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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 22:18

Comme dans tous les terroirs, les habitants de Pont-de-l’Arche et sa région se donnaient des sobriquets, des surnoms. Aujourd’hui inusités, ils sont encore dans les mémoires et prêtent à sourire tant ils sont imagés, croquants voire loufoques. Quels sont-ils ? A quoi servaient-ils ? Que nous apprennent-ils ?

 

Fete-a-Jules2.jpgLa "fête à Jules" dans les années 1950 ; une festivité - organisée par l'association de pêche La Carpe - qui démontre la richesse de la sociabilité à l'échelle communale : ici la rue Président-Roosevelt pleine de monde pour le défilé. Au-delà des festivités, la sociabilité était quotidienne. Elle était le creuset d'une culture populaire qui s'exprimait notamment par le Pontdelarchiais, patois local, et les sobriquets. Merci à Gérard Desmaret pour cette photographie. 

 

Méthode

Depuis le début de nos travaux d’histoire sur Les Damps et Pont-de-l’Arche, en 2002, nous entendions parler de sobriquets, principalement lors d’une trentaine d’entretiens réalisés avec des personnes âgées natives des Damps ou de Pont-de-l’Arche. Certaines nous ont parlé de listes de sobriquets chez telle ou telle grand-mère, sans que quiconque ne les retrouve. Rapidement est née l’envie de lister les quelques sobriquets dont se souvenait chaque personne. Nous avons ainsi rassemblé près de 145 sobriquets reproduits en fin d’article. Les anciens nous ont précisé que chacun portait un sobriquet. Notre liste est donc un faible échantillon. Elle nous a néanmoins permis d’étudier cette pratique que nous apparentons au parler local, le Pontdelarchiais (voir sources) sur lequel nous reviendrons. Nous n’avons pas souhaité divulguer l’identité des personnes qui portaient ces sobriquets car ceux-ci sont le plus souvent moqueurs et pas tout à fait révolus en 2012... Nous nous sommes plutôt intéressés aux anecdotes qui ont forgé ces surnoms et aux raisons qui les ont fait perdurer.

 

Définition

Le dictionnaire de Wikipédia donne ce rapide historique de l’emploi du mot sobriquet : « L’étymologie de ce mot est inconnue. Son sens évolua de « petit coup sous le menton » (attesté en 1355 et 1398 sous la forme « soubriquet ») puis « raillerie », « moquerie » (sens fréquent au XVIe siècle) pour donner le sens de « surnom » attesté en 1531. Article consulté le 14 décembre 2012.

 

Les sobriquets : un phénomène social

Jusqu’au milieu du XXe siècle, les sobriquets impliquaient tous les Archépontains. Si des surnoms éphémères étaient forgés, les sobriquets étaient donnés à vie. Certains désignaient même des familles à partir du surnom d’un aïeul réputé. Les sobriquets étaient même le principal nom sous lesquels des gens, y compris très proches, étaient connus. Un cinquantenaire des Damps n’apprit le réel prénom de son grand-père qu’à l’enterrement de celui-ci, son sobriquet étant un simple prénom de baptême. Les sobriquets exprimaient donc un besoin de personnaliser les noms, ce qui illustre la proximité entre les habitants, voire la permanence des contacts entretenus en ce temps où l’on travaillait le plus souvent dans sa commune de résidence et où l’on ne partait ni en vacances ni en weekends.

 

Mais pourquoi remplacer les noms de famille ?

 

Ancien Régime : le sobriquet à l’origine des noms

Nous avons écrit que les sobriquets étaient plus utilisés que les noms réels qui, parfois, étaient parfaitement inconnus. Ce phénomène a été une constante de l’histoire. Ce n’est qu’à partir du XIIIe siècle que le nom de famille devint héréditaire en France. La croissance urbaine et l’émergence des documents de contrôle tels que les rôles de fouage (un impôt ancêtre de la taille) expliquent ce besoin des autorités d’identifier les sujets. Les surnoms donnés aux familles devinrent officiels et donc héréditaires. Cependant, cette officialisation ne mit jamais fin à la création et à l’utilisation des surnoms. C’est ce que démontrent les registres paroissiaux de Tostes au XVIIIe siècle étudiés par Max Masson (voir sources). Mouchard était un nom très courant dans ce village, et donc insuffisant pour identifier chaque l’individu. Ainsi l’officier d’état-civil accola le sobriquet d’un membre de cette famille en le nommant « Mouchard-dit-Greffier ». Puis ce nom fut résumé en Mouchard-Greffier et subsista sous cette forme durant quatre générations. Il s’inversa même en « Greffier-Mouchard ». Nous voyons que l’officialisation des surnoms a créé les noms de familles que cela ne s’est pas fait en un jour. De même, à Tostes, on désigna un Martin grâce à son lieu d’habitation ce qui permit d’écrire dans les registres de l’état-civil Martin-dit-Dupray. Ce nom se simplifia en Martin-Dupray, s’inversa en Dupray-Martin selon le procédé vu ci-dessus et, enfin, devint Dupray tout court... Ceci est l’un des derniers exemples de transformation de sobriquet en nom.

 

Mais à la Révolution les registres paroissiaux furent remplacés par un état civil officiel assuré par les mairies… Changea-t-il la donne ?

 

Le sobriquet résiste à l’état civil républicain

On aurait pu penser que la mise en place d’un état civil strict à la Révolution aurait sonné le glas des surnoms officieux. Il n’en a rien été. Les noms officiels restèrent encore secondaires dans le langage courant comme le montre Lucien Barbe vers 1875 dans la région de Louviers (voir sources). Dans son ouvrage Dictionnaire du patois normand en usage à Louviers et alentours, l’auteur définit « une grade », un synonyme local de sobriquet : « Deschamps c’est pas not’ nom, c’est une grade, mais je mangeons pus de pain à Deschamps qu’à Galle qu’est not’ nom ». De même à l’article « manger » Lucien Barbe explique que l’expression manger du pain à un nom signifie être appelé par ce nom : « Il mange plus de pain à Talmouse qu’à Durant signifie qu’il est plus souvent appelé Talmouse que Durand ». Autre preuve que le langage administratif n’avait pas éteint le langage courant, ici appelé patois normand, les noms de famille étaient alors encore considérés comme des adjectifs, c’est-à-dire, comme des mots faisant sens en eux-mêmes. Ainsi, dans le foyer de chez monsieur Le Fort vivait la famille La Forte. La femme de monsieur Le Grand était madame La Grande.

 

Quel était l’intérêt de maintenir des sobriquets alors que les noms et prénoms étaient clairement établis par l’état civil ?

 

Pourquoi employer des sobriquets à vie ?

Pour nous qui ne donnons plus de sobriquets, on peut se questionner sur les motivations de nos ancêtres. Notre liste de sobriquets démontre leur envie de s’amuser en attribuant des surnoms fleuris et moqueurs rappelant des anecdotes amusantes, un trait de caractère ou un aspect physique… Une référence amusante, donc, sauf peut-être pour la personne ainsi désignée. Un autre intérêt des sobriquets est illustré par une délibération du Conseil municipal de Pont-de-l’Arche du 24 décembre 1803 qui désigne le maitre de pont et ses aides : « Germain Riberpré aîné, Louis Lambert, François Riberpré, Nicolas Gonnord, Riberpré dit Dombresque, Pierre Gonnord dit la Violette, Michel Vallet, Guillaume Grenier, Jacques Morel, Antoine Gonnord, Jacques Prévost dit Matelot, Antoine Langlois, Boniface Riberpré, Tanvin (?) Riberpré ». Il suffit de voir revenir aussi souvent les noms de Riberpré et Gonnord pour comprendre l’intérêt des sobriquets et ce d’autant plus que les prénoms de baptême variaient alors assez peu. Plus précisément, les sobriquets rappellent un trait de caractère, un aspect physique, des déboires très personnels qui font rigoler les autres. Leur simplicité, leur caractère très personnel permettent d’identifier de très nombreuses personnes dans le quartier, dans la ville. Ils témoignent d’une sociabilité où les rapports humains sont denses, qu’ils soient agréables ou pas. Comme nous l’avons écrit plus haut, le sobriquet permettait parfois d’identifier des familles à partir du surnom d’un aïeul bien connu.  

 

Mais qu’est-ce qui a pu mettre fin à l’usage des sobriquets, alors profondément ancrés dans les usages ?

 

La fin des sobriquets ou le changement profond de la sociabilité

Les sobriquets ont survécu une génération au Pontdelarchiais, le patois local (voir sources). Leur usage dans toute la ville s’est néanmoins perdu après la Seconde guerre mondiale. Les gens du cru ne les ont pas oubliés pour autant. Ils ont été encore été utilisés dans les cercles familiaux et, parfois, pour taquiner ou dénigrer quelqu’un dans la ville, quand ce n’était pas un lapsus. Ils ont disparu avec les anciens, ceux de la génération que nous avons interrogée. Leurs enfants se souviennent encore de quelques sobriquets, souvent les mêmes. Certes des surnoms continuent d’exister dans les sphères familiales et amicales, mais ils n’ont pas cours dans toute la ville et n’ont donc pas la même fonction que les sobriquets qui nous intéressent. La fin des sobriquets et du Pontdelarchiais illustre la transformation profonde de la sociabilité communale. Désormais, les contacts sont plus rares et, surtout, moins continus : la majeure partie des habitants vit dans des quartiers pavillonnaires et non dans le centre-ville et la promiscuité que vivaient nos ancêtres. Avec la fermeture de nombreuses usines (principalement de chaussures), rares sont devenus les voisins qui travaillent dans la même entreprise et qui se côtoient donc le plus clair de la journée. Les loisirs sont devenus individuels, très souvent tournés vers l’intérieur du foyer ou vers les séjours à l’extérieur de la ville, voire du pays. La rue archépontaine est ainsi moins remplie, tout comme ses cafés, ses fanfares, sa paroisse, ses fêtes traditionnelles… Les habitants quittent la ville pour aller dans des grandes surfaces, parmi des inconnus, alors que leurs ainés allaient quotidiennement dans les petites boutiques du centre-ville. En somme, rares sont devenus les habitants ayant – ou se donnant – les moyens de vivre une riche sociabilité à l’échelle communale malgré les nombreuses animations proposées par la mairie, les associations et la présence de boutiques… Les sobriquets parlent donc d’une époque où rares étaient les anonymes dans la ville : même sans connaitre le nom de la personne, elle était repérée, identifiée.

 

 

    A lire aussi :

    Sobriquets des habitants de la région de Pont-de-l’Arche

 

 

Sources documentaires

 - Barbe Lucien, Le dictionnaire du patois normand en usage à Louviers et alentours, 1877, réédité en 1998 par Page de garde, Saint-Aubin-lès-Elbeuf, 127 pages ;

 - Launay Armand, Le Pontdelarchiais, parler de Pont-de-l’Arche ;

- Masson Max, L’histoire de Tostes par Tostes pour Tostes, [ca 1985] ;

 - Ville de Pont-de-l’Arche, délibérations du Conseil municipal.

Lexique de sobriquets d’habitants de Pont-de-l’Arche

 

Adjudant (l’) : une femme qui refusait même qu’on parle le Pontdelarchiais.

Adoré (l’) : sobriquet d’un sergent de Gendarmerie qui devait apprécier cet hommage ironique à ses vertus militaires.

Beau gland :

Bérot : …

Bête-à-puces : certainement quelqu’un qui faisait des économies de savon.

Beubeur : écrit Bobor sur une publicité de 1926. Nom peut-être dû à proximité de la forêt de Bord vu que celui qui le portait vivait à la ferme du Bon-Air.

Bisteuquette : c’est moins le sens du surnom que ce qui l’a inspiré qui intrigue ici...

Bite eud’ fer : …

Blanc-d’Espagne : une spécialité d’un pilier de bar ?

Bois-sans-soif :

Bousique : comme une ode à la bouse…

Brouette-à-boyaux (la) : cet homme avait un ventre généreux au point de pouvoir reposer sur une brouette, outils que l’homme en question poussait souvent.

Café-au-lait : encore une habitude bistrot (voir à Cafés-noirs, aux Damps).

Caloupette (la) : un alcoolique notoire qui s’est roulé au moins une fois sur la place Aristide-Briand.

