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15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 15:33
Vue bucolique sur une partie de l'EHPAD depuis la courtine du bailliage (cliché Armand Launay, 2008).

Vue bucolique sur une partie de l'EHPAD depuis la courtine du bailliage (cliché Armand Launay, 2008).

 

Le patrimoine ancien de l’hôpital de Pont-de-l'Arche, actuellement appelé Établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), comprend la tour dite de l’hospice, deux restes d’édifices de l’ancien hospice dont l’un comprend la chapelle Saint-Luc. Bel ensemble donc qui reste plutôt ignoré du public.  

 

Faites le point sur l’historique de l'hôpital... de l'hôtel-Dieu à l’EHPAD


La tour de l’hospice a longtemps été oubliée, ou presque, derrière une maison et sous des broussailles poussant entre deux propriétés : celle de l’hôpital et celle d’un particulier. C’est un vestige d’une des tours de flanquement des fortifications du Pont-de-l’Arche médiéval. Hémicylindrique (demi cylindre), elle possède encore une petite partie de son deuxième niveau. Le premier niveau semble avoir été comblé avec du moellon. Elle semble dater, comme le gros des remparts de la ville, des travaux lancés par Philippe Auguste, au début du XIIIe siècle donc. La base de cette tour est masquée par le comblement du fossé qui séparait la ville fortifiée de la terrasse alluviale du Pont-de-l’Arche des faubourgs et des nouveaux quartiers.

Ce monument est inscrit sur l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques depuis le 15 juin 1939. Les travaux de restructuration de l’EHPAD mettront en valeur le mauvais état de la tour car ce monument se trouvera au bord du parking et parmi un cadre à la fois vert et patrimonial qui compte parmi les critères d’un service de qualité rendu aux résidents. Des subventions sont pourtant à demander au ministère de la culture pour envisager sa restauration.

La tour de l'hospice sera désormais visible dans le cadre du réaménagement de l'EHPAD. Le public pourra voir son mauvais état, côté EHPAD, et ses réparations improvisées, côté privé (cliché Armand Launay, 2012).

La tour de l'hospice sera désormais visible dans le cadre du réaménagement de l'EHPAD. Le public pourra voir son mauvais état, côté EHPAD, et ses réparations improvisées, côté privé (cliché Armand Launay, 2012).

Les édifices nord

Autour de l’ancienne entrée, par la rue Julien-Blin, se trouvent deux édifices de la seconde moitié du XVIIe siècle, semble-t-il. En partie conservés, ils témoignent de ce que fut le couvent des pénitents mais ne font l’objet d’aucun classement par les services des Monuments historiques.

Ces édifices comprennent deux niveaux sur cave et sont couverts d’un toit à deux versants portant des ardoises. Au n° 13 de la rue Julien-Blin, l’édifice nord ouest de l’hôpital a été rasé à 60 % vers 1995. Il présente deux baies côte à côte à chaque niveau des deux murs pignons. Le mur gouttereau (façade) le plus visible présente quatre baies à chaque niveau. Le rez-de-cour offre une décoration en haut relief de voutes en plein cintre qui encadrent les baies et créent une fausse galerie avec deux bandeaux courant le long des murs. Ceci crée une série de faux chapiteaux qui sépareraient des colonnades et des voutes. Ce type de décor se trouvait dans l’édifice Est, en vis-à-vis. De là à imaginer un air de cloitre et son jardin disparu…

Quant au gros œuvre, il doit être composite : pierre de taille, brique, moellon, silex. Il tranche, quoiqu'il en soit, avec le pan de bois qui constitue tous les édifices de cette partie de la ville, ce qui semble appuyer la thèse que les locaux du couvent ont été bâtis par les moines en lieu et place d'anciennes demeures. Les édifices nord sont couverts de plâtre légèrement travaillé de manière à souligner les encadrements des ouvertures et les bandeaux entre les niveaux. L’édifice nord ouest est plus finement décoré avec des sculptures imitant des pierres de taille aux encadrements des fenêtres et en guise de clés des voutes du premier niveau. L’intérieur de ces édifices ne présente aucun intérêt patrimonial à cause des aménagements récents (faux plafonds…). Les caves doivent présenter un intérêt mais nous n’avons pas pu les visiter. La partie intérieure qui présente un intérêt est celle de la chapelle Saint-Luc.    

 
L'édifice nord ouest, XVIIe siècle, avant sa démolition partielle (cliché EHPAD, vers 1993). Puis, le même édifice vu depuis l'EHPAD (cliché Armand Launay, 2014).L'édifice nord ouest, XVIIe siècle, avant sa démolition partielle (cliché EHPAD, vers 1993). Puis, le même édifice vu depuis l'EHPAD (cliché Armand Launay, 2014).

