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17 août 2018 5 17 /08 /août /2018 14:00

 

“Je vous écris une longue lettre parce que je n’ai pas le temps de vous en écrire une courte.”

Blaise PASCAL

 

Sortie de l'usine de Paul Nion (à gauche) dans les années 1930 et sortie de l'usine Marco en 2008 durant la campagne des élections municipales (cliché Armand Launay).Sortie de l'usine de Paul Nion (à gauche) dans les années 1930 et sortie de l'usine Marco en 2008 durant la campagne des élections municipales (cliché Armand Launay).

Sortie de l'usine de Paul Nion (à gauche) dans les années 1930 et sortie de l'usine Marco en 2008 durant la campagne des élections municipales (cliché Armand Launay).

 

Quel contraste entre une sortie des usines en 1950 et en 2018 ! En 1950 les piétons empêchaient la maigre circulation automobile alors qu’aujourd’hui les quelques ouvriers doivent être protégés des voitures par des peintures au sol, un ralentisseur et une signalisation...

En effet, les activités économiques évoluent vite et nous les prenons ici comme simple prisme permettant d’interroger les rapports des habitants entre eux et avec leur environnement direct (nature, espace). Cet article a pour finalité de dresser un tableau général des activités et des rapports induits par les activités économiques et ce depuis la naissance de la ville en 862 jusqu’à nos jours. Il s’agit de caractériser des périodes afin de se repérer mentalement. Malgré la longueur de cet article, il n’est pas question de faire une analyse profonde et exhaustive de chaque activité. Pour approfondir, nous nous permettrons de renvoyer vers nos études traitant déjà d’économie et de vie locales (le drap, la chaussure, la halle, les loisirs…).

Nous traitons ici d’économie que nous définissons comme la gestion des biens domestiques (une propriété). Par extension, l’économie désigne la gestion des biens par un groupe humain, c’est-à-dire plusieurs familles travaillant et pratiquant des échanges. Nous bornons ici notre analyse aux limites de la commune actuelle de Pont-de-l’Arche. Quant à la sociabilité, elle désigne la capacité d'un individu ou d'un groupe d'individus à évoluer en société et à s’adapter à de nouveaux réseaux sociaux. Par extension, elle désigne le caractère des relations entre personnes au sein d'un groupe choisi selon son âge, sa culture, sa répartition géographique, son genre…).

Notre sujet pose un problème central : est-il possible de déterminer le ou les moteurs d’une économie archépontaine, selon les époques, et d’en déduire l’impact sur la sociabilité ?

Pour cela nous allons proposer comme hypothèse que l’on peut définir trois périodes : la première court de la fin du IXe siècle au milieu du XIXe siècle où Pont-de-l’Arche s’activa suite à la décision du roi d’y établir et maintenir un pouvoir militaire et administratif. La deuxième période court du début du XIXe siècle aux années 1950 où la ville connut un essor industriel grâce à la commercialisation du chausson puis de la chaussure. La troisième période court toujours (mais que fait la police ?) où les industries se raréfient et les pouvoirs publics prennent de l’importance en tentant de pallier les délocalisations d’entreprises et la déstabilisation de la sociabilité.

 

Marque de la présence royale, le bailliage (bâtiment de 1780), ici derrière les remparts en 2006 (cliché Armand Launay).

Marque de la présence royale, le bailliage (bâtiment de 1780), ici derrière les remparts en 2006 (cliché Armand Launay).

1. 862-1856 : la cité du roi, pôle militaire et administratif.

1.1. La ville fortifiée du roi : pôle militaire et administratif régional.

Avant la naissance de Pont-de-l’Arche en 862 existaient quelques fermes éparses, blotties dans les vallons en eau. Le paysage devait ressembler à un bocage près de la Seine et la forêt devait être percées de petites clairières exploitées comme nous l’avons étudié à la recherche de Saint-Martin de Maresdans. En 862 Charles le Chauve décida de bâtir un pont sur la Seine afin d’empêcher ou, plus modestement, de ralentir les pirates normands ; ceci afin de préparer la défense de grandes villes du royaume franc tels que Beauvais, Paris, Chartres. Le pont fut bâti à Pont-de-l’Arche, alors appelé Les Damps. Deux forts protégeaient ses entrées. L’un devint le fort de Limaie qui resta jusqu’en 1782 un châtelet avec garnison. L’autre devint la ville fortifiée qui nous intéresse sur la rive gauche de la Seine.

La suite de l’histoire est connue : les Normands vainquirent. En 911 le roi fit de Rollon un duc censé soumettre et pacifier la Normandie tout en reconnaissant le pouvoir royal. Dans la réalité, la Normandie échappa au contrôle royal jusqu’en 1204. Fait rare, Richard Cœur de Lion, roi d’Angleterre et et duc de Normandie, et où Philippe II Auguste, s’entendirent en 1189 pour bâtir une abbaye en signe de paix avant de partir tous deux en croisade. Cette abbaye fut bâtie à Pont-de-l’Arche : il s’agit de Notre-Dame de Bonport. En 1204, Philippe Auguste chassa Jean sans Terre et fit de Pont-de-l’Arche sa principale résidence normande. En effet, cette ville était doublement fortifiée ‒ donc sûre ‒ et assez proche de Rouen et de son peuple suspect aux yeux du roi. C’est ainsi que Philippe Auguste fit rehausser les fortifications de la ville et de Limaie et y maintint une garnison ainsi qu’un gouverneur chargé de police intérieur sur la région d’Elbeuf à Louviers. Le roi y structura une vicomté. Celle-ci devint un bailliage secondaire de Rouen (une sorte de sous-préfecture) regroupant le tribunal d’instance, l’élection (les impôts), le grenier à sel et les eaux et forêts.

 

1.2. Une exploitation accrue des richesses locales.

Il résulte de ce choix royal que la démographie de Pont-de-l’Arche crut, d’une part grâce à une garnison et d’autre part grâce à plusieurs dizaines de familles nobles ‒ plus aisées ‒ ainsi que leurs serviteurs. La démographie de Pont-de-l’Arche est rapidement devenue plus importante que celle des villages avoisinants. Pont-de-l’Arche était le lieu d’exploitation de richesses naturelles.

Les pêcheurs y étaient nombreux qui ont bâti, bien plus tard à la Renaissance, de petites maisons à pans de bois sous le rempart le long de la Seine. Certains pêchaient avec des nasses et des filets disposés entre les piles du pont.

Outre les cultures vivrières sous forme de jardins potagers et de vergers autour de la ville, quelques fermes existaient aux abords de la ville. Citons la ferme de la Borde (celle qui borde la forêt), celle du Bon-air et celle des moines et frères converts de Bonport et, sûrement, celle située à la porte Saint-Jean, c’est-à-dire en face de la porte de Crosne. De l’élevage n’est pas à exclure, surtout en forêt de Bord (vaches, cochons), afin d’alimenter les particuliers et les bouchers de la ville offrant une viande plus variée que celle des poulaillers des basses-cours en ville (seulement interdits au début du XVIe siècle). En forêt aussi, les Archépontains trouvaient quelques fruits ainsi que le bois mort afin de se chauffer et de cuire leurs aliments. Les biens communaux devaient aussi se trouver en forêt sans que nous n’ayons pu les localiser expressément.

La roche calcaire et siliceuse a permis d’ouvrir des carrières, notamment une située près de l’actuelle rue de l’Abbaye-sans-toile, comme le cite une charte publiée par Léopold Delisle. Une simple inspection du coteau de Seine, à Pont-de-l’Arche, démontre que la roche a été exploitée. C’est ce que montre la pente rude ‒ mais brève ‒ entre l’ancienne abbaye de Bonport et l’ancien fossé de la tour de Crosne, au pied de laquelle se trouvait un chaufournier (près de la “sente des Plâtriers”, tiens donc !). Le plan cadastral désigne aussi l'espace à l'Est de Pont-de-l'Arche sous le nom de "la carrière". La rue Henry-Prieur se nommait "chemin de la Carrière". C’est aussi ce que montre le coteau vers Les Damps, autre lieu ou la roche a été largement exploitée à ciel ouvert et, plus encore, par des galeries souterraines courant vers la forêt. Dans la forêt se trouvent aussi des dépressions de terrain témoignant de l’exploitation de la roche, notamment près du coude du chemin de la Borde. Après tout, quoi de plus normal autour d’une ville fortifiée et d’une abbaye cistercienne ?

Une activité portuaire a existé, de part et d’autre de l’ancien pont : en aval sur la Petite-chaussée (actuel nom de rue) et le départ du quai Foch et en amont sur le quai de la grande chaussée, actuel quai de Verdun. Cet espace était chaussé ‒ chose notable car rare ‒ de manière à stabiliser les berges et à faire transiter plus aisément charrettes et marchandises venues des berges avoisinantes. Des mariniers y exerçaient ainsi que des pêcheurs amenant dans la ville des poissons et des marchands apportant des denrées lourdes telles que des tonneaux de saumures et de vin, par exemple. Le grenier à sel devait être fourni par la même voie. Il semble même que la cave de l’hôtel-Dieu fût reliée à la Petite-chaussée par un souterrain encore visible dans les années 1980 au fond de la Salle d’Armes. Quelques grumes de la forêt de Bord ont transité par les quais archépontains. Ceux-ci sont attestés par des archives et nous n’en citerons ici qu’une, déjà analysée dans notre article sur la forêt de Bord (voir “Activités anciennes ‒ La coupe du bois”). Cette archive nous est fournie par l’historien Jean Boissière dans un article intitulé « Les forêts de la vallée de la Seine entre Paris et Rouen d’après l’enquête de 1714 » (Les Annales du Mantois, 1979). Cette étude se fonde sur le procès verbal d’Hector Bonnet chargé par l’hôtel de Ville de Paris de comprendre pourquoi le bois ne parvenait pas en quantité suffisante dans une période de disette de combustible. Cet homme voyagea de Paris à Rouen du 27 septembre au 18 octobre 1714. Il résida à Pont-de-l'Arche du 10 au 15 octobre. Il cita la “vente de Cocaigne”, c’est-à-dire la Cocagne, espace boisé au-dessus de la ferme de la Borde ainsi que le “port du pont de l'arche sur lequel nous aurions trouvé le nommé garde dud. port”. Dans ce port se trouve du bois provenant de la forêt de Louviers (près de la mare Glaïoleuse) et de la vallée de l’Andelle. Hector Bonnet cite aussi les ports de Bonport et des Damps. Les ventes et transports réalisés en ce lieu se produisaient donc sous le contrôle direct des agents des Eaux et forêts sis au bailliage de la ville. Où se trouvaient les ports archépontains ? Celui de Bonport devait se situer en contrebas de Saint-Martin de Maresdans, c’est-à-dire, de nos jours, La Plaine-de-Bonport, comme nous l’avons déjà étudié. Quant à celui dit de Pont-de-l’Arche, nous le verrions en contrebas du Val des Damps, entre la Cocagne et la Seine.

Cette célèbre vue sur le pont aux moulins de Pont-de-l’Arche est une lithographie de Charpentier réalisée d'après le dessin de Félix Benoist. Elle fut éditée dans un magnifique ouvrage :   La Normandie illustrée : monuments, sites et costumes.../ dessinés d'après nature par Félix Benoist et lithographiés par les premiers artistes de Paris, les costumes dessinés et lithographiés par François-Hippolyte Lalaisse,... ; texte par M. Raymond Bordeaux et Amélie Bosquet, sous la direction de M. André Pottier,... pour la Haute-Normandie…, Nantes : Charpentier père, fils et Cie, 1852, 2 volumes. On y voit un moulin, les filets et casiers de pêcheurs, un marinier et le quai de la Petite-chaussée.

Cette célèbre vue sur le pont aux moulins de Pont-de-l’Arche est une lithographie de Charpentier réalisée d'après le dessin de Félix Benoist. Elle fut éditée dans un magnifique ouvrage : La Normandie illustrée : monuments, sites et costumes.../ dessinés d'après nature par Félix Benoist et lithographiés par les premiers artistes de Paris, les costumes dessinés et lithographiés par François-Hippolyte Lalaisse,... ; texte par M. Raymond Bordeaux et Amélie Bosquet, sous la direction de M. André Pottier,... pour la Haute-Normandie…, Nantes : Charpentier père, fils et Cie, 1852, 2 volumes. On y voit un moulin, les filets et casiers de pêcheurs, un marinier et le quai de la Petite-chaussée.

Le pont de la ville était doté de trois moulins, au moins à partir de 1020, qui ont écrasé la céréale et, un temps seulement, ont battu monnaie. Les moulins n’étaient pas rares dans la région, mais ceux de notre cité ont nécessairement attiré dans la ville une population agricole nombreuse alentour, surtout à côté de la halle locale. Les droits perçus par leurs propriétaires ont été une source de revenu supplémentaire pour quelques privilégiés.

La production archépontaine ne suffit pas à nourrir la hausse démographique. Il fallut importer dans la cité des aliments et autres produits en plus grand nombre ; d’où la création de la halle et du marché dominical. Cette création ne dut poser aucun problème puisqu’elle était la prérogative du roi et Pont-de-l’Arche était une cité royale. Si nous n’avons pas retrouvé de documents attestant l’existence de la halle, il est possible de déduire qu’elle existait au début du XIIIe siècle grâce à son emplacement comme nous l’avons étudié dans un article y consacré. Avec son marché et sa halle, la cité archépontaine est devenue un pôle local en matière d’échanges. La halle permettait de pacifier les échanges en se mettant d’accord sur les poids et mesures et offrait au pouvoir un moyen de contrôle sur la vente de produits en même temps que des taxes diverses.

Il est indubitable que le marché ait favorisé l’implantation de commerces permanents aux abords de la place du marché et de la halle, les fournisseurs y venant tous les dimanches, y ayant des contacts mais ratant les nombreux acheteurs passant dans la ville le reste de la semaine.

 

1.3. Une cité-étape régionale.

Le pont désiré par le roi et ses successeurs formait un barrage artificiel sur la Seine entre les pertuis de Poses et de Saint-Aubin-les-Elbeuf. Ce barrage donna de l’importance au bourg. En effet, le pont perturbait le passage de l’eau de Seine et créait une cataracte d’un demi-mètre. C’était suffisant pour nécessiter un effort humain afin de faire monter les bateaux d’amont en aval. Il s’agit du montage dont témoigne un vitrail de 1605 dans l’église Notre-Dame-des-arts. Un maitre de pont et ses aides étaient nommés officiellement par le roi afin de s’assurer de la réussite technique du montage (ni le pont ni les bateaux né devaient être endommagés) et de percevoir les taxes. Des monteurs (haleurs spécialisés dans le montage) travaillaient auprès de bateaux à faible tirant d’eau du côté de la ville ; d’autres, plus nombreux, œuvraient du côté du fort de Limaie au service de bateaux à plus fort tirant d’eau. Plusieurs centaines de personnes, et quelques courbes de chevaux, étaient nécessaires pour les plus grands bateaux. Ce secteur d’activité offrait donc du travail à plusieurs dizaines de personnes, jusqu’à 200. C’étaient des métiers journaliers, faiblement rémunérés. Le revenu du montage revenait à l’entretien de la garnison de Limaie et à l’entretien de l’église paroissiale.

Pont-de-l'Arche, à la fois barrage et passage sur la Seine, était une importante cité-étape entre Paris et Rouen. Ici la vue de Claude Chastillon à des fins de présentation militaire (XVIIIe siècle).

Pont-de-l'Arche, à la fois barrage et passage sur la Seine, était une importante cité-étape entre Paris et Rouen. Ici la vue de Claude Chastillon à des fins de présentation militaire (XVIIIe siècle).

 

Pont-de-l’Arche était aussi le lieu d’étape de la malle-poste et de multiples voyageurs terrestres. Bien que la route du Vexin (Pontoise-Rouen) présentât moins d’obstacles, tels que le franchissement de la Seine, le chemin entre Paris et Rouen était très usité qui traversait Vernon et Pont-de-l’Arche. De nombreux voyageurs s’arrêtaient à Pont-de-l’Arche afin de bénéficier, dans une ville protégée par un couvre-feu, de la restauration, de l’hôtellerie, des écuries, des fêtes, des lieux de prière, des artisans notamment les cordonniers… Comme nous l’avons vu plus haut, le pont de la ville formait un obstacle sur la Seine. Les voyageurs et les haleurs tirant les bateaux le long des berges dans le sens aval-amont faisaient étape quand la nuit les fixait sur place ou quand le maitre de pont avait décidé de reporter au lendemain le montage. Sauf ceux qui dormaient dans les bateaux, les autres devaient recourir aux auberges de la ville. Nous avons eu l’occasion de traiter l’une d’entre elles, sur la place Hyacinthe-Langlois ; celle du panneau sculpté.  

Pont-de-l’Arche était au milieu d’un carrefour routier et fluvial. Il n’est pas étonnant qu’une partie des Archépontains travaillaient au service des voyageurs. De même, ces voyageurs renforçaient la “clientèle” des artisans et commerçants locaux non spécialisés dans l’accueil des voyageurs.

 

La composition professionnelle de la société archépontaine vers 1789

 

Bénédicte Delaune, licenciée ès Lettres, soutint en 1992 un excellent mémoire de maitrise et ce sous la direction de Claude Mazauric. Il s’intitule : Pont-de-l’Arche, population, pouvoirs municipaux et société de la fin du XVIIIe siècle et pendant la Révolution.

