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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 22:31

    Dans la même étude : 

       

L’invasion prussienne de 1870-1871 aux Damps

"Les Prussiens au Pont-de-l’Arche", texte du maire Prosper Morel-Dubosc

La guerre de 1870-1871 aux Damps et à Pont-de-l’Arche (conclusion)

 

 

Témoignage anonyme retrouvé aux Archives municipales de Louviers 

 (cote : 4 H 13) 

 

"Notre beau pont, dont les vieilles arches avaient été construites sous Charles-le-Chauve, pour arrêter les Normands, devait cette fois être détruit pour arrêter les Prussiens, car dès le mois d’octobre il avait été miné par les soins de l’autorité militaire.

Les troupes qui avaient successivement occupé la ville gardaient soigneusement la mine sous l’inspection d’un employé du génie dont le service cessa, on ne sait pourquoi, près d’un mois avant l’invasion.

Après la retraite définitive, la Garde Nationale continua leur service avec un zèle qui mérite d’être cité.

Sous la direction de leurs officiers nos braves gardes nationaux faisaient chaque jour l’exercice, et le dimanche 3 décembre, au moment où tonnait le canon de Buchy, on voyait encore les pompiers se déployer en tirailleurs sur la lisière de la forêt de Bord d’où la défense, si elle eût été généralisée, pouvait inquiéter sérieusement l’ennemi.

Le 4 décembre, les éclaireurs prussiens s’étaient avancés  jusqu’au Manoir et s’y étaient installés ; informé de ce fait quatre gendarmes du Pont de l’arche s’y transportèrent en toute hâte, c’étaient les nommés Lambrette de la brigade de Gaillon, Leclerc, Baillert et Dreillard, de la brigade de Pont de l’arche. Ces braves militaires firent prisonniers, avec armes et bagages, trois dragons prussiens qu’ils conduisirent à Louviers.

Ce trait hardi fut, dans notre contrée, le dernier épisode de la défense. A  partir de ce moment, nous ne vîmes plus l’uniforme français.

 

§ 2

 

Dans la soirée du 4 décembre, les membres de la commission municipale au nombre de 14 (un quinzième avait cru devoir donner sa démission) se réunirent au domicile de M. Morel Duboc auquel les fonctions de Maire avaient été confiées.

Dans cette séance, tenue en quelque sorte sous le canon de l’ennemi, la municipalité s’occupa de la question de savoir s’il y avait ou non possibilité de défendre la ville.

M. Courcelle, commandant du 1er bataillon de la garde nationale sédentaire du canton y assistait ; Nous devons dire que ce bataillon n’était pas armé et que les gardes nationaux et les pompiers de Pont de l’arche possédaient seuls des fusils ; étaient aussi présents le capitaine de la gendarmerie nationale de Pont de l’arche et celui des pompiers.

Une interpellation fut adressée à chaque capitaine relativement au contingent qu’il pouvait fournir et à l’armement des hommes.

Le capitaine de la garde nationale fit remarquer que qur les 200 hommes comprenant sa compagnie, 70 seulement portaient l’uniforme du corps et qu’en cas d’insuccès, il serait à craindre que les autres ne fussent traités par l’ennemi comme venaient de l’être les citoyens courageux qui avaient défendu Bazincour.

Le capitaine des pompiers était à la tête de 50 hommes portant l’uniforme du corps, mais dépourvus de leurs s… ( ?), giberne et ceinturons que la délégation de Tours leur avait fait enlever, quoique ces équipement fussent la propriété de la ville.

Gardes nationaux et pompiers étaient armés d’un fusil à percussion, ancien système et pourvu chacun de trois cartouches, qu’à défaut de gibernes, ils mettaient dans leurs poches.

Malgré l’infériorité du nombre et l’insuffisance des munitions, les officiers offrirent de tenter un effort désespéré pour essayer d’arrêter la marche de l’ennemi.

Une grave question s’agita. Devait-on faire sauter le pont ? Pont de l’arche était dépourvu de troupes depuis le 19 octobre, celles qui étaient les plus rapprochées se trouvaient à Rouen d’où elles venaient du reste de s’éloigner par suite de l’envahissement de la ville et les ordres venant de là s’arrêtaient aux limites de la Seine-Inférieure.

Pourtant un écrit émanant de M. Fontaine, alors sous-préfet de Louviers, fut communiqué à la municipalité. Cet écrit était adressé à M. le commandant des troupes à Pont de l’arche (on ignorait au chef lieu de sous préfecture qu’il n’y avait plus de troupes depuis 15 jours) et il portait en substance que M. le commandant des troupes pouvait, s’il le jugeait nécessaire, faire sauter le pont pour couvrir la retraite du colonel Thomas.

Rouen devait être pris.

La destruction du pont sous les yeux de l’ennemi implacable amènerait pour représailles le bombardement de la ville.

Aucune retraite n’était ni signalée ni prévue ; le colonel Thomas était complètement inconnu ; les troupes s’éloignaient tout à la fois de Rouen et d’Evreux en se dirigeant vers le Calvados.

Le corps d’armée prussien qui s’avançait devait être pourvu d’un matériel de pontonniers, et les îles qui se trouvent en face de la ville se prêtent au prompt établissement d’un pont de bateaux dont nous n’avions pas la possibilité d’empêcher la construction.

Toutes les routes qui convergent à Pont de l’arche désignaient fatalement cette malheureuse ville à l’occupation ennemie.

Sans même donner la peine d’établir un pont de bateaux, les Prussiens pouvaient traverser la Seine, sur le pont du Manoir appartenant à la compagnie des chemins de fer, pont que l’autorité militaire n’avait pas fait miner et dont on s’était contenter d’enlever le tablier parce qu’il devait être défendu par une redoute qui était établie de façon à le commander, dont la supposition que l’ennemi nous attaquerait par la rive gauche, tandis que nous prenait au contraire par la rive droite ce qui lui assurait la possession de la redoute.

M. le commandant Courcelle, dont le courage mérite d’être rehausser par un calme et une justesse d’appréciation qui lui ont acquis à jamais la reconnaissance du pays, développa toutes ces considérations, et la commission municipale s’en inspirant, on décida à l’unanimité que la destruction du pont serait un sacrifice aussi dangereux qu’inutile et qu’en veillant au contraire à sa conservation elle ferait preuve de patriotisme.

En même temps, il fut décidé que Pont de l’arche, ville ouverte et dépourvue de troupes ne pouvait tenter la moindre défense et se trouverait condamnée à subir la loi du vainqueur.

Pour empêcher l’ennemi de s’emparer des fusils de la garde nationale on fit procéder à son désarmement et, le 6 décembre, au moment où les cavaliers prussiens entraient dans la ville les armes étaient dirigées sur Louviers, puis le Neubourg et enfin sur Bernay.

Dans la nuit du 6 au 7 plusieurs individus appartenant au parti radical les plus exaltés tentaient de détruire le pont, sachant qu’une fois cet acte accompli, leurs personnes, seules choses qu’ils eussent à conserver, posséderaient assez de souplesse pour se mettre à l’abri du danger. M. Moul fut même sur le point d’être jeté à l’eau par ces exaltés.

L’attitude énergique de quelques hommes courageux arrêta cette tentative insensée et épargna à la France un nouveau désastre.

Le 7 décembre, environ 6000 hommes d’infanterie et 1200 cavaliers avec 12 pièces de canons prirent possession du Pont de l’arche.

 

§ 3

 

Dans la fatale journée du 7 décembre, les Prussiens qui étaient sous les ordres du major Arulberg, qui commandait la 30ème brigade d’infanterie, ne laissèrent pas le temps à la municipalité de désigner les logements, ils s’installèrent selon leur bon plaisir, et firent main basse sur tous les objets qu’ils trouvèrent à leur convenance.

Les débits de tabac, les cafés, les magasins d’épiceries, de nouveautés et autres, furent tous mis à contribution.

Le général ordonna, sous peine d’amende considérables, et même d’enlèvement des autorités : 1) de supprimer la mine du pont, 2) de boucher toutes les tranchées qui avaient été pratiquées sur les routes, 3) et d’amener sur la place le lendemain à 8 heures du matin tous les chevaux du pays.

La nuit du 7 au 8 se passa dans les plus terribles angoisses. Le matin, les chevaux furent présentés, un seul, fort heureusement, fut jugé digne d’être monté par un Prussien ; quant aux autres on les réquisitionna pour servir d’attelage à ces affreuses voitures qui recelaient, pour la plupart, les pendules volées à nos malheureux concitoyens, pendules dont il nous a été donné de voir passer le spécimen chez un horloger à qui on en avait offert.

Dans cette matinée du 8, un de nos concitoyens qui avait essayé de résister fut rudement malmené par les soldats.

Plusieurs hommes ayant accompagné les chevaux réquisitionnés pour les attelages, afin de pouvoir les ramener aux propriétaires, eurent à endurer pendant huit jours, outre la rigueur du froid, les mauvais traitements de l’ennemi ; quelques uns, dans les environs de Beaumont-le-Roger, exposés aux balles des francs tireurs qui occasionnèrent parmi les Prussiens une confusion telle que nos concitoyens purent, un instant, s’enfuir avec leurs chevaux.

Le 8 décembre, les troupes qui avaient envahi le Pont de l’arche, se dirigèrent, une partie sur Elbeuf et une autre sur Louviers.

Nous allons maintenant, sous forme d’éphémérides, raconter autant que possible, nos souvenirs de chaque jour.

Le 9 décembre, passage de troupes, les cafés, surtout, sont le point de mire des envahisseurs.

Dans la nuit du 9 au 10, vers deux heures du matin, les habitants de la rue de Paris et de la place des champs furent éveillés par des coups redoublés frappés dans leurs portes et dans leurs fenêtres, le froid est excessif, la glace couvre la terre ; ce sont les Prussiens du train des équipages qui, au nombre de 500 avec 80 chevaux et environ 40 voitures, ne peuvent plus avancer et s’installent de vive force dans les maisons.

Le 10, nouveau passage de troupes ; un convoi dont l’aspect était navrant venait du côté de Vernon, il escortait les malheureux jeunes gens pris à Saint-Pierre-de-Bailleul et aux environs.

On sait que ces victimes, ont été transportées en Allemagne et que plusieurs sont morts dans les prisons de Munich.

(voir les renseignements de Saint-Pierre-de-Bailleul)

Le 11, nouveau passage de troupes, un mobile en convalescence a l’imprudence de paraître sur la place du Pont de l’arche ; quoique vêtu d’une blouse il est soupçonné par les Prussiens d’être franc tireur, on le maltraite, on se dispose même à le fusiller quand intervint M. Mesnil notaire qui donne des explications sur sa position et lui sauve la vie.

Le 12 arrivée de plusieurs compagnies du 43ème régiment qui s’installent chez les habitants et y demeurent jusqu’au 17 ? les hommes composant ces compagnies appartenaient aux provinces de la Baltique et parmi eux bon nombre d’étudiants qui, sous la dénomination de volontaires, dépendaient de l’université de Koenisberg.

Du 12 au 17 réquisitions dans la ville et dans les campagnes voisines, vexations de toute nature.

Le 18 à 9 heures du matin arrivée du 1er régiment de ligne qui traverse la ville et va occuper les maisons Artus et Cassel qui se trouvent à Igoville, à l’extrémité du pont.

Ces maisons sont situées sur un terrain qu’on appelle le fort, parce qu’autrefois il y avait là un fort qui défendait le pont.

Ce même jour le fort est crénelé  et le pont est barricadé. Défense est faite de passer d’une rive à l’autre de la Seine. C’est que les Prussiens craignaient d’être attaqués par les mobiles qui se trouvaient aux environs d’Elbeuf.

Le 19 ordre est donné à tous les malheureux pêcheurs qui sont propriétaires de barques de les amener sur la rive droite, un instant on a craint qu’elles ne fussent brûlées.

Ce même jour commencèrent des réquisitions en pain, viande, bougie, chandelle, cognac etc.

Le 20 décembre la ville de Pont de l’arche est sur le point de manquer de vivres. Les pêcheurs privés de leurs bateaux n’ont plus de ressources ; les ouvriers chaussonniers qui jusque là avaient été occupés par suite de cotisations de plusieurs habitants ayant pour but de fournir des fonds aux fabricants pour payer la main d’œuvre, demeurent inoccupés faute de matières premières et d’écoulement des produits fabriqués. Les ouvriers bûcherons n’ont plus de travail dans la forêt, les coupes n’ayant pas été vendues. La misère est générale.

Les ateliers nationaux avaient été créés dès les premiers jours de décembre, un emprunt avait été décidé par la commission municipale, mais personne  ne se présentait pour le couvrir quoiqu’il constituât un placement avantageux.

Sur 10000 f dont on avait besoin d’urgence extrême on put à peine trouver 3000 f.

Le samedi de chaque semaine plus de 150 ouvriers travaillant aux ateliers nationaux venaient toucher à la mairie leur modique salaire et souvent ils se rencontraient avec des compagnies de soldats prussiens qui venaient, eux, faire leurs réquisitions.

Plus d’une fois, les membres de la municipalité qui étaient en service furent obligés de cacher sous des journaux, à l’arrivée des Prussiens, les quelques pièces de monnaie qu’ils destinaient aux ouvriers.

Le 21 continuation des réquisitions. Pont de l’arche est parcouru par des patrouilles d’infanterie et de cavalerie ; des postes sont établis aux abords du pont dans l’hôtel de Normandie et chez d’autres voisins.

Le 22 les docteurs médecins de la localité ne parviennent qu’à grand peine à franchir le pont pour visiter les malades d’Igoville et d’Alizay. Leur accès près du commandant rend néanmoins de grands services.

L’honorable M. Morel, qui faisait les fonctions de maire, et qui a accompli sa mission avec un zèle et une énergie qui lui ,mérite la reconnaissance du pays, est conduit presque chaque jour au fort par des patrouilles prussiennes pour recueillir de nouvelles exigences.