Canasuc : homme qui partit en voilier aux « Isles » où l’on cultive la canne à sucre.

Capitaine-tralala (le) : cet homme était un capitaine de remorqueur qui aimait être élégant. On disait alors de lui qu’il était sur son trente-et-un ou, autrement dit, sur « son tralala ».

Caporal : surnom d’un couple. On disait de leur fille « C’est la fille à Caporal ».

Caramel : un gourmand ?

Carnera : référence au nom d’un célèbre boxeur.

Casque d’or : surnom donné à un rouquin.

Catte en chaleur (la) : …

Cayenne (la) : …

Chatouillante (la) : femme qui devait se vexer plutôt facilement.

Ch’fal-en-viande : homme plutôt bien en chair.

Chiasse (la) : surnom explicite encore donné aujourd'hui, à d’autres…

Cinoquet : ?

Cirage : …

Copain-vert : homme qui a eu plusieurs fois la goutte au nez. C’est imagé.

Coucou-du-bord-de-l’eau (le) : une femme connue pour sa pratique assidue du commérage.

Coucouille : quelqu’un de peu malin ?

Couillou (les frères) :

Croute-de-pain : …

Cul-d’ beurre : y en eût-il un pour s’en assurer ?

Cul-d’ brique : un arrière train solide ou aux muscles saillants ?

Cul-d’ brouette : surnom d’un maraicher.

Cul-d’ lapin : homme aux hanches fines.

Cul-pointu : …

Cul-rouge : …

Dare-dare : un homme qui était r’morqueur de péniches sur la Seine.

Diable (le) :

Dix-heures-dix : patron d’usine de chaussures qui marchait en canard, les pieds étant illustrés par la position des aiguilles dans le cadran.

Domino : une activité caractéristique de la période.

Emile Quin qu’à l’eau : …

Espion (l') : un Archépontain propriétaire d'un jardin au Val des Damps surveillait son bien alors qu'il fut surpris par des soldats allemands pendant être eux-mêmes surveillés.

Feu-rouge : un homme au teint rougeaud…

Fiquette : …

Fleur (la) : surnom d’un fleuriste...

Froufrou : une dame élégante.

Gadoue (la) : femme qui fouillait les poubelles, alors parfois pleines de suie.

Grain-d’sel : « Tu vas pas y mettre ton grain de sel ! » Un homme se mêlant de toutes les affaires.

Grande-porette (la) : de poireau ?

Grenadiers : un président d'honneur de la fanfare. Il demandait souvent en braillant : « Jouez-moi les Grenadiers ! Jouez-moi les Grenadiers ! », le nom d'une chanson.

Gros-fifi : un patron d’une petite usine de chaussures demanda à un jeune de lui chercher du Gros-filet, qui était le nom d’un tabac à priser. Or, le jeune revint effectivement avec du gros filet... mais à pêche, sous le regard évidemment compréhensif de ses collègues.

Gros-quinquin : peut-être donné à un homme qui avait l’habitude de caresser un gros chien en l’appelant ainsi.

Guigneul : surnom d’un enfant qui bougeait tout le temps. Il changea de nom plus tard en même temps qu’il changea de loisirs : Nez rouge, plus bas dans le lexique.

Hareng-saur : une habitude alimentaire ici… croquée.

Henri de l'hôtel : un tenancier du disparu Hôtel de Normandie.

Ingénieur (l’) : un Archépontain désigné ainsi par ses collègues du parc à bois de la SICA (Alizay) où il disait tout savoir et avoir tout vu.

Japon :

Jaunes (les) : un sobriquet qui annonce la couleur...

Julia-mille-gueule : vendeuse sur le marché.

Libellule (la) : …

Limace (la) : une flèche, certainement...

Ma-canette :

Madam’-Hareng : femme qui allait souvent chercher du poisson. Or, un jour, alors qu’elle était à l’usine, sa machine commença à faire des étincelles. Elle prit peur et s’enfuit en courant sans oublier ses deux sacs qui, sous les secousses, déversaient dans l’atelier les poissons fraichement acquis...

Maquâ (les) : nom d’un homme qui s’était fait mordre le nez par un petit cochon qu’il avait gagné à la fête du village (elle se trouvait alors sur la place du Souvenir). De maquer : manger, mordre, en normand.

Marat :

Marcel-gros-nez : un sobriquet qui parait sortir tout droit de la cour de récréation.

Maria-la-fleur : dame portant une cicatrice sur la joue.

Marie-Valentin : …

Mazaro : un homme drôle, parait-il.

Menton-d’galoche : un physique avantageux... pour les moqueurs !

Misaères (les) : famille de commerçants aisés qui se plaignaient tout le temps.

Moiniau-rouge :

Moiniau-vert :

Mon-p’tit-bésot : employé dans le cadre familial. Un jour, une femme attendait la visite d’un de ses neveux, le p’tit bésot en question. Or, un autre membre de la famille, bien adulte celui-là, frappa à la porte. Alors la bonne femme ouvrit la porte en disant « entre mon p’tit bésot ! ». Et depuis, cette expression est restée dans la famille.

Napoléon : un tout petit homme.

Nez-rouge : un homme de grande réputation…

Odette-pénin :

P’tit-quinquin : avait-il des liens de parenté avec Gros-quinquin ? 

Pacro (les) : surnom donné à toute la famille du Père pacro.

Pénette-de-pie : une réputation peu virile.

Pénette-de-v’lour : ce sobriquet appelle sérieusement à s'interroger sur les circonstances qui l’ont inspiré... 

Perdrix : un chasseur ?

Père-Bâton (le) : c’était le surnom d’un garde-champêtre. On a tout simplement conservé son nom de famille en accolant l’expression normande : l’ père

Père-carabi (le) :

Père-la-Saint-Anne (le) : sobriquet forgé à partir de déboires sentimentaux ayant eu lieu durant la fête Sainte-Anne. 

Pétard-au-cul : aurait été donné suite à son affolement lorsque des pétards ont explosé dans sa boite aux lettres.

Petite-ponette (la) : désignait une personne frêle.

Pétrusses (Les) : ...

Pinot : venait-il des Charentes ? ou, tout simplement, appréciait-il certaines productions liquides de cette région ?

Poil-de-careute : un rouquin ?

Poil-de-brique : cette expression isolait la nuance de couleur capillaire située entre le roux et le châtain clair.

Pop’line : nom d’un tissu. Ce nom est certainement lié au fait que l’homme qu’on désignait ainsi était chauffeur de taxi, soucieux de l’aménagement intérieur de son outil de travail.

Pouchin : poussin, en normand.

Poule-de-soie : une femme qui aimait les vêtements délicats ?

Poulou : de « loup », une référence aux yeux rouges ?

P’tit-bon-Dieu (l’) : un homme si avenant qu’on lui donnerait le bon Dieu sans confession ?

Qua-qui-brule (l’) : anecdote relative au Qua-qui-miaule (voir ci-dessous) qui prit feu un jour de fête. Alors, évidemment, les croquants s’exclamèrent : « Tiens ! Y a le qua qui brule ! »

Qua-qui-miaule (l’) : une mère demanda à son enfant d’aller chercher un fromage nommé « Vache qui rit » à l’épicier du coin. Le petit retint mal et le nom et demanda à l’épicière  un « qua qui miaule ! » C’est une des versions de l’origine de ce sobriquet très connu. Autrement, il s'agit peut-être d'une référence locale à une chanson interprétée par Fréhel, chanteuse française d'avant la Seconde guerre mondiale : Un chat qui miaule.

Quinquin : de quin, un chien.

Querbettes (les) : ou, selon une autre prononciation, les garbettes. A rapprocher du mot normand gambettes (les jambes) ou lesguerbettes (les petites gerbes) ?

Roi-du-bout-dur (le) : expression typique des ouvriers de la chaussure. Le bout dur est la partie bombée qui forme l’avant de la chaussure, composée d’un cuir fortement durci. Néanmoins, il est très probable que les auteurs de ce surnom aient joué sur une équivoque moins dicible.

Roucoule : un homme faible devant la gent féminine ?

Six-douzaines : nom du patron d’un café qui eut le malheur de réitérer en public à sa femme qui lui demandait combien d’huitres elle devait prendre pour le soir : « Six douzaines ! »

Sœurs-fléchettes (les) : sobriquets des infirmières.

Souris (la) : …

Sous-marin-vert (le) : une bande de copains jeta un des siens à la rivière.  L’infortuné ne remonta pas de suite à la surface, d’où le Sous marin, et lorsqu’il sortit de l’eau il était couvert d’algues.

Sucre-bien : encore un qui devait fréquenter les bistrots.

Tailleur : homme qui eut le malheur de se faire surprendre par un proche en train de recoudre un bouton.

Tête tremblante (la) : un Archépontain dont la tête balançait de droite à gauche...

Ticra (les) : Les petits crabes. La famille qui portait ce nom l’a « pêché » en allant à la rocaille sur la côte. Elle en ramena des petits crabes, notamment, dont elle eut le malheur de parler... T’as t’y vu mes ti cras ?

Titif-’ti-couillon : désignait un coiffeur.

Tutur : de voiture ?

Zoute (la) : serait une déformation de « la goutte ».

Lexique de sobriquets d’habitants des Damps

 

Bambino : référence à la chanson de Dalida ?

Bouquéton : est-ce que cela à voir avec le bouc ? Ou son odeur ?

Brigadier : surnom d’un homme qui voulait faire la loi dans sa rue…

Cafés-noirs (les) : nom de bistrot certainement individuel à l’origine. Ce sobriquet s’est transformé en Café au lait. Est-ce une adaptation au quotidien ?

Chapeau-d’tôle : un homme têtu ?

Chatons (les) : l’origine est obscure. Ce sobriquet désigne les membres d’une famille nombreuse des Damps et de Léry. Aux Damps, il a surtout désigné les deux tenancières de l’épicerie de la rue des Carrières. Les enfants qui allaient chercher des bonbons disaient alors : « On va aux Chatons ! »

Chat-qui-pond : c’est un surnom d’enfance donné à un élève qui demanda tout simplement si les chats pondaient pour mettre des petits au monde. Les camarades ne furent pas très compréhensifs…

Coucou : sobriquet d’un homme qui sifflait beaucoup et qui aurait, ainsi, laissé son nom à une rue des Damps.

Golden : nom donné dans les années 1970 à un homme qui prit une pomme dans une cour. Or le propriétaire voulut le planter de sa faux. Ses amis vinrent à sa rescousse... mais seulement pour le rebaptiser.

Groboir : sobriquet qui figure sur l’acte d’inhumation d’un Dampsois du XVIIIe siècle dont la réputation était faite.

Mère-soulier (la) : …

Mimi-Pinson : pour une femme qui chantait bien. Elle était gaie comme un pinson, en somme.

Père-chevreuil (l’) : l’homme que l’on nommait ainsi chargeait le bois en forêt de Bord et le transportait grâce à des chevaux afin de le débarder sur les berges de la Seine. Le chevreuil est gracieux, mais surtout agile comme l’est le débardeur qui saute entre les futs et qui passe une bonne partie de sa journée dans les bois.

Père-pacro (l’) ou père-caluhaut : le premier terme est peut-être une déformation de maquereau et le second est une référence à un des grands plaisirs de ce pêcheur de caluhaut, un poisson remontant, de nuit, le courant de la Seine jusqu’à Poses.

Radis (les) : … 

Roselyne-tabac : membre d’une famille où deux femmes s’appelaient Roselyne et tenaient un bar… tabac !

Sheriff (le) : sobriquet donné par les enfants qui essayaient de jouer dans une rue sans trop se faire gendarmer par leur voisin.

Torpille (la) : ce sobriquet trouve son origine sur le terrain de foot où l’homme en question était très rapide.

 

 

 

Lexique de sobriquets d’habitants de Criquebeuf-sur-Seine

 

Bout-de-mine : …

Bruleurs-d’âne (les) : sobriquet des Criquebeuviens. Il date de la fin du XVIIIe siècle et prend sa source dans d’obscures explications. La légende narre que les habitants de Criquebeuf, grands amateurs de fête, voient arriver  d’un mauvais œil l’austérité du maigre Carême. C’est pourquoi, ils font un joyeux carnaval le jour du Mardi-gras. Mais, cependant, ils trouvent quand même trop triste la fin du Mardi-gras et le prolongent le Mercredi des Cendres par de folles libations. Mais, un jour, rien n’y fit, envoutés dans la folie du carnaval des habitants se livrèrent à de véritables bacchanales et remplacèrent le traditionnel pantin par un âne qu’ils offrirent en sacrifice à la fête... 

