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3 mai 2019 5 03 /05 /mai /2019 14:04

 

Entre 1934 et 1935 le confluent de l’Eure et de la Seine a été reporté en aval, à Martot… L’Eure a gagné plus de 10 km et a atteint les 228,7 km de longueur qu’on lui connait de nos jours. Quelle est la raison de ce changement de lieu ?

 

Dans les années 1930, d’immenses travaux de chenalage ont eu lieu. Le chenalage désigne l’aménagement d’une voie navigable, un peu à la manière d’un canal. C’est ce qui explique pourquoi les berges de la Seine sont depuis rectilignes et, souvent, endiguées. Pour réaliser cela, le service de la navigation a déterminé quel serait le cours principal de la Seine. Le bras majeur du fleuve a été choisi. Les bras secondaires étaient donc inutiles, voire nuisibles, car ils alimentaient en alluvions le cours principal et détournaient des eaux, baissant la profondeur du cours principal. Il fallait les supprimer.

C’est pourquoi les iles de Seine ont été rassemblées de manière à bâtir une sorte de digue sud au cours principal de la Seine. Elles ont été rassemblées grâce aux terres issues du dragage du lit de la Seine. Tout l’espace en face de la place du village des Damps a été comblé en 1934. Les bras entre les iles ont été comblés de manière de ne laisser que la péninsule Saint-Pierre qui arrive, depuis, jusqu’au pont de Pont-de-l’Arche. Les iles situées en amont, vers Poses, ont été rattachées à la péninsule de la Garenne. On voit toujours quelques saules têtards qui marquent les emplacements des anciens bras, en direction du pont ferroviaire du Manoir. On utilise toujours les noms des anciennes iles, notamment quand on parle des "jardins ouvriers" ou "familiaux" de Rouville, du nom de l'ancienne ile de la commune d'Alizay mais situé sur la rive gauche de la Seine.

Le petit port des Damps, situé sur la place du village, fut coupé de la Seine. Pour pallier cela, la mairie des Damps fit bâtir un petit pont sur l’Eure, en aout 1935. Grâce à cela, les camions chargés de bois de la forêt de Bord pouvaient aller sur la berge de Seine où attendaient les péniches pour le chargement. Cependant, le transport routier prit bientôt le relai du transport fluvial et le chemin longeant les berges de Seine devint une décharge sauvage jusque dans les années 1980 où il fut nettoyé.

Quant au bac des Damps, petit service qui reliait la place du village à la péninsule de la Garenne, il est devenu parfaitement inutile avec la création du petit pont en 1935.

 

Tous ces travaux ne suffirent pas : il fallut maintenir le niveau des eaux de l’Eure à Martot, de manière à ce que la rivière ne soit pas asséchée. En effet, le cours principal de la Seine fut approfondi. Ceci afin de rendre inutile le barrage de Martot et donc de démolir. Par conséquent, depuis ce temps les eaux de l’Eure se déversent très rapidement dans le cours de la Seine si rien ne leur barre le passage. C’est la raison pour laquelle un petit barrage sur l’Eure fut bâti à Martot. Il a été remplacé en 2017 par une passe qui maintient toujours un niveau minimum des eaux mais qui accélère un peu le courant de manière à ce qu’il évacue de lui-même la vase. De même, il permet aux poissons de remonter le courant. Ce n’est pas tout, un déversoir fut créé à Pont-de-l’Arche en 1935 de manière à évacuer le surplus d’eau et donc de décharger le barrage de Martot.

 

Comment interpréter les documents et des cartes postales anciennes ?

Cartes postale illustrée des Damps. Cette photographie fut prise vers 1920 depuis un étage de la Gentilhommière, vraisemblablement. Au premier plan se trouve l'ancien confluent, face à la place du village. A l'arrière plan on aperçoit le pont ferroviaire du Manoir ce qui prouve bien que le bras principal est celui de la Seine. A gauche, se trouve une ile de Seine. A droite, se trouve la pointe de la Garenne, dernière séparation entre l'Eure et la Seine.

Cartes postale illustrée des Damps. Cette photographie fut prise vers 1920 depuis un étage de la Gentilhommière, vraisemblablement. Au premier plan se trouve l'ancien confluent, face à la place du village. A l'arrière plan on aperçoit le pont ferroviaire du Manoir ce qui prouve bien que le bras principal est celui de la Seine. A gauche, se trouve une ile de Seine. A droite, se trouve la pointe de la Garenne, dernière séparation entre l'Eure et la Seine.

La place du village des Damps sur une carte postale illustrée des années 1910. Deux cafés-épiceries servaient la population dampsoise et les gens de passage prenant, notamment, le bac entre Poses et Les Damps. Le bac est bien visible ici. Son débarcadère en terre est toujours visible de nos jours en amont du petit pont qui fut bâti en 1935.

La place du village des Damps sur une carte postale illustrée des années 1910. Deux cafés-épiceries servaient la population dampsoise et les gens de passage prenant, notamment, le bac entre Poses et Les Damps. Le bac est bien visible ici. Son débarcadère en terre est toujours visible de nos jours en amont du petit pont qui fut bâti en 1935.

Carte postale illustrée des Damps. La photographie fut prise depuis les hauteurs de l'espace anciennement appelé "le Clos". On y voit, en bas à droite, une première maison, située avant la ferme de la Côte. Le premier cours d'eau est l'Eure, toujours située en ce lieu. Plus loin, un deuxième cours d'eau est visible. Il s'agit d'un ancien bras de Seine de Poses aux Damps entre la Garenne et l'ile de Rouville. Il a été comblé en 1934. Le troisième cours d'eau, au fond, est le bras principal de la Seine.

Carte postale illustrée des Damps. La photographie fut prise depuis les hauteurs de l'espace anciennement appelé "le Clos". On y voit, en bas à droite, une première maison, située avant la ferme de la Côte. Le premier cours d'eau est l'Eure, toujours située en ce lieu. Plus loin, un deuxième cours d'eau est visible. Il s'agit d'un ancien bras de Seine de Poses aux Damps entre la Garenne et l'ile de Rouville. Il a été comblé en 1934. Le troisième cours d'eau, au fond, est le bras principal de la Seine.

Carte du service de la navigation de la Seine avant le comblement du confluent des Damps. Le village des Damps est en haut de cette vue, au sud. On y voit précisément les contours des iles et le tracé des cours d'eau. Les digues prévues sont tracées en rouge. Elles consisteront en de simples levées de terre. Avec nos remerciements à Thomas Gardes pour le partage de ce document.

Carte du service de la navigation de la Seine avant le comblement du confluent des Damps. Le village des Damps est en haut de cette vue, au sud. On y voit précisément les contours des iles et le tracé des cours d'eau. Les digues prévues sont tracées en rouge. Elles consisteront en de simples levées de terre. Avec nos remerciements à Thomas Gardes pour le partage de ce document.

La péninsule Saint-Pierre en juillet 2016 vue depuis Les Damps du haut. On voit nettement que son relief est tourmenté. Il témoigne du travail de l'homme et du comblement partiel des anciens bras de Seine. Une partie d'un bras est toujours en eau et grandit à mesure que la crue augmente l'hiver (cliché Armand Launay).

La péninsule Saint-Pierre en juillet 2016 vue depuis Les Damps du haut. On voit nettement que son relief est tourmenté. Il témoigne du travail de l'homme et du comblement partiel des anciens bras de Seine. Une partie d'un bras est toujours en eau et grandit à mesure que la crue augmente l'hiver (cliché Armand Launay).

Perspective sur l'actuel confluent de l'Eure et de la Seine. On dit qu'il se trouve à Martot, après la passe. En réalité il est situé dans la commune de Saint-Pierre-lès-Elbeuf, en Seine-Maritime. Au loin, on peut admirer les immeubles du Puchot à Elbeuf (cliché Armand Launay, aout 2010).

