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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 22:12

Roger Leroux est né le 24 février 1922 à Saint-Victor-d’Epine (Lieuvin) et décédé à Pont-de-l'Arche le 12 aout 1996.

Après l’obtention du Certificat d'études, il devint commis d'épicier à Bernay. A 20 ans il entra dans la clandestinité pour échapper au STO. Il rejoignit le marquis Surcouf créé par Robert Leblanc. A la Libération, il s’engagea au 1er bataillon de Normandie (élément du 1er régiment du 129 RI) qui lui valut la Croix du combattant 1939-1945 et la Croix des combattants volontaires de la Résistance.

Démobilisé en 1946, il travailla dans le monde de l'assurance vie dans la région de Brionne. Il s’installa en 1952 à Léry afin de travailler à Louviers. En 1958, il adhéra au PCF après avoir été longtemps sympathisant. En 1965, il commença sa vie d’élu à Léry en tant qu'adjoint au maire. Il démissionna en 1970 pour s'installer à Pont-de-l'Arche où son épouse était directrice de l'école des filles depuis 1947.

En 1977, il se présenta aux élections municipales de Pont-de-l’Arche et fédéra autour de son équipe PCF les socialistes de Fernand Attal, les radicaux de gauche de René Avril et diverses personnes non encartées comme Paulette Lecureux. Il fut élu face à la droite et devint ainsi le deuxième maire communiste de la ville après André Bénet (1945-1947).

 

1977-1983 : premier mandat

Ce premier mandat est caractérisé par une rupture en matière immobilière avec l'ancien maire Roland Levillain (DVD). Le nouveau maire lança une réflexion globale sur l'utilisation des terrains (avec l'élaboration d'un Plan d'occupation des sols (POS) (1980-1985). Il lança le projet de construction d'une résidence HLM afin de contrecarrer la baisse de population et de garantir une certaine mixité sociale. Roger Leroux et son équipe reprochaient à Roland Levillain sa position ambigüe de maire et, dans le privé, de promoteur immobilier (Groupe maisons individuelles) intéressé par les terrains de La Petite-Nation, aujoud'hui appelée La Pommeraie (Le Trait d'union n° 11, juillet 1979). Il fit mettre fin à un projet de Roland Levillain. 

Ce mandat vit naitre de nombreux équipements publics : la salle de tennis de table (1977), le Mil-club (1979), le vestiaire du terrain de tennis (1980), la couverture d'un court de tennis (1980), les sanitaires au cimetière (1980), l'agandissement de l'école maternelle : trois classes, une salle polyvalente et un restaurant (1982), l'achat des locaux du Centre de loisirs (1980) et sa réhabilitation avec création de piscine... C'est en 1983 que le Conseil municipal demanda aux autorités publiques l'étude d'un contournement de la ville dans un axe Est-ouest mais aussi Nord-sud avec un nouveau pont au niveau du Manoir-sur-Seine.

Du côté de la démocratie locale, ce mandat fut riche en création d'instances participatives :

- l'Association pour les loisirs éducatifs de Pont-de-l'Arche (ALEPA) en 1979 (gérant le Centre de loisirs) ;

- création de l'Office municipal des sports (OMS) en 1979 présidé par Jean-Jacques Lisowski ;

- création du Groupe municipal d'actions culturelles (1981) ;

A noter aussi la naissance des garderies scolaires (1977) et de l'école de danse (octobre 1979). Celle-ci a évolué dans les locaux du Mil-clubs. Devenue intercommunale (1983), elle est l'ancêtre de l'école Erik-Satie (musique, danse et théâtre). 

Ce mandat se traduisit par une hausse des impôts consécutive à l'augmentation des services publics. 

 

1983-1989 : second mandat

Roger Leroux fut réélu aux élections municipales de 1983 face à une liste divers droite de Jackie Lesoive et face à une liste socialiste de Fernand Attal, étrangement ralliée à la droite au second tour et radiée, de fait, du parti socialiste.

Le second mandat de Roger Leroux vit l'émergence des résidences HLM lancées durant le premier mandat : Louis-Aragon (1984), Pierre-Mendès-France (première tranche : 1984, deuxième tranche : 1987). Cette deuxième tranche nécessita l'adoption de nouveaux noms de voies en 1988 : Pierre-Semard, Pierre-Brossolette et Jean-Moulin.

Du côté des équipements publics, la caserne des pompiers fut bâtie (1985) avant que le corps ne fût érigé en Centre de secours (1987), la salle des fêtes fut rénovée (1987), avec le syndicat intercommunal le gymnase du collège fut livré (1986), les terrains de sports furent transférés au chemin de la Procession (1987), la Maison des associations fut créée (1987) dans un local de la rue Roger-Bonnet (acquis en 1988).

C'est aussi durant le mandat de Roger Leroux que de nombreux logements accessibles à la propriété furent créées. Tout d'abord, fut livré le Village Sainte-Anne (1984) avec les rues Jean-Mermoz, Louis-Blériot et Antoine-de-Saint-Exupéry. Puis, fut livrée la résidence Jules-Massenet (1987) avec les rues Georges-Bizet, Hector-Berlioz, Charles-Gounod. Enfin, furent livrés les premiers lots de La Pommeraie à partir de 1986 et, en 1987, le baptême de rues plus ou moins en cours de construction : Antoine-Laurent-de-Lavoisier, Louise-Michel, Louis-Pasteur, Maurice-Ravel, Paul-Langevin, Pierre-et-Marie-Curie. 

Ce second mandat de Roger Leroux connut une légère baisse de la fiscalité.  

 Fete-des-meres-1979.jpg

Roger Leroux, au centre et au fond (regardant vers sa droite), parmi les Archépontaines honorées lors de la fête des mères de 1979 sur le degré de l'hôtel de Ville (Archives municipales). 

 

Aux élections municpales de 1989, Roger Leroux fut battu par Paulette Lecureux, son ancienne adjointe, très investie, qui se présenta sous l'étiquette socialiste. Autour d'elles figuraient de nombreux élus en désaccord sur la gestion de Roger Leroux durant son second mandat.       

 

La résidence Roger-Leroux

Le nom de Roger Leroux fut proposé par Hervé Castel en 2006 pour nommer une rue de la résidence du Chêne-Jaunet en 2006. Son idée fut rejetée car le Conseil municipal ne voulait pas de noms de personnes politiques. Cette idée ressortit néanmoins pour la dernière tranche de la résidence Pierre-Mendès-France inaugurée par le maire, Richard Jacquet en 2008. Programmée par Roger Leroux, cette dernière tranche de la résidence Pierre-Mendès-France prit beaucoup de retard et ce n'est que justice si elle porte son nom.

 

 

Sources

Le Trait d'union, bulletin d'informations municpales

Registres des délibérations du Conseil municipal

 

 

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Les maires de Pont-de-l'Arche

 

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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 22:29

Dans le bas-côté sud de l’église Notre-Dame-des-arts (Pont-de-l’Arche) se trouve un beau retable.

P1160420.JPG

En son centre, se trouve une toile du XVIIe siècle : La Descente de la Croix. Cet ensemble a été classé Monument historique au titre d’objet le 26 aout 1976.

Sous le retable est situé un tombeau d’autel portant un tabernacle. Sur ce tombeau, on voit clairement deux clés croisées. Elles sont l'emblème de saint Pierre, détenteur des clés du Paradis. Autre emblème présent, la tiare papale aux trois couronnes, surmontée d'un lac d'amour et non d'une croix, et une croix de patriarche. 

Sachant que l’église Saint-Pierre des Damps, devenue propriété de la paroisse de Pont-de-l’Arche, a été détruite par cette même paroisse, nous pensons avoir affaire à un vestige de l’église disparue et depuis remplacée par la chapelle Saint-Pierre.

Avec le retable du bas-côté nord, issu de Bonport, nous aurions ici l’origine du deuxième retable latéral de Notre-Dame-des-arts.  

 

P1100282

Détail du tombeau d'autel où l'on retrouve des emblèmes de saint Pierre (les clés croisées et la tiare papale), certainement les indicatifs de l'origine du retable : l'ancienne église Saint-Pierre des Damps.  

 

 

Armand Launay

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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 22:11

A Pont-de-l'Arche, il est difficile de ne pas entendre parler de Maurice Delamare grâce à la rue et à l'impasse qui portent son nom. En effet, l'ancienne « route du Vaudreuil » et ancienne "impasse Salette" ont été rebaptisées ainsi le 4 mars 1937 lors du conseil municipal présidé par Raoul Sergent. Outre l’estime que lui portaient les élus, il semble que l’on ait aussi salué le beau-père de Marcel Ouin, le célèbre patron des chaussures Marco. Mais qui était Maurice Delamare ? 

 

Maurice Delamare

La photo de Maurice Delamare publiée dans

 L'Industriel de Louviers du 14 avril 1928.

 

Né à Veules-les-Roses en 1869 et décédé à Pont-de-l’Arche le 12 juillet 1930, Maurice Delamare acquit une officine de pharmacie à Pont-de-l’Arche. En 1910, il abandonna sa pharmacie pour se consacrer à une fabrique de produits pharmaceutiques fondée en 1897 et transférée en 1912 à Romilly-sur-Andelle.

Maurice Delamare arriva au Conseil municipal grâce aux élections du 24 avril 1900. Il émargeait déjà chez les républicains de gauche, voire radicaux car il fut le seul avec Léon Bataille, maire, à s’opposer à la demande d’ouverture d’une école confessionnelle dans la ville (l'école Saint-Charles). On a aussi compté Maurice Delamare parmi les rangs des républicains radicaux. L’Industriel de Louviers notait, lorsque l’association des républicains de gauche du canton se réunit le 20 avril 1913 pour désigner un candidat pour les élections cantonales : Sur l'insistance de M. Lécaudé, de Léry, qui suppliait M. Delamare de porter le drapeau de la République radicale, le maire de Pont-de-l’Arche a accepté la candidature. Puis par 36 voix contre 24, les membres présents ont décidé de ne pas changer le nom de l'Association républicaine du canton. Ce même journal, devenu conservateur, notait à la mort de l’élu que : D’opinion radicale, M. Delamare ne consentait point à arborer l’étiquette radicale-socialiste et affirmait des idées raisonnables. Un radical modéré mais resté à gauche, en somme. Cette modération traduisait peut-être des soucis électoraux car le canton de Pont-de-l’Arche n’était pas profondément ancré à gauche.

En-tête de lettre de Maurice Delamare, pharmacien, qui fonda une fabrique de produits pharmaceutiques en 1897. Celle-ci fut transférée en 1912 à Romilly-sur-Andelle. Ses locaux sont représentés sur cette illustration (Archives municipales de Pont-de-l'Arche : 5H9).

En-tête de lettre de Maurice Delamare, pharmacien, qui fonda une fabrique de produits pharmaceutiques en 1897. Celle-ci fut transférée en 1912 à Romilly-sur-Andelle. Ses locaux sont représentés sur cette illustration (Archives municipales de Pont-de-l'Arche : 5H9).

Si la popularité se lit au nombre de voix qui se portaient sur notre homme aux différents scrutins communaux, Maurice Delamare séduisait surtout les élus. Le 29 décembre 1909, notre homme talonnait Henri Girard quand il s’était agi de nommer un adjoint au maire, Jules Fromont (républicain de gauche). Le 17 mai 1908, alors qu’il était arrivé en dernière position dans la liste des hommes élus au scrutin municipal, il fut nommé adjoint au maire, Henry Prieur (républicain de gauche). Avec les principaux élus, il avait bataillé pour la construction d’un groupe scolaire mixte, en vain car il fut mis en minorité par ses propres amis conseillers parmi les plus conservateurs qui souhaitaient construire une école neuve pour les seuls garçons.

Ce sont les municipales du 19 mai 1912 qui ont donné le premier mandat de maire à Maurice Delamare où il obtint 10 suffrages sur les 16 conseillers. Ses capacités et sa popularité l’amenèrent à se présenter face à Maurice Hervey (droite) aux élections cantonales. Contre toute attente, il battit ce candidat le 3 aout de la même année. L’Industriel de Louviers publia un article rapportant que 350 personnes se rendirent à un banquet républicain fêtant la victoire de Maurice Delamare dans l’usine du radical Marcel Ouin (MARCO). Il nota que « l’intelligence et la valeur de M. Hervey sont d’une envergure difficile à atteindre par les hommes politiques du département. À la valeur du vaincu se mesure l'importance de la victoire et la joie des vainqueurs ».

Maurice Delamare fut mobilisé dès le début de la Première Guerre mondiale mais fut de retour à la séance du 27 janvier 1915, date à partir de laquelle il put assumer le difficile ravitaillement de la population. Dans un contexte peu favorable à la gauche,

Maurice Delamare ne fut pas réélu lors des cantonales de 1919 face à Alexandre Raoul-Duval (droite) ainsi qu’aux législatives. Notre homme voulut prendre ses distances avec la vie publique et refusa de postuler en tant que maire de la ville le 10 décembre 1919 alors qu’il fut réélu conseiller municipal. Albert Prieur, pourtant nommé maire par 11 voix sur 16, refusa ce poste et ce fut le conservateur Anthime Ferrandier qui fut nommé premier magistrat de la ville.

Cependant on ne refoule pas un penchant aussi facilement, Maurice Delamare fut le président du comité pour l’érection d’un monument aux Morts tombés pour la France durant la Grande guerre, c’est-à-dire un poste clé, au centre de la sociabilité communale.

Inauguration du Monument aux morts de Pont-de-l'Arche en 1923. Il semble que l'orateur soit Maurice Delamare, président du Comité pour l'érection du monument aux morts (photographie : collection particulière).

Inauguration du Monument aux morts de Pont-de-l'Arche en 1923. Il semble que l'orateur soit Maurice Delamare, président du Comité pour l'érection du monument aux morts (photographie : collection particulière).

Le 16 décembre 1923, suite au décès d’Anthime Ferrandier, six conseillers municipaux sur douze désignèrent pour maire Maurice Delamare par trois tours de suite. L’élu refusa ce poste et préféra attendre les élections municipales de 1924 où sa liste républicaine de gauche obtint 16 postes de conseillers municipaux, parmi lesquels les industriels de la chaussure Marcel Ouin, Henry Prieur, Emile Duprai et le docteur Louis Hardy. Le 17 février 1924, il fut élu maire avec 15 voix sur 16. Le cartel des gauches était passé dans les mentalités et, désormais, l’on peut aisément lire un clivage gauche-droite qui ne divisait guère les élus archépontains cohabitant jusqu’alors dans une sorte de cénacle de notables.

