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18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 22:50

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12 énigmes

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

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18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 22:48

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12 dates

 

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 12:19

Les trois moulins de Pont-de-l'Arche ont disparu avec le pont médiéval en 1856. Depuis, ils continuent de peupler les lithographies anciennes chéries par les collectionneurs et les amateurs d'histoire. IIls appellent donc à se questionner sur leur origine, leur activité et c'est pourquoi nous avons mis à plat nos connaissances sur cet aspect de l’histoire industrielle de Pont-de-l’Arche et d'Igoville. 

Girard, del et lith., lithographie monochrome, 47,3 x 31,9 cm, en bas : Paris, publié par Victor Delarue, 10, place du Louvre, Archives de l’Eure (1 Fi 841).

Girard, del et lith., lithographie monochrome, 47,3 x 31,9 cm, en bas : Paris, publié par Victor Delarue, 10, place du Louvre, Archives de l’Eure (1 Fi 841).

I) Origine et architecture des moulins de Pont-de-l’Arche.

1)      Origine des trois moulins du pont : premières traces en 1020. 

Dans notre étude sur les ponts de la ville, nous avons réussi à dater la construction du premier pont. Cependant, nous avons remarqué qu’il existait une période obscure, c'est-à-dire non documentée correspondant à la naissance de la ville entre le IXe siècle et le début du XIe siècle. Cette période concerne les moulins qui nous intéressent.

            On peut néanmoins envisager avec sérieux que le pont fut muni de moulins dès ses premières années. En effet, l’on sait que Charles le Chauve accorda à l’évêque de Paris la possession du Grand pont et de ses moulins en 861. C’est donc qu’il était techniquement possible, dès l’époque de Charles le Chauve, de munir les ponts de moulins[2]. Patrick Sorel (voir sources) précise qu'en ce temps il devait s'agir de moulins-bateaux et non de moulins à roue pendante que l'on voit sur les lithographies et qui ne sont apparus que vers le XIIIe siècle et le XIVe siècle. Ces équipements devaient être essentiels aux hommes de garnison de Pont-de-l'Arche mais aussi à leurs familles qui ont peu à peu donné naissance à la ville.

Nous retrouvons trace de l’histoire de la ville en 1020 grâce à une charte officialisant la donation par le duc de Normandie Richard II de plusieurs droits sur Pont-de-l’Arche au bénéfice des religieux de l’abbaye de Jumièges. Ces droits portent sur l’église, le tonlieux[3], avec les droits sur les moulins et les pêcheries situées sous le pont aux moulins, un pré de deux acres, et un moulin appartenant à l’église[4].

La présence d'un pont contrariait le cours de la Seine et concentrait son courant entre les piles. Une cataracte de plusieurs dizaines de centimètres existait qui devait rendre l'endroit particulièrement intéressant pour établir des moulins. La région de Pont-de-l'Arche était déjà très intéressante comme en témoignent les nombreux moulins établis à proximité : Martot, Cléon, Freneuse, Poses, Amfreville-sous-les-monts...   

 

2)      L’architecture des moulins.

           Comme le montrent les deux reproductions de gravures ci-dessous, les moulins reposaient sur des pieux et étaient rattachés au tablier du pont. Le moulin Saint-Ouen, sur la gravure, fournit le meilleur document relatif à l’architecture de ces ouvrages. Les moines de l’abbaye Saint-Ouen de Rouen dressèrent un document, en 1759, qui reprend  point par point les travaux à accomplir dans les nombreuses propriétés de l’abbaye et notamment au moulin de Pont-de-l’Arche[5].

Ch. Dubourg sc., d’après un croquis de Mme Drouin, eau-forte, début XIXe siècle, 23,5 x 15,3 cm (Archives départementales de l’Eure : 1 Fi 843).

Ch. Dubourg sc., d’après un croquis de Mme Drouin, eau-forte, début XIXe siècle, 23,5 x 15,3 cm (Archives départementales de l’Eure : 1 Fi 843).

   Ce document nous apprend que les motelles (les assises de terre qui émergent de l’eau au pied du pont[6]) faisaient l’objet d’un entretien très élaboré et ce principalement pour le maintien des berges de celles-ci. Cet aspect de l’entretien n’est pas perceptible dans les gravures anciennes, tout comme celui de la vanne du moulin.

Ensuite, élément frappant des dessins, le document aborde les pieux sur lesquels repose la partie supérieure des moulins. La majorité de ces pieux est à remplacer. Ce qui n’apparait pas, en revanche, c’est le dispositif devant préserver chaque pieu de la glace hivernale et, tout simplement, de l’usure des eaux.

Tout l’ensemble de la roue : l’arbre qui tient la roue, celle-ci et ses 54 dents doit être refait à neuf, tant les bois sont usés. Le nombre de pièces participant au maintien et à la rotation de la roue est impressionnant qui compte parmi les réparations. De même pour les lanternes, ces engrenages reliant par un système de roues dentelées tous les arbres qui, au final, donnent la force du mouvement de l’eau à la pression exercée sur la meule.

La maisonnée et les bâtiments annexes qui se trouvent à hauteur de la chaussée du pont doivent être rénovés par l’usufruitier, c’est-à-dire le locataire, en quelque sorte, qui habite et fait moudre le grain en permanence. C’est aussi lui qui règle des droits aux propriétaires de l’abbaye. Les moines ont tout de même noté, pour mémoire, les travaux à réaliser. Est-ce en vue d’une vérification ultérieure des travaux réalisé ou bien (aussi ?) par crainte que les réparations soient faites sans soin, sans connaissances techniques par l’usufruitier ? Toujours est-il que ces dernières réparations sont celles d’une maison comme les autres (colombages, dallages, tuiles de pays, cheminées…).

Un document qui remonte au XIIIe siècle, montre comment les religieux de Saint-Ouen se fournissaient en matériaux. Ils exigeaient de certains de leurs vassaux qu’ils fournissent annuellement le bois nécessaire à l’entretien de leurs édifices. Le fief forestier de Sotteville-sous-le-Val doit garder les bois des Autiez et de Bonet par nuit et par jour et doit rapporter touz les meffés as seignor de Saint Oen et doit avoir ses pors frans de pasnage a son user et doit avoir 12 d. por semondre le pasnage et la moitié des coupeax des arbres qui sont coupez es devant diz bois por fere merrien au molin du Pont de l’Arche (…) et doit moldre eu molin Saint Oen aprez celui de la treimie…[7]

Quant au transport de ce matériau, c’est le fermier de Houlegate (ferme aujourd’hui disparue), à Sotteville-sous-le-Val, qui en était, notamment, chargé : La masure villaine de Houlegate (…) doit l’aide de la porte de Lyons refere et deu merrien du molin carier. [8] Outre le fait que le vassal des religieux devait charrier le bois, il devait aussi, si nous interprétons bien l’ancien français, participer à l’entretien de la porte de Lyons ce qui doit désigner la porte du château de Limaie donnant sur la route de Pîtres, Fleury-sur-Andelle, Lyons-la-Forêt. 

À l’issue de ce court descriptif et après avoir observé les anciennes gravures, nous notons que, malgré de nombreux siècles d’existence, les moulins qui nous intéressent ont la même architecture, à défaut d’avoir les mêmes proportions.

Chacun des édifices a ses deux bâtiments annexes, ses quatre cheminées, semble-t-il (car les représentations diffèrent), ses lucarnes.

 

II) Dénominations des moulins ; leurs propriétaires et leur utilisation.

1)      Les propriétaires des moulins et les noms attribués à ces édifices.

  Les noms des trois moulins de Pont-de-l’Arche avaient une origine géographique ou faisaient référence aux propriétaires. Les édifices se trouvent "près de la ville", "près du château de Limaie" et  "au milieu du pont" (ou Parmi, Treimie[9], mots synonymes de "milieu" dans l’usage local). Ils ont tout naturellement trouvé une appellation des plus évidentes… et facile à retenir !

Les moulins dépendaient de fiefs. Il n'est donc pas étonnant que les noms de propriétaires de ces fiefs aient été utilisés pour identifier ces équipements. Le moulin de Saint-Ouen dépendait du fief d'Igoville, propriété de l'abbaye Saint-Ouen de Rouen. L'ensemble des vassaux de ce fief étaient obligés de moudre leurs grains au moulin de leu seigneur, moyennant redevance. Cette pratique féodale a pris fin en 1789 avec la liberté du commerce.      

Les moulins des anciens ponts de Pont-de-l’Arche (XIe siècle-1856) : état des lieux de nos connaissances

Dates (sources)

Saint-Ouen – château

Parmi – Matignon

Danois – Dames – ville

1025

(Marie Fauroux, p. 139).

Église Saint-Vigor

(Par déduction du texte ci-dessous)

Propriété ducale

Propriété ducale

1025

(Marie Fauroux, p. 139)

Richard II cède l’église de Pont-de-l’Arche ainsi que le moulin qui lui appartient et le tribut des trois moulins du pont.

Propriété ducale

Propriété ducale

XIIIe siècle

(Henri Dubois)

Propriété des moines de l’abbaye Saint-Ouen

Propriété royale

Famille Le Danois (?)

1308

(Charpillon & Caresme)

Un sieur Jean Larchevêque tenait en fief-ferme les moulins du roi de Pont-de-l’Arche (cela s’applique-t-il au moulin Saint-Ouen ?).

1324

(P.-F. Lebeurier, p. 332, 357)

1321

(selon Charpillon & Caresme)

 

 

 

Jean Gougeul obtint du roi Charles le Bel que le moulin Aux Dames soit réuni au fief de Rouville.

XVe siècle

(Yvette Petit-Decroix)

 

Propriété de Guy de Matignon

 

1688

(Charpillon & Caresme)

 

Emmanuel Théodore de la Tour d’Auvergne, duc d’Albret, abbé de Saint-Ouen, donna aux Jésuites de Rouen, un moulin à blé.

 

 

1750

(P. Sorel, p. 25)

 

Dépendance du fief de Port-Pinché, propriété des de Matignon

Faisait encore partie du fief de Rouville

1838  (Yvette Petit-Decroix, p. 91[10])

M. Foucher ou Lequeux

M. Fréret

M. Foucher ou Lequeux

1856

L’Industriel de Louviers 

 

Le moulin de Parmi qui avait appartenu à l’abbaye de Bonport avant la Révolution nous avait été vendu 36 000 francs par deux richards d’Igoville, MM. Fréret et Nouvel. 

 

1856

L’Industriel de Louviers 

 

Famille Desmarets

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le nom de moulin aux Danois a plu à certains historiens qui ont vu dans cette appellation un témoin de l’ancien colon scandinave. D’une part, il est douteux que ce nom, dont la première occurrence connue date du XIVe siècle, remonte à la période des invasions et de l’implantation des scandinaves. D’autre part, nous retrouverions des forêts, villages, masures danoises partout où nos lointains ancêtres nordiques ont posé le pied et utilisé le soc…

Le nom de Aux Danois est lié, pour commencer, aux seigneurs de Rouville. En effet, ces deux appellations ont coexisté du XIVe au XVIIIe siècle. Plus précisément, en 1324, lorsque Jean Gougeul, seigneur de Rouville fit l’acquisition de ce moulin, ce dernier portait déjà le nom de aux Danois. Nous pensons que aux Danois désigne un nom de famille ou un surnom. Nous avons deux thèses à ce sujet : soit un seigneur de Rouville a porté ce nom ; soit un autre personnage a possédé ledit moulin.

Nous apprenons de l’article "La Haye-Malherbe" du Dictionnaire historique de MM. Charpillon & Caresme que Guillaume de Rouville dit Taupin, vendit en 1391 le fief Aux-Danois, qu’il possédait à Thuit-Signol. C’est lui qui a probablement laissé son nom au fief de Rouville ou Saint-Saire. Parallèlement, nous apprenons de la lecture du résumé du mémoire de Sophie Roullé que :  En 1278, André le Danois vend aux moines toutes les dîmes qu’il possédait au Thuit-Signol et à Saint-Pierre-des-Cercueils. "[11]

Nous concluons qu’il existait une famille Le Danois dans la région du Thuit-Signol aux XIIIe et XIVe siècle et qu’elle tirait une partie de ses revenus des céréales. Il ne nous étonnerait donc pas : soit que les Le Danois aient acquis provisoirement les droits sur un moulin de Pont-de-l’Arche ; soit qu’un seigneur de Rouville ait acquis le surnom de Aux Danois de sa propriété du Thuit-Signol. Il n’y a donc pas de traces de grands blonds chevelus portant des casques à cornes sur le pont de la ville ! 

3)      Que produisait-on aux moulins du pont ? 

Selon MM. Charpillon et Caresme, en 1209, Philippe Auguste permit aux religieux de moudre au moulin de Pont-de-l’Arche le mercredi de chaque semaine. Il échangea ensuite ce droit contre le septième du revenu de ce moulin, ce qui devait être un gain pour les moines.

Cette activité occupa la quasi totalité du temps d’existence des moulins de Pont-de-l’Arche car on voit que le blé est encore moulu en 1856, année où s’effondra le dernier pont d’Ancien Régime et les moulins qu’il portait. Moudre le blé, les céréales et les végétaux (comme le pavot) alimentaires est une activité qui approvisionne les habitants de la proche région de Pont-de-l’Arche. Elle n’apporta cependant aucune activité originale à la ville, aucune industrie, aucune prospérité retombant sur l’ensemble de l’économie urbaine.

Nous allons nous pencher sur une activité qui a apporté une originalité à l’histoire des moulins qui nous intéressent. Ce qui suit est un résumé des travaux de M. Drouet, publiés en 1903. Pont-de-l’Arche fut le lieu ponctuel de frappe de monnaies royales quand, pour une fois, le monarque décida de faire battre sa monnaie sur des presses privées, en 1654. Et l’on fit battre des liards de cuivre à Pont-de-l’Arche

Le liard de cuivre est une monnaie qui existe depuis le règne de Louis XIV. Il y eut six émissions différentes de cette monnaie durant le règne de ce monarque et c’est la troisième de celles-ci qui intéresse les moulins de Pont-de-l’Arche.

Les moulins de la localité n’avaient jamais battu la monnaie. C’est donc un contexte très particulier qui engendra cette reconversion d'un d'entre eux, vraisemblablement, et sur lequel nous allons nous pencher. 

En 1654, le trésor royal avait besoin d’argent à cause notamment des troubles de la Fronde et de l’expédition des Flandres. Il concéda à un fermier général le droit de fabriquer et d’émettre le numéraire de cuivre dénommé liard. Il était temps car les commerçants, le peuple, les établissements religieux manquaient de numéraire pour leurs échanges quotidiens.

Isaac Blandin, bourgeois de Paris, se vit confier l’entreprise générale de fabrication des liards en cuivre pur pour deux ans. Contre paiement des redevances au Trésor royal, celui-ci avait toute liberté de sous-traiter.

Ceci était un fait nouveau. Jamais auparavant la monnaie n’avait été fabriquée en dehors des ateliers royaux. L’hostilité des monnayeurs officiels doit donc expliquer le refuge dans des villes qui n’avaient encore jamais accueilli ce type de production. La présence de moulins à Pont-de-l’Arche, mus par un courant constant, était donc une manne pour les projets d’Isaac Blandin.

M. Drouet narre les aménagements de ces moulins (page 131) : La roue motrice met en mouvement un arbre de couche pourvu, à intervalle égaux, de taquets soulevant chacun un pilon dans lequel est encastré un coin qui retombe sur un autre coin fixe ; il suffit alors qu’un ouvrier, sans le moindre apprentissage, une femme, un enfant même, glisse à chaque fois que le pilon se relève, une rondelle de métal dans le coin fixe pour obtenir la fabrication considérable sans la moindre difficulté.

Le nombre de monnaies créées devait être contrôlé par les pouvoirs royaux afin qu’il n’y ait pas de surproduction. En effet, si le nombre de pièces créées dépassait les besoins du peuple, il y aurait une inflation et, bien vite, un refus d’une monnaie sans valeur.

En principe, 120 presses devaient servir en France à la frappe des liards (Drouet, page 132). Mais le décret du 1er juillet 1654 réduisit ce nombre à 40 seulement. Un liard devait valoir 3 deniers et 64 pièces au marc. Le travail devait durer depuis 4 heures du matin à 8 heures le soir. Les poinçons devaient être gravés par le tailleur général des monnaies. Des commissaires, provenant de la Cour des monnaies, devaient être établis dans les dites fabriques par le roi et devaient fermer à clé les lieux où étaient réservées les monnaies afin que nul n’y travaille en dehors des heures officielles. 

Le 3 aout 1654, la Cour des monnaies autorisa officiellement Isaac Blandin à procéder à l’exécution de sa commission pour la fabrication des liards de cuivre. La Cour l’aida à préparer les outils de fabrication. Isaac Blandin prêta serment le 21 octobre 1654. Il fut autorisé par un arrêt du Conseil du 10 décembre 1654 à établir 44 presses dont 5 à Pont-de-l’Arche (Drouet, page 133). Or, l’arrêt du 9 aout 1656 accorda à René Péchenat, procureur de Pont-de-l’Arche, deux presses d’augmentation, outre les six portés à son traité et ce pour le dédommager des préjudices par lui subis (cf. plus bas).

Le 13 mai 1655 commença l’exploitation des liards à Pont-de-l’Arche et Acquigny jusqu’à la fin de l’année 1657. Près de 350 livres de liards furent produites chaque jour soit 28000 pièces à raison de 80 par livre de métal[12].

           Mais bien trop de pièces furent frappées… De nombreuses plaintes s’ensuivirent. Les producteurs locaux (les sieurs Ravillard Case, Péchenat de la Salle, Béthencourt) furent assignés à comparaitre le 2 mars 1656 par un arrêt du Parlement de Rouen (Drouet, page 137).

            Les producteurs fabriquaient bien trop de liards par marc de cuivre : 69 voire 76 au lieu de 60. Ce procédé leur permettait de spéculer sur la valeur des liards lorsqu’ils échangeaient (dans les bureaux de change locaux) cette monnaie contre de l’argent ou de l’or. Ils cédaient leurs liards à prix avantageux sachant que celui-ci ne valait pas sa valeur nominale et sachant aussi qu’une concurrence faisait rage entre les producteurs qui avaient donc tendance à baisser leurs prix.

           Quelques extraits du jugement sont particulièrement éloquents (Drouet, page 138) :

On espérait que cette fabrication des liards ne donnerait qu’une somme modique ; mais cette monnaie de liards, que l’on proposait pour la commodité du peuple, s’est trouvée amenée à sa ruine par la quantité qui s’en retrouvée distribuée et répandue depuis dix-huit mois dans toutes les villes, bourgs et maréchaussées de cette province…Au seul bureau de Pont-de-l’Arche, on y a travaillé jour et nuit, même pendant les fêtes, à six presses, contre l’ordonnance expresse de la Déclaration.

            Cependant, le Parlement, qui avait fait interdire la fabrique de liards à Pont-de-l’Arche, fut dénigré par le roi en personne. Celui-ci rétablit la fabrique dans son droit par un arrêt du 24 mai 1656. M. Blandin obtint même un dédommagement suite aux émeutes qui nuisirent à ses intérêts et suite à la suspension ponctuelle de la production. Le roi accorda au fermier général 4 mois de droits de production supplémentaires. René Péchenat, déclarant avoir commencé à travailler le 13 mars 1655, put travailler jusqu’à la fin de l’année 1657 (Drouet, page 140).

De guerre lasse, le roi interdit néanmoins toute fabrication de liards à partir du 31 aout 1657 à cause des trop nombreuses protestations.