Perspective sur l'actuel confluent de l'Eure et de la Seine. On dit qu'il se trouve à Martot, après la passe. En réalité il est situé dans la commune de Saint-Pierre-lès-Elbeuf, en Seine-Maritime. Au loin, on peut admirer les immeubles du Puchot à Elbeuf (cliché Armand Launay, aout 2010).

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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 18:09
Par la géographie ou par l'histoire, quel plaisir de se balader en beaux lieux ! Ici derrière la Plaine-de-Bonport, le long de l'Eure (cliché Armand Launay, avril 2011).

Par la géographie ou par l'histoire, quel plaisir de se balader en beaux lieux ! Ici derrière la Plaine-de-Bonport, le long de l'Eure (cliché Armand Launay, avril 2011).

 

Les on-dits sont nombreux en ce joli coin de Normandie : “l’abbaye de Bonport fut construite à Saint-Martin de Maresdans”, “près d’un ancien temple gallo-romain”. “Une chapelle existait toujours il y a 200 ans sur les hauteurs de Criquebeuf”, “le Val-Richard tient son nom de “Richard Cœur de Lion”... Autant d’informations romantiques qui nous plongent dans les belles brumes, comme celles d’automne sur la Seine. Nous proposons ici un article sans autre problématique que de nous éclairer sur la localisation de lieux-dits et, surtout, de hameaux, c’est-à-dire des espaces habités entre Criquebeuf-sur-Seine et Pont-de-l’Arche. Nous y apportons quelques connaissances glanées de-ci de-là, qu’elles soient sourcées, orales ou issues de découvertes archéologiques officieuses.   

 

Présentation de la zone étudiée

À la recherche de Saint-Martin de Maresdans (ou Maresdamps, entre Criquebeuf-sur-Seine et Pont-de-l’Arche)

 

Cette capture d’écran a été faite durant la consultation de Google maps le 2 septembre 2017. À droite, se voient les bâtiments agricoles de l’ancienne abbaye de Bonport (commune de Pont-de-l’Arche). Au centre se trouve le hameau de la Plaine-de-Bonport (“casse automobile”, commune de Criquebeuf-sur-Seine). Au sud-ouest de ce hameau, on reconnait la zone d’activité du Val-Richard. Coupant notre zone en deux depuis le nord vers le sud, se trouve l’Autoroute de Normandie (A13). D’Est en ouest se trouve la route départementale d’Elbeuf à Pont-de-l’Arche (D321) puis le récent contournement de cette dernière agglomération. Un délaissé de la route départementale borde au sud la Plaine-de-Bonport. À l’Est s’étale Criquebeuf-sur-Seine au sud du cours de l’Eure. Au sud-Est se voit la zone d’activité du Bosc-hêtrel, au nord du chemin du Becquet. La forêt de Bord, ce qu’il en reste malgré les coupes et la tempête de 1999, apparait au centre et au sud de cette vue. 

 

Distinguer Le Catelier, Gaubourg et Saint-Martin de Maresdans

Dans un précédent article dévolu au paganisme antique, nous avions cité Victor Quesné et Léon de Vesly qui semblent apporter un précieux témoignage. Ces archéologues locaux ont procédé aux fouilles d’un fanum, un temple païen rural, situé sur le territoire de l’actuelle commune de Criquebeuf. Dans un rapport édité en 1898 (1), ils avancèrent que ce fanum devait faire partie d’un village gallo-romain situé au “Catelier”, à Criquebeuf (page 304). Nos auteurs observaient qu’il existait une ferme appelée Gaubourg, vingt ans auparavant. Ils en tiraient la conclusion que le Catelier avait été appelé Gaubourg « par les envahisseurs du Ve siècle, qui paraissent avoir abandonné la hauteur pour s'établir sur les bords de la Seine en un lieu appelé Maresdans. Il ne reste aujourd'hui de cette station célèbre mentionnée par Guillaume de Jumièges, qu'un tertre couvert de bois : la chapelle, dans laquelle ont été baptisés quelques vieux villageois a disparu et l'image de saint Martin, patron de cette paroisse, a été remplacée dans l'église de Criquebeuf où nous l'avions souvent contemplée. — Quelques pierres et des traces de mortiers qui roulent à la surface des champs, voilà tout ce qui reste de Saint-Martin-de-Maresdans ! »

Les auteurs, malgré leur mérite, semblent confondre les lieux-dits. Le Catelier est un lieu-dit de Criquebeuf mais limitrophe de Martot, au sud de Quatre-âges. Quant à Gaubourg, on retrouve ce nom dans le plan cadastral de Criquebeuf, mais bien loin du Catelier. C’est ce que montre le document, ci-dessous, extrait du plan cadastral de Criquebeuf datant de 1834.

À la recherche de Saint-Martin de Maresdans (ou Maresdamps, entre Criquebeuf-sur-Seine et Pont-de-l’Arche)

 

Sur cette capture d’écran (archives.eure.fr) du plan cadastral de Criquebeuf-sur-Seine (1834, section C, feuille 1), on localise précisément Gaubourg et le fond de Gaubourg (Est). Gaubourg était situé à l’Est du “Boshêtrel”, au nord de la route du “Becquet à Pont-de-l’Arche”, tronçon aujourd’hui coupé, voire disparu. Nous sommes ici au nord de la route forestière de Cobourg [sic]. Le chemin du Boshêtrel est aujourd’hui la route qui traverse la zone d’activité du Bosc-hêtrel. Elle reconnaissable à son coude et son virage, au nord, la rapprochant du rondpoint de la RD321.  

On est bien loin de la limite avec Martot. C’est ce que montre aussi la carte de Cassini ci-dessous.

À la recherche de Saint-Martin de Maresdans (ou Maresdamps, entre Criquebeuf-sur-Seine et Pont-de-l’Arche)

 

Cette capture d’écran (du site geoportail.gouv.fr) montre un détail de la numérisation de la carte de Cassini en couleur (feuilles gravées et aquarellées), issue de l’exemplaire dit de « Marie-Antoinette » du XVIIIe siècle.

À l’ouest de Bonport se lit, sur la forêt, “Saint-Martin” sous un clocher qui symbolise un hameau. Plus à l’ouest, vers Criquebeuf, se lit le nom de hameau de Gaubourg qui semble correspondre à l’entrée actuelle de la commune de Criquebeuf en venant de Pont-de-l’Arche (les rues de Rougemont et du Val-Richard). C’est ce que dément le plan cadastral ci-dessus. Quoi qu’il en soit, Gaubourg se distingue bien à la fois du Catelier et de Saint-Martin de Maresdans. Gaubourg semble n’avoir survécu que dans le nom de la route forestière de Cobourg. L’ancienne maison forestière des Brulins qui tombe en ruine depuis quelques décennies a été la dernière habitation de cet espace.   

Alors, quid de la fiabilité du témoignage de Victor Quesné et Léon de Vesly ? Ils semblent commettre une confusion de taille : croire que les habitants ont abandonné le Catelier pour construire Gaubourg et que Gaubourg se confond avec Saint-Martin. Ils semblent penser les lieux-dits à l’image du village-rue de Criquebeuf et non comme des hameaux, des groupes de fermes, bien distincts.

Pourtant la carte de Cassini mentionne bien un hameau Saint-Martin entre Gaubourg et Bonport. Nous avons cherché, dans le plan cadastral de 1834, la chapelle Saint-Martin où, selon nos auteurs, certains anciens de Criquebeuf avaient été baptisés. Notre recherche est demeurée vaine. Aucun lieu ne porte le nom de Saint-Martin dans ce plan cadastral.

Il faut donc partir d’autres éléments connus. C’est le cartulaire de Bonport, l’ensemble des chartes possédées par les moines, qui nous fournit des indices sur Saint-Martin (2).  

