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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 19:31

Généralement, quand les amateurs d’histoire se penchent sur notre passé local ils se réfèrent à ce livre qui est devenu comme la Bible, la référence de base dans l’Eure : Le Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, dont les auteurs sont MM. Charpillon et Caresme[1].

C’est un vaste ouvrage qui, malgré les années, est resté la référence… faute de mieux. Or, le type d’articles qu’il contient est à prendre avec des pincettes critiques. Nous prendrons l’exemple du fameux "fief de la Barre des Damps" qui concerne Léry.

MM. Charpillon et Caresme placèrent ce terrain aux Damps, comme la logique semble le laisser entendre. Mais, bien que les frontières entre les communes n’existaient pas encore, il faut prendre en compte le fait que cette Barre des Damps se situe aujourd’hui dans l’espace dévolu à la commune de Léry. Mais alors, comment se fait-il qu’elle portait ce nom et où pouvait-elle se situer ?

C’est grâce à un autre vaste ouvrage, dirigé par Henri Dubois, que nous pourrons répondre : Un Censier normand du XIIIe siècle. Le livre des jurés de l’abbaye de Saint-Ouen de Rouen. Cet ouvrage[2] reproduit notamment l’ensemble des documents que nous avons et qui renseignent sur les redevances perçues sur les nombreuses propriétés de l’abbaye, en 1372, et notamment sur celles qui étaient situées à Léry. L’abbaye était un très grand propriétaire régional car les ducs de Normandie, puis les rois de France, appuyèrent leur pouvoir notamment grâce au contrôle exercé par les organisations religieuses. Puis, quand la Normandie devint française, ces droits furent conservés. Alors, ces religieux coopératifs, qui se situaient dans la ville de Rouen, c’est-à-dire au contact direct des souverains, s’étaient vus doter de vastes propriétés et ce depuis le début du XIe siècle, pour les terres de Léry (1018). Il faut d’ailleurs très certainement voir ici un lien entre le saint patron du village et l’abbaye rouennaise.

C’est donc à la page 316 de ce livre que l’on trouve la mention : "Sesyres Dan Nichole et Pierres Dan Nichole tienent 5 verg. de terre a la Barre des Dans"… (ces messieurs Dan Nicole et Pierre Dan Nicole détiennent 5 vergées de terre à la Barre des Damps). Il est amusant de voir que le nom des Damps est devenu leur sobriquet, leur nom, sous la forme de "Dan".

Dès lors, il faut croiser trois variables : Il existe à Léry un champ qui porte le nom de Pré aux Moines (à droite de la route qui relie Pont-de-l’Arche à Val-de-Reuil en descendant le pont) ; ce nom fait très certainement référence aux moines de Saint-Ouen ; et le champ en question se situe en direction des Damps…

Partant, il semble assez logique que les habitants de Léry, pour désigner ce champ, aient fait référence au village en direction duquel il se trouvait ainsi qu’au coteau boisé qui le jouxte et dont la pente contraste nettement avec la plaine alluviale (La Barre)… On a donc bien à faire à une pièce de terre de Léry quand on désigne le fief  de La Barre des Damps…


[1] Charpillon L.-E., Caresme A., Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Editions Delcroix, Les Andelys, 1868, 960 pages.

[2]  Dubois Henri (sous la dir. de), Un Censier normand du XIIIe siècle. Le livre des jurés de l’abbaye de Saint-Ouen de Rouen, Paris, CNRS. Editions, 2001, 478 pages.

 

Armand Launay

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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 10:57

Non, il n’y a pas d’erreur ! A un siècle d’intervalle les photographies ci-dessous montrent le même endroit aux Damps : la « maison Ainobrot » des cartes postales ou le « château de Fouquières » de la mémoire locale. La disparition de ce vaste édifice nous a intéressé et voici ce que l’on a découvert…

8

      2011

 

 7

      1950

  


Un remarquable édifice dans un agréable lieu de villégiature

Si l’origine de cette demeure nous échappe, son architecture révèle une construction du milieu du XIXe siècle avec de la pierre en matériau principal. Ses courbes rectilignes et parfaitement symétriques le rattachent à l’architecture classique française. Les dimensions et son toit à pavillons démontrent l’envie de créer un ambiance « château ». Le premier propriétaire que nous ayons retrouvé est un parisien : Alexandre Ainobrot, qui habita Les Damps au moins de 1899 – où ce rentier adhérait à la Société des amis de l’école – jusqu’en 1914. Les Damps était alors un lieu de villégiature apprécié. Nombreux sont les rouennais et parisiens à y avoir eu une résidence secondaire, le plus connu étant Octave Mirbeau. Pour revenir à la demeure qui nous intéresse ici, le dernier propriétaire fut André Becq de Fouquières (1874-1959) qui y habitait en 1931 et qui l’avait appelée l’Ermitage. Celui-ci n’était la moindre des personnalités françaises.

 

La famille Becq de Fouquières

La famille Becq de Fouquières est originaire du Pas-de-Calais. Plusieurs de ses membres ont brillé entre la fin du XIXe siècle à la moitié du XXe siècle :

-       Louis Becq de Fouquières (1831-1887) travailla sur André Chénier, le poète antirévolutionnaire, sur Aspasie de Milet, sur les poètes de la Pléiade et sur la versification française, la diction et la mise en scène ;

-       Pierre Becq de Fouquières (1868-1960) fut chef du protocole de l’Elysée et introducteur des ambassadeurs de 1920 à 1937 ;

-       André Becq de Fouquières (1874-1959) fut un homme de lettres ;

-       Louis Becq de Fouquières (1913-2001) fut colonel dans l’aviation actif pendant la Seconde guerre mondiale et pendant l’expédition de Suez en 1956.

 

André Becq de Fouquières (1874-1959)

 

André de Fouquières

André est le troisième fils de Louis Becq de Fouquières (1831-1887) et frère de Jacques (1866-1945) et de Pierre (1868-1960). Diplômé de l'École des langues orientales, il milita pour la restauration monarchique. Il renonça à la vie politique après des échecs électoraux mais garda ses contacts avec l’aristocratie monarchiste et de nombreuses personnalités du spectacle. Il écrivit en collaboration plusieurs pièces de théâtre et différents ouvrages de souvenirs. Il fut l’auteur de plusieurs pièces de théâtre et d'ouvrages sur l'art de vivre. Ses talents de conférencier furent très demandés.

 

Ouvrages

De l’Art, de l’élégance, de la charité (1910), Au Paradis des Rajahs (1912), Les Amours de Lauzun (1931), Cinquante ans de panache (1951), La Courtoisie moderne (1952), Mon Paris et ses Parisiens : I. Les Quartiers de l’Etoile (1953), II. Le Quartier Monceau (1954), III. Pigalle 1900 (1955), V. Le Faubourg Saint-Honoré (1956), V. Vers le Point du Jour (1959).

 

Théâtre

C’est pas chic, Une Nuit, J’attends Zoé !, Le Subterfuge, Sensationnel article, Recommencement, La bonne à rien faire, Le Tiers-porteur, Le Chien dans un jeu de quilles.

 

Pourquoi André Becq de Fouquières s’installa aux Damps ?

André Becq de Fouquières a expliqué son choix pour Les Damps dans son ouvrage de souvenirs : Cinquante ans de panache, édité en 1951 aux éditions Pierre-Horay (pages 376-377).