L’étudiante a analysé l’état civil et les documents suivants : la capitation de 1788, la contribution foncière de 1791, la liste des patentes de l’an VI (1797-1798) et la liste des votants de l’an IX (1800-1801). Elle en a déduit (page 81) que l’artisanat et le commerce étaient le “noyau de la société archépontaine” avec 39 % des capitations payées en 1788 et 47 % des votants de l’an IX. Parmi les artisans, le secteur du cuir (surtout les cordonniers), puis du bois (surtout les sabotiers et les menuisiers) dominaient. On se perdrait ensuite dans une débauche de phrases en quête de détails. Nous préférons reproduire le tableau II du mémoire de Bénédicte Delaune qui donne le meilleur aperçu de la nature et de la répartition des métiers en 1788.    

 

 

 

 Tableau II du mémoire de Bénédicte Delaune qui donne un aperçu de la nature et de la répartition des métiers en 1788.
 Tableau II du mémoire de Bénédicte Delaune qui donne un aperçu de la nature et de la répartition des métiers en 1788.

Tableau II du mémoire de Bénédicte Delaune qui donne un aperçu de la nature et de la répartition des métiers en 1788.

Il résulte de cette première partie que la ville de Pont-de-l’Arche est devenue un pôle local de services artisanaux et commerciaux de manière à satisfaire une population en partie composée de nobles et de militaires présents par décision royale. De là, une halle et un marché ont attiré nombre de producteurs et de consommateurs dans la ville. Le pont barrant la Seine et reliant les rives du fleuve, la ville était un lieu de passage nécessaire et une étape pour les voyageurs devant se reposer ; de quoi renforcer l’offre de services. Ceci laisse imaginer que le centre-ville regorgeait d’activités et d’échanges entre habitants et ce dans un espace réduit à l’intérieur des fortifications. Nous pouvons imaginer des conditions de vie frugales pour la majeure partie de la population pour qui la solidarité était nécessaire à la fourniture du minimum vital.

 

2. 1856-1955 : fort déclin avant que Pont-de-l’Arche devienne un pôle industriel français de la chaussure.

2.1. La perte des privilèges royaux et l’abandon de la ville par l’État.

Durant la Renaissance, les fortifications archépontaines perdirent leur intérêt. Elles ne servirent plus à lutter contre l’ennemi extérieur comme lors de la Guerre de Cent-ans. Elles tombèrent même entre les mains de nobles frondeurs en 1650 (le duc de Longueville). En 1782, suite à la demande de la municipalité, l’intendant de Normandie Louis Thiroux de Crosne autorisa la démolition du fort de Limaie et le démantèlement des fortifications de la ville. Les fossés furent en partie comblés et des boulevards plantés de tilleuls furent créés. Nous ne voyons pas d’impact notable sur l’économie de la ville hormis le départ de quelques hommes de garnison.

L’Assemblée nationale constituante fit perdre à Pont-de-l’Arche beaucoup de son importance administrative. En effet, en 1790, dans le cadre de la réforme instituant les communes et les départements, les députés réorganisèrent la carte juridique et militaire. Le bailliage de Pont-de-l’Arche ferma avec ses quatre tribunaux. La ville avait déjà perdu, à une date qui nous échappe, son gouvernement, c’est-à-dire la direction militaire. Ce sont les villes d’Elbeuf et, surtout, de Louviers qui accueillirent ces prérogatives. La ville perdit donc une large partie de sa classe aisée.  

En 1813 Napoléon inaugura une écluse qui améliora la navigation fluviale mais qui ôta du travail au maitre de pont, ses aides et surtout les dizaines de journaliers qui vivaient du montage. Ceci était volontaire car, durant les famines de la période révolutionnaire, des Archépontains avaient saisi du grain destiné à pacifier les parisiens qui faisaient pression sur le cours de la Révolution à Paris. Pour assoir son pouvoir Napoléon a écarté le danger de rébellion des monteurs. La motorisation et la chute du pont de bois en 1856 achevèrent d’ôter tout rôle d’étape fluviale à la ville en engendrant la fin de l’écluse. En 1840, le nouveau chemin de fer entre Paris et Rouen fit de Pont-de-l’Arche une halte secondaire du réseau mais rapprocha notre cité des grandes villes (Paris était à 4:00). L’ouverture de la ligne Pont-de-l’Arche-Gisors (1868) n’accrut pas considérablement l’importance de la ville mais surtout du trafic de la gare de Pont-de-l’Arche-Alizay. En 1857, la halle fut démolie : son cout n’était semble-t-il plus compensé par les gains réalisés auprès des exposants venus de la région pour y vendre leurs produits.

La ville de Pont-de-l’Arche connaissait donc une période particulièrement pauvre et où sa population était tentée par un exode : 1639 personnes y résidaient en 1793 alors qu’il n’en restait que 1483 en 1831 (Wikipédia).

La couture du chausson de lisière dans les ruelles archépontaines par Ernest Baillet (1886, archives de l'Eure). Ici une chaussonnière sur le degré d'une maison de la rue Abbaye-sans-toile.

La couture du chausson de lisière dans les ruelles archépontaines par Ernest Baillet (1886, archives de l'Eure). Ici une chaussonnière sur le degré d'une maison de la rue Abbaye-sans-toile.

 

2.2. La commercialisation du chausson ou l’arrivée du capitalisme

Comme nous l’avons retracé dans notre ouvrage : Pont-de-l’Arche, cité de la chaussure, notre cité est entrée dans l’ère du capitalisme par un savoir-faire local : le chausson. Les cordonniers étaient très nombreux dans la ville (25 pour 1700 habitants en 1788), sûrement en lien avec l’usure des souliers quand le montage des bateaux existait encore. Un commerçant de Saint-Pierre-du-Vauvray, Jean-Baptiste Labelle (1775-1839), commença à vendre des chaussons de lisière. Il s’agissait d’une semelle de cuir cousue sous un tressage de bouts de tissus. Ces derniers étaient des chutes issues de la découpe des bords des draps ; ceci afin que les lisières des draps soient bien droites avant ourlet. Vendant très bien ce produit dans les marchés de Normandie, Jean-Baptiste Labelle vint s’approvisionner à Pont-de-l’Arche qui commença à exporter le fruit d’un savoir-faire local. Il créa sa première société en 1820 avec son associé Roussel. Des dizaines d’Archépontains devinrent chaussonniers et en 1833 un cordonnier de notre cité, Antoine Ouin, créa à son tour son entreprise. C’est l’ancêtre de la société Marco qui œuvre toujours. Les premiers ateliers naquirent vers 1840 autour de premières divisions du travail : des ouvriers tressaient les draps, d’autres les cousaient sur les semelles en cuir. Le salariat commença alors à toucher en masse les travailleurs. À la fin du XIXe siècle, la ville de Pont-de-l’Arche comptait une vingtaine de manufactures et des centaines de travailleurs. Les chaussons de Pont-de-l’Arche, produits par millions chaque année, étaient nationalement réputés et vendus au-delà de l’Europe.

La ville connut alors une augmentation démographique (1815 personnes en 1851) avant une nouvelle décrue (1618 personnes en 1876), peut-être due à la pauvreté et à l’essor industriel plus fort dans les proches villes voisines. En effet, le travail du chausson laissa les Archépontains dans une pauvreté crasse, dénoncée par l’écrivain Octave Mirbeau. Celle-ci engendra la naissance d’un mouvement social et de premières grèves ouvrières. Au début du XXe siècle, la mécanisation engendra une nouvelle étape : celle de l’industrie de la chaussure.

 

Quelques ouvriers posant à l'entrée de l'usine Ouin (ancêtre de Marco) vers 1910. Crédit : Bruno Daniel, avec tous nos remerciements !

Quelques ouvriers posant à l'entrée de l'usine Ouin (ancêtre de Marco) vers 1910. Crédit : Bruno Daniel, avec tous nos remerciements !

2.3. Pont-de-l’Arche : un des pôles français de l’industrie de la chaussure.

Avec la division des tâches et la mécanisation, la production capitaliste crut encore afin de dégager des profits plus grands. Les manufactures devinrent des usines, citons celles d’Henry Prieur (route de Tostes), Paul Nion (place Langlois), Ouin (route du Vaudreuil), Morel (route de Louviers), qui employaient dans les années 1930 plusieurs centaines de travailleurs chacune. À côté d’elles œuvraient plusieurs dizaines de petites et moyennes industries, à caractère familial. Le bassin d’emploi de Pont-de-l’Arche atteignait alors les 2000 postes et les travailleurs ‒ hommes, femmes et enfants ‒ venaient quotidiennement en train depuis la vallée de l’Andelle, la banlieue sud de Rouen et en car du plateau du Neubourg. La cité Archépontaine était un pôle industriel régional de second ordre mais un des principaux centres de production de chaussures de France (avec Romans-sur-Drôme, Cholet, Fougères, Nancy…).

Pont-de-l’Arche connut une hausse de sa population (1921 personnes en 1911) puis un maintien jusqu’à la Seconde guerre mondiale (1913 personnes en 1936).

La ville était marquée par une rupture entre, d’un côté, quelques familles aisées, patronales ou notables, habitant de grandes demeures autour de la ville et, d’un autre côté, des centaines de familles issues du peuple archépontain et d’un début d’immigration massive, tout d’abord depuis d’autres régions de France puis, après 1918, de Belgique, Pays-Bas, Grèce… Entre les deux se situait une classe moyenne composée d’artisans, de commerçants, de petits patrons et quelques rentiers. La vie politique locale s’est bipolarisée (gauche/droite) avec l’émergence d’une lutte républicaine puis socialiste au sens digne du terme. Longtemps bastion républicain radical de gauche avec Maurice Delamare puis Pierre Mendès-France, Pont-de-l’Arche n’a vu son courant communiste émerger qu’après la Seconde guerre mondiale avec pour maires André Benet et Roger Leroux. Son centre ville commerçant, autrefois radical, a peu à peu basculé vers le courant conservateur et parvenait au pouvoir (Roland Levillain) quand la gauche socialiste et communiste se divisait. La ville connut un courant syndical fort qui retentit surtout en 1932.  

À l’issue de cette deuxième partie, nous avons vu qu’un savoir-faire local, mêlant draperie et cuir, est devenu un produit commercial : le chausson. Quelques familles se sont enrichies par la logique et la pratique capitaliste et ont employé une partie des habitants de la ville et de la proche région, ce qui a évité un exode de population. Les travailleurs se sont retrouvés solidaires dans un mode de production et dans des conditions de vie précaires. Les Archépontains sont restés ‒ dans l’ensemble ‒ pauvres et lotis dans les maisons à pans de bois de la cité médiévale et quelques nouveaux quartiers ouvriers bâtis aux alentours immédiats de la ville (rue Henry-Prieur, rue Olivier-des-Bordeaux, rue Abbé-de-Lanterie). Ces logements furent bâtis à l’initiative de patrons paternalistes puis de sociétés d’habitations à bon marché, ancêtres des HLM. Une classe ouvrière s’est constituée, cliente du commerce du centre-ville. Elle a fait vivre une forte sociabilité autour d’une culture commune, comme en témoigne la pratique, révolue, du parler local et des sobriquets. Cette solidarité était nécessaire car difficilement évitable ‒ à moins de quitter la ville ‒ mais aussi par intérêt général. La ville a ainsi exporté un savoir-faire et une production. Elle s’est spécialisée et a prospéré dans la mesure où de fortes inégalités ont perduré entre une minorité et le reste de la population.

A Pont-de-l'Arche, le groupe Luneau conçoit, fabrique et distribue des machines optiques médicales, notamment de la marque Briot (crédit photographique : Luneau technology operation).

A Pont-de-l'Arche, le groupe Luneau conçoit, fabrique et distribue des machines optiques médicales, notamment de la marque Briot (crédit photographique : Luneau technology operation).

 

3. La cité résidentielle et son noyau de services dans le centre ancien.

3.1. Concentration capitaliste, diversification industrielle puis délocalisations.

La logique capitaliste étant de dégager du profit, ce dernier se perd quand plusieurs entreprises atteignent la même taille et une organisation aussi efficace. C’est ce qui a frappé l’industrie archépontaine. Beaucoup d’entreprises ont fermé entre 1945 et 1970, laissant Marco seule “boite à chaussures” de la cité. Mais les locaux industriels archépontains ont été repris quelques années par des sociétés sans rapport avec la chaussure : Jeanbin (imprimerie), Briot (outillage de miroiterie, toujours active), Ouest-isol (produits isolants), Chesebrough-Pond’s (coton-tiges), Société normande de conditionnement (appelée "Jauneau")... Dans le même temps, se sont installées dans la proche région des industries plus grandes encore : la SICA (1954, pâte à papier), la régie Renault (1958, voitures automobiles). Celles-ci ont offert de bien meilleurs salaires que ceux de l’industrie de la chaussure et ont attiré beaucoup d’Archépontains, précipitant ainsi la chute d’entreprises locales par la perte d’ouvriers qualifiés.

Le centre-ville est resté dynamique, grâce aux ouvriers de la ville consommant ici et grâce au marché du dimanche. Pont-de-l’Arche était un chef-lieu de canton d’un point de vue administratif mais aussi par sa concentration de services. Les commerçants étaient nombreux à vivre dans le centre-ville, lui apportant une sociabilité réelle. Dans les années 1960, ils se fédérèrent dans une entente : L’Union commerciale, industrielle et artisanale (UCIA). Celle-ci créa les premières animations et le premier terrain de camping de la ville ‒ toujours existant ‒ songeant au développement du tourisme et à ses retombées sur la consommation.

Les fermetures d’usines des années 1960 et 1970 n’ont pas déstabilisé le pays puisqu’elles ont été remplacées par d’autres industries, y compris étrangères. Mais, à partir des années 1980, le chômage de masse est apparu. En effet, les délocalisations d’entreprises dans d’autres pays se sont amplifiées et la région a commencé à se désindustrialiser. La finalité est de produire plus de produits et à moindre cout en exploitant des travailleurs non protégés et moins chers à rémunérer car ils sont dans l’incapacité de se défendre d’un point de vue matériel et juridique. Des locaux archépontains sont restés vides longtemps qui sont devenus des verrues urbaines (l’usine Nion, devenue depuis L’Espace Jacques-Henri Lartigue). Un nouveau stade de concentration capitaliste a été franchi. Même les grandes entreprises de la chaussure ont cessé leur activité. L’usine Marco subsiste mais en passant de 320 travailleurs vers 1970 à seulement 60 en 2014 et avec une moitié de la production délocalisée en Tunisie depuis les années 1980. Au niveau mondial, la chaussure s’est fabriquée un temps en France, puis Italie, en Chine et aujourd’hui aussi en Éthiopie.

Désormais la production locale est faible ‒ voire inexistante dans de nombreux domaines ‒ et les importations augmentent énormément. Les réseaux de transports sont adaptés à grands couts pour les permettre et les faciliter. La voirie de notre ville en témoigne où le centre-ville est délaissé. Ainsi, le nouveau pont inauguré en 1955 par Pierre Mendès-France a-t-il été construit en dehors de la ville. Certes, la ville a toujours constitué un obstacle sur les voies mais elle revêt désormais un faible intérêt en retour pour des voyageurs parcourant des centaines de kilomètres par jour. Les aubergistes ont laissé place à un seul hôtel dans la ville (l’hôtel de la Tour). L’offre hôtelière est désormais essentiellement à Val-de-Reuil, près de l’autoroute, et pour le compte d’un grand groupe hôtelier (Accor). Les débits de boisson et restaurants se sont raréfiés dans la ville (à lire, notre étude sur l'offre hôtelière à Pont-de-l'Arche). Pis, la circulation est devenue un souci pour les riverains tant elle s’est accrue. Un contournement Est-ouest, au sud de la ville, a été inauguré en 2010 qui réduit le passage dans le centre-ville. Il complète ainsi le contournement nord-sud de 1955 avec le nouveau pont. La ville a perdu sa fonction de pôle ou d’étape. Les réseaux de transports passent à côté d’elle.

 

Sur ces détails de cartes de Pont-de-l'Arche de 1950 et de 2018 (Géoportail) on mesure à quel point le tissu urbain a gagné la majeure partie des terres disponibles entre l'Eure et la forêt. Sur ces détails de cartes de Pont-de-l'Arche de 1950 et de 2018 (Géoportail) on mesure à quel point le tissu urbain a gagné la majeure partie des terres disponibles entre l'Eure et la forêt.

Sur ces détails de cartes de Pont-de-l'Arche de 1950 et de 2018 (Géoportail) on mesure à quel point le tissu urbain a gagné la majeure partie des terres disponibles entre l'Eure et la forêt.

3.2. Consommation de masse, keynésianisme et spéculation.

La concentration capitaliste, qui a imposé les délocalisations, joue sur les économies d’échelle. Il faut fabriquer  et vendre plus de produits afin de réduire proportionnellement les couts de fabrication (en exploitant l’homme et en baissant la qualité des produits) et de transports (par l’énergie pétrolière). Cela permet de baisser le prix de vente et donc d’accroitre les marges grâce à une clientèle plus nombreuse. C’est ce qui explique pourquoi les boutiques ont gagné en surface. Déjà dans les années 1960 un supermarché apparut sur la place Hyacinthe-Langlois (Super Buna). L’ancien Coop (coopérateur de Normandie), épicerie variée de la rue de Paris ‒ un temps tenue par Roger Bonnet ‒ s’est agrandi le long de la rue Général-de-Gaulle dans un ancien local industriel. Les magasins se spécialisèrent et accrurent le débit de leurs ventes. Finies les petites crèmeries-débit de boissons familiales. Cette concentration capitaliste s’est déroulée partout où l’espace était disponible. Un centre-ville s’est retrouvé disqualifié pour accueillir les hypermarchés de la taille de ceux d’Igoville (Leclerc), de Caudebec puis Saint-Pierre-lès-Elbeuf (Leclerc), Val-de-Reuil (Mammouth)… Aujourd’hui, Pont-de-l’Arche est entouré d’au moins 15 hypermarchés dans un rayon de 12 kilomètres. Les hypermarchés ne sont plus seulement généralistes mais spécialistes (meubles, jouets, décorations, bricolage, travaux, vêtements…). Or, les économies que les clients réalisent en allant dans les hypermarchés, ils les laissent ‒ tout ou partie ‒ dans l’achat de voitures qui de luxe deviennent nécessité quand toute la ville les emploie en causant, par là-même, la fermeture des services de proximité. Les hypermarchés sont conçus pour la voiture et par le camion d’importation. Il n’est pas étonnant que le réseau soit devenu si dense autour des villes. Même la Seine a connu ce schéma : de fleuve naturel elle a été canalisée et les écluses ont été réduites au nombre minimum afin de libérer la navigation. Les anciens mariniers, haleurs, monteurs et même réparateurs du chantier naval d’Igoville (chantier Sénécaux, de 1900 aux années 1960) ont disparu et la Seine passe devant la ville sans rien lui apporter du point de vue de l’activité. Idem pour la gare, autrefois très fréquentée, elle a été délaissée au profit de la voiture individuelle (années 1970) et rares sont désormais les trains qui s’y arrêtent. Pourtant, la circulation ferroviaire n’a pas décru.