 

 

À la recherche de Saint-Martin de Maresdans (ou Maresdamps, entre Criquebeuf-sur-Seine et Pont-de-l’Arche)

Vue sur les bâtiments agricoles dans l'enceinte de l'ancienne abbaye de Bonport (cliché Armand Launay, avril 2011). Outre le colombier, à droite, qui sait si la grange médiévale à gauche n'est pas celle citée dans la charte d'Innocent III ? Voir plus bas.

 

Saint-Martin dans l’orbite des moines

La charte de fondation de l’abbaye de Bonport, signée le 22 juin 1190 à Chinon par Richard 1er, cite un lieu, en forêt de Bord, que l’on appelait d’abord Maresdans et où sera bâtie l’abbaye Notre-Dame de Bonport (... dedisse et concessisse et presenti carta confirmasse, in puram et perpetuam elemosinam, Deo et ecclesie Beate Marie de BonoPortu, que in foresta nostra de Borz sita est et fundata, in loco qui prius dicebatur Maresdans).

La charte de confirmation signée par le même roi le 28 février 1198 répète ce nom (in loco scilicet qui prius dicebatur Maresdans) et cite un lieu contigu appelé la haie de Maresdans entre le chemin et la forêt (et totam haiam de Maresdans, sicut chiminus dividit eamdem haiam a foresta).

Le 31 juillet 1205, une charte fut signée par les religieux du prieuré des Deux-Amants afin de céder à leurs frères de la jeune abbaye de Bonport la chapelle de Saint-Martin de Maresdans, avec toutes ses appartenances et dépendances entre Pont-de-l’Arche et Criquebeuf (concessimus in puram et perpetuam elemosinam Deo et ecclesie Beate Marie de Bono-Portu, et in manu domini Petri, tune abbatis ipsius loci, resignavimus capellam Sancti-Martini de Maresdans, cum omnibus pertinentiis suis et quicquid juris habebamus a Ponte-Arche usque ad ecclesiam de Crikeboe, in terris, in bosco, in aqua, sive quibuscumque aliis rebus).

Enfin, le pape Innocent III confirma, dans une charte de 1216, toutes les libertés, immunités et exemptions déjà accordées aux moines de Bonport, dont une grange à Maresdans (grangiam de Maresdans).

Que retenir de tout cela ? Il existait un espace qui était appelé Maresdans. L’ancien nom des Damps (Hasdans) est nettement lisible. Hasdans signifiait le domaine de Husido comme dans les toponymes suivants : Houdan, Hodeng et “aux Damps” comme le faisait la tradition orale). Maresdans pourrait se lire en ancien français “mare ès Damps”, c’est-à-dire la mare des Damps. La mare est un mot d’origine norroise attesté en 1175 (Wiktionnaire). La référence aux Damps montre que ce lieu était connu et, surement, exploité avant l’émergence du bourg de Pont-de-l’Arche (Xe siècle).

Puis, par souci de précision semble-t-il, un espace plus large est désigné par “haie de Maresdans”. La haie désigne un espace cultivé (terris) entouré d’arbres comme les clos-masures du pays de Caux, et entouré de bois (bosco). Cette haie allait jusqu’à un chemin ; peut-être le chemin du Becquet reliant Pont-de-l’Arche à Caudebec-lès-Elbeuf. Il doit s’agir de l’espace appelé les Pâtures (commune de Criquebeuf) ainsi que les bois alentours. Un toponyme “haie de Bonport” existe toujours en forêt de Bord (voir plus bas, la carte IGN) mais sans qu’il soit possible de retrouver la délimitation précise d’une propriété. De fonction agricole, cette haie de Maresdans possédait une grange, au moins en 1216.

Une autre propriété, ecclésiastique, consistait en une chapelle dédiée à saint Martin. Saint Martin est un vocable ancien, c’est-à-dire un saint que l’on vénérait dès les premiers siècles du christianisme en Gaule à la suite de Martin de Tours. Cette chapelle n’était donc pas une église, donc pas le siège d’une paroisse. Elle était la propriété des moines du prieuré des Deux-amants. À quelle population se destinait-elle ? Les moines, les convers, une famille de fermiers, des journaliers, quelques personnes du voisinage et des passants ?

Quoi qu’il en soit, il semble que les moines de Bonport étaient à l’étroit et posaient problème aux moines des Deux-amants. C’est ce qui expliquerait la précision de leurs droits sur toute la haie de Maresdans en 1198 et, en 1205, la cession soudaine de leurs droits de Saint-Martin à Pont-de-l’Arche, tant sur l’eau, la terre que les bois, ce qui semble se mêler avec l’emplacement de Bonport. Enfin, la précision de l’existence de la chapelle Saint-Martin est certainement un argument des moines des Deux-amants rappelant la légitimité et la légalité de leur droit en ce lieu. En l’absence de chartes supplémentaires, nous ne pouvons que conjecturer et imaginer que les moines des Deux-amants ont été dédommagés par Jean-sans-terre en quelque autre endroit.

Toujours est-il qu’il existait une chapelle Saint-Martin que l’on retrouve dans les mémoires des hommes du XIXe siècle. La retrouve-t-on dans les documents d’époque ?

 

La plaine de Bonport

À la recherche de Saint-Martin de Maresdans (ou Maresdamps, entre Criquebeuf-sur-Seine et Pont-de-l’Arche)

Le plan cadastral de 1834 (section B, troisième feuille) montre deux lieux-dits : “la plaine du bout de la ville” et, par différence, “la plaine de Bonport”. La plaine désigne un espace plane et non bocager, signe qu’il y a longtemps que l’on cultive ce sol, sans aucun élevage. On ne retrouve ici aucune habitation, aucun vestige. Le hameau de la Plaine-de-Bonport est donc assez récent qui a pris le nom de ce lieu-dit.

Quid de la localisation de Saint-Martin ? Était-ce un espace plus au sud, recouvert depuis par la forêt et malheureusement vierge dans les plans cadastraux de Criquebeuf et Pont-de-l’Arche ? L’ensemble des vestiges avait-il déjà disparu quand Victor Quesné et Léon de Vesly écrivirent, en 1898, que des anciens criquebeuviens y avaient été baptisés ?


La dernière piste que  nous exploitons est celle de l'hydrologie. Où une petite population pouvait-elle s’établir durablement si ce n’est auprès d’une source d’eau ? Or, il existe un espace appelé le “val Richard” entre Criquebeuf et la Plaine-de-Bonport. Replongeons dans le passé. Il faut imaginer des rus, des rivières éparses, des puits peu profonds, des nappes phréatiques non encore captées par l’adduction d’eau vers les villes comme depuis le 20e siècle.

À la recherche de Saint-Martin de Maresdans (ou Maresdamps, entre Criquebeuf-sur-Seine et Pont-de-l’Arche)

 

Quand on consulte les cartes IGN classiques (site de geoportail.gouv.fr), au 1:17000e on peut observer les courbes de niveau comme sur la capture d’écran (ci-dessus). Les courbes de niveau montrent distinctement que le val de Bonport, désigné “val à loup”, est la partie basse du vallon des Carrières en haut duquel se trouve le hêtre Tabouel. Ce vallon sec est encore riche en eaux souterraines comme le démontre la présence d’une station de pompage au sud des nouveaux quartiers de Pont-de-l’Arche. Il y a fort à parier que les eaux ‒ souterraines ou non ‒ ont permis la création de l’abbaye de Bonport en son temps.  