 

« Cherchant un refuge facilement accessible au cours de l’année, lorsqu’on ressent le besoin de rompre, serait-ce pour quelques heures, avec la vie fiévreuse à quoi Paris nous condamne, j’arrêtai mon choix, certaine matinée d’automne, sur une maison située entre Paris et Deauville. Une maison toute simple, assez ancienne pour avoir une âme, à Saint-Pierre-des-Damps, petit village adossé à la forêt de Louviers, à l’ombre de Pont-de-l’Arche. Les buis, les rosiers et les tilleuls contribuaient à doter ma demeure d’une atmosphère de douceur et de paix. L’Eure se glissait contre un mur avant de mêler ses eaux à celles de la Seine. J’apercevais au loin les cheminées des remorqueurs et les mâts des péniches sur fleuve deviné, et la « côté des deux amants » dont le nom évoque une vieille légende effacée. Avoir élu cette retraite ne signifiait nullement que je songeasse le moins du monde à renoncer à tout ce qui avait toujours été ma vie : Paris à cent kilomètres, le tourbillon d’élégance de Deauville était plus proche encore, et Rouen, cité glorieuse d’un incomparable passé, fière de sa prospérité industrielle et de son négoce, Rouen n’était qu’à quelques lieues. Tout cela avait fixé mon choix, tout cela m’avait décidé, moi un homme du Nord doublé d’un parisien, moi qui avais promené le panache de France des palais des rajahs hindous à ceux des milliardaires de la Cinquième Avenue, qui avais porté mes pas sur les parquets des plus illustres familles d’Europe, tout cela m’avait décidé à venir me reposer parfois ici pour méditer un moment sur les vanités du monde.

Mon ami Maurice Doutre avait mis son goût délicat au service de ma maison des champs. J’avais amené là des meubles qui m’étaient chers, des tableaux, des tapis, des souvenirs, des documents, une bibliothèque de 4000 volumes composée d’éditions rares et de livres richement reliés, les uns provenant de ma famille, les collectionnés avec amour. »

 

Ce passage ne dit pas que la région de Pont-de-l’Arche était déjà connue de la famille Becq de Fouquières. En effet, son frère, Jacques, s’était établi à 4 kilomètres de là, à Criquebeuf-sur-Seine, de 1909 à 1922. Le choix d’André a donc porté sur une région qui lui était familière. Cependant, s’il venait souvent à son Ermitage des Damps, il n’en fit jamais sa résidence principale.

 

Une description de l’Ermitage par Edmond Spalikowski

 

Carte postale des Damps(39)

L'Ermitage, côté cour.

 

Dans Pont-de-l’Arche d’hier et d’aujourd’hui, édité en 1930 à Rouen chez A. Lestringant, Edmond Spalikowski décrit la demeure d’André Becq de Fouquières.

 

« Sur trois larges baies s’ouvre le hall imposant dans son austérité rompue par quelques meubles, divan, fauteuils. Le portrait du maître de ces lieux dans une pose romantique, reçoit, dès l’escalier de fer forgé, les hôtes et les amis. Voici l’antichambre aux murs tendus de nattes où se détachent quelques toiles et dessins anciens, la salle à manger au décor jaune de toile cirée, ainsi que les rideaux portières et sa longue table dont les dimensions révèlent que l’hospitalité généreuse ne regarde pas au nombre des convives. Du premier étage où se déroule la succession des chambres meublées à la moderne dans l’intimité desquelles survivent quelques souvenirs de familles ou reliques d’hier, le panorama s’élargit, et l’œil s’éjouit du spectacle des futaies en ligne pour la parade. Le jardin à son tour réserve des surprises. Le rideau des grands arbres, aux bras étendus dans un geste de bénédiction ou de protection, dissimule à peine un petit édicule de la Restauration, la bibliothèque aux reliures attristées d’un abandon qu’impose l’existence trépidante de la capitale, les communs où se tapit l’auto toujours prête, aux bondissements vers l’aventure de la route. Puis là-bas, au delà du potager orgueilleux de son exposition légumière et florale, un simple rez-de-chaussée qui, jadis, remplit l’office de mairie pour le village des Damps, a vu transformer la salle municipale en chambre-salon au lustre d’un modern-style audacieux et ses annexes en cabinet de bain et cuisine. Voici vraiment l’ermitage rustique bien que confortable, contrastant avec le manoir d’en face, aux lignes rigides, aux toits d’ardoises à lucarnes. Les murs du verger courent le long d’un sentier qui limite le domaine jusqu’à la grille ouverte sur le mystère des buissons et des ombrages. Et c’est là, douce demeure de grand seigneur doublé d’un artiste et d’un lettré, dont l’accueil dit le grand cœur et la race. »

 

La fin des « délices » aux Damps…

 

Nous reprenons la suite du passage de Cinquante ans de panache cité ci-dessus :

 

« … vint la guerre, la bataille de France, la retraite. Un pont dynamité[1] entraîna de graves dommages pour ma maison – la seule à avoir été sinistrée dans le village. Je n’étais pas là : ce fut le pillage. Les Allemands brûlèrent mes livres sur la pelouse. Aujourd’hui encore, ce qui reste de mon ermitage est indûment occupé… Ce qui fut mes délices durant plusieurs années m’est plus maintenant pour moi que sujet d’amertume. Si la belle chanteuse Jeanne Aubert, qui fut, avec Olympe Heriot[2], ma voisine, revient parfois à son rendez-vous de chasse, elle peut voir, sur place, une stèle que la guerre a laissée intacte : mon nom y figure, car j’avais obtenu du ministre compétent de fortes subventions pour les écoles[3]. Les enfants d’hier sont aujourd’hui des hommes. Ne pensent-ils pas que ce témoignage de gratitude, gravé en lettres d’or sur le marbre, acquiert une certaine force d’ironie de s’adresser à un homme dont nul n’a eu souci de protéger le bien en son absence, qui fut pillé, abandonné, spolié ? Est-là le prix qu’il faut payer pour l’intransigeance de la fidélité à ses convictions, pour l’attachement à la liberté des consciences, pour l’horreur de tout sectarisme ? Par une autre ironie du destin, le seul souvenir qui me reste de ma maison de Saint-Pierre-des-Damps est… une œuvre allemande : mon buste par Arnold Rechberg. Par miracle il a échappé au pillage et m’a été restitué. Arnold Rechberg était venu travailler à Paris bien avant l’autre guerre. Il rêvait d’une entente franco-allemande et fut mêlé à des conversations passablement mystérieuses et qui n’eurent pas l’heur de plaire au gouvernement de Berlin, qui en eu vent. Il tentait de mettre dans son jeu diverses dames de la Société et je me souviens qu’il donna une soirée costumée suivie d’un cotillon que je conduisis avec la princesse Lucien Murat… »

 

C’est ainsi que le château de Fouquières fut squatté puis finit en carrière de pierres. Un nouvel édifice bien plus modeste l’a remplacé et il ne reste, aujourd’hui, que la base d’un mur faisant office de clôture.

 

Avec mes remerciements à Louis-Aimé Becq de Fouquières.

 

Carte postale des Damps(47)



[1] Le pont de Pont-de-l’Arche fut dynamité par les armées française et anglaise le 9 juin 1940 pour retarder l’avancée des panzers de Rommel (note A. Launay). 