Le 23 décembre un panier d’argent est trouvé par les Prussiens dans la maison Cassel et ils l’apportent à la Mairie, mais le même jour, M. le maire est demandé au fort et on le prévient que le lendemain la ville de Pont de l’arche devra fournir une somme de dix mille francs.

Le 24 deux membres de la commission municipale se rendent près du  commandant et lui déclarent formellement que la ville est dans l’impossibilité de fournir la moindre somme et qu’elle est résignée à tout endurer plutôt que de faire une seule tentative pour s’en procurer.

Devant cette attitude le commandant laisse tomber sa prétention.

Le même jour les Prussiens veulent fêter la Noël, ils ajoutent à leurs réquisitions quotidiennes du champagne, de la farine et vin fin.

Dans la nuit on aperçoit en effet des feux de joie, et le lendemain on apprend que les soldats ont offert à leurs officiers des arbres de Noël.

Le 26 le Maire de St Cyr du Vaudreuil est amené au fort par une compagnie sous prétexte que des coups de fusil avaient été tirés sur une patrouille qui passait dans sa commune ; il paraît en effet que des hommes ivres s’étaient détachés de leurs compagnies de mobiles ou de francs tireurs et avaient imaginé de décharger leurs armes au moins à 1000 mètres sur des cavaliers prussiens et qu’ensuite ils s’étaient, bien entendu, repliés prudemment.

Le 27 décembre le temps est affreux, neige, glace, misère croissante. Pont de l’arche est isolé des autres endroits, personne n’ose y venir ou en sortir ; les chevaux et les voitures qui y viennent sont réquisitionnés ; on manque de farine : les autorités s’émeuvent de ce fait et font des démarches auprès de plusieurs fariniers ; on ne sonne plus les cloches ; toutes les maisons sont fermées, et les patrouilles composées de lourds fantassins parcourent seuls les rues de la ville.

Presque chaque jour, il y a des passages et les barricades du pont s’ouvrent devant elles pour se refermer ensuite.

Le 28 M. Mesnil notaire accompagné d’un membre de la municipalité parcourt les campagnes par un temps affreux pour essayer de couvrir une partie de l’emprunt voté et n’obtient aucun succès ; l’inquiétude des administrateurs est arrivée à son plus haut degré.

Le 29 décembre continuation des réquisitions, augmentation de vin blanc et de vin de Bourgogne pour les officiers.

Depuis le 7 décembre la commission municipale se tenait en permanence à l’hôtel de ville pour parer autant que possible à tous les événements.

30 et 31 décembre continuation des réquisitions.

1er janvier 1871, un nommé Hédouin, en état d’ivresse, ayant insulté un soldat prussien a été tué par une sentinelle.

Le 2 janvier continuation des réquisitions. Inquiétude des Prussiens, les postes et les patrouilles sont doublés ; un instant nous avons l’espoir qu’un corps français va les attaquer.

Le 3 les Prussiens avancent une grande garde composée de 50 hommes jusque sur la place du Pont de l’arche et occupant militairement la maison de M.Mesnil notaire ; en même temps ils font avancer des détachements de cavalerie pour aller en reconnaissance.

Au même moment nous voyons une de leur colonne se diriger sur Elbeuf ; c’est qu’en effet ils venaient d’éprouver au château Robert des pertes sensibles ; à 4 heures du soir ils rentraient au fort.

Pendant toute la journée les rues étaient cernées et il était défendu de sortir sous peine de mort.

Le 4 nouvelle occupation de la place des champs par 50 hommes d’infanterie et 30 dragons ; cette fois le corps de garde avait été changé, on avait pris la maison de Mme Hébert Duthuit pour loger les soldats.

Nouvelle  inquiétude des Prussiens, on se bat à Moulinaux, un instant nous eûmes l’espoir de voir apparaître les nôtres, nous crûmes entendre dans les échos de la forêt la charge des tambours français, c’était une illusion, car à 4 heures nous apprîmes malheureusement que notre garde mobile était en retraite sur Bourtheroulde.

Vers 5 heures les Prussiens rentrèrent au fort toujours en laissant des postes aux abords du pont et en faisant circuler force patrouilles.

Le 5 continuation des réquisitions, on y ajoute 225 harengs saurs et des sardines que nous nous trouvions dans l’impossibilité de fournir.

Depuis le 5 jusqu’au jour de l’armistice, les réquisitions n’ont pas varié ; il fallait en outre fournir presque tous les jours des chevaux et des voitures pour les troupes de passage.

Vers le 15 janvier on a pu obtenir la permission de communiquer avec la rive droite de la Seine moyennant un permis du maire que visait le commandant du fort chez lequel il arrivait souvent de faire antichambre une heure ou deux.

Le 29 le fort fut évacué et les troupes prirent leur logement dans la ville de Pont de l’arche d’où elles ne sortirent que le 7 mars.

Outre les troupes de séjour continuel qui ont été souvent renouvelées nous avions encore à loger les troupes de passage, de sorte qu’il y avait toujours dans les maisons très exiguës 8 à 10 militaires.

Voir pour les autres détails, contributions et les notes de M. Morel.

Pont de l’arche a été une des villes les plus maltraitées par l’occupation ; Cette occupation lui coûte en effet plus de 40000 f ; mais quand on songe qu’elle a conservé un pont qui a coûté près d’un million, on ne peut faire autrement que de conclure que l’Etat chez nous en a été quitte à bon marché.

 

Pour copie conforme,

Le Maire de la ville de Louviers, chevalier de la légion d’honneur, Député à l’Assemblée nationale.

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 22:50

Jean Kerbrat, né en 1939 à Mayenne et décédé le 15 novembre 2013, fut propriétaire du bailliage de 1969 à 1976. La grandeur des lieux permit à ce sculpteur de renom d’installer son atelier et de préparer l’exposition au musée du Havre (1970), des œuvres comme l'hommage à Fernand Léger (aujourd’hui dans le collège du même nom au Petit-Quevilly), les sculptures monumentales de Creil (1972-1976)... Quant au bailliage, il en assura l’entretien, notamment en remplaçant des clés de pierre, en curant le puits pour l’écoulement des eaux diluviennes. Il conserva les graffitis de la cour intérieure et des murs des prisons. La présence de cet artiste attira à Pont-de-l’Arche le graveur Jacques Ramondot (1928-1999), le peintre Robert Savary (1920-2000)[1], le sculpteur René Leleu (1911-1984), l’universitaire et écrivain René Etiemble (1909-2002). Si, malheureusement, Jean Kerbrat dut quitter notre ville pour des raisons familiales, il laissa trois empreintes dans la ville.

 

 

Au bailliage : l’hommage à Antoine Bourdelle

 

Autour de l’entrée du prétoire, se trouve une sculpture qui s’étend sur tout le premier niveau du mur pignon. Sur une forme de grillage céramique, Jean Kerbrat sculpta dans du plâtre quatre allégories marchant sur le soubassement en pierre de taille et épousant admirablement les rares espaces entre la porte et deux ouvertures : architecture, danse, musique et sculpture. Il s’agit d’un hommage à Antoine Bourdelle (1861-1929), incontournable sculpteur versé dans les œuvres monumentales. L’œuvre de Jean Kerbrat au bailliage démontre qu’il souhaitait y vivre longtemps, si ce n’est toute sa vie.

Bailliage

 

 

A l’école maternelle Les Lutins : 14 ardoises sculptées

 

Les 14 ardoises qui décorent l’agrandissement de l’école maternelle sont de Jean Kerbrat. Cet agrandissement date de 1984 où Roger Leroux, maire, inaugura la troisième classe et la salle d’activités. Si l’on retrouve l’univers des personnages, souvent graves et robustes, de l’œuvre de Jean Kerbrat de cette époque, les thèmes traités y sont plus légers qu’ailleurs.  Comme l’écrit l’artiste lui-même, dans une commande « l’œuvre doit impliquer tous les publics ». Jean Kerbrat s’est donc conformé aux attentes de l’Atelier des deux anges, cabinet d’architectes de Val-de-Reuil qui avait la maitrise d’œuvre des travaux pour le compte de la Ville de Pont-de-l’Arche. Parmi les thèmes, l’on retrouve la musique « chanson dolente de l’accordéoniste », la danse « la noce à Gonesse », la poésie « Elégie aux grands arbres du Morvan », la fantaisie « La grenouille bleu » (sic), le cheminement « puisqu’il faut partir toujours »…

 

Les Lutins

 

Ardoise

 

A la salle des fêtes : ciment et éclats d’ardoises

La salle des fêtes de Pont-de-l’Arche a été inaugurée en 1954 par le maire Alix Duchemin. Lors de sa réhabilitation en 1987, le maitre d’œuvre l’Atelier des deux anges (Val-de-Reuil) a fait poser une décoration toute contemporaine pour le compte de la Ville de Pont-de-l’Arche représentée par son maire Roger Leroux. Ainsi, l’entrée située dans la rue Maurice-Delamare est ornée de quatre rectangles de ciment encadrant la porte principale et ses deux ouvertures de part et d’autre. Ces rectangles présentent des couches de ciment sur lesquelles ont été projetées des gouttes de ciment et un demi carré d’ardoise. Quelque part, on peut voir dans les projections de ciment une expression de la créativité. Quant aux ardoises cassées en deux, elles peuvent symboliser ce qui est séparé, à l’extérieur de la salle des fêtes qui est le lieu de réunion par excellence.

 

Salle des fêtes

 

Détail salle des fêtes


Plus d’infos sur www.kerbratjean.fr 

 

 

 

[1]Qui réalisa en 1976 une lithographie de l’église vue du pont dont on trouve une copie à l’accueil de la mairie. 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 22:16

Lieu d'accueil aux abords des villes, la maladrerie était destinée aux lépreux du Moyen Âge à la Renaissance. Celle de Pont-de-l'Arche s'est peu à peu évanouie dans les brumes de l'histoire mais le cimetière communal semble bien en être l'héritier...

 

Diis manibus

 

Cimetière (vue aérienne Google)

Le cimetière de Pont-de-l'Arche par satellite vers 2006 (image Google). 

 

 

Un nom de lieu pour seul vestige de la maladrerie ? 

Avec la matrice, le plan cadastral est un document fiscal permettant de délimiter les terrains et de répertorier les propriétaires. Celui de Pont-de-l’Arche, achevé en octobre 1834 par Le Fébure, géomètre en chef et Girard, géomètre, a enregistré sous le nom de Maladrie tout l’espace situé autour du cimetière, y compris de l’autre côté de la route d’Elbeuf. Depuis, son orthographe a été corrigée en « maladrerie », comme le montre l’inventaire des Monuments historiques qui répertorie une maladrerie disparue à Pont-de-l’Arche[1]. Surtout, une impasse longeant le cimetière a porté ce nom jusqu’au 12 octobre 1973 où le Conseil municipal, suivant l’avis des riverains, la renomma Impasse de la Vallée.

 

Une maladrerie ? Définition

Dans les villes, les hôtels-Dieu accueillaient les malades. Cependant, les lépreux, étaient renvoyés vers les maladreries des abords des villes. La première léproserie connue, celle de Saint-Claude (Jura), est citée par Grégoire de Tours dans Les Vies des pères, au VIe siècle. Les léproseries, comme nombre d'institutions charitables, se multiplièrent au XIIe siècle dans un contexte d'essor économique. Elles étaient placées sous la responsabilité d’établissements religieux. Mais que savons-nous de l’histoire de la maladrerie de Pont-de-l’Arche ?

 

Vers 1250 : une léproserie gérée par Bonport

La plus ancienne mention de la maladrerie se trouve dans le cartulaire de Bonport. Par un acte d’aout 1259 Jean Goceselin, bourgeois de Pont-de-l’Arche, concéda des libéralités et des biens immobiliers à l’abbaye de Bonport, conformément au souhait de sa femme Mathilde. Il céda deux sous à la « leprosie » de Pont-de-l’Arche, propriété de l’abbaye donc, chaque année à la saint Jean-Baptiste[2]. La localisation de celle-ci, à mi-chemin entre l’ancienne abbaye et la ville de Pont-de-l’Arche, est donc parfaitement logique, d’autant plus que cet ancien lit de Seine, sans relief, était destiné aux cultures du fait de la présence d’eau[3].

Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme citent cet acte de 1259 et avancent qu’il est probable qu’il s’agisse de la « même maison que le Bel-Air cité en 1265 »[4]. Nous nuançons le propos car la Maladrerie a pu être appelée Bon-air à cause de sa proximité avec la « maison » ou ferme du Bon-air. Quant à la date de 1265, les auteurs ne la citent pas dans leur article sur Pont-de-l’Arche et nous ne la trouvons pas ailleurs. Néanmoins, Léon de Duranville écrivit qu’il « y avait eu jadis une maladrerie, qui porte maintenant le nom de Bon air ». Du vivant de Léon de Duranville, une ferme du Bon-air existait. Cela semble confirmer que c’est ce nom qui prévalait et qui caractérisait tout l’espace entre Pont-de-l’Arche et Bonport, comme aujourd’hui. Léon de Duranville précisa aussi que « la chapelle fut bénite par Eudes Rigaut. »[5] 

Bruno Tabuteau, docteur en histoire, auteur de "Les maladreries et léposeries en Normandie" (Cahiers Jacques-Charles, AMSE, 2011), répare l'erreur de De Duranville en précisant qu'en 1261 Eudes Rigaud rejoignit le roi Saint Louis, le 1er juin, à la chapelle Saint-Etienne du château de Pont-de-l'Arche (Limaie) où il célébra la messe le 2 juin. Cependant le 4 et le 5 juin, Eudes Rigaud consacra l'église du couvent des dominicains de Rouen comme le montre le Journal des visites pastorales d'Eudes Rigaud (page 402). Il ne s'agit donc pas de la chapelle de la maladrerie de Pont-de-l'Arche. Bruno Tabuteau nous donne, en revanche, nombre d'informations sur l'aumône de Normandie dont bénéficiaient les comptes de la maladrerie de Pont-de-l'Arche. Se fondant sur les Journaux des trésors des rois Philippe IV le Bel (Jules Viard, Paris, imprimerie nationale, 1940) et Charles IV (id. 1917), l'historien note des versements irréguliers allant de 1297 à 1384.   

