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14 décembre 2020 1 14 /12 /décembre /2020 14:43
Vue aérienne du Manoir sur une carte postale des années 1950.

Vue aérienne du Manoir sur une carte postale des années 1950.

 

À première vue, Le Manoir est une commune récente et marquée par le XXe siècle. C’est ce que montre l’exploitation de carrières de sable qui encerclent la commune, à Pîtres, Alizay et, naguère de l’autre côté de la Seine, la plaine de Léry. Celles-ci sont nécessaires au boom immobilier qui touche la vallée de la Seine depuis 1945. Ainsi, la commune du Manoir, qui n’est pas en reste, est passée de 514 habitants en 1954... à 1 278 en 2017.

 

Comparaison de deux vues aériennes des années 1950 et 2020 issues de captures d'écran du site Géoportail.  Comparaison de deux vues aériennes des années 1950 et 2020 issues de captures d'écran du site Géoportail.

Comparaison de deux vues aériennes des années 1950 et 2020 issues de captures d'écran du site Géoportail.

 

En plus de quelques immeubles de la reconstruction, les rues rectilignes du Manoir donnent accès à des maisons plutôt humbles et souvent ouvrières. En effet, juste à côté, à Pîtres, se trouve “Manoir industries”. Cette imposante fonderie s’est installée en 1914. Elle fut créée dans les Ardennes et s’installa à Pompey, près de Nancy. C’est sous ce nom, Pompey, qu’on a longtemps appelé cette usine. On peut imaginer que les dirigeants de cette entreprise ont souhaité mettre à l’abri de la guerre contre l’empire allemand une partie de leur production. Une immigration ardennaise et lorraine a alors touché la commune. 

 

Carte postale des années 1910.

Carte postale des années 1910.


L’église aussi évoque le XXe siècle et pour cause : sur la Seine le pont de la voie ferrée Paris-Rouen a attiré les raids aériens des Alliés durant la Seconde guerre mondiale. C’est ainsi que le pont et les quartiers avoisinants ont été détruits à la bombe. L’ancienne église Saint-Martin, datée de 1519, a laissé place à sa petite sœur, érigée de 1951 à 1952. Celle-ci est signée de l’architecte normand Pierre Dupont (1911-1983). Elle bénéficie du label “Patrimoine du XXe siècle”. Créé par le Ministère de la culture, ce label se veut une conservation préventive. L’église en béton a un chevet circulaire et un clocher de plan carré indépendant du corps de bâtiment. Une impressionnante verrière côté ouest, signée du maitre verrier Jean Barillet (1912-1997), constitue l’élément le plus notable.

Carte postale de l'église Saint-Martin, démolie par les bombardements précédant la Libération. Photographie montrant une bombe non explosée et une partie du pont ferroviaire démoli (collection privée).. Carte postale de l'église Saint-Martin, démolie par les bombardements précédant la Libération. Photographie montrant une bombe non explosée et une partie du pont ferroviaire démoli (collection privée)..

Carte postale de l'église Saint-Martin, démolie par les bombardements précédant la Libération. Photographie montrant une bombe non explosée et une partie du pont ferroviaire démoli (collection privée)..

Photographie de l'église du Manoir actuelle (cliché d'Armand Launay, aout 2020) et vue sur le vitrail de Jean Barillet (photographie de la Fondation du patrimoine). Photographie de l'église du Manoir actuelle (cliché d'Armand Launay, aout 2020) et vue sur le vitrail de Jean Barillet (photographie de la Fondation du patrimoine).

Photographie de l'église du Manoir actuelle (cliché d'Armand Launay, aout 2020) et vue sur le vitrail de Jean Barillet (photographie de la Fondation du patrimoine).

 

Le Manoir aurait-il donc perdu trace de tout patrimoine ancien ? 