[2] Qui habitait la Vènerie, à Pont-de-l’Arche, à l’orée du bois sur la route de Louviers (note A. Launay).  

[3] Son nom figure toujours sur une des deux plaques du groupe scolaire Maxime-Marchand visible sur la photographie ci-dessous (note A. Launay).

 

Plaque école PA 

Armand Launay

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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 10:58

Voici une invitation à la visite du village des Damps (Eure, 1200 habitants entre Val-de-Reuil et Elbeuf)...

 

P1150701

Eh oui, après une visite du centre ville médiéval de Pont-de-l’Arche, rien ne vaut la douceur des berges de l’Eure pour flâner au gré de la nature et de la découverte historique. Or, quelques centaines de mètres plus loin, se trouve le village – méconnu – des Damps, sur lequel s’est bâti Pont-de-l’Arche, il y a mille ans, et à côté duquel s’est construite l’usine m-real qui, je le concède, nuit au paysage et aux bronches des habitants de la région. Le tourisme ne peut pas me faire mentir. 

Mais visitons...  

La partie ancienne du village des Damps, le cœur historique, est l’occasion de réunir le plaisir de la balade et l’étude du patrimoine. Allez, suivez-moi… 

Deux ou trois pieds de vigne, dans la rue Coucou, prolongent la tradition de cette culture qui a occupé les coteaux de Seine (à Igoville, Alizay) pendant de longs siècles. Cette culture existe encore aujourd’hui mais à Gaillon, Louviers, Rouen... 

Les petites maisons dampsoises, blotties les unes contre les autres, trahissent la vie difficile de nos ancêtres, réunis par la solidarité, dans un cercle restreint, de la naissance à la mort. Toutes les bâtisses de nos vieilles ruelles laissent parler l’ingéniosité des hommes du XVIIIe siècle, essentiellement, mais aussi du XVIIe siècle, pour la plus vieille d’entre elles ; la maison de la " Dame Blanche ", ou Blanche de France, la femme de Saint-Louis, qui posséda des terres ici même et à Léry. 

Les hommes d’antan surent utiliser les ressources locales pour se protéger de la rudesse des éléments. Ainsi, le promeneur attentif remarque les toits composés de tuiles " du pays ", qui sont les " tuiles plates " du spécialiste. Ces petites tuiles, toutes serrées et régulières, sont nées de la cuisson de l’argile rouge des sous-sols, déjà exploités aux Damps depuis l’époque gallo-romaine. On les retrouve, d’ailleurs, à Alizay (La Briqueterie), à Martot (Le Quai aux Tuiles) et La Vallée de Tostes. 

Les murs de nos maisons sont bâtis de silex et de craie, comme l’église romane de Montaure. Savamment assemblés, ces blocs calcaires sont tout droit issus des grottes dampsoises depuis – au moins – la Gaule romaine. Il n’y a qu’à en juger par le relief – torturé – des coteaux de l’Eure et de la Seine. Imaginez-les, ces grottes ; on les devine déjà quand on marche le long de la rue des Carrières, la bien nommée, où demeure une ancienne charrette sur le bord du chemin. Imaginez-les, elles courent des berges de l’Eure – sous la roche – jusqu’à la forêt, sur le plateau… ce sont de véritables galeries minières qui restent inconnues, sous les routes que l’on emprunte pourtant tous les jours. 

Comment a-t-on cimenté ces pierres pour quelles aient tenu bon debout jusqu’à nos jours, où elles témoignent du talent de leurs constructeurs ? La réponse est simple et nous est, encore une fois, soufflée par le nom d’une rue, pour peu qu’on lui prête l’oreille ; la rue des Plâtriers. Les plâtriers, les ancêtres des maçons comme M. Papeil, qui réside ici même, tiraient la craie des proches carrières et la travaillaient dans des fours à chaux, aujourd’hui abandonnés. 

Quant aux colombages, qui apparaissent çà et là, ils dessinent un petit bout de Normandie avec d’anciens fûts de la forêt de Bord, massif forestier qui compose une grande partie du territoire communal. 

Venez aux Damps, voir comme le paysage exprime la beauté – simple car naturelle – des bords de l’Eure et de l’orée de la forêt de Bord. Ce sont ces éléments qui expriment aujourd’hui encore ce que fut, ici, l’histoire des hommes … Notre village est né de la pêche et du transport sur l’Eure et la Seine, ces deux déesses qui unissaient leurs eaux en face des Damps, jusqu’en 1934. En effet, à cette date, le fleuve acheva d’être transformé en voie commerciale. L’Eure, grâce à laquelle les députés révolutionnaires baptisèrent le département, en 1790, ne se jeta plus aux Damps mais, dix kilomètres plus en aval, à Martot. Alors, le modeste port des Damps disparut, lui qui chargeait sur les navires – puis les péniches – le bois de la forêt de Bord. Ce bois était amené par les rues des Plâtriers et du Val. Quant aux autres petites ruelles perpendiculaires à l’Eure, comme à Criquebeuf, elles sont nées du besoin de relier toutes les maisons des mariniers, des pêcheurs, des éleveurs–cultivateurs à cette eau vitale, qu’ils partageaient avec les femmes, elles qui y rinçaient le linge de la famille... avant l'arrivée de l’eau courante et des idées progressistes ! 

Allez, car il faut que je vous laisse, j’ai beau aimer les mots ainsi que notre patrimoine, je pense que ma plume ne remplacera jamais votre visite dans notre cœur historique des Damps. Une visite dans notre belle région de Pont-de-l’Arche mérite une pause, un petit pique-nique, pourquoi pas, auprès du patrimoine mi rural mi naturel du village des Damps. 

 

Armand Launay

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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 10:57
Vue depuis Les Damps du haut sur le lieu de l'ancien débarcadère du bac où se trouvait la Maison rouge. L'orientation du chemin qui la suit montre clairement qu'il existait une voie reliant Alizay et Les Damps.

Vue depuis Les Damps du haut sur le lieu de l'ancien débarcadère du bac où se trouvait la Maison rouge. L'orientation du chemin qui la suit montre clairement qu'il existait une voie reliant Alizay et Les Damps.

La "Maison rouge" est le nom d'une parcelle de la commune d'Alizay où se trouvent des industries comme Ashland et Double A. Quelle était cette maison rouge ?  

Des parchemins conservés aux archives de la mairie des Damps nous apprennent l’existence d’un bac entre le village des Damps et la rive droite de la Seine, au nord. Mais où se trouvait le débarcadère de ce bac ? La réponse est assez simple : la place du village des Damps était située en face du confluent entre l'Eure et la Seine. De l'autre côté de la Seine se trouve le château de Rouville. Plus précisément, une route conduit de la berge nord de la Seine au village d'Alizay. Elle aboutit, de nos jours, au niveau du rondpoint de la déviation d'Alizay, en face de l'entrée du château de Rouville.

Or, ce bac ne reliait pas Les Damps à une rive droite inhabitée. D’anciennes chartes[1] nous apprennent que ce bac menait à une "hôtellerie", appelée La Maison rouge. Elle devait tirer son nom de la couleur de ses tuiles. Cette hôtellerie appartenait au seigneur de Rouville.

