette arche si célèbre, on la montre encore à gauche, en arrivant de Rouen, à l’entrée du pont. Souvent, on a tenté de la fermer, mais les pierres qu’on a employé, ou deviennent tout à-coup disproportionnées en longueur, ou, placées pendant le jour, disparaissent la nuit au fond des eaux. »

 

                                                                                                          Alf. B. (Rouen) 

 

Version de la légende par Léon de Duranville (1843)

Léon Levaillant de Duranville, "Nouveaux documents sur la ville de Pont-de-l’Arche", in Revue de Rouen, 1843, vol.1-2.

 

Comme si ce n’était point assez, pour le pont construit sous Charles-le-Chauve, et qui fournit le nom de la petite ville de Pont-de-l’Arche, que de remonter jusqu’aux invasions normandes, et d’avoir été construit au chant des terribles litanies du IXe siècle, on a voulu lui donner une origine diabolique : le prince de l’enfer a semblé préférable au roi de France, au petit-fils de Charlemagne.

Il existe plusieurs variantes de cet événement merveilleux. [...]. Ou bien l’architecte n’aurait pas voulu de l’assistance du prince d’enfer, qui lui faisait offre de services, et pour lors Satan, partout reconnaissable à ses griffes, c’est-à-dire à ses mauvais tours, aurait juré que personne ne verrait le pont fait et parfait, ni dans les IXe, Xe et XIe siècles, ni même dans le XIXe. Ou bien le découragement de l’architecte fut si grand, qu’il supplia le mauvais génie de lui venir en aide. Le prix qu’il s’engageait à payer était d’une autre valeur que le premier objet vivant : il promettait de livrer son âme, de la dévouer aux tourments éternels de l’autre monde, à ces supplices que le tentateur porte partout avec lui, à cet enfer, qui n’abandonne jamais Satan quand il apparaît sous forme humaine, quand il se plonge dans les eaux de l’Océan et soulève d’affreuses tempêtes. Le jour de l’échéance devait être le propre jour où l’ouvrage serait terminé : “Or sus, maintenant,” lui crierait une voix épouvantable, “tu m’appartiens à bon droit, tu es un de mes vassaux.” Désolé d’avoir souscrit un semblable engagement, il répandait des larmes amères : on peut en répandre à moins. Heureusement, son repentir intéresse son patron en sa faveur et, chaque nuit, ce bienheureux habitant du ciel enlève quelque pierre du pont. Il en fut ainsi de la toile de Pénélope et du tonneau des Danaïdes : le pont ne fut jamais achevé entièrement ; l’architecte eut le temps de mourir de sa belle mort et d’échapper aux griffes qui le convoitaient » 

 

 

 

Version de la légende par Louis Bascan (1902) 

Bascan Louis, Légendes normandes, Paris : C. Delagrave, 1902, 238 pages, voir page 135.

 

 

Il y a des siècles et des siècles, la ville de Pont-de-l’Arche s’appelait Hasdams, et Hasdams était fort connu dans toute la Normandie par son pont de vingt-deux arches qui faisait communiquer les rives de la Seine.

Il n’avait pas été facile à construire, ce pont-là. L’architecte qui en avait dressé les plans avait bien édifié vingt et une arches sans trop de difficulté, mais la vingt-deuxième défiait tous ses efforts. On apportait des montagnes de moellons : en quelques heures, le courant les entraînait. On entassait des blocs énormes : les pierres s’allongeaient ou se rétrécissaient. On coulait du mortier au fond de l’eau : il s’en allait comme du sable fin. Le malheureux architecte était désespéré.

Un jour qu’une nouvelle tentative venait d’échouer piteusement, il s’assit par terre, mit sa tête entre ses mains et s’écria plein d’amertume :

« Je n’ai plus rien à faire. Que le diable finisse le pont s’il le peut ! »

À peine avait-il achevé ces paroles qu’il entendit une voix étrange lui répondre :

« Le diable peut tout ce qu’il veut. »

L’architecte, stupéfait, regarda autour de lui. Il ne vit personne, sauf son chien, un grand lévrier noir, qui fixait sur lui des yeux de flammes. Jamais il ne lui avait vu des yeux pareils. Toutefois, croyant être le jouet d’une hallucination, il haussa les épaules et laissa retomber sa tête sur sa poitrine.

La même voix étrange reprit avec force :

« Je te répète que le diable peut tout ce qu’il veut. »

Cette fois, il n’y avait point à s’y méprendre : c’était son chien qui avait parlé, car il avait encore la bouche ouverte.

L’architecte voulut répondre ; aucun son ne put sortir de sa gorge.

« Allons, dit son chien d’un ton sarcastique, n’aie pas peur. Je suis venu pour t’aider.

- Alors, demanda l’architecte, c’est donc vrai ce qu’on disait ?

- Que disait-on ?

- On disait que vous êtes le diable.

- C’est vrai ; je n’ai pu le cacher. Un jour que des apprentis voulaient me jeter à l’eau, je saisis le plus méchant d’entre eux par le cou et le lançai dans le fleuve, où il se noya. Depuis cette aventure on me laisse tranquille, mais j’ai une mauvaise réputation. Qu’importe après tout ! Voyons, ne perdons pas de temps : désires-tu que je finisse ton œuvre ?

- Je le souhaite de tout mon cœur ; mais c’est impossible.

- Impossible ! Rien ne m’est impossible. Si je le veux, la vingt-deuxième arche de ton pont touchera la rive demain matin.

- Oh ! que je vous serais reconnaissant !

- Merci, je ne tiens pas à la reconnaissance. Je préfère quelque chose de positif.

- Quoi donc ?

- Pas grand’chose.

- Mais encore ?

- L’âme de la première créature qui franchira le pont.

- C’est tout ?

- Je voudrais bien traiter avec vous, mais qu’est-ce qui me prouve que...

- Ah ! tu doutes de ma puissance ?

- Ma foi !...

- C’est bon ; je vais te montrer des choses que tu n’as jamais vues. Monte sur mon dos, prends-moi par le collier, et ferme les yeux ; tu ne les ouvriras que lorsque je te le dirai. »

Machinalement, l’architecte obéit à son chien, et, en un clin d’œil, il se trouva transporté dans un lieu désert et sauvage. D’énormes quartiers de rocs, dressés çà et là, donnaient à ce lieu l’aspect d’un cimetière de géants. Une herbe maigre et courte, qui poussait par places, semblait couvrir la terre d’un manteau déchiré.

Le chien tendit le cou vers un fossé où remuait quelque chose et aboya. Aussitôt les rocs disparurent ; à leur place s’éleva un merveilleux palais. Des colonnes d’onyx soutenaient le fronton imposant ; les marches étaient de granit rose ; les couloirs et les murs, brillants comme des glaces, étaient incrustés de marbres de toutes les couleurs ; le plafond, lumineux comme un ciel d’Orient, resplendissait d’étoiles.

L’architecte ébloui se tourna vers le chien pour lui exprimer son admiration. À ses côtés, il ne vit plus un lévrier noir, mais un beau seigneur vêtu de velours rouge et couvert de pierreries étincelantes.

« Eh bien! lui demanda le beau seigneur, doutes-tu encore de ma puissance ?

- Excusez-moi, balbutia l’architecte.

- Volontiers, mais je veux te montrer autre chose avant de travailler pour toi. »

Il frappa dans ses mains. Au même instant, une salle immense apparut à leurs yeux, remplie de seigneurs et de dames richement vêtus, qui dansaient au son d’un orchestre invisible. La musique était douce et langoureuse comme un chant d’amour. Puis, les couples s’assirent devant des tables chargées de flacons dorés, de coupes de cristal et de fruits superbes. De petits hommes, d’une prestesse inouïe, satisfaisaient leurs moindres désirs. Bientôt après, la salle du festin s’évanouit, et devant les convives, à perte de vue, s’étendirent des jardins avec de vertes pelouses, de frais ombrages et des fontaines murmurantes.

- « Que tout cela est beau ! s’écria l’architecte ravi.

- Alors, c’est entendu ? dit le diable. Rentre chez toi et dors en paix jusqu’à demain matin. Pendant ce temps, je vais achever ton pont, et j’aurai en récompense l’âme de la première créature qui le franchira.

- Entendu, » dit l’architecte.

Un voile de ténèbres s’abattit devant ses yeux ; il s’affaissa sur le sol et s’endormit d’un profond sommeil...

Quand il se réveilla, il était chez lui, dans une cabane en planches construite non loin du pont. S’étant frotté les yeux, il aperçut son chien qui paraissait le veiller. Cette vue le tira de sa torpeur : vite il se leva, se vêtit et courut dehors.

Ô prodige ! la vingt-deuxième arche s’arrondissait par dessus le fleuve.

L’artiste ressentit une fierté inconnue. Son orgueil fut bientôt caressé par les éloges de ses compagnons, des habitants du pays, du seigneur et de sa suite. Jamais il n’avait rêvé pareil triomphe. Sa joie fut complète lorsque le seigneur, à haute voix, devant tout le monde, promit de lui accorder ce qu’il voudrait.

Notre homme, embarrassé, demanda un jour de réflexion. Il se retira dans sa cabane, l’esprit préoccupé. Il n’était pas sans remords. Toute la nuit, il médita sur les terribles conséquences du pacte qu’il avait conclu avec Satan. Il craignit pour les autres, il craignit pour lui-même. Son front était baigné de sueur. Des visions épouvantables défilaient devant lui...

Enfin, après avoir souffert mille angoisses, il poussa un soupir de soulagement, sourit et se frotta les mains : il venait de trouver le moyen de duper l’éternel dupeur.

Le lendemain matin, il pria le seigneur de lui donner un âne pour éprouver lui-même la solidité du pont. Dès qu’on le lui eut amené, il s’arma d’un aiguillon, piqua le baudet, qui partit au galop et traversa la vingt-deuxième arche ; ce fut ainsi la première créature qui passa le pont.

Le diable, qui avait repris la forme d’un lévrier noir et qui était assis à l’extrémité de son œuvre, comprit le mauvais tour qu’on lui jouait. Humilié de sa défaite, il jura, mais trop tard, qu’on ne le prendrait plus à contracter des marchés avec des architectes normands.

 

 

Version de la légende par Charles Brisson (1929)

Brisson Charles, Herval René, Lepilleur A., Légendes et récits de Normandie, Elbeuf : Paul Duval, 1929, 157 pages, voir pages 25 à 29.

 

 

Dendeville--pont-diable-.JPGIllustration de Raymond Dendeville dans Légendes et récits de Normandie de Charles Brisson, René Herval… voir page 8. 

 

Le 12 juillet 1856, s’écroulait le vieux pont de Pont-de-l’Arche, sur la Seine, l’un des doyens des ponts de France, puisqu’édifié en trois ans, de 862 à 865 par ordre de l’archevêque Hincmar.