            Le dernier incident relatifs à ces liards est consécutif à l’édit du 20 juin 1658 qui réduisit la valeur d’un liard de 3 à 2 deniers (Drouet, page 141). Ceci exacerba la souffrance et le mécontentement des gens du peuple qui avaient durement travaillé pour gagner 3 deniers et qui devaient maintenant vivre avec seulement 2 deniers. Les boulangers fermèrent leurs boutiques car ils ne voulaient plus accepter les liards, réputés ne valoir plus qu’un denier. Le Parlement ne put rétablir la situation qu’après une dizaine de jours d’émeutes (Drouet, page 142).

Liard de France recto-verso frappé à Pont-de-l'Arche en 1656. Il est identifiable grâce à la lettre B, au I de liard qui est pointé et au point sur le T de "ET.DE.NA". Source Liards de France. 

Liard de France recto-verso frappé à Pont-de-l'Arche en 1656. Il est identifiable grâce à la lettre B, au I de liard qui est pointé et au point sur le T de "ET.DE.NA". Source Liards de France. 

Les presses de Pont-de-l’Arche et d'Acquigny fonctionnèrent donc en même temps, de mai 1655 à décembre 1657. M. Péchenat semble avoir été bien plus présent à Acquigny, où il resta quelques années après la fin de la fabrication des liards (Drouet, page 143, note 1).

M. Drouet n’a pas trouvé trace des commissaires de la Cour des monnaies à Pont-de-l’Arche et Acquigny. Ceci lui fit émettre des doutes quant à la présence de tels agents de l’État, du moins durent-ils rester bien sourds et aveugles.

Le copinage du roi couta cher au Trésor et à la police intérieure. Les quelques années de frappe de la monnaie royale à Pont-de-l’Arche ne durent guère apporter d’emploi et moins de richesses encore. Quant au mécontentement du peuple au sujet des liards, il fut important comme on peut le lire dans les cahiers de doléances de l’année 1655.

Les meules de la ville reprirent leur activité habituelle en écrasant du blé jusqu’à la chute du pont en 1856, et ce malgré au moins une tentative de reconversion : un certain Quesney, chef de la 1re division des bureaux de la préfecture de la Seine-Inférieure, réagit dans une lettre du 24 fructidor an X (11 septembre 1802) aux propos tenus dans un journal intitulé Annales de statistique ou Journal général d’économie politique[13]. Il niait qu’il existât à Pont-de-l’Arche une manufacture de draps. Il profitait de cette précision pour proposer aux autorités de favoriser l’implantation de manufactures de draps mues par la force hydraulique des moulins. Cependant, comme nous l’avons déjà noté[14], les manufactures de draps à Pont-de-l’Arche n’ont jamais pu vivre durablement à cause de la pression des industries lovériennes et elbeuviennes. La demande de M. Quesney resta lettre morte.

 

Conclusion

          Entre les brumes de la Seine et de l’histoire, nous avons esquissé quelques contours de ce qui a fait l’histoire des moulins du pont de Pont-de-l’Arche et Igoville. Cette histoire est celle de la subsistance : un moulin permettait de fournir la farine nécessaire à la consommation quotidienne de près de 1200 personnes au XIIe siècle. Les moulins utilisèrent la force hydraulique afin de nourrir la population d’une ville qui naquit au Xe siècle. Ils accompagnèrent ensuite l’accroissement démographique de la vallée.

            À n’en pas douter, les trois moulins de la ville attirèrent la population des villages alentours afin de faire moudre leur propre grain ou de trouver sous les halles de la ville la farine des producteurs locaux. Ils attirèrent aussi les communautés de moines qui recherchaient les moyens de leur autonomie financière. 

            Ces moulins, lucratifs par l’argent perçu sur le service de moulage mais aussi par les taxes, devinrent l’objet de convoitises. Les différents noms donnés à ces édifices se font l’écho des propriétaires qui spéculaient sur leur valeur. 

            Enfin, ces moulins ont intéressé des industries. De 1655 à 1657, ils ont frappé de la monnaie royale exceptionnellement accordée au secteur privé. Si l’idée naquit d’utiliser la force hydraulique des moulins au profit de l’industrie du drap, elle ne put être concrétisée car les industriels d’Elbeuf et Louviers ont fait pression sur les autorités afin de limiter la concurrence locale. La concurrence était faussée.

           Durant de nombreux siècles, ces édifices ont apporté des services à la population locale sans apporter d’autre prospérité que celle de leurs quelques propriétaires. 

En 1856, ces figures familières qui peuplent les anciennes gravures de la ville ont été emportées dans les eaux de la Seine, avec le pont ancestral. Presque oubliés, ils n’apparaissent plus que dans les écrits à caractère historique et dans les rêveries de ceux qui aimeraient bien se balader à travers les âges… Ceux-ci peuvent toujours aller à Vernon où subsiste un de ces édifices sur les restes de l’ancien pont de la ville. Ils écouteront le murmure de l’eau et les vieilles histoires de ce grand-père de la force hydraulique. 

 

       A. Launay, avec nos remerciements à Patrick Sorel

Le moulin de Vernon fournit assurément l'image la plus réaliste de ce qu'étaient les moulins des anciens ponts de Pont-de-l'Arche (cliché Armand Launay, aout 2017). Coucou Monsieur Baboux !

Le moulin de Vernon fournit assurément l'image la plus réaliste de ce qu'étaient les moulins des anciens ponts de Pont-de-l'Arche (cliché Armand Launay, aout 2017). Coucou Monsieur Baboux !

Le moulin d'Andé permet aussi de se figurer avec réalisme ce que furent les anciens moulins de Pont-de-l'Arche (photographies du "moulin d'Andé" qui est la dénomination d'un hôtel en activité ce jour d'hui). On voit toujours l'aube du moulin.
Le moulin d'Andé permet aussi de se figurer avec réalisme ce que furent les anciens moulins de Pont-de-l'Arche (photographies du "moulin d'Andé" qui est la dénomination d'un hôtel en activité ce jour d'hui). On voit toujours l'aube du moulin.

Le moulin d'Andé permet aussi de se figurer avec réalisme ce que furent les anciens moulins de Pont-de-l'Arche (photographies du "moulin d'Andé" qui est la dénomination d'un hôtel en activité ce jour d'hui). On voit toujours l'aube du moulin.

Réparations à faire au moulin de Pont-deL’arche

 

=> Abbaye de Saint-Ouen de Rouen, [Cahier des réparations à faire dans les propriétés de l’abbaye], 1759, Archives départementales de Seine-Maritime, 1 B 5657. 

 

Autour des motelles seront remplacés quatorze pieux neuf pieds de longueur sur sept à huit pouces d’équarissage, lesquels seront armés d’un sabot de fer a quatre branches du poids de dix livres compris les cloux, et seront enfoncés jusqu’à six pouces au dessus de l’affleurement des pièces de Rives de la motelle aux quelles ils seront retenus chacun par un étrier de fer du poids de neuf livres compris les cloux, ensuite seront remplacées trois pièces de rives aux dites motelles pour servir à encastrer les Radiers lesquels auront chacun trente six pieds de longueur sur six à onze pouces à l’équarissage et seront retenües ensemble à leur extrémité par un boulon de fer à tête et clavelle, du poids de six livres.

Pour entretenir les dites motelles et retenir l’écartement  seront remplacées treize solles gravières en bois de chesne neuf de douze pieds de longueur chacune sur six à onze pouces d’équarissage, et pour contre garder les pièces de la motelle, sera remplacé quarante pieds de longueur de planches de douze pouces de large, et deux pouces d’épaisseur ; en plus à la grande motelle est à remplacer trois madriers de douze pieds de longueur chacun sur neuf pouces de large et quatre pouces d’épaisseur.

À l’angle de la digue sera aussi remplacé un pilot de neuf pieds de longueur sur sept à huit pouces d’équarissage lequel sera battu à refus et armé d’un sabot de fer de quatre branches du poids de dix livres compris les cloux comme ci devant.

 

Pieux pour le soutien du moulin

Du coté de la ville il sera remplacé un pieux d’écorre de trente deux pieds de longueur lequel sera placé en grume et aura quatre pouces de diamètre moyen, et pour soutenir ledit pieu d’écorre et le garantir du choc des glaces, il sera placé une pièce de garde en guette qui sera assemblée laquelle aura vingt un pieds de longueur sur dix pouces de gros ; Sera aussi remplacé pour soutenir ledit moulin douze autres pieux intermédiaire en grume de même longueur  et équarissage que celui ci dessous, tous seront solidement affermis et assemblés à tenons sur les Brayes ou semelles qui y seront fournis à neuf et auront cinq pieds de longueur chacune sur treize à quatorze pouces d’équarissage.

Parmi le surplus des pieux qui servent à soutenir ledit moulin, dix qui peuvent encore servir seront rafraîchis et il sera remplacé sous chacun une Braye ou semelle de cinq pieds de longueur, comme ci devant, sur treize à quatorze pouces d’équarissage.

Sera remplacé neuf masuriaux de neuf pieds de longueur chacun et de dix à onze pouces d’équarissage.

Sera posé pour la réparation de la vanne du moulin une planche de douze pieds de longueur, quatorze pouces de largeur et deux pouces d’épaisseur.

Sera remplacé au harnois d’en bas du moulin un seüil de vingt huit pieds de longueur que quatorze à quinze pouces d’équarissage.

On remplacera aussi deux Rayes pour élever ledit harnois, elles auront trente six pieds de longueur chacune et six à dix pouces d’équarissage.

Sera pareillement remplacé à neuf deux glisseurs pour porter les extrémités de l’arbre tournant, ils auront cinq pieds de longueur chacun sur douze à quinze pouces d’équarissage et seront posés sur les quatre selettes qui auront cinq pieds de longueur chacune, huit à neuf pouces de gros et qui seront aussi remplacés à neuf.

Sera remplacé, six arbalestriers de vingt pieds de longueur chacun sur onze à douze pouces d’équarissage pour porter le grand arbre tournant.

La grande roüe du moulin est à reconstruire à neuf, les bois en sont entièrement consumés ; pour ce on fournira un arbre tournant de vingt quatre pieds de longueur sur vingt cinq pouces en quarré, de droit fil et équari à vive arrette, six courbes avec leurs doublures pour le grand Roüet chacune de huit pieds de longueur sur quatorze pouces de largeur et neuf pouces d’épaisseur avec la doublure.

Cinquante quatre chevilles ou dents de Roüet, chacune de dix huit pouces de longueur et cinq à six pouces de gros.

Trois grands bras chacun de six sept pieds de longueur neuf pouces de largeur et quatre pouces et demy d’épaisseur, neuf autres bras pour porter les cintres aussi de dix sept pieds de longueur chacun sur quatre à cinq pouces d’équarissage.

Dix huit pièces de petits cintres chacun de dix sept pieds de longueur sur quatre à cinq pieds de gros.

Quarante huit esseliers ou lieus dont douze pour le grand cintre de deux pieds de longueur chacun et de six à quatre pouces d’équarissage et trente six pour le petit cintre de dix huit pouces de longueur chacun et quatre à cinq pouces d’équarissage. Dix huit aubes de seize pieds de longueur chacune sur un pieds de largeur et neuf lignes d’épaisseur plus six joües pour attacher les petits cintres de cinq pieds de longueur chacune sur quatre pouces de largeur et un pouce d’épaisseur ?

Tous ces bois seront bien choisis et bien servis, chacun de l’espée destinée à son usage, bien et solidement chevillé et assemblés suivant l’art, les cintres seront retenus et liés avec les grands bras, avec six boulons de quinze pour pouces de longueur chacun et un pouce d’épaisseur ; seront placés aux extrémités de l’arbre tournant trente six allumelles de fer de dix huit pouces de longueur, deux pouces de largeur et neuf ligues d’épaisseur. L’un des liens des extrémités de fer de l’arbre tournant sera remis en œuvre, l’autre sera fourny à neuf et aussy sept pieds quatre pouces de circonférence, trois pouces de largeur et neuf ligues d’épaisseur.

L’arbre montant de la lanterne sera remplacé à neuf, il sera équari à vive arreste et aura trente six pieds de longueur sur treize à treize (sic) pouces d’équarissage.

La grande lanterne sera reconstruite à neuf, les tourteaux auront cinq pieds de diamètre et huit pouces d’épaisseur avec leurs boubleuses, ou fournises pour ladite lanterne seize fuseaux de trois pieds de demy de longueur chacun et quatre à quatre pouces d’équarissage.

Sera remplacé à la heuse une pièce de neuf pieds de tour sur trente pouces d’épaisseur. Plus deux semelles de cinq pieds de longueur chacune sur dix à douze pouces de gros. Sera encore remplacé deux moises qui seront assemblées dans l’acolade de la heuse et qui auront sçavoir neuf pieds de longueur sur vingt à dix pouces de gros et l’autre neuf pieds aussy de longueur sur huit à vingt pouces de gros. Le hérison sera remplacé à neuf et composé sçavoir de huit bras de neuf pieds de longueur chacun et sept à huit pouces de gros et trente cinq pieds de cintre intérieur pour servir de doublure de même échantillon que les premiers ; soixante et douze dents ou chevillette de quinze pouces de longueur chacune sur cinq à six pouces d’équarissage. Les boulons de l’ancien hérison seront remis en œuvre.

La petite lanterne du montage sera aussy remplacée à neuf. Les tourteaux auront deux pieds un pouce de diamètre et cinq pouces d’épaisseur. On fournira douze fuseaux de deux pieds de longueur chacun sur trois pouces de diamètre. Sera aussy fourni à neuf pour laditte lanterne une frette de fer de six pieds sept pouces de circonférence deux pouces de largeur et six ligues d’épaisseur. Le pallier pour poser la meule sera aussy remplacé à neuf, il aura quinze pieds de longueur sur huit à huit pouces de gros, ensemble un montant de cinq pieds de longueur sur sept à huit pouces d’équarissage.

Sera encore remplacé à neuf trois visses et un héron desdits visses de cinq pieds de hauteur sur six pouces en quarré et l’héron de cinq pieds de longueur sur onze à treize pouces de gros.

Blutoir 

On fournira pour la réparation de la bluture vingt quatre pieds quarrés de planches de hêtre d’un pouce d’épaisseur assemblées à rainures et languettes plus deux potelets de quatre pieds six pouces de longueur chacun sur quatre à quatre pouces de gros.

Cette réparation étant à la charge de l’usufruitier [fermier, locataire], elle est énoncée icy seulement pour mémoire.

La trémie sera reconstruite à neuf et composée de quatre potelets de trois pieds de longueur chacun que quatre à quatre pouces de gros et vingt neuf pieds quarrés de planches de chesne d’un pouce d’épaisseur assemblées à rainures et languettes et retenües aux potelets avec quatre équerres de fer de huit pouces de branches est article cy inséré pour mémoire.

La cuve de meules sera réparée parce qu’il sera remplacé vingt deux pieds de longueur de cintres pour le bas sur cinq pouces de hauteur et douze pouces de largeur, dix montants  de deux pieds de longueur sur quatre et trois pouces de gros, quarante cinq planchettes de deux pieds de longueur chacune en mairain sur trois pouces de largeur et six lignes d’épaisseur, assemblées, à rainures et languettes. Inséré icy pour mémoire.

Les bois d’enchevesture du moulin sont entierrement consumés, il est nécessaire d’y remplacer quatre solives, sçavoir deux de neuf pieds de longueur et deux de huit pieds, les quatre de huit à douze pouces de gros, et assemblées aux bois, en observant les parties cintrées telles qu’elles sont aujourdhuy.

Sera remplacé au plancher du 1er étage deux poutrelles de neuf pieds de longueur chacune sur huit à neuf pouces de gros, plus deux pièces d’enchevesture chacune de dix pieds de longueur sur six à sept pouces d’équarrissage, plus deux autres pièces de trois pieds chacune aussi de six à sept pouces de gros, on employera à la réparation de ces planches soixante dix pieds quarrés de madriers de trois pouces d’épaisseur, assemblés ajouts quarrés, chevillés avec cheville ébarbelées de quatre à la livre.

Sera remplacée une dalle sous les colombages de vingt sept pieds de longueur sur onze à treize pouces d’équarrissage dans laquelle les dits colombages seront assemblés à tenons et mortoises. Pour parvenir à cette réparation, on fournira les étays nécessaires.

Sera remplacé deux auvents de vingt sept pieds de longueur chacun composés ensemble de cent trente six pieds quarrés de planches de chesne et quinze lignes d’épaisseur posées en recouvrant l’une sur l’autre de trois pouces, sur dix sept de chèvre (?) de trois pieds de longueur ? Inséré icy pour mémoire.

Sera fourni aussi pour garantir le moulin de l’égout des laviers (?) une gouttière de plomb de dix huit pouces de longueur sur quinze pouces de largeur et une ligne et demie d’épaisseur posée sur un triangle et une équerre de fer de force suffisante.

Le plancher du rès de chaussée sera réparé, on y employera vingt quatre pieds quarrés de planches de chesne sur deux pouces d’épaisseur. Inséré icy pour mémoire.

 

Cabinet au rès de chaussée, costé du château

Le cabinet sera reconstruit ainsy qu’il suit. Sera remplacé trois sommiers pour le plancher d’en bas de quinze pieds de longueur sur neuf à dix pouces d’équarrissage, lesquels seront recouverts dans toute la superficie du cabinet avec madriers de trois pouces d’épaisseur, assemblés à joints quarrés et chevillés sur chaque sommier avec chevilles de fer ébarbelées de quatre à la livre en nombre suffisant.

Sera posé tout au pourtour du cabinet un cours de dalle de vingt huit pieds de longueur et de six à sept pouces de gros sur lequel seront posés les poteaux de colombage lesquels auront huit pieds de longueur espacés à six pouces d’entrevaux et quatre à cinq pouces d’équarrissage et seront assemblés à tenons et à mortoises sur le cours de dalle et un cours de sablières qui sera à cet effet posés sur lesdits colombages et qui aura cinq à six pouces de gros.

Pour former le plancher supérieur sera posé deux sous glaces (?) de quinze pieds de longueur chacune sur trois à quatre pouces de gros attachées avec chevilles de fer aux pans de colombage sur lesquelles seront posés treize petits soliveaux de six pieds de longueur sur quatre à quatre pouces de gros, qui seront recouverts de planches de sapin d’un pouce d’épaisseur, cloüées sur les soliveaux avec bons cloux et assemblés à rainures et languettes.

Sera fourni pour la couverture dudit cabinet quinze chevrons de dix pieds de longueur sur trois à quatre pouces d’équarrissage. La couverture sera faite ensuite comme celle du moulin.

 

Des colombages

Les entrevaux tout au pourtour du cabinet seront remplis en plattre et gravelles et enduit de chaque côté à bois apparent. Dans l’intérieur du moulin il sera divers réparations aux entrevaux des colombages en plattre et gravelle montant ensemble à six toises superficielles. Inséré pour mémoire.

La couverture du moulin sera refaite à neuf en essaute, il y sera remplacé cinquante quatre pieds de longueur de chevrons, toute la latte, chaulatte, contrelatte et faitières seront fournis à neuf. Inséré pour mémoire.

Sera refait à neuf cinq croisées en bois de chesne et à un seul venteau, chacune de deux pieds et demi de largeur sur quatre pieds de hauteur, garnies de leurs ferrures et vitrage. Inséré pour mémoire.

