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22 février 2021 1 22 /02 /février /2021 19:54
Carte postale animée des années 1910 où les fillettes s'amusent sur la grand' route, chose inimaginable quelques décennies après.

Carte postale animée des années 1910 où les fillettes s'amusent sur la grand' route, chose inimaginable quelques décennies après.

 

Un carrefour ? 

Riantes ruelles des beaux jours, morne plaine des cieux gris, Quatremare est une charmante commune du plateau du Neubourg, près de Louviers, au-dessus du vallon d’Acquigny. Ses maisons s’étendent selon un axe nord-est sud-ouest, entre, d’un côté, Elbeuf et Pont-de-l’Arche, et de l’autre côté, la vallée de l’Iton vers Évreux. Quatremare était un carrefour. C’est aujourd’hui bien plutôt un village coupé en deux par la création de la rectiligne voie entre Louviers et Le Neubourg et son flot de véhicules. Les cartes anciennes montrent que la voie venant du Neubourg, moins droite, arrivait par Le Londel puis bifurquait, d’une part, vers Louviers en longeant le sud du village, d’autre part, vers Pont-de-l’Arche, voie autour de laquelle se regroupent beaucoup de maisons quatremaroises. Le cœur de Quatremare, avec son église Saint-Hilaire, était un réel carrefour.

 

 

Un paysage autrefois plus varié ? 

Quatremare n’est pas qu’un seul village et son église. Cette commune regroupe des fermes-hameaux telles que Le Hazé, Le Coudray (lieu planté de noisetiers, à moins que ce soit le nom d’un propriétaire qui ait servi à dénommer le lieu), Le Londel (semblant indiquer une londe, une forêt en normand médiéval) et Damneville, ancienne commune rattachée en 1844. On trouve en ce lieu une émouvante église désaffectée. Elle était placée sous le vocable de Saint-Amand et sert aujourd’hui de silo à grain, sans clocher, à la ferme locale. 

Si le paysage quatremarois est largement dévolu aux champs ouverts, il n’en a pas toujours été ainsi dans toute la commune, comme le démontrent deux informations rapportées par MM. Charpillon et Caresme dans Le Dictionnaire historique de toutes les communes de l’Eure. Quatremare comptait 18 000 arbres à cidre, pratique qui a repris ces dernières décennies au Mesnil-Jourdain, et une briquèterie, comme le permet le filon d’argiles résiduelles à silex grâce au ravin de Damneville, véritable entaille dans le limon de plateau, et début du vallon d’Acquigny. Ce ravin démontre que les eaux du plateaux résurgeaient ici, offrant assurément l’eau nécessaire au développement de communautés humaines. Un reste de bois près du Coudray semble indiquer aussi la présence de bois épars et nécessaires à l’équipement et au fonctionnement de chacune des fermes et des manoirs. Enfin, le nord de la commune semble avoir été plus largement réservé à la culture céréalière, comme en témoigne l’ancien moulin, sans vestiges, situé sur un des points culminants du plateau, à 156 mètres, vers Surtauville.  

 

Sur cette capture d'écran du site Géoportail, on voit que vers 1840 où cette carte d'état major fut dressée les vergers étaient plus nombreux à Quatremare.

Sur cette capture d'écran du site Géoportail, on voit que vers 1840 où cette carte d'état major fut dressée les vergers étaient plus nombreux à Quatremare.

 

Des vestiges gallo-romains

Fait rare, Quatremare a bénéficié de fouilles archéologiques qui ont, de plus, donné du matériau. Vincent Dartois est l’auteur d’un article consultable en ligne et intitulé “Quatremare – Les Forières du Sud, chemin du Moulin, opération préventive de diagnostic (2015)”. Il s’agit d’un espace au sud de la route de Louviers, au nord du ravin de Damneville. Un fanum, petit temple rural, y a été identifié “sans doute visible depuis les deux voies qui traversaient le paysage environnant, celle reliant Évreux et Caudebec-lès-Elbeuf et celle reliant Le Neubourg au Val-de-Reuil”. Selon l’auteur, ce carrefour a aidé à fixer un petit vicus, un village, c’est-à-dire un habitat plus dense qu’ailleurs. Si une occupation gauloise est probable, avec notamment la découverte de potins, monnaies en usage au nord de la Gaule, c’est la période gallo-romaine du IIe, voire du IIIe siècle, qui fournit surtout des preuves d’occupation avec une série de “pièces romaines d’argent et de bronze”, de la céramique et des “objets au lieu-dit “Les Terres noires” à proximité de la voie principale.” Vincent Dartois a retrouvé trace de bâtiments liés “à la vie quotidienne et sans doute à des activités particulières comme la métallurgie du fer. Le four, les fosses et les trous de poteaux ne constituent qu’une part de (...) l’occupation du site.” On peut donc aisément imaginer des constructions à pans de bois entourées de haies et de fossés. Le site a-t-il toujours été occupé durant le haut Moyen Âge ? Nous l’ignorons, seul le nom du lieu fournit, éventuellement, un indice. 

