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21 avril 2021 3 21 /04 /avril /2021 09:46

 

Dans le bois privé du Mesnil-Jourdain, au nord du ravin de Becdal, se trouve le “Fort aux Anglais”. Une sorte de quadrilatère avec fossés et talus de 90 mètres de longueur sur 80 mètres de largeur environ, se trouve presque au bout de cet éperon naturel culminant à 133 m au-dessus du méandre fossile de La Haye-le-comte. Le quadrilatère est entouré d’un espace plus vaste délimité par un petit talus d’un mètre cinquante, presque invisible. 

Le nom de Fort aux Anglais démontre que ce site était notable. On lui a attribué une origine du XVe siècle car il devait sûrement paraitre étranger, loin dans les bois, et tourné contre les habitations. Or, un ennemi situé dans la région et construisant un fort en terre ne pouvait être ‒ dans les consciences façonnées par l’école républicaine et ses images d’Épinal ‒ que l’Anglais de la guerre de Cent-ans. Léon Coutil, infatigable et stimulant archéologue normand, a démenti cela en avançant qu’on a affaire ici à des fortifications antiques, sans plus de précisions toutefois. S’il n’a pas décrit le fort dans son article intitulé “Archéologie gauloise, gallo-romaine, franque et carolingienne de l’arrondissement de Pont-Audemer”, il l’a néanmoins cité et nous a légué un plan finement réalisé. On peut le trouver dans le tome XVIII du Bulletin de la Société d’études diverses de Louviers paru en 1925.

Le Fort-aux-Anglais au Mesnil-Jourdain avait-il une fonction militaire ?

 

Léon Coutil y affirma que ce type de retranchements de pierre, assez courant au-dessus des vallées de l’Eure et de l’Iton, ont pu être occupés par les Normands. Il cita, avec le Fort qui nous intéresse, le Château-Robert à Acquigny et la Motte du Vieux-Rouen près des Monts de Louviers. L’auteur cita aussi le Parc ou Parterre aux Anglais, au Testelet d’Incarville. Nous publions ici un détail du plan réalisé par Léon Coutil. La porte d’entrée se situait à l’est, au-dessus de la vallée, près de la voie menant à Louviers et d’un chemin longeant le rebord de l’éperon occupé par le bois du Mesnil-Jourdain comme le montrent les délimitations cadastrales du site Géoportail. 

 

Que penser de ces vestiges ? Léon Coutil sembla avancer qu’on avait affaire à des fortifications autour de Louviers. Servaient-elles de postes de surveillance ? Logeaient-elles des garnisons prêtes à contre-attaquer des assiégeants ? Les difficultés d’interprétation sont nombreuses et le doute est permis. On peut en effet imaginer des coteaux déboisés, mis en culture et en pâturage, et donc propice à l’observation et aux mouvements de troupes. Mais ces fortifications et ces troupes ne seraient-elles pas, justement, exposées, et n’offriraient-elles pas des places de fortune aux assaillants de Louviers ? 

Qui plus est, nous n’avons pas affaire à de grandes fortifications : tout au plus 3 mètres entre le fond du fossé et le haut du talus, rehaussé sûrement d’une palissade. Le fossé semble avoir surtout servi à fournir le matériau du talus et, sûrement, à avoir drainé les eaux en vue de les récupérer. De plus, le “fort” n’utilise pas le potentiel défensif des reliefs. En effet, à notre connaissance l’éperon du bois du Mesnil-Jourdain n’est pas barré par un premier rempart, à la manière d’un oppidum gaulois. De même, le fort n’est qu’un modeste quadrilatère sur le replat de l’éperon. Il aurait pu être bâti au-dessus des pentes raides, comme au Château-Robert d’Acquigny, de manière à protéger ses flancs et concentrer les fortifications là où les assaillants seraient les plus à même d’attaquer. Enfin, contrairement aux fanas et restes de villas retrouvés dans la forêt de Bord et fouillés par Léon Coutil et Léon de Vesly, il n’y a pas eu, à notre connaissance, de découvertes archéologiques significatives au Fort aux Anglais. Où sont les sépultures, les armes, le puits, les monnaies, les trous de poteau ou les bases de murs des habitations ? Tout au plus, la position du fort, avec une tourelle d’angle au nord-est, constituerait un poste d’observation. Mais, encore une fois, pourquoi ne pas avoir bâti ce poste à l’angle nord-est de l’éperon du bois ? 


