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22 juin 2021 2 22 /06 /juin /2021 10:14
Carte postale imprimée à l'occasion de l'animation intitulée "Les chemins de la randonnée" qui eut lieu le 26 avril 1997. On y voit l'Oison au premier plan devant la mairie de Saint-Germain-de-Pasquier, avant sa restauration. La carte porte aussi le titre de l'ouvrage "Jadis le Dué, aujourd'hui l'Oison" édité en 1989 par l'Association pour la valorisation du patrimoine normand et dirigé par Annie Leseigneur.

Carte postale imprimée à l'occasion de l'animation intitulée "Les chemins de la randonnée" qui eut lieu le 26 avril 1997. On y voit l'Oison au premier plan devant la mairie de Saint-Germain-de-Pasquier, avant sa restauration. La carte porte aussi le titre de l'ouvrage "Jadis le Dué, aujourd'hui l'Oison" édité en 1989 par l'Association pour la valorisation du patrimoine normand et dirigé par Annie Leseigneur.

 

La vallée de l’Oison est très belle et les visiteurs aiment observer une halte près d’une de ses curiosités : la mairie de Pasquier et ses 8 m², record de France enregistré dans le livre Guiness des records. Mais si plusieurs articles du Net signalent cette singularité, peu proposent une étude de cette mairie, son bâtiment et son histoire catholique. C’est ce que nous proposons ici. 

 

L’église paroissiale désaffectée

Auguste Le Prévost écrivit avant 1859 que l'église paroissiale Saint-Germain, à Pasquier, fut dévastée en 1793, sûrement par des hommes de l’armée révolutionnaire de passage par ces lieux. Vers 1840, Léon-Louis Gadebled, dans son Dictionnaire historique, topographique et statistique du département de l’Eure, écrivit que le culte catholique de Pasquier était réuni au Bec-Thomas, la paroisse voisine. Selon le tome II paru en 1878 du Dictionnaire historique de toutes les communes de l’Eure, de MM. Charpillon et Caresme, l’église paroissiale était “devenue une simple chapelle.” Il semble évident que les paroissiens saint-germanois aient souhaité le retour du culte catholique à Pasquier. Ceci peut expliquer la fondation et l’émergence de la chapelle Sainte-Clotilde qui symbolise, toujours aujourd’hui, l’identité de la commune. En effet, la fondation de cette chapelle en 1851 semble pallier la fermeture de l’église paroissiale.

 

La source Sainte-Clotilde, objet du pèlerinage d'antan, ici sur une photographie de 2017 signée "Clione" et issue du blog "Routard en vadrouille".

La source Sainte-Clotilde, objet du pèlerinage d'antan, ici sur une photographie de 2017 signée "Clione" et issue du blog "Routard en vadrouille".

Le pèlerinage Sainte-Clotilde

Auguste Le Prévost affirma, dans le tome III de ses Mémoires et notes, qu’“Il existait depuis un temps immémorial un pèlerinage très fréquenté [début juin] à une source de Sainte-Clotilde, sur laquelle une chapelle a été érigée par souscription en 1851.” On retrouve-là une pratique courante du catholicisme qui a souvent occupé les lieux où la vie se manifeste, généreuse, opulente, sous la forme d’une source ou d’un arbre remarquable. Ces pratiques ont peut-être succédé à des cultes païens ou, tout du moins, à l’esprit qui animait ces cultes comme au hêtre du Petit-Saint-Ouen à Léry. Les propos d’Auguste Le Prévost semblent corroborés par la présence d’une statue du XVIIe siècle portant les traits de sainte Clotilde dans l’église ; présence qui témoigne donc d’un culte local bien vivace. Une erreur est née à l’endroit de cette chapelle. MM. Charpillon et Caresme indiquèrent sa construction en 1851 à la suite du paragraphe portant sur le prieuré de Saint-Germain-le-Gaillard. Cela a laissé croire, dans l’esprit de certains lecteurs, que ce prieuré était à Pasquier même alors que, comme nous l’avons étudié, il était en amont du chef-lieu de paroisse.

"Saint-Germain-de-Pasquier. La chapelle Sainte-Clotilde" d'après une carte postale illustrée des années 1910 issue des fonds numérisés des Archives de l'Eure (cote : 8 Fi 545-1).

"Saint-Germain-de-Pasquier. La chapelle Sainte-Clotilde" d'après une carte postale illustrée des années 1910 issue des fonds numérisés des Archives de l'Eure (cote : 8 Fi 545-1).

 

1851 : construction de la chapelle Sainte-Clotilde

Comme le montre une carte postale illustrée des années 1910, un édicule fut bâti en brique et mis hors d’eau grâce à deux pans couverts d’ardoise. L’entrée se faisait du côté de la route, par le nord-ouest donc, grâce à une ouverture couronnée d’un arc en plein cintre au-dessus duquel, dans une niche, se trouvait une statuette ‒ très dix-neuvième ‒ de sainte Clotilde. L’ouverture était conditionnée par une porte et, sous l’arc, un élégant assemblage de bois et de verre formant une demi-rose, voire un soleil-levant. On peut aussi y voir une coquille Saint-Jacques et ce aux abords de ce chemin de Compostelle, dit des Anglais, que nous avons étudié dans un article consacré à Saint-Cyr-la-campagne. La source Sainte-Clotilde eût-elle une fonction particulière sur ce chemin de Compostelle ? La question est ouverte.    

 

La mairie dans les années 1960 d'après une photographie de presse retrouvée sur le Net.

La mairie dans les années 1960 d'après une photographie de presse retrouvée sur le Net.