 

Capture d'écran d'un plan de l'article de Vincent Dartois. Pour une compréhension pleine et entière, merci de cliquer sur l'hyperlien dans mon texte afin de consulter l'article de l'auteur.

Capture d'écran d'un plan de l'article de Vincent Dartois. Pour une compréhension pleine et entière, merci de cliquer sur l'hyperlien dans mon texte afin de consulter l'article de l'auteur.

 

Un fief notable ? 

En effet, Quatremare apparait sous la forme de “Guitric mara”, d’après Les Mémoires et notes d’Auguste Le Prévost, dans une charte de 1011 par laquelle Raoul, comte d’Ivry, donna des droits aux moines de l’abbaye Saint-Ouen de Rouen. Guitric mara semble être devenu “Quatremare” et l’on comprend que le nom de la paroisse n’est pas le résultat d’un nombre de mares, pourtant nombreuses il est vrai, mais le nom du fief d’un personnage au nom germanique Widric. Qui était ce personnage ? Nous l’ignorons mais il semble indiquer une présence avant la colonisation scandinave qui a donné tant de noms norrois aux villages du plateau. Il est même possible que la mention “mare” permettait de distinguer cette propriété de Widric par d’autres possessions de ce noble. 

En effet, de nos jours Quatremare et ses communes voisines sont comparables que ce soit par leurs populations, réduites par la mécanisation de l'agriculture et l’exode rural, et par leurs petites mairies qui rassemblent hameaux et habitants autour de chefs-lieux de communes depuis que les républicains ont réorganisé rationnellement la France. Mais cette apparence semble trompeuse ici car la paroisse de Quatremare était plus importante que ses voisines avant 1789. 

Identifié dès 1011 donc, le fief de Quatremare était uni à celui de Routot. Selon MM. Charpillon et Caresme, en 1225, Louis XIII fit don à Jean de la Porte du village de Quatremare avec terres labourables, manoir, forêt, jardin et justice avec le fief. C’était donc une baronnie, c’est-à-dire ‒ dans le droit un peu tordu d’Ancien Régime ‒ un fief militaire et juridique dépendant du roi qui constituait une première subdivision d’un duché ou d’un comté (un canton, pour parler très improprement). En 1258, on apprend la présence de “la vigne du Gode” dans “la vallée Davin”, soit Damneville et Adam du Bosc était curé de la paroisse Saint-Hilaire. Entre héritages et contestations d’héritages, puis les troubles de la guerre de Cent-ans, le fief de Quatremare appartint aux familles d’Alençon, puis d’Harcourt et, à la fin du XVe siècle aux ducs de Lorraine-Elbeuf et ce jusqu’en 1789. Il exista un manoir seigneurial, avec une chapelle dédiée à Saint-Louis qui fut transférée dans l’église en 1512. En 1562, le château de Quatremare fut brulé et les Quatremarois massacrés par des protestants en armes. Nous ignorons où était ce château. On peut émettre l’hypothèse d’une proximité avec l’église, près de la mare centrale actuelle qui constitue un espace libre au centre du village, non loin du carrefour cardinal. Jusqu’à la Révolution, le fief quatremarois était le siège d’une haute justice, avec avocats et tabellions (percepteurs de la taille, un impôt). Cette justice dépendait du duché d’Elbeuf. Quatremare, par sa localisation assez centrale sur le plateau, avait donc une importance administrative qu’elle a depuis perdue, voire oubliée. 

