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21 octobre 2015 3 21 /10 /octobre /2015 15:02
Hormis durant des travaux ponctuels, allons-nous voir disparaitre, dans les prochaines années, ce type de panneaux délimitant Les Damps et Pont-de-l’Arche ? (cliché Armand Launay, juillet 2015).

Hormis durant des travaux ponctuels, allons-nous voir disparaitre, dans les prochaines années, ce type de panneaux délimitant Les Damps et Pont-de-l’Arche ? (cliché Armand Launay, juillet 2015).

 

Depuis mai 2013, le maire socialiste de Pont-de-l’Arche, Richard Jacquet, a officialisé un projet qu’il murit depuis son premier mandat, donc, où je comptais dans son équipe élue : fusionner administrativement les communes de Pont-de-l’Arche et des Damps. Il vise ainsi une plus grande efficacité du service public grâce à une mutualisation des moyens et un champ d’action plus cohérent : l’agglomération qui compte près de 5 800 habitants et non deux communes côte à côte avec des projets parfois discordants ou redondants.

Ce débat n’est pas nouveau et nous prenons plaisir à rappeler un chapitre de notre livre publié grâce à la mairie des Damps et son maire UDI, René Dufour : L’Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l’Arche (2007, éditions Charles-Corlet) : “La fusion des communes de Pont-de-l’Arche et des Damps… 4 projets en deux siècles !” Ajoutons un chapitre sur ce blog pour immortaliser ce cinquième projet qui sera peut-être, à moyen terme, le bon ?

Pont-de-l'Arche et Les Damps, ici sur Google maps (capture d'écran, octobre 2015), deux communes qui forment une même agglomération de 5 800 personnes. La question de la fusion entre les communes, à défaut de faire l'unanimité, mérite d'être étudiée.

Pont-de-l'Arche et Les Damps, ici sur Google maps (capture d'écran, octobre 2015), deux communes qui forment une même agglomération de 5 800 personnes. La question de la fusion entre les communes, à défaut de faire l'unanimité, mérite d'être étudiée.

Depuis 862… Pont-de-l’Arche s’est construit sur le territoire des Damps

Le projet de fusion des communes fait penser, de prime abord, à une volonté d’annexion de la petite commune par la grande. Le petit Poucet dampsois et l’ogre archépontain. Pourtant, Les Damps semble être l’agglomération d’origine. Au IXe siècle, quand le roi Charles le Chauve fit construire un pont fortifié pour barrer la Seine aux Vikings, la rive droite était appelée Pîtres et la rive gauche Asdans (qui deviendra “Les Damps”). Le hameau de Saint-Martin, appelé aujourd’hui Plaine de Bonport (commune de Criquebeuf-sur-Seine) était appelé Maresdans (la mare des Damps). Autour du fort protégeant l’entrée du pont, une ville s’est développée : Pont-de-l’Arche, c’est-à-dire le “pont de la forteresse”.

Les archives nous montrent que Les Damps était une paroisse organisée autour de son église Saint-Pierre, à l’endroit où l’on voit de nos jours la chapelle.

 

Les Damps se trouve depuis dans l’ombre de la ville...

Mais Pont-de-l’Arche, place militaire de fondation royale, a beaucoup grandi grâce à son rôle de police intérieure, au siège des administrations royales, et à son rayonnement marchand avec son marché, sa halle, ses artisans… Les Damps est devenu une petite paroisse qui a même été rattachée à celle de Saint-Vigor de Pont-de-l’Arche dans les années 1780. Les paroisses étaient les ancêtres autant que les embryons de nos communes. Les Damps a donc été annexé pendant des années et les Dampsois présentèrent donc leurs avis dans le cahier de doléances de Pont-de-l’Arche en 1789.

 

1790 : Les Damps devient une commune autonome… défendant ses droits !

Les Damps est doté en 1790 d’une entité administrative à la Révolution et possède, de ce fait, un Conseil municipal. Celui-ci doit se battre contre les prétentions de la commune de Pont-de-l’Arche surtout autour de l’ancienne église Saint-Pierre. Celle-ci était la propriété de la paroisse de Pont-de-l’Arche. Avec la Révolution, elle devint un bien de l’État avant d’être restituée à l’Église par Napoléon Bonaparte en 1801 (Concordat) et donc à la paroisse de Pont-de-l’Arche. Un problème administratif de taille se posa : l’église Saint-Pierre étant fermée par la paroisse de Pont-de-l’Arche, où pouvait-on enterrer les morts dampsois ? Un arrêté préfectoral datant de 1803 ferma le cimetière des Damps car l’église était abandonnée. La paroisse de Pont-de-l’Arche démolit l’église des Damps et son cimetière pour financer la construction d’un presbytère... à Pont-de-l’Arche. Déshabiller Pierre pour habiller Paul... Le litige entre la commune et la paroisse d’à-côté s’éternisait. En 1837, le préfet enjoignit la paroisse de Pont-de-l’Arche de laisser le cimetière à la commune des Damps ou d’éclairer cette affaire en justice. La paroisse de Pont-de-l’Arche se tourna vers ses amis élus...

Voici le début d’un texte présenté en 1850 par les élus dampsois contre la demande réunion des Damps à Pont-de-l’Arche. Le titre virulent et la forme dactylographiée ‒ rare en ce temps dans les archives communales ‒ montrent la détermination des Dampsois à se faire entendre par la préfecture. Archives de l’Eure (2F art. 2512).

Voici le début d’un texte présenté en 1850 par les élus dampsois contre la demande réunion des Damps à Pont-de-l’Arche. Le titre virulent et la forme dactylographiée ‒ rare en ce temps dans les archives communales ‒ montrent la détermination des Dampsois à se faire entendre par la préfecture. Archives de l’Eure (2F art. 2512).

1838 et 1848 : Pont-de-l’Arche passa à l’attaque !

Pressés par les dirigeants de la paroisse, le conseil municipal de Pont-de-l’Arche, souvent les mêmes personnes, présenta en 1838 à la préfecture une demande de fusion entre les deux communes. Les élus Dampsois obtinrent gain de cause et en 1841 le préfet déclara irrecevable la demande du maire archépontain. Le litige sur le cimetière continua. En 1848, le maire de Pont-de-l’Arche, Jean-Baptiste Olivier [des Bordeaux] décida d’agrandir le cimetière communal et demanda au conseil municipal des Damps de participer à la dépense. Ce dernier trouva la demande déplacée car le cimetière communal était inutilisable à cause de la paroisse archépontaine. En 1848, des Dampsois frappèrent un employé de la paroisse de Pont-de-l’Arche qui démolissait le mur du cimetière. Le conseil municipal des Damps entreprit de rouvrir son cimetière, ce qui déplut au maire de Pont-de-l’Arche qui arrêta que l’on n’enterrerait plus de Dampsois dans sa commune ! C’est le sous-préfet de Louviers qui résolut le conflit en proposant qu’on enterre les Dampsois à Pont-de-l’Arche jusqu’à l'ouverture du nouveau cimetière des Damps et que l’on trouve un terrain d’entente sur la participation des Damps aux frais d’utilisation du cimetière de Pont-de-l’Arche. Pour tenter d’anéantir la résistance des élus dampsois, le conseil municipal de Pont-de-l’Arche déposa en préfecture une demande de fusion entre sa commune et celle des Damps en 1848. Ceci devait être un chantage : Pont-de-l’Arche retirerait sa demande de fusion contre la cession du cimetière. Les élus Dampsois eurent gain de cause, rouvrirent le cimetière et, grâce au don des fidèles, la chapelle Saint-Pierre fut érigée et ouvrit ses portes en 1856.

 

1942 et 1972 : le Département proposa la fusion

Le Département proposa, dans le cadre de plans de regroupement de communes, la fusion entre Les Damps et Pont-de-l’Arche. Les Damps ne fut pas concerné contrairement à de nombreuses petites communes n’atteignant pas quelques dizaines d’habitants à cause du dépeuplement rural. Ce mouvement n'était pas nouveau : on passa, dans l’Eure, de près de 800 communes en 1850 à 650 de nos jours. Le conseil municipal du 30 octobre 1972 répondit en ces termes : “Le conseil, après avoir pris connaissance du plan départemental de regroupement des communes et du projet établi par la commission d’élus, projet qui prévoit la fusion des deux communes de Pont-de-l’Arche et des Damps, se faisant l’interprète de la population, hostile dans sa grande majorité ; tient à marquer – par un vote unanime – son opposition à ce projet de fusion”. Ces projets de simplification administrative restèrent sans conséquences pour notre commune.

 

L’intercommunalité, une sorte de fusion qui a fait peur en son temps...

La loi Joxe du 6 février 1992 a relancé la question de la fusion en incitant les collectivités locales à se regrouper en Communautés de communes. La fusion se limite, dans ce cadre, à la mise en commun de moyens humains et financiers pour mieux étudier les besoins d’un territoire et faire des économies d’échelle. Il s’agit de mettre en commun certaines compétences administratives. Concernant nos communes, l’embryon de la Communauté d’agglomération Seine-Eure (CASE) émerge à partir de 1993 (le “PACT urbain”) autour de Louviers, Val-de-Reuil et Pont-de-l’Arche, dont le maire était alors la socialiste Paulette Lecureux.

Mais ce type de projet suscite bien des craintes parmi la population et donc parmi les élus. La majeure partie des maires du canton de Pont-de-l’Arche craint que la CASE n’éteigne la voix des petites communes et que celles-ci paient les projets et les dettes des grandes communes. Ils fondent alors en 1996 la Communauté de communes Seine Bord (CCSB). La CASE quant à elle prend sa forme actuelle en 2001 et Paulette Lecureux parvint à y faire entrer Pont-de-l’Arche malgré une mobilisation de citoyens hostiles à ce projet. Si l’histoire a donné raison à Paulette Lecureux le 1er janvier 2013 où Seine Eure et Seine Bord ont fusionné, cette élue a peiné à expliquer le bienfondé de sa démarche et l'a payé par une défaite électorale en 2001.  

 

Mais… Les Damps et Pont-de-l’Arche sont déjà réunis !?

Aujourd’hui l’intercommunalité suscite une question : à quoi bon fusionner nos communes si elles font déjà partie de la même intercommunalité et que nos maires sont tous deux Vice-présidents de cette agglomération ?

D’une part, la majeure partie des compétences restent municipales. De plus, la naissance des intercommunalités ne s’est pas traduite par le transfert du personnel des communes aux nouvelles intercommunalités. Il est dommage de ne pas alléger les dépenses de fonctionnement par des commandes plus vastes, permettant des économies d’échelle. Il est dommage de ne pas additionner les compétences des fonctionnaires qui gagnent en spécialisation et en formation professionnelle dans des structures plus grandes. Pensons aux services centraux (finances, ressources humaines, accueil…), aux espaces verts et aux services techniques, aux accueils de loisirs... Il est dommage qu’une commune comme Les Damps ne s’adjoigne pas les services communication, parentalité, espace jeunes, animation, social et accompagnement, la police municipale d’une commune de taille moyenne comme Pont-de-l’Arche.

 

On ne pourra pas reprocher à Richard Jacquet d’œuvrer pour son intérêt électoral. En effet, étant donné le poids du vote de droite aux élections municipales des Damps, il donnerait à son opposition de droite, dans le cadre d’une fusion, une base électorale qu’elle a perdu depuis la fin des années 1970.

Quoi qu’il en soit, le conseil municipal des Damps du 19 octobre 2015 a précisé qu’il n’avait pas été élu en 2014 sur les bases, mêmes hypothétiques, d’une fusion avec Pont-de-l’Arche. À ce titre, il reporte un tel projet aux élections de 2020 si les candidats et les électeurs jugent pertinent ce débat et ce choix. Il ne ferme pas les discussions projetant, éventuellement, la mutualisation de services qui, elle, a le mérite de pouvoir se faire même sans fusionner les communes. Ce serait un test progressif pour évaluer l’opportunité humaines et financière d’une fusion…

Il sera difficile de convaincre les Dampsois, d’une part, que la ville de Pont-de-l’Arche leur fera gagner des services supplémentaires et, d’autre part, qu’ils ne verront pas leurs impôts locaux s’alourdir.  

Passées, peut-être, ces difficultés… et après un référendum, qui sait (?), on parlera dans les documents administratifs de la commune de Pont-de-l’Arche Les Damps et, dans les conversations, dans les cœurs, on restera toujours Archépontain et Dampsois. Prenons exemple sur Autheuil et Authouillet, villages qui ont fusionné en 1971 dans la commune d’Autheuil-Authouillet… et qui n’en restent pas moins des villages à part entière.

 

Conclusion

Après les projets honteux de 1838 et 1848, les projets froidement administratifs de 1942 et 1972, la proposition de Richard Jacquet constitue la première demande de fusion des deux communes autour d’un projet d’intérêt commun, d’un contenu à élaborer de part et d’autre de la rude frontière du chemin de la Borde et de la rue du Val. Aux élus archépontains de convaincre, aux élus Dampsois de décider.  

Depuis 1838, le camp gaulois des Damps résiste farouchement aux positions de Pont-de-l'Arche, récemment renforcées par César Jacquet (avé Richard, ceux qui sont exilés te saluent !). Il leur faudra parlementer pour peut-être construire le domaine des dieux là où l'Eure et la Seine se rejoignent pour la première fois...

Depuis 1838, le camp gaulois des Damps résiste farouchement aux positions de Pont-de-l'Arche, récemment renforcées par César Jacquet (avé Richard, ceux qui sont exilés te saluent !). Il leur faudra parlementer pour peut-être construire le domaine des dieux là où l'Eure et la Seine se rejoignent pour la première fois...

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 12:12

Balade littéraire et poétique

aux Damps et à Pont-de-l’Arche

 

Lever de soleil sur l'Eure(1).jpg

Armand Launay

 

                            À Dany

                                Patrice

                                    Peggy et David…

 

 

Avant propos

Qui n’a pas connu le plaisir de la balade, dans les rues de son petit village, quand le ciel du printemps permet de remettre le bout du nez dehors sans risquer un gros rhume ?

Qui ?

À vrai dire je ne connais personne. Personne qui reste insensible au vert tendre des bourgeons et au rayon de soleil qui redonne au paysage un charme que l’hiver lui a interdit… En fait, au printemps tout le monde redécouvre la nature et, en même temps, son âme de poète… comme dirait l’autre !

    Eh bien ! Ce printemps là, en rentrant aux Damps chez mes parents, quelques jours seulement entre deux semaines d’étude au Havre, j’ai eu une envie irrésistible et spontanée d’aller respirer l’air vif du redoux en arpentant les ruelles du patrimoine local que j’aime tant. En plus, je dois l’avouer, même si Le Havre est une ville que j’ai appris à aimer et que je trouve belle aujourd’hui, quoi qu’en disent les sceptiques (!), mon petit coin de Normandie natal m’a manqué et j’ai eu besoin de le retrouver…

    C’est pourquoi, ayant eu l’envie d’écrire mes sensations, j’ai emmené quelques feuillets que j’ai griffonnés en me baladant à droite et à gauche. Après deux ou trois retouches -quand il le fallait vraiment- j’ai trouvé que le résultat n’était pas si décevant et j’ai eu envie de partager mes sensations, grâce à un petit livre, avec mes contemporains mais aussi avec des lecteurs de demain. En fait, inspiré du livre d’Edmond Spalikowski et de mon goût pour l’Histoire, j’ai tenu à laisser un témoignage avec l’espoir que son message procurera autant de plaisir à ses lecteurs que je n’en ai eu à lire le livre de 1930…

    Le résultat est comme le début de ma balade : imprévu et donc imprévisible dans sa spontanéité. Alors, ma plume s’est promenée entre la littérature, la poésie, l’Histoire et le témoignage sur les modes de vie d’aujourd’hui... En fait, c’est peut-être ça la véritable originalité de cette balade, outre le fait que les publications sur Pont-de-l’Arche et, à plus forte raison, sur Les Damps sont rares : elle se propose d’aborder de nombreux aspects du patrimoine sans les analyser avec rigueur.

    Enfin, chacun verra s’il le souhaite si le résultat et jugera par lui-même ! Quoi qu’il en soit, je ne suis sûr que d’une chose : ces lignes chantent le plaisir et c’est bien là tout ce qui compte !

 

                                                     Armand Launay

 

                     Aux Damps,

le vendredi 4 avril 2003

            



 

Prendre le temps de flâner                    

 

J’aime ces douces heures passées à flâner, à rêver.

Ces heures où le temps cesse

Un instant, de m’éroder comme

La mer usant les falaises d’Étretat.

 

Entre le temps que l’on a et celui que l’on prend,

J’ai choisi celui que l’on dit " Hors du temps "…

Comme suspendu au-dessus de la toile tissée

Par les impératifs au temps métrés du quotidien.

Il est le moment que l’on vit à plein temps

Car il permet que l’on se retrouve, seul ou non.

 

Il est le temps où l’on ne quitte

Pas même quelqu’un, pas même quelque lieu,

Pour en effleurer de nouveaux et éphémères,

Et ce en courant, en s’oubliant.

 

Il est l’instant où, sur les berges de l’Eure

Ou ailleurs en forêt de Bord, on glisse

Sur la pente des jours… et l’on se regarde vivre.

La pensée devient fluide lorsque les sens épousent

Le doux courant de la rivière ou la cascade des feuilles

Parcourues par le vent de doux échos printaniers.

 

C’est le moment du plaisir.

Mais ce plaisir n’est rien

Si la conscience n’y est pas.

Seule la conscience de ce plaisir et des moments paisibles

Engendre le bien-être, le bonheur.

Le bonheur est la conscience que l’on est heureux.

Sans conscience, l’existence est bien peu,

Elle ne réalise pas la chance d’être aux côtés

Des gens que l’on aime, des paysages du quotidien

Qui sont le cadre des visages aimés…

Elle ne mesure pas la valeur des échos des temps passés

Qui résonnent dans nos murs actuels

Et qui raisonnent nos actes et pensées.

Or, l’éveil de la conscience a besoin de temps à soi.

 

"Hors du temps" ou, plus justement,

Au cœur même du temps que l’on prend,

Arpentons nos bois et ruelles

Qu’elles soient des Damps,

Qu’elles soient de Pont-de-l’Arche,

En quête de richesses humaines,

Historiques et naturelles…

  


 

                  Les Damps,

                        le vendredi 4 avril 2003


À l’aube des temps

 

Notre balade qui suit les hommes

Dans leurs paysages et dans leur histoire

Débute dans ce grand massif

Qu’est la forêt de Bord de Seine.

 

Ici, aujourd’hui, le printemps

Hisse la sève des arbres

Et l’air bourgeonne du soleil.

 

Le craquant tapis de feuilles,

Ces héroïnes de l’automne passé

Qui virevoltaient au vent,

Laisse peu à peu place sous les pieds

À un tendre duvet, de couleur prairie,

Constellé de fleurs blanches,

Une mauve de-ci de-là.

 

C’est un plaisir chaque année renouvelé

Lorsque le soleil regagne sa place,

Celle de clé de voûte, celle d’étoile de vie.

 

Cet après-midi, le ciel revêt

La même couleur que les tableaux

Des impressionnistes,

Eux qui surent savourer la lumière

Et les couleurs normandes.

 

Sur le promontoire naturel qu’est la Crûte, on aperçoit furtivement

Une échappée colorée sur le paysage de la vallée et, parfois,

Sur Les Damps, d’où percent les cris enjoués des enfants

À l’heure de la récré tant espérée.

 

Le vent de Nord-ouest me baigne de son eau aérienne

D’une tiède légèreté. Éole me fait écho

Des activités des hommes de la vallée

Et des gens de la nuit des temps car,

Non loin d’ici, fut levé un voile de mystère

Lorsque deux ou trois vestiges,

D’un bronze vert et mordu par le poids des âges,

Furent détectés et déterrés.

L’homme, bien avant notre ère,

Façonnait sa hache dans la pierre,

Mais le métal est ici le premier jalon

Décelé de l’évolution de l’homme.

 

Le bois alors gagné sur la forêt servît-il de poutre à l’habitat,

De rempart contre l’excès hivernal,

De figure de proue d’un voyage sur Seine ?

C’est un mystère qui recèle de bien plus grands charmes

Qu’une réponse nette et assurée.

 

Cependant, la forêt garde aussi en mémoire

Les anodins dés à coudre,

Romains tout comme contemporains,

Qui trahissent les actes immémoriaux

De nos lointaines mères, elles qui tuaient le temps,

L’aiguille à la main, en gardant le troupeau.

C’est ce que m’avoua le timide talus,

Longiligne et caché sous l’humus,

Qui dessine sous nos yeux d’antiques parcelles

Qui crient toujours, aux promeneurs,

Leur raison d’être, tout en restant incomprises.