Outre quelques maisons à calcaire scié du XIXe siècle, une balade le long de la Seine démontre le contraire. En effet, Le Manoir fut un petit port de Seine, entre 10 et 12 m d’altitude, c’est-à-dire insubmersible en cas de crue. D’ailleurs, la commune se prolonge du côté gauche de la Seine où deux iles ‒ la Grande ile et l’ile du Motillon ‒ ont été rattachées à la rive par les travaux de chenalisation du fleuve durant les années 1930. Le Manoir était situé sur le chemin de halage et devait nécessiter l’arrêt des voyageurs dans des auberges, surtout entre le pont de Pont-de-l’Arche et le pertuis de Poses, deux obstacles dans le transport fluvial. Or ‒ nous y venons ‒ le long de ce chemin de halage se trouve le manoir des Hautes-Loges. 

 

Les Hautes-Loges ou l’origine du nom du Manoir ?

On estime que ce manoir date du XIVe étant donné ses dimensions caractéristiques du Moyen Âge (peu de profondeur, forte élévation, toit très pentu), ses imposantes pierres de taille et son millésime ‒ 1352 ‒ au niveau du cadran solaire. Ce manoir bénéficia d’une imposante restauration vraisemblablement au XVIe siècle vu la fenêtre à meneaux et sa corniche sculptée. La façade sud, visible depuis la berge, repose sur une alternance de lits de moellon calcaire et de lits de silex sombre. L’appareillage est plus riche encore à l’endroit du cadran solaire et sous l’appui d’une baie où la brique de pays s’ajoute esthétiquement aux matériaux précités.

Est-ce ce manoir qui a donné son nom à la paroisse ?

C’est probable étant donné que ce fut un fief noble et notable. On sait, grâce à MM. Charpillon et Caresme, que le comte Raoul d’Ivry donna à l’abbaye Saint-Ouen de Rouen le patronage de l’église Saint-Martin d’”Al Maneir” en 1011 ainsi que sa plaine, ses terres cultivables et incultes, ses porcs et ses poissons.

Il reste néanmoins à établir le lien entre les Hautes-Loges et ce Maneir de 1011. En effet, on peut aussi penser que le Manoir a désigné le château de Rouville, situé aujourd’hui à Alizay. Outre l’étymologie, Radulf villae, qui peut référer à Raoul (d’Ivry), ce château était situé le long d’un bras de Seine depuis asséché. C’est ce que montrent les courbes de niveau. La berge du Manoir se poursuivait jusqu’à ce château.  

 

Le manoir des Hautes-Loges sur des cartes postales des années 1910.Le manoir des Hautes-Loges sur des cartes postales des années 1910.

Le manoir des Hautes-Loges sur des cartes postales des années 1910.

Le manoir des Hautes-Loges vu depuis un drone (cliché de Frédéric Ménissier, décembre 2020).

Le manoir des Hautes-Loges vu depuis un drone (cliché de Frédéric Ménissier, décembre 2020).

 

Outre ces fiefs nobles, il existait vers les hauts le fief de l’Essart où se trouve aujourd’hui la ferme du même nom et son beau corps de ferme à pans de bois. Il fut possédé au XVIIe siècle par les Hallé, aussi seigneurs de Rouville et du Manoir. Cette ferme ancre toujours Le Manoir dans l’activité agricole, comme ce fut naguère sa vocation première. À noter aussi et enfin, son coteau boisé montant vers Ymare par une belle ravine, chemin d’antan, et son sapin, ses ifs, ses buis et ses massifs d'arbustes dans le cimetière. Ce dernier site a été classé en 1929 au titre d’espace végétal. 

 

Voyez aussi, sur blog, quelques cartes postales anciennes du Manoir en cliquant ici et l'historique du Manoir par MM. Charpillon et Caresme.

 

Armand Launay

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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 14:20

Le château de Rouville et ses dépendances se trouvent dans un vaste domaine situé entre le bourg d’Alizay et une zone industrielle en bordure de Seine. Au-delà de l’intérêt des bâtiments subsistants, l’histoire de Rouville est riche en interrogations que ce soit sur le premier château construit en ce lieu ou sur son toponyme. 

