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20 août 2015 4 20 /08 /août /2015 09:14
L'hospice tel qu'il se présentait dans les années 1960 : deux édifices parallèles (XVIIe siècle) tournés vers le nord. A remarquer, le cartouche qui couronne le portail en fer forgé et qui indique : Hôpital - hospice. A remarquer aussi, devant le pavillon en brique au fond à gauche, quelques personnes âgées discutant, notamment sur les bancs sous les arbres (cliché Ciné Lefer pour le bulletin municipal : Revue cantonale n° 1, 1965).

L'hospice tel qu'il se présentait dans les années 1960 : deux édifices parallèles (XVIIe siècle) tournés vers le nord. A remarquer, le cartouche qui couronne le portail en fer forgé et qui indique : Hôpital - hospice. A remarquer aussi, devant le pavillon en brique au fond à gauche, quelques personnes âgées discutant, notamment sur les bancs sous les arbres (cliché Ciné Lefer pour le bulletin municipal : Revue cantonale n° 1, 1965).

Faites le point sur le patrimoine architectural ancien de l’hôpital.

 

 

Un lointain ancêtre : l’hôtel-Dieu et la Salle d’armes

Un hôtel-Dieu est un établissement tenu par des religieux afin d’accueillir les pauvres et les malades. Hôtel et hôpital, deux mots qui désignent en français les espaces où l’on accueille des hôtes. Ces établissements sont les très lointains ancêtres de nos hôpitaux.

Nous nous basons ici sur l’étude de Paul Goujon, citée dans les sources, fondée sur les Archives de l’Eure pour jalonner l’histoire de l’hôtel-Dieu de Pont-de-l’Arche et, surtout, l’action des frères pénitents.

Le document le plus ancien, 1281, cite une maison où les pauvres recevaient l’hospitalité. Celui-ci est signé par le doyen de Lisieux, Guillaume du Pont-de-l’Arche, qui donna aux moines de l’abbaye de Bonport divers édifices près des remparts et du cimetière, donc de l’église Saint-Vigor, actuelle Notre-Dame-des-arts. Il conditionna ce don par l’obligation de continuer à accueillir les pauvres. On peut supposer que cet hôtel-Dieu était situé au-dessus de la Salle d’armes car cet espace apparait plus tard comme la cave de l’hôtel-Dieu. Il serait alors en face du cimetière et près des remparts.

La première mention de l’hôtel-Dieu se trouve dans une charte du roi Philippe le Bel datée de mars 1310. Les moines de Bonport n’ont pas dû en garder longtemps la responsabilité car les archives médiévales montrent que l’hôtel-Dieu était dirigé par un gouverneur et administrateur qui recevait une dotation de la vicomté. Il en reversait, le plus souvent, une part à un gérant qui était réellement présent sur les lieux. Paul Goujon montre que les administrateurs étaient le plus souvent des prêtres qui résidaient peu sur place et se faisaient remplacer par des assistants. Le même auteur identifie vers 1590 deux noms de directeurs de l’hôpital : Pierre Langlois, curé, et Louis Langlois, clerc, membres d’une famille d’officiers royaux siégeant au bailliage. L’hôtel-Dieu était alors un bénéfice ecclésiastique dépendant de l’évêque, c’est-à-dire un bien censé donner des moyens de subsistance... et d’action à un dignitaire catholique.

Au début du XVIIe siècle, l’hôtel-Dieu revint au curé de Cléon, Thomas Cyrot, membre d’une famille comptant des officiers royaux au bailliage. En 1611, c’est Richard Cyrot, plus tard curé de Criquebeuf, qui devint administrateur et ce pendant 36 années. Paul Goujon, ayant lu les comptes annuels rendus à la vicomté, mesure le sérieux de la gestion et l’implication financière de Richard Cyrot qui mobilisa ses deniers personnels. Les revenus de l’hôtel-Dieu étaient misérables : 30 livres de la vicomté plus les recettes de quelques terres et jardins, de quelques redevances perçues sur des particuliers et sur les droits de halle du marché… Quant au service, il était bien maigre : quelques lits, des couvertures, du bois de chauffage, un peu de nourriture, d’eau et de vin.

Quelques décorations au rez-de-chaussée et surtout la Salle d'armes (ancienne cave) rappellent l'existence de ce qui fut l'hôtel-Dieu de Pont-de-l'Arche, remplacé - pour sa partie haute - par un bâtiment du début du XIXe siècle (clichés Armand Launay, 2006 et 2013).
Quelques décorations au rez-de-chaussée et surtout la Salle d'armes (ancienne cave) rappellent l'existence de ce qui fut l'hôtel-Dieu de Pont-de-l'Arche, remplacé - pour sa partie haute - par un bâtiment du début du XIXe siècle (clichés Armand Launay, 2006 et 2013).

Quelques décorations au rez-de-chaussée et surtout la Salle d'armes (ancienne cave) rappellent l'existence de ce qui fut l'hôtel-Dieu de Pont-de-l'Arche, remplacé - pour sa partie haute - par un bâtiment du début du XIXe siècle (clichés Armand Launay, 2006 et 2013).

Les pénitents acquièrent l’hôtel-Dieu (1649) et l’étouffent.

La municipalité le récupère

Vers 1647, Richard Cyrot se laissa persuader d’aider des frères pénitents du tiers ordre de Saint-François de la province de Saint-Yves (prenez une respiration) à établir un couvent à Pont-de-l’Arche pour gérer l’hôtel-Dieu notamment grâce à une présence humaine et spirituelle plus ample. Il appuya leur demande auprès des autorités. Le rôle d’un certain “père Chérubin” est cité. Celui-ci, gardien du couvent des pénitents de Vernon, était déjà connu dans la ville pour ses sermons convainquants et il était, qui plus est, né à Pont-de-l’Arche au sein de la famille de Richard Cyrot...

Rappelons aussi que le catholicisme connaissait alors un renouveau notamment par la prédication, que ce soit avec des moines séculiers ou des laïcs comme les pénitents du tiers ordre franciscain exerçant une vie consacrée à l’image des moines (premier ordre) et des moniales (deuxième ordre). Ceci est évidemment une des réactions promues par la Réforme pour contrecarrer le protestantisme.

Paul Goujon souligna l’arbitraire de la bienveillance des autorités religieuses et royales qui, en juillet 1649 et après de longues intrigues, accordèrent aux pénitents le droit de s’installer dans les locaux de l’hôtel-Dieu qui ne sera désormais plus un bénéfice ecclésiastique. Ce renouveau du prêche catholique explique aussi l’installation à Pont-de-l’Arche, vers 1640, du couvent Saint-Antoine.

Les pénitents eurent à faire face à l’hostilité de la population qui voyait arriver, certes des hommes de religion, mais aussi des propriétaires ayant besoin de se nourrir et donc de maitriser des biens très matériels. Des biens que ces hommes spirituels n’oubliaient pas si l’on en croit l’ironie mordante de Paul Goujon qui leur taille peut-être pas un costume mais une robe de bure à leur dimension. Ils venaient s’ajouter au curé, son vicaire, six chapelains et divers prêtres habitués à venir à Pont-de-l’Arche.

Paul Goujon relata que les pénitents se désintéressèrent fortement de l’accueil des nécessiteux à l’hôtel-Dieu près de l’église : 5 lits, pas de soins, presque pas de nourriture. Le gardien de ces lieux avait failli être licencié faute de tâche à remplir. Les pénitents concurrençaient en revanche le curé par leurs messes et les dons afférents. Leur impéritie avérée, les pénitents furent démis de la gestion de l’hôtel-Dieu en 1674 par la Chambre royale mais gardèrent, après lutte, plusieurs bâtiments et ressources. L’hôpital fut géré par des représentants de l’Ordre du Mont-Carmel, avec encore moins de ressources, jusqu’à ce que le roi décidât en 1693 d’attribuer la gestion des hôpitaux aux communes.

L’hôtel-Dieu semble n’avoir pas eu grande activité ; dénué de moyen, oublié par les officiers royaux gérant la municipalité... officiers eux-mêmes parfois liés aux pénitents qui continuaient à percevoir indûment des revenus de l’hospice. Les bâtiments de hospice menaçaient de s’écrouler, faute d’entretien, ce qui explique sûrement pourquoi cet édifice ne nous est pas parvenu au-delà du niveau de la Salle d’armes, sa cave. À partir de 1768, l’hôpital n’était plus animé à tel point que, selon Étienne-Alexandre Sorel, pages 9 à 11, c’est une association de “douze dames charitables” parmi les grandes familles de la ville qui en reprirent la gestion.

 
Il semble que ce soit le choix des pénitents, qui ont délaissé l'ancien hôtel-Dieu, qui a mené à la ruine la partie de haute de cet édifice, rebâti au début du XIXe siècle par Julien Blin et qui a servi de première école communale (salles Croizat et de Beauregard) (cliché Armand Launay, 2008).

Il semble que ce soit le choix des pénitents, qui ont délaissé l'ancien hôtel-Dieu, qui a mené à la ruine la partie de haute de cet édifice, rebâti au début du XIXe siècle par Julien Blin et qui a servi de première école communale (salles Croizat et de Beauregard) (cliché Armand Launay, 2008).

Les pénitents créent leur couvent (1652-1754), futur hôpital...

Les pénitents se sentaient à l’étroit dans leurs locaux jouxtant l’église. Ils les délaissèrent et en cherchèrent de plus vastes. Après avoir lorgné sur la propriété royale autour de ce qu’on appelle de nos jours la tour de Crosne, les pénitents acquirent en 1652, par Richard Cyrot, une propriété avec plusieurs maisons, cour et jardin qui appartenaient à Nicolas Vallée, seigneur du Parc, conseiller du roi et président en l’élection de Pont-de-l’Arche… à deux pas de son lieu de travail : le bailliage. La même année, ils acquirent une autre maison jouxtant cette propriété et trois demeures avec jardins et terrains l’an d’après. Ils constituèrent ainsi une grande partie de l’assise foncière du couvent des pénitents à l’endroit où nous connaissons l’hôpital aujourd’hui.

En 1664, les pénitents achetèrent de Jehan Le Boulanger, conseiller et ancien avocat du roi, une maison avec cour et jardin et ce pour y construire une église. Il est probable que ce terrain ait permis de construire l’actuelle chapelle les années qui ont suivi. Le gros œuvre devrait donc vraisemblablement dater des années 1670.