Maurice Delamare fut réélu le 18 mai 1929 avec 9 voix sur 16 ; Raoul Sergent en obtenant 6. Cependant notre homme dut très vite se faire remplacer par son adjoint, M. Prieur, tant la vieillesse l’exposait à la maladie.

A son décès le 12 juillet 1930, les festivités du 14-Juillet furent annulées, sauf les remises des prix des écoles. L’église Notre-Dame fut trop petite pour accueillir tout le monde lors de la messe funèbre. Sur la scène politique locale, Maurice Delamare laissa à Pierre Mendès France le flambeau de la gauche républicaine et radicale, avec tout le succès qu'on lui connait.

Un dernier honneur – bien involontaire – s’est produit en 1968 quand la mairie fut installée dans la rue… Maurice-Delamare !

 

 

Sources

Délibérations du Conseil municipal : 1D 13-17.

L'Industriel de Louviers : numéros des 14 avril 1928 et 19 juillet 1930.

 

 

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Les maires de Pont-de-l'Arche

La mystérieuse voute de la rue Maurice-Delamare

Armand Launay

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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 22:43

Après nos études sur des os dans un mur de terre et sur l’hôtel Alexandre Delafleurière qui accueille la mairie, nous revenons dans la rue des Soupirs. Celle-ci porte encore des stigmates de la Seconde Guerre mondiale…

En effet, des impacts d’obus sont visibles sur certains murs en moellon calcaire en face du parc de la mairie.

Des archives de la famille* Anneau, propriétaire de l’hôtel Alexandre Delafleurière, donnent des précisions sur ces impacts.

Dans un dossier de demande de réparation pour dommages de guerre, Robert Gautreau, préparateur en pharmacie, atteste que Robert Anneau, habitant au 19 de la rue Maurice Delamare, a été blessé « lors du bombardement du 8 aout 1944 ».

Un second témoin, Raymonde Dumontier, secrétaire aux Ponts et chaussées (navigation), attestent que Robert Anneau « a subi (…) une destruction totale par un bombardement aérien par forteresses-volantes le 8 août 1944 ». Les archives citent, plus précisément, la maison sise entre le boulevard des Marronniers et la rue Maurice-Delamare.

Il ne s’agit donc pas des bombardements visant le pont de bois, celui-ci ayant été ruiné par les bombardements des 30 mai et 7 juin 1944. Il doit sagir des retombées de tirs d'artillerie allemande résistant à l'aviation alliée.    

 

* Archives départementales de Seine-Maritime : J 472 (1 et 2)

 

 

P1190226

Un impact qui disparaitra dans les semaines à venir à l’occasion de la construction de la résidence Lucie-et-Raymond Aubrac.

 

 Stigmates de la rue des Soupirs

Un autre impact, plus haut dans la rue. 

 

A lire aussi... 

La rue des Soupirs et la Côte d'amour

 

Armand Launay

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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 20:12

Dans le bas-côté nord de l’église Notre-Dame-des-arts (Pont-de-l’Arche) se trouve un retable, belle œuvre de menuiserie datée du XVIIe siècle et classée Monument historique au titre d’objet le 28 aout 1976. A noter aussi, le tombeau d'autel et le tabernacle situés devant le retable.  

En son centre, le retable porte une toile d’origine, « La glorification du rosaire ». Sous le rosaire de la Vierge, elle présente des moines cisterciens, reconnaissables à leur coule blanche et le scapulaire noir. Parmi une assemblée de fidèles écoutant leur office, se trouvent les monarques anglais et français (en bas à droite).

On pourrait se demander la raison de leur représentation dans une église paroissiale ? C’est Emile Chevallier, dans son ouvrage Guide à l’abbaye de Bonport, qui nous en fournit la réponse, page 13*. Suite à la lecture des registres du Conseil de fabrique, il apprit qu’un retable de Bonport avait été acquis par la paroisse de Pont-de-l’Arche en 1812 : « Celui-ci fut placé dans le bas-côté nord, comme le confirme la toile du rosaire de la Vierge qui représente des moines cisterciens, portant la coule blanche et le scapulaire noir ».

La présence des moines et des monarques français et anglais n’est donc pas étonnante sachant que l’ancienne abbaye de Bonport fut fondée par Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste…

 

A lire aussi...

Le retable du bas-côté sud

       

 

* Chevalier Emile, Guide à l’abbaye de Bonport, Pont-de-l’Arche, imprimerie Claude frères, 1906, 92 pages.

 

P1090493

 

P1090508.JPG

 

A lire aussi...

Les stalles de Bonport...

L’église Notre-Dame-des-arts...

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 22:56

Diis manibus

 

 

« Qu’importe par quelle sagesse chacun accède au vrai.

Il est impossible qu’un seul chemin mène à un mystère aussi sublime. »

Quintus Aurelius Symmachus, dit Symmaque, Relatio, III, 10

 

 

Le paganisme regroupe un ensemble de cultes polythéistes pratiqués par les païens, c’est-à-dire les fidèles aux dieux locaux, par différence aux fidèles de cultes extérieurs, principalement les chrétiens qui ont supplanté, interdit, le paganisme. Le choix de ce sujet pour la localité de Pont-de-l’Arche tient plus de la motivation personnelle que de la recherche historique tant les données scientifiques manquent ; ceci exprime donc la partie la plus religieuse, peut-être, de nos valeurs spirituelles. Il nous a néanmoins paru intéressant d’interroger l’histoire locale en reliant des éléments à priori disparates et, quoi qu’il en soit, méconnus. Quant au choix des Damps, il s’impose de lui-même puisque Pont-de-l’Arche a émergé au IXe siècle sur le territoire de cette paroisse plus ancienne.

 

Hetre-Tabouel.JPG

Le paganisme vénère les forces naturelles et leurs manifestations les plus éclatantes. Ici le hêtre Tabouel, sur les hauteurs de Pont-de-l'Arche, peut faire figure d'idole tutélaire du haut de ses 350 ans de vitalité.  

 

 

L’allée couverte des Vauges, première trace de spiritualité

La plus ancienne trace locale de spiritualité a été identifiée par la découverte d’une allée couverte aux Damps, rue des Merisiers. Nous avons rendu compte de cette découverte à la page 36 de notre ouvrage L’Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l’Arche (voir sources). Cette allée couverte a été identifiée par des particuliers lors de la construction des fondations de leur maison au début des années 2000. Sans intervention d’archéologues, une quinzaine de squelettes a été mis au jour entre de vastes pierres de près de 4 mètres de long. Ces pierres rectangulaires formaient une allée d’une dizaine de mètres de longueur et tournée vers l’Est. Les habitants se sont renseignés auprès d'archéologues qui ont identifié des têtes de haches et une hache pendeloque enpierre verte du Jura, objet que l’on mettait au cou des morts. Nous pouvons raisonnablement avancer qu’il s’agit de vestiges d’une allée couverte, type de tombeau collectif du Néolithique final (vers 2300 avant notre ère) courant la région de Val-de-Reuil.

Les allées couvertes étaient composées de deux séries parallèles de menhirs couverts d’autres pierres, on parle alors de cairns, ou de terre, ce qu’on appelle les tumulus. Le tout formait une grotte artificielle protégeant les dépouilles. Les découvertes archéologiques ont parfois mis au jour l’ouverture ronde perçant une pierre condamnant l’entrée. Grâce à cette ouverture taillée, un rayon de soleil touchait le fond de l’allée couverte au solstice d’été. Cette attention toute particulière montre la fonction spirituelle d’un tel édifice. En effet, le soleil est un symbole de renaissance après les ténèbres, la mort. Il démontre que nos ancêtres espéraient une renaissance après la mort. Il était donc crucial que les dépouillent soient touchées par la lumière au matin de la plus longue des journées. C’est pourquoi les allées couvertes étaient orientées, c’est-à-dire tournées vers l’orient. En ce sens, l’orientation des églises chrétiennes est une survivance de cette pratique rituelle. Il en est de même pour les calvaires, comme nous l’avons expliqué dans notre article consacré au cimetière de Pont-de-l’Arche.

Parlant du culte chrétien, nous nous sommes aussi interrogé sur la chapelle Saint-Pierre des Damps et son curieux emplacement.

 

La chapelle Saint-Pierre des Damps héritière d’un temple païen ?

L’allée couverte décrite ci-dessus trahit l’existence d’habitations. En effet, le néolithique est caractérisé par la sédentarisation des hommes qui ont besoin d’entretenir les cultures. La présence humaine aux Vauges rejoint ainsi les nombreuses découvertes archéologiques de Tournedos, Léry et Poses qui attestent une implantation humaine importante et durable autour de ce méandre de Seine. Le vallon des Vauges était, lui aussi, propice à l’implantation humaine. La proche forêt permettait l’élevage, la chasse et l’approvisionnement en bois. Le rebord du coteau, outre l’élevage itou, était propice aux cultures. En bas du vallon, les eaux de la Seine et son proche confluent avec l’Eure étaient propices à la pêche et au transport. Les iles offraient des enclos naturels à certains animaux d’élevage. La forme même du vallon laisse entrevoir que de petits cours d’eau y coulaient paisiblement.

L’éloignement de la chapelle Saint-Pierre du centre historique des Damps, en face de la place du village, nous a étonné. Située en bas du vallon des Vauges, cette chapelle a été bâtie par les fidèles dampsois en 1856 en lieu et place de l’ancienne église paroissiale Saint-Pierre. Cette église fut rattachée à la paroisse Saint-Vigor de Pont-de-l’Arche vers 1780 et démolie par le conseil de fabrique de Pont-de-l’Arche. Depuis le Moyen-Âge, l’église des Damps était mentionnée sous le vocable de Saint-Pierre et rien ne laisse entendre qu’elle ait changé d’emplacement depuis. Selon nous, l’emplacement de Saint-Pierre des Damps indique que le vallon des Vauges rassemblait la majeure partie des habitations à une période reculée. Partant, nous pensons que l’église des Damps, comme tant d’autres, a remplacé un lieu de culte païen situé à proximité directe des habitations d’alors. Pour mémoire, la christianisation eut lieu en Normandie du IVe au VIe siècle.

Par ailleurs, une étude de Georges Dumézil sur le culte de saint Pierre nous conforterait dans la thèse du temple païen. Saint Pierre était le patron des pêcheurs et des agriculteurs. Plus précisément, il était le patron de l’orge car cette céréale monte en épi durant la dernière semaine du mois de juin (entre la saint Jean et la saint Pierre). Alors, pour un village qui a vécu à la fois de la pêche et de l’agriculture, ce patron n’est pas tout à fait étonnant, surtout si l’on considère la position de son ancienne église, entre fleuve et terres agricoles. Georges Dumézil note que saint Pierre, saint de l’économie rurale, a très souvent remplacé un dieu de la fertilité. Si le temple païen des Vauges a bel et bien existé, à quelles divinités celtes puis latines, telle Cérès la déesse de l’agriculture, était-il voué ? La rêverie est permise…  

 

Chapelle-Saint-Pierre-2003.JPG

La chapelle Saint-Pierre durant une de nos visites commentées en 2003 : un édifice remplaçant une église qui, elle-même, pourrait bien avoir remplacé un lieu de culte païen autour de l'ancien hameau des Vauges. A noter, les outils de compagnons sur la pierre devant le public ; outils décrits dans un article consacré aux Amis réunis.   

 

Les établissements gallo-romains des Damps

Une fouille de sauvetage a été réalisée en 1980, aux Damps, sous le court de tennis du Chemin-des-haies (voir Dominique Halbout, sources). Ces fouilles ont mis au jour des bâtiments annexes d’une villa gallo-romaine détruite au bulldozeur. Une cave maçonnée avec soupirail métallique ont été retrouvés parmi du mobilier attestant une présence humaine depuis au moins la fin du 1er siècle jusqu’au IIIe siècle.

Dans notre ouvrage L’Histoire des Damps… nous avons aussi fait état des découvertes archéologiques suivantes : le trésor monétaire près de la maison de la Dame-blanche et de thermes au Vert-Buisson (tous deux dans la rue des Carrières) (page 46). Cependant, c’est à Jean Mathière (voir sources) que nous devons la seule référence au paganisme gallo-romain lui qui cite, page 241, la découverte en 1858 de « statuettes dont une de Vénus » déesse de la beauté et de l’amour.

 

Le fanum de Pont-de-l’Arche

Parmi nos sources non scientifiques, il y a les témoignages des propriétaires de détecteurs à métaux. Si l’inventaire de leurs découvertes est très approximatif, ils apportent de précieux éléments échappant de toute façon aux fouilles scientifiques. L’un d’entre eux m’a ainsi indiqué la présence d’un fanum – un temple rural – près du clos des Cerisiers, sur la route de Tostes. Celui-ci se trouvait à la jonction entre une voie allant vers Caudebec-lès-Elbeuf et Le Vaudreuil et une autre voie allant vers Pont-de-l’Arche et Tostes. Ce petit temple a peut-être fait partie d’une villa établie sur les premiers contreforts du plateau du Neubourg, à l’orée de la forêt.

Peut-être était-il dédié à Faunus, un dieu protecteur des troupeaux contre les loups, d’où son second nom : Lupercus. Ceci ne serait pas délirant étant donnés les nombreux dés à coudre de cette époque retrouvés en forêt de Bord et qui attestent la présence de gardiens de troupeaux dans la forêt ; gardiens qui s’occupaient en cousant… Peut-être que ce fanum honorait Sylvain, dieu de la forêt, notamment pour l’usage des fidèles redoutant la traversée de la forêt.

On peut aussi penser que ce temple était le sanctuaire des dieux tutélaires des habitations situées en contrebas, au futur Pont-de-l’Arche. En ce sens, peut-on établir un lien avec le culte de sainte Anne, patronne de Pont-de-l’Arche depuis le Moyen-Âge ? En effet, le chemin de la Procession, près duquel ont été retrouvés les restes du fanum, doit tenir son nom de la procession qui avait lieu dans le cadre de l’assemblée Sainte-Anne, ancêtre de la fête communale, qui avait lieu à l’orée de la forêt…  

 

Un établissement gallo-romain sur La Plaine de Bonport ?

Léon Coutil écrivit que : « Un peu plus loin, à l’extrémité du village de Criquebeuf, en extrayant du sable et des alluvions caillouteuses, on découvrit en 1888 des vases gallo-romains avec des débris d’incinérations dont nous avons vu deux exemplaires ». Qui plus est, les protecteurs équipés de détecteurs à métaux ont mis au jour de nombreuses monnaies et un pied de statue dans cette zone et, plus précisément, dans le val qui se situe en contrebas du hameau appelé La Plaine de Bonport vers Criquebeuf-sur-Seine. Il semble que ce lieu ait été habité de longue date avant d’être peu à peu déserté.