Cageot : nom de maraicher qui, comme tous les autres, vit au milieu des cageots.

Careute : nom donné à un maraicher, encore un.

Catouillette : …

Colinette :

Cul-béni : …

Cul-bleu : l’homme à qui on attribuait ce sobriquet était un maraicher portant des salopettes rapiécées avec des bouts de tissus bleus.

Mâqueux-d’careutes (les) : c’est un sobriquet archépontain qui désignait les habitants de Criquebeuf, eux qui étaient si nombreux à travailler dans les maraichages… En Français, il signifie les mangeurs de carottes…

Paillasse : …

Patinette : quelqu’un qui faisait de petits pas.

Petit-prince : …

Place-ton-pied :

Queue-d’nœuds :

 

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 22:12

A lire aussi : 

Les sobriquets à Pont-de-l'Arche et sa région : étude sur les surnoms que se donnaient les anciens habitants

 

 

« Mais prête aussi l’oreille à l’argot des commères

Bourdonnant à tes pieds aux étaux du dimanche,

A leur langue salée, à l’invective amère

Lancée en bon patois, les deux poings sur les hanches,

Et tu reconnaîtras par ce verbe gaulois,

Le sang fier de la race aux illustres exploits

Dans les veines d’enfants des « machons » d’autrefois. »

 

 

Edmond Spalikowski, Pont-de-l’Arche d’hier et d’aujourd’hui, 1930.

 

           Edmond Spalikowski adressait ces mots poétiques à Hyacinthe Langlois, dont le buste trônait au milieu de la place qui porte aujourd’hui son nom, à Pont-de-l’Arche. Et quel témoignage nous laisse ici Edmond Spalikowski ? Nos ancêtres de Pont-de-l’Arche ne s’exprimaient pas en français, mais en patois… C’est que montra aussi Octave Mirbeau, qui vécut de 1889 à 1893 aux Damps, dans certaines de ces nouvelles et principalement celle qu’il intitula « Le rebouteux » où Jacques-Éloi Latorne, le rebouteux en question, ne parle pas un français très académique. Mais, en quoi consistait ce moyen de communication qui était parfois appelé « Pontdelarchiais » et dont nous conservons le nom ?

 

Le Pontdelarchiais fut le langage des ouvriers de Pont-de-l’Arche mais aussi des commerçants et des notables. Ceux-ci l’utilisaient moins spontanément en société, voire pas du tout mais le comprenaient. Ce parler était le langage vernaculaire, c’est-à-dire de tous les jours, d’une majorité d’Archépontains avant la Première Guerre mondiale. Seule une minorité décroissante de la population continua à le pratiquer jusqu’à la Libération. Puis il cessa d’être utilisé en public.

À la différence d’une langue, un parler n’a ni grammaire ni écriture. Le dialecte non plus mais il est pratiqué dans une plus vaste région que le parler. C’est pourquoi nous appelons parler le langage autrefois usité à Pont-de-l’Arche.

Mais, comment avons nous trouvé trace de ce parler ? Aucun texte ne se rapporte directement au parler de Pont-de-l’Arche. Seule l’étude de Lucien Barbe, Dictionnaire du patois normand en usage à Louviers et dans les environs, publiée dans les bulletins de la Société d’études diverses de Louviers, au début du siècle dernier, et rééditée plus récemment par les éditions Page de garde, nous informe de ce que fut le parler normand de la région de Louviers. Ensuite, quelques mots écrits par Octave Mirbeau et Edmond Spalikowski, comme nous l’avons vu, nous renseignent un peu sur ce sujet.

 

Principalement, ce sont les témoignages oraux qui nous ont permis de dresser un petit lexique de termes et d’accents archépontains. Nous avons ensuite comparé les témoignages oraux aux éléments de l’étude de Lucien Barbe afin de définir s'il y a concordance entre les lexiques. 

Alors, en quoi consistait le Pontdelarchiais ? Quelle place occupa-t-il dans le temps et, surtout, dans la sociabilité de la ville ?

 

Maurice-Delamare--13-.JPGDes habitants posant pour la photographie dans la rue Maurice-Delamare, vers 1910. Au fond, on aperçoit les ouvriers de chez Marco. Les ouvriers de la chausure, comme toutes les classes populaires, étaient des locuteurs du Pontdelarchiais.   

 

           En quoi consistait le Pondelarchiais ? 

En 2005, date de réalisation de cette étude, plusieurs dizaines de personnes se rappellaient avoir entendu le Pondelarchiais. Certaines l’avaient parlé ou en avaient hérité quelques mots. Cependant, le vocabulaire ne leur revenait pas spontanément en mémoire car il y a longtemps qu’il ne servait plus à communiquer, même en famille, hormis quelques mots utilisés comme un clin d’œil complice et amical adressé aux amis de longue date.

En effet, le Pontdelarchiais était le ferment d’une identité populaire locale. Il n’y a pas eu de ségrégation à proprement parler entre horsains et Pontdelarchiens, terme populaire par lequel se désignaient certains locuteurs du Pontdelarchiais, mais simplement des relations plus complices et la reconnaissance d’être un « vrai » Pontdelarchien... Ceci rejoint un aspect de la sociabilité propre aux villages, aux petites villes et aux quartiers : la restriction de l’appartenance à une communauté selon la naissance et selon un contact quasi quotidien. Les vieux Archépontains définissaient comme étant de Pont-de-l’Arche les personnes nées d’Archépontains (seul un parent des Damps ou de Criquebeuf n’était pas vu comme étranger à la ville). Les personnes venues d’ailleurs inspiraient souvent une réticence au contact qui pouvait perdurer à vie.

Nous distinguons donc ici deux types d’habitants :

- les Pontdelarchiens, membres des familles implantées de longue date dans la ville ;

- les Archépontains, nouveaux habitants issus de l’extérieur. Ce terme s’est échappé d’un livre comme le montre sa construction toute artificielle. Cette dimension n’est pas anodine : autant Pontdelarchien est un terme oral, officieux et sans orthographe, autant Archépontain montre la volonté de désigner de manière officielle, neutre, les habitants de la localité.

            Quant au terme de Pontdelarchiais (prononcez pond’larchié), il exprime volontairement une vulgarité, appréciée et revendiquée, comme le laisse entendre la dernière syllabe. Les anciens locuteurs du Pontdelarchiais, ou les témoins avertis, en sourient et partagent cette connivence quand ils évoquent ce qu’ils appellent un argot, voire un accent. C’est un langage châtié que l’on peut comparer au « purin » des ports (au Havre, notamment), du même registre, exprimant lui aussi la vulgarité d’un langage un peu râpeux qui ne plaisait pas à tous. Nous avons aussi ressenti cette vulgarité affichée dans le dégout de certaines personnes lors d'entretiens. Le rejet est net et exprime une non-appartenance à cet usage. 

Les habitants des Damps, de la vallée de l’Andelle et les Rouennais reconnaissaient ce qu’ils appelaient l’ « accent de Pont-de-l’Arche » et qu’ils distinguaient aisément du Cauchois ou de l’argot. 

 

 

Quels étaient le vocabulaire, l’accent et les origines du Pondelarchiais ?

          Lorsque l’on regarde les mots qui forment le lexique du Pontdelarchais (annexe I), la première chose qui frappe est l’accent et le vocabulaire normands. Il suffit de les comparer avec les mots précieusement sauvegardés par Lucien Barbe (annexe II) pour se rendre compte de nombreuses similitudes.

           Dans les deux cas, les cauchons désignent les chaussons ; le sérugien désigne le chirurgien et l'on retrouve la présence - étonnante - de mots d’origine allemande : choumaquer et choumacre désignant respectivement la réparation des chaussures et le cordonnier. Le lien entre le Pontdelarchiais et le dialecte normand local est net et n’étonnera personne. Le Pontdelarchiais apparait comme une survivance urbaine d’un parler local. 

Mais les mots argotiques sont nombreux, comparativement au nombre de termes répertoriés. Ils semblent traduire deux choses. Premièrement, étant encore employés de nos jours, ils sont revenus plus spontanément à l’esprit des personnes interrogées. Deuxièmement, car les gens n’ont pas pu se tromper, ces termes argotiques faisaient partie du Pontdelarchiais. Il semblerait que le Pontdelarchiais ait été un mélange entre le dialecte local et l’argot des ouvriers dont les éléments ont survécu à l’extinction du dialecte.

Relativisons quand nous parlons d’extinction du dialecte car, encore de nos jours, nombreuses sont nos expressions qui relèvent plus du dialecte que du français académique.  

Néanmoins, si un vocabulaire et un accent local demeurent, la communauté des locuteurs du Pontdelarchiais a bel et bien disparu. Abordons ici quels ont été les moteurs de cette disparition.

 

            Expliquer la disparition du Pondelarchiais 

L’instauration de l’Éducation nationale, à partir de 1880, a accentué la disparition des dialectes en permettant aux nouvelles générations d’employer un nouvel outil d’expression : une langue. Cette langue, le français, devait être un outil d’insertion pour celui qui – comme de plus en plus de personnes – était amené à déménager. Cette politique d’éducation fut louable mais pécha par son libéralisme : elle laissa l’initiative aux parents de transmettre leurs savoirs, y compris linguistiques. Comme le préconisait Condorcet pour l’héritage religieux dans son Premier mémoire sur l’instruction publique, en 1792 : l’État se doit de fournir une éducation commune aux enfants de la Nation tout en laissant aux parents de choix d’instruire leurs filles et fils dans la foi ou l’idéologie qu’ils trouvent judicieuse. Les dialectes, plus que les religions, furent souvent négligés par les parents.

En effet, les dialectes ont été dévalorisés car ils n’étaient pas l’apanage des élites. Expressions des gens du peuple, ils passèrent pour un handicap frappant les exclus de l’ascension sociale. Or, la communication, et donc la maitrise de la langue des élites, compte parmi les outils de promotion individuelle. Nombreux furent les parents qui jugèrent inutile d'apprendre le dialecte, jugement renforcé par des instituteurs considérant que celui-ci était un frein aux études.

Qui plus est, le normand parlé dans l’Eure disparut assez rapidement car il était en contact direct avec Paris et il présentait de nombreux points communs. Le normand influença – et fut influencé – par le français depuis le Moyen Age ; d’où le fait que l’apprentissage du français se passa sans autre difficulté que la perte d’une habitude et l’utilisation d’un vocabulaire différent.

L’émergence de la culture écrite a largement contribué à la perte des dialectes qui vivent dans l’oralité. C’est que démontre, encore de nos jours, la difficulté de les utiliser à l’écrit. Mais, modérons maintenant le propos. Les dialectes n’ont pas tous disparu. Certains d’entre eux ont réussi à se maintenir suffisamment longtemps, généralement loin de Paris et dans un tissu social populaire, pour être remis à l’honneur en tant que patrimoine justement repérable du fait de sa rareté. De dialectes, ils sont le plus souvent devenus des langues possédant leur grammaire, leurs formes écrites et leurs écoles.

Mais nous avons abordé un facteur géographique qui mérite plus d’attention : le développement des transports apporte de nouvelles personnes et, de là, de nouveaux modes d’expression. À l’inverse, les moyens de locomotion permettent à des autochtones de s’expatrier. Les communautés locales se retrouvent donc renouvelées par des communautés pratiquant une autre langue, voire plus. Or, dans ce domaine, Pont-de-l’Arche est un véritable carrefour. 

