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13 septembre 2016 2 13 /09 /septembre /2016 19:07
Extrait de photographie représentant Simone Sauteur vers ses 20 ans (avec nos remerciements à Alain Corblin).

Extrait de photographie représentant Simone Sauteur vers ses 20 ans (avec nos remerciements à Alain Corblin).

Edité cet été, Au cœur du Vièvre avec le maquis Surcouf est un ouvrage d’Alain Corblin qui publie, commente et annote les mémoires de Simone Sauteur, secrétaire du plus grand réseau de Résistance de l’Eure et aussi archépontaine regrettée depuis 2012. Hommage et émotion…

Avant tout, Simone Sauteur est chez nous une attachante personnalité arrivée à Pont-de-l’Arche afin d’y exercer son métier : institutrice puis professeure au collège. Ceux qui l’ont connue se rappellent sa vivacité, sa gentillesse et sa capacité à partager son indignation quand une injustice l’agaçait ! Une dame entière, en un deux mots. On se rappelle aussi, au fond de l’impasse des Avettes, celle qui parlait à ses fleurs et ses chats avec un sourire angélique que jamais elle ne perdit. On se rappelle aussi son salon, ses livres, ses icônes chrétiennes reliés par les sauts quasi incessants de leur propriétaire. On se rappelle son attachement profond au monde de la culture, de la poésie qui la mena à saluer la mémoire d’Hyacinthe Langlois au point de contribuer, avec Anita Patin, à donner le nom de cet artiste archépontain au collège. Elle anima aussi l’association nommée Chemin Hyacinthe d’artistique aventure (le CHAA).

Ce que l’on savait moins, c’est que la menue silhouette de Simone Sauteur était celle d’une résistante du maquis Surcouf puis lieutenant de l’armée de libération, connue sous le nom de code “Puce”, en référence à sa taille mais aussi, sûrement, à son nom de famille. C’est cette action en faveur de la France républicaine qui fut déjà mise au jour et en valeur quand, en 2009, Richard Jacquet fit de Simone Sauteur une citoyenne d’honneur. Un article fut alors publié afin de faire connaitre la lumineuse action de notre résistante locale et de disputer ses mérites aux automnes de l’oubli.

Cet été, un nouveau souffle a soulevé les feuilles des automnes passés et rouvert le livre de notre histoire nationale à des pages datant de 1943 à 1944. Ce souffle provient d’Alain Corblin, secrétaire de la Société historique de Lisieux et archiviste passionné. Fils de Marceau Corblin, passé membre du maquis Surcouf, Alain Corblin avait déjà publié en 2014 le journal de Robert Leblanc, chef du maquis Surcouf.

Alain Corblin publie les notes de Simone Sauteur ; notes qu’elle a retravaillées après-guerre en vue d’une première publication fin 1956. Ce projet de publication fut controversée parmi les vétérans de la résistance et resta lettre morte. Les 526 pages (avec annexes) nées de longues recherches nous font pénétrer dans le quotidien du réseau de résistance : ses indignations, ses coups d’éclats (destructions, attaques armées, sauvetages de soldats alliés, assassinat de collaborateurs…), ses blessures inconsolables qu’elles soient physiques ou affectives (morts au combat, victimes des représailles allemandes, déportations), son organisation quotidienne sans laquelle rien n’eut été. On y lit la force de la jeunesse prête à se sacrifier pour un idéal indépassable : la liberté, qui prend forme dans un projet collectif appelé la France ! On y trouve André Antoine, résistant dampsois qui a été commémoré à Pont-de-l’Arche par une plaque dans la rue autrefois appelée rue de l’église.

Cette lecture est précieuse qui permet de mettre de la chair autour de dates ou de faits historiques trop théoriques car nous ne les avons pas vécus. Dans leur décor normand, et sous des traits qui pourraient parfaitement être ceux de membres de nos familles, le témoignage de Simone Sauteur permet de saisir l’histoire mieux que par le simple intellect mais aussi par l’attachement sentimental, ce qui est bien l’indicatif de la Simone que nous connaissions...

 

Préfaces de Jean Quellien, professeur d’histoire honoraire de l’université de Caen-Normandie, et de Richard Jacquet, maire de Pont-de-l’Arche.

 

Disponible sur commande (19 € + 5,6 € de port) :

02 31 64 21 80 – corblin.alain@neuf.fr

Société Historique de Lisieux : 1, rue Paul-Banaston, Tour Saint Laurent, 14100 Lisieux.

 

 

Armand Launay

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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 22:07

Publié dans Pont-de-l'Arche magazine n° 17 en hommage à Simone Sauteur. 

 

Par ailleurs, Au coeur du Vièvre, mémoires de Simone Sauteur sur le maquis Surcouf

 

Simone-Sauteur.JPG

Simone Sauteur en 2009 (photo André Roques)

 

Simone Sauteur est née le 19 juin 1921 à La Vieille Lyre (Eure) et décédée le 26 mai 2012. Elle était amie de Robert Leblanc, futur chef du maquis Surcouf. Elle qui voulait s’engager dans la Résistance suivit les conseils de son ami et demanda une affectation à La Haye-de-Routot en tant qu’institutrice et, en ce temps, secrétaire de mairie. A 19 ans, elle qui venait de sortir de l’école normale d’instituteurs, avait pour mission de fabriquer de faux-papiers et d’envoyer des messages radiotélégraphiés pour renseigner le maquis.