Orientations documentaires

- Abbaye de Saint-Ouen de Rouen, [Cahier des réparations à faire dans les propriétés de l’abbaye], 1759, "Réparations à faire au moulin de Pont-deL’arche [sic]", Archives départementales de Seine-Maritime, 1 B 5657 et 14H919, article 19, pages 64-66 ;

- Charpillon Louis-Étienne, Caresme, Anatole, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys : Delcroix, 1868, 960 pages ;

- Drouet " Liards de France frappés à Pont-de-l’Arche et Acquigny (Eure) avec le différent de Rouen en 1655, 1656 et 1657 ", in Procès-verbaux de la Commission des antiquités de la Seine-Inférieure pendant l’année 1903, séance du 18 décembre 1903, pages 121-169 ;

- Dubois Henri (dir.), Un censier normand du XIIIe siècle : le livre des jurés de l’abbaye de Saint-Ouen de Rouen, Paris : C.N.R.S., 2001, 478 pages ;

- Fauroux Marie, "Recueil des actes des ducs de Normandie (911–1066)", in Mémoires de la société des antiquaires de Normandie, tome XXXVI, Caen : Société des antiquaires de Normandie, 1961, 560 pages ;

- Petit-Decroix Yvette, Binay Jean-Pierre, Masson Patrick…, Les moulins à eau du pays de Louviers, Louviers : Société d’études diverses de Louviers et sa région, 2005., 96 pages ;

- Roullé Sophie, "Les activités économiques et l’abbaye de Bonport au XIIIe siècle", p. 25-32, in Connaissances de l’Eure n° 104, Évreux, Société libre de l’Eure, avril 1997, 42 pages ; 

Sorel Patrick, "Les moulins de la Seine normande de Vernon à La Manche, Eure et Seine-Maritime, moulins ruraux et isolés, moulins à roue pendante et moulins bateaux", in Les moulins, n° 24, Paris, Fédération française des Associations de sauvegarde des moulins, 2010, 151 pages ; 

- Viollet Pierre-Louis, Histoire de l’énergie hydraulique : moulins, pompes, roues et turbines de l’Antiquité au XXe siècle, Paris : Presse de l’école nationale des Ponts et chaussées, impr. 2005, 232 pages.

       

 

[2] Viollet Pierre-Louis, Histoire de l’énergie hydraulique : moulins, pompes, roues et turbines de l’Antiquité au XXe siècle, page 48.

[3] Teloneum, toloneum (latin tardif) : bureau du percepteur d’impôts, le tonlieux.

[4] Fauroux Marie, Pontem Archas, et ecclesiam, et theloneum, cum molendinis tribus et piscariis omnium sub ipso Pont molendinorum et duas acres prati, et molendinium unum ad ecclesiam pertinentem…, page 139.

[5] Cf. annexe I, qui reprend l’intégralité de la partie concernant Pont-de-l’Arche.

[6] Elles ont grandi au fil des siècles tant et si bien que lors des draguages du lit de la Seine, après la chute du pont de 1856, on dût se débarrasser de ces terres en les jetant sur la rive en face de Pont-de-l’Arche : c’est ce qui explique pourquoi on voit apparaitre, entre les dernières gravures et les premières photographies, une large bande de terre sur laquelle se trouve, aujourd’hui le terrain de camping...

[7] DUBOIS Henri (dir.), Un censier normand du XIIIe siècle, page 150.

[8] DUBOIS Henri (dir.), Un censier normand du XIIIe siècle, page 152.

[9] DUBOIS Henri (dir.), Un censier normand du XIIIe siècle…, page 150.

[10] Petit-Decroix Yvette  (page 91) : "En 1838, plainte auprès du préfet de l’Eure des trois propriétaires des moulins à blé : Fréret, Fouchet et Lequeux, car les " entrepreneurs de bateaux à vapeur, de Rouen à Paris et vice-versa, ont conçu le projet, dans le seul intérêt de leur entreprise, de faire creuser une partie du lit de la rivière à l’amont de l’Arche Lacroix, la plus rapprochée de celle où sont placés leurs moulins, dans le but de procurer à leurs bateaux, lors des basses eaux, une profondeur convenable pour passer par cette arche et éviter ainsi de passer par l’écluse..." Les travaux étaient censés être dangereux pour le pont. La passe fut creusée. 1856, chute du pont justement à l’arche de la Croix.  

[11] Roullé Sophie, "Les activités économiques et l’abbaye de Bonport au XIIIe siècle", p. 28.

[12] M. Drouet : Nous tenons de la bouche d’un vieillard, qui avait travaillé à la reconstruction du pont de Pont-de-l’Arche, que, lors des dragages opérés pour déblayer le chenal obstrué par les fondations du vieux pont, des quantités de pièces de monnaie furent extraites parmi les déblais fournis par cette opération ; toutes les terres en provenant furent employées à l’établissements des talus qui bordent aujourd’hui les berges du fleuve du côté de la ville. Ces nombreuses pièces tombées montrent la vétusté des planchers des moulins mais aussi le peu d’importance bientôt attribuée à ces liards.  

[13] N° 4 d’aout 1803, p. 183. La réaction de M. Quesney fut vraisemblablement publiée dans le n° 5 de septembre, pages 55-57.

[14] Launay Armand, "Les manufactures de drap de Pont-de-l’Arche (XVIIe-XVIIIe siècle)", pages 21-24, in La Fouine magazine n° 10, décembre 2005.  Aussi sur le Net.

 

Armand Launay

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22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 15:48

A Pont-de-l’Arche, le « procès de la truie » est un fait du Moyen Âge qui délie toujours les langues. Il faut dire qu’entre temps, des historiens se sont penchés sur cette anecdote aussi étonnante que populaire… 

  

P1100387.JPG

La cour intérieure du bailliage, à gauche les prisons pour femmes, à droite celles des hommes.

L'histoire ne dit pas dans quelle cellule nos coupables cochons ont été incarcérés avant leur exécution:). 

 

 

Léon Braquehais (voir sources) dénombre deux procès de cochons meurtriers qui se sont tenus au bailliage de Pont-de-l’Arche, sorte de tribunal d’instance de l’Ancien Régime :

 « En 1349 (…) on donna dix sous au bourreau de Louviers et à celui de Pont-de-l'Arche pour ardoir [bruler] deux porcs, qui avaient étranglé deux enfants. (Actes normands de la Chambre des Comptes. 1328-1350) ».

Puis « En 1408, le geôlier des prisons de Pont-de-l'Arche donna quittance de 4 sous 2 deniers pour avoir nourri pendant 24 jours un porc qui avait muldry et tué un petit enfant et qui, en expiation de ce crime fut pendu à un des poteaux de la justice du Vaudreuil (Eure) » [1]. Emile Agnel (voir sources) précise la date du procès, le 13 juillet 1408, et l’exécution au Vaudreuil de la sentence, le 17 juillet.

 

Faire un procès à un animal, voici une drôle de pratique – pour nous – qui n’était pas exceptionnelle au Moyen Âge. Le jugement à mort de cochons tuant de jeunes enfants se retrouve dans les archives comme, par exemples, en 1266 à Fontenay-aux-Roses, 1334 à Durval, 1386, 1356, 1480 à Caen, 1386 à Falaise, 1394 à Mortain, 1403 à Meulan, 1404 à Rouvres (Bourgogne), 1414, 1418 et 1479 à Abbeville, Savigny en 1457, Fresne-l'Archevêque en 1499.

Les animaux, quels qu’ils soient et y compris des essaims d’abeilles, étaient jugés par les autorités royales selon les mêmes procédures que les hommes. C’est ainsi que les jugements ont été consignés dans des procès verbaux et dans les comptes de dépenses de différentes prisons qui ont nourris les animaux avant leur exécution.

On retrouve ces pratiques principalement entre le XIIIe et le XVIe siècle comme le note Emile Agnel. Elles avaient un double objectif : attirer l’attention des propriétaires d’animaux sur leur responsabilité en les privant de leur bien ; attirer aussi l’attention des parents sur la surveillance de leurs petits en les exposant publiquement. Il semble que ce genre de procès ait marqué les esprits car, comme le note Léon de Duranville (voir sources), les Archépontains avaient encore en mémoire ces procès au XIXe siècle !

Un être humain étant concerné, les juges estimaient qu’un procès en bonne et due forme devait avoir lieu et, comme le note Emile Laignel, ils se fondaient sur le verset 21 du chapitre 28 de l’Exode (Ancien testament) disposant que « si un bœuf encorne un homme ou une femme et cause sa mort, le bœuf sera lapidé et l’on n’en mangera pas la viande ».     

 

[1] Emile Laignel précise dans une note que "Dans une quittance délivrée le 10 octobre 1408 par un tabellion de la vicomté de Pont de l’Arche au geôlier des prisons de cette ville, les frais de nourriture journalière d’un pourceau, incarcéré pour cause de meurtre d’un enfant, sont portés au même taux que ceux indiqués dans le compte pour la nourriture individuelle de chaque homme alors détenu dans la même prison." 

 

Sources

- Agnel, Emile, Curiosités judiciaires et historiques du moyen âge. Procès contre les animaux, Paris : J. Dumoulin, 1858, 47 p. ;

- Braquehais, Léon, Curieuses exécutions en Normandie au Moyen-âge, Rouen, E. Marguery et Cie, 1892 ;

- Duranville, Léon Levaillant de, "Deux anecdotes relatives au Pont-de-l'Arche", 13 pages, in Revue de la Normandie, juillet 1867, Rouen, Cagniard.

 

Voir aussi notre étude sur l'origine, l'évolution et l'intérêt architectural du bailliage

 

Armand Launay

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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 10:42

-E.Charpillon, Louis-Étienne, Caresme, Anatole, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys : Delcroix, 1868, 960 p., t. II, p. 662-674.       

 

PONT-DE-L'ARCHE

 

Paroisse : ch.-lieu de Baill., Vic. et Elec. – Dioc. d’Évreux. – Parl. et gén. de Rouen.

       Pont-de-ma-Citadelle, Pons arcis meae, d’où Pont-de-l’Arche, telle paraît être la véritable étymologie de cette localité[1].

         « Vers 860, Charles le Chauve convoqua les grands de l’Empire, à son palais de Pîtres, et obtint d’eux des subsides pour faire construite une fortification et un barrage assez fort pour arrêter les barques normandes qui remontaient la Seine. Pour établir ce pont, on choisit l’endroit où la marée cesse de se faire sentir ; deux châteaux-forts furent élevés aux deux extrémités, sous la direction de l’archevêque Hincmar.

 

         Vers 1020, le duc Richard II, duc de Normandie, donna aux moines de Jumièges l’église et le tonlieu de Pont-de-l’Arche, avec trois moulins qui existaient sous le pont, deux acres de près et un moulin vers les Damps, avec trois fermiers.

         Guillaume de Pont-de-l’Arche fut un des cinq enquêteurs chargés, par Henri 1er, en 1127, de la rédaction du rôle de Winchester.

         Vers 1180, l’impératrice Mathilde et son fils Henri II donnèrent à N.-Dame-du-Pré, 4 l. de rente à prendre sur les pêcheries de Pont-de-l’Arche.

         Richard Cœur-de-Lion échangea, en 1198, avec les seigneurs de Jumièges, le domaine de Pont-de-l’Arche contre celui de Conteville ; après la mort de son frère, Jean sans Terre ne pouvant défendre Pont-de-l’Arche, voulut démanteler le château ; Philippe Auguste ne lui en laissa pas le temps et s’en empara en 1203.

         Dans le traité fait avec les habitants de Rouen, le 1er juin 1204, il est dit que Philippe-Auguste leur accorde les mêmes libertés et coutumes que celles dont jouissaient les bourgeois de Pont-de-l’Arche ; il leur accorda, de plus, la franchise de péage à Pont-de-l’Arche.

        Pont-de-l’Arche a servi dans tous les sièges de Rouen de dépôt d’approvisionnements militaires ; cette ville, qui pouvait empêcher le trafic entre Paris et Rouen, a été pendant bien longtemps considérée comme la clef de la Haute-Normandie  ; aussi, Philippe-Auguste et ses successeurs y vinrent-ils souvent. Si la situation de cette ville était importante, au point de vue stratégique, elle ne l’était pas moins du point de vue fiscal ; le point extrême de la marée montante servait de ligne de démarcation pour les droits à percevoir par la vicomté de l’Eau.

      En 1211, Alexandre, abbé, et les religieux de Jumièges, abandonnèrent à Philippe-Auguste ce qu’ils avaient à Pont-de-l’Arche et reçurent Conteville en échange.

      On dressa, en 1213, un état des nefs appartenant au châtelain de Pont-de-l’Arche, Simon de Montfort étant à Pont-de-l’Arche ; fit hommage au roi des États de Raymond VII, comte de Toulouse, qui avait été déclaré hérétique (sic).

         Des actes nombreux de Philippe-Auguste sont datés de Pont-de-l’Arche.

         En 1222, le roi étant dans cette ville, donne aux bourgeois de Poitiers la liberté du commerce, excepté à Pacy et à Pont-de-l’Arche.

        Louis VIII se trouvant à Pont-de-l’Arche, le 4 janvier 1224, s’engage à faire venir à Rouen les débiteurs des bourgeois de cette ville[2] ; il autorisa les religieux de Bonport à faire venir chaque année 100 tonneaux de vin, francs de péage et de droits de coutume.

         Dans une charte de Guillaume de Tourville, pour Jumièges, en 1228, il est fait mention de la voie publique qui conduit du port d’Oissel à Pont-de-l’Arche[3], Me André était alors curé de cette ville.

         A la date de 1237, Pierre de Meulan était châtelain de Pont-de-l’Arche ; Me Robert était curé.

         Les assises tenues à Pont-de-l’Arche, en 1240, furent présidées par Jean des Vignes et Renault d’Alisay, vicomte de Pont-de-l’Arche.

         Jean Ansgaut qui avait pris part à la croisade, reçut du roi, en 1251, une rente de 3 d. sur la prévôté de Pont-de-l’Arche ; Robert Le Maçon, Abraham, Robert et Eudes du Pont-de-l’Arche, sont cités dans différentes chartes de cette époque.

         Pont-de-l’Arche faisait alors partie du domaine royal, et dans le compte des vins du roi, cette ville figure, en 1247, pour 88 muids 11 setiers ½ [4]. On y percevait un droit de péage de 10 d. par muid sur les vins qui passaient sous le pont, de même que les chevaux, bestiaux, voitures, traversant le pont, acquittaient un droit.

         Barthélemy Fergant était, en 1256, vicomte de Pont-de-l’Arche ; Guillaume des Gades-Renicourt l’avait remplacé trois ans après.

         Eudes Rigaut le vigilant, archevêque de Rouen, visita Pont-de-l’Arche cinquante-quatre fois ; il donna deux fois l’ordination dans la chapelle du château, et deux fois il assista à des ordinations faites par l’archevêque d’Évreux.

         En 1271, Robert du Pont-de-l’Arche vendit au Bec, pour 7** l. de rente des maisons qui lui rapportaient 12 d. de rente.

       Un arrêt du Parlement de la Toussaint 1288, décida que l’abbaye du Bec n’avait pas le privilège de libre circulation à Pont-de-l’Arche.

         Me Guillaume était, en 1288, recteur des économies de Pont-de-l’Arche ; Mgr Gohier, vicomte, fut choisi comme arbitre en 1289 ; il était remplacé deux ans plus tard par Robert d’Auvilliers.

         Une inondation emporta tous les ponts de la Seine , en 1296, à l’exception toutefois de celui de Pont-de-l’Arche.

         Pendant le XIIIe siècle on faisait, à Pont-de-l’Arche, un grand commerce d’huile de noix et d’huile de pavot, que l’on extrayait dans le pays.

         Le bailli de Rouen voulant soustraire au sieur Nicolas Le Tonnelier un privilège de la Fierte , l’envoya, en 1302, aux prisons de Pont-de-l’Arche.

         En 1306, Jean de Préaux vendit aux religieux de Saint-Ouen une arche du pont de Pont-de-l’Arche avec la pêche de cette arche, qui étaient de son propre héritage[5].

         Un sieur Jean Larchevêque tenait en fief-ferme, à la date de 1308, les moulins du roi de Pont-de-l’Arche ; l’année suivante, le roi confirma une vente, consentie par Laurent Thiart, vicomte de Pont-de-l’Arche, au cardinal Jean Le Moine[6].

         C’est à Pont-de-l’Arche que fut tenu, en 1310, le concile dans lequel les Templiers furent condamnés à mort.

         Aux assises tenues dans cette ville en 1313, on confirma les arrangements entre le Bec et le seigneur du Neubourg pour les Novales ; d’autres assises furent tenues, en 1313, où fut jugé un différend entre l’abbaye du Bec et Guillaume de Maulévrier, seigneur de Combon.

         Des lettres de Louis le Hutin, du mois de juillet 1315, fixèrent le tarif des droits à payer sur les marchandises voiturées par eau, de Paris à Pont-de-l’Arche, et de cette dernière ville jusqu’à la mer, tant en montant qu’en descendant ; il en résulte que le roi percevait 10 d. par tonneau de cidre remontant la Seine jusqu’à Pont-de-l’Arche[7].

         Une ordonnance de Philippe le Long, du 12 mars 1316, chargea le bailli de Rouen « d’établir ès ville de Pont-de-l’Arche un capitaine… qui fasse serment de maintenir et garder loyaument icelle ville, païs et peuple ».

         En 1317, Pierre Lhôpital, prêtre, était garde du scel aux obligations de Pont-de-l’Arche[8]. Jean de Neufchâtel était vicomte.

         Jean Gougeul obtint du roi Charles le Bel, en 1321, que le moulins Aux Dames, à Pont-de-l’Arche, serait tenu du roi à seule foi. En 1335, Robert Garin, vicomte de Pont-de-l’Arche, résista aux injonctions du roi, relatives à l’exécution d’une sentence rendue par la Chambre des Comptes de Paris, au sujet de biens situés à Léry.

         Jean du Bosc, vicomte de Pont-de-l’Arche, assistait à l’échiquier de 1344 ; il épousa Catherine de la Luzerne , dont il eut quatre enfants.

         Par quittance passé devant Pierre Martel, garde du scel aux obligations de la vicomté de Pont-de-l’Arche ; le 6 novembre 1350, Jehan le Fer déclara avoir reçu du roi par les mains de N.H. Bachelet, vicomte, 20 s. pour le terme de Saint-Michel passé.

         Au commencement du mois d’août 1346, les Anglais, appelés par Charles le Mauvais, débarquèrent en France sous la conduite de leur roi Edouard, et vinrent à Pont-de-l’Arche qu’ils brûlèrent ainsi que tout le pays voisin[9].

         L’année suivante, Richard du Mesnil, chevalier, était capitaine du château de Pont-de-l’Arche.

         Des lettres royales, du 13 avril 1350, constatent que le comte d’Harcourt devait au roi Jean le Bon, 220 l., 8 s. payables au vicomte de Pont-de-l’Arche. A cette date, le vicomte était Jean de Baigneux, qui eut pour successeur Richard de Bitot.

         En 1356 « se partit le roi Jean de Rouen, et alla au Pont-de-l’Arche, et la vient à lui le prévôt des marchands de Paris, à 500 hommes d’armes »[10].

         Au mois d’août de l’année suivante, Charles, duc de Normandie, était à Pont-de-l’Arche. Après la paix de Brétigny, en 1360, le roi Édouard fit passer la Seine à ses troupes, à Pont-de-l’Arche, d’où il les envoya en Angleterre[11].

         De grandes réparations furent faites au XIVe siècle, au château de Pont-de-l’Arche, à la chambre du roi, au colombier et à la petite chapelle.

         La veille de la bataille de Cocherel, le 15 mai 1364, du Guesclin était à Pont-de-l’Arche, où ses troupes se reposèrent et où il les passa en revue ; le même jour, le captal de Buch mal averti des mouvements de son adversaire, se dirigea vers Pont-de-l’Arche pour s’opposer au passage de la Seine[12].

         Le soir de la bataille, l’armée française, victorieuse, arriva à Pont-de-l’Arche, ramenant Jean Joël et Pierre Sacquainville, prisonniers ; ils mouraient de faim et même les plus vantés.

         En 1369, Robert Hallé était vicomte de Pont-de-l’Arche ; Jean de Jeucourt était capitaine ; on assigna, à ce dernier, un revenu de 400 l. ; il était remplacé l’année suivante par Henri de Ferrières, seigneur de Gisors.

         Un impôt sur les vins fut mis à Pont-de-l’Arche, en 1375 ; vers cette époque, Hue de Neaufles était garde du scel de la vicomté, Jean de la Heruppe , huissier d’armes, était capitaine du Pont-de-l’Arche.