 

 

           Conclusion  

Pont-de-l’Arche conserva longtemps son parler comparativement au reste de la région : celui-ci ne s’éteignit qu’aux alentours de la Seconde Guerre mondiale. Cette longévité doit trouver son origine dans le très important tissu ouvrier de la ville, l'industrie de la chaussure employant jusqu'à 2 000 personnes dans les années 1930, dont une grande partie d'Archépontains. Le parler local était le ferment d’une culture ouvrière tout comme le fut et l'est encore le ch’ti, par exemple. Cependant, la crise qui a frappé l’industrie de la chaussure fit passer le nombre d’usines implantées à Pont-de-l’Arche et aux Damps de plus de seize à une seule en quelques décennies. Ceci eut pour effet de désolidariser les ouvriers qui durent travailler hors de la ville (Renault à Cléon, la SICA à Alizay). De ce fait, le lien social s’est distendu : les Archépontains ne travaillèrent désormais plus dans la même usine que le voisin, le frère, et durent utiliser le français avec les nouveaux collègues de travail. Puis, des Archépontains ont émigré. Inversement, de nouveaux habitants se sont installés ou ont travaillé  dans la ville. C'était la fin d'un terroir. 

 

Annexe I

 

Petit lexique de mots et de prononciations du Pondelarchiais

 

Nous avons consigné ici les termes communiqués par une trentaine d’Archépontains dans le cadre d’entretiens réalisés principalement entre 2003 et 2005.

 

A’ : Elle. Par exemple : comment a’ va ?

Aller à la cochure : Aller à la chaussure, au travail.

Arpions : Doigts de pied.

Barouette : Brouette.

Ben : Bien.

Baisant(e) : Sympathique, par exemple a’ l’est pas baisante c’te bonne femme.

Besson, béchon : Boisson.

Bézot / bézotte : Le bézot c’est le p’tit dernier de la famille et, par extension, un p’tit gamin qui a une bonne bouille.

Bisteuquette : Bistouquette.

Bolbai : Bolbec.

Boujou : Bonjour, salut, au revoir.

Caloupette : Galipette.

Careute : Carotte.

Carnages (les) : Sobriquet des Pondelarchiens. Un carnage d’éfant : Un enfant qui bouge beaucoup tout en étant très bruyant.

Carnasse (la) : un cartable.

Catouille : Selon les cas ; chatouilleux ; vite irrité ; trop minutieux ; maniéré. T’es catouille ?

Cauchon : Chausson.

Ch’ais t’y moi : Qu’est-ce que j’en sais moi.

Chinq : Cinq.

Choumaquer : Réparer les chaussures.

Chucre : Sucre.

Cochure : Chaussure.

Core : encore.

Cra (des) : Des crabes.

Criqu’beu : Criquebeuf.

Cressant : Croissant.

Din : Dans.

Croquer : Tirer les branches sèches. Crocher. I’ croquaient.

C’mitière : cimetière.

C’te : Cette, cet.

Éfant : Enfant.

Erquer : Travailler. Va t-en erquer.

: Feu.

Faire une bourée : Remplir une brouette.

Faniâ : êt’ faniâ c’est écorcher, parler patois. C’est l’équivalent de fainéant.

Fô : Fou.

Gardin : Jardin.

Gôdasses : Chaussures.

Grand monde (le) : Notables, industriels, élus...

I’ : Remplace le tu / vous par exemple comment i’ va?

Guitare : Jambe.

Iau : Eau.

Joua : Cheval ou encore dada.

Qu’ri’, querquer : Quérir, chercher.

L’ : Le.

Lusquation : Luxation.

Mâquer : Manger.

Misaère : Misère.

Moiniau : Moineau.

Moutaure : Montaure.

Pâs : Pas.

Patate : Pomme de terre.

Pèye : Paye, paie.

Pénette : Petite pine.

Pêque : Pêche.

Pêquer : Pêcher.

Pêqueux : Pêcheur.

Pesson : Poisson.

Pi : Puits.

Pondelarchiais : Nom du langage.

Pondelarchien(ne) : Archépontain(e).

Poriau : Poireau.

Quâ : Chat.

Qué : Quel.

Quin : Chien.

Quèv’ : Chèvre.

Quins (des) : Des dettes de bistrot.

Quiqu’ : Qu'est-ce que.

Rien : Beaucoup. Il est rien grand tan fiston : il est très grand.

Sacouilla : C’est du sacouilla, tout ça ! C’est un bazar ; rien qui vaille. 

Séquer : Sécher.

Sérugien : Chirurgien.

Soubriquet : Sobriquet.

Souffler la lumiè’ : Éteindre la lumière. Survivance des temps tout comme l’expression : Qu’est-ce qu’on joue ce soir à la télévision.

Siau : Seau.

Suc : Sucre.

Su : Sur.

Ti : Petit.

Vaque :  Vache, ou encore meumeu.

V’lour : Velours.

 

 

Annexe II

 

Petit lexique du patois normand autrefois usité dans la région de Louviers

 

Mots sélectionnés à partir du Dictionnaire du patois normand en usage à Louviers et dans les environs de Lucien Barbe. 

 

Bad’lagueule : Bavard et,  parfois, gourmand.

Bar : Bac.

Barre du jour (la) : Les premières lueurs.

Bavette (une) : Une femme bavarde.

Blesser (se) : Expression des mariniers. " Le porteur n° 5 s’est blessé hier à l’écluse de Poses " (il s’est fait des avaries).

Blin : Bélier.

Bocheron, boqueron : Bûcheron.

Boise (une) : Une poutre.

Bontiveté : Une bonté un peu naïve.

Bos, bosc : Bois.

Bouilleux : Un bouilleur de cru.

Boujou, boujou ! : C’est le salut que s’envoient les mariniers quand ils se croisent sur la Seine.

Bout : Bâton, morceau. Un bout d’réglisse, un bout de sucre d’orge.

Brach’ : Abréviation de bracherie (brasserie).

Brevacheux : Pilier de comptoir, un homme qui parle pour ne rien dire.

Cache (la) : La chasse. " Qui va à la cache perd sa plache ".

Cailloutin : Petit vin de pays. Couillotin (Vernon).

Cariolée : Contenue d’une charrette.

Carnage : Mot injurieux. Se dit en parlant des habitants de Pont-de-l’Arche.

Cauches (les) : Les chausses, bas, chaussons.

Cauchons (les) : Les chaussons.

Causement : Jugement.

Cémitière, chmitière : Cimetière.

Cercutier : Charcutier.

Cérugien : Chirurgien.

Chaircutier : Charcutier.

Chaland : Grand bateau.

Choumacre : Cordonnier. De l’Allemand schumacher.

Clinquaille : Quincailler.

Cœur : Mon cœur vous salue. Formule polie pour trinquer.

Comprenouère (la) : La compréhension.

Conduiseux (un) : Un conducteur.

Consolation (une) : C’est le petit verre d’eau de vie que l’on met dans le café.

Consolé (l’) : C’est le café dans lequel on a versé un petit verre d’eau de vie.

Créiatures (les) : Les femmes (terme non péjoratif).

Da : Je reviens da Rouen.

Diguer : Piquer, enfoncer.

Doulent : Souffrant.

Espirituel : Spirituel.

Estudieux : Studieux.

Fagoté (être) : Être mal mis, mal habillé.

Faignanter : Ne rien faire (de l’Italien far niente).

Farcer : Faire des farces.

Farme : Ferme.

Gens (mes) : Mes proches.

Gosier bien chaussé (avoir le) : Être insensible au tord boyaux.

Goussepin (un) : Un gamin.

Gueulard (un) : Un gourmand.

Haricoter : Marchander pour de petites sommes.

Haricotier : Chicaneur, marchandeur.

Havet : Crampon, crochet (clou à crochet).

Houle : Trou, caverne dans l’eau ou dans les berges.

Houste : Aller ouste et houste (être toujours pressé, en mouvement).

Iau : L’eau. Pour les riverains de la Seine c’est le fleuve (l’eau signifiait la rivière au Moyen Age).

Lésant : Malfaisant.

Lippe (faire la) : Faire la moue.

Lippe (la) : Lèvre inférieure grosse et pendante.

Loquence (la) : Voix, organe de la parole.

M’nouille (la) : La monnaie.

Menterie (une) : Un mensonge.

Micaments (des) : Des médicaments.

Mouler : Faire la moue.

Mouleux : Quelqu’un qui fait souvent la moue.

Moutaure : Montaure.

Mouvettes (les) : Désigne les enfants remuants.

Opignions (les) : La politique.

Passager (le) : Passeur. C’est l’homme qui faisait passer les rivières en bateau. On disait auparavant le passageur.

Péchon : Poisson.

Philomie (la) : La physionomie.

Phreumacien (le) : Le pharmacien.

Pianne pianne (aller) : Aller doucement (de l’italien piano).

Pontiaudemer ou Potodmer : Pontaudemer.

Popiétaire : Propriétaire.

Popiété : Propriété.

Por : Pauvre.

Potiner : Faire du potin.

Poupée : Femme de mauvaise vie.

Pouquette : Une petite poche, un petit sac.

Pouvé : Pouvoir.

Purer : Essorer un linge.

Quart moins (le) : Moins le quart.

Quiaulée (une) : Une bande.

Rabelais : Cochon, débauché.

Rarriver : Revenir.

Rognoner : Ronchonner.

Rue as Mamours : La côte des Amoureux, à Louviers.

Sauce à l’oeil : Désigne ce qui n’a que de l’apparence.

Socier : Entretenir des rapports de société. " Sociez-vous avec untel ? "

Soleil (un) : Ivrogne et paresseux (soulei).

Surcouper : Interrompre la parole.

Tertous : Tous.

Ure (l’) : L’Eure, la Dure aussi (Athura au Moyen Âge…).

Urope (l’) : L’Europe.

Vaie : Voie.

Vainture : Voiture.

Veillatif : Vigilant.

Vent d’amont : Vent d’Est car il vient de l’amont de la Seine.

Vexinier (un) : Un habitant du Vexin.

Viage (un) : Un voyage.

 

[1] On a dit Archipontain de manière officielle jusque dans le début des années soixante-dix. L'usage oral lui a ensuite préféré Archépontain, ce qui a été officialisé même par l'administration. 

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 22:59

Départ (km O) : rendez-vous sur la place du village, aux Damps, près du petit pont sur l’Eure. Parking du bar-tabac de Carole Prestot. Allez-y boire un coup ! 

 

Aussi décrit sur OpenRunner http://www.openrunner.com/index.php?id=3847971

 

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Petite commune agréablement située le long de l’Eure, Les Damps réserve bien des surprises au promeneur. Il suffit de se balader et d’interroger le paysage pour découvrir son passé géologique et historique.

Savez-vous que c’est ici, près du petit pont précisément, que l’Eure se jetait dans la Seine après 228,5 km ? Ce n’est qu’en 1934 que le confluent de l’Eure et la Seine fut bouché aux Damps pour être reporté à Martot, 10 km en aval. Cette modification est due à la démollition du barrage de Saint-Aubin-lès-Elbeuf qui a exigé que l’on abaisse le niveau des eaux à la même hauteur que celles situées en aval du barrage. Pour éviter que l’Eure ne soit presque entièrement asséchée, on la fit passer par d’anciens bras de Seine qui longeaient la rive sud et on les sépara du cours principal de la Seine. C’est à cette époque que les quelques iles des cartes postales d’antan furent rassemblées grâce à la terre issue du dragage de la Seine.

C’est ainsi que l’Eure a gagné 10 km ! On lit encore dans le paysage ces modifications : le terrain des Damps n’est pas tout à fait régulier et quelques saules têtards ponctuent la garenne eux qui jalonnaient auparavant les berges des anciens et nombreux bras de Seine. 

 

Quittez la place du village et dirigez-vous vers la gauche en direction de Léry. Cent mètres plus loin, tournez à droite vers la rue des Carrières.

 

Près du virage se trouve la « Maison de la Dame Blanche » (km 0,2). Le nom de Blanche de France fut donné à cette demeure qui est le plus ancien édifice (XVe siècle) de la commune. Même si Blanche de Bourgogne puis Blanche de France, fille de Philippe le long, ont possédé des biens aux Damps, rien n’atteste qu’elles aient possédé cette demeure précisément. Quoi qu’il en soit, on peut apprécier les décors gothiques sculptés dans les poteaux, mais aussi les allèges en croix de Saint-André…

 

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La rue des Carrières porte très bien son nom. Vous pourrez voir certaines entrées de carrières qui ont été exploitées depuis l’Antiquité au début du XXe siècle. On y extrayait le moellon calcaire et le silex qui servaient à bâtir les maisons mais aussi le calcaire servant à faire de la chaux puis le plâtre. Ce n’est pas un hasard si la rue des Carrières débouche sur la rue des Plâtriers...