C’était à la fois un barrage et un pont fortifié, portant moulins et demeures, et solidement défendu à ses extrémités par des ouvrages militaires.

Il s’en fallait donc de peu – neuf ans seulement, – que le vénérable édifice ne vécut mille ans ! Naturellement, il avait sa légende, née du fait qu’une telle construction ne pouvait être œuvre humaine. – Si l’histoire affirme que trois années avaient été nécessaires, la légende qui voyait là œuvre surnaturelle se contentait... d’une nuit ! mais avec l’inévitable concours du Diable.

Hincmar avait appelé des ingénieurs byzantins réputés, tenant à ce que son seigneur et roi, Charles-le-Chauve, disposât d’une œuvre susceptible de défier le temps et les hommes. Mais Byzance était loin et la route longue... Le roi se morfondait en l’attente des orientaux attendus et chaque jour craignait quelque nouvelle incursion des pirates venus du bas-fleuve.

C’est alors qu’un pauvre homme de la paroisse de Saint-Germain d’Alizay, désireux de voir son roi débarrassé de tout souci, et sans doute aussi de savoir son chétif patrimoine à l’abri, se dit à haute voix sans doute :

« Si je connaissais quelque moyen de satisfaire le désir du Roi nostre Sire, sans attendre ceux qui tardent tant, certes ma fortune serait chose faite... Mais seul le Diable pourrait faire celà et m’assister ! »

Il n’avait pas achevé sa phrase... ou sa pensée, que Satan surgissait, dans la classique odeur de souffre qui accompagne ses apparitions. – Le bonhomme, dit la Légende, n’en fut pas exagérément surpris, ce qui peut paraître étrange, mais il avait tant de fois vu le diable logé en sa bourse qu’une apparition de plus n’était pas pour l’effrayer outre mesure !

« Tu as besoin de moi ?

- Sire diable, dit le paysan, je ne t’ai pas appelé, mais puisque te voilà, dis-moi donc si tu saurais bâtir un pont solide, d’ici où nous sommes jusqu’à l’autre côté de la vallée ?

- Jeu d’enfant pour moi ! » répliqua le Malin.

- « Possible ! mais quelle preuve peux-tu me donner d’un pouvoir dont j’ai ouï parler, mais que je n’ai jamais éprouvé ?

- Une preuve ? Tiens, prends les charbons qui rougeoient en ton âtre ! »

L’homme cherchait déjà sa pelle, mais Satan le repoussant, se baissa et prit à larges poignées les charbons ardents.

- « Ouvre tes mains ! »

Or, quand le paysan se décida à obéir, ce furent lingots froids et plus lourds que du plomb qui churent en ses paumes : c’était de l’or !

- « Comment ne te croirai-je maintenant ! Je cours chez le roi et lui vais dire que son pont sera bâti... quand donc, au fait ?

- Demain matin, avant même que le soleil soit levé ! »

Satan attendait son homme au logis et eut tous les remerciements qu’il pouvait désirer, et auxquels il se contenta de répondre :

- « Je n’ai que faire de tes mercis ! Certes, ma complaisance est grande, mais elle se paie : il me faut, corps et âme, le premier qui passera sur le pont. »

Il était bien tard pour reculer, le paysan était pris, il ne pouvait qu’accepter la condition... se réservant de ne pas passer le premier. – Mais déjà une idée venait de germer en lui.

La nuit venue, il était aux aguets, désireux de voir s’accomplir l’œuvre prodigieuse dont il était tout de même un peu l’auteur.

Satan était là, commandant à des milliers de pierres qui, toutes taillées, arrivaient sans bruit sur toutes routes et chemins et prenaient leur place, s’assemblaient, s’entassaient sans répit...

Il fallut quinze minutes pour la première arche, et quatre autres s’élevaient au bout d’une heure ! Or, pas un ouvrier n’était là ! Tout se faisait sans un homme, sans une main, sans un outil, sans mortier ni    ciment : Satan suffisait à tout, mais encore sa présence était-elle suffisante ! Par exemple, il suait à grosses gouttes, et sans doute, mais pour tout autre motif, le paysan de même !

Quand minuit sonna à Pont-de-l’Arche, les vingt-quatre petites arches de la vallée étaient alignées... Quand les premières lueurs du jour apparurent à l’orient, le Diable ordonnait aux pierres de s’assembler pour la dernière arche !

Le bonhomme était fou de joie ! II voyait sa fortune assurée, il était certain de la magnifique reconnaissance du roi ; demain il serait comte, duc, prince...

Et c’est alors qu’il se précipita en sa demeure avant que le Diable eut repris le chemin du royaume des Ténèbres ! II détacha son âne et prit une branche de chardon qu’il réservait pour le repas de l’animal, puis s’en fut à l’entrée du pont.

Satan, se frottant les mains, attendait sans trop d’impatience quelque croquant, voire même un personnage d’importance – la proie promise – qu’amènerait la stupéfaction devant l’œuvre surnaturelle de la nuit passée...

Mais le bonhomme lança de toutes ses forces l’appât sur le pont et déjà l’âne se précipitait pour le saisir ; Satan, quelque peu tard, comprit la ruse et disparut en emportant pour tout butin un corps et une âme d’âne, en admettant que les ânes aient une âme !

... Par contre, une arche demeurait inachevée, mais la terminer était si peu auprès de l’œuvre accomplie ! Or, on ne put jamais en venir à bout et le nom lui demeura d’Arche du Diable.

... De retour chez lui, le paysan se dit que la perte de son âne était certes largement compensée par le monceau d’or que le Diable avait tiré de l’âtre ; il y avait à peine porté la main qu’il la retira avec un horrible cri : le charbon était redevenu charbon, et bel et bien ardent. Ce fut d’ailleurs la seule vengeance du Démon !

Telle est la légende du défunt pont de Pont-de-l’Arche ; fait curieux, elle se retrouve sous la même forme et avec les mêmes péripéties sur les bords du Rhin – avec une seule différence que, comme il se doit, l’âne y est devenu… un chat.

 

Charles Brisson

 

 

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 12:18

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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 17:37

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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 12:19

Les trois moulins de Pont-de-l'Arche ont disparu avec le pont médiéval en 1856. Depuis, ils continuent de peupler les lithographies anciennes chéries par les collectionneurs et les amateurs d'histoire. IIls appellent donc à se questionner sur leur origine, leur activité et c'est pourquoi nous avons mis à plat nos connaissances sur cet aspect de l’histoire industrielle de Pont-de-l’Arche et d'Igoville. 

Girard, del et lith., lithographie monochrome, 47,3 x 31,9 cm, en bas : Paris, publié par Victor Delarue, 10, place du Louvre, Archives de l’Eure (1 Fi 841).

Girard, del et lith., lithographie monochrome, 47,3 x 31,9 cm, en bas : Paris, publié par Victor Delarue, 10, place du Louvre, Archives de l’Eure (1 Fi 841).

I) Origine et architecture des moulins de Pont-de-l’Arche.

1)      Origine des trois moulins du pont : premières traces en 1020. 

Dans notre étude sur les ponts de la ville, nous avons réussi à dater la construction du premier pont. Cependant, nous avons remarqué qu’il existait une période obscure, c'est-à-dire non documentée correspondant à la naissance de la ville entre le IXe siècle et le début du XIe siècle. Cette période concerne les moulins qui nous intéressent.

            On peut néanmoins envisager avec sérieux que le pont fut muni de moulins dès ses premières années. En effet, l’on sait que Charles le Chauve accorda à l’évêque de Paris la possession du Grand pont et de ses moulins en 861. C’est donc qu’il était techniquement possible, dès l’époque de Charles le Chauve, de munir les ponts de moulins[2]. Patrick Sorel (voir sources) précise qu'en ce temps il devait s'agir de moulins-bateaux et non de moulins à roue pendante que l'on voit sur les lithographies et qui ne sont apparus que vers le XIIIe siècle et le XIVe siècle. Ces équipements devaient être essentiels aux hommes de garnison de Pont-de-l'Arche mais aussi à leurs familles qui ont peu à peu donné naissance à la ville.

Nous retrouvons trace de l’histoire de la ville en 1020 grâce à une charte officialisant la donation par le duc de Normandie Richard II de plusieurs droits sur Pont-de-l’Arche au bénéfice des religieux de l’abbaye de Jumièges. Ces droits portent sur l’église, le tonlieux[3], avec les droits sur les moulins et les pêcheries situées sous le pont aux moulins, un pré de deux acres, et un moulin appartenant à l’église[4].

La présence d'un pont contrariait le cours de la Seine et concentrait son courant entre les piles. Une cataracte de plusieurs dizaines de centimètres existait qui devait rendre l'endroit particulièrement intéressant pour établir des moulins. La région de Pont-de-l'Arche était déjà très intéressante comme en témoignent les nombreux moulins établis à proximité : Martot, Cléon, Freneuse, Poses, Amfreville-sous-les-monts...   

 

2)      L’architecture des moulins.

           Comme le montrent les deux reproductions de gravures ci-dessous, les moulins reposaient sur des pieux et étaient rattachés au tablier du pont. Le moulin Saint-Ouen, sur la gravure, fournit le meilleur document relatif à l’architecture de ces ouvrages. Les moines de l’abbaye Saint-Ouen de Rouen dressèrent un document, en 1759, qui reprend  point par point les travaux à accomplir dans les nombreuses propriétés de l’abbaye et notamment au moulin de Pont-de-l’Arche[5].

Ch. Dubourg sc., d’après un croquis de Mme Drouin, eau-forte, début XIXe siècle, 23,5 x 15,3 cm (Archives départementales de l’Eure : 1 Fi 843).

Ch. Dubourg sc., d’après un croquis de Mme Drouin, eau-forte, début XIXe siècle, 23,5 x 15,3 cm (Archives départementales de l’Eure : 1 Fi 843).

   Ce document nous apprend que les motelles (les assises de terre qui émergent de l’eau au pied du pont[6]) faisaient l’objet d’un entretien très élaboré et ce principalement pour le maintien des berges de celles-ci. Cet aspect de l’entretien n’est pas perceptible dans les gravures anciennes, tout comme celui de la vanne du moulin.

Ensuite, élément frappant des dessins, le document aborde les pieux sur lesquels repose la partie supérieure des moulins. La majorité de ces pieux est à remplacer. Ce qui n’apparait pas, en revanche, c’est le dispositif devant préserver chaque pieu de la glace hivernale et, tout simplement, de l’usure des eaux.

Tout l’ensemble de la roue : l’arbre qui tient la roue, celle-ci et ses 54 dents doit être refait à neuf, tant les bois sont usés. Le nombre de pièces participant au maintien et à la rotation de la roue est impressionnant qui compte parmi les réparations. De même pour les lanternes, ces engrenages reliant par un système de roues dentelées tous les arbres qui, au final, donnent la force du mouvement de l’eau à la pression exercée sur la meule.