 

 

Résistants et martyrs : les Hazard

Enfin, nous ne pouvons traiter de Quatremare sans en rappeler ses héros et martyrs de la Seconde guerre mondiale : Jean et Raymond Hazard. L’école porte leur nom en hommage à ce père et son fils, résistants du groupe “Action M” qui ont été déportés en avril 1944. Jean Hazard, le fils, naquit à Quatremare en 1912. Il fut instituteur public et militant radical-socialiste à Pont-de-l’Arche. Il mourut en déportation en 1944 à Flossenburg. Une plaque ravive sa mémoire au cimetière de Pont-de-l’Arche. Son père, Raymond Hazard, décéda en 1953. Nous leur avons consacré une recherche : Les méconnus déportés de Pont-de-l’Arche…, à lire sur notre blog.  

 

Jean Hazard d'après une photographie disponible en ligne parmi les documents commémorant les martyrs de la Seconde guerre mondiale. Avec son fils Raymond, il fait l'honneur de Quatremare en tant que résistant français, radical-socialiste, à la barbarie nazie.

Jean Hazard d'après une photographie disponible en ligne parmi les documents commémorant les martyrs de la Seconde guerre mondiale. Avec son fils Raymond, il fait l'honneur de Quatremare en tant que résistant français, radical-socialiste, à la barbarie nazie.

 

L’église Saint-Hilaire

Dans le village, Saint-Hilaire est sertie dans son enclos et quelques arbres qui créent une image pittoresque. Cette église rurale présente des éléments remontant au premier quart du XIIIe siècle. Elle s’inscrit parfaitement dans le type d’églises rurales du pays avec un toit à deux pans et un clocher en flèche de charpente couronnant la ligne de toit. Une touche gothique a été ajoutée par les baies du transept, plus vastes que les autres. Cependant, ce transept saillant rompt l’harmonie de la nef avec le chœur. Les murs gouttereaux de la nef et la chapelle nord sont datés du XVIe siècle, nous apprend la généreuse fiche du site patrimoine-religieux.fr. 

L’intérieur est harmonieux, avec des voutes et des colonnes rappelant presque le style cistercien. La clarté y pénètre par les vitraux et jette le jour sur un riche mobilier. Parmi quelques dizaines de meubles et statues répertoriés par la conservation régionale des Monuments historiques, service du Ministère de la culture, seulement cinq sont classés ou inscrits, c’est-à-dire protégés. Un magnifique lutrin en bois sculpté en forme d’aigle, celui de l’apôtre Saint-Jean, et datant de la seconde moitié du XVIIIe siècle a été classé au titre d’objet le 22 juillet 1932. Plus ancienne, une cuve baptismale octogonale sur pied, taillée dans la pierre et datant du XIVe siècle, a été classée au titre d’objet le 22 juillet 1938. Parmi les éléments inscrits sur l’inventaire supplémentaire (et pourquoi pas complémentaire ?), la scène de l’exorcisme de Saint-Mathurin sur Théodora, jeune fille possédée. Il s’agit de plusieurs blocs calcaires sculptés, peints, badigeonnés et dorés au XVIe siècle. Ils ont été inscrits le 22 juin 1992. De plus, une représentation de Saint-Hilaire, semble-t-il, se trouve en la présence d’une sculpture sur pierre calcaire peinte et dorée, datant de la toute fin du XVe siècle ou du début du XVIe siècle. Elle fut inscrite le 23 avril 1991, en même temps que l’autel latéral sud, du milieu du XVIIIe siècle. 

 

Photographie de Gabriel Bretocq (1873-1961) disponible sur la base POP du Ministère de la culture et montrant le côté sud de l'église Saint-HIlaire de Quatremare. Les autres vues sont issues des Archives départementales de l'Eure (version numérique).
Photographie de Gabriel Bretocq (1873-1961) disponible sur la base POP du Ministère de la culture et montrant le côté sud de l'église Saint-HIlaire de Quatremare. Les autres vues sont issues des Archives départementales de l'Eure (version numérique). Photographie de Gabriel Bretocq (1873-1961) disponible sur la base POP du Ministère de la culture et montrant le côté sud de l'église Saint-HIlaire de Quatremare. Les autres vues sont issues des Archives départementales de l'Eure (version numérique).

Photographie de Gabriel Bretocq (1873-1961) disponible sur la base POP du Ministère de la culture et montrant le côté sud de l'église Saint-HIlaire de Quatremare. Les autres vues sont issues des Archives départementales de l'Eure (version numérique).