 

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Au croisement, tournez à droite.

La rue des Plâtriers se trouve au fond d’une petite vallée qui a permis aux hommes de relier la forêt de Bord aux berges de la Seine puis de l’Eure. C’est ainsi que Les Damps a été durant de nombreux siècles un petit port où l’on chargeait du bois et où l’on fabriquait de petites embarcations.

 

En bas de la rue, tournez à gauche vers Pont-de-l’Arche (km 0,5).

 

La route de l’Eure a attiré de riches propriétaires rouennais et parisiens à partir du milieu du XIXe siècle, d’où les belles demeures dont la Gentilhommière. Un agréable chemin longe la rivière et ses saules pleureurs. 

Bien vite, se dessine la chapelle Saint-Pierre (km 0,8). Construite en 1856 avec des moellons calcaires locaux en remplissage ainsi que la brique rouge en chainage, elle remplace l’ancienne église démontée au début du XIXe siècle. La présence de l’ancienne église en ce lieu excentré du cœur des Damps peut étonner. Mais les premières traces d’habitation aux Damps (néolithique) ont été repérées sur les hauteurs derrière la chapelle, dans le vallon des Vauges. Il est possible que l’église primitive ait remplacé un lieu de culte païen dédié à l’eau.  A ne pas rater, le calvaire du XVIe siècle qui se trouve à l’entrée de l’ancien cimetière. 

 

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Poursuivez vers Pont-de-l’Arche.

 

La balade offre quelques vues sur un ancien bras de Seine dont l’entrée est encore apparente mais aussi sur les « Damps du haut »… En effet, les habitants des Damps (les Dampsois) plaisantent autour du nom de la commune : on parle ici « des Damps du bas » et « des Damps du haut » pour distinguer les maisons situées sur le bord de l’Eure et les autres situées sur le rebord du plateau (qui, malgré ses 30 mètres d’altitude fut un ancien lit de la Seine il y a plus de 2 millions d’années).   

Le saviez-vous ? Des carrières ponctuent toute la longueur du coteau. Elles servirent d’abri à la population locale peu de temps avant la Libération d’août 1944. En effet, les gens craignaient les bombardements qui frappaient le pont de Pont-de-l’Arche et les écluses de Poses. Ils craignaient aussi les représailles allemandes qui ont failli couter la vie à de nombreux civils (voir Criquebeuf).  

 

Pont-de-l’Arche

A Pont-de-l’Arche, les maisons bourgeoises laissent place aux maisons que les mariniers ont construit au bord de l’eau, contre le rempart, depuis la Renaissance au XXe siècle.

Avant d’arriver en ville, le sentier passe sous le pont inauguré le 29 janvier 1955 par Pierre Mendès France (km 2). Ce pont battait alors le record d’Europe des ponts soudés à poutres continues. S’il arrive en 14e position, au moins, dans l’histoire des ponts de la ville, c’est le premier ouvrage qui contourne le centre ville de Pont-de-l’Arche. A noter, les curieuses poternes qui creusent le rempart médiéval juste à côté du pont. Très visible le long de l’Eure, le rempart date de Philippe Auguste qui a fait de Pont-de-l’Arche sa résidence principale lorsqu’il devint maitre de la Normandie en 1204.

 

Poursuivez sur le trottoir. Avant le Crédit agricole, tournez à gauche dans la rue Abbaye-sans-toile (km 2,2).

 

Vous entrez ici dans les ruelles médiévales aux maisons de guingois. Certaines d’entre elles datent du XVe siècle, celles où le 2e niveau déborde sur le premier. On appelle ce style d’édifice des maisons à « encorbellement ».

 

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Remontez la rue Abbaye-sans-toile.

 

Arrivés sur la place Hyacinthe-Langlois, vous êtes au cœur de la ville médiévale où se tenait le marché de la région de Pont-de-l’Arche sous une halle tombée en 1856. Sur cette place se marient les façades de la Belle-époque, avec leurs peintures publicitaires, mais aussi les pans de bois du Moyen Âge. Un portique existe encore au n° 17, vers le haut de la place. Il permet à une ruelle de passer sous une maison. A gauche de ce portique, entre le rez-de-chaussée et le premier étage, se trouve un panneau sculpté. Il représente une femme assise sur un char tiré par des chevaux ailés et précédés par des musiciens. Cette scène comprend aussi un moine sortant d’une cité, un cavalier, un levrier, un pèlerin… Ce curieux mélange date du début du XVIe siècle et devait orner la façade d’une auberge.

 

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Remontez la rue André-Antoine en direction de l’église (km 2,3).

 

Le pittoresque point de vue vers l’église et les maisons à pans de bois est une véritable carte postale de Pont-de-l’Arche. Bâtie entre 1499 et 1585 l’église déploie sa dentelle de pierres caractéristique de la phase finale de l’architecture gothique : le flamboyant.

A droite, en approchant de l’église, se trouve la Salle d’armes qui est la cave de l’ancien hôtel-Dieu de la ville. Si la partie supérieure a disparu, cette vaste salle en plein cintre du XIIIe est largement ouverte au public grâce aux nombreuses expositions culturelles organisées par la ville de Pont-de-l’Arche.

Dans l’église, vous découvrirez un très bel écrin gothique doté d’une riche statuaire. Le mobilier est aussi très intéressant que ce soient les stalles de l’ancienne abbaye de Bonport, la chaire, ou encore le maitre-autel baroque (1630-1640). A ne pas rater, le vitrail du halage (côté rue) qui représente des habitants de Pont-de-l’Arche tirant un bateau pour qu’il remonte le courant passant sous l’ancien pont de la ville.

 

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En sortant de l’église, continuez à droite dans la rue de Crosne.

 

Après quelques dizaines de mètres, vous remarquerez la base d’une tour sur votre droite (km 2,5). Celle-ci faisait partie de l’enceinte médiévale et, avec une tour jumelle, défendait une des quatre entrées de la ville. La porte de Crosne présente encore de beaux vestiges avec une meurtrière, le passage de la herse et le départ d’une voûte.

 

Poursuivez dans la rue de Crosne et tournez à droite au croisement. Après quelques dizaines de mètres, entrez dans l’espace vert à droite (km 2,6).

 

De cet espace, un beau panorama se découvre sur la vallée de la Seine, les hauteurs de Freneuse, mais aussi l’Eure et les iles de Seine en contrebas. Au-delà du mur dépasse un des plus beaux symboles de Pont-de-l’Arche : la tour de Crosne. Ce vestige des remparts médiévaux a été reconstruit dans sa partie haute à la fin du XIXe siècle. Avec sa fenêtre en tiers-point, il constitue un bel exemple d’architecture romantique qui présente un Moyen Âge rêvé où les tours militaires sont aussi élégantes que les constructions religieuses. 

 

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Sortez de cet espace et prenez à droite. Empruntez les escaliers de la sente des Plâtriers. Traversez la route en contrebas et poursuivez à gauche le long de l’Eure.

 

De cet endroit, on peut admirer l’ile d’Harcourt et son bouquet d’arbres. Le pont d’Arromanches (km 2,8) rappelle l’époque de la Libération où les Alliés firent construire un pont Bailey, c’est-à-dire un pont provisoire avec des pièces assemblées. Le pont de la ville ayant été dynamité en 1940 et son remplaçant bombardé en 1944, un nouvel ouvrage s’imposait dont il ne reste que cette partie enjambant l’Eure.

 

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Poursuivez le long de l’Eure, après le pont d’Arromanches.

 

Ici le chemin devient plus sauvage entre les moutons et les hautes herbes…

 

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Prenez de quoi pousser les orties ! N'ayez pas peur de longer les maïs ! Autrement, si la voie est impraticable, empruntez le chemin du Becquet, à partir du pont d’Arromanches, et prenez à droite après la gendarmerie. Rendez-vous à la grille d’entrée de l’abbaye de Bonport, longez le mur d’enceinte par la droite et reprenez le chemin en contrebas.

Après quelques centaines de mètres, apparait la silhouette romantique et grave de l’ancienne abbaye de Bonport (km 3,7).  

 

Bonport (1)

 

Fondée par Richard Cœur de Lion, l’abbaye de Bonport fut bâtie entre 1190 et 1225. Rattachée à l’ordre de Cîteaux, elle ferma ses portes après la Révolution… Depuis le sentier de halage, on peut apprécier le pignon du dortoir et celui du réfectoire avec ses deux fenêtres élancées : les lancettes. Le meileur point de vue se situe dans l’ile de Bonport accessible par un petit pont sur l’Eure. Dans le mur d’enceinte, on aperçoit la porte Sainte-Marie qui a permis aux moines d’accéder à la Seine durant de nombreux siècles.  

 

La légende de Bonport

L’abbaye de Bonport et sa figure romantique ont inspiré bien des légendes. Parmi elles, on parle d’une Vierge en or enterrée dans un souterrain des alentours. On parle aussi – et surtout – de sa fondation par Richard Cœur de Lion, duc de Normandie et roi d’Angleterre. Le premier à avoir couché sur le papier la fondation légendaire de cette abbaye est Jacques Le Batelier d'Aviron, un avocat d’Evreux, dans la première moitié du XVIIe siècle. Il parla en ces termes de l’arrivée de Richard après son sacre royal en Angleterre, en 1189 :

"Les prelats, barons et seigneurs de Normandie luy jurerent (…) fidelité et obeissance (…) et son adrivée a Roüen ce ne fut que bals, festins et tournois ; la chasse fut le dernier divertissement de sa cour ; mais comme en l'air le plus serain est un presage de tempête, Richard seul courant un cerf fut emporté, soit par la vigueur de son cheval altéré, soit par quelqu'autre accident, si avant dans la Seine, que ce roy courut au hazard de sa vie. Ce Coeur de Lion, emporté au milieu du cours rapide de cette grosse rivière, ne perdit point le jugement ; mais considerant le peril ou il estoit fit voeu a Dieu de faire bastir une abbaye au lieu ou son cheval prendroit pied sur terre ferme : ce lieu fut depuis appelé Bonport, a cause de l'heureux abord du roy Richard. » 

Très chevaleresque, cette légende est un joli jeu de mots, un joli clin d’œil au fondateur de l’abbaye. Mais que vaut-elle quand on sait qu’une des armes de l’abbaye montre Jésus Christ dans son étable de naissance ? Le « bon port » ne serait-il pas, dans l’esprit des religieux, la venue du Christ parmi les hommes ?

 

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Continuez tout droit vers Criquebeuf.

 

Sur votre gauche, vous pouvez apercevoir les dépendances de l’abbaye dont une ancienne chaumière, puis les arrières – coquets - de la Plaine de Bonport. Après le pont de l’autoroute de Normandie (km 5,6), se présente l’entrée de Criquebeuf-sur-Seine par le chemin du Val Richard. Dès les premiers pas, l’histoire est au rendez-vous avec la présence de colonnes coiffées de chapiteaux sculptés issus de Bonport (au n° 262) (km 5,7). Comme d’autres maisons de Criquebeuf, des pierres arrachées à l’abbaye il y a deux siècles ont été récupérées par des particuliers.

 

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Au croisement, prenez à droite.

 

Vous aurez un point de vue sur les petites maisons faites de silex et de craie. Elles sont entourées de maraichages, une des activités caractéristiques de Criquebeuf. Si des cultures ont disparu telles que l’osier et la gaude (plante qui servait à teindre les draps d’Elbeuf), la culture des légumes fait vivre une trentaine d’exploitants réunis en coopérative.

 

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Tournez à droite vers la ruelle des Cygnes qui, comme des dizaines de ruelles, permettait aux habitants de relier la rivière aux champs. De retour sur les berges de l’Eure, prenez à gauche. Peu à peu, vous vous rapprochez du pont communal, le « pont des alliés » (km 6,8), qui fut construit en même temps que celui des Damps. En l’empruntant, vous avez la possibilité d’accéder aux berges de la Seine où un joli point de vue sur les coteaux de Freneuse vous attend (0,5 km aller-retour). En rebroussant chemin, la vue se dégage sur l’église et le centre du village historique.  