Sur cette carte d'état major datant de la moitié du XIXe siècle se voit un enclos avec plusieurs bâtiments au nord de la Seine, entre Les Damps et Alizay. Cet enclos représente l'ancienne hôtellerie fluviale de la Maison rouge ou le chanvre était aussi cultivé et chargé sur la Seine.

Sur cette carte d'état major datant de la moitié du XIXe siècle se voit un enclos avec plusieurs bâtiments au nord de la Seine, entre Les Damps et Alizay. Cet enclos représente l'ancienne hôtellerie fluviale de la Maison rouge ou le chanvre était aussi cultivé et chargé sur la Seine.

Cette hôtellerie devait principalement accueillir des mariniers, des haleurs et des voyageurs qui empruntaient le cours de la Seine. Pourquoi stationner ici ? La Maison rouge était entre deux obstacles pour la navigation fluviale :

- le pertuis[2] de Poses nécessitait une journée de travail pour faire passer une embarcation chargée. C’est pourquoi les haltes nocturnes étaient souvent nécessaires aux voyageurs avant et après le franchissement de cette difficulté naturelle ;

- le pont de Pont-de-l'Arche prenait lui aussi beaucoup de temps. Nous le relatons dans un article sur le montage des bateaux sous le pont.

Il n'est pas étonnant que des voyageurs fussent bloqués par la nuit entre Pont-de-l'Arche et Poses de ce côté-ci de la berge. Pourquoi de ce côté-ci ? Parce que l'autre rive était plus entrecoupée par des iles et donc par des berges mouvantes et impropres au halage. Elles nécessitaient plus souvent de faire franchir aux chevaux des bras de Seine sur des bacs précaires et payants.     

La Maison rouge dût assurément être aussi une ferme dévolue à la culture et peut-être à l'élevage. La parcelle la plus proche de la Maison rouge se nomme "Le port au chanvre". Cette plante servait à la confection de tissus rudimentaires. Elle était cultivée dans la plaine alluviale d'Alizay et a peut-être occupé des travailleurs de la Maison rouge.  

Carte postale des années 1910 située du côté du port au Chanvre, voire de la Maison rouge. L'espace a, semble-t-il, été déserté par les hommes, hormis quelques paisibles passages comme ici un pâtre, son chien (en bas à droite) et son troupeau.

Carte postale des années 1910 située du côté du port au Chanvre, voire de la Maison rouge. L'espace a, semble-t-il, été déserté par les hommes, hormis quelques paisibles passages comme ici un pâtre, son chien (en bas à droite) et son troupeau.

[1] Dictionnaire Historique de toutes les Communes de l’Eure, Charpillon L.E., Caresme A.   

[2] C’est à dire une perte d’altitude de la Seine à cet endroit qui accroit le courant et qui fait tourbillonner les eaux, rendant ainsi hasardeuse la navigation.

 

Armand Launay

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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 17:29

Charpillon L.-E., Caresme Anatole, Dictionnaire Historique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys : éditions Delcroix, 1868, 960 pages.

      les.damps3

 

 

LES DAMPS   

 

Paroisse des, vic. Élec. de Pont-de-l’Arche. - Dioc., bail., parl. et gén. de Rouen.  

Les médailles romaines et les restes de constructions antiques trouvés aux Damps, ont supposer à M. Rever qu’il fallait y placer la station d’Uggade, indiquée par les itinéraires entre Rouen et Evreux ; il paraît en effet que cette ancienne ville gauloise s’étendait sur la rive de la Seine depuis Caudebec jusqu’aux Damps.  

Au reste, Les Damps, heureusement placés sur la Seine, au confluent de l’Eure, avaient autrefois un port sur le grand fleuve, déjà célébré du temps des Romains. Il s’y livra en 896, entre les pirates du Nord et les Français, un combat dont le récit se trouve dans Guillaume de Jumièges [1]. "Rollon, dit-il, s’étant emparé de Rouen, méditait la ruine de Paris. Lui et les siens détachant alors leurs navires sillonnèrent les flots de la Seine et vinrent s’arrêter aux Damps, que l’on appelle aussi Arches [2]. Renaud, généralissime des troupes françaises, ayant appris l’arrivée des païens, se porta au devant d’eux, sur le fleuve de l’Eure, avec une vaillante armée, et envoya en avant, avec d’autres députés, Hastings, qui habitait Chartres et qui connaissait leur langage ; il vint à eux en suivant le cours de la rivière d’Eure". "Il leur demanda ce qu’il voulaient ; Rollon répondit qu’ils ne voulaient se soumettre à personne, mais se rendre maîtres de tout ce qu’ils pourraient conquérir".  

"Hastings alla porter cette réponse au chef français. Pendant ce temps, Rollon et ses Normands se firent des retranchements et une redoute en forme de château ; ils se fortifièrent derrière une levée de terre en laissant au lieu de porte un vaste espace ouvert".  

"A la pointe du jour, les Francs se rendirent à l’église Saint-Germain de Louviers [3], entendirent la messe, participèrent au corps et au sang du Christ. Partant de là, ils perçurent bientôt sur les rives du fleuve les vaisseaux des pirates, et ceux-ci cachés derrière leurs retranchements. L’attaque a lieu sur-le-champ ; mais les Normands, cachés et recouverts de leurs boucliers, se relèvent. Roland, porte enseigne du général des Francs, s’élance avec ardeur ; il est tué au premier choc. Sa mort entraîne la fuite des assaillants, et Rollon peut ensuite sans obstacle lever son camp des Damps et s’avancer sur la Seine jusqu’à Meulan".  

Lorsque les Normands se furent fixés dans le pays, Les Damps firent partie du domaine ducal. Il y existait surtout des pêcheries importantes. Vers 1020, Richard II donna aux moines de Saint-Père 8 seines [4] dont deux dans le port des Dancs, deux à Elbeuf etc. En 1023, il donna également aux moines de Fécamp des pêcheries aux Damps. L’année suivante, il gratifiait l’abbaye de Jumièges, de l’église des Damps et de trois hôtes ou fermiers ? Cette dernière libéralité fut confirmée par le roi Henri II en 1174.  

Hervé des Dans figure dans le compte du receveur de la baillie du Vaudreuil en 1180, pour une amende de 10 s. pour vin survendu. En avril 1232, Godefroy des Dans, clerc, vendit à Robert, fils de Richard, de Léry, un héritage à Léry, relevant du fief de la Senne, pour le tenir à l’avenir de l’abbaye de Bonport.  

Une charte de Simon Bonard, de 1235, fait mention d’un chemin allant de Léry aux Damps.  

Au mois de mars 1248, une femme nommée Philippe des Dans, acheta de Jean Rigneut, du Pont-de-l’Arche, une pièce de terre, moyennant 60 s. t.  

On trouve dans divers actes de vente de 1259, 1261 et 1281, les noms de Guillaume Cornard, Jehan Lemoine, Sylvestre Porsonnier, Richard Lestoré, Etienne Legallois, Sylvestre des Dans, Vivien des Dans et autres, tous habitants de la paroisse.  

André des Dans afferma, le 20 août 1284, une pièce de terre à Regnault d’Ybermens, pour 6 s. de rente ; l’année suivante, il vendit aux religieux de Bonport 5 s. de rente qu’il avait sur un pré à Léry, moyennant 40 s. de monnaie courante.  