La maisonnée et les bâtiments annexes qui se trouvent à hauteur de la chaussée du pont doivent être rénovés par l’usufruitier, c’est-à-dire le locataire, en quelque sorte, qui habite et fait moudre le grain en permanence. C’est aussi lui qui règle des droits aux propriétaires de l’abbaye. Les moines ont tout de même noté, pour mémoire, les travaux à réaliser. Est-ce en vue d’une vérification ultérieure des travaux réalisé ou bien (aussi ?) par crainte que les réparations soient faites sans soin, sans connaissances techniques par l’usufruitier ? Toujours est-il que ces dernières réparations sont celles d’une maison comme les autres (colombages, dallages, tuiles de pays, cheminées…).

Un document qui remonte au XIIIe siècle, montre comment les religieux de Saint-Ouen se fournissaient en matériaux. Ils exigeaient de certains de leurs vassaux qu’ils fournissent annuellement le bois nécessaire à l’entretien de leurs édifices. Le fief forestier de Sotteville-sous-le-Val doit garder les bois des Autiez et de Bonet par nuit et par jour et doit rapporter touz les meffés as seignor de Saint Oen et doit avoir ses pors frans de pasnage a son user et doit avoir 12 d. por semondre le pasnage et la moitié des coupeax des arbres qui sont coupez es devant diz bois por fere merrien au molin du Pont de l’Arche (…) et doit moldre eu molin Saint Oen aprez celui de la treimie…[7]

Quant au transport de ce matériau, c’est le fermier de Houlegate (ferme aujourd’hui disparue), à Sotteville-sous-le-Val, qui en était, notamment, chargé : La masure villaine de Houlegate (…) doit l’aide de la porte de Lyons refere et deu merrien du molin carier. [8] Outre le fait que le vassal des religieux devait charrier le bois, il devait aussi, si nous interprétons bien l’ancien français, participer à l’entretien de la porte de Lyons ce qui doit désigner la porte du château de Limaie donnant sur la route de Pîtres, Fleury-sur-Andelle, Lyons-la-Forêt. 

À l’issue de ce court descriptif et après avoir observé les anciennes gravures, nous notons que, malgré de nombreux siècles d’existence, les moulins qui nous intéressent ont la même architecture, à défaut d’avoir les mêmes proportions.

Chacun des édifices a ses deux bâtiments annexes, ses quatre cheminées, semble-t-il (car les représentations diffèrent), ses lucarnes.

 

II) Dénominations des moulins ; leurs propriétaires et leur utilisation.

1)      Les propriétaires des moulins et les noms attribués à ces édifices.

  Les noms des trois moulins de Pont-de-l’Arche avaient une origine géographique ou faisaient référence aux propriétaires. Les édifices se trouvent "près de la ville", "près du château de Limaie" et  "au milieu du pont" (ou Parmi, Treimie[9], mots synonymes de "milieu" dans l’usage local). Ils ont tout naturellement trouvé une appellation des plus évidentes… et facile à retenir !

Les moulins dépendaient de fiefs. Il n'est donc pas étonnant que les noms de propriétaires de ces fiefs aient été utilisés pour identifier ces équipements. Le moulin de Saint-Ouen dépendait du fief d'Igoville, propriété de l'abbaye Saint-Ouen de Rouen. L'ensemble des vassaux de ce fief étaient obligés de moudre leurs grains au moulin de leu seigneur, moyennant redevance. Cette pratique féodale a pris fin en 1789 avec la liberté du commerce.      

Les moulins des anciens ponts de Pont-de-l’Arche (XIe siècle-1856) : état des lieux de nos connaissances

Dates (sources)

Saint-Ouen – château

Parmi – Matignon

Danois – Dames – ville

1025

(Marie Fauroux, p. 139).

Église Saint-Vigor

(Par déduction du texte ci-dessous)

Propriété ducale

Propriété ducale

1025

(Marie Fauroux, p. 139)

Richard II cède l’église de Pont-de-l’Arche ainsi que le moulin qui lui appartient et le tribut des trois moulins du pont.

Propriété ducale

Propriété ducale

XIIIe siècle

(Henri Dubois)

Propriété des moines de l’abbaye Saint-Ouen

Propriété royale

Famille Le Danois (?)

1308

(Charpillon & Caresme)

Un sieur Jean Larchevêque tenait en fief-ferme les moulins du roi de Pont-de-l’Arche (cela s’applique-t-il au moulin Saint-Ouen ?).

1324

(P.-F. Lebeurier, p. 332, 357)

1321

(selon Charpillon & Caresme)

 

 

 

Jean Gougeul obtint du roi Charles le Bel que le moulin Aux Dames soit réuni au fief de Rouville.

XVe siècle

(Yvette Petit-Decroix)

 

Propriété de Guy de Matignon

 

1688

(Charpillon & Caresme)

 

Emmanuel Théodore de la Tour d’Auvergne, duc d’Albret, abbé de Saint-Ouen, donna aux Jésuites de Rouen, un moulin à blé.

 

 

1750

(P. Sorel, p. 25)

 

Dépendance du fief de Port-Pinché, propriété des de Matignon

Faisait encore partie du fief de Rouville

1838  (Yvette Petit-Decroix, p. 91[10])

M. Foucher ou Lequeux

M. Fréret

M. Foucher ou Lequeux

1856

L’Industriel de Louviers 

 

Le moulin de Parmi qui avait appartenu à l’abbaye de Bonport avant la Révolution nous avait été vendu 36 000 francs par deux richards d’Igoville, MM. Fréret et Nouvel. 

 

1856

L’Industriel de Louviers 

 

Famille Desmarets

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le nom de moulin aux Danois a plu à certains historiens qui ont vu dans cette appellation un témoin de l’ancien colon scandinave. D’une part, il est douteux que ce nom, dont la première occurrence connue date du XIVe siècle, remonte à la période des invasions et de l’implantation des scandinaves. D’autre part, nous retrouverions des forêts, villages, masures danoises partout où nos lointains ancêtres nordiques ont posé le pied et utilisé le soc…

Le nom de Aux Danois est lié, pour commencer, aux seigneurs de Rouville. En effet, ces deux appellations ont coexisté du XIVe au XVIIIe siècle. Plus précisément, en 1324, lorsque Jean Gougeul, seigneur de Rouville fit l’acquisition de ce moulin, ce dernier portait déjà le nom de aux Danois. Nous pensons que aux Danois désigne un nom de famille ou un surnom. Nous avons deux thèses à ce sujet : soit un seigneur de Rouville a porté ce nom ; soit un autre personnage a possédé ledit moulin.

Nous apprenons de l’article "La Haye-Malherbe" du Dictionnaire historique de MM. Charpillon & Caresme que Guillaume de Rouville dit Taupin, vendit en 1391 le fief Aux-Danois, qu’il possédait à Thuit-Signol. C’est lui qui a probablement laissé son nom au fief de Rouville ou Saint-Saire. Parallèlement, nous apprenons de la lecture du résumé du mémoire de Sophie Roullé que :  En 1278, André le Danois vend aux moines toutes les dîmes qu’il possédait au Thuit-Signol et à Saint-Pierre-des-Cercueils. "[11]

Nous concluons qu’il existait une famille Le Danois dans la région du Thuit-Signol aux XIIIe et XIVe siècle et qu’elle tirait une partie de ses revenus des céréales. Il ne nous étonnerait donc pas : soit que les Le Danois aient acquis provisoirement les droits sur un moulin de Pont-de-l’Arche ; soit qu’un seigneur de Rouville ait acquis le surnom de Aux Danois de sa propriété du Thuit-Signol. Il n’y a donc pas de traces de grands blonds chevelus portant des casques à cornes sur le pont de la ville ! 

3)      Que produisait-on aux moulins du pont ? 

Selon MM. Charpillon et Caresme, en 1209, Philippe Auguste permit aux religieux de moudre au moulin de Pont-de-l’Arche le mercredi de chaque semaine. Il échangea ensuite ce droit contre le septième du revenu de ce moulin, ce qui devait être un gain pour les moines.

Cette activité occupa la quasi totalité du temps d’existence des moulins de Pont-de-l’Arche car on voit que le blé est encore moulu en 1856, année où s’effondra le dernier pont d’Ancien Régime et les moulins qu’il portait. Moudre le blé, les céréales et les végétaux (comme le pavot) alimentaires est une activité qui approvisionne les habitants de la proche région de Pont-de-l’Arche. Elle n’apporta cependant aucune activité originale à la ville, aucune industrie, aucune prospérité retombant sur l’ensemble de l’économie urbaine.

Nous allons nous pencher sur une activité qui a apporté une originalité à l’histoire des moulins qui nous intéressent. Ce qui suit est un résumé des travaux de M. Drouet, publiés en 1903. Pont-de-l’Arche fut le lieu ponctuel de frappe de monnaies royales quand, pour une fois, le monarque décida de faire battre sa monnaie sur des presses privées, en 1654. Et l’on fit battre des liards de cuivre à Pont-de-l’Arche

Le liard de cuivre est une monnaie qui existe depuis le règne de Louis XIV. Il y eut six émissions différentes de cette monnaie durant le règne de ce monarque et c’est la troisième de celles-ci qui intéresse les moulins de Pont-de-l’Arche.

Les moulins de la localité n’avaient jamais battu la monnaie. C’est donc un contexte très particulier qui engendra cette reconversion d'un d'entre eux, vraisemblablement, et sur lequel nous allons nous pencher. 

En 1654, le trésor royal avait besoin d’argent à cause notamment des troubles de la Fronde et de l’expédition des Flandres. Il concéda à un fermier général le droit de fabriquer et d’émettre le numéraire de cuivre dénommé liard. Il était temps car les commerçants, le peuple, les établissements religieux manquaient de numéraire pour leurs échanges quotidiens.

Isaac Blandin, bourgeois de Paris, se vit confier l’entreprise générale de fabrication des liards en cuivre pur pour deux ans. Contre paiement des redevances au Trésor royal, celui-ci avait toute liberté de sous-traiter.

Ceci était un fait nouveau. Jamais auparavant la monnaie n’avait été fabriquée en dehors des ateliers royaux. L’hostilité des monnayeurs officiels doit donc expliquer le refuge dans des villes qui n’avaient encore jamais accueilli ce type de production. La présence de moulins à Pont-de-l’Arche, mus par un courant constant, était donc une manne pour les projets d’Isaac Blandin.

M. Drouet narre les aménagements de ces moulins (page 131) : La roue motrice met en mouvement un arbre de couche pourvu, à intervalle égaux, de taquets soulevant chacun un pilon dans lequel est encastré un coin qui retombe sur un autre coin fixe ; il suffit alors qu’un ouvrier, sans le moindre apprentissage, une femme, un enfant même, glisse à chaque fois que le pilon se relève, une rondelle de métal dans le coin fixe pour obtenir la fabrication considérable sans la moindre difficulté.