 

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L’église Notre-Dame présente une imposante tour-clocher datée de la seconde moitié du XIVe siècle (km 6,9). Celle-ci est surmontée d’une flèche polygonale couverte d’ardoises. Le reste de l’édifice fut bâti entre 1874 et 1879 par M. Simon, architecte rouennais, avec de la brique en chainage et du moellon calcaire scié en remplissage. Autour de l’église se trouvent de belles maisons construites en moellons calcaires de pays. L’une d’entre elles, à l’encoignure de la rue du Pont des alliés et de la rue du Village, est datée de 1806 et présente d’étranges sculptures…

 

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Les otages de 1944

Criquebeuf, comme de nombreuses communes, a été marquée par la Seconde Guerre mondiale. Les noms de ses rues en témoignent : le pont aux Alliés, place des Otages… Comme le rappelle une plaque apposée sous le portique à gauche du n° 713 de la rue du VIllage : « Le 24 août 1944, des éléments de l’armée allemande en déroute enfermèrent 63 criquebeuviens dans l’église. Le maire de la commune, Monsieur Lucien Langlois et le curé de la paroisse, Monsieur l’abbé Louis Boussel se trouvaient parmi eux.

Madame Anne Fleck, une alsacienne vivant au village, négocia, au péril de sa vie, avec l’officier commandant. Grâce à sa courageuse intervention, tous les otages furent libérés.

La population reconnaissante. »

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Puis prendre la rue du Village vers Martot.

 

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Après la bifurcation où se trouve une imposante statue de Notre-Dame-de-la-Délivrande, tournez à droite vers la ruelle de la Vicomté (km 7,6).

 

Quelle vicomté ? Le chemin nous l’apprend très vite… Une magnifique maison apparait en bas à gauche de la ruelle. Si un tiers de sa longueur a été démolli, cette imposante demeure présente des murs en pierre du XIVe au rez-de-cour et des pans de bois du XVIe à l’étage. A noter la longue galerie, côté sud, qui donne accès à toutes les pièces. Partiellement inscrit aux Monuments historiques en 1932, cette demeure abritait une perception des droits de la vicomté de l’eau de Rouen au Moyen Âge et sous l’Ancien Régime.

 

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En bas de la ruelle, tournez à gauche et admirez la face Nord de la maison de la Vicomté.

 

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La balade le long de l’Eure se dessine entre les cours et les potagers, d’un côté, et les iles de Seine et les coteaux de Freneuse, de l’autre côté. S’il y a parfois des herbes folles derrière des clôtures rouillées, les jardins rivalisent de soin et ce sont de belles fleurs, de beaux potagers qui accueillent les visiteurs l’été. Arrivé au hameau de Quatre-âges, on retrouve des maisons en pierres anciennes.

 

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Continuez toujours tout droit, éloignez-vous un peu des berges et coupez à travers champs (km 8,6).

 

Un point de vue se dégage sur Martot, son église, les forêts de Bord et de La Londe au-dessus d’Elbeuf. Plus loin, on charge par camion les sables et graviers de la proche carrière sur un tapis roulant passant au-dessus de l’Eure, de l’ile, avant de finir dans une barge de Seine (km 9,6).

 

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Prenez le chemin près de l’eau. Ici de jeunes plantations s’épanouissent dans des espaces protégés. Bientôt deux panneaux d’information nous apprennent l’existence d’une réserve naturelle : la forêt fluviale. Saules, frênes, érables, sycomores, orme, prunier myrobolan… Ici l’attention est portée sur la protection de la diversité de ces espaces naturels si importants pour la faune. Puis un agréable chemin vous invite entre une allée de peupliers… et l’Eure qui ressemble à un véritable canal tant elle est calme.

 

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De l’autre côté de la rivière, d’anciens bras morts de Seine servent de paradis aux oiseaux dans des tourbières et des étangs.

 

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Sur votre gauche, d’anciens lopins de maraichers reconvertis en espaces de plaisance accueillent des familles de la région dans leurs petits bungalows et leurs jeux pour enfants.

 

Bientôt apparait le bruit reposant de la chute d’eau du barrage de Martot (km 11)… Ce barrage permet aux eaux de l’Eure de garder un niveau minimum depuis les années 1930 (voir Les Damps).

 

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Un passage sur le barrage s’impose. De l’autre côté, prenez sur la droite où vous attend un joli passage sous les arbustes qui laissent entrevoir des vues sur les marais et sur la rive gauche de l’Eure. Plus en aval, le confluent définitif de l’Eure et de la Seine n’est qu’à un peu plus de 500 mètres…

 

 

 

Orientations bibliographiques

Launay (Armand), L’Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l’Arche, éd. Charles Corlet, 2007

Launay (Armand), Pont-de-l’Arche, Collection Mémoire en images, éd. Alan Sutton, 2008

Le Batelier d’Aviron (Jacques), Le Mémorial historique des évêques, ville et comté d'Évreux..., publié pour la première fois par l'abbé Pierre-François Lebeurier, Bibliothèque de l'école des chartes, 1866

 

Armand Launay

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21 novembre 2012 3 21 /11 /novembre /2012 22:47

Jacques-Henri Lartigue est un photographe né le 13 juin 1894 et décédé le 12 septembre 1986. Il s’est illustré dans son art par ses clichés, pris sur le vif, qui tentaient de saisir le quotidien par un angle de vue original.

Il dépeignit les loisirs alors accessibles aux riches familles et ce souvent avec le regard de l’enfant.

Ses premiers clichés furent pris dans la maison de ses parents à Pont-de-l’Arche (l’actuel Manoir de Manon, rue Jean-Prieur). Il avait huit ans lorsqu’il prit son premier cliché.

Jacques-Henri Lartigue réalisa des peintures, des albums de famille, des photos de presse, des instantanés, des photos de mode. Il prit la photographie officielle du président Valéry Giscard d'Estaing en 1978. 

Lors du centenaire de sa naissance, le Conseil municipal présidé par Paulette Lecureux donna le nom de Jacques-Henri Lartigue à l'espace situé en face du Manoir de Manon et qui accueille une résidence, des commerces et des cabinets médicaux. L’inauguration de Jacques-Henri-Lartigue eut lieu en 1994 suite au vote du Conseil municipal du 30 mai 1994.

 

Ci-dessous :

Marcelle, Zissou et moi [Jacques-Henri Lartigue]. Eglise de Pont de l'Arche, 1902. Album 1902-1904, p. 5 verso.

Photo : Henry Lartigue/Collection Lartigue. Tirage d'après négatif sur verre 18x24 cm. [Cote : LRT812NNR0]

Source Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b19000017

 

 

Jacques-Henri Lartigue et Notre-Dame-des-arts

Marcelle, Zissou et Jacques-Henri Lartigue dans l'église Notre-Dame-des-arts. A gauche, le banc-d'oeuvre (disparu depuis) et au fond la statue de Notre-Dame-des-arts (aujourd'hui masquée). 

 

 

Armand Launay

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21 novembre 2012 3 21 /11 /novembre /2012 22:14

Dans la rue des Soupirs, au fond d’une propriété où sont loués plusieurs garages, se trouve un mur en terre, type de construction aussi appelée mur en bauge. La bauge est composée de terre, l’argile en l’occurrence, et divers matériaux dont un soubassement en moellons calcaires et quelques os…

 

Os dans le mur 1

 

En effet, des os font partie de ce petit élément du patrimoine rural et agricole, mitoyen avec la cour d’école, qui est à mettre en relation avec un ancien corps de ferme du XIXe siècle qui va disparaitre dans les semaines à venir afin de laisser place à la résidence Lucie-et-Raymond-Aubrac.

Dans ce mur, qui va survivre au corps de ferme, se trouvent deux rangées d’os de diverses espèces animales. Cette disposition ordonnée démontre qu’il s’agit d’un choix délibéré.  

A quoi pouvaient bien servir ces os qui dépassent de quelques centimètres du mur ?    

 

Os dans le mur 2

 

On pourrait penser qu’ils servaient à consolider l’ouvrage. Mais la relative rareté des os dans ce type de murs démontre que ce n’est pas une bonne piste. De plus, pourquoi les laisser dépasser du mur ?

Cette volonté de les laisser apparaitre est une piste que nous relions à un article traitant des écorçoirs en os [1]. L’auteur, un certain Doré-Delente, de Dreux, avançait en 1892 avoir vu "… un vieux bûcheron qui prétend que les os que l'on trouve dans les vieux murs en bauge, où ils ont été mis comme supports de treillage, sont de beaucoup préférables aux frais ; probablement parce qu'ils sont durcis par l'âge et aussi parce qu'ils sont désinfectés."

 

Os dans le mur 3

 

Cette thèse de support de treillage, maintenant des végétaux grimpants, est d’ailleurs reprise dans divers forums sur le Net [2] qui les présentent comme supports de rosiers ou de vignes [3]: « Cette pratique, en usage au nord de la Loire depuis la Bretagne jusqu'à la Suisse romande, permettait une économie en chevilles de fer, dont le cout était élevé [4].

En effet, l’os est un matériau résistant qui, à la différence du bois ou du métal, n’affecte pas le mur en s’érodant. En somme, il est peu couteux et préserve une construction réalisée avec un matériau friable : la bauge !

 

 

Notes

[1] Doré-Delente, "Ecorçoirs en os", Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, IV° Série. Tome 3, 1892. pages 198-199. url : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0301-8644_1892_num_3_1_3971. Consulté le 21 novembre 2012

[2] Academia celtica,

[3] Mur à os de moutons, Jouy-le-Moutier : http://fr.topic-topos.com/mur-a-os-de-mouton-jouy-le-moutier

[4] Ibidem 

 

A lire aussi... 

La rue des Soupirs et la Côte d'amour

 

 

Armand Launay

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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 22:15

1

Quelques soldats français devant l’église Notre-Dame-des-arts avant que le feu ne tonne.

 

 

8-9 juin 1940 : le combat de Pont-de-l’Arche

1940, l’armée allemande avance à toute allure en France et bientôt en Normandie. A Pont-de-l’Arche, l’armée allemande fut annoncée par un immense défilé de civils en exode et d’éléments militaires désorganisés. Deux centres d’accueil furent ouverts à leur intention à Pont-de-l’Arche. Dans l’après-midi du samedi 8 juin, on observa dans les hauteurs boisées d’Igoville et Alizay les avant-gardes de la 7e division de panzers d’Erwin Rommel, général allemand qui voulait encercler Rouen par Elbeuf.

Pour les retarder, se trouvaient quelques éléments des armées britannique et française, principalement la centaine d’hommes du 4e Groupe franc motorisé de cavalerie commandé par le capitaine François Huet. L’accès au pont de la ville était sérieusement gardé avec, notamment, des pièges antichars. Deux canons de 37 faisaient face au pont, sur la place Hyacinthe-Langlois. Trois pièces d’artilleries se trouvaient dans la propriété de Crosne en plus de quatre mitrailleuses placées sur la terrasse de la tour et deux autres au rez-de-chaussée, à travers les meurtrières. Deux pièces d’artillerie étaient installées dans la cour de l’abbaye de Bonport. En haut de la route de Tostes, une grosse pièce d’artillerie pouvait tirer sur toute la vallée.

Un peu après minuit, le dimanche 9 juin, des éclats d’obus et de mitraille retentirent à Igoville où restaient coincés beaucoup de civils. Des éléments motorisés allemands descendirent la route de Rouen et rencontrèrent la résistance des forces anglaise et française. Vers quatre heures et demie, malgré l’impressionnant bruit de canonnade, les quelques Archépontains encore dans la ville – des élus municipaux, des religieuses, quelques vieillards de l’hôpital et le curé – entendirent très distinctement les motorisés allemands s’avancer vers la Seine.

Vers 6 h 25, conformément aux ordres reçus par le capitaine François Huet, les soldats du génie firent exploser le pont dont les projections retombèrent jusqu’à 400 m. Toutes les vitres volèrent en éclat et couvrirent les rues de verre cassé.

La canonnade continua, le reste de la population partit de la ville. A Igoville, deux chars français épuisaient héroïquement leurs munitions face aux Allemands. Les six soldats qui les actionnaient durent les abandonner, les détruire, et rejoindre les berges de Seine, sous le feu nourri de l’ennemi, avant de traverser à la nage jusqu’à Pont-de-l’Arche. Le général Erwin Rommel a cité dans ses mémoires cette résistance des aspirants Dubern et Lepage qui ont retardé l’ennemi près de 2 h 30. Il faut croire que l’état-major français n’était pas conscient de cette exceptionnelle résistance, lui qui ordonna de faire sauter le pont, abandonnant ainsi à l’ennemi de nombreux soldats français et surtout anglais sur la rive droite de la Seine.

