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17 août 2018 5 17 /08 /août /2018 14:00

 

“Je vous écris une longue lettre parce que je n’ai pas le temps de vous en écrire une courte.”

Blaise PASCAL

 

Sortie de l'usine de Paul Nion (à gauche) dans les années 1930 et sortie de l'usine Marco en 2008 durant la campagne des élections municipales (cliché Armand Launay).Sortie de l'usine de Paul Nion (à gauche) dans les années 1930 et sortie de l'usine Marco en 2008 durant la campagne des élections municipales (cliché Armand Launay).

Sortie de l'usine de Paul Nion (à gauche) dans les années 1930 et sortie de l'usine Marco en 2008 durant la campagne des élections municipales (cliché Armand Launay).

 

Quel contraste entre une sortie des usines en 1950 et en 2018 ! En 1950 les piétons empêchaient la maigre circulation automobile alors qu’aujourd’hui les quelques ouvriers doivent être protégés des voitures par des peintures au sol, un ralentisseur et une signalisation...

En effet, les activités économiques évoluent vite et nous les prenons ici comme simple prisme permettant d’interroger les rapports des habitants entre eux et avec leur environnement direct (nature, espace). Cet article a pour finalité de dresser un tableau général des activités et des rapports induits par les activités économiques et ce depuis la naissance de la ville en 862 jusqu’à nos jours. Il s’agit de caractériser des périodes afin de se repérer mentalement. Malgré la longueur de cet article, il n’est pas question de faire une analyse profonde et exhaustive de chaque activité. Pour approfondir, nous nous permettrons de renvoyer vers nos études traitant déjà d’économie et de vie locales (le drap, la chaussure, la halle, les loisirs…).

Nous traitons ici d’économie que nous définissons comme la gestion des biens domestiques (une propriété). Par extension, l’économie désigne la gestion des biens par un groupe humain, c’est-à-dire plusieurs familles travaillant et pratiquant des échanges. Nous bornons ici notre analyse aux limites de la commune actuelle de Pont-de-l’Arche. Quant à la sociabilité, elle désigne la capacité d'un individu ou d'un groupe d'individus à évoluer en société et à s’adapter à de nouveaux réseaux sociaux. Par extension, elle désigne le caractère des relations entre personnes au sein d'un groupe choisi selon son âge, sa culture, sa répartition géographique, son genre…).

Notre sujet pose un problème central : est-il possible de déterminer le ou les moteurs d’une économie archépontaine, selon les époques, et d’en déduire l’impact sur la sociabilité ?

Pour cela nous allons proposer comme hypothèse que l’on peut définir trois périodes : la première court de la fin du IXe siècle au milieu du XIXe siècle où Pont-de-l’Arche s’activa suite à la décision du roi d’y établir et maintenir un pouvoir militaire et administratif. La deuxième période court du début du XIXe siècle aux années 1950 où la ville connut un essor industriel grâce à la commercialisation du chausson puis de la chaussure. La troisième période court toujours (mais que fait la police ?) où les industries se raréfient et les pouvoirs publics prennent de l’importance en tentant de pallier les délocalisations d’entreprises et la déstabilisation de la sociabilité.

 

Marque de la présence royale, le bailliage (bâtiment de 1780), ici derrière les remparts en 2006 (cliché Armand Launay).

Marque de la présence royale, le bailliage (bâtiment de 1780), ici derrière les remparts en 2006 (cliché Armand Launay).

1. 862-1856 : la cité du roi, pôle militaire et administratif.

1.1. La ville fortifiée du roi : pôle militaire et administratif régional.

Avant la naissance de Pont-de-l’Arche en 862 existaient quelques fermes éparses, blotties dans les vallons en eau. Le paysage devait ressembler à un bocage près de la Seine et la forêt devait être percées de petites clairières exploitées comme nous l’avons étudié à la recherche de Saint-Martin de Maresdans. En 862 Charles le Chauve décida de bâtir un pont sur la Seine afin d’empêcher ou, plus modestement, de ralentir les pirates normands ; ceci afin de préparer la défense de grandes villes du royaume franc tels que Beauvais, Paris, Chartres. Le pont fut bâti à Pont-de-l’Arche, alors appelé Les Damps. Deux forts protégeaient ses entrées. L’un devint le fort de Limaie qui resta jusqu’en 1782 un châtelet avec garnison. L’autre devint la ville fortifiée qui nous intéresse sur la rive gauche de la Seine.

La suite de l’histoire est connue : les Normands vainquirent. En 911 le roi fit de Rollon un duc censé soumettre et pacifier la Normandie tout en reconnaissant le pouvoir royal. Dans la réalité, la Normandie échappa au contrôle royal jusqu’en 1204. Fait rare, Richard Cœur de Lion, roi d’Angleterre et et duc de Normandie, et où Philippe II Auguste, s’entendirent en 1189 pour bâtir une abbaye en signe de paix avant de partir tous deux en croisade. Cette abbaye fut bâtie à Pont-de-l’Arche : il s’agit de Notre-Dame de Bonport. En 1204, Philippe Auguste chassa Jean sans Terre et fit de Pont-de-l’Arche sa principale résidence normande. En effet, cette ville était doublement fortifiée ‒ donc sûre ‒ et assez proche de Rouen et de son peuple suspect aux yeux du roi. C’est ainsi que Philippe Auguste fit rehausser les fortifications de la ville et de Limaie et y maintint une garnison ainsi qu’un gouverneur chargé de police intérieur sur la région d’Elbeuf à Louviers. Le roi y structura une vicomté. Celle-ci devint un bailliage secondaire de Rouen (une sorte de sous-préfecture) regroupant le tribunal d’instance, l’élection (les impôts), le grenier à sel et les eaux et forêts.

 

1.2. Une exploitation accrue des richesses locales.

Il résulte de ce choix royal que la démographie de Pont-de-l’Arche crut, d’une part grâce à une garnison et d’autre part grâce à plusieurs dizaines de familles nobles ‒ plus aisées ‒ ainsi que leurs serviteurs. La démographie de Pont-de-l’Arche est rapidement devenue plus importante que celle des villages avoisinants. Pont-de-l’Arche était le lieu d’exploitation de richesses naturelles.

Les pêcheurs y étaient nombreux qui ont bâti, bien plus tard à la Renaissance, de petites maisons à pans de bois sous le rempart le long de la Seine. Certains pêchaient avec des nasses et des filets disposés entre les piles du pont.

Outre les cultures vivrières sous forme de jardins potagers et de vergers autour de la ville, quelques fermes existaient aux abords de la ville. Citons la ferme de la Borde (celle qui borde la forêt), celle du Bon-air et celle des moines et frères converts de Bonport et, sûrement, celle située à la porte Saint-Jean, c’est-à-dire en face de la porte de Crosne. De l’élevage n’est pas à exclure, surtout en forêt de Bord (vaches, cochons), afin d’alimenter les particuliers et les bouchers de la ville offrant une viande plus variée que celle des poulaillers des basses-cours en ville (seulement interdits au début du XVIe siècle). En forêt aussi, les Archépontains trouvaient quelques fruits ainsi que le bois mort afin de se chauffer et de cuire leurs aliments. Les biens communaux devaient aussi se trouver en forêt sans que nous n’ayons pu les localiser expressément.

La roche calcaire et siliceuse a permis d’ouvrir des carrières, notamment une située près de l’actuelle rue de l’Abbaye-sans-toile, comme le cite une charte publiée par Léopold Delisle. Une simple inspection du coteau de Seine, à Pont-de-l’Arche, démontre que la roche a été exploitée. C’est ce que montre la pente rude ‒ mais brève ‒ entre l’ancienne abbaye de Bonport et l’ancien fossé de la tour de Crosne, au pied de laquelle se trouvait un chaufournier (près de la “sente des Plâtriers”, tiens donc !). Le plan cadastral désigne aussi l'espace à l'Est de Pont-de-l'Arche sous le nom de "la carrière". La rue Henry-Prieur se nommait "chemin de la Carrière". C’est aussi ce que montre le coteau vers Les Damps, autre lieu ou la roche a été largement exploitée à ciel ouvert et, plus encore, par des galeries souterraines courant vers la forêt. Dans la forêt se trouvent aussi des dépressions de terrain témoignant de l’exploitation de la roche, notamment près du coude du chemin de la Borde. Après tout, quoi de plus normal autour d’une ville fortifiée et d’une abbaye cistercienne ?

Une activité portuaire a existé, de part et d’autre de l’ancien pont : en aval sur la Petite-chaussée (actuel nom de rue) et le départ du quai Foch et en amont sur le quai de la grande chaussée, actuel quai de Verdun. Cet espace était chaussé ‒ chose notable car rare ‒ de manière à stabiliser les berges et à faire transiter plus aisément charrettes et marchandises venues des berges avoisinantes. Des mariniers y exerçaient ainsi que des pêcheurs amenant dans la ville des poissons et des marchands apportant des denrées lourdes telles que des tonneaux de saumures et de vin, par exemple. Le grenier à sel devait être fourni par la même voie. Il semble même que la cave de l’hôtel-Dieu fût reliée à la Petite-chaussée par un souterrain encore visible dans les années 1980 au fond de la Salle d’Armes. Quelques grumes de la forêt de Bord ont transité par les quais archépontains. Ceux-ci sont attestés par des archives et nous n’en citerons ici qu’une, déjà analysée dans notre article sur la forêt de Bord (voir “Activités anciennes ‒ La coupe du bois”). Cette archive nous est fournie par l’historien Jean Boissière dans un article intitulé « Les forêts de la vallée de la Seine entre Paris et Rouen d’après l’enquête de 1714 » (Les Annales du Mantois, 1979). Cette étude se fonde sur le procès verbal d’Hector Bonnet chargé par l’hôtel de Ville de Paris de comprendre pourquoi le bois ne parvenait pas en quantité suffisante dans une période de disette de combustible. Cet homme voyagea de Paris à Rouen du 27 septembre au 18 octobre 1714. Il résida à Pont-de-l'Arche du 10 au 15 octobre. Il cita la “vente de Cocaigne”, c’est-à-dire la Cocagne, espace boisé au-dessus de la ferme de la Borde ainsi que le “port du pont de l'arche sur lequel nous aurions trouvé le nommé garde dud. port”. Dans ce port se trouve du bois provenant de la forêt de Louviers (près de la mare Glaïoleuse) et de la vallée de l’Andelle. Hector Bonnet cite aussi les ports de Bonport et des Damps. Les ventes et transports réalisés en ce lieu se produisaient donc sous le contrôle direct des agents des Eaux et forêts sis au bailliage de la ville. Où se trouvaient les ports archépontains ? Celui de Bonport devait se situer en contrebas de Saint-Martin de Maresdans, c’est-à-dire, de nos jours, La Plaine-de-Bonport, comme nous l’avons déjà étudié. Quant à celui dit de Pont-de-l’Arche, nous le verrions en contrebas du Val des Damps, entre la Cocagne et la Seine.

Cette célèbre vue sur le pont aux moulins de Pont-de-l’Arche est une lithographie de Charpentier réalisée d'après le dessin de Félix Benoist. Elle fut éditée dans un magnifique ouvrage :   La Normandie illustrée : monuments, sites et costumes.../ dessinés d'après nature par Félix Benoist et lithographiés par les premiers artistes de Paris, les costumes dessinés et lithographiés par François-Hippolyte Lalaisse,... ; texte par M. Raymond Bordeaux et Amélie Bosquet, sous la direction de M. André Pottier,... pour la Haute-Normandie…, Nantes : Charpentier père, fils et Cie, 1852, 2 volumes. On y voit un moulin, les filets et casiers de pêcheurs, un marinier et le quai de la Petite-chaussée.

Cette célèbre vue sur le pont aux moulins de Pont-de-l’Arche est une lithographie de Charpentier réalisée d'après le dessin de Félix Benoist. Elle fut éditée dans un magnifique ouvrage : La Normandie illustrée : monuments, sites et costumes.../ dessinés d'après nature par Félix Benoist et lithographiés par les premiers artistes de Paris, les costumes dessinés et lithographiés par François-Hippolyte Lalaisse,... ; texte par M. Raymond Bordeaux et Amélie Bosquet, sous la direction de M. André Pottier,... pour la Haute-Normandie…, Nantes : Charpentier père, fils et Cie, 1852, 2 volumes. On y voit un moulin, les filets et casiers de pêcheurs, un marinier et le quai de la Petite-chaussée.

Le pont de la ville était doté de trois moulins, au moins à partir de 1020, qui ont écrasé la céréale et, un temps seulement, ont battu monnaie. Les moulins n’étaient pas rares dans la région, mais ceux de notre cité ont nécessairement attiré dans la ville une population agricole nombreuse alentour, surtout à côté de la halle locale. Les droits perçus par leurs propriétaires ont été une source de revenu supplémentaire pour quelques privilégiés.

La production archépontaine ne suffit pas à nourrir la hausse démographique. Il fallut importer dans la cité des aliments et autres produits en plus grand nombre ; d’où la création de la halle et du marché dominical. Cette création ne dut poser aucun problème puisqu’elle était la prérogative du roi et Pont-de-l’Arche était une cité royale. Si nous n’avons pas retrouvé de documents attestant l’existence de la halle, il est possible de déduire qu’elle existait au début du XIIIe siècle grâce à son emplacement comme nous l’avons étudié dans un article y consacré. Avec son marché et sa halle, la cité archépontaine est devenue un pôle local en matière d’échanges. La halle permettait de pacifier les échanges en se mettant d’accord sur les poids et mesures et offrait au pouvoir un moyen de contrôle sur la vente de produits en même temps que des taxes diverses.

Il est indubitable que le marché ait favorisé l’implantation de commerces permanents aux abords de la place du marché et de la halle, les fournisseurs y venant tous les dimanches, y ayant des contacts mais ratant les nombreux acheteurs passant dans la ville le reste de la semaine.

 

1.3. Une cité-étape régionale.

Le pont désiré par le roi et ses successeurs formait un barrage artificiel sur la Seine entre les pertuis de Poses et de Saint-Aubin-les-Elbeuf. Ce barrage donna de l’importance au bourg. En effet, le pont perturbait le passage de l’eau de Seine et créait une cataracte d’un demi-mètre. C’était suffisant pour nécessiter un effort humain afin de faire monter les bateaux d’amont en aval. Il s’agit du montage dont témoigne un vitrail de 1605 dans l’église Notre-Dame-des-arts. Un maitre de pont et ses aides étaient nommés officiellement par le roi afin de s’assurer de la réussite technique du montage (ni le pont ni les bateaux né devaient être endommagés) et de percevoir les taxes. Des monteurs (haleurs spécialisés dans le montage) travaillaient auprès de bateaux à faible tirant d’eau du côté de la ville ; d’autres, plus nombreux, œuvraient du côté du fort de Limaie au service de bateaux à plus fort tirant d’eau. Plusieurs centaines de personnes, et quelques courbes de chevaux, étaient nécessaires pour les plus grands bateaux. Ce secteur d’activité offrait donc du travail à plusieurs dizaines de personnes, jusqu’à 200. C’étaient des métiers journaliers, faiblement rémunérés. Le revenu du montage revenait à l’entretien de la garnison de Limaie et à l’entretien de l’église paroissiale.

Pont-de-l'Arche, à la fois barrage et passage sur la Seine, était une importante cité-étape entre Paris et Rouen. Ici la vue de Claude Chastillon à des fins de présentation militaire (XVIIIe siècle).

Pont-de-l'Arche, à la fois barrage et passage sur la Seine, était une importante cité-étape entre Paris et Rouen. Ici la vue de Claude Chastillon à des fins de présentation militaire (XVIIIe siècle).

 

Pont-de-l’Arche était aussi le lieu d’étape de la malle-poste et de multiples voyageurs terrestres. Bien que la route du Vexin (Pontoise-Rouen) présentât moins d’obstacles, tels que le franchissement de la Seine, le chemin entre Paris et Rouen était très usité qui traversait Vernon et Pont-de-l’Arche. De nombreux voyageurs s’arrêtaient à Pont-de-l’Arche afin de bénéficier, dans une ville protégée par un couvre-feu, de la restauration, de l’hôtellerie, des écuries, des fêtes, des lieux de prière, des artisans notamment les cordonniers… Comme nous l’avons vu plus haut, le pont de la ville formait un obstacle sur la Seine. Les voyageurs et les haleurs tirant les bateaux le long des berges dans le sens aval-amont faisaient étape quand la nuit les fixait sur place ou quand le maitre de pont avait décidé de reporter au lendemain le montage. Sauf ceux qui dormaient dans les bateaux, les autres devaient recourir aux auberges de la ville. Nous avons eu l’occasion de traiter l’une d’entre elles, sur la place Hyacinthe-Langlois ; celle du panneau sculpté.  

Pont-de-l’Arche était au milieu d’un carrefour routier et fluvial. Il n’est pas étonnant qu’une partie des Archépontains travaillaient au service des voyageurs. De même, ces voyageurs renforçaient la “clientèle” des artisans et commerçants locaux non spécialisés dans l’accueil des voyageurs.

 

La composition professionnelle de la société archépontaine vers 1789

 

Bénédicte Delaune, licenciée ès Lettres, soutint en 1992 un excellent mémoire de maitrise et ce sous la direction de Claude Mazauric. Il s’intitule : Pont-de-l’Arche, population, pouvoirs municipaux et société de la fin du XVIIIe siècle et pendant la Révolution.

L’étudiante a analysé l’état civil et les documents suivants : la capitation de 1788, la contribution foncière de 1791, la liste des patentes de l’an VI (1797-1798) et la liste des votants de l’an IX (1800-1801). Elle en a déduit (page 81) que l’artisanat et le commerce étaient le “noyau de la société archépontaine” avec 39 % des capitations payées en 1788 et 47 % des votants de l’an IX. Parmi les artisans, le secteur du cuir (surtout les cordonniers), puis du bois (surtout les sabotiers et les menuisiers) dominaient. On se perdrait ensuite dans une débauche de phrases en quête de détails. Nous préférons reproduire le tableau II du mémoire de Bénédicte Delaune qui donne le meilleur aperçu de la nature et de la répartition des métiers en 1788.    

 

 

 

 Tableau II du mémoire de Bénédicte Delaune qui donne un aperçu de la nature et de la répartition des métiers en 1788.
 Tableau II du mémoire de Bénédicte Delaune qui donne un aperçu de la nature et de la répartition des métiers en 1788.

Tableau II du mémoire de Bénédicte Delaune qui donne un aperçu de la nature et de la répartition des métiers en 1788.

Il résulte de cette première partie que la ville de Pont-de-l’Arche est devenue un pôle local de services artisanaux et commerciaux de manière à satisfaire une population en partie composée de nobles et de militaires présents par décision royale. De là, une halle et un marché ont attiré nombre de producteurs et de consommateurs dans la ville. Le pont barrant la Seine et reliant les rives du fleuve, la ville était un lieu de passage nécessaire et une étape pour les voyageurs devant se reposer ; de quoi renforcer l’offre de services. Ceci laisse imaginer que le centre-ville regorgeait d’activités et d’échanges entre habitants et ce dans un espace réduit à l’intérieur des fortifications. Nous pouvons imaginer des conditions de vie frugales pour la majeure partie de la population pour qui la solidarité était nécessaire à la fourniture du minimum vital.

 

2. 1856-1955 : fort déclin avant que Pont-de-l’Arche devienne un pôle industriel français de la chaussure.

2.1. La perte des privilèges royaux et l’abandon de la ville par l’État.

Durant la Renaissance, les fortifications archépontaines perdirent leur intérêt. Elles ne servirent plus à lutter contre l’ennemi extérieur comme lors de la Guerre de Cent-ans. Elles tombèrent même entre les mains de nobles frondeurs en 1650 (le duc de Longueville). En 1782, suite à la demande de la municipalité, l’intendant de Normandie Louis Thiroux de Crosne autorisa la démolition du fort de Limaie et le démantèlement des fortifications de la ville. Les fossés furent en partie comblés et des boulevards plantés de tilleuls furent créés. Nous ne voyons pas d’impact notable sur l’économie de la ville hormis le départ de quelques hommes de garnison.