 

Renaissance : la maladrerie entre paroisse et ordres religieux

A une date indéterminée, il semble que la gestion de la maladrerie est passée des moines de Bonport à la paroisse Saint-Vigor. En effet, les registres de la fabrique nous apprennent qu’en 1539 Claude Hays, curé, qui avait « joui du revenu de la léproserie pendant dix-huit ans, a remis les titres et payé les arrérages, suivant l’accord qu’il a passé au parlement le 17 janvier 1538.[6] » Que s’est-il passé 18 ans auparavant, en 1520 ? Nous l’ignorons. Quoi qu’il en soit, nous apprenons que la maladrerie était passée dans le giron de l’hôtel-Dieu qui, en 1648, passa sous la responsabilité des frères pénitents. Ceci ne dura pas car, suite aux édits de décembre 1672 et du 20 février 1673 réorganisant le fonctionnement de divers hôpitaux, la Chambre royale les condamna le 31 mai 1673 à laisser à l’Ordre du Mont-Carmel la libre possession et jouissance de « la malladrerie et hospital » de Pont-de-l’Arche dont ils étaient propriétaires depuis 25 ans[7]. Puis, un édit de mars 1693 confia aux villes la gestion des hôpitaux. Qu’en fut-il de la maladrerie ?

 

Bien paroissial, la maladrerie devint cimetière communal

Les registres du conseil de fabrique indiquent que la maladrerie était devenue un bien paroissial car de 1781 à 1782, alors que Michel Duval était curé, « on a fait faire un cimetière neuf au même lieu et place de l’ancien, nommé Maladrerie ». Ceci atteste que l’espace autour de la maladrerie était connu comme cimetière et explique pourquoi le plan de Pont-de-l’Arche dressé vers 1702 par le cartographe Nicolas Magin (1663-1742) montrait un cimetière au lieu dit La Maladrerie. Les bâtiments avaient déjà peut-être été démolis. 

De cimetière pour malades contagieux, celui-ci devint cimetière paroissial mais le nom de maladrerie se converva. On le retrouve en 1812 dans une délibération du Conseil municipal du le 13 novembre où fut évoqué un pommier mutilé près de la « maison de la Maladrerie ». Cela désignait soit la maladrerie soit une maison qui la jouxtait.

Après la nationalisation des biens de l’Eglise, la maladrerie – tout du moins son terrain – passa dans le domaine communal. En effet, une délibération du 3 mai 1862 rappelle la décision du 4 novembre 1851 qui demandait aux personnes désireuses de maintenir des tombes dans l’ancien cimetière, celui autour de l’église Saint-Vigor, actuelle Notre-Dame-des-arts, de se manifester en mairie avant le 31 décembre. « Contre 30 fr. le mètre, les tombes pourront être maintenues, sinon elles seront ôtées « au fur et à mesure que le besoin d’inhumer se présentera selon l’ordre des sépultures. » La place manquait dans l’ancien cimetière, autour de l’église, et il semble que ses tombes n’étaient pas récentes puisqu’on ne se bousculait pas pour les conserver. Il faut dire que la translation du cimetière de l’église à la Maladrerie avait commencé en 1781. Quant aux premières photographies de l’église Notre-Dame-des-arts, vers 1895, elles montrent qu’il n’existait plus aucune tombe autour de l’église. La translation était achevée. Les seuls vestiges de ce cimetière se trouvent dans l’église où des plaques rappellent que certains nobles étaient inhumés en son sein.

 

PA-par-Magin--vers-1702-.JPG

Ce plan de Pont-de-l’Arche, dressé vers 1702 par le cartographe Nicolas Magin (1663-1742),

montre que la maladrerie (vers l'Est, à gauche, au-dessus du mot "Elbeuf")

était déjà assimilée à un simple cimetière (BnF, collection d'Anville).

 

A quoi ressemblait la maladrerie ?

Regardons la léproserie Saint-Lazare de Gisors, dont il reste la chapelle Saint-Luc. Elle se compose d'une simple nef rectangulaire de près de 110 m² réalisée en pierre calcaire et complétée d'un chevet à pans de bois. Elle devint une maison de charité durant le XVIIIe siècle puis fut reconvertie en grange à la Révolution. La Ville de Gisors l’acquit en 1967 et elle fut classée aux Monuments historiques en 1992[8]. Comme Gisors, Pont-de-l’Arche comptait parmi les petites villes de Normandie au Moyen Âge. La chapelle de la maladrerie de Pont-de-l’Arche a peut-être ressemblé à celle de Gisors, du moins dans ses dimensions et dans ses matériaux. Pour compléter l’image que l’on peut se faire de la maladrerie, il faut ajouter des bâtiments annexes, un cimetière autour, un calvaire et peut-être un enclos.

 

Léproserie Saint-Lazare (Gisors)

La chapelle Saint-Luc de la léproserie de Gisors,

une illustration de ce que pouvait être une partie de la

maladrerie de Pont-de-l'Arche ? (photo Wikipédia)

 

 

Le patrimoine confirme-t-il les textes historiques ?

Aujourd’hui, le mur autour du cimetière, fait de grandes pierres de taille calcaires, trahit bien son origine de la fin du XVIIIe siècle. Le plus ancien monument daté a été érigé en 1824 à la mémoire de Louis Joseph Quesney. La plus ancienne dépouille est celle de Julien Blin, ancien maire et bienfaiteur de la ville, dont l’enterrement eut lieu en 1826 et dont la stèle offerte par la ville fut posée vers 1830. Cependant, le plus ancien monument n’est pas daté : il s’agit du calvaire central…

 

Le plus ancien monument : le calvaire central

 

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Le calvaire de la Procession

 

Un monument presque oublié

Au centre du cimetière se trouve un calvaire. Celui-ci était nettement visible quand les tombes n’étaient couvertes que de croix de bois. Aujourd’hui, il passe quelque peu inaperçu, de prime abord, tant les monuments funéraires sont devenus imposants depuis la moitié du XIXe siècle. La croix du calvaire, en pierre calcaire, présente de fines sculptures. L'érosion a surtout frappé les personnages, le Christ, l'Enfant Jésus et la Vierge dont la tête a disparu. Le corps de la croix est orné de palmettes étirées. Les bras de la croix sont reliés par d'élégantes décorations en forme de croissants de lune. Cette croix, qui semble dater du XVIe siècle, repose sur un socle de pierre restauré en 1998 par la Ville de Pont-de-l’Arche à l’initiative de Michel Lepont. En effet, cet organiste archépontain, correspondant de l’association Notre-Dame-de-la-Source, spécialisée en restauration du petit patrimoine religieux, a convaincu la municipalité présidée par Paulette Lecureux de restaurer ce bien communal. Le socle de pierre du calvaire s’effritant dangereusement, il lança un livre de soutien à la restauration de ce monument qui obtint plus de 100 signatures. Elles permirent d’inscrire la restauration du calvaire à la session 1996 du concours « Un patrimoine pour demain », organisé par Pèlerin magazine. Lauréat du concours, cette restauration fut soutenue par une subvention de 31 644 francs. Ce sont les Services techniques de la Ville qui assurèrent la restauration et notamment Alain Richard et Alain Morel.

 

 Restauration calvaire (1998) 2

Les agents des services techniques de la Ville de Pont-de-l'Arche

restaurant le socle du calvaire en 1998 (photo Michel Lepont)

 

Un monument hautement symbolique

Presque toutes les tombes et stèles du cimetière sont orientées, c’est-à-dire qu’une face de leur forme rectangulaire est tournée vers l’orient (l’Est). Or, le calvaire est le seul monument à présenter un angle vers l’orient. Ses trois autres angles renvoient vers les autres points cardinaux. C’est donc sous la croix du calvaire que les quatre points cardinaux se rassemblent. Ils confèrent à ce monument une place cardinale, c’est-à-dire une place au cœur du cimetière et, symboliquement, du cosmos puisque les points cardinaux n’ont pas de limite. Le calvaire est comme un guide autour duquel est structuré le cimetière. Or, sur la croix du calvaire se trouve une image du Christ, le guide des chrétiens qui espèrent une vie après la mort. Une observation attentive montre que l’image du Christ n’est pas alignée sur l’angle Est du calvaire. Elle est décalée vers le sud-est, là où apparaissent les rayons du jour naissant au solstice d’été, le plus long jour de l’année. Symboliquement, le Christ est le premier à recevoir la lumière du jour renaissant après la nuit, la lumière de la vie après la mort. Au dos de la croix, une sculpture de la Vierge à l’Enfant est aussi symbolique. L’hiver, ces deux personnages voient le jour mourir au nord-ouest, horizon vers lequel ils sont tournés. Le Christ et sa mère vont mourir. Mais, avec le retour du jour, le Christ va ressusciter ainsi que ses serviteurs. Hautement symbolique, le calvaire s’inscrit dans une des plus anciennes traditions locales car, au néolithique, les sépultures collectives protégées par des allées couvertes étaient déjà orientées de manière à recevoir les rayons du jour naissant au solstice d’été. Aujourd’hui, les tombes de plusieurs prêtres de Pont-de-l’Arche - Jacques Lemariez (1828-1885), Philippe Damoiseau (1799-1874), Gabriel Caillet (1911-1994), Adrien Colin (1918-2002) et une tombe anonyme - jouxtent le calvaire. Tournées vers le nord, elles rappellent le rôle central du calvaire.

 

Calvaire

 

Un vestige de la maladrerie ?

Ce calvaire est-il le guide du cimetière paroissial ou celui de l’ancienne maladrerie ? Vue son ancienneté, nous sommes tentés de dire qu’il appartenait au cimetière de la maladrerie. Qui plus est, d’après le plan de Nicolas Magin la maladrerie ne jouxtait pas la route d’Elbeuf mais était située à mi-distance entre la route et le coteau bordant l’Eure. Le cimetière devait se trouver autour d’elle et son calvaire. Ceci dit, le calvaire a très bien pu être déplacé selon les besoins. C’est ce que la restauration de 1998 a révélé : le socle était réalisé avec le réemploi d’anciennes pierres tombales du début du XIXe siècle. On a très bien pu déplacer la croix et la poser sur un socle nouveau. Ce serait assez logique car le cimetière a bénéficié de plusieurs agrandissements. Un des premiers agrandissements s’est fait vers l’ouest et jusqu’à la route d’Elbeuf comme le montre le mur de pierre et l’entrée principale. Puis, le cimetière a été agrandi vers l’Est, décalant la porte principale vers l’ouest. Or, le calvaire est resté au centre du cimetière, preuve qu’il a été déplacé.  

 

La stèle de Louis Joseph Quesney (1824)

Nous n’avons pas trouvé d’information directe sur cet homme né à Elbeuf le 1er aout 1750 et décédé à Pont-de-l’Arche le 24 février 1833. Il appartint à une famille de nobles ayant joué un rôle pendant la Révolution parmi les républicains modérés, puis parmi les fidèles au pouvoir napoléonien. Ainsi le père de Louis Joseph, Louis Robert Quesney, était receveur des gabelles avant 1790. Il fut conseiller municipal en 1795 puis à partir de 1800. Entre temps, il fut nommé maire de Pont-de-l’Arche de 1796 à 1799. Un autre Quesney apparait dans les archives en tant qu’agent national en 1795. Un Quesney signa un bel article sur l’économie de Pont-de-l’Arche dans le 3e tome des Annales de statistiques en 1802 (page 55). Il signa en tant que chef de la 1re division des bureaux de la préfecture du département de la Seine-Inférieure et se dit natif de la commune. La stèle de Louis Joseph Quesney fut commandée 9 ans avant sa mort à « Requier », maçon à Alizay, qui finit de la tailler en avril 1824. Celle-ci est gravée de grands aphorismes romantiques.

 

Monument Quesney 5

Datant de 1824, la stèle rendant hommage à Louis Joseph Quesney

est le plus ancien monument individuel du cimetière de Pont-de-l'Arche.

 

La stèle de Julien Blin (1830)

Julien Blin (1738-1826) est un ingénieur des ponts et chaussées. En 1815, il fut nommé maire de Pont-de-l’Arche par le Préfet de l’Eure, fonction qu’il assuma jusqu’à sa mort. Il assainit les comptes de la Ville notamment en rappelant la Préfecture à ses obligations. Il enrichit la ville, alors très pauvre, en lui donnant des immeubles (et les rentes afférentes) qu’il avait acquis durant la période révolutionnaire. En 1818, il fit construire des logements au-dessus de la Salle d’Armes, ancien hôtel-Dieu, pour l’instituteur et deux sœurs qui enseignaient dans la ville. En 1822, il fit don à la commune de trois maisons, contre l’obligation de celle-ci d’en utiliser une comme presbytère. En 1827, le Conseil municipal rapporta les termes du don testamentaire établi par Julien Blin. Sans descendance, il fit don à la commune de biens immobiliers estimés à 236 450 francs,  presque 40 fois le budget communal de 1827 ! Parmi ces biens, Julien Blin souhaitait que l’ancien couvent des pénitents serve d’hôpital aux « indigents malades et inférieurs ». Julien Blin offrit aussi sept maisons et des terres cultivables. Les dons de ce bienfaiteur permirent entre autres de loger la première école de la ville conformément aux lois Guizot sur l’enseignement public (28 juin 1833). En 1830, les élus municipaux votèrent l’érection d’une « pierre tumulaire » sur la tombe de Julien Blin. En 1865, le nom de « rue Blin » fut officialisé par le Conseil municipal[9].

