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20 septembre 2019 5 20 /09 /septembre /2019 12:13

 

Nous proposons ici un début de description d’un bâtiment disparu : le manoir du roi. Nous avons forgé ce nom à partir de son appellation de manoir, au XIXe siècle, et du fait qu’il était la propriété directe du roi. 

 

Détail de la vue de E. Cagniard, inspiré d'Hyacinthe Langlois qui représenta, avant 1816, cette portion des remparts de Pont-de-l'Arche. Le manoir du roi est le vaste bâtiment situé derrière le rempart. (photographie de Jean Mesqui d'après l'original conservé aux archives de l'Eure).

Détail de la vue de E. Cagniard, inspiré d'Hyacinthe Langlois qui représenta, avant 1816, cette portion des remparts de Pont-de-l'Arche. Le manoir du roi est le vaste bâtiment situé derrière le rempart. (photographie de Jean Mesqui d'après l'original conservé aux archives de l'Eure).

 

Les documents les plus explicites de l’existence de ce bâtiment sont des gravures. La première est signée E. Cagniard, artiste de Rouen. Il doit s’agir de Jean-Baptiste Espérance Cagniard, né en 1825 et décédé en 1891. Cette vue peut se consulter aux archives départementales de l’Eure sous la cote 1 Fi 838. Elle servit d’illustration à l’ouvrage de Léon de Duranville : Essai historique et archéologique sur la ville du Pont-de-l’Arche. Documents supplémentaires (1870). Elle fut réalisée d’après un croquis d’Hyacinthe Langlois, artiste né à Pont-de-l’Arche. Elle doit dater d’avant 1816, date où les remparts jouxtant l’église furent arasés comme nous l’apprend une délibération du Conseil municipal du 2 mai 1816.

On y voit encore les remparts dans ce qui semble être leur hauteur d’origine. Ils sont percés d’une série d’archères à moins qu’il s’agisse de passages pour les solives des hourds. La tour de Crosne est nettement visible. 

Immédiatement derrière les remparts se trouve un immense bâtiment : c’est le manoir du roi. Ses dimensions sont impressionnantes et c’est par cette vue que l’on prend le plus aisément conscience de son existence. La forte inclination du toit nous fait songer à une architecture médiévale. 

 

 

Vue de E. Cagniard dans son intégralité (photographie de Jean Mesqui d'après l'original conservé aux archives de l'Eure).

Vue de E. Cagniard dans son intégralité (photographie de Jean Mesqui d'après l'original conservé aux archives de l'Eure).

Une autre vue, celle de Garneray en 1790, illustre ce que fut ce bâtiment. On le retrouve proche de la tour de Crosne mais un peu plus distant. Ses dimensions sont plus réalistes, semble-t-il, mais le dessinateur fut aussi frappé par sa hauteur émergeant des remparts. Il ne semble pas qu’il fut parallèle aux remparts longeant la Seine. Il doit au contraire avoir formé une diagonale barrant l’angle-droit où se trouve la tour de Crosne. En somme, il devait avoir une orientation nord-est‒sud-ouest.    

En 1790, Aubin-Louis Millin présenta à l’Assemblée constituante une œuvre recensant le patrimoine national. Dans le chapitre 43 de ses désormais célèbres Antiquités nationales l’auteur accorde quelques belles pages à Pont-de-l’Arche. Il aborde notamment « … le château de Pont-de-l’Arche, actuellement démoli, et que j’ai fait dessiner au moment de la destruction… ». Il s’agit d’une vue sur le châtelet de Limaie, alors en démantèlement. On y voit, en arrière plan, la tour de Crosne et le manoir du roi. Reproduite ci-dessus, elle fut dessinée par Garneray et sculptée par Desmaisons.

En 1790, Aubin-Louis Millin présenta à l’Assemblée constituante une œuvre recensant le patrimoine national. Dans le chapitre 43 de ses désormais célèbres Antiquités nationales l’auteur accorde quelques belles pages à Pont-de-l’Arche. Il aborde notamment « … le château de Pont-de-l’Arche, actuellement démoli, et que j’ai fait dessiner au moment de la destruction… ». Il s’agit d’une vue sur le châtelet de Limaie, alors en démantèlement. On y voit, en arrière plan, la tour de Crosne et le manoir du roi. Reproduite ci-dessus, elle fut dessinée par Garneray et sculptée par Desmaisons.