L’Assemblée nationale constituante fit perdre à Pont-de-l’Arche beaucoup de son importance administrative. En effet, en 1790, dans le cadre de la réforme instituant les communes et les départements, les députés réorganisèrent la carte juridique et militaire. Le bailliage de Pont-de-l’Arche ferma avec ses quatre tribunaux. La ville avait déjà perdu, à une date qui nous échappe, son gouvernement, c’est-à-dire la direction militaire. Ce sont les villes d’Elbeuf et, surtout, de Louviers qui accueillirent ces prérogatives. La ville perdit donc une large partie de sa classe aisée.  

En 1813 Napoléon inaugura une écluse qui améliora la navigation fluviale mais qui ôta du travail au maitre de pont, ses aides et surtout les dizaines de journaliers qui vivaient du montage. Ceci était volontaire car, durant les famines de la période révolutionnaire, des Archépontains avaient saisi du grain destiné à pacifier les parisiens qui faisaient pression sur le cours de la Révolution à Paris. Pour assoir son pouvoir Napoléon a écarté le danger de rébellion des monteurs. La motorisation et la chute du pont de bois en 1856 achevèrent d’ôter tout rôle d’étape fluviale à la ville en engendrant la fin de l’écluse. En 1840, le nouveau chemin de fer entre Paris et Rouen fit de Pont-de-l’Arche une halte secondaire du réseau mais rapprocha notre cité des grandes villes (Paris était à 4:00). L’ouverture de la ligne Pont-de-l’Arche-Gisors (1868) n’accrut pas considérablement l’importance de la ville mais surtout du trafic de la gare de Pont-de-l’Arche-Alizay. En 1857, la halle fut démolie : son cout n’était semble-t-il plus compensé par les gains réalisés auprès des exposants venus de la région pour y vendre leurs produits.

La ville de Pont-de-l’Arche connaissait donc une période particulièrement pauvre et où sa population était tentée par un exode : 1639 personnes y résidaient en 1793 alors qu’il n’en restait que 1483 en 1831 (Wikipédia).

La couture du chausson de lisière dans les ruelles archépontaines par Ernest Baillet (1886, archives de l'Eure). Ici une chaussonnière sur le degré d'une maison de la rue Abbaye-sans-toile.

La couture du chausson de lisière dans les ruelles archépontaines par Ernest Baillet (1886, archives de l'Eure). Ici une chaussonnière sur le degré d'une maison de la rue Abbaye-sans-toile.

 

2.2. La commercialisation du chausson ou l’arrivée du capitalisme

Comme nous l’avons retracé dans notre ouvrage : Pont-de-l’Arche, cité de la chaussure, notre cité est entrée dans l’ère du capitalisme par un savoir-faire local : le chausson. Les cordonniers étaient très nombreux dans la ville (25 pour 1700 habitants en 1788), sûrement en lien avec l’usure des souliers quand le montage des bateaux existait encore. Un commerçant de Saint-Pierre-du-Vauvray, Jean-Baptiste Labelle (1775-1839), commença à vendre des chaussons de lisière. Il s’agissait d’une semelle de cuir cousue sous un tressage de bouts de tissus. Ces derniers étaient des chutes issues de la découpe des bords des draps ; ceci afin que les lisières des draps soient bien droites avant ourlet. Vendant très bien ce produit dans les marchés de Normandie, Jean-Baptiste Labelle vint s’approvisionner à Pont-de-l’Arche qui commença à exporter le fruit d’un savoir-faire local. Il créa sa première société en 1820 avec son associé Roussel. Des dizaines d’Archépontains devinrent chaussonniers et en 1833 un cordonnier de notre cité, Antoine Ouin, créa à son tour son entreprise. C’est l’ancêtre de la société Marco qui œuvre toujours. Les premiers ateliers naquirent vers 1840 autour de premières divisions du travail : des ouvriers tressaient les draps, d’autres les cousaient sur les semelles en cuir. Le salariat commença alors à toucher en masse les travailleurs. À la fin du XIXe siècle, la ville de Pont-de-l’Arche comptait une vingtaine de manufactures et des centaines de travailleurs. Les chaussons de Pont-de-l’Arche, produits par millions chaque année, étaient nationalement réputés et vendus au-delà de l’Europe.

La ville connut alors une augmentation démographique (1815 personnes en 1851) avant une nouvelle décrue (1618 personnes en 1876), peut-être due à la pauvreté et à l’essor industriel plus fort dans les proches villes voisines. En effet, le travail du chausson laissa les Archépontains dans une pauvreté crasse, dénoncée par l’écrivain Octave Mirbeau. Celle-ci engendra la naissance d’un mouvement social et de premières grèves ouvrières. Au début du XXe siècle, la mécanisation engendra une nouvelle étape : celle de l’industrie de la chaussure.

 

Quelques ouvriers posant à l'entrée de l'usine Ouin (ancêtre de Marco) vers 1910. Crédit : Bruno Daniel, avec tous nos remerciements !

Quelques ouvriers posant à l'entrée de l'usine Ouin (ancêtre de Marco) vers 1910. Crédit : Bruno Daniel, avec tous nos remerciements !

2.3. Pont-de-l’Arche : un des pôles français de l’industrie de la chaussure.

Avec la division des tâches et la mécanisation, la production capitaliste crut encore afin de dégager des profits plus grands. Les manufactures devinrent des usines, citons celles d’Henry Prieur (route de Tostes), Paul Nion (place Langlois), Ouin (route du Vaudreuil), Morel (route de Louviers), qui employaient dans les années 1930 plusieurs centaines de travailleurs chacune. À côté d’elles œuvraient plusieurs dizaines de petites et moyennes industries, à caractère familial. Le bassin d’emploi de Pont-de-l’Arche atteignait alors les 2000 postes et les travailleurs ‒ hommes, femmes et enfants ‒ venaient quotidiennement en train depuis la vallée de l’Andelle, la banlieue sud de Rouen et en car du plateau du Neubourg. La cité Archépontaine était un pôle industriel régional de second ordre mais un des principaux centres de production de chaussures de France (avec Romans-sur-Drôme, Cholet, Fougères, Nancy…).

Pont-de-l’Arche connut une hausse de sa population (1921 personnes en 1911) puis un maintien jusqu’à la Seconde guerre mondiale (1913 personnes en 1936).

La ville était marquée par une rupture entre, d’un côté, quelques familles aisées, patronales ou notables, habitant de grandes demeures autour de la ville et, d’un autre côté, des centaines de familles issues du peuple archépontain et d’un début d’immigration massive, tout d’abord depuis d’autres régions de France puis, après 1918, de Belgique, Pays-Bas, Grèce… Entre les deux se situait une classe moyenne composée d’artisans, de commerçants, de petits patrons et quelques rentiers. La vie politique locale s’est bipolarisée (gauche/droite) avec l’émergence d’une lutte républicaine puis socialiste au sens digne du terme. Longtemps bastion républicain radical de gauche avec Maurice Delamare puis Pierre Mendès-France, Pont-de-l’Arche n’a vu son courant communiste émerger qu’après la Seconde guerre mondiale avec pour maires André Benet et Roger Leroux. Son centre ville commerçant, autrefois radical, a peu à peu basculé vers le courant conservateur et parvenait au pouvoir (Roland Levillain) quand la gauche socialiste et communiste se divisait. La ville connut un courant syndical fort qui retentit surtout en 1932.  

À l’issue de cette deuxième partie, nous avons vu qu’un savoir-faire local, mêlant draperie et cuir, est devenu un produit commercial : le chausson. Quelques familles se sont enrichies par la logique et la pratique capitaliste et ont employé une partie des habitants de la ville et de la proche région, ce qui a évité un exode de population. Les travailleurs se sont retrouvés solidaires dans un mode de production et dans des conditions de vie précaires. Les Archépontains sont restés ‒ dans l’ensemble ‒ pauvres et lotis dans les maisons à pans de bois de la cité médiévale et quelques nouveaux quartiers ouvriers bâtis aux alentours immédiats de la ville (rue Henry-Prieur, rue Olivier-des-Bordeaux, rue Abbé-de-Lanterie). Ces logements furent bâtis à l’initiative de patrons paternalistes puis de sociétés d’habitations à bon marché, ancêtres des HLM. Une classe ouvrière s’est constituée, cliente du commerce du centre-ville. Elle a fait vivre une forte sociabilité autour d’une culture commune, comme en témoigne la pratique, révolue, du parler local et des sobriquets. Cette solidarité était nécessaire car difficilement évitable ‒ à moins de quitter la ville ‒ mais aussi par intérêt général. La ville a ainsi exporté un savoir-faire et une production. Elle s’est spécialisée et a prospéré dans la mesure où de fortes inégalités ont perduré entre une minorité et le reste de la population.

A Pont-de-l'Arche, le groupe Luneau conçoit, fabrique et distribue des machines optiques médicales, notamment de la marque Briot (crédit photographique : Luneau technology operation).

A Pont-de-l'Arche, le groupe Luneau conçoit, fabrique et distribue des machines optiques médicales, notamment de la marque Briot (crédit photographique : Luneau technology operation).

 

3. La cité résidentielle et son noyau de services dans le centre ancien.

3.1. Concentration capitaliste, diversification industrielle puis délocalisations.

La logique capitaliste étant de dégager du profit, ce dernier se perd quand plusieurs entreprises atteignent la même taille et une organisation aussi efficace. C’est ce qui a frappé l’industrie archépontaine. Beaucoup d’entreprises ont fermé entre 1945 et 1970, laissant Marco seule “boite à chaussures” de la cité. Mais les locaux industriels archépontains ont été repris quelques années par des sociétés sans rapport avec la chaussure : Jeanbin (imprimerie), Briot (outillage de miroiterie, toujours active), Ouest-isol (produits isolants), Chesebrough-Pond’s (coton-tiges), Société normande de conditionnement (appelée "Jauneau")... Dans le même temps, se sont installées dans la proche région des industries plus grandes encore : la SICA (1954, pâte à papier), la régie Renault (1958, voitures automobiles). Celles-ci ont offert de bien meilleurs salaires que ceux de l’industrie de la chaussure et ont attiré beaucoup d’Archépontains, précipitant ainsi la chute d’entreprises locales par la perte d’ouvriers qualifiés.

Le centre-ville est resté dynamique, grâce aux ouvriers de la ville consommant ici et grâce au marché du dimanche. Pont-de-l’Arche était un chef-lieu de canton d’un point de vue administratif mais aussi par sa concentration de services. Les commerçants étaient nombreux à vivre dans le centre-ville, lui apportant une sociabilité réelle. Dans les années 1960, ils se fédérèrent dans une entente : L’Union commerciale, industrielle et artisanale (UCIA). Celle-ci créa les premières animations et le premier terrain de camping de la ville ‒ toujours existant ‒ songeant au développement du tourisme et à ses retombées sur la consommation.

Les fermetures d’usines des années 1960 et 1970 n’ont pas déstabilisé le pays puisqu’elles ont été remplacées par d’autres industries, y compris étrangères. Mais, à partir des années 1980, le chômage de masse est apparu. En effet, les délocalisations d’entreprises dans d’autres pays se sont amplifiées et la région a commencé à se désindustrialiser. La finalité est de produire plus de produits et à moindre cout en exploitant des travailleurs non protégés et moins chers à rémunérer car ils sont dans l’incapacité de se défendre d’un point de vue matériel et juridique. Des locaux archépontains sont restés vides longtemps qui sont devenus des verrues urbaines (l’usine Nion, devenue depuis L’Espace Jacques-Henri Lartigue). Un nouveau stade de concentration capitaliste a été franchi. Même les grandes entreprises de la chaussure ont cessé leur activité. L’usine Marco subsiste mais en passant de 320 travailleurs vers 1970 à seulement 60 en 2014 et avec une moitié de la production délocalisée en Tunisie depuis les années 1980. Au niveau mondial, la chaussure s’est fabriquée un temps en France, puis Italie, en Chine et aujourd’hui aussi en Éthiopie.

Désormais la production locale est faible ‒ voire inexistante dans de nombreux domaines ‒ et les importations augmentent énormément. Les réseaux de transports sont adaptés à grands couts pour les permettre et les faciliter. La voirie de notre ville en témoigne où le centre-ville est délaissé. Ainsi, le nouveau pont inauguré en 1955 par Pierre Mendès-France a-t-il été construit en dehors de la ville. Certes, la ville a toujours constitué un obstacle sur les voies mais elle revêt désormais un faible intérêt en retour pour des voyageurs parcourant des centaines de kilomètres par jour. Les aubergistes ont laissé place à un seul hôtel dans la ville (l’hôtel de la Tour). L’offre hôtelière est désormais essentiellement à Val-de-Reuil, près de l’autoroute, et pour le compte d’un grand groupe hôtelier (Accor). Les débits de boisson et restaurants se sont raréfiés dans la ville (à lire, notre étude sur l'offre hôtelière à Pont-de-l'Arche). Pis, la circulation est devenue un souci pour les riverains tant elle s’est accrue. Un contournement Est-ouest, au sud de la ville, a été inauguré en 2010 qui réduit le passage dans le centre-ville. Il complète ainsi le contournement nord-sud de 1955 avec le nouveau pont. La ville a perdu sa fonction de pôle ou d’étape. Les réseaux de transports passent à côté d’elle.

 

Sur ces détails de cartes de Pont-de-l'Arche de 1950 et de 2018 (Géoportail) on mesure à quel point le tissu urbain a gagné la majeure partie des terres disponibles entre l'Eure et la forêt. Sur ces détails de cartes de Pont-de-l'Arche de 1950 et de 2018 (Géoportail) on mesure à quel point le tissu urbain a gagné la majeure partie des terres disponibles entre l'Eure et la forêt.

Sur ces détails de cartes de Pont-de-l'Arche de 1950 et de 2018 (Géoportail) on mesure à quel point le tissu urbain a gagné la majeure partie des terres disponibles entre l'Eure et la forêt.

3.2. Consommation de masse, keynésianisme et spéculation.

La concentration capitaliste, qui a imposé les délocalisations, joue sur les économies d’échelle. Il faut fabriquer  et vendre plus de produits afin de réduire proportionnellement les couts de fabrication (en exploitant l’homme et en baissant la qualité des produits) et de transports (par l’énergie pétrolière). Cela permet de baisser le prix de vente et donc d’accroitre les marges grâce à une clientèle plus nombreuse. C’est ce qui explique pourquoi les boutiques ont gagné en surface. Déjà dans les années 1960 un supermarché apparut sur la place Hyacinthe-Langlois (Super Buna). L’ancien Coop (coopérateur de Normandie), épicerie variée de la rue de Paris ‒ un temps tenue par Roger Bonnet ‒ s’est agrandi le long de la rue Général-de-Gaulle dans un ancien local industriel. Les magasins se spécialisèrent et accrurent le débit de leurs ventes. Finies les petites crèmeries-débit de boissons familiales. Cette concentration capitaliste s’est déroulée partout où l’espace était disponible. Un centre-ville s’est retrouvé disqualifié pour accueillir les hypermarchés de la taille de ceux d’Igoville (Leclerc), de Caudebec puis Saint-Pierre-lès-Elbeuf (Leclerc), Val-de-Reuil (Mammouth)… Aujourd’hui, Pont-de-l’Arche est entouré d’au moins 15 hypermarchés dans un rayon de 12 kilomètres. Les hypermarchés ne sont plus seulement généralistes mais spécialistes (meubles, jouets, décorations, bricolage, travaux, vêtements…). Or, les économies que les clients réalisent en allant dans les hypermarchés, ils les laissent ‒ tout ou partie ‒ dans l’achat de voitures qui de luxe deviennent nécessité quand toute la ville les emploie en causant, par là-même, la fermeture des services de proximité. Les hypermarchés sont conçus pour la voiture et par le camion d’importation. Il n’est pas étonnant que le réseau soit devenu si dense autour des villes. Même la Seine a connu ce schéma : de fleuve naturel elle a été canalisée et les écluses ont été réduites au nombre minimum afin de libérer la navigation. Les anciens mariniers, haleurs, monteurs et même réparateurs du chantier naval d’Igoville (chantier Sénécaux, de 1900 aux années 1960) ont disparu et la Seine passe devant la ville sans rien lui apporter du point de vue de l’activité. Idem pour la gare, autrefois très fréquentée, elle a été délaissée au profit de la voiture individuelle (années 1970) et rares sont désormais les trains qui s’y arrêtent. Pourtant, la circulation ferroviaire n’a pas décru.

Le contournement inauguré en 2010 libère la ville du flot de voitures et camions qui font partie du mode de fonctionnement économique actuel. Mais il contribue à vider un peu plus le centre-ville et à faire de Pont-de-l'Arche une cité-dortoir, une périphérie de Rouen, Val-de-Reuil, voire de Paris (cliché Armand Launay, 2013).

Le contournement inauguré en 2010 libère la ville du flot de voitures et camions qui font partie du mode de fonctionnement économique actuel. Mais il contribue à vider un peu plus le centre-ville et à faire de Pont-de-l'Arche une cité-dortoir, une périphérie de Rouen, Val-de-Reuil, voire de Paris (cliché Armand Launay, 2013).

 

Mais ces immenses réseaux de transport servent aussi à mieux mettre en concurrence les travailleurs et à les exploiter. Ainsi, les travailleurs doivent déménager pour obtenir un emploi. Maints Archépontains ont quitté leur région et leur sociabilité d’origine pour bénéficier d’un emploi ailleurs, parfois très loin (cet article est rédigé à 9000 kilomètres de Pont-de-l’Arche). Inversement, une immigration massive, issue désormais de tous les continents, vient fournir un contingent de travailleurs souvent plus exploitables. Les routes ont donc été goudronnées après 1945, les routes nationales cèdent peu à peu la place à un réseau autoroutier. C’est en 1970 que Pont-de-l’Arche s’est retrouvé à une heure de route seulement de Paris par la construction du tronçon Les Essarts-Heudebouville de l’autoroute de Normandie. Le contournement sud de la ville, inauguré en 2010, a pour fonction de relier des parties d’autoroute afin d’éviter un péage supplémentaire. Il libère aussi la ville du trafic routier mais la vide encore d’une part de sa clientèle. Aujourd’hui, il est question de construire une nouvelle autoroute afin de contourner par l’Ouest l’agglomération de Rouen et ce en longeant le Val-de-Reuil, Léry et en coupant de nouveau la Seine au niveau du Manoir.

Le capitalisme a aussi été contraint de changer un peu. Après des études et des luttes socialistes, après constatation de la logique perverse de la course au profit à court terme (crise de 1929, déclenchement des guerres), le capitalisme a intégré, par la force, une dose de keynésianisme. Cette doctrine de l’économiste britannique John Maynard Keynes (1883-1946) pose que l’État doit réguler le capitalisme et imposer une dose de démocratie dans le fonctionnement autocratique (le pouvoir d’un seul) de l’entreprise. Keynes a montré qu’il était bénéfique de réguler l’économie et d’augmenter les dépenses publiques pour relancer la commande, donc la production, donc l’emploi et, ainsi, la prospérité. Depuis les années 1930 ‒ à l’initiative notamment de député de Louviers, Pierre Mendès-France, devenu ministre ‒ la France est entrée en partie dans le keynésianisme. En augmentant les salaires, en officialisant la mutualisation de certaines caisses (sécurité sociale, retraite...), les travailleurs ont accédé à un meilleur niveau de vie. C’est ce qu’on appelle l’État providence, l’État qui intervient au nom des citoyens qui se protègent des aléas de la vie. Pour cela, l’État réutilise largement les outils monétaires du capitalisme. Les travailleurs deviennent donc de plus grands consommateurs à défaut, peut-être, d’en être de meilleurs.