En 1699, les pénitents acquirent d’Henry Lyard, procureur aux juridictions de la vicomté, un terrain et un jardin près de la porte des Champs (place Aristide-Briand). La même année, le roi leur donna un bout de rempart et une tour à l’encoignure de leur enclos (la tour de l’hospice). Ceci provoqua l’ire de l’Assemblée des habitants car les pénitents allaient supprimer la ruelle reliant la porte des Champs au bailliage. Son entrée aujourd’hui se trouve entre le Balto et le traiteur, presque en face de la rue Sainte-Marie. Son autre entrée était du côté du four à pain de la cour du bailliage.  

En 1754, les pénitents devinrent propriétaires du bien immobilier de Bertrande Millet, veuve de Jean Huault, secrétaire du roi, directeur des aides, qui comprenait une maison et un terrain qui servirent à la construction d’une porte cochère (qui existe toujours).

 
Sur le plan cadastral de 1834, signé Le Fébure (Archives de l’Eure), on retrouve aisément le tracé de la propriété des pénitents : la parcelle carrée au centre de cet extrait et les parcelles et maisons au nord, donnant sur la rue de la Municipalité (actuelle rue Julien-Blin). En comparant avec les photographies actuelles, on se rend compte que deux petits bâtiments ont été démolis depuis (ceux marqués d’un “9”) et que la porte cochère se trouvait au niveau de la parcelle n° 163 du plan cadastral. L’entrée des piétons devait être en face la venelle du Petit-salut sous le plus petit bâtiment. On remarque au sud de la propriété des pénitents le tracé de l’ancienne ruelle permettant de longer les remparts par l’intérieur entre la rue de Paris (rue Roosevelt) et le bailliage. Quoi qu’il en soit, les pénitents possédaient l’une des plus grandes propriétés intramuros de la ville. Ce n’est pas étonnant qu’ils se soient détournés d’autres dépenses comme l’assistance des pauvres et l’entretien de leurs anciens locaux près de l’église.

Sur le plan cadastral de 1834, signé Le Fébure (Archives de l’Eure), on retrouve aisément le tracé de la propriété des pénitents : la parcelle carrée au centre de cet extrait et les parcelles et maisons au nord, donnant sur la rue de la Municipalité (actuelle rue Julien-Blin). En comparant avec les photographies actuelles, on se rend compte que deux petits bâtiments ont été démolis depuis (ceux marqués d’un “9”) et que la porte cochère se trouvait au niveau de la parcelle n° 163 du plan cadastral. L’entrée des piétons devait être en face la venelle du Petit-salut sous le plus petit bâtiment. On remarque au sud de la propriété des pénitents le tracé de l’ancienne ruelle permettant de longer les remparts par l’intérieur entre la rue de Paris (rue Roosevelt) et le bailliage. Quoi qu’il en soit, les pénitents possédaient l’une des plus grandes propriétés intramuros de la ville. Ce n’est pas étonnant qu’ils se soient détournés d’autres dépenses comme l’assistance des pauvres et l’entretien de leurs anciens locaux près de l’église.

La Révolution libère les locaux...

À la Révolution, l’Assemblée constituante nationalisa les biens de l’Église (1789) puis supprima les ordres religieux (1790). Le couvent des pénitents, vidé de ses moines qui partirent à Saint-Pol (62) selon Émile Chevalier, revint alors à l’État. Quelques Conseils municipaux se tinrent dans la chapelle durant deux années durant avant que les élus municipaux ne siègent au bailliage. Puis, pour financer ses dépenses, en l’absence de levées d’impôts, l’État mit en vente ses “biens nationaux”. Le couvent des pénitents fut ainsi privatisé, après enchères, le 15 juin 1793 à François Jean. La vente concerna la maison conventuelle, l’église, un bâtiment, la cour et le jardin. Étienne-Alexandre Sorel nous apprend, page 83, que le couvent des pénitents fut pillé en 1793. On comprend pourquoi aucun mobilier ancien n’a été conservé. Ce François Jean semble faire partie des nombreux spéculateurs qui se sont enrichis grâce à la privatisation des biens nationaux car il est resté propriétaire peu de temps. En effet, une délibération du Conseil municipal en date du 3 juin 1834 nous apprend qu’en 1811 c’est un dénommé Michel Prudhomme qui avait vendu à Julien Blin une “maison” devenue depuis l’hôpital.

 
L'ancienne église des pénitents (bâtie vers 1670) a accueilli les conseils municipaux deux ans durant la période révolutionnaire. Elle est devenue la chapelle Saint-Luc de l'hôpital local qui a ouvert ses portes vers 1830 (cliché Armand Launay, 2006).

L'ancienne église des pénitents (bâtie vers 1670) a accueilli les conseils municipaux deux ans durant la période révolutionnaire. Elle est devenue la chapelle Saint-Luc de l'hôpital local qui a ouvert ses portes vers 1830 (cliché Armand Launay, 2006).

… et Julien Blin permet la renaissance d’un hôpital de statut public (1830)

Julien Blin (1738-1826) était ingénieur des ponts et chaussées, un poste important dans le lieu de passage qu’était Pont-de-l’Arche. Cet homme s’est fait connaitre pour sa bonne gestion de la commune quant il fut nommé maire sous la Restauration. Il gagna aussi l’estime de la population par sa générosité notamment par de larges dons immobiliers en faveur de la commune. Ses dons permirent la création de la première école communale (au-dessus de la Salle d’armes) et l’hospice qui nous intéresse.

Une délibération du Conseil municipal en date du 25 aout 1827 précise que Monsieur Blin, n’ayant pas de descendant, donne à la commune l’ancien couvent des pénitents afin de servir d’hôpital aux « indigents malades et inférieurs » de la ville et de bonne moralité. Mû par une vision catholique de l’entraide et par un souci de la vie en collectivité, Julien Blin permit à la municipalité de jeter les bases de ce qui est devenu un service public de soin et d’assistance pour personnes âgées. En remerciement, en 1865 la municipalité donna le nom de Julien Blin à une rue de la ville : celle de l’hôpital… ce qui permet de rattacher un peu le nom de cet homme à l’institution qu’il a contribué à créer. Néanmoins, avec la nouvelle ouverture du côté de la rue Général-de-Gaulle, le nom de Julien Blin apparaitra bien peu au côté de l’hôpital.

Une délibération, déjà citée, du Conseil municipal du 3 juin 1834 nous apprend qu’une commission administrative de cet hôpital avait été instituée par un arrêté du préfet en date du 9 juillet 1830. L’hôpital a donc fonctionné comme un service administratif doté de faibles moyens et animé au quotidien par des religieuses dont le travail ne doit pas être masqué par l’impéritie des pénitents d’antan. L’ancienne église Saint-Luc reprit du service en tant que chapelle de l’hospice. Il semble que l’hospice perdait de la vitesse quand la municipalité s’intéressa de nouveau à lui à la toute fin du XIXe siècle.

 

 

Vers un service public de qualité

L’idée est récente que l’État, représentant les citoyens et leurs intérêts, doive rendre un service de qualité en matière de santé et de prise en charge de la dépendance. Elle apparait en gestation dans certains programmes de la Révolution et émerge avec l’arrivée au pouvoir des républicains et plus encore des socialistes auxquels il faut rattacher les communistes.

Le maire, républicain de gauche, Eugène Ferrand marqua un renouveau dans la gestion de l’hospice. Il fit rétablir la commission administrative gérant l’hôpital local ce qui témoigne de sa volonté de mettre de l’ordre, au nom de la mairie et donc des habitants, dans la gestion de ce service.

Tout en diminuant les dépenses de l’hôpital, il en augmenta la capacité d’accueil (de 12 à 18 lits) en ajoutant un nouveau bâtiment en brique, bien éclairé, aujourd’hui englobé dans les locaux actuels où se trouvent les salles de loisirs et de restauration. Le journal L’Elbeuvien du 30 décembre 1900 retrace l’inauguration de ce nouveau bâtiment : « sous la présidence de M. Eugène Ferrand, assisté de membres de la commission administrative de l’hospice. L’auteur des plans est M. Marie, ancien agent-voyer, qui en a conçu les aménagements d’après les derniers perfectionnements préconisés par la science moderne. L’hôpital est tenu par les sœurs de la Providence d’Évreux ».

 
Du pavillon en brique construit en 1900 par l'architecte et agent-voyer de la commune, Hubert Marie, il reste au moins deux murs qui ont été conservés dans l'agrandissement de 1995 (clichés Armand Launay, 2015).
Du pavillon en brique construit en 1900 par l'architecte et agent-voyer de la commune, Hubert Marie, il reste au moins deux murs qui ont été conservés dans l'agrandissement de 1995 (clichés Armand Launay, 2015).

Du pavillon en brique construit en 1900 par l'architecte et agent-voyer de la commune, Hubert Marie, il reste au moins deux murs qui ont été conservés dans l'agrandissement de 1995 (clichés Armand Launay, 2015).

 

L’hospice inspira Octave Mirbeau

La gestion paramunicipale de l’hospice était toujours soumise à la logique toute chrétienne de l’accueil et du soin des malades et des vieillards. Elle était mue par un sentiment de charité mais aussi un jugement moral des comportements individuels. Ceci a commencé à déplaire à une partie de la population qui s’est détachée de la morale religieuse. C’est le cas du célèbre écrivain anarchiste français Octave Mirbeau (1848-1917) qui, de plus, reprochait à l’administration sa passivité voire son indifférence à l’égard des souffrances de nombreux citoyens. Il habita aux Damps, rue Marie-Morel-Billet, à quelques mètres de Pont-de-l’Arche et trouva dans la région une importante source d’inspiration littéraire. L’hôpital local fut ainsi la cible de ses attaques à cause du caractère arbitraire de son règlement restreignant l’accès à certaines personnes… Dans la nouvelle intitulée Les Abandonnés et datée du 28 juillet 1890, c’est le cas de Justine Lecœur, journalière isolée tombée enceinte hors mariage, ce qui était très mal vu. Son l’amant lui a été retiré par le service militaire imposé par l’État. Honoré Rebours, le maire de Saint-André-du-Courtil, nom imaginaire mais faisant écho à Pont-de-l’Arche, est révolté car Justine Lecœur, sur le point d’accoucher, est refusée dans tous les hospices de la région, dont le sien :     

Mais moi non plus, je ne puis vous recevoir à l'hospice... Il ne m'appartient pas et je n'ai aucune autorité... On y reçoit que des vieillards... Les règlements sont formels... Et encore faut-il que ces vieillards privilégiés réunissent des conditions d'âge, de moralité, de domicile, qui entravent généralement leur admission. C'est ainsi que les bienfaiteurs… Et le maire appuya sur ce mot avec une ironie cruelle qui échappa complètement à l'esprit simple de Justine...

- Que les bienfaiteurs entendent toujours la charité... Ils demandent à la douleur ses papiers, ils exigent de la pauvreté des certificats de bonnes vie et mœurs... Il faut que les larmes leur plaisent et qu'elles aient eu de la vertu...