 

Ici, le petit bruit d’un scarabée attire l’œil curieux

Qui voit la feuille lentement se soulever.

Là-bas, la chaleur d’un rayon outrepasse le branchage

Fraichement fleuri et verdi avant qu’un nuage n’ose,

Un court instant, l’interrompre insolemment.

 

Dans le sous-bois ou aux abords d’un chemin

Le couvert végétal éparpillé laisse paraître sa moue désolée.

Le groin du cochon l’a retourné :

Il abandonne alors ses plaies au regard étranger.

 

Et là, encore un hêtre, au tendre vert d’une jeune feuille,

Présente un corps harmonieux sur lequel j’appose ma feuille

Ma plume et ma prose. D’ailleurs, plus le tronc du hêtre choisi est fin,

Plus mon écriture tremblante me rappelle mon âme d’enfant.

 

En revanche, je ne me risque pas au chêne sur lequel le mariage

Entre ma plume et l’écorce déchirerait ma feuille de longs regrets.

 

Mais je reprends mon chemin entre les essences en ébullition.

 

Une voie pourfend le bois : je préfère l’ignorer

Et poursuivre à travers les sentiers non battus, les sentiers préservés.

 

Mais très vite, sous le pas, la terre laisse paraitre

Un vallon qui courbe l’horizon et invite la curiosité

À assouvir son penchant : c’est une des portes de la vallée.

Au rebord du promontoire où j’arrive bientôt

Une souche me propose ses assises où je me pose.

Ici apparaissent les couleurs vertes, presque bleues,

Des falaises accompagnant la côte des Deux Amants,

Ainsi que les couleurs végétales qui parcourent la plaine

En formant une mosaïque traversée par la tendre courbe de l’Eure.

 

Un train pourfend soudain la plaine

Et traverse la Seine par le couloir du Manoir,

Cette dentelle de métal suspendue,

Et disparait bien vite derrière les usines qui

Négligent notre vue, notre nez et notre santé,

En nourrissant de moins en moins les familles alentour.

 

La Seine se laisse deviner grâce aux furtives apparitions,

Entre deux bouquets d’arbres,

D’une péniche qui semble flotter

Entre deux sillons de cultures.

 

En contrebas, vrombissent les flèches roulantes

Sur le chemin de grisaille qu’est l’asphalte.

 

Les ronces abondent depuis peu avec leurs fraiches pousses

Qui mordent parfois le mollet du promeneur

Comme si elles défendaient un lieu un peu mystérieux

Qu’un curieux enjambe allègrement.

 

Et l’endroit ne manque pas d’énigmes et de légendes…

 

À deux pas d’ici domine la côte de la Crûte,

Petite élévation de terre telle une motte,

Qui fit couler l’encre autour du dilemme :

Est-elle naturelle ou fille de l’homme ?

Mais surtout, est-elle le lieu de la bataille des Damps ?

 

Depuis la côte, la pente, sévère, accélère le cœur et retarde le pas.

Or, dans les brumes de la Seine du siècle neuvième,

Surgirent les hommes du Nord dont les figures de proue des navires

Étaient des têtes de dragons que l’on nomma "drakkars".

 

Dudon de Saint-Quentin narre une bataille opposant

Francs et Normands non loin de la confluence de l’Eure et de la Seine.

Les enfants de Scandinavie, retranchés derrière une fortification,

Battirent l’armée franque à As Dans, devenu Les Damps.

Alors, le flou des textes lointains et miraculeusement conservés

Fut une porte à l’imagination, aux rêves et à la légende.

D’aucuns situèrent, qu’ils soient historiens ou romantiques,

Le lieu de la bataille ici même où on surplombe les premières demeures.

Le paisible chant des oiseaux contraste avec les faits rapportés,

Mais l’image est saisissante : les Normands, sortis de leurs navires,

Barrèrent la route aux Francs et voguèrent vers Paris.

Peut-être ce sol fut-il maculé ? Toutefois, les mystères qu’il recèle

Entretiennent la mémoire des hauts faits des temps passés.

 

Mais là où la magie le dispute résolument à l’histoire,

C’est le terrain des couloirs souterrains.

Cette légende locale, où réalités et rêveries

Tourbillonnent ensemble dans la même danse,

Donne le pétillant dans l’œil de nos ainés

Dont l’âme d’enfant narre à cœur joie

Les anecdotes glanées, çà et là,

En jouant aux gendarmes et aux voleurs

En forêt de Bord, en se réfugiant, dans une cavité,

Des bombes de la guerre passée…

 

Parfois, au hasard de promenades

Dans d’autres splendeurs de la forêt,

On croise de grands effondrements :

Certains sont des témoins des bombes

D’il y a six décennies,

Mais les autres sont-ils

Les éboulements de galeries souterraines

Qui courent de part et d’autre

Rejoindre une commanderie templière ?

 

Enfin, franchissons l’orée et gagnons le petit village blotti

Au bord de l’Eure : la patrie dampsoise…




 

Aux Damps,

                                le samedi 5 avril



Au cœur des Damps


Quelques arpents plus loin, sur le chemin de la Crûte,

On entre dans une partie préservée des Damps

Où les balles de paille s’alignent non loin des haies

Qui plongent avec le chemin vers le cœur du village.

 

D’ici, en faisant quelques pas avec le vent

Qui s’engouffre fraichement dans cette allée verte et fleurie,

Quelques échappées de paysage laissent entrevoir les colombages

Et les pierres du pays accompagnés de blancs pommiers en fleurs.

 

Le soleil, qui a récemment percé le frêle voile matinal,

Rayonne sur les jardins de l’ile étalés le long de la Seine

Et juste devant le monde bétonné d’une usine indicible

Mais que les mots ne peuvent taire.

 

Cette descente de la Crûte évoque

Les tortueuses routes du bocage normand

Où l’ancien bitume est noyé dans une verdure

Dont le feuillage salue le vent au passage.

La Maison Commune des Damps émerge ici et veille sur le hameau.

Cette Mairie fut l’enjeu, en 1879, d’un combat entre une population

Éprise de l’universel esprit républicain et les résistances obscures

Des sujets de "Sa Majesté", camelots du roi ou de l’empereur.

Ces hommes et ces femmes voulaient fonder la jeune République

Sur l’éducation et la culture, sans lesquelles ces mots ne seraient.

 

Mais la balade me mène au fond du val au creux duquel

Se blottissent frileusement les colombages, le torchis et les briques

Du dernier corps de ferme animé. Témoin de temps récemment révolus,

Cette ferme me rappelle qu’il y a six décennies – à peine –

Une dizaine de domaines fertilisaient le sol et élevaient le troupeau

Dont la présence aujourd’hui encore confère aux Damps

Un cachet rural des plus appréciables. En ces lieux,

La vie n’a pas rompu avec les temps passés qui l’ont conçue…

 

La rue des Carrières est une véritable notice historique :

Elle rappelle qu’elle est le berceau de nombreuses pierres

Aujourd’hui insérées dans les murs de nos ruelles.

Sous le chant du coq, la rue des Plâtriers

Ainsi que l’inscription presque entièrement effacée

Indiquent l’activité des ancêtres du maçon qui vit ici.

 

Poursuivant la visite vers la rue des Carrières,

J’observe l’ancienne charrette abandonnée,

Et la plante grimpant sur la façade,

Qui jalonnent le chemin à peine perturbé

Par quelque vrombissement soudain.

 

L’ancienne épicerie s’est endormie ainsi que la pompe communale

Alors que, issue du Moyen-Âge,

Resplendit la maison de la "Dame Blanche" :

Un petit reptile, qui lézardait sur la pierre baignée de soleil,

Ose fuir ses poutres croisées et ses petits carreaux en losanges.

 

 

Après cette rencontre avec le plus lointain souvenir,

Fièrement dressé dans un recoin du village,

Le chemin dessine un coude vers l’Eure,

Point d’arrivée et d’attache de nos aïeux.

 

Il suffit "d’aller aval" de quelques pas,

Comme disait le marinier,

Pour faire la rencontre avec le cœur

Du village des Damps : la place.

 

Vue du petit pont, elle est aujourd’hui

Bien anodine et reposante avec ses peupliers

Tendrement caressés par le frai vent du Nord.

Qui se souvient qu’on les plantait pour tendre le fil

Qui séchait les toiles lavées dans l’eau ?

 

Combien de femmes ont plongé le linge,

Toute leur vie durant, et frotté, et frotté ?

Combien d’enfants ont joué à la balle

Dessus les fils tendus alors que leurs pères

Amassaient les stères sur la place

Avant de les charger sur la Seine.

 

La Seine, eh oui ! car c’est ici , jusqu’en 1934,

Que se trouvait la confluence entre les deux cours.

C’est ici que l’Eure perdait son nom.

C’est ici encore que l’on trouvait le bac,

Dix mètres en amont du pont.

 

Mais tout l’ancien temps du lieu n’est pas réservé à la sensibilité,

Qui nous fait voir ce qui n’est plus :

L’âme des mariniers et du passé de la Seine

Se lit encore dans les linéaments du paysage mais aussi dans les actes

Des pêcheurs qui perpétuent une occupation ancestrale.

 

Enfin, peut-on encore s’imaginer qu’ici passèrent les fûts qui firent

Les bateaux de la monarchie de la fin des âges médiévaux

Mais aussi qu’un jour les navires normands

Passèrent et s’arrêtèrent en ces lieux si paisibles ?

 

Aujourd’hui, quelques voitures sont garées

Devant le bien nommé "Café de la Place",

Lieu de sociabilité des gens d’ici depuis des temps immémoriaux.

Il garde la mémoire du rendez-vous

Des mariniers et des paysans qui l’animaient.

 

Maintenant que l’Eure, "La rivière d’Ure",

Comme le prononçaient nos ancêtres,

Est découverte, la suite de notre balade

Passe par ses contours où un sentier pittoresque

Rappelle le chemin de halage et passe à travers les pâquerettes,

Les pissenlits et les boutons d’or.

 

L’eau fait scintiller de mouvements

Les piles du pont, toujours ombragées.

Les remous de l’eau font onduler

La surface de la rivière et de curieux dessins

Tourbillonnent lentement au gré du courant

Comme des galaxies dans l’immensité noire.

 

Le vent, qui accélère le courant, ride la surface de l’Eure

Qui garde, néanmoins, un cours paisible et ponctué de vaguelettes.

 

Les chiens du lointain aboient en canon.

Les motos et les mobylettes percent l’air tel l’essaim d’abeilles.

Les taupes façonnent leurs mottes.

Les plantes aquatiques se laissent bercer

Par le silencieux courant.

 

Toujours assoiffé de nouveauté, je m’enfonce dans le marais,

Asséché ces temps-ci, et y découvre un sol moelleux

Parcouru de sèches failles et où poussent en tous sens

Les troncs et les branches à la recherche de lumière.

 

Pendant que j’avance, un oiseau signale de deux cris qui s’envolent

Ma dangereuse présence aux siens. Deux canards viennent rayer

La surface de l’Eure où le bleu du ciel clignote désormais.

 

Cependant, alors que je suis à l’ombre de hauts arbres,

Un cygne blanc nage avec célérité en ma direction

Et s’arrête sur la berge, peu avant mon pas.

Il doit s’étonner de ma présence dans ce marais retranché,

Me dis-je. Mais non, pas du tout, ce cygne est une mère attentive

Qui est venue protéger ses petits, encore tout ronds au fond du nid,

Vaste berceau de paille.

Cette attendrissante protection vaut bien mon départ silencieux

Qui préserve cette beauté, après quelques secondes d’admiration.

Je l’admire encore, en m’éloignant et rêve déjà au plaisir de l’été prochain

Où elle glissera sur l’eau, contrastant par sa blancheur étincelante,

Suivie de ses petits, les fruits de son amour.

 

Un peu plus en aval, c’est un bras mort que je découvre,

Flaque bleue dans le vert dominant du pré de l’ile Saint-Pierre.

Une poule d’eau détourne mon attention en s’envolant de la berge.

Elle frappe l’Eure de ses ailes cinq ou six fois

Avant de lâcher un cri surprenant et d’atterrir sur la rive d’en face.

 

La chapelle, derrière moi, même si elle n’a que cent cinquante ans,

Marque l’emplacement de l’antique église de Saint-Pierre des Damps.

 

Appelé par la découverte, je gravis sur ma gauche

Le moins connu "passage des marronniers",

Étroit et boisé, ce passage pittoresque ravine

Ce qui rend son ascension moins aisée

Et presque digne de celles des Vosges.

Les Vosges, nom auquel fait écho

Cette partie du village appelée Les Vauges,

Mais qui n’a de lien que le son,

À l’inverse de ma poésie qui préfère faire rimer

Les sens plutôt que les sons.

 

        Au sommet du chemin de pierre,

        Apparaissent les toits plats de Le Corbusier

        Et les résidences toutes récentes des Merisiers.

        À gauche encore, de retour vers la Mairie,

        Je longe les terrains de jeux et l’école

        Qui a libéré, tout à l’heure, à "l’heure des mamans",

        Les enfants vers un samedi radieux.

        

        L’œil du quotidien passe sans savoir

        Près de deux ou trois plaisirs à saisir :

        Qui a lu, sur la pierre du mur qui fait face à l’aire sportive

        Cette ancienne gravure, "1833", à moitié effacée,

        À moitié recouverte par le lierre vert tendre.

        

        Qui a pris le temps de lire les noms

        De ceux qui tombèrent durant les guerres

        Sur l’humble monument d’un village

        Ému et meurtri par le sacrifice

        Consenti pour la liberté

        Et qui déplore à jamais la guerre

        Qu’elle soit d’aujourd’hui dans les sables,

        Qu’elle soit d’hier dans la boue…

 

        Qui apprécie la poésie et la touche d’humour

        Du nom de la rue Monte au Ciel,

        Rue escarpée que l’on nommait Saint-Jean

        Et ce deux siècles auparavant ?

 

        Qui ? Peut-être ce couple qui se promène,

        Avec l’enfant dans le landau,

        À qui je souhaite un bonjour

        Qu’il me retourne.

 

Derrière moi, ce terrain anodin recèle les vestiges d’une villa romaine

Révélés par une fouille lorsque je n’étais pas encore de ce monde.

La cave et ses soupiraux furent épargnés par la mécanique

Et offerts à notre savoir et à nos divagations teintées de rêve.

 

Tous ces secrets à peine voilés me font dire que la routine n’est pas le fait

De vivre le même quotidien mais d’y apposer le même regard.

Que ton œil garde la curiosité qui pétille dans l’œil des enfants

Et chaque journée que tu vis t’apportera son écot de nouveauté

Et de charme…

Ces balades, où le temps est celui de la nature, qui ne compte

Ni les heures, ni les révolutions de la terre,

Est le terreau de ces découvertes que je veux partager avec toi.

Alors, si tu le peux, vas sur ces lieux que je dépeins et jouis de tes sens.

 

Ces lieux sont le cadre d’un tableau, celui du bonheur,

Que tu peins avec les couleurs que sont tes sens.


 

                            Aux Damps,

                                     le samedi 5 avril


 

Sur le chemin des Haies


 

La chaleur dans le dos,

Le parfum des fleurs qui virevolte dans les airs,

Quelques filaments blancs en guise de nuages,

Je m’oriente maintenant vers Pont-de-l’Arche.

 

Le Chemin des Haies, ce long chemin qui domine l’Eure,

Tel une petite corniche, se resserre pendant un instant

Qui s’interdit aux moteurs.

 

Ici, à l’ombre d’un mur et d’une haie,

Le piéton savoure le raccourci

D’un rare espace qui lui est réservé.

 

En bas, deux pêcheurs perdus entre les branches

Occupent l’entrée du bras mort,

Le tout en silence et à l’insu de tous, ou presque.

 

Les insectes s’activent, sous ce soleil d’avril,

Tout comme les propriétaires de terrains

Non loin du "passage des Thuyas".

 

Ici et là, dans les cours, ou derrière la grande usine,

Des parterres de béton apparaissent à la surface

Comme des couches géologiques.

 

Une oie passe à l’instant et m’interrompt.

Toutes ailes déployées et impressionnantes

Elle va, d’Est en ouest, en exprimant

De rapides gémissements essoufflés.

 

Ces étendues bétonnées témoignent de l’emplacement

D’une base aérienne anglaise datant de la Grande Guerre.

On réparait ici les moteurs dans des bâtiments parfois disparus.

On se restaurait dans ce qui est, aujourd’hui,

Le Café des Dardanelles et l’on occupait l’usine qui demeure.

 

Le nom de la rue est, une fois encore, révélateur : la rue des Dardanelles.

Ce nom commémore les terribles combats qui firent rage au large

De l’actuelle Turquie et qui meurtrit les Français et les Anglais,

Unis face à l’Ottoman et l’Allemand de ces temps.

 

Alors qu’une fourmi me chatouille, un sac qui vole à l’horizon

Rappelle à mon regard l’usine de briques rouges,

Symbole d’un temps qui fait écho dans ma raison

Comme celui de la chaussure et du chausson.

C’est le temps de l’industrie, des abus des uns

Sur le faible, l’honnête : c’est un temps éternel et humain, trop humain...

 

C’est le temps de la grande grève de 1932,

Sous les yeux de la gendarmerie à cheval :

La plus grande manifestation qu’aient connue

Les Damps et Pont-de-l’Arche.

"Morel à l’iau ! Morel à l’iau ! Vivent les dix pour-cent !"

Criait la majeure partie des gens de la région

Dans les rues médiévales du chef-lieu de canton.

 

Cette usine symbolise, à elle seule,

Sa période : grâce à son toit de sheds

Fabriqué selon la dextérité anglaise ;

Et le pays de ses origines d’où nous vint,

Aussi, la révolution industrielle,

La brique rouge systématique et

Le train qui roule toujours à gauche…

 

En face d’elle, des pans entiers des Damps

Ont grandi depuis l’Armistice et, depuis peu,

Grâce à d'entières familles heureuses de vivre

Dans un cadre aussi accueillant et je les comprends.

 

Un faisceau blanc pourfend le ciel à la suite d’un lointain avion.

Arrivé au Val des Damps, je ne peux que penser à Octave Mirbeau,

Ce journaliste, cet écrivain, épris de justice sociale.

Il  appela de tous ses vœux une société libertaire en réaction à

Une économie dont il voyait les méfaits sur le peuple des Damps,

De Pont-de-l’Arche et de partout ailleurs, et à une République

Qu’il jugeait pas assez sociale et radicale.

Je pense ici à lui car c’est là qu’il habita,

Quatre ans durant après 1889, dans un cadre qu’il aima

Et qu’il décrivit par ces mots que je vous livre…

 

    « Je ne retrouverai nulle part un spectacle aussi admirable que celui là.

Toute la vallée de la Seine, la vallée de l’Andelle, au loin s’ouvrant derrière le mont des Deux Amants, et tout près de nous l’embouchure de l’Eure.

Le petit village des Damps est bâti, près de l’embouchure de l’Eure, sur un bras de la Seine que sépare du grand fleuve une île plantée de hauts peupliers et d’oseraies abandonnées, maintenant envahies par une flore exubérante et vagabonde qui donne l’impression d’une jungle mystérieuse. Du grand bras de Seine, caché par le niveau de l’île, on n’aperçoit que la rive droite, plate, nue, découvrant par places les écorchures blanchâtres d’un terrain marneux. La plaine ensuite, çà et là semée de bouquets de trembles et de pommiers solitaires, s’étend en paisibles carrés de cultures, jusqu’à des coteaux aux souples ondulations, aux pentes orangées, couronnées de forêts, dont la tache sombre s’attendrit, se voile de bleu léger et semble se vaporiser avec la brume qui monte, soir et matin, des nappes d’eau et des prairies riveraines. Gaiement éparpillés sur une même ligne, des villages longent le pied des coteaux, et leurs toits rouges et leurs façades blanches éclatent parmi les verdures estompées. Un peu vers la droite, la plaine s’élargit, les coteaux s’exhaussent en montagnes et s’ouvrent brusquement pour laisser voir un espace très lointain, très bleu et très rose, une enfoncée de vallée qu’on dirait remuante et légère autant que des nuées. Le spectacle de cet horizon est délicieux à regarder ; il est d’une douceur infinie, d’une lumière opaline, exquise, rendue plus exquise par la dureté des premiers plans et la complication de leurs arabesques emmêlées. Durant les mois d’automne, le brouillard y promène ses rêves fugitifs et ses mystères changeants dans la fine transparence de ses voiles argentées. »

Octave Mirbeau

 

Dès lors, notre balade littéraire nous amène à emprunter

La rue Morel-Billet, voie que se partagent les villages

Des Damps et de Pont-de-l’Arche.