Le nombre de monnaies créées devait être contrôlé par les pouvoirs royaux afin qu’il n’y ait pas de surproduction. En effet, si le nombre de pièces créées dépassait les besoins du peuple, il y aurait une inflation et, bien vite, un refus d’une monnaie sans valeur.

En principe, 120 presses devaient servir en France à la frappe des liards (Drouet, page 132). Mais le décret du 1er juillet 1654 réduisit ce nombre à 40 seulement. Un liard devait valoir 3 deniers et 64 pièces au marc. Le travail devait durer depuis 4 heures du matin à 8 heures le soir. Les poinçons devaient être gravés par le tailleur général des monnaies. Des commissaires, provenant de la Cour des monnaies, devaient être établis dans les dites fabriques par le roi et devaient fermer à clé les lieux où étaient réservées les monnaies afin que nul n’y travaille en dehors des heures officielles. 

Le 3 aout 1654, la Cour des monnaies autorisa officiellement Isaac Blandin à procéder à l’exécution de sa commission pour la fabrication des liards de cuivre. La Cour l’aida à préparer les outils de fabrication. Isaac Blandin prêta serment le 21 octobre 1654. Il fut autorisé par un arrêt du Conseil du 10 décembre 1654 à établir 44 presses dont 5 à Pont-de-l’Arche (Drouet, page 133). Or, l’arrêt du 9 aout 1656 accorda à René Péchenat, procureur de Pont-de-l’Arche, deux presses d’augmentation, outre les six portés à son traité et ce pour le dédommager des préjudices par lui subis (cf. plus bas).

Le 13 mai 1655 commença l’exploitation des liards à Pont-de-l’Arche et Acquigny jusqu’à la fin de l’année 1657. Près de 350 livres de liards furent produites chaque jour soit 28000 pièces à raison de 80 par livre de métal[12].

           Mais bien trop de pièces furent frappées… De nombreuses plaintes s’ensuivirent. Les producteurs locaux (les sieurs Ravillard Case, Péchenat de la Salle, Béthencourt) furent assignés à comparaitre le 2 mars 1656 par un arrêt du Parlement de Rouen (Drouet, page 137).

            Les producteurs fabriquaient bien trop de liards par marc de cuivre : 69 voire 76 au lieu de 60. Ce procédé leur permettait de spéculer sur la valeur des liards lorsqu’ils échangeaient (dans les bureaux de change locaux) cette monnaie contre de l’argent ou de l’or. Ils cédaient leurs liards à prix avantageux sachant que celui-ci ne valait pas sa valeur nominale et sachant aussi qu’une concurrence faisait rage entre les producteurs qui avaient donc tendance à baisser leurs prix.

           Quelques extraits du jugement sont particulièrement éloquents (Drouet, page 138) :

On espérait que cette fabrication des liards ne donnerait qu’une somme modique ; mais cette monnaie de liards, que l’on proposait pour la commodité du peuple, s’est trouvée amenée à sa ruine par la quantité qui s’en retrouvée distribuée et répandue depuis dix-huit mois dans toutes les villes, bourgs et maréchaussées de cette province…Au seul bureau de Pont-de-l’Arche, on y a travaillé jour et nuit, même pendant les fêtes, à six presses, contre l’ordonnance expresse de la Déclaration.

            Cependant, le Parlement, qui avait fait interdire la fabrique de liards à Pont-de-l’Arche, fut dénigré par le roi en personne. Celui-ci rétablit la fabrique dans son droit par un arrêt du 24 mai 1656. M. Blandin obtint même un dédommagement suite aux émeutes qui nuisirent à ses intérêts et suite à la suspension ponctuelle de la production. Le roi accorda au fermier général 4 mois de droits de production supplémentaires. René Péchenat, déclarant avoir commencé à travailler le 13 mars 1655, put travailler jusqu’à la fin de l’année 1657 (Drouet, page 140).

De guerre lasse, le roi interdit néanmoins toute fabrication de liards à partir du 31 aout 1657 à cause des trop nombreuses protestations.

            Le dernier incident relatifs à ces liards est consécutif à l’édit du 20 juin 1658 qui réduisit la valeur d’un liard de 3 à 2 deniers (Drouet, page 141). Ceci exacerba la souffrance et le mécontentement des gens du peuple qui avaient durement travaillé pour gagner 3 deniers et qui devaient maintenant vivre avec seulement 2 deniers. Les boulangers fermèrent leurs boutiques car ils ne voulaient plus accepter les liards, réputés ne valoir plus qu’un denier. Le Parlement ne put rétablir la situation qu’après une dizaine de jours d’émeutes (Drouet, page 142).

Liard de France recto-verso frappé à Pont-de-l'Arche en 1656. Il est identifiable grâce à la lettre B, au I de liard qui est pointé et au point sur le T de "ET.DE.NA". Source Liards de France. 

Liard de France recto-verso frappé à Pont-de-l'Arche en 1656. Il est identifiable grâce à la lettre B, au I de liard qui est pointé et au point sur le T de "ET.DE.NA". Source Liards de France. 

Les presses de Pont-de-l’Arche et d'Acquigny fonctionnèrent donc en même temps, de mai 1655 à décembre 1657. M. Péchenat semble avoir été bien plus présent à Acquigny, où il resta quelques années après la fin de la fabrication des liards (Drouet, page 143, note 1).

M. Drouet n’a pas trouvé trace des commissaires de la Cour des monnaies à Pont-de-l’Arche et Acquigny. Ceci lui fit émettre des doutes quant à la présence de tels agents de l’État, du moins durent-ils rester bien sourds et aveugles.

Le copinage du roi couta cher au Trésor et à la police intérieure. Les quelques années de frappe de la monnaie royale à Pont-de-l’Arche ne durent guère apporter d’emploi et moins de richesses encore. Quant au mécontentement du peuple au sujet des liards, il fut important comme on peut le lire dans les cahiers de doléances de l’année 1655.

Les meules de la ville reprirent leur activité habituelle en écrasant du blé jusqu’à la chute du pont en 1856, et ce malgré au moins une tentative de reconversion : un certain Quesney, chef de la 1re division des bureaux de la préfecture de la Seine-Inférieure, réagit dans une lettre du 24 fructidor an X (11 septembre 1802) aux propos tenus dans un journal intitulé Annales de statistique ou Journal général d’économie politique[13]. Il niait qu’il existât à Pont-de-l’Arche une manufacture de draps. Il profitait de cette précision pour proposer aux autorités de favoriser l’implantation de manufactures de draps mues par la force hydraulique des moulins. Cependant, comme nous l’avons déjà noté[14], les manufactures de draps à Pont-de-l’Arche n’ont jamais pu vivre durablement à cause de la pression des industries lovériennes et elbeuviennes. La demande de M. Quesney resta lettre morte.

 

Conclusion

          Entre les brumes de la Seine et de l’histoire, nous avons esquissé quelques contours de ce qui a fait l’histoire des moulins du pont de Pont-de-l’Arche et Igoville. Cette histoire est celle de la subsistance : un moulin permettait de fournir la farine nécessaire à la consommation quotidienne de près de 1200 personnes au XIIe siècle. Les moulins utilisèrent la force hydraulique afin de nourrir la population d’une ville qui naquit au Xe siècle. Ils accompagnèrent ensuite l’accroissement démographique de la vallée.

            À n’en pas douter, les trois moulins de la ville attirèrent la population des villages alentours afin de faire moudre leur propre grain ou de trouver sous les halles de la ville la farine des producteurs locaux. Ils attirèrent aussi les communautés de moines qui recherchaient les moyens de leur autonomie financière. 

            Ces moulins, lucratifs par l’argent perçu sur le service de moulage mais aussi par les taxes, devinrent l’objet de convoitises. Les différents noms donnés à ces édifices se font l’écho des propriétaires qui spéculaient sur leur valeur. 

            Enfin, ces moulins ont intéressé des industries. De 1655 à 1657, ils ont frappé de la monnaie royale exceptionnellement accordée au secteur privé. Si l’idée naquit d’utiliser la force hydraulique des moulins au profit de l’industrie du drap, elle ne put être concrétisée car les industriels d’Elbeuf et Louviers ont fait pression sur les autorités afin de limiter la concurrence locale. La concurrence était faussée.

           Durant de nombreux siècles, ces édifices ont apporté des services à la population locale sans apporter d’autre prospérité que celle de leurs quelques propriétaires. 

En 1856, ces figures familières qui peuplent les anciennes gravures de la ville ont été emportées dans les eaux de la Seine, avec le pont ancestral. Presque oubliés, ils n’apparaissent plus que dans les écrits à caractère historique et dans les rêveries de ceux qui aimeraient bien se balader à travers les âges… Ceux-ci peuvent toujours aller à Vernon où subsiste un de ces édifices sur les restes de l’ancien pont de la ville. Ils écouteront le murmure de l’eau et les vieilles histoires de ce grand-père de la force hydraulique. 

 

       A. Launay, avec nos remerciements à Patrick Sorel

Le moulin de Vernon fournit assurément l'image la plus réaliste de ce qu'étaient les moulins des anciens ponts de Pont-de-l'Arche (cliché Armand Launay, aout 2017). Coucou Monsieur Baboux !

Le moulin de Vernon fournit assurément l'image la plus réaliste de ce qu'étaient les moulins des anciens ponts de Pont-de-l'Arche (cliché Armand Launay, aout 2017). Coucou Monsieur Baboux !

Le moulin d'Andé permet aussi de se figurer avec réalisme ce que furent les anciens moulins de Pont-de-l'Arche (photographies du "moulin d'Andé" qui est la dénomination d'un hôtel en activité ce jour d'hui). On voit toujours l'aube du moulin.
Le moulin d'Andé permet aussi de se figurer avec réalisme ce que furent les anciens moulins de Pont-de-l'Arche (photographies du "moulin d'Andé" qui est la dénomination d'un hôtel en activité ce jour d'hui). On voit toujours l'aube du moulin.

Le moulin d'Andé permet aussi de se figurer avec réalisme ce que furent les anciens moulins de Pont-de-l'Arche (photographies du "moulin d'Andé" qui est la dénomination d'un hôtel en activité ce jour d'hui). On voit toujours l'aube du moulin.

Réparations à faire au moulin de Pont-deL’arche

 

=> Abbaye de Saint-Ouen de Rouen, [Cahier des réparations à faire dans les propriétés de l’abbaye], 1759, Archives départementales de Seine-Maritime, 1 B 5657. 