En 1303, les pêcheurs des Damps et de Limaye (Lormais, à l’article de Léry) pouvaient pêcher dans toute la garenne de Léry lorsque la Seine était débordée [5].  

En mai 1331, Philippe le Bel donnait à Etienne de la Chapelle, son cuisinier, des héritages assis aux Damps, à Léry, et dans les environs, qui avaient été confisqués sur Robert de Gasny, pendu pour ses démérites. Il se trouve que ce domaine de Léry appartenait alors à Blanche de France, fille de Philippe le Long, qui en avait hérité de sa mère Blanche de Bourgogne, morte en 1330. Cette princesse prétendit que les biens du supplicié lui appartenaient par échoite, et avec l’approbation de sa famille, elle les donna à deux religieuses de Longchamps ; mais Guillaume de la Chapelle, fils d’Eustache, fit une vigoureuse résistance en s’appuyant sur la donation faite à son père. Le roi intervint par lettre de juillet 1335 et ordonna l’exécution d’une décision de ses gens de comptes, qui avaient adjugé les héritages à Blanche de France. Laurent des Damps est cité sans la lettre de Philippe de Valois dont nous venons de parler.  

La paroisse des Damps avait dans la forêt de Bord des droits importants dont on trouve l’énumération dans le coutumier des forêts, rédigé vers 1401, puis dans deux actes subséquents de 1424, 1445 et enfin dans un arrêt du Conseil de 1673, déposé aux Archives de l’Eure [6].  

Henri VI, roi d’Angleterre, confirma aux religieuses de Longchamps, le 20 février 1434, les biens qu’elles possédaient aux Damps et dans les environs [7].

         On trouve aux Damps, en 1612, N.H. Gratien de la Faye, membre d’une famille distinguée qui est restée pendant plusieurs siècles dans les environs de Pont-de-l’Arche. Adrien de la Faye, fils de Nicolas et de Marguerite de Farouil, habitait Les Damps lorsqu’il fut maintenu de noblesse en 1666. Il faut en dire autant d’Antoine de Héris, qui paraît avoir eu la seigneurie du Mesnil de Poses.  

La Faye : de gueules, à la fasce d’or, accompagnée en chef d’une croix fleuronnée et en pointe d’une tour, le tout d’or.  

Héris : d’argent, à la bande azur, chargé de trois mollettes d’or, à la bordure en greslée de gueules.  

Le 22 juillet 1681, une ordonnance de Louis XIV permettait aux Damps la culture du tabac, mais les plantations ayant été détruites, un arrêt du Conseil du 9 août 1723 accorda aux habitants des Damps une diminution de 395 l. sur leurs tailles.  

         Le bac de l’hôtellerie de la Maison Rouge à la garenne et aux Damps appartenait au seigneur de Rouville, qui le donnait à ferme avec l’hôtellerie et le droit de pièce du fief de la Bosse, servant à attacher les bateaux montants et avalants [8].  

D’après un aveu du président Portail, châtelain du Vaudreuil, l’église et le Manoir des Damps faisaient partie de son domaine fieffé.  

 

Fief

La Barre des Damps.

De 1206 à 1238, on voit figurer dans les chartes de Bonport, soit comme vendeur, soit comme témoin, un Guillaume Barre ou de la Barre, qui était de Léry, et qui pouvait tirer son nom de la Barre des Damps.  

Robert Roudart et une femme nommée Philippe Goujon, en raison des terres sises à la Barre des Damps et dans le voisinage devaient porter à l’abbaye de Saint-Ouen tout le poisson qu’ils prenaient, depuis Crémonville jusqu’à l’embouchure de l’Eure (la veille de la Saint Ouen).  

Le 7 janvier 1682, Pierre de Lux, esc., sieur de la Barre, demeurait en la paroisse des Damps.  

Lux : écartelé : au 1 d’or, à trois pals de gueules ; au 2 d’azur à la tête de Licorne d’argent ; au 3 d’azur, à l’aigle déployé d’argent ; au 4 de gueules, au léopard couronné d’or.  

 

En 1743, Nicolas Grospoisson, arpenteur, était syndic des Damps [9].  

 

Les Damps, cant. de Pont-de-l’Arche, au confluent de la Seine et de l’Eure, bac à voitures sur l’Eure, à 12 m. d’alt. – Sol : alluvions contemporaines – Surf. Terr., 474 hect. – Pop., 281 hab. – 4 contrib., 2,216 f. en ppal. – Réunion pour le culte et l’inst. à Pont-de-l’Arche. Bur. de Bienf. – 4 déb. de boisson. – 2 perm. de chasse. – Dist. au ch.-l. de dép., 35 ; d’arr., 12 ; de cant., 2. 

 

Dépendances : Le Fort-Buisson, Le Val.  

Agriculture : céréales, plantes sarclées.  

Industrie : néant. – 6 patentés.

 

 

 

[1] Ce combat paraît avoir été confondu.  

[2] Pont-de-l’Arche aurait donc été établi sur le territoire des Damps, qui s’étendait jusqu’à Bonport et Criquebeuf-sur-Seine.  

[3] Sur Louviers…  

[4] Filets de pêche.  

[5] Vicomté de l’eau, page 140. Notes Le Prévost.

[6] Notes Le Prévost. On a vu comment ces dames avaient obtenus ces biens provenant de la forfaiture de Robert de Gasny.

[7] On a vu comment ces dames avaient obtenus ces biens provenant de la forfaiture de Robert de Gasny. M. de Beaurepaire, Vicomté de l’Eau.

[8] M. de Beaurepaire, vicomté de l’Eau .

[9] Vaudreuil, page 196.

 

Armand Launay

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 17:41

Naissance de la ville : raisons militaires 

Fort-en-869--Haywood- 

La ville de Pont-de-l’Arche est née après la construction de fortifications militaires bâties sur le territoire du village des Damps. Un pont de bois fut jeté sur la Seine, à partir de 862, et protégé par deux forts, de part et d'autre du fleuve. Le chantier de ces défenses, qui marqua le règne de Charles II, dit le Chauve, fut décidé et officialisé lors des plaids de Pîtres. Vers 873, le pont et les deux forts semblent avoir été achevés. Ils servirent notamment en 885 lors d'une offensive générale des "hommes du Nord", ayant pour but le siège de Paris. Le pont "de l'Arche" (c'est-à-dire "de la forteresse") servit à retarder l'avancée des Normands. Ceux-ci mirent quatre mois à gagner Paris depuis l'embouchure de la Seine. Cependant, les rois des Francs peinaient à mobiliser pleinement les troupes de leurs vassaux. Ainsi le fort de Pont-de-l'Arche a très certainement manqué d'hommes de garnison : Guillaume Caillou, moine qui tint les chroniques de Jumièges, se rappela un siècle et demi plus tard, et ce malgré de nombreuses imprécisions, que des renforts francs vinrent aux Damps pour renforcer la garnison du pont de l'Arche. En vain, donc.

On perd ensuite le fil de l'histoire durant le laps temps où s'articula le basculement de pouvoir des rois francs aux ducs de Normandie. Que devinrent le pont et la ville après 911, date de naissance de la Normandie ?