C’est ce qu’écrivirent en 1898 V. Quesné et Léon de Vesly (voir sources) qui se sont intéressés au village gaulois du Catelier, vraisemblablement appelé Gaubourg « par les envahisseurs du Ve siècle, qui paraissent avoir abandonné la hauteur pour s'établir sur les bords de la Seine en un lieu appelé Maresdans. Il ne reste aujourd'hui de cette station célèbre mentionnée par Guillaume de Jumièges, qu'un tertre couvert de bois : la chapelle, dans laquelle ont été baptisés quelques vieux villageois a disparu et l'image de saint Martin, patron de cette paroisse, a été remplacée dans l'église de Criquebeuf où nous l'avions souvent contemplée. — Quelques pierres et des traces de mortiers qui roulent à la surface des champs, voilà tout ce qui reste de Saint-Martin-de-Maresdans ! »

Cette chapelle a entièrement disparu dans le bois au sud de La Plaine de Bonport et à l’Est du Val-Richard. Seul Maredans [sic] est nommé dans le cadastre de Criquebeuf. Quoi qu’il en soit, ce lieu de culte chrétien a semble-t-il concerné un village. Il est placé sous un vocable ancien, Saint-Martin, et a maintenu le nom de Maresdans, qui signifie « mare des Damps ». Ce nom est donc antérieur à la fondation de Pont-de-l’Arche autour de l’entrée sud du pont bâti entre 862 et 873 par Charles le Chauve. De là à penser qu’un temple païen a été remplacé par une chapelle dédiée à saint Martin, il n’y a qu’un pas que nous serions tenté de franchir, une fois de plus. 

 

Des rituels païens christianisés

Si le catholicisme est héritier du christianisme importé du Proche-Orient, il est né parmi les rites païens de l’Empire romain. A ce titre, bien des pratiques locales ont survécu en étant christianisées.

La statuaire des églises

La riche statuaire accompagnant le culte des saints est un héritage des innombrables statues de dieux, d’empereurs, ou de grands personnages publics de l’Empire romain. Les divinités d’alors, et parmi elles les âmes des morts, étaient des voies plurielles permettant de s’approcher du divin. A ce titre, le recours massif du catholicisme aux statues représentant les saints, Jésus ou Dieu-le-Père n’est pas sans rappeler la Rome antique d’autant plus que les statues étaient interdites par le judaïsme, terreau du christianisme : « Tu ne te feras point d'idole, ni une image quelconque de ce qui est en haut dans le ciel, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux au-dessous de la terre. » (Exode, chapitre 20, verset 3). Le drapé des personnages, d’un point de vue esthétique, et le rappel de la vie des saints, contribuent à faire de l’Antiquité une sorte d’âge d’or où le christianisme a vaincu le paganisme. Cependant, le Moyen-Âge, tout chrétien qu’il fut, n’a vraisemblablement pas dépassé cette époque rêvée. Quelque part, le paganisme était un ennemi tellement important que la victoire contre celui-ci semble constituer la principale réussite du christianisme.

Sainte Marie de Bonport

Léon de Duranville, citant Hyacinthe Langlois (Recueil de quelques sites et monuments de l'ancienne France, 1817) nous renseigne sur un pèlerinage qui avait lieu au bord de l’Eure, en face de la porte de la Vierge donnant accès à l’ancienne abbaye de Bonport : « C’était là que, le 23 juin, veille de la solennité de Saint-Jean-Baptiste, se rassemblait annuellement de toutes parts, dit encore Langlois « une multitude de femmes qui, au premier coup de l’Angelus de midi sonnant au monastère, plongeaient simultanément dans la Seine leurs petits enfants nus. Beaucoup d’adultes des deux sexes se soumettaient eux-mêmes à cette cérémonie pieusement gymnastique, qu’ils considéraient comme le préservatif et la cure de certaines maladies. […] Qui pourrait affirmer que ces coutumes si pleines d’originalité ne sont pas venues de l’époque païenne, qui divinisa les arbres et l’eau ? » (pages 216-217). En 1856, Léon de Duranville précisa que « Ce pèlerinage superstitieux n’est pas encore abandonné à Bonport, malgré la disparition du groupe. On l’a transporté dans l’église du Pont-de-l’Arche… » (page 218). Le « groupe » cité est la statue de Marie et, sur ses genoux, du Christ mort qui ornait la porte de la Vierge à Bonport. Ce groupe enpierre du XVIe siècle, classée Monument historique en 1977, se trouve sur le premier pilier du bas-côté nord de l'église Notre-Dame-des-arts.  

 

Bonport-2012.JPG

Des pratiques païennes ont longtemps survécu sous la forme d'un pèlerinage en face de Bonport, dans les eaux de la Seine. Elles consistaient à donner de la vigueur aux enfants.  

 

Le Hêtre Saint-Ouen de Léry

Bien qu’en dehors de notre aire d’étude, nous aimons à citer le culte de la fertilité célébré sous des airs catholiques à Léry, dans la forêt de Bord, la forêt de Pont-de-l’Arche. Voir notre article. 

 

Le baroque ou le souffle (gréco)-romain

L’arrivée du protestantisme au XVIe siècle a largement concurrencé le catholicisme. Il l'a même remplacé dans des royaumes entiers. Le protestantisme se veut universel et missionnaire, des synonymes des valeurs de l’Eglise qui se dit catholique et apostolique. Symboliquement, l’Eglise a renforcé un point qui ne pouvait lui être contesté : sa romanité. L’église catholique, apostolique et romaine a été fondée dans la capitale de l’Empire romain par saint Pierre.

La lutte contre l’expansion du protestantisme, la Contreréforme, s’est notamment traduite par une imagerie puisant dans les canons artistiques de l’antiquité gréco-romaine. Un nouveau style a émergé, le baroque, qui a remis au gout du jour l’ornementation de la Rome antique. Au premier chef, les colonnes et les frontons des temples. C’est ce qu’on l’on retrouve au chœur de l’église Saint-Vigor, devenue Notre-Dame-des-arts en 1896. Le maitre-autel érigé vers 1630-1640 se présente comme une entrée de temple païen… au chœur du sanctuaire chrétien.

L’histoire est ironique car saint Vigor, évêque de Bayeux, s’était fait connaitre en partie pour la lutte contre le paganisme et les colonnes païennes auront survécu à ce personnage notamment pour laisser place à Notre-Dame des arts, sorte de mère des Muses. Après tout, le Pape n’est-il pas le Souverain pontife ? C’est-à-dire le successeur des Grands pontifes romains, responsables de l’entretien du pont sacré et de la bonne pratique des rituels païens. Parmi ces pontifes, citons Symmaque qui  nous a fourni la citation du début de cet article…  

 

Photo 092Le maitre-autel de l'église Notre-Dame-des-arts (vers 1630-1640) : une oeuvre baroque issue de la Contreréforme et qui puise dans les canons de l'antiquité gréco-romaine et, notamment, ses temples dédiés aux dieux pluriels.      

 

Orientations documentaires

- Dumézil Georges, « Deux petits dieux scandinaves : Byggvir et Beyla, VI, Pekka, Pekko et Saint-Pierre », p. 76, in Mythes et dieux de la Scandinavie ancienne, collection bibliothèque des sciences humaines, Paris : Gallimard, 2000, 373 pages ;

- Duranville Léon Levaillant de, Essai archéologique et historique sur la ville du Pont-de-l’Arche et sur l’abbaye Notre-Dame-de-Bonport, autoproduit, 1856, 231 pages ;

- Halbout Dominique, « Note sur la fouille de sauvetage menée aux Damps (Eure) en juin, juillet, août 1978 », Bulletin du Centre de Recherches Archéologiques de Haute-Normandie n° 5, janvier-février 1979, page 10 ;

- Launay Armand, L’Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l’Arche, Condé-sur-Noireau : Charles-Corlet, 2007, 240 pages, voir les chapitres « Les premières traces des hommes entre Léry et Criquebeuf-sur-Seine depuis la Gaule romaine », pages 35 à 41, et « L’occupation du site des Damps de la Gaule romaine à la période germanique : le poids local d’un village fluvial », pages 42 à 50 ;

- Mathière Jean, La Civitas des Aulerci Eburovices à l’époque Gallo-romaine, Evreux, Librairie A. Drouhet, 1925, 355 pages ;

- Quesné V., de Vesly Léon, « Nouvelles recherches sur Le Catelier de Criquebeuf-sur-Seine (Eure) », in Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques, année 1898, Paris : imprimerie nationale, 1898.

 

                                                                                      

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 22:41

 

Le pont du diable à Pont-de-l’Arche : la légende face à l’histoire

Il fut un temps, pas si lointain, où l’on bâtissait tout ou presque à la force du poignet, les ponts y compris. Les chantiers étaient alors de vastes entreprises qui devaient impressionner nos ancêtres tout comme nous sommes admiratifs des prouesses tecniques et donc humaines que sont le pont de Normandie ou le viaduc de Millau, par exemple.

C’est pourquoi les observateurs du chantier d'un pont devaient se dire que l’architecte avait vendu son âme au diable pour mener à bien une entreprise de cette ampleur, voire de cet orgueil. Enfin, avait-il vendu son âme ou conclu quelque autre marché satanique ? L’architecte exposait toujours la vie des autres ; que ce soit celle des ouvriers pendant les travaux ou celle des usagers depuis l’inauguration du pont jusqu’à son délabrement. Il avait, en ce sens, pouvoir sur autrui ou encore partie liée avec Satan. 

Les légendes qui font intervenir le diable dans la construction de ponts sont loin d’être rares. Citons pour témoin le pont sur le Vaerebro, près de Roskilde (dans le canton de Jyllinge au Danemark, sur la même ile que Copenhague) [1].

Plus précisément, l’exemple de Pont-de-l’Arche nous a fait remarquer que de nombreuses versions existaient autour d’un même pont. Si elles peuvent se résumer autour de mêmes personnages aux actes assez similaires, elles expriment chacune une originalité qui dénote la culture, la sensibilité de leurs auteurs.

Les versions de la légende touchent aux thèmes de la prouesse déployée pour la construction du pont et de son érosion. Trois des quatres versions que nous reproduisons ci-dessous citent la dernière arche du pont, celle qui permet le passage des bateaux. Difficile à bâtir et à entretenir, c'est donc l’arche du diable. Ce point semble inspiré de la réalité...

En effet, aux XVIIe et XVIIIe siècles, des témoins ont noté la difficulté de l’entretien de la grande arche, près du château de Limaie. Lorsque le dimanche 1er janvier 1640 M. le chancelier Séguier inspecta en personne le pont et le château de Limaie, il remarqua dans son Diaire que l’une des piles de l’arche principale, proche le dict chasteau, par laquelle on faict remonter les bateaux… est presque toute ruinée et consommée soit par le hurt des glaçons, soit par le courant de l’eaüe… Cette même année commencèrent de vastes travaux financés par l’État afin d’ériger un pont neuf.

Or on rapporta, dès 1712, que ce pont menaçait déjà ruine et que la navigation était entravée par les pêcheurs et les gords [2]. Selon Yves Fache, dont les références sont parfois aléatoires, deux arches du pont s’ouvrirent au début du XVIIIe siècle [3].

Du fait de la grandeur de l’arche sous laquelle on halait les navires, il n’est pas étonnant de penser qu’elle était la plus exposée à la chute et, par conséquent, qu’elle nécessita plus d’entretien que les autres arches. À notre avis, la légende du pont diabolique trouve son origine ici même ainsi que dans l’impression de défi humain que constitue l’érection et l’entretien d’un tel ouvrage. Les variantes autour de la la légende restent mineures et doivent provenir des érudits qui ont eu l’heureuse idée de coucher par écrit cette légende populaire. C'est ce qui expliquerait le mélange des siècles, la présence du duc de Normandie, du gouverneur d’Hasdans (terme qui n’a pu franchir les âges puisqu’il s’est transformé, dans sa forme populaire, en Les Damps)…

A. Launay

 

 

A lire aussi...

Les ponts de Pont-de-l'Arche de 862 à nos jours

 

 

Notes

[1] Dumézil Georges, "La gestatio de Frotho III et le folklore du Frodebjerg", pages 81 à 90, in Mythes et dieux de la Scandinavie ancienne, Paris : Gallimard, 2000, coll. Bibliothèque des sciences humaines, 373 pages ;

[2] Brisson Charles, Hostalier A., "Le sixième pont de Pont-de-l’Arche – I.– Un pont millénaire", 7 mars 1952, 1 page, archives d’Elbeuf : Fonds Brisson, dossier 188 C 329 ;

[3] Fache Yves, Histoire des ponts de Rouen et de sa région, Luneray : Bertout, 1985, 392 pages.

 

 

Version de la légende par Alf. B. (1833) 

Alf. B., "Le Pont-de-l’Arche – Tradition normande", in La Revue de Rouen, 2e semestre 1833, 423 pages.

 

 

Nam asellus, quem ante me agebam,

Primus tibi occurrit.

 

Car l’âne que je menais devant moi

Vous a rencontré le premier.

 

                (Hist. d’Alexandre-le-Grand).

 

« Par saint Vigor, mon patron ! Voici bien du nouveau ! Pauvre passager que je suis ! Comment nourrir, maintenant, ma bonne mère que j’aime ? Comment épouser Brigide, la fille du pêcheur ? »

Et le malheureux s’élança dans la ville, criant partout au miracle !

C’est qu’en vérité ses yeux avaient été frappés d’un bien incroyable prodige : la veille encore, lorsqu’aux rayons du soleil couchant il avait attaché sa barque au rivage, la Seine passait libre et fière devant sa cabane : esclave aujourd’hui, elle partage ses eaux aux vingt-deux arches d’un pont.

Certes, il y avait, dans cette rapide construction, quelque chose d’inaccessible à toute intelligence humaine, et les bourgeois se refusèrent, tout d’abord, au témoignage de l’infortuné batelier. Mais, enfin, comme il continuait de crier, sans qu’on eût pu apercevoir en lui aucune marque de folie, un, puis deux, puis tous, descendirent aux poternes : Force leur fut alors de se rendre compte à l’évidence.