Cette logique a renforcé la consommation de masse et la logique capitaliste s’est renforcée. Une partie des opposants au capitalisme sont devenus, presque malgré eux, les chantres d’une consommation de masse appelée “pouvoir d’achat”, “accès aux services” et qui passe pour sociale. Or, le keynésianisme s’est retrouvé noyé dans une nouvelle phase de dérégulation du capitalisme dans les années 1980. La population est sommée, depuis, de travailler plus pour gagner plus et... consommer plus ; tout cela en croyant que ses intérêts sont ceux du grand capital.

 

Les services publics pallient les défauts du mode de fonctionnement capitaliste et lui donnent, peut-être, un visage humain avant la prochaine crise (cliché Armand Launay, 2014).

Les services publics pallient les défauts du mode de fonctionnement capitaliste et lui donnent, peut-être, un visage humain avant la prochaine crise (cliché Armand Launay, 2014).

 

Le secteur de l’immobilier illustre cela qui a fait l’objet d’un développement capitaliste. Suscitant le désir des gens d’habiter dans des logements agréables, vastes, avec chambres individuelles, places de parking… des entreprises se sont développées autour de la vente de terrains, de construction et de vente de biens immobiliers. D’un centre-ville médiéval ramassé derrière ses remparts, la ville s’est étalée sur la majeure partie des terres cultivables tout en abandonnant la culture vivrière par les potagers et autres vergers. Seule une exploitation agricole perdure sur quelques terres archépontaines et, surtout, criquebeuviennes (Jean-Marie Delimbeuf, abbaye de Bonport, avec en sus une activité de production de machines d’exploitation agricole et forestière). Les petites maisons qui accueillaient encore de grandes familles dans les années 1960 ont été délaissées par de grandes maisons accueillant en moyenne 4 personnes aujourd’hui. Cette marchandisation des sols et de la construction a fait doubler la population archépontaine : de 2025 personnes en 1946, la population était de 4223 personnes en 2015. Ce doublement n’est pas dû à une activité intense des Archépontains autour du lit conjugal mais bien plutôt à l’attraction de populations nouvelles, cherchant un cadre de vie agréable et doté de services publics variés proches de leurs lieux de travail à Rouen, ou Val-de-Reuil... Les maisons sont, le plus souvent, isolées au milieu d’une propriété et donc moins propice au contact. Elles constituent de petits châteaux où leurs résidents peuvent avoir ‒ pour certains ‒ la sensation de s’autosuffire dans les loisirs fournis par les appareils tels que la télévision et l’ordinateur. Pour payer ces belles demeures, les foyers consacrent un budget de plus en plus lourd à l’immobilier, que ce soit à l’achat ou à la location. Les sols se faisant rares, ils n’en deviennent que plus précieux donc plus chers. Les foyers s’endettent car les banques font recette sur les prêts, tout comme elles le font sur les États qui commandent beaucoup aux grands groupes (infrastructures, routes…). Les habitants ayant été formés à l’esprit capitaliste, nombre d’entre eux spéculent sur la valeur des biens et les mettent en location afin de courir au profit, faisant ainsi monter plus encore les loyers. Il n’est pas étonnant que les agences bancaires soient devenues nombreuses dans le centre-ville commerçant où les logements vides sont de plus en plus nombreux.

Cette très forte demande immobilière explique aussi pourquoi l’exploitation des carrières s’est répandue dans la vallée de la Seine. Pour ne citer que les communes jouxtant Pont-de-l’Arche, les sablières ont déformé le paysage à l’orée de la forêt à Martot et Criquebeuf, le fond de vallée à Igoville, Alizay et Martot et la vallée de l’Eure à Val-de-Reuil, Léry et Poses où des lacs de loisirs ont rempli et remplacé les anciens lieux d’extraction des sables et graviers.

 

 

Pour satisfaire le secteur de la construction immobilière, en pleine explosion depuis 1945, la ville de Pont-de-l'Arche est encerclée de carrières de sables et graviers (cliché Armand Launay, 2006).

Pour satisfaire le secteur de la construction immobilière, en pleine explosion depuis 1945, la ville de Pont-de-l'Arche est encerclée de carrières de sables et graviers (cliché Armand Launay, 2006).

 

3.3. Un quartier périphérique à animer.

La course aveugle vers le profit, qui caractérise la logique capitaliste de libération du désir, pose de nombreux problèmes concrets et moraux. Les luttes républicaines et ouvrières l’ont démontré. Elles conduisent les victimes, quand elles sont conscientes, à exiger que les autorités publiques obtiennent de nouvelles prérogatives pour réguler et, si possible, équilibrer les rapports sociaux afin d’espérer améliorer l’intérêt général.

Pont-de-l’Arche fut un pôle militaire, administratif puis industriel. La ville a été dépossédée de ses atouts. Elle est aujourd’hui essentiellement à côté des flux. Elle est le lieu de quelques industries, devenues rares, voire précaires. Son centre-ville commerçant et artisan perd de son attractivité. Pont-de-l’Arche constitue un quartier périphérique où les travailleurs veulent se reposer en fuyant le fonctionnement du monde qu’ils contribuent à faire vivre. La ville est un quartier de Val-de-Reuil, de Rouen et, moindrement, de Paris. Certains traitent de cité-dortoir.  

La commune et la Communauté d’agglomération Seine-Eure (CASE, fondée en 1997) sont en charge de nombreuses demandes. Le développement économique en revient à la CASE qui promeut le territoire et favorise l’implantation d’industries et de services à l’échelle de l’agglomération. À ce titre, un village d’artisans, baptisé “la lisière” a été implanté à Pont-de-l’Arche en 2014 le long du contournement sud. La CASE a entériné le fait que le centre-ville n’existe économiquement plus selon cette logique. À destination des employés, la commune et certains services d’État, ou délégataires, accompagnent la population vers le retour à l’emploi. Concernant les commerces et artisans, près de 60 sur toute la ville, la commune a ‒ le plus souvent ‒ repris les animations autrefois assurées par l’Union commerciale. La commune propose ainsi des animations de Noël, une communication et un soutien au tourisme par le biais du terrain de camping municipal et autres activités. Elle propose aussi une participation à la Journée nationale du commerce de proximité, des repas en plein air animés de concerts dansants l’été (les Nocturnes du vendredi), des expositions d’arts plastiques, une commande directe pour la cérémonie des vœux...  

Les élus doivent aussi se mobiliser afin de sauvegarder au mieux l’industrie locale. C’est ce qu’a démontré la volonté de l’entreprise Mreal de fermer définitivement sa papèterie d’Alizay ; ceci afin de raréfier la production et donc de vendre plus chers ses produits par une entente avec ses “concurrents” ayant chacun fermé un site de production. Il a fallu une mobilisation sans relâche des employés, par le biais des syndicats et avec l’aide d’élus et de collectivités, afin que la papèterie puisse continuer à exister mais en devenant, en 2013, une propriété du groupe thaïllandais Double A. Ceci ne garantit en rien les décisions à venir de cette entreprise pour qui Alizay (150 employés) n’est qu’un point sur la carte.

 

 

La commune et des organismes d’Habitations à loyers modérés (HLM) tentent de loger les personnes exclues du marché économique ou mal incluses. La commune tente de respecter la loi relative aux Solidarités et au renouvellement urbains (SRU, adoptée en 2000) qui dispose qu’au moins 20 % des logements doivent être dévolus à l’habitat solidaire. La population semble donc mise à mal par la spéculation immobilière. Mais le nouveau type d’habitat ‒ et le fait de rassembler des populations venues de différents horizons ‒ semble poser des problèmes de sociabilité : la commune est tenue d’offrir des services palliant ces lacunes et rapprochant les gens dans un concept nouveau appelé la “cohésion sociale”.

La mise en concurrence et le besoin de formation à des emplois plus techniques conduit les parents à désirer un système scolaire performant et donc à développer les infrastructures. Les parents étant pris par un emploi, le plus souvent hors de Pont-de-l’Arche, la commune se voit chargée d’occuper les jeunes par une crèche, un relai des assistantes maternelles, un service parentalité, puis un accueil périscolaire le matin, le midi et le soir, une cantine, un accueil de loisirs, un espace pour les adolescents et les jeunes adultes. Une politique de jeunesse a ainsi émergé depuis les années 1970.

En matière de lien social, toujours, la commune se doit de plus en plus de produire les occasions où les gens peuvent se rencontrer, faire connaissance. Cela allait naguère de soi car les gens se fréquentaient nécessairement en tant que voisins, membres de familles locales, passants dans les rues du quotidien, clients des mêmes commerces, membres des mêmes associations (fanfare, majorettes, paroisse, partis, clubs sportifs) et collègues dans les entreprises de la ville. Depuis les années 1950 la sociabilité, largement par le biais des loisirs, fait l’objet d’un projet politique de plus en plus fort. La municipalité doit proposer une salle des fêtes (1954), une piscine (pendant quelques années), et mettre des infrastructures, souvent sportives, à la disposition des habitants par le biais des associations. Elle propose un agenda culturel et soutient techniquement et financièrement les associations, notamment par la mise à disposition de locaux communaux.  

 

En ce qui concerne les vieilles personnes, la commune et divers organismes publics doivent intervenir pour pallier le manque de présence de familles et l’accroissement de la durée de vie nécessitant une vigilance et des soins médicaux. Ainsi l’Établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes (l’EHPAD Julien-Blin) est devenu l’un des grands employeurs de la ville (plus de 50 personnes, même si cela ne suffit pas à l’augmentation des exigences de soins). La commune a pris en charge la résidence pour personnes âgées “Les Pins” en 2016 et propose des moments de sociabilité dont certains sont appelés “intergénérationnels”.

Autre aspect non négligeable des actions à entreprendre : l’environnement. Puisque la majeure partie des terres sont désormais construites, les espèces se font rares, l’écosystème est perturbé et la pollution omniprésente. L’action publique travaille à la qualité des eaux, des berges, de l’air, de l’entretien des espèces végétales naturelles, de la circulation des animaux malgré le contournement et l’autoroute, en forêt de Bord. En effet, la forêt de Bord est aussi exploitée avec visée de rendement. Ses parcelles sont taillées en quatre, ses essences choisies aux fins de commercialisation par l’Office national des forêts.  

Les espaces libres sont devenus rares. Cependant, la commune continue à bétonner selon une logique de production effrénée. Il s’agit désormais de construire dans les “dents creuses”, de densifier l’habitat, de “reconstruire la ville sur la ville”. La commune ressemble, depuis les 1950, à un promoteur immobilier qui voit le nombre d’habitants comme une recette fiscale, un rendement. Quand les habitants souhaitent conserver un espace non bâti, cela peut faire l’objet d’une lutte comme autour d’un lot de la Pommeraie ; lutte qui a participé de la chute du maire Paulette Lecureux en 2001.  

Il s’ensuit une prise d’importance de l’action et de l’emploi publics. Elle se manifeste dans la structure de l’emploi ; la commune étant devenue le plus grand employeur de Pont-de-l’Arche avec près de 90 personnes salariées en 2018. Ceci sans compter les agents publics des différentes administrations d’État, du département, de la CASE qui interviennent sur le territoire communal.  

 

Image industrielle dans la froidure de l'hiver 2011. Ici les toits de l'usine Marco depuis les bureaux de la mairie (cliché Armand Launay).

Image industrielle dans la froidure de l'hiver 2011. Ici les toits de l'usine Marco depuis les bureaux de la mairie (cliché Armand Launay).

Conclusion

Nous nous posions comme problème central : est-il possible de déterminer le ou les moteurs d’une économie archépontaine, selon les époques, et d’en déduire l’impact sur la sociabilité ?

Après cette étude, qui commence à ressembler à un plan de mémoire de Master, nous sommes tentés de répondre par l’affirmative.

Nous avons découpé l’histoire de Pont-de-l’Arche en trois périodes. La première regroupe le Moyen âge et l’Ancien régime. D’un point de vue patrimonial, c’est le Pont-de-l’Arche intramuros qui témoigne aujourd’hui encore, partiellement, de ce que fut la cité du roi. Le centre-ville fourmillait d’activités de services pour les familles nobles, officiant pour le roi, ainsi que pour la garnison de la ville et de Limaie. Un marché et une halle attiraient les producteurs et les acheteurs de la région. Les voyageurs trouvaient dans cette étape sur la voie Paris-Rouen et dans ce point de passage sur la Seine, un ensemble de services de restauration, hôtellerie, cordonnerie… La population se voyait contrainte de produire et importer de quoi assurer le fonctionnement de cette place forte du roi. Elle y était pleinement occupée même si elle demeurait généralement pauvre.

La deuxième période concerne la révolution industrielle et le développement d’un savoir-faire local : le chausson, puis la chaussure. C’est le Pont-de-l’Arche intramuros ainsi que celui des faubourgs qui en témoignent. Des centaines d’Archépontains se sont retrouvés salariés et ouvriers. Leurs conditions de vie sont restées frugales, voire misérables. Leurs intérêts se sont rejoints dans la revendication de droit sociaux et de meilleures conditions de vie. Ce peuple a habité dans les petites maisons médiévales et les quelques logements ouvriers des faubourgs. Il a fait vivre le commerce et la sociabilité du centre-ville.  

La troisième période concerne l’après-guerre et le franchissement d’une nouvelle étape de concentration capitaliste des moyens de production. C’est le Pont-de-l’Arche des nouveaux quartiers et des aménagements publics. La sociabilité a explosé afin de se conformer aux investissements capitalistes. Les entreprises de chaussures ont fermé leurs portes, hormis Marco. D’autres industries vont et viennent, sans garantie de rester à moyen terme. Une partie de la population a quitté les lieux pour trouver meilleur emploi. Une large partie de la population est venue s’installer récemment dans les nouveaux quartiers issus de la spéculation foncière et immobilière. Désormais, une très large partie des habitants ne travaillent pas dans la ville et fréquentent un réseau routier aussi immense que l’argent qu’il engloutit dans sa construction et son entretien. Ces habitants résident dans des quartiers peu propices au lieu social, hormis le voisinage immédiat. Les pouvoirs publics sont sommés de pallier le manque de sociabilité par une offre de loisirs, de formation, de culture. Ils sont sommés de donner une place professionnelle aux habitants ou, à défaut, un toit, une subsistance.   

La ville a largement perdu son rôle central en matière d’échanges. Les habitants échangent surtout en dehors de la ville. Le centre-ville se vide de sa substance, bien qu’il résiste mieux que dans beaucoup d’autres cités. Ce n’est pas une question de rentabilité qui nous intéresse mais bien plutôt de rôle social, d’habitude au contact qui manque à nombre d’habitants. Il semble que les habitants aient beaucoup perdu en qualité de vie à cause des choix économiques d’une minorité. Nous avons même l’impression d’une aliénation des consciences tant ce mode de vie semble normal, ou acceptable, pour de nombreuses personnes isolées dans leurs maisons et qui ne fréquentent ni les rues ni les associations sauf, peut-être, pour les loisirs de leurs enfants.    

Sans en faire une revendication, c’est le paradigme marxien qui nous a le plus aidé dans l’analyse de l’économie locale. En effet, sans trop y réfléchir on pourrait se leurrer en croyant que la pensée de Karl Marx valait pour une période révolue depuis le début de la désindustrialisation. Or, sa pensée, celle du Capital en particulier, est plus d’actualité que jamais : les bras locaux ne sont plus guère nécessaires car il en existe de plus exploitables ailleurs. Il semble que ce soit le keynésianisme, c’est-à-dire grossièrement le pouvoir d’achat donné par l’État ‒ dit providence ‒ aux habitants, qui rende intéressants les habitants et la région aux yeux des investisseurs capitalistes. Mais l’argent continuera-t-il à couler ? Qui plus est, cette vision très monétaire des choses donne l’illusion, à grands renforts de transferts de sommes, que chacun peut vivre satisfait sans contact réel avec autrui et sans devoirs envers lui. C’est une vision aveuglée par la course à l’argent et aux plaisirs à court terme. Les rapports humains doivent être soignés et les consciences doivent réaliser combien notre système économique nous coute cher en bienêtre.

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

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15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 15:43

En parcourant les archives du journal radical-socialiste L'Elbeuvien, nous avons trouvé deux articles portant sur le même évènement organisé en 1901 par le mouvement socialiste alors naissant à Pont-de-l'Arche ; mouvement dont peuvent se revendiquer à la fois le PS et le PCF de nos jours puisqu'il est antérieur de quatre ans à la fondation de la Section française de l'internationale ouvrière (SFIO).

 

L’Elbeuvien du 24 février 1901

Conférence socialiste

Le groupe « le Réveil Social de Pont-de-l’Arche » organise pour le dimanche 24 février prochain, une conférence publique, gratuite et contradictoire avec le concours du citoyen Lepez, secrétaire de la fédération socialiste de la Seine-Inférieure, qui traitera : Du Nationalisme et de la Doctrine Socialiste.

Cette conférence se fera à 2 h. précises du soir, salle du premier étage, chez M. Motte, hôtel du Midi, à Pont-de-l’Arche.

Nous espérons que tous les citoyens vraiment libres, que tous les républicains de bonne foi, viendront assister à cette manifestation antiréactionnaire et protester contre l’invasion de la bande nationaliste qui est venue dimanche nous rendre visite.

 

Le 3 mars 1901

Conférence socialiste

Dimanche dernier, le citoyen Lepez faisait à Pont-de-l’Arche une causerie sur le nationalisme et la doctrine socialiste.

Parlant du nationalisme, dit le Petit Rouennais il en a expliqué le but tout de haine et de discorde, il a expliqué sa corrélation avec l’antisémitisme et rappelé les crimes commis au nom de ses politiques.

Puis, il a indiqué par quels moyens les socialistes croient pouvoir arriver à l’établissement de la société collectiviste, qu’il a esquissée à grands traits.

Après Lepez, le citoyen Fauconnier, d’Elbeuf, développe également les idées socialistes et, comme lui, se fait applaudir.

Les deux camarades s’élèvent énergiquement contre la guerre et engagent vivement tous les gens de cœur à s’unir en des groupes d’études sociales.

Des citoyens présents donnent immédiatement leur adhésion au groupe « le Réveil Social de Pont-de-l’Arche ».

Une quête au profit des mineurs de Montceau-lès-Mines a produit 7 fr. 10.

Un punch était offert aux camarades de Rouen et d’Elbeuf, et les membres du groupe ont fort bien dit des chansons socialistes.

Le Secrétaire

L'hôtel du Midi, actuellement l'Estaminet, était un des lieux de sociabilité, notamment politique, du Pont-de-l'Arche de la Belle-époque.

L'hôtel du Midi, actuellement l'Estaminet, était un des lieux de sociabilité, notamment politique, du Pont-de-l'Arche de la Belle-époque.

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17 janvier 2014 5 17 /01 /janvier /2014 20:39

Difficile, surtout quand on a passé son enfance à Pont-de-l'Arche, d'ignorer le Centre de loisirs, tant ce service communal est central dans la sociabilité archépontaine. Cependant, bien qu’à deux pas du centre-ville, le beau « château » du Centre de loisirs reste bien énigmatique un peu caché dans sa bulle verte. Nous avons voulu faire le point sur l'historique et la valeur patrimoniale de ce bien du XVIIIe siècle, largement remanié au XIXe siècle.

 

La façade Est du Château du Centre de loisirs fraichement rénovée (cliché Armand Launay, juin 2013).

La façade Est du Château du Centre de loisirs fraichement rénovée (cliché Armand Launay, juin 2013).

Description architecturale du Château (2010)

Dans le langage courant, le « château » sert à désigner le bâtiment principal du Centre de loisirs. C’est dans le cadre d’une réhabilitation complète que l’équipe municipale, réunie autour de Richard Jacquet, a officialisé ce nom le 25 juin 2012 en même que « parc des loisirs » pour le domaine alentour.