Le château de Rouville (1882) vers 1910, un bel édifice à l'architecture classique, son parc à la française et son portail en fer forgé.

Le château de Rouville (1882) vers 1910, un bel édifice à l'architecture classique, son parc à la française et son portail en fer forgé.

Le même château de nos jours, modifié suite à l'incendie de 1949 (cliché Armand Launay, novembre 2013).

Le même château de nos jours, modifié suite à l'incendie de 1949 (cliché Armand Launay, novembre 2013).

Les textes médiévaux

Dans l’article consacré à Alizay, Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme tracent de grandes lignes de la vie de deux familles de propriétaires de Rouville. Les premières références datent du XIVe siècle où le domaine est une propriété de la famille Gougeul. Ce fief permettait à ses propriétaires de revendiquer l’appellation de « seigneur de Rouville ». Les possessions de ce fief étaient importantes et lucratives, notamment grâce aux terres cultivables, aux droits perçus sur l’amarrage des bateaux en face de Pont-de-l’Arche, aux droits sur les passagers du bac des Damps à la Maison rouge... On retrouve un Pierre Gougeul capitaine du château de Pont-de-l’Arche (Limaie) à la fin du XIVe siècle. 

Dans une autre étude, nous nous sommes demandés si la famille de "Roville", citée par Pierre Palliot et Louvan Géliot dans la Science des Armoiries, était liée à la famille de Malesmains qui est, semble-t-il, à l'origine d'une partie du foncier et de l'église du prieuré des Deux-amants. Notre hypothèse se fonde sur la ressemblance de leurs armes, trois mains gauches, et la proximité du nom de Roville avec celui de Rouville.  

 

Des vestiges du XVIIe siècle

Toujours selon Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme, le fief de Rouville changea de mains en 1684 où les héritiers Gougeul furent dépossédés au profit du Président du Parlement de Normandie, Gilles Hallé. Il semble que ces riches propriétaires modifièrent en profondeur le château, remplaçant les parties médiévales par des constructions de style Renaissance. L’inventaire général du patrimoine a constaté en 1974 la présence d’une cheminée de la première moitié du XVIIe siècle, « vestige de l'édifice antérieur ». Autre vestige – plus récent – de cette époque, le beau colombier du domaine daté du XVIIIe siècle.

A partir de la fin du XVIIIe siècle, le château de Rouville a manqué d’entretien. Ainsi, en 1882 un propriétaire fit rénover – pour ne pas dire « remplacer » – le château par les soins de l’architecte rouennais Loisel. Hormis un incendie qui affecta cet édifice en 1949, le château prit son apparence définitive. Les cartes postales du début du XXe siècle montrent un portail d’entrée en fer forgé qui a disparu depuis. Le château de Rouville, son domaine boisé, la ferme et le colombier furent achetés par une vaste papèterie d’abord appelée SICA puis ModoPaper, Mreal et Double A. Depuis 2012, Rouville appartient au Département de l’Eure.

Un des deux colombiers du domaine de Rouville (XVIIIe siècle) Marcel Maillard (1899-1978) le 14 septembre 1952 (Fonds iconographique Philippe Manneville, bibliothèques municipales du Havre : http://lehavre.fr/MMaillard)

Un des deux colombiers du domaine de Rouville (XVIIIe siècle) Marcel Maillard (1899-1978) le 14 septembre 1952 (Fonds iconographique Philippe Manneville, bibliothèques municipales du Havre : http://lehavre.fr/MMaillard)

Le château de Rouville ne doit pas occulter la ferme et ses beaux bâtiments ruraux des XVIIe et XVIIIe siècles (carte postale vers 1910).

Le château de Rouville ne doit pas occulter la ferme et ses beaux bâtiments ruraux des XVIIe et XVIIIe siècles (carte postale vers 1910).

Une origine normande ?

Certains auteurs ont écrit que le nom de Rouville viendrait de Rollon, premier duc de Normandie : « Rollonis villa » (le domaine de Rollon). Cette explication nous laisse sceptique.