 

Nos premiers pas archépontains nous montrent un petit ange

Dessiné dans le bout de plâtre isolé dans la façade de pierre

De la dernière bâtisse, à gauche, avant la grande route de Rouen.

Un ouvrier s’amusa à imiter l’artiste qui donna aux églises

Tout son savoir faire, il y a des siècles.

 

Franchissons le pont qui eut l’insigne honneur

D’être inauguré par Pierre Mendès France.

L’intérêt de quitter Pont-de-l’Arche et de gagner les terres d’Igoville

Est d’avoir un point de vue imprenable sur la cité millénaire…

 

 

Igoville,

le samedi 5 avril

 

Au fort de Limaie

 

Sous le ciel limpide, à l’abri du vent,

Le soleil double sa superbe

En faisant de la Seine le miroir de sa majesté.

 

La chaleur monte au visage et seule une brise

Parvient à percer le bouquet végétal, derrière moi,

En face de Pont-de-l’Arche, au lieu dit "Le Fort".

 

Ici, face à la Seine, en contrebas de l’actuel pont,

Je suis avec un ami sur les bases de l’ancien ouvrage

À l’endroit même du pont de Charles le Chauve,

Ce roi qui, en 862, voulut barrer la Seine aux Normands.

 

Ce lieu, inaccessible jusqu’à la semaine passée,

Où mes mains n’écrivirent mais frayèrent

Un passage à travers les ronces,

Est un promontoire humain

Qui montre le point de départ du pont

Qui menait à la rue Alphonse Samain,

Au centre ville de Pont-de-l’Arche.

 

Nous sommes assis, les jambes dans le vide,

À l’endroit même de la porte du château de Limaie,

La forteresse qui défendait le pont et qui disparut il y a deux siècles.

 

Combien de milliers de mil de passages !

Et quel silence aujourd’hui…

Il n’y a plus que l’esprit pour aimer à rêver

Au trot du cheval tirant la charrette.

J’imagine ce bruit de herse, s’éveillant dans mon dos,

Laissant place au trot de ce cheval fantôme

Qui me traverse : il apparait à mes yeux,

S’éloignant sur ce pont, puis entre dans Pont-de-l’Arche

Entre deux remparts et sous la maison du portier.

 

C’est un luxe de l’esprit que de créer ce qui n’est pas

Et ceux qui ne sont plus.

C’est un lèse de l’automobile que de me réveiller de ce rêve.

 

Mais, ce qui me console, c’est le cadre naturel :

Le déversoir laisse entendre, par intermittences éoliennes,

Ses rêves où il s’imagine en cascade de Mortain

Ou même, l’orgueilleux, en chute alpine.

 

Le soleil scintille çà-et-là sur l’eau tout comme l’image des isles

Qui font rêver celui qui ne connait pas même le village d’à côté.

 

Et, droit devant, l’église, toujours imposante,

Laisse apparaitre par transparence

La lumière provenant de derrière deux vitraux.

La tour de Crosne, de même,

Par l’alignement de ses deux fenêtres,

Est percée d’un rayon de lumière

Qui fait d’elle le phare tardif

D’un port qui n’est plus.

 

Les iles verdissent mais, manquant d’arbres,

Laissent à Pont-de-l’Arche la place qui doit lui être impartie :

La première dans le paysage. Or, ici, fait singulier,

Peu d’annonces criardes le long de la route.

Aucune pollution visuelle, de ce côté-ci de la Seine,

Pour le grand commerce – le grand appât –

Ou de la grande industrie ne nuit au paysage et au cadre de vie.

 

Je songe à cette ville où je vécus enfant et adolescent

Avant de gagner Les Damps tout en allant

Apprendre l’étude historique au Havre de Grâce.

Je me dis que, tout en évoluant, la bourgade a gardé son charme.

Elle n’a jamais rompu avec la tradition qui, certes,

N’est pas un point d’attache mais constitue un point de repère :

Elle nous dit d’où nous venons et donc qui nous sommes

Afin d’évoluer tout en restant nous-mêmes,

Afin d’évoluer sans nous dénaturer

Et sans dénaturer nos enfants par là même.

 

Mais ce fil ténu de l’évolution est mal compris

Entre ceux de la révolution qui du passé veulent faire table rase

Et taire ses enseignements et ceux de la tradition

Qui se ferment aux solutions actuelles

Que propose et impose une situation nouvelle.

J’aime à me voir, tel l’arbre, prenant mes racines

Dans le terreau de mes ancêtres et

Me déployant vers de nouveaux horizons : nul extrême.

 

Une péniche interrompt mes considérations

Le "Bay Trader" va aval et gagne Rouen

En claquant les vaguelettes sur les berges du fleuve.

 

Le soleil décline, en cette fin d’après-midi,

Et illumine l’horizon du couchant,

Laissant avec parcimonie

Aux blanches maisons du centre ville

Quelques rayons aux façades bien orientées.

Les oiseaux volent au-dessus de l’eau

En quête d’insouciants moustiques.

Les voitures reflètent – une seconde à peine –

L’astre déclinant par leurs vitres.

 

Mais Pont-de-l’Arche mérite mieux qu’un regard lointain,

Même à la base de son ancien pont, son acte fondateur.

Approchons nous…

 

 

À Pont-de-l’Arche,

le 6 avril

 

Lumières nocturnes

 

Si la plume prend ses pauses,

La prose ne tarit pas sous l’effet bénéfique des Muses

Qui m’insufflent les doux airs de lyre de la vie.

Nos déesses me réchauffent le cœur et je me sens en sécurité,

Lové dans la blanche chaleur de leurs bras,

Quand je les entends entonner les chants

Qui louent le plaisir de vivre au milieu des hommes,

Dans la culture et la quête du bien-être en société.

Chose étrange, alors que Clio, l’Histoire, est la déesse

À qui je donne le plus de temps et adresse le plus de pensées,

C’est Polymnie, la Poésie, qui me susurre depuis deux ou trois jours

Les notes que je joue à la lyre qu’est ma plume.

Parfois même, Érato, la tendre et triste nostalgie,

Me chante sa mélopée que je sème çà et là dans mes vers.

Ainsi quelques fleurs tendrement nostalgiques

Apparaissent dans les recoins du tableau que je dépeins.

Érato est aussi belle que ses sœurs avec ce timide sourire

Des jours où le soleil intérieur peine à se lever.

 

Je reviens donc, bien plus tard, voir ce paysage

Que chaque instant renouvèle,

Que chaque heure recolore,

Que chaque couleur redécore.

 

La moitié de la nuit a sonné sous l’infinité céleste ponctuée d’étoiles,

Et je me suis posté à l’affût de l’insolite, à l’endroit même du quotidien,

Assis sur une marche du tourbillon qui relie le pont à l’ile Saint-Pierre.

 

Les lampes et le va-et-vient automobile

Accompagnent ma prose nocturne.

L’obscurité du fleuve et de la rivière

Font écho – encore et encore – au ciel :

Les étoiles scintillent dans un ballet de clins-d’œil.

Bleu tout à l’heure, le ciel est désormais noir

Comme la rétine du chat que j’ai croisé en venant des Damps.

Le chat, ce furtif de nos nuits,

Était là, sur le muret du Val,

Dans la sempiternelle position du félin

Lorsqu’arrive l’homme inconnu ;

L’œil plus vif que jamais,

La tête basse tournant en un instant,

Une fois à droite, une fois à gauche,

Pour mesurer où sa fuite bondissante

Se traduira par le succès le plus assuré.

 

L’araignée, au milieu de sa toile,

A tissé son réseau, mortel,

Dans celui de la rambarde écaillée.

Elle qui attend l’imprudent moustique

Me sert de point de mire sur la ville

De Pont-de-l’Arche, au second plan.

Une partie de sa toile est déchirée

Mais l’autre trahit sa position

Car la soie relaie les lumières

Et révèle son piège fatal.

Non loin d’ici, l’Eure est comme un ruban

Qui brille et qui glisse avec aisance et douceur

Entre les doigts des herbes qui peuplent les rives.

Derrière elle, sur la place,

Quelques jeunes prisonniers de leurs voitures

Ne tardent pas à démarrer vers un nouveau samedi soir.

L’ironie des temps me prête à sourire :

Naguère, ils eussent gagné l’Hôtel de Normandie,

Au lieu même de l’actuelle banque,

Où la salle de concert accueillait

Le on ne peut plus local Monte Carlo Jazz band.

 

Ma frêle enveloppe corporelle tremble parmi cette fraicheur

Pourtant atténuée grâce à un vent qui tomba avec l’astre du jour.

Des odeurs d’herbages adoucissent – un instant – le climat

Grâce aux rayons précieusement recueillis le jour durant.

Mais le bourg dort au chaud :

Ses maisons blotties les unes aux autres

Rappellent un temps où la nécessité

Drapait les hommes de solidarité

Dans le tissu social qu’est la condition commune.

On a gagné la couette, où l’on tue encore le temps

À l’aide d’un écran … Ah si l’écran ne tuait que le temps…

Quand on le regarde de trop près,

On en oublie parfois jusqu’à son propre foyer.

La télévision jette le voile sur la parole, la lecture, les amis et

L’empathie qui sont les acteurs des riches et longues veillées…

 

Les anciennes pêcheries, au pied de la courtine,

Au pied de l’église et de la tour de Crosne,

Laissent rayonner leurs façades

Aidées en cela par la guirlande lumineuse

Qui éclaire nos vieilles rues.

 

Enfin, Notre-Dame-des-Arts, derrière mon araignée,

Reste grave et impassible. La forme de ses fenêtres

En ogive, lui confère un regard sévère et austère

Renforcé par un contraste entre sa façade éclairée

Et ses vitraux, son toit, qui rivalisent avec l’obscur céleste…

Il est vrai que l’Archange de la lumière descendit,

Une à une, les marches séparant le Paradis de l’Enfer…

Les Lumières et les Églises…

Mais mes doigts se crispent et mon imaginaire prend

De plus en plus les étoiles comme le scintillement

De lumières sur la glace… Je pars donc rejoindre

La chaleur de celle qui donne un visage à l’amour

Et un bonheur à mes jours.

Ma plume m’a dérobé trop longtemps

À sa présence, à ses précieux moments.

 

Je tais mon verbe et l’offrirai tout à l’heure au soleil.

 

À Pont-de-l’Arche,

le dimanche 6 avril

 

Le marché de Pont-de-l’Arche


Sortant du pont, sur ma droite, le dimanche matinal consacre

Le lieu privilégié de la balade le long des étals du marché.

 

Le ciel offre un mélange cotonneux

Tel un camaïeu de blancs et de gris.

Une légère bise nous rappelle

Que la dure saison n’a pas renoncé

À ses prétentions sur la Normandie.

Mais l’œil l’ignore, attiré par le fruit, le légume,

Le fil tissé aux couleurs de l’été.

Le regard se pose furtivement,

Pudeur oblige, sur le promeneur qui vient en face.

 

Je reste parfois incompris et éveille souvent l’étonnement

En consignant sur le papier quelques impressions glanées

Devant la demeure du luthier.

 

Les sacs s’emplissent à mesure que les billets glissent de main en main.

Le panier des anciens se balance paisiblement ou se protège sur le flanc.

 

Le repos dominical que symbolise le marché,

Où le contact humain reste privilégié,

Est un havre, le long de la rue Montalent,

Pardon ! de la rue Jean-Prieur.

Il est entouré de l’océan bruyant

Du véhicule roulant vers Rouen,

Ou de celui du ballet motorisé

De l’âpre quête de la place

De stationnement.

 

Le marché mêle, côte à côte,

Grands et petits, humbles et opulents,

Ainés et puinés, bérets et casquettes,

Dans une activité tout droit issue

Des temps immémoriaux.

Ici on croise l’ami, le voisin, la famille, les copains,

Ceux que l’on voit tous les dimanches

Et ceux que l’on revoit au gré des vents.

La discussion fait alors écho sur les murs anciens

Faits de sombres colombages, de rouges briques,

De blanches pierres et de clairs crépits.

Le tout se déroule autour de bavardages épars

Et d’éclats de rire de-ci de-là,

Sous la rouge coccinelle de l’enseigne.

 

Je me lève et pense à ces quelques pierres

Qui sont les lointaines filleules

Des pierres de taille depuis lors morcelées

Qui servirent à la construction

De la porte du rempart médiéval.

Cette porte, avec pont et fossé,

Se situait ici même…

 

Marcher le long de la rue animée,

C’est traverser des univers de senteurs

Aux horizons divers : viandes rôties,

Fruits du verger, légumes du potager…

 

Les cloches sonnent soudain annonçant la fin du catholique office

Alors que, à tour de rôle, on propose Jéhovah aux paniers déjà repus.

 

Je suis arrivé et installé, après le lent pas du marché,

Au buste de Hyacinthe Langlois où la sèche fontaine est envahie

Par les étals répandus sur la place.

Ce buste n’existe plus depuis la dernière guerre,

Mais en 1930, Edmond Spalikowski,

Grand amateur de culture et de Normandie,

Pouvait encore écrire ces quelques vers :

 

« Hyacinthe Langlois, poète archéologue

« Qui sur ta stèle vois, surpris, tendant le dos,

« Dévaler le troupeau bondissant des autos

« Échappées aux éclairs du mont Décalogue,

« Pour assaillir le pont cher à Charles le Chauve,

« Dans un mugissement de démon ou de fauve,

« Lève pour dissiper l’effroi de ta prunelle

« La tristesse de tes regards

« Que consolait jadis l’inflexion d’une aile

« Vers le sourire gothique

« De Notre-Dame-des-Arts,

« Reine aux fleurons de pierre en couronne au portique.

« Mais prête aussi l’oreille à l’argot des commères

« Bourdonnant à tes pieds aux étaux du dimanche,

« À leur langue salée, à l’invective amère

« Lancée en bon patois, les deux points sur les hanches

« Et tu reconnaîtras par ce verbe gaulois,

« Le sang fier de la race aux illustres exploits

« Dans les veines d’enfants des "machons" d’autrefois. »

 

Edmond Spalikowski

 

Mais le temps vient à me manquer :

Un rendez-vous familial m’attend

Lui qui consacre une institution

Bien française… le repas dominical.

Mon pas oublie la place Langlois

Sous les senteurs envoutantes

De la boulangerie, mais je reviendrai…

 

Pont-de-l’Arche,

le 12 avril



Dans les ruelles médiévales

 

Six jours ont passé et nous ont fait frissonner,

Eux qui sont les derniers soubresauts de l’hiver.

 

Le temps est redevenu clément et les ruelles archépontaines

Sont animées par les roues et les pas d’un samedi après-midi.

 

Quelques enfants dévalent la pente

Qui relie la fontaine à la Seine

Et ce grâce à leurs trottinettes.

 

Assis devant la cascade

Je prends le temps de voir les passants

Sortir et entrer d’un magasin à l’autre

Comme l’abeille butine de fleur en fleur

Le nectar de son quotidien.

Et les enseignes ne trompent pas,

Du Coccinelle aux Quatre-Saisons,

Car ici les senteurs se marient

Sous le nez du promeneur

Averti du conseil du vendeur.

 

C’est lorsque l’on est épris d’histoire

Que l’on en vient ici à s’étonner

De cette route qui descend et qui meurt

Avant même d’atteindre le bord de l’Eure

Et qui laisse apparaitre au loin

Les ruines désolées de l’ancien pont fortifié

Où tant d’armées croisèrent le fer.

 

C’est un bonheur de voir que la ville

Qui naquit pour des raisons belliqueuses

Est aujourd’hui un parfait havre de paix.

 

Les poutres anciennes sont repeintes

De toutes les couleurs, selon l’usage médiéval,

Et côtoient les façades, de plâtre ravalées,

Nées du vingtième siècle aux idéaux

De richesses et d’apparences.

 

Une façade présente de vieilles peintures,

Les réclames d’une chapellerie-mercerie,

Qui apparaissent comme un ancien maquillage

Qui a conservé un charme certain

À défaut d’un éblouissant éclat artificiel.

 

Un parterre de fleurs orne la rue

Devant le fleuriste qui remplaça,

Récemment, le cordonnier qui

Laissa le soin à l’usine Marco

De rappeler à nos contemporains

Le passé de la chaussure des Archépontains.

Tout comme les Ch’tis

Qui voient poindre dans leur cœur

Un soupçon de nostalgie quand

On parle de ceux qu’allotent à l’ fosse,

Je pense aux Archipontins

Qui, eux, allaient à la cauchure.

Comment qu’on l’appelait le père untel ?

C’était quoi son soubriquet ?

I’l’en avait bien un comme tout le monde ici.

L’Cat Qui Miaule, voilà son surnom,

Mais qu’est-ce que ça veut dire aujourd’hui ?

Cela voulait-y dire qu’il avait écorché un nom

Ou qu’il avait une grande goule ?

Mai j’sais pâs. J’sais juste qui l’était fâniâ !

 

Mais l’arc de cercle de la rue Blin m’appelle.

Il me propose de faire plus ample connaissance :

Avec l’hôpital qui fut un couvent

Qu’un chemin droit devant reliait à l’église ;

Avec la maison du gouverneur

Du Pont de l’Arche, au coude à droite ;

Avec l’ancienne Mairie, au coude à gauche,

Qui était le bailliage et la prison de l’Ancien-Régime.

 

Quelques pas plus loin la vue se dégage

Sur les arrières de la tour de Crosne et de l’église

Tandis que la maison du gouverneur dévoile

De nouveaux charmes sous un jour nouveau,

Un jour bien lointain de ceux où

Saint-Louis et Henri V vinrent ici.

 

Ce décor est impressionnant car il marie le cadre urbain

Aux charmes champêtres de ces arbres, toujours plus verts,

Qui sont les demeures des chants d’oiseaux.

 

L’église, dans laquelle j’entre,

Porte en elle une page d’histoire

Sous la forme du verre du vitrail du halage :

Le maitre de pont dirige les siens

Et les chevaux, de son dix-septième siècle,

Qui tirent l’embarcation peinant

À remonter le courant concentré

Entre les piles du vieux pont.

 

Et je sors du monument : les gargouilles m’inquiètent

Certes moins par la forme de leur sculpture

Que par le risque de chute qu’elles représentent.

 

Le cadran solaire tait le temps,

Qui se lisait selon les pas du soleil,

Car les nuages font leur entrée

Sur la scène du ciel normand.

 

Sous les échos de la place Langlois,

En contrebas à droite,

Je m’oriente vers le petit chemin,

La Sente de Beauregard,

Qui serpente derrière l’église

Et traverse l’ancien rempart.

Il me rappelle le village de Provence

Où la venelle escalade le caprice naturel d’une pente

Encline à exaspérer le promeneur.

Tout en gagnant l’Eure, cette brève descente

Laisse admirer combien les habitations entremêlent

Les toits et les façades dans un dédale de rues alors invisibles.

 

Les couleurs s’offrent à nouveau au regard

Quand la pierre cède la place au végétal

Qui borde la Seine et l’Eure.

 

Mais je me tourne vers ces verbes que j’étale et réfléchis sur le papier

Et je me dis que le mot exprime la pensée,

Épouse les contours d’un paysage et révèle un sentiment.

Autant Les Damps offre à ma prose un visage aux linéaments poétiques,

Autant Pont-de-l’Arche fait prendre à ma plume

Le cours littéraire d’une balade historique et touristique.

Aux Damps le lyrisme et à Pont-de-l’Arche la solennité

Prouvent que la littérature et le paysage

Font partie du domaine sentimental de l’homme.

 

Aucun lieu ne fait écho dans nos cœurs

S’il n’y a derrière le visage d’un être aimé,

S’il n’y a le souvenir d’un bonheur, d’un sentiment…

Le lieu n’est pas le nom d’un cadre géographique

Mais celui d’un espace sentimental : le tien, le mien…

Les lieux revêtent la richesse des sentiments :

La larme d’une chambre désormais vide ;

La nostalgie de temps heureux

Lovés dans le monde de l’amour maternel ;

Les rires partagés avec des alcoolytes du lycée ;

Les retrouvailles des parents et des amis

Après la distance d’un voyage…

Les lieux sont imprégnés d’humanité

Ce qui leur donne une dimension que

Ni les richesses du bout du monde

Ni l’empire d’à-côté ne revêtent.

Un charme ne se lit pas sur les traits du paysage

Mais sur les élans du cœur.

Un charme ne réside pas

Dans la beauté d’un visage

Mais dans le pouvoir, l’emprise,

D’une femme ou d’un homme

Sur nos sentiments.

Les sens et les sentiments doivent

Vivre et évoluer à travers les lieux et le temps.

Mon espace sentimental est différent du tien

Mais ils vivent côte à côte

Et, parfois, et c’est le cas des amoureux,

Ils s’entremêlent en partageant le même plaisir.

 

Et je poursuis la balade qui suit le cours de l’Eure

Entre le terrain de camping,

Où arrivent les premiers touristes,

Et la berge caressée par l’eau.