Or, ce que le seul Jehan, compagnon cordonnier, osa penser à cette époque, tous le répètent aujourd’hui : « Ce pont était œuvre infernale. » 

Voici le fait : 

Dans une année qui n’est plus bien connue, mais que l’on sait seulement être fort éloignée, le désir vint au duc de Normandie d’aller faire une visite au comte d’Évreux, son puissant vassal. D’aucuns disent qu’il y avait, dans cette démarche, plus que de la courtoisie, quelque arrière pensée d’usurpation. D’autres témoignent, au contraire, de la bonne foi du prince, et il en est même qui rappellent un mariage. Quelle que soit, du reste, la meilleure de ces opinions, peu importe à notre récit. Le point principal, le seul nécessaire est le passage du duc par la ville théâtre de cette action, et située entre Rouen et Évreux.

Toutes les lumières étaient disparues des maisons ; le fiancé de Brigide, lui-même, reposait depuis deux heures, et la garde de nuit était déjà renouvelée trois fois à la grande tour du château. Tout à coup retentissent au loin les pas d’un cheval au galop ; puis un homme d’arme paraît bientôt, qui d’un seul mot fait tomber le pont-levis. Il semblait un guerrier normand, et se disait chargé pour le gouverneur des volontés du terrible duc, leur souverain seigneur à tous les deux. Aucune porte ne résistait à ce nom tant redouté, et l’envoyé se trouva bientôt en présence de celui qu’il cherchait. Le gouverneur était un homme bon et vaillant à demande, épris, avant tout, de son épée et de sa fille.

Ne saurait dire quel effet produisit sur lui l’arrivée de l’inconnu, car ses gardes étaient éloignés, et l’homme qu’il aperçu n’était plus celui qu’avaient reçu ses archers.

Au lieu de l’humble costume d’un chevaucheur, une armure noire étincelant brillait sur sa poitrine. Sa taille était haute, son visage livide et profondément ridé. Quand il s’approcha du grand foyer, la flamme pâlit, et ce fut comme un bruit d’airain quand il vint à parler :

« Messire, dit-il, un homme venait de Rouen vers toi à la plus grande vitesse de son cheval. Mais, entourés des ténèbres, coursier et cavalier se sont abîmés dans le fleuve. L’ordre qu’ils portaient, le voici, de son exécution dépend ta bonne où ta mauvaise fortune. »

Le gouverneur étendit le bras comme porté par une force invisible, et reçut une large parchemin au sceau du duc de Normandie.

Lecture faite, il semble réfléchir, puis il allait appeler :

« Quels ordres veux-tu donner ? » dit, en l’arrêtant, son mystérieux interlocuteur : « la deuxième heure n’aura pas sonné demain depuis le lever du soleil, que déjà le duc paraîtra sur la rive opposée, suivi de ses hommes d’armes et des gens de sa maison.

En si peu de temps, que faire ?

Ne te serait-il pas impossible de rassembler le nombre de barques nécessaire au passage, que de manquer aux volontés de si puissant et si impérieux seigneur ? »

Le gouverneur ne répondit rien, mais il sentait toute la portée de ces paroles.

« Que les ordres du duc soient remplis, ajouta l’inconnu, et puissance croîtra suivant son bon désir. Néglige, au contraire, de le satisfaire, et ta ruine entraînera celle des tiens, celle de ta fille.

Puissance de Satan ! Qui peut m’aider en ce pressant danger ?

- Celui-là même que tu viens d’invoquer. »

Le gouverneur frémit, car il savait maintenant quelle voix lui parlait, quelle main s’appuyait pesante sur son épaule.

« Nos conditions, dit-il en balbutiant ?

- Pour toi un pont, pour moi le premier être qui de ses pas en pressera les dalles. »

Le gouverneur jura sa parole de chevalier, et Satan disparut pour tenir la sienne.

À ce nom, disent les vieilles, un bruit de chaînes, mêlé de voix nombreuses, retentit par tout le pays.

Cette apparition resta toute la nuit comme un songe dans l’esprit du gouverneur. Puis, à la première lueur du jour, poussé par je ne sais quel mouvement indicible qui, dans les choses même les plus incroyables, nous fait toujours tenter une vérification, il sortit de son château sans trop se faire compte de cette démarche. Mais le même instinct qui l’avait amené dans la ville, le conduisit au rivage. Partout régnait le silence car les bourgeois dormaient encore.

Déjà, il était en vue du pont, lorsque accourut vers lui son enfant bien aimée qui, inquiète de ne l’avoir point trouvé à son réveil, le cherchait partout, et pensa, dans la rapidité de sa course, être entraînée sur les dalles maudites.

Le souvenir des paroles de Satan vint alors frapper comme la foudre, la tête du malheureux père. Un froid subit courut par tous ses membres ; une sueur glaciale couvrit son visage ; et ce fut comme machinalement qu’il trouva encore assez de force pour lancer avant sa gentille Alice un chat, mis près de lui, disent les braves gens, par la protection de saint Vigor.

Anéanti, tremblant de tout son corps, il serre sa fille contre son sein, et, chargé de ce précieux fardeau, regagne précipitamment le château.

Une heure après, le passager, avait, comme nous l’avons dit, réveillé tout le monde ; et ce ne fut, durant la journée, que bruits d’hommes et de chevaux. Sur le soir, le duc de Normandie quitta la ville pour continuer son voyage ; mais on ne m’a point dit s’il fut ou non surpris de l’architecture diabolique du pont.

Seulement, au milieu de la nuit suivante, une forte odeur de soufre arracha le gouverneur au sommeil, et l’homme de la veille apparut à son chevet.

« J’ai accompli ma promesse, dit-il, et toi, tu as éludé la tienne : par grâce pour les bourgeois de la ville, ce qui est fait est fait ; mais, quand le jour m’a surpris, une arche restait inachevée : jamais on ne la finira. Ta mauvaise foi l’a méritée ; ma puissance y pourvoira. »

Il dit, et s’abîme comme la première fois.

Huit jours plus tard, le batelier, riche d’un trésor qu’il avait trouvé, épousa Brigide, sa fiancée.

La ville où tout cela s’est passé a reçu depuis le nom de Pont-de-l’Arche ; et cette arche si célèbre, on la montre encore à gauche, en arrivant de Rouen, à l’entrée du pont. Souvent, on a tenté de la fermer, mais les pierres qu’on a employé, ou deviennent tout à-coup disproportionnées en longueur, ou, placées pendant le jour, disparaissent la nuit au fond des eaux. »

 

                                                                                                          Alf. B. (Rouen) 

 

Version de la légende par Léon de Duranville (1843)

Léon Levaillant de Duranville, "Nouveaux documents sur la ville de Pont-de-l’Arche", in Revue de Rouen, 1843, vol.1-2.

 

Comme si ce n’était point assez, pour le pont construit sous Charles-le-Chauve, et qui fournit le nom de la petite ville de Pont-de-l’Arche, que de remonter jusqu’aux invasions normandes, et d’avoir été construit au chant des terribles litanies du IXe siècle, on a voulu lui donner une origine diabolique : le prince de l’enfer a semblé préférable au roi de France, au petit-fils de Charlemagne.

Il existe plusieurs variantes de cet événement merveilleux. [...]. Ou bien l’architecte n’aurait pas voulu de l’assistance du prince d’enfer, qui lui faisait offre de services, et pour lors Satan, partout reconnaissable à ses griffes, c’est-à-dire à ses mauvais tours, aurait juré que personne ne verrait le pont fait et parfait, ni dans les IXe, Xe et XIe siècles, ni même dans le XIXe. Ou bien le découragement de l’architecte fut si grand, qu’il supplia le mauvais génie de lui venir en aide. Le prix qu’il s’engageait à payer était d’une autre valeur que le premier objet vivant : il promettait de livrer son âme, de la dévouer aux tourments éternels de l’autre monde, à ces supplices que le tentateur porte partout avec lui, à cet enfer, qui n’abandonne jamais Satan quand il apparaît sous forme humaine, quand il se plonge dans les eaux de l’Océan et soulève d’affreuses tempêtes. Le jour de l’échéance devait être le propre jour où l’ouvrage serait terminé : “Or sus, maintenant,” lui crierait une voix épouvantable, “tu m’appartiens à bon droit, tu es un de mes vassaux.” Désolé d’avoir souscrit un semblable engagement, il répandait des larmes amères : on peut en répandre à moins. Heureusement, son repentir intéresse son patron en sa faveur et, chaque nuit, ce bienheureux habitant du ciel enlève quelque pierre du pont. Il en fut ainsi de la toile de Pénélope et du tonneau des Danaïdes : le pont ne fut jamais achevé entièrement ; l’architecte eut le temps de mourir de sa belle mort et d’échapper aux griffes qui le convoitaient » 

 

 

 

Version de la légende par Louis Bascan (1902) 

Bascan Louis, Légendes normandes, Paris : C. Delagrave, 1902, 238 pages, voir page 135.

 

 

Il y a des siècles et des siècles, la ville de Pont-de-l’Arche s’appelait Hasdams, et Hasdams était fort connu dans toute la Normandie par son pont de vingt-deux arches qui faisait communiquer les rives de la Seine.

Il n’avait pas été facile à construire, ce pont-là. L’architecte qui en avait dressé les plans avait bien édifié vingt et une arches sans trop de difficulté, mais la vingt-deuxième défiait tous ses efforts. On apportait des montagnes de moellons : en quelques heures, le courant les entraînait. On entassait des blocs énormes : les pierres s’allongeaient ou se rétrécissaient. On coulait du mortier au fond de l’eau : il s’en allait comme du sable fin. Le malheureux architecte était désespéré.

Un jour qu’une nouvelle tentative venait d’échouer piteusement, il s’assit par terre, mit sa tête entre ses mains et s’écria plein d’amertume :

« Je n’ai plus rien à faire. Que le diable finisse le pont s’il le peut ! »

À peine avait-il achevé ces paroles qu’il entendit une voix étrange lui répondre :

« Le diable peut tout ce qu’il veut. »

L’architecte, stupéfait, regarda autour de lui. Il ne vit personne, sauf son chien, un grand lévrier noir, qui fixait sur lui des yeux de flammes. Jamais il ne lui avait vu des yeux pareils. Toutefois, croyant être le jouet d’une hallucination, il haussa les épaules et laissa retomber sa tête sur sa poitrine.

La même voix étrange reprit avec force :

« Je te répète que le diable peut tout ce qu’il veut. »

Cette fois, il n’y avait point à s’y méprendre : c’était son chien qui avait parlé, car il avait encore la bouche ouverte.

L’architecte voulut répondre ; aucun son ne put sortir de sa gorge.

« Allons, dit son chien d’un ton sarcastique, n’aie pas peur. Je suis venu pour t’aider.

- Alors, demanda l’architecte, c’est donc vrai ce qu’on disait ?

- Que disait-on ?

- On disait que vous êtes le diable.

- C’est vrai ; je n’ai pu le cacher. Un jour que des apprentis voulaient me jeter à l’eau, je saisis le plus méchant d’entre eux par le cou et le lançai dans le fleuve, où il se noya. Depuis cette aventure on me laisse tranquille, mais j’ai une mauvaise réputation. Qu’importe après tout ! Voyons, ne perdons pas de temps : désires-tu que je finisse ton œuvre ?

- Je le souhaite de tout mon cœur ; mais c’est impossible.

- Impossible ! Rien ne m’est impossible. Si je le veux, la vingt-deuxième arche de ton pont touchera la rive demain matin.

- Oh ! que je vous serais reconnaissant !

- Merci, je ne tiens pas à la reconnaissance. Je préfère quelque chose de positif.

- Quoi donc ?

- Pas grand’chose.

- Mais encore ?

- L’âme de la première créature qui franchira le pont.

- C’est tout ?

- Je voudrais bien traiter avec vous, mais qu’est-ce qui me prouve que...

- Ah ! tu doutes de ma puissance ?

- Ma foi !...

- C’est bon ; je vais te montrer des choses que tu n’as jamais vues. Monte sur mon dos, prends-moi par le collier, et ferme les yeux ; tu ne les ouvriras que lorsque je te le dirai. »

Machinalement, l’architecte obéit à son chien, et, en un clin d’œil, il se trouva transporté dans un lieu désert et sauvage. D’énormes quartiers de rocs, dressés çà et là, donnaient à ce lieu l’aspect d’un cimetière de géants. Une herbe maigre et courte, qui poussait par places, semblait couvrir la terre d’un manteau déchiré.

Le chien tendit le cou vers un fossé où remuait quelque chose et aboya. Aussitôt les rocs disparurent ; à leur place s’éleva un merveilleux palais. Des colonnes d’onyx soutenaient le fronton imposant ; les marches étaient de granit rose ; les couloirs et les murs, brillants comme des glaces, étaient incrustés de marbres de toutes les couleurs ; le plafond, lumineux comme un ciel d’Orient, resplendissait d’étoiles.

L’architecte ébloui se tourna vers le chien pour lui exprimer son admiration. À ses côtés, il ne vit plus un lévrier noir, mais un beau seigneur vêtu de velours rouge et couvert de pierreries étincelantes.

« Eh bien! lui demanda le beau seigneur, doutes-tu encore de ma puissance ?

- Excusez-moi, balbutia l’architecte.

- Volontiers, mais je veux te montrer autre chose avant de travailler pour toi. »

Il frappa dans ses mains. Au même instant, une salle immense apparut à leurs yeux, remplie de seigneurs et de dames richement vêtus, qui dansaient au son d’un orchestre invisible. La musique était douce et langoureuse comme un chant d’amour. Puis, les couples s’assirent devant des tables chargées de flacons dorés, de coupes de cristal et de fruits superbes. De petits hommes, d’une prestesse inouïe, satisfaisaient leurs moindres désirs. Bientôt après, la salle du festin s’évanouit, et devant les convives, à perte de vue, s’étendirent des jardins avec de vertes pelouses, de frais ombrages et des fontaines murmurantes.

- « Que tout cela est beau ! s’écria l’architecte ravi.

- Alors, c’est entendu ? dit le diable. Rentre chez toi et dors en paix jusqu’à demain matin. Pendant ce temps, je vais achever ton pont, et j’aurai en récompense l’âme de la première créature qui le franchira.

- Entendu, » dit l’architecte.

Un voile de ténèbres s’abattit devant ses yeux ; il s’affaissa sur le sol et s’endormit d’un profond sommeil...

Quand il se réveilla, il était chez lui, dans une cabane en planches construite non loin du pont. S’étant frotté les yeux, il aperçut son chien qui paraissait le veiller. Cette vue le tira de sa torpeur : vite il se leva, se vêtit et courut dehors.

Ô prodige ! la vingt-deuxième arche s’arrondissait par dessus le fleuve.