Le Château est une maison bourgeoise constituée d’un corps de bâtiment unique rectangulaire à un étage plus un étage de comble. Reposant sur un sous-sol, cet édifice en brique partiellement enduite est parfaitement symétrique. Avec son programme décoratif, ceci le rattache à l’architecture néoclassique du XVIIIe siècle. Le toit mansardé, recouvert d’ardoises, est ajouré par deux séries de cinq lucarnes le long des murs gouttereaux et deux séries de trois lucarnes le long des murs pignons (largeur du bâtiment). Ce nombre d’ouvertures est le même au rez-de-jardin et au premier étage (trois ouvertures étant des portes). Des frontons triangulaires couronnent le dessus des fenêtres du premier étage et des lucarnes. Un léger avant-corps sur la façade dégage les portes principales. Des moulurations de plâtre décorent avec des motifs végétaux l’encadrement des portes d’entrée de certaines portes intérieures mais aussi des plafonds du rez-de-jardin. Ceux-ci sont notamment décorés de médaillons représentant des angelots mais aussi des profils de femmes comme dans des camées. Quelques boiseries, un parquet, un peu de faïence aux murs laissent entrevoir quelle fut la richesse de la décoration intérieure de ce bâtiment vraisemblablement construit au milieu du XVIIIe siècle mais largement remanié au XIXe siècle. La maison du concierge est contemporaine de ces remaniements, elle qui n'existait pas encore en 1834 sur le plan cadastral (voir plus bas), et qui présente une façade ressemblant à celle du Château.

Le pot-à-feu couronnant le chien-assis de la façade Est (cliché Bertrand Gascoin, 2011).

Le pot-à-feu couronnant le chien-assis de la façade Est (cliché Bertrand Gascoin, 2011).

Détails de décorations du Château et notamment les médaillons du rez-de-chaussée présentant des enfants montant des dauphins, frappant une enclume et cultivant un champ cliché Armand Launay, décembre 2010).Détails de décorations du Château et notamment les médaillons du rez-de-chaussée présentant des enfants montant des dauphins, frappant une enclume et cultivant un champ cliché Armand Launay, décembre 2010).
Détails de décorations du Château et notamment les médaillons du rez-de-chaussée présentant des enfants montant des dauphins, frappant une enclume et cultivant un champ cliché Armand Launay, décembre 2010).Détails de décorations du Château et notamment les médaillons du rez-de-chaussée présentant des enfants montant des dauphins, frappant une enclume et cultivant un champ cliché Armand Launay, décembre 2010).
Détails de décorations du Château et notamment les médaillons du rez-de-chaussée présentant des enfants montant des dauphins, frappant une enclume et cultivant un champ cliché Armand Launay, décembre 2010).Détails de décorations du Château et notamment les médaillons du rez-de-chaussée présentant des enfants montant des dauphins, frappant une enclume et cultivant un champ cliché Armand Launay, décembre 2010).
Détails de décorations du Château et notamment les médaillons du rez-de-chaussée présentant des enfants montant des dauphins, frappant une enclume et cultivant un champ cliché Armand Launay, décembre 2010).Détails de décorations du Château et notamment les médaillons du rez-de-chaussée présentant des enfants montant des dauphins, frappant une enclume et cultivant un champ cliché Armand Launay, décembre 2010).

Détails de décorations du Château et notamment les médaillons du rez-de-chaussée présentant des enfants montant des dauphins, frappant une enclume et cultivant un champ cliché Armand Launay, décembre 2010).

Un bien communal depuis 1980

C’est le 11 aout 1980 que la Ville de Pont-de-l’Arche, représentée par son maire Roger Leroux, acquit la propriété « Meunier ». Située au n° 5 de la rue Roger-Bonnet, cette propriété des faubourgs était vaste (plus de 2 hectares notamment boisés) ce qui explique pourquoi la Ville souhaita y créer un Centre de loisirs, après l’avoir imaginé un temps à l’endroit où fut construite la résidence Pierre-Mendès-France. Une partie des terrains de la propriété Meunier permit la construction de la résidence Louis-Aragon. Une autre fut utilisée pour des constructions privées en bas de la rue Olivier-des-Bordeaux. Le Centre de loisirs fut géré par deux associations (l’ALEPA puis le CAEJ) entre 1982 et le 1er janvier 2004 où il fut municipalisé par l’équipe de Dominique Jachimiak. Le Château accueille aussi l’école de musique et de danse Erik-Satie. Celle-ci fut créée en 1979 sous le mandat de Roger Leroux et son adjointe Paulette Lecureux. Elle intégra le Château du Centre de loisirs et devint intercommunale en 1983 avec le concours d’Alizay puis d’autres communes locales. C’est en 1996 qu’elle prit le nom du compositeur normand Erik Satie. De 2001 à 2013, la Communauté de communes Seine Bord se substitua aux communes qui constituaient avec la Ville de Pont-de-l’Arche la tutelle de l’école.

 

Les précédents propriétaires

En 1980, Georges Armand Meunier et Marie-Thérèse Gaudard vendirent leur bien à la ville. Ils en étaient propriétaires depuis le 22 septembre 1965. A cette date, ils achetèrent deux parcelles à la Société cellophane et la Société civile immobilière du Manoir (SOCIM, dépendant de la SICA, papèterie d’Alizay). Ces deux sociétés avaient acheté ces parcelles à Jules Albert Prieur et sa femme Louise Marie Mallet le 24 avril 1953, pour la première, et le 8 mai 1962 pour la seconde. Jules Albert Prieur (1890-1965) est un personnage qui a compté dans l’histoire de Pont-de-l’Arche car il faisait partie des plus grands industriels de la chaussure. Albert, comme il se faisait appeler, reprit avec son frère Henry l’entreprise créée par leur père, Henry Prieur. Bâtie sur la route de Tostes (l’entreprise Luneau de nos jours), ils employèrent jusqu’à 350 personnes en 1923. Fortement mécanisée, cette entreprise se tailla des parts de marché au niveau national avant de décliner et de fermer ses portes en 1964. Pour revenir au « Château », Albert Prieur l’avait acheté le 11 mars 1919 à Jean Maurice Georges Ferrière, habitant la rue de la Seille, à Rouen. Ce dernier était maitre des lieux en 1908. En 1891, le Château et son domaine étaient le bien de la veuve Jean Gustave Tisset. Enfin, André Constant Delalande, fabricant de draps à Elbeuf, était propriétaire en 1877. Il mourut en 1884. Etant données les caractéristiques architecturales du Château, décrit ci-dessus, nous avons affaire à un bâtiment reconstruit vers le milieu du XIXe siècle. Mais la propriété de ce Château existait déjà auparavant…

 

 

Une propriété aristocratique

Plusieurs éléments nous permettent de resituer le Château dans son environnement du XVIIIe siècle. Le plus clair est le plan cadastral de 1834 sur lequel est représenté le Château. Il est situé dans une vaste propriété enrichie, à l’ouest, d’un jardin à la française et de pièces d’eau qui campent un décor aristocratique. Il semble que des écuries soient situées le long de la route de Tostes. Une allée part vers le sud, vers la forêt. Ce domaine est représenté entouré de haies dans l'atlas de Daniel-Charles Trudaine, intendant des finances et directeur des Ponts et chaussées. On le voit sur la carte de Pont-de-l'Arche établie par Jean-Prosper Mariaval (fils) vers 1759. Elle fait partie des grandes propriétés bordant les faubourgs de la ville. Sans avoir retrouvé de preuve formelle, sous soupçonnons que cette propriété appartint à la riche famille Alexandre-Delafleurière, déjà étudiée par nos soins.

Le cadastre de 1834 montre nettement le Château du Centre de loisirs. La maison du concierge n'était pas encore bâtie et doit être contemporaines des remaniements du Château au XIXe siècle (Archives départementales de l'Eure).

Le cadastre de 1834 montre nettement le Château du Centre de loisirs. La maison du concierge n'était pas encore bâtie et doit être contemporaines des remaniements du Château au XIXe siècle (Archives départementales de l'Eure).

Dans l'atlas de Trudaine, la partie montrant Pont-de-l'Arche (1759) montre la propriété du futur Centre de loisirs entourée d'une haie.

Dans l'atlas de Trudaine, la partie montrant Pont-de-l'Arche (1759) montre la propriété du futur Centre de loisirs entourée d'une haie.

Un domaine de la famille Alexandre-Delafleurière ?

Jacques Isaac Alexandre Delafleurière (1770-1837) s’engagea dans l’armée révolutionnaire comme écrit sur l’acte de naissance de Jacques Isaac Poupardin datée du 12 mai 1793. Il est signé par les parents, Nicolas Poupardin et Madelaine Baron, et par Jacques Isaac Alexandre décrit comme dragon de la Manche et domicilié sur la route du Neubourg. Or aucune autre habitation n’existait sur cette route que la propriété qui nous intéresse. La solde d’un jeune militaire n’expliquerait pas qu’il fût propriétaire d’un des plus vastes domaines archépontains. Son père, Jacques Joseph Alexandre Delafleurière (1747-1825) était conseiller du roi en la maitrise des eaux et forêts de Pont-de-l’Arche et, plus précisément, garde-marteau. Il joua un rôle de premier rang à la Révolution en devenant maire jacobin puis commissaire du canton et, ensuite, conseiller général. Il était un des plus riches notables de la ville avant 1789 et acquit des terres lors de ventes de biens nationaux au premier rang desquels Bonport. Il acquit aussi des terres le long de la route du Vaudreuil, au triège du Val, le long de la route du Neubourg, dans le faubourg de Limaie, à la Cavée, la Maladrerie, la ferme du Bon-air, au Chêne Jaunet, dans la forêt de Bord, dans l’ile de Bonport, à la Sente à Cagnon... Cet homme semble bien placé pour avoir laissé un bel héritage à son fils Jacques Isaac.

 

D’autres vestiges du bâtiment ayant précédé le Château ont été mis au jour en 2012 par les vastes travaux de réhabilitation de l’ensemble du Centre de loisirs lancés par l’équipe de Richard Jacquet. Les entreprises ont fait ressortir un mur à pans de bois séparant l’ancienne cuisine du couloir d’entrée du Château. Qui plus est, est apparu un parquet posé à bâtons rompus (en chevrons décalés) à même les solives reposant chacune sur deux rangées de briques. On peut ajouter à ces vestiges des parties de la cave réalisées en moellons calcaire.

Quelques vestiges du bâtiment antérieur au Château ont été mises au jour lors de la réhabilitation du Centre de loisirs (cliché Bertrand Gascoin, 2012).

Quelques vestiges du bâtiment antérieur au Château ont été mises au jour lors de la réhabilitation du Centre de loisirs (cliché Bertrand Gascoin, 2012).

Dernier élément qui atteste la préexistence d’une propriété en ce lieu, les bâtiments annexes du Centre de loisirs. Epars, ils sont constitués en moellon calcaire et trahissent une fonction agricole. Les plus anciens semblent dater de la fin du XVIIe siècle. Le long de la rue Roger-Bonnet, un mur en moellon calcaire, ses beaux piliers de portail et un muret (le long de la résidence Louis-Aragon) rappellent l’existence des murs d’enceinte de cette ancienne et vaste propriété.

 

En guise de conclusion

Si les preuves formelles nous manquent, si les lieux ont largement été rebâtis au XIXe siècle, les quelques nouveaux éléments que nous avons mis en valeur confirment l’ancrage du Château du Centre de loisirs dans une atmosphère bourgeoise, voire aristocratique du XVIIIe siècle. Il semble que cet édifice et son domaine soient les héritiers d’une des vastes propriétés ayant appartenu aux notables du Pont-de-l’Arche de l’Ancien Régime.

 

Sources...

  ... citées dans l'article et archives municipales (matrices cadastrales). 

Armand Launay

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12 avril 2013 5 12 /04 /avril /2013 19:11

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Les carnages ?

A. Doinel rapporte [1] que les habitants de Pont-de-l’Arche étaient surnommés les « Carnages » à la fin du XIXe siècle. Prononcez Carnâges avec un dernier « a » gras. Derrière ce mot, tout comme celui de Pontdelarchiais, l’on sent la connotation populaire revendiquée par les milieux les plus modestes. Ce sobriquet serait issu de l’expression le « quart nage » [2]. En effet, quand Pont-de-l’Arche avait un pont fortifié, son franchissement était soumis à un impôt. Dans une note (page 59) de Diaire ou journal du voyage du chancelier Séguier en Normandie [3] Amable Floquet rapporte que « Au mois de mai 1616, ceux qui gardaient le château du Pont-de-l’Arche se permettaient des exactions sur les marchandises dont étaient chargés les navires qui passaient par là. Plus tard, l’abbé de « Bois-Robert, ayant découvert au cardinal que Saint-Georges, gouverneur du Pont-de-l’Arche, prenoit tant sur chaque bateau qui remontoit, et qu’on appeloit ces bateaux des cardinaux, Saint-Georges fut chassé. » Amable Floquet rapporte aussi que les Etats de Normandie, réunis à Rouen le 26 novembre 1643, remontrèrent au roi que « La garnison du Pont-de-l’Arche est un impost sur le vin » et qu’il faudrait faire « défenses aux soldats de rien prendre ausdicts basteaux » et en faire « respondre le capitaine du chasteau » qui était toujours Jean de Lonlay, seigneur de Saint-Georges. Le même Amable Floquet clôt ainsi la note : « Le 11 mars 1649 (pendant les troubles de la Fronde), le Parlement supprima, comme illégal, le droit de cinq sous par courbe de chevaux hallants bateaux entre Elbeuf et le Pont-de-l’Arche. » Selon la tradition orale, le sobriquet des Archépontains – les Carnages – viendrait de cet épisode où Pont-de-l’Arche était un pays où les quarts (de vin) nagent ; les marchands devant lâcher une partie de leur marchandise dans l’eau, à destination des soldats.  

Mais pourquoi désigner toute la population par une sorte d’insulte qui touche les gardes ? Peut-être y a-t-il un rapport avec les dizaines, voire centaines de personnes qui halaient les bateaux sous le pont et qui ont peut-être exigé parfois de quoi étancher leur soif ? Cette ancienne insulte est depuis longtemps devenue un clin d’œil amical au passé des Archépontains.

 

Pontdelarchiais ?  

Spontanément les habitants de la ville se sont appelés les « Pondelarchiais » ce qui, à défaut de bien sonner à l’oreille, est tout à fait logique. Certains d’entre eux ont même donné ce nom de « Pontdelarchiais » au dialecte normand mâtiné d’argot qui était parlé ici jusqu’à la Seconde guerre mondiale. Ce nom n’a jamais été officiellement donné aux habitants de la ville. Jusqu'à plus ample informé, personne n'a osé coucher cette forme par écrit. 

 

Archipontains puis Archépontains

Quand en 1900 Eugène Ferrand adressa un bilan de son mandat aux Archépontains [4], il l'intitula Six ans de mairie : aux habitants de la Ville de Pont-de-l’Arche et n'écrivit jamais Archépontains. Au début du XXe siècle apparait dans le langage oral l'expression Archépontine, écrite dans le journal L'Elbeuvien du 12 septembre 1917. On peut lire le féminin de la forme orale "Archépontin". Cependant cette gentilé ne fut pas fixée officiellement. 

On trouve « Archi-pontain » dans le journal L'Industriel de Louviers en 1934 [5] et encore « Archipontain » dans le premier bulletin municipal en 1965 [6]. C'est cette forme qui prédomine alors comme en témoigne le nom de la société créée en 1970 pour gérer la maison de retraite Les Pins : L'Association archipontaine des équipes féminines". C'est sous ce nom qu'elle demeure en 2013. 

Cependant, l'oralité lui a préféré la forme Archépontaine qui est enregistrée dans le marbre de l'administration depuis les années 1980 et de l'Internet depuis peu. 

A l'heure de l'Europe, il ne lui manque plus qu'une forme anglo-saxonne par laquelle certains  - dont je suis - pourraient dire crânement : I'm a native archepontan ! 

 

Notes

[1] Doinel A., Notice historique sur Alizay, 1880, Paris : Le livre d’histoire-Lorisse, 2004, 72 pages.

[2] Patin Jean-Pierre "Au pays des Carnages", Pont-de-l’Arche [bulletin municipal] n° 28, février 1996, Pont-de-l’Arche : mairie de Pont-de-l’Arche, 28 pages, voir la page 24.

[3] Floquet Amable, Diaire ou journal du voyage du chancelier Séguier en Normandie après la sédition des nu-pieds (1639-1640) et documents relatifs à ce voyage et à la sédition, Rouen, E. Frère, 1842, 448 pages.

[4] Ferrand Eugène, Six ans de mairie : aux habitants de la Ville de Pont-de-l’Arche, [1900], 15 pages. Bibliothèque administrative de la Ville de Paris : Br. 14781.

[5] L'Industriel de Louviers, "L'inauguration du groupe scolaire à Pont-de-l'Arche fut une belle manifestation de concorde"1er décembre 1934

[6] Pont-de-l’Arche : revue cantonale, mairie de Pont-de-l'Arche, 1965, 28 pages.

 

 


A lire aussi...

    L'historique de la ville

 

   Le blason de la cité

 

   L'insolite de Pont-de-l'Arche 

 

 

Armand Launay

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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 13:59

Maurice Delamare (8)

L'entrée du stade, carte postale des années 1960.

 

Le stade Jacques-Havet (1964)

Dans la rue Président-Kennedy, le stade Jacques-Havet est le premier équipement sportif permanent de la Ville de Pont-de-l’Arche. Les précédents terrains ne nécessitaient pas, ou peu, d’équipements et c’est ainsi que, au gré des constructions immobilières, on retrouve dans les archives des terrains provisoires du côté de la rue Maurice-Hervey, près de la rue Charles-Michels, sur la route de Louviers (en forêt) ou encore sur la route de Tostes comme les fêtes de la jeunesse en 1937. Avant 1934, les entrainements de gymnastique des écoles se faisaient sur la place de l’église avant d’être installés, durant la Seconde guerre mondiale, sur la future place du Huit-mai-1945, en face du groupe scolaire Maxime-Marchand et à côté de la future salle des fêtes.

Suite aux demandes exprimées par les écoles, dont la récente école maternelle, et les associations, le Conseil municipal présidé par Roland Levillain souhaita doter la ville d’un stade digne d’un chef-lieu de canton. Ainsi une délibération du Conseil municipal du 28 février 1958 fait état d’une réponse des Ponts et chaussées chiffrant la réalisation de cet équipement à 24 millions de francs. Les élus décidèrent de demander une subvention au service départemental des sports.

Une délibération du 27 mai 1960 nous apprend le transfert de l’ancien stade au nouveau et donc l’acquisition récente des terrains par la Ville le long de la route nationale 13. Le 21 février 1962, le maire notifie aux élus l’octroi d’une subvention par le Haut commissaire de la jeunesse et des sports pour réaliser le stade scolaire. Les élus finirent le dossier de financement et lancèrent les adjudications des travaux.

C’est ainsi que le 21 juin 1964 eut lieu l’inauguration du stade municipal et scolaire en présence de Roland Levillain, maire, de Maurice Herzog, Sous-secrétaire d’Etat à la jeunesse et aux sports, et de monsieur le Préfet. Outre le terrain de football, les tribunes et les vestiaires, le stade permettait la pratique du handball, près de l’école maternelle, et de plusieurs disciplines d’athlétisme notamment grâce à une piste en terre battue.

Ce stade a ainsi pu accompagner l’émergence de l’enseignement secondaire dans la ville avant la création du collège en 1967.

En 2001, cet espace fut baptisé du nom de Jacques Havet, ancien adjoint au maire et président de l’USPAI.

 

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Le stade Jacques-Havet en 2012 durant les Olympiades 276 (photo A. Launay)

 

Les terrains de tennis (1964-1980)

En juillet 1964, quelques semaines après l’inauguration du stade Jacques-Havet, le premier terrain de tennis fut livré, près des tribunes du stade. Toujours durant un mandat de Roland Levillain, le 12 mai 1971 les élus décidèrent la création de deux courts supplémentaires, le long de l’impasse des Chanterelles (lotissement de la Forêt). Ceci démontre la popularité de ce sport dans la ville. Des vestiaires furent créés en 1980 durant le mandat de Roger Leroux qui fit aussi couvrir le premier court de tennis, près des tribunes.