         Le 11 juillet 1382, Jehan Auber, vicomte de Pont-de-l’Arche, avait pour lieutenant Guillaume Ango ; l’année suivante, il avait un conflit avec la juridiction de l’archevêque de Rouen, à Louviers ; Colard d’Estouteville était capitaine.

         En janvier 1387 eut lieu, à Pont-de-l’Arche, la vente du manoir de messire Bonneau de Jeucourt, chevalier.

         Le 25 mars 1381, Charles VI étant à Pont-de-l’Arche, après son sacre, fit grâce à Jehan Pesquez, qui fit mis en liberté le carême et en partit le samedi saint, pour aller à Rouen.

         Les assises tenues à Pont-de-l’Arche, en 1388, furent présidées par Richard de Houdetot, bailli de Rouen.

         Moradas de Rouville était, en 1390, capitaine du château de Pont-de-l’Arche : Jehan de la Mare , vicomte ; ce dernier était remplacé, en 1398, par Jean de Saint-Ouen ; Isembart Ravenel, garde des sceaux des obligations de la vicomté, figure dans les contrats, en 1397.

         À la fin du XIVe siècle, Guillaume Blanc-Baston, lieutenant général de la Thuille , bailli de Rouen et de Gisors, présida les assises de Pont-de-l’Arche.

         En 1406, Guillaume Le Diacre, vicomte de Pont-de-l’Arche, acheta de Jean Grouchy, seigneur de Monterolier, le fief Duredent.

         Jean Monnet était vicomte, en 1408, lorsque le bailli de Rouen, aux assises de Pont-de-l’Arche, condamna un porc à être pendu pour avoir tué un enfant ; la même année, Jean de Villeneuve était lieutenant général auprès du bailli de Rouen.

         Après le meurtre de Raoul de Gaucourt, bailli de Rouen, en 1417, « le dauphin partant de Paris, atout 2,000 combatants, ala au Pont-de-l’Arche, duquel lieu il envoya l’arcevesque, Louis de haucourt, pour exhorter les bourgeois de Rouen à obeir au dit daulphin »[13].

         Au mois de juin 1418, le roi Henri d’Angleterre quitta Lisors pour venir assiéger Pont-de-l’Arche.

         « En ce temps estoit le roy d’Engleterre tenant le siége de Pont-de-l’Arche, que tenoient les Armignacs, et en estoit le seigneur de Graville, cappitaine, lequel ne tint pas longuement, mais le rendy par traictié aus Engloix, et s’en party saulvement »[14].

         Le siège avait duré trois semaines.

         Peu de jours après la prise de la ville, le roi de France envoya des ambassadeurs qui vinrent au Pont-de-l’Arche pour traiter des conditions de la paix. « Et s’en partirent sans rien faire ».

En 1419, alors que les Anglais étaient maîtres de la ville, Ouin Huchère était vicomte, Maurice Brun, capitaine ; Robinet Grouys, marinier au Pont-de-l’Arche, avait l’office d’amener et de ramener toutes les nefs dessous le pont, que tenait Amaury-le-Coq.

Le roi d’Angleterre se trouvant à Pont-de-l’Arche, 1419, accorda au prieur de Bonport des lettres de sauf-conduit ; l’année suivante, il ordonna la restitution du temporel au couvent.

Le 26 février 1421, Thomas Maisterson était capitaine de Pont-de-l’Arche ; mais l’année suivante, il avait pour successeur Jean Beauchamp, qui fut passé en revue avec sa troupe, par les commissaires du roi d’Angleterre. Cette même année, le 8 octobre, une ordonnance contre les soldats qui avaient déserté leur corps, fut adressé au chevalier Jean Kigley, bailli de Rouen, et à Guillaume Crafford, esc., lieutenant du même bailli et capitaine de Pont-de-l’Arche ; au mois d’avril précédent, Maurice Brun avait été nommé capitaine du château et de la ville de Pont-de-l’Arche.

Après la prise de Verneuil, en 1424, le régent revint en Normandie, et ramena ses prisonniers à Pont-de-l’Arche : Philippe Le Baube était alors receveur des quatrièmes.

En 1424, Jean Falstaff, grand-maître d’hôtel du roi d’Angleterre, fut nommé gouverneur de Pont-de-l’Arche, Caen etc.

Guillaume du Fay, esc., époux de Jeanne de Recuchon était, en 1426, vicomte de Pont-de-l’Arche ; Jean Aubert l’avait remplacé dans cette fonction en 1428 ; la même année, la garde du scel des obligations de la vicomté appartenaient à Constant Pinchon[15] ; Jean Delestre, clerc, était tabellion juré.

Au mois de juillet 1429, après une inspection au château de Pont-de-l’Arche, on renforça la garnison ; en 1430, le sire de Willughby était capitaine de ce château ; il eut pour successeur, en 1435, Bérard ou Bertrand de Montferrand.

Les États de Normandie furent tenus à Pont-de-l’Arche en 1432, 1437, 1438 et 1439.

En 1435, le pont était en fort mauvais état, et les Anglais furent obligés de le réparer.

           Richard de Tharnes était, en 1437, lieutenant de la ville de Pont-de-l’Arche ; aux Etats tenus à Rouen, cette même année, Brunet de Longchamp, chevalier, représentait la noblesse de la vicomté de Pont-de-l’Arche.

Le 30 novembre 1440, Henri IV réunit à Pont-de-l’Arche une assemblée des notables habitants de la ville et des environs, pour viser au moyen d’arrêter les entreprises des ennemis (les Français), qui s’étaient déjà emparés de Louviers. Adam Hilton était alors lieutenant au Pont-de-l’Arche, de l’archevêque de Rouen ; il était capitaine en 1412.

Au mois de septembre 1441, le roi Charles VII fit expédier des titres de noblesse à Jean Bocquet, né à Rouen, et habitué à Pont-de-l’Arche, pour avoir fait des actions d’éclat au siège de Pontoise, et être monté le premier à l’assaut ; il lui donna pour armoiries : d’or à trois tours d’azur.

Deux bourgeois, Pierre Mordret et Jean Roisse, représentaient Pont-de-l’Arche aux Etats de Rouen, du 20 avril 1447 ; Jean Hamon donna quittance le 12 décembre 1448 à Jean Lancelin, vicomte de Pont-de-l’Arche.

Cependant, Pierre de Brézé, capitaine de Louviers, Robert de Flocques et d’autres capitaines français, résolurent de s’emparer de Pont-de-l’Arche ; un marchand de Louviers, que son commerce appelait à Rouen et que tout le monde connaissait, leur en ouvrit les portes, pendant la nuit du 13 mai 1449. Les Anglais, surpris dans leur sommeil, furent presque tous faits prisonniers.

Le butin des vainqueurs fut considérable. C’était un premier échec à la puissance des Anglais, qui allaient bientôt disparaître du royaume de France.

Guillaume de Bailleul, seigneur de Beauvais, vint aussitôt trouver Charles VII à Pont-de-l’Arche pour lui prêter serment de fidélité. Il y eut la même année des conférences pour traiter de la paix ; le roi de France offrit de rendre Pont-de-l’Arche, Conches et Gerberoy aux Anglais, si l’on rendait Fougères au duc de Bretagne. Les ambassadeurs ne purent s’entendre[16].

Jean Langlois était, en 1450, lieutenant en la vicomté de Pont-de-l’Arche. Le 1er mai 1461, quittance fut donnée à Pierre Bachelet, vicomte.

En 1462, le roi Louis XI étant en Normandie, imposa un droit sur les vins qui passaient sous le pont de Pont-de-l’Arche et descendaient à Rouen.

Charles, frère de Louis XI, ayant reçu, en 1465, la Normandie en apanage, voulut aller en prendre possession ; mais arrivé à Pont-de-l’Arche, il y fut retenu par les intrigues et les artifices des Bretons, qui voulurent s’emparer de sa personne, lors de son entrée à Rouen ; mais leurs projets furent déjoués par le comte Jean d’Harcourt[17].

Louviers, qui était entré dans la Ligue du Bien Public, vint mettre le siège devant Pont-de-l’Arche qui lui fermait le passage pour aller à Rouen ; après un siège de quelques jours, le château capitula, le 11 janvier 1466. Le 3 février suivant, Gauvain Mauviel, lieutenant général du bailli de Rouen, ayant été fait prisonnier, fut amené à Pont-de-l’Arche ; on dressa un échafaud sur le pont, le sieur Mauvel fut décapité, sa tête fut mise au bout d’une pique et son corps jeté à l’eau[18].

Sur les ordres du roi, un camp pour 20,000 hommes, entouré de fosses et de palissades, fut formé dans la vallée entre Pont-de-l’Arche et Pont-Saint-Pierre ; pour en payer les frais il imposa une taille très lourde ; Guillaume Picard, bailli de Rouen, commandait ce camp.

Un matelot ayant été tué à Pont-de-l’Arche, en 1467, par Guillaume Beslatre, celui-ci eut la vie sauve en levant la fierté.

Par contrat passé devant les tabellions au siège de Léry, en 1471, Pierre Martel, garde des scel des obligations de la vicomté de Pont-de-l’Arche, donna à fief 3 vergées de terre pour 3 s. de rente.

Le 28 octobre 1472, Louis XI rétablit, au profit des manants et habitants de la vicomté de Pont-de-l’Arche, le grenier à sel établi à Pont-de-l’Arche par Charles VII, qui l’avait ensuite abolit.

Le 15 mars 1475, Richard Bachelet était lieutenant général de N.H. du Gué, vicomte de Pont-de-l’Arche du bailli de Rouen ; Guillaume Gautier et Pierre Ducloz étaient, en 1483, tabellions royaux.

Des lettres de Charles VIII, données à Pont-de-l’Arche le 14 avril 1483, octroyent congé général à tous les français ayant cause et procès à l’Échiquier, d’appointer sans amende.

Le 7 octobre 1500, Jehan Chalenge, vicomte de Pont-de-l’Arche, avait pour lieutenant général Guillaume Becquet ; il fut remplacé, en 1518, par son fils Jacques, devant lequel eut lieu, le 12 juin 1524, le traité de mariage de Hector Vipart avec Marguerite d’Amfreville.

A ce moment, Me Roger Le Mercier était procureur substitut du roi en la vicomté.

Deux ans après, en 1526, Me Martin d’Escambosc, advocat du roi à Louviers, était vicomte de Pont-de-l’Arche.

La succession de Simon de Baigneux, vicomte de Pont-de-l’Arche, en 1531, passa à la famille royale de Dreux.

En 1534, Pierre de la Faye , grainetier du Pont-de-l’Arche, demanda délai pour vérifier sa noblesse.

Une sentence du 26 juin 1537, rendue par Jean Sergent, vicomte de Pont-de-l’Arche, adjuge une pièce de terre, sise au Bec-Thomas, à Robert Le Comte de la Harangère ; Robert de Pommereuil était alors capitaine de cette ville ; le scel de la vicomté était tenu par Binot d’Arthois.

En 1540, François 1er étant à Pont-de-l’Arche, donne les injonctions au Parlement de Rouen.

Un aveu rendu au roi, pour la baronnie d’Elbeuf, le 6 août 1542, contient cette mention : « Nous appartient la rivière de Saine, depuis l’ombre du pont de Pont-de-l’Arche à l’heure du soleil de midy, jusqu’au gravier au-dessous d’Orival »[19].

Adam de la Basoge , haut justicier de Heuqueville, avait droit de pêche depuis le Blanc-Saulx jusqu’au talus de Pont-de-l’Arche, par moitié avec l’abbaye de Bonport et autres ayant-droit.

Quelques années après, en 1546, les États de Normandie se réunirent à Pont-de-l’Arche, à cause de la peste qui sévissait à Rouen.

Thomas Cyroie était, en 1555, avocat du roi aux juridictions de Pont-de-l’Arche ; en 1561, Loys de la Faye , esc., licencié ès-lois, était lieutenant du bailli de Rouen.

Les protestants venus de Rouen au nombre de 1,500 avec 6 pièces d’artillerie, se présentèrent devant Pont-de-l’Arche, en 1562, espérant y faire un grand butin ; mais ils ne purent y pénétrer ; les capitaines Guyon et Maze les repoussèrent vivement, en leur faisant subir des pertes cruelles ; 40 soldats furent rués ou blessés[20].

Par lettres patentes datées de Plessis-les-Tours, le 10 octobre 1569, le roi Charles IX donna à Catherine de Médicis, sa mère, la vicomté de Pont-de-l’Arche. A cette époque, Jean de Carvoisin, seigneur d’Achey, gouverneur de Pont-de-l’Arche, épousa Marguerite de l’Isle.

Guillaume Jobin vendit, en 1580, à Charles Routier, grenetier du grenier à sel de la vicomté, par contrat passé devant Louis Trencheur, notaire royal, une vergée de vigne au Val-au-Queu, à Amfreville.

Vers cette date, Nicolas Hesbert, advocat, avait la garde du scel aux obligations de la vicomté.

Dans un aveu de 1581, le seigneur du Portpinché déclarait posséder quatre arches du pont, avec un droit de pêche de tous le poisson. Le droit de bac de Pont-de-l’Arche à Lormaye appartenait à l’abbaye de Bonport.

Aux États de Normandie tenus à Rouen, en 1582, Me Nicolas Le Blanc, advocat de Pont-de-l’Arche, représentait la justice de la vicomté ; Jean Hays était son lieutenant ; Jean Fournière, Guillaume Hays et Pierre Morlet, advocats, y comparurent également.

La coutume locale de Pont-de-l’Arche concernant l’apport en mariage de la femme, fut abrogée le 5 janvier 1583, par le président du Parlement assisté d’un conseiller et d’un avocat du roi, en présence et du consentement des gens des trois États, à ce convoqués[21].

Deux ans après, en 1589, Le Blanc du Rollet, gouverneur de Pont-de-l’Arche, en ouvrit les portes à Henri IV et l’on assure qu’à dater de cette époque, les armes de cette ville s’enrichirent de trois fleurs de lys d’or.

Pont-de-l’Arche portait : de sable au pont d’argent maçonné de sable, au chef cousu d’azur chargé de trois fleurs de lys d’or.

En 1592, Henri IV établit son quartier général à Louviers et cantonna une partie de ses troupes à Pont-de-l’Arche ; c’est là qu’il envoya les canons qu’il avait employés au siège de Rouen, lorsqu’il fut forcé de le lever[1]. Rouen était défendu par l’amiral de Brancas, lieutenant général pour le roi aux bailliage de Rouen, de Caen et de Pont-de-l’Arche.

Chicot, le fou de Henri IV, que la plume de notre ami, le grand romancier Alex. Dumas, a rendu célèbre, ayant été blessé dans une escarmouche, mourut à Pont-de-l’Arche où il fut inhumé.

En 1594, M.Claude des Hays était curé de Pont-de-l’Arche, Claude Boullenger et Jean Lemercier, avocats du roi en la vicomté. La même année, Jacques Bachelier, receveur des tailles, obtint la remise de 8,000 écus des deniers de sa recette, et don de 6,000 écus pour la perte de ses meilleurs meubles, le tout volé sur le chemin de Louviers où il les envoyait après la surprise de Pont-de-l’Arche.

Des travaux de charpente à l’arche du Diguet, au pont de Pont-de-l’Arche, furent entrepris en 1596, par Geofroy Gigault, maître charpentier de Rouen. La même année, le marquis de Rosny prescrivit d’informer les excès et outrages commis sur la personne de Jacques Le Brasseur, maître serrurier adjudicataire des travaux à faire à ce pont. Une assiette de 1,000 écus dut mise sur Pont-de-l’Arche, pour fournir l’indemnité due au propriétaire de deux maisons du faubourg, démolies par ordre du gouverneur du Rollet.

En 1597, décharge fut accordée à Pont-de-l’Arche où la peste régnait depuis 1595. Le roi ne voulut pas accueillir la supplique des Etats de Normandie, assemblés en 1598, qui demandaient la démolition du château de Pont-de-l’Arche.

En 1599, Villars était gouverneur du Hâvre et de Pont-de-l’Arche.

Au commencement du XVIIe siècle, les principaux fonctionnaires civils et militaires de la vicomté de Pont-de-l’Arche étaient : David Cabeuil, lieutenant particulier du bailli de Rouen ; Charles de la Vache, receveur du roi ; Tannaguy, baron de Chambray, gouverneur ; Jehan Le Sergent, vicomte ; Noel Pappeil et Thomas Liard, tabellions.

Vers 1615, Jacques Routier fut nommé assesseur criminel en la vicomté de Pont-de-l’Arche. L’année suivante, le maréchal d’Ancre se fit donner le gouvernement de cette ville dont il augmenta les fortifications ; après sa port, le duc de Luynes lui succéda à Pont-de-l’Arche.

Pierre Perrier, avocat au Parlement et lieutenant général en la vicomté, rendit aveu, en 1616, pour une île nommée la Haye Auberée.

La même année, Charles Duval, conseiller au Pont-de-l’Arche, fournit aveu pour 100 perches de terre en l’île Dehors ; David Cabeuil avait la charge de lieutenant général du bailli de Rouen.

Le roi accorda, en 1619, à la garnison de Pont-de-l’Arche, son chauffage à prendre dans la forêt de Bord.

La même année, Me Langlois était président à l’élection de Rouen.

En 1620, Jean-Baptiste d’Ornano, maréchal de France, avait pour lieutenant colonel et commandant en son absence à Pont-de-l’Arche, un capitaine du nom de Francesque.

A partir de son entrée au conseil en 1623, le pouvoir de Richelieu n’eut plus de bornes. Le cardinal se fit bientôt accorder le gouvernement de Pont-de-l’Arche ; son lieutenant, dans cette ville, était en 1624, François de Rotundy, sieur de Cahusac. La même année, Jean Bachelet fut nommé maître des ouvrages à voyer pour le roi, en la vicomté, et on répara les couvertures des logis du roi, ainsi que la chapelle du château.

De 1628 à 1630, Pierre-Claude Behote et Jean-Baptiste des Marets étaient élus en l’élection de Pont-de-l’Arche ; Routier en était président ; Charles Le Sergent, esc., sieur de la Coudraye, était garde hérédital du scel ; Adrien Guéroult, procureur du roi aux eaux et forêts de Pont-de-l’Arche.

Jean de Lonlay, sieur de St-Georges, commandait la ville et le château de Pont-de-l’Arche pour le cardinal de Richelieu, de 1636 à 1640. Dans ce laps de temps, messire Charles Pinel était élu assesseur ; Jean Langlois, lieutenant général criminel ; Pierre Maille, conseiller du roi, élu, puis commis à la recette des tailles en l’élection ; Charles Maille, contrôleur héréditaire ; Samson Gilles, contrôleur, et Groult, procureur du roi aux eaux et forêts de la vicomté ; Pierre du Bosc, contrôleur du grenier à sel.

Le 1er janvier 1640, le chancelier Seguier visita le château de Pont-de-l’Arche et se rendit compte des réparations à y faire ; la même années, les sieurs Fleury Perrot, maître maçon, et Adrien Petit, architecte du duc d’Orléans, se rendirent adjudicataires des travaux du pont, et ils employèrent à cet ouvrage les matériaux provenant de la démolition de l’ancien.

Richelieu ayant appris que de nombreuses exactions étaient commises sur les vins qui passaient à Pont-de-l’Arche, destitua le gouverneur Jean de Lonlay qui y avait pris part, et le remplaça par le sieur Le Normand, sire de Beaumont.

Le 21 mai 1643, Me Antoine Routier était lieutenant général criminel au siège de Pont-de-l’Arche.

Pendant les troubles de la Fronde, le duc d’Harcourt qui tenait le parti du roi, n’ayant pas pu s’emparer de Rouen, se retira au Pont-de-l’Arche où le sire de Beaumont le reçut à bras ouverts.