 

Autour des motelles seront remplacés quatorze pieux neuf pieds de longueur sur sept à huit pouces d’équarissage, lesquels seront armés d’un sabot de fer a quatre branches du poids de dix livres compris les cloux, et seront enfoncés jusqu’à six pouces au dessus de l’affleurement des pièces de Rives de la motelle aux quelles ils seront retenus chacun par un étrier de fer du poids de neuf livres compris les cloux, ensuite seront remplacées trois pièces de rives aux dites motelles pour servir à encastrer les Radiers lesquels auront chacun trente six pieds de longueur sur six à onze pouces à l’équarissage et seront retenües ensemble à leur extrémité par un boulon de fer à tête et clavelle, du poids de six livres.

Pour entretenir les dites motelles et retenir l’écartement  seront remplacées treize solles gravières en bois de chesne neuf de douze pieds de longueur chacune sur six à onze pouces d’équarissage, et pour contre garder les pièces de la motelle, sera remplacé quarante pieds de longueur de planches de douze pouces de large, et deux pouces d’épaisseur ; en plus à la grande motelle est à remplacer trois madriers de douze pieds de longueur chacun sur neuf pouces de large et quatre pouces d’épaisseur.

À l’angle de la digue sera aussi remplacé un pilot de neuf pieds de longueur sur sept à huit pouces d’équarissage lequel sera battu à refus et armé d’un sabot de fer de quatre branches du poids de dix livres compris les cloux comme ci devant.

 

Pieux pour le soutien du moulin

Du coté de la ville il sera remplacé un pieux d’écorre de trente deux pieds de longueur lequel sera placé en grume et aura quatre pouces de diamètre moyen, et pour soutenir ledit pieu d’écorre et le garantir du choc des glaces, il sera placé une pièce de garde en guette qui sera assemblée laquelle aura vingt un pieds de longueur sur dix pouces de gros ; Sera aussi remplacé pour soutenir ledit moulin douze autres pieux intermédiaire en grume de même longueur  et équarissage que celui ci dessous, tous seront solidement affermis et assemblés à tenons sur les Brayes ou semelles qui y seront fournis à neuf et auront cinq pieds de longueur chacune sur treize à quatorze pouces d’équarissage.

Parmi le surplus des pieux qui servent à soutenir ledit moulin, dix qui peuvent encore servir seront rafraîchis et il sera remplacé sous chacun une Braye ou semelle de cinq pieds de longueur, comme ci devant, sur treize à quatorze pouces d’équarissage.

Sera remplacé neuf masuriaux de neuf pieds de longueur chacun et de dix à onze pouces d’équarissage.

Sera posé pour la réparation de la vanne du moulin une planche de douze pieds de longueur, quatorze pouces de largeur et deux pouces d’épaisseur.

Sera remplacé au harnois d’en bas du moulin un seüil de vingt huit pieds de longueur que quatorze à quinze pouces d’équarissage.

On remplacera aussi deux Rayes pour élever ledit harnois, elles auront trente six pieds de longueur chacune et six à dix pouces d’équarissage.

Sera pareillement remplacé à neuf deux glisseurs pour porter les extrémités de l’arbre tournant, ils auront cinq pieds de longueur chacun sur douze à quinze pouces d’équarissage et seront posés sur les quatre selettes qui auront cinq pieds de longueur chacune, huit à neuf pouces de gros et qui seront aussi remplacés à neuf.

Sera remplacé, six arbalestriers de vingt pieds de longueur chacun sur onze à douze pouces d’équarissage pour porter le grand arbre tournant.

La grande roüe du moulin est à reconstruire à neuf, les bois en sont entièrement consumés ; pour ce on fournira un arbre tournant de vingt quatre pieds de longueur sur vingt cinq pouces en quarré, de droit fil et équari à vive arrette, six courbes avec leurs doublures pour le grand Roüet chacune de huit pieds de longueur sur quatorze pouces de largeur et neuf pouces d’épaisseur avec la doublure.

Cinquante quatre chevilles ou dents de Roüet, chacune de dix huit pouces de longueur et cinq à six pouces de gros.

Trois grands bras chacun de six sept pieds de longueur neuf pouces de largeur et quatre pouces et demy d’épaisseur, neuf autres bras pour porter les cintres aussi de dix sept pieds de longueur chacun sur quatre à cinq pouces d’équarissage.

Dix huit pièces de petits cintres chacun de dix sept pieds de longueur sur quatre à cinq pieds de gros.

Quarante huit esseliers ou lieus dont douze pour le grand cintre de deux pieds de longueur chacun et de six à quatre pouces d’équarissage et trente six pour le petit cintre de dix huit pouces de longueur chacun et quatre à cinq pouces d’équarissage. Dix huit aubes de seize pieds de longueur chacune sur un pieds de largeur et neuf lignes d’épaisseur plus six joües pour attacher les petits cintres de cinq pieds de longueur chacune sur quatre pouces de largeur et un pouce d’épaisseur ?

Tous ces bois seront bien choisis et bien servis, chacun de l’espée destinée à son usage, bien et solidement chevillé et assemblés suivant l’art, les cintres seront retenus et liés avec les grands bras, avec six boulons de quinze pour pouces de longueur chacun et un pouce d’épaisseur ; seront placés aux extrémités de l’arbre tournant trente six allumelles de fer de dix huit pouces de longueur, deux pouces de largeur et neuf ligues d’épaisseur. L’un des liens des extrémités de fer de l’arbre tournant sera remis en œuvre, l’autre sera fourny à neuf et aussy sept pieds quatre pouces de circonférence, trois pouces de largeur et neuf ligues d’épaisseur.

L’arbre montant de la lanterne sera remplacé à neuf, il sera équari à vive arreste et aura trente six pieds de longueur sur treize à treize (sic) pouces d’équarissage.

La grande lanterne sera reconstruite à neuf, les tourteaux auront cinq pieds de diamètre et huit pouces d’épaisseur avec leurs boubleuses, ou fournises pour ladite lanterne seize fuseaux de trois pieds de demy de longueur chacun et quatre à quatre pouces d’équarissage.

Sera remplacé à la heuse une pièce de neuf pieds de tour sur trente pouces d’épaisseur. Plus deux semelles de cinq pieds de longueur chacune sur dix à douze pouces de gros. Sera encore remplacé deux moises qui seront assemblées dans l’acolade de la heuse et qui auront sçavoir neuf pieds de longueur sur vingt à dix pouces de gros et l’autre neuf pieds aussy de longueur sur huit à vingt pouces de gros. Le hérison sera remplacé à neuf et composé sçavoir de huit bras de neuf pieds de longueur chacun et sept à huit pouces de gros et trente cinq pieds de cintre intérieur pour servir de doublure de même échantillon que les premiers ; soixante et douze dents ou chevillette de quinze pouces de longueur chacune sur cinq à six pouces d’équarissage. Les boulons de l’ancien hérison seront remis en œuvre.

La petite lanterne du montage sera aussy remplacée à neuf. Les tourteaux auront deux pieds un pouce de diamètre et cinq pouces d’épaisseur. On fournira douze fuseaux de deux pieds de longueur chacun sur trois pouces de diamètre. Sera aussy fourni à neuf pour laditte lanterne une frette de fer de six pieds sept pouces de circonférence deux pouces de largeur et six ligues d’épaisseur. Le pallier pour poser la meule sera aussy remplacé à neuf, il aura quinze pieds de longueur sur huit à huit pouces de gros, ensemble un montant de cinq pieds de longueur sur sept à huit pouces d’équarissage.

Sera encore remplacé à neuf trois visses et un héron desdits visses de cinq pieds de hauteur sur six pouces en quarré et l’héron de cinq pieds de longueur sur onze à treize pouces de gros.

Blutoir 

On fournira pour la réparation de la bluture vingt quatre pieds quarrés de planches de hêtre d’un pouce d’épaisseur assemblées à rainures et languettes plus deux potelets de quatre pieds six pouces de longueur chacun sur quatre à quatre pouces de gros.

Cette réparation étant à la charge de l’usufruitier [fermier, locataire], elle est énoncée icy seulement pour mémoire.

La trémie sera reconstruite à neuf et composée de quatre potelets de trois pieds de longueur chacun que quatre à quatre pouces de gros et vingt neuf pieds quarrés de planches de chesne d’un pouce d’épaisseur assemblées à rainures et languettes et retenües aux potelets avec quatre équerres de fer de huit pouces de branches est article cy inséré pour mémoire.

La cuve de meules sera réparée parce qu’il sera remplacé vingt deux pieds de longueur de cintres pour le bas sur cinq pouces de hauteur et douze pouces de largeur, dix montants  de deux pieds de longueur sur quatre et trois pouces de gros, quarante cinq planchettes de deux pieds de longueur chacune en mairain sur trois pouces de largeur et six lignes d’épaisseur, assemblées, à rainures et languettes. Inséré icy pour mémoire.

Les bois d’enchevesture du moulin sont entierrement consumés, il est nécessaire d’y remplacer quatre solives, sçavoir deux de neuf pieds de longueur et deux de huit pieds, les quatre de huit à douze pouces de gros, et assemblées aux bois, en observant les parties cintrées telles qu’elles sont aujourdhuy.

Sera remplacé au plancher du 1er étage deux poutrelles de neuf pieds de longueur chacune sur huit à neuf pouces de gros, plus deux pièces d’enchevesture chacune de dix pieds de longueur sur six à sept pouces d’équarrissage, plus deux autres pièces de trois pieds chacune aussi de six à sept pouces de gros, on employera à la réparation de ces planches soixante dix pieds quarrés de madriers de trois pouces d’épaisseur, assemblés ajouts quarrés, chevillés avec cheville ébarbelées de quatre à la livre.

Sera remplacée une dalle sous les colombages de vingt sept pieds de longueur sur onze à treize pouces d’équarrissage dans laquelle les dits colombages seront assemblés à tenons et mortoises. Pour parvenir à cette réparation, on fournira les étays nécessaires.

Sera remplacé deux auvents de vingt sept pieds de longueur chacun composés ensemble de cent trente six pieds quarrés de planches de chesne et quinze lignes d’épaisseur posées en recouvrant l’une sur l’autre de trois pouces, sur dix sept de chèvre (?) de trois pieds de longueur ? Inséré icy pour mémoire.

Sera fourni aussi pour garantir le moulin de l’égout des laviers (?) une gouttière de plomb de dix huit pouces de longueur sur quinze pouces de largeur et une ligne et demie d’épaisseur posée sur un triangle et une équerre de fer de force suffisante.

Le plancher du rès de chaussée sera réparé, on y employera vingt quatre pieds quarrés de planches de chesne sur deux pouces d’épaisseur. Inséré icy pour mémoire.

 

Cabinet au rès de chaussée, costé du château

Le cabinet sera reconstruit ainsy qu’il suit. Sera remplacé trois sommiers pour le plancher d’en bas de quinze pieds de longueur sur neuf à dix pouces d’équarrissage, lesquels seront recouverts dans toute la superficie du cabinet avec madriers de trois pouces d’épaisseur, assemblés à joints quarrés et chevillés sur chaque sommier avec chevilles de fer ébarbelées de quatre à la livre en nombre suffisant.