Le contournement inauguré en 2010 libère la ville du flot de voitures et camions qui font partie du mode de fonctionnement économique actuel. Mais il contribue à vider un peu plus le centre-ville et à faire de Pont-de-l'Arche une cité-dortoir, une périphérie de Rouen, Val-de-Reuil, voire de Paris (cliché Armand Launay, 2013).

Le contournement inauguré en 2010 libère la ville du flot de voitures et camions qui font partie du mode de fonctionnement économique actuel. Mais il contribue à vider un peu plus le centre-ville et à faire de Pont-de-l'Arche une cité-dortoir, une périphérie de Rouen, Val-de-Reuil, voire de Paris (cliché Armand Launay, 2013).

 

Mais ces immenses réseaux de transport servent aussi à mieux mettre en concurrence les travailleurs et à les exploiter. Ainsi, les travailleurs doivent déménager pour obtenir un emploi. Maints Archépontains ont quitté leur région et leur sociabilité d’origine pour bénéficier d’un emploi ailleurs, parfois très loin (cet article est rédigé à 9000 kilomètres de Pont-de-l’Arche). Inversement, une immigration massive, issue désormais de tous les continents, vient fournir un contingent de travailleurs souvent plus exploitables. Les routes ont donc été goudronnées après 1945, les routes nationales cèdent peu à peu la place à un réseau autoroutier. C’est en 1970 que Pont-de-l’Arche s’est retrouvé à une heure de route seulement de Paris par la construction du tronçon Les Essarts-Heudebouville de l’autoroute de Normandie. Le contournement sud de la ville, inauguré en 2010, a pour fonction de relier des parties d’autoroute afin d’éviter un péage supplémentaire. Il libère aussi la ville du trafic routier mais la vide encore d’une part de sa clientèle. Aujourd’hui, il est question de construire une nouvelle autoroute afin de contourner par l’Ouest l’agglomération de Rouen et ce en longeant le Val-de-Reuil, Léry et en coupant de nouveau la Seine au niveau du Manoir.

Le capitalisme a aussi été contraint de changer un peu. Après des études et des luttes socialistes, après constatation de la logique perverse de la course au profit à court terme (crise de 1929, déclenchement des guerres), le capitalisme a intégré, par la force, une dose de keynésianisme. Cette doctrine de l’économiste britannique John Maynard Keynes (1883-1946) pose que l’État doit réguler le capitalisme et imposer une dose de démocratie dans le fonctionnement autocratique (le pouvoir d’un seul) de l’entreprise. Keynes a montré qu’il était bénéfique de réguler l’économie et d’augmenter les dépenses publiques pour relancer la commande, donc la production, donc l’emploi et, ainsi, la prospérité. Depuis les années 1930 ‒ à l’initiative notamment de député de Louviers, Pierre Mendès-France, devenu ministre ‒ la France est entrée en partie dans le keynésianisme. En augmentant les salaires, en officialisant la mutualisation de certaines caisses (sécurité sociale, retraite...), les travailleurs ont accédé à un meilleur niveau de vie. C’est ce qu’on appelle l’État providence, l’État qui intervient au nom des citoyens qui se protègent des aléas de la vie. Pour cela, l’État réutilise largement les outils monétaires du capitalisme. Les travailleurs deviennent donc de plus grands consommateurs à défaut, peut-être, d’en être de meilleurs.

Cette logique a renforcé la consommation de masse et la logique capitaliste s’est renforcée. Une partie des opposants au capitalisme sont devenus, presque malgré eux, les chantres d’une consommation de masse appelée “pouvoir d’achat”, “accès aux services” et qui passe pour sociale. Or, le keynésianisme s’est retrouvé noyé dans une nouvelle phase de dérégulation du capitalisme dans les années 1980. La population est sommée, depuis, de travailler plus pour gagner plus et... consommer plus ; tout cela en croyant que ses intérêts sont ceux du grand capital.

 

Les services publics pallient les défauts du mode de fonctionnement capitaliste et lui donnent, peut-être, un visage humain avant la prochaine crise (cliché Armand Launay, 2014).

Les services publics pallient les défauts du mode de fonctionnement capitaliste et lui donnent, peut-être, un visage humain avant la prochaine crise (cliché Armand Launay, 2014).

 

Le secteur de l’immobilier illustre cela qui a fait l’objet d’un développement capitaliste. Suscitant le désir des gens d’habiter dans des logements agréables, vastes, avec chambres individuelles, places de parking… des entreprises se sont développées autour de la vente de terrains, de construction et de vente de biens immobiliers. D’un centre-ville médiéval ramassé derrière ses remparts, la ville s’est étalée sur la majeure partie des terres cultivables tout en abandonnant la culture vivrière par les potagers et autres vergers. Seule une exploitation agricole perdure sur quelques terres archépontaines et, surtout, criquebeuviennes (Jean-Marie Delimbeuf, abbaye de Bonport, avec en sus une activité de production de machines d’exploitation agricole et forestière). Les petites maisons qui accueillaient encore de grandes familles dans les années 1960 ont été délaissées par de grandes maisons accueillant en moyenne 4 personnes aujourd’hui. Cette marchandisation des sols et de la construction a fait doubler la population archépontaine : de 2025 personnes en 1946, la population était de 4223 personnes en 2015. Ce doublement n’est pas dû à une activité intense des Archépontains autour du lit conjugal mais bien plutôt à l’attraction de populations nouvelles, cherchant un cadre de vie agréable et doté de services publics variés proches de leurs lieux de travail à Rouen, ou Val-de-Reuil... Les maisons sont, le plus souvent, isolées au milieu d’une propriété et donc moins propice au contact. Elles constituent de petits châteaux où leurs résidents peuvent avoir ‒ pour certains ‒ la sensation de s’autosuffire dans les loisirs fournis par les appareils tels que la télévision et l’ordinateur. Pour payer ces belles demeures, les foyers consacrent un budget de plus en plus lourd à l’immobilier, que ce soit à l’achat ou à la location. Les sols se faisant rares, ils n’en deviennent que plus précieux donc plus chers. Les foyers s’endettent car les banques font recette sur les prêts, tout comme elles le font sur les États qui commandent beaucoup aux grands groupes (infrastructures, routes…). Les habitants ayant été formés à l’esprit capitaliste, nombre d’entre eux spéculent sur la valeur des biens et les mettent en location afin de courir au profit, faisant ainsi monter plus encore les loyers. Il n’est pas étonnant que les agences bancaires soient devenues nombreuses dans le centre-ville commerçant où les logements vides sont de plus en plus nombreux.

Cette très forte demande immobilière explique aussi pourquoi l’exploitation des carrières s’est répandue dans la vallée de la Seine. Pour ne citer que les communes jouxtant Pont-de-l’Arche, les sablières ont déformé le paysage à l’orée de la forêt à Martot et Criquebeuf, le fond de vallée à Igoville, Alizay et Martot et la vallée de l’Eure à Val-de-Reuil, Léry et Poses où des lacs de loisirs ont rempli et remplacé les anciens lieux d’extraction des sables et graviers.

 

 

Pour satisfaire le secteur de la construction immobilière, en pleine explosion depuis 1945, la ville de Pont-de-l'Arche est encerclée de carrières de sables et graviers (cliché Armand Launay, 2006).

Pour satisfaire le secteur de la construction immobilière, en pleine explosion depuis 1945, la ville de Pont-de-l'Arche est encerclée de carrières de sables et graviers (cliché Armand Launay, 2006).

 

3.3. Un quartier périphérique à animer.

La course aveugle vers le profit, qui caractérise la logique capitaliste de libération du désir, pose de nombreux problèmes concrets et moraux. Les luttes républicaines et ouvrières l’ont démontré. Elles conduisent les victimes, quand elles sont conscientes, à exiger que les autorités publiques obtiennent de nouvelles prérogatives pour réguler et, si possible, équilibrer les rapports sociaux afin d’espérer améliorer l’intérêt général.

Pont-de-l’Arche fut un pôle militaire, administratif puis industriel. La ville a été dépossédée de ses atouts. Elle est aujourd’hui essentiellement à côté des flux. Elle est le lieu de quelques industries, devenues rares, voire précaires. Son centre-ville commerçant et artisan perd de son attractivité. Pont-de-l’Arche constitue un quartier périphérique où les travailleurs veulent se reposer en fuyant le fonctionnement du monde qu’ils contribuent à faire vivre. La ville est un quartier de Val-de-Reuil, de Rouen et, moindrement, de Paris. Certains traitent de cité-dortoir.  

La commune et la Communauté d’agglomération Seine-Eure (CASE, fondée en 1997) sont en charge de nombreuses demandes. Le développement économique en revient à la CASE qui promeut le territoire et favorise l’implantation d’industries et de services à l’échelle de l’agglomération. À ce titre, un village d’artisans, baptisé “la lisière” a été implanté à Pont-de-l’Arche en 2014 le long du contournement sud. La CASE a entériné le fait que le centre-ville n’existe économiquement plus selon cette logique. À destination des employés, la commune et certains services d’État, ou délégataires, accompagnent la population vers le retour à l’emploi. Concernant les commerces et artisans, près de 60 sur toute la ville, la commune a ‒ le plus souvent ‒ repris les animations autrefois assurées par l’Union commerciale. La commune propose ainsi des animations de Noël, une communication et un soutien au tourisme par le biais du terrain de camping municipal et autres activités. Elle propose aussi une participation à la Journée nationale du commerce de proximité, des repas en plein air animés de concerts dansants l’été (les Nocturnes du vendredi), des expositions d’arts plastiques, une commande directe pour la cérémonie des vœux...  

Les élus doivent aussi se mobiliser afin de sauvegarder au mieux l’industrie locale. C’est ce qu’a démontré la volonté de l’entreprise Mreal de fermer définitivement sa papèterie d’Alizay ; ceci afin de raréfier la production et donc de vendre plus chers ses produits par une entente avec ses “concurrents” ayant chacun fermé un site de production. Il a fallu une mobilisation sans relâche des employés, par le biais des syndicats et avec l’aide d’élus et de collectivités, afin que la papèterie puisse continuer à exister mais en devenant, en 2013, une propriété du groupe thaïllandais Double A. Ceci ne garantit en rien les décisions à venir de cette entreprise pour qui Alizay (150 employés) n’est qu’un point sur la carte.

 

 

La commune et des organismes d’Habitations à loyers modérés (HLM) tentent de loger les personnes exclues du marché économique ou mal incluses. La commune tente de respecter la loi relative aux Solidarités et au renouvellement urbains (SRU, adoptée en 2000) qui dispose qu’au moins 20 % des logements doivent être dévolus à l’habitat solidaire. La population semble donc mise à mal par la spéculation immobilière. Mais le nouveau type d’habitat ‒ et le fait de rassembler des populations venues de différents horizons ‒ semble poser des problèmes de sociabilité : la commune est tenue d’offrir des services palliant ces lacunes et rapprochant les gens dans un concept nouveau appelé la “cohésion sociale”.

La mise en concurrence et le besoin de formation à des emplois plus techniques conduit les parents à désirer un système scolaire performant et donc à développer les infrastructures. Les parents étant pris par un emploi, le plus souvent hors de Pont-de-l’Arche, la commune se voit chargée d’occuper les jeunes par une crèche, un relai des assistantes maternelles, un service parentalité, puis un accueil périscolaire le matin, le midi et le soir, une cantine, un accueil de loisirs, un espace pour les adolescents et les jeunes adultes. Une politique de jeunesse a ainsi émergé depuis les années 1970.

En matière de lien social, toujours, la commune se doit de plus en plus de produire les occasions où les gens peuvent se rencontrer, faire connaissance. Cela allait naguère de soi car les gens se fréquentaient nécessairement en tant que voisins, membres de familles locales, passants dans les rues du quotidien, clients des mêmes commerces, membres des mêmes associations (fanfare, majorettes, paroisse, partis, clubs sportifs) et collègues dans les entreprises de la ville. Depuis les années 1950 la sociabilité, largement par le biais des loisirs, fait l’objet d’un projet politique de plus en plus fort. La municipalité doit proposer une salle des fêtes (1954), une piscine (pendant quelques années), et mettre des infrastructures, souvent sportives, à la disposition des habitants par le biais des associations. Elle propose un agenda culturel et soutient techniquement et financièrement les associations, notamment par la mise à disposition de locaux communaux.  

 

En ce qui concerne les vieilles personnes, la commune et divers organismes publics doivent intervenir pour pallier le manque de présence de familles et l’accroissement de la durée de vie nécessitant une vigilance et des soins médicaux. Ainsi l’Établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes (l’EHPAD Julien-Blin) est devenu l’un des grands employeurs de la ville (plus de 50 personnes, même si cela ne suffit pas à l’augmentation des exigences de soins). La commune a pris en charge la résidence pour personnes âgées “Les Pins” en 2016 et propose des moments de sociabilité dont certains sont appelés “intergénérationnels”.

Autre aspect non négligeable des actions à entreprendre : l’environnement. Puisque la majeure partie des terres sont désormais construites, les espèces se font rares, l’écosystème est perturbé et la pollution omniprésente. L’action publique travaille à la qualité des eaux, des berges, de l’air, de l’entretien des espèces végétales naturelles, de la circulation des animaux malgré le contournement et l’autoroute, en forêt de Bord. En effet, la forêt de Bord est aussi exploitée avec visée de rendement. Ses parcelles sont taillées en quatre, ses essences choisies aux fins de commercialisation par l’Office national des forêts.  

Les espaces libres sont devenus rares. Cependant, la commune continue à bétonner selon une logique de production effrénée. Il s’agit désormais de construire dans les “dents creuses”, de densifier l’habitat, de “reconstruire la ville sur la ville”. La commune ressemble, depuis les 1950, à un promoteur immobilier qui voit le nombre d’habitants comme une recette fiscale, un rendement. Quand les habitants souhaitent conserver un espace non bâti, cela peut faire l’objet d’une lutte comme autour d’un lot de la Pommeraie ; lutte qui a participé de la chute du maire Paulette Lecureux en 2001.  

Il s’ensuit une prise d’importance de l’action et de l’emploi publics. Elle se manifeste dans la structure de l’emploi ; la commune étant devenue le plus grand employeur de Pont-de-l’Arche avec près de 90 personnes salariées en 2018. Ceci sans compter les agents publics des différentes administrations d’État, du département, de la CASE qui interviennent sur le territoire communal.  

 

Image industrielle dans la froidure de l'hiver 2011. Ici les toits de l'usine Marco depuis les bureaux de la mairie (cliché Armand Launay).

Image industrielle dans la froidure de l'hiver 2011. Ici les toits de l'usine Marco depuis les bureaux de la mairie (cliché Armand Launay).

Conclusion

Nous nous posions comme problème central : est-il possible de déterminer le ou les moteurs d’une économie archépontaine, selon les époques, et d’en déduire l’impact sur la sociabilité ?

Après cette étude, qui commence à ressembler à un plan de mémoire de Master, nous sommes tentés de répondre par l’affirmative.

Nous avons découpé l’histoire de Pont-de-l’Arche en trois périodes. La première regroupe le Moyen âge et l’Ancien régime. D’un point de vue patrimonial, c’est le Pont-de-l’Arche intramuros qui témoigne aujourd’hui encore, partiellement, de ce que fut la cité du roi. Le centre-ville fourmillait d’activités de services pour les familles nobles, officiant pour le roi, ainsi que pour la garnison de la ville et de Limaie. Un marché et une halle attiraient les producteurs et les acheteurs de la région. Les voyageurs trouvaient dans cette étape sur la voie Paris-Rouen et dans ce point de passage sur la Seine, un ensemble de services de restauration, hôtellerie, cordonnerie… La population se voyait contrainte de produire et importer de quoi assurer le fonctionnement de cette place forte du roi. Elle y était pleinement occupée même si elle demeurait généralement pauvre.

La deuxième période concerne la révolution industrielle et le développement d’un savoir-faire local : le chausson, puis la chaussure. C’est le Pont-de-l’Arche intramuros ainsi que celui des faubourgs qui en témoignent. Des centaines d’Archépontains se sont retrouvés salariés et ouvriers. Leurs conditions de vie sont restées frugales, voire misérables. Leurs intérêts se sont rejoints dans la revendication de droit sociaux et de meilleures conditions de vie. Ce peuple a habité dans les petites maisons médiévales et les quelques logements ouvriers des faubourgs. Il a fait vivre le commerce et la sociabilité du centre-ville.  