 

Tennis en 1965

Inauguration du premier terrain de tennis en présence de Roland Levillain, maire (photo Archives municipales)

 

La salle de tennis de table (1977)

La salle de tennis de table, située entre la rue Président-Kennedy et la place du Huit-mai-1945, date de 1977, le premier mandat de Roger Leroux.

 

Le Mille-club (1979)

D'abord envisagée dans la Salle d’Armes par Roland Levillain et son équipe, la salle de judo fut installée dans le Mille-club construit en 1979. Comme l’indique son nom, cet espace était polyvalent. Il accueillit aussi les premiers cours de l’école de danse. Le Mil-club de Pont-de-l’Arche est très tardif. Il fut attribué à la Ville par la Direction départementale de la jeunesse, des sports et des loisirs en 1977 et l'équipe de Roland Levillain vota les crédits nécessaires à la dalle de béton. Entre 1966 et 1978, 2 500 Mille-clubs ont été construits en France selon la volonté du ministère de la Jeunesse et des sports de multiplier les équipements socioéducatifs (l’opération « Mille clubs de jeunes »). Les Mille-clubs regroupent cinq modèles de préfabriqués légers, livrés en kit et montés sur place par les jeunes des communes concernées. Ils expriment la volonté de l’Etat d’assurer des missions de cohésion sociale principalement dans les zones récemment urbanisées dans le cadre de la reconstruction d’après-guerre. Les Mille-clubs devaient compléter le réseau des Maisons des jeunes et de la culture (MJC) d’un point de vue géographique mais aussi et surtout dans l’accueil des 15-25 ans sur des projets immédiats et sans spécialité particulière. Ces lieux de rencontre devaient faciliter les initiatives et la vie associative. A Pont-de-l’Arche, c’est un modèle CL 480 de 2e génération de Mille-clubs qui fut créé. C’est une structure modulaire poteau-poutre qui combine deux pièces carrées décalées de 45°. On mesure la recherche de hauteur sous le plafond. La forme particulière de ces équipements créés en série a largement participé à leur popularité.

A lire aussi : le Mille-club ou la prise en compte de la jeunesse dans la politique municipale à Pont-de-l'Arche . 

 

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Le Mil-club et son environnement en 2010 (photo A. Launay)

 

Le gymnase du collège (1986)

Ce gymnase, répondant à des impératifs pédagogiques, fut construit par le Syndicat intercommunal du secteur scolaire du CES de Pont-de-l’Arche en 1986. Bâti durant le mandat de Roger Leroux, il fut réalisé grâce à Paulette Lecureux, adjointe au maire et présidente du syndicat intercommunal. Il bénéficia d’importantes rénovations en 2010 suite au travail de Zahir Mechkour, président du syndicat, et de l’équipe de Richard Jacquet.

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Le gymnase du collège en 2012 durant les Olympiades 276 (photo A. Launay)

 

Le gymnase du Bon-air (2003)

L’équipe de Paulette Lecureux souhaita construire un équipement répondant aux attentes des clubs sportifs parmi lesquels le judo. Les élus envisagèrent de bâtir un gymnase au cœur de La Pommeraie mais les riverains souhaitèrent que ce lieu garde sa vocation première de poumon vert. Il fut ainsi décidé que le gymnase serait construit le long de la rue Nungesser-et-Coli. Les travaux furent conduits par l’équipe de Dominique Jachimiak et l’inauguration eut lieu en 2003.

 

Le stade Max-Fournier (1987/ 2005)

La construction du lotissement Jules-Massenet, en 1987, a nécessité le transfert de terrains de football et de rugby à l’espace Sainte-Anne, près du chemin de la Procession. A la fin du second mandat de Roger Leroux, la Maison des associations a été créée en 1987 dans un local de la rue Roger-Bonnet, acquis par la Ville en 1988. Puis, afin de réaliser le contournement sud de Pont-de-l’Arche, les terrains ont été déplacés au sud du Chêne-Jaunet en 2005. Ils ont été baptisés « Max-Fournier » en 2007 en hommage au premier président du Rugby club archépontain (RCA). Max Fournier fut muté au collège de Pont-de-l’Arche en 1969. Originaire de la Dordogne, il joua aux clubs d’Évreux et de Bernay. En 1977, avec de nouveaux collègues, il fonda le RCA avec l’aide du maire Roger Leroux.  

 

Sources

Registres des délibérations du Conseil municipal

Le Trait d’union : bulletin d’informations municipales

Verniers Hélène, « Les Mille clubs où la cabane industrialisée », dans Monnier Gérard, Klein Richard, Les années zup : architectures de la croissance 1960-1973, Paris : A et J Picard, 2002, 301 pages.

 

 

Armand Launay

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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 18:44

Dimanche 10 mars, la Ville de Pont-de-l’Arche accueillait les Amis des monuments et sites de l’Eure (AMSE), une association œuvrant pour la sauvegarde et la promotion du patrimoine bâti, écrit, artistique, naturel et paysager. C’est la première assemblée générale dans la ville depuis 1991 qui eut lieu à la Salle d’Armes sous la présidence d’Agnès Vermersch et avec la participation des locaux de l’étape Anita et Jean-Pierre Patin et Michel Lepont.

 

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Une partie des membres de l'AMSE visitant Pont-de-l'Arche le 10 mars 2013.

 

Fondée en 1927 et présidée depuis 6 ans par Pierre Roussel, l’AMSE fédère les énergies et conseille les élus et les particuliers soucieux de préserver le patrimoine. Le matin, ils étaient 150 dans l’Espace des Arts’chépontains pour une assemblée générale révélant une bonne santé : 780 adhérents, 250 communes amies, un budget à l’équilibre, des partenaires de choix tels que le Conseil général, le Service territorial de l’architecture et du patrimoine (STAP), la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC), la Fondation du patrimoine, le Conseil d’architecture, d’urbanisme et d’environnement de l’Eure (CAUE), le diocèse… Grâce aux nombreux bénévoles, l’AMSE est active : édition d’un bulletin, sorties à thèmes (héraldiques, églises…), journées Confluence, nuit des retables, ateliers du patrimoine avec France Poulain, directrice du STAP. Cette dernière, présente dimanche, a souligné la chance d’avoir à ses côtés l’AMSE, « une association qui, grâce à son intérêt pour tout le département, décloisonne des dossiers stoppés au niveau local. C’est par l’échange et la communication que peut se faire la protection du patrimoine » termine la jeune directrice. Présents aussi, le député François Loncle qui n’a pas tari d’éloges pour les bénévoles et Richard Jacquet, maire de Pont-de-l’Arche, qui a souhaité la bienvenue aux sociétaires et rappelé que « le patrimoine a besoin du soutien de chaque génération. C’est la seule manière de « disputer à l’oubli », comme l’écrivait Hyacinthe Langlois, artiste et historien né à Pont-de-l’Arche en 1777, les beautés et les enseignements laissés par nos ainés. » Il a ensuite présenté les réalisations de la commune aujourd’hui : l’orgue entretenu par Michel Lepont, nommé titulaire en 2009, restauration de tableaux (2009), publications sur le patrimoine notamment industriel, libération des douves (2012), restauration à venir de la statue Saint-Pierre et des lions des stalles, étude pour planifier les travaux dont Notre-Dame-des-arts a besoin, la fin de la restauration cette année de la boulangerie du baillage avec la Fondation du patrimoine et 7 jeunes en service civique. Puis l’AMSE a honorés quatre belles réalisations de 2012 avant un repas puis une visite commentée de la ville par Armand Launay et un concert d’orgue de Michel Lepont. A suivre, dans notre région, les visites gratuites au château de Gaillon du 25 mai au 2 juin et qui présenteront les techniques de construction de charpente à l’ancienne grâce à Charpentiers sans frontière, soutenus par la DRAC et épaulés par l’AMSE.

 

Plus d’infos sur www.amse.asso.fr 

 

Logo AMSE

 

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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 22:59

Pont-de-l’Arche à l’occasion des fêtes de noël et du nouvel an

Une promenade à travers les rues. Un coup d’œil aux étalages* 

 

 

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Les décorations de Noël dans la rue Président-Roosevelt en décembre 2012.

 

Nous voici revenus à la période de l’année qui nous ramène les fêtes de Noël et du Premier Janvier.

Aussi, dans les vitrines des marchands existe-t-il des choses merveilleuses, que contemplent, extasiés, des bambins de tout âge, de tout sexe et de toute condition. Il faut avoir eu l’âge de ces bambin-là ; il faut avoir, comme eux, connu ces joies puériles de l’enfance, cet abandon touchant des tout petits, dont le moindre jouet, fait naître sans les grands yeux étonnés, tout un océan d’extases, sèche une larme, et fait naître un sourire, pour comprendre ce que ces étalages de fin d’année, recèlent pour eux d'espérances et de charmes ; de désirs aussi, jamais inassouvis... ? 

Que ne voyons-nous pas, au hasard de nos promenades, le long des magasins, au milieu d’une troupe bambins qui les dévorent des yeux depuis les mignonnes poupées aux yeux de rêves :

Tous jolis, tous aimés, tous beaux,

Des yeux sans nombre ont vu l’aurore...

Dans la vitrine qui les recèle, attendant la mignonne aimée, qui les dorlotera, à la lueur des ampoules électriques qui leur font comme une auréole, elles regardent de leurs grands yeux étonnés, les mignonnes poupées blondes, ou brunes...

Puis, c’est toute la gamme des jouets : toute une ménagerie d’animaux en miniature ; des automobiles minuscules, attendant que leur heureux possesseur des lance sur quelque circuit de rêve... ; des petits ménages microscopiques, pour de petites poupées lilliputiennes... très peu de panoplies : on en a assez de la guerre !... et les canons, et les fusils d’antan, sont relégués pour le moment au magasin des accessoires...

Voilà ce que vous verrez si le hasard de vos promenades vous conduit, rue de Paris, au magasin de Mme Vve Blot.

Dans la même rue, chez M. Chantepie, bijoutier, c’est tout autre chose ; dans un éblouissement, dans un scintillement, dans un ruissellement de mille facettes, des bijoux sans nombre étincellent...! Des feux multiples de pierreries et des cascades de perles rivalisent de luxe et d’élégance. Il y en pour toutes les bourses et pour tous les âges, et leurs charmes tentateurs, vont bien des regards et bien des sourires ?...

Si nous nous acheminons ensuite, vers la place Hyacinthe Langlois, dont le buste regarde placide et débonnaire, défiler la file interminable des autos, allant vers... l’inconnu !... nous distinguons chez M. Briard et chez Mlle Porte, une avalanche de choses neigeuses, qui rivalisent de blancheur, avec la neige fraîchement tombée des espaces célestes. Parfois, un ruban minuscule, met sa note rose ou bleu d’azur, sur toute cette gamme de couleurs, sur toute cette débauche de blancheurs, sur lesquelles de fines broderies, mettent leur fin réseau...

Là, encore, vont les regards de bien des filles d’Ève ! plus d’une s’extasie devant ces beautés, et se voit... en rêve, parée d’un de ces riens charmants qui sont grâce de la  femme...

Une mention, en passant, à la pâtisserie et chocolaterie Dartois, dont les bonbonnières, les coupes, et les boîtes ciselées avec art et qui contiendront les chocolats, les fondants et les pralines, sans oublier, les marrons glacés, de succulente mémoire, satisferont les plus difficiles...

Une mention aussi, au magasin si coquet, tenu par Mme Énault, dont la maroquinerie, la bimbeloterie, et la mièvrerie des bibelots rivalisent de fraîcheur et d'élégance.

 

 

* Texte de J. Leroy publié dans L’Industriel de Louviers du 24 décembre 1932.

 

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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 22:18

Comme dans tous les terroirs, les habitants de Pont-de-l’Arche et sa région se donnaient des sobriquets, des surnoms. Aujourd’hui inusités, ils sont encore dans les mémoires et prêtent à sourire tant ils sont imagés, croquants voire loufoques. Quels sont-ils ? A quoi servaient-ils ? Que nous apprennent-ils ?

 

Fete-a-Jules2.jpgLa "fête à Jules" dans les années 1950 ; une festivité - organisée par l'association de pêche La Carpe - qui démontre la richesse de la sociabilité à l'échelle communale : ici la rue Président-Roosevelt pleine de monde pour le défilé. Au-delà des festivités, la sociabilité était quotidienne. Elle était le creuset d'une culture populaire qui s'exprimait notamment par le Pontdelarchiais, patois local, et les sobriquets. Merci à Gérard Desmaret pour cette photographie. 

 

Méthode

Depuis le début de nos travaux d’histoire sur Les Damps et Pont-de-l’Arche, en 2002, nous entendions parler de sobriquets, principalement lors d’une trentaine d’entretiens réalisés avec des personnes âgées natives des Damps ou de Pont-de-l’Arche. Certaines nous ont parlé de listes de sobriquets chez telle ou telle grand-mère, sans que quiconque ne les retrouve. Rapidement est née l’envie de lister les quelques sobriquets dont se souvenait chaque personne. Nous avons ainsi rassemblé près de 145 sobriquets reproduits en fin d’article. Les anciens nous ont précisé que chacun portait un sobriquet. Notre liste est donc un faible échantillon. Elle nous a néanmoins permis d’étudier cette pratique que nous apparentons au parler local, le Pontdelarchiais (voir sources) sur lequel nous reviendrons. Nous n’avons pas souhaité divulguer l’identité des personnes qui portaient ces sobriquets car ceux-ci sont le plus souvent moqueurs et pas tout à fait révolus en 2012... Nous nous sommes plutôt intéressés aux anecdotes qui ont forgé ces surnoms et aux raisons qui les ont fait perdurer.

 

Définition

Le dictionnaire de Wikipédia donne ce rapide historique de l’emploi du mot sobriquet : « L’étymologie de ce mot est inconnue. Son sens évolua de « petit coup sous le menton » (attesté en 1355 et 1398 sous la forme « soubriquet ») puis « raillerie », « moquerie » (sens fréquent au XVIe siècle) pour donner le sens de « surnom » attesté en 1531. Article consulté le 14 décembre 2012.

 

Les sobriquets : un phénomène social

Jusqu’au milieu du XXe siècle, les sobriquets impliquaient tous les Archépontains. Si des surnoms éphémères étaient forgés, les sobriquets étaient donnés à vie. Certains désignaient même des familles à partir du surnom d’un aïeul réputé. Les sobriquets étaient même le principal nom sous lesquels des gens, y compris très proches, étaient connus. Un cinquantenaire des Damps n’apprit le réel prénom de son grand-père qu’à l’enterrement de celui-ci, son sobriquet étant un simple prénom de baptême. Les sobriquets exprimaient donc un besoin de personnaliser les noms, ce qui illustre la proximité entre les habitants, voire la permanence des contacts entretenus en ce temps où l’on travaillait le plus souvent dans sa commune de résidence et où l’on ne partait ni en vacances ni en weekends.

 

Mais pourquoi remplacer les noms de famille ?

 

Ancien Régime : le sobriquet à l’origine des noms

Nous avons écrit que les sobriquets étaient plus utilisés que les noms réels qui, parfois, étaient parfaitement inconnus. Ce phénomène a été une constante de l’histoire. Ce n’est qu’à partir du XIIIe siècle que le nom de famille devint héréditaire en France. La croissance urbaine et l’émergence des documents de contrôle tels que les rôles de fouage (un impôt ancêtre de la taille) expliquent ce besoin des autorités d’identifier les sujets. Les surnoms donnés aux familles devinrent officiels et donc héréditaires. Cependant, cette officialisation ne mit jamais fin à la création et à l’utilisation des surnoms. C’est ce que démontrent les registres paroissiaux de Tostes au XVIIIe siècle étudiés par Max Masson (voir sources). Mouchard était un nom très courant dans ce village, et donc insuffisant pour identifier chaque l’individu. Ainsi l’officier d’état-civil accola le sobriquet d’un membre de cette famille en le nommant « Mouchard-dit-Greffier ». Puis ce nom fut résumé en Mouchard-Greffier et subsista sous cette forme durant quatre générations. Il s’inversa même en « Greffier-Mouchard ». Nous voyons que l’officialisation des surnoms a créé les noms de familles que cela ne s’est pas fait en un jour. De même, à Tostes, on désigna un Martin grâce à son lieu d’habitation ce qui permit d’écrire dans les registres de l’état-civil Martin-dit-Dupray. Ce nom se simplifia en Martin-Dupray, s’inversa en Dupray-Martin selon le procédé vu ci-dessus et, enfin, devint Dupray tout court... Ceci est l’un des derniers exemples de transformation de sobriquet en nom.

 

Mais à la Révolution les registres paroissiaux furent remplacés par un état civil officiel assuré par les mairies… Changea-t-il la donne ?

 

Le sobriquet résiste à l’état civil républicain

On aurait pu penser que la mise en place d’un état civil strict à la Révolution aurait sonné le glas des surnoms officieux. Il n’en a rien été. Les noms officiels restèrent encore secondaires dans le langage courant comme le montre Lucien Barbe vers 1875 dans la région de Louviers (voir sources). Dans son ouvrage Dictionnaire du patois normand en usage à Louviers et alentours, l’auteur définit « une grade », un synonyme local de sobriquet : « Deschamps c’est pas not’ nom, c’est une grade, mais je mangeons pus de pain à Deschamps qu’à Galle qu’est not’ nom ». De même à l’article « manger » Lucien Barbe explique que l’expression manger du pain à un nom signifie être appelé par ce nom : « Il mange plus de pain à Talmouse qu’à Durant signifie qu’il est plus souvent appelé Talmouse que Durand ». Autre preuve que le langage administratif n’avait pas éteint le langage courant, ici appelé patois normand, les noms de famille étaient alors encore considérés comme des adjectifs, c’est-à-dire, comme des mots faisant sens en eux-mêmes. Ainsi, dans le foyer de chez monsieur Le Fort vivait la famille La Forte. La femme de monsieur Le Grand était madame La Grande.

 

Quel était l’intérêt de maintenir des sobriquets alors que les noms et prénoms étaient clairement établis par l’état civil ?

 

Pourquoi employer des sobriquets à vie ?

Pour nous qui ne donnons plus de sobriquets, on peut se questionner sur les motivations de nos ancêtres. Notre liste de sobriquets démontre leur envie de s’amuser en attribuant des surnoms fleuris et moqueurs rappelant des anecdotes amusantes, un trait de caractère ou un aspect physique… Une référence amusante, donc, sauf peut-être pour la personne ainsi désignée. Un autre intérêt des sobriquets est illustré par une délibération du Conseil municipal de Pont-de-l’Arche du 24 décembre 1803 qui désigne le maitre de pont et ses aides : « Germain Riberpré aîné, Louis Lambert, François Riberpré, Nicolas Gonnord, Riberpré dit Dombresque, Pierre Gonnord dit la Violette, Michel Vallet, Guillaume Grenier, Jacques Morel, Antoine Gonnord, Jacques Prévost dit Matelot, Antoine Langlois, Boniface Riberpré, Tanvin (?) Riberpré ». Il suffit de voir revenir aussi souvent les noms de Riberpré et Gonnord pour comprendre l’intérêt des sobriquets et ce d’autant plus que les prénoms de baptême variaient alors assez peu. Plus précisément, les sobriquets rappellent un trait de caractère, un aspect physique, des déboires très personnels qui font rigoler les autres. Leur simplicité, leur caractère très personnel permettent d’identifier de très nombreuses personnes dans le quartier, dans la ville. Ils témoignent d’une sociabilité où les rapports humains sont denses, qu’ils soient agréables ou pas. Comme nous l’avons écrit plus haut, le sobriquet permettait parfois d’identifier des familles à partir du surnom d’un aïeul bien connu.  

 

Mais qu’est-ce qui a pu mettre fin à l’usage des sobriquets, alors profondément ancrés dans les usages ?

