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11 octobre 2020 7 11 /10 /octobre /2020 16:10
Vue sur le moulin de Beauregard (cliché de Frédéric Ménissier, septembre 2020).

Vue sur le moulin de Beauregard (cliché de Frédéric Ménissier, septembre 2020).

 

Esseulé dans la morne plaine entre La Haye-Malherbe et Crasville, l’ancien moulin de Beauregard fait partie du paysage quotidien, semble-t-il souvent gris. Mais lorsqu’on a la bonne idée de s’en approcher, le relief se fait autour de lui et l’on prend plaisir à le découvrir ainsi que son environnement…  

Pour nous mettre en appétit, nous avons consulté les photographies ensoleillées de notre ami non moins lumineux Frédéric Ménissier. Ses images sont celles de l’été septembral où le moulin apparait entre le bleu du ciel, les ors des champs et les vertes lisières des chemins. Le ruban goudronné, montant vers Crasville, attire le regard vers la tour gris-clair et blanc du moulin, entourée de son bouquet d’arbres. On croirait voir une tour défensive. 

 

Autres vues sur le moulin de Beauregard (clichés de Frédéric Ménissier, septembre 2020).Autres vues sur le moulin de Beauregard (clichés de Frédéric Ménissier, septembre 2020).

Autres vues sur le moulin de Beauregard (clichés de Frédéric Ménissier, septembre 2020).

 

L’autre document est le court-métrage d’Éric Levigneron pris depuis un drone. Dans la lumière du matin, à la belle saison, les images de ce professionnel passionné nous emmènent tout autour de la silhouette de la tour moulinière et exposent la variété des matériaux utilisés. 

 

 

Un bel édifice médiéval

Bâti sur une petite motte, il s’agit d’un moulin à tour cylindrique. Cette tour est, plus précisément, télescopique, c’est-à-dire que le diamètre des niveaux se réduisent à mesure qu’on s’éloigne du sol. Le corps principal de l’ancien moulin est composé de trois niveaux du plus large au plus resserré, donc. Deux larmiers séparent les niveaux. Le rez-de-sol est évasé et ouvert par deux portes dans un axe sud-est nord-ouest. Celles-ci sont couronnées par deux arcs. Le plus ample est vouté en tiers point, à la mode gothique. Le plus petit, au-dessus de la porte, est surbaissé. Y eut-il deux portes en bois protégeant chacune des entrées de ce lieu si important dans l’alimentation de nos ancêtres ? C’est peut-être cette protection contre le vol qui expliquerait l’aspect défensif, et donc militaire, du moulin. 

Les deux premiers niveaux sont composés d’une élégante alternance de lits de pierre de taille calcaire et de petits moellons carrés de silex clair de pays. 

Le troisième niveau est bâti avec les mêmes matériaux mais leur alternance se fait à la manière d’un damier ou presque car une ligne de pierre de taille interrompt l’harmonie. 

La tour est couronnée par un garde-corps en brique. Celui-ci fut réalisé après 1868, date à laquelle le moulin fonctionnait toujours selon MM. Charpillon et Caresme, et 1900 où les cartes postales illustrées apparaissent dans les archives. Entre temps, la toiture et les pales, sûrement déjà érodées, ont été démolies. Quant au garde-corps, un propriétaire aura pensé à la sécurité des visiteurs, aimant à admirer ici le paysage alentour, et aux chevaliers désobéissants libérant une princesse imaginaire entre deux parties de billes ou de soin des animaux. 

En décalage par rapport aux niveaux visibles depuis l’extérieur, des trous de solives trahissent les anciens planchers intérieurs. Quelques meurtrières percent les murs, sûrement pour aérer le grain, et offrent un caractère très médiéval à l’édifice entier. 

 

Voici un cliché du moulin de Beauregard datant vraisemblablement du 11 octobre 1950 (on lit cette date, à l’envers, en haut à droite du document). On le retrouve dans la Plateforme ouverte du patrimoine (POP), proposée par le Ministère de la culture (sous la notice APMH00115036). L’original est conservé à la Médiathèque de l'architecture et du patrimoine. Il est signé de Gabriel Bretocq (1873-1961), membre de la Société française d'archéologie, historien, curé de Ménesqueville et de Rosay-sur-Lieure dans l'Eure. Il fut nommé chanoine honoraire de la cathédrale d'Évreux en 1955 et était membre de l’Association des monuments et sites de l’Eure. Il réalisa aussi des reportages photographiques au Liban, en Syrie, en Palestine et en Égypte.

Voici un cliché du moulin de Beauregard datant vraisemblablement du 11 octobre 1950 (on lit cette date, à l’envers, en haut à droite du document). On le retrouve dans la Plateforme ouverte du patrimoine (POP), proposée par le Ministère de la culture (sous la notice APMH00115036). L’original est conservé à la Médiathèque de l'architecture et du patrimoine. Il est signé de Gabriel Bretocq (1873-1961), membre de la Société française d'archéologie, historien, curé de Ménesqueville et de Rosay-sur-Lieure dans l'Eure. Il fut nommé chanoine honoraire de la cathédrale d'Évreux en 1955 et était membre de l’Association des monuments et sites de l’Eure. Il réalisa aussi des reportages photographiques au Liban, en Syrie, en Palestine et en Égypte.

 

Un édifice du XVe siècle ?

Très proche géographiquement et architecturalement du moulin de la Couture, à Tostes, nous avançons volontiers que la moitié du XVe siècle est la date probable de construction de cet édifice. 

C’est dans ce sens qu’est aussi allé l’expert de la conservation régionale des Monuments historiques, auteur d’une notice (IA00019331) disponible en ligne par la Plateforme ouverte du patrimoine (POP). La notice rappelle que cette propriété privée n’est protégée ni par un classement ni par une inscription sur l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques. Elle est simplement réputée “à signaler”. La notice nous informe que le moulin est référencé sous les parcelles cadastrales “1964 ZA 86” et “87”. Il aurait été cité dès 1246 mais aurait été rasé dans le même siècle. Le moulin actuel daterait, quant à lui, du XVe siècle mais avec un point d’interrogation.

 

Cartes postales illustrées des années 1910 (Archives départementales de l'Eure). Cartes postales illustrées des années 1910 (Archives départementales de l'Eure).

Cartes postales illustrées des années 1910 (Archives départementales de l'Eure).

 

Le moulin de Beauregard ou de Heurtevent ?

L’ancien moulin est appelé “moulin de La Haye-Malherbe” ou “moulin de Beauregard”, du nom du lieu-dit. Il est vrai que la vue est belle depuis cet endroit : l’on y mire les hauteurs de la vallée de Seine notamment au-dessus de Rouen. Il est souvent difficile de déterminer si un nom de lieu (toponyme) a permis de nommer un homme (patronyme, pas homonyme;), ou si c’est l’inverse. Mais il semble qu’ici le Beauregard désigne bel et bien la vue notable et non un ancien notable en vue.  

La carte toponymique de l’Institut géographique national (IGN) nous informe, par l’accès au site Géoportail, que Beauregard culmine à 160 mètres. Cette altitude doit s’apprécier en la comparant à son environnement : le plateau du Neubourg s’élève généralement entre 140 et 160 mètres. Il s’agit donc d’un point culminant du plateau et, surtout, d’une hauteur qui se détache de l’éperon de Montaure et Tostes, entre 140 à 125 mètres d’altitude ; éperon qui termine vers le nord-est le plateau neubourgeois. Le moulin devait se trouver, au Moyen Âge, dans un couloir d’air venu d’ouest renforcé par une culture à champs ouverts et non enclose de haies abondantes comme, assurément, à La Haye-Malherbe. L’élévation au-dessus de La Haye-Malherbe doit sûrement offrir une belle exposition aux vents du nord. Cette lecture des vents peut être complétée par le rappel de l’existence de la “ferme de Heurtevent”. Ce nom est clair, ce qui est assez rare en toponymie : ce lieu était connu pour son exposition au vent. Nous émettons cependant l’hypothèse selon laquelle la ferme a pris l’ancien nom du moulin de Beauregard. Peut-être fut-il connu, un temps, sous le nom de moulin de Heurtevent ?  

 

Carte topographique de l'Institut géographique national (capture d'écran de Géoportail le 11 octobre 2020) qui sert d'appui aux commentaires ci-dessous.

Carte topographique de l'Institut géographique national (capture d'écran de Géoportail le 11 octobre 2020) qui sert d'appui aux commentaires ci-dessous.

 

Au carrefour de quatre, voire cinq, paroisses ? 

Un peu à l’est de la ferme de Heurtevent passait un chemin, depuis disparu, et qui reliait semble-t-il Surtauville à Montaure. La carte IGN actuelle montre encore des portions de ce chemin immédiatement au nord de Beauregard et son moulin, au sud de La Haye-Malherbe et à travers un espace appelé La Boulangère à l’ouest d’Écrosville (sûrement le nom donné à une terre meuble, presque pétrissable comme de la pâte à pain). Le chemin devait ensuite, mais ce n’est qu’une déduction, se prolonger vers le château de Montaure et la rue Maurice-Emmanuel, celle de l’église et des Fosses.

Le moulin de Beauregard était donc situé à un carrefour entre quatre paroisses : Crasville, Surtauville, Vraiville et La Haye-Malherbe. Mais de nombreux exploitants de Montaure-Écrosville devaient recourir aux services du moulin de Beauregard. Les limites des communes, créées en 1790, reprennent peu ou prou ces délimitations. C’est tout de même à La Haye-Malherbe qu’a été rattaché le moulin de Beauregard comme pour signifier que c’était la plus imposante des quatre communes, à défaut d’être la plus proche. 

Si l’on mesure l’accessibilité de ce moulin aux livraisons de céréales de Crasville et Surtauville, la côte le séparant de La Haye-Malherbe, Montaure et Écrosville laisse plus songeur. Il est plausible qu’une partie des céréales montauroises allassent au moulin de la Couture, propriété des moines de Bon port, à Tostes. De même, pour une partie des récoltes vraivillaises au moulin à l’ouest de cette paroisse. Idem pour Crasville avec le moulin sis à son sud, comme le montre la carte de Cassini de la fin du XVIIIe siècle. 

Enfin, il est probable que les terres de Beauregard fussent moins propices à la culture au Moyen Âge. En effet, un champ malherbois se nomme aujourd’hui “La Caprie”. On y lit ici la référence nette aux caprins, c’est-à-dire aux chèvres aimant à paitre les herbes sèches des espaces pentus.  

 

Pour conclure…

Le moulin de Beauregard est un très bel édifice médiéval du rebord du plateau du Neubourg. Datant vraisemblablement du milieu du XVe siècle, son corps principal est encore bien conservé. Il témoigne de la vitalité des campagnes d’alors, animées de cultivateurs et leurs familles vivant de la production locale. Le moulin est situé dans un espace central entre quatre, voire cinq paroisses : Crasville, Surtauville, Vraiville, La Haye-Malherbe et Montaure-Écrosville. Il s’en est fallu de peu qu’il appartînt à la commune de Surtauville et qui se nommât Heurtevent. Il reste à en découvrir les noms des propriétaires qui se sont succédé afin de mieux comprendre l'intérêt de ce moulin. Ce sont des plaisirs à venir...    

 

À lire aussi…

Tostes et le moulin de la Couture

L’histoire de La Haye-Malherbe : petit survol…

L’histoire de La Haye-Malherbe selon MM. Charpillon et Caresme

L’histoire de Crasville

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

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20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 15:31

L’église paroissiale Notre-Dame (localisez-la en cliquant ici), dans la commune de Terres de Bord (Eure), est le joyau architectural de Montaure et le joyau roman de cette partie du plateau du Neubourg, sur les hauteurs de Pont-de-l'Arche, Elbeuf et Louviers. Son histoire est liée à un ancien prieuré créé en ce lieu par les moines de l’abbaye Saint-Ouen de Rouen.

 

 

Notre-Dame de Montaure vue d'Écrosville par une chaude journée d'été (cliché d'Armand Launay, juillet 2013).

Notre-Dame de Montaure vue d'Écrosville par une chaude journée d'été (cliché d'Armand Launay, juillet 2013).

Un site élevé et alimenté en eau

Notre-Dame de Montaure est élégamment assise sur le trône naturel constitué par le rebord d'un vallon dénommé La Glacière. S'il n'est plus en eaux, celles-ci ne manquent pas dans cet espace à cheval entre la plaine du Neubourg et les vallons de la forêt de Bord-Louviers menant par de douces pentes aux vallées de l'Eure et de la Seine. L'eau jaillit toujours sous Notre-Dame à l'endroit de la fontaine Saint-Eustache, dans la crypte. Cette eau explique assurément l'implantation humaine en ce lieu (accédez ici à un autre de nos articles) avec, possiblement, un temple païen puis de successives églises primitives.

 

Le temps des seigneurs normands

Face au portail de Notre-Dame se trouve le château de Montaure, noble résidence du XVIIIe siècle lointaine héritière du château des Stigand, daté du XIe siècle. Ces seigneurs, parmi lesquels Odon Stigand, sénéchal du duc de Normandie Richard II, ont selon toute vraisemblance possédé l'espace central de Montaure. Celui-ci devait comprendre les vastes domaines du château actuel et de ce qu'on nomme le prieuré, tant et si bien que le cœur de Montaure est peu bâti ; il est vert et l'on reconnait de loin le paysage montaurois à ce pittoresque tableau d'où dépasse la flèche du clocher.  
Notre-Dame de Montaure est indissociable du prieuré, dont il est question. Il en reste un bel édifice du XVII
e siècle, son portail, et son domaine aujourd'hui boisé. 

 

Une donation à Saint-Ouen de Rouen en 1063

Auguste Le Prévost (voir dans la bibliographie à Delisle Léopold) expose une charte du 29 juin 1063 par laquelle le père d'Odon Stigand, sénéchal de Guillaume le Conquérant, donna des biens montaurois et criquebeuviens à l’abbaye Saint-Ouen de Rouen. Il donna l'église "Sanctæ Mariæ de Monte Aureo". Son nom n'a pas changé. L'abbaye Saint-Ouen fonda un prieuré rural en ce lieu, c'est-à-dire que quelques moines s'y installèrent afin de s'occuper des âmes, de faire valoir les terres et d'en envoyer le revenu à l'abbaye-mère. L'abbaye Saint-Ouen de Rouen était un des plus grands propriétaires nomrands de ce temps. On en voit encore ses locaux, certes plus récents, de l'hôtel de Ville de Rouen et son église abbatiale Saint-Ouen.  

 

La coexistence d'une église paroissiale et d'un prieuré rural

Mais MM. Charpillon et Caresme nous apprennent que les seigneurs des lieux, les Stigand, gardèrent le patronage de la paroisse, c'est-à-dire sa charge et la possibilité de nommer le clerc de leur choix. C'est ce qui explique, on le verra plus en détail, que l'église fut partagée entre les moines et le curé et, surtout, que Notre-Dame jouxte, de nos jours encore, un logis et un enclos prioraux. La fiche Mérimée de Notre-Dame nous apprend que ce patronage est passé, un temps au moins, aux mains de l'abbé de Saint-Ouen.

 

L’église Notre-Dame est inscrite comme monument historique

L’église est une propriété communale depuis 1905 et son affectataire est la paroisse catholique Notre-Dame des bois, pays de Louviers. Elle présente de très beaux vestiges romans du XIe siècle au niveau de la tour-clocher et de la base de certains murs de la nef et du transept. La statue de Notre-Dame, dans le chœur, a été classée Monument historique au titre d'objet le 12 juillet 1912. La place Jean-Baptiste-Charcot, avec la disparition du cimetière paroissial, est ornée d'une belle croix hosannière. Celle-ci a été inscrite sur l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques le 3 décembre 1954. On le mesure, un riche ensemble patrimonial, rehaussé de verdure, se dessine en ce lieu. De plus, notre église fait partie des quelques temples romans de la région avec, notamment, Alizay, Léry et Pîtres. Enfin, Notre-Dame est aussi l'église d'Écrosville, hameau presque aussi peuplé que Montaure à la fin de l'Ancien Régime, de Blacquetuit, les Fosses, la Vallée de la Corbillière et des hameaux de Tostes avant la création de la paroisse Sainte-Anne en 1687 à la demande de Louis Colbert, abbé de Bonport et fils du célèbre homme d'État.

C'est ainsi que l'église et le logis prioral ont été inscrits sur la liste complémentaire des Monuments historiques le 30 septembre 1997 comme l'atteste sa notice de la base Mérimée (PA27000021).

La pittoresque place Jean-Baptiste-Charcot regorge de patrimoine. L'église, le prieuré, la croix hosannière et un pressoir (non visible sur la photographie) sont inscrits sur la liste complémentaire des Monuments historiques (cliché d'Armand Launay, juillet 2013).

La pittoresque place Jean-Baptiste-Charcot regorge de patrimoine. L'église, le prieuré, la croix hosannière et un pressoir (non visible sur la photographie) sont inscrits sur la liste complémentaire des Monuments historiques (cliché d'Armand Launay, juillet 2013).

Le prieuré, la croix hosannière et Notre-Dame vers 1910 (?) par le cliché de Gabriel Bretocq (1873-1961) (consulté sur la Plateforme ouverte du patrimoine le 20 septembre 2020. Notice APMH00114997. Original conservé à la Médiathèque de l'architecture et du patrimoine).

Le prieuré, la croix hosannière et Notre-Dame vers 1910 (?) par le cliché de Gabriel Bretocq (1873-1961) (consulté sur la Plateforme ouverte du patrimoine le 20 septembre 2020. Notice APMH00114997. Original conservé à la Médiathèque de l'architecture et du patrimoine).

Le plan de Notre-Dame de Montaure (document publié sur le site de La sauvegarde de l'art sacré français).

Le plan de Notre-Dame de Montaure (document publié sur le site de La sauvegarde de l'art sacré français).

Le plan

Le plan de Notre-Dame est cruciforme, c'est-à-dire que l'église a une forme de croix. Ce qui lui donne cette forme est le transept débordant du vaisseau principal appelé la nef. L'église est orientée, c'est-à-dire tournée vers l'orient, l'est.

 

La tour-clocher

Une imposante tour sert de clocher. Elle est carrée et de style roman comme on peut le mesurer avec ses deux étages d'ouvertures étroites et en plein cintre et aurait conservé, grâce à des restaurations successives, son architecture du XIe siècle. Les hautes baies sont géminées, c'est-à-dire groupées par deux, presque jumelles, sous un même arc ici. La tour est couverte d'une flèche de charpente polygonale restaurée en 2008 notamment grâce aux fonds de la Sauvegarde de l'art sacré français. Cette tour est située à la croisée du transept, le lieu où le transept traverse la net, près du chœur.