Harcourt qui vint au Pont-de-l’Arche,

Monté sur un cheval rouan

Sans avoir entré dans Rouen.

Lors des conférences de St-Germain, le prince de Condé exigea que Pont-de-l’Arche fût remis au duc de Longueville comme place de sûreté ; le duc la mit aussitôt en état de soutenir un siège et lui donna pour capitaine de baron de Chamboy, lieutenant de ses gendarmes.

A ce moment, Pierre Maille, Etienne du Boullé étaient élus en l’Election. Jehan Langlois était président, il fut remplacé, en 1651, par son fils Pierre Robert.

Louis Cousin avait été reçu, en 1650, lieutenant particulier au bailliage. De nombreuses démarches furent faites, à cette époque, pour obtenir la démolition du château de Pont-de-l’Arche ; mais ce fut sans aucun résultat.

Le 17 mai 1656, un arrêt du conseil d’état, exempte l’abbaye de Jumièges de tous droits pour le passage des vins et autres provisions passant par la Seine et villes de Pont-de-l’Arche, Rouen, etc. en conséquence de l’échange fait avec le roi Philippe-Auguste.

En 1659, Nicolas de la Croix était lieutenant criminel en la vicomté ; François Bréant était procureur du roi. Quelques années après, en 1688, S.A. Emmanuel Théodore de la Tour d’Auvergne, duc d’Albret, abbé de St-Ouen, donna aux Jésuites de Rouen, un moulin à blé, sous une des arches du Pont-de-l’Arche ; Jean-Baptiste Vallée, sieur du Parc, était alors lieutenant particulier, ancien civil et criminel du bailli de Rouen au Pont-de-l’Arche, il était lieutenant général du bailliage, en 1675.

En 1671, André Druel avait remplacé Charles de Tesson, esc., comme gouverneur de Pont-de-l’Arche, Jean-Baptiste du Parc était lieutenant général en la vicomté.

En 1674, Vallée, conseiller du roi, avait la charge de lieutenant général particulier ancien civil au siège royal du Pont-de-l’Arche ; Nicolas Langlois fut nommé, en 1676, lieutenant général, ancien au même siège. Quelques années après, Michel Leforestier était lieutenant général de Police ; François Bréant était substitut du procureur du roi.

Le 3 février 1687, les plaids de la vicomté furent tenus par Jean Routier, conseiller du roi, vicomte ; Charles Le Camus était avocat aux saisies réelles.

En 1600, MM. Jacques et Thomas Bourdon ayant essayé d’établir une manufacture de draps, les drapiers de Louviers y firent une vive opposition.

Charles Auzou était, en 1674, élu en l’Election. Me Claude Lobras était chapelain de la chapelle St-Etienne au château de Pont-de-l’Arche ; Jean Le Cordier était receveur des tailles.

Th. Corneille fait de Pont-de-l’Arche, au début du XVIIIe, la description suivante : « Vicomté, bailliage, élection, grenier à sel, maîtrise des eaux et forêts, et un bon château de l’autre côté de son pont de pierre, qui est le plus beau, le long, le mieux bâti qui soit sur la Seine.

« Son château, bâti dans une petite île, est de figure carrée, bien entretenu, bien logeable, flanqué de quatre tours ; au-dedans, il y en a une fort haute qui sert de donjon. Ce château est séparé de la prairie par deux petits ponts.

Cependant un procès-verbal, dressé en 1712, constatait que ce pont si bien bâti menaçait ruine, que la navigation était entravée par les pêcheurs et les gords.

Le 30 mars 1719, ce qu’on appelait les petits domaines de Pont-de-l’Arche consistant en droits de halle, minage, droits de travers qui se paient par les bateaux et charrette passant sur le pont, droit de vieil acquis payé par les bateaux sous le pont, le gord, et le bas de Léry furent donnés à titre d’engagement à Julien Langlois de Villeneuve, qui donna le tout à bail, moyennant 8,300 l. par an.

Malgré l’opposition des gens de Louviers, la manufacture de draps avait prospéré, Piganiol de la Force écrivait en 1722 : « La manufacture du Pont-de-l’Arche où il se fabrique des draps très-fins, façon d’Angleterre, est très estimée ; mais elle n’est composée que de six ou sept métiers. Les filages sont conduits par des fileurs et des fileuses de Hollande ».

Pendant le XVIIIe siècle, nous trouvons à Pont-de-l’Arche les fonctionnaires civils et militaires ci-après : Farouil de Bondeville, le marquis de St-Pons, Charles-François de Campion, M. Routier et le baron Larchier de Courcelles, gouverneurs, Nicolas Langlois, seigneur de Criquebeuf-la-Campagne, Pierre Le Massif, Dagoumer, lieutenants généraux et particuliers civils et criminels du bailli de Rouen ; Nicolas Le Cornu, lieutenant particulier du bailli de Rouen, Jean Routier, Henri de la Couture du Chien, prêtre-curé de St-Vigor, vicomtes ; Clément Aubert, François Aubert, Housard de la Poterie, présidents en l’élection ; Claude Martin, François Bigot, Jacques Pétion, Adrien Longuet, élus ; Pierre Morin, procureur du roi en l’élection ; Louis de Tesson, contrôleur des grands entrées ; Ducroc de Biville, greffier en chef du bailliage ; Jacques Vallée, greffier en chef aux eaux et forêts ; Le Cordier de Bugenval, receveur des tailles ; Mathieu Cavelet, notaire, receveur au grenier à sel.

Par un édit de 1772, la vicomté fut réunie au bailliage.

En 1784, Pont-de-l’Arche payait 2,326 l. de taille, 1,380 l. d’accessoires et 1,489 l. de capitation.

Les droits de la vicomté de l’Eau de Rouen ayant été acquis en 1718, par le prince de Condé, à titre d’engagement, la famille de ce prince entretint à Pont-de-l’Arche, jusqu’à la Révolution, un agent chargé de la surveillance de ses intérêts dans cette ville.

L’ancien pont bâti du temps de Charles le Chauve, condamné par les ponts-et-chaussées, a disparu le 12 juillet 1856.

L’église de Pont-de-l’Arche remonte au XVe siècle, elle a été bâtie sur l’emplacement d’une plus ancienne, sur un petit mamelon ; elle est remarquable par ses pendentifs, ses fonts baptismaux dont les sculptures sont attribuées à Jean Goujon, par son orgue présent, dit-on, de Henri IV, par son retable à colonnes torses et enfin par ses magnifiques vitraux.

Léproserie. Cet établissement existait en 1259, et se trouve mentionné dans une charte de l’époque ; il est probable que c’est la même maison que le Bel-Air cité en 1265.

Prieuré. Il existait autrefois à Pont-de-l’Arche un prieuré dont les bâtiments ont été convertis en un hospice établi par lettres patentes de 1704.

Bernardines. Ce couvent fut fondé, le 6 décembre 1634, sous le nom de St-Antoine par Antoine de Montenay et Marguerite du Gué, sa femme, qui le dotèrent d’une ferme de 62 acres. Marguerite Cousin paraît en avoir été la première supérieure. Parmi les autres religieuses qui ont résidé dans cette maison, nous citerons : Madame de Bellemare, Marie et Charlotte de Clinchamp, Antoinette de Mornay et Marguerite du Four.

Vers le milieu du XVIIIe siècle, les Bénédictines ayant été transférées à Rouen, faubourg Bouvreuil, vendirent leurs bâtiments de Pont-de-l’Arche à sœur Maire des Anges d’Epinay, pour y établir des Ursulines.

 

Hommes remarquables

Un GUILLAUME DE PONT-DE-L’ARCHE avait été gardien du trésor de Westminster au moment de la mort de Guillaume le Conquérant.

Un autre GUILLAUME DE PONT-DE-L’ARCHE devint évêque de Lisieux ; c’est lui fonda les dominicains de cette ville. Se sentant vieux et infirme, il se démit de son évêché, le 6 mars 1250, entre les mains de l’archevêque de Rouen ; cinq mois plus tard, il rendait son âme à Dieu.

GUILLAUME DE PONT-DE-L’ARCHE, neveu du précédent, était, en 1261, doyen de Lisieux ; vers la fin de sa vie, il se retira dans l’abbaye de Bonport, où il mourut en 1338.

PIERRE MARTIN, moine de Bonport, se distingua dans les concours des Palinods.

PHILIPPE CAVELIER, moine de la même maison, est l’auteur du Tombeau d’Elisabeth de Bigards, abbesse de Fontaine-Guérard.

EUSTACHE-HYACINTHE LANGLOIS, né à Pont-de-l’Arche, le 13 août 1777, fut tout à la fois dessinateur, peintre, grand antiquaire et littérateur de mérite ; il mourut le 20 août 1837.

 

Fiefs :

1er LE BOSC. En 1180, Richard du Bosc devait 20 s. pour une transaction.

Au milieu du XVIIIe siècle, le Bosc était un plein fief, possédé par M. de Boncourt, président au bureau des finances de Rouen, qui l’avait transmis à son fils en 1780 ;

2e JEUCOURT appartenait au XIVe siècle, à une famille de ce nom ; messire Bonneau de Jeucourt, chevalier, vendit son manoir au mois de janvier 1387.

En 1780, M. Langlois de Criquebeuf était seigneur de Jeucourt.

3e LE PARC-ROYAL, appelé vulgairement le fief et manoir du Parc-Royal, relevant du roi, appartenant de 1676 à 1722 au sieur Sorel, dont le fils vendit le 30 juillet 1749 ;

4e SERGENTERIE DE BEDANNE. Ce fief était tombé en garde ès mains du roi, en 1499 ; il appartenait, en 1759, à un Bertrand de St-Jouen, maître des comptes de Rouen, aux droits de sa femme. En 1780, Louise de Boncourt l’avait transmis au sieur de Pontraincourt, son mari, et la même année il fut réuni à Martot.

5e SERGENTERIE DU PLAID-DE-L’EPEE. On a des lettres de Charles V, en date de 1321, pour Thomas de Bos-Guillaume, sergent fieffé du plaid de l’Epée à Pont-de-l’Arche.

Le 28 juillet 1418, Pierre Le Gay fut nommé sergent de Pont-de-l’Arche. Le même jour, le roi étant à Pont-de-l’Arche, accorda à ses chers Pierre Le Hay et David Hallebout, son frère, les héritages de Guillaume Brisquet, qualifié de rebelle, à cause de son attachement à Charles VII.

En 1679, Madeleine Labbé, héritière de Charles, donna aveu au roi de la châtellenie de Martot, de la châtellenie noble de Pont-de-l’Arche etc.

Nicolas Caresme était, en 1702, sergent royal ; il avait pour successeur, en 1712, Thomas Osmont.

Cette sergenterie dut achetée de Etienne Bosquier, par contrat du 23 août 1740, par Pierre Ferté, qui la vendit le 1er décembre 1780, moyennant 1,100 l. à Charles de la Vigne.

 

FORET DE BORD

Cette forêt mérite une mention spéciale, puisque c’est à cause d’elle qu’une maîtrise particulière des eaux et forêts avait été créée au Pont-de-l’Arche.

Vers 1230, Raoul de Criquebeuf et Richard du Val, tenaient dans la forêt de Bord, 3 vergées et ¾ de vergée pour 12 s. 9 d. de rente ; un sieur Gautier qui les mesura, eut un repas de 30 convives, qui coûta 30 s.

En 1327, Jean de Commeny, Jean de Vilaines, Jean de Guinemaut et Gaufroy Le Grieu étaient gardes en la forêt de Bord.

Le roi d’Angleterre étant à Pont-de-l’Arche, en 1418, donna l’office de verdier de la forêt de Bord, à Etienne Louvel, et nomma sergents de cette même forêt, Robin Le Tailleur, Jean Aubrée, Thomas Foucault et Simon de Daubeuf.

L’année suivante, Robert Donneux fut nommé par Henri V à une sergenterie de la forêt de Bord.

Le 20 novembre 1450, Jehan Farouil, esc., verdier, donna quittance de 20 l. 4 s.

Guillaume Adam fut nommé sergent de la forêt en 1471.

Vers 1508, le procureur du roi de Pont-de-l’Arche fit dresser une nouvelle carte de la forêt de Bord ; on lui présenta une demi douzaine de lapins, estimés 45 s. parce qu’il faisait un banquet. Le repas eut lieu à l’hôtel de la Tête noire.

En 1613, Jean Le Tellier, sieur des Hauguettes, était maître particulier aux Eaux et Forêts de Pont-de-l’Arche ; Louis de la Faye était lieutenant.

Me Jean Boquet, maître particulier des Eaux et Forêts de Pont-de-l’Arche, avait épousé une fille de Pierre Le Guerchois, avec lequel il plaidait au Parlement, en 1614.

Le 18 décembre 1641, le greffe de la maîtrise des Eaux et Forêts, et l’office du greffier alternatif, furent adjugés à Claude de Lux. Pierre de Marbeuf était maître des Eaux et Forêts. Le sieur Groult était procureur du roi.

En 1612, le duc d’Elbeuf et ses hoirs furent gratifiés par le roi, de la jouissance pendant 20 ans, de ce qui revenait à sa Majesté, dans les ventes et coupes ordinaires des forêts de la Londe, Pont-de-l’Arche, etc.

En 1679, la forêt de Bord se divisait en : garde de Criquebeuf, 3 triages, garde de Testeley, 2 triages, garde du Vaudreuil, 3 triages, garde du Béquet, 4 triages, et garde de Pont-de-l’Arche, etc.

Pendant la seconde moitié du XVIIe siècle, nous signalerons, parmi les officiers de la maîtrise, Nicolas Vallée, Bachelet de Lux, Pierre du Val, lieutenants particuliers ; Dorange, Cousin, et Sébastien Dubosc, lieutenants généraux ; le sieur de Maillé, contrôleur, Jean Routier et Louis Boursault, receveurs ; Pierre Marchand, Guyon du Hardel, sergents de la forêt.

Romain Boutry était, en 1730, garde général de la maîtrise des Eaux et Forêts de Pont-de-l’Arche ; Clude Pâris avait l’office de procureur du roi de la maîtrise ; Louis-Jean-Baptiste Lancelevé, occupait cette dernière fonction en 1776.

 

PONT-DE-L’ARCHE, ch.-l. de cant., arrond. de Louviers, sur la seine.- Sol : alluvions contemporaines, diluvium et craie blanche. – St. de ch. de fer de Paris à Rouen et de Gisors à Pont-de-l’Arche. – R. nat. n° 154 d’Orléans à Rouen, n° 182, de Mantes à Rouen. - R. dép. n° 12 de Bourgtheroulde à Gournay. – Ch. de gr. com. n° 4, de Pont-de-l’Arche au Neubourg. – Ch. d’int. com. n° 43 de Pont-de-l’Arche à N.D.-du-Vaudreuil. – 4 cont. 11,950 fr. en ppal. – Rec. ord. budg. 9,005 fr. – Surf. terr. 953 hect. – pop. 1,640 hab. - ? – Percep. – Rec. cont. ind. – Télég. – paroisse, cure, presbyt. – Ecole spéc. de 162 garç.- Ecole spéc. de 172 filles. – 2 maisons d’école. – 1 juge de paix avec son greffier. – 1 recev. d’enregist. – 1 notaire. – 2 huissiers. – 1 garde général des Eaux et Forêts. – Hospice de 22 lits. – Bur. de bienf. – 12 perm. de chasse. – 21 déb. de boisson. – Force pub., 1 brig. de gend. – 1 comp. de 43 sap.-pomp. – Dist. en kil. aux ch.-l. de dép. 33, d’arr. 9.

Dépendances : LE BON AIR, BONPORT, LA BORDE.

Agriculture : Céréales.

Industrie : 1 fabrique de chaussons.

Patentés : 112. 

 

Notes

Il était vicomte en 1646.

Notes Le Prévost, t. 2, p. 581, voir Lettres du cardinal.

Courrier de la Fronde.

Celui-ci fut condamné pour insulte à un fabricant de chandelle, à 1000 l. d’amende, réduite à 500 l..

Notes Le Prévost, t. 2, p. 587.

Léop. Delisle.

Ces offices avaient été créés par édit de 1639.

Armand Launay

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 17:41

Naissance de la ville : raisons militaires 

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La ville de Pont-de-l’Arche est née après la construction de fortifications militaires bâties sur le territoire du village des Damps. Un pont de bois fut jeté sur la Seine, à partir de 862, et protégé par deux forts, de part et d'autre du fleuve. Le chantier de ces défenses, qui marqua le règne de Charles II, dit le Chauve, fut décidé et officialisé lors des plaids de Pîtres. Vers 873, le pont et les deux forts semblent avoir été achevés. Ils servirent notamment en 885 lors d'une offensive générale des "hommes du Nord", ayant pour but le siège de Paris. Le pont "de l'Arche" (c'est-à-dire "de la forteresse") servit à retarder l'avancée des Normands. Ceux-ci mirent quatre mois à gagner Paris depuis l'embouchure de la Seine. Cependant, les rois des Francs peinaient à mobiliser pleinement les troupes de leurs vassaux. Ainsi le fort de Pont-de-l'Arche a très certainement manqué d'hommes de garnison : Guillaume Caillou, moine qui tint les chroniques de Jumièges, se rappela un siècle et demi plus tard, et ce malgré de nombreuses imprécisions, que des renforts francs vinrent aux Damps pour renforcer la garnison du pont de l'Arche. En vain, donc.

On perd ensuite le fil de l'histoire durant le laps temps où s'articula le basculement de pouvoir des rois francs aux ducs de Normandie. Que devinrent le pont et la ville après 911, date de naissance de la Normandie ?

Toujours est-il que la paroisse de Pont-de-l'Arche apparaît dans une charte de Richard II, en 1020, qui accorde à l'abbaye de Jumièges de nombreux droits spirituels mais surtout financiers (notamment sur le trafic fluvial).

La ville semble s'être développée autour du pont, ouvrage nécessitant le montage des bateaux et offrant la possibilité de percevoir des droits de passage. Développement d’une place forte : l’enjeu de la lutte entre les rois d’Angleterre et de France.

 

Pont-de-l'Arche apparait ensuite bien plus clairement dans les archives lors des luttes entre Richard Coeur de Lion, duc de Normandie et roi d'Angleterre, et Philippe II Auguste, roi de France. Richard Cœur de Lion fit rénover le pont de la ville et donna les moyens nécessaires à la fondation de l'abbaye de Bonport (deux kilomètres de Pont-de-l'Arche). Dans les luttes entre les deux monarques, le château du Vaudreuil fut rasé ce qui, lorsque le roi de France reprit possession de la Normandie, facilita le choix de Pont-de-l'Arche comme chef lieu militaire local. En effet, Philippe Auguste fit de Pont-de-l’Arche son principal lieu de résidence en Normandie. Il dota la ville d'une prévôté et la fit fortifier par des remparts en pierre encore visibles de nos jours. Il en fit de même pour le fort de Limaie, situé de l’autre côté du pont, rive droite, dont il bloquait l’accès. Ce fort était doté d’une tour philipienne qui constituait un observatoire idéal sur la circulation fluviale et le montage des bateaux. Les atouts géographiques, alliés aux atouts militaires, firent que la ville devint un relai du pouvoir royal. 