L'édifice nord ouest, XVIIe siècle, avant sa démolition partielle (cliché EHPAD, vers 1993). Puis, le même édifice vu depuis l'EHPAD (cliché Armand Launay, 2014).

La chapelle Saint-Luc et l'édifice nord Est, XVIIe siècle, qui fut entièrement démoli (cliché EHPAD, vers 1993). La chapelle Saint-Luc vu depuis la cour de l'EHPAD avec l'extrémité de l'extension de 1995 (cliché Armand Launay, 2015).La chapelle Saint-Luc et l'édifice nord Est, XVIIe siècle, qui fut entièrement démoli (cliché EHPAD, vers 1993). La chapelle Saint-Luc vu depuis la cour de l'EHPAD avec l'extrémité de l'extension de 1995 (cliché Armand Launay, 2015).

La chapelle Saint-Luc et l'édifice nord Est, XVIIe siècle, qui fut entièrement démoli (cliché EHPAD, vers 1993). La chapelle Saint-Luc vu depuis la cour de l'EHPAD avec l'extrémité de l'extension de 1995 (cliché Armand Launay, 2015).

La chapelle Saint-Luc

Discrète mais pourtant bien présente, se trouve la chapelle Saint-Luc au numéro 11 de la rue Julien-Blin. C’est le seul bâtiment de l’édifice nord-Est épargné par les travaux de 1995. Les ¾ de cet édifice ont alors été rasés. Quant au saint patron, il semble s’agir de saint Luc l’évangéliste puisque ce médecin, auteur du troisième évangile, est considéré par les chrétiens comme saint patron des médecins et des services de santé mais aussi des peintres. Il est célébré le 18 octobre.

La chapelle date vraisemblablement des années 1670. C'est Paul Goujon qui nous donne des indices en ce sens. L'auteur, qui a compulsé les archives départementales, nous apprend qu'en 1664 les pénitents achetèrent de Jehan Le Boulanger, conseiller et ancien avocat du roi, une maison avec cour et jardin et ce pour y construire une église. Il est probable que ce terrain ait permis de construire l’actuelle chapelle les années qui ont suivi. Comme les autres édifices nord de l'hôpital, la structure de la chapelle n'est pas composée de pans de bois, ce qui la distingue du reste du quartier du bailliage. Il semble donc qu'ils aient rasé la demeure nouvèlement acquise afin de construire une église dans un espace réduit, reprénant les dimensions d'une maison d'habitation avec un volume suffisant à l'accueil de fidèles que les pénitents voulaient nombreux. L'accueil du public obligea les pénitents à construire l'église le long de la rue qui n'était pas nécessairement le plus vaste emplacement.

Un autre indice, livré par Paul Goujon, nous intéresse. Les pénitents étaient en procès en 1741 avec Pierre et Nicolas Lebret, charpentiers de La Neuville-Chant-d'Oisel qui avaient rénové l’église des pénitents. Ces travaux semblent confirmer que l’église avait vieilli et, par conséquent, qu’elle devait dater des premières années suivant l’acquisition du terrain en 1664.

L'expulsion des pénitents en 1791 sonna la fin du culte qui ne reprit que quand cette ancienne église devint une chapelle de l'hôpital créé par la municipalité après et grâce aux dons de Julien Blin (1826).

 

Depuis l’extérieur, la chapelle est reconnaissable aux deux croix en relief sur plâtre qui couronnent les deux portes d’entrée (côté rue et côté cour). Deux baies, et une porte donc, percent une façade nord (rue Julien-Blin) rendue si fade par son ravalement que, sans ses symboles chrétiens, elle attirerait bien peu l’attention depuis la rue.

Parmi ces symboles, on peut compter la belle porte d’entrée en bois, côté rue, qui ne semble pas ancienne (début du XXe siècle). Chacun des deux vantaux est orné de lignes sculptées formant une grande croix. C’est au centre de ces croix, quel clin-d’oeil, que se trouvent les poignées d’ouverture... Couronnant ces vantaux, un panneau de bois présente deux roses à quatre lobes inscrites chacune dans son cercle et, plus largement, dans un carré. La porte ouvrant sur la cour intérieure est identique à celle donnant sur la rue. Elle est cependant couronnée d’un vasistas orné de deux petits vitraux de Pierre Lafoucrière (voir plus bas).