Les cloches sont baptisées Perrette-Edmée (1755) et Alexandrine-Jeanne (1865). En 2009, le mécanisme des cloches a été électrifié par la mairie et l’Association de sauvegarde du patrimoine ;

La tour-clocher romane de Montaure (XIe siècle) et ses belles baies géminées (clichés d'Armand Launay, mai 2013).
La tour-clocher romane de Montaure (XIe siècle) et ses belles baies géminées (clichés d'Armand Launay, mai 2013).La tour-clocher romane de Montaure (XIe siècle) et ses belles baies géminées (clichés d'Armand Launay, mai 2013).La tour-clocher romane de Montaure (XIe siècle) et ses belles baies géminées (clichés d'Armand Launay, mai 2013).

La tour-clocher romane de Montaure (XIe siècle) et ses belles baies géminées (clichés d'Armand Launay, mai 2013).

Le chevet et la nef

Notre-Dame a un chevet plat, ce qui signifie que le mur fermant le sanctuaire, à l'ouest, est droit et non en demi-cercle, par exemple. Ce chevet semble dater du XIIIe siècle, avec ajout de contreforts.

La nef est couverte par un toit à long pans et les pignons sont couverts. Le gros-œuvre est réalisé en appareil mixte, c'est-à-dire plusieurs matériaux. Le moellon calcaire y côtoie le silex pour le remplissage et la pierre de taille forme le chainage. Ces pierres semblent être issues du réemploi de précédents murs et confèrent à l'église une plus grande ancienneté. Françoise Bercé, ayant réalisée une précieuse description pour le compte de la Sauvegarde de l'art sacré, cite une étude de Maylis Baylé que nous n'avons pas encore eu l'heur de lire. La chercheuse, spécialiste de l'art roman, avance que la base du mur sud et les épais murs du transept semblent dater de l'an 1000.

Au-dessus du portail et dans les murs de la nef, côté est, sont percées de petites ouvertures romanes. Elles ont été rehaussées de baies gothiques au XVIe siècle, près du transept.

Un avant-corps, aussi appelé porche, en brique de pays couvre le portail. Il semble dater du XIXe siècle.

Vue sur les façades extérieures et le (clichés d'Armand Launay, mai et juillet 2013).
Vue sur les façades extérieures et le (clichés d'Armand Launay, mai et juillet 2013).Vue sur les façades extérieures et le (clichés d'Armand Launay, mai et juillet 2013).

Vue sur les façades extérieures et le (clichés d'Armand Launay, mai et juillet 2013).

L'intérieur de la nef

La nef n'a pas de collatéraux. Elle présente une vue dégagée sur l'intérieur de l'édifice et son pavé de tomettes de pays. Une mise en lumière agréable fait ressortir le contraste entre, d'un côté, la sombreur du berceau lambrissé, des entraits, des boiseries, des bancs et de la chaire à prêcher et, de l'autre côté, la clarté des murs et la lumière issue des baies.

Le berceau lambrissé désigne cette coque de navire retournée qui couronne la nef et masque la charpente du toit. Les entraits sont les vastes poutres qui relient les deux murs latéraux, les murs gouttereaux. Les ouvertures romanes, côté est, tamisent la lumière comme pour plonger le visiteur dans une atmosphère propice au recueillement. Puis, plus proche du transept, la lumière se fait plus généreuse grâce aux deux séries de baies gothiques. Enfin, au loin, l'apothéose de lumière existe qui vient du chœur, le sanctuaire qui était interdit d'accès aux fidèles au Moyen Âge et réservé aux officiants.

La porte d'entrée plus deux vues de la nef (carte postale des années 1910 et clichés d'Armand Launay, mai 2013).La porte d'entrée plus deux vues de la nef (carte postale des années 1910 et clichés d'Armand Launay, mai 2013).
La porte d'entrée plus deux vues de la nef (carte postale des années 1910 et clichés d'Armand Launay, mai 2013).La porte d'entrée plus deux vues de la nef (carte postale des années 1910 et clichés d'Armand Launay, mai 2013).

La porte d'entrée plus deux vues de la nef (carte postale des années 1910 et clichés d'Armand Launay, mai 2013).

Les fonts baptismaux du XVe siècle) sont en pierre calcaire sculptée. Le couvercle en bois est couvert d’étain gravé et doré du XVIIIe siècle (clichés d'Armand Launay, septembre 2013). 
Les fonts baptismaux du XVe siècle) sont en pierre calcaire sculptée. Le couvercle en bois est couvert d’étain gravé et doré du XVIIIe siècle (clichés d'Armand Launay, septembre 2013). Les fonts baptismaux du XVe siècle) sont en pierre calcaire sculptée. Le couvercle en bois est couvert d’étain gravé et doré du XVIIIe siècle (clichés d'Armand Launay, septembre 2013). 

Les fonts baptismaux du XVe siècle) sont en pierre calcaire sculptée. Le couvercle en bois est couvert d’étain gravé et doré du XVIIIe siècle (clichés d'Armand Launay, septembre 2013). 

La poutre de gloire, vestige du jubé

Côté sud, à droite vers le chœur, se trouve le calvaire de la poutre de gloire. Ce groupe de trois éléments sculptés sur bois peint date du XVe ou du XVIe siècle. Il a été remanié au XIXe siècle. Il était autrefois adossé à la voute d’entrée de la croisée du transept, autrement dit le jubé, comme le montre la carte postale de 1910 reproduite plus haut dans cet article.

Une chaire à prêcher de la fin XIXe siècle n'a pas d'intérêt patrimonial mais présente de belles et fines sculptures, notamment les pinacles qui couronnent sa coupole. Elle est ornée des personnages du Christ et la Vierge entourés des quatre évangélistes.

Sur les murs, quelques documents témoignent d'une vie paroissiale active qui honorent des anciens curés montaurois, dont l'abbé Jules Balley mort pour la France le 15 juin 1940 et l'abbé Anatole Toussaint dont sont principalement mis en valeur, ici, ses qualités de botaniste ce qui devrait être secondaire pour un curé. Le portrait de cet homme, aux airs doncamillesques, aurait été peint chez son ami Claude Monet par un des élèves de ce peintre.

Un vitrail, signé V. Boulanger, représentant Jeanne d’Arc a été offert en 1920 par Maximilien Catoire et sa moitié. Ce bienfaiteur est à l’origine de la « Colonie », un hôpital qu’il dirigea durant la Première guerre mondiale. Il habitait La Garde-Châtel. Le vitrail fut rénové depuis par la famille montauroise Catoire-De la Haye.

Vitrail du mur collatéral nord à l'effigie de Jeanne-d'Arc (cliché d'Armand Launay, septembre 2013).

Vitrail du mur collatéral nord à l'effigie de Jeanne-d'Arc (cliché d'Armand Launay, septembre 2013).

Le transept

La croisée du transept présente quatre voutes en plein cintre caractéristiques de l'art roman. Un escalier à vis offre accès à la tour-clocher. Des autels latéraux, assez sobres pour de l'art baroque, occupent chaque aile du transept. Ils semblent dater du XVIIe siècle. 

Vue sur un arc du transept et la cage de l'escalier à vis menant au clocher (cliché d'Armand Launay, septembre 2013).

 

Un vitrail contemporain à l'effigie de Saint-Pierre se trouve dans l'aile nord du transept. Il a été offert en 1995 par l'abbé Bleunven et ses paroissiens.  

Un vitrail contemporain à l'effigie de Saint-Pierre se trouve dans l'aile nord du transept. Il a été offert en 1995 par l'abbé Bleunven et ses paroissiens.  

Vues sur les autels occupant les ailes du transept (cliché d'Armand Launay, septembre 2013).Vues sur les autels occupant les ailes du transept (cliché d'Armand Launay, septembre 2013).

Vues sur les autels occupant les ailes du transept (cliché d'Armand Launay, septembre 2013).

Aux journées du patrimoine, les tissus liturgiques de l'ancienne confrérie de charitons de Montaure sont présentés au public. Ceux-ci sont bien conservés et complètent le corbillard entreposé au nord-ouest de la nef (clichés d'Armand Launay, septembre 2013).
Aux journées du patrimoine, les tissus liturgiques de l'ancienne confrérie de charitons de Montaure sont présentés au public. Ceux-ci sont bien conservés et complètent le corbillard entreposé au nord-ouest de la nef (clichés d'Armand Launay, septembre 2013).Aux journées du patrimoine, les tissus liturgiques de l'ancienne confrérie de charitons de Montaure sont présentés au public. Ceux-ci sont bien conservés et complètent le corbillard entreposé au nord-ouest de la nef (clichés d'Armand Launay, septembre 2013).

Aux journées du patrimoine, les tissus liturgiques de l'ancienne confrérie de charitons de Montaure sont présentés au public. Ceux-ci sont bien conservés et complètent le corbillard entreposé au nord-ouest de la nef (clichés d'Armand Launay, septembre 2013).

Le chœur

Le chœur, dont le pavage fut refait en 1849 dans le ton des damiers du XVIIe siècle, est doté d’une porte murée qui permettait aux moines du prieuré d’entrer dans Notre-Dame. Leurs stalles du XVIIe siècle sont encore en place à l’entrée du chœur. Au nombre de 10, elles présentent un décor assez sobre. Leurs séparateurs sont ornés d'aigles, peut-être en référence à saint Jean. Ces stalles étaient utilisées par les moines bénédictins et séparaient, certainement avec les autels latéraux, le chœur de la nef où se trouvait le public.  

Les stalles des moines bénédictins dans lesquels ceux-ci s'installaient pour prier et chanter (cliché d'Armand Launay, septembre 2013).

 

Le maitre-autel et la Vierge à l'Enfant, pièce maitresse du patrimoine montaurois 

Le maitre-autel baroque en bois date du début XVIIe siècle. Il imite excellemment le marbre et bénéficie de vastes dorures qui, bien illuminées, créent ici le point le plus lumineux du sanctuaire. Une toile au centre illustre, classiquement, la crucifixion du Christ. Il comporte à droite une statue en pierre polychromée de saint Jean-Baptiste évangélisateur (d'où sa vaste croix) et son mouton qui, symboliquement, le positionne en meneur des âmes humaines. Cette statue semble contemporaine du maitre-autel. 

Mais ce qui retient surtout le regard des spécialistes et amateurs de patrimoine, c'est la statue de la Vierge à l'Enfant Jésus. En pierre polychromée, elle date de la seconde moitié du XVe siècle. Elle a été classée Monument historique au titre d’objet le 12 juillet 1912. Elle mesure 178 cm de hauteur (avec la plinthe). La base Mérimée précise (notice PM27001150) que « Les orfrois du manteau de la Vierge sont décorés de lettres capitales d'aspect un peu fleuri, séparées par deux points superposés. Elles ne forment aucun mot reconnaissable, à l'exception d’ORA, peut-être par hasard. Il y a également des lettres fantaisistes, faites d'entrelacements sans signification. » L’Enfant tient une colombe dans sa main gauche.

Vues diverses sur le maitre-autel (clichés d'Armand Launay, septembre 2013 et aout 2020).Vues diverses sur le maitre-autel (clichés d'Armand Launay, septembre 2013 et aout 2020).
Vues diverses sur le maitre-autel (clichés d'Armand Launay, septembre 2013 et aout 2020).Vues diverses sur le maitre-autel (clichés d'Armand Launay, septembre 2013 et aout 2020).Vues diverses sur le maitre-autel (clichés d'Armand Launay, septembre 2013 et aout 2020).

Vues diverses sur le maitre-autel (clichés d'Armand Launay, septembre 2013 et aout 2020).

La statue de la Vierge à l'Enfant Jésus, œuvre classée monument historique au titre d'objet en 1912 (clichés d'Armand Launay, septembre 2013 et aout 2020).La statue de la Vierge à l'Enfant Jésus, œuvre classée monument historique au titre d'objet en 1912 (clichés d'Armand Launay, septembre 2013 et aout 2020).

La statue de la Vierge à l'Enfant Jésus, œuvre classée monument historique au titre d'objet en 1912 (clichés d'Armand Launay, septembre 2013 et aout 2020).

La Vierge à l'Enfant Jésus en 1939. Cliché d'Emmanuel Mas (1891-1979) consulté le 20 septembre 2020 sur la Plateforme ouverte du patrimoine. Original conservé sous la cote APMH0195764 à la Médiathèque de l'architecture et du patrimoine.

La Vierge à l'Enfant Jésus en 1939. Cliché d'Emmanuel Mas (1891-1979) consulté le 20 septembre 2020 sur la Plateforme ouverte du patrimoine. Original conservé sous la cote APMH0195764 à la Médiathèque de l'architecture et du patrimoine.

Saint-Eustache

Une statue de Saint-Eustache, taillée au XVIIe siècle dans du bois, est encore dotée d’une belle polychromie. Saint Eustache est le patron des chasseurs.  

 

La crypte et la fontaine Saint-Eustache

Une trappe offrait un accès par escalier à la crypte. Celle-ci daterait du XIIIe siècle et fut réaménagée au XVIe siècle. Dans cette dernière, se trouve la résurgence d’une source. Un bassin en pierre recueille cette eau qui avait la réputation d'aider la guérison des enfants peureux des maladies de peau et des troubles de la "danse de Saint-Guy", autrement dit des gestes épileptiques. Cette fontaine, reliée aux deux puits de la place Jean-Baptiste-Charcot, atteste la présence d’une nappe phréatique durable qui explique assurément l’installation d'habitants. C'est ce qui a fait écrire Auguste Le Prévost qui avança que Montaure signifie le "mont de l'eau" ou de la "rivière". 

Bassin de recueillement des eaux de la fontaine Saint-Eustache (cliché d'Armand Launay, septembre 2013).

 

Ancien escalier reliant le chœur à la crypte (condamné depuis) et porte donnant accès à la fontaine depuis la rue Maxime-Marchand (clichés d'Armand Launay, septembre 2013). Ancien escalier reliant le chœur à la crypte (condamné depuis) et porte donnant accès à la fontaine depuis la rue Maxime-Marchand (clichés d'Armand Launay, septembre 2013).

Ancien escalier reliant le chœur à la crypte (condamné depuis) et porte donnant accès à la fontaine depuis la rue Maxime-Marchand (clichés d'Armand Launay, septembre 2013).

A lire aussi...

La croix monumentale de Montaure

Aux origines de Montaure et de son nom

 

Sources

- Amsellem Emmanuelle, « Les Stigand : des Normands à Constantinople », Revue des études byzantines, tome 57, 1999, pages 283 à 288 ;

- Andrieux Jules, Cartulaire de l'abbaye royale de Notre-Dame de Bon-Port de l'ordre de Citeaux au diocèse d'Evreux, Evreux, Auguste Hérissey, 1862, 434 pages ; 

- Association Saint-Blaise, Notre Dame de Montaure : l’église de la montagne dorée, 2013, 4 pages ;

- Bercé Françoise, Montaure [description architecturale de Notre-Dame dans le cadre de la levée de fonds menée par la Sauvegarde de l'art sacré français en vue d'une restauration], cahier 23 de la Sauvegarde de la art sacré, 2008, pages 156 et 157 ;  

- Bonnin Thierry, Regestrum visitationum archiepiscopi rothomagensis : journal des visites pastorales d'Eude Rigaud, archevêque de Rouen, Rouen, Le Brument, 1852, 876 pages.

- [Caresme Anatole], « Le prieuré de Montaure », 7 pages, Mélanges historiques, ch. XII, Louviers, imprimerie de Mlle Houssard et frère, document conservé à la médiathèque de Louviers sous la cote inv 9/454 et publié sur ce blog ;

- Charpillon Louis-Etienne, Caresme Anatole, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys, Delcroix, 1868, 960 pages, tome II, voir les pages 541 à 543 et publié sur ce blog ;

- Delisle Léopold, Passy Louis, Mémoires et notes de M. Auguste Le Prévost pour servir à l’histoire du département de l’Eure, la notice sur Criquebeuf (tome I, page 562), la notice sur Montaure (tome II, page 513), Évreux, Auguste Hérissey, 1864 ;

- Guilluy Françoise, Tuiliers et potiers de l’Eure : La Haye-Malherbe et Montaure, Association pour la sauvegarde du patrimoine malherbois, 1995, 192 pages ;

- Ministère de la culture, Base Mérimée, www.culture.gouv.fr ;

- Quesné Victor, « Le Désert des carmes déchaussés de la Garde-Châtel », Bulletin de la Société d'études diverses, n° 6, 1903.

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20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 15:23

Dans la perspective de mettre en valeur l'histoire de cette charmante commune de l'Eure et, aussi, d'y travailler nous même, voici une copie de l'article à elle consacré dans les Mémoires et notes de M. Auguste Le Prévost pour servir à l'histoire du département de l'Eure, recueillis et publiés par (...) MM. Léopold Delisle et Louis Passy, publié à Evreux en 1864.

Il s'agit du tome II pour Montaure, pages 413 à 416,. A voir, le tome I à l'article de Criquebeuf-sur-Seine où est recopiée in extenso la charte de donation de l'église de Montaure à l'abbaye Saint-Ouen de Rouen. 
 

L'histoire de Montaure selon Auguste Le Prévost
L'histoire de Montaure selon Auguste Le Prévost
L'histoire de Montaure selon Auguste Le Prévost
L'histoire de Montaure selon Auguste Le Prévost
L'histoire de Montaure selon Auguste Le Prévost
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L'histoire de Montaure selon Auguste Le Prévost
L'histoire de Montaure selon Auguste Le Prévost
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L'histoire de Montaure selon Auguste Le Prévost

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19 septembre 2020 6 19 /09 /septembre /2020 16:05
Vue sur le mur pignon et le mur sud du logis prioral (cliché d'Armand Launay, mai 2013).

Vue sur le mur pignon et le mur sud du logis prioral (cliché d'Armand Launay, mai 2013).

Le prieuré de Montaure désigne un ancien établissement religieux dont il reste aujourd'hui un bel espace central ainsi qu'un logis prioral, privés, et l'église Notre-Dame, propriété de la commune. Il ne faut pas le confondre avec la belle demeure bourgeoise, le prieuré, qui doit son nom à la proximité avec le logis prioral et avec le fait qu'elle a été bâti dans l'enclos dudit prieuré (voir les photographie du bas de cet article). 

Le prieuré a été fondé par les bénédictins de Saint-Ouen de Rouen à partir de 1063 et ferma après 1663. L’église Notre-Dame était partagée avec le curé, un temps, et a été placée sous la tutelle du prieuré. C'est ce qui explique leur proximité et, aussi, la présence d'une porte, aujourd'hui murée, dans le chœur par lequel les moines venaient mener l'office. Trois à quatre moines formaient ici une annexe de la grande abbaye Saint-Ouen de Rouen où se trouve aujourd'hui l'hôtel de Ville. Les religieux faisaient ici valoir des terres et percevaient des revenus dans la région (Léry, Le Vaudreuil…) dont ils rendaient une part à leur abbaye de tutelle.