L’artiste ressentit une fierté inconnue. Son orgueil fut bientôt caressé par les éloges de ses compagnons, des habitants du pays, du seigneur et de sa suite. Jamais il n’avait rêvé pareil triomphe. Sa joie fut complète lorsque le seigneur, à haute voix, devant tout le monde, promit de lui accorder ce qu’il voudrait.

Notre homme, embarrassé, demanda un jour de réflexion. Il se retira dans sa cabane, l’esprit préoccupé. Il n’était pas sans remords. Toute la nuit, il médita sur les terribles conséquences du pacte qu’il avait conclu avec Satan. Il craignit pour les autres, il craignit pour lui-même. Son front était baigné de sueur. Des visions épouvantables défilaient devant lui...

Enfin, après avoir souffert mille angoisses, il poussa un soupir de soulagement, sourit et se frotta les mains : il venait de trouver le moyen de duper l’éternel dupeur.

Le lendemain matin, il pria le seigneur de lui donner un âne pour éprouver lui-même la solidité du pont. Dès qu’on le lui eut amené, il s’arma d’un aiguillon, piqua le baudet, qui partit au galop et traversa la vingt-deuxième arche ; ce fut ainsi la première créature qui passa le pont.

Le diable, qui avait repris la forme d’un lévrier noir et qui était assis à l’extrémité de son œuvre, comprit le mauvais tour qu’on lui jouait. Humilié de sa défaite, il jura, mais trop tard, qu’on ne le prendrait plus à contracter des marchés avec des architectes normands.

 

 

Version de la légende par Charles Brisson (1929)

Brisson Charles, Herval René, Lepilleur A., Légendes et récits de Normandie, Elbeuf : Paul Duval, 1929, 157 pages, voir pages 25 à 29.

 

 

Dendeville--pont-diable-.JPGIllustration de Raymond Dendeville dans Légendes et récits de Normandie de Charles Brisson, René Herval… voir page 8. 

 

Le 12 juillet 1856, s’écroulait le vieux pont de Pont-de-l’Arche, sur la Seine, l’un des doyens des ponts de France, puisqu’édifié en trois ans, de 862 à 865 par ordre de l’archevêque Hincmar.

C’était à la fois un barrage et un pont fortifié, portant moulins et demeures, et solidement défendu à ses extrémités par des ouvrages militaires.

Il s’en fallait donc de peu – neuf ans seulement, – que le vénérable édifice ne vécut mille ans ! Naturellement, il avait sa légende, née du fait qu’une telle construction ne pouvait être œuvre humaine. – Si l’histoire affirme que trois années avaient été nécessaires, la légende qui voyait là œuvre surnaturelle se contentait... d’une nuit ! mais avec l’inévitable concours du Diable.

Hincmar avait appelé des ingénieurs byzantins réputés, tenant à ce que son seigneur et roi, Charles-le-Chauve, disposât d’une œuvre susceptible de défier le temps et les hommes. Mais Byzance était loin et la route longue... Le roi se morfondait en l’attente des orientaux attendus et chaque jour craignait quelque nouvelle incursion des pirates venus du bas-fleuve.

C’est alors qu’un pauvre homme de la paroisse de Saint-Germain d’Alizay, désireux de voir son roi débarrassé de tout souci, et sans doute aussi de savoir son chétif patrimoine à l’abri, se dit à haute voix sans doute :

« Si je connaissais quelque moyen de satisfaire le désir du Roi nostre Sire, sans attendre ceux qui tardent tant, certes ma fortune serait chose faite... Mais seul le Diable pourrait faire celà et m’assister ! »

Il n’avait pas achevé sa phrase... ou sa pensée, que Satan surgissait, dans la classique odeur de souffre qui accompagne ses apparitions. – Le bonhomme, dit la Légende, n’en fut pas exagérément surpris, ce qui peut paraître étrange, mais il avait tant de fois vu le diable logé en sa bourse qu’une apparition de plus n’était pas pour l’effrayer outre mesure !

« Tu as besoin de moi ?

- Sire diable, dit le paysan, je ne t’ai pas appelé, mais puisque te voilà, dis-moi donc si tu saurais bâtir un pont solide, d’ici où nous sommes jusqu’à l’autre côté de la vallée ?

- Jeu d’enfant pour moi ! » répliqua le Malin.

- « Possible ! mais quelle preuve peux-tu me donner d’un pouvoir dont j’ai ouï parler, mais que je n’ai jamais éprouvé ?

- Une preuve ? Tiens, prends les charbons qui rougeoient en ton âtre ! »

L’homme cherchait déjà sa pelle, mais Satan le repoussant, se baissa et prit à larges poignées les charbons ardents.

- « Ouvre tes mains ! »

Or, quand le paysan se décida à obéir, ce furent lingots froids et plus lourds que du plomb qui churent en ses paumes : c’était de l’or !

- « Comment ne te croirai-je maintenant ! Je cours chez le roi et lui vais dire que son pont sera bâti... quand donc, au fait ?

- Demain matin, avant même que le soleil soit levé ! »

Satan attendait son homme au logis et eut tous les remerciements qu’il pouvait désirer, et auxquels il se contenta de répondre :

- « Je n’ai que faire de tes mercis ! Certes, ma complaisance est grande, mais elle se paie : il me faut, corps et âme, le premier qui passera sur le pont. »

Il était bien tard pour reculer, le paysan était pris, il ne pouvait qu’accepter la condition... se réservant de ne pas passer le premier. – Mais déjà une idée venait de germer en lui.

La nuit venue, il était aux aguets, désireux de voir s’accomplir l’œuvre prodigieuse dont il était tout de même un peu l’auteur.

Satan était là, commandant à des milliers de pierres qui, toutes taillées, arrivaient sans bruit sur toutes routes et chemins et prenaient leur place, s’assemblaient, s’entassaient sans répit...

Il fallut quinze minutes pour la première arche, et quatre autres s’élevaient au bout d’une heure ! Or, pas un ouvrier n’était là ! Tout se faisait sans un homme, sans une main, sans un outil, sans mortier ni    ciment : Satan suffisait à tout, mais encore sa présence était-elle suffisante ! Par exemple, il suait à grosses gouttes, et sans doute, mais pour tout autre motif, le paysan de même !

Quand minuit sonna à Pont-de-l’Arche, les vingt-quatre petites arches de la vallée étaient alignées... Quand les premières lueurs du jour apparurent à l’orient, le Diable ordonnait aux pierres de s’assembler pour la dernière arche !

Le bonhomme était fou de joie ! II voyait sa fortune assurée, il était certain de la magnifique reconnaissance du roi ; demain il serait comte, duc, prince...

Et c’est alors qu’il se précipita en sa demeure avant que le Diable eut repris le chemin du royaume des Ténèbres ! II détacha son âne et prit une branche de chardon qu’il réservait pour le repas de l’animal, puis s’en fut à l’entrée du pont.

Satan, se frottant les mains, attendait sans trop d’impatience quelque croquant, voire même un personnage d’importance – la proie promise – qu’amènerait la stupéfaction devant l’œuvre surnaturelle de la nuit passée...

Mais le bonhomme lança de toutes ses forces l’appât sur le pont et déjà l’âne se précipitait pour le saisir ; Satan, quelque peu tard, comprit la ruse et disparut en emportant pour tout butin un corps et une âme d’âne, en admettant que les ânes aient une âme !

... Par contre, une arche demeurait inachevée, mais la terminer était si peu auprès de l’œuvre accomplie ! Or, on ne put jamais en venir à bout et le nom lui demeura d’Arche du Diable.

... De retour chez lui, le paysan se dit que la perte de son âne était certes largement compensée par le monceau d’or que le Diable avait tiré de l’âtre ; il y avait à peine porté la main qu’il la retira avec un horrible cri : le charbon était redevenu charbon, et bel et bien ardent. Ce fut d’ailleurs la seule vengeance du Démon !

Telle est la légende du défunt pont de Pont-de-l’Arche ; fait curieux, elle se retrouve sous la même forme et avec les mêmes péripéties sur les bords du Rhin – avec une seule différence que, comme il se doit, l’âne y est devenu… un chat.

 

Charles Brisson

 

 

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 22:59

Pont-de-l’Arche à l’occasion des fêtes de noël et du nouvel an

Une promenade à travers les rues. Un coup d’œil aux étalages* 

 

 

Noel-et-ses-decos.JPG

Les décorations de Noël dans la rue Président-Roosevelt en décembre 2012.

 

Nous voici revenus à la période de l’année qui nous ramène les fêtes de Noël et du Premier Janvier.

Aussi, dans les vitrines des marchands existe-t-il des choses merveilleuses, que contemplent, extasiés, des bambins de tout âge, de tout sexe et de toute condition. Il faut avoir eu l’âge de ces bambin-là ; il faut avoir, comme eux, connu ces joies puériles de l’enfance, cet abandon touchant des tout petits, dont le moindre jouet, fait naître sans les grands yeux étonnés, tout un océan d’extases, sèche une larme, et fait naître un sourire, pour comprendre ce que ces étalages de fin d’année, recèlent pour eux d'espérances et de charmes ; de désirs aussi, jamais inassouvis... ? 

Que ne voyons-nous pas, au hasard de nos promenades, le long des magasins, au milieu d’une troupe bambins qui les dévorent des yeux depuis les mignonnes poupées aux yeux de rêves :

Tous jolis, tous aimés, tous beaux,

Des yeux sans nombre ont vu l’aurore...

Dans la vitrine qui les recèle, attendant la mignonne aimée, qui les dorlotera, à la lueur des ampoules électriques qui leur font comme une auréole, elles regardent de leurs grands yeux étonnés, les mignonnes poupées blondes, ou brunes...

Puis, c’est toute la gamme des jouets : toute une ménagerie d’animaux en miniature ; des automobiles minuscules, attendant que leur heureux possesseur des lance sur quelque circuit de rêve... ; des petits ménages microscopiques, pour de petites poupées lilliputiennes... très peu de panoplies : on en a assez de la guerre !... et les canons, et les fusils d’antan, sont relégués pour le moment au magasin des accessoires...

Voilà ce que vous verrez si le hasard de vos promenades vous conduit, rue de Paris, au magasin de Mme Vve Blot.

Dans la même rue, chez M. Chantepie, bijoutier, c’est tout autre chose ; dans un éblouissement, dans un scintillement, dans un ruissellement de mille facettes, des bijoux sans nombre étincellent...! Des feux multiples de pierreries et des cascades de perles rivalisent de luxe et d’élégance. Il y en pour toutes les bourses et pour tous les âges, et leurs charmes tentateurs, vont bien des regards et bien des sourires ?...

Si nous nous acheminons ensuite, vers la place Hyacinthe Langlois, dont le buste regarde placide et débonnaire, défiler la file interminable des autos, allant vers... l’inconnu !... nous distinguons chez M. Briard et chez Mlle Porte, une avalanche de choses neigeuses, qui rivalisent de blancheur, avec la neige fraîchement tombée des espaces célestes. Parfois, un ruban minuscule, met sa note rose ou bleu d’azur, sur toute cette gamme de couleurs, sur toute cette débauche de blancheurs, sur lesquelles de fines broderies, mettent leur fin réseau...

Là, encore, vont les regards de bien des filles d’Ève ! plus d’une s’extasie devant ces beautés, et se voit... en rêve, parée d’un de ces riens charmants qui sont grâce de la  femme...

Une mention, en passant, à la pâtisserie et chocolaterie Dartois, dont les bonbonnières, les coupes, et les boîtes ciselées avec art et qui contiendront les chocolats, les fondants et les pralines, sans oublier, les marrons glacés, de succulente mémoire, satisferont les plus difficiles...

Une mention aussi, au magasin si coquet, tenu par Mme Énault, dont la maroquinerie, la bimbeloterie, et la mièvrerie des bibelots rivalisent de fraîcheur et d'élégance.

 

 

* Texte de J. Leroy publié dans L’Industriel de Louviers du 24 décembre 1932.

 

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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 22:18

Comme dans tous les terroirs, les habitants de Pont-de-l’Arche et sa région se donnaient des sobriquets, des surnoms. Aujourd’hui inusités, ils sont encore dans les mémoires et prêtent à sourire tant ils sont imagés, croquants voire loufoques. Quels sont-ils ? A quoi servaient-ils ? Que nous apprennent-ils ?

 

Fete-a-Jules2.jpgLa "fête à Jules" dans les années 1950 ; une festivité - organisée par l'association de pêche La Carpe - qui démontre la richesse de la sociabilité à l'échelle communale : ici la rue Président-Roosevelt pleine de monde pour le défilé. Au-delà des festivités, la sociabilité était quotidienne. Elle était le creuset d'une culture populaire qui s'exprimait notamment par le Pontdelarchiais, patois local, et les sobriquets. Merci à Gérard Desmaret pour cette photographie. 

 

Méthode

Depuis le début de nos travaux d’histoire sur Les Damps et Pont-de-l’Arche, en 2002, nous entendions parler de sobriquets, principalement lors d’une trentaine d’entretiens réalisés avec des personnes âgées natives des Damps ou de Pont-de-l’Arche. Certaines nous ont parlé de listes de sobriquets chez telle ou telle grand-mère, sans que quiconque ne les retrouve. Rapidement est née l’envie de lister les quelques sobriquets dont se souvenait chaque personne. Nous avons ainsi rassemblé près de 145 sobriquets reproduits en fin d’article. Les anciens nous ont précisé que chacun portait un sobriquet. Notre liste est donc un faible échantillon. Elle nous a néanmoins permis d’étudier cette pratique que nous apparentons au parler local, le Pontdelarchiais (voir sources) sur lequel nous reviendrons. Nous n’avons pas souhaité divulguer l’identité des personnes qui portaient ces sobriquets car ceux-ci sont le plus souvent moqueurs et pas tout à fait révolus en 2012... Nous nous sommes plutôt intéressés aux anecdotes qui ont forgé ces surnoms et aux raisons qui les ont fait perdurer.

 

Définition

Le dictionnaire de Wikipédia donne ce rapide historique de l’emploi du mot sobriquet : « L’étymologie de ce mot est inconnue. Son sens évolua de « petit coup sous le menton » (attesté en 1355 et 1398 sous la forme « soubriquet ») puis « raillerie », « moquerie » (sens fréquent au XVIe siècle) pour donner le sens de « surnom » attesté en 1531. Article consulté le 14 décembre 2012.