Le soleil ne danse plus au creux des remous de l’Eure

Car le voile vaporeux des nuages a drapé le ciel printanier.

Le soleil éclaire le voile blanc ce qui dessine une véritable

Feuille naturelle sur laquelle s’écrivent les rêves de ceux

Qui s’allongent sur les prés de l’été.

Il leur faudra attendre encore un peu.

 

Mais la crue de la Seine s’impose aux yeux du curieux

Qui peut lire, à la base du mur, sur l’anodine plaque :

"Crue 2 février 1910". Sa hauteur coupe le souffle

 

Et rappelle immédiatement la carte postale

De noir et blanc illustrée et maculée d’une belle plume,

Cursive et courbée.

 

Mais longer l’Eure c’est aussi croiser

Le petit pont qui mène à l’ile et

Qui garde pour lui son passé oublié,

Celui où ses semblables, parmi tant d’autres,

Formèrent le port artificiel d’Arromanches

En juin 1944, à la Libération.

Aujourd’hui, Pont-de-l’Arche

Garde en mémoire les plus connus

Des libérateurs de l’époque :

Rue Roosevelt, Charles de Gaulle,

De Lattre de Tassigny, Mendès-France…

Mais, à côté de ceux-ci,

Les résistants et les malchanceux

Ont leur part de souvenir :

Rue Cacheleux, Samain, Antoine, Bonnet…

Néanmoins, de nombreux noms

De ceux qui sauvèrent l’honneur de la Cité

Ont été oubliés : Roger et Jean Tardy,

Robert Doucerain, Victor et Berthe Désert…

Mais ce n’est pas tout, jeunes et moins jeunes

Se rappellent encore l’anecdote du grand père

Lors de l’exode de 1940 ou encore les canons français

Placés sur les remparts de Pont-de-l’Arche

Et bombardant l’Allemand arrivant sur les hauteurs d’Igoville :

Ce fut la dernière fois que les fortifications millénaires

Eurent une fonction militaire.

 

Toujours plus loin, vers l’abbaye de Bonport,

Le chemin prend des allures un peu écossaises

Lorsque l’on ouvre et referme sur nos pas

La clôture veillant sur les moutons.

Ici les anciennes barques sont toujours attachées

À leurs pontons ou à leurs amarres de fortune.

Leur proue pointue fait triste mine

Car elle manque de fraiche peinture

Et de nouvelles aventures.

Une barque apparait derrière

Le miroir qu’est la surface de l’Eure :

Elle touche le fond

Sous les derniers rayons

Qui parviennent à elle.

Ce lieu est le terrain propice au pique-nique de l’été,

Près du puits artésien et de la petite ferme

Sertie de haies à la normande.

 

Vers Bonport, se dresse à gauche

Une légère corniche restée naturelle

Et percée par d’anciennes carrières

Et ce à quelques pas de la Seine d’époque

Où l’on chargeait la pierre qui bâtit les villes de Paris à la mer.


 

Pont-de-l’Arche,

le 16 avril

 

Derniers rayons sur l’Eure

 

Désormais, c’est l’heure où les rayons solaires

S’étalent longuement avant de laisser place à l’ombre.

 

C’est le moment où les ombres s’allongent en fuyant

Le soleil qui se couche dans son berceau flavescent,

Mêlant le bleu-azur, l’or et les pourpres.

 

C’est le moment où les ombres s’allongent de plus en plus

Avant de recouvrir le théâtre des cieux.

Le soleil dépose encore, çà et là,

Les quelques langues roses du soir venu

Sur les vieilles barques où s’écaille la peinture.

 

Je suis assis sur la berge

Qui relie Bonport à Pont-de-l’Arche.

C’est elle qui accueille les moutons,

Qui bêlent au loin, rappelant ainsi la campagne.

 

Une barque retournée ferme les yeux sur son passé

Alors qu’une autre offre au regard la douce danse

Des reflets de lumière sur l’eau

Et qui ricochent sur son bois.

 

Le soleil, presque orange, double son visage sur l’eau

Laissant la berge isolée entre deux feux.

Néanmoins, les derniers rayons de la journée,

Véritable enclave estivale dans la beauté du printemps,

Ne parviennent plus à contenir le frai courant d’air

Qui remonte du calme courant d’eau.

 

Les poumons inspirent un air plus vif, dans sa tiédeur,

Qui laisse indifférents les canards

Remuant la surface de l’Eure.

 

Les moustiques virevoltent et s’entrecroisent

Sous les projecteurs solaires

Comme de furtives poussières.

 

Et le soleil descend lentement

De ses hauteurs olympiennes

Tel un dieu que l’on tutoie

Et devant lequel on ne baisse plus les yeux.

 

L’horizon invite l’astre à se retirer du paysage

Et à laisser les plaisirs d’aujourd’hui

Devenir, peu à peu, les rêves de demain,

Les rêves pour le lendemain.

 

Déjà affaibli derrière les branches des saules,

Pleurant son départ, l’astre d’or

Entre en terre derrière la presqu’ile de Freneuse.

 

Il prend la forme d’un amphithéâtre

Dans lequel il est enseigné à quiconque

Le plaisir, la fascination,

De voir un coucher de soleil

Et de ressentir pleinement la nature.

 

Le ciel perd ses accents dorés.

Une flèche de fumée relaie les rayons,

Désormais cachés, à la suite d’un avion.

 

L’Est se pare de rose et d’une auréole incandescente

Alors que les senteurs florales cèdent la place

Aux odeurs des herbages et des bords de l’Eure.


 

Pont-de-l’Arche,

le jeudi 10 juillet

 

 

Aux abords de Bonport

 

Sur le chemin de l’abbaye,

C’est une ou deux lieues qu’il me faut parcourir

Accompagné par le destin de l’Eure

Qui rejoint doucement celui de la Seine à Martot.

 

Les murs silencieux de l’édifice religieux

Indiquent, par les divers parements qui l’habillent,

Le nombre de siècles qui, l’un après l’autre,

Se sont pris pour les vagues de l’océan,

Elles qui sont les magiciennes de l’érosion.

 

Ils marquent aussi la volonté des hommes

Qui ne veulent pas que le temps ait de prise

Sur leurs corps, leurs esprits ou, encore,

Sur l’expression matérielle de leurs rêves.

 

Cette belle journée d’été prolonge

Mon plaisir printanier à cela près

Que la chaleur a rejoint mon pas.

 

L’herbe, aux pointes sèches battues par la brise,

Abrite un monde dont l’écho traduit les rêves

D’une infinité d’insectes qui caricaturent

Les chanteuses d’oc : les cigales du midi.

 

D’ailleurs, ce sont peut-être ces doux sons

Que vont chercher les vacanciers qui défilent,

Non loin, sur l’autoroute de Normandie,

Cette grise entaille qui ne brise qu’à peine

La sérénité impavide de l’abbaye de Bonport,

Une lointaine filleule de Bernard de Clairvaux.

 

Et je me plais à imaginer, dans la voiture,

Les enfants assoupis, rêvant de plage et de glaces,

Lovés dans l’amour parental : ils sont

Une des sources intarissables du bonheur.

 

Le papillon, à l’imprévisible tracé,

Me rappelle que là, derrière le pré,

L’Eure s'était dérobée à ma conscience.

Elle revient à moi accompagnée,

Comme toute parcelle de savoir,

D’un autre vécu, littéraire celui-ci :

Cette expérience, toute Archépontaine,

Enrichit mon savoir lorsque je lus l’ouvrage

De Léon de Duranville, datant de 1856.

J’y appris que, jusqu’au XVIIIe siècle,

Une fête chrétienne perpétuait

Le rituel du paganisme en proposant aux fidèles

De communier par un bain dans la Seine,

Acte répandu dans de nombreuses contrées païennes.

Cette lointaine habitude de nos ancêtres

Me fait alors immédiatement penser

À l’arbre du Petit Saint-Ouen de Léry.

Ici encore le Christianisme fit perdurer

Ce qu’il condamnait encore au XIe siècle :

Le culte de la nature et des divinités plurielles

Qu’elle insuffle dans le cœur des hommes

Qui n’ont pas rompu leurs liens avec elle.

 

Mais reprenons une lecture plus onirique

Et prenons plaisir à imaginer que cette communion annuelle

Fut la commémoration de l’acte fondateur de l’abbaye :

La chute du duc de Normandie et roi d’Angleterre

Dans les eaux plus actives de la Seine d’alors.

La légende, encore vivace à Pont-de-l’Arche,

Dit que Richard Cœur de Lion, poursuivant une proie

Lors d’une chasse en forêt de Bord,

Tomba dans les eaux du fleuve et failli s’y noyer.

Or, le courant rapprocha le Lion de la berge

Ce qui le persuada d’une bienveillance divine.

Richard fit alors édifier l’abbaye qui consacra

Le "Bon port" du courant et ce à la fin du XIIe siècle.

Depuis lors l’abbaye accueillit les clercs et les laïcs

Jusqu’aux heures de la Révolution où les pierres de l’édifice,

Nées du labeur des humbles, passèrent des mains du privilège

Aux mains d’un autre privilège, monétaire celui-ci,

Et qui fit de Bonport le lieu d’une carrière.

Ainsi, les pierres du lieu furent vendues et éparpillées

Dans la région où, aujourd’hui,

On les trouve dans la Cour du Cerf,

À Pont-de-l’Arche, ou encore à l’entrée de la ferme,

À Sotteville-sous-le-Val, ou dans la rue d’Alizay.

 

L’image des austères bâtiments se traduit pour mon ouïe

Par des chants grégoriens d’une époque lointaine et

Qui donneraient aux murs une sagesse et une connaissance

Frustrante et magique… à cause de leur silence

Quand le regard se prend, aujourd’hui, à les interroger.

Mais je me vengerai dès ce soir car, si les siècles ont passé,

Les hommes laïcs d’aujourd’hui savent redonner de la vie et du charme

À ce site historique en proposant du théâtre aux influences italiennes

Et aux références grecque et française – Phèdre ou l’amour impossible –

Au sein du festival : l’été en Bord de Seine.

 

Mais je me regarde penser, tout d’un coup,

Et des ressemblances se dessinent sous mes yeux :

Les faits culturels, les faits historiques

Sont comme les faits personnels,

Les faits présents, les sentiments

Qu’ils soient amoureux ou amicaux,

Haineux ou dédaigneux, et encore

Comme les mots qui résonnent et

Qui encrent le papier…

Ils ont cela en commun

Qu’ils sont tous des expériences

Qui font la richesse de la vie

De celui qui en prend conscience

Et qui en ressort grandi

Par le savoir, la sagesse

Et le bonheur.

 

Ici s’arrête notre balade

Et ces moments solennels

Dont le privilège est la simplicité…

 

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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 19:17

La Folie-Vallée est un nom désignant une belle maison bourgeoise du XVIIIe siècle aussi connue, un temps, sous le nom de Villa Sainte-Anne. Elle est située dans un parc le long de l’avenue De-Lattre-de-Tassigny, près du rondpoint des écoles. La Folie-Vallet (sic) désigne aussi un espace du plan cadastral de la commune.

 

La Folie-Vallée vue depuis l'avenue De-Lattre-de-Tassigny en février 2014 (cliché Armand Launay).

La Folie-Vallée vue depuis l'avenue De-Lattre-de-Tassigny en février 2014 (cliché Armand Launay).

Bien peu le savent, mais en 1954 le parc de cette demeure privée a été coupé en deux à cause de la création de la route raccordant le nouveau pont de Pont-de-l’Arche à l’avenue de la Forêt-de-Bord, aux Damps. Auparavant, son parc allait jusqu’à la rue Maurice-Delamare, ancienne route du Vaudreuil. Ainsi, les espaces verts jouxtant le groupe scolaire Maxime-Marchand sont des vestiges de ce parc. Le beau mur en moellon calcaire qui clôt partiellement la cour de récréation est un vestige de l’ancienne emprise foncière de la Folie-Vallée.

Difficile d'imaginer que les espaces verts près des écoles faisaient partie du parc de la Folie-Vallée avant 1954 où fut créée la route raccordant le pont de Pont-de-l'Arche à l'avenue de la Forêt-de-Bord aux Damps (cliché Armand Launay, février 2014).

Difficile d'imaginer que les espaces verts près des écoles faisaient partie du parc de la Folie-Vallée avant 1954 où fut créée la route raccordant le pont de Pont-de-l'Arche à l'avenue de la Forêt-de-Bord aux Damps (cliché Armand Launay, février 2014).

Avant d’être urbanisée à la fin des années 1960, la rue Président-Kennedy portait le nom de sente de la Folie-Vallet et conduisait les promeneurs venus de la ville en contrebas de la ferme de La Borde, à l’entrée de la forêt. C’est ce que nous montre le plan cadastral dessiné en 1834.

 

Ce détail du plan cadastral de 1834 montre que la Folie-Vallet a donné son nom à une sente et à un espace du cadastre (Archives départementales de l'Eure).

Ce détail du plan cadastral de 1834 montre que la Folie-Vallet a donné son nom à une sente et à un espace du cadastre (Archives départementales de l'Eure).

Un détail plus précis du même plan cadastral montre la demeure de la Folie-Vallée telle qu’elle existe aujourd’hui, c’est-à-dire avec un avant-corps aux murs gouttereaux. On y voit la rue Marie-Morel-Billet, désignée sobrement « Chemin des Hayes » comme il s'appelle encore dans sa partie dampsoise. Les bâtiments sur sa gauche sont ceux de la propriété récemment rasée à l’encoignure de la rue des Soupirs et de la rue Marie-Morel-Billet (laissant place à la résidence Lucie-et-Raymond-Aubrac).

Ce détail du même plan cadastral localise la Folie-Vallée au même emplacement qu'aujourd'hui et avec les mêmes caractéristiques architecturales : un avant-corps aux murs gouttereaux (Archives départementales de l'Eure).

Ce détail du même plan cadastral localise la Folie-Vallée au même emplacement qu'aujourd'hui et avec les mêmes caractéristiques architecturales : un avant-corps aux murs gouttereaux (Archives départementales de l'Eure).

Que signifie Folie-Vallée ?

Nous pourrions penser que le tout proche Val des Damps aurait accueilli des personnes un peu fatiguées du chef. Mais le mot « folie » désigne des maisons de villégiature aristocratiques ou bourgeoises situées en dehors des villes.   

Quant à l’élément « Vallée », il est orthographié « Vallet » sur le plan cadastral. Ceci nous fait penser au nom d’une des grandes familles d’officiers du roi exerçant au bailliage de Pont-de-l’Arche. Comme on le lit sous la plume de Bernadette Boutelet (page 254) en 1634 Jean Vallet, greffier ordinaire à la vicomté, était présent à un procès. Quant à Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme, ils citent en 1688 un Jean-Baptiste Vallée du Parc, lieutenant particulier, antien civil et criminel du bailli de Rouen ; en 1671 Jean-Baptiste du Parc, lieutenant général en la vicomté et en 1675 Jean-Baptiste Vallée du Parc, lieutenant général du bailliage. Les Archives nationales ont conservé, parmi les provisions d’offices royaux (1270-1790) le nom de Jacques Vallet, frère de Pierre Vallet, procureur, greffier à la maitrise des eaux et forêts. Sa lettre de provision date du 19 juillet 1731 (cote de la lettre : V/1/284 pièce 421). De là à penser qu’un membre de cette riche famille des Vallet s’est fait construire une folie aux abords de Pont-de-l’Arche, il n’y a qu’un pas que nous franchissons. Nous ne savons cependant pas si le nom de Folie-Vallet a été donné par les propriétaires du lieu ou s'il s'agit-là d'une appellation populaire. En revanche, si l'on adhère à la thèse selon laquelle Vallée désigne la famille Vallet, la graphie Folie-Vallée est fautive.

 

Quoiqu’il en soit, la Folie-Vallet fait partie des demeures aristocratiques bâties autour de Pont-de-l’Arche parmi lesquelles nous avons étudié le Château du Centre de loisirs et l’hôtel Alexandre-Delafleurière. Elle annonce les maisons bourgeoises des faubourgs de Pont-de-l’Arche et des Damps qui ont abrité des riches familles locales et attiré des Rouennais et des Parisiens dans notre contrée.   

 

Sources

Boutelet Bernadette, Etude par sondage de la criminalité dans le bailliage du Pont-de-l’Arche (XVIIe-XVIIIe siècles) : de la violence au vol : en marche vers l’escroquerie, Annales de Normandie, 12e année, n° 4, 1962, pages 235 à 262.

Charpillon Louis-Étienne, Caresme Anatole, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys, Delcroix, 1868, 960 pages, tome II, pages 662 à 674.     

 

La Folie-Vallet sur une carte postale du début du XIXe siècle écrite, semble-t-il, par Léon Bataille, prorpiétaire des lieux et maire de la ville (avec nos remerciements à Daniel Hector Costa).

La Folie-Vallet sur une carte postale du début du XIXe siècle écrite, semble-t-il, par Léon Bataille, prorpiétaire des lieux et maire de la ville (avec nos remerciements à Daniel Hector Costa).

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

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A l'entrée de la rue Marie-Morel-Billet, vers Les Damps et en partant de l'avenue De-Lattre-de-Tassigny, se trouve une pierre sculptée enchâssée dans le mur en moellon calcaire d'un bâtiment annexe de la Folie-Vallée. Il représente un ange gravé en bas-relief surmonté d'un bandeau portant les caractères suivants : "C:IHC". Il nous semble qu'il s'agit-là d'un éclat de travail réalisé au XXe siècle et imitant l'art gothique (cliché Armand Launay, décembre 2010).

A l'entrée de la rue Marie-Morel-Billet, vers Les Damps et en partant de l'avenue De-Lattre-de-Tassigny, se trouve une pierre sculptée enchâssée dans le mur en moellon calcaire d'un bâtiment annexe de la Folie-Vallée. Il représente un ange gravé en bas-relief surmonté d'un bandeau portant les caractères suivants : "C:IHC". Il nous semble qu'il s'agit-là d'un éclat de travail réalisé au XXe siècle et imitant l'art gothique (cliché Armand Launay, décembre 2010).

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10 novembre 2013 7 10 /11 /novembre /2013 16:59

« 76 enfants de Pont-de-l’Arche sont morts pour la France et ont sacrifié leurs vies pour sauver les vôtres. Souvenez-en vous ! »

 

Cette phrase était écrite sur le drapeau au-dessus du bureau de l'instituteur de l'école de garçons située dans la salle Ambroise-Croizat avant 1934. C'est ce que le regretté André Lambert nous confiait lors d'un entretien réalisé le 25 février 2003. Il ajouta que, chaque matin, un élève devait lire tout haut ce texte avant le début des cours. Depuis lors, cette phrase a gardé tout son sens. En 2014, nous commémorerons le début de la Première guerre mondiale, déclenchée le 28 juin 1914 par l’attentat perpétré à Sarajevo contre souverain de l’empire Austro-hongrois, l’archiduc François-Ferdinand. Nous commémorerons également les 96 ans de l’armistice du 11 novembre 1918 ; deux raisons de se rappeler les tristes causes économiques et politiques à l’origine de ce conflit. Deux raisons de penser aux victimes de toutes les guerres et d’être heureux d’être au côté de l’Allemagne et d’autres pays dans l’Union européenne.

Dans les brumes d’automne et sous la figure tutélaire de Notre-Dame-des-arts, le poilu du Monument aux morts de Pont-de-l’Arche nous rappelle depuis 1922 les affres de la guerre et le courage de nos ancêtres (cliché Armand Launay, 2012).

Dans les brumes d’automne et sous la figure tutélaire de Notre-Dame-des-arts, le poilu du Monument aux morts de Pont-de-l’Arche nous rappelle depuis 1922 les affres de la guerre et le courage de nos ancêtres (cliché Armand Launay, 2012).

La mobilisation générale

Le 19 septembre 1914, le journal L’Industriel de Louviers rapporta le discours du maire de Pont-de-l’Arche, Maurice Delamare, prononcé le 4 septembre suite à la mobilisation générale : « Appelé en qualité de réserviste territorial (…) je ne veux pas quitter même momentanément la ville de Pont-de-l’Arche sans assurer tous les administrés (…) je reste de cœur avec eux. La direction des affaires municipales change de mains, mais le fonctionnement des services administratifs continuera dans le même esprit de sagesse et de décision que par le passé. La population de Pont-de-l’Arche gardera, de son côté, j’en suis sûr, le calme et le sang-froid dont elle a fait preuve jusqu’à ce jour, en attendant l’heure du succès final. » Des centaines d’Archépontains furent mobilisés en même temps que Maurice Delamare.