L’église Notre-Dame et le logis prioral ont été reconnus par le Conservatoire régional qui les a inscrits sur la liste des Monuments historiques le 30 septembre 1997 : l'ancien prieuré en totalité : l'église et son mur de soutènement, l'enclos monastique, les sols avec les vestiges qu'il contient, le logis prioral et son portail.

Photographie aérienne disponible sur le site Géoportail (capture d'écran du 21 septembre 2020) avec un calque supplémentaire délimitant et numérotant les parcelles cadastrales. Les parcelles inscrites sur la liste complémentaire des Monuments historiques sont les suivantes : 1996 A 584, 958, 1019 à 1021, 1023, 1024, 1028 à 1031, 1168 à 1170, 1238. C'est-à-dire qu'elles forment un rectangle comprenant l'église, le prieuré et l'espace boisé.

Photographie aérienne disponible sur le site Géoportail (capture d'écran du 21 septembre 2020) avec un calque supplémentaire délimitant et numérotant les parcelles cadastrales. Les parcelles inscrites sur la liste complémentaire des Monuments historiques sont les suivantes : 1996 A 584, 958, 1019 à 1021, 1023, 1024, 1028 à 1031, 1168 à 1170, 1238. C'est-à-dire qu'elles forment un rectangle comprenant l'église, le prieuré et l'espace boisé.

Description du logis prioral

Le bâtiment du prieuré, près de l'église, est couvert d’un toit à croupes garni de tuiles plates. Quelques beaux chainages de pierre de taille calcaire font songer à une construction du XVIIe siècle avec, en remplissage, quelques tuileaux mais surtout de petits moellons de silex et de calcaire. Ceux-ci ont sûrement été réemployés à partir des restes de l'ancien bâtiment prioral. Certains commentateurs ont affirmé que le toit du prieuré fut réalisé en forme de cercueil pour rappeler aux moines la condition humaine. Il est vrai que le faite du toit penche beaucoup d'est à l'ouest et que les murs gouttereaux se rapprochent étrangement. Mais de là à y voir une injonction morale, il y a un problème de dates : dans soRegistre des visites aux établissements religieux, l’archevêque de Rouen Eudes Rigaud (vers 1210-1275) nota à plusieurs reprises que les trois à quatre religieux de Montaure acceptaient de boire dans le village, accueillaient des femmes dans le prieuré et se servaient de matelas, pourtant interdits dans leur ordre. Qui plus est, le prieuré ferma ses portes au moment où, vraisemblablement, fut construit le logis. 

Nous ignorons qui le posséda ensuite ? Servit-il de presbytère ? Quoi qu'il en soit, ses ouvertures sont étroites qui rappellent le Moyen Âge plus que les belles baies des demeures aristocratiques de la Renaissance. 

Il dut se trouver dans le giron d’un établissement religieux ou d’un noble exilé car il fut nationalisé à la Révolution puis revendu comme bien national le 22 aout 1792 à Louis Delarue, fabricant de draps à Elbeuf. Des pavés de fabrication locale orneraient son intérieur d’après Françoise Guilluy.

Aujourd'hui, comme le note la fiche des Monuments historiques, le logis prioral est le seul vestige des bâtiments qui constituaient partiellement la clôture de cet espace.  

Dans les autres parcelles, du côté de la rue Maxime-Marchand, on aperçoit encore de beaux murs de pierre. Des vestiges sont cités dans la notice des Monuments historiques. Nous n'y avons pas eu accès. 

Vue sur le mur pignon est. On mesure le rétrécissement de l'œuvre qui a fait dire à certains commentateurs que le prieuré avait une forme de cercueil pour rappeler aux hommes leur mortalité (cliché d'Armand Launay, mai 2013).

Vue sur le mur pignon est. On mesure le rétrécissement de l'œuvre qui a fait dire à certains commentateurs que le prieuré avait une forme de cercueil pour rappeler aux hommes leur mortalité (cliché d'Armand Launay, mai 2013).

Détails du mur sud du Prieuré (clichés d'Armand Launay, juillet 2013).

Détails du mur sud du Prieuré (clichés d'Armand Launay, juillet 2013).

Le portail du prieuré est un vestige du XVIIe siècle, vraisemblablement. Il est aussi protégé par l'inscription aux Monuments historiques (cliché d'Armand Launay, mai 2013).

Le portail du prieuré est un vestige du XVIIe siècle, vraisemblablement. Il est aussi protégé par l'inscription aux Monuments historiques (cliché d'Armand Launay, mai 2013).

Le prieuré est aussi le nom donné à la belle demeure bourgeoise où résidèrent Maurice Emmanuel et Jean-Baptiste Charcot. Cette demeure doit son nom au fait qu'elle a été construite dans l'enclos prioral et à côté du logis souvent appelé prieuré (carte postale de 1910 et cliché d'Armand Launay, mai 2013)..
Le prieuré est aussi le nom donné à la belle demeure bourgeoise où résidèrent Maurice Emmanuel et Jean-Baptiste Charcot. Cette demeure doit son nom au fait qu'elle a été construite dans l'enclos prioral et à côté du logis souvent appelé prieuré (carte postale de 1910 et cliché d'Armand Launay, mai 2013)..

Le prieuré est aussi le nom donné à la belle demeure bourgeoise où résidèrent Maurice Emmanuel et Jean-Baptiste Charcot. Cette demeure doit son nom au fait qu'elle a été construite dans l'enclos prioral et à côté du logis souvent appelé prieuré (carte postale de 1910 et cliché d'Armand Launay, mai 2013)..

Bibliographie à retrouver au pied de l'article portant sur Notre-Dame de Montaure.  

À consulter aussi : Maurice Emmanuel et Jean-Baptiste Charcot à Montaure.

 

Armand Launay

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8 avril 2020 3 08 /04 /avril /2020 17:07
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
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8 juin 2014 7 08 /06 /juin /2014 17:00

Près de Pont-de-l'Arche, dans l'Eure, se trouve la peu connue commune de Tostes (454 habitants, 5 hameaux). Il se trouve qu'en plus d'être charmante elle est riche en histoire et en patrimoine... 

La mairie de Tostes, construite en 1891, est le symbole républicain de la volonté d'autonomie des Tostais (cliché A. Launay, mai 2014).La mairie de Tostes, construite en 1891, est le symbole républicain de la volonté d'autonomie des Tostais (cliché A. Launay, mai 2014).

La mairie de Tostes, construite en 1891, est le symbole républicain de la volonté d'autonomie des Tostais (cliché A. Launay, mai 2014).

Une présence humaine préhistorique

Même en l’absence de rapport archéologique contemporain, il n’est pas difficile de constater la présence de l’Homme à Tostes durant la préhistoire et ce grâce à trois articles de Léon Coutil.

Le premier article, intitulé « Inventaire des menhirs et dolmens de France (département de l’Eure) », expose que « sur la limite de la forêt, entre Tostes et Saint-Pierre-lès-Elbeuf, au triage de la Cramponnière, se trouve un grès d'environ un mètre de hauteur, que l'on désigne sous le nom dePierre du Gain » (pages 108-109). Cela doit vraisemblablement être un mégalithe préceltique attestant la présence de l’Homme, voire sa sédentarisation.

Dans un article de 1893, « Résumé des recherches préhistoriques en Normandie (époque paléolithique) », Léon Coutil fait état d’une autre découverte : « Dans les champs, à la surface, M. Noury a recueilli une large hache plate taillée à grands éclats des deux côtés ; cette pièce, un peu triangulaire et à patine ocreuse, mesure environ 0m15. On peut la voir au musée d'Elbeuf, ainsi que des lames moustériennes trouvées dans les mêmes conditions, au même endroit » (page 66).

Dans un autre article, « Ateliers et stations humaines néolithiques du département de l’Eure » Léon Coutil écrivit que « Le Musée d'Elbeuf possède plusieurs belles haches trouvées à la Vallée, près Tôtes, au triage des Routis. Au triage des Treize-Livres, hache plate en silex rosé, trouvée en 1859 (Musée de Louviers)" (page 177).

 

Des traces gallo-romaines

La Carte archéologique de la Gaule, éditée par Dominique Cliquet, fait état (page 227) de fouilles réalisées entre 1894 et 1904 par Léon de Vesly et Victor Quesné. Celles-ci eurent lieu à la Butte des Buis, en forêt, près de La Vallée. Elles ont restitué les bases d’un fanum (13 m de côté) à cella carrée (un sanctuaire) de 4,35 m de côté et entourée d’une galerie. Les murs de cette dernière étaient recouverts d’une couche de gypse rose et surmontés d’un portique. Plus de 60 monnaies ont été retrouvées sur les lieux allant du début du Ier siècle avant notre ère au IVe siècle : Tibère, Claude, Néron, Marc-Aurèle, Lucille, Dèce, Gallien, Salonine, Postume, Claude II, Tétricus I et II, Probus, Constance Chlore, Maximien Hercule et Daia, Constantin, Licinius, Crispus, Constantin II.

D’autres vestiges sont signalés par la carte d’état-major de l’IGN en forêt de Bord, près du carrefour des Quatre-bancs, entre La Couture et Louviers. La carte IGN les considère comme des restes de villa avec son puits. Nous n’avons pas trouvé de rapport de fouille sur ces vestiges situés aujourd’hui hors du périmètre administratif de Tostes.

Ces premiers éléments laissent entrevoir un habitat gallo-romain dispersé dans des friches d’une forêt de Bord aux contours différents de ceux que nous lui connaissons depuis le Moyen-Âge.

Les quelques éléments dont nous disposons montrent que, vraisemblablement, certaines villas ont été abandonnées et la nature a repris ses droits sous forme de forêt. C'est certainement ce qui a rendu possible leur conservation : les autres vestiges de villas ayant été arrasés par des siècles d'activité agricole.

Nous pensons que d'autres villas ont ponctué le rebord de plateau sur lequel Tostes a émergé ensuite. Les hameaux que nous connaissons de nos jours ont peut-être remplacé et recouvert de petites exploitations agricoles familales de l'Antiquité.

En effet, les emplacements les plus propices à l'activité humaine n'ont pas dû être abandonnés : résurgences de sources ou présence de nappes phréatiques importantes et non profondes, terres planes et ensoleillées, proximité de la forêt pour l'élevage d'animaux... A ce titre, les courbes de niveau de la carte d'état major montrent que la naissance du ravin de la vallée d'Incarville se situe près de la Fosse Caron, au-dessus de la ferme du Petit-Bonport (en face de la mairie). S'il y a un ravin, c'est qu'il y a eu un ravinement et donc de l'eau. Quand cette eau a-t-elle cessé de couler ? Nous l'ignorons mais il paraitrait logique que la Ferme du Petit-Bonport ait été bâtie à côté d'une source et, autour d'elle, le hameau de Tostes.  

Il y a certainement eu un mouvement de bocagisation autour des habitats des cinq hameaux (voire plus). Ce paysage était quelque peu différent de celui d'aujourd'hui : des champs ouverts dévolus à la production intensive, saufs autour des habitations et de quelques lisières de forêt.  

La carte d'état major IGN indique des "vestiges Gallo-romains" et un "Puits romain" près du carrefour des Quatre-bancs. Le deuxième extrait de carte montre la naissance du ravin de la vallée d'Incarville, à deux pas de la ferme du Petit-Bonport certainement installée ici en raison de la résurgence d'eau.
La carte d'état major IGN indique des "vestiges Gallo-romains" et un "Puits romain" près du carrefour des Quatre-bancs. Le deuxième extrait de carte montre la naissance du ravin de la vallée d'Incarville, à deux pas de la ferme du Petit-Bonport certainement installée ici en raison de la résurgence d'eau.

La carte d'état major IGN indique des "vestiges Gallo-romains" et un "Puits romain" près du carrefour des Quatre-bancs. Le deuxième extrait de carte montre la naissance du ravin de la vallée d'Incarville, à deux pas de la ferme du Petit-Bonport certainement installée ici en raison de la résurgence d'eau.

Un lieu-dit Tostes attesté en 1130

Le nom de Tostes existait bien avant que le village ne soit constitué en paroisse en 1687. En 1130, le grand rôle de l’Echiquier de Normandie cita des droits à percevoir en forêt de Bord et à Tostes « … et de 4 lib. 14 sol. de pasnagio foreste de Bort. In thesauro 74 sol. In suo superplus veteris anni de compoto suo de vadio Petri de Bures in Tostes 100 sol. et quiebus est. » (Léopold Delisle, Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, page 29, membrane 8). Difficile de douter qu'il s'agisse de l'emplacement du chef-lieu de commune que nous connaissons aujourd'hui et qui a dû, selon notre thèse exposée plus haut, être construt autour de la ferme dite du Petit-Bonport.

 

Un nom sorti de la clairière ?

Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme ont écrit que le nom de Tostes provient du scandinave « topt », signifiant village. Cette hypothèse est séduisante car le plateau du Neubourg est ponctué de toponymes scandinaves : Surtauville, Limbeuf, Daubeuf, Ecquetot et le très proche Blacquetuit dans la commune de Montaure… Une autre hypothèse est soulevée par Auguste Le Prévost (voir Léopold Delisle et Louis Passy) : Tostes viendrait du participe passé latin « tostus » du verbe « torrere », bruler. Les « tostes » anciennes de la forêt de Bord seraient donc nos « brulis » actuels, c’est-à-dire des terres forestières ou herbagères brulées afin de les rendre plus propres à l’agriculture. Une trace de ces pratiques demeure sur le territoire de Criquebeuf-sur-Seine où une parcelle de forêt est nommée Les Brûlins (près du Bosc-hêtrel).

 

Sainte-Anne, déjà patronne en 1174

Dans le Dictionnaire des anciens noms de lieux du département de l'Eure, Auguste Le Prévost cite une charte d'Henri II, datée de 1174, qui mentionne sainte Anne comme patronne de Tostes. C'est toujours sous ce vocable qu'est connue l'église paroissiale. Le lieudit dépendait du chapitre de la cathédrale de Chartres. Après tout, le confluent de la Seine et de l'Eure, rivière de Chartres, n'était pas loin : Les Damps. Comment la cathédrale de Chartres avait-elle été possessionnée à Tostes ? Edouard Jore, auteur de « La chasse en forêt de Bord » (page 14), nous fournit des éléments d'explication par un document constituant la plus ancienne référence du nom « Bord » : « il s’agit d’une charte du 11e jour des calendes d’octobre de l’an 1014, par laquelle Richard II, dit « le Bon Duc de Normandie » pour réparer les dommages que son armée avait causés aux possessions de la Cathédrale de Chartres, fait don à cette Basilique notamment de Vraiville entre Louviers et Elbeuf avec la dîme de la chasse dans la forêt appelée Bord ». Il s'agit d'une conséquence indirecte des incursions scandinaves donc et il semble que le lien avec Tostes soit fait par la forêt de Bord.

"Plan, figure et arpentage général de la terre de Toste appartenant à Messieurs les Abbé et religieux de Notre-Dame de Bomport" par Jacques Longuet, arpenteur ordinaire du roi, en 1694 (Gallica, Bibliothèque nationale de France).

"Plan, figure et arpentage général de la terre de Toste appartenant à Messieurs les Abbé et religieux de Notre-Dame de Bomport" par Jacques Longuet, arpenteur ordinaire du roi, en 1694 (Gallica, Bibliothèque nationale de France).

Tostes est née d'une clairière et n'en est pas tout à fait sortie ce qui renforce le caractère agréable de cette commune (photo Armand Launay, 2011).

Tostes est née d'une clairière et n'en est pas tout à fait sortie ce qui renforce le caractère agréable de cette commune (photo Armand Launay, 2011).

Des terres dans la mouvance de Bonport

Richard Cœur de Lion, roi d’Angleterre et duc de Normandie, et Philippe Auguste, roi de France, ont fondé l’abbaye de Bonport en 1190. Ils dotèrent cet établissement de nombreuses terres en forêt de Bord, aux alentours, et le long de la Seine. Cependant le cartulaire de Bonport, tel que compilé, commenté et partiellement reproduit par Jules Andrieux, reste muet sur l’entrée de terres tostaises dans le domaine de l’abbaye. Le cartulaire mentionne pour la première fois Tostes le 15 novembre 1456 où les moines rendent aveu de leurs biens en Normandie et en Ile-de-France. Parmi ces biens (page 405) « plusieurs terres labourables avec trois manoirs ou granches, nommées Tostes, Blacquetuit et la Corbeillerre. » La grange de Tostes doit assurément être la ferme qui jouxte aujourd’hui l’église Sainte-Anne. Selon Max Masson, à la Révolution elle était exploitée par la famille Mouchard (voir plus bas) et était connue sous le nom de ferme du « Petit Bonport » (folio 4, tome I). Celle-ci côtoie une ancienne grange – très remaniée – qui semble avoir remplacé la grange dimière bonportaise de Tostes, à deux pas de l’église.

 

1687 : Bonport érige Tostes en paroisse

Les notes d’Auguste Le Prévost (page 286) citent un document important dans l’histoire de Tostes : « En 1687, les moines de Bonport exposèrent à l’évêque d’Evreux qu’ils possédaient mille acres de terre, tant de labour que de bois, situées dans la forêt du Pont-de-l’Arche, autrement dite la forêt de Bord ; qu’au milieu de ces terres s’élevaient cinq villages : Tostes, Blasquemesnil [sic], la Corbillière, la Cramponnière et Treize-livres, et que ces cinq villages comprenaient environ trois cents habitants : que depuis 1680, l’abbaye de Bonport avait fait élever une chapelle à Tostes, et qu’il était urgent de transformer cette chapelle en paroisse. La paroisse ne fut érigée que le 14 janvier 1687 à la demande de Louis Colbert, abbé de Bonport, par décret de l’évêque d’Evreux. » L’on mesure la mainmise de Bonport sur les terres situées autour de la forêt de Bord.

Louis Colbert, fils de Jean-Baptiste Colbert, bras droit du roi, avait un pouvoir certain. Il parvint à faire reconnaitre la nouvelle paroisse de Sainte-Anne de Tostes, composée de terres prises sur Montaure (dont la ferme de Blacquetuit qui revint en définitive à Montaure en 1791)… Il rattacha la paroisse de Tostes au domaine de son abbaye, ce qui lui fit gagner près de 300 hectares de bois et 300 hectares de terre. L’intérêt de cette affaire était de récupérer, en plus, le dixième des récoltes grâce à l’impôt de l’Eglise qu’était la dime.