Dans La première Normandie (X-XI siècles), Pierre Bauduin, se fondant sur les travaux de Marie Fauroux sur les actes des ducs de Normandie, écrit que « Au confluent de la Seine, de l’Andelle et de l’Eure, la villa du Manoir, avec l’église, l’eau, un bois, des terres arables, figure parmi les donations du comte Raoul à Saint-Ouen-de-Rouen entre 1006 et 1011, avec des biens à Pîtres. » Nous tenons la preuve que la villa du Manoir, jouxtant Rouville, a été possédée par un seigneur nommé Raoul (d’Ivry). Alors, s’il faut trouver une étymologie à Rouville, nous serions plus tentés d’y lire la « villa de Raoul » que la « villa de Rollon » dont il resterait à établir la présence et l’autorité en ce lieu.

Plus avant dans la réflexion, Raoul d’Ivry, demi-frère du duc Richard Ier, est un descendant direct des Normands. Il a été possessionné dans un ancien fisc des rois carolingiens identifié à Pîtres par Lucien Musset (page 23) : « Parmi les fiscs, certains paraissent avoir fait, de toute antiquité, partie du patrimoine du souverain ; ce sont les grands axes de la vallée de la Seine, groupés autour des résidences royales : Arelaunum, en forêt de Brotonne ; Gemmeticum, Jumièges ; Pistae, Pitres ; Veteres Domus qui est sans doute Louviers ; Rotoialum, Le Vaudreuil, ce dernier même remonte peut-être à l’époque gallo-romaine... »

Il semble acquis que ce fisc carolingien est devenu une propriété des nouveaux colons normands. Or c’est aussi dans ce fisc qu’eut lieu le plus grand chantier du règne de Charles le Chauve, le pont dit de Pîtres, barrant la Seine aux incursions Vikings, touchant Paris, Beauvais, Chartres… Ce pont fut construit de 862 à 873 avec un fort protégeant chaque entrée comme l’a écrit Jacques Le Maho.

Une représentation cartographique de ces défenses montre leur omniprésence autour de la Seine mais leur relatif isolement au fond de la vallée. L’idée première des fortifications était de rendre incessible le cours supérieur de la Seine, l’Eure et l’Andelle. Le pont fortifié fut donc bâti au niveau des Damps. Il donna naissance ultérieurement à la ville de Pont-de-l’Arche.

Comme l’a noté Pierre Bauduin, ces fortifications ont dû être renforcées en d’autres lieux. Le chercheur de citer le « Château Robert », à Acquigny : En attendant de considérer cette enceinte comme un élément défensif associé aux fortifications du pont de Pîtres et destiné à couvrir la vallée de l’Eure » et de l’Iton (page 127).

Ainsi bous sommes tentés de placer un premier fort à l’emplacement de Rouville ou à proximité.

En effet, la vallée de la Seine n’avait pas l’aspect qu’elle a acquis dans les années 1930 où elle fut draguée – et donc approfondie – et canalisée. Elle était moins profonde et occupait, par plusieurs bras, un plus large espace au fond de la vallée. En lisant les courbes de niveau des cartes d’état-major de l’IGN (1/25 000e), on retrouve le départ d’un ancien bras de Seine en aval du Manoir ; bras courant vers les fossés de l’ancien château de Rouville puis, indirectement vers les bras encore humides de Freneuse. Il nous semble assez logique que les Francs aient voulu barrer l’ensemble de la vallée de la Seine aux Normands, capables de contourner le pont de Pont-de-l’Arche en tirant leurs navires dans la vaste partie nord de la Seine. Qui plus est, lors des périodes de crue et de forts coefficients de marée, la marée se faisant sentir jusqu’au bas du pertuis de Poses, les Normands devaient être en mesure d'emprunter des bras secondaires de la Seine. Pour renforcer notre propos nous publions une carte du bassin des crues de la Seine – PHEC telle qu’accessible sur le site geoportail.fr. Le château de Rouville se trouve à la limite nord de la zone inondable et donc, peut-être, d'un ancien bras de Seine.