De plan carré, la chapelle présente - en toute logique - un autel orienté, c’est-à-dire tourné vers l’orient. Elle ne possède plus de cloche qui peut-être se trouvait dans un lanternon et sur les petits édifices le long de la rue.

La décoration intérieure de la chapelle s’inspire du baroque mais son caractère récent ne fait pas mystère grâce, notamment, à une plaque de marbre à gauche de la porte de la cour : “Cette chapelle a été décorée grâce à la générosité de M. André Désiré Le Normand. Juillet 1894”.

L’autel en bois est décoré par l’agneau du sacrifice entouré de rayons solaires, le tout relevé par des dorures. Il repose dans un chœur marqué par une élévation d’une marche et pavé d’élégants carrés en céramique à décor floral. Sur le mur Est, derrière l’autel, se trouve une niche voutée en cul-de-four qui accueillait une statue et une console sur chaque encoignure. Ces deux consoles devaient porter les statues de saint Luc et, peut-être, de la Vierge Marie, de saint François...  

Sur ce mur sont sculptées en relief deux colonnes décoratives à chapiteaux corinthiens de part et d’autre de la niche centrale. Elles sont jumelées en vis-à-vis par deux colonnes sur le mur ouest. Le long du mur sud, une ancienne porte a été rouverte par l’équipe venue il y a quelques années éradiquer le salpêtre. Cette porte devait servir d’entrée aux officiants du temps des pénitents. Le mur nord comprend deux colonnes et trois voutes rappelant un peu le décor des façades des deux édifices nord de l'hôpital. Notons aussi la présence d'un harmonium Dumont-Lelièvre.

L’élément patrimonial le plus notable de cette chapelle sont les quatre vitraux dessinés par l’artiste peintre Pierre Lafoucrière (né en 1927) et réalisés en 2001 par l’atelier de Dominique Bony-Bogros (Paris). Les vitraux ne sont pas figuratifs. Ils laissent passer une large lumière colorée grâce à de grandes pièces de verre. Ceci pallie le manque de luminosité de cette chapelle dont les principales ouvertures sont tournées vers le nord, c'est-à-dire la rue et donc les fidèles. Les bougies et l’ambiance solennelle de la messe devaient donc beaucoup compter afin que ce lieu soit propice au recueillement. Le financement des vitraux a été assuré par les dons des paroissiens. Dans le même temps, Pierre Lafoucrière exposa ses oeuvres à Pont-de-l’Arche grâce à ses bonnes relations avec le curé Paul Bigo, très versé dans le monde des arts. Bel hommage à saint Luc, donc, qui est aussi patron des peintres... peut-être est-ce aussi une manière de rappeler l'importance de cette chapelle qui fut menacée, la décennie précédente, de destruction ?

Cependant, la chapelle Saint-Luc n’est plus utilisée par le culte catholique depuis quelques années à cause des travaux d’éradication du salpêtre. Ceux-ci ont conduit au retrait de nombreuses boiseries au pied des murs où il reste les traces des anciennes attaches. La chapelle a aujourd’hui besoin d’une nouvelle phase de réhabilitation afin qu’elle soit redonnée au culte catholique, ne serait-ce que pour rappeler ce que l'hôpital doit à certaines personnes qui ont puisé dans cette religion une force d'action. En attendant cette rouverture, le curé reste évidemment aumonier auprès des résidents de l’EHPAD qui le souhaitent.

 
Les croix qui couronnent les deux entrées de la chapelle Saint-Luc. Vue sur la porte d'entrée de la rue Julien-Blin (clichés Armand Launay, 2013, 2013 et 2014).
Les croix qui couronnent les deux entrées de la chapelle Saint-Luc. Vue sur la porte d'entrée de la rue Julien-Blin (clichés Armand Launay, 2013, 2013 et 2014).
Les croix qui couronnent les deux entrées de la chapelle Saint-Luc. Vue sur la porte d'entrée de la rue Julien-Blin (clichés Armand Launay, 2013, 2013 et 2014).

Les croix qui couronnent les deux entrées de la chapelle Saint-Luc. Vue sur la porte d'entrée de la rue Julien-Blin (clichés Armand Launay, 2013, 2013 et 2014).

La chapelle de la fin du XVIIe siècle a nécessité plusieurs campagnes de restauration dont celle de 1894 qui a maintenu (?) la chapelle dans son style baroque (cliché Armand Launay, 2014).

La chapelle de la fin du XVIIe siècle a nécessité plusieurs campagnes de restauration dont celle de 1894 qui a maintenu (?) la chapelle dans son style baroque (cliché Armand Launay, 2014).