 

La fin des sobriquets ou le changement profond de la sociabilité

Les sobriquets ont survécu une génération au Pontdelarchiais, le patois local (voir sources). Leur usage dans toute la ville s’est néanmoins perdu après la Seconde guerre mondiale. Les gens du cru ne les ont pas oubliés pour autant. Ils ont été encore été utilisés dans les cercles familiaux et, parfois, pour taquiner ou dénigrer quelqu’un dans la ville, quand ce n’était pas un lapsus. Ils ont disparu avec les anciens, ceux de la génération que nous avons interrogée. Leurs enfants se souviennent encore de quelques sobriquets, souvent les mêmes. Certes des surnoms continuent d’exister dans les sphères familiales et amicales, mais ils n’ont pas cours dans toute la ville et n’ont donc pas la même fonction que les sobriquets qui nous intéressent. La fin des sobriquets et du Pontdelarchiais illustre la transformation profonde de la sociabilité communale. Désormais, les contacts sont plus rares et, surtout, moins continus : la majeure partie des habitants vit dans des quartiers pavillonnaires et non dans le centre-ville et la promiscuité que vivaient nos ancêtres. Avec la fermeture de nombreuses usines (principalement de chaussures), rares sont devenus les voisins qui travaillent dans la même entreprise et qui se côtoient donc le plus clair de la journée. Les loisirs sont devenus individuels, très souvent tournés vers l’intérieur du foyer ou vers les séjours à l’extérieur de la ville, voire du pays. La rue archépontaine est ainsi moins remplie, tout comme ses cafés, ses fanfares, sa paroisse, ses fêtes traditionnelles… Les habitants quittent la ville pour aller dans des grandes surfaces, parmi des inconnus, alors que leurs ainés allaient quotidiennement dans les petites boutiques du centre-ville. En somme, rares sont devenus les habitants ayant – ou se donnant – les moyens de vivre une riche sociabilité à l’échelle communale malgré les nombreuses animations proposées par la mairie, les associations et la présence de boutiques… Les sobriquets parlent donc d’une époque où rares étaient les anonymes dans la ville : même sans connaitre le nom de la personne, elle était repérée, identifiée.

 

 

    A lire aussi :

    Sobriquets des habitants de la région de Pont-de-l’Arche

 

 

Sources documentaires

 - Barbe Lucien, Le dictionnaire du patois normand en usage à Louviers et alentours, 1877, réédité en 1998 par Page de garde, Saint-Aubin-lès-Elbeuf, 127 pages ;

 - Launay Armand, Le Pontdelarchiais, parler de Pont-de-l’Arche ;

- Masson Max, L’histoire de Tostes par Tostes pour Tostes, [ca 1985] ;

 - Ville de Pont-de-l’Arche, délibérations du Conseil municipal.

Lexique de sobriquets d’habitants de Pont-de-l’Arche

 

Adjudant (l’) : une femme qui refusait même qu’on parle le Pontdelarchiais.

Adoré (l’) : sobriquet d’un sergent de Gendarmerie qui devait apprécier cet hommage ironique à ses vertus militaires.

Beau gland :

Bérot : …

Bête-à-puces : certainement quelqu’un qui faisait des économies de savon.

Beubeur : écrit Bobor sur une publicité de 1926. Nom peut-être dû à proximité de la forêt de Bord vu que celui qui le portait vivait à la ferme du Bon-Air.

Bisteuquette : c’est moins le sens du surnom que ce qui l’a inspiré qui intrigue ici...

Bite eud’ fer : …

Blanc-d’Espagne : une spécialité d’un pilier de bar ?

Bois-sans-soif :

Bousique : comme une ode à la bouse…

Brouette-à-boyaux (la) : cet homme avait un ventre généreux au point de pouvoir reposer sur une brouette, outils que l’homme en question poussait souvent.

Café-au-lait : encore une habitude bistrot (voir à Cafés-noirs, aux Damps).

Caloupette (la) : un alcoolique notoire qui s’est roulé au moins une fois sur la place Aristide-Briand.

Canasuc : homme qui partit en voilier aux « Isles » où l’on cultive la canne à sucre.

Capitaine-tralala (le) : cet homme était un capitaine de remorqueur qui aimait être élégant. On disait alors de lui qu’il était sur son trente-et-un ou, autrement dit, sur « son tralala ».

Caporal : surnom d’un couple. On disait de leur fille « C’est la fille à Caporal ».

Caramel : un gourmand ?

Carnera : référence au nom d’un célèbre boxeur.

Casque d’or : surnom donné à un rouquin.

Catte en chaleur (la) : …

Cayenne (la) : …

Chatouillante (la) : femme qui devait se vexer plutôt facilement.

Ch’fal-en-viande : homme plutôt bien en chair.

Chiasse (la) : surnom explicite encore donné aujourd'hui, à d’autres…

Cinoquet : ?

Cirage : …

Copain-vert : homme qui a eu plusieurs fois la goutte au nez. C’est imagé.

Coucou-du-bord-de-l’eau (le) : une femme connue pour sa pratique assidue du commérage.

Coucouille : quelqu’un de peu malin ?

Couillou (les frères) :

Croute-de-pain : …

Cul-d’ beurre : y en eût-il un pour s’en assurer ?

Cul-d’ brique : un arrière train solide ou aux muscles saillants ?

Cul-d’ brouette : surnom d’un maraicher.

Cul-d’ lapin : homme aux hanches fines.

Cul-pointu : …

Cul-rouge : …

Dare-dare : un homme qui était r’morqueur de péniches sur la Seine.

Diable (le) :

Dix-heures-dix : patron d’usine de chaussures qui marchait en canard, les pieds étant illustrés par la position des aiguilles dans le cadran.

Domino : une activité caractéristique de la période.

Emile Quin qu’à l’eau : …

Espion (l') : un Archépontain propriétaire d'un jardin au Val des Damps surveillait son bien alors qu'il fut surpris par des soldats allemands pendant être eux-mêmes surveillés.

Feu-rouge : un homme au teint rougeaud…

Fiquette : …

Fleur (la) : surnom d’un fleuriste...

Froufrou : une dame élégante.

Gadoue (la) : femme qui fouillait les poubelles, alors parfois pleines de suie.

Grain-d’sel : « Tu vas pas y mettre ton grain de sel ! » Un homme se mêlant de toutes les affaires.

Grande-porette (la) : de poireau ?

Grenadiers : un président d'honneur de la fanfare. Il demandait souvent en braillant : « Jouez-moi les Grenadiers ! Jouez-moi les Grenadiers ! », le nom d'une chanson.

Gros-fifi : un patron d’une petite usine de chaussures demanda à un jeune de lui chercher du Gros-filet, qui était le nom d’un tabac à priser. Or, le jeune revint effectivement avec du gros filet... mais à pêche, sous le regard évidemment compréhensif de ses collègues.

Gros-quinquin : peut-être donné à un homme qui avait l’habitude de caresser un gros chien en l’appelant ainsi.

Guigneul : surnom d’un enfant qui bougeait tout le temps. Il changea de nom plus tard en même temps qu’il changea de loisirs : Nez rouge, plus bas dans le lexique.

Hareng-saur : une habitude alimentaire ici… croquée.

Henri de l'hôtel : un tenancier du disparu Hôtel de Normandie.

Ingénieur (l’) : un Archépontain désigné ainsi par ses collègues du parc à bois de la SICA (Alizay) où il disait tout savoir et avoir tout vu.

Japon :

Jaunes (les) : un sobriquet qui annonce la couleur...

Julia-mille-gueule : vendeuse sur le marché.

Libellule (la) : …

Limace (la) : une flèche, certainement...

Ma-canette :

Madam’-Hareng : femme qui allait souvent chercher du poisson. Or, un jour, alors qu’elle était à l’usine, sa machine commença à faire des étincelles. Elle prit peur et s’enfuit en courant sans oublier ses deux sacs qui, sous les secousses, déversaient dans l’atelier les poissons fraichement acquis...

Maquâ (les) : nom d’un homme qui s’était fait mordre le nez par un petit cochon qu’il avait gagné à la fête du village (elle se trouvait alors sur la place du Souvenir). De maquer : manger, mordre, en normand.

Marat :

Marcel-gros-nez : un sobriquet qui parait sortir tout droit de la cour de récréation.

Maria-la-fleur : dame portant une cicatrice sur la joue.

Marie-Valentin : …

Mazaro : un homme drôle, parait-il.

Menton-d’galoche : un physique avantageux... pour les moqueurs !

Misaères (les) : famille de commerçants aisés qui se plaignaient tout le temps.

Moiniau-rouge :

Moiniau-vert :

Mon-p’tit-bésot : employé dans le cadre familial. Un jour, une femme attendait la visite d’un de ses neveux, le p’tit bésot en question. Or, un autre membre de la famille, bien adulte celui-là, frappa à la porte. Alors la bonne femme ouvrit la porte en disant « entre mon p’tit bésot ! ». Et depuis, cette expression est restée dans la famille.

Napoléon : un tout petit homme.

Nez-rouge : un homme de grande réputation…

Odette-pénin :

P’tit-quinquin : avait-il des liens de parenté avec Gros-quinquin ? 

Pacro (les) : surnom donné à toute la famille du Père pacro.

Pénette-de-pie : une réputation peu virile.

Pénette-de-v’lour : ce sobriquet appelle sérieusement à s'interroger sur les circonstances qui l’ont inspiré... 

Perdrix : un chasseur ?

Père-Bâton (le) : c’était le surnom d’un garde-champêtre. On a tout simplement conservé son nom de famille en accolant l’expression normande : l’ père

Père-carabi (le) :

Père-la-Saint-Anne (le) : sobriquet forgé à partir de déboires sentimentaux ayant eu lieu durant la fête Sainte-Anne. 

Pétard-au-cul : aurait été donné suite à son affolement lorsque des pétards ont explosé dans sa boite aux lettres.

Petite-ponette (la) : désignait une personne frêle.

Pétrusses (Les) : ...

Pinot : venait-il des Charentes ? ou, tout simplement, appréciait-il certaines productions liquides de cette région ?

Poil-de-careute : un rouquin ?

Poil-de-brique : cette expression isolait la nuance de couleur capillaire située entre le roux et le châtain clair.

Pop’line : nom d’un tissu. Ce nom est certainement lié au fait que l’homme qu’on désignait ainsi était chauffeur de taxi, soucieux de l’aménagement intérieur de son outil de travail.

Pouchin : poussin, en normand.

Poule-de-soie : une femme qui aimait les vêtements délicats ?

Poulou : de « loup », une référence aux yeux rouges ?

P’tit-bon-Dieu (l’) : un homme si avenant qu’on lui donnerait le bon Dieu sans confession ?

Qua-qui-brule (l’) : anecdote relative au Qua-qui-miaule (voir ci-dessous) qui prit feu un jour de fête. Alors, évidemment, les croquants s’exclamèrent : « Tiens ! Y a le qua qui brule ! »

Qua-qui-miaule (l’) : une mère demanda à son enfant d’aller chercher un fromage nommé « Vache qui rit » à l’épicier du coin. Le petit retint mal et le nom et demanda à l’épicière  un « qua qui miaule ! » C’est une des versions de l’origine de ce sobriquet très connu. Autrement, il s'agit peut-être d'une référence locale à une chanson interprétée par Fréhel, chanteuse française d'avant la Seconde guerre mondiale : Un chat qui miaule.

Quinquin : de quin, un chien.

Querbettes (les) : ou, selon une autre prononciation, les garbettes. A rapprocher du mot normand gambettes (les jambes) ou lesguerbettes (les petites gerbes) ?

Roi-du-bout-dur (le) : expression typique des ouvriers de la chaussure. Le bout dur est la partie bombée qui forme l’avant de la chaussure, composée d’un cuir fortement durci. Néanmoins, il est très probable que les auteurs de ce surnom aient joué sur une équivoque moins dicible.

Roucoule : un homme faible devant la gent féminine ?

Six-douzaines : nom du patron d’un café qui eut le malheur de réitérer en public à sa femme qui lui demandait combien d’huitres elle devait prendre pour le soir : « Six douzaines ! »

Sœurs-fléchettes (les) : sobriquets des infirmières.

Souris (la) : …

Sous-marin-vert (le) : une bande de copains jeta un des siens à la rivière.  L’infortuné ne remonta pas de suite à la surface, d’où le Sous marin, et lorsqu’il sortit de l’eau il était couvert d’algues.

Sucre-bien : encore un qui devait fréquenter les bistrots.

Tailleur : homme qui eut le malheur de se faire surprendre par un proche en train de recoudre un bouton.

Tête tremblante (la) : un Archépontain dont la tête balançait de droite à gauche...

Ticra (les) : Les petits crabes. La famille qui portait ce nom l’a « pêché » en allant à la rocaille sur la côte. Elle en ramena des petits crabes, notamment, dont elle eut le malheur de parler... T’as t’y vu mes ti cras ?

Titif-’ti-couillon : désignait un coiffeur.

Tutur : de voiture ?

Zoute (la) : serait une déformation de « la goutte ».

Lexique de sobriquets d’habitants des Damps

 

Bambino : référence à la chanson de Dalida ?

Bouquéton : est-ce que cela à voir avec le bouc ? Ou son odeur ?

Brigadier : surnom d’un homme qui voulait faire la loi dans sa rue…

Cafés-noirs (les) : nom de bistrot certainement individuel à l’origine. Ce sobriquet s’est transformé en Café au lait. Est-ce une adaptation au quotidien ?

Chapeau-d’tôle : un homme têtu ?

Chatons (les) : l’origine est obscure. Ce sobriquet désigne les membres d’une famille nombreuse des Damps et de Léry. Aux Damps, il a surtout désigné les deux tenancières de l’épicerie de la rue des Carrières. Les enfants qui allaient chercher des bonbons disaient alors : « On va aux Chatons ! »

Chat-qui-pond : c’est un surnom d’enfance donné à un élève qui demanda tout simplement si les chats pondaient pour mettre des petits au monde. Les camarades ne furent pas très compréhensifs…

Coucou : sobriquet d’un homme qui sifflait beaucoup et qui aurait, ainsi, laissé son nom à une rue des Damps.

Golden : nom donné dans les années 1970 à un homme qui prit une pomme dans une cour. Or le propriétaire voulut le planter de sa faux. Ses amis vinrent à sa rescousse... mais seulement pour le rebaptiser.

Groboir : sobriquet qui figure sur l’acte d’inhumation d’un Dampsois du XVIIIe siècle dont la réputation était faite.

Mère-soulier (la) : …

Mimi-Pinson : pour une femme qui chantait bien. Elle était gaie comme un pinson, en somme.

Père-chevreuil (l’) : l’homme que l’on nommait ainsi chargeait le bois en forêt de Bord et le transportait grâce à des chevaux afin de le débarder sur les berges de la Seine. Le chevreuil est gracieux, mais surtout agile comme l’est le débardeur qui saute entre les futs et qui passe une bonne partie de sa journée dans les bois.

Père-pacro (l’) ou père-caluhaut : le premier terme est peut-être une déformation de maquereau et le second est une référence à un des grands plaisirs de ce pêcheur de caluhaut, un poisson remontant, de nuit, le courant de la Seine jusqu’à Poses.

Radis (les) : … 

Roselyne-tabac : membre d’une famille où deux femmes s’appelaient Roselyne et tenaient un bar… tabac !

Sheriff (le) : sobriquet donné par les enfants qui essayaient de jouer dans une rue sans trop se faire gendarmer par leur voisin.

Torpille (la) : ce sobriquet trouve son origine sur le terrain de foot où l’homme en question était très rapide.

 

 

 

Lexique de sobriquets d’habitants de Criquebeuf-sur-Seine

 

Bout-de-mine : …

Bruleurs-d’âne (les) : sobriquet des Criquebeuviens. Il date de la fin du XVIIIe siècle et prend sa source dans d’obscures explications. La légende narre que les habitants de Criquebeuf, grands amateurs de fête, voient arriver  d’un mauvais œil l’austérité du maigre Carême. C’est pourquoi, ils font un joyeux carnaval le jour du Mardi-gras. Mais, cependant, ils trouvent quand même trop triste la fin du Mardi-gras et le prolongent le Mercredi des Cendres par de folles libations. Mais, un jour, rien n’y fit, envoutés dans la folie du carnaval des habitants se livrèrent à de véritables bacchanales et remplacèrent le traditionnel pantin par un âne qu’ils offrirent en sacrifice à la fête... 

Cageot : nom de maraicher qui, comme tous les autres, vit au milieu des cageots.

Careute : nom donné à un maraicher, encore un.

Catouillette : …

Colinette :

Cul-béni : …

Cul-bleu : l’homme à qui on attribuait ce sobriquet était un maraicher portant des salopettes rapiécées avec des bouts de tissus bleus.

Mâqueux-d’careutes (les) : c’est un sobriquet archépontain qui désignait les habitants de Criquebeuf, eux qui étaient si nombreux à travailler dans les maraichages… En Français, il signifie les mangeurs de carottes…

Paillasse : …

Patinette : quelqu’un qui faisait de petits pas.

Petit-prince : …

Place-ton-pied :

Queue-d’nœuds :

 

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 22:12

A lire aussi : 

Les sobriquets à Pont-de-l'Arche et sa région : étude sur les surnoms que se donnaient les anciens habitants

 

 

« Mais prête aussi l’oreille à l’argot des commères

Bourdonnant à tes pieds aux étaux du dimanche,

A leur langue salée, à l’invective amère

Lancée en bon patois, les deux poings sur les hanches,

Et tu reconnaîtras par ce verbe gaulois,

Le sang fier de la race aux illustres exploits

Dans les veines d’enfants des « machons » d’autrefois. »

 

 

Edmond Spalikowski, Pont-de-l’Arche d’hier et d’aujourd’hui, 1930.

 

           Edmond Spalikowski adressait ces mots poétiques à Hyacinthe Langlois, dont le buste trônait au milieu de la place qui porte aujourd’hui son nom, à Pont-de-l’Arche. Et quel témoignage nous laisse ici Edmond Spalikowski ? Nos ancêtres de Pont-de-l’Arche ne s’exprimaient pas en français, mais en patois… C’est que montra aussi Octave Mirbeau, qui vécut de 1889 à 1893 aux Damps, dans certaines de ces nouvelles et principalement celle qu’il intitula « Le rebouteux » où Jacques-Éloi Latorne, le rebouteux en question, ne parle pas un français très académique. Mais, en quoi consistait ce moyen de communication qui était parfois appelé « Pontdelarchiais » et dont nous conservons le nom ?

 

Le Pontdelarchiais fut le langage des ouvriers de Pont-de-l’Arche mais aussi des commerçants et des notables. Ceux-ci l’utilisaient moins spontanément en société, voire pas du tout mais le comprenaient. Ce parler était le langage vernaculaire, c’est-à-dire de tous les jours, d’une majorité d’Archépontains avant la Première Guerre mondiale. Seule une minorité décroissante de la population continua à le pratiquer jusqu’à la Libération. Puis il cessa d’être utilisé en public.

À la différence d’une langue, un parler n’a ni grammaire ni écriture. Le dialecte non plus mais il est pratiqué dans une plus vaste région que le parler. C’est pourquoi nous appelons parler le langage autrefois usité à Pont-de-l’Arche.

Mais, comment avons nous trouvé trace de ce parler ? Aucun texte ne se rapporte directement au parler de Pont-de-l’Arche. Seule l’étude de Lucien Barbe, Dictionnaire du patois normand en usage à Louviers et dans les environs, publiée dans les bulletins de la Société d’études diverses de Louviers, au début du siècle dernier, et rééditée plus récemment par les éditions Page de garde, nous informe de ce que fut le parler normand de la région de Louviers. Ensuite, quelques mots écrits par Octave Mirbeau et Edmond Spalikowski, comme nous l’avons vu, nous renseignent un peu sur ce sujet.

 

Principalement, ce sont les témoignages oraux qui nous ont permis de dresser un petit lexique de termes et d’accents archépontains. Nous avons ensuite comparé les témoignages oraux aux éléments de l’étude de Lucien Barbe afin de définir s'il y a concordance entre les lexiques. 