 

Rôle de Pont-de-l’Arche dans la maitrise territoriale et la police intérieure

L’assise militaire de la ville présentait de nombreux avantages, tant pour la maitrise territoriale face à l’éventuels envahisseurs que pour la police intérieure au royaume. Pont-de-l’Arche permettait la maitrise de la circulation fluviale et, donc, l’approvisionnement de Rouen, ville qui pouvait tomber entre des mains ennemies. C’est pourquoi notre cité fut un enjeu lors des combats qui opposèrent les rois d’Angleterre aux rois de France durant la guerre de Cent ans. Ainsi Henri V, roi d’Angleterre, se rendit maitre de Pont-de-l’Arche en 1418. La ville connut ainsi une occupation anglaise jusqu’en 1449. En 1346, Édouard III ne put prendre Pont-de-l’Arche et poursuivit sa chevauchée vers Mantes. Qui plus est, la ville offrait une base arrière idéale en vue d’une attaque de la capitale haut Normande :

- en 1481 Louis XI établit un vaste camp dans la vallée située entre Pont-de-l’Arche et Pont-Saint-Pierre. Ce camp aurait accueillit une armée de près de trente mille hommes afin de reprendre Rouen puis toute la Normandie. C’est ici que furent créées les célèbres « bandes de Picardie », ancêtres de l’infanterie française.

- en 1589, les troupes d’Henri IV, qui assiégeaient Rouen, étaient ravitaillées depuis Pont-de-l’Arche. Précisons que le gouverneur de la ville, Leblanc du Rollet avait, parmi les premiers, ouvert les portes de la ville à Henri IV, roi contesté. La tradition orale narre que ce monarque avait gratifié, en remerciement, les armes de la ville des trois fleurs de lys royales. Cependnat, la ville étant un plein fief royal, ces lys ne sont pas surprenant. La ville blasonne depuis : de sable au pont d’argent maçonné de sable, au chef cousu d’azur chargé de trois fleurs de lys d’or.

Bastille excentrée de Rouen, Pont-de-l’Arche était une base de repli en cas de révolte du peuple normand. C’était une place de sûreté dans la mesure où il n’y avait pas assez d’habitants ici pour impulser une révolte dépassant les forces de police locales. De plus, maitriser la ville ne suffisait pas : il fallait encore prendre d’assaut le fort de Limaie, de l’autre côté de la Seine. Pont-de-l’Arche était donc, pour des raisons de police intérieure, de maitrise du territoire en cas de guerre, une place stratégique :

- c’est ainsi que des protestants rouennais assiégèrent la ville, en 1562, avec 6 pièces d’artillerie en espérant y faire un butin. Ils s’en prirent directement au pouvoir royal, mais en vain car la ville était restée fidèlement catholique.

- en 1650, la Fronde renversa l’utilité des fortifications de la ville : Le duc de Longueville utilisa la garnison et le château contre le pouvoir royal. Le comte d’Harcourt, qui protégeait le voyage du monarque en Normandie, reçut l’ordre d’investir la place. Il vint camper auprès de ses murs avec l’aide des habitants qui avaient pointé trois canons contre le château, de l’autre côté de la Seine. Le duc de Longueville se servit de cette place forte comme un argument supplémentaire pour négocier la paix avec le roi. Les remparts de Pont-de-l’Arche étaient devenus une arme pour d’éventuels insurgés. Le parlement de Normandie et le peuple de Rouen demandèrent à plusieurs reprises leur démantèlement. Cependant, les nobles qui percevaient des droits sur la ville négocièrent le maintien des fortifications. Elles ne tombèrent en désuétude qu’à la fin du XVIIIe siècle.

 

 

Pont-de-l’Arche et la convoitise des privilèges royaux sous l’Ancien régime

Les ambitions n’étaient pas rares qui se tournaient vers Pont-de-l’Arche. La ville comptait de nombreuses charges qui attiraient les convoitises :

- la charge de gouverneur de la ville (police militaire locale) : les plus grands nobles qui obtinrent du roi les droits de gouverneur de la ville furent Concini, maréchal d’Ancre et allié de Marie de Médicis, Albert de Luynes, Jean-Baptiste d’Ornano, Richelieu.

- quatre tribunaux : le tribunal de première instance (le bailliage), la perception des tailles (le tabellionnage), le grenier à sel (sa vente était un monopole d’État) et l’administration des eaux et forêts. Ces tribunaux attirèrent de nombreux officiers royaux dans la ville ;

- les droits mineurs (droits de passage sur le pont, droit de halle, droit d’octroi…).

Il résultait de ces charges un déséquilibre : outre une fabrique de drap qui ne dura qu’un temps, la ville de Pont-de-l’Arche ne connaissait aucune industrie qui nourrît les 1700 habitants que comptait la cité à la veille de la Révolution française. Elle n’en était pas moins le chef-lieu de l’administration locale.

 

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La Révolution française et l’Empire ou la fin des privilèges

La Révolution française remit les pendules l’heure en faisant de Louviers le chef-lieu de l’administration locale : le rôle militaire de Pont-de-l’Arche avait cédé depuis longtemps le pas aux gains issus de l’industrie manufacturière de Louviers, ville bien plus peuplée. En 1790, Elbeuf ne fut pas compris dans le nouveau département de l’Eure à cause du refus de Louviers de cohabiter avec son concurrent drapier. Ces deux villes locales purent donc toutes les deux devenir des chef-lieu de circonscription. Hormis un juge de paix et une municipalité, Pont-de-l’Arche perdit toute fonction administrative. Durant la Révolution, les nouvelles municipalités archépontaines connurent les mêmes disputes que celles qui déchiraient les nobles d’avant la révolution. Néanmoins, celles-ci étaient publiques. Après 1792, les républicains avancés prirent le dessus de la politique locale. Alexandre de la Fleurière fut maire de la ville. Il fut chassé par la réaction thermidorienne de 1795. Les principaux problèmes que connut la ville durant cette période concernent les altercations entre les régiments de l’armée révolutionnaire et les habitants les plus attachés au culte catholique. Ils concernent aussi, et surtout, la famine. Celle-ci était aussi atroce que partout ailleurs à cela près que des habitants de la ville, depuis de longs siècles, montaient les bateaux sous le pont. Ils tiraient donc les bateaux de blé destinés à la population de Paris mais le ventre vide ! sans même pouvoir manger de quoi refaire leurs forces. C’est ainsi qu’ils arrêtèrent de travailler et qu’ils prirent du blé dont étaient chargés les bateaux… avant que l’armée ne les réprime. Napoléon Bonaparte, qui passa deux fois par Pont-de-l’Arche, comprit ce danger pour la police intérieure et fit bâtir une écluse, inaugurée en 1813. Celle-ci permettait de se dispenser de la main d’œuvre locale tout en faisant acheminer le pain qui apaisait le peuple et évitait ainsi d’éventuels mouvements insurrectionnels parisiens. Rappelons que le peuple en armes avait fait changer le cours de la Révolution à plusieurs reprises déjà (la déchéance du roi, la répression des girondins…). Le début du XIXe siècle fut une période de misère pour la ville. Il n’y a guère d’événements si ce n’est l’occupation prussienne en 1815. Notons la présence d’une loge franc-maçonne et la création de la gare Alizay-Pont-de-l’Arche en 1843.

 

 

La révolution industrielle : l’industrie du chausson et de la chaussure

La révolution industrielle a touché le pays : l’industrie du chausson s’est développée qui a apporté un travail très faiblement rémunéré aux habitants de la proche région. Les chaussons, d’abord réalisés dans les foyers des ouvriers, furent ensuite fabriqués dans des usines construites dans les ruelles médiévales de la ville à partir de la moitié du XIXe siècle. Cette industrie se propagea et, dans l’entre deux guerres, une vingtaine d’usines existaient qui employaient plusieurs milliers de personnes. La fabrique du chausson, puis de la chaussure après 1900, n’apporta de richesse qu’à ses propriétaires, dont les belles villas sont encore visibles de nos jours dans les faubourgs de la ville. La prise de conscience aidant, les ouvriers de la ville se mirent en grève en 1900, 1932, 1936 et 1954… afin de maintenir, voire d’améliorer leurs salaires.

 

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Guerre et destructions

La ville connut l’occupation prussienne en 1870 à cause de son pont, qui faillit être dynamité. Elle accueillit un camp de l’armée britannique entre 1915 et 1920. Elle connut les combats entre les panzers de Rommel et les armées française et anglaise en 1940. Ses ponts furent une des principales cibles locales des bombardements aériens de la Seconde Guerre mondiale. Toutefois les bombardements n’ont pas fait disparaitre le patrimoine architectural de la ville : l’église gothique du XVIe siècle, les maisons à pans de bois de la fin du Moyen Âge et de l’Ancien Régime, le bailliage du XVIIIe siècle principalement, la maison du gouverneur (XVe siècle ?), les remparts (XIIIe siècle), le manoir de Manon…

 

 

Personnalités

Le dernier des ponts de la ville fut inauguré en 1955 par Pierre Mendès France qui était alors président du Conseil mais aussi conseiller général du canton de Pont-de-l’Arche. Pont-de-l’Arche a aussi accueilli des personnalités lettrées : Octave Mirbeau, écrivain, Jules Massenet, compositeur, Jacques-Henri Lartigue, photographe. Mais la plus grande gloire de la cité est Eustache-Hyacinthe Langlois (1777-1837), enfant du pays, qui était archéologue, artiste dessinateur, nouvelliste... Cet homme participa au lancement de l’étude du patrimoine médiéval normand. Il fut instigateur du musée des antiquités de Rouen et fut aussi professeur à l’école des beaux-arts. De nombreuses amitiés culturelles se mobilisèrent pour honorer sa mémoire et financèrent un buste (disparu) et un médaillon à Pont-de-l’Arche. Les élus de Pont-de-l’Arche donnèrent son nom à la place principale de la cité.

 

Le-marche

 

Croissance démographique et développement des services publics depuis 1945

Depuis la Seconde Guerre mondiale, la ville connait une très grande croissance démographique suite aux nombreux projets immobiliers qui accueillent une population désireuse de vivre dans un cadre de vie agréable. Située entre l’Eure, la Seine et la forêt de Bord, la ville de Pont-de-l’Arche est très proche des pôles d’emplois que sont Rouen, Val-de-Reuil et Paris, facilement accessibles depuis la construction de l’autoroute A 13 en 1967. Les municipalités, généralement situées à gauche de l’échiquier politique, ont donc depuis accompagné le développement des services publics définis par l’État en faisant face, de plus, à la croissance démographique propre à la ville (écoles, crèches, infrastructures sportives, voirie). Pont-de-l’Arche compte aujourd’hui plus de 4200 habitants. La ville fait partie, depuis 2001, de la communauté de communes Seine-Eure, qui réunit les municipalités de la région de Louviers et de Val-de-Reuil.

 

Armand Launay

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 17:38

Depuis quand la paroisse de Pont-de-l’Arche est-elle placée sous le patronage de saint Vigor ?

 

Eglise-Notre-Dame-des-arts

 

Avant d’être placée sous le patronage de Notre-Dame des arts l’église paroissiale de Pont-de-l’Arche était connue sous le vocable de Saint-Vigor. Des livres donnent encore ce nom de nos jours à l’édifice datant du XVIe siècle. Il y a donc des visiteurs qui pensent avoir vu l’église Saint-Vigor de Pont-de-l’Arche. À leur décharge, précisons que ce n’est qu’en 1896 que le changement de patronage eut lieu, à l’initiative de Pierre-Octave Philippe, curé-doyen de la paroisse. 

Réservant la question de ce changement de patronage à une autre étude, on peut se demander qui était Saint-Vigor ? Pourquoi a-t-on choisi de placer l’église paroissiale sous ce vocable ?

En août 1025, une charte atteste que le duc de Normandie, Richard II, céda aux moines de Jumièges ses droits sur l’église et diverses propriétés archépontaines.

Bien qu’il ne précise pas la localisation de l’église, il n’y a pas à douter que l’église de l’époque était située à l’endroit où nous voyons Notre-Dame des arts aujourd’hui. Seul le bâtiment a dû changer, au moins une fois car nous savons que les travaux qui ont débuté en 1499 ont peu à peu remplacé une église rustique.

 

Pourquoi choisir Saint-Vigor ? 

Au IXe siècle, des fortifications ont été bâties sur la Seine pour protéger Paris des attaques normandes. La rive gauche servit de lieu de peuplement pour les hommes de troupe et leurs familles car la corniche naturelle est une défense non négligeable. C’est ainsi que sont nées la ville de Pont-de-l’Arche et sa paroisse, entre 862 et 1025. Le site de l’église est le point le mieux défendu qui surplombe tout à fait la zone de Seine à protéger des attaques des drakkars normands.

 

Que la croix domine l’espace où les chrétiens furent censés vaincre les attaques des païens normands n’est pas étonnant. Cela rappelle l’érection de monuments à l’effigie du Christ ou de la Vierge dans de nombreuses vallées, ou à l’entrée de villages afin de protéger les habitants du malheur. Le choix de l’emplacement serait donc très logique et peut, peut-être, être relié à saint Vigor.

Nous savons que l’église était placée sous le vocable de Saint-Vigor depuis au moins 1163 où elle était toujours la propriété de l’abbaye de Jumièges. Ce sont donc certainement les moines de cette abbaye qui décidèrent de donner à l’église de Pont-de-l’Arche le nom de saint Vigor à moins qu’il ne fût déjà donné auparavant.

 

Qui était saint Vigor ? et quelle est l’histoire de ses reliques à Pont-de-l’Arche ?

 

Mais qui était Saint Vigor ? Cet homme, disciple de saint Vaast, fut le premier évêque de Bayeux et serait mort aux alentours de 537. Il est resté célèbre grâce à une légende qui fait de lui le champion de la lutte contre le paganisme. En effet, il aurait réussi à faire péricliter des pèlerinages païens et c’est peut-être pour cette raison qu’il est célébré le premier novembre (date de nombreuses fêtes polythéistes dont la Samaïn des celtes).

Si saint Vigor a été choisi pour patronner l’église de Pont-de-l’Arche c’est, très certainement, pour faire référence à une lutte heureuse contre le paganisme. Cela indiquerait peut-être que, très tôt, le lieu fut placé sous la protection de l’évêque de Bayeux.

Autrement, l’origine de ce nom résiderait peut-être dans la tête d’un abbé de Jumièges, disparu avec les raisons personnelles qui unissaient son cœur avec ce saint.

Ce saint n’avait donc aucun lien avec la ville, à l’origine. Toutefois, un aspect du culte de son culte le rendait très célèbre partout où il se trouvait. On disait qu’il avait ressuscité un enfant à Reviers ce qui lui valait une dévotion des mères qui recherchaient la santé pour leurs enfants.

Pont-de-l'Arche connut alors un pèlerinage des mères qui recommandaient leurs enfants au saint afin qu’il fortifiât les plus faibles d’entre eux, qu’il leur donnât la vigueur. On peut même penser qu’il existe un jeu de sonorités qui se trouve à l’origine de cette attribution miraculeuse.

Des cahiers de la fabrique de l’église nous apprennent qu’en 1541, "On a apporté deux pièces de la tête saint Vigor du prieuré Saint-Vigor de Bayeux". Cette acquisition de reliques était très fréquente sous l’Ancien Régime, et le Moyen Âge, qui permettait d’entretenir la foi des fidèles.

Ces cahiers précisent, en 1621, qu’il y a " dans (la) chasse le crâne et une demie vertèbre de saint Vigor et un morceau de chasuble." Comment expliquer le changement de contenu de la châsse ?

Quoi qu’il en soit, ces reliques ne reposèrent pas tranquillement dans l’église. En 1648, Pierre Delatour fut présumé coupable du vol des reliques de Saint-Vigor. Cet homme aurait fuit et caché les reliques dans un champ de Léry où, retrouvées, on aurait dressé une croix qui porte encore son nom de nos jours. Un procès eut lieu qui dura des années sans qu’on puisse connaître l’auteur du vol. Elles prirent le chemin de l’église de Louviers en 1673 avant que, en 1921, "le crâne, une vertèbre et un morceau de chasuble [ne reviennent] à l’église de Pont-de-l’Arche", Notre-Dame, donc...

 

Dans un autre volet… pourquoi a-t-on donné le nom de Notre-Dame des arts à l’église paroissiale ?

 

Sources

- Bothineau-Fuchs Yves, Haute-Normandie gothique, collection les Monuments de la France gothique (dir. par Annie Prache), Paris : Ed. A. et J. Picard, 2001, 403 p., ISBN 2-7084-0617-5, voir p. 273 à 277.

- Collectif, " Note de ce qui s’est passé de curieux et de ce qui a été fait dans l'année de chaque trésorier ", in Semaine religieuse du diocèse d’Évreux, n° des 24, 31 août, 14, 21 septembre 1918.

- Deslandes, ?, Recherches historiques sur les reliques de Saint Vigor, évêque de Bayeux, Bayeux : Imprimerie typographique COLAS, rue Royale, 1920.

- Fauroux Marie, " Recueil des actes des ducs de Normandie (911–1066)", in Mémoires de la société des antiquaires de Normandie, tome XXXVI, Caen : Société des antiquaires de Normandie, 1961, 560 p.

- Launay, Armand, " La première église de Pont-de-l’Arche (du IXe au XVe siècles…", in La Fouine magazine n° 6, janvier 2005, chez l'auteur, 2005, 16 p., ISSN 1765-2278.

- Patin, Anita, " Le voleur Delatour nous emmène à Bonport ", in La Dépêche de Louviers. (vers 1992).

- Verdier François, " L’église paroissiale Saint-Vigor de Pont-de-l’Arche ", in Congrès archéologique Evrecin, Lieuvin, Pays d’Ouche, 1980, Paris, 1984.

- Vernier J.-J., Chartes de l’abbaye de Jumièges (v. 825 à 1204) conservées aux archives de la Seine-Inférieure, tome I, Rouen : archives départementales, 1916, 240 p.

 

Armand Launay

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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 17:54

La ville de Pont-de-l'Arche est née dans un des deux forts protégeant le premier pont de la ville, au IXe siècle. Près de 14 ponts plus ou moins provisoires ont existé afin de franchir la Seine. Ils ont conféré une importance stratégique à la ville. Nous avons tenté de poser des jalons historiques à tous ces ouvrages afin de mieux comprendre l'évolution de la ville.

 

A lire aussi...

Le pont du diable

 

Le premier ouvrage ; le pont fortifié de Charles le Chauve (862-869 / 885 (?)) 

Le premier pont bâti sur le territoire des Damps prit le nom du grand village local : Pîtres. Charles II, dit le Chauve, ordonna l’érection d’un pont fortifié afin de ralentir ou, mieux, arrêter les remontées et les descentes de la Seine par les envahisseurs scandinaves. En 862, le roi fit réunir les grands du royaume à Pistae (Pîtres) afin de mobiliser les fonds et les moyens humains. En 863, il fut décidé d’adjoindre une résidence royale à ces fortifications qui faisaient l’objet d’une surveillance par Wenillon, archevêque de Rouen, et même par Hincmar, archevêque de Reims, bras droit du roi.

Bien que beaucoup d’historiens aient écrit que Pistae désignait l’actuel village de Pîtres, nous avons émis des doutes quant à cette localisation [1] Nous allons plus loin en avançant qu’il y a des chances que ce palais de Pistae se soit trouvé dans un des deux forts gardant les entrées du pont.

Les moyens techniques étant limités, malgré le courage des hommes, les travaux ne devaient pas être achevés en 865 ; année où les Normands remontèrent à Paris et occupèrent Pistae

En 869, les documents royaux font, pour la première fois, référence à des constructions de pierre (pour les tours des têtes du pont et les remparts des forts). Les travaux étaient achevés en 869 où Adon de Vienne parla de l’étonnante puissance du pont et des deux forteresses construites de part et d’autre [2]. Seconde preuve de la fin des travaux, en 873, Hincmar nota que Charles, donc, après avoir chassé les Normands de la cité d’Angers et reçu leurs otages, se mit en marche au mois d’octobre, et par le Mans, Évreux et son nouveau château de Pîtres arriva à Amiens au commencement de novembre…[3]

Nous datons donc les travaux du premier pont entre 862 et 869. Or, celui-ci n’empêcha pas les Normands de gagner Paris et de mettre le Trésor franc à contribution si bien qu’en 911 les Normands de Rollon ôtèrent de la couronne franque ce beau joyau qu’est la Normandie par le célèbre traité de Saint-Clair-sur-Epte.