La troisième période concerne l’après-guerre et le franchissement d’une nouvelle étape de concentration capitaliste des moyens de production. C’est le Pont-de-l’Arche des nouveaux quartiers et des aménagements publics. La sociabilité a explosé afin de se conformer aux investissements capitalistes. Les entreprises de chaussures ont fermé leurs portes, hormis Marco. D’autres industries vont et viennent, sans garantie de rester à moyen terme. Une partie de la population a quitté les lieux pour trouver meilleur emploi. Une large partie de la population est venue s’installer récemment dans les nouveaux quartiers issus de la spéculation foncière et immobilière. Désormais, une très large partie des habitants ne travaillent pas dans la ville et fréquentent un réseau routier aussi immense que l’argent qu’il engloutit dans sa construction et son entretien. Ces habitants résident dans des quartiers peu propices au lieu social, hormis le voisinage immédiat. Les pouvoirs publics sont sommés de pallier le manque de sociabilité par une offre de loisirs, de formation, de culture. Ils sont sommés de donner une place professionnelle aux habitants ou, à défaut, un toit, une subsistance.   

La ville a largement perdu son rôle central en matière d’échanges. Les habitants échangent surtout en dehors de la ville. Le centre-ville se vide de sa substance, bien qu’il résiste mieux que dans beaucoup d’autres cités. Ce n’est pas une question de rentabilité qui nous intéresse mais bien plutôt de rôle social, d’habitude au contact qui manque à nombre d’habitants. Il semble que les habitants aient beaucoup perdu en qualité de vie à cause des choix économiques d’une minorité. Nous avons même l’impression d’une aliénation des consciences tant ce mode de vie semble normal, ou acceptable, pour de nombreuses personnes isolées dans leurs maisons et qui ne fréquentent ni les rues ni les associations sauf, peut-être, pour les loisirs de leurs enfants.    

Sans en faire une revendication, c’est le paradigme marxien qui nous a le plus aidé dans l’analyse de l’économie locale. En effet, sans trop y réfléchir on pourrait se leurrer en croyant que la pensée de Karl Marx valait pour une période révolue depuis le début de la désindustrialisation. Or, sa pensée, celle du Capital en particulier, est plus d’actualité que jamais : les bras locaux ne sont plus guère nécessaires car il en existe de plus exploitables ailleurs. Il semble que ce soit le keynésianisme, c’est-à-dire grossièrement le pouvoir d’achat donné par l’État ‒ dit providence ‒ aux habitants, qui rende intéressants les habitants et la région aux yeux des investisseurs capitalistes. Mais l’argent continuera-t-il à couler ? Qui plus est, cette vision très monétaire des choses donne l’illusion, à grands renforts de transferts de sommes, que chacun peut vivre satisfait sans contact réel avec autrui et sans devoirs envers lui. C’est une vision aveuglée par la course à l’argent et aux plaisirs à court terme. Les rapports humains doivent être soignés et les consciences doivent réaliser combien notre système économique nous coute cher en bienêtre.

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

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22 septembre 2017 5 22 /09 /septembre /2017 15:10
Quelques jeunes et moins jeunes rassemblés dans le Mille club autour de Paulette Lecureux, adjointe, Aurélie Philippe, Mickaël Dumais et Romain Niaudeau (agents municipaux). (cliché Armand Launay, octobre 2012)

Quelques jeunes et moins jeunes rassemblés dans le Mille club autour de Paulette Lecureux, adjointe, Aurélie Philippe, Mickaël Dumais et Romain Niaudeau (agents municipaux). (cliché Armand Launay, octobre 2012)

 

À Aurélie PHILIPPE,

comme quoi les promesses n’engagent pas seulement ceux qui y croient,

mais aussi ceux, et celles, qui savent attendre...  


 

Lors du conseil municipal du 26 juin 2017, les édiles de la cité archépontaine ont voté la démolition du célèbre Mille club situé à l’entrée de la résidence Pierre-Mendès-France. Est-ce la fin de la politique destinée à la jeunesse à l’échelle de la commune ? Plus encore, quelle est la politique communale en matière de jeunesse ? De quand date-elle ? Comment évolue-t-elle ? Que nous apprend-elle de l’évolution de la société ?  

Vues diverses sur le Mille club et la résidence Pierre-Mendès-France (clichés Armand Launay, avril 2010).
Vues diverses sur le Mille club et la résidence Pierre-Mendès-France (clichés Armand Launay, avril 2010).Vues diverses sur le Mille club et la résidence Pierre-Mendès-France (clichés Armand Launay, avril 2010).
Vues diverses sur le Mille club et la résidence Pierre-Mendès-France (clichés Armand Launay, avril 2010).

Vues diverses sur le Mille club et la résidence Pierre-Mendès-France (clichés Armand Launay, avril 2010).

Les prémices d’une politique pour la jeunesse

La jeunesse, c’est-à-dire l’enfance, l’adolescence et les premières années de l’âge adulte, est une notion complexe. Il est impossible de la restreindre à un âge précis. Il est cependant possible de tracer son évolution depuis un siècle et de distinguer les principales classes d’âge concernées.  

La question de la jeunesse ne se posait guère avant le XXe siècle. Auparavant, l’enfant grandissait sous le regard de la société, participait aux tâches domestiques et professionnelles dès que ses forces le lui permettaient et devenait adulte grâce à l’apparition de qualités physiques et par un rituel de passage tel que le mariage auquel nul, ou presque, n’échappait.

Or, au XIXe siècle la législation française commença à distinguer les enfants des adultes. C’est ce que montre la la loi du 22 mars 1841 qui encadre le travail des enfants engrenés dans la révolution industrielle. Cette loi stipula, par exemples, que le travail avant 8 ans était interdit dans les entreprises de plus de 20 employés et que, avant 12 ans, un enfant ne pouvait travailler plus de 8 heures par jour. Les mentalités et la législation évoluèrent peu à peu. Dans les années 1930, on trouvait toujours des enfants travailleurs, comme, par exemple pour nous, dans les usines de chaussures de Pont-de-l’Arche. Ils étaient désormais employés avec un certificat d’aptitude délivré par un médecin, conformément à la législation. Le travail des mineurs commençait à être perçu comme illégitime à moins que la médecine ne s’y oppose pas. C’est ce dont témoignent toujours les anciens qui étaient entrés dans la vie professionnelle qui à 13 ans qui à 14 ans. Dans ces conditions, le passage de l’enfance à l’âge adulte était rapide.

En moins d’un siècle, la société française devint plus prospère et fut acquise aux idées des Lumières portant sur l’éducation. Il fut, d’une part, globalement possible de scolariser les enfants de plus en plus tard et, d’autre part, l’instruction devint obligatoire à partir de 13 ans en 1882 (lois Jules Ferry), 14 ans en 1936 et 16 ans en 1959. Par conséquent, peu à peu émergea une classe d’âge située entre l’enfance et l’âge adulte marqué du sceau des responsabilités conjugales, parentales, professionnelles et, désormais, politiques.

Parallèlement, l’idée de loisirs prit beaucoup d’importance grâce à une aisance plus large, une réduction progressive du temps hebdomadaire de travail, l’acquis de congés payés (1936) et d’une protection médicale et sociale (1947).

 

C’est ainsi qu’à Pont-de-l’Arche, des années 1930 aux années 1960, les activités destinées à la jeunesse se répartissaient en trois catégories :

- les animations proposées par les enseignants ‒ républicains ‒ du groupe scolaire : les fêtes de la jeunesse, les spectacles et kermesses de fin d’année, fête de Noël (si si), la bibliothèque scolaire... ;

- les animations proposées par la paroisse ;

- les animations participant de la sociabilité communale : la fête patronale Sainte-Anne, la fête nationale, la fête du printemps, la fanfare, les associations sportives dont le football, le théâtre au cinéma L’Éden, les séances de cinéma, des conférences, les fêtes de saison…

Il y avait donc des animations pour les enfants de l’école et des activités concernant l’entière population de la commune. Il n’y avait pas d’activités propres à une classe d’âge intermédiaire entre l’enfance et l’âge adulte.   


Le frémissement d’une politique nationale comprenant la jeunesse, et ayant des répercussions locales, se lit dans le journal L’Industriel de Louviers du 13 mars 1937. Un article explique le travail d’une association, “Les Amis de l’école laïque”, qui vient de créer le « Comité des loisirs ». Affilié au comité national, lui-même issu du Front populaire, il affiche ses objectifs : voyages collectifs, sports, fêtes, bibliothèques... Il précise sa finalité : faire « un appel à la jeunesse, qui pourra bénéficier de grandes facilités pour l’organisation de ses congés. » La question des loisirs et du bienêtre de la jeunesse se trouve dans le milieu associatif républicain et socialiste. Mais pas encore dans les actions et prérogatives de la commune donc de l’administration.

Le maire Roland Levillain au bord du premier cour de tennis construit en 1964. Photographie destinée au bulletin municipal de 1965.

Le maire Roland Levillain au bord du premier cour de tennis construit en 1964. Photographie destinée au bulletin municipal de 1965.

 

Roland Levillain (1959-1977) : la mairie met en place des actions destinées à la jeunesse

Comme nous l’avons vu plus haut, une classe d’âge émerge dans les années 1960 qui sort de l’enfance sans toutefois être adulte de fait et de droit. En clair, il s’agit de collégiens.

Il a été reproché à Roland Levillain, maire de Pont-de-l’Arche de 1959 à 1977, de n’avoir pas agi en faveur de la jeunesse. C’est faux. L’action du premier magistrat se lit à travers deux axes :

- la scolarité avec l’agrandissement et la rénovation des locaux du groupe scolaire et, de même, la réalisation, pour le Conseil départemental, du collège (1967) avec, en préliminaires, l’accueil de classes de 6e, de 5e dans des préfabriqués et, encore, de formations professionnalisantes dans divers bâtiments de la ville (l’école ménagère dans la salle Croizat) ;

- le sport avec l’accompagnement des associations par la construction de structures telles que la piscine, le stade de football et d’athlétisme Jacques-Havet, les terrain de tennis.

On lit ici la vision d’un maire né en 1912. Avec son équipe, il se faisait une représentation classique de la jeunesse qui va à l’école et a besoin de sport et d’activités culturelles. En ce sens, les trois mandats de Roland Levillain ont été bien remplis. Il a joué la carte du promoteur immobilier qu’il était en construisant des infrastructures publiques.

Mais, il n’a pas vu venir l’évolution. Il a laissé vieillir la population du centre ville, comme un chef-lieu de canton d’une zone rurale en perte d’activité, notamment à cause des fermetures d’usines surtout de chaussures. Il n’a lancé aucune construction d’Habitations à loyer modéré (HLM). Il a lancé quelques projets immobiliers privés, l’intéressant parfois personnellement, mais pas après 1972. La population archépontaine a baissé, la désindustrialisation aggravant cette évolution. Elle s’est renouvelée par l’arrivée de jeunes familles extérieures à la commune, motorisées, souhaitant ou étant contraintes de travailler à deux et donc nécessitant une plus grande prise en charge de ses enfants en dehors des liens traditionnels de la famille.

Qui plus est, la jeunesse commença à connaitre le lycée, les études universitaires, le chômage. L’adolescence se prolongea et laissa place à une classe d’âge plus large entre la fin de l’enfance et l’âge adulte où l’individu est autonome et indépendant. C’est durant cette décennie, les années 1970, qu’émergèrent les concepts d’adolescence et de “culture jeune”. Roland Levillain n’a pas adapté la gestion de la commune aux attentes de nouveaux citoyens désireux de plus d’accompagnement de leurs enfants par les services municipaux et le réseau associatif.

C’est ce que montra un projet, tout droit descendu de la politique d’État : le Mille club. Le Mille club était une salle polyvalente accordée à la commune par le ministère de la Jeunesse et des sports afin de promouvoir la cohésion sociale. Les élus archépontains ont, tout d'abord, envisagé de mettre le Mille club dans la Salle d’Armes. Ceci parce qu’on y pratiquait déjà le judo. Cela démontre l’incompréhension des élus qui ne voyaient pas l’intérêt de bâtir un nouveau bâtiment, pour quelle population et avec un nouveau budget alourdissant l’impôt.

Pourtant, Roland Levillain et son conseil acceptèrent officiellement la proposition du ministère lors du conseil municipal du 2 février 1977. Les élus votèrent un budget pour créer une dalle en béton devant supporter le Mille club.

 

Cette même année, 1977, les urnes portèrent la gauche ‒ enfin unie à Pont-de-l’Arche ‒ qui hissa le communiste Roger Leroux au siège de premier magistrat.  

Roger Leroux, en haut, regardant vers sa droite, sur le degré de l'hôtel de ville en compagnie des récipiendaires de la cérémonie de la fête des mères de 1979 (photographie des archives municipales).

Roger Leroux, en haut, regardant vers sa droite, sur le degré de l'hôtel de ville en compagnie des récipiendaires de la cérémonie de la fête des mères de 1979 (photographie des archives municipales).

 

Roger Leroux (1977-1989) : la mairie accompagne les associations et soutient activement les actions en faveur des loisirs des enfants

Roger Leroux était entouré d’une équipe jeune, dynamique, habituée au tissu associatif et désireuse de participation citoyenne. L’offre faite par le ministère de bâtir un Mille club arrivait au bon moment. Cette nouvelle équipe souhaitait rajeunir la population archépontaine et animer la cité médiévale, quitte à alourdir l’impôt considérablement, notamment à cause des emprunts permettant les acquisitions et constructions immobilières et à cause de l’augmentation du nombre d’employés communaux.

Entre tissu associatif et moyens municipaux, les nouveaux élus créèrent des sociabilités officielles telles que :

- l'Association pour les loisirs éducatifs de Pont-de-l'Arche (ALEPA) gérant l’Accueil de loisirs ;

- l'Office municipal des sports (OMS) ;

- le Groupe municipal d'actions culturelles (GMAC).

Les élus menèrent une réflexion sur l’accroissement de la population, son rajeunissement, les services publics nécessaires à son épanouissement. Cette réflexion fut menée, notamment, au sein de la Commission “jeunesse et loisirs”. Elle se traduisit rapidement par la création d’un Accueil de loisirs, d’abord dans les locaux des écoles (1978), une école communale de musique (1978) puis, aussi, de danse (1979), la construction d’équipements sportifs (tennis de table, terrain de rugby…), l’accompagnement des nouvelles associations notamment par des subventions…

Deux lieux symbolisent cette nouvelle politique :

- le plus important est le château de l’Accueil de loisirs acquis en 1980. Il s’agit de l’emplacement actuel. Les élus avaient hésité. Ils avaient tout d’abord envisagé de le créer de toutes pièces dans le quartier du Bon-air, à l’actuelle résidence Pierre-Mendès-France, mais le cout total était insupportable pour la commune. Le château est le pivot des actions destinées aux jeunes depuis lors ;   

- le Mille club, que nous traitons ci-après.

 

Les activités de l'Accueil de loisirs promues dans le bulletin municipal de l'équipe de Roger Leroux, Le Trait d'union n° 29, de novembre 1983.

Les activités de l'Accueil de loisirs promues dans le bulletin municipal de l'équipe de Roger Leroux, Le Trait d'union n° 29, de novembre 1983.

 

Le Mille club (1978) où le symbole d’une politique nationale destinée à la jeunesse

L’équipe de Roger Leroux avait souhaité créer de nouvelles résidences HLM. Prévoyant un rajeunissement de la population, les élus imaginèrent tout d’abord de bâtir l’Accueil de loisirs au Bon-air, près des quartiers à venir. Ils abandonnèrent ce projet, comme nous venons de le voir, mais gardèrent l’idée d’y laisser un espace de sociabilité. C’est ainsi que le Mille club fut bâti à l’endroit indiqué.

Il fut utilisé de suite pour accueillir principalement le judo et la toute nouvelle école de musique et de danse. Il arriva à point nommé pour la jeunesse des nouveaux quartiers de Pont-de-l’Arche, des quartiers à l’architecture nouvelle, pour une population issue notamment de l’extérieur de la ville, moins socialisée.

Néanmoins, la sociabilité de Pont-de-l’Arche se trouvait toujours vers le centre ville. Le Mille club servit surtout de salle associative, pas de lieu de vie spontané de la jeunesse du Bon-air.   

 

La place du Mille club dans les objectifs du ministère  

L’opération “Mille clubs de jeunes” a été impulsée par le ministère de la Jeunesse et des sports (MJS) entre 1966 et 1978. Depuis les années 1950, l’État gaullien était le promoteur de la “reconstruction nationale” de la France. Il construisit, notamment, les barres d’HLM dans les Zones à urbaniser d’urgence (les ZUP), ainsi qu’un réseau de Maisons des jeunes et des citoyens (MJC).

Cependant, au début des années 1960, l’État laissa le soin à des promoteurs privés de poursuivre la reconstruction selon un schéma déterminé. Il lança une vaste opération de construction de 1000 salles polyvalentes pour assurer la cohésion sociale principalement dans les quartiers nouveaux. La cohésion était primordiale dans ces nouvelles quartiers à l’architecture contemporaine, moins propice aux liens que les anciens centres bourgs ou les quartiers ouvriers, et où les gens arrivaient de tout le pays, sans bien se connaitre. Il s’agissait de recomposer une sociabilité, surtout à destination des 15-25 ans, notamment en leur faisant monter eux-mêmes leur local au cœur du quartier. Ce n’était pas une création, mais une action visant à compléter les MJC, dans l’esprit de déconcentration cher à Charles de Gaulle.  