Alors, en quoi consistait le Pontdelarchiais ? Quelle place occupa-t-il dans le temps et, surtout, dans la sociabilité de la ville ?

 

Maurice-Delamare--13-.JPGDes habitants posant pour la photographie dans la rue Maurice-Delamare, vers 1910. Au fond, on aperçoit les ouvriers de chez Marco. Les ouvriers de la chausure, comme toutes les classes populaires, étaient des locuteurs du Pontdelarchiais.   

 

           En quoi consistait le Pondelarchiais ? 

En 2005, date de réalisation de cette étude, plusieurs dizaines de personnes se rappellaient avoir entendu le Pondelarchiais. Certaines l’avaient parlé ou en avaient hérité quelques mots. Cependant, le vocabulaire ne leur revenait pas spontanément en mémoire car il y a longtemps qu’il ne servait plus à communiquer, même en famille, hormis quelques mots utilisés comme un clin d’œil complice et amical adressé aux amis de longue date.

En effet, le Pontdelarchiais était le ferment d’une identité populaire locale. Il n’y a pas eu de ségrégation à proprement parler entre horsains et Pontdelarchiens, terme populaire par lequel se désignaient certains locuteurs du Pontdelarchiais, mais simplement des relations plus complices et la reconnaissance d’être un « vrai » Pontdelarchien... Ceci rejoint un aspect de la sociabilité propre aux villages, aux petites villes et aux quartiers : la restriction de l’appartenance à une communauté selon la naissance et selon un contact quasi quotidien. Les vieux Archépontains définissaient comme étant de Pont-de-l’Arche les personnes nées d’Archépontains (seul un parent des Damps ou de Criquebeuf n’était pas vu comme étranger à la ville). Les personnes venues d’ailleurs inspiraient souvent une réticence au contact qui pouvait perdurer à vie.

Nous distinguons donc ici deux types d’habitants :

- les Pontdelarchiens, membres des familles implantées de longue date dans la ville ;

- les Archépontains, nouveaux habitants issus de l’extérieur. Ce terme s’est échappé d’un livre comme le montre sa construction toute artificielle. Cette dimension n’est pas anodine : autant Pontdelarchien est un terme oral, officieux et sans orthographe, autant Archépontain montre la volonté de désigner de manière officielle, neutre, les habitants de la localité.

            Quant au terme de Pontdelarchiais (prononcez pond’larchié), il exprime volontairement une vulgarité, appréciée et revendiquée, comme le laisse entendre la dernière syllabe. Les anciens locuteurs du Pontdelarchiais, ou les témoins avertis, en sourient et partagent cette connivence quand ils évoquent ce qu’ils appellent un argot, voire un accent. C’est un langage châtié que l’on peut comparer au « purin » des ports (au Havre, notamment), du même registre, exprimant lui aussi la vulgarité d’un langage un peu râpeux qui ne plaisait pas à tous. Nous avons aussi ressenti cette vulgarité affichée dans le dégout de certaines personnes lors d'entretiens. Le rejet est net et exprime une non-appartenance à cet usage. 

Les habitants des Damps, de la vallée de l’Andelle et les Rouennais reconnaissaient ce qu’ils appelaient l’ « accent de Pont-de-l’Arche » et qu’ils distinguaient aisément du Cauchois ou de l’argot. 

 

 

Quels étaient le vocabulaire, l’accent et les origines du Pondelarchiais ?

          Lorsque l’on regarde les mots qui forment le lexique du Pontdelarchais (annexe I), la première chose qui frappe est l’accent et le vocabulaire normands. Il suffit de les comparer avec les mots précieusement sauvegardés par Lucien Barbe (annexe II) pour se rendre compte de nombreuses similitudes.

           Dans les deux cas, les cauchons désignent les chaussons ; le sérugien désigne le chirurgien et l'on retrouve la présence - étonnante - de mots d’origine allemande : choumaquer et choumacre désignant respectivement la réparation des chaussures et le cordonnier. Le lien entre le Pontdelarchiais et le dialecte normand local est net et n’étonnera personne. Le Pontdelarchiais apparait comme une survivance urbaine d’un parler local. 

Mais les mots argotiques sont nombreux, comparativement au nombre de termes répertoriés. Ils semblent traduire deux choses. Premièrement, étant encore employés de nos jours, ils sont revenus plus spontanément à l’esprit des personnes interrogées. Deuxièmement, car les gens n’ont pas pu se tromper, ces termes argotiques faisaient partie du Pontdelarchiais. Il semblerait que le Pontdelarchiais ait été un mélange entre le dialecte local et l’argot des ouvriers dont les éléments ont survécu à l’extinction du dialecte.

Relativisons quand nous parlons d’extinction du dialecte car, encore de nos jours, nombreuses sont nos expressions qui relèvent plus du dialecte que du français académique.  

Néanmoins, si un vocabulaire et un accent local demeurent, la communauté des locuteurs du Pontdelarchiais a bel et bien disparu. Abordons ici quels ont été les moteurs de cette disparition.

 

            Expliquer la disparition du Pondelarchiais 

L’instauration de l’Éducation nationale, à partir de 1880, a accentué la disparition des dialectes en permettant aux nouvelles générations d’employer un nouvel outil d’expression : une langue. Cette langue, le français, devait être un outil d’insertion pour celui qui – comme de plus en plus de personnes – était amené à déménager. Cette politique d’éducation fut louable mais pécha par son libéralisme : elle laissa l’initiative aux parents de transmettre leurs savoirs, y compris linguistiques. Comme le préconisait Condorcet pour l’héritage religieux dans son Premier mémoire sur l’instruction publique, en 1792 : l’État se doit de fournir une éducation commune aux enfants de la Nation tout en laissant aux parents de choix d’instruire leurs filles et fils dans la foi ou l’idéologie qu’ils trouvent judicieuse. Les dialectes, plus que les religions, furent souvent négligés par les parents.

En effet, les dialectes ont été dévalorisés car ils n’étaient pas l’apanage des élites. Expressions des gens du peuple, ils passèrent pour un handicap frappant les exclus de l’ascension sociale. Or, la communication, et donc la maitrise de la langue des élites, compte parmi les outils de promotion individuelle. Nombreux furent les parents qui jugèrent inutile d'apprendre le dialecte, jugement renforcé par des instituteurs considérant que celui-ci était un frein aux études.

Qui plus est, le normand parlé dans l’Eure disparut assez rapidement car il était en contact direct avec Paris et il présentait de nombreux points communs. Le normand influença – et fut influencé – par le français depuis le Moyen Age ; d’où le fait que l’apprentissage du français se passa sans autre difficulté que la perte d’une habitude et l’utilisation d’un vocabulaire différent.

L’émergence de la culture écrite a largement contribué à la perte des dialectes qui vivent dans l’oralité. C’est que démontre, encore de nos jours, la difficulté de les utiliser à l’écrit. Mais, modérons maintenant le propos. Les dialectes n’ont pas tous disparu. Certains d’entre eux ont réussi à se maintenir suffisamment longtemps, généralement loin de Paris et dans un tissu social populaire, pour être remis à l’honneur en tant que patrimoine justement repérable du fait de sa rareté. De dialectes, ils sont le plus souvent devenus des langues possédant leur grammaire, leurs formes écrites et leurs écoles.

Mais nous avons abordé un facteur géographique qui mérite plus d’attention : le développement des transports apporte de nouvelles personnes et, de là, de nouveaux modes d’expression. À l’inverse, les moyens de locomotion permettent à des autochtones de s’expatrier. Les communautés locales se retrouvent donc renouvelées par des communautés pratiquant une autre langue, voire plus. Or, dans ce domaine, Pont-de-l’Arche est un véritable carrefour. 

 

 

           Conclusion  

Pont-de-l’Arche conserva longtemps son parler comparativement au reste de la région : celui-ci ne s’éteignit qu’aux alentours de la Seconde Guerre mondiale. Cette longévité doit trouver son origine dans le très important tissu ouvrier de la ville, l'industrie de la chaussure employant jusqu'à 2 000 personnes dans les années 1930, dont une grande partie d'Archépontains. Le parler local était le ferment d’une culture ouvrière tout comme le fut et l'est encore le ch’ti, par exemple. Cependant, la crise qui a frappé l’industrie de la chaussure fit passer le nombre d’usines implantées à Pont-de-l’Arche et aux Damps de plus de seize à une seule en quelques décennies. Ceci eut pour effet de désolidariser les ouvriers qui durent travailler hors de la ville (Renault à Cléon, la SICA à Alizay). De ce fait, le lien social s’est distendu : les Archépontains ne travaillèrent désormais plus dans la même usine que le voisin, le frère, et durent utiliser le français avec les nouveaux collègues de travail. Puis, des Archépontains ont émigré. Inversement, de nouveaux habitants se sont installés ou ont travaillé  dans la ville. C'était la fin d'un terroir. 

 

Annexe I

 

Petit lexique de mots et de prononciations du Pondelarchiais

 

Nous avons consigné ici les termes communiqués par une trentaine d’Archépontains dans le cadre d’entretiens réalisés principalement entre 2003 et 2005.

 

A’ : Elle. Par exemple : comment a’ va ?

Aller à la cochure : Aller à la chaussure, au travail.

Arpions : Doigts de pied.

Barouette : Brouette.

Ben : Bien.

Baisant(e) : Sympathique, par exemple a’ l’est pas baisante c’te bonne femme.

Besson, béchon : Boisson.

Bézot / bézotte : Le bézot c’est le p’tit dernier de la famille et, par extension, un p’tit gamin qui a une bonne bouille.

Bisteuquette : Bistouquette.

Bolbai : Bolbec.

Boujou : Bonjour, salut, au revoir.

Caloupette : Galipette.

Careute : Carotte.

Carnages (les) : Sobriquet des Pondelarchiens. Un carnage d’éfant : Un enfant qui bouge beaucoup tout en étant très bruyant.

Carnasse (la) : un cartable.

Catouille : Selon les cas ; chatouilleux ; vite irrité ; trop minutieux ; maniéré. T’es catouille ?

Cauchon : Chausson.

Ch’ais t’y moi : Qu’est-ce que j’en sais moi.

Chinq : Cinq.

Choumaquer : Réparer les chaussures.

Chucre : Sucre.

Cochure : Chaussure.

Core : encore.

Cra (des) : Des crabes.

Criqu’beu : Criquebeuf.

Cressant : Croissant.

Din : Dans.

Croquer : Tirer les branches sèches. Crocher. I’ croquaient.

C’mitière : cimetière.

C’te : Cette, cet.

Éfant : Enfant.

Erquer : Travailler. Va t-en erquer.

: Feu.

Faire une bourée : Remplir une brouette.

Faniâ : êt’ faniâ c’est écorcher, parler patois. C’est l’équivalent de fainéant.

Fô : Fou.

Gardin : Jardin.

Gôdasses : Chaussures.

Grand monde (le) : Notables, industriels, élus...

I’ : Remplace le tu / vous par exemple comment i’ va?

Guitare : Jambe.

Iau : Eau.

Joua : Cheval ou encore dada.

Qu’ri’, querquer : Quérir, chercher.

L’ : Le.

Lusquation : Luxation.

Mâquer : Manger.

Misaère : Misère.

Moiniau : Moineau.

Moutaure : Montaure.

Pâs : Pas.

Patate : Pomme de terre.

Pèye : Paye, paie.

Pénette : Petite pine.

Pêque : Pêche.

Pêquer : Pêcher.

Pêqueux : Pêcheur.

Pesson : Poisson.

Pi : Puits.

Pondelarchiais : Nom du langage.

Pondelarchien(ne) : Archépontain(e).

Poriau : Poireau.

Quâ : Chat.

Qué : Quel.

Quin : Chien.

Quèv’ : Chèvre.

Quins (des) : Des dettes de bistrot.

Quiqu’ : Qu'est-ce que.

Rien : Beaucoup. Il est rien grand tan fiston : il est très grand.

Sacouilla : C’est du sacouilla, tout ça ! C’est un bazar ; rien qui vaille. 

Séquer : Sécher.

Sérugien : Chirurgien.

Soubriquet : Sobriquet.

Souffler la lumiè’ : Éteindre la lumière. Survivance des temps tout comme l’expression : Qu’est-ce qu’on joue ce soir à la télévision.

Siau : Seau.

Suc : Sucre.

Su : Sur.

Ti : Petit.

Vaque :  Vache, ou encore meumeu.

V’lour : Velours.

 

 

Annexe II

 

Petit lexique du patois normand autrefois usité dans la région de Louviers

 

Mots sélectionnés à partir du Dictionnaire du patois normand en usage à Louviers et dans les environs de Lucien Barbe. 

 

Bad’lagueule : Bavard et,  parfois, gourmand.

Bar : Bac.

Barre du jour (la) : Les premières lueurs.

Bavette (une) : Une femme bavarde.

Blesser (se) : Expression des mariniers. " Le porteur n° 5 s’est blessé hier à l’écluse de Poses " (il s’est fait des avaries).

Blin : Bélier.

Bocheron, boqueron : Bûcheron.

Boise (une) : Une poutre.

Bontiveté : Une bonté un peu naïve.

Bos, bosc : Bois.

Bouilleux : Un bouilleur de cru.

Boujou, boujou ! : C’est le salut que s’envoient les mariniers quand ils se croisent sur la Seine.

Bout : Bâton, morceau. Un bout d’réglisse, un bout de sucre d’orge.

Brach’ : Abréviation de bracherie (brasserie).

Brevacheux : Pilier de comptoir, un homme qui parle pour ne rien dire.

Cache (la) : La chasse. " Qui va à la cache perd sa plache ".

Cailloutin : Petit vin de pays. Couillotin (Vernon).

Cariolée : Contenue d’une charrette.

Carnage : Mot injurieux. Se dit en parlant des habitants de Pont-de-l’Arche.

Cauches (les) : Les chausses, bas, chaussons.

Cauchons (les) : Les chaussons.

Causement : Jugement.

Cémitière, chmitière : Cimetière.

Cercutier : Charcutier.

Cérugien : Chirurgien.

Chaircutier : Charcutier.

Chaland : Grand bateau.

Choumacre : Cordonnier. De l’Allemand schumacher.

Clinquaille : Quincailler.

Cœur : Mon cœur vous salue. Formule polie pour trinquer.

Comprenouère (la) : La compréhension.

Conduiseux (un) : Un conducteur.

Consolation (une) : C’est le petit verre d’eau de vie que l’on met dans le café.

Consolé (l’) : C’est le café dans lequel on a versé un petit verre d’eau de vie.

Créiatures (les) : Les femmes (terme non péjoratif).

Da : Je reviens da Rouen.

Diguer : Piquer, enfoncer.

Doulent : Souffrant.

Espirituel : Spirituel.

Estudieux : Studieux.

Fagoté (être) : Être mal mis, mal habillé.

Faignanter : Ne rien faire (de l’Italien far niente).

Farcer : Faire des farces.

Farme : Ferme.

Gens (mes) : Mes proches.

Gosier bien chaussé (avoir le) : Être insensible au tord boyaux.

Goussepin (un) : Un gamin.

Gueulard (un) : Un gourmand.

Haricoter : Marchander pour de petites sommes.

Haricotier : Chicaneur, marchandeur.

Havet : Crampon, crochet (clou à crochet).

Houle : Trou, caverne dans l’eau ou dans les berges.

Houste : Aller ouste et houste (être toujours pressé, en mouvement).

Iau : L’eau. Pour les riverains de la Seine c’est le fleuve (l’eau signifiait la rivière au Moyen Age).

Lésant : Malfaisant.

Lippe (faire la) : Faire la moue.

Lippe (la) : Lèvre inférieure grosse et pendante.

Loquence (la) : Voix, organe de la parole.

M’nouille (la) : La monnaie.

Menterie (une) : Un mensonge.

Micaments (des) : Des médicaments.

Mouler : Faire la moue.

Mouleux : Quelqu’un qui fait souvent la moue.

Moutaure : Montaure.

Mouvettes (les) : Désigne les enfants remuants.

Opignions (les) : La politique.

Passager (le) : Passeur. C’est l’homme qui faisait passer les rivières en bateau. On disait auparavant le passageur.

Péchon : Poisson.

Philomie (la) : La physionomie.

Phreumacien (le) : Le pharmacien.

Pianne pianne (aller) : Aller doucement (de l’italien piano).

Pontiaudemer ou Potodmer : Pontaudemer.

Popiétaire : Propriétaire.

Popiété : Propriété.

Por : Pauvre.

Potiner : Faire du potin.

Poupée : Femme de mauvaise vie.

Pouquette : Une petite poche, un petit sac.

Pouvé : Pouvoir.

Purer : Essorer un linge.

Quart moins (le) : Moins le quart.

Quiaulée (une) : Une bande.

Rabelais : Cochon, débauché.

Rarriver : Revenir.

Rognoner : Ronchonner.

Rue as Mamours : La côte des Amoureux, à Louviers.

Sauce à l’oeil : Désigne ce qui n’a que de l’apparence.

Socier : Entretenir des rapports de société. " Sociez-vous avec untel ? "

Soleil (un) : Ivrogne et paresseux (soulei).

Surcouper : Interrompre la parole.

Tertous : Tous.

Ure (l’) : L’Eure, la Dure aussi (Athura au Moyen Âge…).

Urope (l’) : L’Europe.

Vaie : Voie.

Vainture : Voiture.

Veillatif : Vigilant.

Vent d’amont : Vent d’Est car il vient de l’amont de la Seine.

Vexinier (un) : Un habitant du Vexin.

Viage (un) : Un voyage.

 

[1] On a dit Archipontain de manière officielle jusque dans le début des années soixante-dix. L'usage oral lui a ensuite préféré Archépontain, ce qui a été officialisé même par l'administration. 

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

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3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 16:23

« On a fait une loge aux massons couverte de tuilles. » 

 

1501, début de la construction de l’église Saint-Vigor,

actuelle Notre-Dame-des-arts (registres de fabrique) 

 

 

A Pont-de-l’Arche, Léon de Duranville et Etienne-Alexandre Sorel ont respectivement étudié l’Ancien régime et la Révolution. Conservateurs, ils ont fait le procès de la Révolution. Ils ont ainsi assimilé le mécontentement des Archépontains quant à la fermeture des tribunaux de la ville en 1790 à un rejet global des idées révolutionnaires (1789-1815). Mais la Restauration monarchique en 1815 a-t-elle satisfait tout le monde ? Les partis politiques et les associations n’existant pas, la franc-maçonnerie nous intéresse car elle nous permet d’interroger une partie de l’opinion publique. En effet, cette sociabilité préfigure un peu les associations de loi 1901 dans l’organisation de la vie sociale et démocratique. Qu’est-ce que la franc-maçonnerie ? Comment est-elle arrivée à Pont-de-l’Arche ? Que nous apprend-elle sur le Pont-de-l’Arche révolutionnaire ? C’est ce que nous avons cherché grâce au travail d’Hilaire Pierre de Loucelles et, surtout, d’Eric Saunier. Notre article n’est pas exhaustif car nous n’avons pu consulter les archives maçonniques de la Bibliothèque nationale de France[1].

 

 

Avec nos remerciements à Eric Saunier

 

 

 

La Franc-maçonnerie : une sociabilité libérale

La franc-maçonnerie s’est constituée au XVIIIe siècle en Angleterre. Reposant sur des valeurs humanistes, elle propose à des individus cooptés de travailler selon des rituels précis visant l’émancipation de chacun. Pour ce faire, elle utilise de nombreux symboles issus de différentes traditions culturelles comme autant de supports de réflexion commune et de distanciation individuelle. Universaliste, elle laisse ses membres libres de croyance et les encourage à vivre une fraternité d’abord dans la loge puis, au possible, dans la société en vue de son amélioration. Les francs-maçons, appelés frères, sont regroupés en assemblées, les « loges ». Celles-ci font partie de fédérations nationales appelées « obédiences ». En France, les principales obédiences en 2010 étaient le Grand orient de France (50 000 membres[2]), la Grande loge de France (30 000 membres), le Droit humain (16 000 membres) la Grande loge nationale française (15 000 membres), la Grande loge féminine de France (14 000 membres)... En France, la franc-maçonnerie a joué un rôle dans l’émergence des idées libérales, démocrates, et donc dans l’avènement de la République.