L’archéologie nous a prouvé que les fortifications de la rive droite, futur fort de Limaie, brulèrent quelques années après leur construction [4]. La date de 885 fut le théâtre d’une grande opération normande qui toucha Paris et où les hommes du nord s’opposèrent aux Francs, aux Damps-Pont-de-l’Arche. 

Ensuite, Pont-de-l’Arche naquit de ces premières fortifications dans les brumes qui couvrent notre histoire de la fin du IXe siècle au début du XIe siècle. 

 

Un deuxième ouvrage, ou plus (?), durant la période normande (après 885 / 1203 (?)) 

En 1020, une paroisse Saint-Vigor existait en ce lieu qui continua à être appelé Pont des arches. Un pont dût bien être rebâti par les Normands sur les restes du premier ouvrage pour que l’on conservât ce nom. Est-ce bien un seul pont qui fut rebâti durant la période ? Rien n’est certain car il peut très bien s’agir de plusieurs ouvrages plus ou moins provisoires. En l’absence de preuves, nous ne pouvons trancher entre cette première supposition et le remplacement quasi permanent des matériaux du pont par des réparations que la dureté du temps et le courant de la Seine rendaient inéluctables. Il y eut, au moins, un nouveau pont durant la période ducale.

Ensuite, à notre connaissance, on ne retrouve trace directe du pont de Pont-de-l’Arche qu’en 1194, lors du retour de Richard Cœur de Lion de sa captivité : Quand Richard (…) s’en vint à Pont-de-l’Arche, dont il fit promptement refaire le pont ; sous Elbeuf, en aval, il fortifia la roche d’Orival [5]. Que signifie refaire le pont ? Bien que ce terme soit assez imprécis, la promptitude des travaux signifie que l’on consolida quelques parties ou, au pis, qu’on rebâtît une ou deux arches détruites par les Français, peut-être. Il n’y a aucune communauté de grandeur avec la reconstruction du pont de l’ile d’Andely en 1196 par ce même Richard [6]. Les comptes de l’Échiquier ont prouvé que plusieurs séries d’investissements ont servi aux frères Tyrel, architectes qui rénovaient Pont-de-l’Arche et Le Vaudreuil [7].

Richard Cœur de Lion étant mort, c’est Jean sans Terre qui fut censé, soit rendre hommage, en tant que duc de Normandie, à son suzerain le roi de France (Philippe II dit Auguste) ; soit défendre la région en tant que roi d’Angleterre ne reconnaissant pas le pouvoir du monarque français. Entre ces deux positions, il abandonna la Normandie et, comme l’écrivit Léon de Duranville : On lit dans la Philippide que ce prince, voyant le roi de France s’avancer contre le duché, détruisit le Pont-de-l’Arche : Pontem qui dicitur Archas diruit. II s’agit probablement de la destruction des murailles, et les habitations durent rester debout ; mais, peut-être, la communication d’une rive à l’autre fut-elle interceptée par quelque brèche [8].

L’expression latine signifie qu’il détruisit le pont que l’on appelait Arque. Contrairement à Léon de Duranville, Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme [9] notèrent que Jean sans Terre ne pouvant défendre Pont-de-l’Arche, voulut démanteler le château ; Philippe Auguste ne lui en laissa pas le temps et s’en empara en 1203. Ne connaissant pas les sources qui ont permis à ces historiens de l’affirmer, nous pensons que le pont fut la priorité de la tactique de la « terre brulée » du roi Jean.

Les documents nous manquent pour affirmer qu’il n’y eut qu’un pont durant la période normande que nous venons de voir. C’est pourquoi nous appellerons le prochain pont « troisième  ouvrage », suivi d’un point d’interrogation, comme tous les suivants. 

 

Un troisième ouvrage (?) : le pont de Philippe Auguste (ca.1204-1346) 

En 1204 la Normandie passa sous le contrôle du roi de France, Philippe II. Celui-ci ne manqua pas de faire de Pont-de-l’Arche le siège d’une vicomté qu’il occupa très souvent et dont il it rehausser les fortifications. Il fit sans aucun doute remonter le pont de la ville. Remonter ou rénover ? Le terme employé par Guillaume Breton pour désigner les méfaits de Jean sans Terre dans La Philippide est bien « détruisit » et, à en juger par les représentations anciennes, Philippe II n’a pas été avare de dépenses pour les fortifications de Limaie et pour celles de la ville elle-même, entièrement faites en pierre blanche de Vernon. Le pont, à notre avis, à fait l’objet d’importants travaux si bien que l’on puisse parler de construction d’un nouveau pont.

En 1296, le pont de Pont-de-l’Arche résista à une très forte crue (Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme), ce qui le distingua de nombreux autres ouvrages de la Seine. À moins qu’il fût endommagé entre temps – mais par quel sinistre ? – il faut attendre 1346 pour qu’un document mentionne une destruction de ce pont. En effet, d’après Nicolas-François du Buisson-Aubenay, Philippe de Valois fit démolir le vieux pont pour couper la route à Édouard III et le fit rebâtir après.

Nous considérons donc, en l’état actuel de nos connaissances, qu’un seul pont occupa les XIIIe et XIVe siècles ; celui de Philippe Auguste.

 

Un quatrième (?) ouvrage : celui de Philippe VI, dit Valois (ca. 1346-1640) 

Nicolas-François du Buisson-Aubenay s’exprima ainsi, vers 1635 : Ce pont paroist fort neuf ; aussy est-il fait depuis l’an 1346 par Philippe de Valois y étant campé avec son armée, feit rompre celuy qui y estoit de vieux, de peur que le roy d’Angleterre Edoard 3 qui venoit de Basse Normandie, après avoir pris Coutances, Bayeux, St Lô et Caen, ne s’en saisist et ne passast la rivière de Seine, sur laquelle il feit alors rompre aussy tous les autres ponts, jusques à celui de Poissy… [10]

Ensuite, il semble que le pont de Philippe de Valois se soit maintenu, au moins jusqu’en 1435. À cette date, les troupes anglaises occupant la ville réparèrent le pont à cause de son très mauvais état (Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme). En fait, à n’en pas douter, le pont devait être incessamment réparé eu égard aux intempéries (crues) et aux gelées (débâcles) bien plus fréquentes durant le Moyen Âge.

 

Comment le pont de l'arche fut prins

"Comment le pont de l’arche fut prins", peinture, fol. 138v, in Martial d'Auvergne, Vigiles de Charles VII, France, 1484, manuscrit, parchemin, II-266 feuillets. Bibliothèque nationale de France, département des manuscrits (division occidentale), Français 5054. cf. aussi  http://gallica.bnf.fr. Jusqu'à plus ample informé, c'est la plus ancienne évocation de pont à Pont-de-l'Arche, l'évènement datant de 1449


Un cinquième (?) ouvrage : le pont anglais de 1418 

À coté du pont de la ville, il semble qu’un autre pont ait existé quelques temps lorsqu’en juillet 1418, Henri V, roi d’Angleterre, arriva devant Pont de l’Arche [11]. Celui-ci voulut faire franchir la Seine à une partie de ses troupes pour parachever le siège de la ville. D’après la chronique d’un contemporain des faits, P. Cochon, la traversée s’est faite devant Bonport. Les Chroniques de Normandie évoquent deux endroits : Bonport et l’île Saint-Pierre, en face des Damps.

Un chroniqueur, Enguerrand de Monstrelet, narre comment le duc de Cornouailles passa la Seine avec huit petites nacelles et, plaçant quelques canons sur une ile, mit en fuite les troupes françaises venues en renfort sur la rive droite. Cependant, d’après la Chronique d’un bourgeois de Verneuil, c’est sur un pont de claies que le passage s’effectua. L’auteur décrivit ensuite la technique du montage et démontage de ce type de ponts provisoires [12].

Ce pont nous semble tout à fait envisageable tout comme l’utilisation des nacelles… Pour surprendre les Français, il fallut bien que les Anglais empruntassent des embarcations légères. Pour ce faire, il est logique qu’ils reprissent les aménagements nécessaires aux bacs de Bonport et des Damps avec des barques réquisitionnées (les Français ayant peut-être eu le temps de retirer les bacs).

Par la suite, le siège de la ville durant quelques semaines, les Anglais durent concevoir un pont de claie, c’est-à-dire une passerelle de bois reposant sur une ligne de bateaux, afin de faire traverser des milliers d’hommes et du matériel de siège… C’est le pont Saint-Georges dont parle Léon de Duranville à la page 44 de son essai historique de 1856.

 

Un sixième (?) ouvrage : le pont Petit-Perrot (1640 / 1856)

En 1639, le chancelier, Pierre Séguier, était missionné par le roi pour rassoir parfaitement son autorité après les révoltes des nu-pieds. Pour ce faire, cet homme arriva à Pont-de-l’Arche le vendredi 30 décembre 1639. Il fut accueilli par le seigneur de Saint-Georges, Jean de Lonlay, capitaine des gardes de Richelieu et son lieutenant au gouvernement de Pont-de-l’Arche.

Grâce au contexte, dont l’apaisement passait par une politique volontaire, mais aussi à la qualité des personnes rencontrées (parler à Jehan de Lonlay c’était parler au cardinal de Richelieu), le chancelier a voulu être informé bien exactement de quelques besoins de la place, et principalement du pont, duquel on dit les pierres estre tellement uzées qu’en quelques lieux il ne reste que la liaison des unes aux aultres pour soustenir le tout… [13] Le dimanche 1er jour 1640, le chancelier inspecta en personne le pont et le château de Limaie et il fut remarqué que l’une des piles de l’arche principale, proche le dict chasteau, par laquelle on faict remonter les bateaux… est presque toute ruinée et consommée soit par le hurt des glaçons, soit par le courant de l’eaüe… Le chancelier fut convaincu que mieux valait investir aujourd’hui qu’attendre la ruine entière du pont si l’on voulait, au final, limiter les frais.  

Ayant une parole de poids auprès du roi, le chancelier se fit entendre ; si bien qu’en 1640 Adrien Petit, architecte du duc d’Orléans, et Fleury Perrot, maitre maçon, se rendirent adjudicataires des travaux du pont financés par l’État. Ces architectes réemployèrent les matériaux provenant de la démolition de l’ancien pont.

C’est donc sans surprise que dans le dictionnaire de 1708, le frère cadet de Pierre Corneille, Thomas Corneille (1625-1709), décrivit en ces mots la cité : Vicomté, bailliage, élection, grenier à sel, maîtrise des eaux et forêts, et un bon château de l’autre côté de son pont de pierre, qui est le plus beau, le long, le mieux bâti qui soit sur la Seine (cité par Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme)…

Pour mettre en valeur combien les conditions climatiques mettaient à mal la maitresse œuvre de Pont-de-l’Arche, quelques dizaines d’années après sa construction, un procès-verbal constatait, en 1712, que ce pont menaçait ruine et que la navigation était entravée par les pêcheurs et les gords [14].

Selon Yves Fache, dont les références sont parfois aléatoires, deux arches du pont s’ouvrirent au début du XVIIIe siècle [15]. C’est un fait tout à fait plausible au vu de ce qu’écrivit le procès-verbal mentionné ci-dessus.

Sans solution d’envergure, et sans volonté de changer le cours des choses, le pont de la ville continua à être partiellement rénové au XVIIIe siècle.

Passant la période révolutionnaire sans encombres, le pont, selon Léon de Duranville (1856, p. 145) a failli être détruit, du moins en partie, en 1814 ; lors de l’invasion des armées étrangères, il fut sérieusement question de le faire sauter, pour entraver la marche des ennemis (…). Nous avons connu un honorable habitant de Rouen, ancien officier du génie, qui s’estimait heureux d’avoir pu, par ses représentations, retarder l’exécution d’une mesure déjà prise, et, par là, d’avoir sauvé le pont en question.

Ensuite, en 1856, il fut projeté de remplacer les petites arches bâties sur la Seine par quatre grandes arches, dont la grandeur devait faciliter la navigation fluviale et notamment les machines à vapeur. Sous la direction de M. Emmery, ingénieur du service hydraulique, le pont devait passer de 24 à 12 arches, la partie du pont située du côté de la ville ne devant être remodelée que plus tard, à une date indéfinie. Qui plus est, les travaux de 1856 devaient augmenter de trois mètres la largeur du tablier en attendant de raser de fond en comble, un jour, l’ancien ouvrage [16].

C’est en 1856, date tournant de l’histoire de la ville sur le plan symbolique, que le pont Petit-Perrot s’écoula partiellement [17] à cause de grandes inondations qui frappèrent la France ; les dégâts étant très nombreux dans la vallée de la Loire. Le samedi 12 juillet, on interdit la circulation sur le pont suite à de dangereux signes avant-coureur. C’est sous le regard d’une foule nombreuse que trois arches du pont de désaxèrent puis chutèrent dans les eaux de Seine. Deux autres arches les suivirent dans le cours le lundi 14 [18].

On devait s’attendre d’autant moins à l’événement qui vient d’avoir lieu que des dépenses considérables ont été récemment faites pour consolider l’ensemble du pont, en même temps que l’on construisait les arches neuves qui couvrent le bras de Seine resté libre pour la navigation [19]. Il est bien rare que la plume d’un journaliste havrais s’attarde sur Pont-de-l’Arche. Mais là, en l’occurrence, il eût été difficile de ne pas tenir au courant les lecteurs de la porte océane, dont nombre étaient des commerçants attachés au maintien des liaisons directes avec Paris. Or, le pont de Pont-de-l’Arche était à la fois un support de la route impériale Le Havre-Rouen-Paris et un possible obstacle à la navigation fluviale.

Alors, outre l’extraordinaire inondation, il est possible que les travaux de construction des nouvelles arches aient déstabilisé un pont déjà fragilisé par son ancienneté. Bien qu’ayant été en partie rénové, on abandonna-là les travaux et, profitant de l’occasion pour adapter l’ouvrage au trafic fluvial, l’État accorda le budget nécessaire à la construction d’un nouvel ouvrage remplaçant entièrement l’ancien.

Il y eut évidemment des nostalgiques pour regretter la disparition de cet ancien ouvrage, comme le montre le texte de Raymond Bordeaux, dans le Bulletin monumental [20].

 

Sutherland, Gendall

      [Pont-de-l’Arche, vue générale sur le pont et la ville], J. Gendall del. T. Sutherland scp., XIXe siècle, 27,8 x         20,8 cm, Archives de l’Eure, 1 Fi 835.

 

Voir aussi la vue de Félix Benois sur ce pont

 

Un septième (?) ouvrage : le pont provisoire de 1856 (juillet 1856- janvier 1858) 

On a établi un service de bacs [21] pour le passage des piétons et pour les voitures, et l’on va construire très promptement un pont provisoire en charpente. Ainsi s’exprima le journaliste du Journal du Havre, en date du mercredi 16 juillet 1856.

Cependant, le système de bacs ne fut utile qu’aux piétons car, comme le rapportent Charles Brisson et A. Hostalier : C’est au pont suspendu d’Elbeuf, construit 14 ans plus tôt, que les véhicules durent aller franchir le fleuve [22]… du moins jusqu’à la construction du pont de bois.

 

Un huitième (?) ouvrage : le pont Méry-Saint-Yves (1857-1858 / 1931) 

 

Inauguration-1858.jpgL'inauguration du nouveau pont en 1858. Article d'Ernest Boucher publié dans L'Illustration : journal universel, n° du 30 janvier 1858, n° 779, vol. XXXI, Paris, 16 p. 

 

 

La chute du pont en 1856 permit de bâtir un pont moderne, entièrement rénové et adapté aux besoins de la circulation fluviale et routière. Il fut construit sous la direction de MM. Méry et Saint-Yves, ingénieurs du département de l’Eure [23]. Après sept mois de travaux, ce nouvel ouvrage fut inauguré le 17 janvier 1858 en présence du Préfet et de l’évêque d’Évreux, qui bénit ce pont. Ce bel ouvrage de neuf arches risqua d’être détruit en 1870, où des patriotes voulurent barrer la route aux troupes prussiennes, mais aussi en 1914, où une tentative allemande rata de peu le dynamitage de ce pont ainsi que de ceux d’Oissel. Ce n’est pas un sinistre mais de grands travaux qui mirent fin à ce pont. 

 

Un neuvième (?) ouvrage : le pont de 1931 (1931-1935 / juin 1940) 

Devant l’accroissement des moyens de transports, il fut décidé en 1930 de remplacer 4 arches de 37 m sur la Seine par deux arches de 61 et 68 m avec une seule pile dans le lit du fleuve. Les travaux débutèrent en 1931 et, pour permettre la circulation de 2500 véhicules par jour dans les deux sens, un pont provisoire métallique long de 180 mètres fut établi juste à côté de l’ancien pont [24]. Bien que les arches sur le bras de Seine près de la ville ne furent pas modifiées, on élargit tout de même cette partie du pont afin d’adapter l’édifice à la circulation routière.

L’entreprise qui se chargea de la construction de l’ouvrage était une société allemande qui travailla à titre de réparation matérielle aux dommages de la Première Guerre mondiale. Mais cet ouvrage ne dura que 5 ans.

 

Pont de 1931

Entre 1931 et 1935, les arches sur la Seine furent remplacées par deux arches offrant un plus large passage à la navigation fluviale. 

 

A lire...

Le combat de Pont-de-l'Arche en 1940 et le pont de bois Adolf-Hitler

 

Un dixième (?) ouvrage : le pont de bois de l’hiver 1940 (été 1940 / janvier 1941) 

Le génie français et anglais ayant fait sauter le tout récent pont, les autorités allemandes ont fait bâtir dans l’urgence un pont de bateaux dès les premières semaines de l’occupation. Après avoir beaucoup servi, il fut emporté par la débâcle des glaces en janvier 1941 [25].

 

Un onzième (?) ouvrage : le pont Blosset (8 juin 1941 / 30 mai 1944)

À peine le pont de bois était-il emporté que l’occupant fit construire un nouveau pont sous la direction de Marcel Blosset, ingénieur. Les travaux durèrent près de cinq mois pendant lesquels la main d’œuvre française utilisa 5000 fûts de la forêt de Bord. Le nouveau pont était une prouesse technique vu la simplicité du matériau disponible. Les futs, de 10 à 14 mètres de long et 25 cm de diamètre, étaient enfoncés de 3 m 50 dans l’assise calcaire du fleuve [26]. Il comportait deux étages : le niveau inférieur était en fait une passerelle pour piétons (photographie ci-dessous) et était interrompu en son milieu car ici se trouvait l’arche fluviale [27]. Le niveau supérieur se scindait en deux à certains endroits pour accélérer le trafic. Ce pont fut mis en service le 8 juin 1941 où un drapeau tricolore flottait fièrement sur l’ouvrage. Cet orgueil failli coûter cher à l’ingénieur bien que l’on ne sache pas le degré de connivence de celui-ci avec le(s) auteur(s) de ce bel acte.

Ce pont tint bon durant trois ans. Il fut en grande partie détruit par les bombardements alliés des 30 mai et 7 juin 1944. Eddy Florentin rapporte le témoignage que voici : les bombardiers passent trente minutes durant, l’épave du pont gît, moitié dans le fleuve, moitié sur la terre ferme. Les sapins, qui constituaient la principale ossature de l’ouvrage, sont tordus, confondus dans un enchevêtrement indescriptible. La grande voie de communication est interrompue sans qu’il y ait eu une seule victime, un seul immeuble détruit [28].

 

Pont de bois

Le pont de bois Marcel Blosset le 16 février 1942. 