Nous sommes inspirés par un écrit d’Henri Guibert : "Note au sujet de retranchements aux environs de Louviers" paru dans le tome VIII du Bulletin de la Société d'études diverses de Louviers, en 1903. De la page 57 à 62, l’auteur démolit la thèse des retranchements à finalité militaire en forêt de Bord.

Article d'Henri Guibert sur les retranchements de la forêt de Bord et du Mesnil-Jourdain (reproduction artisanale).
Article d'Henri Guibert sur les retranchements de la forêt de Bord et du Mesnil-Jourdain (reproduction artisanale).
Article d'Henri Guibert sur les retranchements de la forêt de Bord et du Mesnil-Jourdain (reproduction artisanale).
Article d'Henri Guibert sur les retranchements de la forêt de Bord et du Mesnil-Jourdain (reproduction artisanale).

Article d'Henri Guibert sur les retranchements de la forêt de Bord et du Mesnil-Jourdain (reproduction artisanale).


L’auteur énonce les sites de la mare Courante, à Tostes ; du Testelet d’Incarville où se trouvent deux retranchements ; de la Mare-au-coq sur les hauteurs du Vaudreuil ; et du Mesnil-Jourdain qui nous intéresse ici. On peut au moins y ajouter le retranchement qui surplombe le ravin des Fosses recensé par la carte topographique de l’IGN. Selon Henri Guibert, qui a visité le Fort-aux-Anglais du Testelet avec Louis Vallée, garde-forestier, il s’agirait d’anciens parcs à bestiaux, le site du Testelet étant d’ailleurs appelé le “parquet”, c’est-à-dire le petit parc. Ces parcs, dans la forêt royale, étaient gérés par des parquiers, personnels de l’administration des eaux et forêts. Ils servaient à la chasse, le pâturage et la garde d’animaux saisis après délit. On peut aussi penser que ces parcs servaient à protéger les animaux, la nuit. Notons que le plan de Léon Coutil mentionne une cabane de chasse au Fort-aux-Anglais, dans l’angle nord-est. Henri Guibert, non spécialiste, s’appuie sur les écrits de Léopold Delisle sur les professions forestières au Moyen Âge où l’on retrouve justement la fonction de parquier et l’utilité de ces parcs. L’auteur avance que le parc est placé sous l’autorité d’un seigneur, souvent près de son château. Les parquets de la forêt de Bord devaient être gérés par le personnel royal exerçant au bailliage secondaire de Pont-de-l’Arche. Quant à celui du Mesnil-Jourdain, on pourrait penser que le seigneur le plus à même de l’aménager et l’utiliser était le seigneur de La Haye-le-comte, nom sous lequel Léon Coutil localise d’ailleurs le fort (avec la faute que nous faisons tous, ou presque : La Haye-le-compte).

Capture d'écran de la carte topographique accessible sur le site Géoportail avec trois repères ajoutés par nous.

Capture d'écran de la carte topographique accessible sur le site Géoportail avec trois repères ajoutés par nous.

 

Le manoir seigneurial était à côté de la ferme des Herbages, près du repère orange en haut à gauche de notre carte. Par deux chemins, les hommes pouvaient gagner Le Petit-Mesnil (deuxième repère de notre carte). Ce hameau sis au Mesnil-Jourdain doit sûrement son nom au fait qu’il était orienté, pour les Lovériens, vers  Le Mesnil-Jourdain. En effet, un ancien chemin pédestre allait ensuite au Mesnil-Jourdain par la vallée de Trifondouille et la mare Longue (comme le montre la carte d’état-major de 1840 accessible par le site Géoportail). Le nom du Petit-Mesnil doit être la contraction de “la ferme du petit chemin qui mène au Mesnil-Jourdain”. Or, au-dessus du Petit-Mesnil, un chemin monte vers le Fort-aux-Anglais (notre troisième repère) où converge le chemin de Sainte-Barbe. Ici nous ne sommes pas sur la voie du Mesnil-Jourdain mais bien plutôt dans un espace forestier exploitable où le troupeau était le bienvenu : nous pensons aux chevaux ou boeufs tirant les grumes. Deux mares permettaient d’abreuver les différents animaux : la mare Boissière, non loin du Fort-aux-Anglais, et la mare Longue à l’entrée de l’éperon. 