Sera posé tout au pourtour du cabinet un cours de dalle de vingt huit pieds de longueur et de six à sept pouces de gros sur lequel seront posés les poteaux de colombage lesquels auront huit pieds de longueur espacés à six pouces d’entrevaux et quatre à cinq pouces d’équarrissage et seront assemblés à tenons et à mortoises sur le cours de dalle et un cours de sablières qui sera à cet effet posés sur lesdits colombages et qui aura cinq à six pouces de gros.

Pour former le plancher supérieur sera posé deux sous glaces (?) de quinze pieds de longueur chacune sur trois à quatre pouces de gros attachées avec chevilles de fer aux pans de colombage sur lesquelles seront posés treize petits soliveaux de six pieds de longueur sur quatre à quatre pouces de gros, qui seront recouverts de planches de sapin d’un pouce d’épaisseur, cloüées sur les soliveaux avec bons cloux et assemblés à rainures et languettes.

Sera fourni pour la couverture dudit cabinet quinze chevrons de dix pieds de longueur sur trois à quatre pouces d’équarrissage. La couverture sera faite ensuite comme celle du moulin.

 

Des colombages

Les entrevaux tout au pourtour du cabinet seront remplis en plattre et gravelles et enduit de chaque côté à bois apparent. Dans l’intérieur du moulin il sera divers réparations aux entrevaux des colombages en plattre et gravelle montant ensemble à six toises superficielles. Inséré pour mémoire.

La couverture du moulin sera refaite à neuf en essaute, il y sera remplacé cinquante quatre pieds de longueur de chevrons, toute la latte, chaulatte, contrelatte et faitières seront fournis à neuf. Inséré pour mémoire.

Sera refait à neuf cinq croisées en bois de chesne et à un seul venteau, chacune de deux pieds et demi de largeur sur quatre pieds de hauteur, garnies de leurs ferrures et vitrage. Inséré pour mémoire.

Orientations documentaires

- Abbaye de Saint-Ouen de Rouen, [Cahier des réparations à faire dans les propriétés de l’abbaye], 1759, "Réparations à faire au moulin de Pont-deL’arche [sic]", Archives départementales de Seine-Maritime, 1 B 5657 et 14H919, article 19, pages 64-66 ;

- Charpillon Louis-Étienne, Caresme, Anatole, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys : Delcroix, 1868, 960 pages ;

- Drouet " Liards de France frappés à Pont-de-l’Arche et Acquigny (Eure) avec le différent de Rouen en 1655, 1656 et 1657 ", in Procès-verbaux de la Commission des antiquités de la Seine-Inférieure pendant l’année 1903, séance du 18 décembre 1903, pages 121-169 ;

- Dubois Henri (dir.), Un censier normand du XIIIe siècle : le livre des jurés de l’abbaye de Saint-Ouen de Rouen, Paris : C.N.R.S., 2001, 478 pages ;

- Fauroux Marie, "Recueil des actes des ducs de Normandie (911–1066)", in Mémoires de la société des antiquaires de Normandie, tome XXXVI, Caen : Société des antiquaires de Normandie, 1961, 560 pages ;

- Petit-Decroix Yvette, Binay Jean-Pierre, Masson Patrick…, Les moulins à eau du pays de Louviers, Louviers : Société d’études diverses de Louviers et sa région, 2005., 96 pages ;

- Roullé Sophie, "Les activités économiques et l’abbaye de Bonport au XIIIe siècle", p. 25-32, in Connaissances de l’Eure n° 104, Évreux, Société libre de l’Eure, avril 1997, 42 pages ; 

Sorel Patrick, "Les moulins de la Seine normande de Vernon à La Manche, Eure et Seine-Maritime, moulins ruraux et isolés, moulins à roue pendante et moulins bateaux", in Les moulins, n° 24, Paris, Fédération française des Associations de sauvegarde des moulins, 2010, 151 pages ; 

- Viollet Pierre-Louis, Histoire de l’énergie hydraulique : moulins, pompes, roues et turbines de l’Antiquité au XXe siècle, Paris : Presse de l’école nationale des Ponts et chaussées, impr. 2005, 232 pages.

       

 

[2] Viollet Pierre-Louis, Histoire de l’énergie hydraulique : moulins, pompes, roues et turbines de l’Antiquité au XXe siècle, page 48.

[3] Teloneum, toloneum (latin tardif) : bureau du percepteur d’impôts, le tonlieux.

[4] Fauroux Marie, Pontem Archas, et ecclesiam, et theloneum, cum molendinis tribus et piscariis omnium sub ipso Pont molendinorum et duas acres prati, et molendinium unum ad ecclesiam pertinentem…, page 139.

[5] Cf. annexe I, qui reprend l’intégralité de la partie concernant Pont-de-l’Arche.

[6] Elles ont grandi au fil des siècles tant et si bien que lors des draguages du lit de la Seine, après la chute du pont de 1856, on dût se débarrasser de ces terres en les jetant sur la rive en face de Pont-de-l’Arche : c’est ce qui explique pourquoi on voit apparaitre, entre les dernières gravures et les premières photographies, une large bande de terre sur laquelle se trouve, aujourd’hui le terrain de camping...

[7] DUBOIS Henri (dir.), Un censier normand du XIIIe siècle, page 150.

[8] DUBOIS Henri (dir.), Un censier normand du XIIIe siècle, page 152.

[9] DUBOIS Henri (dir.), Un censier normand du XIIIe siècle…, page 150.

[10] Petit-Decroix Yvette  (page 91) : "En 1838, plainte auprès du préfet de l’Eure des trois propriétaires des moulins à blé : Fréret, Fouchet et Lequeux, car les " entrepreneurs de bateaux à vapeur, de Rouen à Paris et vice-versa, ont conçu le projet, dans le seul intérêt de leur entreprise, de faire creuser une partie du lit de la rivière à l’amont de l’Arche Lacroix, la plus rapprochée de celle où sont placés leurs moulins, dans le but de procurer à leurs bateaux, lors des basses eaux, une profondeur convenable pour passer par cette arche et éviter ainsi de passer par l’écluse..." Les travaux étaient censés être dangereux pour le pont. La passe fut creusée. 1856, chute du pont justement à l’arche de la Croix.  

[11] Roullé Sophie, "Les activités économiques et l’abbaye de Bonport au XIIIe siècle", p. 28.

[12] M. Drouet : Nous tenons de la bouche d’un vieillard, qui avait travaillé à la reconstruction du pont de Pont-de-l’Arche, que, lors des dragages opérés pour déblayer le chenal obstrué par les fondations du vieux pont, des quantités de pièces de monnaie furent extraites parmi les déblais fournis par cette opération ; toutes les terres en provenant furent employées à l’établissements des talus qui bordent aujourd’hui les berges du fleuve du côté de la ville. Ces nombreuses pièces tombées montrent la vétusté des planchers des moulins mais aussi le peu d’importance bientôt attribuée à ces liards.  

[13] N° 4 d’aout 1803, p. 183. La réaction de M. Quesney fut vraisemblablement publiée dans le n° 5 de septembre, pages 55-57.

[14] Launay Armand, "Les manufactures de drap de Pont-de-l’Arche (XVIIe-XVIIIe siècle)", pages 21-24, in La Fouine magazine n° 10, décembre 2005.  Aussi sur le Net.

 

Armand Launay

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2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 16:56

En parcourant le fonds patrimonial de la médiathèque de Louviers, nous avons mis la main sur un opuscule de Maurice Collignon narrant un épisode de la guerre de 1914. Etant plutôt surprenant, nous vous en livrons quelques passages :

=> Collignon Maurice, "Une tentative des Allemands dans l’Eure et la Seine-Inférieure pendant la guerre de 1914", Evreux : éd. C. Hérissey, 1917, 50 pages, médiathèque de Louviers (cote : 1191) [1].

 

 

Le 16 septembre 1914

          … Le sergent Leroy… était à son poste à la gare d’Oissel, vers 8 h. 30 du soir quand le brigadier de gendarmerie d’Oissel lui donna connaissance du télégramme officiel : deux automobiles montées par des officiers allemands revêtus d’uniformes français étaient en circulation dans la région de Gournay-en-Bray. La dépêche ajoutait que trois gendarmes avaient été tués et que les automobiles devaient se diriger vers Écouis ou Étrépagny. Accompagné du caporal Morancé, le sergent Leroy se rendit aux postes voisins qui se trouvaient de chaque côté du tunnel sous lequel passe la ligne de Paris à Rouen : le poste n° 4 à Tourville-la-Rivière et le poste n° 3 à Sotteville-sous-le-Val ; il avertit les chefs de poste. Il s’en retourna ensuite vers Oissel.

Vers 10 h. et ½ du soir, le sergent Leroy et le caporal Morancé […] aperçurent descendant la côte des Authieux vers la Seine […] une lumière vive paraissant être le phare d’une automobile mais un phare à éclipse, qui s’avancerait par bonds successifs. […] Le sergent Leroy revint sur ses pas ; il traversa le premier pont et arrivé dans l’île aux Bœufs qui fait face à la ville d’Oissel, il s’arrêta au poste des gardes de voie, prit un fusil, des cartouches et emmena avec lui trois hommes armés, les soldats Duhamel, Gruel et Moreau. Pendant ce temps, les lumières avaient fait du chemin.

Au poste n° 4 de Tourville-la-Rivière, les gardes-voies les avaient aussi aperçues : une première auto passa à toute vitesse, puis une seconde moins éclairée. Les sentinelles de Tourville tirèrent. Les deux autos continuèrent vers les ponts d’Oissel. Le sergent Leroy et ses trois hommes qui étaient à 7 ou 800 mètres du poste de Tourville-la-Rivière ouvrirent le feu à leur tour sur les autos. Les phares de la première auto et les lanternes de la seconde s’éteignirent aussitôt. […] Prises dans la boucle de Seine, les autos allemandes devaient pour en sortir traverser Saint-Aubin-lès-Elbeuf et la ville d’Elbeuf sur des ponts gardés ou bien continuer de tourner en rond en suivant la route qui devait les ramener vers Sotteville-sous-le-Val, Igoville et la gare de Pont-de-l’Arche.

Le sergent Leroy… décida d’attendre les autos dans la seconde moitié de la boucle, car il se doutait bien qu’elles ne se hasarderaient pas à traverser Elbeuf. Cependant le sergent Leroy courut au poste d’aiguillage à l’embranchement de la ligne de Serquigny pour faire téléphoner à la gare de Saint-Aubin-lès-Elbeuf. Il alla chercher des renforts au poste n° 3 de Sotteville-sous-le-Val, mais le sergent Soulais, chef de poste, resta sceptique et ne croyant pas à toutes ces histoires d’autos et d’Allemands déguisés, il prit le temps de réfléchir et laissa repartir le sergent Leroy sans l’accompagner.