 

Patrimoine divers

La commune est riche, cela ne fait aucun doute. Elle compte dans ses hameaux le manoir de Damneville, daté du XVIIIe siècle, avec colombier, grange, étable à vaches, pressoir à cidre et four à pain. Le Londel a aussi son manoir portant le millésime de 1816. Il comprend grange, étable à vaches, four à pain, cellier, remise et colombier. Le Coudray a aussi son manoir. Le pavillon nord du logis est estimé du troisième quart du XVIe siècle. Le reste du corps de bâtiment a été reconstruit dans le troisième quart du XVIIIe siècle comme le prouve la date “1762” gravée sur le pavillon sud. 

 

Allez, préparez votre sortie et allez manger à midi au restaurant-épicerie bien nommé “Le Quatremare” !

 

 

Armand Launay

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19 janvier 2021 2 19 /01 /janvier /2021 11:34
Extrait de la carte topographique de l'IGN disponible sur le site Géoportail.

Extrait de la carte topographique de l'IGN disponible sur le site Géoportail.

 

A Jocelyne et Christian Mansuy

 

Surville c’est aussi Le Parc et La Vacherie : trois villages sur le rebord du plateau du Neubourg, au-dessus de Louviers. C’est ce que montre l’observation de la carte IGN où La Neuville, hameau de La Haye-le-comte, montre un chemin d’antan descendant par les bois vers Louviers. Quant à Surville, chef-lieu de commune, il constitue un village-rue sur l’ancienne et plus fréquentée voie reliant Vraiville à Acquigny. Surville est situé à la naissance du vallon de Trifondouille et son nom aussi loufoque qu’énigmatique à nos yeux. C’est sûrement en ce lieu, près de l’église et de la mare que l’eau émergeait offrant ainsi un lieu plus accueillant aux quelques familles paysannes installées ici. À ce propos, le château d’eau situé à côté de l’église de nos jours rappelle la richesse en eau de ce bord de plateau.  

 

Carte postale illustrée des années 1910.

Carte postale illustrée des années 1910.

Surville a surtout vécu de la plaine, bien que quelques vergers dussent encore exister, assez nombreux, avant le remembrement des terres et la mécanisation de leur exploitation. C’est ce dont témoignent les toponymes : Le fond de la pommeraie vers Le Mesnil-Jourdain et les six poiriers. Quelques éléments naturels ponctuaient aussi un paysage plus riche qu’aujourd’hui : L’Ormet, le petit champ près d’un orme, à Écrosville les longues raies (les haies en normand), la sente du Coudray (une noiseraie), le buisson Collet… Surville, c’est aussi la “vieille forge”, vers Louviers, avant le bois. Il faut donc surtout imaginer les Survillais aux champs. D’ailleurs MM. Charpillon et Caresme nous apprennent que ses habitants étaient soumis au ban du moulin du Mesnil-Jourdain. 

"Surville, vues sur l'intérieur du pays" comme on eût écrit sur ce type de cartes postales illustrées des années 1910."Surville, vues sur l'intérieur du pays" comme on eût écrit sur ce type de cartes postales illustrées des années 1910.
"Surville, vues sur l'intérieur du pays" comme on eût écrit sur ce type de cartes postales illustrées des années 1910."Surville, vues sur l'intérieur du pays" comme on eût écrit sur ce type de cartes postales illustrées des années 1910.

"Surville, vues sur l'intérieur du pays" comme on eût écrit sur ce type de cartes postales illustrées des années 1910.

 

Ces mêmes auteurs, dans leur Dictionnaire historique de toutes les communes de l’Eure, montrent que Surville dépendait de la baronnie de Quatremare. Celle-ci, sorte de canton d’Ancien Régime qui regroupait des paroisses, appartint aux Harcourt puis aux ducs d’Elbeuf. Ces seigneurs possédaient des droits sur la paroisse comme nommer le curé. Cela explique sûrement pourquoi de nombreux ecclésiastiques provinrent de Surville. Depuis le XIIIe siècle, où le nom de la paroisse apparait dans les archives, existent plusieurs fiefs : le fief de Bœufs ou de Marbeuf, Le Parc et La Vacherie. Quant au sens du nom de Surville, Ernest Nègre a noté d’anciennes formes : Saarvilla en 1216, Souarville en 1220, Soarvilla en 1221, Soarville en 1455. Il semble que ce soit le nom d’un seigneur, ville désignant un domaine rural et non un village comme nous l’entendons de nos jours. 