Les Mille clubs étaient des subventions en nature attribuées par le ministère. À charge pour les communes de préparer le terrain, de faire les branchements et de bâtir les fondations. Aucun personnel n’était mis à disposition par l’État. Les jeunes des quartiers concernés devaient assembler les pièces préfabriquées, faire cause commune, faire corps et poursuivre l’aventure par d’autres projets socio-éducatifs de leurs choix (culture pour tous, creuset d’initiatives citoyennes, sports...).

Le cahier des charges requérait des constructions modulables, avec quatre locaux, un coin feu, un coin bar, des constructions standardisées, non laides et de qualité bien que provisoires. Quant à la beauté, on comprend qu’elle se mesurait, alors, depuis les habitudes sévissant durant les Trente glorieuses.  

Le nombre de Mille clubs fut attribué par région. Puis, des commissions départementales choisissaient et accordaient des subventions aux communes les moins riches. La priorité était donnée aux communes jeunes et dynamiques. On comprend alors que Pont-de-l’Arche, gérée par l’équipe de Roland Levillain, fût parmi les dernières communes récipiendaires.

En 1972, 1130 Mille clubs étaient bâtis dépassant les ambitions d’origine et démontrant un besoin parmi les communes et, aussi surement, parmi les entreprises attributaires des marchés. Dans le Plan de construction national adopté en 1971, une deuxième série de Mille clubs fut lancée. En 1978, le total de construction des deux séries fut de 2500 préfabriqués.

Quant à Pont-de-l’Arche, il y fut construit un Mille club d’un modèle poétiquement appelé “CL 480”, de “type Warens”. Ce modèle était construit par l’entreprise “SEAL-A. Béchu architecte”. Il était fonctionnel, sans appui intérieur limitant les mouvements. Avec sa trame de 1,2 m, il permettait une combinaison de panneaux de cloisonnement, sur deux carrés se recoupant en partie. Il faisait 150 m² et coutait 178 000 € TTC à l’État. Après cette expérience, l’interventionnisme de l’État par la commande cessa. Depuis, le soutien de l’État à la cohésion sociale passa par la suggestion et l’orientation de politiques communales par des subventions pour des constructions à la carte.

Mais, revenons à la politique en faveur de la jeunesse archépontaine. Qu’est-elle devenue depuis le virage de Roger Leroux et son équipe ?

Plan d'architecte des projets de Mille clubs (extrait du site mpt-blamont.com).

Plan d'architecte des projets de Mille clubs (extrait du site mpt-blamont.com).

Paulette Lecureux (1989-2001) : la mairie structure ses services et coordonne les actions en faveur de la jeunesse.  

Les successeurs de Roger Leroux n’ont pas remis en cause sa politique. Ils l’ont développée et étendue notamment aux adolescents et aux jeunes adultes. C’est à partir de Paulette Lecureux que l’on peut pleinement parler de politique, c’est-à-dire un débat, une réflexion sur les manières de vivre en société et, surtout, de bien vivre en société. La réflexion a, alors, porté sur l’inclusion des jeunes dans la cité (éducation, loisirs, travail, santé…). Il y a donc lieu de parler de politique pour la jeunesse au niveau communal.   

Dans les années 1970, l’insertion des jeunes est devenue une difficulté à traiter politiquement. En effet, il y eut désormais plus de jeunes arrivant sur le marché du travail que d’anciens le quittant. Le peuple français commença à connaitre le chômage. Qui plus est, la durée d’étude devint plus longue, le lycée ouvrit ses portes ainsi que l’université après Mai-1968. La France commença à connaitre des délocalisations et le paysannat se réduisit à peau de chagrin. Beaucoup de jeunes furent obligés, pour ne pas dire contraints, de se spécialiser dans l’utilisation de machines plus élaborées, dans des métiers plus spécialisés. Cela signifie que la classe d’âge située après l’enfance mais avant l’autonomie et, surtout, l’indépendance s’allongea et s’agrandit. Cette classe eut besoin de plus d’attention. Elle devint connue pour son attirance pour les loisirs, pour la mode. La notion de “culture jeune” apparut. Apparut aussi ce qu’on appelle un malaise social, fait de chômage, de drogue et de violence parfois ; d’où l’implication des pouvoirs publics dans l’insertion des jeunes.

 

Élue maire, Paulette Lecureux n’a pas découvert la situation de Pont-de-l’Arche. Elle était professeure des écoles et avait été l’adjointe aux affaires sociales de l’équipe de Roger Leroux. Elle n’effaça pas le tableau. Elle fit bâtir de nouvelles résidences HLM (Le Becquet, 1991, Espace Lartigue, 1997) mais avec pondération afin de maintenir un équilibre (une “mixité sociale”) avec les résidences accessibles à la propriété. Pont-de-l’Arche ne connut pas de quartiers à problèmes ou “sensibles” si on préfère l’euphémisme. Il n’y eut pas de marginalisation de bandes de jeunes, désœuvrés voire violents, trainant dans les rues. Certaines banlieues et villes nouvelles, à l’image de Val-de-Reuil, ont été des contre-exemples démontrant l’intérêt de prévenir ces risques impliquant une faible partie des jeunes. Tout en faisant baisser les taux d’imposition, Paulette Lecureux consolida et développa les services destinés à la jeunesse et établit précisément les tranches d’âge des publics cibles.

 

La petite enfance

La petite enfance bénéficia de structures d’accueil. Ainsi, en 1994 la crèche halte garderie “Bidibul” ouvrit ses portes avant de s’installer en 1998 dans un bâtiment proposé et aménagé par la municipalité : Le Manoir de Manon. Qui plus est, le Relai des assistantes maternelles fut ouvert en 1999 dans les locaux du Manoir de Manon. Ces actions ciblaient, en fait, les adultes et surtout les femmes désireuses ou contraintes de travailler mais n’ayant pas de famille pouvant garder leurs enfants. On peut se demander si l’évolution de fond de la société, consistant à faire garder les enfants pendant que les parents travaillent, a renforcé un certain mal être des enfants ; un mal être que l’on retrouve plus tard, à l’adolescence. En effet, la sociabilité s’appauvrit durant les heures où les adultes travaillent à l’extérieur. Il n’est pas question de perte mais de délitement des liens entre adultes et enfants à la maison comme dans la rue. C’est peut-être ce qui explique la montée en puissance des actions destinées aux adolescents et aux jeunes adultes dans cette même période.  

 

L’enfance

Les élus soutinrent le tissu associatif et les écoles dans leurs animations habituelles. En 1991, l’école élémentaire fut pourvue d’une bibliothèque baptisée “Gisèle Lepont” en l’hommage à cette employée de la commune décédée en cette période. En 1993, cette école fut rénovée et complétée par une salle d’activité. En cette même année, un terrain multisports, “l’agorespace”, fut créé par la naissante intercommunalité, appelée Pact urbain, entre la résidence HLM Louis-Aragon et l’espace de l’Accueil de loisirs. Mais, le changement s’observa surtout dans l’importance donnée à une association créée en 1979 et dénommée l’ALEPA, (l’Association pour les loisirs éducatifs de Pont-de-l’Arche). Celle-ci avait pour fonction de gérer l’Accueil de loisirs. Cette association recruta un employé permanent non seulement pour diriger l’Accueil de loisirs et, aussi, pour coordonner les actions des 16 associations de la ville. Il devait être la cheville ouvrière de la politique destinée à l’enfance et à la jeunesse. Ce fut Pierre Querniard, personnage qui marque la professionnalisation de ce secteur municipal, qui fut recruté. Cette nouvelle action se traduisit, entre autres, par la mise en place en 1996 d’ateliers périscolaires par le CAEJ et ce en lien avec La caisse d’allocations familiales (voir plus bas). Ces ateliers proposaient des activités autour du cirque, de la gymnastique, du théâtre, des arts plastiques, de la cuisine… Par ailleurs, une bibliothèque-ludothèque est inaugurée en 1995 à l’Accueil de loisirs.

Quelques premières pages de couverture de Pont-de-l'Arche ma ville, bulletin municipal de l'équipe de Paulette Lecureux où la jeunesse est souvent mise en avant.
Quelques premières pages de couverture de Pont-de-l'Arche ma ville, bulletin municipal de l'équipe de Paulette Lecureux où la jeunesse est souvent mise en avant.
Quelques premières pages de couverture de Pont-de-l'Arche ma ville, bulletin municipal de l'équipe de Paulette Lecureux où la jeunesse est souvent mise en avant.
Quelques premières pages de couverture de Pont-de-l'Arche ma ville, bulletin municipal de l'équipe de Paulette Lecureux où la jeunesse est souvent mise en avant.

Quelques premières pages de couverture de Pont-de-l'Arche ma ville, bulletin municipal de l'équipe de Paulette Lecureux où la jeunesse est souvent mise en avant.

 

L’adolescence et les jeunes adultes

La nouveauté de l’action municipale résida, surtout, dans le développement de services au profit des adolescents. Deux forces se rejoignirent :

- la première venait des jeunes eux-mêmes avec, en fer de lance, Richard Jacquet, futur maire de la commune. C’est en 1989, lors du bicentenaire, que des adolescents s’établirent dans la “Caverne des jeunes”. Il s’agissait d’une des salles annexes du parc de l’Accueil de loisirs, alors dirigé par Agnès Vandalle où, avec accord de la municipalité, les adolescents trouvaient un lieu de sociabilité. Ce lieu dut être mis aux normes de sécurité et fut restauré entre 1989 et 1992. Une association fut créée et les jeunes se proposaient, entre autres, de faire les courses des personnes âgées et de s’occuper de leurs animaux (Pont-de-l’Arche ma ville n° 3) ;

- la deuxième force vint, nous l’avons écrit, du recrutement en 1990, de Pierre Querniard (Pont-de-l’Arche ma ville 5). C’est à partir de là que la littérature municipale aborde la notion de politique ayant pour fin la jeunesse, comme en témoigne cet éditorial du bulletin municipal signé du maire, Paulette Lecureux : « Je crois qu’il est temps d’avoir des projets pour les adolescents qui revendiquent, à juste titre, une place dans notre commune. Ils se sont structurés : ils souhaitent être utiles et ils demandent que des activités leur soient proposées. La première tâche à laquelle sera confrontée l’ALEPA, dès le renouvellement du Conseil d’administration, sera ce dossier sous toutes ses formes : locaux, encadrement, activités, responsabilités. Nous faisons confiance à Pierre Querniard, notre permanent au Centre de loisirs, qui a fait ses preuves lors des sessions d’été, pour solutionner le problème de nos jeunes… » Quelques pages plus loin, l’employé plussoie et met en exergue que le « besoin doit dépasser la notion de simple garderie pour une conception de réels loisirs éducatifs »

 

Depuis ce temps, apparait et se structure dans la ville un service destiné aux adolescents et aux jeunes adultes. La Caverne des jeunes comprend un point “info jeunes” créé en 1993 pour répondre aux questions portant sur l’enseignement, la formation professionnelle, l’emploi, la vie pratique, les loisirs, les problèmes sociaux... Cela répond notamment à un souci des élus qui, à l’occasion d’une table ronde pour l’emploi tenue en 1991, déploraient que « Trop de jeunes sortent du système scolaire sans aucune formation. » (Pont-de-l'Arche ma ville n° 10, 1991). Avec 125 demandeurs d’emplois dans la ville, cela signifiait surtout que le degré d’exigence des entreprises et des administrations avait cru. Désormais, la majeure partie des jeunes et moins jeunes était contrainte d’avoir des qualifications professionnelles, que ce soit par une formation initiale plus poussée, plus pratique mais aussi par des expériences concrètes. Le monde du travail exigeait de plus en plus la compétitivité des individus.

 

En 1994, un atelier de théâtre fut cofondé par Pierre Querniard et Richard Jacquet (Pont-de-l’Arche ma ville n° 23). Réunissant 9 acteurs, la compagnie “l’Arche en scène” produisit ses premiers spectacles en 1996, spectacles écrits par Pierre Querniard (PA ma ville n° 4, juillet 1996). En 1997, il proposa un premier festival invitant des troupes étrangères : “Continents comédiens”.

Ces activités témoignent d’une sociabilité entre des jeunes et du personnel délégataire de service public. Ce lien se traduisit par le recrutement de Richard Jacquet en tant qu’animateur chargé du “secteur jeunes”. En effet, en 1996 le CAEJ distinguait désormais nettement deux publics : le secteur jeunes autour de Richard Jacquet, et le “secteur enfance” autour de Cathy Poissonnet (PA ma ville n° 7 octobre 1996). En 1998, le secteur des jeunes alla plus loin. Il proposa des animations d’été pour deux publics :

- les 12-15 ans étaient invités à la Caverne des jeunes pour des activités telles que le billard, le babyfoot, le tennis de table, un coin télé, des sorties sportives et culturelles et des minicamps à l’extérieur de la ville ;

- les 16-20 ans étaient conviés au Mille club autour d’une salle de jeux, d’un coin café, d’une salle avec télévision. Ils étaient invités à “mettre en place [leurs] activités et projets de vacances.” Quelques sommes étaient prévues par la mairie à cet effet.

C’est donc 20 ans après sa construction que le Mille club respecta sa vocation première de carrefour entre pouvoirs publics, initiatives citoyennes et construction d’une sociabilité locale.

Dans cette même veine, c’est en 1997 que la municipalité incita les jeunes à s’organiser et à s’exprimer plus encore. Un Conseil consultatif des jeunes fut proposé (PA ma ville n° 13, juin 1997). Des élections eurent lieu qui concernèrent 89 jeunes de 12 à 20 ans, inscrits de leur propre chef. Ils désignèrent Marc Perdereau comme président ainsi que 14 élus siégeants. Pour le maire, il s’agissait de créer un « espace d’apprentissage de la citoyenneté », c’est-à-dire une force de débat et de proposition. Certains dossiers furent sensibles, comme celui de définir l’utilisation d’un terrain ‒ non destiné à la construction ‒ au milieu du nouveau quartier de la Pommeraie (le “lot 160”). En 1998, c’est le Conseil consultatif des jeunes qui proposa un questionnaire pour savoir comment les riverains souhaitaient utiliser ce terrain de loisirs publics, devenu “l’espace ludique”.

 

Quelques premières pages de couverture de Pont-de-l'Arche ma ville, bulletin municipal de l'équipe de Paulette Lecureux où la jeunesse est souvent mise en avant.
Quelques premières pages de couverture de Pont-de-l'Arche ma ville, bulletin municipal de l'équipe de Paulette Lecureux où la jeunesse est souvent mise en avant.

Quelques premières pages de couverture de Pont-de-l'Arche ma ville, bulletin municipal de l'équipe de Paulette Lecureux où la jeunesse est souvent mise en avant.

 

Une politique en lien avec les partenaires publics.

Durant les deux mandats de Paulette Lecureux, la politique de la jeunesse se lit aussi à travers les partenariats entre la ville de Pont-de-l’Arche et d’autres structures publiques. Ainsi, le 22 décembre 1996 un contrat “enfance-jeunesse” fut signé entre la Ville et la Caisse d’allocations familiales, dépendant de la Sécurité sociale, afin d’allouer des crédits conditionnés par une amélioration des services. C’est ce qui permit la création de la crèche, la mise en place d’activités nouvelles au CAEJ, la mise en place de l’accueil périscolaire. Ce contrat fut reconduit en 1998 afin d’étendre le nombre de places en crèche, de créer le Relai des assistantes maternelles (RAM) et de développer l’Accueil de loisirs notamment en recrutant une bibliothécaire en vue d’activités destinées aux enfants de moins de 6 ans.

Enfin, un “contrat de ville”, dispositif prévu par la loi du 10 juillet 1989, est signé avec la future Communauté d’agglomération Seine Eure (CASE) le 22 décembre 2000. Comme toute structure intercommunale, la CASE avait pour compétence obligatoire la politique de la ville, c’est-à-dire l’action publique en faveur de la cohésion sociale dans certains quartiers prioritaires et ce sans cibler expressément le public jeune. Les élus de la CASE ventilaient donc ‒ sous conditions ‒ les crédits du ministère de la ville (créé en 1990) et ce afin de favoriser, dans le quartier du Bon-air, les loisirs, la médiation et la prévention auprès des jeunes. À Pont-de-l’Arche, on voit donc réapparaitre l’État d’une autre façon que celle de la politique des Mille clubs. Il semble que la Ville n’aurait pas bénéficié du contrat de ville sans la création de l’intercommunalité étant donné son caractère résidentiel.   

Néanmoins, les élections de 2001 ne permettront pas à Paulette Lecureux d’utiliser les moyens du contrat de ville au bénéfice des Archépontains.

 

Dominique Jachimiak, entre rupture d’une dynamique associative et tentative de maintien des services.

Le maire nouvellement élu, Dominique Jachimiak, agent comptable du collège, n’a pas remis en cause la politique de Paulette Lecureux et le lien avec les partenaires extérieurs.

Son élection a cependant redistribué les cartes. Le CAEJ, association gérant l’Accueil de loisirs, était très proche de l’ancien maire Paulette Lecureux et de Richard Jacquet, devenu meneur de l’opposition non élue. Le nouveau maire et son équipe étaient dans l’incapacité de travailler avec cette association. Ils lui retirèrent la gestion de l’Accueil de loisirs en 2003. La municipalisation de cette structure renforça, de fait et de droit, le poids de la mairie dans la politique de jeunesse mais laissa l’adolescence sur le carreau.

Pour pallier cela, l’inscription du quartier du Bon-air au contrat de ville de la CASE, en décembre 2000, permit au maire de recruter un professionnel chargé de médiation et de prévention. Dans la pratique, ce médiateur, aidé de personnes en contrats aidés, se chargeait d’animations et de chantiers pour adolescents et jeunes adultes. L’opposition a pu s’étonner du manque de concertation entre ce nouveau service et le personnel des autres services.