Les sergents Leroy et Arvieux et leurs trois hommes allèrent se poster  au lieu dit le Val Renoux, sur le territoire de Sotteville-sous-le-Val, à la bifurcation de la route qui longe la Seine vers Igoville et de la route qui monte la côte vers Tourville-la-Rivière et les Authieux.

Ils ne tardèrent pas à être rejoints par le sergent Soulais… dont le scepticisme cédait à la réflexion. Les six hommes restèrent ainsi en embuscade jusqu’à une heure du matin. […]

 

L’attaque ; la capture des Allemands

          Vers une heure du matin, plus de doute : les autos allemandes arrêtées sans doute en quelque coin caché se sont décidées à continuer leur route en longeant les rives de la Seine, vers l’amont, ce qui leur fera faire le tour presque complet de la presqu’île. Les deux lumières, la première éclatante, la seconde faible, les signalent de loin à la vigilance des gardes-voies. Les rôles sont distribués, le sergent Soulais fera les sommations et criera : « Qui vive ! halte ! » Les deux autres sergents et les trois hommes couchés sur le bord de la route tireront sur les autos. Les lumières approchèrent rapidement : les sommations sont sans effet ; les voitures passent. Mais au passage elles sont saluées par cinq coups de fusil ; puis les gardes-voies se relevant les poursuivent, tirant encore.

Un peu plus loin, deux coups de feu se font entendre ; ils ont été tirés par deux gardes-voies, les soldats Fouché et Cheval, du poste de Sotteville-sous-le-Val, qui ayant terminé la faction règlementaire étaient venus s’embusquer à une cinquantaine de mètres de la première embuscade. Malgré les coups de fusil, les autos continuent leur route. Une circonstance fortuite va faire tomber la première, une forte Limousine, aux mains des courageux territoriaux. Par suite de la vitesse, cette limousine n’a pu tourner assez court pour passer à angle droit sous la première arche du viaduc de la voie ferrée Paris-Rouen ; elle quitte la route et s’engage sous la seconde arche en écornant la pile en briques au passage. La sentinelle Huguet n’a que le temps de sauter de côté pour ne pas être écrasée. La voiture ne va pas loin ; elle s’engage dans la prairie et s’enlise à trente mètres du bord de la route. […]

La deuxième voiture, bien que faiblement éclairée, suit la bonne direction, passe sous la première arche et disparaît dans la nuit noire. […] Un instant après, les hommes du poste de Sotteville-sous-le-Val attirés par la fusillade accourent… Le sergent Leroy… fait mettre baïonnette au canon. Les quinze à vingt hommes foncent sur la voiture. Les sergent Leroy et Soulais saisissent l’officier par les bras et le désarment. Il leur remet un revolver Browning à huit coups.

Cinq hommes portant l’uniforme du génie allemand sortent de l’auto sans essayer de résistance. Ils sont désarmés. Les six prisonniers sont conduits au poste n° 3… On s’aperçoit alors que l’officier est blessé au bras et à la cuisse. Dans l’auto, les territoriaux trouvent trois fusils allemands ainsi que des cartouches, objets d’équipement, havresacs, bidons, des cartes, etc. […] Pendant ce temps, les gardes-voies des postes de Sotteville-sous-le-Val et Tourville-la-Rivière avaient découvert la seconde auto.

 

Capture de la seconde auto

 … la seconde auto… avait fait un kilomètre et avait stoppé près du calvaire, sur la route de Sotteville-sous-le-Val à Igoville. Les Allemands valides qui s’y trouvaient s’étaient enfui dans la campagne. Le camion auto découvert par les gardes-voies… transportait des caisses contenant plusieurs centaines de kilos d’explosifs et en outre des piles, du cordon Bickford, des fils électriques, etc. ; de quoi faire sauter plusieurs ponts. On entend des râles… Le sergent Leroy… aperçoit un Allemand grièvement blessé à la gorge… L’officier commandant l’expédition et le soldat blessé reçoivent les soins du docteur Cottoni, d’Oissel. Ils sont ensuite transférés à Rouen. […] Il restait à découvrir les Allemands de la seconde voiture. Dès le petit jour, des patrouilles furent faites par les gardes-voies et les gendarmes. […] On demanda au capitaine allemand quels ponts il voulait faire sauter : Le plus de ponts que j’aurais pu, répondit-il évasivement. La carte routière saisie sur lui portait un trait rouge indiquant la voie suivie : Gournay, Martagny, Étrépagny, Écouis, Fleury, Pîtres et Alizay. Ces deux dernières communes sont à deux kilomètres du pont du Manoir sur la voie ferrée Paris-Rouen. Dans la nuit du 21 au 22 septembre, deux soldats allemands qui avaient abandonné l’auto camion vinrent à Saint-Aubin-lès-Elbeuf et furent amenés au poste de la garde civile par M. Dorival, garde civil. Ils mouraient de faim et avaient dans leurs poches des morceaux de betteraves crues. Alphonse Leroy fut promu adjudant et reçut la médaille militaire le 13 mars 1915. 

 

 

Commentaire

Si dans tout conflit on ne retient principalement que les combats, c’est pourtant la logistique qui assure en grande partie l’efficacité d’une armée. Et la logistique, c’est pourvoir non seulement aux besoins vitaux des hommes de troupe mais c’est aussi faire parvenir le matériel de destruction. C’est une organisation faramineuse qui investit le travail de bien plus d’hommes que les combats eux-mêmes (7 hommes pour 1 soldat américain lors de la Première guerre mondiale). Alors, nombre d’actions sont menées par les belligérants pour saper les défenses ennemies : la tentative allemande que nous venons de lire, sacrifiant peu d’hommes et de matériel, participe bien de cette vision de la guerre. Si la ligne ferroviaire Paris-Rouen-Le Havre était coupée, comment déployer efficacement le matériel anglais débarqué au Havre ? Comment approvisionner les troupes restées à l’arrière du front, comme, par exemple, au camp anglais des Damps où le Royal Flying Corps réparait des moteurs d’avion ? Dans la perspective d’une guerre éclaire, comme on la souhaitait encore en 1914, il s’agissait de faire écrouler l’armée ennemie en perçant ses lignes. Ces quelques Allemands furent donc victimes d’une surveillance générale qui s’est avérée poreuse dans la campagne normande. Il est vrai, enfin, que le secteur de Pont-de-l'Arche et Oissel ne pouvait manquer d’être bien surveillé : entre le pont du Manoir, les deux ponts d’Oissel, le pont d’Andé et celui de Saint-Pierre-du-Vauvray, la région était une cible plutôt intéressante.

 

On peut aussi consulter, à ce sujet, L’Industriel de Louviers du 19 septembre 1914.

 

A lire aussi...

Un camp britannique de la Première guerre mondiale aux Damps et à Pont-de-l'Arche

 

 

Armand Launay

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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 17:47

Charpillon L.-E., Caresme Anatole, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys : Delcroix, 1868, 960 p., t. II, p. 398-399.  

 

IGOVILLE  

 

Paroisse des : Doy. de Periers. – Vic. et Élec. de Pont-de-l’Arche. – Dioc. et Gén. de Rouen. 

La paroisse dédiée à saint Pierre a été formée au moyen d’un démembrement de celle de Pîtres ; le trésorier de la cathédrale de Rouen présentait à la cure. 

Le 17 juillet 1198, Richard Cœur de Lion étant au château Gaillard, donne aux moines de Saint-Ouen, le village de Poses, en échange de Limaye, près Pont-de-l’Arche, l’étang de Martainville et la dîme des moulins de Rouen. 

Vers 1245, Igoville contenait 117 paroissiens, le revenu de la cure s’élevait à 36 l. Jean de l Champagne, chanoine de Rouen, était patron ; le curé d’alors avait été présenté par Henri d’Andely, prédécesseur de ce chanoine dans la prébende[1].  

Jean de Poissy était, vers 1260, seigneur de Gouy, les Authieux, Sotteville, Igoville, etc….[2]. À la même date, un sieur Roger, dit Simon de Limaye, de la paroisse Saint-Pierre d’Igoville faisait une vente à Abraham, bourgeois de Pont-de-l’Arche. 

En 1289, le prieuré du Mont-aux-Malades donna en échange, à Laurent le Chambellan un fief de haubert, sis à Sotteville et Igoville dit : le Fief aux Malades.  

À la même époque, le forestier des moines de Saint-Ouen, à Sotteville-sous-le-Val, avait la moitié du pain fetis recueilli à Noël dans la paroisse d’Igoville, la moitié des œufs, à Pâques et des gerbes en septembre[3].  

Laurent le Chambellan mourut en 1304 et fut inhumé dans l’église du Mont-aux-Malades ; sa fille unique Lucie avait épousé Pierre de Poissy, auquel elle porta le fief aux Malades dont elle hérita à la mort de son père.  

Jean de Poissy, leur fils, obtint en 1323 la confirmation de la charte de Odon de Malpalu, grand panetier de Normandie.  

En 1470, le trésorier de la cathédrale de Rouen confère les cures d’Igoville et de Sotteville-sous-le-Val[4].  

Au commencement du XVIIe siècle, Barthélemy Selles tenait le fief aux Malades, situé sur Sotteville et Igoville, qu’il vendit le 27 mai 1621 à Jean Le Cornu, esc., seigneur de Bimorel, conseiller au Parlement de Rouen et commissionnaire aux requêtes du palais.  

Jean Le Cornu, marié à Madeleine Restout, mourut le 18 janvier 1641, laissant entre autres enfants : François, Laurent, Nicolas, etc. ; il fut inhumé à Sainte-Croix-Saint-Ouen.  

Il y avait à Igoville, en 1647, une confrérie de la Saint-Vierge et une autre de Saint-Pierre et Saint-Paul.

Laurent Le Cornu, deuxième fils de Jean, sieur d’Igoville, trésorier de France à Rouen, donna tant à l’hôpital qu’à l’Hôtel-dieu et à d’autres maisons pieuses, plus de 100,000 écus, en sorte qu’il est regardé à Rouen comme le père des pauvres[5] ; il vendit le fief aux Malades à Barthélemy Boivin, sieur de Bonnetot, conseiller aux comptes.  

 

Le Cornu : d’argent, à deux fasces de sable.  

Boivin : d’azur à trois croix d’or.  

 

En 1747, la chapelle du manoir de Claude-François d’Esmangard à Igoville fut bénite par M. Esmangard, vicaire général de l’archevêque.  

En 1783, Marie-Françoise Groullard de Torcy, veuve de Henri-Alexandre du Moncel, habitait le château d’Igoville.  

 

Groullard : d’azur à trois château d’or, 2 et 1.  

Du Moncel : d’azur au chevron d’or, accompagné de trois merlettes d’argent.  