Le pont de Pont-de-l’Arche étant coupé, les Allemands se dirigèrent vers Saint-Pierre-du-Vauvray et Gaillon où ils passèrent la Seine le dimanche soir. Le mercredi, les derniers soldats français quittèrent Pont-de-l’Arche, ville occupée dès le lendemain par les Allemands et ce jusqu’en aout 1944. L’action du capitaine François Huet avait atteint son objectif : empêcher Erwin Rommel d’assiéger Rouen et ses défenseurs. Le prix à payer était la destruction des ponts de Pont-de-l’Arche, ceux d’Elbeuf et celui d’Oissel.

 

2

Ce cliché du 7 décembre 1940 montre le pont de la ville après son dynamitage par des soldats du génie français et britannique le dimanche 9 juin 1940. 

 

Le pont de bois provisoire

Pont-de-l’Arche n’ayant plus de pont, l’occupant allemand fit bâtir un pont de bateaux dès les premiers jours de juillet à 500 m en aval du pont détruit. Après avoir beaucoup servi, il fut emporté par la débâcle des glaces en janvier 1941.

Cependant, depuis septembre 1940 la direction des Ponts & chaussées avait réfléchi à un nouveau pont. Celui-ci fut élaboré par la Société de construction des Batignolles après l'intervention de Technische Nothilfe qui dynamita sous l’eau les restes du pont détruit en juin 1940.

Etant donnée la pénurie de matériaux, Maurice Blosset, ingénieur en chef des ponts et chaussées, prit la direction de 17 chefs d’équipes et 180 hommes disposant de 6 500 pins de la forêt de Bord pour réaliser une véritable prouesse technique et humaine, tant l’hiver fut glacial. Les pins, de 10 à 14 mètres de long et 25 cm de diamètre, étaient enfoncés de 3 m 50 dans l’assise calcaire du fleuve. Au total, ce sont 4 600 m3 de bois qui ont été travaillés par 70 charpentiers et 40 aides ou manœuvres et 3 670 m3 de bois mis en œuvre sur le pont.

 

3

Décembre 1940, devant les restes d’une pile de l’ancien pont, une partie des 20 bucherons et 20 manœuvres français réalisent – dans le froid – un pont de bois ; une prouesse technique et humaine qui resta debout du 8 juin 1941 aux bombardements des 30 mai et 7 juin 1944. 

 

En plus de la passerelle principale dédiée aux véhicules, le pont de 360 m de long était muni d’un niveau inférieur pour piétons, interrompu en son milieu à cause de l’arche fluviale laissant passer les bateaux. Le niveau supérieur se scindait en deux à certains endroits pour autoriser un trafic à double-sens.

Lors de sa mise en service, le 18 juin 1941, un drapeau tricolore flottait fièrement sur l’ouvrage. Cet acte patriotique faillit couter cher à l’ingénieur Maurice Blosset bien que son implication n’ait pas été révélée. Voir un court métrage de l'inauguration. Le pont de bois tint debout trois ans.

Il fut largement détruit par les bombardements alliés des 30 mai et 7 juin 1944. Eddy Florentin rapporte le témoignage suivant : « les bombardiers passent trente minutes durant, l’épave du pont git, moitié dans le fleuve, moitié sur la terre ferme. Les sapins, qui constituaient la principale ossature de l’ouvrage, sont tordus, confondus dans un enchevêtrement indescriptible ». La grande voie de communication est interrompue sans qu’il y ait eu une seule victime.

 

4

Février 1942, le pont de bois provisoire photographié depuis la berge de Pont-de-l’Arche (du côté des Damps). On distingue la passerelle pour les piétons quelques mètres sous le tablier destiné aux véhicules.

 

Puis vinrent les libérateurs Canadiens, le 24 aout 1944… 

 

 

Patrick Stewart à Pont-de-l’Arche ! 

Patrick Stewart

Bien connu pour ses rôles dans Star Trek nouvelle génération ou encore X-men, Patrick Stewart est venu à Pont-de-l’Arche le 18 avril 2012.

En effet, dans le cadre de la préparation de la 9e saison de l’émission Who do you think you are ? (qui pensez-vous être ?), le célèbre acteur britannique est venu avec une équipe de la BBC retracer le parcours de son père, Alfred, qui servait dans l’armée britannique.

Aidé par l’historien Timothy Lynch, Patrick Stewart a suivi les pas de son père et de son bataillon, les Flowkoyl, depuis Abbeville à Igoville où il devait protéger la rive droite de la Seine jusqu’au pont ferroviaire du Manoir face aux panzers allemands.

L’équipe de la BBC a pris des images sur le rempart, derrière l’église, puis s’est rendue au cimetière de Saint-Etienne-du-Rouvray où reposent des compagnons d’armes d’Alfred Stewart. L’émission a été diffusée en octobre.  

 

Sources

- BLOSSET Maurice, MEO G., « Le pont de Pont-de-l’Arche », in Travaux, n° de novembre et décembre 1942 ;

- DESDOUITS Maurice, "Pont-de-l’Arche", pages 78 à 82, in Collectif, Héros et martyrs de la France au combat (1939-1944). À travers les départements meurtris : l’Eure, Paris : La France au combat, 1947, 210 pages ;

- LAUNAY Armand, « Les ponts de Pont-de-l’Arche depuis 862 à nos jours », in La Fouine magazine n° 14, septembre 2006, 24 pages, ISSN 1765-2278 ou http://pontdelarche.over-blog.com/article-les-14-ponts-qui-ont-fait-l-histoire-de-pont-de-l-arche-78659464.html ;

- ANONYME, Le combat de Pont-de-l'Arche, article de Wikipédia.  

 

 

Armand Launay

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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 22:43

 

Né en 1943, le graveur sur pierre professionnel Daniel Niaux s’est fait un nom chez les peintres de Normandie. Résidant au Grand-Quevilly, il fête en 2012 ses 52 ans de peinture ! En octobre, il a exposé sous les voutes de la Salle d’Armes, dans sa ville natale. Présentation !

 

Daniel Niaux

 

« Je suis né dans une petite maison de l’impasse située entre la rue Roger-Bonnet et le Grand-Saint-Eloi. Ma famille comptait beaucoup d’ouvriers en chaussure. D’ailleurs, à ma naissance on m’a pesé dans une boite à chaussures, tellement j’étais petit ! ». Daniel Niaux a découvert la peinture à 14 ans où son frère lui dit : « tu devrais essayer de peindre, Daniel ». Ce dernier a expérimenté la peinture au couteau. Le résultat fut convainquant pour lui mais aussi pour les autres : en 1957, le jeune Daniel obtint le prix d’excellence de peinture et de dessin, pour l’Eure, au Salon de l’Education nationale à Paris.

De là aux premières expositions, il n’y avait qu’un pas et c’est Jean Mahé, bijoutier de Pont-de-l’Arche, qui lui fit faire. « Je voulais tenter l’expérience, précise Daniel Niaux, mais je n’en avais pas les moyens ». C’est donc Jean Mahé qui m’a lancé. Je me souviens bien, c’est même lui qui a offert le Champagne pour le vernissage, c’était en 1960 ».

Les années ont passé, Daniel Niaux a approfondi ses connaissances techniques, notamment grâce à l’école des Beaux-arts de Rouen. Il a élargi la palette des thèmes traités et ce grâce à un regard sans cesse renouvelé sur son environnement. Son œuvre est faite de couleurs vives d’une vie que Daniel Niaux aime à voir belle, surtout à travers les paysages de la Normandie maritime et rurale. Des natures mortes et de nombreuses miniatures (10 x 5 cm et 10 x 7 cm) enrichissent aussi ses expositions faites des touches impressionnistes mais, surtout, pour les toiles les plus récentes, de la précision du réalisme.

En 2000, le maire de Pont-de-l’Arche, Paulette Lecureux, invita Daniel Niaux à fêter dans sa ville natale ses 40 ans de peinture. Une exposition fut offerte au public et une belle brochure rétrospective fut éditée pour l’occasion. Daniel Niaux revint en 2007 et en 2012 où la Salle d’Armes fut comble lors du vernissage du samedi 13 octobre. Ce n’est que justice pour cet homme qui jamais n’oublia sa ville, notamment à travers de belles toiles sur les berges de l’Eure, la rue André-Antoine, la rue du Président-Roosevelt... Bravo l’artiste !  

 

Armand Launay

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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 22:23

La récente installation d'Arche immobilier dans l'ancienne poste de Pont-de-l'Arche, nous offre l'occasion de retracer les déménagements du service postal dans notre ville... 

 

Jusqu'en 1950 : rue Président-Roosevelt

Sous l’Ancien régime, on parlait de « postes de chevaux », c’est-à-dire des relais où l’on pouvait remplacer ces braves animaux mis à rude épreuve pendant quelques dizaines de kilomètre afin que les malles de courrier parcourent la France le plus vite possible.

En toute logique, la poste de Pont-de-l’Arche se trouvaient à côté de la porte des Champs, porte médiévale perçant le rempart. Donnant sur la rue Roosevelt, on dirigeait les chevaux vers la cour du Cerf en passant par le portique. A la fin du XVIIIe siècle, c’est Nicolas David Ducroq de Biville, avocat au bailliage et maire, qui était directeur de la poste. En 1876 seulement, les premières dépêches télégraphiques partent de Pont-de-l’Arche et y arrivent. On peut parler de postes et télégraphes.

 

Roosevelt (18)

La poste de Pont-de-l'Arche vers 1910.

 

 

Facteurs PA

 

Deux facteurs et des membres de leurs familles

à Pont-de-l'Arche dans les années 1910 (photo Tardieu).   

 

 

Avenue De-Lattre-de-Tassigny

En 1950, les locaux de la rue Roosevelt étant devenus trop petits, l’administration des postes décida de déménager. C’est dans une maison bourgeoise du XIXe siècle, bâtie sur la Côte d'amour, qu’elle installa le guichet, le bureau du receveur, la salle de tri des facteurs d’une partie du canton.

Un local de télécommunications (téléphone) fut installé juste à côté de la poste. Cependant, l’administration postale souhaitant fermer le bureau archépontain, dans les années 1990, la municipalité de Pont-de-l’Arche tenta de maintenir une présence postale.

Bandeau PTT (ancienne poste)

"PTT" : postes télégraphes et télécommunications, peinture des années 1960 recouverte depuis octobre 2012 par l'enseigne Arche immobilier (photo A. Launay, 2012).  

 

 

L'espace Jacques-Henri-Lartigue

L’administration postale souhaitait quitter Pont-de-l’Arche à moins que la commune paie un nouveau local, chose difficile pour ses finances et refusée par les habitants en 1993 lors d’un référendum d’initiative populaire. Ainsi, en 1995 le conseil municipal présidé par Paulette Lecureux réserva une place à La Poste dans le projet de l’Espace Lartigue, composé de logements sociaux et de cases commerciales.

Le compromis proposé par la Ville fut accepté par La Poste qui maintint à Pont-de-l’Arche un guichet, un receveur et des services financiers. Ce bureau ouvrit en 2000. Quant aux facteurs, depuis ce temps ils trient le courrier à Val-de-Reuil.

 

Arche immobilier : 2012

L'entreprise archépontaine a racheté l'ancienne poste à la Ville de Pont-de-l'Arche. Elle a emménagé en septembre 2012 et créé deux logements aux étages. Son enseigne respecte les lignes de ce beau bâtiment ce qui est heureux pour cette entrée de ville par le pont

 

Arche immobilier / 1, avenue De-Lattre-de-Tassigny

02 35 02 12 24 / www.arche-immobilier.net      

 

Arche immobilierL'équipe d'Arche immobilier satisfaite de ses nouveaux locaux (photo A. Launay, 2012).

 

Sources

Régistres des délibérations du Conseil municipal

Pont-de-l'Arche ma ville : bulletin municipal

 

A lire aussi... 

Les gendarmeries de Pont-de-l'Arche depuis la Révolution

 

Armand Launay

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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 22:07

Publié dans Pont-de-l'Arche magazine n° 17 en hommage à Simone Sauteur. 