 

Revenons aux fiefs. Il reste de ces propriétés d’Ancien Régime du beau patrimoine. Ainsi, près de la mare, une ferme des XVIe et XVIIe siècles a été classée Monument historique, plus précisément ses façades et toitures du bâtiment d'habitation, le 30 juillet 1951. Elle accueille aujourd’hui un bel hôtel avec restaurant et spa. 

Non loin, existe le “manoir d'Annebont”. Son logis fut construit au XVIIIe siècle. Sa façade principale porte des armoiries sculptées : "d'or à trois marteaux de gueule qui est Martel, et d'argent à trois bandes de gueules, non identifié", nous apprend le site de la commune. Près de la mare, toujours, un manoir portant le millésime de 1702 existe toujours qui est recensé, mais non protégé, par le Ministère de la culture. Enfin, citons, sans prétendre à l’exhaustivité, le manoir du hameau du Parc. 

 

L'intérieur de l'église Saint-Christophe sur une carte postale illustrée des années 1910 (Archives de l'Eure en ligne - 8 Fi 624).

L'intérieur de l'église Saint-Christophe sur une carte postale illustrée des années 1910 (Archives de l'Eure en ligne - 8 Fi 624).

 

Comme bien souvent, le plus riche élément de patrimoine communal est l’église. En effet, la silhouette de Saint-Christophe est discrète, exceptée sa flèche de charpente élancée. Selon Marcel Baudot, ancien archiviste du département de l’Eure, certaines parties dateraient du XIIe siècle, fin de la période romane. Après quelques remaniements, dont il demeure une lancette du XIIIe siècle, la partie est de la nef fut reconstruite au milieu du XVIe siècle. L’édifice a la beauté des modestes églises rurales : ses murs latéraux sont bas et couverts de toits à longs pans que couronne la flèche de charpente élégamment couverte d’ardoises. Celle-ci est supportée par des contreforts qui adjoignent leurs forces aux murs. Quelques baies cintrées percent la nef et, surtout, le transept, lui apportant un peu plus de lumière là où le sanctuaire le requiert. On entre dans l’église par un porche puis, dans la nef, l’on évolue sous un berceau lambrissé et quelques entraits, ces vastes poutres qui relient les murs latéraux. 

Le mobilier de Saint-Christophe est riche ! Nous ne faisons que citer les éléments classés aux Monuments historiques au titre d’objets le 24 mars 1977 : 

- le maître-autel et son tableau peint figurant la Résurrection du Christ, la statue de saint Christophe et celle de saint Jacques, dit le Majeur. Le tableau d'autel est une copie réalisée d'après Charles Van Loo et date du 3e quart du XVIIIe siècle ; 

- une verrière du XIXe siècle signée de l’atelier Duhamel-Marette ;

- une statue en bois polychrome du XVIe siècle ou du début du XVIIe siècle figurant sainte Véronique ;

- un groupe sculpté dans du calcaire taillé et peint du XVIe siècle et figurant la Vierge de pitié ;

- une statue en bois taillé, peint et doré du XVIe siècle et figurant saint Nicolas ; 

- deux statuettes de bâtons de procession en bois du XIXe siècle figurant la Vierge à l'Enfant Jésus et saint Christophe ;

- une statue de poutre de gloire en bois taillé et peint du XVIIe siècle et figurant le Christ en croix ; 

- une statue en pierre taillée et peinte du XVIe siècle figurant sainte Julitte plongée à mi-corps dans une marmite au-dessus de flammes. Cet élément, contrairement aux autres, fut classé le 29 avril 1976. 

 

Vue sur l'église Saint-Christophe disponible sur le site municipal www.surville27400.fr

Vue sur l'église Saint-Christophe disponible sur le site municipal www.surville27400.fr

La Croix-blanche d'après un dessin de Léon Coutil.

La Croix-blanche d'après un dessin de Léon Coutil.