 

1910 : la chapelle fut reconvertie en mairie

Le culte catholique reprit vigueur par la restauration de l’église Saint-Germain, après 1878, et la chapelle Sainte-Clotilde fut abandonnée. En effet, comme nous l’apprend le blog “Routard en vadrouille” animé par Clione : “Elle fut aménagée en 1910 sur décision de Monsieur Marsollet, maire de l’époque qui en avait marre de recevoir ses conseillers dans sa salle à manger, donc il décida d’utiliser comme mairie l’ancienne chapelle Sainte-Clotilde, alors désaffectée de tout exercice de culte et qui avait été érigée au-dessus de la fontaine du même nom.” C’est ce que l’on voit sur une carte postale des années 1910 où l’édifice est maculé d’affiches profanes. C’est depuis lors que cette chapelle constitue la plus petite mairie de France avec ses 8 m². Le bâtiment fut modifié comme le montre une carte postale des années 1960 : la demi-rose au-dessus de la porte fut bouchée, la statuette remisée et les murs extérieurs crépis et couverts de blanc. Mais cette réaffectation, toute symbolique en cette époque de lutte pour ‒ ou contre ‒ la séparation des Églises et de l’État, permit l’entretien et donc la pérennité de l’édicule. 

 

Cette carte postale des années 1960 démontre l'intérêt touristique que représente la mairie de Pasquier à côté, et à plus forte échelle, de son église romane.

Cette carte postale des années 1960 démontre l'intérêt touristique que représente la mairie de Pasquier à côté, et à plus forte échelle, de son église romane.

 

Vers l’an 2000 : la mairie renoue avec Sainte-Clotilde

Devenant une carte postale touristique de la commune et de toute la vallée de l’Oison, la mairie bénéficia d’une restauration de gout entre 1997 et 2004. Sa brique fut redécouverte et mis en valeur par un joint clair, sûrement à la chaux, et la statuette de Sainte-Clotilde fut reposée dans une niche refaite pour elle. Certaines personnes durent pousser des cris d’effroi en imaginant qu’ici on blasphémait la loi de 1905 laïcisant plus fermement l’État, mais cette modeste statue rappelle que l’histoire est une filiation. La République n’efface pas ses assises culturelles et civilisationnelles ; elle valorise une partie de son héritage.

 

La statuette de Sainte-Clotilde a retrouvé place dans sa niche, bien protégée ce coup-ci, grâce à la restauration qui eut lieu entre 1997 et 2004. Photographie de 2017 signée "Clione" et issue du blog "Routard en vadrouille".

La statuette de Sainte-Clotilde a retrouvé place dans sa niche, bien protégée ce coup-ci, grâce à la restauration qui eut lieu entre 1997 et 2004. Photographie de 2017 signée "Clione" et issue du blog "Routard en vadrouille".

Sainte-Clotilde a donc modestement rejoint le Panthéon et sa croix chrétienne au nombre, sûrement réduit, des édifices républicains partiellement rechristianisés. C’est ainsi que la représentation de la République sous les traits de Marianne, buste statuaire de nos mairies, s’inscrit dans la lignée de la statuette de la reine Clotilde, elle-même précédée par les œuvres païennes des Romains et des Grecs. En tout cas, le tourisme comprend ce choix et ne s’en offusque pas, au contraire. Ce qui est rare à Pasquier n’est pas qu’un édifice catholique serve de maison commune, de mairie. En effet, les églises étaient aussi les lieux de réunion des habitants durant l’Ancien Régime et elles ont été républicanisées à la Révolution comme le prouvent toujours les inscriptions sur les églises, par exemple, Notre-Dame de Caudebec-lès-Elbeuf ou Saint-Martin d’Ivry-la-bataille. Ce qui est étonnant, à Pasquier, est la permanence d’une mairie dans un ancien lieu de culte, ce qui a été rendu possible par la désaffection de la chapelle dont l’édicule était, somme toute, peu catholique… d’un point de vue architectural.  

 

A lire sur ce blog, L'histoire de Saint-Germain-de-Pasquier.

La mairie de Saint-Germain-de-Pasquier telle que présentait en 2004. Photographie du poète Lionel Droitecour publiée avec un poème sur le blog : lesvieilleslettres.over-blog.com.

La mairie de Saint-Germain-de-Pasquier telle que présentait en 2004. Photographie du poète Lionel Droitecour publiée avec un poème sur le blog : lesvieilleslettres.over-blog.com.

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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  • : Pont de l'Arche et sa région histoire, patrimoine et tourisme
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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai acquis, depuis, un Master des Métiers de l'éducation et de la formation, mention Lettres modernes. Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- des publications, dont fait partie ce blog :

Bibliographie

- 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et des articles dans la presse régionale normande : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages) ;

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages) ;

- De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine" ;

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages) ;

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au cœur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages) ;

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages) ;

- Mieux connaitre Pont-de-l'Arche à travers 150 noms de rues et de lieux ! (Autoédité, 2019, 64 pages) ; 

- Déconfiner le regard sur Pont-de-l'Arche et ses alentours (Autoédité avec Frédéric Ménissier, 2021, 64 pages) ;

- Les Trésors de Terres-de-Bord : promenade à Tostes, ses hameaux, Écrosville, La Vallée et Montaure (publié en ligne, 2022) ;

- Les Trésors de Terres-de-Bord : promenade à Tostes, ses hameaux, Écrosville, La Vallée et Montaure (version mise en page du précédent ouvrage, édité par la mairie de Terres-de-Bord, 2023).

Depuis 2014, je suis enseignant à Mayotte.

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