L’uniforme bleu de 1914 pour l’honneur de défendre la Patrie, la moustache pour l’élégance, la cigarette pour la détente… cette photographie sur carte postale campe l’ambiance régnant avant les premiers combats : le dévouement est une qualité qui mérite d’être immortalisée par un cliché (collection particulière, soldats réputés de Pont-de-l'Arche).

L’uniforme bleu de 1914 pour l’honneur de défendre la Patrie, la moustache pour l’élégance, la cigarette pour la détente… cette photographie sur carte postale campe l’ambiance régnant avant les premiers combats : le dévouement est une qualité qui mérite d’être immortalisée par un cliché (collection particulière, soldats réputés de Pont-de-l'Arche).

Un front pas si lointain

Si la ville de Pont-de-l'Arche n'a pas subi les combats, elle a été indirectement touchée. Le 16 septembre 1914, juste après la guerre de mouvement, deux véhicules allemands furent interceptés à temps par les gendarmes et soldats français à Sotteville-sous-le-val. Ces véhicules, chargés d'explosifs, avaient pour mission de dynamiter un ouvrage d'art de la voie ferrée Paris-Le Havre près de Pont-de-l'Arche et ce afin de limiter l'approvisionnement des armées française et britannique. La ville est donc passée à côté de grands dommages.

Voir l'article complet sur ce blog en cliquant ici.

 

 

Des réfugiés

Les habitants du nord et de l’Est ont subi les combats. Pont-de-l’Arche a accueilli des réfugiés. Certains y ont refait leur vie après l’Armistice. Parmi eux, se trouvaient des Picards, des Nordistes, des Lorrains, des Alsaciens, des Belges et même des Grecs. Dominique Kalinoglou et Pilidès Crestomamacopoulos en étaient qui devinrent entrepreneurs en chaussures dans les années 1930. A ce propos, durant la Grande guerre les usines de chaussures de la ville fabriquèrent des godillots pour l’armée. Quant aux professions des réfugiés, des familles de forains se sont installées à Pont-de-l’Arche. Leurs familles ont continué à se faire enterrer au cimetière communal pendant quelques générations.

 

 

L’aviation britannique s’installa à Pont-de-l’Arche

A partir de 1915, l’armée britannique décida d’installer son aviation naissante entre Pont-de-l’Arche et Les Damps. Elle installa son quartier général dans Le Manoir de Manon, qu’elle loua, et finit la construction de l’usine de chaussure des Fils de Georges Prieur, aux Damps ; ceci afin d’y installer une usine de réparation de moteurs d’avions sous l’égide du Royal flying corps, l’ancêtre de la Royal air force. Toute une zone des Damps fut couverte de plaques de béton et de baraquements en bois : le Camp. A Pont-de-l’Arche, au bout de la rue Jean-Prieur, les Britanniques bâtirent une vaste salle en bois qui fut la première salle des fêtes de la commune après la Grande guerre. Elle fut rasée pour laisser place au pont actuel (inauguré en janvier 1955). Les liens des Britanniques avec la population furent très bons : sports (football, patinage, rugby), loisirs (concerts, fanfare, cafés), amitiés, quelques mariages, de petites têtes blondes… Les Archépontains se firent soigner par les médecins militaires. Toute la ville vécut au côté de centaines de soldats et quelques soldates de sa Majesté.

Voir l'article complet sur ce blog en cliquant ici.

 

 

L'armistice !

L’érudit archépontain Roland Chantepie écrivit ses souvenirs de l’Armistice du 11-Novembre 1918 dans un manuscrit intitulé Pont-de-l’Arche à travers les âges (f. 444) : « Un beau matin, il était 11h30 environ, les grandes personnes sortirent subitement dans la rue, s'interrogeant : « est-ce vrai ?... Non ! Ce n'est pas possible ! » M. Pinard, l'instituteur, donna congé à ses élèves et ferma son école ; les Anglais du Camp descendirent dans les rues et les cafés ; ils chantaient et riaient de toutes leurs dents blanches ; les fabriques de chaussures, elles aussi, se vidèrent ; les ouvrières dans les rues « crochaient » les Tommies ; on s'embrassait ; la musique militaire anglaise se mit de la partie. C'était l'Armistice !! » Des drapeaux furent placés aux fenêtres et les cloches de Notre-Dame-des arts tintèrent à toute volée.

 

 

 

Des traces toujours debout

Si les souvenirs sont morts avec les contemporains de la Grande guerre, les traces que nous ont laissées nos ancêtres sont toujours là. Une stèle fut érigée par la Ville de Pont-de-l’Arche dans le cimetière communal. Une plaque en marbre fut scellée par la paroisse sous la tribune de l’orgue de Notre-Dame-des-arts. Autres traces, de nos jours, les noms de voies telles que le Quai Maréchal-Foch, le quai de Verdun, le boulevard de la Marne, la place du Souvenir où se trouve le Monument aux morts de la ville. Ce monument fut inauguré en 1922 grâce à une souscription conduite par un Comité présidé par Maurice Delamare, ancien maire. Ce monument est l'œuvre de Robert Delandre, sculpteur elbeuvien de réputation régionale. Sa famille était liée à Marcel Ouin, industriel de la chaussure, qui était vice-président du Comité. Marcel Ouin était aussi le beau-père de Maurice Delamare. Le jour de l’inauguration du Monument, Marcel Deparrois, un enfant du pays alors en service, lança de son monoplan une grande gerbe de fleurs qui tomba quasiment à côté du nouveau monument. Ce monument subit l’occupation de 1940-1944. Les Allemands cassèrent le casque et le bout du fusil. Ils rayèrent l’inscription « On ne passe pas ». A la Libération, le casque fut restauré et l’inscription fut de nouveau gravée en profondeur.

Voir l'article complet sur sur le Monument aux morts, sur ce blog, en cliquant ici.

Le cimetière communal conserve en son sein une stèle offerte par la Ville et rendant hommage aux soldats morts pour la France sur les différents fronts (cliché Armand Launay, 2010).

Le cimetière communal conserve en son sein une stèle offerte par la Ville et rendant hommage aux soldats morts pour la France sur les différents fronts (cliché Armand Launay, 2010).

La paroisse de Pont-de-l’Arche a fait graver les noms des soldats décédés sur une plaque de marbre située sous la tribune de l’orgue (cliché Armand Launay, novembre 2013).

La paroisse de Pont-de-l’Arche a fait graver les noms des soldats décédés sur une plaque de marbre située sous la tribune de l’orgue (cliché Armand Launay, novembre 2013).

Le Monument aux morts a été sculpté par Robert Delandre et inauguré en 1922 grâce à une souscription publique présidée par Maurice Delamare. Comme le Christ sur les croix hosannières, le poilu oriente son regard vers le sud-est, là où nait la lumière (cliché Armand Launay, mars 2013).

Le Monument aux morts a été sculpté par Robert Delandre et inauguré en 1922 grâce à une souscription publique présidée par Maurice Delamare. Comme le Christ sur les croix hosannières, le poilu oriente son regard vers le sud-est, là où nait la lumière (cliché Armand Launay, mars 2013).

76 morts pour la France

Si les heureux soldats archépontains ayant survécu nous échappent, les noms des morts pour la France nous ont offert des pistes de recherches. Ce sont 76 noms qui sont gravés sur le Monument aux morts de la ville ; des hommes natifs du pays ou domiciliés ici lors de leur enrôlement. Pour en savoir un peu plus sur ces hommes tombés au combat pour la souveraineté nationale, nous avons consulté les retranscriptions de leurs décès dans les actes d’état civil. Nous avons aussi consulté la base des soldats morts pour la France sur le site du Ministère de la défense www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr. 

Nous avons ainsi retrouvé 70 noms que nous avons réunis dans un tableau ci-dessous. Onze autres noms nous échappent qui doivent correspondre à des hommes domicliés dans notre ville au moment de leur décès. Un regard d’ensemble montre que les Archépontains ont été principalement incorporés dans l’infanterie et surtout dans les 24e, 74e et 224e régiments d’infanterie. Ils ont servi sur tous les fronts : Belgique, Yser, Pas-de-Calais, Somme, Champagne, Marne, Meuse… On retrouve des Archépontains dans les tristement célèbres forts de Vaux et de Douaumont, dans la forêt de Verdun.

Une quinzaine de soldats attend le train en gare de Pont-de-l’Arche afin de partir au front (collection particulière).

Une quinzaine de soldats attend le train en gare de Pont-de-l’Arche afin de partir au front (collection particulière).

Prénom, nom

Naissance

Décès

Régiment

René Buquet

 

7 septembre 1889

Pont-de-l’Arche

22 aout 1914

Anderlues (Belgique)

24e régiment d’infanterie

Robert Bâton

24 décembre 1899

Pont-de-l’Arche

22 aout 1914

Anderlues (Belgique)

24e régiment d’infanterie

Fernand Canterel

3 mars 1887

Caudebec-en-Caux

8 septembre 1914

Morsains (Marne)

74e régiment d’infanterie 

Albert Buquet

26 avril 1880

Pont-de-l’Arche

9 septembre 1914

Esternay (Marne)

274e régiment d’infanterie

Alexandre Désiré Carré

12 juillet 1892

Rouen

9 septembre 1914

Le Breuil (Marne)

36e régiment d’infanterie 

Antoine Louis Ouin

12 septembre 1888

Pont-de-l’Arche

14 septembre 1914

Loivre (Marne)

28e régiment d’infanterie

Marcel Morel

10 mars 1891

Pont-de-l’Arche

17 septembre 1914

Loivre (Marne)

24e régiment d’infanterie

Albert Eugène Niaux

4 septembre 1881

Pont-de-l’Arche

23 septembre 1914

Loivre (Marne)

224e régiment d’infanterie

Louis Tassel

8 novembre 1882

Pont-de-l’Arche 

29 septembre 1914

Esternay (Marne)

228e régiment d’infanterie 

Henri Forfait

25 février 1884

Pont-de-l’Arche

13 octobre 1914

Bray-sur-Somme (Somme)

319e régiment d’infanterie

Auguste Delettre

24 juin 1873

Lisieux

22 octobre 1914

La ferme du Luxembourg

119e régiment d’infanterie

Gaston Sauvé

6 avril 1891

Pont-de-l’Arche 

28 octobre 1914

La ferme du Luxembourg

5e régiment d’infanterie

caporal

Georges Bréham

19 octobre 1893

Pont-de-l’Arche

9 novembre 1914

Saint-Eloi (Belgique)

160e régiment d’infanterie

Alfred Dumont

24 septembre 1882

Pont-de-l’Arche

7 décembre 1914 Roclincourt (Pas-de-Calais)

1er régiment de marche de zouaves

Michel Joseph Letourneur

4 octobre 1885

Pont-de-l’Arche

15 septembre 1914

La Neuville (Aisne)

228e régiment d’infanterie

Irénée Bisson

31 décembre 1894

Rouen

31 janvier 1915

Rosendaël (Dunkerque)

2e régiment de marins

Amand Morel

19 février 1894

Les Damps

18 février 1915

bois de la Grurie à Moiremont (Marne)

150e régiment d’infanterie

Philogène Raoul Delaporte

8 février 1873

Criquebeuf-sur-Seine

2 mai 1915

Amiens

22e régiment d’infanterie

Albert Lavoisey

1er novembre 1877

Les Damps

25 mai 1915

Authieule (Somme)

22e régiment d’infanterie

Léon Prieur

7 septembre 1894

Pont-de-l’Arche

26 mai 1915

La Noulette (Pas-de-Calais)

28e régiment d’infanterie

Robert Faucampré

20 février 1889

Pont-de-l’Arche

5 juin 1915

La Targette, La Neuville-Saint-Vaast (Pas-de-Calais)

74e régiment d’infanterie

Anthime Lelièvre

30 décembre 1893

Sotteville-lès-Rouen

30 juin 1915

bois de la Grurie à Moiremont (Marne)

 

Albert Jouvin

17 septembre 1889

Pont-de-l’Arche

11 juin 1915

La Neuville-Saint-Vaast

(Pas-de-Calais)

74e régiment d’infanterie

François Santens

10 juillet 1890

Pont-à-Vendin

(Pas-de-Calais)

17 juillet 1915

Calonne (Meuse)

87e régiment d’infanterie

André Depitre

20 janvier 1860

Le Manoir-sur-Seine

24 septembre 1915

Mesnil-les-Hurlus (Marne)

22e régiment d’infanterie territoriale

Marcel Lefrançois

3 mai 1889

Pont-de-l’Arche

25 septembre 1915

La Neuville-Saint-Vaast

(Pas-de-Calais)

74e régiment d’infanterie

Emile Tassel

4 mars 1889

Pont-de-l’Arche

25 septembre 1915

La Targette, La Neuville-Saint-Vaast (Pas-de-Calais)

24e régiment d’infanterie

Pascal Sauvé

3 mars 1889

Pont-de-l’Arche

25 septembre 1915

Tahure (Marne)

224e régiment d’infanterie

Césaire Ambroise

1 aout 1894

Pont-de-l’Arche

26 septembre 1915

La Neuville-Saint-Vaast

(Pas-de-Calais)

119e régiment d’infanterie

Eugène Delamare

12 septembre 1885

Criquebeuf-sur-Seine

27 septembre 1915

Beauséjour (Marne)

9e régiment de marche de zouaves

Joseph Guerre

27 mai 1888

Pont-de-l’Arche

27 septembre 1915

La Targette, La Neuville-Saint-Vaast (Pas-de-Calais)

74e régiment d’infanterie

Jules Henri Ambroise

17 mars 1889

Pont-de-l’Arche

27 septembre 1915

Noulette (Pas-de-Calais)

10e bataillon de chasseurs à pied

Ferdinand Milliard

19 janvier 1885

Les Damps

29 septembre 1915

La Croix-en-Champagne (Marne)

228e régiment d’infanterie

Valentin Dubray

24 juin 1888

Les Andelys

3 octobre 1915

La Neuville-Saint-Vaast

(Pas-de-Calais)

39e régiment d’infanterie

René Prieur

7 février 1890

Pont-de-l’Arche

5 octobre 1915

Massiges (Marne)

21e régiment d’infanterie coloniale

Emile Tassel

4 mars 1889

Pont-de-l’Arche

17 octobre 1915

Tahure (Marne)

24e régiment d’infanterie

Charles Saint-Pierre

7 septembre 1893

Pont-de-l’Arche

11 novembre 1915

Frise (Somme)

119e régiment d’infanterie

Albert Morel

1er mars 1895,

Pont-de-l’Arche

11 octobre 1915

La Croix-en-Champagne (Marne)

329e régiment d’infanterie

Célestin Herbreteau

12 mars 1880

Les Essarts

16 novembre 1915

Mesnil-les-Hurlus (Marne)

93e régiment d’infanterie 

Robert Bréham

16 mars 1891

Pont-de-l’Arche

3 avril 1916

Verdun (Meuse)

74e régiment d’infanterie

Georges Lambert

31 aout 1883

Pont-de-l’Arche

6 avril 1916

Chaumont-sur-Aisne (Meuse)

74e régiment d’infanterie

André Niaux

20 septembre 1883

Pont-de-l’Arche

11 avril 1916

Landrecourt-Lempire (Meuse)

274e régiment d’infanterie Sergent

Adolphe Godard

14 aout 1883

Ellecourt

11 avril 1916

24e régiment d’infanterie

Charles Bohu

18 mai 1888

Oissel

21 avril 1916

Revigny (Meuse)

3e régiment du génie

Narcisse Gaston Chenu

31 octobre 1884

Beaumont-le-Roger

19 mai 1916

Fort de Vaux, Verdun (Meuse)

 

274e régiment d’infanterie.

Sergent

Rodolphe Drouin

13 février 1889

Les Damps

23 mai 1916

Douaumont, Verdun (Meuse)

74e régiment d’infanterie Caporal

Louis Riberprey

19 novembre 1889

Pont-de-l’Arche

21 mai 1916

Douaumont, Verdun (Meuse)

74e régiment d’infanterie Caporal

Paul Peyronnet

1er septembre 1888

Pont-de-l’Arche

19 juin 1916

Esnes (Meuse)

6e régiment d’infanterie

Alfred Poupardin

27 novembre 1894

Pont-de-l’Arche

25 aout 1916

Oissel

150e régiment d’infanterie

Paul Alexandre Duprai

20 juin 1894

Pont-de-l’Arche

21 septembre 1916

Rancourt (Somme)

94e régiment d’infanterie

Sergent

Jules Lavoisey

18 février 1872

Les Damps

31 octobre 1916

Moreuil, Lespinay (Somme)

18e régiment d’infanterie territoriale

Amand Hacot-Sigurd

10 décembre 1896

Pont-de-l’Arche

16 décembre 1916

Fontaine-Routon (Meuse)

173e régiment d’infanterie 

Désiré Delamare

7 septembre 1883

Pont-de-l’Arche

9 janvier 1917

Douaumont, Verdun (Meuse)

414e régiment d’infanterie

Alphonse Pessy

26 octobre 1880

Les Authieux

28 mars 1917

Moulin-Vendresse (Aisne)

156e régiment d’infanterie

Emile Lavoisey

 

22 juin 1895

Pont-de-l’Arche

16 avril 1917

tranchée des Friches, Oulches (Aisne)

127e régiment d’infanterie

Emile Mouchard

 

2 avril 1891

Pont-de-l’Arche

22 avril 1917

Courlandon (Marne)

22e régiment d’artillerie

Léon Confait

 

28 juin 1896

Fauville-en-Caux

 

3 juin 1917,

L’épine de Chèvregny,

Braine (Aisne)

 

Paul Partie 

23 novembre 1897

Pont-de-l’Arche

7 juillet 1917

Longueval (Aisne)

206e régiment d’infanterie

Alfred Mouchard

3 mars 1869

Pont-de-l’Arche

2 aout 1917               

Rouen

74e régiment d’infanterie territoriale

Florent Havet

31 janvier 1895

Pont-de-l’Arche

10 aout 1917 Gricourt (Aisne)

118e régiment d’infanterie

Edouard Auber

3 juillet 1890

Pont-de-l’Arche

8 septembre 1917

Douaumont, Verdun (Meuse)

51e régiment d’infanterie. sergent

Robert Auber

18 mars 1897

Notre-Dame-du-Vaudreuil

10 février 1918

Nancy

7e régiment du génie

Camille Salette

24 mars 1897 Le Mans

10 avril 1918

Jonchery-sur-Vesle (Marne)

 

71e bataillon de chasseurs à pied.  décoré de la médaille militaire et de la Croix de guerre

Louis Michel

20 décembre 1884

Cliponville

12 mai 1918

hôpital militaire Hôtel de l’hermitage au Touquet

15e régiment d’infanterie

Ernest Morel

9 février 1897

Pont-de-l’Arche

20 juillet 1918

Boursonne (Oise)

224e régiment d’infanterie

Lucien Trumel

7 octobre 1897

Pont-de-l’Arche

24 aout 1918

Orval (Oise)

11e régiment de marche de tirailleurs algériens

Victor Colombel

5 décembre 1874

Pont-de-l’Arche

25 septembre 1918

Cuperly, Montfrenet (Marne)

12e escadron du train TM 225

Jules Letourneur

1er juillet 1887

Pont-de-l’Arche

20 septembre 1918

Pont-de-l’Arche

43e régiment d’infanterie

Gaston Morel

20 mai 1896

Pont-de-l’Arche

12 octobre 1918

Saint-Gobain (Aisne)

283e régiment d’infanterie

Eugène Guerre

3 juillet 1889

Pont-de-l’Arche

15 octobre 1918

hôpital         

96e régiment d’infanterie territoriale

Charles Ambroise

18 février 1872

Pont-de-l’Arche

3 avril 1919

Pont-de-l’Arche

20e régiment d’infanterie territoriale

Marcel Vallois

 

 

 

Albert Grenier

 

 

 

Raymond Liberprey

 

 

 

Albert Lepage

 

 

 

Alfred Levasseur

 

 

 

Maurice Piédevant

 

 

 

Léon Fournier

 

 

 

Louis Michel

 

 

 

Georges Prieur

 

 

 

Auguste Riberprey

 

 

 

Lucien Fernand Trumel

 

 

 

A lire…

L’excellent blog de Stephan Agosto consacré au 74e régiment d’infanterie et dédié aux 3 500 soldats de ce régiment qui perdirent la vie : http://74eri.canalblog.com

 

 

Sources

- Archives municipales – état civil ;

- Chantepie Roland, Pont-de-l’Arche à travers les âges, manuscrit b, 2e partie, De la Révolution à nos jours (1944) ;

- Collignon Maurice, « Une tentative des Allemands dans l’Eure et la Seine-Inférieure pendant la guerre de 1914 », Evreux, C. Hérissey, 1917, 50 pages ;

- Launay Armand, Pont-de-l’Arche ma ville (http://pontdelarche.over-blog.com) :

- « Percée allemande à Sotteville-sous-le-Val et Oissel en 1914 » ;

- « Un camp britannique de la Première Guerre mondiale : le Royal Flying Corps aux Damps et à Pont-de-l'Arche » ;

- « Le Monument aux morts de Pont-de-l’Arche et ses stigmates de la Seconde guerre mondiale » ;

- Launay Armand, Pont-de-l’Arche, cité de la chaussure, mairie de Pont-de-l’Arche, 2009, 52 pages.