 

 

Les vues précédentes correspondent à un élément du patrimoine bâti existant aujourd’hui : la cave de la tour de Crosne. Nous l’avons visitée en 2010 grâce à son propriétaire : William Bertrand. Si le rempart forme presque un angle-droit au niveau de la tour Crosne, cette cave serait orientée à 45° de la tour. Son entrée actuelle ne semble pas d’origine. Elle est faite en brique et moellons de silex et commence à s’engager dans la terre le long du rempart, depuis l’est de la tour. Après un premier escalier, un virage se fait sur la gauche, vers le centre de la ville et la voute diffère. Il s’agit alors d’une voute médiévale, avec des arcs en tiers-point chanfreinés, qui devait, selon toute vraisemblance, permettre d’entrer depuis la tour de Crosne. Un second escalier permet de prendre de la profondeur et d’aboutir à une nef principale d’une dizaine de mètres de long sur deux de large, avec des alcôves de part et d’autre. Ces alcôves ont été partiellement murées. Cette cave aurait bien pu être la cave du manoir du roi. Elle en aurait formé la ligne coupant symétriquement le bâtiment et le reliant à la tour de Crosne.

 

 

Différentes vues de la cave de la tour de Crosne (clichés Armand Launay, mai 2010). Il se peut qu'elle ait servi de cave au manoir du roi et, même, de passage entre celui-ci et la tour.
Différentes vues de la cave de la tour de Crosne (clichés Armand Launay, mai 2010). Il se peut qu'elle ait servi de cave au manoir du roi et, même, de passage entre celui-ci et la tour.
Différentes vues de la cave de la tour de Crosne (clichés Armand Launay, mai 2010). Il se peut qu'elle ait servi de cave au manoir du roi et, même, de passage entre celui-ci et la tour.
Différentes vues de la cave de la tour de Crosne (clichés Armand Launay, mai 2010). Il se peut qu'elle ait servi de cave au manoir du roi et, même, de passage entre celui-ci et la tour.
Différentes vues de la cave de la tour de Crosne (clichés Armand Launay, mai 2010). Il se peut qu'elle ait servi de cave au manoir du roi et, même, de passage entre celui-ci et la tour.
Différentes vues de la cave de la tour de Crosne (clichés Armand Launay, mai 2010). Il se peut qu'elle ait servi de cave au manoir du roi et, même, de passage entre celui-ci et la tour.

Différentes vues de la cave de la tour de Crosne (clichés Armand Launay, mai 2010). Il se peut qu'elle ait servi de cave au manoir du roi et, même, de passage entre celui-ci et la tour.

 

Une autre référence se trouve aux pages 74 et 75 de l’étude de Paul Goujon intitulée “L’Hôtel-Dieu et les pénitents du Pont-de-l’Arche”. Elle fut publié dans la revue La Normandie dans le n° 3 de mars (pages 66-76) et n° 4 d’avril (pages 105-115) de l’année 1897. Paul Goujon y écrivit que Les pénitents étant trop à l’étroit dans l’hôtel-Dieu [au-dessus de la Salle d’Armes], ils voulurent fonder un couvent. Avec l’aide de Richard Cyrot [curé de la paroisse] qui leur donna 1 500 livres, ils acquirent « un vieux manoir avec cour et jardin, dépendant du domaine du roi, habité autrefois par Charles le Sergent, vicomte et receveur du domaine du Pont-de-l’Arche, décédé en 1647, et situé entre la rue et les remparts, près de la porte appelée anciennement Saint-Jean [la porte de Crosne], qui avait été murée. Le terrain, avec plusieurs bâtiments en ruine, avait une longueur de quarante toises, de la propriété Durant, eslu au Pont-de-l’Arche, le plus proche voisin, jusques aux remparts de la ville et à la tour du côté de Bonport [qu’on n’appelait donc pas encore tour de Crosne], et une largeur de trente et une toises de la muraille bordant la rue aux remparts de la Seine ; il occupait en partie l’emplacement de la propriété actuelle de M. L’abbé de Lanterie.” 

La description correspond aux vues précédentes : il s’agit de l’encoignure de la tour de Crosne, entre la porte de Crosne et les remparts. Nous apprenons que le lieu était déjà devenu inutile aux vicomtes, remplacés depuis par des lieutenants du bailli. Qui plus est, la propriété de l’abbé de Lanterie nous est connue. Il l’acquit de son père, Marie-Auguste de Subtil de Lanterie (1789-1875). Celui-ci s’établit à Pont-de-l’Arche avant 1825 et fit rehausser la tour de Crosne avant 1854 comme le montre l’observation des gravures anciennes.    

Il semble que ce manoir royal fût le siège des vicomtes qui étaient, au départ, ses fonctionnaires. Ils habitaient donc non loin de la vicomté qui est devenue le bailliage. Ce manoir constituait donc une propriété à part dans la ville. Résidence du pouvoir, il était bâti sur un terrain vaste. La démolition du manoir a donc laissé un espace étonnamment vide pour le centre-ville intramuros aux maisons le plus souvent blotties les unes contre les autres. 

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au cœur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

- Mieux connaitre Pont-de-l'Arche à travers 150 noms de rues et de lieux ! (Autoédité, 2019, 64 pages). 

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte.

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