Le réseau Surcouf fut fondé à Saint-Georges-du-Vièvre en 1942 par Robert Leblanc dit « Parrain » (1910-1956), épicier, le Père Meulant, curé, et Robert Sanson, charpentier. Ces hommes commencèrent par cacher des réfractaires au Service du travail obligatoire puis composèrent un maquis. Comme le disait Simone Sauteur : « A 19 ans, on voulait faucher les armes aux Allemands et qu’ils rentrent chez eux. C’était tout simple dans nos jeunes esprits ». À partir de septembre 1943, les résistants de Surcouf réalisèrent leurs premiers sabotages. Ce réseau prit de l’ampleur et devint le plus actif de la Normandie. Il œuvrait dans un triangle entre Pont-Audemer, Bernay et Rouen. Ils abattirent notamment Violette Morris, célèbre collaboratrice de la Gestapo. À l’été 1944, de 80 à 250 hommes composaient ce maquis qui déplora beaucoup de morts dans ses rangs. Surcouf forma le cœur du Premier bataillon de marche de Normandie, le 8 octobre 1944, pour combattre l’ennemi jusqu’au cœur du Reich. Dans un discours le 15 avril 1956, le général de Gaulle salua la mémoire du maquis Surcouf, « fer de lance de la Résistance normande ».

Simone Sauteur joua un rôle dans la fabrication de faux papiers, dans la transcription de textes des messages. Elle effectua de nombreuses liaisons (voir le témoignage ci-dessous) et risqua sa vie longtemps. Alertée par des Gendarmes de Rouen, elle dut notamment quitter La-Haye-de-Routot en 1944 suite à l’arrestation de trois résistants par des miliciens français. Elle se réfugia alors dans la région de Pont-Audemer, la région du maquis Surcouf. Elle servit de secrétaire à Robert Leblanc et parcourut des centaines de kilomètres à vélo en tant qu’agent de liaison. C’est ici qu’elle prit le pseudonyme de « Puce » afin de masquer son identité à l’occupant.

Le témoignage qui suit a été enregistré le 17 avril 2004 lors d’un entretien de Simone Sauteur avec Armand Launay à propos d’André Antoine (1920-1944), figure de la Résistance locale – et martyr – dont le nom a été donné à la rue de l’église en 1945.

 

« C’est le 10 janvier 1944, Parrain [1] m’envoie en mission de liaison à la gare de Rouen avec Robert Catalan [2]. Je dois réceptionner un coli des mains d’un monsieur, je n’imaginais alors pas que c’était André Antoine et je m’en moquais bien car l’anonymat le plus complet était la norme dans la Résistance. Toujours est-il que cet homme venait de Paris pour nous apporter quelque chose. Je me revois sur le quai de la gare, seule – Robert Catalan étant resté en retrait – m’avancer vers cet inconnu qui me remet, à l’arrière du train, un coli très lourd en me disant : « on vous expliquera comment s’en servir ». J’étais morte de trouille.

Puis nous nous sommes rendus avec Robert dans un bar, au boulevard des Belges, tenu par une dame qui était avec nous [3]. C’est là que Robert a déballé le pain de plastic, les fils... Il m’a montré comment on branchait tout cela afin que je l’explique à mon tour aux gars de Pont-Audemer.

Mais il fallait encore je rentre à Pont-Audemer en car. En ce temps, c’était les Allemands qui montaient les premiers dans les cars. Quand je monte dans le car avec mon imposant coli, un soldat allemand me fait signe de m’aider à le mettre dans les porte-bagages. Alors je lui fais signe, plutôt, de m’ouvrir un strapontin. On a fait toute la route côte à côte et je me suis préparée pour sortir très rapidement du car une fois arrivée à Pont-Audemer. De là, j’ai récupéré mon vélo, mis le coli sur le porte-bagages et j’ai rejoint le maquis à Saint-Etienne-l’Allier. »

 

Ce témoignage n’étonnera pas ceux qui ont connu Simone Sauteur, son énergie, sa rigueur et sa haute opinion de la France. Il pourra étonner ceux qui ont retenu de Simone sa douceur et sa générosité. Cependant, malgré les atrocités qu’elle a connues, elle n’a jamais eu de haine pour l’ancien ennemi. Profondément catholique, elle aimait son prochain. De cet amour, il nous reste ses écrits et le souvenir de la silhouette menue de Simone, au bout de l’impasse des Avettes où s’épanouissaient les chats et les fleurs qui comptaient tant pour elle et ceux qui l’aiment... 

 

Réalisé avec l’aide de Pierre Lercier, maire de La Haye-de-Routot,

qui fut élève de Simone Sauteur.

 

Notes

[1] Pseudonyme de Robert Leblanc, chef du réseau Surcouf.

[2] Résistant envoyé par Londres.

[3] Dans la Résistance. 

 

A lire aussi... 

Charles Cacheleux

André Goharel

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...