Or, le val Richard est aussi visible, notamment grâce aux bâtiments en gris de la zone d’activité à l’Est de l’autoroute. Deux vallons se rejoignent en cet endroit et nous pensons que de petits cours d’eau l’alimentaient à une date de nous inconnue. Ce val Richard se trouve entre Bonport et Gaubourg et correspond au Saint-Martin de la carte de Cassini. Son nom ne semble pas être une référence à Richard Cœur de Lion mais à un propriétaire dénommé Richard. Une charte, commentée par Louis-Étienne Charpillon et Anatole Caresme, irait en ce sens : “Gautier, châtelain du Pont-de-l’Arche, vendit, vers 1230, 3 vergées ¾ à prendre dans la forêt de Bord, à Raoul de Criquebeuf et Richard du Val, pour 12 s. 9 d. de rente, il mesura lui-même et fit si bonne mesure, que les acquéreurs lui donnèrent 30 s de pot-de-vin.” Un Richard, habitant ce vallon à l’orée de la forêt, serait un potentiel acquéreur de terres en forêt.

 

Par conséquent, le hameau de Saint-Martin devait se trouver dans le “vallon de Richard” où les conditions de vie étaient plus aisées grâce à l’eau mais aussi grâce à la communication entre les eaux de Seine et la forêt. Notons que cet emplacement situait Saint-Martin au nord du chemin du Becquet, comme Gaubourg et Le Catelier. La chapelle devait se trouver vers le sud-Est de la zone d’activité, dans le creux du vallon, au milieu du bois qui s’avance vers la Plaine-de-Bonport (nombre “18” sur la carte). Un peu en hauteur, non loin de l’ancienne voie du Becquet entre Caudebec-lès-Elbeuf et Pont-de-l’Arche. Quant au vallon ouest, il semble être issu du chemin du Vallot, un toponyme limpide, descendant lui-même de la Cramponnière de Tostes. Ses eaux devaient arroser Gaubourg avant d’arroser Saint-Martin.

En contrebas du bois de Saint-Martin, devant la casse-automobile de Bonport, la prospection de métaux révèle des milliers de pièces de monnaies depuis les années 1990. Relevées et réparties par les labours chaque année, il s'agit essentiellement de monnaies romaines (Postume, vers 260), Constantin (vers 310) et Constant (vers 320).

L'observation de terrain révèle un très important nombre de restes de tuiles, dans le champ en vis-à-vis de la casse-automobile. De gros blocs calcaires encore un peu équarris couvrent, par endroits, des restes de tuiles. Quand le maïs est haut, on peut voir se former un rectangle fait de maïs poussant plus haut que les autres. Ce rectangle, en sus des découvertes décrites ci-dessus, semble indiquer la présence ancienne d'un bâtiment.

De plus, des restes de jarres et de poteries ont été retrouvées en ces lieux. Ce bas du vallon de Saint-Martin semble avoir été exploité durant la paix romaine, peut-être à la fois pour des raisons agricoles mais aussi commerciales en tant que petit port de Seine. En effet, la faible pente de ce vallon en fait un lieu idéal de chargement de troncs et de calcaires issus de carrières de la forêt de Bord. Ce lieu serait d'autant plus idéal qu'il se trouvait entre les deux anciennes iles de Launy et de Bonport, en face d'un bras donc donnant sur le cours principal de Seine.

L'existence de ce port est attestée au XVIIIe siècle. Nous en avons traité dans notre article sur la forêt de Bord (voir “Activités anciennes ‒ La coupe du bois”). Nous citons l’historien Jean Boissière, auteur d'un article intitulé « Les forêts de la vallée de la Seine entre Paris et Rouen d’après l’enquête de 1714 » (publié dans Les Annales du Mantois, 1979). Cet article se fonde sur le procès verbal d’Hector Bonnet chargé par l’hôtel de Ville de Paris de comprendre pourquoi le bois ne parvenait pas suffisamment dans une période de disette de combustible. Cet homme voyagea de Paris à Rouen du 27 septembre au 18 octobre 1714. Il résida à Pont-de-l'Arche du 10 au 15 octobre. Il cita les ports de Pont-de-l'Arche et de Bonport.

Enfin, dans le bois de Saint-Martin, la prospection de métaux n'a révélé que quelques monnaies romaines, une monnaie gauloise et un bloc de bronze, peut-être un déchet d'un travail de forge.

 

Conclusion

Comme nos recherches sur Tostes et Montaure l’ont montré, il faut s’imaginer un paysage antique et médiéval bien différent de celui que nous connaissons depuis deux siècles. Le pays était bien moins peuplé, mais l’habitat plus épars ; un habitat constitué de quelques fermes dans des haies, des essarts. Certains de ces hameaux se sont développés et sont devenus des villages, des villes. Beaucoup d’entre eux ont disparu avec l’exode rural. La nature a été domestiquée. Finis les rus, les bois qui séparaient beaucoup de hameaux, les fanums qui ont laissé place aux chapelles rurales. Le Catelier, Gaubourg et Saint-Martin sont trois hameau le long d’une ancienne voie : le chemin du Becquet reliant Pont-de-l’Arche à Caudebec-lès-Elbeuf. Ces hameaux étaient situés en bas de vallons : le val Asselin pour Le Catelier, le Vallot pour Gaubourg et Saint-Martin, le Val à loup pour Maresdans-Bonport. Saint-Martin n'a laissé que peu de traces mais semble avoir été un lieu propice à l'habitat, à l'exploitation des ressources locales et peut-être même à quelques activités portuaires et commerciales.





Orientations bibliographiques

(1) Victor Quesné et Léon de Vesly, « Nouvelles recherches sur Le Catelier de Criquebeuf-sur-Seine (Eure) », in Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques, année 1898, Paris : imprimerie nationale, 1898). Voir aussi : Halbout-Bertin Dominique, Sennequier Geneviève, Delaporte Jacqueline. “Le Câtelier de Criquebeuf-sur-Seine. Notes archéologiques”, Annales de Normandie, 37ᵉ année, n° 1, 1987, p. 54-68 ;

(2) Andrieux Jules, Cartulaire de l'abbaye royale de Notre-Dame de Bon-Port de l'ordre de Cîteaux au diocèse d'Évreux, 1862, A. Hérissey.

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 22:59

Départ (km 0) : rendez-vous sur la place du village, aux Damps, près du petit pont sur l’Eure. Parking du bar-tabac. Allez-y boire un coup ! 

 

Aussi décrit sur OpenRunner http://www.openrunner.com/index.php?id=3847971

 

P1150712

 

Petite commune agréablement située le long de l’Eure, Les Damps réserve bien des surprises au promeneur. Il suffit de se balader et d’interroger le paysage pour découvrir son passé géologique et historique.

Savez-vous que c’est ici, près du petit pont précisément, que l’Eure se jetait dans la Seine après 228,5 km ? Ce n’est qu’en 1934 que le confluent de l’Eure et la Seine fut bouché aux Damps pour être reporté à Martot, 10 km en aval. Cette modification est due à la démolition du barrage de Saint-Aubin-lès-Elbeuf qui a exigé que l’on abaisse le niveau des eaux à la même hauteur que celles situées en aval du barrage. Pour éviter que l’Eure ne soit presque entièrement asséchée, on la fit passer par d’anciens bras de Seine qui longeaient la rive sud et on les sépara du cours principal de la Seine. C’est à cette époque que les quelques iles des cartes postales d’antan furent rassemblées grâce à la terre issue du dragage de la Seine.

C’est ainsi que l’Eure a gagné 10 km ! On lit encore dans le paysage ces modifications : le terrain des Damps n’est pas tout à fait régulier et quelques saules têtards ponctuent la garenne eux qui jalonnaient auparavant les berges des anciens et nombreux bras de Seine. 

 

Quittez la place du village et dirigez-vous vers la gauche en direction de Léry. Cent mètres plus loin, tournez à droite vers la rue des Carrières.