 

Finement, Henri Guibert écrit qu’il est probable que ces parquets aient été utilisés, un temps durant, par des troupes anglaises ; d’où les noms de forts aux Anglais donnés à au moins deux parquets. Mais le type de construction et l’emplacement du fort du Mesnil-Jourdain semblent aller bien plus dans le sens d’une exploitation forestière autant que de l’entretien des animaux. Quant à cette mystérieuse entrée par l’est, elle pourrait s’expliquer par la pente. En effet, la pente la moins rude est celle qui descend à 87 mètres au col situé en direction de la butte de Becdal. De là, le chemin descend vers le nord, vers Louviers, vers le couvent Sainte-Barbe aussi.

 

Nous battons en brèche la théorie d’une utilisation militaire du bois du Mesnil-Jourdain. Or, une lecture martiale des lieux est possible à l’endroit du Mesnil-Jourdain où se situe une motte castrale et une lignée de seigneurs dont certains étaient chargés de la défense de Louviers et Pont-de-l’Arche…

 

Armand Launay

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19 janvier 2021 2 19 /01 /janvier /2021 11:34
La mare centrale de Surville sous le bleu printanier et par le regard de Frédéric Ménissier en avril 2021. En point de chute se trouve le clocher de l'église Saint-Christophe.

La mare centrale de Surville sous le bleu printanier et par le regard de Frédéric Ménissier en avril 2021. En point de chute se trouve le clocher de l'église Saint-Christophe.

Extrait de la carte topographique de l'IGN disponible sur le site Géoportail.

Extrait de la carte topographique de l'IGN disponible sur le site Géoportail.

 

A Jocelyne et Christian Mansuy

 

Surville c’est aussi Le Parc et La Vacherie : trois villages sur le rebord du plateau du Neubourg, au-dessus de Louviers. C’est ce que montre l’observation de la carte IGN où La Neuville, hameau de La Haye-le-comte, montre un chemin d’antan descendant par les bois vers Louviers. Quant à Surville, chef-lieu de commune, il constitue un village-rue sur l’ancienne et plus fréquentée voie reliant Vraiville à Acquigny. Surville est situé à la naissance du vallon de Trifondouille et son nom aussi loufoque qu’énigmatique à nos yeux. C’est sûrement en ce lieu, près de l’église et de la mare que l’eau émergeait offrant ainsi un lieu plus accueillant aux quelques familles paysannes installées ici. À ce propos, le château d’eau situé à côté de l’église de nos jours rappelle la richesse en eau de ce bord de plateau.  

 

Carte postale illustrée des années 1910.

Carte postale illustrée des années 1910.

Surville a surtout vécu de la plaine, bien que quelques vergers dussent encore exister, assez nombreux, avant le remembrement des terres et la mécanisation de leur exploitation. C’est ce dont témoignent les toponymes : Le fond de la pommeraie vers Le Mesnil-Jourdain et les six poiriers. Quelques éléments naturels ponctuaient aussi un paysage plus riche qu’aujourd’hui : L’Ormet, le petit champ près d’un orme, à Écrosville les longues raies (les haies en normand), la sente du Coudray (une noiseraie), le buisson Collet… Surville, c’est aussi la “vieille forge”, vers Louviers, avant le bois. Il faut donc surtout imaginer les Survillais aux champs. D’ailleurs MM. Charpillon et Caresme nous apprennent que ses habitants étaient soumis au ban du moulin du Mesnil-Jourdain. 

"Surville, vues sur l'intérieur du pays" comme on eût écrit sur ce type de cartes postales illustrées des années 1910.
"Surville, vues sur l'intérieur du pays" comme on eût écrit sur ce type de cartes postales illustrées des années 1910."Surville, vues sur l'intérieur du pays" comme on eût écrit sur ce type de cartes postales illustrées des années 1910.
"Surville, vues sur l'intérieur du pays" comme on eût écrit sur ce type de cartes postales illustrées des années 1910."Surville, vues sur l'intérieur du pays" comme on eût écrit sur ce type de cartes postales illustrées des années 1910."Surville, vues sur l'intérieur du pays" comme on eût écrit sur ce type de cartes postales illustrées des années 1910.

"Surville, vues sur l'intérieur du pays" comme on eût écrit sur ce type de cartes postales illustrées des années 1910.