L’autre partie des terres, boisée, était elle aussi essentielle. Outre la fabrication des outils et des locaux abbatiaux, les moines pouvaient se chauffer, cuisiner et vendre le bois coupé. Ils pouvaient de même faire glaner les porcs. En revanche, leurs bois étaient évidemment à la merci des habitants les plus démunis, ou avides, de la région. C’est ce qui fit que les moines mandatèrent des hommes à la surveillance de la propriété… Une famille de Tostes était missionnée pour cela : les Mouchard (Max Masson, folio 37, tome I). Leur ferme était située près de l’église et était appelée « Le petit Bonport » (Max Masson, folio 4, tome I). Leur nom de famille doit venir du surnom « mouchard » puisqu’ils révélaient aux moines les noms des auteurs de délits. Ceux-ci devaient les transmettre aux autorités de la Maitrise des eaux et forêts de Pont-de-l’Arche.

L'église Sainte-Anne est contemporaine de l'érection de Tostes en paroisse par l'abbaye de Bonport en 1687 (cliché Armand Launay, mai 2014).L'église Sainte-Anne est contemporaine de l'érection de Tostes en paroisse par l'abbaye de Bonport en 1687 (cliché Armand Launay, mai 2014).

L'église Sainte-Anne est contemporaine de l'érection de Tostes en paroisse par l'abbaye de Bonport en 1687 (cliché Armand Launay, mai 2014).

La ferme de La Corbillière, à La Vallée, est un des plus beaux éléments du patrimoine bâti de Tostes. Son logis semble dater du XVe siècle, avec des ajouts et remaniements de la fin du XIXe siècle. Un étage carré plus un étage de comble. Escalier dans l’œuvre. Référence Mérimée : IA00018024. Il est jouxté par une grange, en ruine, du XVIIe siècle (photo A. Launay, avril 2014).

La ferme de La Corbillière, à La Vallée, est un des plus beaux éléments du patrimoine bâti de Tostes. Son logis semble dater du XVe siècle, avec des ajouts et remaniements de la fin du XIXe siècle. Un étage carré plus un étage de comble. Escalier dans l’œuvre. Référence Mérimée : IA00018024. Il est jouxté par une grange, en ruine, du XVIIe siècle (photo A. Launay, avril 2014).

La Révolution confirme l’autonomie de Tostes

La Révolution émancipa Tostes des moines de Bonport car l’abbaye fut fermée en 1790. Cela posa toutefois la question du maintien de cette commune. Grâce à la mobilisation des habitants, Tostes et ses fermes furent érigées en commune en 1790 à l’exception de la ferme de Blacquetuit qui revint à la commune de Montaure étant donnée, peut-être, sa proximité avec ce bourg (Max Masson, folio 54, tome I). Le hameau de Tostes fût-il érigé en commune s’il n’avait pas auparavant été constitué en paroisse ? On peut en douter quand on considère qu’Ecrosville, un hameau presque aussi peuplé que le bourg de Montaure, a été rattaché à la commune de Montaure. Quelque part, l’intervention de Bonport a laissé des traces dans le découpage administratif local ; d’où cette étrangeté administrative répartissant les maisons de La Vallée – un hameau aussi grand que Tostes – dans trois communes (Tostes, Montaure et La Haye-Malherbe).

Cette étrangeté administrative a été résorbée par la fusion des communes de Tostes et Montaure qui se nomment, depuis le 1er janvier 2017 "Terres de Bord". 

 

Un appréciable patrimoine ancien

Pour une commune peu habitée (412 habitants en 2012 selon l’INSEE), Tostes possède un beau patrimoine architectural parmi lequel se trouve la tour d’un moulin à vent, présumée du XVe siècle, une ferme nommée La Corbillière dont les parties les plus anciennes sont datées du XVe siècle par la conservation régionale des Monuments historiques, plusieurs corps de ferme du XVIIe siècle et une église rurale de la fin du XVIIe siècle.

 

 

Tostes possède un beau patrimoine ancien dont la tour d'un moulin du XVe siècle (propriété privée) (cliché Armand Launay, aout 2013).

Tostes possède un beau patrimoine ancien dont la tour d'un moulin du XVe siècle (propriété privée) (cliché Armand Launay, aout 2013).

Sources

- Andrieux Jules, Cartulaire de l'abbaye royale de Notre-Dame de Bon-Port de l'ordre de Citeaux au diocèse d'Evreux, Evreux, Auguste Hérissey, 1862, 434 pages ;

- Charpillon Louis-Etienne, Caresme Anatole, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys, Delcroix, 1868, pages 922 et 923 ;

- Cliquet Dominique, Carte archéologique de la Gaule : l’Eure 27, Paris, ministère de la culture, 1993, 285 pages ;

- Coutil Léon, « Résumé des recherches préhistoriques en Normandie (époque paléolithique) », pages 34 à 142, Collectif, Bulletin de la Société normande d'études préhistoriques, Société normande d'études préhistoriques et historiques, Louviers, imprimerie Eugène Izambert, tome I, année 1893, 1894, 151 pages ;

- Coutil Léon, « Inventaire des menhirs et dolmens de France (département de l’Eure) », pages 36 à 122, Collectif, Bulletin de la Société normande d'études préhistoriques, Société normande d'études préhistoriques et historiques, Louviers, imprimerie Eugène Izambert, tome IV, année 1896, 1897, 222 pages ;

- Coutil Léon, « Ateliers et stations humaines néolithiques du département de l’Eure », pages 123 à 211, Collectif, Bulletin de la Société normande d'études préhistoriques, Société normande d'études préhistoriques et historiques, Louviers, imprimerie Eugène Izambert, tome IV, année 1896, 1897, 222 pages ;

- Delisle Léopold (publié par), « Cartulaire normand de Philippe Auguste, Louis VIII, Saint-Louis et Philippe le Hardi », Mémoire de la Société des antiquaires de Normandie, 6e volume, XVIe volume de la collection, Caen, 1852, 390 pages ;

- Delisle Léopold, Passy Louis (publié par), Mémoires et notes de M. Auguste Le Prévost pour servir à l’histoire du département de l’Eure, tome III, Évreux, Auguste Hérissey, 1864, article « Tostes », page 286 ;

- Deville Étienne, Les Manuscrits de l’ancienne bibliothèque de l’abbaye de Bonport conservés à la bibliothèque nationale et à la bibliothèque de Louviers, fascicule 2, Paris : H. Champion, 1910, 36 pages ;

- Jore Edouard, « La chasse en forêt de Bord avant 1789 », pages 14 à 18, Bulletin de la Société d’études diverses de l’arrondissement de Louviers, tome XVII, années 1923-1924, 134 pages ;

- Le Prévost Auguste, Dictionnaire des anciens noms de lieux du département de l'Eure, Evreux, typographie d’Ancelle fils, 1839, 297 pages, références pages 270 et 271 ;

- Masson Max, Histoire de Tostes par Tostes pour Tostes, 2 tomes, édité par la mairie de Tostes, 1986, 82 et 108 folios ;

- Anonyme, Wikipédia, article Tostes, excellemment alimenté avec sources à l’appui.

 

 

 

A lire aussi...

L'ancienne ferme de Blacquetuit (Montaure)

Aux origines de Montaure et de son nom

Tostes et le moulin de la Couture

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8 juin 2014 7 08 /06 /juin /2014 10:57
Sainte-Anne de Tostes vue depuis le côté sud (cliché Armand Launay, avril 2014).

Sainte-Anne de Tostes vue depuis le côté sud (cliché Armand Launay, avril 2014).

Parmi mes coups de cœurs, il y a Tostes depuis toujours et son église depuis peu. Voici le compte rendu d’une visite de courtoisie rendue en février 2012 à l’église Sainte-Anne avec mon ami Michel Lepont.


Informations diverses

Adresse postale : 6-8, rue de l’église, 27340 TOSTES
Propriétaire : commune de Tostes (code INSEE : 27648) depuis 1905.
Affectataire : église catholique, évêché d’Évreux, paroisse Notre-Dame des bois, pays de Louviers.
Protection : recensée en 1986 par les Monuments historiques. Ni inscrite, ni classée. Référence Mérimée : IA00018022.


Sainte Anne, patronne de Tostes

Auguste Le Prévost, dans son Dictionnaire des anciens noms de lieux du département de l'Eure, cite une charte d'Henri II, datée de 1174, qui mentionne sainte Anne comme patronne de Tostes. Celle-ci était célébrée le 26 juillet. Le lieudit dépendait du chapitre de Chartres.  

Selon Étienne Deville, en 1255 le pape Alexandre IV autorisa les moines de Bonport à construire, pour leur usage, un autel dans leur grange de Tostes. Ce fait relate l’importance des moines de Bonport qui ont possédé de très nombreuses terres à Tostes mais ne nous permet pas de faire le lien avec l’église actuelle. 

Cependant, nous savons qu'un clos de Bonport existait à Tostes dans un espace qui correspond à une exploitation agricole actuelle, en face de l'église, à proximité de l'église. Une grange se trouve toujours en ce lieu, du moins à proximité. L'hypothèse que nous formulons est que l'autel en question dans le charte de 1255 est l'ancêtre de l'église qui nous intéresse ici.  

Au XIVe siècle, une chapelle est construite dans le village (notice Mérimée), peut-être à l’emplacement de l’église aujourd’hui.

Auguste Le Prévost nous informe que (page 286) "depuis 1680, l’abbaye de Bonport avait fait élever une chapelle à Tostes."  Nous pouvons affirmer qu'il s'agit-là de l'édifice qui nous intéresse. En effet, l'auteur donne information pour immortaliser le fait que Louis Colbert - abbé de Bonport et surtout fils du célèbre homme d’État - voulut ériger les hameaux de Tostes en paroisse :

« En 1687, les moines de Bonport exposèrent à l’évêque d’Évreux qu’ils possédaient mille acres de terre, tant de labour que de bois, situées dans la forêt du Pont-de-l’Arche, autrement dite la forêt de Bord ; qu’au milieu de ces terres s’élevaient cinq villages : Tostes, Blasquemesnil, la Corbillière, la Cramponnière et Treize-livres, et que ces cinq villages comprenaient environ trois cents habitants : que depuis 1680, l’abbaye de Bonport avait fait élever une chapelle à Tostes, et qu’il était urgent de transformer cette chapelle en paroisse. La paroisse ne fut érigée que le 14 janvier 1687 à la demande de Louis Colbert, abbé de Bonport, par décret de l’évêque d’Évreux. »

L'abbé de Bonport voulait ainsi prendre la main sur la dime due à l'église. Pour cela, il arracha à la très ancienne paroisse Notre-Dame de Montaure ses fiefs déjà détenus par l'abbaye de Bonport.

Si l'église Sainte-Anne de Tostes bénéficia d'aménagements attestés par des millésimes observables : 1722 sous le clocher, 1728 sur la baie près de la porte et 1748 sur un lambris du chœur ; nous pouvons nous demander si l'architecture actuelle reflète bien la date de 1680 où la chapelle est sensée avoir été élevée ?
 

Architecture
Avec le monument aux Morts, l’église de Tostes forme un pittoresque tableau avec son muret en pierre de taille et moellon maçonnés ainsi que de précieux éléments végétaux. L’église Sainte-Anne est le bâtiment public le plus remarquable du centre-village et le seul visitable à l’occasion de concerts et de messes.


Gros-œuvre
Tournée vers l’Est, l’église Sainte-Anne est constituée d’un seul vaisseau de plan allongé réalisé avec, en chinage, des pierres de calcaire de dimension moyenne et, en remplissage, un appareillage – rustique et élégant – de petits moellons calcaires et de silex sombre. Sur le mur gouttereau nord, c'est-à-dire visible depuis la rue, ceux-ci sont alternés à raison d’une ligne de moellons toutes les 2 à 4 lignes de silex. Le mur sud est rempli de moellons de silex noir. Le haut du pignon est et l’escalier à vis (dans l’œuvre) sont réalisés en pans de bois et en torchis. Le chœur est constitué d’un bâtiment deux fois plus réduit que la nef et composé des mêmes matériaux, les moellons calcaires exceptés.

Nous avons bien affaire à un savoir-faire de la moitié du XVIIe siècle. Les petits blocs de silex noir sont sûrement un réemploi de l'édifice antérieur.  

 

Ouvertures
La nef est percée de deux paires de baies en vis-à-vis et au chambranle réalisé en pierre de taille. Les baies les plus proches du chœur sont géminées (jumelées) et surmontées d’un œil-de-bœuf percé de trois cercles. Les baies les plus proches du clocher sont voutées en berceau. La baie côté nord porte le millésime "1728". Ces ouvertures sont élégantes et rattachent, modestement mais efficacement, la rurale église Sainte-Anne à l'esthétique gothique. La porte est couverte d’un arc en plein cintre. Le pignon est est ajouré de deux œils-de-bœuf ; le pignon ouest en possède un.

 

2Détail de la baie côté nord.


Couverture
La nef est protégée par un toit à longs pans avec un pignon couvert. Il est surmonté d’un clocher à flèche de charpente polygonale portant une girouette. A part le clocher, couvert d’ardoises, le toit est couvert de tuiles plates de pays.


Charpente et décor intérieur
La charpente de la nef est masquée par un berceau lambrissé en coque de navire renversé. Toutefois, les trois entraits sont apparents dont un soutient un balcon situé sous le clocher. Le sol est couvert d’un beau pavé orné de décors floraux dans le chœur et d’un pavé plus rustique dans la nef. La voute du chœur est recouverte de lambris portant le millésime de « 1748 ».  

Mobilier
Malgré de modestes dimensions, Sainte-Anne de Tostes recueille un mobilier riche et varié.

Les retables classés
Deux sculptures sur bois ont été classées par les Monuments historiques au titre d’objets le 10 juin 1907. Il s’agit des retables des deux autels latéraux qui encadrent des toiles. Chacun présente de fines sculptures dessinant un fronton brisé avec une sorte de cartouche en son centre. Des motifs floraux décorent les parties latérales où l’on attendrait des colonnes. Ils s’inscrivent pleinement dans l’art baroque du XVIIe siècle. Le retable nord propose une peinture sur toile représentant le Paralytique ou Jésus guérissant les malades (références Mérimée AP58N00162 et AP58N00263). Le retable sud est enrichi d’une peinture sur toile représentant la Résurrection de Lazare (références Mérimée AP58N00161 et AP58N00262).

3

Le retable côté nord, "le Paralytique ou Jésus guérissant les malades",

classé Monument historique en 1907.


4 Le retable côté sud, la "Résurrection de Lazare",

classé Monument historique en 1907 également.

 

Le retable central et son tabernacle
L’élégant retable central est de style baroque. En son centre se trouve une toile millésimée 1657 illustrant la présentation de la Vierge Marie, au Temple, par ses parents Joachim et sainte Anne. De part et d’autre du corps central se trouvent deux colonnes à chapiteaux corinthiens surmontés d’un arc en plein cintre. Au-dessus de celui-ci, on peu voir un symbole de la trinité portant la date de 7551. Le tabernacle, tout aussi baroque avec ses colonnettes torses, possède des niches où se trouvent les statuettes de sainte Anne, du Christ au globe et de saint Joseph.  

 5                                         Le retable central, de style baroque, porte une toile millésimée 1657

illustrant la présentation de la Vierge Marie, au Temple,

par ses parents Joachim et sainte Anne.



Statuaire : les oeuvres les plus anciennes
Les plus anciennes statues datent du XVe siècle. Il s’agit d’une Vierge à l’Enfant naïve, près du retable sud, d’une Sainte-Anne et d’un Saint-Eloi, près du retable nord. Ces statues présentent encore une belle polychromie. Représentant sainte Anne, une statue en bois servant aux processions est rangée contre le retable nord. 

 

Statuaire : les vestiges de la poutre de gloire

Avec le crucifix du mur sud, deux statues forment un ensemble en bois de la Renaissance, malheureusement en mauvais état, qui devait constituer la poutre de gloire. Le Christ crucifié, entouré de la Vierge et de saint Jean l'Evangéliste, formaient ce groupe traditionnellement situé sur une poutre surmontant la nef, à l'entrée du choeur. Les poutres de gloire, à l'origine du jubé (tribune et clôture séparant la nef du choeur), furent le plus souvent démontées après le concile de Trente et au XIXe siècle dans un souci d'ouvrir le choeur aux fidèles.  

 

Statuaire : l'original saint Onuphre

Après Sainte-Anne, les fidèles tostais adressaient leur dévotion à saint Onuphre. Une statue (XIXe siècle) à l'effigie de ce patron des tisserands orne le bas-côté sud. Saint guérisseur des rhumatismes et des problèmes d’articulation, il faisait l’objet d’un pèlerinage le 12 juin et ce jusque dans les années 1930 (Max Masson). Nous nous arrêtons un peu sur ce saint tant il est rare. Saint Onuphre est le patron des tisserands car il n'est revêtu que sa chevelure et de longs poils. Amusant clin-d'oeil. Un oratoire accolé au chevet de l’église lui était dédié qui a disparu ces dernières décennies. Selon Georges Dumézil, ce saint est aussi le patron des raves, semées vers le jour de sa fête. Autrement, on peut se demander s'il n'y a pas un lien entre les moines de Bonport et la présence de ce saint à Tostes. Saint Onuphre était un saint de l'extrême : il vivait en ermite dans le désert de la région de Thèbes, en Egypte, au IVe siècle. La légende dit qu'il vivait de l'eau d'une fontaine et de l'ombre d'un palmier. Un moine cistercien, les cisterciens étant réputés chercher le "désert" (le vide d'hommes), aura peut-être ironisé sur le côté très reculé de Tostes au Moyen-Âge, blotti au coeur de la forêt. Ceci d'autant plus qu'il semble que la ferme connexe, ancienne propriété de Bonport, a semble-t-il été bâtie à côté d'une source. Enfin, il nous plait de souligner que "Onuphre" provient de l'égyptien "Ounennefer", un qualificatif - signifiant "éternellement bon" - qui était attribué à Osiris, dieu de l'agriculture et de la mort. La mythologie dit de ce dieu agricole qu'il fut ressuscité par Isis. Après tout, le Nil ne ressuscitait-il pas les récoltes après chacune de ses crues annuelles ? Onuphre incarne donc plutôt bien le cycle végétal. Saint Onuphre fut introduit en Occident après les croisades. Dans l'église de Tostes, on retrouve aussi ce saint dans un vitrail décrit plus bas. 

 

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Saint-Onuphre                                   Sainte-Anne                                                                        


Fonts baptismaux
Octogonaux, les fonts baptismaux ont été taillés dans de la pierre calcaire locale. Sobres et élégants, ils semblent dater du XVIIe siècle et sont encore munis de leur cuve en plomb.  


8


Vitraux
Les vitraux se trouvent dans le chœur. Du XIXe siècle, vraisemblablement, ils représentent Sainte-Anne (côté sud) et Saint-Onuphre, genou droit à terre, devant une bible ouverte sur le sol. Il est reconnaissable à la lettre O dans son auréole et la branche de palmier qui lui apporte une ombre. 