Il force ensuite les règlements en faisant admettre Justine à l’hôpital de Louviers afin que celle-ci soit prise en charge, le temps de l’accouchement, avant de retourner dans sa misère…

Le problème n’était peut être pas tant les conditions d’admission de l’hôpital local que l’inexistence d’un système de santé national vers lequel renvoyer les citoyens dans la détresse. C’est ce qui explique pourquoi la santé et l’aide sociale se sont peu à peu laïcisées afin que les conditions d’accès aux soins soient moins jugeantes, restrictives ; en somme, moins subjectives et surtout que l’accès à la santé soit un droit discutable par tous par le biais de la politique.  

 
 
Octave Mirbeau, un écrivain engagé qui s'est inspiré de la région de Pont-de-l'Arche pour se révolter contre la misère d'une grande partie de la population (source : Wikipédia).

Octave Mirbeau, un écrivain engagé qui s'est inspiré de la région de Pont-de-l'Arche pour se révolter contre la misère d'une grande partie de la population (source : Wikipédia).

 

1976 : début de la grande restructuration de l’hôpital

Avec la loi du 21 décembre 1941, les hospices devinrent des hôpitaux dotés d'une direction. Cette loi pose les fondations du système hospitalier actuel. En 1976, l’hospice était néanmoins une institution vieillie, sans jeu de mots, ce qui motiva le lancement d’imposants travaux à étaler dans le temps. Il s’agissait d’agrandir les locaux, d’améliorer les services et d’humaniser le lieu. C’est en 1976, sous le mandat de Roland Levillain, que démarra la première tranche de travaux qui se solda par la livraison de l’important bâtiment de 41 lits. Celui-ci se trouve au centre, le long du muret parallèle à la rue Général-de-Gaulle et qui signale l’ancien rempart (voir la photographie).

 
Vue générale sur les travaux de 1976 depuis le nord. On voit, à l'avant plan, le pavillon de 1900, et l'on identifie bien quelle partie de l'hôpital a été ajoutée en ce temps (archives municipales de Pont-de-l'Arche).

Vue générale sur les travaux de 1976 depuis le nord. On voit, à l'avant plan, le pavillon de 1900, et l'on identifie bien quelle partie de l'hôpital a été ajoutée en ce temps (archives municipales de Pont-de-l'Arche).

1996 : nouveaux bâtiments et litiges sur les anciens

Puis, la deuxième phase d’agrandissement fut lancée sous le mandat de Paulette Lecureux grâce à l’investissement du Conseil général de l’Eure promis à partir de 1990. En 1992, le projet de l’architecte lovérien Bruno Foulkes fut retenu qui prévoyait 45 lits supplémentaires ainsi que l’amélioration des parties communes, des bureaux et de l’accueil. Ce projet enveloppa, notamment, deux murs (au moins) du pavillon en brique de 1900 et prolongea l’hôpital du côté de la rue Julien-Blin en éliminant les anciens bâtiments. Aider les anciens en oubliant l’ancien, en somme… La même année, cette partie du projet provoqua l’incompréhension et l’opposition d’habitants, dont le conseiller municipal le plus proche des questions patrimoniales, Jean-Pierre Patin. Celui-ci alerta les Amis des monuments et sites de l’Eure. Ceux-ci furent entendus et rejoints par l’Architecte des bâtiments de France qui refusa la destruction de la chapelle et des bâtiments anciens. Malgré cela, le préfet signa le permis de démolir le 8 avril 1993. Ce permis fit l’objet d’un recours auprès Tribunal administratif de Rouen. Après négociation avec le Ministère de la culture, un nouveau permis fut accordé le 9 novembre 1993 qui préservait la chapelle Saint-Luc et quatre travées de l’édifice en face. Seuls furent sacrifiés, parmi le projet initial, un jardin, une dizaine de places de parking et un accès plus aisé aux véhicules notamment de livraison. Les travaux démarrèrent en janvier 1994 et les bâtiments furent livrés en 1995.

 
La chapelle Saint-Luc et quatre travées de l'édifice nord ouest ont survécu à plus de 300 ans d'érosion et au projet d'agrandissement de l'hôpital en 1995 grâce à la mobilisation de passionnés du patrimoine ancien (clichés Armand Launay, 2014 et 2015).
La chapelle Saint-Luc et quatre travées de l'édifice nord ouest ont survécu à plus de 300 ans d'érosion et au projet d'agrandissement de l'hôpital en 1995 grâce à la mobilisation de passionnés du patrimoine ancien (clichés Armand Launay, 2014 et 2015).

La chapelle Saint-Luc et quatre travées de l'édifice nord ouest ont survécu à plus de 300 ans d'érosion et au projet d'agrandissement de l'hôpital en 1995 grâce à la mobilisation de passionnés du patrimoine ancien (clichés Armand Launay, 2014 et 2015).

2015 : troisième extension… jusqu’à la rue Général-de-Gaulle

En 2011, l’hôpital fut labellisé Établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) et ce grâce à sa conformité avec les exigences nationales. Ainsi, les maisons de retraite médicalisées changèrent-elles peu à peu d'appellation.

Suite au départ d’un magasin (Coop), l'EHPAD a acheté plusieurs parcelles donnant sur la rue Général-de-Gaulle. Récupérant ainsi l’espace qui lui faisait cruellement défaut pour adapter ses services au vieillissement de la population française, il put lancer son troisième projet d’extension et ce avec L'Agence régionale de santé, le Conseil départemental et le maire Richard Jacquet, président de l'EHPAD. En 2013, l’espace acquis fut libéré de ses anciens locaux (le magasin et deux maisons). Ce projet prévoit notamment le passage en chambres individuelles pour 78 résidents, la création de lits d’hébergement temporaire, la création d’un Pôle d’activité et de soins adaptés (PASA) et la création d’une unité sécurisée pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Pour ce faire, les bâtiments seront rénovés et un nouveau bâtiment est entièrement créé le long de la rue Général-de-Gaulle. Celui-ci permettra l’accès des véhicules par une galerie ainsi que l’agrandissement du parc au profit des résidents. Ce bâtiment à l’architecture contemporaine est couvert de brique de parement afin de le marier - un peu - à l’ensemble urbain, très XIXe siècle, qui caractérise cet espace de faubourgs. Cette métamorphose de l’urbanisme intervient au moment où la place Aristide-Briand a été entièrement refaite et où la municipalité entend réaménager l’ensemble de l’axe Est-ouest (de Bonport au rondpoint des écoles).

La troisième extension de l'hôpital en 2014 et 2015 (clichés Armand Launay) et selon la perspective d'architecte (cabinet MVT).
La troisième extension de l'hôpital en 2014 et 2015 (clichés Armand Launay) et selon la perspective d'architecte (cabinet MVT).
La troisième extension de l'hôpital en 2014 et 2015 (clichés Armand Launay) et selon la perspective d'architecte (cabinet MVT).

La troisième extension de l'hôpital en 2014 et 2015 (clichés Armand Launay) et selon la perspective d'architecte (cabinet MVT).

Vue sur le jardin d'après la perspective d'architecte du cabinet MVT. La porte d'entrée, sous galerie, se trouve à droite et donne sur la rue Général-de-Gaulle. Cet aménagement va mettre en valeur la tour de l'hospice, et son mauvais état, à peu près à l'endroit d'où cette vue est tirée.

Vue sur le jardin d'après la perspective d'architecte du cabinet MVT. La porte d'entrée, sous galerie, se trouve à droite et donne sur la rue Général-de-Gaulle. Cet aménagement va mettre en valeur la tour de l'hospice, et son mauvais état, à peu près à l'endroit d'où cette vue est tirée.

 

Faites le point sur le patrimoine architectural ancien de l’hôpital.  

 

 

Conclusion

Il y a d’importantes ruptures dans le service d’assistance et de soin depuis le XIIIe siècle à nos jours. On ne peut pas dire que l’hôpital local soit issu de l’hôtel-Dieu. Il provient néanmoins des vestiges patrimoniaux (le couvent des pénitents) et du souvenir spirituel de cet établissement religieux. On dit souvent qu’il n’y a pas de justice parmi les hommes. Cependant, on a vu, ci-dessus, que ceux qui ont puisé dans les ressources de l’hôtel-Dieu pour construire un couvent, entre autres, ont été chassés par la Révolution. Leurs biens ont été restitués par Julien Blin à un organisme public capable de gérer correctement cette institution exigeante, selon les besoins et les attentes des citoyens.   

L’hôpital s’adapte en effet au vieillissement de la population, à la croissance de ses exigences - pour ceux qui peuvent en payer le prix - mais aussi à la révolution des transports. La circulation et le stationnement des voitures et des camions est devenu difficile dans le centre-ville médiéval. L’hôpital a d’abord souhaité faire disparaitre les anciens édifices qui ont pourtant été cruciaux dans la naissance de cette institution et dans sa pérennité, notamment avec une spécialisation dans la prise en charge des personnes âgées. Sans la grandeur des locaux, une petite unité de soin aurait tôt fait de fermer dans le cadre d’une concentration des moyens médicaux dans de plus grandes villes.  

Heureusement, des habitants se sont mobilisés pour sauvegarder - au moins partiellement - les anciens édifices dont la chapelle. Ils ont sauvé l’un des plus beaux paysages urbains de Pont-de-l’Arche à l’endroit de la douce courbe de la rue Julien-Blin et ses demeures anciennes de part et d’autre. Qu’ils en soient remerciés. Ils ont, par là, forcé l’hôpital à chercher une meilleure adaptation aux besoins nouveaux et ce en mariant agrandissement et restructuration par une ouverture vers les faubourgs et la rue Général-de-Gaulle. Cette ouverture reporte néanmoins à l’arrière plan, physiquement et emblématiquement, les anciens locaux.

Il serait heureux aujourd’hui, en sus et malgré les grosses et récentes dépenses de l’EHPAD, que le patrimoine ancien soit pleinement réhabilité. La tour de l’hospice (XIIIe siècle) sera désormais visible dans les espaces verts. La chapelle Saint-Luc a besoin d’une dernière phase de réhabilitation pour être redonnée au culte car le bienêtre physique est complémentaire au bienêtre spirituel des résidents, de leurs accompagnants, de leurs familles. Il serait beau, aussi, que la chapelle soit redonnée au culte pour souligner les origines de cet hôpital associé au nom de Julien Blin et à ses attaches catholiques.