 

Près du virage se trouve la « Maison de la Dame Blanche » (km 0,2). Le nom de Blanche de France fut donné à cette demeure qui est le plus ancien édifice (XVe siècle) de la commune. Même si Blanche de Bourgogne puis Blanche de France, fille de Philippe le long, ont possédé des biens aux Damps, rien n’atteste qu’elles aient possédé cette demeure précisément. Quoi qu’il en soit, on peut apprécier les décors gothiques sculptés dans les poteaux, mais aussi les allèges en croix de Saint-André…

 

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La rue des Carrières porte très bien son nom. Vous pourrez voir certaines entrées de carrières qui ont été exploitées depuis l’Antiquité au début du XXe siècle. On y extrayait le moellon calcaire et le silex qui servaient à bâtir les maisons mais aussi le calcaire servant à faire de la chaux puis le plâtre. Ce n’est pas un hasard si la rue des Carrières débouche sur la rue des Plâtriers...

 

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Au croisement, tournez à droite.

La rue des Plâtriers se trouve au fond d’une petite vallée qui a permis aux hommes de relier la forêt de Bord aux berges de la Seine puis de l’Eure. C’est ainsi que Les Damps a été durant de nombreux siècles un petit port où l’on chargeait du bois et où l’on fabriquait de petites embarcations.

 

En bas de la rue, tournez à gauche vers Pont-de-l’Arche (km 0,5).

 

La route de l’Eure a attiré de riches propriétaires rouennais et parisiens à partir du milieu du XIXe siècle, d’où les belles demeures dont la Gentilhommière. Un agréable chemin longe la rivière et ses saules pleureurs. 

Bien vite, se dessine la chapelle Saint-Pierre (km 0,8). Construite en 1856 avec des moellons calcaires locaux en remplissage ainsi que la brique rouge en chainage, elle remplace l’ancienne église démontée au début du XIXe siècle. La présence de l’ancienne église en ce lieu excentré du cœur des Damps peut étonner. Mais les premières traces d’habitation aux Damps (néolithique) ont été repérées sur les hauteurs derrière la chapelle, dans le vallon des Vauges où, par ailleurs, le tabac fut cultivé pendant l'Ancien Régime. Il est possible que l’église primitive ait remplacé un lieu de culte païen dédié à l’eau.  A ne pas rater, le calvaire du XVIe siècle qui se trouve à l’entrée de l’ancien cimetière. 

 

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Poursuivez vers Pont-de-l’Arche.

 

La balade offre quelques vues sur un ancien bras de Seine dont l’entrée est encore apparente mais aussi sur les « Damps du haut »… En effet, les habitants des Damps (les Dampsois) plaisantent autour du nom de la commune : on parle ici « des Damps du bas » et « des Damps du haut » pour distinguer les maisons situées sur le bord de l’Eure et les autres situées sur le rebord du plateau (qui, malgré ses 30 mètres d’altitude fut un ancien lit de la Seine il y a plus de 2 millions d’années).   

Le saviez-vous ? Des carrières ponctuent toute la longueur du coteau. Elles servirent d’abri à la population locale peu de temps avant la Libération d’août 1944. En effet, les gens craignaient les bombardements qui frappaient le pont de Pont-de-l’Arche et les écluses de Poses. Ils craignaient aussi les représailles allemandes qui ont failli couter la vie à de nombreux civils (voir Criquebeuf).  

 

Pont-de-l’Arche

A Pont-de-l’Arche, les maisons bourgeoises laissent place aux maisons que les mariniers ont construit au bord de l’eau, contre le rempart, depuis la Renaissance au XXe siècle.

Avant d’arriver en ville, le sentier passe sous le pont inauguré le 29 janvier 1955 par Pierre Mendès France (km 2). Ce pont battait alors le record d’Europe des ponts soudés à poutres continues. S’il arrive en 14e position, au moins, dans l’histoire des ponts de la ville, c’est le premier ouvrage qui contourne le centre ville de Pont-de-l’Arche. A noter, les curieuses poternes qui creusent le rempart médiéval juste à côté du pont. Très visible le long de l’Eure, le rempart date de Philippe Auguste qui a fait de Pont-de-l’Arche sa résidence principale lorsqu’il devint maitre de la Normandie en 1204.

 

Poursuivez sur le trottoir. Avant le Crédit agricole, tournez à gauche dans la rue Abbaye-sans-toile (km 2,2).

 

Vous entrez ici dans les ruelles médiévales aux maisons de guingois. Certaines d’entre elles datent du XVe siècle, celles où le deuxième niveau déborde sur le premier. On appelle ce style d’édifice des maisons à « encorbellement ».

 

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Remontez la rue Abbaye-sans-toile.

 

Arrivés sur la place Hyacinthe-Langlois, vous êtes au cœur de la ville médiévale où se tenait le marché de la région de Pont-de-l’Arche sous une halle tombée en 1856. Sur cette place se marient les façades de la Belle-époque, avec leurs peintures publicitaires, mais aussi les pans de bois du Moyen Âge. Un passage existe encore au n° 17, vers le haut de la place. Il permet à une ruelle de passer sous une maison. A gauche de ce passage, entre le rez-de-chaussée et le premier étage, se trouve un étrange panneau sculpté. Il représente une femme assise sur un char tiré par des chevaux ailés et précédés par des musiciens. Cette scène comprend aussi un moine sortant d’une cité, un cavalier, un lévrier, un pèlerin… Ce curieux mélange date du début du XVIe siècle et devait orner la façade d’une auberge.

 

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Remontez la rue André-Antoine en direction de l’église (km 2,3).

 

Le pittoresque point de vue vers l’église et les maisons à pans de bois est une véritable carte postale de Pont-de-l’Arche. Bâtie entre 1499 et 1585 l’église déploie sa dentelle de pierres caractéristique de la phase finale de l’architecture gothique : le flamboyant.

A droite, en approchant de l’église, se trouve la Salle d’armes qui est la cave de l’ancien hôtel-Dieu de la ville. Si la partie supérieure a disparu, cette vaste salle en plein cintre du XIIIe est largement ouverte au public grâce aux nombreuses expositions culturelles organisées par la ville de Pont-de-l’Arche.

Dans l’église, vous découvrirez un très bel écrin gothique doté d’une riche statuaire. Le mobilier est aussi très intéressant que ce soient les stalles de l’ancienne abbaye de Bonport, la chaire, ou encore le maitre-autel baroque (1630-1640). A ne pas rater, le vitrail du halage (côté rue) qui représente des habitants de Pont-de-l’Arche tirant un bateau pour qu’il remonte le courant passant sous l’ancien pont de la ville.

 

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En sortant de l’église, continuez à droite dans la rue de Crosne.

 

Après quelques dizaines de mètres, vous remarquerez la base d’une tour sur votre droite (km 2,5). Celle-ci faisait partie de l’enceinte médiévale et, avec une tour jumelle, défendait une des quatre entrées de la ville. La porte de Crosne présente encore de beaux vestiges avec une meurtrière, le passage de la herse et le départ d’une voûte.

 

Poursuivez dans la rue de Crosne et tournez à droite au croisement. Après quelques dizaines de mètres, entrez dans l’espace vert à droite (km 2,6).

 

De cet espace, un beau panorama se découvre sur la vallée de la Seine, les hauteurs de Freneuse, mais aussi l’Eure et les iles de Seine en contrebas. Au-delà du mur dépasse un des plus beaux symboles de Pont-de-l’Arche : la tour de Crosne. Ce vestige des remparts médiévaux a été reconstruit dans sa partie haute à la fin du XIXe siècle. Avec sa fenêtre en tiers-point, il constitue un bel exemple d’architecture pompadour, romantique, qui présente un Moyen Âge rêvé où les tours militaires sont aussi élégantes que les constructions religieuses. 

 

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Sortez de cet espace et prenez à droite. Empruntez les escaliers de la sente des Plâtriers. Traversez la route en contrebas et poursuivez à gauche le long de l’Eure.