Cloche
La cloche a été réalisée par la fonderie Mahuet, à Dreux. Pesant 200 kg, elle porte cette inscription : « L'an 1863, Mgr Devoucoux étant évêque d'Evreux, j'ai été fondue par la générosité de M. Janvier de la Motte, préfet de l'Eure, par celle des habitants de Tostes et par les soins de M. Dedessulamare, maire – Bénite par M. Marette, curé de Montaure et de Tostes – nommée Marie par M. Alphonse Gantier et Melle Eugénie Heullant ». Silencieuse avant les années 1950, la cloche tinta de nouveau après 1980 suite à des travaux, notamment d’électrification, financés par la commune et une souscription publique lancée par le maire M. Drouet. .

 

9

 

Stalles et banc de présidence
Contre le mur pignon Ouest se trouvent quatre stalles et le banc de présidence. En bois sculpté, ces beaux éléments du XVIIe siècle se trouvaient dans le chœur. Peut-être ces stalles sont-elles un souvenir des moines de Bonport venant (présider ?) aux offices ? 


Harmonium

A noter enfin, un harmonium du début du XXe siècle qui est une véritable pièce de collection tant ce type d'instrument, qui ne bénéficie d'aucune protection, s'est raréfié.



Sources
- Ministère de la culture, base Mérimée ;

- Delisle Léopold, Passy Louis (publié par), Mémoires et notes de M. Auguste Le Prévost pour servir à l’histoire du département de l’Eure, tome III, Évreux, Auguste Hérissey, 1864, article « Tostes », page 286 ;

- Deville Étienne, Les Manuscrits de l’ancienne bibliothèque de l’abbaye de Bonport conservés à la bibliothèque nationale et à la bibliothèque de Louviers, vol. 2, Paris : H. Champion, 1910, 36 pages ;  

- Le Prévost Auguste, Dictionnaire des anciens noms de lieux du département de l'Eure, Evreux, typographie d’Ancelle fils, 1839, 297 pages, références pages 270 et 271 ;

Masson Max, Histoire de Tostes par Tostes pour Tostes, 2 tomes, Tostes, mairie, [1985 ?], 55 f. Ce livre est disponible en mairie contre 15 €. Il rassemble les photocopies des travaux dactylographiés de Max Masson, ancien secrétaire de mairie. Cet homme, aujourd'hui décédé, s’appliqua à éplucher et commenter les archives municipales.

 

A lire aussi...

Tostes et son histoire...

Notre-Dame de Montaure

 

Armand Launay

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18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 11:45

« … la forêt de Bord n’est rien d’autre que celle du Pont-de-l’Arche. »

 

Eustache-Hyacinthe Langlois, La Croix-Sablier, page 308.

 

 

La forêt de Bord-Louviers est un beau massif de 45 km² situé dans la vallée de la Seine, dans l’Eure. Elle se prête aux loisirs, aux rêveries et aux questions historiques. Cet article dresse un petit panorama de richesses offertes aux curieux…

Le hêtre Tabouel, une des figures tutélaires de la forêt de Bord (cliché Armand Launay, 2011).

Le hêtre Tabouel, une des figures tutélaires de la forêt de Bord (cliché Armand Launay, 2011).

Des origines au Moyen Âge…

Un coup d’œil sur une carte ou une vue satellitaire de la vallée de la Seine montre que la dénivellation a joué un rôle non négligeable dans la préservation de surfaces boisées, lointaines héritières de la grande forêt couvrant l’Europe au néolithique. Si la forêt de Bord n’est plus un espace naturel sauvage, elle constitue néanmoins le poumon vert de la boucle de Louviers où l’Eure et la Seine se rapprochent peu à peu avant leurs fiançailles à Pont-de-l’Arche et leur union à Martot. Elle se trouve à l’extrémité nord-Est du plateau du Neubourg.

 

L’arrivée de l’Homme…

Comme nous l’avons écrit dans un article consacré à Tostes, les traces de l’Homme en forêt de Bord remontent au néolithique. C’est ce que l’on peut lire dans l’ouvrage dirigé par Bernard Bodinier, L’Eure de la préhistoire à nos jours, qui fait état (pages 33 et 40) de poignards du Grand-Pressigny retrouvés en « forêt de Pont-de-l'Arche » et conservés au Musée des Antiquités de Rouen. Il localise aussi à Pont-de-l’Arche (page 41) une épée à lame pistilliforme du bronze final II (page 42) et des pointes de lance d'influence britannique du bronze final III (page 43). On peut cependant penser que l’Homme a commencé à exploiter la forêt auparavant car Léry et la boucle de Seine qui l’entoure était déjà habités dès 5 000 ans avant notre ère.

Léon Coutil écrivit dans « Ateliers et stations humaines néolithiques du département de l’Eure » que « Le Musée d'Elbeuf possède plusieurs belles haches trouvées à la Vallée, près Tôtes, au triage des Routis. Au triage des Treize-Livres, hache plate en silex rosé, trouvée en 1859 (Musée de Louviers) » (page 177).

Dans un autre article de 1893, « Résumé des recherches préhistoriques en Normandie (époque paléolithique) », Léon Coutil a fait état d’une autre découverte : « Dans les champs, à la surface, M. Noury a recueilli une large hache plate taillée à grands éclats des deux côtés ; cette pièce, un peu triangulaire et à patine ocreuse, mesure environ 0m15. On peut la voir au musée d'Elbeuf, ainsi que des lames moustériennes trouvées dans les mêmes conditions, au même endroit » (page 66).

Dans un article intitulé « Inventaire des menhirs et dolmens de France (département de l’Eure) » le même Léon Coutil expose que « sur la limite de la forêt, entre Tostes et Saint-Pierre-lès-Elbeuf, au triage de la Cramponnière, se trouve un grès d'environ un mètre de hauteur, que l'on désigne sous le nom de : Pierre du Gain » (pages 108-109). Ce monument désormais disparu doit vraisemblablement être un mégalithe préceltique attestant la présence de l’Homme, voire sa sédentarisation.

 

Des traces gallo-romaines

La Carte archéologique de la Gaule, éditée par Dominique Cliquet, fait état (page 227) de fouilles réalisées entre 1894 et 1904 par Léon de Vesly et Victor Quesné. Celles-ci eurent lieu à la Butte des Buis, en forêt, près de La Vallée. Elles ont restitué les bases d’un fanum (13 m de côté) à cella carrée (un sanctuaire) de 4,35 m de côté entourée d’une galerie. Les murs de cette dernière étaient recouverts d’une couche de gypse rose et surmontés d’un portique. Plus de 60 monnaies ont été retrouvées sur les lieux allant du début du Ier siècle avant notre ère au IVe siècle : Tibère, Claude, Néron, Marc-Aurèle, Lucille, Dèce, Gallien, Salonine, Postume, Claude II, Tétricus I et II, Probus, Constance Chlore, Maximien Hercule et Daia, Constantin, Licinius, Crispus, Constantin II.

D’autres vestiges sont signalés par la carte d’état-major de l’IGN en forêt de Bord, près du carrefour des Quatre-bancs, entre La Couture et Louviers. La carte IGN les considère comme des restes de villa avec son puits. Nous n’avons pas trouvé de rapport de fouille sur ces vestiges situées aujourd’hui dans le périmètre administratif de Louviers.

 

Les défrichements entre l’Antiquité et le Moyen Âge

Les éléments archéologiques laissent entrevoir un habitat gallo-romain dispersé dans des friches au sein d’une forêt de Bord aux contours différents de ceux que nous lui connaissons depuis le Moyen Âge. Au Moyen Âge, certaines clairières étaient refermées alors que d’autres avaient donné naissance à La Haye-Malherbe, Montaure et Tostes.

 

Bord : un nom mystérieux

C’est Edouard Jore, auteur de « La chasse en forêt de Bord », qui nous fournit (page 14) la plus ancienne référence du nom « Bord » : « il s’agit d’une charte du 11e jour des calendes d’octobre de l’an 1014, par laquelle Richard II, dit « le Bon Duc de Normandie » pour réparer les dommages que son armée avait causés aux possessions de la Cathédrale de Chartres, fait don à cette Basilique notamment de Vraiville entre Louviers et Elbeuf avec la dîme de la chasse dans la forêt appelée Bord ». Wikipédia, sans citer ses sources, donne le mot « Bortis » désignant en latin médiéval la forêt de Bord. Cette même encyclopédie avance que ce mot dériverait du celtique borto « ayant un sens forestier ».

En 1130, le grand rôle de l’Echiquier de Normandie cite notre forêt « … et de 4 lib. 14 sol. de pasnagio foreste de Bort ». » (Léopold Delisle, Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, page 29, membrane 8).

Par ailleurs, Léopold Delisle cite des chartes royales présentes dans le cartulaire de Bonport sous Louis IX. En aout 1256, la forêt qui nous intéresse est nommée « in foresta nostra Bortis » (page 105, charte n° 567). En mars 1256 ou 1257, elle devient « foresta Bordi » (page 107, charte n° 574). En avril 1257, elle est nommée « in foresta silicet de Borz » (page 107, charte n° 578). Notons que les moines de Bonport, habitant à l’orée de la forêt et y étant bien possessionnés, étaient parmi les mieux placés pour connaitre ce massif.

Que ce soit Bort ou Bord, il semble que la dernière lettre reste muette. Nous conservons la forme « Bor » comme nom de la forêt. Si le terme de Bort a été identifié, il est difficile de lui donner un sens précis. Nous avons voulu connaitre l’origine des toponymes lui ressemblant. Ainsi, selon Stéphane Gendron, auteur de L’origine des noms de lieux en France, le toponyme germanique « borde » désignait une cabane, une maisonnette, une métairie. Il serait issu du francique « bort », désignant une planche, qui a donné le latin tardif « borda », cabane (page 146). Cependant, à la page 188, le même auteur avance que Bort-les-Orgues (Corrèze) est construit sur le mot prélatin « borna » signifiant « source », « trou ».

Quant à Ernest Nègre, auteur de Toponymie générale de la France, il cite deux formes anciennes de Bort-les-Orgues : « boort » datée de 944 et « bort » datée de 1315. Selon lui, ce toponyme est à rapprocher des mots gaulois « borduo » qui désigne la corneille et « ritum », le gué. Le « Gué de la corneille » est l’étymologie que l’auteur donne aussi à Bourth, dans l’Eure, écrit « boort » en 1131.

Nous n’avons pas d’éléments probants pour expliquer le sens du nom de la forêt de Bord.

 

Une forêt du pouvoir central

 

Propriété du pouvoir depuis le haut Moyen Âge

Si la forêt de Bord n’est pas explicitement mentionnée dans les archives antérieures au XIe siècle, trois sites qui l’entourent ont fait partie du domaine royal, appelé le fisc. C’est ce que note Lucien Musset (page 23) : « Parmi les fiscs, certains paraissent avoir fait, de toute antiquité, partie du patrimoine du souverain ; ce sont les grands axes de la vallée de la Seine, groupés autour des résidences royales : Arelaunum, en forêt de Brotonne ; Gemmeticum, Jumièges ; Pistae, Pitres ; Veteres Domus qui est sans doute Louviers ; Rotoialum, Le Vaudreuil, ce dernier même remonte peut-être à l’époque gallo-romaine... » L’historien se fonde (page 25) sur la lecture de Grégoire de Tours qui cite la villa royale de Rotoialum en 584. Lucien Musset détaille (page 24) les fiscs et y insère les communes actuelles de Pont-de-l’Arche, Léry, Pinterville et, pour le fisc du Vaudreuil, « un secteur de la forêt de Bord (dans laquelle le fisc de Veteres Domus devait aussi comporter des dépendances). » Enfin, Lucien Musset écrit aussi (page 50) que « Les ducs Normands ont hérité des domaines Carolingiens [avec] régularité ».

 

Une « forêt de Louviers » ?

Autre preuve que la forêt de Bord était une propriété du pouvoir, l’échange réalisé par Richard Cœur de Lion le 16 octobre 1197. Celui-ci donna à l’archevêché de Rouen la forêt de Bord proche de Louviers contre la ville des Andelys où le monarque construisait le Château-Gaillard. Ainsi naquit une « forêt de Louviers ». Le 2 novembre 1789, la forêt de Bord fut incorporée au domaine de l’Etat. La forêt de Louviers fut nationalisée en tant que bien religieux. Ce n’est qu’en 1983 que ces deux domaines furent réunis en une seule entité administrative : la forêt de Bord-Louviers. Preuve ultime que la forêt de Bord était un fief direct du roi, l’installation d’une administration contrôlant ce bien au nom du roi… à Pont-de-l’Arche.

Le siège de la Maitrise des eaux et forêt de Pont-de-l'Arche vu depuis le premier étage du bailliage (cliché Armand Launay, 2013).

Le siège de la Maitrise des eaux et forêt de Pont-de-l'Arche vu depuis le premier étage du bailliage (cliché Armand Launay, 2013).

La maitrise des eaux et forêts

Les forêts comptent parmi les ressources nécessaires au maintien d’un pouvoir. Cependant, les posséder ne suffit pas ; il faut contrôler l’usage qui en est fait. C’est pourquoi, dès que les archives le permettent, on voit apparaitre des gardes en charge de la forêt. Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme citent une charte de 1327 mentionnant « Jean de Commeny, Jean de Vilaines, Jean de Guinemaut et Gaufroy Le Grieu » comme « gardes en la forêt de Bord ».

Puis nous utilisons les travaux de Pascal Le Berre, auteur de Délinquants et forestiers dans les bois du Roi, qui a retracé la mise en place et la vie d’une administration régissant les eaux et forêts. Police et tribunal, le corps des Eaux et forêts fut mis en place par Philippe IV Le Bel (1291) et surtout par l’ordonnance de Brunoy signée par Philippe VI de Valois en 1346. Ce corps hérita de la compétence judiciaire détenue jusqu’alors par le bailli. Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme nous apprennent que « Le roi d’Angleterre étant à Pont-de-l’Arche, en 1418, donna l’office de verdier de la forêt de Bord, à Etienne Louvel, et nomma sergents de cette même forêt, Robin Le Tailleur, Jean Aubrée, Thomas Foucault et Simon de Daubeuf. » Le roi d’Angleterre a maintenu l’organisation hiérarchique autour du verdier et de ses adjoints, les sergents, en charge de secteurs particuliers de la forêt.

L’administration se précisa encore. A partir de 1555, les maitrises des eaux et forêts furent créées dans le royaume afin de contrôler, surveiller et juger en première instance des délits liés à l’exploitation des bois, de la chasse et de la pêche. Une maitrise fut créée à Pont-de-l'Arche. Sa juridiction, différente de celle du bailliage, comprenait les forêts de Bord, de Longboël et de Louviers. Elle incluait aussi les bois seigneuriaux et ecclésiastiques, ces propriétaires assurant eux-mêmes le contrôle de leurs propriétés. La maitrise de Pont-de-l’Arche dépendait de la Grande maitrise de Rouen (seconde instance), elle-même dépendante de la Table de marbre du Parlement de Normandie. Au XVIIIe siècle, les forêts de la Grande maitrise de Rouen étaient les plus rémunératrices du royaume. Cependant, Pont-de-l’Arche faisait partie des petites maitrises de la généralité de Rouen. En 1573, les offices forestiers furent institués et on lit qu'en 1613 « Jean Le Tellier, sieur des Hauguettes, était maître particulier aux Eaux et Forêts de Pont-de-l’Arche ; Louis de la Faye était lieutenant » (Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme).

Pascal Le Berre détaille la profession d’officier des eaux et forêts : « Lors du décès de l’officier, il n’y a que quelques semaines de vacances le temps que la famille lui trouve un successeur et que celui-ci règle les formalités administratives. Les acquéreurs des charges ont quasiment tous moins de trente ans. Cette activité est, le plus souvent, la principale et la seule activité professionnelle de ces hommes. C’est une profession qui détermine non seulement l’individu mais aussi sa famille. L’hérédité est très fréquente. Presque tous sont des avocats, à la base. Leur métier est moins celui de forestier que de juriste. Ils font partie d’une élite locale bien enracinée ».

Les greffiers sont nos secrétaires actuels (tenue des archives et traitement des courriers) mais de luxe. C’est une bonne charge. Un commis accompagne souvent le greffier. Tout en apprenant le travail il accumule un pécule qui lui permettra d’acheter la charge à la mort du titulaire, assurant ainsi la pérennité de l’emploi et de sa qualité.

Les huissiers-audienciers sont censés transmettre les documents issus du greffe. Ils étaient trois à Pont-de-l'Arche avant 1690 et deux après. Ils pallient souvent le manque de gardes. Ce sont des personnages secondaires qui évoluent dans le même univers socioculturel.

Pascal Le Berre détaille un autre personnage : « A la fin du règne de Louis XIV encore, les gardes généraux-collecteurs des amendes de la maîtrise (…), de simples gardes, font plutôt figure d’aventuriers peu scrupuleux. La perception des amendes est leur principal gagne-pain et il leur faut parfois arracher les deniers de haute lutte ». Puis, vers 1750, son profil change. Il est un bourgeois rouennais ou archépontain respecté. La collecte gagne en importance. Les gardes forestiers de la maitrise devinrent plus nombreux : de 7 en 1685 à 17 en 1785. Cela fit suite à une longue période de stagnation des effectifs. Précaires car nommés par le Grand Maitre, les gardes ont souvent comme activité le travail de la terre ou l’élevage et passent pour être parmi les premiers à enfreindre les lois quant aux nombre d’animaux emmenés dans les bois. C’est une fonction très peu populaire qui attire, en conséquence, des personnes très pauvres. Ce travail peu rémunérateur en soi a favorisé la débrouille en défendant un peu moins la cause du roi. Leurs conditions de vie vont de l’aisance à la pauvreté.

Pascal Le Berre a constaté que 4 à 500 amendes étaient données chaque année, en moyenne, dans le ressort de la maitrise. Le montant variait de 4 à 6 livres en moyenne.

 

Répartition des délits dans la forêt de Bord en 1716 et en 1786 (Pascal le Berre)

 17161786
Vol de bois97 %92,8 %
Pâturage illégal3 %7,2 %

Les animaux concernés en 1716 : 562 ; en 1786 : 386.

 

Les gardiens de bétail en 1786 sont de jeunes garçons (50,5 %), de jeunes filles (10,6 %), des domestiques (23 %) et des femmes (3,5 %). Pour l’essentiel, les animaux concernés sont des bovins. La rareté des porcs peut s’expliquer par la règlementation de la glandée. Les propriétaires déclarent leurs bêtes à la Maitrise qui, à l’automne, orchestre la paisson.