 

Monument Blin 1

Cette stèle de 1830 a été offerte par la Ville de Pont-de-l'Arche

en hommage à son ancien maire Julien Blin, bienfaiteur à

l'origine de l'hôpital local et des bâtiments de la première école publique.

 

Autres tombes et mur de clôture

Les plus anciennes tombes datent du dernier quart du XIXe siècle. Les stèles abordées ci-dessus sont séparées de plusieurs dizaines de mètres. Elles doivent leur conservation à leur caractère monumental et au renom des défunts qu'elles commémorent. Les tombes qui les entouraient ont été relevées au fil des générations. On peut donc déduire que ce cimetière était pleinement utilisé dès le début du XIXe siècle. Une partie du mur de clôture trahit des origines de la fin du XVIIIe siècle avec d’imposantes pierres de taille en chainage et dans les piliers de la porte d’entrée principale, porte qui, comme nous l’avons écrit plus haut, ne peut être celle du cimetière de la maladrerie qui ne jouxtait pas la route d’Elbeuf, selon le plan dressé par Nicolas Magin.

 

P1050112Les pierres de taille du mur sud témoignent du XVIIIe siècle

(ici le pilier Est de l'entrée principale).

 

 

Conclusion

Le cimetière communal semble bien être l’héritier de la maladrerie du XIIIe siècle. Après les ordres religieux et la paroisse, ce bien communal a pris le relai du cimetière de la maladrerie ; relai symbolisé par le calvaire central du XVIIe siècle. A partir de 1781, il remplaça l’ancien cimetière autour et dans l’église Saint-Vigor, devenue Notre-Dame-des-arts en 1896. Quelques plaques et gisants y subsistent qui rappellent qu’on y enterrait les chrétiens depuis peut-être les fortifications de Charles le Chauve (IXe siècle) ?

 

 

Avec mes remerciements à Ulysse Louis, Michel Lepont et Bruno Tabuteau

 

 

[1] Base Mérimée : référence IA00017898.

[2] Delisle Léopold, « Cartulaire normand de Philippe Auguste, Louis VIII, Saint-Louis et Philippe le Hardi », Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, 6e volume, XVIe vol., Caen, 1852, 390 p. cf. page 119 – n° 629, aout 1259 : « Noverint universi, tam presentes quam futuri, quod ego Johannes Goceselin (sic), burgensis de Ponte Arche, assensu et voluntate Matildis, uxoris mee, vendidi et concessi et omnino reliqui abbati et Conventui Beati Marie de Bonoportu quamdam domum quam habebam opud Pontem Arche […] et ad festum sancti Johannis Baptiste duos solidos, et ad dictos terminos leprosie (sic) de Ponte Arche (2) duos solidos… » 

[3] Dont on retrouve une résurgence au pied du coteau, sous le coude du chemin du Becquet, où fut installé un puits artésien au début du XXe siècle.

[4] Charpillon Louis-Etienne, Caresme Anatole, Dictionnaire historique de toutes les communes de l’Eure

[5] Duranville Léon Levaillant de, Essai historique et archéologique sur la ville du Pont-de-l’Arche…, page 122.

[6] « Note de ce qui s’est passé de curieux et de ce qui a été fait dans l’année de chaque trésorier », La Semaine religieuse du diocèse d’Évreux, 24 et 31 aout, 14 et 31 septembre 1918. Reproduction in extenso et sans modifications d’un manuscrit daté de 1722.  

[7] Goujon Paul, « L’Hôtel-Dieu et les pénitents du Pont-de-l’Arche », La Normandie, 1897, n° 3 de mars (pages 66-76), n° 4 d’avril (pages 105-115), page 109.

[8] Wikipédia : article « Gisors ».

[9]L’histoire est ironique : depuis 2008, nous lui avons rendu son prénom, Julien, dans des documents officiels (cartes de la Ville, site Internet…). Or, seul un prénom figure sur sa stèle : Armand, gravé il y a fort longtemps par l’on ne sait qui.

 

Armand Launay

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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 17:07

Ces jours-ci, cela fait 10 ans que je me suis lancé dans la recherche autour de l’histoire des Damps et de Pont-de-l’Arche.

 

A l’époque, René Dufour, maire des Damps, m’avait demandé s’il était possible de faire un livret d’une vingtaine de pages sur cette commune où je venais d’emménager avec ma famille après 21 ans à Pont-de-l’Arche.

Cinq ans plus tard, je publiais, grâce la mairie des Damps, les 240 pages de mon premier ouvrage : L’Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l’Arche.

Entre temps, grâce à mes études à la fac d’histoire et de géographie, grâce à mes recherches dans de nombreuses bibliothèques et archives, j’ai réuni une masse d’informations sur Pont-de-l’Arche, ma ville, dont j’entrepris de mettre en valeur le patrimoine et l’évolution.

Tout d’abord par le magazine La Fouine, broché à la machine à coudre par ma mère, ex-ouvrière en chaussures chez Marco, puis par des ouvrages, par ce blog et, enfin, par Pont-de-l’Arche magazine et Patrimoine normand, j’ai commencé à publier des centaines de pages sur note bonne ville…

Je crois que le sujet est loin d’être épuisé… tout comme moi ! A bientôt donc pour de nouvelles balades dans nos ruelles !   

 

Armand Launay

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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 15:24

Une exposition consacrée à Pierre Mendès France par la Ville de Louviers nous offre l’occasion d’évoquer la profonde attache archépontaine de celui qui fut Conseiller général et député de notre ville.

 

Article publié dans Pont-de-l'Arche magazine n° 17 (automne 2012). 

 

Un représentant de la République…

L’avocat Pierre Mendès France (1907-1982) est un des plus grands hommes d’Etat français du XXe siècle.

Elu député radical-socialiste de notre circonscription en 1932, il s’illustra dans le gouvernement de Front populaire en introduisant en France les thèses de l’économiste John Keynes sur l’importance des investissements publics dans la relance économique.

Lieutenant réserviste, Pierre Mendès France réclama en 1939 une affectation au front malgré ses mandats politiques. En 1940, le gouvernement vichyste nouvellement installé chercha à écraser Pierre Mendès France, homme de gauche, juif et franc-maçon, et le fit emprisonner. Celui-ci s’évada et rejoignit la Résistance auprès du général de Gaulle, à Londres. Il combattit dans l’aviation.

A la Libération, le général de Gaulle le nomma au commissariat aux finances du Gouvernement provisoire. Ensuite, il occupa des postes de premier plan à la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), au Fonds Monétaire International et au Conseil économique et social de l’ONU.

A l’Assemblée nationale, il présida la commission des finances en 1953 et devint président du Conseil des ministres en juin 1954, la plus haute fonction de la IVe République. En un peu plus de 7 mois, il donna l’indépendance à l’Indochine, remit sur de bons rails la question de la Tunisie, de la Sarre et des comptoirs français de l’Inde. Puis il s’opposa à la Ve République taillée pour Charles de Gaulle et écrasant le pouvoir législatif.

Ancré à gauche, il rejoignit le Parti socialiste et soutint François Mitterrand dont il vit l’élection avant de s’éteindre, en plein travail dans son bureau de Louviers, le 18 octobre 1982.

… très attaché à Pont-de-l’Arche

Pierre Mendès France installa son cabinet d’avocat à Louviers en 1929. En 1932, il devint député de notre circonscription et fut réélu en 1936, 1947 et 1952.

Chose moins connue, il battit Raoul Sergent (URD) aux élections cantonales de 1937. Il retrouva ce siège de conseiller général de Pont-de-l’Arche en 1951 et 1958, siège qui lui permit de devenir président du Conseil général de l’Eure (1951-1958).

Suite au décès du radical Maurice Delamare, deux fois maire de Pont-de-l'Arche, la gauche locale était sans meneur. Pierre Mendès France vint combler durablement cette lacune et il devint le représentant, notamment, des ouvriers de la chaussure.

Lorsqu’il venait (de Louviers), il est arrivé qu’il soit accueilli à l’orée de la forêt, près du calvaire de la Procession, et porté sur les épaules jusqu’au centre ville ! Cet honneur était un retour de l’implication du de cet élu qui travailla, avec les réseaux radicaux-socialistes, au reclassement des ouvriers mis au chômage par certains patrons de la chaussure après la grande grève de 1932. Pierre Mendès France appuya la création de la cité d'urgence Charles-Michels (1947), de la nouvelle salle des fêtes (1954), du nouveau pont (1955), de la cité d'urgence L'Anneau des Rosiers (1955), de l'école maternelle (1957)... 

L’attachement de Pont-de-l’Arche pour Pierre Mendès France ne se démentit pas. Le 19 novembre 1982, suite à son récent décès, le Conseil municipal présidé par Roger Leroux donna son nom à la résidence que nous connaissons de nos jours et qui allait bientôt sortir de terre.

  Pierre Mendès France

Devant le bailliage (alors mairie) et de gauche à droite, Roland Levillain, adjoint au maire, le préfet Pierre Damelon, Pierre Mendès France et son épouse Lily Cicurel, et Alix Duchemin (1878-1964). Ce dernier fut maire radical-socialiste de Pont-de-l’Arche de 1954 à 1959.  

 

 

A lire aussi...

Pierre Mendès France et la commune des Damps


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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 19:36

Un article de L’Industriel de Louviers du 1er décembre 1934 immortalisa l'inauguration du groupe scolaire de Pont-de-l'Arche qui eut lieu le 25 novembre. Le journaliste du journal conservateur mit en valeur des hommes politiques de droite. Pierre Mendès France et les hommes de gauche sont quelque peu effacés, sans plus, ce qui correspond à la volonté de Pierre-Etienne Flandin, président du Conseil des ministres, de faire une trêve des partis face aux périls fascistes et soviétique. C’est ce qui explique le titre de l’article mettant l’accent sur la concorde. Le Front populaire de 1936 dut les ravir !

Pour Pont-de-l’Arche, le projet d’agrandir ou de bâtir une nouvelle école était d’autant plus important qu’il remontait à 1905. Voyons donc ce grand moment de la vie archépontaine, quant le groupe scolaire ne s’appelait pas encore Maxime-Marchand

 

 

 

Inauguration de l'école de PDA (L'Industriel de Louviers d 

 

 

L’inauguration du groupe scolaire

à Pont-de-l’Arche fut une belle manifestation de concorde

 

L’inauguration du groupe scolaire de Pont-de-l’Arche a été l’occasion d’une fête magnifique, dans un élan de concorde qui ne se manifesta jamais avec plus d’allégresse.

La présence d’un ministre éminent, du nouveau Préfet de l’Eure qui partout où il passe rassemble toutes les sympathies et de tous les parlementaires entourant leur vénéré doyen, aurait suffi à donner à cette cérémonie toute sa signification et tout son éclat.

L’empressement de la population à accueillir les autorités à suivre le programme pourtant très simple de cette journée, témoigna à la fois de sa satisfaction de voir réalisé un projet si longtemps attendu et de manifester aussi à ceux qui en furent les artisans toute sa reconnaissance. Il prouve aussi que tout ici-bas s’apaise et s’oublie, quand chacun y met de sa bonne volonté et que les uns et les autres comprennent que tous les habitants d’une même ville ont plaisir et profit à s’unir, dans les jours fastes et néfastes pour partager les mêmes joies et supporter ensemble les mêmes épreuves.

Pas une note discordante n’est venue troubler, tout au long de cette journée, cette harmonie. Dans les nombreux discours qui furent prononcés, tous les orateurs et M. Mallarmé, ministre de l’Éducation Nationale[1], en particulier et avec plus d’autorité, convièrent leurs auditeurs à cette union bienfaisante qui est la condition du redressement d’une situation pleine d’écueils.

Le succès de cette journée, dont l’organisation fut de tous points parfaite, prouve ce que peut faire une municipalité et un conseil inspirés du seul souci des intérêts matériels et moraux de ses administrés. La municipalité de Pont-de-l’Arche, sans s’arrêter aux difficultés et aux critiques, a su prendre une initiative depuis longtemps attendue et la réaliser dans le minimum de temps avec le minimum de sacrifices financiers.

Elle a doté la ville d’un groupe scolaire qui répond à toutes les exigences de confort et dont par surcroît un architecte de talent, a su faire une véritable oeuvre d’art bien appropriée à son cadre.

 

Le groupe scolaire

La jolie ville de Pont-de-l’Arche avait des écoles qui n’étaient pas dignes d’elle. La municipalité présidée par Charles Morel[2], comprenant qu’il était aussi vain de chercher à les améliorer que de discuter sans jamais aboutir, sur la construction d’un nouvel édifice résolut de passer à l’action. Un projet présenté par M. Laquerrière, architecte, dont maintes réalisations heureuses[3], ont dans la région imposé la réputation et le talent, fut accepté.

Le 5 novembre 1933, M. Philip, Sous-Préfet des Andelys, posait la première pierre. Le 25 Novembre 1934, M. Mallarmé ministre de l’Instruction Publique[4]l’inaugurait. Cette cérémonie eut pu avoir lieu plus tôt [...] C’est une des conséquences de cette instabilité ministérielle[5], par ailleurs si regrettable.

Dimanche donc, le groupe scolaire recevait la visite officielle du Ministre des Autorités et de l’énorme assistance qui les accompagnait.

Tous furent unanimes à louer la très artistique originalité de l’ensemble. Ce groupe, en effet, ne présente pas l’aspect de l’école conçue sur le plan classique. C’est un très bel ensemble d’art normand.

À l’entrée de chaque côté d’une petite cour d’honneur s’élèvent de coquets pavillons qui seront les logements du directeur et de la directrice des écoles.

Face à l’entrée s’ouvre une vaste salle qui servira de préau où les enfants seront à l’abri des intempéries, sans être privés d’air puisque, à volonté, peuvent se lever des rideaux de fer de chaque côté.