Vue sur le mur nord de la chapelle Saint-Luc et sur ses deux vitraux de Pierre Lafoucrière datant de 2001. Puis, zoom sur le vitrail nord ouest (celui de gauche) et sur la signature (clichés Armand Launay, 2015).
Vue sur le mur nord de la chapelle Saint-Luc et sur ses deux vitraux de Pierre Lafoucrière datant de 2001. Puis, zoom sur le vitrail nord ouest (celui de gauche) et sur la signature (clichés Armand Launay, 2015).
Vue sur le mur nord de la chapelle Saint-Luc et sur ses deux vitraux de Pierre Lafoucrière datant de 2001. Puis, zoom sur le vitrail nord ouest (celui de gauche) et sur la signature (clichés Armand Launay, 2015).

Vue sur le mur nord de la chapelle Saint-Luc et sur ses deux vitraux de Pierre Lafoucrière datant de 2001. Puis, zoom sur le vitrail nord ouest (celui de gauche) et sur la signature (clichés Armand Launay, 2015).

Tombeau d'autel de la chapelle Saint-Luc avec l'agneau du sacrifice. Porte voutée de la cour de l'EHPAD. Très récente, c'est le seul endroit de Pont-de-l'Arche où l'on peut symboliquement passer les vestiges de remparts sous une voute (clichés Armand Launay, 2015 et 2006).
Tombeau d'autel de la chapelle Saint-Luc avec l'agneau du sacrifice. Porte voutée de la cour de l'EHPAD. Très récente, c'est le seul endroit de Pont-de-l'Arche où l'on peut symboliquement passer les vestiges de remparts sous une voute (clichés Armand Launay, 2015 et 2006).

Tombeau d'autel de la chapelle Saint-Luc avec l'agneau du sacrifice. Porte voutée de la cour de l'EHPAD. Très récente, c'est le seul endroit de Pont-de-l'Arche où l'on peut symboliquement passer les vestiges de remparts sous une voute (clichés Armand Launay, 2015 et 2006).

A gauche, édifice sud ouest totalement rasé en 1995 qui semble être de la facture d'Hubert Marie, architecte et agent-voyer de la commune qui a déjà réalisé des façades mixtes, chargées en décors (cf. la Salle d'armes et le bailliage). Celles-ci réunissent les âges tant et si bien que l'on a affaire ici à fantaisie de type renaissance avec des fenêtres à meneaux (cliché EHPAD vers 1993). A droite, vestige du pavillon sud Est de 1900 construit par Hubert Marie. Deux pans de ce pavillon ont été conservés dans l'agrandissement de 1995 et, plus précisément, englobés dans les verrières où se trouvent les espaces communs (cliché Armand Launay, 2015). A gauche, édifice sud ouest totalement rasé en 1995 qui semble être de la facture d'Hubert Marie, architecte et agent-voyer de la commune qui a déjà réalisé des façades mixtes, chargées en décors (cf. la Salle d'armes et le bailliage). Celles-ci réunissent les âges tant et si bien que l'on a affaire ici à fantaisie de type renaissance avec des fenêtres à meneaux (cliché EHPAD vers 1993). A droite, vestige du pavillon sud Est de 1900 construit par Hubert Marie. Deux pans de ce pavillon ont été conservés dans l'agrandissement de 1995 et, plus précisément, englobés dans les verrières où se trouvent les espaces communs (cliché Armand Launay, 2015).

A gauche, édifice sud ouest totalement rasé en 1995 qui semble être de la facture d'Hubert Marie, architecte et agent-voyer de la commune qui a déjà réalisé des façades mixtes, chargées en décors (cf. la Salle d'armes et le bailliage). Celles-ci réunissent les âges tant et si bien que l'on a affaire ici à fantaisie de type renaissance avec des fenêtres à meneaux (cliché EHPAD vers 1993). A droite, vestige du pavillon sud Est de 1900 construit par Hubert Marie. Deux pans de ce pavillon ont été conservés dans l'agrandissement de 1995 et, plus précisément, englobés dans les verrières où se trouvent les espaces communs (cliché Armand Launay, 2015).

Faites le point sur l’historique de l'hôpital... de l'hôtel-Dieu à l’EHPAD qui propose, de plus, une conclusion à cette étude.