 

Alexandre-Marie du Moncel de Torcy épousa Marie-Louise des Marets de Saint-Aubin, qui devint veuve et épousa en secondes noces Jean Firmin, comte de Vieux, dont elle eut Édouard-Marie Firmin, comte de Vieux.  

 

De Vieux : burelé d’argent et d’azur à l’aigle d’azur brochante sur le tour.  

 

Le fief d’Igoville appartenant aux moines de Saint-Ouen, était un membre de la baronnie de ce nom.  

La haute justice d’Igoville fut aliénée en fief en 1706, moyennant une somme de 990 l. ; elle passa successivement dans les mains de François Baudouin, Louis Baudouin ; et du sieur Esmangard.  

Le 26 août 1860, Mme la comtesse de Vieux fut marraine à Igoville d’une cloche que bénit Mgr Devoucoux, évêque d’Évreux ; cette dame et son fils vendirent le domaine d’Igoville le 26 septembre 1872 à Louise-Jeanne-Adélaïde de Clisson, fondatrice de l’orphelinat de Saint-François-Xavier.  

Les débris de l’ancienne forteresse de Pont-de-l’Arche et l’écluse qui occupe une partie de son emplacement, sont compris sur le territoire d’Igoville.  

Le château avait une chapelle dédiée à saint Étienne, à la présentation des chanoines de Cléry[6].   

 

IGOVILLE. – Cant. de Pont-de-l’Arche à 14 m. d’alt. – Sol : alluvions contemporaines, alluvium, craie blanche. – St chem. de fer de Pont-de-l’Arche. – R. nat. n° 154 d’Orléans à Rouen. – Surf. terr. 566 hect. – Pop. 432 hab. – 4 cont. 4558 fr. en ppal. – Rec. ord. budg. 2967 fr. – * Percep. et Rec. cont. ind. de Pont-de-l’Arche. – Paroisse. – École mix. de 30 enfants tenue par une religieuse – 11 débits de boissons. – 10 perm. de chasse. – Dist. en kil. aux ch.-l. de dép. 36, d’arr. 14, de cant. 2. 

 

Dépendances : Le Fort.  

Agriculture : Céréales, bois.  

Industrie : four à chaux. – 23 patentés.  

 

[1] Notes Le Prévost, p. 274, t. 2.  

[2] Hist. d’Harcourt.  

[3] Dom. Pommeraye, Hist. de la cathédrale de Rouen.  

[4] Dom Pommeraye, Histoire de la cathédrale de Rouen.  

[5] Dom T. Duplessis.  

[6] Notes, Le Prévost, t. 2, p. 275. 

 

Armand Launay

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 13:46

L’Industriel de Louviers du 20 mars 1918.

 

Mort du général Avon, propriétaire du château d’Igoville à 77 ans. Né à Mulhouse le 15 février 1841, il participa à la campagne de 1870 comme aide de camp du général Bisson, commandant d’une division du corps d’armée du maréchal Canrobert. Blessé à la célèbre bataille de Rezonville, il prit tout de même part, deux jours après, à la bataille de Saint-Privat. Il s’échappa lors de la capitulation de Bazaine et rejoignit l’armée de la Loire. Il fut promu colonel en 1890 puis nommé chef d’état-major du général Saussier, gouverneur de Paris. Général de brigade en mars 1915, il commanda la première brigade d’infanterie à Lille. Commandeur de la Légion d’honneur, il participa en tout à sept campagnes. 

 

Il acheta le couvent d’Igoville après la dissolution des congrégations enseignantes en 1904. Il avait transformé les bâtiments en une belle propriété de campagne où il passait une partie de l’année. Réactionnaire et catholique militant, il écrivit dans la Croix de l’Eure.   

 

 

A lire aussi...

Le château d'Igoville

 

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 13:43

Doinel A., Notice historique sur Alizay, Paris : Le livre d’histoire-Lorisse, 2004, 72 p.

 

Cet ouvrage date de 1880. M. Doinel était l’instituteur laïque de la commune. Il a mentionné les sobriquets attribués aux habitants de certains villages sans préciser, toutefois, si ces surnoms étaient utilisés systématiquement et par qui ? N’étaient-ils connus que des gens d’Alizay ? Que signifient-ils tous ? 

 

Les carnages de Pont-de-l'Arche

Les sorciers d’Alizay

Les carcasses d’Igoville

Les Manants du Manoir

Les capons souffleurs de Pîtres

Les cornus de Montaure

Les Brûleurs d’ânes de Criquebeuf

Les sacrés de Poses

Les pédants de Notre-Dame

Les Roussiers de Saint-Cyr

Les Mâchoires des Damps

Les marras de Martot

Les Fioux de Léry

Les malins de Connelles

Les carottiers de Porte-Joie

Les hiboux de Tostes

Les brouettiers d’Herqueville

Les mangeurs de soupe de Louviers

Les danseurs des Andelys

Les Culs terreux du Neubourg

Le mâqueu d' soupe (statuette de Notre-Dame de Louviers)

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Armand Launay

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6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 17:59

Lorsqu'on quitte Pont-de-l'Arche pour aller à Igoville ou Rouen, on emprunte une route (D6015) qui repose sur des arches que l'on découvre au bout de quelques années, quelques mois pour les plus observateurs : ce sont les arches du Diguet.

Vue sur des arches du Diguet depuis la plaine (cliché Armand Launay, février 2006).

Vue sur des arches du Diguet depuis la plaine (cliché Armand Launay, février 2006).

On se demande pourquoi on a construit des arches au lieu de fondations en terre, tout simplement. Un retour en arrière sur l'histoire de ces énigmatiques arches permet d'y répondre...
Lors de la création des fortifications militaires dont est issue la ville de Pont-de-l'Arche (IXe siècle), la voie principale reliait les antiques voies romaines par les stations que sont Caudebec-lès-Elbeuf et Fleury-sur-Andelle (en passant par Le Manoir, par l'ancienne route). Le premier document qui mentionne une voie allant de Pont-de-l'Arche au port d'Oissel date du XIIIe siècle (Charpillon & Caresme : article "Pont-de-l'Arche). Elle raccourcissait donc le chemin de halage entre Vernon et Rouen. Si une route qui traverse la vallée entre Pont-de-l'Arche et Alizay-Igoville dépasse l'intérêt strictement local, on peut donc imaginer que les arches remontent au moins à cette période.  

Quant au nom, il est attesté en 1596 où des travaux de charpente furent entrepris à "l’arche du Diguet" sur le pont de Pont-de-l’Arche par Geofroy Gigault, maitre charpentier de Rouen (d'après Charpillon & Caresme). Selon toute vraisemblance, ce pont reliait la rive droite de la Seine (côté Igoville) au fort de Limaie (là où se trouvent actuellement la station-essence et l'auberge du Pressoir).

Nous retrouvons ensuite une représentation de ces arches dans l'atlas de Daniel-Charles Trudaine , intendant des finances et directeur des Ponts et chaussées. La portion de Pont-de-l'Arche fut établie par  Jean-Prosper Mariaval (fils) vers 1759. Dans la reproduction ci-dessous, on les voit symbolisées par des ruptures sur la voie reliant Pont-de-l'Arche à Igoville.

Trudaine--pour-le-Diguet-.JPG


En 1834, une délibération du Conseil municipal de Pont-de-l'Arche se fait l'écho du pont du Diguet. Les élus souhaitent qu'il soit démoli "tant il est vétuste et en ruines". Le gouvernement projette de remplir la chaussée sans arches. Les habitants d’Alizay s’y opposent car ils ont peur que "cela décuple les effets des inondations". En effet, jusqu’alors, les eaux s’échappaient toujours par les arches de ce pont. Les élus de Pont-de-l'Arche souhaitent qu'une étude soit menée afin de vérifier la pertinence de maintenir des arches en ce lieu.

En décembre 1834, les élus ont un rapport en main. La Seine déborde à 14 pieds d’eau. A 16 pieds, les eaux coulent sous les trois arches du sud du Diguet, qui désigne désormais toute la partie centrale de la vallée, là où passe la route. A 17 pieds, elles coulent sous l’arche la plus au sud, la plus proche de la ville de Pont-de-l'Arche. A 18 pieds, elles coulent aussi sous l’arche la plus au nord, côté Igoville. L’arche du Diguet est donc dans la partie la plus basse de la vallée en dehors du lit de la Seine. C'est la partie la plus utile à l’écoulement des eaux. La rapport nous informe que la Seine a connu une ou deux inondations en dix ans. Il note qu'en 1783, 1789 et 1793, toutes les arches ne suffisaient pas à l’écoulement des eaux et plusieurs membres du Conseil se rappellent être allés à Alizay en barque. Une partie des habitations d’Alizay étaient inondées.

Quand la Seine glace, les arches du grand pont de Pont-de-l’Arche glacent les premières (elles sont plus petites). Les eaux débordent vers le nord, vers Igoville, et charrient de grands blocs de glace qui passent sous les arches du Diguet. La débâcle arrive souvent avec la marée et le vent d’ouest évidemment.

En 1838, il est acquis que le futur pont du Diguet aura deux arches. Si nous n'avons pas la date de construction, nous constatons que ces arches ont été édifiées durant cette période à en voir l'architecture, encore visible, caractéristique du savoir-faire de l'époque.

Millésime gravé sur une des clés d'une des arches du Diguet. Elle commémore le niveau maximum des eaux, les premier et deux février 1910, lors de la célèbre crue centennale (cliché Armand Launay, février 2006).

Millésime gravé sur une des clés d'une des arches du Diguet. Elle commémore le niveau maximum des eaux, les premier et deux février 1910, lors de la célèbre crue centennale (cliché Armand Launay, février 2006).

Cependant, depuis la démolition du barrage de Saint-Aubin-lès-Elbeuf en 1934, les eaux de Seine ont largement baissé jusqu'au barrage de Poses. C'est ainsi que la plaine alluviale d'Alizay-Igoville est très rarement inondée. L'hiver 2018 nous a permis de renouveler notre regard sur cet espace car les arches ont vu passé de l'eau sous leur ombre et la Seine a mouillé la déviation d'Alizay. Cela rappelle les paysages d'antan où la Seine occupait bien plus souvent le fond de sa vallée. 

Pour l'anecdote, l'arche la plus accessible est située le long de la rue de la gare, à Alizay... bien qu'elle soit à moitié enterrée par le talus de la nouvelle voie (voir notre article sur la gare).

Quelques arches du Diguet durant la crue de février 2018 (cliché Patrice Royer).

Quelques arches du Diguet durant la crue de février 2018 (cliché Patrice Royer).

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  • : Pont de l'Arche histoire, patrimoine et tourisme
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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au cœur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

- Mieux connaitre Pont-de-l'Arche à travers 150 noms de rues et de lieux ! (Autoédité, 2019, 64 pages). 

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte.

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