 

Les sobriquets : un phénomène social

Jusqu’au milieu du XXe siècle, les sobriquets impliquaient tous les Archépontains. Si des surnoms éphémères étaient forgés, les sobriquets étaient donnés à vie. Certains désignaient même des familles à partir du surnom d’un aïeul réputé. Les sobriquets étaient même le principal nom sous lesquels des gens, y compris très proches, étaient connus. Un cinquantenaire des Damps n’apprit le réel prénom de son grand-père qu’à l’enterrement de celui-ci, son sobriquet étant un simple prénom de baptême. Les sobriquets exprimaient donc un besoin de personnaliser les noms, ce qui illustre la proximité entre les habitants, voire la permanence des contacts entretenus en ce temps où l’on travaillait le plus souvent dans sa commune de résidence et où l’on ne partait ni en vacances ni en weekends.

 

Mais pourquoi remplacer les noms de famille ?

 

Ancien Régime : le sobriquet à l’origine des noms

Nous avons écrit que les sobriquets étaient plus utilisés que les noms réels qui, parfois, étaient parfaitement inconnus. Ce phénomène a été une constante de l’histoire. Ce n’est qu’à partir du XIIIe siècle que le nom de famille devint héréditaire en France. La croissance urbaine et l’émergence des documents de contrôle tels que les rôles de fouage (un impôt ancêtre de la taille) expliquent ce besoin des autorités d’identifier les sujets. Les surnoms donnés aux familles devinrent officiels et donc héréditaires. Cependant, cette officialisation ne mit jamais fin à la création et à l’utilisation des surnoms. C’est ce que démontrent les registres paroissiaux de Tostes au XVIIIe siècle étudiés par Max Masson (voir sources). Mouchard était un nom très courant dans ce village, et donc insuffisant pour identifier chaque l’individu. Ainsi l’officier d’état-civil accola le sobriquet d’un membre de cette famille en le nommant « Mouchard-dit-Greffier ». Puis ce nom fut résumé en Mouchard-Greffier et subsista sous cette forme durant quatre générations. Il s’inversa même en « Greffier-Mouchard ». Nous voyons que l’officialisation des surnoms a créé les noms de familles que cela ne s’est pas fait en un jour. De même, à Tostes, on désigna un Martin grâce à son lieu d’habitation ce qui permit d’écrire dans les registres de l’état-civil Martin-dit-Dupray. Ce nom se simplifia en Martin-Dupray, s’inversa en Dupray-Martin selon le procédé vu ci-dessus et, enfin, devint Dupray tout court... Ceci est l’un des derniers exemples de transformation de sobriquet en nom.

 

Mais à la Révolution les registres paroissiaux furent remplacés par un état civil officiel assuré par les mairies… Changea-t-il la donne ?

 

Le sobriquet résiste à l’état civil républicain

On aurait pu penser que la mise en place d’un état civil strict à la Révolution aurait sonné le glas des surnoms officieux. Il n’en a rien été. Les noms officiels restèrent encore secondaires dans le langage courant comme le montre Lucien Barbe vers 1875 dans la région de Louviers (voir sources). Dans son ouvrage Dictionnaire du patois normand en usage à Louviers et alentours, l’auteur définit « une grade », un synonyme local de sobriquet : « Deschamps c’est pas not’ nom, c’est une grade, mais je mangeons pus de pain à Deschamps qu’à Galle qu’est not’ nom ». De même à l’article « manger » Lucien Barbe explique que l’expression manger du pain à un nom signifie être appelé par ce nom : « Il mange plus de pain à Talmouse qu’à Durant signifie qu’il est plus souvent appelé Talmouse que Durand ». Autre preuve que le langage administratif n’avait pas éteint le langage courant, ici appelé patois normand, les noms de famille étaient alors encore considérés comme des adjectifs, c’est-à-dire, comme des mots faisant sens en eux-mêmes. Ainsi, dans le foyer de chez monsieur Le Fort vivait la famille La Forte. La femme de monsieur Le Grand était madame La Grande.

 

Quel était l’intérêt de maintenir des sobriquets alors que les noms et prénoms étaient clairement établis par l’état civil ?

 

Pourquoi employer des sobriquets à vie ?

Pour nous qui ne donnons plus de sobriquets, on peut se questionner sur les motivations de nos ancêtres. Notre liste de sobriquets démontre leur envie de s’amuser en attribuant des surnoms fleuris et moqueurs rappelant des anecdotes amusantes, un trait de caractère ou un aspect physique… Une référence amusante, donc, sauf peut-être pour la personne ainsi désignée. Un autre intérêt des sobriquets est illustré par une délibération du Conseil municipal de Pont-de-l’Arche du 24 décembre 1803 qui désigne le maitre de pont et ses aides : « Germain Riberpré aîné, Louis Lambert, François Riberpré, Nicolas Gonnord, Riberpré dit Dombresque, Pierre Gonnord dit la Violette, Michel Vallet, Guillaume Grenier, Jacques Morel, Antoine Gonnord, Jacques Prévost dit Matelot, Antoine Langlois, Boniface Riberpré, Tanvin (?) Riberpré ». Il suffit de voir revenir aussi souvent les noms de Riberpré et Gonnord pour comprendre l’intérêt des sobriquets et ce d’autant plus que les prénoms de baptême variaient alors assez peu. Plus précisément, les sobriquets rappellent un trait de caractère, un aspect physique, des déboires très personnels qui font rigoler les autres. Leur simplicité, leur caractère très personnel permettent d’identifier de très nombreuses personnes dans le quartier, dans la ville. Ils témoignent d’une sociabilité où les rapports humains sont denses, qu’ils soient agréables ou pas. Comme nous l’avons écrit plus haut, le sobriquet permettait parfois d’identifier des familles à partir du surnom d’un aïeul bien connu.  

 

Mais qu’est-ce qui a pu mettre fin à l’usage des sobriquets, alors profondément ancrés dans les usages ?

 

La fin des sobriquets ou le changement profond de la sociabilité

Les sobriquets ont survécu une génération au Pontdelarchiais, le patois local (voir sources). Leur usage dans toute la ville s’est néanmoins perdu après la Seconde guerre mondiale. Les gens du cru ne les ont pas oubliés pour autant. Ils ont été encore été utilisés dans les cercles familiaux et, parfois, pour taquiner ou dénigrer quelqu’un dans la ville, quand ce n’était pas un lapsus. Ils ont disparu avec les anciens, ceux de la génération que nous avons interrogée. Leurs enfants se souviennent encore de quelques sobriquets, souvent les mêmes. Certes des surnoms continuent d’exister dans les sphères familiales et amicales, mais ils n’ont pas cours dans toute la ville et n’ont donc pas la même fonction que les sobriquets qui nous intéressent. La fin des sobriquets et du Pontdelarchiais illustre la transformation profonde de la sociabilité communale. Désormais, les contacts sont plus rares et, surtout, moins continus : la majeure partie des habitants vit dans des quartiers pavillonnaires et non dans le centre-ville et la promiscuité que vivaient nos ancêtres. Avec la fermeture de nombreuses usines (principalement de chaussures), rares sont devenus les voisins qui travaillent dans la même entreprise et qui se côtoient donc le plus clair de la journée. Les loisirs sont devenus individuels, très souvent tournés vers l’intérieur du foyer ou vers les séjours à l’extérieur de la ville, voire du pays. La rue archépontaine est ainsi moins remplie, tout comme ses cafés, ses fanfares, sa paroisse, ses fêtes traditionnelles… Les habitants quittent la ville pour aller dans des grandes surfaces, parmi des inconnus, alors que leurs ainés allaient quotidiennement dans les petites boutiques du centre-ville. En somme, rares sont devenus les habitants ayant – ou se donnant – les moyens de vivre une riche sociabilité à l’échelle communale malgré les nombreuses animations proposées par la mairie, les associations et la présence de boutiques… Les sobriquets parlent donc d’une époque où rares étaient les anonymes dans la ville : même sans connaitre le nom de la personne, elle était repérée, identifiée.

 

 

    A lire aussi :

    Sobriquets des habitants de la région de Pont-de-l’Arche

 

 

Sources documentaires

 - Barbe Lucien, Le dictionnaire du patois normand en usage à Louviers et alentours, 1877, réédité en 1998 par Page de garde, Saint-Aubin-lès-Elbeuf, 127 pages ;

 - Launay Armand, Le Pontdelarchiais, parler de Pont-de-l’Arche ;

- Masson Max, L’histoire de Tostes par Tostes pour Tostes, [ca 1985] ;

 - Ville de Pont-de-l’Arche, délibérations du Conseil municipal.

Lexique de sobriquets d’habitants de Pont-de-l’Arche

 

Adjudant (l’) : une femme qui refusait même qu’on parle le Pontdelarchiais.

Adoré (l’) : sobriquet d’un sergent de Gendarmerie qui devait apprécier cet hommage ironique à ses vertus militaires.

Beau gland :

Bérot : …

Bête-à-puces : certainement quelqu’un qui faisait des économies de savon.

Beubeur : écrit Bobor sur une publicité de 1926. Nom peut-être dû à proximité de la forêt de Bord vu que celui qui le portait vivait à la ferme du Bon-Air.

Bisteuquette : c’est moins le sens du surnom que ce qui l’a inspiré qui intrigue ici...

Bite eud’ fer : …

Blanc-d’Espagne : une spécialité d’un pilier de bar ?

Bois-sans-soif :

Bousique : comme une ode à la bouse…

Brouette-à-boyaux (la) : cet homme avait un ventre généreux au point de pouvoir reposer sur une brouette, outils que l’homme en question poussait souvent.

Café-au-lait : encore une habitude bistrot (voir à Cafés-noirs, aux Damps).

Caloupette (la) : un alcoolique notoire qui s’est roulé au moins une fois sur la place Aristide-Briand.

Canasuc : homme qui partit en voilier aux « Isles » où l’on cultive la canne à sucre.

Capitaine-tralala (le) : cet homme était un capitaine de remorqueur qui aimait être élégant. On disait alors de lui qu’il était sur son trente-et-un ou, autrement dit, sur « son tralala ».

Caporal : surnom d’un couple. On disait de leur fille « C’est la fille à Caporal ».

Caramel : un gourmand ?

Carnera : référence au nom d’un célèbre boxeur.

Casque d’or : surnom donné à un rouquin.

Catte en chaleur (la) : …

Cayenne (la) : …

Chatouillante (la) : femme qui devait se vexer plutôt facilement.

Ch’fal-en-viande : homme plutôt bien en chair.

Chiasse (la) : surnom explicite encore donné aujourd'hui, à d’autres…

Cinoquet : ?

Cirage : …

Copain-vert : homme qui a eu plusieurs fois la goutte au nez. C’est imagé.

Coucou-du-bord-de-l’eau (le) : une femme connue pour sa pratique assidue du commérage.

Coucouille : quelqu’un de peu malin ?

Couillou (les frères) :

Croute-de-pain : …

Cul-d’ beurre : y en eût-il un pour s’en assurer ?

Cul-d’ brique : un arrière train solide ou aux muscles saillants ?

Cul-d’ brouette : surnom d’un maraicher.

Cul-d’ lapin : homme aux hanches fines.

Cul-pointu : …

Cul-rouge : …

Dare-dare : un homme qui était r’morqueur de péniches sur la Seine.

Diable (le) :

Dix-heures-dix : patron d’usine de chaussures qui marchait en canard, les pieds étant illustrés par la position des aiguilles dans le cadran.

Domino : une activité caractéristique de la période.

Emile Quin qu’à l’eau : …

Espion (l') : un Archépontain propriétaire d'un jardin au Val des Damps surveillait son bien alors qu'il fut surpris par des soldats allemands pendant être eux-mêmes surveillés.

Feu-rouge : un homme au teint rougeaud…

Fiquette : …

Fleur (la) : surnom d’un fleuriste...

Froufrou : une dame élégante.

Gadoue (la) : femme qui fouillait les poubelles, alors parfois pleines de suie.

Grain-d’sel : « Tu vas pas y mettre ton grain de sel ! » Un homme se mêlant de toutes les affaires.

Grande-porette (la) : de poireau ?

Grenadiers : un président d'honneur de la fanfare. Il demandait souvent en braillant : « Jouez-moi les Grenadiers ! Jouez-moi les Grenadiers ! », le nom d'une chanson.

Gros-fifi : un patron d’une petite usine de chaussures demanda à un jeune de lui chercher du Gros-filet, qui était le nom d’un tabac à priser. Or, le jeune revint effectivement avec du gros filet... mais à pêche, sous le regard évidemment compréhensif de ses collègues.

Gros-quinquin : peut-être donné à un homme qui avait l’habitude de caresser un gros chien en l’appelant ainsi.

Guigneul : surnom d’un enfant qui bougeait tout le temps. Il changea de nom plus tard en même temps qu’il changea de loisirs : Nez rouge, plus bas dans le lexique.

Hareng-saur : une habitude alimentaire ici… croquée.

Henri de l'hôtel : un tenancier du disparu Hôtel de Normandie.

Ingénieur (l’) : un Archépontain désigné ainsi par ses collègues du parc à bois de la SICA (Alizay) où il disait tout savoir et avoir tout vu.

Japon :

Jaunes (les) : un sobriquet qui annonce la couleur...

Julia-mille-gueule : vendeuse sur le marché.

Libellule (la) : …

Limace (la) : une flèche, certainement...

Ma-canette :

Madam’-Hareng : femme qui allait souvent chercher du poisson. Or, un jour, alors qu’elle était à l’usine, sa machine commença à faire des étincelles. Elle prit peur et s’enfuit en courant sans oublier ses deux sacs qui, sous les secousses, déversaient dans l’atelier les poissons fraichement acquis...

Maquâ (les) : nom d’un homme qui s’était fait mordre le nez par un petit cochon qu’il avait gagné à la fête du village (elle se trouvait alors sur la place du Souvenir). De maquer : manger, mordre, en normand.

Marat :

Marcel-gros-nez : un sobriquet qui parait sortir tout droit de la cour de récréation.

Maria-la-fleur : dame portant une cicatrice sur la joue.

Marie-Valentin : …

Mazaro : un homme drôle, parait-il.

Menton-d’galoche : un physique avantageux... pour les moqueurs !

Misaères (les) : famille de commerçants aisés qui se plaignaient tout le temps.

Moiniau-rouge :

Moiniau-vert :

Mon-p’tit-bésot : employé dans le cadre familial. Un jour, une femme attendait la visite d’un de ses neveux, le p’tit bésot en question. Or, un autre membre de la famille, bien adulte celui-là, frappa à la porte. Alors la bonne femme ouvrit la porte en disant « entre mon p’tit bésot ! ». Et depuis, cette expression est restée dans la famille.

Napoléon : un tout petit homme.