 

Ces mêmes auteurs, dans leur Dictionnaire historique de toutes les communes de l’Eure, montrent que Surville dépendait de la baronnie de Quatremare. Celle-ci, sorte de canton d’Ancien Régime qui regroupait des paroisses, appartint aux Harcourt puis aux ducs d’Elbeuf. Ces seigneurs possédaient des droits sur la paroisse comme nommer le curé. Cela explique sûrement pourquoi de nombreux ecclésiastiques provinrent de Surville. Depuis le XIIIe siècle, où le nom de la paroisse apparait dans les archives, existent plusieurs fiefs : le fief de Bœufs ou de Marbeuf, Le Parc et La Vacherie. Quant au sens du nom de Surville, Ernest Nègre a noté d’anciennes formes : Saarvilla en 1216, Souarville en 1220, Soarvilla en 1221, Soarville en 1455. Il semble que ce soit le nom d’un seigneur, ville désignant un domaine rural et non un village comme nous l’entendons de nos jours. 

 

Pour le plaisir des yeux, jeu d'ombre et de lumière au bord de la mare centrale par Frédéric Ménissier en avril 2021.

Pour le plaisir des yeux, jeu d'ombre et de lumière au bord de la mare centrale par Frédéric Ménissier en avril 2021.

Revenons aux fiefs. Il reste de ces propriétés d’Ancien Régime du beau patrimoine. Ainsi, près de la mare, une ferme des XVIe et XVIIe siècles a été classée Monument historique, plus précisément ses façades et toitures du bâtiment d'habitation, le 30 juillet 1951. Elle accueille aujourd’hui un bel hôtel avec restaurant et spa. 

Non loin, existe le “manoir d'Annebont”. Son logis fut construit au XVIIIe siècle. Sa façade principale porte des armoiries sculptées : "d'or à trois marteaux de gueule qui est Martel, et d'argent à trois bandes de gueules, non identifié", nous apprend le site de la commune. Près de la mare, toujours, un manoir portant le millésime de 1702 existe toujours qui est recensé, mais non protégé, par le Ministère de la culture. Enfin, citons, sans prétendre à l’exhaustivité, le manoir du hameau du Parc. 

La flèche de charpente de Saint-Christophe de Surville émergeant de l'horizon d'après un cliché de Frédéric Ménissier, que nous remercions, en avril 2021.

La flèche de charpente de Saint-Christophe de Surville émergeant de l'horizon d'après un cliché de Frédéric Ménissier, que nous remercions, en avril 2021.

Comme bien souvent, le plus riche élément de patrimoine communal est l’église. En effet, la silhouette de Saint-Christophe est discrète, exceptée sa flèche de charpente élancée. Selon Marcel Baudot, ancien archiviste du département de l’Eure, certaines parties dateraient du XIIe siècle, fin de la période romane. Après quelques remaniements, dont il demeure une lancette du XIIIe siècle, la partie est de la nef fut reconstruite au milieu du XVIe siècle. L’édifice a la beauté des modestes églises rurales : ses murs latéraux sont bas et couverts de toits à longs pans que couronne la flèche de charpente élégamment couverte d’ardoises. Celle-ci est supportée par des contreforts qui adjoignent leurs forces aux murs. Quelques baies cintrées percent la nef et, surtout, le transept, lui apportant un peu plus de lumière là où le sanctuaire le requiert. On entre dans l’église par un porche puis, dans la nef, l’on évolue sous un berceau lambrissé et quelques entraits, ces vastes poutres qui relient les murs latéraux. 

Vue sur l'église Saint-Christophe disponible sur le site municipal www.surville27400.fr

Vue sur l'église Saint-Christophe disponible sur le site municipal www.surville27400.fr

 

Le mobilier de Saint-Christophe est riche ! Nous ne faisons que citer les éléments classés aux Monuments historiques au titre d’objets le 24 mars 1977 : 

- le maître-autel et son tableau peint figurant la Résurrection du Christ, la statue de saint Christophe et celle de saint Jacques, dit le Majeur. Le tableau d'autel est une copie réalisée d'après Charles Van Loo et date du 3e quart du XVIIIe siècle ; 

- une verrière du XIXe siècle signée de l’atelier Duhamel-Marette ;

- une statue en bois polychrome du XVIe siècle ou du début du XVIIe siècle figurant sainte Véronique ;

- un groupe sculpté dans du calcaire taillé et peint du XVIe siècle et figurant la Vierge de pitié ;

- une statue en bois taillé, peint et doré du XVIe siècle et figurant saint Nicolas ; 

- deux statuettes de bâtons de procession en bois du XIXe siècle figurant la Vierge à l'Enfant Jésus et saint Christophe ;

- une statue de poutre de gloire en bois taillé et peint du XVIIe siècle et figurant le Christ en croix ; 

- une statue en pierre taillée et peinte du XVIe siècle figurant sainte Julitte plongée à mi-corps dans une marmite au-dessus de flammes. Cet élément, contrairement aux autres, fut classé le 29 avril 1976. 

