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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 19:31

Généralement, quand les amateurs d’histoire se penchent sur notre passé local ils se réfèrent à ce livre qui est devenu comme la Bible, la référence de base dans l’Eure : Le Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, dont les auteurs sont MM. Charpillon et Caresme[1].

C’est un vaste ouvrage qui, malgré les années, est resté la référence… faute de mieux. Or, le type d’articles qu’il contient est à prendre avec des pincettes critiques. Nous prendrons l’exemple du fameux "fief de la Barre des Damps" qui concerne Léry.

MM. Charpillon et Caresme placèrent ce terrain aux Damps, comme la logique semble le laisser entendre. Mais, bien que les frontières entre les communes n’existaient pas encore, il faut prendre en compte le fait que cette Barre des Damps se situe aujourd’hui dans l’espace dévolu à la commune de Léry. Mais alors, comment se fait-il qu’elle portait ce nom et où pouvait-elle se situer ?

C’est grâce à un autre vaste ouvrage, dirigé par Henri Dubois, que nous pourrons répondre : Un Censier normand du XIIIe siècle. Le livre des jurés de l’abbaye de Saint-Ouen de Rouen. Cet ouvrage[2] reproduit notamment l’ensemble des documents que nous avons et qui renseignent sur les redevances perçues sur les nombreuses propriétés de l’abbaye, en 1372, et notamment sur celles qui étaient situées à Léry. L’abbaye était un très grand propriétaire régional car les ducs de Normandie, puis les rois de France, appuyèrent leur pouvoir notamment grâce au contrôle exercé par les organisations religieuses. Puis, quand la Normandie devint française, ces droits furent conservés. Alors, ces religieux coopératifs, qui se situaient dans la ville de Rouen, c’est-à-dire au contact direct des souverains, s’étaient vus doter de vastes propriétés et ce depuis le début du XIe siècle, pour les terres de Léry (1018). Il faut d’ailleurs très certainement voir ici un lien entre le saint patron du village et l’abbaye rouennaise.

C’est donc à la page 316 de ce livre que l’on trouve la mention : "Sesyres Dan Nichole et Pierres Dan Nichole tienent 5 verg. de terre a la Barre des Dans"… (ces messieurs Dan Nicole et Pierre Dan Nicole détiennent 5 vergées de terre à la Barre des Damps). Il est amusant de voir que le nom des Damps est devenu leur sobriquet, leur nom, sous la forme de "Dan".

Dès lors, il faut croiser trois variables : Il existe à Léry un champ qui porte le nom de Pré aux Moines (à droite de la route qui relie Pont-de-l’Arche à Val-de-Reuil en descendant le pont) ; ce nom fait très certainement référence aux moines de Saint-Ouen ; et le champ en question se situe en direction des Damps…

Partant, il semble assez logique que les habitants de Léry, pour désigner ce champ, aient fait référence au village en direction duquel il se trouvait ainsi qu’au coteau boisé qui le jouxte et dont la pente contraste nettement avec la plaine alluviale (La Barre)… On a donc bien à faire à une pièce de terre de Léry quand on désigne le fief  de La Barre des Damps…


[1] Charpillon L.-E., Caresme A., Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Editions Delcroix, Les Andelys, 1868, 960 pages.

[2]  Dubois Henri (sous la dir. de), Un Censier normand du XIIIe siècle. Le livre des jurés de l’abbaye de Saint-Ouen de Rouen, Paris, CNRS. Editions, 2001, 478 pages.

 

Armand Launay

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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 17:21

Charpillon Louis-E., Caresme Anatole, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys : Delcroix, 1868, 960 p., t. II, p. 398-399.

 

Léry (32)

 

 

LERY    

 

Paroisse des Dioc. d’Évreux  – Doy. de Louviers. – Vic. et Élec. de Pont-de-l’Arche. – Châtellenie du Vaudreuil. – Parl. et Gén. de Rouen.   

Léry, Liriacum, est un village gaulois, qui partagea le sort du Vaudreuil, dont il était une dépendance.   

L’église dédiée à Saint-Ouen est un monument remarquable du XIe ou du XIIe siècle ; conservé dans son intégrité, il offre une belle porte romane très ornée et une tour carrée en pierre avec modillons[1].   