 

Répartition des essences faisant l’objet de délit dans la forêt de Bord en 1716 et 1786 (Pascal Le Berre)

Essences17161786
Chêne46,7 %13,6 %
Hêtre29 %38 %
Bouleau14,2 %36,8 %
Tremble6,9 %10,4 %
Autres3,2 %1,2 %

 

L’auteur précise que ces délits reflètent moins un changement de gout qu’une évolution des essences. La délinquance est souvent le fait d’une personne, voire deux. C’est une délinquance familiale. En 1716, elle impliquait 75,6 % d’hommes et 2,7 % de valets et de servantes En 1786, elle concernait 84,1 % d’hommes et 3,9 % de valets et de servantes.

 

 

Paroisses d’origine des auteurs de délits en forêt de Bord en 1716 (Pascal le Berre, page 135)

ParoissesNombre de feux en 1716Foyers délinquants
Romilly7548 (64 %)
Pont-de-l'Arche273151 (55,3 %)
Les Damps6631 (47 %)
La Neuville274112 (41,1 %)
Saint-Cyr-du-Vaudreuil12448 (38,7 %)
Notre-Dame-du-Vaudreuil11644 (37,9 %)
Pont-Saint-Pierre8330 (36,1 %)
Léry20167 (33,3 %)
Incarville4512 (26,6 %)
Criquebeuf14635 (24,5 %)
Martot398 (20,5 %)
Montaure16026 (16,3 %)
Pîtres14823 (15,5 %)
La Haye-Malherbe15620 (12,8 %)
Caudebec40048 (12 %)
Tostes534 (7,5 %)
Saint-Etienne-du-Vauvray604 (6,6 %)
Louviers95718 (1,9 %)


En 1790, dans un contexte de pillage généralisé, l’Assemblée constituante confia les attributions judiciaires des maitrises des Eaux et forêts aux tribunaux de district.

 

La cartographie : un outil du pouvoir

Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme ont noté que « Vers 1508, le procureur du roi de Pont-de-l’Arche fit dresser une nouvelle carte de la forêt de Bord ». Ce document a, semble-t-il, disparu. Il témoigne de la volonté du pouvoir d’organiser le contrôle et l’exploitation forestière. La Bibliothèque nationale de France a numérisé une partie de ses collections (base Gallica) où figurent à ce jour trois cartes de la forêt de Bord. Nous les reproduisons ci-dessous. Les deux premiers documents semblent dater du XVIIe siècle et sont peu ou prou intitulés « Forêt de Bord de la maîtrise du Pont-de-l'Arche ». Mesurant 39 cm sur 26 cm, ils sont calqués l’un sur l’autre. Le premier constitue une présentation générale des propriétés royales et le second détaille leurs limites et leurs surfaces réparties en six gardes différentes. Il semble assez évident que ces cartes furent dessinées après l’ordonnance de Colbert, datant de 1669, qui constitue un point de départ dans le renouveau de la législation ainsi que dans l’organisation des eaux et forêts.

« Forest de bord de la Maistrise du Pont-de-l'Arche », fin XVIIe siècle (Bibliothèque nationale de France, GED-4526 : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb40722977n).

« Forest de bord de la Maistrise du Pont-de-l'Arche », fin XVIIe siècle (Bibliothèque nationale de France, GED-4526 : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb40722977n).

« Forest de bord de la Maistrise du Pontdelarche », fin XVIIe siècle (Bibliothèque nationale de France, GED-4529 : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb407229780).

« Forest de bord de la Maistrise du Pontdelarche », fin XVIIe siècle (Bibliothèque nationale de France, GED-4529 : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb407229780).

La troisième carte porte le titre de « Plan de la forest du Pont de l'Arche, autrement de Bord... faict à Paris de l'ordonnance de Monsr Le Feron, par Jean Fleury, arpenteur ». Ce document au 1/26 000e est daté de 1674. Il mesure 48 cm sur 67 cm.

« Plan de la forest du Pont de l'Arche, autrement de Bord... faict à Paris de l'ordonnance de Monsr Le Feron, par Jean Fleury, arpenteur » (Bibliothèque nationale de France, GECC-4945(12RES) : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb407682728).

« Plan de la forest du Pont de l'Arche, autrement de Bord... faict à Paris de l'ordonnance de Monsr Le Feron, par Jean Fleury, arpenteur » (Bibliothèque nationale de France, GECC-4945(12RES) : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb407682728).

Nous insérons aussi une reproduction de faible qualité de la carte dressée par Hyacinthe Langlois le 25 juillet 1796 pour son père Gérard. Celui-ci était garde-marteau en la maitrise des eaux et forêts du bailliage de Pont-de-l’Arche. Officier du roi, sa fonction consistait à contrôler les essences à vendre et à s’assurer de la légalité de leur vente. C'est lui qui détenait le marteau avec lequel on marquait les arbres à abattre. On y voit clairement les gardes publiques de Bord et Longboël et les bois privés de Bord : Martot, Bonport et Louviers. Cette carte a été reproduite en noir et blanc dans L’Eure de la préhistoire à nos jours (page 223).

La forêt de Bord par Eustache Hyacinthe Langlois (1796).

La forêt de Bord par Eustache Hyacinthe Langlois (1796).

En conclusion de cette partie, la forêt de Bord est donc pleinement une forêt, c’est-à-dire un domaine relevant de la cour de justice du roi, bois ou non, si l’on reprend le sens du mot bas latin forestis.

 

Les derniers défrichements du Moyen Âge

Le fait que la forêt de Bord ait été une propriété royale a largement protégé ses frontières. Cependant, les monarques n’ont pas possédé l’ensemble des bois et ont conféré des droits à des vassaux ayant défriché. Ainsi dans L’Eure de la préhistoire à nos jours on peut lire (page 122) : « Au début du règne de Saint-Louis (1226-1270), beaucoup [d’hôtes, de colons] furent lotis par le châtelain du Vaudreuil d'une parcelle de la forêt de Bord à défricher. Les défrichements dans cette forêt prirent d'ailleurs une telle extension que le roi dut, en 1246, dédommager les moines cisterciens de Bonport, qui y possédaient des droits ». Ces parcelles sont impossibles à localiser même s’il serait vraisemblable qu’elles désignent l’espace entre Le Vaudreuil et la forêt actuelle. Ce même ouvrage avance (page 130) que « quelques bourgs seulement eurent avoir avec les défrichements, et tardivement, au XIIIe siècle, comme La Haye-Malherbe, en forêt de Bord... » Les moines de Bonport ont aussi, semble-t-il, défriché sans que nous puissions localiser les terres concernées. Il semble donc qu'à partir du XIIIe siècle le massif de Bord ait stabilisé ses frontières. 

 

 

Activités anciennes

 

La coupe du bois

La proximité de la Seine a certainement favorisé le flottage des bois. Ce dernier compte peut-être parmi les raisons de la sauvegarde d’un massif forestier royal en ce lieu en plus d'une dénivellation moins propice à la culture. Naguère, la forêt était au cœur de toute industrie. Son bois fournissait le matériau nécessaire aux outils des artisans, aux maisons, aux véhicules, au chauffage...

Sans être en mesure de présenter ici une étude complète sur la coupe du bois en forêt de Bord, il nous plait de citer des passages d’une étude de Jean Boissière mettant en lumière l’importance de ce massif dans l’approvisionnement de Rouen et surtout de Paris : « Les forêts de la vallée de la Seine entre Paris et Rouen d’après l’enquête de 1714 ». Cette étude se fonde sur le procès verbal d’Hector Bonnet chargé par l’hôtel de Ville de Paris de comprendre pourquoi le bois ne parvenait pas suffisamment dans une période de disette de combustible. Cet homme voyagea de Paris à Rouen du 27 septembre au 18 octobre 1714. Il résida à Pont-de-l'Arche du 10 au 15 octobre. Il nous apprend que la forêt seigneuriale était composée en moyenne et uniquement d'un tiers de futaie, le reste n'étant que des taillis. L'état des forêts était donc médiocre du fait de son intense exploitation. 25 ports fluviaux existaient sur la Seine et ses affluents immédiats dont Les Damps, Pont-de-l'Arche et Bonport. Certains massifs avaient jusqu'à trois débouchés fluviaux ce qui laisse apparaitre l'émiettement du commerce du bois. Le flottage du bois existait sur l'Andellle et sur le cours supérieur de la Seine et de ses affluents. Hector Bonnet nota scrupuleusement les obstacles humains à la livraison du bois : les travailleurs de la voie d'eau qui tentaient d'améliorer leur revenu. L'auteur fait référence à un projet présenté au roi afin de rendre flottable l'Eure jusqu'aux Damps (tome 6, page 23). Voici la reproduction du procès verbal d'Hector Bonnet qui concerne Les Damps et Pont-de-l'Arche et qui cite des ventes encore connues sous les mêmes noms :

« ... nous nous sommes rendus au port appellé Les damps qui est l'embouchure de la rivière d'Eure sur lequel nous avons trouvé quinze milliers de cotterets appartenant a la dame Veuve Bouret provenant de la Vente de Cocaigne forest de Bord appellée communement de pont de l'arche, exploitation de mil sept cent treize, plus trente cinq milliers appartenant au Sr Lemire provenant du Recepage desd. Bois de Cocaigne exploitation de mil sept cent quatorze Et ensuite nous nous sommes rendus au port du pont de l'arche sur lequel nous aurions trouvé le nommé garde dud. port qui nous auroit dit y avoir sur iceluy quatre carterons de Bois de compte appartenant au Sr Carcillier provenant de la Vente Glajoleuse forest de Bord exploitation de 1713 quatre autres carterons de Bois d'andelle provenant de la Vente aud. Sieur, plus trois carterons de Bois d'andelle au Sr Roblasre provenant de l'exploitation de 1713 treize cartrerons de pareille Bois appartenant à lad. Veuve Bouret provenant des Ventes de Mollier et Glajoleuse plus a elle appartenant deux cent vingt milliers de cotterets compris quatre vingt dix mil restent dans celle de Glazoleuse, soixante huit milliers de cotterets appartenant au Sr le Cerf demeurant pres d'Elbeuf provenant de la Vente de Cocagne exploitation de 1714 trente huit autres milliers appartenant aux Srs marie freres provenant de la Vente Maigremont exploitation de 1713 et encore vingt huit milliers de cotterets appartenant au Sr Carcillier provenant de la Vente de la Glajoleuse exploitation de mil sept cent treize..."" (page 9, tome 7).

Enfin, nous aimons à rappeler que les pins sylvestres du rez-de-jardin de la Bibliothèque nationale de France ont été déracinés de la forêt de Bord. Sur 200 arbres prélevés, la moitié ne survit pas au transfert comme l'écrit Marie-Hélène Devillepoix suivant les propos du technicien forestier de Pont-de-l'Arche, Didier Lebogne.

 

Le droit de ramage

Dans « Promenez-vous en forêt » l’Archépontain Jean Mallet retrace, assurément avec des souvenirs d’enfance, une pratique ancestrale consistant à ramasser du menu bois en forêt (page 40) : « L'ouvrier allait souvent se fournir sur place et moyennant un droit dit de « soumission » acquitté au garde, il pouvait aller ramasser du bois mort et faire des fagots pendant un certain temps et dans des parcelles bien désignées. Pendant ce temps là, les « gamins » se battaient à coup de « sapinettes » pour finir par les ramasser dans des gros sacs appelés « pouches » heureux à la pensée de faire « péter » un peu plus tard, dans le poêle en fonte, émaillée ou non. On utilisait la brouette en bois avec parfois deux petites roues en fer sur le devant ou encore, soulevée à l'aide de sangles, afin de pouvoir prendre un plus grand chargement, ce n'était pas une mince affaire de la retenir dans les descentes, le dispositif ne comportant aucun système de freinage. Ce bois avait le privilège de chauffer trois fois, comme me l'avait rapporté naguère un Ancien, avec une pointe d'ironie : en allant le chercher, en le sciant et pour finir en le brûlant bien sûr ! Aujourd'hui, on ne se chauffe plus au bois que pour le plaisir et à la cheminée. »

Cette pratique rappelle le médiéval droit de ramage qui consistait à ramasser le bois mort pour se chauffer ou pour offrir un tuteur à certaines cultures comme celles de la vigne et du lin (André Plaisse, pages 24 et 25).

Un parquet nommé "Vestiges d'enceinte" sur la carte IGN au 1/25 000e.

Un parquet nommé "Vestiges d'enceinte" sur la carte IGN au 1/25 000e.

L’élevage et les parquets

La forêt a longtemps servi à faire paitre le troupeau. Cette pratique ne coutait rien et permettait de réserver de plus larges terres à la culture. Ainsi les prospecteurs de métaux anciens ont retrouvé d'importantes quantités de grelots qui permettaient de retrouver les animaux au son. Ils ont aussi retrouvé nombre de dés à coudre qui occupaient les longues heures des personnes chargées de la surveillance des bêtes. Dans le droit coutumier, le panage autorisait certaines personnes, moyennant une redevance le plus souvent, à faire manger les porcs dans la forêt (André Plaisse, page 20), surtout les glands et les faines. Plus largement, la forêt médiévale a servi de pâturage aux vaches et aux chevaux grâce à ses herbages, ses jeunes pousses, ses landes et bruyères et ses buissons (André Plaisse, page 21).

La carte IGN désigne des retranchements de la forêt de Bord sous le nom de « Vestiges d’enceinte » et même de « Vestiges d’enceinte antique ». Cependant, en 1903 Henri Guibert rédigea un bel article intitulé « Note au sujet de retranchements aux environs de Louviers » qui nous éclaire sur ces aménagements entourés de fossés et de talus. Tout d’abord, il en distingue quatre : celui de la Mare-au-coq dans une enclave du Vaudreuil (67 m sur 60 m avec un fossé de 1,5 m de largeur sur 0,8 de profondeur), celui du Testelet (Tostes), celui du Fort-aux-Anglais (Mesnil-Jourdain) et celui de la Mare-courante (Louviers, près de Montaure). Henri Guibert nous apprend que le retranchement de la Mare-au-coq est appelé « Le parquet » par les professionnels exerçant en forêt. Il rejette la thèse de camps militaires puisque ces retranchements sont situés parfois à mi-pente et donc exposés aux éventuels assaillants.

Plus précisément, Henri Guibert rappelle un ancien droit dont bénéficiaient au Moyen Âge les habitants des communes voisines de la forêt : le droit de pâturage. Des parties de la forêt étaient exclues de ces zones de pâturages (les « deffens ») et nécessitaient la présence de verdiers et de sergents, agents de la maitrise particulière des Eaux et forêt (bailliage de Pont-de-l’Arche) qui pouvaient saisir les animaux et les parquer dans des enclos réalisés à cette intention. On nommait ces agents des « parquiers ». C’est ce qui explique la présence régulière de parquets dans la forêt. Henri Guibert cite le très intéressant Léopold Delisle : « Le parc était plus ordinairement placé aux environs du château. Il paraît qu’on le fermait surtout avec des palissades de pieux. Le parc servait à la chasse, à la pâture et à la garde des bestiaux saisis pour dettes ou pour délits forestiers. S’il n’avait qu’une contenance assez bornée, on employait pour le désigner le diminutif Parquet » (Etudes sur la condition de la classe agricole et l’état de l’agriculture en Normandie au Moyen-Âge, page 347). Nous sommes tentés d’ajouter à la liste des parquets de la forêt de Bord un ancien enclos de la commune des Damps (au pied de la Crute, sur un monticule). Qui plus est, étant donnée la taille des parquets, nous nous demandons s'ils n'ont servi qu'à parquer les animaux paissant dans les défens. Ils auraient bien pu parquer les bêtes durant les nuits par trop incertaines. Vue la répartition des parquets, nous serions tentés d’écrire qu’il en existait un par garde forestière.

Cependant, le Fort-aux-Anglais sort de notre terrain d'étude. Nous sommes plus réservé quant à son origine et son emploi malgré les écrits d'enri Guibert.  

Les carrières

Les promeneurs en forêt de Bord pourront s’étonner des reliefs parfois torturés des sols de la forêt de Bord. Ceux-ci s’expliquent par les nombreuses carrières de craie, de sable, de silex et d’argile qui servaient à nos ancêtres, à la fin du XIXe siècle encore, pour l’agriculture ou la construction. Comme s’en font l’écho les archives départementales (7 M 297), l’administration accordait au nom de l’Etat des concessions à divers particuliers pour un espace et un temps donnés. Ces carrières se présentent à ciel ouvert (par exemple près de la maison forestière de Léry ou, à Pont-de-l’Arche, le chemin de la Borde et le long du chemin des Epinières) mais aussi sous forme de puits comme « le puits du roi » au Testelet (Jean Mallet, « Etude de la forêt », page 31).

 

 

Peurs et légendes et croyances

 

L'agonie du loup

Un nom comme « Le val à loups », vers Louviers en sortant de Pont-de-l’Arche, nous rappelle l’existence pas si lointaine de cet animal qui fit peur et qui alimente encore les imaginaires. Max Masson rapporte (folio 33) les battues organisées par la sous-préfecture de Louviers afin d’éradiquer le loup. Il y en eut en 1816, 1820 et surtout en 1835 où 2 000 hommes furent réquisitionnés en tant que tireurs et rabatteurs. Ils couvrirent 34 communes « sur un arc de cercle passant à Pont de l'Arche, Tostes, La Haye Malherbe, Hondouville, La Chapelle du Bois des Faulx, Ailly, Heudebouville, Venables et aboutissant à la Seine en face de Muids ». Dirigés par des gardes forestiers et des gendarmes, ils fondirent vers la Seine où d’autres chasseurs attendaient les animaux susceptibles de traverser.