 

 

À lire aussi, plus triste : La léproserie de Pont-de-l’Arche

 

 

Sources

- Chevallier Émile, Guide du touriste et de l’archéologue au Pont-de-l’Arche, vers 1933, Fimin-Didot ;

- Goujon Paul, “L’hôtel-Dieu et les pénitents du Pont-de-l’Arche”, La Normandie, n° 3 de mars 1897, pages 65 à 76, et n° 4 (?) d’avril 1897, pages 105 à 115 ;

- Pont de l’Arche, bulletin municipal, n° 20, janvier 1994, 32 pages. “Rénovation de l’hôpital, par B. Maillard, directeur”, page 13 ;

- Monuments et sites de l’Eure n° 66, 1993, Patrimoine en péril : l’hôpital de Pont-de-l’Arche. RV 77 n° 66 ;

- Patin Jean-Pierre, “L’hôpital de Pont-de-l’Arche”, Monuments et sites de l’Eure n° 67, 1993, p. 17-18.

- Registres des délibérations du Conseil municipal.

 

 

 

Armand Launay

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15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 15:33
Vue bucolique sur une partie de l'EHPAD depuis la courtine du bailliage (cliché Armand Launay, 2008).

Vue bucolique sur une partie de l'EHPAD depuis la courtine du bailliage (cliché Armand Launay, 2008).

 

Le patrimoine ancien de l’hôpital de Pont-de-l'Arche, actuellement appelé Établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), comprend la tour dite de l’hospice, deux restes d’édifices de l’ancien hospice dont l’un comprend la chapelle Saint-Luc. Bel ensemble donc qui reste plutôt ignoré du public.  

 

Faites le point sur l’historique de l'hôpital... de l'hôtel-Dieu à l’EHPAD


La tour de l’hospice a longtemps été oubliée, ou presque, derrière une maison et sous des broussailles poussant entre deux propriétés : celle de l’hôpital et celle d’un particulier. C’est un vestige d’une des tours de flanquement des fortifications du Pont-de-l’Arche médiéval. Hémicylindrique (demi cylindre), elle possède encore une petite partie de son deuxième niveau. Le premier niveau semble avoir été comblé avec du moellon. Elle semble dater, comme le gros des remparts de la ville, des travaux lancés par Philippe Auguste, au début du XIIIe siècle donc. La base de cette tour est masquée par le comblement du fossé qui séparait la ville fortifiée de la terrasse alluviale du Pont-de-l’Arche des faubourgs et des nouveaux quartiers.

Ce monument est inscrit sur l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques depuis le 15 juin 1939. Les travaux de restructuration de l’EHPAD mettront en valeur le mauvais état de la tour car ce monument se trouvera au bord du parking et parmi un cadre à la fois vert et patrimonial qui compte parmi les critères d’un service de qualité rendu aux résidents. Des subventions sont pourtant à demander au ministère de la culture pour envisager sa restauration.

La tour de l'hospice sera désormais visible dans le cadre du réaménagement de l'EHPAD. Le public pourra voir son mauvais état, côté EHPAD, et ses réparations improvisées, côté privé (cliché Armand Launay, 2012).

La tour de l'hospice sera désormais visible dans le cadre du réaménagement de l'EHPAD. Le public pourra voir son mauvais état, côté EHPAD, et ses réparations improvisées, côté privé (cliché Armand Launay, 2012).

Les édifices nord

Autour de l’ancienne entrée, par la rue Julien-Blin, se trouvent deux édifices de la seconde moitié du XVIIe siècle, semble-t-il. En partie conservés, ils témoignent de ce que fut le couvent des pénitents mais ne font l’objet d’aucun classement par les services des Monuments historiques.

Ces édifices comprennent deux niveaux sur cave et sont couverts d’un toit à deux versants portant des ardoises. Au n° 13 de la rue Julien-Blin, l’édifice nord ouest de l’hôpital a été rasé à 60 % vers 1995. Il présente deux baies côte à côte à chaque niveau des deux murs pignons. Le mur gouttereau (façade) le plus visible présente quatre baies à chaque niveau. Le rez-de-cour offre une décoration en haut relief de voutes en plein cintre qui encadrent les baies et créent une fausse galerie avec deux bandeaux courant le long des murs. Ceci crée une série de faux chapiteaux qui sépareraient des colonnades et des voutes. Ce type de décor se trouvait dans l’édifice Est, en vis-à-vis. De là à imaginer un air de cloitre et son jardin disparu…

Quant au gros œuvre, il doit être composite : pierre de taille, brique, moellon, silex. Il tranche, quoiqu'il en soit, avec le pan de bois qui constitue tous les édifices de cette partie de la ville, ce qui semble appuyer la thèse que les locaux du couvent ont été bâtis par les moines en lieu et place d'anciennes demeures. Les édifices nord sont couverts de plâtre légèrement travaillé de manière à souligner les encadrements des ouvertures et les bandeaux entre les niveaux. L’édifice nord ouest est plus finement décoré avec des sculptures imitant des pierres de taille aux encadrements des fenêtres et en guise de clés des voutes du premier niveau. L’intérieur de ces édifices ne présente aucun intérêt patrimonial à cause des aménagements récents (faux plafonds…). Les caves doivent présenter un intérêt mais nous n’avons pas pu les visiter. La partie intérieure qui présente un intérêt est celle de la chapelle Saint-Luc.    

 
L'édifice nord ouest, XVIIe siècle, avant sa démolition partielle (cliché EHPAD, vers 1993). Puis, le même édifice vu depuis l'EHPAD (cliché Armand Launay, 2014).L'édifice nord ouest, XVIIe siècle, avant sa démolition partielle (cliché EHPAD, vers 1993). Puis, le même édifice vu depuis l'EHPAD (cliché Armand Launay, 2014).

L'édifice nord ouest, XVIIe siècle, avant sa démolition partielle (cliché EHPAD, vers 1993). Puis, le même édifice vu depuis l'EHPAD (cliché Armand Launay, 2014).

La chapelle Saint-Luc et l'édifice nord Est, XVIIe siècle, qui fut entièrement démoli (cliché EHPAD, vers 1993). La chapelle Saint-Luc vu depuis la cour de l'EHPAD avec l'extrémité de l'extension de 1995 (cliché Armand Launay, 2015).La chapelle Saint-Luc et l'édifice nord Est, XVIIe siècle, qui fut entièrement démoli (cliché EHPAD, vers 1993). La chapelle Saint-Luc vu depuis la cour de l'EHPAD avec l'extrémité de l'extension de 1995 (cliché Armand Launay, 2015).

La chapelle Saint-Luc et l'édifice nord Est, XVIIe siècle, qui fut entièrement démoli (cliché EHPAD, vers 1993). La chapelle Saint-Luc vu depuis la cour de l'EHPAD avec l'extrémité de l'extension de 1995 (cliché Armand Launay, 2015).

La chapelle Saint-Luc

Discrète mais pourtant bien présente, se trouve la chapelle Saint-Luc au numéro 11 de la rue Julien-Blin. C’est le seul bâtiment de l’édifice nord-Est épargné par les travaux de 1995. Les ¾ de cet édifice ont alors été rasés. Quant au saint patron, il semble s’agir de saint Luc l’évangéliste puisque ce médecin, auteur du troisième évangile, est considéré par les chrétiens comme saint patron des médecins et des services de santé mais aussi des peintres. Il est célébré le 18 octobre.

La chapelle date vraisemblablement des années 1670. C'est Paul Goujon qui nous donne des indices en ce sens. L'auteur, qui a compulsé les archives départementales, nous apprend qu'en 1664 les pénitents achetèrent de Jehan Le Boulanger, conseiller et ancien avocat du roi, une maison avec cour et jardin et ce pour y construire une église. Il est probable que ce terrain ait permis de construire l’actuelle chapelle les années qui ont suivi. Comme les autres édifices nord de l'hôpital, la structure de la chapelle n'est pas composée de pans de bois, ce qui la distingue du reste du quartier du bailliage. Il semble donc qu'ils aient rasé la demeure nouvèlement acquise afin de construire une église dans un espace réduit, reprénant les dimensions d'une maison d'habitation avec un volume suffisant à l'accueil de fidèles que les pénitents voulaient nombreux. L'accueil du public obligea les pénitents à construire l'église le long de la rue qui n'était pas nécessairement le plus vaste emplacement.

Un autre indice, livré par Paul Goujon, nous intéresse. Les pénitents étaient en procès en 1741 avec Pierre et Nicolas Lebret, charpentiers de La Neuville-Chant-d'Oisel qui avaient rénové l’église des pénitents. Ces travaux semblent confirmer que l’église avait vieilli et, par conséquent, qu’elle devait dater des premières années suivant l’acquisition du terrain en 1664.

L'expulsion des pénitents en 1791 sonna la fin du culte qui ne reprit que quand cette ancienne église devint une chapelle de l'hôpital créé par la municipalité après et grâce aux dons de Julien Blin (1826).

 

Depuis l’extérieur, la chapelle est reconnaissable aux deux croix en relief sur plâtre qui couronnent les deux portes d’entrée (côté rue et côté cour). Deux baies, et une porte donc, percent une façade nord (rue Julien-Blin) rendue si fade par son ravalement que, sans ses symboles chrétiens, elle attirerait bien peu l’attention depuis la rue.

Parmi ces symboles, on peut compter la belle porte d’entrée en bois, côté rue, qui ne semble pas ancienne (début du XXe siècle). Chacun des deux vantaux est orné de lignes sculptées formant une grande croix. C’est au centre de ces croix, quel clin-d’oeil, que se trouvent les poignées d’ouverture... Couronnant ces vantaux, un panneau de bois présente deux roses à quatre lobes inscrites chacune dans son cercle et, plus largement, dans un carré. La porte ouvrant sur la cour intérieure est identique à celle donnant sur la rue. Elle est cependant couronnée d’un vasistas orné de deux petits vitraux de Pierre Lafoucrière (voir plus bas).

De plan carré, la chapelle présente - en toute logique - un autel orienté, c’est-à-dire tourné vers l’orient. Elle ne possède plus de cloche qui peut-être se trouvait dans un lanternon et sur les petits édifices le long de la rue.

La décoration intérieure de la chapelle s’inspire du baroque mais son caractère récent ne fait pas mystère grâce, notamment, à une plaque de marbre à gauche de la porte de la cour : “Cette chapelle a été décorée grâce à la générosité de M. André Désiré Le Normand. Juillet 1894”.

L’autel en bois est décoré par l’agneau du sacrifice entouré de rayons solaires, le tout relevé par des dorures. Il repose dans un chœur marqué par une élévation d’une marche et pavé d’élégants carrés en céramique à décor floral. Sur le mur Est, derrière l’autel, se trouve une niche voutée en cul-de-four qui accueillait une statue et une console sur chaque encoignure. Ces deux consoles devaient porter les statues de saint Luc et, peut-être, de la Vierge Marie, de saint François...  