À côté de la paroisse de Saint-Ouen, Léry en possédait une placée sous le vocable de Saint-Patrice. Bien que cette église serve aujourd’hui de grange et d’habitation, elle mérite cependant de fixer l’attention, sa construction accuse les premières années du XIIIe siècle[2].   

La croix du cimetière de Léry est une œuvre du XIVe siècle, d’un dessin et d’une exécution  très estimés ; elle a été restaurée en 1875 et replacée devant l’église.

Vers 1018, le duc Richard II comprit l’église de Léry dans les possessions de l’abbaye de Saint-Ouen de Rouen[3] ; vers la même époque, ce duc donna au prieuré de Montaure, une charretée de foin à prendre à Léry.   

Guillaume le Conquérant donna, vers 1077, aux moines de Saint-Étienne de Caen quatre arpents de demi de vigne à Léry, et trois au religieux de la Trinité, il permit également d’établir deux moulins sur la rivière d’Eure à la condition de laisser librement passer les poissons et les bateaux[4].   

Le 23 juillet 1194, par le traité fait entre Philippe-Auguste et Richard Cœur-de-Lion, Léry fut cédé à la France, mais il redevint Normand deux ans après.   

Philippe-Auguste étant à Gisors, en 1205, donna à Jourdain son balistaire ce qu’il avait à Léry ; mais le donataire n’ayant eu que des filles, son fief revint à la couronne.   

Au XIIe siècle le pavot était rangé à Léry parmi les récoltes décimables, de même qu’au XIVe la gaude figure parmi les cultures de la riche vallée de Léry.   

En 1285, Mgr Jean Le Veneur avait un manoir à Léry ; Nicolas le Lourain, Verdier de Montfort-sur-Risle avait en 1292 le titre de seigneur de Léry en partie.   

En 1303, les pêcheurs des Damps et de Lormais pouvaient pêcher dans toute la garenne de Léry, quand la Seine était débordée.   

Philippe-le-Bel, pour récompenser Philippe de Villepreuse dit le Convers[5] de ses services, lui donna Léry avec toute justice et une partie de la rivière d’Eure.   

Vers 1320, Philippe le Convers étant mort, Léry revint à la couronne de France.   

Le roi de France Philippe le Long mourut en 1322, à l’âge de 22 ans, et Jeanne de Bourgogne, sa veuve, eut en douaire et à titre d’apanage, le château de Léry[6].   

Au mois de juin 1323, Charles le Bel étant à Léry, chez sa belle-sœur, fit une donation aux religieux de Bonport, du tiers et danger (?) de 21 acres de terre au Bois-Guillaume. Les biens que la veuve de Philippe de Valois possédait à Léry passèrent à sa fille, Blanche de France, qui les donna à Blanche du Galcel, à Mabile et à Marguerite d’Issy, sœurs professes de Longchamps.   

Le 13 janvier 1336, le roi ordonna au vicomte de Pont-de-l’Arche de mettre sa cousine, Blanche de France, demeurant à Longchamps, en possession de la forfaiture, héritages et rentes qui furent à Robert de Gasny ; le 22 du même mois, l’ordre du roi fut transmis aux sergents de Vaudreuil, Léry et Vauvray.   

On a des lettres de Philippe de Valois et de Jean son fils aîné, datées de Léry en 1349 et 1351[7].   

En 1424, Henri IV, roi de France et d’Angleterre, confirma les biens des religieuses de Longchamps à Léry, Poses, etc.   

Jean Passemer, esc., était seigneur de Radepont, Noyon-sur-Andelle, Pont-Saint-Pierre, Bellefosse et Léry.   

En 1553, la terre de Léry, avec une partie du péage de la rivière d’Eure, avait été assignée en usufruit à la reine-mère Catherine de Médicis.   

Charles IX céda Léry, avec le Vaudreuil en échange, pour Noyon-sur-Andelle, à Philippe de Boulainvilliers.   

À partir de ce moment, les seigneurs de Léry sont ceux de N.-D. de Vaudreuil, et nous les donnerons sous ce titre.  

On cultivait le tabac à Léry en 1681 et en 1737.   