Il y eut cependant des rescapés. Ainsi Max Masson note que le 5 septembre 1836 le garde Morlet fils abattit un loup à Tostes. Mais la question n’était pas réglée. Paul Petit témoigne de la survie de l’animal honni dans un ouvrage intitulé Sangliers dans l'arrondissement de Louviers et les vautraits… : « M. le marquis de Montalembert avait eu, en 1861, l'occasion de diriger une battue aux loups dans la forêt de Bord. Une louve, accompagnée d'un grand loup, était venue établir son liteau dans les parages de Criquebeuf ; leur présence se manifesta d'une façon soudaine. Pendant la nuit du 4 au 5 juillet, plusieurs loups attaquèrent le troupeau de M. Micaux, fermier à Blacquetuit, commune de Montaure. Les moutons étaient parqués sur le chemin de Montaure aux Fosses ; vingt-et-un furent étranglés, et le reste du troupeau se trouva disséminé dans la campagne. A cette nouvelle, M. de Montalembert envoya immédiatement ses hommes en forêt pour reconnaitre la demeure des loups ; le mauvais temps, presque continuel, et l'état de la plaine couverte de récoltes rendaient cette opération très difficile ; mais tout portait à croire qu'ils faisaient leur fort dans les sapins de Criquebeuf, près du Rond-de-Bord. Une battue fut ordonnée pour le 25 juillet : rendez-vous au carrefour Sainte-Anne, route de Tostes, à neuf heures du matin. M. le sous-préfet avait prié les maires des communes limitrophes de la forêt de réunir le plus de monde qu'ils pourraient. « Malgré les travaux urgents de la campagne, lisons-nous dans le Publicateur de Louviers du 31 juillet, les populations ont eu à cœur de répondre à cet appel, et les chasseurs se trouvaient en assez grand nombre pour qu'il devint impossible à aucun loup de sortir de l'enceinte sans être vu. « M. Lemaire, sous-inspecteur des forêts, et M. le marquis de Montalembert, lieutenant de louvèterie, avaient pris toutes les dispositions nécessaires pour assurer le silence sur la ligne des tireurs postés par leur soin. « Le héros de la chasse a été M. Béranger, de Saint-Pierre-lès-Elbeuf. Il a tué le premier loup (louveteau). Une demi-heure après, un second est mis en joue par deux tireurs ; l'animal, déviant de sa route, passe à M. Béranger qui le tire : blessé grièvement, il est achevé par le garde forestier Aubry, " M. Boulenger, de Louviers, a atteint un troisième loup qui a disparu, mais a été trouvé mort le lendemain. Un quatrième, que sa forte taille a fait supposer être le père ou la mère, a été tiré et blessé. Enfin, M. Gustave Dufossé, de Saint-Cyr-du-Vaudreuil, en avait tiré un autre en arrivant au rendez-vous ; le croyant mort, il se disposait à aller le relever, mais l'animal, qui s'était rasé probablement, s'est enfui rapidement à son approche. » La question du loup n’était donc toujours pas résolue en 1861 et nous n'avons pas trouvé la date de son extinction dans le domaine de Bord.

 

La Croix-Sablier

La Croix-Sablier est une nouvelle écrite par Eustache-Hyacinthe Langlois, parue en 1835, et qui explique la présence d’un calvaire en pierre « à égale distance », « près de l’ancienne route du Pont-de-l’Arche à Louviers ». Jean Mallet situe cet emplacement au rond Royal, ce qui est très probable puisque l'ancienne et la nouvelle route de Louviers étaient proches à cet endroit comme le montre une version de la carte de Cassini. Ce calvaire portait le nom de Croix-Sablier, « riche négociant du XVIIe siècle » qui fut assassiné au début du siècle par « un jeune homme dont il avait protégé l’enfance » et qui l’aidait dans ses tâches quotidiennes. Lors d’un énième déplacement, « par une journée de juillet », le négociant souhaita se reposer dans la fraicheur d’un sous-bois. Cet isolement fit naitre « de diaboliques pensées » dans l’esprit du jeune homme qui dit à son maitre : « … l’un de nous deux qui tuerait ici l’autre, n‘aurait pas de témoin à redouter. » Monsieur Sablier répondit : « ne vois-tu pas que nous sommes entourés de témoins vivants. Ces témoins, tu les vois dans ces moucherons qui nous importunent, et que le ciel exciterait à appeler sur ta tête la vengeance des lois. » L’argument ne fit pas mouche chez le jeune homme qui profita de l’isolement du sous-bois pour l’abattre son maitre d’un « coup de pistolet » et partir avec une « valise qui regorgeait d’or. » « Pendant qu’une croix expiatoire s’élevait sur le lieu du crime », le jeune homme changea de nom et fit commerce « dans une de nos villes frontières les plus éloignées ». Il se maria avec « une jeune personne bien née, dont les excellentes qualités eussent dû faire son bonheur, s’il était du bonheur pour une âme bourrelée de remords. » En effet, chaque été les moucherons rappelaient au jeune homme son crime, telles des « Euménides », de petites divinités persécutrices de la mythologie grecque. Le jeune homme révéla à sa femme la raison de son angoisse. Puis, il eut des revers commerciaux, s’appauvrit, sombra dans l’alcool, frappa sa femme… Victime de violence féroce, celle-ci révéla le crime de son mari aux voisins : « Misérable, assassine-moi plutôt comme tu assassinas ton maitre ! » Le meurtrier de la forêt de Bord fut « arrêté le lendemain, et bientôt le bourreau [va] écrire, en caractères de sang, la péripétie de cet épouvantable drame. »

 

Le Val Richard

Près de La Plaine de Bonport un espace boisé est nommé Le Val Richard, surtout connu de nos jours pour la zone d’activités qui a repris ce nom. D’aucuns se plaisent à lire ici une trace du passage de Richard Cœur de Lion, parmi lesquels Eustache-Hyacinthe Langlois (La Croix-Sablier, page 309 : « le Vau-Ricard », en normand). Cependant, les noms de lieux ont des origines bien plus pragmatiques. Ainsi Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme citent une charte datée vers 1230 qui nous apprend que « Raoul de Criquebeuf et Richard du Val, tenaient dans la forêt de Bord, 3 vergées et ¾ de vergée pour 12 s. 9 d. de rente. » Il y a de fortes chances que ce Richard du Val ait marqué de son nom un espace criquebeuvien, bien plus que Richard Cœur de Lion même s’il fut cofondateur de l’abbaye de Bonport en 1190. Le Val Richard ne désignerait donc pas – non plus – Richard Jacquet.

 

Les galeries souterraines

Nous avons consacré un article sur les légendes avançant que le sous-sol de Pont-de-l’Arche était troué de voies de circulation. Ces légendes veulent que des tunnels souterrains aient relié Bonport à Pont-de-l’Arche ; Pont-de-l’Arche à la maison de la Dame-blanche, aux Damps ; Les Damps à l’ancien château du Vaudreuil en passant sous la forêt ; Bonport à Argeronne en passant sous la forêt de Bord… Dans notre étude, nous avons remarqué que des éléments normaux du patrimoine, tels que les caves, suffisaient à alimenter les légendes. Nous avons cependant observé nos limites d’investigation, bloqués par notre incapacité à visiter de prétendues galeries situées derrière des parties murées bien existantes, elles. En forêt, les trous que l’on trouve de-ci de-là pourraient être interprétés comme des effondrements ou des sorties de galeries (près de la mare Planco, du chemin du Renard…). Nous penchons plus vers une explication faisant de ces trous des vestiges de marnières comme celle nommée le « puits du roi » à Tostes.

 

Petit Saint-Ouen de Léry

Voir notre article consacré à ce pèlerinage ancestral lié au bourg de Léry.

Mise en valeur des arbres remarquables de la forêt de Bord, notamment par l'ONF : ici le hêtre du Petit-Saint-Ouen de Léry (2018).

Mise en valeur des arbres remarquables de la forêt de Bord, notamment par l'ONF : ici le hêtre du Petit-Saint-Ouen de Léry (2018).

Sainte Anne faisant lire la Bible à sa fille, la Vierge Marie. Détail d'une statue en pierre peinte de la fin du XVIe siècle, église Notre-Dame-des-arts, Pont-de-l'Arche (cliché Armand Launay, 2011).

Sainte Anne faisant lire la Bible à sa fille, la Vierge Marie. Détail d'une statue en pierre peinte de la fin du XVIe siècle, église Notre-Dame-des-arts, Pont-de-l'Arche (cliché Armand Launay, 2011).

Sainte Anne

Sainte Anne, la mère de la Vierge Marie, occupe une place importante dans la région de Bord. Elle est la patronne de Tostes et de Pont-de-l’Arche. Dans un article intitulé « Pont-de-l’Arche », Jean Mallet écrit que le nom de la fête communale Sainte-Anne « viendrait d'Anne le Blanc du Rollet, gouverneur de la ville, proche d'Henri IV » (page 65). Nous serions étonnés que cette fête, à l’origine pieuse, ait pris le prénom d’un personnage, fût-il célèbre. Nous nous sommes plutôt intéressés au fait que sainte Anne est la patronne des menuisiers et des ébénistes. Le lien avec la forêt serait confirmé par le lieu où la Sainte-Anne était célébrée avant 1861, c’est-à-dire à l’orée de la forêt, sur un terrain appelé Sainte-Anne (aujourd’hui la déchèterie et le Village des artisans de la lisière). Une procession se faisait dans la ville avec une statue en bois de la mère de la Vierge ; statue malheureusement volée dans les années 1970 sans qu'on ait retrouvé de photographie ou de représentation. Le parcours de cette procession passait devant un calvaire plus tardif et aboutissait sur le terrain Sainte-Anne où se tenait l'assemblée du même nom, ancêtre de la fête patronale. Dans un article consacré au paganisme dans la région, nous nous sommes même demandé si cette célébration religieuse avait une origine préchrétienne étant donné qu'un fanum y a été relevé par des prospecteurs à métaux.

À l’issue de cette présentation, nous pensons que l’exploitation forestière a eu une répercussion sur le culte catholique local.

 

Guerre

La Seconde guerre mondiale a laissé des traces dans notre forêt. Des bombardements ou, plus vraisemblablement, des bombardiers se délestant pour faciliter leur retour, ont déformé certains terrains. La forêt compte aussi au moins un avion américain abattu, celui du chemin du Renard aux Damps.

Vue sur la forêt (cliché Armand Launay, 2011).

Vue sur la forêt (cliché Armand Launay, 2011).

Essences et arbres remarquables

La forêt apparait de nos jours sous forme de futaie dressée par la main de l’Homme de sorte que les arbres produisent de grands troncs. La forêt naturelle était bien différente et toutes ses parties ne se ressemblaient pas. C’est ce que nous avons vu plus haut avec Jean Boissière qui rapporte qu’en 1714 seul un tiers de la forêt était en futaie. La toponymie se fait aussi l’écho de ce changement. Ainsi, une des entrées de la Garde-Châtel est encore appelée « porte de la lande ». Entre la Couture de Tostes et Louviers, une route forestière s’appelle les « longues raies », signifiant les haies en normand. Un bois de Tostes allant vers Louviers s’appelle le « bois des Vignes », une essence bien connue à Léry et aussi un peu à Pont-de-l’Arche en 1340 avec la vigne dite de « l’Estourmy » (Cartulaire de Bonport, page 393). Il semble que les épineux soient arrivés d'Alsace à la fin du XVIIIe siècle comme le note Marie-Hélène Devillepoix d'après le témoignage du technicien forestier Didier Leborgne (Pont-de-l'Arche). Ainsi s’expliquent quelques noms comme l’Epine Enguerrand ou les Epinières (sur le plateau de Pont-de-l’Arche) qui désignaient les parties repérables grâce aux essences nouvelles.

Marie-Hélène Devillepoix a aussi noté les principales essences locales que sont les pins, les hêtres, les merisiers et les chênes. Elle a distingué la variété des essences qui fait de la forêt de Bord un massif original à côté des nombreuses hêtraies normandes. Les 16 km² de pins sont situés sur les terrasses alluviales dont la pauvreté des sols, sableux et caillouteux, convient aux conifères. La hêtraie s'épanouit, elle, sur les plateaux limoneux. Cette essence est privilégiée car, si elle « vit moins longtemps que le chêne », elle « croît plus vite » ce qui est bon pour le rendement.

Comme tout massif, la forêt de Bord comprend des arbres remarquables épargnés par l’Office national des forêts. Le chêne Leguay se trouve dans la commune de Montaure, aux Fosses. Il est réputé avoir 350 ans, fait 510 cm de circonférence à 1,3 m du sol. Il est haut de 30 m. Selon Jean Mallet dans « Promenez-vous en forêt », cet arbre porte le nom d'un « ancien inspecteur des Eaux et Forêts de Louviers » de la fin du XIXe siècle (page 26). Il semble qu’il ait raison car les archives départementales conservent un rapport, daté de septembre 1892, signé par M. Leguay, inspecteur des forêts (7 M 297). Autres arbres remarquables localisés sur les cartes IGN, le chêne des Régales (près du chêne Leguay) et le chêne Nicolas (à La Vallée).

 

La chasse à courre en forêt de Bord représentée sur une carte postale.

La chasse à courre en forêt de Bord représentée sur une carte postale.

Tourisme et loisirs

 

La chasse à courre

À la fois emblème et héritage des privilèges nobiliaires, la chasse à courre a continué à être pratiquée en forêt. Jean Mallet, dans « Promenez-vous en forêt », nous apprend qu’elle était mise en « en adjudication tous les 9 ans par les Eaux et Forêts ». Le même auteur, dans « Etude de la forêt », avance que « Les chenils d'où partaient les chasses à courre étaient au nombre de deux : la Vénerie à Pont-de-l’Arche et à Louviers, rue Saint-Hildevert » (page 35). Celle de Pont-de-l’Arche, en haut de la rue Charles-Cacheleux, est particulièrement impressionnante. Ses immenses locaux furent rachetés vers 1908 par Olympe Hériot (1887-1953), un des fils du Commandant Olympe Hériot et neveu d’Auguste Hériot, fondateur des Grands magasins du Louvre. L’Internet nous apprend que ce bourgeois, très en vue dans le Paris des années folles, était passionné de chasse à courre, comme ses parents. Il réunit à Pont-de-l’Arche une meute de 90 chiens et un équipage de 11 chevaux qui chassa le sanglier puis le cerf jusqu’en 1937 dans les forêts normandes. Les chasses qu’il donna étaient très réputées dans le milieu de la vènerie. Une sonnerie de cor de chasse a même reçu pour nom « la Olympe Hériot ». Il reçut le 26 avril 1951 les insignes de Commandeur de la Légion d'Honneur. Par ailleurs, il se lia d’amitié avec Charles Morel, industriel et maire de Pont-de-l’Arche, et c’est assurément pourquoi il fut conseiller municipal en 1930 sur la liste de Charles Morel. C’est à celui-ci qu’il a souhaité vendre La Vènerie, son immense propriété, en 1938. De la chasse à courre, il reste des noms tels que le Chemin des Cavaliers, le rond de France ou le peu républicain – et anachronique – Rond royal. Il reste itou une stèle en hommage à Paul Vigrare, piqueur décédé le 23 décembre 1950 durant une chasse (au début de la route forestière du ravin de la vallée d'Incarville, à Pont-de-l'Arche).

"Royal car", un véhicule à vocation touristique venu déposer des promeneurs en forêt de Bord (1936).

"Royal car", un véhicule à vocation touristique venu déposer des promeneurs en forêt de Bord (1936).

Le développement des loisirs

Si la forêt de Bord a été le terrain des balades familiales et amoureuses depuis longtemps, les années 1930 nous ont laissé les premiers témoignages touristiques telle cette photographie, ci-dessus, d’un autocar en 1936.

La forêt de Bord est aussi le domaine des randonnées pédestres, des sorties en VTT. Ainsi, à côté du GR 222 et 222A, nous proposons à titre d’exemple la « Balade du hêtre Tabouel ».

Les nombreuses mares qui ponctuent le massif de Bord pour l’équilibre de la faune offrent aussi de bons prétextes à la balade. Autre endroit attrayant, le parcours sportif des Damps qui propose aussi des tables de piquenique à proximité.

De très nombreuses voies de circulation coupent le massif de Bord. Ici la route de Tostes (cliché Armand Launay, 2012).

De très nombreuses voies de circulation coupent le massif de Bord. Ici la route de Tostes (cliché Armand Launay, 2012).

Des routes omniprésentes

Napoléon Bonaparte a laissé sa marque dans notre forêt entre Les Damps et Léry où passe la Voie impériale. En fait, ce chemin est tout simplement un tronçon déclassé d’une des voies qu’on appelle depuis les routes nationales. Jean Mallet avance que la route nationale entre Incarville et Pont-de-l’Arche, celle du Val-à-loup, « fut arrêtée par le Conseil du roi en 1780 » (« Promenez-vous en forêt », page 40). C’est tout à fait probable car une version de la carte de Cassini monte cette voie rectiligne à côté d’un chemin menant au Cavé et qui doit être l’ancien chemin de Louviers.

Le massif de Bord est imposant et, de ce fait, largement percé par des voies de communication. Les routes nationales coupent le massif entre Louviers et Elbeuf et Incarville et Pont-de-l’Arche. Depuis 1967, l’autoroute de Normandie sépare le massif hormis deux passages pour animaux, quelques ponts et tunnels. Enfin, le contournement de Pont-de-l’Arche inauguré en 2010 a encore coupé un peu plus cette belle forêt, limitant ainsi les espaces de refuge des espèces animales et les lieux où l’on peut se reposer du bruit des moteurs. Le projet de contournement Est de Rouen et son raccordement à l’autoroute A13 au niveau d’Incarville n’écarte pas totalement le risque de gâcher un peu plus encore le domaine de Bord.