Sur ce mur sont sculptées en relief deux colonnes décoratives à chapiteaux corinthiens de part et d’autre de la niche centrale. Elles sont jumelées en vis-à-vis par deux colonnes sur le mur ouest. Le long du mur sud, une ancienne porte a été rouverte par l’équipe venue il y a quelques années éradiquer le salpêtre. Cette porte devait servir d’entrée aux officiants du temps des pénitents. Le mur nord comprend deux colonnes et trois voutes rappelant un peu le décor des façades des deux édifices nord de l'hôpital. Notons aussi la présence d'un harmonium Dumont-Lelièvre.

L’élément patrimonial le plus notable de cette chapelle sont les quatre vitraux dessinés par l’artiste peintre Pierre Lafoucrière (né en 1927) et réalisés en 2001 par l’atelier de Dominique Bony-Bogros (Paris). Les vitraux ne sont pas figuratifs. Ils laissent passer une large lumière colorée grâce à de grandes pièces de verre. Ceci pallie le manque de luminosité de cette chapelle dont les principales ouvertures sont tournées vers le nord, c'est-à-dire la rue et donc les fidèles. Les bougies et l’ambiance solennelle de la messe devaient donc beaucoup compter afin que ce lieu soit propice au recueillement. Le financement des vitraux a été assuré par les dons des paroissiens. Dans le même temps, Pierre Lafoucrière exposa ses oeuvres à Pont-de-l’Arche grâce à ses bonnes relations avec le curé Paul Bigo, très versé dans le monde des arts. Bel hommage à saint Luc, donc, qui est aussi patron des peintres... peut-être est-ce aussi une manière de rappeler l'importance de cette chapelle qui fut menacée, la décennie précédente, de destruction ?

Cependant, la chapelle Saint-Luc n’est plus utilisée par le culte catholique depuis quelques années à cause des travaux d’éradication du salpêtre. Ceux-ci ont conduit au retrait de nombreuses boiseries au pied des murs où il reste les traces des anciennes attaches. La chapelle a aujourd’hui besoin d’une nouvelle phase de réhabilitation afin qu’elle soit redonnée au culte catholique, ne serait-ce que pour rappeler ce que l'hôpital doit à certaines personnes qui ont puisé dans cette religion une force d'action. En attendant cette rouverture, le curé reste évidemment aumonier auprès des résidents de l’EHPAD qui le souhaitent.

 
Les croix qui couronnent les deux entrées de la chapelle Saint-Luc. Vue sur la porte d'entrée de la rue Julien-Blin (clichés Armand Launay, 2013, 2013 et 2014).
Les croix qui couronnent les deux entrées de la chapelle Saint-Luc. Vue sur la porte d'entrée de la rue Julien-Blin (clichés Armand Launay, 2013, 2013 et 2014).
Les croix qui couronnent les deux entrées de la chapelle Saint-Luc. Vue sur la porte d'entrée de la rue Julien-Blin (clichés Armand Launay, 2013, 2013 et 2014).

Les croix qui couronnent les deux entrées de la chapelle Saint-Luc. Vue sur la porte d'entrée de la rue Julien-Blin (clichés Armand Launay, 2013, 2013 et 2014).

La chapelle de la fin du XVIIe siècle a nécessité plusieurs campagnes de restauration dont celle de 1894 qui a maintenu (?) la chapelle dans son style baroque (cliché Armand Launay, 2014).

La chapelle de la fin du XVIIe siècle a nécessité plusieurs campagnes de restauration dont celle de 1894 qui a maintenu (?) la chapelle dans son style baroque (cliché Armand Launay, 2014).

Vue sur le mur nord de la chapelle Saint-Luc et sur ses deux vitraux de Pierre Lafoucrière datant de 2001. Puis, zoom sur le vitrail nord ouest (celui de gauche) et sur la signature (clichés Armand Launay, 2015).
Vue sur le mur nord de la chapelle Saint-Luc et sur ses deux vitraux de Pierre Lafoucrière datant de 2001. Puis, zoom sur le vitrail nord ouest (celui de gauche) et sur la signature (clichés Armand Launay, 2015).
Vue sur le mur nord de la chapelle Saint-Luc et sur ses deux vitraux de Pierre Lafoucrière datant de 2001. Puis, zoom sur le vitrail nord ouest (celui de gauche) et sur la signature (clichés Armand Launay, 2015).

Vue sur le mur nord de la chapelle Saint-Luc et sur ses deux vitraux de Pierre Lafoucrière datant de 2001. Puis, zoom sur le vitrail nord ouest (celui de gauche) et sur la signature (clichés Armand Launay, 2015).

Tombeau d'autel de la chapelle Saint-Luc avec l'agneau du sacrifice. Porte voutée de la cour de l'EHPAD. Très récente, c'est le seul endroit de Pont-de-l'Arche où l'on peut symboliquement passer les vestiges de remparts sous une voute (clichés Armand Launay, 2015 et 2006).
Tombeau d'autel de la chapelle Saint-Luc avec l'agneau du sacrifice. Porte voutée de la cour de l'EHPAD. Très récente, c'est le seul endroit de Pont-de-l'Arche où l'on peut symboliquement passer les vestiges de remparts sous une voute (clichés Armand Launay, 2015 et 2006).

Tombeau d'autel de la chapelle Saint-Luc avec l'agneau du sacrifice. Porte voutée de la cour de l'EHPAD. Très récente, c'est le seul endroit de Pont-de-l'Arche où l'on peut symboliquement passer les vestiges de remparts sous une voute (clichés Armand Launay, 2015 et 2006).

A gauche, édifice sud ouest totalement rasé en 1995 qui semble être de la facture d'Hubert Marie, architecte et agent-voyer de la commune qui a déjà réalisé des façades mixtes, chargées en décors (cf. la Salle d'armes et le bailliage). Celles-ci réunissent les âges tant et si bien que l'on a affaire ici à fantaisie de type renaissance avec des fenêtres à meneaux (cliché EHPAD vers 1993). A droite, vestige du pavillon sud Est de 1900 construit par Hubert Marie. Deux pans de ce pavillon ont été conservés dans l'agrandissement de 1995 et, plus précisément, englobés dans les verrières où se trouvent les espaces communs (cliché Armand Launay, 2015). A gauche, édifice sud ouest totalement rasé en 1995 qui semble être de la facture d'Hubert Marie, architecte et agent-voyer de la commune qui a déjà réalisé des façades mixtes, chargées en décors (cf. la Salle d'armes et le bailliage). Celles-ci réunissent les âges tant et si bien que l'on a affaire ici à fantaisie de type renaissance avec des fenêtres à meneaux (cliché EHPAD vers 1993). A droite, vestige du pavillon sud Est de 1900 construit par Hubert Marie. Deux pans de ce pavillon ont été conservés dans l'agrandissement de 1995 et, plus précisément, englobés dans les verrières où se trouvent les espaces communs (cliché Armand Launay, 2015).

A gauche, édifice sud ouest totalement rasé en 1995 qui semble être de la facture d'Hubert Marie, architecte et agent-voyer de la commune qui a déjà réalisé des façades mixtes, chargées en décors (cf. la Salle d'armes et le bailliage). Celles-ci réunissent les âges tant et si bien que l'on a affaire ici à fantaisie de type renaissance avec des fenêtres à meneaux (cliché EHPAD vers 1993). A droite, vestige du pavillon sud Est de 1900 construit par Hubert Marie. Deux pans de ce pavillon ont été conservés dans l'agrandissement de 1995 et, plus précisément, englobés dans les verrières où se trouvent les espaces communs (cliché Armand Launay, 2015).

Faites le point sur l’historique de l'hôpital... de l'hôtel-Dieu à l’EHPAD qui propose, de plus, une conclusion à cette étude.

 

Sources

- Chevallier Émile, Guide du touriste et de l’archéologue au Pont-de-l’Arche, vers 1933, Fimin-Didot ;

- Goujon Paul, “L’hôtel-Dieu et les pénitents du Pont-de-l’Arche”, La Normandie, n° 3 de mars 1897, pages 65 à 76, et n° 4 (?) d’avril 1897, pages 105 à 115 ;

- Pont de l’Arche, bulletin municipal, n° 20, janvier 1994, 32 pages. “Rénovation de l’hôpital, par B. Maillard, directeur”, page 13 ;

- Monuments et sites de l’Eure n° 66, 1993, Patrimoine en péril : l’hôpital de Pont-de-l’Arche. RV 77 n° 66 ;

- Patin Jean-Pierre, “L’hôpital de Pont-de-l’Arche”, Monuments et sites de l’Eure n° 67, 1993, p. 17-18.

- Registres des délibérations du Conseil municipal.

 

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4 décembre 2013 3 04 /12 /décembre /2013 13:57
Le four à pain de Pont-de-l'Arche en septembre 2013 (cliché Armand Launay).

Le four à pain de Pont-de-l'Arche en septembre 2013 (cliché Armand Launay).

Au fond d’une cour intérieure située au numéro 21 de la rue Julien-Blin, se trouve un petit four à pain qui a été récemment sauvé de la ruine par une campagne de restauration impulsée par son propriétaire : la Ville de Pont-de-l’Arche. De quand date-il ? Quel est son intérêt architectural ?

 

Une propriété communale ?

La Ville de Pont-de-l’Arche a possédé le bailliage jusqu’en 1968 où le maire Roland Levillain le vendit au privé. En 1998, le maire Paulette Lecureux le fit racheter par l’Etablissement public foncier de Normandie (EPFN) considérant qu’il faisait partie des joyaux patrimoniaux de Pont-de-l’Arche et qu’il avait vocation à être un lieu public. La Ville avait 5 ans pour le racheter à l’EPFN. Du théâtre et des expositions l’animèrent pendant quelques temps. Cependant, une nouvelle municipalité présidée par Dominique Jachimiak craignit pour le budget communal et fit racheter le bailliage à l’EPFN par l’agglomération Seine Eure en 2007. Cette vente exclut une cour contigüe au bailliage qui servait de parking au nouveau Relai des assistantes maternelles (RAM). Le four à pain délabré situé au fond de cette cour se restait donc dans le domaine communal.

 

Le four à pain du bailliage ?

De prime abord, il est étonnant de trouver ce four à pain au fond d’une cour intérieure et blotti contre les remparts sud de la ville médiévale. Une venelle longeait ces remparts depuis le bailliage jusqu’aux environs de la cour du Cerf, près de la rue Président-Roosevelt de nos jours, et plus précisément le bar Le Balto. Comme nous l’apprend une délibération du Conseil municipal de l’Ancien régime, en date du 30 novembre 1699 : l’assemblée des habitants a protesté auprès du roi à l’encontre des pénitents qui souhaitent allonger leurs jardins jusqu’aux remparts ce qui amènerait la suppression de la ruelle qui va de la porte des Champs à la porte de la Geôle qui conduit au Prétoire (archives municipales : BB1). Cette aliénation eut tout de même lieu à une date indéterminée.