 

Enfin, signalons le “dolmen de la Croix blanche”, sur la route du Neubourg. Il s’agit d’un autel composé de trois pierres et qui sert de croix de chemin. Ces trois pierres évoquent la forme d’un dolmen mais il s’agit, tout simplement, d’un banc portant une croix. Beaucoup de personnes, à la suite de l’érudit local Léon Coutil, ont vu ou souhaité voir dans ce type de constructions chrétiennes d’anciens mégalithes qui auraient été christianisés. C’est ce que l’on peut observer aussi à la croix d’Ymare appelée depuis “la tombe du druide” et même autour de l’autel de Saint-Mauxe à Acquigny. 

Enfin, Surville, après avoir subi l’exode rural, se peuple. Ainsi la population croit. Elle est passée de 320 habitants en 1946 à 904 en 2017. À croire que la commune est devenue l’un des plus beaux quartiers de Louviers ! 

Armand Launay

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9 avril 2020 4 09 /04 /avril /2020 15:40
Sur la tombe familiale se trouve une plaque commémorative rappelant le décès en déportation de Jean Hazard. Elle se situe au cimetière de Pont-de-l'Arche, près de la croix hosannière, c'est-à-dire au centre (cliché Armand Launay, novembre 2017).

Sur la tombe familiale se trouve une plaque commémorative rappelant le décès en déportation de Jean Hazard. Elle se situe au cimetière de Pont-de-l'Arche, près de la croix hosannière, c'est-à-dire au centre (cliché Armand Launay, novembre 2017).

 

Endolories sûrement, certaines âmes cheminant dans le gravier du cimetière de Pont-de-l’Arche ont remarqué une tombe, sombre et sobre, au centre. Sur le monument funéraire de la famille Hazard-Bohu, elle dispute à l’oubli le nom de “Jean Hazard ‒ Né le 16 juin 1912”. Ce qu’elle a de notable, pour ceux qui n’ont pas connu cet homme, est la suite de l’inscription : Déporté à Flossenburg ‒ Mort pour la France ‒ Le 18 novembre 1944”. La barbarie nazie aura fait disparaitre son corps, mais pas son souvenir.

Une recherche sur Internet permet de retrouver sur Légifrance l’information suivante : Hazard (Jean, Albert, Ernest), né le 16 juin 1912 à Quatremare (Eure), décédé le 18 novembre 1944 à Flossenburg (Allemagne). C’est un extrait du Journal officiel n° 142 du 21 juin 1994 (page 8918) qui comporte l’arrêté du 6 mai 1994 portant apposition de la mention “Mort en déportation” sur les actes de décès de nombreux déportés. 

Sur l’acte de naissance de Jean Hazard, accessible sur le site des Archives départementales de l’Eure, figure André Hazard, son oncle, fruitier, demeurant à Pont-de-l’Arche et Henri Guérin, instituteur public, domicilié à Vernon, ami du père de Jean. On y apprend que Albert Maurice Raymond Hazard, père de Jean, s’est marié à Pont-de-l’Arche le 12 octobre 1907 avec Émilienne Louise Bohu. Albert Maurice Raymond Hazard est décrit comme instituteur public, né à Pont-de-l’Arche le 8 décembre 1884, “demeurant de fait à Quatremare et de droit à Pont-de-l’Arche”. On connait aussi un certain Louis Guérin, instituteur public socialiste à Pont-de-l’Arche et sûrement en lien avec les deux instituteurs cités ci-dessus. 

Sur le site de la Fondation pour la mémoire de la déportation se trouve la liste des 1700 déportés partis de Compiègne le 27 avril 1944 et arrivés trois jours plus tard à Auschwitz. On y apprend que leur funèbre convoi a été dénommé “convoi des tatoués”. Il comprit des personnes non juives et la raison de son existence continue d’interroger les spécialistes. Les prisons étaient-elles saturées et nécessitaient-elles donc de faire de la place ? Ces déportés étaient-ils des travailleurs ? L’énigme demeure. Nous apprenons que les Hazard ont ensuite été déportés à Buchenwald. Jean a ensuite été transféré à Flossenbürg, camp bavarois frontalier de la Tchéquie connu pour son activité métallurgique et ses carrières. Jean Hazard n’a pas survécu à sa déportation, comme 52 % des déportés du convoi des tatoués. Son père est revenu en Normandie. Il est décédé à Caudebec-lès-Elbeuf le 14 février 1953 comme l’indique la mention marginale de son acte de naissance. Mais c'est à Pont-de-l'Arche qu'il a été inhumé.

