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22 novembre 2020 7 22 /11 /novembre /2020 07:50
Vue générale depuis la falaise est sur une carte postale des années 1910 conservée aux Archives départementales de l'Eure (10 NUM 3612).

Vue générale depuis la falaise est sur une carte postale des années 1910 conservée aux Archives départementales de l'Eure (10 NUM 3612).

 

Le riche patrimoine d’Acquigny est bien mis en valeur et protégé. On le parcourt avec un évident fil conducteur : l’eau. 

Un ru tailla le Val Noël qui sépare un éperon du plateau de Madrie. Sur cet éperon, appelé Cambremont, une enceinte préhistorique, classée Monument historique en 1945, a été identifiée par Léon Coutil. Avec l’allée couverte de Pinterville elle atteste l’occupation humaine depuis le Néolithique récent du Bassin parisien, c’est-à-dire entre 2000 et 3000 avant Jésus-Christ. La défense d’Acquigny se mesure aussi par le “château Robert”, daté du XIIe siècle, au même lieu mais en ruine et, probablement, un camp romain dans le bois de Mesnil-Jourdain. Acquigny a, semble-t-il, été un verrou défensif de l’entrée du méandre de Louviers. 

La présence humaine a été continue comme le reflète son nom romain : Acinius iacum, le domaine d’Acinius, surnom désignant la baie (le fruit). Un propriétaire chauve, rougeaud ou rondouillard a peut-être été affublé de ce sobriquet comme Cicéron fut dénommé d’après son crâne chauve rappelant le “pois chiche” (“cicero”). 

Acquigny est le lieu où confluent l’Eure et l’Iton. Le premier confluent était naturel, à l’est des Planches, et fut remplacé par la base de loisirs nautiques. Le second confluent se lit sur la carte de Cassini, au XVIIIe siècle. Il se trouve à Acquigny même et est alimenté par un bras de l’Iton remontant artificiellement vers le nord, peut-être dans un ancien bras de l’Eure, jusqu’au château d’Acquigny en arrosant le moulin-Potel. Ceci explique peut-être partiellement le culte voué à saint Mauxe (abréviation et prononciation normande de Max) et saint Vénérand depuis le haut Moyen Âge. Au-delà d’un type de légende commun ‒ où des saints donnent leur vie pour démontrer leur foi dans une vie après la mort ‒ nous notons que les deux confluents sont dévolus au culte des saints martyrs. Une chapelle Saint-Mauxe, vestige du prieuré, se trouve près du confluent aval. Un clos Saint-Mauxe se trouve au confluent amont, à la limite de la paroisse d’Heudreville. Saint-Mauxe semble informer des limites d’une propriété foncière ancienne autour de ce lieu de passage. 

Acquigny a été colonisée par les Vikings, comme en atteste la toponymie : “Le Hom” désignant une ile en norrois, “La Londe” désignant un bois, “Becdal” au nord de la commune désignant semble-t-il le champ de la rivière. Un imposant manoir du XVIIe siècle, classé Monument historique en 1978, se trouve en ce lieu. De cette implantation sont issus les barons du duché normand. Un Roger Ier de Tosny, propriétaire à Conches, donna ici en 1035 des terres à l’abbaye de Conches pour y fonder le prieuré Saint-Mauxe. À n’en pas douter, le confluent nécessita une présence humaine pour s’assurer du respect des droits de passage. Après tout, l’Iton donne accès à Évreux puis Conches par la route et l’Eure donne accès à Chartres, d’un côté, et à la Seine de l’autre côté.

 

Vestiges du château-Robert d'Acquigny par Frédéric Ménissier en avril 2021.
Vestiges du château-Robert d'Acquigny par Frédéric Ménissier en avril 2021. Vestiges du château-Robert d'Acquigny par Frédéric Ménissier en avril 2021. Vestiges du château-Robert d'Acquigny par Frédéric Ménissier en avril 2021.

Vestiges du château-Robert d'Acquigny par Frédéric Ménissier en avril 2021.

Vue sur la rive droite de l'Eure, à Acquigny, en janvier 2021 par le regard de Frédéric Ménissier, que nous remercions.

Vue sur la rive droite de l'Eure, à Acquigny, en janvier 2021 par le regard de Frédéric Ménissier, que nous remercions.

Il n’est donc pas étonnant que l’église et le château seigneurial fussent bâtis entre l’Eure et l’Iton, quelque peu protégés. Un temps possédé par les contes de Laval, le château actuel, classé Monument historique en 1946, fut édifié à partir de 1557 par Anne de Laval. Cette veuve de Louis de Silly, était cousine du roi de France et première dame d’honneur de Catherine de Médicis. Par bonheur, Acquigny est toujours rehaussée par ce château et son parc, sertis par les rivières. C’est même le château qui ‒ fait assez rare pour une commune de cette taille ‒ est plus notable que l’église paroissiale. Celle-ci, placée sous le patronage de Sainte-Cécile, a pourtant ‒ et à juste titre ‒ été classée Monument historique en 1975 et 2001. Elle est fortement marquée par sa rénovation du XVIIIe siècle ; rénovation due au président d’Acquigny : Pierre-Robert Le Roux d’Esneval, qui dirigeait une des chambres du parlement de Normandie. Le plus original dans la région, à défaut d’être plus ancien, est le fronton de la façade refait vers 1780 par l’architecte Charles Thibault ; un fronton qui évoque bien plus un temple classique que l’art roman ou gothique commun dans nos églises locales. 

Le long d’une ancienne voie qui servait sûrement à éviter les eaux de crue, c’est presque un second Acquigny qui s’est développé depuis quelques siècles le long de la route de Louviers, allant vers Évreux. Ce quartier contourne le cœur historique de la commune, préfigurant la voie rapide actuelle et traduisant le fait que le passage s’est détourné de l’eau. 

Enfin, la force de l’eau a alimenté les moulins, notamment pour battre la monnaie royale au XVIIe siècle. Une proto-industrialisation s’est développée au début du XIXe siècle. On voit encore les moulins à foulon puis les usines le long de l’Eure sur les différentes illustrations du XXe siècle. Avec les anciennes carrières, le long des falaises vers Pinterville, toute une histoire industrielle se lit qui a animé et fait vivre le peuple acquignicien.

 

Ajout d'avril 2021 : Les amateurs d'histoire pourront consulter sur Gallica l'œuvre intégrale de Pierre-François Lebeurier intitulée Notice historique sur la commune d'Acquigny avant 1790 et éditée en 1862.

 

Les illustrations ci-après sont issues de la Plateforme ouverte du patrimoine mise à disposition par le Ministère de la culture. 

Histoire d'Acquigny : petit survol...
Histoire d'Acquigny : petit survol...

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au cœur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

- Mieux connaitre Pont-de-l'Arche à travers 150 noms de rues et de lieux ! (Autoédité, 2019, 64 pages). 

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte.

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