La forte pente de son toit, ses pans de bois – même avec des pièces de réemploi – font songer à un édicule de la fin du XVIe siècle ou du début du XVIIe siècle. Ces datent rapprochent le four des bâtiments à pans de bois du bailliage. Le cul du four avait entièrement disparu et les quelques éléments de la gueule du four montraient un outil de faibles dimensions. Ceci laissait entendre qu’il ne s’agissait pas d’un four de boulangerie mais d’un outil destiné à une petite communauté, une famille peut-être. Cependant, la localisation du four, adossé aux remparts tout comme le bailliage, donne peut-être des indices quant à son emploi. Peut-être était-il utilisé par le personnel du bailliage pour les besoins quotidiens de ce lieu, son personnel, ses prisonniers.

 

La restauration : 2009-2013

La restauration n’a pas visé la simple préservation du patrimoine. A l’initiative de Nicolas Bouillon, adjoint à l’éducation, la municipalité présidée par Richard Jacquet a travaillé sur l’insertion de jeunes. De 2009 à 2010, le chantier a été confié à l’association Chantier histoire et architecture médiévales (CHAM), présidée par Christian Piffet. Avec du personnel du service Médiation-prévention et des encadrants techniques du CHAM, de jeunes bénévoles issus d’horizons et continents divers ont travaillé deux ans de suite avec des jeunes Archépontains. Ils ont démonté une bonne partie du four, les tuiles, des pans de bois, réalisé des sondages au sol pour retrouver les bases du four et réalisé un diagnostic sur l’état originel du four. Ils ont aussi remonté des murs en pierre et quelques pans de bois autour d’un ancien puits contigu au four. Ils ont aussi assaini le mur bahut sud du bâtiment qui prenait l’eau.

En 2012, la Ville de Pont-de-l’Arche a fait restaurer la charpente par un professionnel : Gougeon frères.

En 2013, la dernière campagne de restauration a repris. Encadrés par le CHAM et le Service jeunesse, 6 jeunes employés par la Ville en contrat civique ont nettoyé les abords du bâtiment et restauré la maçonnerie du muret de soutènement. Ils ont posé les tuiles sur la charpente et posé le torchis entre les pans de bois. Les moellons des maçonneries ont été rejointoyés à la chaux. Le sol a été proprement dallé à la place d’une terre battue. Quant au four en lui-même, les jeunes l’ont reconstitué d’après les quelques éléments dont disposait le CHAM. Réalisé en tuileaux, il a été agrandi par rapport au petit four qui préexistait. Le four a été renforcé de manière à résister à un usage ponctuel, faisant varier brusquement la température. Cette dernière campagne a été soutenue par la Ville, la Fondation du patrimoine et le mécénat.

Le four à pain a été largement mis en valeur lors des Journées européennes du patrimoine où les premiers petits pains sont sortis du four grâce aux bénévoles du four à pain de La Haye-de-Routot.

 

A lire aussi... 

L'ancien bailliage de Pont-de-l'Arche

 

 

La renaissance du four à pain en photos... 

Le four à pain en 2009 en état de délabrement avancé (cliché Armand Launay).

Le four à pain en 2009 en état de délabrement avancé (cliché Armand Launay).

Durant la première campagne de restauration, le CHAM et les jeunes bénévoles en pleine action (cliché Armand Launay, 2009).

Durant la première campagne de restauration, le CHAM et les jeunes bénévoles en pleine action (cliché Armand Launay, 2009).

Quelques tuileaux comme derniers vestiges du four à pain (cliché Armand Launay, 2009).

Quelques tuileaux comme derniers vestiges du four à pain (cliché Armand Launay, 2009).

Photo-étape de la restauration par le CHAM (cliché Armand Launay, 2010).

Photo-étape de la restauration par le CHAM (cliché Armand Launay, 2010).

Souvenir de la dernière étape de restauration (cliché Armand Launay, 2013).

Souvenir de la dernière étape de restauration (cliché Armand Launay, 2013).

Discours du maire entouré des représentants des organismes partenaires à l'occasion de la fin des travaux (cliché Armand Launay, 2013).

Discours du maire entouré des représentants des organismes partenaires à l'occasion de la fin des travaux (cliché Armand Launay, 2013).

Les premiers petits pains sortent du four à l'occasion des Journées européennes du patrimoine et sous le blason de la corporation des boulangers de Pont-de-l'Arche, blason ressuscité par Jacqueline Nalet et Sylviane Bouquet (cliché Armand Launay, 2013).

Les premiers petits pains sortent du four à l'occasion des Journées européennes du patrimoine et sous le blason de la corporation des boulangers de Pont-de-l'Arche, blason ressuscité par Jacqueline Nalet et Sylviane Bouquet (cliché Armand Launay, 2013).

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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 22:50

Donner un nom de personne à une rue démontre l’envie de disputer à l’oubli les mérites d’un individu estimé. Mais la mémoire doit s’entretenir car le nom de « rue Blin », par exemple, n’évoque plus dans les esprits qui fut Julien Blin, ancien maire et bienfaiteur de Pont-de-l’Arche.

 

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La rue Julien-Blin en 2012 (photo Armand Launay)

 

Julien Robert Alexandre Blin naquit le 1er octobre 1738 et mourut le 29 novembre 1826. Nous n’avons pas trouvé de lien généalogique avec la famille Blin d’Elbeuf. Il était ingénieur des ponts et chaussées, Pont-de-l’Arche étant un point stratégique sur la Seine.

 

Nommé maire en période de crise

Avec le retour de la monarchie, l’Etat, par le biais de la Préfecture de l’Eure, nomma Julien Blin à la fonction de premier magistrat de Pont-de-l’Arche, ce qu’il assuma jusqu’à sa mort. Son mandat est caractérisé par un assainissement des comptes de la ville. Déficitaires en 1815, les comptes étaient excédentaires en 1826 notamment grâce aux réclamations systématiques de sommes indument payées par la Ville à la Préfecture ou, tout simplement, dues par la Préfecture.

 

Un bienfaiteur durant son mandat

Julien Blin fit don de nombreux biens immobiliers (et les rentes sur ces biens) qui donnèrent à la ville quelques moyens d’action dans une période noire. En effet, après les guerres, la perte des tribunaux royaux en 1790, la fin du montage des bateaux en 1813… et avant l’arrivée de l’industrie du chausson, Pont-de-l’Arche était très pauvre. Il semble que Julien Blin ait acquis ses biens en les achetant à des particuliers s’étant enrichis durant la Révolution. En effet, ses propriétés sont souvent d’anciens biens religieux réquisitionnées par l’Etat à la Révolution avant d’être revendus comme biens nationaux.

Lorsqu’il fit démolir partiellement les remparts de sa propriété (très certainement l’actuel presbytère), il finança aussi l’abaissement des remparts derrière l’église, une bonne chose en ce temps. Le Conseil municipal lui fit part de ses remerciements.

Le 2 mai 1816. Julien Blin donna les bases de la première école de la ville. En 1818, il fit construire de nouveaux locaux au-dessus de la salle d’Armes afin de servir de logements pour l’instituteur et les deux sœurs enseignant aux filles.

Lors du conseil municipal du 5 février 1822, il fit don à la commune de trois maisons, dont l’actuel presbytère, contre la promesse du Conseil de payer le logement du vicaire, en plus de son traitement annuel, mais aussi de célébrer une messe basse mensuelle en son honneur. Le curé devait aussi être logé dans cette demeure.

 

Bienfaiteur à l’origine de l’hôpital local

Le 25 aout 1827, le Conseil municipal rapporta les termes du don testamentaire de Julien Blin. Sans descendance, il donna à la commune des biens immobiliers estimés à 236 450 francs (les recettes de la ville étant de 6 000 francs cette année-là). Ces biens comprenaient l’ancien couvent des pénitents à condition qu’il serve d’hôpital destiné à l’accueil des « indigents malades et inférieurs », de la ville et de bonne moralité.

Julien Blin offrit aussi quatre maisons rue de la Municipalité, où il mourut, et qui porte aujourd’hui son nom ; trois petites maisons rue de Crosne et place de l’église ; diverses terres cultivables aux Damps, Léry, la Haye-Malherbe. Ces dernières terres devant fournir de quoi financer en partie le Bureau de bienfaisance de la commune, en charge du fonctionnement de l’hôpital.

Les élus écrivirent que ce « legs fait honneur aux sentiments généreux de M. Blin pour la ville où il a voulu finir ses jours [et] sera un très grand secours pour cette même ville, à raison de la quantité d’indigents malades et infirmes qui s’y trouvent, et du peu de ressources qu’elle possède pour y subvenir. »

 

DSCF3408.JPG

Une des parties anciennes de l'EHPAD (ex-hôpital local)

fondé grâce aux dons de Julien Blin (photo Armand Launay, 2010). 

 

L’hommage de la Ville

En 1830, les élus votèrent l’érection d’une « pierre tumulaire » sur la tombe de Julien Blin, dans le cimetière communal. En 1865, sous la présidence de Jean-Baptiste Delaporte, les élus décidèrent de donner le nom de « Blin » à la rue de la Municipalité, ancienne rue de la Geôle, ancienne rue Royale). Il entérina en fait l’usage populaire qui nommait la rue du nom du notable qu’était Julien Blin. Dans sa délibération, ce même Conseil ne retint de cet homme que son legs testamentaire, passant sous silence – ou ignorant – l’ensemble des ses actes et surtout son attention pour la Ville. La mémoire doit s’entretenir.

 

Monument Blin 1

La stèle érigée par la Ville dans le cimetière communal en 1830

en hommage à Julien Blin (photo Armand Launay, 2012)

 

Sources

Délibérations du Conseil municipal

 

 

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Les maires de Pont-de-l'Arche

 

Armand Launay

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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 22:16

Lieu d'accueil aux abords des villes, la maladrerie était destinée aux lépreux du Moyen Âge à la Renaissance. Celle de Pont-de-l'Arche s'est peu à peu évanouie dans les brumes de l'histoire mais le cimetière communal semble bien en être l'héritier...

 

Diis manibus

 

Cimetière (vue aérienne Google)

Le cimetière de Pont-de-l'Arche par satellite vers 2006 (image Google). 

 

 

Un nom de lieu pour seul vestige de la maladrerie ? 