Peut-être même, la municipalité songe-t-elle aux possibilités de l’aménager pour en faire une très belle salle où se pourront donner les fêtes scolaires. Deux bureaux vitrés permettent aux instituteurs de surveiller tout à leur aise, les ébats des enfants. Derrière, de chaque côté, sont installés les lavabos, avec eau courante, qui permettront aux enfants de se soumettre aux règles élémentaires de l'hygiène, pour passer de la récréation au travail. Dans le prolongement, séparés par un intervalle suffisant, pour que les cours des professeurs ne se gênent réciproquement pas, s’alignent les classes auxquelles donnent accès un long couloir. L’air, la lumière peuvent y pénétrer à flots. Les classes sont assez vastes pour que les enfants n’y soient jamais entassés. De chaque côté, de grandes cours, qu’encadreront des arbres dont les frondaisons donneront à l’ensemble un caractère champêtre et aux enfants, dans les journées trop chaudes une ombre bienfaisante.

On ne pouvait mieux  répondre aux soucis de l’hygiène, du bien-être et de l’esthétique, créer, enfin, un ensemble susceptible de donner à l’école un aspect, une ambiance plus attrayants.

 

La réception du ministre.

M. Mallarmé, ancien ministre des PTT[6]du gouvernement Doumergue[7]devait précédemment inaugurer ce groupe scolaire. Devenu ministre de l’Éducation Nationale du gouvernement Flandin[8], il fut sollicité par tous les parlementaires de l’Eure, de tenir sa promesse. Il y consentit avec bonne grâce. Il avait tous les titres pour cette mission, il la remplit avec une simplicité et une distinction pleins de bonne grâce, qui lui conquit tout de suite, la déférente sympathie des Archi-Pontains venus en foule entourer les autorités invitées à la recevoir à la Mairie[9].

Il fut accueilli par M. Chiraux, le nouveau Préfet de l’Eure, ses collaborateurs, M. Morel, maire de Pont-de-l’Arche, de ses adjoints etc.

Un peloton de gendarmerie sous les ordres de l’adjudant Petit, remplaçant le lieutenant Lombard, rendait les honneurs. La musique du 39e d’Infanterie sous la direction du capitaine Pommier exécuta une vibrante " Marseillaise ". Dans le cabinet du maire fut officiellement entérinée la délibération suivante : L’An mil neuf cent 34, le 25 Novembre, à 11 heures, M. Mallarmé, Ministre de l’Éducation Nationale, assisté de M. Chiraux, Préfet de l’Eure, de M. Philip, Sous-Préfet des Andelys, de M. Charles Morel, Maire de Pont-de-l’Arche, de M. Raoul Sergent, premier adjoint, conseiller général de l’Eure[10], de M. Henri Girard, deuxième adjoint. En présence de M. le président Maurice Hervey[11], sénateur de l’Eure, M. Abel Lefebvre, M. Neuville, sénateurs de l’Eure, M. Briquet[12], député de l’Eure, président du conseil général, Mendès-France [pas de M.], Alexandre Duval, Chauvin, députés de l’Eure, Lebret, député de la Seine-Inférieure, Inspecteur d’Académie Charlet, inspecteur primaire Girault, chef de la 2e Division de la Préfecture, M. Buisson chef de la 3Division, MM. Ferrandier A., Lefebvre M., Hacot Jules, Lefebvre Louis, Callerot, Partie E., Vidal, Prunier, Lemaire Gaston, Forfait, Lenoir, conseillers municipaux, MM. Rousseau, conseiller général, Thorel, Maire de Louviers, P. Josse, Maire de Perruel, G. Delamarre, conseillers généraux ; MM. Régnier, Président du Conseil d’Arrondissement, MM. Laquerrière et Raymond, architectes, Kerrand, juge au Tribunal Civil de Louviers, Noclercq, Procureur de la République, Mallet, premier suppléant au juge de paix, les Institutrices publiques et MM. les instituteurs publics de la ville, M. Ambroise, président de la Société des Amis de l’École Laïque[13], M. l’abbé Desdouits, curé doyen de Pont-de-l’Arche[14], a inauguré le groupe scolaire de la ville de Pont-de-l’Arche. Le cortège se forma précédé des drapeaux de la 2110e section des Vétérans porté par M. Delamare, accompagné de M. Louis Lefebvre, trésorier et des Anciens Combattants, porté par M. Niaux, accompagné de M. Albert Sauvé. Entraîné par la musique du 39e et la musique de Pont-de-l’Arche, le défilé gagna route de Paris le groupe scolaire entre deux haies profondes de curieux. Les rues de la ville étaient joliment décorées, aux abords des routes s’élevaient de coquets arcs de triomphes avec des banderoles portant ces mots : " Honneurs au Ministre " – " Honneur au Préfet " – " Honneur aux Musiciens ".

 

L’inauguration

M. Mallarmé procéda à la rituelle ouverture de l’édifice en coupant le ruban tricolore qui barra symboliquement l’entrée et le cortège pénétra dans le vaste préau, où les enfants groupés sous la surveillance de leurs maîtres, accueillirent le ministre et les autorités par l’exécution très nuancée d’un chœur bien choisi.

Un compliment fut très bien récité par un jeune élève et des gerbes de fleurs furent remises au Ministre et au Préfet.

Charles Morel, Maire, souhaita alors la bienvenue à M. Mallarmé en ces termes :

 

Discours de M. Morel, maire.

Monsieur le Ministre,

Je suis heureux et fier de recevoir aujourd’hui un représentant du Gouvernement de la République. Je vous remercie, M. le Ministre, de nous faire l’honneur de présider la cérémonie d’inauguration de notre groupe scolaire.

En mon nom, au nom de la municipalité et au nom de la ville de Pont-de-l’Arche, je vous prie de vouloir bien agréer nos souhaits de bienvenue.

À M. le Préfet, à M. le Sous-Préfet, à MM. les Sénateurs, à MM. les Députés, à MM. les Inspecteurs de l’Enseignement primaire qui ont tenus par leur présence à rehausser l’éclat de notre fête, nous souhaitons aussi la plus cordiale bienvenue.

Monsieur le Ministre,

L’un des premiers soucis de la municipalité, que j’ai l’honneur de présider, a été de procurer à nos enfants l’air pur, la lumière, le gai soleil et l’espace dont ils ont besoin pour se développer normalement pendant leur scolarité.

Je tiens à souligner que nous avons pensé aussi au bien-être de leurs dévoués maîtres et maîtresses. Tous ces bienfaits, ainsi que le confort moderne, nos enfants vont les trouver dans ces locaux que, grâce au bienveillant concours de M. le Ministre de l’Éducation Nationale, de M. le Préfet, de MM. les Parlementaires, d’anonymes même, nous avons pu édifier en très peu de temps.

À vous, M. le Ministre de l’Éducation Nationale, à vous M. le Préfet, à M. le Sous-Préfet, à vous MM. les Parlementaires, un bien cordial merci.

Tous nos compliments à M. Laquerrière, architecte qui, dans un site agréable, a su, avec un goût parfait, ériger ce groupe scolaire que vous admirez.

Merci aussi à MM. les entrepreneurs et à leurs ouvriers qui se sont acquittés consciencieusement de leur tâche.

Je n’aurai garde d’oublier mes dévoués collaborateurs du Conseil municipal qui ne m’ont jamais marchandé leur concours dans l’accomplissement de cette oeuvre.

Mes Chers Enfants,

Vous êtes bien jeunes, cependant je suis certain que vous appréciez déjà ce qui a été fait dans l’intérêt de votre santé et pour rendre votre séjour à l’école plus attrayant.

Je suis certain aussi que vous saurez en témoigner votre reconnaissance par votre exactitude et votre assiduité, par votre amour du travail, par votre bonne conduite en tous lieux, votre respect et votre amour envers vos chers parents, par votre docilité envers vos maîtres et maîtresses qui se dévouent pour développer votre intelligence et pour former votre coeur.

Aimez-les, écoutez-les, profitez de leurs leçons car ils remplissent une noble tâche qui consiste à faire de vous de bons Français et de bonnes Françaises aimant leur famille, leur petite patrie, Pont-de-l’Arche, et par dessus tout notre pays " La France ".

Dans le préau absolument comble l’assistance applaudit chaleureusement le sympathique maire qui avait si heureusement traduit ses sentiments.

 

Discours de M. le Dr Briquet, président du Conseil Général

Au nom du Conseil Général, M. le Dr Briquet souhaite la bienvenue à M. Mallarmé. C’est un grand honneur pour le fils d’une institutrice et d’un modeste professeur de Lycée de recevoir le grand maître de l’Université dont il rappelle la carrière politique brillante et ses divers passages dans les conseils du gouvernement.

M. Mallarmé devait, en raison de ses origines et de sa culture, parvenir à la haute charge qu’il occupe. Petit fils de l’adjoint au maire de Strasbourg, fils d’un avocat qui s’expatria d’Alsace après 1870, il parvint à l’agrégation après des études brillantes et fut professeur à Alger qu’il devait ensuite présenter à la Chambre.

Remarqué par ses interventions, il occupa diverses fonctions dans plusieurs commissions importantes et y affirma des qualités qui dénotent bien de ses origines[15].

Devenu ministre de l’Instruction publique il sut, en répondant mardi aux questions posées préciser ses intentions qui sont de nature à donner toute satisfaction.

La nécessité de faire des économies, des restrictions, n’a entraîné pour l’Instruction publique que les décisions strictement indispensables, relativement aux suppressions de postes, aux réductions des subventions. M. Mallarmé a promis de les répartir pour que les constructions ne soient pas interrompues et que l’attribution des bourses soit assurée aux plus méritants.

Il a décidé aussi de faire régner l’ordre dans la grande administration qu’il dirige, sachant faire la distinction qui s’impose entre la grande majorité du personnel enseignant fidèle à son devoir et quelques égarés. S’il applique des règlements à ceux qui seraient coupables, c’est avec le souci d’empêcher le discrédit de ceux qui ne le sont pas et de protéger l’école publique.

En terminant, le Président du Conseil Général se dit heureux de recevoir un ministre du gouvernement de trêve, décidé à défendre l’ordre, le calme, et pour cette œuvre de salubrité, de moralité, il l’assure du dévouement du Conseil Général et de la confiance des populations de notre beau département.

D’unanimes applaudissements soulignent les paroles de M. Briquet.

 

Discours de M. Mallarmé, ministre de l’Instruction publique

Dans un langage aussi simple que châtié, M. Mallarmé a prononcé un discours qui fit une profonde impression.

Il remercie les précédents orateurs de leurs souhaits et de leurs éloges et il félicité la municipalité de son initiative et de sa réalisation. Il sait ce qui a été fait à Pont-de-l’Arche et estime que M. le Maire a été trop modeste sur les mérites de la Municipalité quand, dans une période de crise, une municipalité a pu élever un bel immeuble, comme celui-ci, répondant à toutes les exigences du confort et de l’hygiène, elle mérite les plus chaleureuses félicitations.

Ce n’est plus l’école d’autrefois, sans charmes et sans agrément, mais une belle maison normande remarquable par sa beauté et l’ingéniosité de ses plans. Mais ce n’est point seulement l’immeuble qu’il faut considérer.

S’adressant aux enfants M. le Ministre poursuit ainsi :

" Vous mes chers enfants, vous allez passer-là une série d’années où vous recevrez les éléments de l’instruction, de l’éducation nécessaires pour faire votre chemin dans la vie. L’école sera un symbole, vous y aurez lié des amitiés sur lesquelles vous aimerez à reporter vos souvenirs plus tard. Je sais qu’on peut vous confier à vos maîtres en toute sécurité intellectuelle et morale. La presque unanimité du personnel enseignant est digne de notre confiance. Vous en recevrez de bons conseils et de bons exemples.

Il faut dissiper les légendes. Il y a dans le personnel des individualités égarées, mais nous avons le devoir de protéger ceux qui travaillent pour leur rendre hommage.

Je suis persuadé que dans cette maison les maîtres seront dignes de leurs fonctions au point de vue social et moral, sachant préparer l’avenir du pays, soucieux de leurs devoirs et de leur responsabilité. Il est deux termes inséparables : Patrie et République. Certains se prétendent plus républicains que les autres parce qu’ils répudient l’idée de Patrie[16]. Les vrais patriotes au contraire furent toujours à l’heure du danger, les vrais Républicains et la République ne peut exister si l’on ne sait associer la défense Nationale, l’amour de la Patrie et l’Idéal républicain.

C’est ce que nous demandons aux instituteurs d’inculquer aux enfants, ils auront aussi bien servi leur pays et la République. "

D’interminables applaudissements saluent l’orateur.

On commence la visite des écoles qui se termine par un vin d’honneur. Les autorités vont ensuite s’incliner devant le monument aux morts et y déposer des gerbes de fleurs.

Et le cortège gagne les Établissements Morel[17], où va être servi le banquet.