Par ailleurs, l’hôtel social ouvert en 1998, a été transformé en foyer de jeunes travailleurs de concert entre l’association Jeunesse et vie et la municipalité (pour une réalisation effective en 2009).

Au terme de ce mandat, on constate une montée en puissance de la mairie dans la politique de jeunesse et, paradoxalement, un manque de cohésion entre services municipaux et un manque de projet global pour ce public. Dominique Jachimiak ne fit, d’ailleurs, qu’un mandat ; contrairement à ses 3 prédécesseurs.

Le Mille club, rebaptisé "Espace jeunesse", fut rénové en 2011 pour devenir le siège du "service jeunesse" de la commune (cliché Armand Launay, 2011).
Le Mille club, rebaptisé "Espace jeunesse", fut rénové en 2011 pour devenir le siège du "service jeunesse" de la commune (cliché Armand Launay, 2011).

Le Mille club, rebaptisé "Espace jeunesse", fut rénové en 2011 pour devenir le siège du "service jeunesse" de la commune (cliché Armand Launay, 2011).

Le Mille club est devenu un lieu de sociabilité en 2012. Ici un après-midi sans activité particulière (cliché Armand Launay, 2012).

Le Mille club est devenu un lieu de sociabilité en 2012. Ici un après-midi sans activité particulière (cliché Armand Launay, 2012).

Richard Jacquet (depuis 2008) : la politique destinée à la jeunesse au cœur du projet municipal

Richard Jacquet fut élu maire en 2008. Il revint fort de son expérience d’animateur à Pont-de-l’Arche avant l’élection de Dominique Jachimiak. Entre temps, il était devenu coordinateur des actions pour la jeunesse à la mairie de Sotteville-lès-Rouen. Sa première adjointe, Angélique Chassy, était elle aussi coordinatrice de projets pour la jeunesse à la mairie de Val-de-Reuil. Dans cette équipe, figurait aussi Paulette Lecureux, ancien maire, qui fut désignée adjointe à l’intercommunalité puis adjointe à la jeunesse et à la vie sociale. C’est dire si ce secteur allait attirer l’attention de la nouvelle équipe.

Le travail a principalement reposé sur la modification de l’organigramme des services municipaux. Ceci a été possible financièrement grâce à la poursuite du contrat de ville entre la CASE et la Ville pour le quartier du Bon-air. Le personnel a bénéficié de nouveaux locaux, dans le Tremplin (2009). C’est au printemps 2011 que l’Espace jeunesse fut installé au Mille club pour une ouverture annuelle. Ce service a été restructuré au début de l’année 2012 au sein du service “enfance-jeunesse” qui comprend, itou, les activités de l’Accueil de loisirs. Le service jeunesse était alors placé sous la direction d’Aurélie Philippe avec le renfort de Romain Niaudeau (PA magazine n° 16, juin 2012). Il a proposé des animations variées avec, en sus, des stages de prévention sur les risques sociaux, des formations vers l’emploi, des forums de l’emploi et des chantiers jeunes (16-25 ans), c’est-à-dire des expériences professionnelles rémunérées et encadrées par des agents de la collectivité et en vue d’un service public. Cela a été le cas, notamment, pour la restauration d’un four à pain au bailliage et pour la tenue des Olympiades 276 qui furent des rencontres sportives, à partir de 2012, entre plusieurs centaines de jeunes issus d’Accueils de loisirs de la région rouennaise.

Par ailleurs, à la fois pour les adultes et les jeunes adultes, les élus proposent des forums de l’emploi et une session annuelle d’accompagnement de certains chômeurs intitulée “Les ponts de l’emploi”. Sous la houlette de la dynamique adjointe aux finances, Angélique Chassy, ce dispositif d'accompagnement, de conseil et de formation connait des résultats encourageants.

Cette période est aussi marquée par la restauration profonde des locaux de l’Accueil de loisirs (principal chantier du premier mandat). Afin que les parents retrouvent un espace d’expression officiel, Richard Jacquet associe ATLEA (l’Association des temps libres des enfants archépontains) à la réflexion des élus concernant l’accompagnement des enfants de la commune et, notamment, de l’Accueil de loisirs municipalisé en 2003 par son prédécesseur.

Une politique de lecture publique est initiée. Elle consiste à aller plus loin que l’existant : c’est-à-dire quelques réalisations comme le CDI des écoles primaires et de l’Accueil de loisirs, la tenue d’un festival “Livres en ville” (à partir de 2012), d’animations culturelles régulières et, enfin, la présence de la bibliothèque associative Bibliothèque pour tous. En effet, depuis 1944 la ville de Pont-de-l’Arche est restée en marge de la politique nationale de lecture publique. Or, un des publics prioritaires de cette politique est la jeunesse. C’est pourquoi, après étude qualitative et financière, les élus firent entrer dans le domaine municipal (2011) des locaux de la place Aristide-Briand afin d’y construire, après destruction des bâtiments, une médiathèque. La démolition des anciens locaux est annoncée pour la fin de l’année 2017.

Autre effort réalisé, le travail entre les différents services publics présents dans la ville. Prenons pour exemple l’organisation de concerts par le service culturel, concerts restituant le travail réalisé par des professeurs de l’école de musique Érik-Satie avec des collégiens. Autre exemple, la réforme des Rythmes scolaires, voulue par l’État, qui a été l’occasion, à l’échelle communale, de concerter les parents d’élèves, les enseignants, les services municipaux autour de la finalité et du fonctionnement des services offerts à la jeunesse.

 

Différentes activités de l'Espace jeunesse (cliché Armand Launay, de 2010 à 2013).
Différentes activités de l'Espace jeunesse (cliché Armand Launay, de 2010 à 2013).
Différentes activités de l'Espace jeunesse (cliché Armand Launay, de 2010 à 2013).
Différentes activités de l'Espace jeunesse (cliché Armand Launay, de 2010 à 2013).
Différentes activités de l'Espace jeunesse (cliché Armand Launay, de 2010 à 2013).

Différentes activités de l'Espace jeunesse (cliché Armand Launay, de 2010 à 2013).

Vers la démolition du Mille club, une fin symbolique ?

Il existe des communes, comme en Bourgogne, qui veulent faire labelliser leur Mille club par le ministère de la Culture. D’autres communes souhaitent s’en débarrasser. C’est le cas des édiles de Pont-de-l’Arche.  

Pour quelle raison ? C’est un article publié dans “Pont-de-l’Arche magazine n° 43” (septembre 2017) qui offre la réponse. Il s’agit de répondre aux besoins des habitants souhaitant devenir propriétaires. Or, les espaces constructibles sont devenus rares dans la commune. De plus, les élus voulaient améliorer l’entrée du quartier Pierre-Mendès-France et démolir le Mille club, grand consommateur d’énergie. C’est ainsi que, après l’inauguration le 23 juin 2017 de 4 logements bâtis par la société Amex dans la rue Émile-Lenoble, la ville autorise la construction de 6 logements T4 par cette même société. En contrepartie, certainement de la gratuité du terrain, la société Amex doit bâtir une maison de quartier. La sociabilité n’est pas abandonnée et les activités du service jeunesse se trouvent désormais au premier étage de la salle Ambroise-Croizat pour les 11 à 17 ans. C’est là que Roland Levillain y voyait, il fut un temps, le Mille club… La bâtiment du Mille club a été abattu fin 2019.

Article de Pont-de-l'Arche magazine qui informe la population de la destruction du Mille club (septembre 2017).

Article de Pont-de-l'Arche magazine qui informe la population de la destruction du Mille club (septembre 2017).

 

Conclusion

Au terme de cet article fleuve, on mesure qu’en quelques décennies la collectivité a développé une politique pour la jeunesse. C’est vers 1977 qu’elle a pris un essor, c’est-à-dire au moment où le Mille club était attribué à la commune. Un temps dépendante des politiques nationales, cette politique est désormais pleinement assurée par les élus et les services municipaux. Elle nécessite toujours la participation de l’État et, mieux, la concertation avec les services d’État comme l’Éducation nationale.

La disparition du Mille club ‒ 39 bougies ‒ est un paradoxe : c’est lorsqu’il était enfin utilisé conformément à la politique nationale de 1966 que sa destruction fut programmée, elle qui intervint fin 2019. Une logique opère, cependant. La municipalité prend en main sa politique de jeunesse. Elle l’inscrit dans la durée d’un projet réfléchi et non dans une perspective de reconstruction du pays, dans des constructions provisoires. Le constat est là, l’État est trop lointain pour s’adapter à toutes les réalités. Mais l’État est nécessaire pour impulser une politique, notamment à travers son soutien financier. Les initiatives citoyennes sont nécessaires mais ne suffisent pas. Il doit il y avoir une conjonction entre elles et des élus, des agents, garantissant le service public. Cette conjonction est le résultat d’une demande des citoyens qui doivent faire face à une évolution rapide de la société, des exigences du marché du travail et du délitement relatif des rapports humains. Il semble que la municipalité doive travailler dur pour maintenir une présence adulte autour des jeunes tout en les préparant à la mise en concurrence sévère qui les attend, et ce par une obsession de l’éveil et de l’éducation.

On mesure aussi que, ces dernières décennies, la place des initiatives citoyennes a eu tendance à diminuer. Ce ne sont plus principalement les associations qui portent les projets. C’est désormais surtout l’institution municipale qui s’en charge. Il n’est donc pas étonnant que les actions autour de la jeunesse aient, quelque part, porté aux rênes de la commune certaines personnes professionnellement responsables du bienêtre des jeunes.   

Enfin, il parait qu’il est bon de savoir finir un article.  


 

Bibliographie

- Hélène Verniers, “Les Mille clubs ou la cabane industrialisée”, pages 71 à 89. In Monnier Gérard, Klein Richard, Les années ZUP : architectures de la croissance (1960-1973), éditions A. et J. Picard, 2002, 301 pages  ;  

- L’Industriel de Louviers ;

- Les Délibérations du Conseil municipal ;

- Le Trait d’union : bulletin municipal des mandats de Roger Leroux ;

- Pont-de-l’Arche ma ville : bulletin municipal des mandats de Paulette Lecureux ;

- Pont-de-l’Arche magazine : bulletin municipal des mandats de Richard Jacquet.

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 19:30

A l’heure où la Communauté d’agglomération Seine Eure ouvre sa première piscine à Louviers, et avant de travailler sur une deuxième localisée à Pont-de-l’Arche, nous retraçons brièvement l’historique de la première piscine de la ville.

 

Si quelques enfants se risquaient dans l’eau de la Seine puis de l’Eure, la ville de Pont-de-l’Arche était peu concernée par la baignade avant 1967. Le 29 juin 1967, une délibération du Conseil municipal présidé par Roland Levillain expliqua la raison de la construction d’une piscine sur les berges de l’Eure, en bas de la rue Alphonse-Samain, et précisa quelques modalités d’ouverture. L’inauguration était prévue le 14 juillet 1967 : « procurer des plaisirs supplémentaires à la population de Pont-de-l'Arche et de la région, pendant les vacances un maître-nageur sauveteur sera recruté, ainsi que deux caissières qui s'occuperont également du vestiaire. Le prix des entrées est fixé à 2.00 frs pour les adultes et 1.00 frs pour les jeunes gens de moins de 14 ans. Elle sera ouverte chaque jour de 9 h 30 à 12 h 30 et de 15 h à 19 h ou même un peu plus tard en cas d’affluence et de grande chaleur. Le service des douches débutera le 1er octobre 1967, prix d'entrée 2... frs. »

De la part de Roland Levillain, la construction de cet équipement n’est pas étonnante étant données les différentes réalisations de terrains sportifs de ses mandats mais aussi de son attention pour le commerce du centre-ville dont certains entrepreneurs constituaient une partie de son conseil municipal. Les commerçants eux-mêmes contribuaient largement à la vitalité du centre-ville notamment en créant et gérant le camping Seine et Eure.

La piscine fonctionna l’été pour le plus grand bonheur des jeunes. En 1984, la municipalité de Roger Leroux créa le parking de la piscine.

En couleurs : carte postale. En noir et blanc : photos municipales des travaux.
En couleurs : carte postale. En noir et blanc : photos municipales des travaux.
En couleurs : carte postale. En noir et blanc : photos municipales des travaux.
En couleurs : carte postale. En noir et blanc : photos municipales des travaux.
En couleurs : carte postale. En noir et blanc : photos municipales des travaux.
En couleurs : carte postale. En noir et blanc : photos municipales des travaux.

En couleurs : carte postale. En noir et blanc : photos municipales des travaux.

Cependant, cet équipement ne présentait pas que des avantages. Le 17 janvier 1973, le communiste Robert Redon chargea Roland Levillain en plein Conseil municipal sur le fait que la ville n’était pas dotée « de gymnase, de salle omnisports » et qu’il n’y avait pas de « réflexion globale sur les sports et loisirs (…), pas de salles de réunion » et que la « piscine coute cher et ne sert que quelques semaines par an. »  

Autre défaut de taille, cet équipement n’a pas été construit selon les normes de sécurité ce qui est devenu intolérable avec le durcissement de la législation et des contrôles sanitaires. Paulette Lecureux décida de la fermeture de la piscine et la fit détruire en 1996. Elle projetait, dans le cadre de l’intercommunalité qui n’était encore qu’un projet, de faire construire plus tard un équipement intercommunal.  

En attendant, les berges de l’Eure furent aménagées. Une partie devint le chemin Claude-Boubet et l’autre devint un parking doté d’une demi-halle.

La piscine survit encore quelques années dans l’enseigne du « Bar de la piscine » et, de nos jours encore un peu dans les discussions archépontaines. Quelques parties du bâtiment sont encore debout qui soutiennent quelques places de parking et qui proposent des toilettes en contrebas, glorieux vestige de la première piscine archépontaine.

 

Sources

Bulletin municipal

Délibérations du Conseil municipal

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17 janvier 2014 5 17 /01 /janvier /2014 20:39

Difficile, surtout quand on a passé son enfance à Pont-de-l'Arche, d'ignorer le Centre de loisirs, tant ce service communal est central dans la sociabilité archépontaine. Cependant, bien qu’à deux pas du centre-ville, le beau « château » du Centre de loisirs reste bien énigmatique un peu caché dans sa bulle verte. Nous avons voulu faire le point sur l'historique et la valeur patrimoniale de ce bien du XVIIIe siècle, largement remanié au XIXe siècle.

 

La façade Est du Château du Centre de loisirs fraichement rénovée (cliché Armand Launay, juin 2013).

La façade Est du Château du Centre de loisirs fraichement rénovée (cliché Armand Launay, juin 2013).

Description architecturale du Château (2010)

Dans le langage courant, le « château » sert à désigner le bâtiment principal du Centre de loisirs. C’est dans le cadre d’une réhabilitation complète que l’équipe municipale, réunie autour de Richard Jacquet, a officialisé ce nom le 25 juin 2012 en même que « parc des loisirs » pour le domaine alentour.

Le Château est une maison bourgeoise constituée d’un corps de bâtiment unique rectangulaire à un étage plus un étage de comble. Reposant sur un sous-sol, cet édifice en brique partiellement enduite est parfaitement symétrique. Avec son programme décoratif, ceci le rattache à l’architecture néoclassique du XVIIIe siècle. Le toit mansardé, recouvert d’ardoises, est ajouré par deux séries de cinq lucarnes le long des murs gouttereaux et deux séries de trois lucarnes le long des murs pignons (largeur du bâtiment). Ce nombre d’ouvertures est le même au rez-de-jardin et au premier étage (trois ouvertures étant des portes). Des frontons triangulaires couronnent le dessus des fenêtres du premier étage et des lucarnes. Un léger avant-corps sur la façade dégage les portes principales. Des moulurations de plâtre décorent avec des motifs végétaux l’encadrement des portes d’entrée de certaines portes intérieures mais aussi des plafonds du rez-de-jardin. Ceux-ci sont notamment décorés de médaillons représentant des angelots mais aussi des profils de femmes comme dans des camées. Quelques boiseries, un parquet, un peu de faïence aux murs laissent entrevoir quelle fut la richesse de la décoration intérieure de ce bâtiment vraisemblablement construit au milieu du XVIIIe siècle mais largement remanié au XIXe siècle. La maison du concierge est contemporaine de ces remaniements, elle qui n'existait pas encore en 1834 sur le plan cadastral (voir plus bas), et qui présente une façade ressemblant à celle du Château.

Le pot-à-feu couronnant le chien-assis de la façade Est (cliché Bertrand Gascoin, 2011).

Le pot-à-feu couronnant le chien-assis de la façade Est (cliché Bertrand Gascoin, 2011).

Détails de décorations du Château et notamment les médaillons du rez-de-chaussée présentant des enfants montant des dauphins, frappant une enclume et cultivant un champ cliché Armand Launay, décembre 2010).Détails de décorations du Château et notamment les médaillons du rez-de-chaussée présentant des enfants montant des dauphins, frappant une enclume et cultivant un champ cliché Armand Launay, décembre 2010).
Détails de décorations du Château et notamment les médaillons du rez-de-chaussée présentant des enfants montant des dauphins, frappant une enclume et cultivant un champ cliché Armand Launay, décembre 2010).Détails de décorations du Château et notamment les médaillons du rez-de-chaussée présentant des enfants montant des dauphins, frappant une enclume et cultivant un champ cliché Armand Launay, décembre 2010).
Détails de décorations du Château et notamment les médaillons du rez-de-chaussée présentant des enfants montant des dauphins, frappant une enclume et cultivant un champ cliché Armand Launay, décembre 2010).Détails de décorations du Château et notamment les médaillons du rez-de-chaussée présentant des enfants montant des dauphins, frappant une enclume et cultivant un champ cliché Armand Launay, décembre 2010).
Détails de décorations du Château et notamment les médaillons du rez-de-chaussée présentant des enfants montant des dauphins, frappant une enclume et cultivant un champ cliché Armand Launay, décembre 2010).Détails de décorations du Château et notamment les médaillons du rez-de-chaussée présentant des enfants montant des dauphins, frappant une enclume et cultivant un champ cliché Armand Launay, décembre 2010).