 

De plus, signalons le “dolmen de la Croix blanche”, sur la route du Neubourg. Il s’agit d’un autel composé de trois pierres et qui sert de croix de chemin. Ces trois pierres évoquent la forme d’un dolmen mais il s’agit, tout simplement, d’un banc portant une croix. Beaucoup de personnes, à la suite de l’érudit local Léon Coutil, ont vu ou souhaité voir dans ce type de constructions chrétiennes d’anciens mégalithes qui auraient été christianisés. C’est ce que l’on peut observer aussi à la croix d’Ymare appelée depuis “la tombe du druide” et même autour de l’autel de Saint-Mauxe à Acquigny

La Croix-blanche d'après un dessin de Léon Coutil.

La Croix-blanche d'après un dessin de Léon Coutil.

 

Enfin, Surville, après avoir subi l’exode rural, se peuple. Ainsi la population croit. Elle est passée de 320 habitants en 1946 à 904 en 2017. À croire que la commune est devenue l’un des plus beaux quartiers de Louviers ! 

Armand Launay

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8 décembre 2020 2 08 /12 /décembre /2020 08:30
La Haye-le-comte, hameau de Louviers et commune à part entière, d'après un détail d'une vue panoramique et printanière de Frédéric Ménissier, que nous remercions, en avril 2021.

La Haye-le-comte, hameau de Louviers et commune à part entière, d'après un détail d'une vue panoramique et printanière de Frédéric Ménissier, que nous remercions, en avril 2021.

Carte postale des années 1910 (Archives départementales de l'Eure, en ligne).

Carte postale des années 1910 (Archives départementales de l'Eure, en ligne).

 

La Haye-le-comte est un village de 135 habitants situé dans la continuité des quartiers sud de Louviers. Si la majeure partie de ses maisons se trouvent à Louviers, quelques bâtisses à pans de bois, brique et moellon calcaire évoquent la campagne autour de deux ou trois rues bel et bien situées dans la commune de La Haye-le-comte. Alors La Haye-le-comte est la fois le nom d’une commune et d’un quartier de Louviers. 

 

Extrait du tableau d'assemblage du plan cadastral de la commune (Archives départementales de l'Eure, en ligne).

Extrait du tableau d'assemblage du plan cadastral de la commune (Archives départementales de l'Eure, en ligne).

 

Un lieu de transition paysagère. 

Le paysage de la Haye-le-comte est une boucle témoignant d’un méandre fossile de l'Eure. Cette boucle entame le plateau du Neubourg par de sévères pentes comme l’exprime excellemment la “côte de Crève-cœur”. Au milieu de cette boucle se trouve la “côte de la Justice”, évoquant par la dureté des lois la raideur de sa pente culminant à 72 m, à moins que ce ne soit une référence à un éventuel gibet installé ici pour supplicier des gens, selon la fiche Mérimée du Ministère de la culture. La Haye-le-comte est à la fois dans la vallée agricole, vers 35 m d’altitude, et sur le plateau du Neubourg avec La Neuville, un de ses hameaux, à proximité de Surville. Ainsi des bois et des vallons, dont celui au nom étonnant et mystérieux de Trifondouille, font partie de la richesse de la commune, qu’elle soit naturelle ou lexicale. C’est ce beau cadre que viennent chercher les résidents des quelques nouvelles rues pavillonnaires longeant les voies d’antan.   

 

Carte d'état-major consultée sur le site Géoportail.

Carte d'état-major consultée sur le site Géoportail.

 

Le château des comtes de Meulan

C’est avec surprise que La Haye-le-comte est devenue une commune, à la Révolution, car elle était peu peuplée ‒ 46 habitants en 1800 ‒ et semblait se résumer à une propriété seigneuriale, près de la ferme des Herbages. Pour preuve, sa petite mairie semble être une annexe du château seigneurial. 