 

Par ailleurs, Au coeur du Vièvre, mémoires de Simone Sauteur sur le maquis Surcouf

 

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Simone Sauteur en 2009 (photo André Roques)

 

Simone Sauteur est née le 19 juin 1921 à La Vieille Lyre (Eure) et décédée le 26 mai 2012. Elle était amie de Robert Leblanc, futur chef du maquis Surcouf. Elle qui voulait s’engager dans la Résistance suivit les conseils de son ami et demanda une affectation à La Haye-de-Routot en tant qu’institutrice et, en ce temps, secrétaire de mairie. A 19 ans, elle qui venait de sortir de l’école normale d’instituteurs, avait pour mission de fabriquer de faux-papiers et d’envoyer des messages radiotélégraphiés pour renseigner le maquis.

Le réseau Surcouf fut fondé à Saint-Georges-du-Vièvre en 1942 par Robert Leblanc dit « Parrain » (1910-1956), épicier, le Père Meulant, curé, et Robert Sanson, charpentier. Ces hommes commencèrent par cacher des réfractaires au Service du travail obligatoire puis composèrent un maquis. Comme le disait Simone Sauteur : « A 19 ans, on voulait faucher les armes aux Allemands et qu’ils rentrent chez eux. C’était tout simple dans nos jeunes esprits ». À partir de septembre 1943, les résistants de Surcouf réalisèrent leurs premiers sabotages. Ce réseau prit de l’ampleur et devint le plus actif de la Normandie. Il œuvrait dans un triangle entre Pont-Audemer, Bernay et Rouen. Ils abattirent notamment Violette Morris, célèbre collaboratrice de la Gestapo. À l’été 1944, de 80 à 250 hommes composaient ce maquis qui déplora beaucoup de morts dans ses rangs. Surcouf forma le cœur du Premier bataillon de marche de Normandie, le 8 octobre 1944, pour combattre l’ennemi jusqu’au cœur du Reich. Dans un discours le 15 avril 1956, le général de Gaulle salua la mémoire du maquis Surcouf, « fer de lance de la Résistance normande ».

Simone Sauteur joua un rôle dans la fabrication de faux papiers, dans la transcription de textes des messages. Elle effectua de nombreuses liaisons (voir le témoignage ci-dessous) et risqua sa vie longtemps. Alertée par des Gendarmes de Rouen, elle dut notamment quitter La-Haye-de-Routot en 1944 suite à l’arrestation de trois résistants par des miliciens français. Elle se réfugia alors dans la région de Pont-Audemer, la région du maquis Surcouf. Elle servit de secrétaire à Robert Leblanc et parcourut des centaines de kilomètres à vélo en tant qu’agent de liaison. C’est ici qu’elle prit le pseudonyme de « Puce » afin de masquer son identité à l’occupant.

Le témoignage qui suit a été enregistré le 17 avril 2004 lors d’un entretien de Simone Sauteur avec Armand Launay à propos d’André Antoine (1920-1944), figure de la Résistance locale – et martyr – dont le nom a été donné à la rue de l’église en 1945.

 

« C’est le 10 janvier 1944, Parrain [1] m’envoie en mission de liaison à la gare de Rouen avec Robert Catalan [2]. Je dois réceptionner un coli des mains d’un monsieur, je n’imaginais alors pas que c’était André Antoine et je m’en moquais bien car l’anonymat le plus complet était la norme dans la Résistance. Toujours est-il que cet homme venait de Paris pour nous apporter quelque chose. Je me revois sur le quai de la gare, seule – Robert Catalan étant resté en retrait – m’avancer vers cet inconnu qui me remet, à l’arrière du train, un coli très lourd en me disant : « on vous expliquera comment s’en servir ». J’étais morte de trouille.

Puis nous nous sommes rendus avec Robert dans un bar, au boulevard des Belges, tenu par une dame qui était avec nous [3]. C’est là que Robert a déballé le pain de plastic, les fils... Il m’a montré comment on branchait tout cela afin que je l’explique à mon tour aux gars de Pont-Audemer.

Mais il fallait encore je rentre à Pont-Audemer en car. En ce temps, c’était les Allemands qui montaient les premiers dans les cars. Quand je monte dans le car avec mon imposant coli, un soldat allemand me fait signe de m’aider à le mettre dans les porte-bagages. Alors je lui fais signe, plutôt, de m’ouvrir un strapontin. On a fait toute la route côte à côte et je me suis préparée pour sortir très rapidement du car une fois arrivée à Pont-Audemer. De là, j’ai récupéré mon vélo, mis le coli sur le porte-bagages et j’ai rejoint le maquis à Saint-Etienne-l’Allier. »

 

Ce témoignage n’étonnera pas ceux qui ont connu Simone Sauteur, son énergie, sa rigueur et sa haute opinion de la France. Il pourra étonner ceux qui ont retenu de Simone sa douceur et sa générosité. Cependant, malgré les atrocités qu’elle a connues, elle n’a jamais eu de haine pour l’ancien ennemi. Profondément catholique, elle aimait son prochain. De cet amour, il nous reste ses écrits et le souvenir de la silhouette menue de Simone, au bout de l’impasse des Avettes où s’épanouissaient les chats et les fleurs qui comptaient tant pour elle et ceux qui l’aiment... 

 

Réalisé avec l’aide de Pierre Lercier, maire de La Haye-de-Routot,

qui fut élève de Simone Sauteur.

 

Notes

[1] Pseudonyme de Robert Leblanc, chef du réseau Surcouf.

[2] Résistant envoyé par Londres.

[3] Dans la Résistance. 

 

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 22:56

Toutes les rues du centre-ville de Pont-de-l’Arche et de quartiers des faubourgs sont marquées de plaques bleues datant des années 1960 et 1970. Cependant une d’entre elle est bien plus belle… celle d’André Antoine.

 

Cette attention ne tient pas au fait qu’André Antoine était un résistant. En effet, de nombreuses rues portent les noms de résistants à Pont-de-l’Arche et, malheureusement, tous n’ont pas de belles plaques en leur honneur. En 1994, Madeleine Antoine, veuve d’André Antoine, fit part au maire Paulette Lecureux, de sa déception : la plaque de rue « André Antoine » n’exprime rien. « André Antoine ! Qui est-il pour les générations futures ? » écrivit-elle au maire. Elle demanda alors qu’une nouvelle plaque soit posée, mentionnant : « Lieutenant-colonel André Antoine / Résistant-chef de réseau / 1939-1944 ».

Cette demande tout à fait légitime fut retenue de suite par Paulette Lecureux, premier magistrat sensible à l’histoire. Ainsi une plaque fut commandée, apposée, et inaugurée le 8 mai 1995 à l’occasion du 50e anniversaire du 8-Mai 1945. Les cérémonies coorganisées avec la commune des Damps et les associations d’anciens combattants se déroulèrent en présence de Madeleine Antoine et quelques proches. Madeleine Antoine, dans un courrier en date du 11 mai 1995, s’est dite « reconnaissante du témoignage (…) cette journée du 8 mai 1995 restera gravée dans ma mémoire… »

 

André Antoine (plaque Pont-de-l'Arche)

L'hommage rendu par la Ville de Pont-de-l'Arche en 1945

et renforcé en 1995 par Paulette Lecureux, maire (photo A. Launay)


 

 

André Antoine, éléments de biographie

 

André Louis Antoine est un résistant français né le 29 mars 1920 à Saint-Dizier (Haute-Marne) et mort pour la France le 27 février 1944.

Marié et sans enfant, cet artisan radioélectricien, diplômé de l’école centrale de TSF de Paris, fut mobilisé le 9 juin 1940. Il rejoignit le 8e Régiment du génie à Versailles et partit dans l’Ain. Rentré aux Damps, où il résidait, il entra aussitôt dans la résistance en construisant et réparant des postes d’émission et de réception de TSF. Quand l’occupant l’obligea à se rendre à Cherbourg pour y travailler, le 15 avril 1943, il devint clandestin en s’arrêtant à Brionne où il passa de suite à l’action. Sous le pseudonyme d’ « Allais », il s’engagea dans un réseau appelé Front national, sans rapport avec le parti d’extrême droite de nos jours. Il en devint rapidement un des cadres départementaux les plus influents sous le grade de Lieutenant-colonel. Par la suite, il adhéra au réseau appelé Résistance, en juillet 1943, avec un autre chef de secteur du Front national, Armand Tarissan, et en devint le chef régional. André Antoine a été nommé Lieutenant-colonel, grade homologué au Journal officiel de la République française au titre de la résistance intérieure française. 

Après de très riches faits d’armes (voir ci-dessous), André Antoine fut grièvement blessé le 16 janvier 1944, à 15 h, par des tirs de mitraillettes allemands chez Monsieur Lerouge (charpentier à Beaumesnil). Il était venu en ce lieu s’informer et s’assurer de l’inviolabilité des ordres et papiers secrets ainsi que du poste d’émission détenus par le capitaine Trumelet arrêté cinq jours auparavant par les Allemands. Il fut aussitôt transporté à Rouen par la Gestapo où il subit son premier interrogatoire vers 23h. Il fut placé en traitement à l’hôtel-Dieu où il subit une opération révélant sept perforations des intestins et une blessure par balle au-dessus de la cheville gauche. Descendu dans les locaux disciplinaires de l’hôpital de Rouen pour un nouvel interrogatoire, il dut subir une nouvelle intervention chirurgicale. Interrogé plusieurs fois sur son lit de souffrances, n’a pas jamais voulu répondre. Il décéda le 27 février 1944 à 14h05. Il fut inhumé au cimetière des Damps le 2 mars 1944. 

 Les élus de Pont-de-l’Arche décidèrent d’honorer la mémoire de ce martyr en donnant son nom à la rue de l’église lors du Conseil municipal du 20 mars 1945. Une plaque commémorative rappelle aussi sa bravoure sur le monument aux Morts des Damps (photo ci-dessous).

 

 

André Antoine (plaque Les Damps)

L'hommage sur le Monument aux morts des Damps (photo A. Launay)

 

 

Détail des faits d’armes d’André Antoine

 

Activités générales

Camouflage des réfractaires en très grand nombre.

Regroupement des patriotes français.

Sauvetage, hébergement et départ des parachutistes alliés.

 Regroupement des indications militaires : passage de troupes, repérage des postes d’émission de DCA et des postes d’écoute allemands.

 

Activité personnelle

Cambriolage de la gendarmerie de Serquigny pour se procurer le pli secret allemand concernant le débarquement allié.

Incendie de meules de lin aux environs de Beaumesnil.

Relevé et dressé des plans des gares de la région en vue de bombardements.

Relevé et dressé des plans d’embuscades en vue du débarquement.

Nomination de Robert I comme chef de ce maquis.

Relevé et dressé les plans concernant les champs d’aviation de Beaumont-le-Roger, Evreux et Conches.

Renseignements sur l’activité de ces champs d’aviation.

Démolition de l’appareil de contrôle des avions allemands en vol (appareil placé sur le terrain même de Beaumont-le-Roger).

Organisation complète de la Résistance dans l’Eure notamment dans les cantons de Brionne, Saint-Georges, Lieurey, Pont-Audemer, Bernay, Beaumont-le-Roger, Beaumesnil, Verneuil-sur-Avre, Breteuil, Conches, Bourtheroulde…

Organisation de la résistance dans le département du Maine-et-Loir notamment Saumur, Fontenay et Roumaison.

Nomination de A 18 comme lieutenant de cette région.

Dépôt chez les grossistes du reliquat des tickets d’alimentation de manière que ces derniers puissent être utilisés normalement par le maquis sans avoir recours à la force.

Relevé et dressé des plans de la Centrale électrique de Distre en vue de son bombardement.

Agent de renseignement pour l’Intelligence service par l’intermédiaire de M. Follope de Bernay fusillé par les Allemands.

Nomination du capitaine Trumelet de Beaumesnil comme chef militaire de Résistance dans l’Eure.

Passé au Comité directeur « Résistance à Paris » sous les ordres directs d’Alger.

Activités dans les départements du Calvados et Seine-Maritime.

 

Tombe-Andre-Antoine.JPG

La tombe d'Antoine Antoine, aux Damps (photo Madeleine Antoine)

 

 

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...