 

De cet endroit, on peut admirer l’ile d’Harcourt et son bouquet d’arbres. Le pont d’Arromanches (km 2,8) rappelle l’époque de la Libération où les Alliés firent construire un pont Bailey, c’est-à-dire un pont provisoire avec des pièces assemblées. Le pont de la ville ayant été dynamité en 1940 et son remplaçant bombardé en 1944, un nouvel ouvrage s’imposait dont il ne reste que cette partie enjambant l’Eure.

 

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Poursuivez le long de l’Eure, après le pont d’Arromanches.

 

Ici le chemin devient plus sauvage entre les moutons et les hautes herbes…

 

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Prenez de quoi pousser les orties ! N'ayez pas peur de longer les maïs ! Autrement, si la voie est impraticable, empruntez le chemin du Becquet, à partir du pont d’Arromanches, et prenez à droite après la gendarmerie. Rendez-vous à la grille d’entrée de l’abbaye de Bonport, longez le mur d’enceinte par la droite et reprenez le chemin en contrebas.

Après quelques centaines de mètres, apparait la silhouette romantique et grave de l’ancienne abbaye de Bonport (km 3,7).  

 

Bonport (1)

 

Fondée par Richard Cœur de Lion, l’abbaye de Bonport fut bâtie entre 1190 et 1225. Rattachée à l’ordre de Cîteaux, elle ferma ses portes après la Révolution… Depuis le sentier de halage, on peut apprécier le pignon du dortoir et celui du réfectoire avec ses deux fenêtres élancées : les lancettes. Le meilleur point de vue se situe dans l’ile de Bonport accessible par un petit pont sur l’Eure. Dans le mur d’enceinte, on aperçoit la porte Sainte-Marie qui a permis aux moines d’accéder à la Seine durant de nombreux siècles.  

 

La légende de Bonport

L’abbaye de Bonport et sa figure romantique ont inspiré bien des légendes. Parmi elles, on parle d’une Vierge en or enterrée dans un souterrain des alentours. On parle aussi – et surtout – de sa fondation par Richard Cœur de Lion, duc de Normandie et roi d’Angleterre. Le premier à avoir couché sur le papier la fondation légendaire de cette abbaye est Jacques Le Batelier d'Aviron, un avocat d’Evreux, dans la première moitié du XVIIe siècle. Il parla en ces termes de l’arrivée de Richard après son sacre royal en Angleterre, en 1189 :

"Les prelats, barons et seigneurs de Normandie luy jurerent (…) fidelité et obeissance (…) et son adrivée a Roüen ce ne fut que bals, festins et tournois ; la chasse fut le dernier divertissement de sa cour ; mais comme en l'air le plus serain est un presage de tempête, Richard seul courant un cerf fut emporté, soit par la vigueur de son cheval altéré, soit par quelqu'autre accident, si avant dans la Seine, que ce roy courut au hazard de sa vie. Ce Coeur de Lion, emporté au milieu du cours rapide de cette grosse rivière, ne perdit point le jugement ; mais considerant le peril ou il estoit fit voeu a Dieu de faire bastir une abbaye au lieu ou son cheval prendroit pied sur terre ferme : ce lieu fut depuis appelé Bonport, a cause de l'heureux abord du roy Richard. » 

Très chevaleresque, cette légende est un joli jeu de mots, un joli clin d’œil au fondateur de l’abbaye. Mais que vaut-elle quand on sait qu’une des armes de l’abbaye montre Jésus Christ dans son étable de naissance ? Le « bon port » ne serait-il pas, dans l’esprit des religieux, la venue du Christ parmi les hommes ?

 

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Continuez tout droit vers Criquebeuf.

 

Sur votre gauche, vous pouvez apercevoir les dépendances de l’abbaye dont une ancienne chaumière, puis les arrières – coquets - de la Plaine de Bonport. Après le pont de l’autoroute de Normandie (km 5,6), se présente l’entrée de Criquebeuf-sur-Seine par le chemin du Val Richard. Dès les premiers pas, l’histoire est au rendez-vous avec la présence de colonnes coiffées de chapiteaux sculptés issus de Bonport (au n° 262) (km 5,7). Comme d’autres maisons de Criquebeuf, des pierres arrachées à l’abbaye il y a deux siècles ont été récupérées par des particuliers.

 

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Au croisement, prenez à droite.

 

Vous aurez un point de vue sur les petites maisons faites de silex et de craie. Elles sont entourées de maraichages, une des activités caractéristiques de Criquebeuf. Si des cultures ont disparu telles que l’osier et la gaude (plante qui servait à teindre les draps d’Elbeuf), la culture des légumes fait vivre une trentaine d’exploitants réunis en coopérative.

 

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Tournez à droite vers la ruelle des Cygnes qui, comme des dizaines de ruelles, permettait aux habitants de relier la rivière aux champs. De retour sur les berges de l’Eure, prenez à gauche. Peu à peu, vous vous rapprochez du pont communal, le « pont des alliés » (km 6,8), qui fut construit en même temps que celui des Damps. En l’empruntant, vous avez la possibilité d’accéder aux berges de la Seine où un joli point de vue sur les coteaux de Freneuse vous attend (0,5 km aller-retour). En rebroussant chemin, la vue se dégage sur l’église et le centre du village historique.  

 

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L’église Notre-Dame présente une imposante tour-clocher datée de la seconde moitié du XIVe siècle (km 6,9). Celle-ci est surmontée d’une flèche polygonale couverte d’ardoises. Le reste de l’édifice fut bâti entre 1874 et 1879 par M. Simon, architecte rouennais, avec de la brique en chainage et du moellon calcaire scié en remplissage. Autour de l’église se trouvent de belles maisons construites en moellons calcaires de pays. L’une d’entre elles, à l’encoignure de la rue du Pont des alliés et de la rue du Village, est datée de 1806 et présente d’étranges sculptures…

 

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Les otages de 1944

Criquebeuf, comme de nombreuses communes, a été marquée par la Seconde Guerre mondiale. Les noms de ses rues en témoignent : le pont aux Alliés, place des Otages… Comme le rappelle une plaque apposée sous le portique à gauche du n° 713 de la rue du Village : « Le 24 août 1944, des éléments de l’armée allemande en déroute enfermèrent 63 criquebeuviens dans l’église. Le maire de la commune, Monsieur Lucien Langlois et le curé de la paroisse, Monsieur l’abbé Louis Boussel se trouvaient parmi eux.

Madame Anne Fleck, une Alsacienne vivant au village, négocia, au péril de sa vie, avec l’officier commandant. Grâce à sa courageuse intervention, tous les otages furent libérés.

La population reconnaissante. »

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Puis prendre la rue du Village vers Martot.

 

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Après la bifurcation où se trouve une imposante statue de Notre-Dame-de-la-Délivrande, tournez à droite vers la ruelle de la Vicomté (km 7,6).

 

Quelle vicomté ? Le chemin nous l’apprend très vite… Une magnifique maison apparait en bas à gauche de la ruelle. Si un tiers de sa longueur a été démoli, cette imposante demeure présente des murs en pierre du XIVe au rez-de-cour et des pans de bois du XVIe à l’étage. A noter la longue galerie, côté sud, qui donne accès à toutes les pièces. Partiellement inscrit aux Monuments historiques en 1932, cette demeure abritait une perception des droits de la vicomté de l’eau de Rouen au Moyen Âge et sous l’Ancien Régime.

 

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En bas de la ruelle, tournez à gauche et admirez la face Nord de la maison de la Vicomté.