 

Sources

- Chevallier Émile, Guide du touriste et de l’archéologue au Pont-de-l’Arche, vers 1933, Fimin-Didot ;

- Goujon Paul, “L’hôtel-Dieu et les pénitents du Pont-de-l’Arche”, La Normandie, n° 3 de mars 1897, pages 65 à 76, et n° 4 (?) d’avril 1897, pages 105 à 115 ;

- Pont de l’Arche, bulletin municipal, n° 20, janvier 1994, 32 pages. “Rénovation de l’hôpital, par B. Maillard, directeur”, page 13 ;

- Monuments et sites de l’Eure n° 66, 1993, Patrimoine en péril : l’hôpital de Pont-de-l’Arche. RV 77 n° 66 ;

- Patin Jean-Pierre, “L’hôpital de Pont-de-l’Arche”, Monuments et sites de l’Eure n° 67, 1993, p. 17-18.

- Registres des délibérations du Conseil municipal.

 

Armand Launay

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 16:05

En 1790, l’érudit et touche-à-tout Aubin-Louis Millin présenta à l’Assemblée constituante une œuvre recensant le patrimoine national. Dans le chapitre 43 de ses désormais célèbres Antiquités nationales l’auteur accorde quelques belles pages à Pont-de-l’Arche. Il aborde notamment « … le château de Pont-de-l’Arche, actuellement démoli, et que j’ai fait dessiner au moment de la destruction… ». 

Il s’agit d’une vue sur le château de Limaie, alors en plein démantèlement, qui occupait l’espace situé entre l’auberge du Pressoir et l’entrée du pont par la rive droite de la Seine. Reproduite ci-dessous, elle fut dessinée par Garneray et sculptée par Desmaisons.

Le fort de Limaie durant son démantèlement dessiné par Garneray et sculpté par Desmaisons pour le compte d'Aubin-Louis Millin (vers 1790).

Le fort de Limaie durant son démantèlement dessiné par Garneray et sculpté par Desmaisons pour le compte d'Aubin-Louis Millin (vers 1790).

Au centre, l'hôtel-Dieu de Pont-de-l’Arche à la veille de la Révolution (détail de la vue ci-dessus).

Au centre, l'hôtel-Dieu de Pont-de-l’Arche à la veille de la Révolution (détail de la vue ci-dessus).

Un détail de cette vue nous a particulièrement intéressé, au centre du dessin : il s’agit de la seule image connue, à notre connaissance, de l’hôtel-Dieu de Pont-de-l’Arche. A la veille de la Révolution, il tombait en ruine. Il fut remplacé en 1818 par une maison d’habitation, l’actuelle salle Ambroise-Croizat, pour le compte de Julien Blin (1738-1826). Sur le dessin, l’hôtel-Dieu se trouve à droite de la tour et à gauche de l’église Saint-Vigor, actuellement Notre-Dame-des-arts. On y voit un bâtiment constitué d’une nef avec des ouvertures surmontés d’arcs en tiers-point caractéristiques de l’architecture religieuse gothique. Un toit à deux pans apparait aussi surmonté d’un clocheton. Si la représentation de Garneray est fidèle, l’hôtel-Dieu aurait pris la forme d’un bâtiment gothique.

Le seul élément de l’hôtel-Dieu encore debout de nos jours est la cave, c’est-à-dire la Salle d’Armes à laquelle nous avons déjà consacré un petit articleLa partie haute du mur extérieur de la cave est visible. Ainsi apparaissent depuis la rue une petite ouverture dans un mur fait de belles pierres de taille dont les plus hautes, les pierres cornières, atteignent le rez-de-chaussée. Sans conteste, le plus beau vestige est la porte de l’escalier à vis menant à la cave. Elle se trouve sur la façade côté cour. Son linteau est orné d’une épaisse nervure reliant deux chapiteaux sculptés à décors végétaux de la fin du XIIe siècle ou du début du XIIIe siècle.

Ces quelques éléments de patrimoine confirment la représentation gothique donnée par Garneray à l’hôtel-Dieu.

Détail de la porte de l'escalier à vis de l'hôtel-Dieu, actuelle Salle d'Armes (cliché Armand Launay, 2012).

Détail de la porte de l'escalier à vis de l'hôtel-Dieu, actuelle Salle d'Armes (cliché Armand Launay, 2012).

Source

Millin Aubin-Louis, Antiquités Nationales ou recueil de monuments, pour servir à l’Histoire générale et particulière de l’Empire François, tels que tombeaux, inscriptions, statues, vitraux, fresques, etc. ; tirés des abbaïes, monastères, châteaux et autres lieux devenus domaines nationaux. Présenté à l’Assemblée Nationale et accueilli favorablement par Elle, le 9 décembre 1790, tome 4, Paris, M. Drouhin éditeur, an IV de la Liberté (1792).

Avec nos remerciements à Jean Baboux pour la reproduction des illustrations.

Armand Launay

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...