Avec la matrice, le plan cadastral est un document fiscal permettant de délimiter les terrains et de répertorier les propriétaires. Celui de Pont-de-l’Arche, achevé en octobre 1834 par Le Fébure, géomètre en chef et Girard, géomètre, a enregistré sous le nom de Maladrie tout l’espace situé autour du cimetière, y compris de l’autre côté de la route d’Elbeuf. Depuis, son orthographe a été corrigée en « maladrerie », comme le montre l’inventaire des Monuments historiques qui répertorie une maladrerie disparue à Pont-de-l’Arche[1]. Surtout, une impasse longeant le cimetière a porté ce nom jusqu’au 12 octobre 1973 où le Conseil municipal, suivant l’avis des riverains, la renomma Impasse de la Vallée.

 

Une maladrerie ? Définition

Dans les villes, les hôtels-Dieu accueillaient les malades. Cependant, les lépreux, étaient renvoyés vers les maladreries des abords des villes. La première léproserie connue, celle de Saint-Claude (Jura), est citée par Grégoire de Tours dans Les Vies des pères, au VIe siècle. Les léproseries, comme nombre d'institutions charitables, se multiplièrent au XIIe siècle dans un contexte d'essor économique. Elles étaient placées sous la responsabilité d’établissements religieux. Mais que savons-nous de l’histoire de la maladrerie de Pont-de-l’Arche ?

 

Vers 1250 : une léproserie gérée par Bonport

La plus ancienne mention de la maladrerie se trouve dans le cartulaire de Bonport. Par un acte d’aout 1259 Jean Goceselin, bourgeois de Pont-de-l’Arche, concéda des libéralités et des biens immobiliers à l’abbaye de Bonport, conformément au souhait de sa femme Mathilde. Il céda deux sous à la « leprosie » de Pont-de-l’Arche, propriété de l’abbaye donc, chaque année à la saint Jean-Baptiste[2]. La localisation de celle-ci, à mi-chemin entre l’ancienne abbaye et la ville de Pont-de-l’Arche, est donc parfaitement logique, d’autant plus que cet ancien lit de Seine, sans relief, était destiné aux cultures du fait de la présence d’eau[3].

Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme citent cet acte de 1259 et avancent qu’il est probable qu’il s’agisse de la « même maison que le Bel-Air cité en 1265 »[4]. Nous nuançons le propos car la Maladrerie a pu être appelée Bon-air à cause de sa proximité avec la « maison » ou ferme du Bon-air. Quant à la date de 1265, les auteurs ne la citent pas dans leur article sur Pont-de-l’Arche et nous ne la trouvons pas ailleurs. Néanmoins, Léon de Duranville écrivit qu’il « y avait eu jadis une maladrerie, qui porte maintenant le nom de Bon air ». Du vivant de Léon de Duranville, une ferme du Bon-air existait. Cela semble confirmer que c’est ce nom qui prévalait et qui caractérisait tout l’espace entre Pont-de-l’Arche et Bonport, comme aujourd’hui. Léon de Duranville précisa aussi que « la chapelle fut bénite par Eudes Rigaut. »[5] 

Bruno Tabuteau, docteur en histoire, auteur de "Les maladreries et léposeries en Normandie" (Cahiers Jacques-Charles, AMSE, 2011), répare l'erreur de De Duranville en précisant qu'en 1261 Eudes Rigaud rejoignit le roi Saint Louis, le 1er juin, à la chapelle Saint-Etienne du château de Pont-de-l'Arche (Limaie) où il célébra la messe le 2 juin. Cependant le 4 et le 5 juin, Eudes Rigaud consacra l'église du couvent des dominicains de Rouen comme le montre le Journal des visites pastorales d'Eudes Rigaud (page 402). Il ne s'agit donc pas de la chapelle de la maladrerie de Pont-de-l'Arche. Bruno Tabuteau nous donne, en revanche, nombre d'informations sur l'aumône de Normandie dont bénéficiaient les comptes de la maladrerie de Pont-de-l'Arche. Se fondant sur les Journaux des trésors des rois Philippe IV le Bel (Jules Viard, Paris, imprimerie nationale, 1940) et Charles IV (id. 1917), l'historien note des versements irréguliers allant de 1297 à 1384.   

 

Renaissance : la maladrerie entre paroisse et ordres religieux

A une date indéterminée, il semble que la gestion de la maladrerie est passée des moines de Bonport à la paroisse Saint-Vigor. En effet, les registres de la fabrique nous apprennent qu’en 1539 Claude Hays, curé, qui avait « joui du revenu de la léproserie pendant dix-huit ans, a remis les titres et payé les arrérages, suivant l’accord qu’il a passé au parlement le 17 janvier 1538.[6] » Que s’est-il passé 18 ans auparavant, en 1520 ? Nous l’ignorons. Quoi qu’il en soit, nous apprenons que la maladrerie était passée dans le giron de l’hôtel-Dieu qui, en 1648, passa sous la responsabilité des frères pénitents. Ceci ne dura pas car, suite aux édits de décembre 1672 et du 20 février 1673 réorganisant le fonctionnement de divers hôpitaux, la Chambre royale les condamna le 31 mai 1673 à laisser à l’Ordre du Mont-Carmel la libre possession et jouissance de « la malladrerie et hospital » de Pont-de-l’Arche dont ils étaient propriétaires depuis 25 ans[7]. Puis, un édit de mars 1693 confia aux villes la gestion des hôpitaux. Qu’en fut-il de la maladrerie ?

 

Bien paroissial, la maladrerie devint cimetière communal

Les registres du conseil de fabrique indiquent que la maladrerie était devenue un bien paroissial car de 1781 à 1782, alors que Michel Duval était curé, « on a fait faire un cimetière neuf au même lieu et place de l’ancien, nommé Maladrerie ». Ceci atteste que l’espace autour de la maladrerie était connu comme cimetière et explique pourquoi le plan de Pont-de-l’Arche dressé vers 1702 par le cartographe Nicolas Magin (1663-1742) montrait un cimetière au lieu dit La Maladrerie. Les bâtiments avaient déjà peut-être été démolis. 

De cimetière pour malades contagieux, celui-ci devint cimetière paroissial mais le nom de maladrerie se converva. On le retrouve en 1812 dans une délibération du Conseil municipal du le 13 novembre où fut évoqué un pommier mutilé près de la « maison de la Maladrerie ». Cela désignait soit la maladrerie soit une maison qui la jouxtait.

Après la nationalisation des biens de l’Eglise, la maladrerie – tout du moins son terrain – passa dans le domaine communal. En effet, une délibération du 3 mai 1862 rappelle la décision du 4 novembre 1851 qui demandait aux personnes désireuses de maintenir des tombes dans l’ancien cimetière, celui autour de l’église Saint-Vigor, actuelle Notre-Dame-des-arts, de se manifester en mairie avant le 31 décembre. « Contre 30 fr. le mètre, les tombes pourront être maintenues, sinon elles seront ôtées « au fur et à mesure que le besoin d’inhumer se présentera selon l’ordre des sépultures. » La place manquait dans l’ancien cimetière, autour de l’église, et il semble que ses tombes n’étaient pas récentes puisqu’on ne se bousculait pas pour les conserver. Il faut dire que la translation du cimetière de l’église à la Maladrerie avait commencé en 1781. Quant aux premières photographies de l’église Notre-Dame-des-arts, vers 1895, elles montrent qu’il n’existait plus aucune tombe autour de l’église. La translation était achevée. Les seuls vestiges de ce cimetière se trouvent dans l’église où des plaques rappellent que certains nobles étaient inhumés en son sein.

 

PA-par-Magin--vers-1702-.JPG

Ce plan de Pont-de-l’Arche, dressé vers 1702 par le cartographe Nicolas Magin (1663-1742),

montre que la maladrerie (vers l'Est, à gauche, au-dessus du mot "Elbeuf")

était déjà assimilée à un simple cimetière (BnF, collection d'Anville).

 

A quoi ressemblait la maladrerie ?

Regardons la léproserie Saint-Lazare de Gisors, dont il reste la chapelle Saint-Luc. Elle se compose d'une simple nef rectangulaire de près de 110 m² réalisée en pierre calcaire et complétée d'un chevet à pans de bois. Elle devint une maison de charité durant le XVIIIe siècle puis fut reconvertie en grange à la Révolution. La Ville de Gisors l’acquit en 1967 et elle fut classée aux Monuments historiques en 1992[8]. Comme Gisors, Pont-de-l’Arche comptait parmi les petites villes de Normandie au Moyen Âge. La chapelle de la maladrerie de Pont-de-l’Arche a peut-être ressemblé à celle de Gisors, du moins dans ses dimensions et dans ses matériaux. Pour compléter l’image que l’on peut se faire de la maladrerie, il faut ajouter des bâtiments annexes, un cimetière autour, un calvaire et peut-être un enclos.

 

Léproserie Saint-Lazare (Gisors)

La chapelle Saint-Luc de la léproserie de Gisors,

une illustration de ce que pouvait être une partie de la

maladrerie de Pont-de-l'Arche ? (photo Wikipédia)

 

 

Le patrimoine confirme-t-il les textes historiques ?

Aujourd’hui, le mur autour du cimetière, fait de grandes pierres de taille calcaires, trahit bien son origine de la fin du XVIIIe siècle. Le plus ancien monument daté a été érigé en 1824 à la mémoire de Louis Joseph Quesney. La plus ancienne dépouille est celle de Julien Blin, ancien maire et bienfaiteur de la ville, dont l’enterrement eut lieu en 1826 et dont la stèle offerte par la ville fut posée vers 1830. Cependant, le plus ancien monument n’est pas daté : il s’agit du calvaire central…

 

Le plus ancien monument : le calvaire central

 

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Un monument presque oublié

Au centre du cimetière se trouve un calvaire. Celui-ci était nettement visible quand les tombes n’étaient couvertes que de croix de bois. Aujourd’hui, il passe quelque peu inaperçu, de prime abord, tant les monuments funéraires sont devenus imposants depuis la moitié du XIXe siècle. La croix du calvaire, en pierre calcaire, présente de fines sculptures. L'érosion a surtout frappé les personnages, le Christ, l'Enfant Jésus et la Vierge dont la tête a disparu. Le corps de la croix est orné de palmettes étirées. Les bras de la croix sont reliés par d'élégantes décorations en forme de croissants de lune. Cette croix, qui semble dater du XVIe siècle, repose sur un socle de pierre restauré en 1998 par la Ville de Pont-de-l’Arche à l’initiative de Michel Lepont. En effet, cet organiste archépontain, correspondant de l’association Notre-Dame-de-la-Source, spécialisée en restauration du petit patrimoine religieux, a convaincu la municipalité présidée par Paulette Lecureux de restaurer ce bien communal. Le socle de pierre du calvaire s’effritant dangereusement, il lança un livre de soutien à la restauration de ce monument qui obtint plus de 100 signatures. Elles permirent d’inscrire la restauration du calvaire à la session 1996 du concours « Un patrimoine pour demain », organisé par Pèlerin magazine. Lauréat du concours, cette restauration fut soutenue par une subvention de 31 644 francs. Ce sont les Services techniques de la Ville qui assurèrent la restauration et notamment Alain Richard et Alain Morel.