 

 

A lire aussi…

Le désert de la Garde-Châtel

Un texte de Victor Hugo en forêt de Bord

Aux origines de Tostes

Aux origines de Montaure

 

 

 

Sources

- Bodinier Bernard, L'Eure de la préhistoire à nos jours, Saint-Jean-d'Angély, édition Jean-Michel Bordessoules, 2001, 495 pages ;

- Boissière Jean, « Les forêts de la vallée de la Seine entre Paris et Rouen d’après l’enquête de 1714 », Annales historiques du Mantois, Mantes, Centre régional d’études historiques, 1979, tome 6 (pages 3 à 31) et tome 7 (pages 3 à 20) ;

- Charpillon Louis-Etienne, Caresme Anatole, « Pont-de-l’Arche, pages 662 à 674, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys, éd. Delcroix, 1868, 960 pages, voir à la fin de l’article sur Pont-de-l’Arche : « Forêt de Bord » ;

- Cliquet Dominique, Carte archéologique de la Gaule : l’Eure 27, Paris, ministère de la culture, 1993, 285 pages ;

- Coutil Léon, « Résumé des recherches préhistoriques en Normandie (époque paléolithique) », pages 34 à 142, Collectif, Bulletin de la Société normande d'études préhistoriques, Société normande d'études préhistoriques et historiques, Louviers, imprimerie Eugène Izambert, tome I, année 1893, 1894, 151 pages ;

- Coutil Léon, « Inventaire des menhirs et dolmens de France (département de l’Eure) », pages 36 à 122, Collectif, Bulletin de la Société normande d'études préhistoriques, Société normande d'études préhistoriques et historiques, Louviers, imprimerie Eugène Izambert, tome IV, année 1896, 1897, 222 pages ;

- Coutil Léon, « Ateliers et stations humaines néolithiques du département de l’Eure », pages 123 à 211, Collectif, Bulletin de la Société normande d'études préhistoriques, Société normande d'études préhistoriques et historiques, Louviers, imprimerie Eugène Izambert, tome IV, année 1896, 1897, 222 pages ;

- Delisle Léopold (publié par), « Cartulaire normand de Philippe Auguste, Louis VIII, Saint-Louis et Philippe le Hardi », Mémoire de la Société des antiquaires de Normandie, 6e volume, XVIe volume de la collection, Caen, 1852, 390 pages ;

- Devillepoix Marie-Hélène, La forêt de Bord, massif du bord de Seine, pages 36 à 37, Pays de Normandie, hors série « Balades et découvertes », 1999 ;

- Gendron Stéphane, L’origine des noms de lieux en France : essai de toponymie, Paris, éditions Errance, 2008, 340 pages ;

- Guibert Henri, « Note au sujet de retranchements aux environs de Louviers », pages 57 à 62, Bulletin de la Société d'études diverses de Louviers, tome VIII, 1903, 120 pages ;

- Jore Edouard, « La chasse en forêt de Bord avant 1789 », pages 14 à 18, Bulletin de la Société d’études diverses de l’arrondissement de Louviers, tome XVII, années 1923-1924, 134 pages ;

- Langlois Eustache-Hyacinthe, « La Croix-Sablier », pages 306 à 312, Revue de Rouen et de la Normandie, tome 6, Rouen, Nicétas Périaux, 1835. Aussi accessible sur le site de la Bibliothèque numérique de Lisieux : http://www.bmlisieux.com/normandie/croix01.htm (consulté le 28 novembre 2013) ;

- Le Berre Pascal, Délinquants et Forestiers dans les bois du Roi, les archives de la maîtrise des eaux et Forêts de Pont-de-l’Arche, de Colbert à la Révolution, mémoire de DEA préparé sous la direction de Serge Chassagne, Rouen, 1992, 199 pages ;

- Mallet Jean, « Promenez-vous en forêt », pages 25 à 31, Collectif, Louviers et sa Région : Gaillon, Le Vaudreuil, Pont-de-l'Arche, guide touristique, Syndicat d'Initiatives de Louviers, 1974, 87 pages ;

- Mallet Jean, « Etude de la forêt », pages 31 à 41, Collectif, Louviers et sa Région : Gaillon, Le Vaudreuil, Pont-de-l'Arche, guide touristique, Syndicat d'Initiatives de Louviers, 1974, 87 pages ;

- Mallet Jean, « Pont-de-l’Arche », pages 65 à 83, Collectif, Louviers et sa Région : Gaillon, Le Vaudreuil, Pont-de-l'Arche, guide touristique, Syndicat d'Initiatives de Louviers, 1974, 87 pages ;

- Musset Lucien, « Note pour servir d’introduction à l’histoire foncière de Normandie : les domaines de l’époque franque et les destinées du régime domanial du IXe au XIe siècle, pages 7 à 97, Collectif, Bulletin de la société des antiquaires de Normandie, tome XLIX, années 1942 à 1945, Caen, L. Jouan et R. Bigot, 1946, 622 pages ;

- Nègre Ernest, Toponymie générale de la France : étymologie de 35 000 noms de lieux, volume I, Formations préceltiques, celtiques, romanes, Genève, Librairie Droz, 1990, 704 pages ;

- Plaisse André, « La forêt normande à la fin du Moyen Âge », pages 17 à 28, Nouvelles de l'Eure n° 47, Evreux, 1993, 72 pages ;

- Office national des forêts, Département de l’Eure, Randonnées en forêt domaniale de Bprd-Louviers, 2 planches ;

- Petit Paul, Sangliers dans l'arrondissement de Louviers et les vautraits. Forêts, louveterie, équipages chasse, Evreux, C. Hérissey 1881, 126 pages.

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

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16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 14:05

Rechercher les origines de Montaure revient à analyser aussi le territoire de Tostes car cette paroisse fut créée en 1687 à partir de terres montauroises. Cette autonomie fut maintenue à la Révolution française où Tostes fut constituée en commune.

Le Montaure des origines est une clairière dans l’arc-de-cercle formé par la forêt de Bord depuis Elbeuf à Louviers en passant par Pont-de-l’Arche.

Des traces d’habitat épars ont été retrouvées, comme les vestiges gallo-romains des Quatre-bancs, en forêt de Bord, qui présentent des bases de murs et un puits. On ne retrouve cependant pas d’agglomération.

Vestiges gallo-romains des Quatre-bancs, dans la forêt de Bord (carte d'état major IGN).

Vestiges gallo-romains des Quatre-bancs, dans la forêt de Bord (carte d'état major IGN).

La Carte archéologique de la Gaule (CAG) fait état d’une enceinte quadrilatérale (page 222) dans la commune de Montaure. Elle pourrait bien n’être qu’un enclos d’élevage de la forêt de Bord à l’instar des autres enclos retrouvés au moins à quatre endroits de ce massif forestier. C'est la thèse publiée par Henri Guibert en 1903. Nous les avons localisés à partir de la carte d’état major de l’Institut géographique national (IGN) au 1/25 000e. Un enclos dit « vestige d’enceinte antique » est situé près de la route forestière de Montaure (commune de Louviers). D’autres « vestiges d’enceinte » sont localisés entre le chemin du Coq et la Vallée de la croix, près du bassin des Carènes.

Des vestiges d'enceinte, ici à Louviers, ponctuent la forêt de Bord. Il s'agirait en fait d'enclos pour bétail (carte d'état major IGN).

Des vestiges d'enceinte, ici à Louviers, ponctuent la forêt de Bord. Il s'agirait en fait d'enclos pour bétail (carte d'état major IGN).

La CAG mentionne aussi le passage par Montaure et Tostes d’une voie romaine reliant Le Vieil-Evreux à Pont-de-l’Arche. Elle n’appuie toutefois pas cette thèse sur une découverte archéologique ou une étude consolidée. Le doute quant à l’existence de cette voie romaine officielle est permis puisque Pont-de-l’Arche n’est apparu qu’au IXe siècle avec la création de son pont entre 862 et 873. La voie romaine Evreux-Rouen passait par Caudebec-lès-Elbeuf. Plus vraisemblablement, il devait exister des chemins ruraux serpentant jusqu’à la vallée de la Seine mais ils n’ont pas été mis au jour scientifiquement.

Jusqu’alors, il n’y a quasiment pas eu de matériel archéologique retrouvé à Montaure. Difficile, en l’état, de dire si ce rebord du plateau du Neubourg était défriché avant le Moyen Âge. Françoise Guilluy cite (pages 68 et 71) Joseph Drouet. A l’occasion de fouilles à Caudebec-lès-Elbeuf, cet homme avança en 1883 que certains objets en céramique retrouvés proviendraient de Montaure ou de La Haye-Malherbe. Preuve pour lui que ces localités existaient et exploitaient la terre, un coffret en fer rempli de bijoux en or et de pierres gravées fut retrouvé en 1848 avec des monnaies datées du haut-empire (Antonin le Pieux, Faustine, Domitien, Gordien, Philippe 1er). La découverte est située au Teurtre. D’autres objets furent trouvés aux « Friches Mongras » (au sud d'Ecrosville). Jusqu’à plus ample informé, ceci indiquerait que, du temps de la Gaule romaine, l’exploitation de l’espace par l’Homme s’arrêtait à La Haye-Malherbe, sauf enclaves de-ci de-là.

Avec les Friches-Montgras, Le Teurtre est un endroit où ont été retrouvés quelques vestiges archéologiques, à la limite sud du Montaure (carte d'état major IGN).

Avec les Friches-Montgras, Le Teurtre est un endroit où ont été retrouvés quelques vestiges archéologiques, à la limite sud du Montaure (carte d'état major IGN).

Moyen Âge, un toponyme : Montaure

L’espace montaurois était assurément exploité et défriché avant la colonisation scandinave comme en témoigne le toponyme roman de Montaure.

Selon Louis-Etienne Charpillon, Montaure est formé de Mont et « or » écrit sous la forme latine « mons aureus ». Les Regestrum visitationum d’Eudes Rigaut désignent par deux fois la paroisse de « Montoire » (1255 et 1258). On retrouve cette forme en 1506. Aux XVIIe et XIXe siècles, c’est la forme « Montore » qui est utilisée. Plusieurs théories sont avancées sans toutefois épuiser la question.

« Aureus » dérive du latin or, « qui brille », et par extension ce qui est « magnifique, splendide »… Louis-Etienne Charpillon a écrit que c’était une référence aux champs fertiles. Cependant, cela peut aussi être une référence à l’argile car Montaure a été bâti sur un important filon de cette terre. L’argile est blanchâtre. Dans le vocabulaire désignant les couleurs, l’argile est un gris neutre très pâle tirant sur le blanc. L’étymologie est aussi intéressante : du latin « argilla » : terre luisante, que l’on peut rapprocher de « arguo » signifiant « clarifier la situation ». Ce mot appartient à la même famille que « argentum », argent.

D’après l’abbé Bleunven, ancien de curé de Montaure, ce nom proviendrait du celte « or » signifiant froid (Françoise Guilluy).

Selon Auguste Le Prévost (page 413), Montaure proviendrait du latin « mons », montagne, et « aura », cours d’eau. Cependant, « aura » signifie « vent » en latin ; un vent dont la présence est attestée par les moulins à La Haye-Malherbe (moulin de Beauregard) et de Tostes (moulin de la Couture).

Enfin et plus simplement, en ancien et moyen français, une montoire désigne une montée, une colline, une montagne. Il existe le célèbre Montoire-sur-le-Loir, près de Vendôme, et un hameau Montaure en Haute-Loire.

A priori, appeler « colline » ou « montée » un hameau situé sur le plateau du Neubourg peut paraitre bien surprenant. Cependant, la topographie fait nettement apparaitre la naissance d’une dépression à La Haye-Malherbe qui se prolonge par la ravine de la Glacière, au-dessus de laquelle a été bâtie l’église Notre-Dame, et qui se creuse ensuite en vallon jusqu’à la vallée de l’Eure, à Louviers. Nous tenons-là le passage d’un cours d’eau asséché. En venant d’Ecrosville et de La Haye-Malherbe, cette dépression met en valeur l’église et le centre-bourg de Montaure qui peuvent apparaitre, aux yeux du promeneur, comme perchés sur une colline. Mais pourquoi installer un hameau en ce lieu ? Au-delà de la ravine qui a pu constituer un rempart naturel à des fortifications militaires, c’est peut-être une nappe phréatique aisément exploitable qui a attiré ici quelques familles. Cette nappe est identifiable de nos jours grâce aux deux puits centraux de Montaure et à la fontaine Saint-Eustache située dans la crypte de Notre-Dame. Cette dernière, comme nous l’écrivons dans un article consacré à l’église montauroise, a peut-être investi un lieu de culte païen dédié à une divinité de l’eau. Quoi qu’il en soit, la présence d’habitations groupées en ce lieu rend identifiable une « colline », une « montée », une Montoire par rapport à d’autres reliefs de la proche région.

Vu d'Ecrosville, Montaure apparait perché au-dessus de la ravine de la Glacière. Ce relief expliquerait l'étymologie de Montaure, "Montoire" qui signifiait la colline, la montée, en Ancien français (cliché Armand Launay, juillet 2013).

Vu d'Ecrosville, Montaure apparait perché au-dessus de la ravine de la Glacière. Ce relief expliquerait l'étymologie de Montaure, "Montoire" qui signifiait la colline, la montée, en Ancien français (cliché Armand Launay, juillet 2013).

Mais c’est peut-être les noms de Blacquetuit et Écrosville qui nous fournissent des éléments de réflexion plus précis sur le peuplement de Montaure.

Le toponyme Blacquetuit est composé de deux éléments norrois : « Blákka » qui est peut-être un surnom dérivé de « bleu », voire « noir » et « thveitr » qui désigne un essart : l’ « essart de Blakka ».

Quant à Écrosville, ce toponyme est peu renseigné. On le retrouve cependant dans le nom de la commune Saint-Aubin-d'Écrosville, plus proche du Neubourg. La fiche Wikipédia de la commune, citant les travaux de François de Beaurepaire, expose que le nom de cette paroisse était "Sanctus Albinus de Crocvilla" au XIIe siècle. Certains amateurs de toponymie scandinave, la Société historique Hag'dik, proposent de voir ici le nom d'un homme : Krókr. En effet, la forme du nom est connue dans la région où on retrouve beaucoup de suffixes en ville avec un nom scandinave ou, plus généralement, germanique : Igoville vient de Wigautvilla, Sotteville de Sotivilla, c'est-à-dire le "domaine de Wigaut", le "domaine de Soti". Écrosville serait ainsi le "domaine de Krókr" et il est possible que ce personnage ait été possessionné dans deux endroits à Montaure et Saint-Aubin, donc. Ce toponyme est curieusement proche de celui de Crasville, commune à laquelle nous avons consacré un petit article

Cela semble prouver qu’il y eut une colonisation scandinave synonyme d’une nouvelle vague de défrichements. Il n'y a qu'à relier les toponymes scandinaves de la proche région du plateau du Neubourg : Le Thuit-Signol et Le Thuit-Simer... Blacquetuit est un nom scandinave donné à une grande ferme montauroise mais n’a pas désigné le bourg en lui-même. C’est peut-être l’indicatif d’une population suffisamment nombreuse autour de Notre-Dame pour conserver le toponyme roman de Montaure. Quant à Écrosville, c'est un toponyme roman mais qui montre que la plus grande propriété a été attribué à un personnage scandinave. C'est assurément une propriété qui existait déjà comme toutes les villae du plateau : Crasville, Canappeville, Surtauville, Iville...

Ensuite, les textes font état de grandes propriétés seigneuriales de Montaure au XIe siècle. Les écrins de verdure situés au centre de Montaure témoignent toujours de ces grands domaines qui étaient dans la mouvance directe du pouvoir ducal normand. Ceci confirme, avec la majestueuse construction de l'église Notre-Dame au XIe siècle, que Montaure était la principale paroisse de la proche région. 

 

Sources

- Amsellem Emmanuelle, « Les Stigand : des Normands à Constantinople », Revue des études byzantines, tome 57, 1999, pages 283 à 288 ;

- Bonnin Thierry, Regestrum visitationum archiepiscopi rothomagensis : journal des visites pastorales d'Eude Rigaud, archevêque de Rouen, Rouen, Le Brument, 1852, 876 pages ;

- Charpillon Louis-Etienne, Caresme Anatole, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys, Delcroix, 1868, 960 pages, tome II, voir les pages 541 à 543 ;

- Cliquet Dominique, Carte archéologique de la Gaule : l’Eure 27, Paris, ministère de la culture, 1993, 285 pages ;

- Delisle Léopold, Passy Louis, Mémoires et notes de M. Auguste Le Prévost pour servir à l’histoire du département de l’Eure, tome II, Évreux, Auguste Hérissey, 1864 ;

- Guibert Henri, "Note au sujet de retranchements aux environs de Louviers", Bulletin de la Société d'études diverses de Louviers, tome VIII, 1903, 120 pages, pages 57 à 62 ;   

- Guilluy Françoise, Tuiliers et potiers de l’Eure : La Haye-Malherbe et Montaure, Association pour la sauvegarde du patrimoine malherbois, 1995, 192 pages ;

- Ministère de la culture, Base Mérimée, www.culture.gouv.fr.

 

A lire aussi... 

Les châteaux de Montaure du XIe siècle à nos jours...

L'ancienne ferme de Blacquetuit (Montaure)

L'histoire de Tostes des origines à l'autonomie communale

Armand Launay

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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 15:36
L'école-mairie de Montaure a perdu son école et donc la cour de récréation protégée par un portail. Elle a, en revanche, gagné une fenêtre au rez-de-jardin (clichés contemporains Armand Launay, aout 2013).L'école-mairie de Montaure a perdu son école et donc la cour de récréation protégée par un portail. Elle a, en revanche, gagné une fenêtre au rez-de-jardin (clichés contemporains Armand Launay, aout 2013).
L'école-mairie de Montaure a perdu son école et donc la cour de récréation protégée par un portail. Elle a, en revanche, gagné une fenêtre au rez-de-jardin (clichés contemporains Armand Launay, aout 2013).L'école-mairie de Montaure a perdu son école et donc la cour de récréation protégée par un portail. Elle a, en revanche, gagné une fenêtre au rez-de-jardin (clichés contemporains Armand Launay, aout 2013).

L'école-mairie de Montaure a perdu son école et donc la cour de récréation protégée par un portail. Elle a, en revanche, gagné une fenêtre au rez-de-jardin (clichés contemporains Armand Launay, aout 2013).

Avec une construction datée de 1874, l’école-mairie montre une commune de Montaure légèrement en avance sur l’arrivée du républicanisme. En effet, ce n’est qu’en 1875 que la France a été définie comme une république (l’amendement Wallon) et en 1879 qu’un président authentiquement républicain fut élu en la personne de Jules Grévy. Or, le programme républicain s’accompagnait de l’établissement de l’école publique gratuite et obligatoire, sous le ministère de Jules Ferry, et la construction de mairies.

Ceci démontre l’attachement des Montaurois à la république. Dans notre circonscription, Montaure était même le plus grand fief radical avec Les Damps. Le mémoire de Françoise Chapon sur Pierre Mendès France montre qu’en 1936 seules Les Damps et Montaure dépassaient les 60 % de voix en faveur de la gauche radicale de Pierre Mendès France (48 % de moyenne cantonale). Cet attachement républicain se lisait encore en 1959 où André Martin, maire radical-socialiste de Montaure, fut élu conseiller général après un premier tour où il rassembla 37,5 % des voix (contre 33,5 % des voix au communiste Vigor). Il poursuivit la politique de son prédécesseur Pierre Mendès France. 

 

Sources

Bodinier Bernard, « L’enracinement local de Pierre Mendès France », page 93, Franche Dominique, Yves Léonard, Pierre Mendès France et la démocratie locale : Actes du colloque du conseil général de l’Eure, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2004, 224 pages ;

Chapron Françoise, « Etude d’une circonscription radicale originale sous la IIIe République : Pierre Mendès France à Louviers (1930-1939) », Mémoire de maitrise en histoire contemporaine, 1981, 149 pages ;

Collectif, La Dépêche, n° du 15 juillet 1959.

 

A lire aussi... 

La biographie d'André Martin dans notre article consacré à la Résistance

Deux plaques inaugurales furent posées sur l'école-mairie. Une d'entre elle existe toujours qui porte le nom du Sous-préfet Jules Develle (cliché Armand Launay, octobre 2013).

Deux plaques inaugurales furent posées sur l'école-mairie. Une d'entre elle existe toujours qui porte le nom du Sous-préfet Jules Develle (cliché Armand Launay, octobre 2013).

Armand Launay

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au cœur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

- Mieux connaitre Pont-de-l'Arche à travers 150 noms de rues et de lieux ! (Autoédité, 2019, 64 pages). 

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte.

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