Les courbes de niveau de la carte d'état-major de l'IGN (1/25 000e) montrent le départ d'un ancien bras de Seine au sud ouest du Manoir et vers les fossés en eau du château de Rouville. C'est un indice nous appelant à envisager que la vallée de la Seine a largement changé au cours des siècles.

Les courbes de niveau de la carte d'état-major de l'IGN (1/25 000e) montrent le départ d'un ancien bras de Seine au sud ouest du Manoir et vers les fossés en eau du château de Rouville. C'est un indice nous appelant à envisager que la vallée de la Seine a largement changé au cours des siècles.

La carte du bassin des crues de la Seine – PHEC, accessible sur le site geoportail.fr, montre que Rouville est à la limite des zones inondables. Nous pensons qu'un premier château a été construit en ce lieu ou à proximité pour compléter les défenses de Pont-de-l'Arche barrant la Seine aux Normands.

La carte du bassin des crues de la Seine – PHEC, accessible sur le site geoportail.fr, montre que Rouville est à la limite des zones inondables. Nous pensons qu'un premier château a été construit en ce lieu ou à proximité pour compléter les défenses de Pont-de-l'Arche barrant la Seine aux Normands.

En guise de conclusion

Par conséquent, bien qu’aucun document ne vienne prouver notre thèse, la localisation du château de Rouville, ainsi que son nom, nous font penser qu’il trouve ses origines parmi les défenses franques du IXe siècle.

 

A lire aussi... 

Les grandes dates qui expliquent la naissance de la Normandie et de Pont-de-l'Arche

 

Sources

- Ministère de la culture, Base Mérimée, www.culture.gouv.fr : référence IA00017934 ;

- Bauduin Pierre, La première Normandie (Xe-XIe siècles) : sur les frontières de la Haute-Normandie : identité et construction d’une principauté, Presses universitaires de Caen, 2004, 469 pages ;

- Charpillon Louis-Etienne, Caresme Anatole, « Alizay », pages 96 à 97, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, tome I, Les Andelys, Delcroix, 1868, 960 pages. Accessible sur ce blog ;

- Le Maho Jacques, « Un grand ouvrage royal du IXe siècle : le pont fortifié dit “de Pîtres” à Pont-de-l’Arche (Eure) » pages 143 à 160, Lalou Elisabeth, Lepeuple Bruno, Roch Jean-Louis, Des châteaux et des sources : Archéologie et histoire dans la Normandie médiévale, Mélanges en l’honneur d’Anne-Marie Flambard Héricher, Publications des universités de Rouen et du Havre, 2008 ;

- Musset Lucien, « Note pour servir d’introduction à l’histoire foncière de Normandie : les domaines de l’époque franque et les destinées du régime domanial du IXe au XIe siècle, pages 7 à 97, Collectif, Bulletin de la société des antiquaires de Normandie, tome XLIX, années 1942 à 1945, Caen, L. Jouan et R. Bigot, 1946, 622 pages.

Armand Launay

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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 10:30

                        Le camp britannique, allemand et américain d’Alizay de 1939 à 1948.   

 

           camp-d-alizay1

 

Parmi les répercussions de la Seconde Guerre mondiale sur notre région, on peut compter la présence d’un camp militaire à Alizay de 1939 à 1948. Ce camp était située entre la Briquèterie (à la sortie d’Alizay, sur la route de Romilly) et les rives de la Seine (et donc en partie sur les terrains de m real). Il accueillit trois armées différentes… 

Dès septembre 1939, l’armée britannique occupa le site afin d’entreposer du matériel et quelques troupes. Les baraquements étaient bâtis en bois et prenaient encore peu d’espace.