 

Le banquet

Dans une vaste salle artistement décorée et fleurie, et ce qui est plus appréciable en cette saison, bien chauffée, les convives prennent place suivant un protocole bien réglé. M. Mallarmé ministre de l’Instruction Publique préside entouré de M. Chiraux, Préfet de l’Eure, M. Charles Morel, maire, MM. Hervey, Abel Lefebvre, Neuville, sénateurs, Join-Lambert, Duval, Briquet, Chauvin, Mendès[18], députés. Madame Morel, M. de Fouquières, M. Sergent, conseiller général, premier adjoint, M. Philip, Sous-Préfet des Andelys, M. le Chef de cabinet de la Préfecture, MM. Josse, Rousseau, Delamare, conseillers généraux, MM. Régnier, Président du conseil d’arrondissement, Langlois, Moreau, conseillers d’arrondissement, Noclercq, Procureur de la République, Kerrand, juge au Tribunal de Louviers, MM. Diné, Ingénieur en chef du service vicinal, M. Guillemont, ingénieur des Ponts-et-Chaussées, Tardy, ingénieur du service vicinal, MM. Buisson, Girault, chefs de division à la Préfecture, MM. Prémillieux, maire des Damps[19], Hache, maire de Léry, Armand, maire du Vaudreuil, Frétigny, maire d’Alizay, Cousin, adjoint à Poses, M. l’Abbé Desdouits, curé doyen, MM. Callerot, A. Ferrandier[20], M. Lefebvre, Partie, Prunier, Vidal, Lemaître, G., A. Huet, conseillers municipaux, M. Lerebours[21], notaire, Dr Hardy, MM. Leduc, Maltet, Blard, Lièvre, Desloges, Duchemin, Saint-Gilles, Dugard, Martin, Hacot, Lecomte ; Ambroise; Tardy Bernard, Rivette, etc. Mmes Demare, reveceuse des Postes, Prémillieux, Guérin[22], Blondel, directrice d’École, Dugard, Tanguy, Tardy[23].

Somptueusement reçus par M. Morel, ils furent traités avec M. Lemaire de l’Hôtel d’Elbeuf, avec le souci de maintenir sa vieille réputation malgré la surprise d’un nombre de couverts supérieur aux prévisions. Le menu abondant et délectable était arrosé de vins de bons crus et très correctement servis. L’ambiance de cordialité qui marqua les débuts de cette journée ne pouvait que s’amplifier.

Au champagne, M. Chiraux, Préfet de l’Eure s’acquitta éloquemment des obligations de sa charge, pour saluer M. le Ministre.

Aux sentiments de déférente sympathie, aux souhaits de bienvenue qui lui furent exprimés le matin, M. le Préfet, vint joindre les siens au nom du département.

M. Mallarmé, par l’accueil qu’il reçut a certainement eu l’impression qu’il se trouvait au milieu de braves gens, de populations laborieuses représentées par des hommes de coeur, d’ordre et de dévouement.

Les Normands ont fait tout leur devoir pendant la dernière guerre au champ d’honneur. À l’arrière ils ont généreusement reçu les réfugiés et travaillé pour que la France vive.

L’heure des difficultés venues, ils sont restés calmes et confiants, en ceux qui avaient la Charge de les résoudre et ils font aujourd’hui confiance au Président Flandin auquel M. Chiraux prie M. Mallarmé de transmettre l’hommage de leur respectueux attachement.

De cette visite du Ministre de l’Éducation Nationale, le département de l’Eure lui gardera un souvenir reconnaissant et M. le Préfet poursuit ainsi :

" S’il y a entre nous des différences de sentiments de croyances, nous savons nous unir autour de la France et de la République, la Patrie nous rassemble car nous savons que si nous voulons qu’elle recueille les fruits de sa victoire, nous devons être unis de cœur et de volonté. Et il termine par le toast rituel au Président de la République.

M. Morel, maire, qui, tout au long de cette journée, s’est acquitté de tous ses devoirs avec délicatesse et correction à l’égard de tous ses hôtes prend ensuite la parole pour remercier tous les convives et tous ceux qui ont contribué au succès de cette belle fête. Il lève son verre à M. le Ministre, aux autorités, à tous les convives en souhaitant qu’ils gardent un souvenir durable de cette manifestation qui s’est déroulée dans la plus parfaite union.

 

M. Raoul Sergent, premier adjoint, conseiller général, présente les excuses de plusieurs invités et prononce la discours suivant :

Monsieur le Ministre,

Malgré de lourdes occupations inhérentes à vos hautes fonctions ministérielles, vous avez bien voulu accepter de présider l’inauguration du modeste groupe scolaire de notre ville, désirant marquer que, grandes villes et villages, sont également l’objet de la sollicitude du Gouvernement.

Au nom des élus cantonaux, j’ai M. le Ministre, le très grand honneur de vous saluer et de vos remercier. C’est également un très grand honneur pour la ville de Pont-de-l’Arche, de recevoir pour la première fois un représentant du Gouvernement de la République. Honneur dont je suis certain, tous les habitants garderont un inaltérable souvenir.

M. le Préfet,

M. le Sous-Préfet,

M. l’Inspecteur d’Académie,

MM. les Parlementaires,

M. l’Inspecteur Primaire,

Mesdames, Messieurs,

Mon premier devoir en prenant la parole est de saluer les hautes personnalités politiques et administratives qui nous ont fait l’honneur d’assister à notre fête.

Tout d’abord, M. le Préfet Normand d’adoption dont les qualités administratives nous sont bien connues. M. le Sous-Préfet qui posait il y a un an la première pierre de l’édifice.

Messieurs les Inspecteurs de l’enseignement, les Parlementaires et en particulier M. le Président Hervey, qui se trouvant à notre porte fut souvent mis à contribution.

Je n’aurais garde d’oublier M. André de Fouquières qui a fait de notre contrée sa deuxième patrie d’adoption et qui nous a été d’un précieux concours dans la réussite de notre entreprise.

Leur présence et la vôtre, Mesdames, Messieurs, est une preuve de l’importance et de la grandeur de cette cérémonie.

Mes doubles fonctions de conseiller général et d’adjoint au Maire, ne me permettent point de faire ressortir comme il conviendrait l’œuvre accomplie par la municipalité que préside avec tant d’autorité et de sagesse, M. Charles Morel.

Mais il est tout de même de mon devoir, sans vaine gloriole, de relater l’effort accompli.

Dès 1908, c’est-à-dire il y a plus d’un quart de siècle, il était déjà question au sein du Conseil municipal de l’état lamentable des locaux scolaires.

Des projets assez divergents étaient présentés. Certains, partisans de la construction de nouveaux locaux, d’autres de la transformation des locaux actuels.

La guerre survient, cette guerre qui ne se contente pas de tuer la vie humaine, mais qui tâche dans toutes les mesures de ses affreux moyens, d’arrêter la vie intellectuelle, matérielle [...]

L’instruction, nécessité impérieuse pour un pays n’est-elle pas en effet intimement liée à nos institutions démocratiques, puisque sous le régime républicain, ce sont les citoyens eux-mêmes qui sont appelés par les représentants qu’ils élisent à gouverner et à faire les lois. Il est donc de première nécessité que ces citoyens soient instruits et éclairés.

La République a donc voulu qu’il n’y eut plus en France un Français qui ne sache lire, c’est pourquoi elle a décrété que l’école fut pour la jeune génération une sorte de berceau de l’égalité.

C’est pourquoi elle l’a rendue gratuite afin que tous les enfants s’y coudoient au même titre sans distinction de naissance ou de fortune et qu’ils s’habituent à s’y connaître, à s’aimer. Elle a voulu que l’école soit en quelque sorte un atelier de science et de raison.

N’est-il pas en effet, juste que l’enfant s’il a le mérite de l’intelligence puisse accéder aux plus hauts sommets. N’est-il pas juste également que le suffrage universel puisse aller chercher dans toutes les classes de la Société l’élu qui lui convient.

C’est une grande joie pour les habitants d’avoir enfin des écoles convenables, pour faire la première éducation des enfants.

Ce bâtiment attestera que nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir pour donner aux enfants des locaux où ils auront plaisir à travailler.

Des maîtres zélés ayant eu au cœur le sentiment élevé de leurs devoirs professionnels sauront donner à ces enfants avec les connaissances pratiques utiles à la vie de cette haute conception morale, cette conscience des hommes et des choses qui font les Sociétés et les peuples dignes et grands.

Ils leur apprendront l’amour de la famille, l’amour de la Patrie, l’amour de la République. Ils contribueront à cette grande œuvre de l’enseignement populaire à laquelle nous portons tous un intérêt passionné parce que nous sommes persuadés que l’avenir du pays en dépend.

En rendant l’école saine et agréable nous le faisons ainsi davantage et nous accomplissons ainsi un l’un des plus grands devoirs qui incombent à de bons patriotes et à de sincères républicains.

Vive la France !

Vive la République !

 

M. Mendès, prend la parole au nom des députés, pour remercier M. le Ministre d’avoir répondu avec bienveillance à l’invitation qui lui avait été faite par tous les représentants du département qui se sont retrouvés pour lui souhaiter une cordiale bienvenue.

Il rend hommage à la municipalité de Pont-de-l’Arche, qui a su réaliser le projet de construction du groupe scolaire en conciliant le confort et l’esthétique et félicite M. le Maire et ses collaborateurs qui ont fait aboutir une décision de principe prise en 1911. Il joint ses remerciements à tous ceux qui ont contribué à l’éclat de cette fête.

M. le sénateur Hervey, associe les membres de la Haute Assemblée aux remerciements adressés à M. le Ministre et se réjouit s’assister au rayonnement de la plus réconfortante fraternité.

Se croyant peu qualifié – bien à tort du reste – pour parler de l’école, il a voulu s’en référer à des auteurs plus compétents et il cite des passages connus de lettres ou de discours de Guizot, Jules Ferry et Barthou. Il se plaît à constater qu’un homme qui fut la gloire de la monarchie et deux autres qui furent celles de la République, à cinquante et cent ans de distance, donnent les mêmes conseils aboutissent aux mêmes conclusions fixant ainsi la vraie doctrine.

Si elle avait toujours été suivie, on ferait disparaître certains griefs. Et avec maints exemples puisés dans l’histoire de la région, avec une rare érudition, M. le sénateur Hervey montre combien il est facile de cultiver l’amour de la petite patrie, base de la grande si l’on enseigne bien aux enfants ce qui rattache le lieu de leur naissance à la France. L’instituteur trouverait des sujets de leçons utiles.

Si dans l’étude du passé, on trouve une raison d’aimer mieux son pays, on comprend davantage les raisons de la protéger contre l’oppression, se préparer contre la guerre, c’est vouloir l’empêcher, la repousser.

Quand on arrive au soir de la vie, une seule joie reste c’est de voir ses enfants partager les mêmes sentiments.

 

Discours de M. le Ministre

M. Mallarmé clôt la série des discours. Il remercie M. Morel, en sa double qualité de maire et de propriétaire. " Grâce à l’ingénieuse installation de cette salle, dit-il, nous avons mieux senti le sentiment de cordialité de cette réunion.

Je veux aussi vous féliciter, vous êtes M. le maire la vivante incarnation de ce que peut être un pays démocratique. Parti de rien vous êtes arrivé par votre travail, votre ténacité, à vous créer une situation sociale enviée. Mais ne craignez pas les envieux. Continuez votre œuvre, elle ne mérite que des admirateurs.

M. Mallarmé remercie M. le Préfet, MM. les Parlementaires et les habitants de leur invitation et de leur accueil. Ce sont de vrais Normands qui ont gardé les vertus de leurs ancêtres : l’audace, le goût du travail, le sentiment de la famille, la prudence et la sagesse. Il regrette de n’avoir pu prendre avec eux qu’un contact passager. Il espère qu’il se renouvellera en d’autres occasions.

Examinant ensuite la situation présente il signale la crise grave à laquelle le gouvernement doit faire face : Crise extérieure certaine, sur laquelle il ne veut pas insister ; crise intérieur, surtout pour les agriculteurs dont il connaît toutes les difficultés.

Mais dans un grand pays démocratique comme le nôtre, le seul moyen de résoudre les difficultés c’est l’Union entre les citoyens. Autour de ces tables, il y a des divergences d’opinion – elles honorent le pays – mais à l’heure actuelle elles doivent faire place à un accord[24]. Il rend hommage aux représentants du département et particulièrement à M. Abel Lefebvre et à M. Maurice Hervey qui de toutes façons s’est sacrifié pour sa patrie.

Mais cette union ne doit pas être passagère, il faudrait qu’elle soit permanente pour assurer notre sécurité extérieure, notre bien-être intérieur il ne suffit pas d’une trêve de façade, mais de la trêve dans les esprits et dans les cœurs ; M. Mallarmé aurait souhaité que M. Morel n’ait point, par des scrupules de discrétion qui l’honorent, renoncé à associer des ouvriers à cette fête[25]. Il aurait été heureux de leur dire combien il appréciait ce qu’ils avaient fait pour concourir à son succès.

Après avoir donné ses conseils aux enfants il les laisse avec confiance aux mains de leurs maîtres et il lève son verre à l’école laïque et républicaine.

Je ne voudrais pas qu’on voit dans cette expression une tendance politique. L’école laïque et républicaine a droit à notre respect et à notre confiance, à la condition qu’elle laisse à chacun le soin de sa conscience. L’école doit développer la morale et non la discorde. Je suis persuadé que les maîtres suivront ces directives et que l’École de Pont-de-l’Arche sera un lieu de réconfort, de joie et de développement moral.

Tous les orateurs avaient été longuement applaudis, un ban fut battu en l’honneur de M. le Ministre.

 

Remise de distinctions

La cérémonie n’était point terminée, M. le Ministre, prenant à nouveau la parole, déclara que pour reconnaître les mérites de M. Morel, il eut été heureux de lui apporter la croix de chevalier de la Légion d’Honneur[26]. N’en ayant plus à sa disposition, il lui promit de le faire figurer au tableau de la prochaine promotion.

Cette nouvelle est chaudement applaudie.

M. Mallarmé remet ensuite le diplôme d’officier d’académie aux collaborateurs dévoués du maire, M. Raoul Sergent, M. Girard, adjoints et M. Laquerrière architecte à Elbeuf, auxquels les convives témoignent leurs vives sympathies.

La rosette de l’Instruction publique est ensuite remise aux applaudissements de tous à Mme Guyot, ancienne institutrice et M. Gondard, d’Évreux, M. Guillermaux, de Saint-Marthe, Legendre de Poses, pour services rendues aux oeuvres post-scolaires, M. Pesqueux, de Saint-Georges-du-Vièvre, pour services rendus à l’art musical.