 

 

La franc-maçonnerie et la Révolution française

Au XVIIIe siècle, la franc-maçonnerie s’est imprégnée de la philosophie des Lumières. Lorsque la Révolution éclata en 1789, une majorité de francs-maçons a apprécié la naissance d’une Assemblée nationale protégeant l’individu du pouvoir, conformément à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Puis, le climat de guerre, notamment civile, et les exécutions de 1793 ont retourné l’opinion publique contre les idées républicaines, alors assimilées à l’état de guerre et à la Terreur. Il en a été de même des francs-maçons. Cependant, certains frères se sont retrouvés dans la minorité défendant la nouvelle nature de l’Etat. Afin de renforcer son pouvoir, Napoléon Bonaparte tenta d’enrégimenter la franc-maçonnerie en en faisant une sorte de relai de son administration. Il nomma son frère ainé Joseph à la tête du Grand orient de France en 1804. Lorsque la monarchie royaliste revint au pouvoir en 1815, la franc-maçonnerie fut accusée de collusion avec la Révolution et l’Empire. Le nouveau pouvoir se méfiait du mode de fonctionnement démocratique des maçons et de certaines loges qui professaient des idées avancées. Elle les surveilla et les intimida.

 

 

L’implantation maçonnique dans l’Eure

Avant la Révolution, trois loges étaient implantées dans ce qui devint le département de l’Eure en 1790 : La persévérante (Pont-Audemer, 1765), La parfaite cordialité (Les Andelys, 1767) et Saint-Jean-de-Dieu (Vernon, 1768). La Révolution modifia la donne. Elle renouvela le personnel militaire de la France en enrôlant de nombreux jeunes hommes qui furent ainsi attachés au nouveau régime et, bientôt, à la Première République (septembre 1792). Le premier bataillon d’infanterie de l’Eure, basé à Evreux, se dota d’une loge affiliée au Grand orient de France en 1793[3]. On retrouvait alors le lieutenant de la garnison de Pont-de-l’Arche, Christophe Dubosq. C’est en 1800 que le chef-lieu de l’Eure se dota d’une loge, La constance éprouvée. Celle-ci joua un rôle politique de premier plan en initiant entre 1809 et 1812 des maçons qui se sont illustrés dans le combat libéral : François Hochon (juge d’instruction), Charles Gazzan et Charles Fouché (fonctionnaires des finances) et Jacques Dupont (président du tribunal criminel, le futur député Dupont de l’Eure actif auprès de La Fayette contre la monarchie). Cependant, la loge d’Evreux disparut avec la Restauration de 1815. En 1805, c’est Louviers qui se dota d’une loge, Les arts et l’amitié, qui participa bientôt à la naissance de la première loge d’Elbeuf, l’Union, en 1810.  

 

 

 

Jeton Louviers aversJeton Louviers revers

Jeton frappé à l’occasion de la naissance des Arts et l’amitié, à l’orient de Louviers, en l’année maçonnique 5806 (1806). A l’avers : divers symboles. Au revers : un maçon prêtant serment lors de son initiation.

 

 

1819-1832 : Les Amis réunis

Comme Evreux, l’atelier d’Elbeuf cessa d’avoir des activités officielles en 1813 et resta silencieux jusqu’en 1822. C’est durant cette semi-clandestinité que neuf frères elbeuviens, tous industriels du drap[4], participèrent à la naissance de la loge de Pont-de-l’Arche, environ la 80e loge de Normandie[5], la 6e loge fixe de l’Eure. Ils étaient 11 frères lors de la réunion constitutive du 1er mars 1819 autour du vénérable maitre Pierre-François d’Hostel. Le 7 mars, ils reçurent l’officialisation de leur atelier les Arts réunis[6] par le Grand orient de France. Les constitutions de la loge archépontaine ont été accordées par le Grand orient le 6 juillet 1819 et celle-ci fut installée le 5 septembre 1819. Conformément aux statuts maçonniques, « Les arts réunis » changea son nom pour devenir les Amis réunis[7], nom que nous conservons. Si malheureusement les comptes rendus des travaux sur lesquels les frères ont réfléchi ont disparu, on sait que l’atelier tint régulièrement ses tenues jusqu’en 1829 et se mit officiellement en sommeil en 1832.

 

 

Composition des Amis réunis

Entre 1822 et 1824, les 16 frères actifs en 1820 initièrent de nombreux hommes nés pendant la Révolution. Avec 58 frères[8], la loge de Pont-de-l’Arche fut une des loges éphémères les plus fréquentées de Normandie entre 1815 et 1830. Le recrutement se fit à 20 % dans les fratries. Parmi les professions de ceux-ci, on note que le recrutement des Amis réunis a été élitiste avec une prédominance de serviteurs de l’Etat (16 frères), des industriels (16), des banquiers (16) et enfin des négociants (7). Autre particularité, seuls 19 % des frères étaient nés à Pont-de-l’Arche et 48 % d’entre eux y résidaient. Nettement, l’atelier archépontain rassemblait des frères des communes alentours. Ceci démontre l’aura des instigateurs de cette loge et dénote, peut-être, d’une habitude de l’Ancien régime où Pont-de-l’Arche était, avec ses quatre tribunaux, le centre administratif de la région d’Elbeuf et de Louviers. La ville n’obtint qu’un statut de chef-lieu de canton en 1790. Les opinions politiques ont-elles compté parmi les affinités ayant conduit à l’initiation de nouveaux frères ?

 

 

Compas & équerre

 

 

Un atelier à dominante libérale et révolutionnaire ?

Sans dogme, la franc-maçonnerie a accueilli des conservateurs et des progressistes. On sait que les Amis réunis ont été partagés ce qui a mis à mal leur atelier. Les tenues archépontaines ont cessé en 1829 avant l’officialisation de la fermeture de la loge en 1832. L’Union d’Elbeuf, comme le note Eric Saunier, a pris le même chemin. L’atelier mit fin à ses travaux en précisant que « la révolution a entamé une crise irréversible au sein de l’atelier. » Qui étaient les libéraux et quelle était leur place à Pont-de-l’Arche ? C’est encore Elbeuf qui nous éclaire. L’Union a compté dans ses rangs des frères républicains. En 1830, une délégation des frères s’est rendue le 6 aout à une Grande fête patriotique et maçonnique en l’honneur de La Fayette, chef de file de l’opposition constitutionnelle. Parmi ces frères, se trouvaient Victor Grandin, député de gauche, et Victor Ménage, aussi membres des Amis réunis… Ils faisaient partie des neufs frères elbeuviens venus fonder les Amis réunis en 1819. Parmi les frères déjà implantés à Pont-de-l’Arche avant 1819, on retrouve des personnages politiques (maires, adjoints…) à la manœuvre durant la Révolution ou l’Empire et pour lesquels la Restauration a été synonyme de mise en retrait. On retrouvera leurs biographies dans le tableau ci-dessous. De plus, certains d’entre eux ont acquis des terres appartenant auparavant à des ordres religieux. La Restauration pouvait leur faire craindre de les perdre. A noter, l’absence des édiles de Pont-de-l’Arche autour des maires nommés par le pouvoir après 1815, à savoir Julien Blin (maire de 1815 à 1826) et Jean-Charles Ducôté (maire de 1827 à 1845). Ceux-ci sont toujours restés fidèles au pouvoir en place.

 

 

Eléments biographiques de quelques frères

 

Nom

Activités

Jacques Isaac Alexandre de la Fleurière (1772-1837)

Jacques Isaac Alexandre Delafleurière est le fils d’un des plus grands notables de la ville : Jacques Joseph, ancien maire jacobin de 1792 à 1796 et coacquéreur de Bonport avec Alexandre de la Folie (voir ci-dessous). En 1793, Jacques Isaac était dragon de la Manche puis lieutenant du 16e régiment de chasseurs à cheval. En 1802, il était de retour à Pont-de-l’Arche après un bel état de services : armée du Nord (an II), armée de l'Océan (an III), Sambre et Meuse (ans IV et V), guerre des révoltés belges et l’ile de Walaheren (an VII), armée du Rhin (an VIII) où il reçut un coup de sabre, fut fait prisonnier de guerre à Altenkirschen. Il fut conseiller général en 1830.

Alexandre de la Folie (1757-après 1817)

Propriétaire de l’ancienne abbaye de Bonport. Acquéreur des territoires de l’ancienne abbaye de Bonport adjugés pour la somme de 161 000 livres le 2 avril 1791 (sauf les meubles[9]) avec l’aide d’Alexandre de la Fleurière. Maire de Criquebeuf en 1792.

A la tête de la Société des amis de la constitution (les jacobins) avec Fouet, maire des Damps. Cette société est la première association politique de l’histoire de la ville. Il présenta des piques au Conseil municipal de Pont-de-l’Arche le 19 mars 1792 au nom de cette société pour armer les soldats de la ville et ce en rappel de la prise de la Bastille. Frappé par la réaction thermidorienne. Membre du collège d’arrondissement, électeur.

Victor Pierre Michel Grandin (1797-1849)

Membre de l’Union d'Elbeuf (1828-1830) et des Amis réunis (1824-1828). Député de 1824 à 1828 et de 1839 à 1848, il siégea dans les rangs de l'opposition constitutionnelle.

 

Louis-Casimir Brown

Inspecteur des manufactures. Franc-maçon à Caen (parmi les maçons normands fréquentant les loges parisiennes à la fin du XVIIIe siècle). Témoin du décès de la femme d’Alexandre de la Folie.

Charles Carbonnier

Juge de paix. Collège d’arrondissement, liste des 600 plus imposés du département, électeur, adjoint au maire durant les 100 jours. Remplacé par M. Thierry le 14 juillet 1815 après la chute de Napoléon Bonaparte.

 

Pierre Fouet (1757-18..)

Maire des Damps, membre du collège d’arrondissement. Fut frappé par la réaction thermidorienne en 1795.

 

Jacques Gaudelet

Commissaire du consulat durant l’an XI. Maire de Léry.

 

Jean-Baptiste Milliard 

Maire d’Amfreville-sous-les-Monts

 

Henri Bilcoq

Juge de paix. Membre du collège d’arrondissement

 

Jean Augustin 

Eligible. Membre du collège d’arrondissement

 

Paul Lodieu

Chirurgien / figure sur les listes des Arts réunis de Rouen et de Pont-de-l'Arche. A fréquenté dès 1819 la loge de Darnétal

Antoine-Emmanuel Blanche (1787-18..)

Compte parmi les membres des Sociétés de médecine et de pharmacie de Rouen.

 

Antoine Blanche

Médecin-chef de l’hôpital général de Rouen

Joseph Vornier

Maire de Saint-Paul

Pierre-François Dhostel

(6 octobre 1770-31 décembre 1860)

Vénérable maitre. Ingénieur des Ponts-et-chaussées[10]. Promotion de 1794[11].  

 

 

Un temple introuvable…

Où se trouvait le temple des Amis réunis ? Il serait romantique d’imaginer les tenues dans la salle du chapitre de l’ancienne abbaye de Bonport, propriété du frère Alexandre de la Folie. Cependant, aucun élément ne nous renseigne sur cette localisation. Le frère Jacques Isaac Alexandre de la Fleurière aurait, lui aussi, aisément pu accueillir le temple dans sa demeure de la route du Neubourg, aujourd’hui remplacée par le Château accueillant le Centre de loisirs. Léon de Duranville[12] semble indiquer que, naturellement, les frères se rassemblaient dans Pont-de-l’Arche : « Et pour dire quelque chose de la période de la Restauration, nous rappellerons une loge maçonnique, qui existait au Pont-de-l’Arche, et à laquelle on se rendait d’une certaine distance et même des environs du Neubourg. Elle n’eut que peu d’années de durée ; son mobilier, y compris les figures symboliques, fut vendu à l’encan ; plusieurs de ces emblèmes servirent de jouets aux enfants du Pont-de-l’Arche. Ce petit épisode n’est pas à dédaigner. » Le mystère perdure.

 

 

 Stèle Les Damps (face et Est)Stèle Les Damps (ouest) 

Stèle funéraire de l’ancien cimetière jouxtant la chapelle Saint-Pierre des Damps. Première photo : de front, un cartouche sculpté au contenu effacé ; sur la face Est, un compas couronnant deux ciseaux. Sur la Seconde photo : sur la face ouest, un marteau couronnant une équerre et accompagné d’une pince et d’un dernier outil indéterminé. Cette stèle présente des outils de compagnons qui servent de symboles à la franc-maçonnerie. 

 

 

En guise de conclusion

La loge les Amis réunis fut fondée à Pont-de-l’Arche 4 ans après la fin du Premier empire. La Restauration monarchique se méfiait alors de la franc-maçonnerie, utilisée par Napoléon, où siégeaient des démocrates. En ces temps, certaines loges de grandes villes se mirent en sommeil ou continuèrent leurs activités dans la clandestinité. La loge de Pont-de-l’Arche naquit de l’union entre des frères elbeuviens, acquis aux idées démocratiques, et des notables locaux ayant participé à la Révolution et ayant scellé leurs intérêts à celle-ci. En seulement 10 années de travaux, les Amis réunis initièrent de nombreux jeunes hommes peu avant 1830 et la deuxième révolution. Ils attirèrent des frères du triangle Rouen-Elbeuf-Louviers. Ainsi à Pont-de-l’Arche, ville parfois rangée parmi les cités conservatrices car nostalgiques des privilèges de l’Ancien régime, on voit s’organiser une société rassemblant des libéraux. C’est ce qu’atteste l’existence des Amis réunis qui ont tenu leurs assemblées malgré la méfiance du pouvoir royal. Pont-de-l’Arche, siège de 4 tribunaux d’Ancien régime fermés par la Révolution, n’était donc pas une terre entièrement acquise à la cause de la monarchie. Le maintien des réformes administratives de 1790 par la monarchie n’a pas fait revenir ici le personnel royal. Au contraire, les agents d’Etat installés par les réformes révolutionnaires puis napoléoniennes ont, semble-t-il, apporté des forces au courant démocrate archépontain qui s’est exprimé dans la composition des « Amis réunis ». L’installation d’une loge à aura régionale a d’ailleurs été une sorte de survivance de l’importance passée de Pont-de-l’Arche qui avait autorité, avant 1790, sur la région d’Elbeuf et Louviers.

 

 

 

Sources 

- Becchia Alain, La Draperied’Elbeuf (des origines à 1870), Rouen : Publications de l’Université de Rouen, 2000, 869 p.

- Duranville Léon Levaillant de, Essai archéologique et historique sur la ville du Pont-de-l’Arche et sur l’abbaye Notre-Dame-de-Bonport, auto produit, 1856, 231 p.

- Loucelles Hilaire Pierre de, Histoire générale de la franc-maçonnerie en Normandie (1739 à 1875), Dieppe, Delevoye, 1875, 189 pages.

- Saunier Éric, Révolution et sociabilité en Normandie au tournant des XVIIIe et XIXe siècles : 6000 francs-maçons normands de 1740 à 1830, Mont-Saint-Aignan : Publications des universités de Rouen et du Havre, 1999, 555 p.

- Saunier Éric, « La franc-maçonnerie et le libéralisme (1810-1827) », p. 399-406, in Le Bozec, C., Wauters, Éric (dir.), Pour la révolution française, Rouen : Publications de l’université de Rouen, 1998, 584 p.

- Saunier Éric, « Une loge maçonnique à Elbeuf », in Bulletin de la Société de l’histoire d’Elbeuf n° 22, décembre 1994, p. 47-52.

 

 

 

[1]Bibliothèque nationale de France : FM1 108, FM2 356 : correspondance et tableau des « amis réunis ».

[2] Selon Wikipédia.

[3]Archives nationales (FM1 108). Membres : Pierre Conard, capitaine, vénérable, Jacques Lacour, capitaine, Verneuil, Jean-Baptiste Moullin, capitaine, Les Andelys, Louis Ancel, capitaine, Louviers, Michel Masse, capitaine, Evreux, Jean-Louis Oury, lieutenant, Verneuil, Charlemagne Buzot, chef de bataillon, Evreux, Pierre Delorme, lieutenant, Condé, Louis Armand, tailleur, Sarrelouis, Dominique Leroux, lieutenant, Les Andelys, Roch Gauclin, sous-lieutenant, Evreux, Esprit Duval, chirurgien, Pont-Audemer, Gervais Dubuisson, sous-lieutenant, Hacqueville, Jean-Christophe Louvel, capitaine, Domfront, Jean-Louis Martigny, sous-lieutenant, Louviers, Christophe Dubosq, lieutenant, Pont-de-l’Arche, Jean Gosse, adjudant, Les Andelys.

[4] Pierre Bourdon, Louis Delaunay, Parfait Delaunay, Pierre Faupoint, Gustave Garoye, Victor Grandin, Charles Houllier, Jules Ménage, Antoine Sallambier, Louis Vidal.  

[5] Notons que c’est durant cette même période que l’on a commencé à fabriquer des chaussons de lisière, c’est-à-dire confectionnés dans des chutes de draps, qui ont donné à Pont-de-l’Arche les bases d’une industrie florissante.

[6] Par ailleurs, nom d’une loge fondée à Rouen en 1807.

[7] Par ailleurs, nom d’une loge fondée à Granville en 1808.

[8] Pierre Achille Petit, Jacques Isaac Alexandre de la Fleurière, Pierre Constant Asse, Benjamin Aube, Charles Marie Belleville, Pierre Jean Baptiste Bernard, Henri François Bilcoq, Antoine Emmanuel Blanche, Louis Casimir Brown, Georges Brown, Charles Carbonnier, Charles Antoine Couture, Alexandre de la Folie, Louis François Delaunai, Parfait Delaunai, Bernard Gustave Desilles, Frédéric Firmin Desrues, Pierre Gaston Dhostel, Victor Dubreuil, Alexandre François Dupias, Pierre Théodore Faupoint, François Marie Favier, Ferdinand Ferey, Pierre Fouet, Gustave Gardye, Jacques Robert Gaudelet, Hippolyte Grillon, Marie Antoine Grulé, Augustin Thomas Jean, Albert Jean, Pierre Adrien Laisné, Hippolyte Adrien Laisné, Jean Baptiste Le Carpentier, ? Lefebvre, Jean Philippe Lefort, Jean Baptiste Milliard, Marie Louis Montlouis, Auguste Bruno Monton, Auguste Mustel Duquesnoy, Frédéric Mustel Duquesnoy, Benjamin Prévost, Pierre Antoine Sallambier, Guillaume Frédéric Seminel, Gabriel Simon, Aimé Alexandre Thinon, Toussaint Tournache, Sébastien Vedre, Michel Augustin Verdières, Louis Vidal, Jean François Bérel, Pierre Mathieu Bourdon, ? Boullier, Louis Camille Cuvelier, Jean Vincent Delaune, Michel Pierre V. Grandin, Charles Louis Houillier, Jules Victor Ménage, Gabriel Vanesbeq.

[9] Les grilles et l’orgue partirent à l’église de Louviers. Le reste fut partagé par les églises des environs dont celle de Pont-de-l’Arche qui récupéra la plupart des stalles et le chapier de la sacristie.

[10]Dossiers individuels des ingénieurs des Ponts-et-Chaussées ayant cessé leurs fonctions avant 1932, dressé par Marthe Felletin et complété par Martine Illaire en 1993. Archives nationales. Pierre Dhostel : F/14/2213/1.

[11]Fourcy A., Histoire de l'école polytechnique, page 393.

[12] Duranville Léon Levaillant de, Essai archéologique…, page 146.

 

Armand Launay

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au cœur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

- Mieux connaitre Pont-de-l'Arche à travers 150 noms de rues et de lieux ! (Autoédité, 2019, 64 pages). 

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte.

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