 

Un douzième (?) ouvrage : le pont canadien (30 aout 1944 / octobre 1944) 

Le pont de bois de Pont-de-l’Arche fut détruit par les bombardements alliés afin de gêner les mouvements des armées allemandes. Peu après leur arrivée le 26 aout 1944, les troupes canadiennes lancèrent un premier pont de bois au niveau de l’ile d’Harcourt où se trouvait, selon Marcel Blosset, un précédent petit ouvrage allemand dénommé "Adolf Hitler's brucke". Les Canadiens passèrent la Seine le 30 aout. Ce petit pont permettait de passer l’Eure et donnait directement sur un pont enjambant la Seine. Ce deuxième ouvrage était constitué de barges flottantes sur lesquelles pouvaient transiter aussi bien les camions que les piétons. Sur la rive droite, une voie rejoignait la route habituelle du Fort, à l’endroit même de la tête de l’ancien pont (une partie de cette toute est encore praticable derrière la station-service). Toutefois, ce pont ne permettait pas le passage de bateaux. Il fut remplacé par un bac à moteur avant le 15 octobre 1944, date à laquelle la navigation fluviale relia à nouveau Paris à Rouen [29]. Le bac fut remplacé par un pont métallique avec passe en son milieu en 1946.  

 

Un treizième (?) ouvrage : le pont Mulberry (1946 / janvier 1955) 

 

A lire...

Un vestige de la Libération : le pont d'Arromanches

 

Le pont de bois sur l’Eure fut remplacé par un petit pont Mulberry, celui que nous connaissons de nos jours. Dans le même temps, le pont canadien sur la Seine fut remplacé par un autre pont Mulberry durant l’hiver 1945-1946 mais suspendu en sa partie centrale afin de laisser passer la navigation fluviale. Construit sous la direction des ingénieurs Lizée, Long-Depaquit et Tardy, il fut réalisé avec 503 pieux de bois issus du pont de la guerre,  des passerelles latérales – en fuseaux – provenant du port d’Arromanches et des passerelles centrales récupérées sur l’ancien pont canadien, le pont de barges. D’abord à voie unique, il fut dédoublé sur les 175 mètres de sa longueur [30]. Il fut conservé jusqu’à la mise en service d’un pont fixe, c’est-à-dire jusqu’à ce que les pouvoirs publics puissent trouver les finances nécessaires à l’entreprise. D’après Louis Béquet, il était encore visible en 1970.

 

Ponts provisoires de la reconstruction

Le pont des canadiens, à gauche, et le pont Mulberry, sur la Seine.     

 

Un quatorzième (?) ouvrage : le pont Le Gall (janvier 1955…) 

Le nouveau pont ne devait plus faire passer les véhicules dans le centre ville de Pont-de-l’Arche. C’est pourquoi il fut décidé qu’il passerait entre Les Damps et la ville avant de retrouver la culée habituelle de l’ancien pont sur la rive droite (les anciennes fondations du fort de Limaie servirent notamment de bases à cette culée). Rappelons que la circulation était tout à fait importante. Le pont de Pont-de-l’Arche permettait à une des deux routes Le Havre-Rouen / Paris de franchir la Seine avant l’ouverture de l’autoroute de Normandie (1968).

L’entrée du pont, rive gauche, devait se faire depuis la route de Paris – donc des Damps – ce qui explique la courbe depuis la limite des Damps jusqu’à la Folie-Vallée, courbe qui laisse l’ancienne route du Vaudreuil bien isolée près des maisons de la rue et de l’impasse Maurice-Delamare. La route nationale Louviers-Rouen fut créée dans le même temps.

Les travaux du pont débutèrent en avril 1951 sous la direction générale de l’ingénieur Le Gall. Les travaux d’infrastructure incombaient aux entreprises Alquié (Paris) et Courbot (Montrouge). Une cinquantaine d’ouvriers étaient à l’ouvrage tous les jours. Les piles furent enfoncées à près de 4 m dans le calcaire du lit de la Seine. 6 000 tonnes de béton et 115 tonnes d’acier ont été nécessaires à la réalisation de cette première tranche de travaux.

Quant au tablier, il fait de ce pont le premier de tous les ouvrages de Pont-de-l’Arche à présenter des arches droites et non plus cintrées. Il laisse un tirant d’air de près de 7 mètres [31]. De plus, ce tablier constituait le record d’Europe des ponts soudés à poutres continues.

Les travaux n’étaient pas terminés que déjà la question de la moindre fréquentation du centre ville était posée. Les auteurs des articles que nous citons dirent que des panneaux bien placés sauraient pallier le préjudice commercial et touristique engendré par le détournement de la circulation… Ils dirent de même que des magasins ne manqueraient pas de s’installer le long de la rue Delattre-de-Tassigny, rue appelée à déplacer le centre ville de Pont-de-l’Arche [32].

Ce dernier pont, situé avenue De-Lattre-de-Tassigny, fut inauguré par Pierre Mendès France, conseiller général de Pont-de-l’Arche et surtout président du Conseil des ministres, le 29 janvier 1955.

 

Nouveau contournant le centre-ville

Vue aérienne sur la déviation reliant Les Damps au nouveau pont de Pont-de-l'Arche en 1954 (le goudronnage du tablier est en cours).  

 

 

Notes

[1] Launay, Armand, « Controverses sur le palais royal de Pîtres », in La Fouine magazine n° 9, Les Damps : chez l’auteur, septembre 2005, 24 p., ISSN 1765-2278, cf. p. 5.

[2] Cité par Coupland Simon, “The Fortified Bridges of Charles the Bald”, in Journal of Medieval History, vol. 17, n° 1, mars 1991, pages 1 à 12.

[3] Hincmar, Annales de l’Europe carolingienne (840-903), Clermont-Ferrand : Paleo, coll. Les sources de l’histoire de France (dir. Éric de Bussac), 2002, 305 pages, voir page 171.

[4] Dearden Brian, "Igoville (Eure) : Le Fort", in Collectif, Archéologie médiévale, t. XX, Paris : CNRS ; Caen : Publication du centre de recherches archéologiques médiévales, 1990, pages 413 à 414.

[5] Meyer, Paul, L’histoire de Guillaume Le Maréchal, conte de Striguil et de Pembroke, régent d’Angleterre de 1216 à 1219, t. III, Paris : Renouard, 1801, voir page 139.

[6] Favier, Jean, Les Plantagenêts : origines et destins d’un empire (XIe-XIVe siècles), Paris : Fayard, 2004, 960 pages, voir page. 620.

[7] Stapleton, Thomas, Magni rotuli Scacarii normanniae sub regibus Angliae,    t. I, Londini [Londres] : Sumptimus Soc. Antiq. Londiniensis, MDCCCXL, 288 pages, voir page 236.

[8] Cité par Duranville, Léon Levaillant de, Essai archéologique et historique sur la ville du Pont-de-l’Arche : documents supplémentaires, Rouen : A. Le Brument, 1870, 55 pages.

[9] Charpillon, Louis-Etienne., Caresme, Anatole, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys : Delcroix, 1868, 960 pages, voir article "Pont-de-l’Arche".

[10] Baudot du Buisson-Aubenay, François-Nicolas (1590-1652), Itinéraire de Normandie, Rouen : Lestringant, 291 p., [entre 1636 et 1640],. pages 42 et 43 : f° 24.

[11] Launay, Armand, « Pont-de-l'Arche et la guerre de Cent ans : 31 ans d’occupation anglaise », pages 15 à 20, in La Fouine magazine n° 8, Les Damps : chez l’auteur, juillet 2005, 24 pages. Aussi en ligne

[12] Delabos, Christian, La Seine et les opérations militaires à la fin du Moyen Age, mémoire de maitrise soutenu à Rouen sous la direction d’Alain Sadourny en 1991, 248 p., cf. p. 66.

[13] Floquet, A. (publ. par), Diaire ou journal du voyage du chancelier Séguier en Normandie après la sédition des nu-pieds (1639-1640) et documents relatifs à ce voyage et à la sédition, Rouen : É. Frère, 1842, 448 p.

[14] Brisson, Charles, Hostalier, A., « Le sixième pont de Pont-de-l’Arche – I.– Un pont millénaire », 7 mars 1952, 1 page, archives d’Elbeuf : Fonds Brisson, dossier 188 C 329.

[15] Fache, Yves, Histoire des ponts de Rouen et de sa région, Luneray : Bertout, 1985, 392 pages.

[16] Bordeaux, Raymond, « Note sur la démolition du pont de Pont-de-l’Arche, pages 149 à 154, Bulletin monumental, 3e série, t. I, ; Paris : Lance ; Rouen : É. Frère ; Caen : Marie-Viel, 1856. 

[17] Coutil, Léon, « Effondrement de deux piles du pont de Pont-de-l’Arche en 1856 », pages 42 à 47, Bulletins de la Société d’études diverses de l’arrondissement de Louviers, t. XIX, années 1925-1927, 47 pages.

[18] L’Industriel de Louviers, 26 mars 1913.

[19] Le Journal du Havre, mercredi 16 juillet 1856.

[20] Bordeaux, Raymond, « Démolition du pont de Pont-de-l’Arche... »

Ce qui est étayé le lendemain dans le même journal : Le passage de la Seine s’effectue, comme l’avons dit, au moyen de bacs. Dans la nuit de mardi à mercredi, ce passage avait été rendu momentanément si dangereux par le violent orage qui avait éclaté sur nos contrées, que pendant plus de deux heures et demie les dépêches de la poste ont été retenues au Pont-de-l’Arche, sans que les bateliers osassent s’exposer à les transporter sur l’autre rive.

[21] Brisson, Charles, Hostalier, A., « Le sixième pont de Pont-de-l’Arche – I.– Un pont millénaire », 7 mars 1952, 1 page, archives d’Elbeuf : Fonds Brisson, dossier 188 C 329.

[22] Le Publicateur de Louviers du 21 janvier 1858.

[23] Brisson, Charles, Hostalier, A., " Le sixième pont de Pont-de-l’Arche… »

[24] Béquet, Louis, " Les neuf ponts de Pont-de-l’Arche ", in Trait d’union. Bulletin d’informations municipales, n° 3, Pont-de-l’Arche : Mairie, 1970, 30 p.

[25] Brisson, Charles, Hostalier, A., " Le sixième pont de Pont-de-l’Arche..."

[26] Fache, Yves, Les ponts…, p. 349.

[27] Brisson, Charles, Hostalier, A., " Le sixième pont de Pont-de-l’Arche… »

[15] Béquet, Louis, « Les neuf ponts de Pont-de-l’Arche… »

[28] Florentin, Eddy, Quand les alliés bombardaient la France, Paris : Perrin, 1999, page 332.

[29] Fache, Yves, Les ponts…, p. 354

[30] Brisson, Charles, Hostalier, A., « Le sixième pont de Pont-de-l’Arche… »

[31] Brisson, Charles, Hostalier, A., " Le sixième pont de Pont-de-l’Arche… »

[32] Brisson, Charles, Hostalier, A., " Le sixième pont de Pont-de-l’Arche… ».

 

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Les moulins

Les remparts

L'écluse d'Igoville

 

Armand Launay

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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 17:49

THE COMMON POINTS ONE CAN FIND WHEN COMPARING THE ENGLISH LANGUAGE TO THE NORMAN LANGUAGE

P. 3


WHEN ENGLISH HISTORIANS SET OUT IN QUEST OF THE FIRST CASTLE ERECTED IN LES DAMPS (9TH CENTURY)

P. 11

 

RICHARD THE LION HEART AND PONT-DE-L’ARCHE

P. 13

 

WILLIAM OF PONT-DE-L’ARCHE : A COURTIER IN HENRY 1ST BEAUCLERC AND STEPHEN OF BLOIS’ COURTS

P. 14


PONT-DE-L’ARCHE AND THE HUNDRED YEARS WAR: 31 YEARS OF ENGLISH OCCUPATION

P. 15


THE BRITISH CAMP DURING THE FIRST WORLD WAR: THE ROYAL FLYING CORPS IN LES DAMPS AND PONT-DE-L’ARCHE

P. 21

 

WILLIAM TURNER (1775-1851) AND DAWSON TURNER (1775-1858) IN PONT-DE-L’ARCHE

P. 24

 

 

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Armand Launay

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1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 15:37

Venus principalement du Danemark et de Norvège, les Vikings explorent le Nord de l’Europe. Commerçants, ils deviennent pirates selon les circonstances. Les richesses qu’ils ramènent dans leurs contrées améliorent leur position sociale ce qui donne l’idée à leurs petits frères d’en faire autant, quelques années plus tard… C’est leur arrivée dans notre région qui a donné naissance à la ville de Pont-de-l’Arche et à la Normandie, la terre des « hommes du Nord ». Retour en arrière en quelques dates…

790-800 : des Vikings sont repoussés par Charlemagne le long des côtes de la mer du Nord.

820 : première expédition viking dans l’estuaire de la Seine. Elle est repoussée par les gardes du rivage.
841 : seconde expédition viking, Jumièges et Rouen sont incendiés. Les Vikings constatent la faiblesse de l’armée franque qui est divisée entre les successeurs de Charlemagne.

La milice de Guérande face aux Normands (à droite) en 919. Un exemple de défense réussie face aux Normands. Extrait de La Vie de saint Aubin, manuscrit du XIe siècle provenant de l’abbaye d’Angers (BnF).

La milice de Guérande face aux Normands (à droite) en 919. Un exemple de défense réussie face aux Normands. Extrait de La Vie de saint Aubin, manuscrit du XIe siècle provenant de l’abbaye d’Angers (BnF).

845 : première expédition vers Paris (rééditée presque chaque année par la suite). Premier paiement par le roi du Danegeld (argent payé aux Danois pour qu’ils repartent).
851 : première fois qu’une troupe viking passe un hiver entier dans la basse Seine (réédité en 852 et par la suite).
856-862 : installation d’une « grande armée » scandinave dans l’estuaire de la Seine. Raids vers l’intérieur du royaume.
860-861 : réaction de Charles le Chauve qui nomme Robert le Fort à la tête d’un grand commandement en Neustrie contre les Normands et les Bretons.
862-869 : construction d’un
pont fortifié à Pont-de-l’Arche pour barrer la Seine, l’Eure et l’Andelle aux Normands. Ce pont est entouré de deux forts. Celui de la rive gauche deviendra la ville fortifiée de Pont-de-l’Arche.

Le système défensif de Pont-de-l’Arche construit entre 862 et 869 par le roi des Francs, Charles le Chauve, afin de protéger Paris et la majeure partie du royaume. La ville de Pont-de-l’Arche est au bout du pont, à droite, et le fort à gauche est aujourd’hui remplacé par la station-essence et le restaurant du Vieux pressoir. Ce dessin (extrait de l’ouvrage de J. Haywood) montre des Normands montant à l’assaut du fort incendié. Cependant, selon Jacques Le Maho, le fort aurait été bien plus petit et concentré en arc de cercle autour de l'entrée du pont, ce qui parait plus logique.

Le système défensif de Pont-de-l’Arche construit entre 862 et 869 par le roi des Francs, Charles le Chauve, afin de protéger Paris et la majeure partie du royaume. La ville de Pont-de-l’Arche est au bout du pont, à droite, et le fort à gauche est aujourd’hui remplacé par la station-essence et le restaurant du Vieux pressoir. Ce dessin (extrait de l’ouvrage de J. Haywood) montre des Normands montant à l’assaut du fort incendié. Cependant, selon Jacques Le Maho, le fort aurait été bien plus petit et concentré en arc de cercle autour de l'entrée du pont, ce qui parait plus logique.

876 : arrivée du chef viking Rollon dans l’estuaire de la Seine.
885-886 : le pont fortifié de Pont-de-l’Arche permet de retenir les Normands pendant quelques semaines avant le siège de Paris.
886-890 : Rollon s’empare de Bayeux.
898 : Charles le Simple devient roi de France (fin de règne en 923). Une partie de la future Normandie se vide de ses habitants et d’une large partie de son administration civile et religieuse. Les Vikings s’installent le long de la Seine et le long des côtes du pays de Caux, du Bessin et du Cotentin. Ils détiennent des biens et deviennent, de ce fait, soucieux de leur protection. De nombreux lieux prennent des noms scandinaves : Harfleur, Honfleur, Amfreville, Martot, Criquebeuf, Sotteville, Igoville…
911 : après une défaite militaire, Rollon s’installe à la table des discussions. Charles le Simple lui cède l’équivalent de la Haute-Normandie si Rollon accepte de reconnaitre l’autorité royale et de devenir chrétien. C’est ainsi que le traité de Saint-Clair-sur-Epte est signé. Rollon devient le premier duc d’une nouvelle province : la Normandie. Celle-ci n’est plus pillée par d’autres Vikings. La paix est rétablie.

Rollon, statue de bronze faisant partie du groupe monumental représentant Guillaume le Conquérant entouré de l’ensemble des ducs de Normandie à Falaise (Calvados).

Rollon, statue de bronze faisant partie du groupe monumental représentant Guillaume le Conquérant entouré de l’ensemble des ducs de Normandie à Falaise (Calvados).

924 : Rollon agrandit ses possessions en conquérant sur les Bretons le Bessin et le Maine.

933 : Guillaume Longue Epée, 2e duc de Normandie, conquiert le Cotentin et l’Avranchin au détriment des Bretons.
1020 : la paroisse de Pont-de-l’Arche est citée dans une charte par laquelle Richard II, duc de Normandie, confirme à l’abbaye de Jumièges ses droits sur cette paroisse. On y apprend que trois moulins sont bâtis sur le pont.
1066 : Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, devient roi d’Angleterre. La lutte entre les rois de France et les ducs de Normandie s’amplifie. Les Normands sont presque indépendants du pouvoir français et deviennent cette année-là les égaux des rois de France.

Flotte normande partie conquérir l’Angleterre, détail de la tapisserie de Bayeux, XIe siècle.

Flotte normande partie conquérir l’Angleterre, détail de la tapisserie de Bayeux, XIe siècle.

1189 : durant une période de paix, Richard Coeur de Lion, duc de Normandie et roi d'Angleterre, et Philippe Auguste, roi de France se concertent pour la fondation de l'abbaye Notre-Dame de Bonport à Pont-de-l'Arche.

Philippe Auguste et Richard Coeur de Lion montrant leur amitié au début de la 3e croisade (1190-1191), Livre d’Eracle, Flandres, vers 1300 (BnF).

Philippe Auguste et Richard Coeur de Lion montrant leur amitié au début de la 3e croisade (1190-1191), Livre d’Eracle, Flandres, vers 1300 (BnF).

1195 : de retour de croisade et de captivité, Richard Coeur de Lion renforce ses défenses contre le roi de France, Philippe Auguste. En plus de Château Gaillard, il fait rehausser les fortifications de Pont-de-l'Arche.

1204 : Philippe Auguste, roi de France, bat Jean sans Terre, duc de Normandie et roi d’Angleterre. Les rois de France retrouvent leur autorité sur la Normandie, 293 ans après le traité de Saint-Clair-sur-
Epte. Philippe Auguste fait de Pont-de-l’Arche sa principale résidence normande. Il fait rehausser le fort situé de l’autre côté du pont. Il fait réparer le pont.

 

Sources

- BAUDUIN Pierre, La première Normandie (Xe-XIe siècles). Sur les frontières de la haute Normandie : identité et construction d’une principauté, Caen, Presses universitaires de Caen, 2006, 485 pages ;

- HAYWOOD (John), L’Atlas des Vikings (789-1100), de l’Islande à Byzance : les routes du commerce et de la guerre, Paris, éditions Autrement, collection Atlas / Mémoires, 1995, 144 pages ;

- LAUNAY (Armand), L’Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l’Arche, éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages ;

- NEVEUX (François), L’Aventure des Normands : VIIIe-XIIIe siècle, Paris, éditions Perrin, 2006, 385 pages ;

- NEVEUX (François), La Normandie des origines à nos jours, Rennes, éditions Ouest-France, 2010, 127 pages.

 

Armand Launay

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  • Contact

Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au cœur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

- Mieux connaitre Pont-de-l'Arche à travers 150 noms de rues et de lieux ! (Autoédité, 2019, 64 pages). 

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte.

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