Exprimant sûrement la conquête de la Normandie par le roi de France, en 1204, c’est le Français Roger, comte de Meulan, qui fit construire le château de “Hayam comitis” dans la paroisse de Louviers. Peut-être devait-il être l’œil du roi, se méfiant des Normands, sur la ville de Louviers ? Si nous ne savons rien de ce château, nous pouvons affirmer que le nom de la paroisse vient de celui-ci : la haie du comte de Meulan, que ce soit Roger et ses descendants. La haie peut désigner un clos défensif constitué de végétaux denses et de fossés. Nous savons aussi que ce château était situé à côté de la ferme des Herbages. Après les comtes de Meulan, au XIVe siècle, les seigneurs de La Haye ont été les Le Métayer. Vers 1647, Anne Le Métayer fit construire une demeure, remaniée au XIXe siècle, ainsi qu’un pigeonnier vraisemblablement daté, lui aussi, du XVIIe siècle. 

 

Le château de La Haye-le-comte derrière et à côté de beaux éléments architecturaux agricoles (photographie de Frédéric Ménissier, avril 2021).

Le château de La Haye-le-comte derrière et à côté de beaux éléments architecturaux agricoles (photographie de Frédéric Ménissier, avril 2021).

Cartes postales des années 1910 (Archives départementales de l'Eure, en ligne).
Cartes postales des années 1910 (Archives départementales de l'Eure, en ligne). Cartes postales des années 1910 (Archives départementales de l'Eure, en ligne).

Cartes postales des années 1910 (Archives départementales de l'Eure, en ligne).

 

La difficile église de La Haye

Après la construction du château par Roger, son fils Amaury fit ériger une petite église en 1225 devant sa propriété. Sa charge fut conférée aux chanoines réguliers de prémontrés d’Abbécourt, à Orgeval, dans les Yvelines. Richard de Saint-Léger, évêque d'Évreux, la consacra en 1226 du nom de Notre-Dame. En 1330, une chapelle dédiée à Saint-Thibault fut construite à côté de l’église, séparée ou unie par un mur mitoyen. En 1645, l’église était en ruine. François de Péricard, évêque d’Évreux, insista pour qu’elle soit restaurée principalement par le seigneur Le Métayer, puis le prieur Jean Blondeau. Le 6 juin 1645 le même évêque la consacra à Notre-Dame et Saint-Thibault. Elle fut érigée en cure et les prémontrés partirent.  

 

Carte postale des années 1910 (Archives départementales de l'Eure, en ligne).

Carte postale des années 1910 (Archives départementales de l'Eure, en ligne).

 

Devenue ruine dans une paroisse peu peuplée, l’église disparut et, à la Révolution pas plus qu’en 1905, La Haye-le-comte n’avait d’église. Ce n’est qu’en 1922 qu’une chapelle fut bâtie. C’est Émile et Léonie Auger qui achetèrent les terres et firent construire l’édifice pour remercier le Ciel de la survie de leur fils Jean durant la Première Guerre mondiale. Depuis, le culte catholique reprit et, le 24 avril 2015, la chapelle fut donnée à la commune par les héritiers Auger. La mairie a entrepris des travaux notamment avec l’atelier Cursus et la Fondation du patrimoine grâce à laquelle nous avons eu ces dernières informations et une photographie. Un appel aux dons est ouvert sur le site de l’association. Du patrimoine ancien, il reste une statue de la Vierge à l’Enfant Jésus du XIIe siècle, un buste reliquaire de Saint-Thibaut offert, semble-t-il, au XVIIe siècle par François de Péricard et une vasque calcaire des fonts baptismaux du XVIe siècle.

Notre-Dame de La Haye-le-comte. Photographie issue du site de la Fondation du patrimoine.

Notre-Dame de La Haye-le-comte. Photographie issue du site de la Fondation du patrimoine.

Longtemps dépeuplée, la Raye l’conte, comme on disait en parler normand, semble retrouver une vitalité qui lui va bien ! 

 

Armand Launay

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  • : Pont de l'Arche et sa région histoire, patrimoine et tourisme
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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages) ;

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages) ;

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages) ;

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au cœur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages) ;

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages) ;

- Mieux connaitre Pont-de-l'Arche à travers 150 noms de rues et de lieux ! (Autoédité avec Frédéric Ménissier, 2019, 64 pages) ; 

- Les Trésors de Terres-de-Bord : promenade à Tostes, ses hameaux, Écrosville, La Vallée et Montaure (édité par la mairie de Terres-de-Bord, à paraitre en 2022).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis enseignant à Mayotte.

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