En 1780, Léry était un plein fief possédé par le  président   Portail, président à mortier au parlement de Paris.  

 

Fiefs

1° BONPORT. Richard Coeur-de-Lion donna aux religieux de Bonport le clos de Léry, c’est là le point de départ du fief de Bonport.  

C’était un plein fief dont les religieux firent hommage au roi en 1499. Il était passé par suite d’échange, en 1748, au président Portail, qui le transmit à Mlle Portail, sa fille, mariée au marquis de Conflans.

 

2° LA HEUSE. Au mois de mai 1339, Jean Roussel dit de La Heuse,. était propriétaire du fief de La Heuze à Léry[8].

On lit dans un aveu rendu par Jean Gougeul : item je tiens un 8e de fief nommé La Heuse assis, ès paroisses de Léry, Vaudreuil, Poses, etc.

La famille de Gougeul dite de Rouville conserva La Heuse jusqu’au commencement du XVIIe siècle, époque à laquelle Charlotte de Rouville la fit passer à Hélie le Doyen son mari, celui-ci en rendit aveu le 3 octobre 1608.

Hélie le Doyen capitaine des chasses du Roi et commissaire de son artillerie[9] rendit aveu pour La Heuse à Léry , en 1621, il fut remplacé par Laurent le Doyen qui lui-même eut pour héritier son fils du même nom.

Laurent le Doyen, 2e du nom, capitaine des plaisirs du Roi, rendit aveu pour la Heuse, en 1649, et fut maintenu de noblesse le 5 septembre 1666. Le doyen : d’or, à trois têtes de More de sable, 2 et s.

En 1685, Louis Baillet, esc., était seigneur de La Heuse, son fils Jean étant mort sans enfants en 1695, Marie Baillet, sœur de ce dernier, fut son héritière.

Marie Baillet vendit La Heuse avant 1735 à Nicolas-Antoine Baillard esc, sieur de Caumont, conseiller au présidial de Rouen.

Baillard : de sable, au griffon d’hermines.

Le 22 septembre 1746, Jacques Baillard, sieur de Hautot, céda La Heuse au président Jean-Louis Portail.

La Heuse est connue maintenant à Léry sous le nom de Rouville.

 

3° MONTPOIGNANT. Ce fief relevait du Mesnil-Jourdain qui relevait du Vaudreuil.

Le fief de St.-Germain-de-Louviers, Alias, le Montpoignant était une extension du fief de ce nom à Léry.

En 1516, Messire Jean de Rouville, seigneur de Montpoignant, figure au nombre des gentilshommes de la châtellenie du Vaudreuil.

Ce fief suivit dès lors le sort de La Heuse et eut les mêmes seigneurs.

 

4° SAINT-OUEN. Nous avons vu que le duc Richard II avait donné, en 1018, l’église de Saint-Ouen de Léry à l’abbaye Saint-Ouen de Rouen, qui  conservé les droits de présentation jusqu’à la Révolution. Les moines avaient 24 parts des dîmes de la paroisse et le curé la 25e.

Il y eut souvent des procès dans la suite…

  


 

[1] Gadebled.

[2] En 1523 l’église avait encore son curé.

[3] Il est probable que Léry appartenait à Saint-Ouen dès sa fondation.

[4] Ces deux moulins sont celui d’Aufrand et le moulin Le Roi.

[5] Philippe le Convers, archidiacre de Meaux, était maître des eaux et forêts de Normandie.

[6] Cette princesse, sœur de la fameuse Marguerite de Bourgogne, fut accusée d’adultère en 1303 et condamnée à finir ses jours dans le château de Dourdan ; un an après, son mari convaincu de son innocence la rappela.

[7]  D’après M. Gadebled, la reine Blanche, veuve de Philippe de Valois, avait à Léry un château de plaisance détruit, par un incendie, en 1814. C’est une erreur car cette dame habitait Neaufles, où elle est morte en 1398.

[8] Hist. du Vaudreuil, par M. Goujon, p. 73.

[9] M. Le Prévost le nomme Sellin, qui est évidemment une altération. 

 

Armand Launay

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au cœur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

- Mieux connaitre Pont-de-l'Arche à travers 150 noms de rues et de lieux ! (Autoédité, 2019, 64 pages). 

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte.

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