Toujours est-il que la paroisse de Pont-de-l'Arche apparaît dans une charte de Richard II, en 1020, qui accorde à l'abbaye de Jumièges de nombreux droits spirituels mais surtout financiers (notamment sur le trafic fluvial).

La ville semble s'être développée autour du pont, ouvrage nécessitant le montage des bateaux et offrant la possibilité de percevoir des droits de passage. Développement d’une place forte : l’enjeu de la lutte entre les rois d’Angleterre et de France.

 

Pont-de-l'Arche apparait ensuite bien plus clairement dans les archives lors des luttes entre Richard Coeur de Lion, duc de Normandie et roi d'Angleterre, et Philippe II Auguste, roi de France. Richard Cœur de Lion fit rénover le pont de la ville et donna les moyens nécessaires à la fondation de l'abbaye de Bonport (deux kilomètres de Pont-de-l'Arche). Dans les luttes entre les deux monarques, le château du Vaudreuil fut rasé ce qui, lorsque le roi de France reprit possession de la Normandie, facilita le choix de Pont-de-l'Arche comme chef lieu militaire local. En effet, Philippe Auguste fit de Pont-de-l’Arche son principal lieu de résidence en Normandie. Il dota la ville d'une prévôté et la fit fortifier par des remparts en pierre encore visibles de nos jours. Il en fit de même pour le fort de Limaie, situé de l’autre côté du pont, rive droite, dont il bloquait l’accès. Ce fort était doté d’une tour philipienne qui constituait un observatoire idéal sur la circulation fluviale et le montage des bateaux. Les atouts géographiques, alliés aux atouts militaires, firent que la ville devint un relai du pouvoir royal. 

 

Rôle de Pont-de-l’Arche dans la maitrise territoriale et la police intérieure

L’assise militaire de la ville présentait de nombreux avantages, tant pour la maitrise territoriale face à l’éventuels envahisseurs que pour la police intérieure au royaume. Pont-de-l’Arche permettait la maitrise de la circulation fluviale et, donc, l’approvisionnement de Rouen, ville qui pouvait tomber entre des mains ennemies. C’est pourquoi notre cité fut un enjeu lors des combats qui opposèrent les rois d’Angleterre aux rois de France durant la guerre de Cent ans. Ainsi Henri V, roi d’Angleterre, se rendit maitre de Pont-de-l’Arche en 1418. La ville connut ainsi une occupation anglaise jusqu’en 1449. En 1346, Édouard III ne put prendre Pont-de-l’Arche et poursuivit sa chevauchée vers Mantes. Qui plus est, la ville offrait une base arrière idéale en vue d’une attaque de la capitale haut Normande :

- en 1481 Louis XI établit un vaste camp dans la vallée située entre Pont-de-l’Arche et Pont-Saint-Pierre. Ce camp aurait accueillit une armée de près de trente mille hommes afin de reprendre Rouen puis toute la Normandie. C’est ici que furent créées les célèbres « bandes de Picardie », ancêtres de l’infanterie française.

- en 1589, les troupes d’Henri IV, qui assiégeaient Rouen, étaient ravitaillées depuis Pont-de-l’Arche. Précisons que le gouverneur de la ville, Leblanc du Rollet avait, parmi les premiers, ouvert les portes de la ville à Henri IV, roi contesté. La tradition orale narre que ce monarque avait gratifié, en remerciement, les armes de la ville des trois fleurs de lys royales. Cependnat, la ville étant un plein fief royal, ces lys ne sont pas surprenant. La ville blasonne depuis : de sable au pont d’argent maçonné de sable, au chef cousu d’azur chargé de trois fleurs de lys d’or.

Bastille excentrée de Rouen, Pont-de-l’Arche était une base de repli en cas de révolte du peuple normand. C’était une place de sûreté dans la mesure où il n’y avait pas assez d’habitants ici pour impulser une révolte dépassant les forces de police locales. De plus, maitriser la ville ne suffisait pas : il fallait encore prendre d’assaut le fort de Limaie, de l’autre côté de la Seine. Pont-de-l’Arche était donc, pour des raisons de police intérieure, de maitrise du territoire en cas de guerre, une place stratégique :

- c’est ainsi que des protestants rouennais assiégèrent la ville, en 1562, avec 6 pièces d’artillerie en espérant y faire un butin. Ils s’en prirent directement au pouvoir royal, mais en vain car la ville était restée fidèlement catholique.

- en 1650, la Fronde renversa l’utilité des fortifications de la ville : Le duc de Longueville utilisa la garnison et le château contre le pouvoir royal. Le comte d’Harcourt, qui protégeait le voyage du monarque en Normandie, reçut l’ordre d’investir la place. Il vint camper auprès de ses murs avec l’aide des habitants qui avaient pointé trois canons contre le château, de l’autre côté de la Seine. Le duc de Longueville se servit de cette place forte comme un argument supplémentaire pour négocier la paix avec le roi. Les remparts de Pont-de-l’Arche étaient devenus une arme pour d’éventuels insurgés. Le parlement de Normandie et le peuple de Rouen demandèrent à plusieurs reprises leur démantèlement. Cependant, les nobles qui percevaient des droits sur la ville négocièrent le maintien des fortifications. Elles ne tombèrent en désuétude qu’à la fin du XVIIIe siècle.

 

 

Pont-de-l’Arche et la convoitise des privilèges royaux sous l’Ancien régime

Les ambitions n’étaient pas rares qui se tournaient vers Pont-de-l’Arche. La ville comptait de nombreuses charges qui attiraient les convoitises :

- la charge de gouverneur de la ville (police militaire locale) : les plus grands nobles qui obtinrent du roi les droits de gouverneur de la ville furent Concini, maréchal d’Ancre et allié de Marie de Médicis, Albert de Luynes, Jean-Baptiste d’Ornano, Richelieu.

- quatre tribunaux : le tribunal de première instance (le bailliage), la perception des tailles (le tabellionnage), le grenier à sel (sa vente était un monopole d’État) et l’administration des eaux et forêts. Ces tribunaux attirèrent de nombreux officiers royaux dans la ville ;

- les droits mineurs (droits de passage sur le pont, droit de halle, droit d’octroi…).

Il résultait de ces charges un déséquilibre : outre une fabrique de drap qui ne dura qu’un temps, la ville de Pont-de-l’Arche ne connaissait aucune industrie qui nourrît les 1700 habitants que comptait la cité à la veille de la Révolution française. Elle n’en était pas moins le chef-lieu de l’administration locale.