Nez-rouge : un homme de grande réputation…

Odette-pénin :

P’tit-quinquin : avait-il des liens de parenté avec Gros-quinquin ? 

Pacro (les) : surnom donné à toute la famille du Père pacro.

Pénette-de-pie : une réputation peu virile.

Pénette-de-v’lour : ce sobriquet appelle sérieusement à s'interroger sur les circonstances qui l’ont inspiré... 

Perdrix : un chasseur ?

Père-Bâton (le) : c’était le surnom d’un garde-champêtre. On a tout simplement conservé son nom de famille en accolant l’expression normande : l’ père

Père-carabi (le) :

Père-la-Saint-Anne (le) : sobriquet forgé à partir de déboires sentimentaux ayant eu lieu durant la fête Sainte-Anne. 

Pétard-au-cul : aurait été donné suite à son affolement lorsque des pétards ont explosé dans sa boite aux lettres.

Petite-ponette (la) : désignait une personne frêle.

Pétrusses (Les) : ...

Pinot : venait-il des Charentes ? ou, tout simplement, appréciait-il certaines productions liquides de cette région ?

Poil-de-careute : un rouquin ?

Poil-de-brique : cette expression isolait la nuance de couleur capillaire située entre le roux et le châtain clair.

Pop’line : nom d’un tissu. Ce nom est certainement lié au fait que l’homme qu’on désignait ainsi était chauffeur de taxi, soucieux de l’aménagement intérieur de son outil de travail.

Pouchin : poussin, en normand.

Poule-de-soie : une femme qui aimait les vêtements délicats ?

Poulou : de « loup », une référence aux yeux rouges ?

P’tit-bon-Dieu (l’) : un homme si avenant qu’on lui donnerait le bon Dieu sans confession ?

Qua-qui-brule (l’) : anecdote relative au Qua-qui-miaule (voir ci-dessous) qui prit feu un jour de fête. Alors, évidemment, les croquants s’exclamèrent : « Tiens ! Y a le qua qui brule ! »

Qua-qui-miaule (l’) : une mère demanda à son enfant d’aller chercher un fromage nommé « Vache qui rit » à l’épicier du coin. Le petit retint mal et le nom et demanda à l’épicière  un « qua qui miaule ! » C’est une des versions de l’origine de ce sobriquet très connu. Autrement, il s'agit peut-être d'une référence locale à une chanson interprétée par Fréhel, chanteuse française d'avant la Seconde guerre mondiale : Un chat qui miaule.

Quinquin : de quin, un chien.

Querbettes (les) : ou, selon une autre prononciation, les garbettes. A rapprocher du mot normand gambettes (les jambes) ou lesguerbettes (les petites gerbes) ?

Roi-du-bout-dur (le) : expression typique des ouvriers de la chaussure. Le bout dur est la partie bombée qui forme l’avant de la chaussure, composée d’un cuir fortement durci. Néanmoins, il est très probable que les auteurs de ce surnom aient joué sur une équivoque moins dicible.

Roucoule : un homme faible devant la gent féminine ?

Six-douzaines : nom du patron d’un café qui eut le malheur de réitérer en public à sa femme qui lui demandait combien d’huitres elle devait prendre pour le soir : « Six douzaines ! »

Sœurs-fléchettes (les) : sobriquets des infirmières.

Souris (la) : …

Sous-marin-vert (le) : une bande de copains jeta un des siens à la rivière.  L’infortuné ne remonta pas de suite à la surface, d’où le Sous marin, et lorsqu’il sortit de l’eau il était couvert d’algues.

Sucre-bien : encore un qui devait fréquenter les bistrots.

Tailleur : homme qui eut le malheur de se faire surprendre par un proche en train de recoudre un bouton.

Tête tremblante (la) : un Archépontain dont la tête balançait de droite à gauche...

Ticra (les) : Les petits crabes. La famille qui portait ce nom l’a « pêché » en allant à la rocaille sur la côte. Elle en ramena des petits crabes, notamment, dont elle eut le malheur de parler... T’as t’y vu mes ti cras ?

Titif-’ti-couillon : désignait un coiffeur.

Tutur : de voiture ?

Zoute (la) : serait une déformation de « la goutte ».

Lexique de sobriquets d’habitants des Damps

 

Bambino : référence à la chanson de Dalida ?

Bouquéton : est-ce que cela à voir avec le bouc ? Ou son odeur ?

Brigadier : surnom d’un homme qui voulait faire la loi dans sa rue…

Cafés-noirs (les) : nom de bistrot certainement individuel à l’origine. Ce sobriquet s’est transformé en Café au lait. Est-ce une adaptation au quotidien ?

Chapeau-d’tôle : un homme têtu ?

Chatons (les) : l’origine est obscure. Ce sobriquet désigne les membres d’une famille nombreuse des Damps et de Léry. Aux Damps, il a surtout désigné les deux tenancières de l’épicerie de la rue des Carrières. Les enfants qui allaient chercher des bonbons disaient alors : « On va aux Chatons ! »

Chat-qui-pond : c’est un surnom d’enfance donné à un élève qui demanda tout simplement si les chats pondaient pour mettre des petits au monde. Les camarades ne furent pas très compréhensifs…

Coucou : sobriquet d’un homme qui sifflait beaucoup et qui aurait, ainsi, laissé son nom à une rue des Damps.

Golden : nom donné dans les années 1970 à un homme qui prit une pomme dans une cour. Or le propriétaire voulut le planter de sa faux. Ses amis vinrent à sa rescousse... mais seulement pour le rebaptiser.

Groboir : sobriquet qui figure sur l’acte d’inhumation d’un Dampsois du XVIIIe siècle dont la réputation était faite.

Mère-soulier (la) : …

Mimi-Pinson : pour une femme qui chantait bien. Elle était gaie comme un pinson, en somme.

Père-chevreuil (l’) : l’homme que l’on nommait ainsi chargeait le bois en forêt de Bord et le transportait grâce à des chevaux afin de le débarder sur les berges de la Seine. Le chevreuil est gracieux, mais surtout agile comme l’est le débardeur qui saute entre les futs et qui passe une bonne partie de sa journée dans les bois.

Père-pacro (l’) ou père-caluhaut : le premier terme est peut-être une déformation de maquereau et le second est une référence à un des grands plaisirs de ce pêcheur de caluhaut, un poisson remontant, de nuit, le courant de la Seine jusqu’à Poses.

Radis (les) : … 

Roselyne-tabac : membre d’une famille où deux femmes s’appelaient Roselyne et tenaient un bar… tabac !

Sheriff (le) : sobriquet donné par les enfants qui essayaient de jouer dans une rue sans trop se faire gendarmer par leur voisin.

Torpille (la) : ce sobriquet trouve son origine sur le terrain de foot où l’homme en question était très rapide.

 

 

 

Lexique de sobriquets d’habitants de Criquebeuf-sur-Seine

 

Bout-de-mine : …

Bruleurs-d’âne (les) : sobriquet des Criquebeuviens. Il date de la fin du XVIIIe siècle et prend sa source dans d’obscures explications. La légende narre que les habitants de Criquebeuf, grands amateurs de fête, voient arriver  d’un mauvais œil l’austérité du maigre Carême. C’est pourquoi, ils font un joyeux carnaval le jour du Mardi-gras. Mais, cependant, ils trouvent quand même trop triste la fin du Mardi-gras et le prolongent le Mercredi des Cendres par de folles libations. Mais, un jour, rien n’y fit, envoutés dans la folie du carnaval des habitants se livrèrent à de véritables bacchanales et remplacèrent le traditionnel pantin par un âne qu’ils offrirent en sacrifice à la fête... 

Cageot : nom de maraicher qui, comme tous les autres, vit au milieu des cageots.

Careute : nom donné à un maraicher, encore un.

Catouillette : …

Colinette :

Cul-béni : …

Cul-bleu : l’homme à qui on attribuait ce sobriquet était un maraicher portant des salopettes rapiécées avec des bouts de tissus bleus.

Mâqueux-d’careutes (les) : c’est un sobriquet archépontain qui désignait les habitants de Criquebeuf, eux qui étaient si nombreux à travailler dans les maraichages… En Français, il signifie les mangeurs de carottes…

Paillasse : …

Patinette : quelqu’un qui faisait de petits pas.

Petit-prince : …

Place-ton-pied :

Queue-d’nœuds :

 

 

Armand Launay

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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 22:12

A lire aussi : 

Les sobriquets à Pont-de-l'Arche et sa région : étude sur les surnoms que se donnaient les anciens habitants

 

 

« Mais prête aussi l’oreille à l’argot des commères

Bourdonnant à tes pieds aux étaux du dimanche,

A leur langue salée, à l’invective amère

Lancée en bon patois, les deux poings sur les hanches,

Et tu reconnaîtras par ce verbe gaulois,

Le sang fier de la race aux illustres exploits

Dans les veines d’enfants des « machons » d’autrefois. »

 

 

Edmond Spalikowski, Pont-de-l’Arche d’hier et d’aujourd’hui, 1930.

 

           Edmond Spalikowski adressait ces mots poétiques à Hyacinthe Langlois, dont le buste trônait au milieu de la place qui porte aujourd’hui son nom, à Pont-de-l’Arche. Et quel témoignage nous laisse ici Edmond Spalikowski ? Nos ancêtres de Pont-de-l’Arche ne s’exprimaient pas en français, mais en patois… C’est que montra aussi Octave Mirbeau, qui vécut de 1889 à 1893 aux Damps, dans certaines de ces nouvelles et principalement celle qu’il intitula « Le rebouteux » où Jacques-Éloi Latorne, le rebouteux en question, ne parle pas un français très académique. Mais, en quoi consistait ce moyen de communication qui était parfois appelé « Pontdelarchiais » et dont nous conservons le nom ?

 

Le Pontdelarchiais fut le langage des ouvriers de Pont-de-l’Arche mais aussi des commerçants et des notables. Ceux-ci l’utilisaient moins spontanément en société, voire pas du tout mais le comprenaient. Ce parler était le langage vernaculaire, c’est-à-dire de tous les jours, d’une majorité d’Archépontains avant la Première Guerre mondiale. Seule une minorité décroissante de la population continua à le pratiquer jusqu’à la Libération. Puis il cessa d’être utilisé en public.

À la différence d’une langue, un parler n’a ni grammaire ni écriture. Le dialecte non plus mais il est pratiqué dans une plus vaste région que le parler. C’est pourquoi nous appelons parler le langage autrefois usité à Pont-de-l’Arche.

Mais, comment avons nous trouvé trace de ce parler ? Aucun texte ne se rapporte directement au parler de Pont-de-l’Arche. Seule l’étude de Lucien Barbe, Dictionnaire du patois normand en usage à Louviers et dans les environs, publiée dans les bulletins de la Société d’études diverses de Louviers, au début du siècle dernier, et rééditée plus récemment par les éditions Page de garde, nous informe de ce que fut le parler normand de la région de Louviers. Ensuite, quelques mots écrits par Octave Mirbeau et Edmond Spalikowski, comme nous l’avons vu, nous renseignent un peu sur ce sujet.

 

Principalement, ce sont les témoignages oraux qui nous ont permis de dresser un petit lexique de termes et d’accents archépontains. Nous avons ensuite comparé les témoignages oraux aux éléments de l’étude de Lucien Barbe afin de définir s'il y a concordance entre les lexiques. 

Alors, en quoi consistait le Pontdelarchiais ? Quelle place occupa-t-il dans le temps et, surtout, dans la sociabilité de la ville ?

 

Maurice-Delamare--13-.JPGDes habitants posant pour la photographie dans la rue Maurice-Delamare, vers 1910. Au fond, on aperçoit les ouvriers de chez Marco. Les ouvriers de la chausure, comme toutes les classes populaires, étaient des locuteurs du Pontdelarchiais.   

 

           En quoi consistait le Pondelarchiais ? 

En 2005, date de réalisation de cette étude, plusieurs dizaines de personnes se rappellaient avoir entendu le Pondelarchiais. Certaines l’avaient parlé ou en avaient hérité quelques mots. Cependant, le vocabulaire ne leur revenait pas spontanément en mémoire car il y a longtemps qu’il ne servait plus à communiquer, même en famille, hormis quelques mots utilisés comme un clin d’œil complice et amical adressé aux amis de longue date.

En effet, le Pontdelarchiais était le ferment d’une identité populaire locale. Il n’y a pas eu de ségrégation à proprement parler entre horsains et Pontdelarchiens, terme populaire par lequel se désignaient certains locuteurs du Pontdelarchiais, mais simplement des relations plus complices et la reconnaissance d’être un « vrai » Pontdelarchien... Ceci rejoint un aspect de la sociabilité propre aux villages, aux petites villes et aux quartiers : la restriction de l’appartenance à une communauté selon la naissance et selon un contact quasi quotidien. Les vieux Archépontains définissaient comme étant de Pont-de-l’Arche les personnes nées d’Archépontains (seul un parent des Damps ou de Criquebeuf n’était pas vu comme étranger à la ville). Les personnes venues d’ailleurs inspiraient souvent une réticence au contact qui pouvait perdurer à vie.

Nous distinguons donc ici deux types d’habitants :

- les Pontdelarchiens, membres des familles implantées de longue date dans la ville ;

- les Archépontains, nouveaux habitants issus de l’extérieur. Ce terme s’est échappé d’un livre comme le montre sa construction toute artificielle. Cette dimension n’est pas anodine : autant Pontdelarchien est un terme oral, officieux et sans orthographe, autant Archépontain montre la volonté de désigner de manière officielle, neutre, les habitants de la localité.

            Quant au terme de Pontdelarchiais (prononcez pond’larchié), il exprime volontairement une vulgarité, appréciée et revendiquée, comme le laisse entendre la dernière syllabe. Les anciens locuteurs du Pontdelarchiais, ou les témoins avertis, en sourient et partagent cette connivence quand ils évoquent ce qu’ils appellent un argot, voire un accent. C’est un langage châtié que l’on peut comparer au « purin » des ports (au Havre, notamment), du même registre, exprimant lui aussi la vulgarité d’un langage un peu râpeux qui ne plaisait pas à tous. Nous avons aussi ressenti cette vulgarité affichée dans le dégout de certaines personnes lors d'entretiens. Le rejet est net et exprime une non-appartenance à cet usage. 

Les habitants des Damps, de la vallée de l’Andelle et les Rouennais reconnaissaient ce qu’ils appelaient l’ « accent de Pont-de-l’Arche » et qu’ils distinguaient aisément du Cauchois ou de l’argot. 

 

 

Quels étaient le vocabulaire, l’accent et les origines du Pondelarchiais ?