Par la suite, les armées française et anglaise ayant été battues, le camp devint allemand et continua à servir d’entrepôt, principalement pour le bois des forêts locales. Suite à la Libération, ce sont les Américains qui prirent possession du site et qui l’aménagèrent dans des dimensions encore inconnues. C’était un entrepôt pour les matériels et matériaux les plus divers destinés à ravitailler les armées au front. Les baraquements des soldats étant en tôle (cliché ci-contre. M. Darius, tout comme les suivants), ou encore en bois.      

De plus, ce camp servit aussi de prison à près de 4000 soldats allemands (entre la ligne de chemin de fer et la Seine). Ces prisonniers étaient employés pour des tâches les plus diverses à la différence d’une centaine d’ouvriers français qui travaillaient eux dans des domaines qualifiés (et rémunérés !).

 

         camp-d-alizay4

 

De tous temps, le château de Rouville fut investi par ceux qui pensent être l’élite, chez les militaires de tous pays. Ainsi, lorsque le camp était américain, ce sont les soldats " blancs " qui l’occupèrent et qui en exclurent les " Noirs ". Ces derniers habitèrent alors sous des tentes dressés dans les terrains alentours. Même dans le domaine de la fête, la ségrégation persistait : les " Blancs " avaient bâti de grands bâtiments dans l’enceinte du château de Rouville et prenaient parfois, pour l’anecdote, des musiciens parmi les prisonniers allemands.

Quant aux Noirs, exclus, ils organisaient leur propre bal, où le Jazz faisait swinguer les filles et… parfois plus près du plafond que du sol ! Ces festivités, terminant à l'aurore, étaient le point de ralliement de nombreux jeunes de la région qui trouvaient de la nourriture nouvelle, pour des Français (chocolat). La fête dépassant le reste, les jeunes allaient dans les deux bals et les salles étaient toutes pleines de filles que les soldats, évidemment, allaient chercher en camion à Pont-de-l'Arche, Pont-Saint-Pierre…

Enfin, après le départ des Américains, en 1948, certains baraquements furent occupés un temps par des pompiers de Saint-Aubin-lès-Elbeuf afin d’assurer la sécurité de bâtiments contenant des explosifs.

Il ne reste rien aujourd’hui de toutes ces activités, si ce n’est des photographies et des souvenirs bien gravés dans les mémoires de certains habitants de la région.

 

camp-d-alizay2

Les troupes américaines ont fait partie de la vie locale pendant près de quatre années, de 1944 à 1948, comme l’illustre le cliché ci-contre pris à Alizay par un enfant lors d’une cérémonie officielle.  

 


      [1] Article qui servit de base à l’auteur de l’ouvrage du cinquantenaire de m real. 

 

Armand Launay

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 13:43

Doinel A., Notice historique sur Alizay, Paris : Le livre d’histoire-Lorisse, 2004, 72 p.

 

Cet ouvrage date de 1880. M. Doinel était l’instituteur laïque de la commune. Il a mentionné les sobriquets attribués aux habitants de certains villages sans préciser, toutefois, si ces surnoms étaient utilisés systématiquement et par qui ? N’étaient-ils connus que des gens d’Alizay ? Que signifient-ils tous ? 

 

Les carnages de Pont-de-l'Arche

Les sorciers d’Alizay

Les carcasses d’Igoville

Les Manants du Manoir

Les capons souffleurs de Pîtres

Les cornus de Montaure

Les Brûleurs d’ânes de Criquebeuf

Les sacrés de Poses

Les pédants de Notre-Dame

Les Roussiers de Saint-Cyr

Les Mâchoires des Damps

Les marras de Martot

Les Fioux de Léry

Les malins de Connelles

Les carottiers de Porte-Joie

Les hiboux de Tostes

Les brouettiers d’Herqueville

Les mangeurs de soupe de Louviers

Les danseurs des Andelys

Les Culs terreux du Neubourg

Le mâqueu d' soupe (statuette de Notre-Dame de Louviers)

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1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 15:36

 

Alizay (IGN, fouilles)

 

Les constructions immobilières étant très nombreuses, le BTP a besoin de sable. Ainsi la vallée de la Seine est un terrain propice aux carrières. L’une d’elles, située à Alizay et Igoville, ouvrira pour le compte de la Compagnie des sablières de la Seine (Lafarge-Cemex). Avant cela, conformément à la loi du 17 janvier 2001 relative à l’archéologie préventive, ce sont 22 hectares de terrains qui ont bénéficié d’un diagnostic réalisé par l’INRAP entre 2007 et 2009.  