 

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La Révolution française et l’Empire ou la fin des privilèges

La Révolution française remit les pendules l’heure en faisant de Louviers le chef-lieu de l’administration locale : le rôle militaire de Pont-de-l’Arche avait cédé depuis longtemps le pas aux gains issus de l’industrie manufacturière de Louviers, ville bien plus peuplée. En 1790, Elbeuf ne fut pas compris dans le nouveau département de l’Eure à cause du refus de Louviers de cohabiter avec son concurrent drapier. Ces deux villes locales purent donc toutes les deux devenir des chef-lieu de circonscription. Hormis un juge de paix et une municipalité, Pont-de-l’Arche perdit toute fonction administrative. Durant la Révolution, les nouvelles municipalités archépontaines connurent les mêmes disputes que celles qui déchiraient les nobles d’avant la révolution. Néanmoins, celles-ci étaient publiques. Après 1792, les républicains avancés prirent le dessus de la politique locale. Alexandre de la Fleurière fut maire de la ville. Il fut chassé par la réaction thermidorienne de 1795. Les principaux problèmes que connut la ville durant cette période concernent les altercations entre les régiments de l’armée révolutionnaire et les habitants les plus attachés au culte catholique. Ils concernent aussi, et surtout, la famine. Celle-ci était aussi atroce que partout ailleurs à cela près que des habitants de la ville, depuis de longs siècles, montaient les bateaux sous le pont. Ils tiraient donc les bateaux de blé destinés à la population de Paris mais le ventre vide ! sans même pouvoir manger de quoi refaire leurs forces. C’est ainsi qu’ils arrêtèrent de travailler et qu’ils prirent du blé dont étaient chargés les bateaux… avant que l’armée ne les réprime. Napoléon Bonaparte, qui passa deux fois par Pont-de-l’Arche, comprit ce danger pour la police intérieure et fit bâtir une écluse, inaugurée en 1813. Celle-ci permettait de se dispenser de la main d’œuvre locale tout en faisant acheminer le pain qui apaisait le peuple et évitait ainsi d’éventuels mouvements insurrectionnels parisiens. Rappelons que le peuple en armes avait fait changer le cours de la Révolution à plusieurs reprises déjà (la déchéance du roi, la répression des girondins…). Le début du XIXe siècle fut une période de misère pour la ville. Il n’y a guère d’événements si ce n’est l’occupation prussienne en 1815. Notons la présence d’une loge franc-maçonne et la création de la gare Alizay-Pont-de-l’Arche en 1843.

 

 

La révolution industrielle : l’industrie du chausson et de la chaussure

La révolution industrielle a touché le pays : l’industrie du chausson s’est développée qui a apporté un travail très faiblement rémunéré aux habitants de la proche région. Les chaussons, d’abord réalisés dans les foyers des ouvriers, furent ensuite fabriqués dans des usines construites dans les ruelles médiévales de la ville à partir de la moitié du XIXe siècle. Cette industrie se propagea et, dans l’entre deux guerres, une vingtaine d’usines existaient qui employaient plusieurs milliers de personnes. La fabrique du chausson, puis de la chaussure après 1900, n’apporta de richesse qu’à ses propriétaires, dont les belles villas sont encore visibles de nos jours dans les faubourgs de la ville. La prise de conscience aidant, les ouvriers de la ville se mirent en grève en 1900, 1932, 1936 et 1954… afin de maintenir, voire d’améliorer leurs salaires.

 

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Guerre et destructions

La ville connut l’occupation prussienne en 1870 à cause de son pont, qui faillit être dynamité. Elle accueillit un camp de l’armée britannique entre 1915 et 1920. Elle connut les combats entre les panzers de Rommel et les armées française et anglaise en 1940. Ses ponts furent une des principales cibles locales des bombardements aériens de la Seconde Guerre mondiale. Toutefois les bombardements n’ont pas fait disparaitre le patrimoine architectural de la ville : l’église gothique du XVIe siècle, les maisons à pans de bois de la fin du Moyen Âge et de l’Ancien Régime, le bailliage du XVIIIe siècle principalement, la maison du gouverneur (XVe siècle ?), les remparts (XIIIe siècle), le manoir de Manon…

 

 

Personnalités

Le dernier des ponts de la ville fut inauguré en 1955 par Pierre Mendès France qui était alors président du Conseil mais aussi conseiller général du canton de Pont-de-l’Arche. Pont-de-l’Arche a aussi accueilli des personnalités lettrées : Octave Mirbeau, écrivain, Jules Massenet, compositeur, Jacques-Henri Lartigue, photographe. Mais la plus grande gloire de la cité est Eustache-Hyacinthe Langlois (1777-1837), enfant du pays, qui était archéologue, artiste dessinateur, nouvelliste... Cet homme participa au lancement de l’étude du patrimoine médiéval normand. Il fut instigateur du musée des antiquités de Rouen et fut aussi professeur à l’école des beaux-arts. De nombreuses amitiés culturelles se mobilisèrent pour honorer sa mémoire et financèrent un buste (disparu) et un médaillon à Pont-de-l’Arche. Les élus de Pont-de-l’Arche donnèrent son nom à la place principale de la cité.

 

Le-marche

 

Croissance démographique et développement des services publics depuis 1945

Depuis la Seconde Guerre mondiale, la ville connait une très grande croissance démographique suite aux nombreux projets immobiliers qui accueillent une population désireuse de vivre dans un cadre de vie agréable. Située entre l’Eure, la Seine et la forêt de Bord, la ville de Pont-de-l’Arche est très proche des pôles d’emplois que sont Rouen, Val-de-Reuil et Paris, facilement accessibles depuis la construction de l’autoroute A 13 en 1967. Les municipalités, généralement situées à gauche de l’échiquier politique, ont donc depuis accompagné le développement des services publics définis par l’État en faisant face, de plus, à la croissance démographique propre à la ville (écoles, crèches, infrastructures sportives, voirie). Pont-de-l’Arche compte aujourd’hui plus de 4200 habitants. La ville fait partie, depuis 2001, de la communauté de communes Seine-Eure, qui réunit les municipalités de la région de Louviers et de Val-de-Reuil.

 

Armand Launay

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 17:29

Les premiers contacts

 

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Article extrait de L’Elbeuvien du 6 août 1932 :

 

"Les Damps. – Fête républicaine.

 

M. Mendès France, député, a été reçu samedi à la Mairie des Damps par la municipalité, une délégation des élèves de l’école communale, la société des Tambours et Clairons et un grand nombre d’habitants. 

Une charmante fillette, Mlle Fernande Milliard dit un compliment au nouveau député et lui remit une superbe gerbe de fleurs qui fut, par la suite, déposée au monuments aux Morts. M. Prémillieux, Maire, souhaita ensuite la bienvenue à M. Mendès France qui lui répondit en faisant l’éloge de la petite Commune, rappelant la belle majorité qu’elle lui avait donné. Devant le monument aux Morts où les enfants déposèrent des gerbes, on observa une minute de silence, puis on se rendit au restaurant Félix-Hublet, où un dîner soigné attendait une quarantaine de convives dans une salle artistement (sic) décorée".

 

Ce document montre l’accueil réservé à Pierre Mendès France dans notre village. Ce jeune avocat venait de se présenter aux élections législatives de 1932 sous l’étiquette du Parti Radical. Or, ces élections n’étaient pas gagnées d’avance pour Pierre Mendès France car il venait de Paris, professait des idées politiques nettement ancrées à gauche et était d’origine juive ce qui déplaisait aux conservateurs et principalement aux ligues d’extrême droite qui lui rendirent sa campagne difficile. Malgré tout, le candidat radical se fit élire avec seulement 232 voix d’avance et ce grâce à l’électorat ouvrier des villes telles que Louviers… La particularité des Damps était la présence depuis de nombreuses années d’une opinion républicaine avancée qui avait élu aux fonctions de Maire M. Prémillieux. 

         Par ailleurs, ces quelques lignes nous apprennent l’existence de la fanfare appelée La société des tambours et clairons montrant, ainsi que la commémoration de la Première Guerre mondiale, l’étendue de l’influence de la chose militaire dans la société française des années 1930. En effet, les tambours et les clairons sont des instruments usuels dans l’armée. 