 

À l’Hospice[27]

Le Ministre et les autorités, en quittant les Établissements Morel se rendirent à l’Hospice où ils furent reçus par M. Ouin, président de la commission administrative et le Dr Hardy. Il visite l’établissement hospitalier dont il se plut à reconnaître la parfaite tenue puis devant le personnel il remit à la sœur Saint-André, supérieure, la médaille d’argent de l’Assistance publique.

À cette distinction qui récompense si justement de longs et dévoués services tous les habitants de Pont-de-l’Arche applaudiront.

Dans l’après-midi, la musique du 39e avait donné un concert très apprécié et très applaudi.

Le soir les arcs de triomphe s’illuminaient et on remarquait particulièrement le merveilleux effet des illuminations du monument aux morts auquel elles donnèrent un saisissant relief.

Un bal enfin, terminait dans la joie populaire cette belle fête. Tous se réjouirent que pas une ombre ne vint assombrir l’éclat de son succès et rendirent hommage pour sa parfaite organisation à ceux qui en furent les actifs artisans et reçurent la récompense méritée de leur dévouement.

Une quête faite au banquet par Mme Morel[28]pour la caisse des Écoles produisit 616 fr. 70. »

 

[1]André-Victor Mallarmé (1877-1956). Ministre du 8 novembre 1934 au 31 mai 1935. Une biographie sommaire du personnage se trouve dans le corps de texte (intervention du Dr Briquet).

[2]Maire de Pont-de-l’Arche pendant 15 ans (de 1930 à 1936 et de 1947 à 1953). Industriel de la chaussure, il possédait trois usines en 1934 dont une à Pont-de-l’Arche.  

[3]La maison notariale de Pont-de-l’Arche, par exemple, place Aristide-Briand.

[4]On lit encore le flottement dans l’appellation de cette fonction entre Instruction publique, forme ancienne, et Éducation nationale. Le nom d’Éducation nationale fut officialisé quand Jean Zay, député radical-socialiste d’Orléans, occupait ce ministère dans le gouvernement de Front populaire (5 juin 1936-21 juin 1937). 

[5]Cette instabilité ministérielle a d’ailleurs stigmatisé, dans les esprits, le régime parlementaire de la IIIe et de la IV République, régimes qui firent face à de grandes crises, qui en résolurent, mais qui succombèrent à d'autres (occupation, guerre d'Algérie). André-Victor Mallarmé faisait partie du huitième gouvernement depuis l’entrée en fonction du président de la République, Albert Lebrun…  le 10 mai 1932.

[6]De mars à décembre 1930.

[7]Gaston Doumergue, président de la République du 13 juin 1924 au 13 juin 1931.

[8]Pierre-Étienne Flandin (1889-1958). Président du Conseil des ministres du 11 novembre 1934 au 30 mai 1935.

[9]Qui se trouvait au bailliage jusqu’en 1968.

[10]Élu en 1931 face au candidat de la gauche républicaine : Louis Prémillieux, maire radical-socialiste des Damps. 

[11]Maurice Hervey (1855-1936). Conseiller général de Pont-de-l’Arche de 1901 à 1913. Sénateur de 1912 à sa mort, il fut vice-président du Sénat de 1925 à 1928.

[12]Membre du Parti républicain radical et radical-socialiste.

[13]Les statuts de cette association furent déposés en préfecture le 18 septembre 1896 par Eugène Ferrand, maire de la ville.

[14]Maurice Desdouits, curé de la paroisse de Pont-de-l’Arche de 1933 à 1945. Auteur de notes très instructives sur l’histoire de la ville. 

[15]Étrange compliment pour un homme issu d’un milieu modeste et qui réussit grâce à son travail et à la reconnaissance du régime républicain.

[16]À titre d’exemple, même au sein du parti radical, parti attaché à la France, le député Pierre Cot, s’exprimait ainsi : Nous rejetons le dogme de la souveraineté nationale parce que, jadis, ce dogme garantissait notre indépendance et il n’est plus, dans le monde moderne, qu’une survivance dangereuse (Le rajeunissement de la politique, p. 168). C’est au sein même du parti radical que se situait la ligne de partage entre les personnes plus attachées aux doctrines nationales, voire nationalistes, et celles qui restaient plutôt attachées à l’universalisme de la forme républicaine du gouvernement (excluant bien entendu l’internationalisme communiste). Cela explique pourquoi M. Briquet, tout radical qu’il soit, justifie les choix de M. Mallarmé alors que M. Mendès France ne les cautionne pas. Cette question de la priorité nationale ou sociale marquait nettement le clivage entre la droite et la gauche.

[17]L’usine de Charles Morel était située sur la route de Louviers. Cet homme se lança dans la fabrication de chaussons et de chaussures dès 1909 où il ouvrit sa première usine à Elbeuf. Il en ouvrit une deuxième à Igoville, en 1919, puis une troisième en 1929, à Pont-de-l’Arche. Ses fils prirent sa suite avant la fermeture définitive en 1968.

[18]Dénigrement très fréquent de nombreux journalistes de droite qui retiraient la moitié du nom de M. Mendès France. Ces journalistes estimaient que M. Mendès France ne devait pas porter ce nom car il avait une ascendance israélite. C’est ainsi qu’essayait de se venger la droite xénophobe et antisémite.  

[19]Louis Prémillieux, maire radical-socialiste des Damps de 1931 à 1935.

[20]Anthime Ferrandier, ancien maire, dont le nom a été donné à une rue.

[21]Qui fut membre de la Société d’études diverses de Louviers et sa région.

[22]Qui est compté parmi les précurseurs de la célèbre pédagogie de Célestin Freinet. C’est ainsi qu’on retrouve son nom dans les archives déposées au Centre International de Recherches sur l’Anarchisme, à Marseille, pour les années 1935-1936. Cet audacieux enseignement Freinet, un intérêt du moins, contredit donc tout à fait les " certitudes " du ministre qui faisaient des professeurs archépontains des promoteurs du patriotisme (http://www.freinet.org). M. Guérin eut de sérieux ennuis avec les élus conservateurs de Pont-de-l’Arche en raison de ses convictions politiques dont il eut le malheur de parler aux enfants en classe.

[23]Qui occupa ensuite la fonction de directrice de l’école des filles.

[24]Les positions du ministre reprennent fidèlement l’orientation prise par le Président du Conseil des ministres : celui-ci œuvrait pour une réforme des institutions alliée à une politique de trêve des partis. Attaché à la paix, tout en étant déterminé à défendre la France contre la menace hitlérienne, Pierre-Étienne Flandin mena avec son ministre des Affaires étrangères, Pierre Laval, une politique de rapprochement avec l’Italie et l’URSS et de resserrement des liens franco-britanniques.

[25]En effet, selon l’adjoint au maire, futur maire, " tous les enfants [se] coudoient [à l’école] sans distinction de naissance ou de fortune [afin] qu’ils s’habituent à s’y connaitre, à s’aimer. " Les enfants sont tous égaux, quoiqu’il existait à Pont-de-l’Arche – comme partout ailleurs – des écoles privées.

[26]Qu’il eut effectivement ainsi que la médaille du mérite et la médaille d’or du travail.

[27]À l’emplacement de l’EHPAD actuel de Pont-de-l’Arche, cet hospice en est l’ancêtre. Les bâtiments furent conçus par M. Marie, agent voyer de la commune, et l’hôpital fut inauguré en décembre 1900 par Eugène Ferrand, maire. 

[28]Qui quêtait aussi régulièrement pour la paroisse. 

 

Armand Launay

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 16:16

Les écoles de filles et de garçons étant devenues trop petites, le Conseil municipal de Pont-de-l'Arche étudia dès 1905 la possibilité de construire un groupe scolaire neuf... 29 ans avant son inauguration en 1934.

 

Ecole Max Machand 1

 

En 1877, l’école de filles accueillait jusqu’à 80 enfants dans une de ses 3 salles de cours (pour un total de près de 120 enfants). Le maximum autorisé par la loi étant de 40 enfants, la Préfecture imposa aux sœurs de ne plus accepter tous les enfants de 4 à 7 ans. Or, il n’y avait pas de salle d’asile, l’ancêtre de la maternelle, à Pont-de-l’Arche. Les garçons étaient 150 dans 3 classes au début du XXe siècle.

 

1905, naissance du projet

Sensibilisés par une étude d’Étienne-Alexandre Sorel, médecin et conseiller municipal, les élus ont souhaité mettre fin aux problèmes d’insalubrité des locaux et au manque cruel de place dans les salles de classe. C’est ainsi que naquit, en 1905, le projet de construire un groupe scolaire neuf en dehors du centre médiéval où régulièrement des enfants mouraient des épidémies de scarlatine, rougeole… 

En 1908, le maire, Maurice Delamare, chargea la commission des écoles de démarcher les entrepreneurs afin de créer une école neuve à Pont-de-l’Arche, pour les garçons et les filles. La municipalité choisit le terrain où est l’actuel groupe scolaire ; l’acte d’achat est signé en décembre 1912. Mais les devis de l’architecte rouennais Bourienne sont jugés trop onéreux (63 600 francs). Des plans sont cependant dressés : trois classes de garçons et trois de filles, chacune de 50 élèves, sont prévues dans un bâtiment en rez-de-chaussée situé le long de la rue. S’y ajoutent préaux, cours et toilettes distincts pour les enfants des deux sexes. Les instituteurs devaient être logés sur place, alors qu’on avait prévu d’installer les institutrices dans l’ancienne école de filles. Le cout global, accepté par le conseil, était évalué à plus de 80 000 francs. La Première Guerre mondiale éclata avant que le financement ne soit trouvé et reporta le projet d’école.

Ce n’est qu’en 1931, grâce à l’intervention de personnes influentes que le Conseil municipal put travailler efficacement à la construction d’un groupe scolaire neuf, le futur groupe Maxime-Marchand. 

 

1933, première pierre du futur groupe scolaire baptisé Maxime-Marchand en 1987

La première pierre fut posée le 5 novembre 1933, dans la rue Maurice-Delamare, et l’inauguration eut lieu le 25 novembre 1934 sous la présidence du maire, Charles Morel, accompagné du ministre de l’Instruction publique, André Mallarmé, et de très nombreuses personnalités politiques du département. Politique, le mot est lâché. Le financement d’un tel projet n’aurait pas été possible si les élus locaux n’avaient pas reçu l’appui de personnalités gouvernementales. Charles Morel, industriel de la chaussure, pouvait compter sur le sénateur Maurice Hervey, ancien vice-président du Sénat. Qui plus est, André de Fouquières, chef du protocole de l’Élysée, possédait une résidence secondaire aux Damps (route de l’Eure). Ce diplomate utilisa son carnet d’adresses en faveur du projet, ce qui explique l’inscription de son nom sur une des deux plaques commémoratives de l’école, alors qu’il n’exerçait aucun mandat. 

Ainsi ce n’est qu’en 1933-1934 que sortit de terre un grand édifice en style néo-normand, fruit du travail des architectes elbeuviens L. et R. Laquerrière, aussi auteurs de la maison notariale de Pont-de-l’Arche et divers édifices. C’était la première fois, hormis la gendarmerie, qu’un édifice public était construit en dehors de l’enceinte médiévale. 

 

Description architecturale et agrandissements

Le gros œuvre de ce groupe scolaire est composé de béton. Des pierres de parement ont été apposées sur les façades pour donner une esthétique normande au bâtiment. Le toit à quatre versants est recouvert de tuiles plates de pays et possède de larges lucarnes. La façade, outre la pierre de taille, présente des pans de bois en trompe-l’œil réalisés grâce à l’application d’une peinture sur quelques incisions sur ciment qui imitent les nervures du bois. Un arc en plein cintre surmonte la porte d’entrée. Sa présence est étonnante car il n’entre pas dans l’architecture traditionnelle locale que souhaitaient imiter les architectes Laquerrière. Face à l’entrée s’ouvre une vaste salle qui enveloppe le bureau de direction, deux salles de classe et, enfin, le préau protégeant les enfants des intempéries.

L’édifice a été conçu pour être confortable et esthétique à la fois. Deux maisons situées de part et d’autre de la cour d’entrée servaient de logements pour le directeur de l’école des garçons et la directrice de l’école de filles. C'est en 1963 que la séparation entre les garçons et les filles, la gémination, fut abolie. Il s’agissait d’équilibrer les effectifs mais aussi de répondre à l’évolution des mentalités pour qui cette division ne se justifiait plus sur le plan pédagogique. 

Deux belles plaques en marbre commémorent l’inauguration du groupe solaire.

Ecole Max Machand 3Ecole Max Machand 2

 

L’agrandissement du groupe scolaire est prévu dès 1951 pour remplacer les deux classes (une de garçons et une de filles) installées provisoirement dans un ancien bâtiment scolaire incommode, malsain et trop petit. De plus, l’école de filles accueillait une classe enfantine qui recevait les enfants de cinq ans, au nombre de 47. Derrière le premier bâtiment, les deux ailes séparées sont prolongées en 1957 et en 1962, dans le même matériau, alignant chacune quatre salles de classe le long d’un couloir. En 1994, une salle d'activité est créée dans le préeau central. Les vitres sont omniprésentes afin d’apporter le plus de lumière naturelle et les classes sont assez vastes pour que les enfants ne s’y entassent plus comme dans les anciennes écoles communales. 

 

Les préfabriqués, qui avaient servi de classes pour des élèves de primaire mais aussi les premiers collégiens, ont depuis disparu. Une salle de classe a été bâtie il y a quelques années entre les deux ailes du groupe scolaire afin d’accueillir, notamment, des enfants de l’école maternelle jusqu’à la construction d’une classe adaptée aux plus petits dans les locaux de l'école maternelle

 

Armand Launay

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 15:47

S’il existait des professeurs à Pont-de-l’Arche depuis le Moyen Âge, il a fallu attendre la fin du XVIIIe siècle pour que l’enseignement concerne de près ou de loin tous les garçons de la commune. Organisés par le diocèse et la municipalité, les premiers cours dont nous avons retrouvé la trace ont été donnés à partir de 1781 dans l’église du couvent Saint-Antoine (fermé en 1738). Situés à l'angle des rues Fichet et Jean-Prieur, les murs de ce couvent ont entièrement disparu.