 

Celui-ci a révélé un fort potentiel et notamment

 

- de nombreux silex taillés de la fin de la dernière glaciation ; 

- un vase de la Hoguette à 1,80 m de profondeur, (5370-5222 avant notre ère) ; 

- un pic en bois de cerf et divers restes animaux à 2,6 m de profondeur (mésolithique, 7606-7578 avant notre ère) ;

- des structures d’habitat et un foyer du néolithique ; 

- des traces de l’âge du bronze ; 

- une tombe médiévale… 


L’enjeu est donc de taille. Les archéologues ont devant eux un très vaste espace qui recèle des objets bien conservés dans les anciens sédiments de Seine. Depuis février, ils peuvent étudier exhaustivement les modes d’occupation des sols depuis la fin du paléolithique (11 000 avant notre ère).

 

Le chantier d’Alizay-Igoville doit devenir une référence régionale en matière de caractérisation des différents types d'habitats qui se sont succédé au fil des siècles et de l’adaptation des hommes aux changements climatiques. Il offre aussi une belle opportunité aux spécialistes d’étudier l’évolution du mobilier et donc le processus de néolithisation, c’est-à-dire le passage progressif des sociétés nomades de chasseurs-cueilleurs du paléolithique et du mésolithique à l’élevage et la culture qui caractérisent le néolithique et la sédentarisation.

Archeologie-Alizay

Pour mener à bien ces recherches, pas moins d’une trentaine de spécialistes vont travailler pendant près de 14 mois. L’étude du site est placée sous la responsabilité de Cyril Marcigny et Bruno Aubry. L’analyse chronologique nécessite l’intervention de spécialistes des différentes périodes (paléolithique supérieur, moyen, inférieur, mésolithique et processus de néolithisation, néolithique ancien, moyen et final, bronze ancien, final, 1er âge du fer, périodes historiques.


Pour analyser le site le plus précisément possible, d’autres spécialistes interviendront tels que palynologue (pollen), géomorphologue (reliefs et leur évolution), entomologiste (insectes), archéozoologue (relations hommes-animaux), malacologue (mollusques), carpologue (graines), anthracologue (hommes et forêt). 


Toutes ces travaux sont intimement liées à un important travail de topographie. Un Système d’information géographique (SIG) est nécessaire pour restituer les couches stratigraphiques et modéliser les différents sols, reconstituer leur évolution (chronométrie) et établir des référentiels typochronologiques (des documents montrant des modèles d’occupation de l’espace par l’Homme selon les époques).


Avec plusieurs milliers d'objets déjà récoltés, l’étude est prometteuse. Le public intéressé a hâte de voir les premiers résultats de ces fouilles. Les archéologues ont pensé aux amateurs d’archéologie et aux habitants de la région et vont présenter les plus belles découvertes dans quelques semaines. L’information sera donnée en temps et en heure. 


Sources

- Résultats des diagnostics et protocole de fouille, Bruno Aubry et Cyril Marcigny, février 2011 ; 

- Site de la commune d’Alizay.

 

 

Salut Ghislaine;-)

Armand Launay

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  • : Pont de l'Arche histoire, patrimoine et tourisme
  • : Bienvenue sur ce blog perso consacré à Pont-de-l'Arche et sa région (Normandie, Eure). Contactez-moi afin d'étudier ensemble, plus avant, l'histoire et donc de progresser vers la connaissance. Bonne lecture ! armand.launay@gmail.com
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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au cœur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

- Mieux connaitre Pont-de-l'Arche à travers 150 noms de rues et de lieux ! (Autoédité, 2019, 64 pages). 

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte.

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