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 14:00

Durant la Première Guerre mondiale, un camp britannique prit place entre les remparts de Pont-de-l’Arche et la rue des Peupliers, aux Damps. Celui-ci fut investi par le Royal Flying Corps créé en 1912 et devenu Royal Air Force en 1918. Il a laissé de nos jours le nom de « le Camp » à un quartier dampsois.

L'insigne du Royal flying corps, ancêtre de la Royal air force (Wikipédia).

L'insigne du Royal flying corps, ancêtre de la Royal air force (Wikipédia).

Un insigne du Royal flying corps retrouvé par un prospecteur de métaux aux Damps (photo A. Launay, 2013).

Un insigne du Royal flying corps retrouvé par un prospecteur de métaux aux Damps (photo A. Launay, 2013).

Réparer les moteurs d’avions

Le site de Pont-de-l’Arche – Les Damps fut choisi pour sa relative proximité du front mais à l’abri du danger allemand tout de même (encore que). L’armée britannique avait besoin d’une usine de réparation pour les moteurs de ses avions. Elle eut la chance que les fils de Georges Prieur construisaient une vaste usine de chaussures aux Damps et ne l’occupaient pas encore. L’armée loua l’usine, finit sa construction et y installa les ateliers de réparation des moteurs. Une fois réparés, les moteurs étaient chargés sur la Seine et partaient vers Rouen avant de rejoindre le front. Quant au quartier général, il fut établi dans le Vieux manoir, rue Jean-Prieur, actuel Manoir de Manon.

Femmes travaillant à la chaine de réparation des moteurs d’avions dans l’usine des Fils de Georges Prieur, Les Damps, 1919. Engine Repair Shops, RAF. The QMAAC working in machine shop. Pont-de-l'Arche. Olive Edis ; IWM photographer of the women’s services in France 1919, part of "First world war official collection" (photographs) Made by: Edis, Olive 1919. http://www.iwm.org.uk/collections/item/object/205244004

Femmes travaillant à la chaine de réparation des moteurs d’avions dans l’usine des Fils de Georges Prieur, Les Damps, 1919. Engine Repair Shops, RAF. The QMAAC working in machine shop. Pont-de-l'Arche. Olive Edis ; IWM photographer of the women’s services in France 1919, part of "First world war official collection" (photographs) Made by: Edis, Olive 1919. http://www.iwm.org.uk/collections/item/object/205244004

Un membre du QMAAC (Corps d’armée auxiliaire de la Reine Marie) faisant une soudure à l’acétylène dans l’atelier de réparation des moteurs d’avion de la Royal air force de Pont-de-l’Arche, en 1919.  A member of Queen Mary's Army Auxiliary Corps (QMAAC) acetylene welding at a Royal Air Force engine repair shop at Pont de l'Arche, France, in 1919. Olive Edis ; IWM photographer of the women’s services in France 1919, part of "First world war official collection" (photographs) Made by : Edis, Olive 1919 http://www.iwm.org.uk/collections/item/object/205196042

Un membre du QMAAC (Corps d’armée auxiliaire de la Reine Marie) faisant une soudure à l’acétylène dans l’atelier de réparation des moteurs d’avion de la Royal air force de Pont-de-l’Arche, en 1919. A member of Queen Mary's Army Auxiliary Corps (QMAAC) acetylene welding at a Royal Air Force engine repair shop at Pont de l'Arche, France, in 1919. Olive Edis ; IWM photographer of the women’s services in France 1919, part of "First world war official collection" (photographs) Made by : Edis, Olive 1919 http://www.iwm.org.uk/collections/item/object/205196042

Un camp imposant

Plusieurs centaines de soldats, et des auxiliaires féminins, travaillèrent dans l’usine des fils de Georges Prieur. Des baraquements provisoires furent bâtis tout autour pour les loger et pour accueillir leurs loisirs : cantine, salles de bains, salles de réunions, salles de danse, salons de thé et même des chapelles protestantes, les soldats catholiques étant accueillis dans les stalles de Notre-Dame-des-arts. Après guerre, ces baraquements ont servi à des familles durant quelques dizaines d’années avant d’être rasés un à un. Aujourd’hui, il n’en reste que les quelques commerces des Dardanelles et quelques plaques de béton qui ont servi de fondation et de pistes pour faire rouler les avions.

Le Camp, partie du village des Damps directement issue du camp aux Anglais, auquel elle doit son nom.

Le Camp, partie du village des Damps directement issue du camp aux Anglais, auquel elle doit son nom.

Un lieu de repos et de loisirs

Outre les techniciens du Royal flying corps, le camp des Damps a accueilli des troupes revenant du front. Celles-ci bénéficiaient de loisirs variés.

 

Les soldats britanniques se retrouvaient dans les bistrots de Pont-de-l’Arche. Pour l’anecdote, c’était la première fois que les gens de la région virent des hommes en « jupe » en la présence d’Ecossais. L’ancienne salle des fêtes de Pont-de-l’Arche, construite par l’armée britannique, servait elle aussi de lieu de festivité aux troupes et à la population locale comme l’écrivit un journaliste dans L’Industriel de Louviers du 20 janvier 1917 :

Pont-de-l’Arche. – Cinéma-concert. Dimanche 14 janvier à 6h et ½, le Royal Flying Corps anglais de Pont-de-l’Arche offrait à ses soldats une soirée récréative de cinéma dans le camp d’aviation. Un orchestre symphonique a charmé l’auditoire ; plusieurs morceaux du répertoire ont été alors fort applaudis, parmi lesquels : les airs irlandais et diverses mélodies anglaises. Le lundi soir, le commandant et les officiers avaient convié par invitation grand nombre de personnes de Pont-de-l’Arche qui ont eu le plaisir d’admirer la fameuse film anglaise : La bataille de la Somme où tous nos Tommies rivalisaient d’entrain et de bravoure. Ces deux soirées récréatives… se sont terminées aux accents de La Marseillaise et du God Save the King.

Les Britanniques nous ont fait découvrir le football, notamment, et ont entretenu cette passion chez nous durant la Grande guerre. L’Industriel de Louviers du 10 aout 1918 le rapporte : Pont-de-l’Arche - Fête sportive. Lundi, les officiers R.F.C. ont organisé la fête annuelle des sports. La fête composée de jeux de toutes sortes fut très réussie malgré la pluie qui ne cessa qu’à de rares intervalles. Le soir un concert dans la grande salle du cinéma fut très apprécié et se termina par l’hymne national anglais.

 

Outre les relations sportives, la présence des troupes britanniques a permis de tisser des liens avec la population locale. L’Elbeuvien du 7 février 1917 informa que : Les prairies […] ayant été ces temps derniers inondées par la crue de la Seine sont actuellement gelées et de nombreuses personnes s’y livrent au sport du patinage. Un soldat du Royal Flying Corps a été victime ces derniers jours d’un accident. Après une chute malheureuse, il a été relevé dans un état qui a nécessité son transport immédiat dans un hôpital de Rouen.

 

L’article du 1er juin 1918 relate un moment tragique mais d’une grande beauté :

Dans notre numéro du 11 mai, nous avons relaté qu’une jeune fille de Pont-de-l’Arche […] était tombée dans un puits profond de trente mètres. Le père, désespéré, fit immédiatement appel à la bonne volonté de quelques soldats anglais, qui se trouvaient en promenade, et immédiatement sans aucune hésitation ceux-ci entreprirent les moyens de sauvetage. Etant donné le mauvais état de ce vieux puits abandonné, ce sauvetage fut opéré dans des conditions particulièrement difficiles et dangereuses pour les sauveteurs ; il faut signaler le courage du soldat P. Carnwall… qui s’offrit spontanément pour descendre dans le puits avec de très élémentaires instruments de fortune et, sans souci pour sa vie, après un séjour prolongé au fond du puits, dans l’eau glaciale et après diverses tentatives réussit à ramener le corps de la noyée. Il ne put à son tour être retiré que très difficilement. Il risquait d’être écrasé par la margelle branlante du vieux puits, et d’être noyé par la rupture de la corde qui s’est produite à un moment. Vraiment ce brave mériterait bien une distinction honorifique de la part de l’administration militaire britannique.

 

D’autres articles, encore, sont riches d’enseignement tels que celui du 12 septembre 1917 qui nous apprend que la population archépontine [sic], et des communes avoisinantes, privée de médecin, est actuellement soignée par un Major anglais, très dévoué à ses malades à toute heure et souvent gratuitement. Ce Major est titulaire de plusieurs décorations gagnées dans sa longue carrière militaire.

 

Les liens qui unissaient les Normands et les Britanniques furent riches. Les Tommies ont apporté maints services à nos ancêtres – beaucoup d’hommes étant retenus au front – et que ceux-ci leur ont réservé un accueil appréciable, d’autant plus que leur présence était une source de profit supplémentaire. Si le camp britannique pas eu d'importance stratégique, il a néanmoins engendré des liens restés gravés dans les mémoires. C'est ce qu'expriment et promettent deux lettres adressées par des gradés brtitanniques à Maurice Delamare. Extraits :

- courrier envoyé par le colonel G. B. Hynes, commandant du camp de la Royal air force, à Maurice Delamare, le 30 novembre 1918 : "Rien ne pourrait dépasser la bonté, l'hospitalité avec lesquelles on a reçu l'Armée Britannique partout en France, et le concours et l'accueil données par vous, Mon Cher Maire, et les habitants de la Ville de Pont de l'Arche ont été des plus frappants."

- courrier envoyé par un commandant - non nommé - de l'Engine repair shops de la Royal air force le 22 septembre 1919 :

"Monsieur le Maire,

Le Dépôt de l'Aviation Britannique à Pont de l'Arche étant arrivé au terme de ses travaux, je voudrais profiter de cette occasion, avant le départ final, de vous remercier personnellement, cher Monsieur le Maire ainsi que les Autorités Civiles de la Ville de Pont de l'Arche, au nom des Autorités Militaires Britanniques, en mon nom et en celui des Officiers, Sous-Officiers et soldats de ce Dépôt, pour la courtoisie, la bienveillance et l'aide qui nous ont toujours été témoignés depuis la formation de ce Dépôt en Novembre 1914.

Parlant au nom du personnel, je tiens à vous assurer que nous garderons toujours un excellent souvenir de notre séjour parmi vous, ainsi que de votre belle patrie. J'espère que les excellentes relations et la bonne amitié qui ont toujours existé durant ces quelques années resserreront encore davantage, à l'avenir, les liens qui unissent les grandes nations : la France et l'Angleterre..."

Femmes se faisant brosser les cheveux au salon de coiffure QMAAC (Corps d’armée auxiliaire de la Reine Marie) réputé être un salon régulier de l’enseigne « Bond street » (Pont-de-l’Arche, 1919).  Girls having their hair brushed in the hairdressers' shop for the QMAAC [Queen Mary's Army Auxiliary Corps] at Pont de l'Arche which enjoyed the reputation of being a regular Bond Street establishment. Olive Edis ; IWM photographer of the women’s services in France 1919, part of "First world war official collection" (photographs) Made by : Edis, Olive 1919. www.iwm.org.uk/collections/search?query=pont+de+l%27arche&submit=&items_per_page=10

Femmes se faisant brosser les cheveux au salon de coiffure QMAAC (Corps d’armée auxiliaire de la Reine Marie) réputé être un salon régulier de l’enseigne « Bond street » (Pont-de-l’Arche, 1919). Girls having their hair brushed in the hairdressers' shop for the QMAAC [Queen Mary's Army Auxiliary Corps] at Pont de l'Arche which enjoyed the reputation of being a regular Bond Street establishment. Olive Edis ; IWM photographer of the women’s services in France 1919, part of "First world war official collection" (photographs) Made by : Edis, Olive 1919. www.iwm.org.uk/collections/search?query=pont+de+l%27arche&submit=&items_per_page=10

Patinage sur l'ancien canal de l'écluse de Limaie. Collection privée (photo A. Launay, 2012).

Patinage sur l'ancien canal de l'écluse de Limaie. Collection privée (photo A. Launay, 2012).

Sources

- L’Elbeuvien ;

- L’Industriel de Louviers ;

- Chantepie Roland, Pont-de-l’Arche à travers les âges, manuscrit b, 2e partie, De la Révolution à nos jours (1944), pages 437 à 443 ;

- Archives municipales de Pont-de-l'Arche : 5 H 9.

 

 

A lire aussi…

Pont-de-l'Arche et la Première guerre mondiale

Tentative allemande de faire sauter le pont...

Le service militaire d'une anglaise du Sussex : Winifred Mary Wilcox, qui servit notamment au camp des Damps. Sur le site : sussexhistory.net  

Pour aller plus loin...

Lisez, en anglais, l'article suivant : Fell LFR, "The engine repair shops - Pont de l'Arche", Journal of the royal aeronautical society, janvier 1966. Avec mes remerciements à Peter Ainsworth. Article accessible en cliquant sur les images ci-dessous.

 

Un camp britannique de la Première Guerre mondiale : le Royal Flying Corps aux Damps et à Pont-de-l'Arche.Un camp britannique de la Première Guerre mondiale : le Royal Flying Corps aux Damps et à Pont-de-l'Arche.
Un camp britannique de la Première Guerre mondiale : le Royal Flying Corps aux Damps et à Pont-de-l'Arche.Un camp britannique de la Première Guerre mondiale : le Royal Flying Corps aux Damps et à Pont-de-l'Arche.

Armand Launay

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 22:56

Diis manibus

 

 

« Qu’importe par quelle sagesse chacun accède au vrai.

Il est impossible qu’un seul chemin mène à un mystère aussi sublime. »

Quintus Aurelius Symmachus, dit Symmaque, Relatio, III, 10

 

 

Le paganisme regroupe un ensemble de cultes polythéistes pratiqués par les païens, c’est-à-dire les fidèles aux dieux locaux, par différence aux fidèles de cultes extérieurs, principalement les chrétiens qui ont supplanté, interdit, le paganisme. Le choix de ce sujet pour la localité de Pont-de-l’Arche tient plus de la motivation personnelle que de la recherche historique tant les données scientifiques manquent ; ceci exprime donc la partie la plus religieuse, peut-être, de nos valeurs spirituelles. Il nous a néanmoins paru intéressant d’interroger l’histoire locale en reliant des éléments à priori disparates et, quoi qu’il en soit, méconnus. Quant au choix des Damps, il s’impose de lui-même puisque Pont-de-l’Arche a émergé au IXe siècle sur le territoire de cette paroisse plus ancienne.

 

Hetre-Tabouel.JPG

Le paganisme vénère les forces naturelles et leurs manifestations les plus éclatantes. Ici le hêtre Tabouel, sur les hauteurs de Pont-de-l'Arche, peut faire figure d'idole tutélaire du haut de ses 350 ans de vitalité.  

 

 

L’allée couverte des Vauges, première trace de spiritualité

La plus ancienne trace locale de spiritualité a été identifiée par la découverte d’une allée couverte aux Damps, rue des Merisiers. Nous avons rendu compte de cette découverte à la page 36 de notre ouvrage L’Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l’Arche (voir sources). Cette allée couverte a été identifiée par des particuliers lors de la construction des fondations de leur maison au début des années 2000. Sans intervention d’archéologues, une quinzaine de squelettes a été mis au jour entre de vastes pierres de près de 4 mètres de long. Ces pierres rectangulaires formaient une allée d’une dizaine de mètres de longueur et tournée vers l’Est. Les habitants se sont renseignés auprès d'archéologues qui ont identifié des têtes de haches et une hache pendeloque enpierre verte du Jura, objet que l’on mettait au cou des morts. Nous pouvons raisonnablement avancer qu’il s’agit de vestiges d’une allée couverte, type de tombeau collectif du Néolithique final (vers 2300 avant notre ère) courant la région de Val-de-Reuil.

Les allées couvertes étaient composées de deux séries parallèles de menhirs couverts d’autres pierres, on parle alors de cairns, ou de terre, ce qu’on appelle les tumulus. Le tout formait une grotte artificielle protégeant les dépouilles. Les découvertes archéologiques ont parfois mis au jour l’ouverture ronde perçant une pierre condamnant l’entrée. Grâce à cette ouverture taillée, un rayon de soleil touchait le fond de l’allée couverte au solstice d’été. Cette attention toute particulière montre la fonction spirituelle d’un tel édifice. En effet, le soleil est un symbole de renaissance après les ténèbres, la mort. Il démontre que nos ancêtres espéraient une renaissance après la mort. Il était donc crucial que les dépouillent soient touchées par la lumière au matin de la plus longue des journées. C’est pourquoi les allées couvertes étaient orientées, c’est-à-dire tournées vers l’orient. En ce sens, l’orientation des églises chrétiennes est une survivance de cette pratique rituelle. Il en est de même pour les calvaires, comme nous l’avons expliqué dans notre article consacré au cimetière de Pont-de-l’Arche.

Parlant du culte chrétien, nous nous sommes aussi interrogé sur la chapelle Saint-Pierre des Damps et son curieux emplacement.

 

La chapelle Saint-Pierre des Damps héritière d’un temple païen ?

L’allée couverte décrite ci-dessus trahit l’existence d’habitations. En effet, le néolithique est caractérisé par la sédentarisation des hommes qui ont besoin d’entretenir les cultures. La présence humaine aux Vauges rejoint ainsi les nombreuses découvertes archéologiques de Tournedos, Léry et Poses qui attestent une implantation humaine importante et durable autour de ce méandre de Seine. Le vallon des Vauges était, lui aussi, propice à l’implantation humaine. La proche forêt permettait l’élevage, la chasse et l’approvisionnement en bois. Le rebord du coteau, outre l’élevage itou, était propice aux cultures. En bas du vallon, les eaux de la Seine et son proche confluent avec l’Eure étaient propices à la pêche et au transport. Les iles offraient des enclos naturels à certains animaux d’élevage. La forme même du vallon laisse entrevoir que de petits cours d’eau y coulaient paisiblement.

L’éloignement de la chapelle Saint-Pierre du centre historique des Damps, en face de la place du village, nous a étonné. Située en bas du vallon des Vauges, cette chapelle a été bâtie par les fidèles dampsois en 1856 en lieu et place de l’ancienne église paroissiale Saint-Pierre. Cette église fut rattachée à la paroisse Saint-Vigor de Pont-de-l’Arche vers 1780 et démolie par le conseil de fabrique de Pont-de-l’Arche. Depuis le Moyen-Âge, l’église des Damps était mentionnée sous le vocable de Saint-Pierre et rien ne laisse entendre qu’elle ait changé d’emplacement depuis. Selon nous, l’emplacement de Saint-Pierre des Damps indique que le vallon des Vauges rassemblait la majeure partie des habitations à une période reculée. Partant, nous pensons que l’église des Damps, comme tant d’autres, a remplacé un lieu de culte païen situé à proximité directe des habitations d’alors. Pour mémoire, la christianisation eut lieu en Normandie du IVe au VIe siècle.

Par ailleurs, une étude de Georges Dumézil sur le culte de saint Pierre nous conforterait dans la thèse du temple païen. Saint Pierre était le patron des pêcheurs et des agriculteurs. Plus précisément, il était le patron de l’orge car cette céréale monte en épi durant la dernière semaine du mois de juin (entre la saint Jean et la saint Pierre). Alors, pour un village qui a vécu à la fois de la pêche et de l’agriculture, ce patron n’est pas tout à fait étonnant, surtout si l’on considère la position de son ancienne église, entre fleuve et terres agricoles. Georges Dumézil note que saint Pierre, saint de l’économie rurale, a très souvent remplacé un dieu de la fertilité. Si le temple païen des Vauges a bel et bien existé, à quelles divinités celtes puis latines, telle Cérès la déesse de l’agriculture, était-il voué ? La rêverie est permise…  

 

Chapelle-Saint-Pierre-2003.JPG

La chapelle Saint-Pierre durant une de nos visites commentées en 2003 : un édifice remplaçant une église qui, elle-même, pourrait bien avoir remplacé un lieu de culte païen autour de l'ancien hameau des Vauges. A noter, les outils de compagnons sur la pierre devant le public ; outils décrits dans un article consacré aux Amis réunis.   