          Lorsque l’on regarde les mots qui forment le lexique du Pontdelarchais (annexe I), la première chose qui frappe est l’accent et le vocabulaire normands. Il suffit de les comparer avec les mots précieusement sauvegardés par Lucien Barbe (annexe II) pour se rendre compte de nombreuses similitudes.

           Dans les deux cas, les cauchons désignent les chaussons ; le sérugien désigne le chirurgien et l'on retrouve la présence - étonnante - de mots d’origine allemande : choumaquer et choumacre désignant respectivement la réparation des chaussures et le cordonnier. Le lien entre le Pontdelarchiais et le dialecte normand local est net et n’étonnera personne. Le Pontdelarchiais apparait comme une survivance urbaine d’un parler local. 

Mais les mots argotiques sont nombreux, comparativement au nombre de termes répertoriés. Ils semblent traduire deux choses. Premièrement, étant encore employés de nos jours, ils sont revenus plus spontanément à l’esprit des personnes interrogées. Deuxièmement, car les gens n’ont pas pu se tromper, ces termes argotiques faisaient partie du Pontdelarchiais. Il semblerait que le Pontdelarchiais ait été un mélange entre le dialecte local et l’argot des ouvriers dont les éléments ont survécu à l’extinction du dialecte.

Relativisons quand nous parlons d’extinction du dialecte car, encore de nos jours, nombreuses sont nos expressions qui relèvent plus du dialecte que du français académique.  

Néanmoins, si un vocabulaire et un accent local demeurent, la communauté des locuteurs du Pontdelarchiais a bel et bien disparu. Abordons ici quels ont été les moteurs de cette disparition.

 

            Expliquer la disparition du Pondelarchiais 

L’instauration de l’Éducation nationale, à partir de 1880, a accentué la disparition des dialectes en permettant aux nouvelles générations d’employer un nouvel outil d’expression : une langue. Cette langue, le français, devait être un outil d’insertion pour celui qui – comme de plus en plus de personnes – était amené à déménager. Cette politique d’éducation fut louable mais pécha par son libéralisme : elle laissa l’initiative aux parents de transmettre leurs savoirs, y compris linguistiques. Comme le préconisait Condorcet pour l’héritage religieux dans son Premier mémoire sur l’instruction publique, en 1792 : l’État se doit de fournir une éducation commune aux enfants de la Nation tout en laissant aux parents de choix d’instruire leurs filles et fils dans la foi ou l’idéologie qu’ils trouvent judicieuse. Les dialectes, plus que les religions, furent souvent négligés par les parents.

En effet, les dialectes ont été dévalorisés car ils n’étaient pas l’apanage des élites. Expressions des gens du peuple, ils passèrent pour un handicap frappant les exclus de l’ascension sociale. Or, la communication, et donc la maitrise de la langue des élites, compte parmi les outils de promotion individuelle. Nombreux furent les parents qui jugèrent inutile d'apprendre le dialecte, jugement renforcé par des instituteurs considérant que celui-ci était un frein aux études.

Qui plus est, le normand parlé dans l’Eure disparut assez rapidement car il était en contact direct avec Paris et il présentait de nombreux points communs. Le normand influença – et fut influencé – par le français depuis le Moyen Age ; d’où le fait que l’apprentissage du français se passa sans autre difficulté que la perte d’une habitude et l’utilisation d’un vocabulaire différent.

L’émergence de la culture écrite a largement contribué à la perte des dialectes qui vivent dans l’oralité. C’est que démontre, encore de nos jours, la difficulté de les utiliser à l’écrit. Mais, modérons maintenant le propos. Les dialectes n’ont pas tous disparu. Certains d’entre eux ont réussi à se maintenir suffisamment longtemps, généralement loin de Paris et dans un tissu social populaire, pour être remis à l’honneur en tant que patrimoine justement repérable du fait de sa rareté. De dialectes, ils sont le plus souvent devenus des langues possédant leur grammaire, leurs formes écrites et leurs écoles.

Mais nous avons abordé un facteur géographique qui mérite plus d’attention : le développement des transports apporte de nouvelles personnes et, de là, de nouveaux modes d’expression. À l’inverse, les moyens de locomotion permettent à des autochtones de s’expatrier. Les communautés locales se retrouvent donc renouvelées par des communautés pratiquant une autre langue, voire plus. Or, dans ce domaine, Pont-de-l’Arche est un véritable carrefour. 

 

 

           Conclusion  

Pont-de-l’Arche conserva longtemps son parler comparativement au reste de la région : celui-ci ne s’éteignit qu’aux alentours de la Seconde Guerre mondiale. Cette longévité doit trouver son origine dans le très important tissu ouvrier de la ville, l'industrie de la chaussure employant jusqu'à 2 000 personnes dans les années 1930, dont une grande partie d'Archépontains. Le parler local était le ferment d’une culture ouvrière tout comme le fut et l'est encore le ch’ti, par exemple. Cependant, la crise qui a frappé l’industrie de la chaussure fit passer le nombre d’usines implantées à Pont-de-l’Arche et aux Damps de plus de seize à une seule en quelques décennies. Ceci eut pour effet de désolidariser les ouvriers qui durent travailler hors de la ville (Renault à Cléon, la SICA à Alizay). De ce fait, le lien social s’est distendu : les Archépontains ne travaillèrent désormais plus dans la même usine que le voisin, le frère, et durent utiliser le français avec les nouveaux collègues de travail. Puis, des Archépontains ont émigré. Inversement, de nouveaux habitants se sont installés ou ont travaillé  dans la ville. C'était la fin d'un terroir. 

 

Annexe I

 

Petit lexique de mots et de prononciations du Pondelarchiais

 

Nous avons consigné ici les termes communiqués par une trentaine d’Archépontains dans le cadre d’entretiens réalisés principalement entre 2003 et 2005.

 

A’ : Elle. Par exemple : comment a’ va ?

Aller à la cochure : Aller à la chaussure, au travail.

Arpions : Doigts de pied.

Barouette : Brouette.

Ben : Bien.

Baisant(e) : Sympathique, par exemple a’ l’est pas baisante c’te bonne femme.

Besson, béchon : Boisson.

Bézot / bézotte : Le bézot c’est le p’tit dernier de la famille et, par extension, un p’tit gamin qui a une bonne bouille.

Bisteuquette : Bistouquette.

Bolbai : Bolbec.

Boujou : Bonjour, salut, au revoir.

Caloupette : Galipette.

Careute : Carotte.

Carnages (les) : Sobriquet des Pondelarchiens. Un carnage d’éfant : Un enfant qui bouge beaucoup tout en étant très bruyant.

Carnasse (la) : un cartable.

Catouille : Selon les cas ; chatouilleux ; vite irrité ; trop minutieux ; maniéré. T’es catouille ?

Cauchon : Chausson.

Ch’ais t’y moi : Qu’est-ce que j’en sais moi.

Chinq : Cinq.

Choumaquer : Réparer les chaussures.

Chucre : Sucre.

Cochure : Chaussure.

Core : encore.

Cra (des) : Des crabes.

Criqu’beu : Criquebeuf.

Cressant : Croissant.

Din : Dans.

Croquer : Tirer les branches sèches. Crocher. I’ croquaient.

C’mitière : cimetière.

C’te : Cette, cet.

Éfant : Enfant.

Erquer : Travailler. Va t-en erquer.

: Feu.

Faire une bourée : Remplir une brouette.

Faniâ : êt’ faniâ c’est écorcher, parler patois. C’est l’équivalent de fainéant.

Fô : Fou.

Gardin : Jardin.

Gôdasses : Chaussures.

Grand monde (le) : Notables, industriels, élus...

I’ : Remplace le tu / vous par exemple comment i’ va?

Guitare : Jambe.

Iau : Eau.

Joua : Cheval ou encore dada.

Qu’ri’, querquer : Quérir, chercher.

L’ : Le.

Lusquation : Luxation.

Mâquer : Manger.

Misaère : Misère.

Moiniau : Moineau.

Moutaure : Montaure.

Pâs : Pas.

Patate : Pomme de terre.

Pèye : Paye, paie.

Pénette : Petite pine.

Pêque : Pêche.

Pêquer : Pêcher.

Pêqueux : Pêcheur.

Pesson : Poisson.

Pi : Puits.

Pondelarchiais : Nom du langage.

Pondelarchien(ne) : Archépontain(e).

Poriau : Poireau.

Quâ : Chat.

Qué : Quel.

Quin : Chien.

Quèv’ : Chèvre.

Quins (des) : Des dettes de bistrot.

Quiqu’ : Qu'est-ce que.

Rien : Beaucoup. Il est rien grand tan fiston : il est très grand.

Sacouilla : C’est du sacouilla, tout ça ! C’est un bazar ; rien qui vaille. 

Séquer : Sécher.

Sérugien : Chirurgien.

Soubriquet : Sobriquet.

Souffler la lumiè’ : Éteindre la lumière. Survivance des temps tout comme l’expression : Qu’est-ce qu’on joue ce soir à la télévision.

Siau : Seau.

Suc : Sucre.

Su : Sur.

Ti : Petit.

Vaque :  Vache, ou encore meumeu.

V’lour : Velours.

 

 

Annexe II

 

Petit lexique du patois normand autrefois usité dans la région de Louviers

 

Mots sélectionnés à partir du Dictionnaire du patois normand en usage à Louviers et dans les environs de Lucien Barbe. 

 

Bad’lagueule : Bavard et,  parfois, gourmand.

Bar : Bac.

Barre du jour (la) : Les premières lueurs.

Bavette (une) : Une femme bavarde.

Blesser (se) : Expression des mariniers. " Le porteur n° 5 s’est blessé hier à l’écluse de Poses " (il s’est fait des avaries).

Blin : Bélier.

Bocheron, boqueron : Bûcheron.

Boise (une) : Une poutre.

Bontiveté : Une bonté un peu naïve.

Bos, bosc : Bois.

Bouilleux : Un bouilleur de cru.

Boujou, boujou ! : C’est le salut que s’envoient les mariniers quand ils se croisent sur la Seine.

Bout : Bâton, morceau. Un bout d’réglisse, un bout de sucre d’orge.

Brach’ : Abréviation de bracherie (brasserie).

Brevacheux : Pilier de comptoir, un homme qui parle pour ne rien dire.

Cache (la) : La chasse. " Qui va à la cache perd sa plache ".

Cailloutin : Petit vin de pays. Couillotin (Vernon).

Cariolée : Contenue d’une charrette.

Carnage : Mot injurieux. Se dit en parlant des habitants de Pont-de-l’Arche.

Cauches (les) : Les chausses, bas, chaussons.

Cauchons (les) : Les chaussons.

Causement : Jugement.

Cémitière, chmitière : Cimetière.

Cercutier : Charcutier.

Cérugien : Chirurgien.

Chaircutier : Charcutier.

Chaland : Grand bateau.

Choumacre : Cordonnier. De l’Allemand schumacher.

Clinquaille : Quincailler.

Cœur : Mon cœur vous salue. Formule polie pour trinquer.

Comprenouère (la) : La compréhension.

Conduiseux (un) : Un conducteur.

Consolation (une) : C’est le petit verre d’eau de vie que l’on met dans le café.

Consolé (l’) : C’est le café dans lequel on a versé un petit verre d’eau de vie.

Créiatures (les) : Les femmes (terme non péjoratif).

Da : Je reviens da Rouen.

Diguer : Piquer, enfoncer.

Doulent : Souffrant.

Espirituel : Spirituel.

Estudieux : Studieux.

Fagoté (être) : Être mal mis, mal habillé.

Faignanter : Ne rien faire (de l’Italien far niente).

Farcer : Faire des farces.

Farme : Ferme.

Gens (mes) : Mes proches.

Gosier bien chaussé (avoir le) : Être insensible au tord boyaux.

Goussepin (un) : Un gamin.

Gueulard (un) : Un gourmand.

Haricoter : Marchander pour de petites sommes.

Haricotier : Chicaneur, marchandeur.

Havet : Crampon, crochet (clou à crochet).

Houle : Trou, caverne dans l’eau ou dans les berges.

Houste : Aller ouste et houste (être toujours pressé, en mouvement).

Iau : L’eau. Pour les riverains de la Seine c’est le fleuve (l’eau signifiait la rivière au Moyen Age).

Lésant : Malfaisant.

Lippe (faire la) : Faire la moue.

Lippe (la) : Lèvre inférieure grosse et pendante.

Loquence (la) : Voix, organe de la parole.

M’nouille (la) : La monnaie.

Menterie (une) : Un mensonge.

Micaments (des) : Des médicaments.

Mouler : Faire la moue.

Mouleux : Quelqu’un qui fait souvent la moue.

Moutaure : Montaure.

Mouvettes (les) : Désigne les enfants remuants.

Opignions (les) : La politique.

Passager (le) : Passeur. C’est l’homme qui faisait passer les rivières en bateau. On disait auparavant le passageur.

Péchon : Poisson.

Philomie (la) : La physionomie.

Phreumacien (le) : Le pharmacien.

Pianne pianne (aller) : Aller doucement (de l’italien piano).

Pontiaudemer ou Potodmer : Pontaudemer.

Popiétaire : Propriétaire.

Popiété : Propriété.

Por : Pauvre.

Potiner : Faire du potin.

Poupée : Femme de mauvaise vie.

Pouquette : Une petite poche, un petit sac.

Pouvé : Pouvoir.

Purer : Essorer un linge.

Quart moins (le) : Moins le quart.

Quiaulée (une) : Une bande.

Rabelais : Cochon, débauché.

Rarriver : Revenir.

Rognoner : Ronchonner.

Rue as Mamours : La côte des Amoureux, à Louviers.

Sauce à l’oeil : Désigne ce qui n’a que de l’apparence.

Socier : Entretenir des rapports de société. " Sociez-vous avec untel ? "

Soleil (un) : Ivrogne et paresseux (soulei).

Surcouper : Interrompre la parole.

Tertous : Tous.

Ure (l’) : L’Eure, la Dure aussi (Athura au Moyen Âge…).

Urope (l’) : L’Europe.

Vaie : Voie.

Vainture : Voiture.

Veillatif : Vigilant.

Vent d’amont : Vent d’Est car il vient de l’amont de la Seine.

Vexinier (un) : Un habitant du Vexin.

Viage (un) : Un voyage.

 

[1] On a dit Archipontain de manière officielle jusque dans le début des années soixante-dix. L'usage oral lui a ensuite préféré Archépontain, ce qui a été officialisé même par l'administration. 

 

Armand Launay

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...