Grâce aux recherches de notre ami Nicolas Sovereto, notamment sur Filae, nous apprenons que Raymond Hazard fut fait chevalier de la Légion d'honneur par décret du 9 novembre 1930 ceci au regard de ses services militaires durant la Première guerre mondiale. Il fut blessé à la fesse droite par un éclat d'obus le 11 octobre 1915.

Le site MyHeritage nous apprend que Jean Hazard était instituteur, athée et militant républicain radical de gauche. Ceci n'est pas étonnant car de très nombreux enseignants, appelés hussards de la République, défendaient ce genre d'opinions. C'est sûrement à ce titre qu'il rejoignit un réseau de résistance et se retrouva, comme nous en informe le site cité, à la prison de Rouen.

Les archives en ligne du site Arolsen, dévolues aux victimes des camps nazis, produisent des copies de différents documents établis par les autorités nationales-socialistes sur Jean et Raymond Hazard ; documents que nous reproduisons ci-dessous avec l'aimable concours de Nicolas Sovereto.

Enfin le site Mémoire des hommes nous apprend que Jean Hazard était membre d'un réseau de résistance appelé "Action M". Il correspond, selon la fiche Wikipédia, à la région du Mans et une partie de la Normandie. Dirigé par Valentin Abeille, il participa aux préparatifs du Débarquement de Normandie et paya un lourd tribut à l'ennemi.

 

 

 

Malgré cette apparence de détails, nous ignorons énormément de faits. Nous sommes preneurs de toute information les concernant, notamment photographique.

 

Différents documents établis par les autorités nazies sur Jean et Raymond Hazard en tant que prisonniers politiques puis déportés vers les camps de concentration (The Arolsen archive online).
Différents documents établis par les autorités nazies sur Jean et Raymond Hazard en tant que prisonniers politiques puis déportés vers les camps de concentration (The Arolsen archive online).
Différents documents établis par les autorités nazies sur Jean et Raymond Hazard en tant que prisonniers politiques puis déportés vers les camps de concentration (The Arolsen archive online).
Différents documents établis par les autorités nazies sur Jean et Raymond Hazard en tant que prisonniers politiques puis déportés vers les camps de concentration (The Arolsen archive online).
Différents documents établis par les autorités nazies sur Jean et Raymond Hazard en tant que prisonniers politiques puis déportés vers les camps de concentration (The Arolsen archive online).
Différents documents établis par les autorités nazies sur Jean et Raymond Hazard en tant que prisonniers politiques puis déportés vers les camps de concentration (The Arolsen archive online).
Différents documents établis par les autorités nazies sur Jean et Raymond Hazard en tant que prisonniers politiques puis déportés vers les camps de concentration (The Arolsen archive online).
Différents documents établis par les autorités nazies sur Jean et Raymond Hazard en tant que prisonniers politiques puis déportés vers les camps de concentration (The Arolsen archive online).
Différents documents établis par les autorités nazies sur Jean et Raymond Hazard en tant que prisonniers politiques puis déportés vers les camps de concentration (The Arolsen archive online).

Différents documents établis par les autorités nazies sur Jean et Raymond Hazard en tant que prisonniers politiques puis déportés vers les camps de concentration (The Arolsen archive online).

Autres vues sur le monument funéraire de la famille Hazard-Bohu (clichés Frédéric Ménissier, mai 2020).
Autres vues sur le monument funéraire de la famille Hazard-Bohu (clichés Frédéric Ménissier, mai 2020).

Autres vues sur le monument funéraire de la famille Hazard-Bohu (clichés Frédéric Ménissier, mai 2020).

Armand Launay

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  • : Pont de l'Arche histoire, patrimoine et tourisme
  • : Bienvenue sur ce blog perso consacré à Pont-de-l'Arche et sa région (Normandie, Eure). Contactez-moi afin d'étudier ensemble, plus avant, l'histoire et donc de progresser vers la connaissance. Bonne lecture ! armand.launay@gmail.com
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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au cœur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

- Mieux connaitre Pont-de-l'Arche à travers 150 noms de rues et de lieux ! (Autoédité, 2019, 64 pages). 

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte.

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