 

Les établissements gallo-romains des Damps

Une fouille de sauvetage a été réalisée en 1980, aux Damps, sous le court de tennis du Chemin-des-haies (voir Dominique Halbout, sources). Ces fouilles ont mis au jour des bâtiments annexes d’une villa gallo-romaine détruite au bulldozeur. Une cave maçonnée avec soupirail métallique ont été retrouvés parmi du mobilier attestant une présence humaine depuis au moins la fin du 1er siècle jusqu’au IIIe siècle.

Dans notre ouvrage L’Histoire des Damps… nous avons aussi fait état des découvertes archéologiques suivantes : le trésor monétaire près de la maison de la Dame-blanche et de thermes au Vert-Buisson (tous deux dans la rue des Carrières) (page 46). Cependant, c’est à Jean Mathière (voir sources) que nous devons la seule référence au paganisme gallo-romain lui qui cite, page 241, la découverte en 1858 de « statuettes dont une de Vénus » déesse de la beauté et de l’amour.

 

Le fanum de Pont-de-l’Arche

Parmi nos sources non scientifiques, il y a les témoignages des propriétaires de détecteurs à métaux. Si l’inventaire de leurs découvertes est très approximatif, ils apportent de précieux éléments échappant de toute façon aux fouilles scientifiques. L’un d’entre eux m’a ainsi indiqué la présence d’un fanum – un temple rural – près du clos des Cerisiers, sur la route de Tostes. Celui-ci se trouvait à la jonction entre une voie allant vers Caudebec-lès-Elbeuf et Le Vaudreuil et une autre voie allant vers Pont-de-l’Arche et Tostes. Ce petit temple a peut-être fait partie d’une villa établie sur les premiers contreforts du plateau du Neubourg, à l’orée de la forêt.

Peut-être était-il dédié à Faunus, un dieu protecteur des troupeaux contre les loups, d’où son second nom : Lupercus. Ceci ne serait pas délirant étant donnés les nombreux dés à coudre de cette époque retrouvés en forêt de Bord et qui attestent la présence de gardiens de troupeaux dans la forêt ; gardiens qui s’occupaient en cousant… Peut-être que ce fanum honorait Sylvain, dieu de la forêt, notamment pour l’usage des fidèles redoutant la traversée de la forêt.

On peut aussi penser que ce temple était le sanctuaire des dieux tutélaires des habitations situées en contrebas, au futur Pont-de-l’Arche. En ce sens, peut-on établir un lien avec le culte de sainte Anne, patronne de Pont-de-l’Arche depuis le Moyen-Âge ? En effet, le chemin de la Procession, près duquel ont été retrouvés les restes du fanum, doit tenir son nom de la procession qui avait lieu dans le cadre de l’assemblée Sainte-Anne, ancêtre de la fête communale, qui avait lieu à l’orée de la forêt…  

 

Un établissement gallo-romain sur La Plaine de Bonport ?

Léon Coutil écrivit que : « Un peu plus loin, à l’extrémité du village de Criquebeuf, en extrayant du sable et des alluvions caillouteuses, on découvrit en 1888 des vases gallo-romains avec des débris d’incinérations dont nous avons vu deux exemplaires ». Qui plus est, les protecteurs équipés de détecteurs à métaux ont mis au jour de nombreuses monnaies et un pied de statue dans cette zone et, plus précisément, dans le val qui se situe en contrebas du hameau appelé La Plaine de Bonport vers Criquebeuf-sur-Seine. Il semble que ce lieu ait été habité de longue date avant d’être peu à peu déserté.

C’est ce qu’écrivirent en 1898 V. Quesné et Léon de Vesly (voir sources) qui se sont intéressés au village gaulois du Catelier, vraisemblablement appelé Gaubourg « par les envahisseurs du Ve siècle, qui paraissent avoir abandonné la hauteur pour s'établir sur les bords de la Seine en un lieu appelé Maresdans. Il ne reste aujourd'hui de cette station célèbre mentionnée par Guillaume de Jumièges, qu'un tertre couvert de bois : la chapelle, dans laquelle ont été baptisés quelques vieux villageois a disparu et l'image de saint Martin, patron de cette paroisse, a été remplacée dans l'église de Criquebeuf où nous l'avions souvent contemplée. — Quelques pierres et des traces de mortiers qui roulent à la surface des champs, voilà tout ce qui reste de Saint-Martin-de-Maresdans ! »

Cette chapelle a entièrement disparu dans le bois au sud de La Plaine de Bonport et à l’Est du Val-Richard. Seul Maredans [sic] est nommé dans le cadastre de Criquebeuf. Quoi qu’il en soit, ce lieu de culte chrétien a semble-t-il concerné un village. Il est placé sous un vocable ancien, Saint-Martin, et a maintenu le nom de Maresdans, qui signifie « mare des Damps ». Ce nom est donc antérieur à la fondation de Pont-de-l’Arche autour de l’entrée sud du pont bâti entre 862 et 873 par Charles le Chauve. De là à penser qu’un temple païen a été remplacé par une chapelle dédiée à saint Martin, il n’y a qu’un pas que nous serions tenté de franchir, une fois de plus. 

 

Des rituels païens christianisés

Si le catholicisme est héritier du christianisme importé du Proche-Orient, il est né parmi les rites païens de l’Empire romain. A ce titre, bien des pratiques locales ont survécu en étant christianisées.

La statuaire des églises

La riche statuaire accompagnant le culte des saints est un héritage des innombrables statues de dieux, d’empereurs, ou de grands personnages publics de l’Empire romain. Les divinités d’alors, et parmi elles les âmes des morts, étaient des voies plurielles permettant de s’approcher du divin. A ce titre, le recours massif du catholicisme aux statues représentant les saints, Jésus ou Dieu-le-Père n’est pas sans rappeler la Rome antique d’autant plus que les statues étaient interdites par le judaïsme, terreau du christianisme : « Tu ne te feras point d'idole, ni une image quelconque de ce qui est en haut dans le ciel, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux au-dessous de la terre. » (Exode, chapitre 20, verset 3). Le drapé des personnages, d’un point de vue esthétique, et le rappel de la vie des saints, contribuent à faire de l’Antiquité une sorte d’âge d’or où le christianisme a vaincu le paganisme. Cependant, le Moyen-Âge, tout chrétien qu’il fut, n’a vraisemblablement pas dépassé cette époque rêvée. Quelque part, le paganisme était un ennemi tellement important que la victoire contre celui-ci semble constituer la principale réussite du christianisme.

Sainte Marie de Bonport

Léon de Duranville, citant Hyacinthe Langlois (Recueil de quelques sites et monuments de l'ancienne France, 1817) nous renseigne sur un pèlerinage qui avait lieu au bord de l’Eure, en face de la porte de la Vierge donnant accès à l’ancienne abbaye de Bonport : « C’était là que, le 23 juin, veille de la solennité de Saint-Jean-Baptiste, se rassemblait annuellement de toutes parts, dit encore Langlois « une multitude de femmes qui, au premier coup de l’Angelus de midi sonnant au monastère, plongeaient simultanément dans la Seine leurs petits enfants nus. Beaucoup d’adultes des deux sexes se soumettaient eux-mêmes à cette cérémonie pieusement gymnastique, qu’ils considéraient comme le préservatif et la cure de certaines maladies. […] Qui pourrait affirmer que ces coutumes si pleines d’originalité ne sont pas venues de l’époque païenne, qui divinisa les arbres et l’eau ? » (pages 216-217). En 1856, Léon de Duranville précisa que « Ce pèlerinage superstitieux n’est pas encore abandonné à Bonport, malgré la disparition du groupe. On l’a transporté dans l’église du Pont-de-l’Arche… » (page 218). Le « groupe » cité est la statue de Marie et, sur ses genoux, du Christ mort qui ornait la porte de la Vierge à Bonport. Ce groupe enpierre du XVIe siècle, classée Monument historique en 1977, se trouve sur le premier pilier du bas-côté nord de l'église Notre-Dame-des-arts.  

 

Bonport-2012.JPG

Des pratiques païennes ont longtemps survécu sous la forme d'un pèlerinage en face de Bonport, dans les eaux de la Seine. Elles consistaient à donner de la vigueur aux enfants.  

 

Le Hêtre Saint-Ouen de Léry

Bien qu’en dehors de notre aire d’étude, nous aimons à citer le culte de la fertilité célébré sous des airs catholiques à Léry, dans la forêt de Bord, la forêt de Pont-de-l’Arche. Voir notre article. 

 

Le baroque ou le souffle (gréco)-romain

L’arrivée du protestantisme au XVIe siècle a largement concurrencé le catholicisme. Il l'a même remplacé dans des royaumes entiers. Le protestantisme se veut universel et missionnaire, des synonymes des valeurs de l’Eglise qui se dit catholique et apostolique. Symboliquement, l’Eglise a renforcé un point qui ne pouvait lui être contesté : sa romanité. L’église catholique, apostolique et romaine a été fondée dans la capitale de l’Empire romain par saint Pierre.

La lutte contre l’expansion du protestantisme, la Contreréforme, s’est notamment traduite par une imagerie puisant dans les canons artistiques de l’antiquité gréco-romaine. Un nouveau style a émergé, le baroque, qui a remis au gout du jour l’ornementation de la Rome antique. Au premier chef, les colonnes et les frontons des temples. C’est ce qu’on l’on retrouve au chœur de l’église Saint-Vigor, devenue Notre-Dame-des-arts en 1896. Le maitre-autel érigé vers 1630-1640 se présente comme une entrée de temple païen… au chœur du sanctuaire chrétien.

L’histoire est ironique car saint Vigor, évêque de Bayeux, s’était fait connaitre en partie pour la lutte contre le paganisme et les colonnes païennes auront survécu à ce personnage notamment pour laisser place à Notre-Dame des arts, sorte de mère des Muses. Après tout, le Pape n’est-il pas le Souverain pontife ? C’est-à-dire le successeur des Grands pontifes romains, responsables de l’entretien du pont sacré et de la bonne pratique des rituels païens. Parmi ces pontifes, citons Symmaque qui  nous a fourni la citation du début de cet article…  

 

Photo 092Le maitre-autel de l'église Notre-Dame-des-arts (vers 1630-1640) : une oeuvre baroque issue de la Contreréforme et qui puise dans les canons de l'antiquité gréco-romaine et, notamment, ses temples dédiés aux dieux pluriels.      

 

Orientations documentaires

- Dumézil Georges, « Deux petits dieux scandinaves : Byggvir et Beyla, VI, Pekka, Pekko et Saint-Pierre », p. 76, in Mythes et dieux de la Scandinavie ancienne, collection bibliothèque des sciences humaines, Paris : Gallimard, 2000, 373 pages ;

- Duranville Léon Levaillant de, Essai archéologique et historique sur la ville du Pont-de-l’Arche et sur l’abbaye Notre-Dame-de-Bonport, autoproduit, 1856, 231 pages ;

- Halbout Dominique, « Note sur la fouille de sauvetage menée aux Damps (Eure) en juin, juillet, août 1978 », Bulletin du Centre de Recherches Archéologiques de Haute-Normandie n° 5, janvier-février 1979, page 10 ;

- Launay Armand, L’Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l’Arche, Condé-sur-Noireau : Charles-Corlet, 2007, 240 pages, voir les chapitres « Les premières traces des hommes entre Léry et Criquebeuf-sur-Seine depuis la Gaule romaine », pages 35 à 41, et « L’occupation du site des Damps de la Gaule romaine à la période germanique : le poids local d’un village fluvial », pages 42 à 50 ;

- Mathière Jean, La Civitas des Aulerci Eburovices à l’époque Gallo-romaine, Evreux, Librairie A. Drouhet, 1925, 355 pages ;

- Quesné V., de Vesly Léon, « Nouvelles recherches sur Le Catelier de Criquebeuf-sur-Seine (Eure) », in Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques, année 1898, Paris : imprimerie nationale, 1898.

 

                                                                                      

Armand Launay

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Published by Armand - dans Les Damps
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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 22:18

Comme dans tous les terroirs, les habitants de Pont-de-l’Arche et sa région se donnaient des sobriquets, des surnoms. Aujourd’hui inusités, ils sont encore dans les mémoires et prêtent à sourire tant ils sont imagés, croquants voire loufoques. Quels sont-ils ? A quoi servaient-ils ? Que nous apprennent-ils ?

 

Fete-a-Jules2.jpgLa "fête à Jules" dans les années 1950 ; une festivité - organisée par l'association de pêche La Carpe - qui démontre la richesse de la sociabilité à l'échelle communale : ici la rue Président-Roosevelt pleine de monde pour le défilé. Au-delà des festivités, la sociabilité était quotidienne. Elle était le creuset d'une culture populaire qui s'exprimait notamment par le Pontdelarchiais, patois local, et les sobriquets. Merci à Gérard Desmaret pour cette photographie. 

 

Méthode

Depuis le début de nos travaux d’histoire sur Les Damps et Pont-de-l’Arche, en 2002, nous entendions parler de sobriquets, principalement lors d’une trentaine d’entretiens réalisés avec des personnes âgées natives des Damps ou de Pont-de-l’Arche. Certaines nous ont parlé de listes de sobriquets chez telle ou telle grand-mère, sans que quiconque ne les retrouve. Rapidement est née l’envie de lister les quelques sobriquets dont se souvenait chaque personne. Nous avons ainsi rassemblé près de 145 sobriquets reproduits en fin d’article. Les anciens nous ont précisé que chacun portait un sobriquet. Notre liste est donc un faible échantillon. Elle nous a néanmoins permis d’étudier cette pratique que nous apparentons au parler local, le Pontdelarchiais (voir sources) sur lequel nous reviendrons. Nous n’avons pas souhaité divulguer l’identité des personnes qui portaient ces sobriquets car ceux-ci sont le plus souvent moqueurs et pas tout à fait révolus en 2012... Nous nous sommes plutôt intéressés aux anecdotes qui ont forgé ces surnoms et aux raisons qui les ont fait perdurer.

 

Définition

Le dictionnaire de Wikipédia donne ce rapide historique de l’emploi du mot sobriquet : « L’étymologie de ce mot est inconnue. Son sens évolua de « petit coup sous le menton » (attesté en 1355 et 1398 sous la forme « soubriquet ») puis « raillerie », « moquerie » (sens fréquent au XVIe siècle) pour donner le sens de « surnom » attesté en 1531. Article consulté le 14 décembre 2012.

 

Les sobriquets : un phénomène social

Jusqu’au milieu du XXe siècle, les sobriquets impliquaient tous les Archépontains. Si des surnoms éphémères étaient forgés, les sobriquets étaient donnés à vie. Certains désignaient même des familles à partir du surnom d’un aïeul réputé. Les sobriquets étaient même le principal nom sous lesquels des gens, y compris très proches, étaient connus. Un cinquantenaire des Damps n’apprit le réel prénom de son grand-père qu’à l’enterrement de celui-ci, son sobriquet étant un simple prénom de baptême. Les sobriquets exprimaient donc un besoin de personnaliser les noms, ce qui illustre la proximité entre les habitants, voire la permanence des contacts entretenus en ce temps où l’on travaillait le plus souvent dans sa commune de résidence et où l’on ne partait ni en vacances ni en weekends.

 

Mais pourquoi remplacer les noms de famille ?

 

Ancien Régime : le sobriquet à l’origine des noms

Nous avons écrit que les sobriquets étaient plus utilisés que les noms réels qui, parfois, étaient parfaitement inconnus. Ce phénomène a été une constante de l’histoire. Ce n’est qu’à partir du XIIIe siècle que le nom de famille devint héréditaire en France. La croissance urbaine et l’émergence des documents de contrôle tels que les rôles de fouage (un impôt ancêtre de la taille) expliquent ce besoin des autorités d’identifier les sujets. Les surnoms donnés aux familles devinrent officiels et donc héréditaires. Cependant, cette officialisation ne mit jamais fin à la création et à l’utilisation des surnoms. C’est ce que démontrent les registres paroissiaux de Tostes au XVIIIe siècle étudiés par Max Masson (voir sources). Mouchard était un nom très courant dans ce village, et donc insuffisant pour identifier chaque l’individu. Ainsi l’officier d’état-civil accola le sobriquet d’un membre de cette famille en le nommant « Mouchard-dit-Greffier ». Puis ce nom fut résumé en Mouchard-Greffier et subsista sous cette forme durant quatre générations. Il s’inversa même en « Greffier-Mouchard ». Nous voyons que l’officialisation des surnoms a créé les noms de familles que cela ne s’est pas fait en un jour. De même, à Tostes, on désigna un Martin grâce à son lieu d’habitation ce qui permit d’écrire dans les registres de l’état-civil Martin-dit-Dupray. Ce nom se simplifia en Martin-Dupray, s’inversa en Dupray-Martin selon le procédé vu ci-dessus et, enfin, devint Dupray tout court... Ceci est l’un des derniers exemples de transformation de sobriquet en nom.

 

Mais à la Révolution les registres paroissiaux furent remplacés par un état civil officiel assuré par les mairies… Changea-t-il la donne ?

 

Le sobriquet résiste à l’état civil républicain

On aurait pu penser que la mise en place d’un état civil strict à la Révolution aurait sonné le glas des surnoms officieux. Il n’en a rien été. Les noms officiels restèrent encore secondaires dans le langage courant comme le montre Lucien Barbe vers 1875 dans la région de Louviers (voir sources). Dans son ouvrage Dictionnaire du patois normand en usage à Louviers et alentours, l’auteur définit « une grade », un synonyme local de sobriquet : « Deschamps c’est pas not’ nom, c’est une grade, mais je mangeons pus de pain à Deschamps qu’à Galle qu’est not’ nom ». De même à l’article « manger » Lucien Barbe explique que l’expression manger du pain à un nom signifie être appelé par ce nom : « Il mange plus de pain à Talmouse qu’à Durant signifie qu’il est plus souvent appelé Talmouse que Durand ». Autre preuve que le langage administratif n’avait pas éteint le langage courant, ici appelé patois normand, les noms de famille étaient alors encore considérés comme des adjectifs, c’est-à-dire, comme des mots faisant sens en eux-mêmes. Ainsi, dans le foyer de chez monsieur Le Fort vivait la famille La Forte. La femme de monsieur Le Grand était madame La Grande.

 

Quel était l’intérêt de maintenir des sobriquets alors que les noms et prénoms étaient clairement établis par l’état civil ?

 

Pourquoi employer des sobriquets à vie ?

Pour nous qui ne donnons plus de sobriquets, on peut se questionner sur les motivations de nos ancêtres. Notre liste de sobriquets démontre leur envie de s’amuser en attribuant des surnoms fleuris et moqueurs rappelant des anecdotes amusantes, un trait de caractère ou un aspect physique… Une référence amusante, donc, sauf peut-être pour la personne ainsi désignée. Un autre intérêt des sobriquets est illustré par une délibération du Conseil municipal de Pont-de-l’Arche du 24 décembre 1803 qui désigne le maitre de pont et ses aides : « Germain Riberpré aîné, Louis Lambert, François Riberpré, Nicolas Gonnord, Riberpré dit Dombresque, Pierre Gonnord dit la Violette, Michel Vallet, Guillaume Grenier, Jacques Morel, Antoine Gonnord, Jacques Prévost dit Matelot, Antoine Langlois, Boniface Riberpré, Tanvin (?) Riberpré ». Il suffit de voir revenir aussi souvent les noms de Riberpré et Gonnord pour comprendre l’intérêt des sobriquets et ce d’autant plus que les prénoms de baptême variaient alors assez peu. Plus précisément, les sobriquets rappellent un trait de caractère, un aspect physique, des déboires très personnels qui font rigoler les autres. Leur simplicité, leur caractère très personnel permettent d’identifier de très nombreuses personnes dans le quartier, dans la ville. Ils témoignent d’une sociabilité où les rapports humains sont denses, qu’ils soient agréables ou pas. Comme nous l’avons écrit plus haut, le sobriquet permettait parfois d’identifier des familles à partir du surnom d’un aïeul bien connu.  

 

Mais qu’est-ce qui a pu mettre fin à l’usage des sobriquets, alors profondément ancrés dans les usages ?