Détails de décorations du Château et notamment les médaillons du rez-de-chaussée présentant des enfants montant des dauphins, frappant une enclume et cultivant un champ cliché Armand Launay, décembre 2010).

Un bien communal depuis 1980

C’est le 11 aout 1980 que la Ville de Pont-de-l’Arche, représentée par son maire Roger Leroux, acquit la propriété « Meunier ». Située au n° 5 de la rue Roger-Bonnet, cette propriété des faubourgs était vaste (plus de 2 hectares notamment boisés) ce qui explique pourquoi la Ville souhaita y créer un Centre de loisirs, après l’avoir imaginé un temps à l’endroit où fut construite la résidence Pierre-Mendès-France. Une partie des terrains de la propriété Meunier permit la construction de la résidence Louis-Aragon. Une autre fut utilisée pour des constructions privées en bas de la rue Olivier-des-Bordeaux. Le Centre de loisirs fut géré par deux associations (l’ALEPA puis le CAEJ) entre 1982 et le 1er janvier 2004 où il fut municipalisé par l’équipe de Dominique Jachimiak. Le Château accueille aussi l’école de musique et de danse Erik-Satie. Celle-ci fut créée en 1979 sous le mandat de Roger Leroux et son adjointe Paulette Lecureux. Elle intégra le Château du Centre de loisirs et devint intercommunale en 1983 avec le concours d’Alizay puis d’autres communes locales. C’est en 1996 qu’elle prit le nom du compositeur normand Erik Satie. De 2001 à 2013, la Communauté de communes Seine Bord se substitua aux communes qui constituaient avec la Ville de Pont-de-l’Arche la tutelle de l’école.

 

Les précédents propriétaires

En 1980, Georges Armand Meunier et Marie-Thérèse Gaudard vendirent leur bien à la ville. Ils en étaient propriétaires depuis le 22 septembre 1965. A cette date, ils achetèrent deux parcelles à la Société cellophane et la Société civile immobilière du Manoir (SOCIM, dépendant de la SICA, papèterie d’Alizay). Ces deux sociétés avaient acheté ces parcelles à Jules Albert Prieur et sa femme Louise Marie Mallet le 24 avril 1953, pour la première, et le 8 mai 1962 pour la seconde. Jules Albert Prieur (1890-1965) est un personnage qui a compté dans l’histoire de Pont-de-l’Arche car il faisait partie des plus grands industriels de la chaussure. Albert, comme il se faisait appeler, reprit avec son frère Henry l’entreprise créée par leur père, Henry Prieur. Bâtie sur la route de Tostes (l’entreprise Luneau de nos jours), ils employèrent jusqu’à 350 personnes en 1923. Fortement mécanisée, cette entreprise se tailla des parts de marché au niveau national avant de décliner et de fermer ses portes en 1964. Pour revenir au « Château », Albert Prieur l’avait acheté le 11 mars 1919 à Jean Maurice Georges Ferrière, habitant la rue de la Seille, à Rouen. Ce dernier était maitre des lieux en 1908. En 1891, le Château et son domaine étaient le bien de la veuve Jean Gustave Tisset. Enfin, André Constant Delalande, fabricant de draps à Elbeuf, était propriétaire en 1877. Il mourut en 1884. Etant données les caractéristiques architecturales du Château, décrit ci-dessus, nous avons affaire à un bâtiment reconstruit vers le milieu du XIXe siècle. Mais la propriété de ce Château existait déjà auparavant…

 

 

Une propriété aristocratique

Plusieurs éléments nous permettent de resituer le Château dans son environnement du XVIIIe siècle. Le plus clair est le plan cadastral de 1834 sur lequel est représenté le Château. Il est situé dans une vaste propriété enrichie, à l’ouest, d’un jardin à la française et de pièces d’eau qui campent un décor aristocratique. Il semble que des écuries soient situées le long de la route de Tostes. Une allée part vers le sud, vers la forêt. Ce domaine est représenté entouré de haies dans l'atlas de Daniel-Charles Trudaine, intendant des finances et directeur des Ponts et chaussées. On le voit sur la carte de Pont-de-l'Arche établie par Jean-Prosper Mariaval (fils) vers 1759. Elle fait partie des grandes propriétés bordant les faubourgs de la ville. Sans avoir retrouvé de preuve formelle, sous soupçonnons que cette propriété appartint à la riche famille Alexandre-Delafleurière, déjà étudiée par nos soins.

Le cadastre de 1834 montre nettement le Château du Centre de loisirs. La maison du concierge n'était pas encore bâtie et doit être contemporaines des remaniements du Château au XIXe siècle (Archives départementales de l'Eure).

Le cadastre de 1834 montre nettement le Château du Centre de loisirs. La maison du concierge n'était pas encore bâtie et doit être contemporaines des remaniements du Château au XIXe siècle (Archives départementales de l'Eure).

Dans l'atlas de Trudaine, la partie montrant Pont-de-l'Arche (1759) montre la propriété du futur Centre de loisirs entourée d'une haie.

Dans l'atlas de Trudaine, la partie montrant Pont-de-l'Arche (1759) montre la propriété du futur Centre de loisirs entourée d'une haie.

Un domaine de la famille Alexandre-Delafleurière ?

Jacques Isaac Alexandre Delafleurière (1770-1837) s’engagea dans l’armée révolutionnaire comme écrit sur l’acte de naissance de Jacques Isaac Poupardin datée du 12 mai 1793. Il est signé par les parents, Nicolas Poupardin et Madelaine Baron, et par Jacques Isaac Alexandre décrit comme dragon de la Manche et domicilié sur la route du Neubourg. Or aucune autre habitation n’existait sur cette route que la propriété qui nous intéresse. La solde d’un jeune militaire n’expliquerait pas qu’il fût propriétaire d’un des plus vastes domaines archépontains. Son père, Jacques Joseph Alexandre Delafleurière (1747-1825) était conseiller du roi en la maitrise des eaux et forêts de Pont-de-l’Arche et, plus précisément, garde-marteau. Il joua un rôle de premier rang à la Révolution en devenant maire jacobin puis commissaire du canton et, ensuite, conseiller général. Il était un des plus riches notables de la ville avant 1789 et acquit des terres lors de ventes de biens nationaux au premier rang desquels Bonport. Il acquit aussi des terres le long de la route du Vaudreuil, au triège du Val, le long de la route du Neubourg, dans le faubourg de Limaie, à la Cavée, la Maladrerie, la ferme du Bon-air, au Chêne Jaunet, dans la forêt de Bord, dans l’ile de Bonport, à la Sente à Cagnon... Cet homme semble bien placé pour avoir laissé un bel héritage à son fils Jacques Isaac.

 

D’autres vestiges du bâtiment ayant précédé le Château ont été mis au jour en 2012 par les vastes travaux de réhabilitation de l’ensemble du Centre de loisirs lancés par l’équipe de Richard Jacquet. Les entreprises ont fait ressortir un mur à pans de bois séparant l’ancienne cuisine du couloir d’entrée du Château. Qui plus est, est apparu un parquet posé à bâtons rompus (en chevrons décalés) à même les solives reposant chacune sur deux rangées de briques. On peut ajouter à ces vestiges des parties de la cave réalisées en moellons calcaire.

Quelques vestiges du bâtiment antérieur au Château ont été mises au jour lors de la réhabilitation du Centre de loisirs (cliché Bertrand Gascoin, 2012).

Quelques vestiges du bâtiment antérieur au Château ont été mises au jour lors de la réhabilitation du Centre de loisirs (cliché Bertrand Gascoin, 2012).

Dernier élément qui atteste la préexistence d’une propriété en ce lieu, les bâtiments annexes du Centre de loisirs. Epars, ils sont constitués en moellon calcaire et trahissent une fonction agricole. Les plus anciens semblent dater de la fin du XVIIe siècle. Le long de la rue Roger-Bonnet, un mur en moellon calcaire, ses beaux piliers de portail et un muret (le long de la résidence Louis-Aragon) rappellent l’existence des murs d’enceinte de cette ancienne et vaste propriété.

 

En guise de conclusion

Si les preuves formelles nous manquent, si les lieux ont largement été rebâtis au XIXe siècle, les quelques nouveaux éléments que nous avons mis en valeur confirment l’ancrage du Château du Centre de loisirs dans une atmosphère bourgeoise, voire aristocratique du XVIIIe siècle. Il semble que cet édifice et son domaine soient les héritiers d’une des vastes propriétés ayant appartenu aux notables du Pont-de-l’Arche de l’Ancien Régime.

 

Sources...

  ... citées dans l'article et archives municipales (matrices cadastrales). 

Armand Launay

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5 septembre 2013 4 05 /09 /septembre /2013 12:36

Pont-de-l’Arche fusionne avec Louviers et fonde le Football club Seine Eure

 

Le 6 juin 2013 est une date qui compte dans l’histoire du football archépontain. L’USPAC a fusionné avec le club de Louviers et devient le Football club Seine Eure (FCSE). Ceci démontre l’ambition des deux clubs qui souhaitent mutualiser leurs moyens tant dans la formation des jeunes que dans la compétitivité des équipes.

A charge, désormais, pour Michel Deloire et Roger Leblond de penser le football au niveau de l’agglomération. Côté compétition, le choix est logique, les trois clubs principaux de l’agglomération n’ont pas de résultats probants. Pont-de-l’Arche a été rétrogradée cette année en Division d’honneur régionale (DHR), l’US Louviers et l’USVVP (Val-de-Reuil) restant en Promotion d’honneur (PH). L’objectif cette année est bel et bien la Division d’honneur pour le FCSE. Ce challenge aurait pu rassembler aussi le club de Val-de-Reuil – Louviers aura tenté le rapprochement – mais sans succès.

L’initiative de la fusion entre Pont-de-l’Arche et Louviers est venue de part et d’autre et se discutait depuis quelques années. Les intervenants et les équipements de Pont-de-l’Arche et Louviers sont mutualisés pour améliorer l’encadrement de toutes les catégories, féminines, vétérans, école de foot, école d’arbitres. Allez les Rouges & noirs !

 

Contact : Maisons des associations / rue Roger Bonnet / 27340 Pont-de-l'Arche / ouvert du lundi au vendredi de 8h30 à 15h30 / 02 35 02 16 61 / fcse@lfnfoot.fr / http://fc-seine-eure.footeo.com

L’équipe première posant avec les entraineurs, dirigeants et Richard Jacquet avant leur premier match (1er septembre, stade Jacques-Havet).

L’équipe première posant avec les entraineurs, dirigeants et Richard Jacquet avant leur premier match (1er septembre, stade Jacques-Havet).

Quelques morceaux d’histoire du football à Pont-de-l’Arche

 

Emergence du football à Pont-de-l’Arche : 1910

Grâce à l’Angleterre, la Normandie est la première région de France à avoir adopté le football comme en témoigne la création du premier club français : le Havre athletic club et sa section football en 1872. Si Pont-de-l’Arche a dû être touché par ce sport à la fin du XIXe siècle, ce n’est qu’en octobre 1910 que des passionnés ont officiellement constitué une association : L’Union sportive de Pont-de-l’Arche (USP).

Affiliée à la Fédération française de football (FFF), elle existait toujours dans les années 1930. Parmi les objectifs déclarés à la Préfecture, l’USP revendiquait « la promotion des sports et la préparation militaire ». Créée quatre ans avant la Première guerre mondiale – en pleine période revancharde – cette revendication de « préparation militaire » visait à demander une subvention au Ministère de la Guerre. Les moyens de l’USP furent limités ce dont témoignent ses terrains, situés un temps sur la route de Louviers, en forêt, et sur des terrains entre la rue Olivier-des-Bordeaux et le Bon-air.

Nul doute que la présence de l’armée britannique durant la Première guerre mondiale a dû motiver les joueurs de l’USP, du moins ceux qui n’étaient pas mobilisés. En effet, le journal local L’Industriel de Louviers abordait régulièrement les rencontres entre le Royal flying corps (RFC) et les autochtones. Le 6 mars 1915, les Britanniques écrasèrent 7 à 0 l’équipe première de Louviers. Le 10 aout 1918, le journal faisait état d’une « fête annuelle des sports » organisée par le RFC à Pont-de-l’Arche.

 

Après 1945 : l’union fait la force !

Après la Libération, on retrouve L’Union sportive de Pont-de-l’Arche (USP) sous un nom sensiblement différent : le Groupement sportif de Pont-de-l'Arche (GSP). Ambitieux, celui-ci fusionne le 4 mai 1963 avec le Club sportif Alizay Igoville (CSAI) et fonde l’Union sportive Pont-de-l’Arche Alizay (USPAI), présidé par Raymond Morel. Ce club évoluait alors en Division d’honneur.

Dans les années 1980, le club engrange de bons résultats en Coupe de France sous la houlette de Marc Godefroy, entraineur issu du Football club de Rouen et de l’US Pavilly-Barentin. L’USPA monte même en Promotion d'honneur (saison 1983). A partir de 1995, le club connait une nouvelle dynamique avec Fabrice Auzoux, entraineur, et Jacques Havet, président. Dans l’objectif d’aller en championnat de ligue, le club met en place la formation des éducateurs, des arbitres et des dirigeants.

En 1998, l'USPA monte en Première division. En 2000, Jacques Havet décède et est remplacé par Roger Leblond qui poursuit la dynamique. Ainsi, en 2002, l’équipe première accède à la Promotion d'honneur (après 20 ans d'absence) et, en 2003, en Division d’honneur régionale, un exploit inconnu depuis 40 ans. En 2004, l’équipe féminine monte en Division d’honneur. Elle remporte l’année suivante la Coupe de Normandie et la Coupe de l’Eure.  

 

Vers une logique intercommunale…

En 2005, le club prend une dimension cantonale en fusionnant avec Criquebeuf et Montaure. L’Union sportive Pont-de-l’Arche canton (USPAC) est ainsi créée. En 2006, l’USPAC compte 365 licenciés. En 1997, le Football club archépontain (FCA, créé vers 1995) rejoint l’USPAC. En 2007, le club compte 501 licenciés – le 4e effectif de la Ligue de Normandie. L'équipe sénior accède à la Division d’honneur où elle restera 6 années en décrochant, notamment, la troisième place dès la première saison finissant à un point des équipes de réserve du FC Rouen et de Pacy-vallée d’Eure. L'équipe féminine accède à la D3 Nationale. Le Football club archépontain Les Damps (FCAD) rejoint l’USPAC. L'équipe sénior accède à la Division d’honneur. L'équipe féminine accède à la D3 Nationale. En 2013, l’USPAC fusionne avec l’Union sportive de Louviers (USL) et devient le Football club Seine Eure (FCSE) et vise toujours plus loin et de préférence entre les poteaux !

 

L’Industriel de Louviers

Archives de l’Eure : 4 M art. 200

Archives de l'USPAC

http://uspac.footeo.com/page/historique.html

L’équipe 1b du Groupement sportif de Pont-de-l’Arche (GSP), ancêtre de l’USPAC, posant le 30 aout 1959 sur le terrain de la route de Louviers. On reconnait Jacques Havet, en haut à gauche, qui fut le président de l’USPAC pendant de nombreuses années.

L’équipe 1b du Groupement sportif de Pont-de-l’Arche (GSP), ancêtre de l’USPAC, posant le 30 aout 1959 sur le terrain de la route de Louviers. On reconnait Jacques Havet, en haut à gauche, qui fut le président de l’USPAC pendant de nombreuses années.

Armand Launay

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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 13:59

Maurice Delamare (8)

L'entrée du stade, carte postale des années 1960.

 

Le stade Jacques-Havet (1964)

Dans la rue Président-Kennedy, le stade Jacques-Havet est le premier équipement sportif permanent de la Ville de Pont-de-l’Arche. Les précédents terrains ne nécessitaient pas, ou peu, d’équipements et c’est ainsi que, au gré des constructions immobilières, on retrouve dans les archives des terrains provisoires du côté de la rue Maurice-Hervey, près de la rue Charles-Michels, sur la route de Louviers (en forêt) ou encore sur la route de Tostes comme les fêtes de la jeunesse en 1937. Avant 1934, les entrainements de gymnastique des écoles se faisaient sur la place de l’église avant d’être installés, durant la Seconde guerre mondiale, sur la future place du Huit-mai-1945, en face du groupe scolaire Maxime-Marchand et à côté de la future salle des fêtes.

Suite aux demandes exprimées par les écoles, dont la récente école maternelle, et les associations, le Conseil municipal présidé par Roland Levillain souhaita doter la ville d’un stade digne d’un chef-lieu de canton. Ainsi une délibération du Conseil municipal du 28 février 1958 fait état d’une réponse des Ponts et chaussées chiffrant la réalisation de cet équipement à 24 millions de francs. Les élus décidèrent de demander une subvention au service départemental des sports.

Une délibération du 27 mai 1960 nous apprend le transfert de l’ancien stade au nouveau et donc l’acquisition récente des terrains par la Ville le long de la route nationale 13. Le 21 février 1962, le maire notifie aux élus l’octroi d’une subvention par le Haut commissaire de la jeunesse et des sports pour réaliser le stade scolaire. Les élus finirent le dossier de financement et lancèrent les adjudications des travaux.

