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6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 17:59

Lorsqu'on quitte Pont-de-l'Arche pour aller à Igoville ou Rouen, on emprunte une route (D6015) qui repose sur des arches que l'on découvre au bout de quelques années, quelques mois pour les plus observateurs : ce sont les arches du Diguet.

On se demande pourquoi on a construit des arches au lieu de fondations en terre, tout simplement. Retour en arrière sur l'histoire de ces énigmatiques arches...

 

DSCF3763


Lors de la création des fortifications militaires dont est issue la ville de Pont-de-l'Arche (IXe siècle), la voie principale reliait les antiques voies romaines par les stations que sont Caudebec-lès-Elbeuf et Fleury-sur-Andelle (en passant par Le Manoir, par l'ancienne route). Le premier document qui mentionne une voie allant de Pont-de-l'Arche au port d'Oissel date du XIIIe siècle (Charpillon & Caresme : article "Pont-de-l'Arche). Elle raccourcissait donc le chemin de halage entre Vernon et Rouen. Si une route qui traverse la vallée entre Pont-de-l'Arche et Alizay-Igoville dépasse l'intérêt strictement local, on peut donc imaginer que les arches remontent au moins à cette période.  

Quant au nom, il est attesté en 1596 où des travaux de charpente furent entrepris à "l’arche du Diguet" sur le pont de Pont-de-l’Arche par Geofroy Gigault, maitre charpentier de Rouen (d'après Charpillon & Caresme). Selon toute vraisemblance, ce pont reliait la rive droite de la Seine (côté Igoville) au fort de Limaie (là où se trouvent actuellement la station-essence et l'auberge du Pressoir).

 

Nous retrouvons ensuite une représentation de ces arches dans l'atlas de Daniel-Charles Trudaine , intendant des finances et directeur des Ponts et chaussées. La portion de Pont-de-l'Arche fut établie par  Jean-Prosper Mariaval (fils) vers 1759. Dans la reproduction ci-dessous, on les voit symbolisées par des ruptures sur la voie reliant Pont-de-l'Arche à Igoville.

 

Trudaine--pour-le-Diguet-.JPG


En 1834, une délibération du Conseil municipal de Pont-de-l'Arche se fait l'écho du pont du Diguet. Les élus souhaitent qu'il soit démolli "tant il est vétuste et en ruines". Le gouvernement projette de remplir la chaussée sans arches. Les habitants d’Alizay s’y opposent car ils ont peur que "cela décuple les effets des inondations". En effet, jusqu’alors, les eaux s’échappaient toujours par les arches de ce pont. Les élus de Pont-de-l'Arche souhaitent qu'une étude soit menée afin de vérifier la pertinence de maintenir des arches en ce lieu.

En décembre 1834, les élus ont un rapport en main. La Seine déborde à 14 pieds d’eau. A 16 pieds, les eaux coulent sous les trois arches du sud du Diguet, qui désigne désormais toute la partie centrale de la vallée, là où passe la route. A 17 pieds, elles coulent sous l’arche la plus au sud, la plus proche de la ville de Pont-de-l'Arche. A 18 pieds, elles coulent aussi sous l’arche la plus au nord, côté Igoville. L’arche du Diguet est donc dans la partie la plus basse de la vallée, la plus utile à l’écoulement des eaux. Elle a connu une ou deux inondations en dix ans. Le rapport note même qu'en 1783, 1789 et 1793, toutes les arches ne suffisaient pas à l’écoulement des eaux et plusieurs membres du Conseil se souviennent être allés à Alizay en barque. Une partie des habitations d’Alizay étaient inondées.
 

 

Quand la Seine glace, les arches du grand pont de Pont-de-l’Arche glacent les premières (elles sont plus petites). Les eaux débordent vers le nord et charrient de grands blocs de glace qui passent sous les arches du Diguet. La débâcle arrive souvent avec la marée et le vent d’ouest évidemment.

En 1838, il est acquis que le futur pont du Diguet aura deux arches. Si nous n'avons pas la date de construction, on peut être sûr qu'elle a eu lieu quelques années après.

La crue 1910 a laissé des traces sous les arches du Diguet. Deux niveaux des eaux ont été gravés sur des arches.

Cependant, depuis la démollition du barrage de Saint-Aubin-lès-Elbeuf en 1934, les eaux de Seine ont largement baissé jusqu'au barrage de Poses. C'est ainsi que la plaine alluviale d'Alizay-Igoville n'a plus été inondée et que les témoignages oraux ne peuvent plus attester l'utilité de nos vieilles arches du Diguet.

Pour l'anecdote, l'arche la plus accessible est située sur la rue de la gare, à Alizay... bien qu'elle soit à moitié enterrée par le talus de la nouvelle voie.

 

Sources

Délibérations du Conseil municipal de Pont-de-l'Arche

 

A voir aussi...

Le vitrail du halage ou Pont-de-l'Arche étape fluviale de Sein avant 1813

Les grands travaux de la Seine dans la région de Pont-de-l'Arche dans les années 1930

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...