Nous perdons trace de cette école par la suite. À partir de 1792, l’État commence à donner des directives plus précises pour inciter les communes à organiser une école. Celles-ci tentaient de fournir un local, elles rétribuaient le professeur et lui payaient toute ou partie de son logement. En 1803, une enquête révèle la présence de deux instituteurs et, à partir de 1818, on trouve également une sœur de la Providence qui donnait des cours aux filles de la commune. Elle bénéficiait, elle aussi, de l’aide municipale.

 

Croizat-Beauregard.JPG

 

La salle Ambroise-Croizat : première école dès 1818

En 1818, Julien Blin reconstruit l’ancien Hôtel-Dieu, vendu comme bien national en 1793, dont il ne reste que la Salle d'Armes. Il loge dans les nouveaux locaux l'instituteur et deux soeurs avant de le donner au Bureau de bienfaisance. Outre les logements, le bâtiment est aménagé en maison d’école. À la mort de l’instituteur, en 1832, le conseil municipal demande une école mutuelle qui permettrait de recevoir beaucoup plus d’enfants. 

Après le vote de la loi Guizot sur l’instruction publique (28 juin 1833), la commune de Pont-de-l’Arche, unie pour l’instruction aux communes voisines d’Igoville et des Damps, décide de réaménager le bâtiment, que le Bureau de bienfaisance accepte de céder à la commune, pour y accueillir tout à la fois les garçons et les filles. Les premiers élèves furent accueillis dans le logement du professeur avant les travaux de 1835 qui permirent l’ouverture de salles de classe adaptées à l’enseignement collectif, la création de deux cours derrière le bâtiment et un exhaussement de celui-ci pour loger les enseignants au-dessus des classes. Les garçons, dans l’actuelle salle Ambroise-Croizat, sont confiés à un instituteur (sans doute un Frère) et les filles, dans la salle devenue Beauregard, à deux sœurs de la Providence. Les enseignants sont logés à l’étage, alors mansardé. Ils bénéficient de la générosité de Mlle de Montalent qui offre une rente mensuelle de 1 800 francs pour subvenir à leurs besoins.

 

Vers 1860 : nouveau bâtiment pour l'école de filles 

Les locaux de la salle Ambroise-Croizat devinrent vite vétustes. En 1858, l’école de filles, qui accueillait 60 filles dans une salle de 6,25 m sur 5,5 m, était déclarée « insalubre ». Pour pallier ce problème, la mairie acquiert un logement plus grand à l’encoignure de la place Maréchal-Leclerc et de la rue du Petit Salut (au n° 9). La cour intérieure servit de cour de récréation et le parvis de l’église de champ d’exercice. Du coup, les garçons, enseignés maintenant par deux ou trois Frères de la Doctrine chrétienne, se retrouvèrent seuls dans l’ancien Hôtel-Dieu qui est réaménagé, en 1860, en particulier le premier étage, avec infirmerie, cuisine, réfectoire, parloir et oratoire.

 

Ecole de filles

 

Laïcisation de l'enseignement

Malgré un Conseil municipal plutôt conservateur, la laïcisation des écoles se fit très rapidement à Pont-de-l’Arche. En 1883, les Frères de l’école des garçons durent démissionner suite aux ordres de leur hiérarchie qui ne supportait pas les récentes réformes de Jules Ferry en matière de laïcisation des programmes scolaires. M. Grambert devint ainsi le premier instituteur laïc de la commune. L’école des filles se laïcisa en 1901 grâce à la nomination d’une nouvelle institutrice, Juliette Fortier. La même année 1901, une école religieuse est ouverte dans notre ville, l’école Saint-Charles, qui divisa par deux les effectifs de l’école publique.

 

Salles Ambroise-Croizat et Beauregard : description du bâtiment 

Érigé en 1818 par Julien Blin, et largement rénové à la fin du XIXe siècle, ce bâtiment est réalisé avec du matériau de pays, c’est-à-dire de petits moellons calcaires en remplissage. Quant au chainage, il est réalisé avec de la brique rouge locale car la production de ce matériau était devenue courante dans la région et les constructeurs avaient confiance en ce matériau pour réaliser la structure des bâtiments. C’est ainsi que les arêtes des murs et le haut des pignons sont réalisés en brique. Mais ce matériau a aussi servi de décoration comme on peut le voir aux jambages des fenêtres mais aussi aux bandeaux entre les étages. Quant au toit, il est composé de deux longs pans couverts de tuiles plates. Il porte les sirènes de la ville.

 Extension-Beauregard-1.JPG

L’arrière de la salle Beauregard présente aussi un intérêt architectural. En 1896, M. Revert, le nouveau directeur de l’école, demanda au conseil municipal de réaliser des aménagements afin d’agrandir les logements des enseignants. Ainsi Hubert Marie, architecte et agent voyer de la commune, proposa la création d’un escalier donnant sur la partie nord du bâtiment (sente de Beauregard). L’objectif était d’installer les logements des autres professeurs un peu plus loin que celui du directeur. Les travaux furent réalisés en 1897 comme en témoigne un millésime, situé du côté de la cour intérieure, qui cite Eugène Ferrand, maire de la ville.

 

Extension-Beauregard-2.JPG

Cet agrandissement témoigne d’un gout architectural prononcé. Le toit en pavillon, couvert d’ardoises, possède une très forte pente qui confère à ce bâtiment carré un aspect néogothique. Cette impression est renforcée par les meurtrières mais aussi l’accolade située au-dessus du linteau de la porte. Les linteaux situés au dessus des ouvertures imitent les nervures des décorations gothiques – sans la souplesse de leurs courbes – et intègrent des décors trilobés. L’angle des murs consiste en une chaine de refends réalisée en brique rouge. Quant au remplissage, il est composé au rez-de-chaussée d’une alternance de lignes de briques claires et de silex de pays. Le premier étage présente, quant à lui, un damier de ces mêmes matériaux. Quelques ancres viennent parachever ce riche appareillage de matériaux.

 

C’est en 1978 que le Conseil municipal présidé par Roger Leroux baptisa une salle du nom d’Ambroise Croizat (ministre communiste du travail de 1945 à 1947) et ce suite à la proposition de Gilbert Bonnetier, adjoint au maire et secrétaire de la section locale des mutilés du travail. Quant à la salle Beauregard, elle doit son nom à la proximité de la sente qui la jouxte.

Un escalier situé à droite de l’entrée de la salle Ambroise-Croizat permet de descendre vers la salle d’Armes qui était la cave de l’ancien Hôtel-Dieu.

Cette école servit uniquement de logements aux enseignants à partir de 1934 lorsque le groupe scolaire Maxime-Marchand fut ouvertDans l’après guerre, l’ancienne école de garçons accueillit aussi l’école ménagère agricole qui prodiguait une formation jusqu’au CAP. Puis elle servit de petite salle polyvalente.

 

Quant à l’ancienne école de filles, elle servit de logement aux institutrices avant d’accueillir la caserne de pompiers, après guerre, et d’être vendue à un particulier.

 

Sources

Registres de délibérations du Conseil municipal 

 

Armand Launay

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 15:14

Biographie de cet homme qui fut directeur du groupe scolaire de Pont-de-l'Arche, qui porte aujourd'hui son nom

Né le 16 février 1911 à Montaure et mort le 15 mars 1962 près d’Alger, Maxime Marchand est un humaniste, pédagogue et martyr du fascisme français.

 

Portrait Max Marchand

 

Lors du Conseil municipal du 10 mars 1987, Robert Redon proposa de donner le nom de cet homme au groupe scolaire de Pont-de-l'Arche, groupe dont il fut directeur, et ce afin de commémorer le 25e anniversaire de son assassinat. Cependant, la première marque d’attention à l’égard de Maxime Marchand revient à Marceau Lavallée, directeur d’école et conseiller municipal qui proposa au Conseil du 2 décembre 1964 de donner ce nom à la salle du 1er étage du préau. Une plaque fut posée.

Celui qui l’on appelle le plus souvent Max Marchand est né dans une famille modeste. Élève boursier du fait de son mérite, il devint instituteur en 1930. Malgré son service militaire en Algérie en 1931-1932, puis une mobilisation en tant que lieutenant en 1939 et un emprisonnement en Allemagne (1939-1945), Maxime Marchand gravit rapidement les échelons.

Il devint directeur d’école à Pont-de-l’Arche (1er octobre 1945-2 mai 1946), puis professeur à l’école normale de Rouen et inspecteur de l’école primaire (1948).

Il reçut sa mutation en Algérie française où, grâce à ses qualités relationnelles, il forma les instituteurs afin d’améliorer les pratiques pédagogiques. Il devint inspecteur de l’Académie de Bône, puis d’Alger (1961) avant d’assumer les fonctions de directeur des centres sociaux éducatifs d’Algérie (1962).

L’humanisme de Maxime Marchand se traduisit aussi par son militantisme : républicain, laïque, socialiste, franc-maçon et syndicaliste, il lutta contre les extrémistes et chercha à sauvegarder la paix. Il militait pour l’accès à la pleine citoyenneté des Français de souche algérienne afin qu’ils soient égaux aux métropolitains. Il dénonçait une « caricature de démocratie et de suffrage universel » où les Droits de l’Homme étaient bafoués.

Avec ses proches, il devint un symbole à abattre pour les ligues d’extrême droite. Bien qu’il reçût des menaces de mort et que sa maison fût dynamitée, le ministère tarda à lui accorder une mutation en métropole. Des activistes de l’Organisation de l’armée secrète (OAS) le fusillèrent lors d’une réunion avec ses collègues des Centres sociaux.

Ainsi, moururent avec lui le 15 mars 1962 : Mouloud Feraoun (chef du service des Centres sociaux d’Algérie), Robert Aymard, Marcel Basset, Ali Hamoutène, Salah Ould Aoudia  (inspecteur des Centres sociaux).

Comme beaucoup d’autres, ces hommes ont payé au prix de leur vie leur volonté de vivre fraternellement, quelles que soient les différences culturelles, vers le progrès.

Le nom de Maxime Marchand a été donné à divers établissements scolaires (Pont-de-l’Arche, Évreux, Louviers, Vernon, Le Loroux-Bottereau (44), Alger, Bône, Oran, Souk-Ahras, Theniet-el-Had…), rues (Montaure, Alger), salles (au ministère de l’Éducation nationale), diverses plaques commémoratives...

 

Source

Jouin Serge, Le Destin tragique de Maxime Marchand et l’Algérie, Saint-Nazaire : chez l'auteur, 1986, 138 pages.  

Plaque apposée sur la maison natale de Maxime Marchand au n° 5 de la rue Abbé-Toussaint, à Montaure.

Plaque apposée sur la maison natale de Maxime Marchand au n° 5 de la rue Abbé-Toussaint, à Montaure.

Armand Launay

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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 16:44

Après les lois Jules Ferry rendant la scolarité obligatoire et laïque, les religieux qui enseignaient à Pont-de-l’Arche ont quitté la ville et ce malgré la déception les élus locaux qui recrutèrent alors des enseignants laïcs.

Conscientes qu’elles avaient abandonné l’instruction religieuse des enfants de Pont-de-l’Arche, les autorités catholiques créèrent une école pour filles en 1901. Tenue par les sœurs de la Providence de Rouen, cette école se maintint jusqu’en 1971, avant de servir de dispensaire puis de salle paroissiale. Située au numéro 3 de la rue de Crosne, elle ne comprenait que deux salles de classe. Au numéro 1 se trouvait l’école maternelle (une salle) qui accueillit ensuite les logements des sœurs du dispensaire et, de nos jours, le diacre. Ces biens sont la propriété du diocèse d'Evreux. 

L’école Saint-Charles fut construite en brique entre 1900 et 1901. Bâti de plain-pied et sur un sous-sol, cet édifice rectangulaire est protégé par un toit à deux versants recouvert d’ardoises. Les deux salles de classes étaient accessibles chacune par des portes situées aux extrémités des longues façades. Les deux portes situées côté rue servaient d’entrée le matin. Les deux portes situées côté cour donnaient accès à la cour de recréation et son préau (aujourd’hui disparu).

 

Ecole Saint-Charles

L'école Saint-Charles, côté cour, en 2010.

 

On peut encore apprécier aujourd’hui la décoration soignée de ce bâtiment malgré un crépi en ciment assez récent (côté cour). Sous le toit, des modillons en brique blanche décorent la corniche. Les deux façades longues présentent chacune quatre fenêtres dont les linteaux sont agréablement constitués d’un entremêlement de briques rouges et blanches. Des chaines de refend font une légère saillie vers l’extérieur et quelques encres en acier ponctuent les façades. Des pierres de taille renforcent la décoration. Certaines sont situées aux extrémités des linteaux des fenêtres mais surtout aux linteaux des portes ainsi qu’aux ouvertures qui les couronnent. Ces ouvertures présentent des jambages en pierre qui évoquent les colonnes classiques. Quant aux frontons, ils forment un curieux mélange entre les chapiteaux classiques et les nervures gothiques en forme de pointe. Un relief trilobé renforce l’aspect gothique de la décoration ce qui n’est pas étonnant pour une propriété diocésaine. Le silex, enfin, est lui aussi présent mais uniquement sur le mur-bahut situé au-dessus de l’entrée de la cave (côté cour). 

 

Ecole-Saint-Charles-2.JPGEcole Saint-Charles, détail de la façade côté rue.  

Saint-Charles : ancienne école de filles à Pont-de-l'Arche (privée)

Armand Launay

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...