         Quant au restaurant Félix Hublet dont il est question, il se trouvait en face du pont sur l’Eure, à gauche du bar actuel. Il était tenu par la femme de cet homme qui, lui, assumait les activités agricoles de l’exploitation familiale.

 

 

Les liens privilégiés entre Pierre Mendès France et Les Damps

Bien qu’il soit vrai que Pierre Mendès France ait eu un bon contact avec ses concitoyens en général, nous pouvons tout de même dire que le village des Damps lui était particulièrement cher. Nous avons déjà vu quel accueil notre village lui avait réservé lors de sa première candidature locale, en 1932, où les Dampsois votèrent à 70 % pour le jeune radical (le record de la circonscription !) et l’accueillirent ensuite pour fêter son élection. Pierre Mendès France avait donc ici le soutien de la grande majorité de la population ainsi que celui du Maire, M. Prémillieux, qui présidait le comité républicain de gauche du canton (radical, en fait)… 

C’est ainsi que ces relations se traduisirent par des avancées notables pour notre commune : M. Mendès France aida les ouvriers grévistes à retrouver un emploi et facilita la subvention du premier pont sur l’Eure, par exemple… 

Outre ces aides politiques, la présence de Pierre Mendès France était constante, malgré ses nombreuses responsabilités (Président du Conseil, député, Conseiller général de Pont-de-l’Arche…). Il venait assister et participer aux remises des prix de l’école primaire (M. Roland Lenoir, instituteur et secrétaire de Mairie, était un radical convaincu, ce qui aidait les relations…), aux inaugurations (comme celle de la rue Neuve), aux festivités (dans la salle Kali (Fénoroc))… Mais là où les relations dampsoises furent particulièrement importantes pour notre homme, ce fut lors de l’arrivée des troupes nazies. Pierre Mendès France avait servi dans l’aviation pour lutter contre l’armée nazie et était désormais recherché pour ses convictions démocratiques et ses origines juives. Il se réfugia, quelques temps, aux Damps, avant de gagner l’Angleterre et de participer à faire de la France une nation alliée, auprès de De Gaulle, à Londres.

               Mais il y a une fin à tout, les délibérations du Conseil municipal témoignent, elles aussi, de la disparition de Pierre Mendès France, en septembre 1982 : "A l’ouverture d’une séance (…) une minute de silence a été observée en mémoire du Président Mendès-France, récemment décédé". C’est le dernier clin d’œil dampsois adressé à celui qui fut reconnu comme l’un des plus grands hommes politiques français du siècle dernier. Il fut, quoi qu’il en soit, le plus grand personnage qu’ait connu notre village…

 

 

A lire aussi...

Pierre Mendès France et Pont-de-l'Arche

 

Armand Launay

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 17:27

bâtiment


 

architecture


 

Complément d’information


 

« Maison Papeil »

 

 

Cette maison présente les caractéristiques de l’architecture normande locale des XVIIe  et XVIIIe siècles. Ses murs latéraux sont maçonnés en pierre calcaire et en silex. La maison qui nous intéresse présente, de plus, cinq rangs de silex noir qui a vocation de décoration. Des pierres de tailles renforcent les angles et composent un chaînage uniforme qui relie le pignon à la base de la maison. La cheminée prend naturellement appui sur un pignon dont les pierres constituent une protection contre quelque incendie. Le chef de la cheminée n’est pas d’origine (briquette).  

 

 

Les façades sont faites de pans de bois dont une allège (partie située sous la fenêtre du premier étage) en croix de saint-André, motif de décoration courant et élégant. La fenêtre du premier étage recouvre ses dimensions originelles, contrairement à de nombreuses maisons d’époque dont les ouvertures ont été largement agrandies et reportées à d’autres endroits des constructions.  Par exemple ici, les fenêtres qui donnent sur la rue : elles ne tiennent pas du tout compte des lignes de silex. Une lucarne vient éclairer l’intérieur du grenier. Notons que le toit déborde de celle-ci car il permettait d’installer un système de poulie afin de monter le grain depuis le sol au grenier.  

 

 

Les pentes du toit sont raides car elles devaient soutenir la lourdeur causée par la petitesse des tuiles normandes, nombreuses au mètre carré donc. 

 

 

 


 

 P1150698

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 17:27

Les Damps (10)

 

bâtiment


 

 

architecture


 

 

Complément d’information


 

 

Mairie

 

 

 

La mairie des Damps ne cache pas son principal matériau : la briquette rouge. Lorsqu’il est largement employé, celui-ci symbolise l’architecture de la fin du XIXe siècle. La pierre calcaire est le deuxième matériau, issu des ressources locales. La mairie des Damps fut inaugurée en 1879 : son architecture marque le basculement de l’utilisation de la pierre calcaire à la briquette, matériau plus modulable car créé par l’homme. Ce bâtiment accueillit dès ses débuts le logement du secrétaire de mairie qui était aussi l’instituteur communal. L’école se trouvait elle aussi dans ce bâtiment. Le parking actuel recouvre l’ancienne cour de récréation. La destination de mairie peut se lire dans le petit frontispice (triangle) qui se trouve juste en dessous du toit. Le frontispice est un rappel des temples classiques qui renvoient dans notre culture à la civilisation gréco-romaine, berceau de l’idée républicaine. Le toit est couvert d’ardoises, matériau dont la légèreté explique sa faible pente.

 

 

 

La mairie fut construite par la première équipe républicaine qui administra la commune. La commune, créée en 1790, n’avait pas encore de maison commune. Les réunions du Conseil municipal et les archives se trouvaient dans le logement des maires successifs. La mairie marque la volonté des Dampsois de gérer eux-mêmes leur commune. Ils s’opposèrent à quatre projets de réunion de la commune à celle de Pont-de-l’Arche. La commune des Damps était un bastion républicain radical qui accueillit Pierre Mendès France à bras ouverts. La commune vota à 70 % pour lui quand il se présenta aux législatives de 1932 et 1936.

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 17:26

"bâtiment"


 

"architecture"


 

Complément d’information


 

Carrière

 

 

Sur la droite de la rue des Carrières apparaît un renfoncement dans le coteau. C’était l’entrée d’une des très nombreuses carrières de la commune. On y extrayait du calcaire pour en faire des moellons servant à la construction mais aussi pour la fabrication de la chaux et du plâtre. Des galeries nombreuses mènent parfois à de grandes salles sous terre.

 

 

La rue des Plâtriers indique bien que les matériaux étaient en partie exploités dès leur sortie des carrières locales.

 

 

Des légendes racontent que l’on pouvait rejoindre l’abbaye de Bonport, Le Vaudreuil et plus loin encore grâce à des réseaux de galeries creusés par les moines au Moyen Âge. Les Damps aurait été une entrée de ces galeries où les Templiers ne sont jamais bien loin… Plus prosaïquement, les carrières des Damps servir de refuge les quelques semaines qui précédèrent la Libération de 1944. Des centaines de personnes y vécurent alors.  


 

 

Les Damps

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  • : Pont de l'Arche histoire, patrimoine et tourisme
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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au cœur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

- Mieux connaitre Pont-de-l'Arche à travers 150 noms de rues et de lieux ! (Autoédité, 2019, 64 pages). 

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte.

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