 

 Restauration calvaire (1998) 2

Les agents des services techniques de la Ville de Pont-de-l'Arche

restaurant le socle du calvaire en 1998 (photo Michel Lepont)

 

Un monument hautement symbolique

Presque toutes les tombes et stèles du cimetière sont orientées, c’est-à-dire qu’une face de leur forme rectangulaire est tournée vers l’orient (l’Est). Or, le calvaire est le seul monument à présenter un angle vers l’orient. Ses trois autres angles renvoient vers les autres points cardinaux. C’est donc sous la croix du calvaire que les quatre points cardinaux se rassemblent. Ils confèrent à ce monument une place cardinale, c’est-à-dire une place au cœur du cimetière et, symboliquement, du cosmos puisque les points cardinaux n’ont pas de limite. Le calvaire est comme un guide autour duquel est structuré le cimetière. Or, sur la croix du calvaire se trouve une image du Christ, le guide des chrétiens qui espèrent une vie après la mort. Une observation attentive montre que l’image du Christ n’est pas alignée sur l’angle Est du calvaire. Elle est décalée vers le sud-est, là où apparaissent les rayons du jour naissant au solstice d’été, le plus long jour de l’année. Symboliquement, le Christ est le premier à recevoir la lumière du jour renaissant après la nuit, la lumière de la vie après la mort. Au dos de la croix, une sculpture de la Vierge à l’Enfant est aussi symbolique. L’hiver, ces deux personnages voient le jour mourir au nord-ouest, horizon vers lequel ils sont tournés. Le Christ et sa mère vont mourir. Mais, avec le retour du jour, le Christ va ressusciter ainsi que ses serviteurs. Hautement symbolique, le calvaire s’inscrit dans une des plus anciennes traditions locales car, au néolithique, les sépultures collectives protégées par des allées couvertes étaient déjà orientées de manière à recevoir les rayons du jour naissant au solstice d’été. Aujourd’hui, les tombes de plusieurs prêtres de Pont-de-l’Arche - Jacques Lemariez (1828-1885), Philippe Damoiseau (1799-1874), Gabriel Caillet (1911-1994), Adrien Colin (1918-2002) et une tombe anonyme - jouxtent le calvaire. Tournées vers le nord, elles rappellent le rôle central du calvaire.

 

Calvaire

 

Un vestige de la maladrerie ?

Ce calvaire est-il le guide du cimetière paroissial ou celui de l’ancienne maladrerie ? Vue son ancienneté, nous sommes tentés de dire qu’il appartenait au cimetière de la maladrerie. Qui plus est, d’après le plan de Nicolas Magin la maladrerie ne jouxtait pas la route d’Elbeuf mais était située à mi-distance entre la route et le coteau bordant l’Eure. Le cimetière devait se trouver autour d’elle et son calvaire. Ceci dit, le calvaire a très bien pu être déplacé selon les besoins. C’est ce que la restauration de 1998 a révélé : le socle était réalisé avec le réemploi d’anciennes pierres tombales du début du XIXe siècle. On a très bien pu déplacer la croix et la poser sur un socle nouveau. Ce serait assez logique car le cimetière a bénéficié de plusieurs agrandissements. Un des premiers agrandissements s’est fait vers l’ouest et jusqu’à la route d’Elbeuf comme le montre le mur de pierre et l’entrée principale. Puis, le cimetière a été agrandi vers l’Est, décalant la porte principale vers l’ouest. Or, le calvaire est resté au centre du cimetière, preuve qu’il a été déplacé.  

 

La stèle de Louis Joseph Quesney (1824)

Nous n’avons pas trouvé d’information directe sur cet homme né à Elbeuf le 1er aout 1750 et décédé à Pont-de-l’Arche le 24 février 1833. Il appartint à une famille de nobles ayant joué un rôle pendant la Révolution parmi les républicains modérés, puis parmi les fidèles au pouvoir napoléonien. Ainsi le père de Louis Joseph, Louis Robert Quesney, était receveur des gabelles avant 1790. Il fut conseiller municipal en 1795 puis à partir de 1800. Entre temps, il fut nommé maire de Pont-de-l’Arche de 1796 à 1799. Un autre Quesney apparait dans les archives en tant qu’agent national en 1795. Un Quesney signa un bel article sur l’économie de Pont-de-l’Arche dans le 3e tome des Annales de statistiques en 1802 (page 55). Il signa en tant que chef de la 1re division des bureaux de la préfecture du département de la Seine-Inférieure et se dit natif de la commune. La stèle de Louis Joseph Quesney fut commandée 9 ans avant sa mort à « Requier », maçon à Alizay, qui finit de la tailler en avril 1824. Celle-ci est gravée de grands aphorismes romantiques.

 

Monument Quesney 5

Datant de 1824, la stèle rendant hommage à Louis Joseph Quesney

est le plus ancien monument individuel du cimetière de Pont-de-l'Arche.

 

La stèle de Julien Blin (1830)

Julien Blin (1738-1826) est un ingénieur des ponts et chaussées. En 1815, il fut nommé maire de Pont-de-l’Arche par le Préfet de l’Eure, fonction qu’il assuma jusqu’à sa mort. Il assainit les comptes de la Ville notamment en rappelant la Préfecture à ses obligations. Il enrichit la ville, alors très pauvre, en lui donnant des immeubles (et les rentes afférentes) qu’il avait acquis durant la période révolutionnaire. En 1818, il fit construire des logements au-dessus de la Salle d’Armes, ancien hôtel-Dieu, pour l’instituteur et deux sœurs qui enseignaient dans la ville. En 1822, il fit don à la commune de trois maisons, contre l’obligation de celle-ci d’en utiliser une comme presbytère. En 1827, le Conseil municipal rapporta les termes du don testamentaire établi par Julien Blin. Sans descendance, il fit don à la commune de biens immobiliers estimés à 236 450 francs,  presque 40 fois le budget communal de 1827 ! Parmi ces biens, Julien Blin souhaitait que l’ancien couvent des pénitents serve d’hôpital aux « indigents malades et inférieurs ». Julien Blin offrit aussi sept maisons et des terres cultivables. Les dons de ce bienfaiteur permirent entre autres de loger la première école de la ville conformément aux lois Guizot sur l’enseignement public (28 juin 1833). En 1830, les élus municipaux votèrent l’érection d’une « pierre tumulaire » sur la tombe de Julien Blin. En 1865, le nom de « rue Blin » fut officialisé par le Conseil municipal[9].

 

Monument Blin 1

Cette stèle de 1830 a été offerte par la Ville de Pont-de-l'Arche

en hommage à son ancien maire Julien Blin, bienfaiteur à

l'origine de l'hôpital local et des bâtiments de la première école publique.

 

Autres tombes et mur de clôture

Les plus anciennes tombes datent du dernier quart du XIXe siècle. Les stèles abordées ci-dessus sont séparées de plusieurs dizaines de mètres. Elles doivent leur conservation à leur caractère monumental et au renom des défunts qu'elles commémorent. Les tombes qui les entouraient ont été relevées au fil des générations. On peut donc déduire que ce cimetière était pleinement utilisé dès le début du XIXe siècle. Une partie du mur de clôture trahit des origines de la fin du XVIIIe siècle avec d’imposantes pierres de taille en chainage et dans les piliers de la porte d’entrée principale, porte qui, comme nous l’avons écrit plus haut, ne peut être celle du cimetière de la maladrerie qui ne jouxtait pas la route d’Elbeuf, selon le plan dressé par Nicolas Magin.

 

P1050112Les pierres de taille du mur sud témoignent du XVIIIe siècle

(ici le pilier Est de l'entrée principale).

 

 

Conclusion

Le cimetière communal semble bien être l’héritier de la maladrerie du XIIIe siècle. Après les ordres religieux et la paroisse, ce bien communal a pris le relai du cimetière de la maladrerie ; relai symbolisé par le calvaire central du XVIIe siècle. A partir de 1781, il remplaça l’ancien cimetière autour et dans l’église Saint-Vigor, devenue Notre-Dame-des-arts en 1896. Quelques plaques et gisants y subsistent qui rappellent qu’on y enterrait les chrétiens depuis peut-être les fortifications de Charles le Chauve (IXe siècle) ?

 

 

Avec mes remerciements à Ulysse Louis, Michel Lepont et Bruno Tabuteau

 

 

[1] Base Mérimée : référence IA00017898.

[2] Delisle Léopold, « Cartulaire normand de Philippe Auguste, Louis VIII, Saint-Louis et Philippe le Hardi », Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, 6e volume, XVIe vol., Caen, 1852, 390 p. cf. page 119 – n° 629, aout 1259 : « Noverint universi, tam presentes quam futuri, quod ego Johannes Goceselin (sic), burgensis de Ponte Arche, assensu et voluntate Matildis, uxoris mee, vendidi et concessi et omnino reliqui abbati et Conventui Beati Marie de Bonoportu quamdam domum quam habebam opud Pontem Arche […] et ad festum sancti Johannis Baptiste duos solidos, et ad dictos terminos leprosie (sic) de Ponte Arche (2) duos solidos… » 

[3] Dont on retrouve une résurgence au pied du coteau, sous le coude du chemin du Becquet, où fut installé un puits artésien au début du XXe siècle.

[4] Charpillon Louis-Etienne, Caresme Anatole, Dictionnaire historique de toutes les communes de l’Eure

[5] Duranville Léon Levaillant de, Essai historique et archéologique sur la ville du Pont-de-l’Arche…, page 122.

[6] « Note de ce qui s’est passé de curieux et de ce qui a été fait dans l’année de chaque trésorier », La Semaine religieuse du diocèse d’Évreux, 24 et 31 aout, 14 et 31 septembre 1918. Reproduction in extenso et sans modifications d’un manuscrit daté de 1722.  

[7] Goujon Paul, « L’Hôtel-Dieu et les pénitents du Pont-de-l’Arche », La Normandie, 1897, n° 3 de mars (pages 66-76), n° 4 d’avril (pages 105-115), page 109.

[8] Wikipédia : article « Gisors ».

[9]L’histoire est ironique : depuis 2008, nous lui avons rendu son prénom, Julien, dans des documents officiels (cartes de la Ville, site Internet…). Or, seul un prénom figure sur sa stèle : Armand, gravé il y a fort longtemps par l’on ne sait qui.

 

Armand Launay

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...