C’est ainsi que le 21 juin 1964 eut lieu l’inauguration du stade municipal et scolaire en présence de Roland Levillain, maire, de Maurice Herzog, Sous-secrétaire d’Etat à la jeunesse et aux sports, et de monsieur le Préfet. Outre le terrain de football, les tribunes et les vestiaires, le stade permettait la pratique du handball, près de l’école maternelle, et de plusieurs disciplines d’athlétisme notamment grâce à une piste en terre battue.

Ce stade a ainsi pu accompagner l’émergence de l’enseignement secondaire dans la ville avant la création du collège en 1967.

En 2001, cet espace fut baptisé du nom de Jacques Havet, ancien adjoint au maire et président de l’USPAI.

 

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Le stade Jacques-Havet en 2012 durant les Olympiades 276 (photo A. Launay)

 

Les terrains de tennis (1964-1980)

En juillet 1964, quelques semaines après l’inauguration du stade Jacques-Havet, le premier terrain de tennis fut livré, près des tribunes du stade. Toujours durant un mandat de Roland Levillain, le 12 mai 1971 les élus décidèrent la création de deux courts supplémentaires, le long de l’impasse des Chanterelles (lotissement de la Forêt). Ceci démontre la popularité de ce sport dans la ville. Des vestiaires furent créés en 1980 durant le mandat de Roger Leroux qui fit aussi couvrir le premier court de tennis, près des tribunes.

 

Tennis en 1965

Inauguration du premier terrain de tennis en présence de Roland Levillain, maire (photo Archives municipales)

 

La salle de tennis de table (1977)

La salle de tennis de table, située entre la rue Président-Kennedy et la place du Huit-mai-1945, date de 1977, le premier mandat de Roger Leroux.

 

Le Mille-club (1979)

D'abord envisagée dans la Salle d’Armes par Roland Levillain et son équipe, la salle de judo fut installée dans le Mille-club construit en 1979. Comme l’indique son nom, cet espace était polyvalent. Il accueillit aussi les premiers cours de l’école de danse. Le Mil-club de Pont-de-l’Arche est très tardif. Il fut attribué à la Ville par la Direction départementale de la jeunesse, des sports et des loisirs en 1977 et l'équipe de Roland Levillain vota les crédits nécessaires à la dalle de béton. Entre 1966 et 1978, 2 500 Mille-clubs ont été construits en France selon la volonté du ministère de la Jeunesse et des sports de multiplier les équipements socioéducatifs (l’opération « Mille clubs de jeunes »). Les Mille-clubs regroupent cinq modèles de préfabriqués légers, livrés en kit et montés sur place par les jeunes des communes concernées. Ils expriment la volonté de l’Etat d’assurer des missions de cohésion sociale principalement dans les zones récemment urbanisées dans le cadre de la reconstruction d’après-guerre. Les Mille-clubs devaient compléter le réseau des Maisons des jeunes et de la culture (MJC) d’un point de vue géographique mais aussi et surtout dans l’accueil des 15-25 ans sur des projets immédiats et sans spécialité particulière. Ces lieux de rencontre devaient faciliter les initiatives et la vie associative. A Pont-de-l’Arche, c’est un modèle CL 480 de 2e génération de Mille-clubs qui fut créé. C’est une structure modulaire poteau-poutre qui combine deux pièces carrées décalées de 45°. On mesure la recherche de hauteur sous le plafond. La forme particulière de ces équipements créés en série a largement participé à leur popularité.

A lire aussi : le Mille-club ou la prise en compte de la jeunesse dans la politique municipale à Pont-de-l'Arche . 

 

Mille club 3

Le Mil-club et son environnement en 2010 (photo A. Launay)

 

Le gymnase du collège (1986)

Ce gymnase, répondant à des impératifs pédagogiques, fut construit par le Syndicat intercommunal du secteur scolaire du CES de Pont-de-l’Arche en 1986. Bâti durant le mandat de Roger Leroux, il fut réalisé grâce à Paulette Lecureux, adjointe au maire et présidente du syndicat intercommunal. Il bénéficia d’importantes rénovations en 2010 suite au travail de Zahir Mechkour, président du syndicat, et de l’équipe de Richard Jacquet.

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Le gymnase du collège en 2012 durant les Olympiades 276 (photo A. Launay)

 

Le gymnase du Bon-air (2003)

L’équipe de Paulette Lecureux souhaita construire un équipement répondant aux attentes des clubs sportifs parmi lesquels le judo. Les élus envisagèrent de bâtir un gymnase au cœur de La Pommeraie mais les riverains souhaitèrent que ce lieu garde sa vocation première de poumon vert. Il fut ainsi décidé que le gymnase serait construit le long de la rue Nungesser-et-Coli. Les travaux furent conduits par l’équipe de Dominique Jachimiak et l’inauguration eut lieu en 2003.

 

Le stade Max-Fournier (1987/ 2005)

La construction du lotissement Jules-Massenet, en 1987, a nécessité le transfert de terrains de football et de rugby à l’espace Sainte-Anne, près du chemin de la Procession. A la fin du second mandat de Roger Leroux, la Maison des associations a été créée en 1987 dans un local de la rue Roger-Bonnet, acquis par la Ville en 1988. Puis, afin de réaliser le contournement sud de Pont-de-l’Arche, les terrains ont été déplacés au sud du Chêne-Jaunet en 2005. Ils ont été baptisés « Max-Fournier » en 2007 en hommage au premier président du Rugby club archépontain (RCA). Max Fournier fut muté au collège de Pont-de-l’Arche en 1969. Originaire de la Dordogne, il joua aux clubs d’Évreux et de Bernay. En 1977, avec de nouveaux collègues, il fonda le RCA avec l’aide du maire Roger Leroux.  

 

Sources

Registres des délibérations du Conseil municipal

Le Trait d’union : bulletin d’informations municipales

Verniers Hélène, « Les Mille clubs où la cabane industrialisée », dans Monnier Gérard, Klein Richard, Les années zup : architectures de la croissance 1960-1973, Paris : A et J Picard, 2002, 301 pages.

 

 

Armand Launay

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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 22:09

 

Entre lacs et falaises, la serre zoologique Biotropica a pris place en 2012 dans la base de loisirs de Léry-Poses, à deux pas des falaises de la vallée de la Seine et de Pont-de-l'Arche. Un joli petit coin de Normandie où le sport, les loisirs et le patrimoine sont rois…

 

 

Logo Biotropica

 

 

Léry-Poses : sports et loisirs pour tous ! 

 

Entre Poses et Val-de-Reuil, 40 millions de tonnes de granulats ont été extraits pour répondre aux besoins de l’immobilier. La majeure partie des carrières n’est plus exploitée et a laissé place à près de 650 hectares de lacs. Une réserve ornithologique occupe 65 hectares et le reste est dévolu aux loisirs sous la responsabilité de la base de plein air de Léry-Poses. Ce syndicat mixte, associant la région Normandie, les départements de l'Eure et de Seine-Maritime et la CASE, met à la disposition du public de nombreuses activités sportives au lac du Mesnil (golf, voile, kayak, escalade, VTT, tir à l’arc…) et des loisirs pour l’ensemble de la famille au lac des Deux amants (plage, minigolf, téléski, parc de jeux, chalets en location, pédalos et canoë-kayaks…). De quoi passer des weekends aussi agréables qu’occupés !

 

Base de Léry-Poses

27 740 Poses – 02 32 59 13 13 / http://basedeloisirs-lery-poses.fr

 

11

Golf, sports nautiques, escalade et plage…

Léry-Poses a quoi ravir toute la famille.

 

 

 

Le barrage de Poses et les écluses d’Amfreville

 

Le saviez-vous ? La marée se fait sentir sur la Seine jusqu’à Poses, à 160 km de la mer ! C’est le barrage de Poses et les écluses d’Amfreville-sous-les-Monts qui démarquent la haute Seine de la basse Seine, soumise aux marées. Ces éléments ont été construits de 1878 à 1881. Le barrage présente d’impressionnantes poutres métalliques et des bardages de béton. Il est d’autant plus spectaculaire qu’une passerelle permet aux promeneurs de le surplomber et d’apprécier son point de vue imprenable sur les chutes d’eau, leur force, leur bruit et leurs embruns ! Un lieu de promenade idéal pour la famille entre Amfreville et sa célèbre guinguette et le village fluvial de Poses où sont amarrés les remorqueurs accueillant le musée de la Batellerie.

A lire : notre album-photos sur les réparations du barrage de Poses et des écluses d'Amfreville à la Libération.

 

12

Depuis 1881, le barrage de Poses sépare la basse Seine – soumise aux marées –

et la haute Seine. Au fond, la Côté des Deux amants.

 

 

Reine des falaises : la légendaire Côte des Deux amants

 

Avec 140 mètres de dénivelé, les falaises bordant la boucle de Seine à Poses offrent un magnifique paysage où des affleurements de craie entrecoupent des herbages et surtout des bois. La clé de voute de cet ensemble est sans conteste la côte des Deux amants qui domine le confluent de la Seine et de l’Andelle, aux confins du Vexin. Du haut de celle-ci, un très beau point de vue se dégage sur les iles de Seine, la vallée des lacs et vers Pont-de-l’Arche. Cette côté a inspiré la poétesse Marie de France qui écrivit la légende des Deux amants à la fin du XIIe siècle. Première femme à avoir écrit des vers en français et, plus précisément, en anglo-normand, elle a conté l’histoire du roi de Pîtres qui ne voulait pas marier sa fille. Il promit la main de celle-ci à l’homme qui surmonterait l’impossible : gravir la côte en portant la princesse dans les bras. Un homme s’y risqua qui mourut d’épuisement en arrivant en haut de la côte. Sa dulcinée mourut de chagrin sur les lieux qui s’appellent depuis « Côte des Deux amants ». Une hypothèse moins romantique avance que le nom provient de « côte des deux amonts » puisque cette zone de confluence permettait aux mariniers « d’aller amont » vers l’Andelle ou vers la Seine… soit deux amonts !

 

13

La côte des Deux amants, un site naturel classé bien connu des romantiques...

 

 

 

Pont-de-l'Arche, patrimoine médiéval et renaissant...

 

Avec l'ancienne abbaye de Bonport fondée par Richard Coeur de Lion (1190), les remparts de Philippe Auguste (XIIIe siècle), des dizaines de maisons à pans de bois (XVe-XVIIIe siècle), une église flamboyante (1499-1566), on peut lire l'histoire de la Normandie et de la vallée de la Seine à travers le prisme de Pont-de-l'Arche ! Il faut aussi compter sur la forêt de Bord-Louviers, vaste domaine public où chacun trouve son plaisir (balade à pied, VTT, équitation, observation animale, calme...). 

 

Ajoutez à cela de magnifiques berges propices aux piqueniques, une offre de restauration et de services...

 

 

Pour plus d'informations, l'Office de tourisme 

 

Sorties touristiques, agenda des manifestations, offre d’hébergement et de restauration…

Office de tourisme Seine Eure

10, rue Maréchal-Foch
27 400 LOUVIERS
02 32 40 04 41 / www.tourisme-seine-eure.com

14

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2Les falaises vers Connelles vues depuis la Côte des Deux-amants (automne 2011).

 

 

1

Des randonneurs arrivant au sommet de la Côte des Deux-amants avec vue,

en contrebas, sur la Seine et les lacs de Léry-Poses (automne 2012).

Armand Launay

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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 16:40

Biotropica ? C’est une serre tropicale de 6 000 m² qui ouvre ses portes le 1er septembre sur la butte de la Capoulade à Val-de-Reuil, au milieu des lacs et des falaises normandes. C’est un espace dédié à la préservation des espèces et à l’écologie.

 

Biotropica


A l'origine du projet, on retrouve Anne et Thierry Jardin, les propriétaires du zoo de Cerza (près de Lisieux). La Communuauté d'agglomération Seine Eure (CASE) a proposé un endroit qui a pleinement convenu à Biotropica qui s'est concrétisée après un an de travaux. 

Sur plus de 100 000 m² le public peut se balader dans un vaste parc avec étang où les petits peuvent approcher des pélicans, des chèvres et des cochons nains, des poules autour de la ferme et des kangourous (si si !).

 En haut de la butte de la Capoulade, se trouve la serre et son climat humide et chaud. L’intérieur est composé d’impressionnants dont une cascade de 12 mètres de haut, des aquariums, des terrariums… 

Le public fait deux fois le tour de la serre grâce à une passerelle en hauteur. Ainsi, il observe pleinement les 2 500 animaux de Biotropica parmi lesquels des loriquets de Swainson, des ibis rouges, des pigeons couronnés, des escargots géants, des dendrobates, des tortues géantes, des alligators, des anacondas, des phasmes-feuilles ou encore des poissons aveugles. 

Pour assurer le bon fonctionnement de Biotropica, la direction a été confiée à Alain Le Héritte, qui fut directeur associé du parc zoologique de Pont-Scorff (Morbihan). Celui-ci croit au potentiel de Biotropica : « les Normands peuvent être fiers de leur région tant elle regorge de beautés et d’atouts à partager ». 

Parions que Biotropica saura dynamiser le tourisme local notamment grâce aux millions de parisiens qui vont régulièrement sur la côte normande. C’est ce qu’espèrent la région Haute-Normandie et le Conseil général de l’Eure qui subventionnent 8 % des 4,5 millions d’euros investis pour créer la serre ; le cout total du parc s’élevant à 7 millions d’euros.


Ouverture et tarifs

9h30-18h d’octobre à avril. 9h30-19h de mai à septembre. Le parking de Biotropica est celui de la base de loisirs Léry-Poses : 4 € par véhicule. Biotropica amortit ce cout par des tarifs d’entrée revus à la baisse.

Individuels : 3-11 ans : 7,5 €. Au-delà : 11 €.

Groupes (15 personnes et plus) : 2-11 ans : 5,5 €. Au-delà : 9 €.

Abonnement (offre d'ouverture limitée aux 3 premiers mois). Adultes : 22 €. Enfants : 15 €. Valable de date à date.

 


Contact et accès

  Logo Biotropica


Biotropica – www.biotropica.fr / Butte de la Capoulade, CD 110 / 27 100 VAL-DE-REUIL

 

 

A lire aussi...

Léry-Poses, Amfreville-sous-les-monts : une région bénie des dieux !

L'église de Pont-de-l'Arche

La forêt de Bord-Louviers

Aperçu de l'histoire de Pont-de-l'Arche


Armand Launay

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9 mai 2006 2 09 /05 /mai /2006 10:16

Voir notre étude complète en cliquant ici

 

 

A lire aussi...

Les berges de l'Eure

Les ruelles médiévales de Pont-de-l'Arche

Le blason de Pont-de-l'Arche.

Armand Launay

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23 avril 2006 7 23 /04 /avril /2006 00:25

La communauté d'agglomération Seine-Eure n’a pas volé son nom. Outre la voie verte qui relie Léry à Louviers (site Internet), il ne faut pas rater les berges de l’Eure de Pont-de-l’Arche et des Damps. Ces rives offrent de magnifiques vues sur les coquettes maisons qui peuple le pied du coteau, ainsi que sur les îles situées entre l’Eure et la Seine. 

 

L'Eure aux Damps

 

Sans encombre, le touriste peut marcher sur cet ancien chemin de halage par lequel nos ancêtres tiraient les bateaux remontant le fleuve. Aujourd’hui ce sont les cygnes (qu’on approche de très près), les poules d’eau et les canards qui peuplent ces lieux. C’est ici le terrain privilégié des pique-niques, des siestes en famille, des balades amoureuses, ou encore des parties de pêche, des kayakistes…

 

 

Le pont d'Arromanches (vestige de la Seconde guerre mondiale)


 

 

Si autrefois le confluent entre l’Eure et la Seine était situé en face des Damps, c’est maintenant à Pont-de-l’Arche que l’Eure partage pour la première fois – et partiellement – ses eaux avec celles du fleuve grâce à un déversoir. Ce sont les grands travaux des années 1930, qui firent de la Seine un canal entre la Manche et Paris, qui reportèrent le confluent à Martot, dix kilomètres en aval. D’amont en aval, le touriste appréciera : 

 

 

- le cœur historique des Damps ;

 

- l'ile Saint-Pierre (accessible par un escalier tournoyant depuis le milieu du pont. Attention car aucun aménagement de sécurité n'est installé dans cette partie privée) ; 

 

- le centre ville de Pont-de-l'Arche ;

 

- le pont d’Arromanches (pont Mulberry qui permet de traverser l’Eure pour gagner l’île d’Harcourt). Il est le reste d’un pont construit à la Libération par les armées alliées afin de franchir non seulement l’Eure mais aussi la Seine (partie qui a, depuis, disparu) ; 

 

- l'ancienne abbaye de Bonport (pour les plus sportifs). Accessible par un chemin accessible l'hiver le printemps à partir du pont d'Arromanches. Quelques barrières ponctuent ce chemin afin de pas disperser les quelques moutons qui paissent ici. Après avoir marché sous le mur d’enceinte de Bonport, le marcheur rejoindra les rives verdoyantes de Criquebeuf et Martot. Prévoir un bâton pour les orties en été ; des bottes pour l’automne !

 

 

A lire aussi...

 

La forêt de Bord-Louviers

L'ancien bailliage

Le nom des habitants de Pont-de-l'Arche

 

 

Armand Launay

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  • : Pont de l'Arche histoire, patrimoine et tourisme
  • : Bienvenue sur ce blog perso consacré à Pont-de-l'Arche et sa région (Normandie, Eure). Contactez-moi afin d'étudier ensemble, plus avant, l'histoire et donc de progresser vers la connaissance. Bonne lecture ! armand.launay@gmail.com
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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au cœur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

- Mieux connaitre Pont-de-l'Arche à travers 150 noms de rues et de lieux ! (Autoédité, 2019, 64 pages). 

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte.

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