 

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La balade le long de l’Eure se dessine entre les cours et les potagers, d’un côté, et les iles de Seine et les coteaux de Freneuse, de l’autre côté. S’il y a parfois des herbes folles derrière des clôtures rouillées, les jardins rivalisent de soin et ce sont de belles fleurs, de beaux potagers qui accueillent les visiteurs l’été. Arrivé au hameau de Quatre-âges, on retrouve des maisons en pierres anciennes.

 

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Continuez toujours tout droit, éloignez-vous un peu des berges et coupez à travers champs (km 8,6).

 

Un point de vue se dégage sur Martot, son église, les forêts de Bord et de La Londe au-dessus d’Elbeuf. Plus loin, on charge par camion les sables et graviers de la proche carrière sur un tapis roulant passant au-dessus de l’Eure, de l’ile, avant de finir dans une barge de Seine (km 9,6).

 

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Prenez le chemin près de l’eau. Ici de jeunes plantations s’épanouissent dans des espaces protégés. Bientôt deux panneaux d’information nous apprennent l’existence d’une réserve naturelle : la forêt fluviale. Saules, frênes, érables, sycomores, orme, prunier myrobolan… Ici l’attention est portée sur la protection de la diversité de ces espaces naturels si importants pour la faune. Puis un agréable chemin vous invite entre une allée de peupliers… et l’Eure qui ressemble à un véritable canal tant elle est calme.

 

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De l’autre côté de la rivière, d’anciens bras morts de Seine servent de paradis aux oiseaux dans des tourbières et des étangs.

 

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Sur votre gauche, d’anciens lopins de maraichers reconvertis en espaces de plaisance accueillent des familles de la région dans leurs petits bungalows et leurs jeux pour enfants.

 

Bientôt apparait le bruit reposant de la chute d’eau de la passe de Martot (km 11)… Cette passe permet aux eaux de l’Eure de garder un niveau minimum depuis les années 1930 (voir Les Damps). Avant 2017, c'est un petit barrage qui maintenait le niveau des eaux, ce que nous traitons notamment dans un article dévolu au développement de la voie de Seine

 

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Une traversée vers la rive droite s'impose. De l’autre côté, prenez sur la droite où vous attend un joli passage sous les arbustes qui laissent entrevoir des vues sur les marais et sur la rive gauche de l’Eure. Plus en aval, le confluent définitif de l’Eure et de la Seine n’est qu’à un peu plus de 500 mètres…

 

 

 

Orientations bibliographiques

- Launay (Armand), L’Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l’Arche, éd. Charles Corlet, 2007 ;

Le Batelier d’Aviron (Jacques), Le Mémorial historique des évêques, ville et comté d'Évreux..., publié pour la première fois par l'abbé Pierre-François Lebeurier, Bibliothèque de l'école des chartes, 1866.

 

Armand Launay

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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 16:58
Photographie du barrage de Martot sur une carte postale des années 1910. Ce barrage barrait alors la Seine avec, au premier plan, un premier bras et, au second plan, un second bras côté nord vers la Requête de Saint-Aubin-lès-Elbeuf.

Photographie du barrage de Martot sur une carte postale des années 1910. Ce barrage barrait alors la Seine avec, au premier plan, un premier bras et, au second plan, un second bras côté nord vers la Requête de Saint-Aubin-lès-Elbeuf.

Le barrage de Martot qui nous intéresse n’est pas le petit ouvrage qui maintenait le niveau de l’Eure jusqu'en 2017 où il a été remplacé par une passe. Il s'agit de son ancêtre, barrant la Seine, qui fut détruit en octobre 1938 avec les écluses de la Requête (commune de Saint-Aubin-lès-Elbeuf) à la suite d’importants travaux. Entamés en 1934, ces aménagements avaient pour objectif de faciliter la navigation entre Paris et Le Havre. Mais pour détruire le barrage, il fallait annuler la dénivellation du fleuve, d’où les dragages de la Seine depuis le barrage de Poses. Le lit de la Seine était alors aussi profond en amont qu’en aval du barrage de Martot, le rendant parfaitement inutile.

Il est intéressant de parcourir les témoignages de nos aïeux sur leurs activités, surtout lorsqu’ils sont à la fois passionnés et soucieux de leur parler quotidien. Or, Armand Billard fut le dernier pêcheur professionnel de la région de Rouen. Jusqu’à la fin des années 1970, il pêchait, comme ses ancêtres, depuis le port de Grand-Couronne. Il est auteur de plusieurs ouvrages sur la culture et les mœurs populaires, comportant souvent des passages rédigés en normand comme Simples narrées d’un Normand, (éditions Charles-Corlet) et Flux et reflux de la Seine normande, dont est extrait le texte suivant :

"La pêque à la puchette [1] s’faisait sous le l’grand barrage de Martot (…) avant que cet ouvrage sèye supprimé et que le bief seit reporté à eune vingtaine de km plus haut, à Poses ; y a toujou eun barrage à Martot (…), eun petit ; ch’est l’Eure qui se jette là. (…) la puchette des professionnels qui besognaient là en était eune grande, du genre havenet, avec eune très long manche en bois. Cha s’utilisait surtout pou certains peissons d’montée : saumons, aloses, fintes, caluyots. Fallait aver eun coutumier coup d’main pou fondrer [2] cha dans l’iau, espérer [3] (…) eune minute ou deux, pis sitôt senti douguer (…) l’peisson, r’lever la puchette. J’vos parle de la pêque à la puchette que j’ai ma-même connue sous l’barrage de Martot ; mais on puchait étou parfois au long de certaines berges de par en haut (au d’sus de Rouen), quand les fintes et caluyots, qui montaient généralement des premiers jours de mai à fin juin, v’naient y battre (frapper l’eau de leur queue en surface) à la saison de leurs amours. On pêquait à la puchette étou ailleurs autfeis, avant que la Seine ne sèye tant creusée. Men père, qu’était né en mars 1868, m’avait aussi dit que jadis on puchait aux caluyots au long de Croisset (en aval de Rouen), près du pavillon de Flaubert."

 

      ______

Billard Armand, Flux et reflux de la Seine normande, Condé-sur-Noireau : C. Corlet, 1989, 84 p.

 

[1] Epuisette, en normand.

[2] Enfoncer profondément (note de l’auteur).

[3] Attendre.

Armand Launay

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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 17:48

Charpillon L.-E., Caresme Anatole, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys : Delcroix, 1868, 960 p., t. II, p. 512-514.

 

 

 Martot (1)

 

MARTOT

 

Paroisse des Dioc. d’Évreux. – Doy. de Louviers. – Vic. et Élec. de Pont-de-l’Arche – Parl. et Gén. de Rouen.  

La paroisse a été dédiée sous le vocable de St-Aignan, on a découvert à Martot, un cimetière mérovingien, dont M. l’abbé Cochet a parlé.  

Vers 1060, Ascelin, fils de Roger, donna au Bec, avec l’agrément de Hugues du Martot son suzerain, ce qu’il avait sur Martot. Roger, fils d’Helgard, avait donné auparavant à l’abbaye du Bec, une grande quantité de terre autour de Breteuil, avec la forêt qu’Yves Le Clerc, tenait de la donation de Guillaume, fitz Osbern, lorsque son fils avait pris l’habit religieux.  

Henri, roi d’Angleterre, permet aux moines du Bec de prendre dans ses forêts de Rouvray et de Bord, le bois nécessaire à la construction, réparation et chauffage de leur manoir de Martot[1].  

En 1180, Adam de Martot paya 20 s. pour un accord à Guillaume de Malpalu, fermier du Roumois, ce même Adam de Martot attesta en 1184, que le roi Henri avait pris possession des régales après la mort de Rotrou[2].  

Au mois d’août 1197, Robert de Meulan, était à Martot, dans le manoir de l’abbé du Bec, avec l’évêque de Conventry ; deux ans après, Robert de Meulan donna aux religieux du Bec, le passage d’un bateau libre de Pont-de-l’Arche à Martot[3]. Il était en 1209, garde de la paroisse de Rouen, il fut témoin avec son fils du même nom, d’une charte pour St.-Amand de Rouen.  

Adam de Martot, IIe du nom, fit en 1222, une donation aux moines de Jumièges.

En 1258, Raoul de Martot étant à Bonport, céda au Bec ses prétentions sur le patronage de Martot.

Nicolas Tronches, vendit en 1264, au cellérier du Bec à Martot, une maison dans cette paroisse.  

Eudes Rigaud séjournait souvent à Martot ; il y était le 2 novembre 1268, nous pensons qu’il recevait l’hospitalité dans le manoir que les religieux du Bec y possédaient, et qui leur provenait d’une donation de Hugues de Montfort-sur-Risles, au XIe siècle. Les moines avaient aussi à Martot, un  cellier où débarquaient leurs vins, qui venaient de l’Île-de-France par la Seine.

Le Roi avait également à Martot, une chapelle, où Raoul de Chevrier célébra l’ordination en 1268.

En l277, le forestier de la forêt du Rouvray ayant refusé de livrer du bois pour le manoir de Martot, il y eut un procès qui fut jugé en faveur du Bec. 

La même année le Bailli de Rouen jugea que le patronage de Martot appartenait à l’abbaye du Bec, à l’encontre des prétentions de Baudoin de Muids[4]

Pierre de Livarot rendit aveu en 1383, pour le fief de Martot. Il y avait procès en 1389 entre Guillaume de Vienne, archevêque de Rouen, propriétaire de trois moulins à eau sur le Pont de Louviers, et Pierre de Livarot, propriétaire des moulins de Bercelou, situé au même lieu[5]

Pierre de Livarot était en 1400, usufruitier du fief de la Londe à Louviers[6].

En 1408, Guillaume de Livarot était conseiller de ville à Louviers ; le 27 avril 1416, N. H. Guillaume de Livarot donna aveu pour Martot[7] ; il avait droit de prendre une poignée d’argent nommée la hailesse sur le panage de la foret de Bord, sa veuve, Théophanie de Villière, obtint en 1419, ses biens a Vernon.

Guillaume de la Motte esc. fait foi et hommage du fief de Martot en la Vicomté du Pont-de-l'Arche, en 1463 ; ce même Guillaume de la Motte et Marguerite de Besu, sa femme, plaidaient en 1498, avec Pierre de Martot, esc. Demeurant a Louviers.  

Lors de la montre de 1470, Jean Costard, seigneur de Martot et de la Victoire, se présenta et fit agréer Pierre Costard, son fils, sieur de St.-Léger, en habillement d’armes : on lui enjoignit d’avoir 3 chevaux. 

En 1416 Jehan Costard, IIe du nom, était seigneur de Martot, Nicolas Costard, seigneur de Martot, était décédé, laissant pour veuve, Jeanne Agis.  

Le 7 février 1585, Nicolas Costard, dit le capitaine Martot, eut la tête tranchée au Grand-Carrefour d’Évreux, Robert Costard fut pendu. Les biens du capitaine Martot (Nicolas Costard), furent donnés à sa sœur, Barbe Costard, qui rendit aveu, en 1587, pour le fief de Martot.  

En 1605, Barbe de Costard, épouse séparée civilement d’avec Guillaume de Beaumets, poursuivait le décret de Berengeville, sur les enfants de Charles de Biville.  

L’abbaye du Bec avait probablement vendu son fief, car au XVIe siècle, on voit deux familles prenant à la fois le titre de seigneur Martot.  

Après Barbe de Costard, Nicolas de Lux esc. acheta en 1588, le fief de Martot qu’il  vendit la même année, à Jean Le Lieur, notaire et secrétaire du Roi. Antoine Le Lieur, son fils, était, en 1608, seigneur de Ste-Catherine de Bedanes, et du fief terre et seigneurie de Martot, 8e de haubert, lui provenant de son père.  

En 1610, Antoine Le Lieur vendit Martot à Jean Cousin, lieutenant des Eaux et Forêts de Pont-de-l’Arche.  

Le Lieur : d’or à la croix dentelée de gueules et d’argent cantonnée de 4 têtes de sauvages d’azur.  

En 1628, Jean Cousin, était sieur de Martot, par avancement de succession de Jean Cousin, qui l’avait acquis d’Antoine le Lieur, esc. sieur de Ste-Catherine.  

Louis Cousin, Louis Pierre et Louis Cousin IIe du nom, furent successivement seigneurs de Martot, jusque vers 1720.  

En 1625, Charles Labbé, fils de Raoul, avait le titre de sieur de la Motte[8], lorsqu’il entra au parlement, on lui confirma en 1659, les droits de chauffage ci-devant accordés aux précédents propriétaires de Martot ; il mourut en 1676. 

Antoine Le Carpentier obtint en 1695, des lettres de provision à l’office de conseiller du roi, maître en la chambre des comptes de Normandie, il épousa en 1714, Marie Anne Pocher des Alleurs, qui était veuve, en 1745, lorsqu’elle plaidait avec le sieur d’Auzouville[9].  

En 1736, le fief de Martot était possédé par le Président au bureau des finances, Nicolas-Alexandre-Lucas de Boucout ; il passa ensuite à son fils Jacques-Alexandre-Lucas de Boucourt, assassiné en 1764. Sa fille unique, Adélaïde Geneviève Émilie, mariée à M. de Poutrincourt, était en 1780, dame de Martot.  

Lucas de Boucourt : d’or, à l’aigle éployé de sable, becqué et onglé de gueules, au chef de gueules, chargé de 3 croisettes d’argent.  

Biencourt-Poutrincourt : de sable, au lion rampant d’argent, armé, lampassé et couronné d’or.  

Le domaine de Martot passa ensuite, par acquisition vers 1835, à la famille Grandin de l’Éprevier, qui possède encore dans cette commune, une propriété importante.  

Martot est renommé pour ses navets.  

Sergenterie. – En 1405, Thomas Poignant rendit aveu pour la sergenterie fieffée de Martot ; lors de l’invasion de 1410, il refusa de se soumettre aux Anglais, qui, confisquèrent ses domaines pour les donner à l’un des leurs.  

En 1549, Adam Langlois rendit aveu pour la sergenterie de Martot.  

 

MARTOT, cant. de Pont-de-l’Arche ; sur la Seine, à 134 m. d’alt. – Sol : alluvions contemporaines, craie. – R. dép. n° 12 de Bourgthéroulde à Gournay. – Surf. terr. 848 hect. – Pop. 309 hab. – 4 contr. 1948 fr. – *, Percep. et Rec. Cont. ind de Pont-de-l’Arche. – Réunion pour le culte et l’instruction à Criquebeuf-sur-Seine. 2 déb. de boisson. 3 perm. de chasse – Dist. en kil. au chef.-l. de dép. 27, d’arr. 12, de cant. 7.  

Dépendances, Les Fieffes-Mancelles, Les Quatre-Âges.  

Agriculture : céréales, navets.  

Industrie : Néant. – 4 patentés

 

 

martot

 

[1] Antiquaire de Normandie.  

 

[2] On a imprimé Robert au lieu de Rotrou, dans les Notes de M. Le Prévost. 

 

[3] Cart. de Bonport.  

 

[4] Notes Le Prévost. 

 

[5] M. Passy dans les Notes de Le Prévost l’appelle Lynarot, qui est une faute.  

 

[6] Arch. de Rouen.  

 

[7] Vic. de l’Eau.  

 

[8] Fief du Vaudreuil. 

 

[9] Houard, t. I, p. 525. 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au cœur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

- Mieux connaitre Pont-de-l'Arche à travers 150 noms de rues et de lieux ! (Autoédité, 2019, 64 pages). 

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte.

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