 

La fin des sobriquets ou le changement profond de la sociabilité

Les sobriquets ont survécu une génération au Pontdelarchiais, le patois local (voir sources). Leur usage dans toute la ville s’est néanmoins perdu après la Seconde guerre mondiale. Les gens du cru ne les ont pas oubliés pour autant. Ils ont été encore été utilisés dans les cercles familiaux et, parfois, pour taquiner ou dénigrer quelqu’un dans la ville, quand ce n’était pas un lapsus. Ils ont disparu avec les anciens, ceux de la génération que nous avons interrogée. Leurs enfants se souviennent encore de quelques sobriquets, souvent les mêmes. Certes des surnoms continuent d’exister dans les sphères familiales et amicales, mais ils n’ont pas cours dans toute la ville et n’ont donc pas la même fonction que les sobriquets qui nous intéressent. La fin des sobriquets et du Pontdelarchiais illustre la transformation profonde de la sociabilité communale. Désormais, les contacts sont plus rares et, surtout, moins continus : la majeure partie des habitants vit dans des quartiers pavillonnaires et non dans le centre-ville et la promiscuité que vivaient nos ancêtres. Avec la fermeture de nombreuses usines (principalement de chaussures), rares sont devenus les voisins qui travaillent dans la même entreprise et qui se côtoient donc le plus clair de la journée. Les loisirs sont devenus individuels, très souvent tournés vers l’intérieur du foyer ou vers les séjours à l’extérieur de la ville, voire du pays. La rue archépontaine est ainsi moins remplie, tout comme ses cafés, ses fanfares, sa paroisse, ses fêtes traditionnelles… Les habitants quittent la ville pour aller dans des grandes surfaces, parmi des inconnus, alors que leurs ainés allaient quotidiennement dans les petites boutiques du centre-ville. En somme, rares sont devenus les habitants ayant – ou se donnant – les moyens de vivre une riche sociabilité à l’échelle communale malgré les nombreuses animations proposées par la mairie, les associations et la présence de boutiques… Les sobriquets parlent donc d’une époque où rares étaient les anonymes dans la ville : même sans connaitre le nom de la personne, elle était repérée, identifiée.

 

 

    A lire aussi :

    Sobriquets des habitants de la région de Pont-de-l’Arche

 

 

Sources documentaires

 - Barbe Lucien, Le dictionnaire du patois normand en usage à Louviers et alentours, 1877, réédité en 1998 par Page de garde, Saint-Aubin-lès-Elbeuf, 127 pages ;

 - Launay Armand, Le Pontdelarchiais, parler de Pont-de-l’Arche ;

- Masson Max, L’histoire de Tostes par Tostes pour Tostes, [ca 1985] ;

 - Ville de Pont-de-l’Arche, délibérations du Conseil municipal.

Lexique de sobriquets d’habitants de Pont-de-l’Arche

 

Adjudant (l’) : une femme qui refusait même qu’on parle le Pontdelarchiais.

Adoré (l’) : sobriquet d’un sergent de Gendarmerie qui devait apprécier cet hommage ironique à ses vertus militaires.

Beau gland :

Bérot : …

Bête-à-puces : certainement quelqu’un qui faisait des économies de savon.

Beubeur : écrit Bobor sur une publicité de 1926. Nom peut-être dû à proximité de la forêt de Bord vu que celui qui le portait vivait à la ferme du Bon-Air.

Bisteuquette : c’est moins le sens du surnom que ce qui l’a inspiré qui intrigue ici...

Bite eud’ fer : …

Blanc-d’Espagne : une spécialité d’un pilier de bar ?

Bois-sans-soif :

Bousique : comme une ode à la bouse…

Brouette-à-boyaux (la) : cet homme avait un ventre généreux au point de pouvoir reposer sur une brouette, outils que l’homme en question poussait souvent.

Café-au-lait : encore une habitude bistrot (voir à Cafés-noirs, aux Damps).

Caloupette (la) : un alcoolique notoire qui s’est roulé au moins une fois sur la place Aristide-Briand.

Canasuc : homme qui partit en voilier aux « Isles » où l’on cultive la canne à sucre.

Capitaine-tralala (le) : cet homme était un capitaine de remorqueur qui aimait être élégant. On disait alors de lui qu’il était sur son trente-et-un ou, autrement dit, sur « son tralala ».

Caporal : surnom d’un couple. On disait de leur fille « C’est la fille à Caporal ».

Caramel : un gourmand ?

Carnera : référence au nom d’un célèbre boxeur.

Casque d’or : surnom donné à un rouquin.

Catte en chaleur (la) : …

Cayenne (la) : …

Chatouillante (la) : femme qui devait se vexer plutôt facilement.

Ch’fal-en-viande : homme plutôt bien en chair.

Chiasse (la) : surnom explicite encore donné aujourd'hui, à d’autres…

Cinoquet : ?

Cirage : …

Copain-vert : homme qui a eu plusieurs fois la goutte au nez. C’est imagé.

Coucou-du-bord-de-l’eau (le) : une femme connue pour sa pratique assidue du commérage.

Coucouille : quelqu’un de peu malin ?

Couillou (les frères) :

Croute-de-pain : …

Cul-d’ beurre : y en eût-il un pour s’en assurer ?

Cul-d’ brique : un arrière train solide ou aux muscles saillants ?

Cul-d’ brouette : surnom d’un maraicher.

Cul-d’ lapin : homme aux hanches fines.

Cul-pointu : …

Cul-rouge : …

Dare-dare : un homme qui était r’morqueur de péniches sur la Seine.

Diable (le) :

Dix-heures-dix : patron d’usine de chaussures qui marchait en canard, les pieds étant illustrés par la position des aiguilles dans le cadran.

Domino : une activité caractéristique de la période.

Emile Quin qu’à l’eau : …

Espion (l') : un Archépontain propriétaire d'un jardin au Val des Damps surveillait son bien alors qu'il fut surpris par des soldats allemands pendant être eux-mêmes surveillés.

Feu-rouge : un homme au teint rougeaud…

Fiquette : …

Fleur (la) : surnom d’un fleuriste...

Froufrou : une dame élégante.

Gadoue (la) : femme qui fouillait les poubelles, alors parfois pleines de suie.

Grain-d’sel : « Tu vas pas y mettre ton grain de sel ! » Un homme se mêlant de toutes les affaires.

Grande-porette (la) : de poireau ?

Grenadiers : un président d'honneur de la fanfare. Il demandait souvent en braillant : « Jouez-moi les Grenadiers ! Jouez-moi les Grenadiers ! », le nom d'une chanson.

Gros-fifi : un patron d’une petite usine de chaussures demanda à un jeune de lui chercher du Gros-filet, qui était le nom d’un tabac à priser. Or, le jeune revint effectivement avec du gros filet... mais à pêche, sous le regard évidemment compréhensif de ses collègues.

Gros-quinquin : peut-être donné à un homme qui avait l’habitude de caresser un gros chien en l’appelant ainsi.

Guigneul : surnom d’un enfant qui bougeait tout le temps. Il changea de nom plus tard en même temps qu’il changea de loisirs : Nez rouge, plus bas dans le lexique.

Hareng-saur : une habitude alimentaire ici… croquée.

Henri de l'hôtel : un tenancier du disparu Hôtel de Normandie.

Ingénieur (l’) : un Archépontain désigné ainsi par ses collègues du parc à bois de la SICA (Alizay) où il disait tout savoir et avoir tout vu.

Japon :

Jaunes (les) : un sobriquet qui annonce la couleur...

Julia-mille-gueule : vendeuse sur le marché.

Libellule (la) : …

Limace (la) : une flèche, certainement...

Ma-canette :

Madam’-Hareng : femme qui allait souvent chercher du poisson. Or, un jour, alors qu’elle était à l’usine, sa machine commença à faire des étincelles. Elle prit peur et s’enfuit en courant sans oublier ses deux sacs qui, sous les secousses, déversaient dans l’atelier les poissons fraichement acquis...

Maquâ (les) : nom d’un homme qui s’était fait mordre le nez par un petit cochon qu’il avait gagné à la fête du village (elle se trouvait alors sur la place du Souvenir). De maquer : manger, mordre, en normand.

Marat :

Marcel-gros-nez : un sobriquet qui parait sortir tout droit de la cour de récréation.

Maria-la-fleur : dame portant une cicatrice sur la joue.

Marie-Valentin : …

Mazaro : un homme drôle, parait-il.

Menton-d’galoche : un physique avantageux... pour les moqueurs !

Misaères (les) : famille de commerçants aisés qui se plaignaient tout le temps.

Moiniau-rouge :

Moiniau-vert :

Mon-p’tit-bésot : employé dans le cadre familial. Un jour, une femme attendait la visite d’un de ses neveux, le p’tit bésot en question. Or, un autre membre de la famille, bien adulte celui-là, frappa à la porte. Alors la bonne femme ouvrit la porte en disant « entre mon p’tit bésot ! ». Et depuis, cette expression est restée dans la famille.

Napoléon : un tout petit homme.

Nez-rouge : un homme de grande réputation…

Odette-pénin :

P’tit-quinquin : avait-il des liens de parenté avec Gros-quinquin ? 

Pacro (les) : surnom donné à toute la famille du Père pacro.

Pénette-de-pie : une réputation peu virile.

Pénette-de-v’lour : ce sobriquet appelle sérieusement à s'interroger sur les circonstances qui l’ont inspiré... 

Perdrix : un chasseur ?

Père-Bâton (le) : c’était le surnom d’un garde-champêtre. On a tout simplement conservé son nom de famille en accolant l’expression normande : l’ père

Père-carabi (le) :

Père-la-Saint-Anne (le) : sobriquet forgé à partir de déboires sentimentaux ayant eu lieu durant la fête Sainte-Anne. 

Pétard-au-cul : aurait été donné suite à son affolement lorsque des pétards ont explosé dans sa boite aux lettres.

Petite-ponette (la) : désignait une personne frêle.

Pétrusses (Les) : ...

Pinot : venait-il des Charentes ? ou, tout simplement, appréciait-il certaines productions liquides de cette région ?

Poil-de-careute : un rouquin ?

Poil-de-brique : cette expression isolait la nuance de couleur capillaire située entre le roux et le châtain clair.

Pop’line : nom d’un tissu. Ce nom est certainement lié au fait que l’homme qu’on désignait ainsi était chauffeur de taxi, soucieux de l’aménagement intérieur de son outil de travail.

Pouchin : poussin, en normand.

Poule-de-soie : une femme qui aimait les vêtements délicats ?

Poulou : de « loup », une référence aux yeux rouges ?

P’tit-bon-Dieu (l’) : un homme si avenant qu’on lui donnerait le bon Dieu sans confession ?

Qua-qui-brule (l’) : anecdote relative au Qua-qui-miaule (voir ci-dessous) qui prit feu un jour de fête. Alors, évidemment, les croquants s’exclamèrent : « Tiens ! Y a le qua qui brule ! »

Qua-qui-miaule (l’) : une mère demanda à son enfant d’aller chercher un fromage nommé « Vache qui rit » à l’épicier du coin. Le petit retint mal et le nom et demanda à l’épicière  un « qua qui miaule ! » C’est une des versions de l’origine de ce sobriquet très connu. Autrement, il s'agit peut-être d'une référence locale à une chanson interprétée par Fréhel, chanteuse française d'avant la Seconde guerre mondiale : Un chat qui miaule.

Quinquin : de quin, un chien.

Querbettes (les) : ou, selon une autre prononciation, les garbettes. A rapprocher du mot normand gambettes (les jambes) ou lesguerbettes (les petites gerbes) ?

Roi-du-bout-dur (le) : expression typique des ouvriers de la chaussure. Le bout dur est la partie bombée qui forme l’avant de la chaussure, composée d’un cuir fortement durci. Néanmoins, il est très probable que les auteurs de ce surnom aient joué sur une équivoque moins dicible.

Roucoule : un homme faible devant la gent féminine ?

Six-douzaines : nom du patron d’un café qui eut le malheur de réitérer en public à sa femme qui lui demandait combien d’huitres elle devait prendre pour le soir : « Six douzaines ! »

Sœurs-fléchettes (les) : sobriquets des infirmières.

Souris (la) : …

Sous-marin-vert (le) : une bande de copains jeta un des siens à la rivière.  L’infortuné ne remonta pas de suite à la surface, d’où le Sous marin, et lorsqu’il sortit de l’eau il était couvert d’algues.

Sucre-bien : encore un qui devait fréquenter les bistrots.

Tailleur : homme qui eut le malheur de se faire surprendre par un proche en train de recoudre un bouton.

Tête tremblante (la) : un Archépontain dont la tête balançait de droite à gauche...

Ticra (les) : Les petits crabes. La famille qui portait ce nom l’a « pêché » en allant à la rocaille sur la côte. Elle en ramena des petits crabes, notamment, dont elle eut le malheur de parler... T’as t’y vu mes ti cras ?

Titif-’ti-couillon : désignait un coiffeur.

Tutur : de voiture ?

Zoute (la) : serait une déformation de « la goutte ».

Lexique de sobriquets d’habitants des Damps

 

Bambino : référence à la chanson de Dalida ?

Bouquéton : est-ce que cela à voir avec le bouc ? Ou son odeur ?

Brigadier : surnom d’un homme qui voulait faire la loi dans sa rue…

Cafés-noirs (les) : nom de bistrot certainement individuel à l’origine. Ce sobriquet s’est transformé en Café au lait. Est-ce une adaptation au quotidien ?

Chapeau-d’tôle : un homme têtu ?

Chatons (les) : l’origine est obscure. Ce sobriquet désigne les membres d’une famille nombreuse des Damps et de Léry. Aux Damps, il a surtout désigné les deux tenancières de l’épicerie de la rue des Carrières. Les enfants qui allaient chercher des bonbons disaient alors : « On va aux Chatons ! »

Chat-qui-pond : c’est un surnom d’enfance donné à un élève qui demanda tout simplement si les chats pondaient pour mettre des petits au monde. Les camarades ne furent pas très compréhensifs…

Coucou : sobriquet d’un homme qui sifflait beaucoup et qui aurait, ainsi, laissé son nom à une rue des Damps.

Golden : nom donné dans les années 1970 à un homme qui prit une pomme dans une cour. Or le propriétaire voulut le planter de sa faux. Ses amis vinrent à sa rescousse... mais seulement pour le rebaptiser.

Groboir : sobriquet qui figure sur l’acte d’inhumation d’un Dampsois du XVIIIe siècle dont la réputation était faite.

Mère-soulier (la) : …

Mimi-Pinson : pour une femme qui chantait bien. Elle était gaie comme un pinson, en somme.

Père-chevreuil (l’) : l’homme que l’on nommait ainsi chargeait le bois en forêt de Bord et le transportait grâce à des chevaux afin de le débarder sur les berges de la Seine. Le chevreuil est gracieux, mais surtout agile comme l’est le débardeur qui saute entre les futs et qui passe une bonne partie de sa journée dans les bois.

Père-pacro (l’) ou père-caluhaut : le premier terme est peut-être une déformation de maquereau et le second est une référence à un des grands plaisirs de ce pêcheur de caluhaut, un poisson remontant, de nuit, le courant de la Seine jusqu’à Poses.

Radis (les) : … 

Roselyne-tabac : membre d’une famille où deux femmes s’appelaient Roselyne et tenaient un bar… tabac !

Sheriff (le) : sobriquet donné par les enfants qui essayaient de jouer dans une rue sans trop se faire gendarmer par leur voisin.

Torpille (la) : ce sobriquet trouve son origine sur le terrain de foot où l’homme en question était très rapide.

 

 

 

Lexique de sobriquets d’habitants de Criquebeuf-sur-Seine

 

Bout-de-mine : …

Bruleurs-d’âne (les) : sobriquet des Criquebeuviens. Il date de la fin du XVIIIe siècle et prend sa source dans d’obscures explications. La légende narre que les habitants de Criquebeuf, grands amateurs de fête, voient arriver  d’un mauvais œil l’austérité du maigre Carême. C’est pourquoi, ils font un joyeux carnaval le jour du Mardi-gras. Mais, cependant, ils trouvent quand même trop triste la fin du Mardi-gras et le prolongent le Mercredi des Cendres par de folles libations. Mais, un jour, rien n’y fit, envoutés dans la folie du carnaval des habitants se livrèrent à de véritables bacchanales et remplacèrent le traditionnel pantin par un âne qu’ils offrirent en sacrifice à la fête... 

Cageot : nom de maraicher qui, comme tous les autres, vit au milieu des cageots.

Careute : nom donné à un maraicher, encore un.

Catouillette : …

Colinette :

Cul-béni : …

Cul-bleu : l’homme à qui on attribuait ce sobriquet était un maraicher portant des salopettes rapiécées avec des bouts de tissus bleus.

Mâqueux-d’careutes (les) : c’est un sobriquet archépontain qui désignait les habitants de Criquebeuf, eux qui étaient si nombreux à travailler dans les maraichages… En Français, il signifie les mangeurs de carottes…

Paillasse : …

Patinette : quelqu’un qui faisait de petits pas.

Petit-prince : …

Place-ton-pied :

Queue-d’nœuds :

 

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 22:59

Départ (km O) : rendez-vous sur la place du village, aux Damps, près du petit pont sur l’Eure. Parking du bar-tabac de Carole Prestot. Allez-y boire un coup ! 

 

Aussi décrit sur OpenRunner http://www.openrunner.com/index.php?id=3847971

 

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Petite commune agréablement située le long de l’Eure, Les Damps réserve bien des surprises au promeneur. Il suffit de se balader et d’interroger le paysage pour découvrir son passé géologique et historique.

Savez-vous que c’est ici, près du petit pont précisément, que l’Eure se jetait dans la Seine après 228,5 km ? Ce n’est qu’en 1934 que le confluent de l’Eure et la Seine fut bouché aux Damps pour être reporté à Martot, 10 km en aval. Cette modification est due à la démollition du barrage de Saint-Aubin-lès-Elbeuf qui a exigé que l’on abaisse le niveau des eaux à la même hauteur que celles situées en aval du barrage. Pour éviter que l’Eure ne soit presque entièrement asséchée, on la fit passer par d’anciens bras de Seine qui longeaient la rive sud et on les sépara du cours principal de la Seine. C’est à cette époque que les quelques iles des cartes postales d’antan furent rassemblées grâce à la terre issue du dragage de la Seine.

C’est ainsi que l’Eure a gagné 10 km ! On lit encore dans le paysage ces modifications : le terrain des Damps n’est pas tout à fait régulier et quelques saules têtards ponctuent la garenne eux qui jalonnaient auparavant les berges des anciens et nombreux bras de Seine. 

 

Quittez la place du village et dirigez-vous vers la gauche en direction de Léry. Cent mètres plus loin, tournez à droite vers la rue des Carrières.

 

Près du virage se trouve la « Maison de la Dame Blanche » (km 0,2). Le nom de Blanche de France fut donné à cette demeure qui est le plus ancien édifice (XVe siècle) de la commune. Même si Blanche de Bourgogne puis Blanche de France, fille de Philippe le long, ont possédé des biens aux Damps, rien n’atteste qu’elles aient possédé cette demeure précisément. Quoi qu’il en soit, on peut apprécier les décors gothiques sculptés dans les poteaux, mais aussi les allèges en croix de Saint-André…

 

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La rue des Carrières porte très bien son nom. Vous pourrez voir certaines entrées de carrières qui ont été exploitées depuis l’Antiquité au début du XXe siècle. On y extrayait le moellon calcaire et le silex qui servaient à bâtir les maisons mais aussi le calcaire servant à faire de la chaux puis le plâtre. Ce n’est pas un hasard si la rue des Carrières débouche sur la rue des Plâtriers...

 

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Au croisement, tournez à droite.

La rue des Plâtriers se trouve au fond d’une petite vallée qui a permis aux hommes de relier la forêt de Bord aux berges de la Seine puis de l’Eure. C’est ainsi que Les Damps a été durant de nombreux siècles un petit port où l’on chargeait du bois et où l’on fabriquait de petites embarcations.

 

En bas de la rue, tournez à gauche vers Pont-de-l’Arche (km 0,5).

 

La route de l’Eure a attiré de riches propriétaires rouennais et parisiens à partir du milieu du XIXe siècle, d’où les belles demeures dont la Gentilhommière. Un agréable chemin longe la rivière et ses saules pleureurs. 

Bien vite, se dessine la chapelle Saint-Pierre (km 0,8). Construite en 1856 avec des moellons calcaires locaux en remplissage ainsi que la brique rouge en chainage, elle remplace l’ancienne église démontée au début du XIXe siècle. La présence de l’ancienne église en ce lieu excentré du cœur des Damps peut étonner. Mais les premières traces d’habitation aux Damps (néolithique) ont été repérées sur les hauteurs derrière la chapelle, dans le vallon des Vauges. Il est possible que l’église primitive ait remplacé un lieu de culte païen dédié à l’eau.  A ne pas rater, le calvaire du XVIe siècle qui se trouve à l’entrée de l’ancien cimetière. 

 

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Poursuivez vers Pont-de-l’Arche.

 

La balade offre quelques vues sur un ancien bras de Seine dont l’entrée est encore apparente mais aussi sur les « Damps du haut »… En effet, les habitants des Damps (les Dampsois) plaisantent autour du nom de la commune : on parle ici « des Damps du bas » et « des Damps du haut » pour distinguer les maisons situées sur le bord de l’Eure et les autres situées sur le rebord du plateau (qui, malgré ses 30 mètres d’altitude fut un ancien lit de la Seine il y a plus de 2 millions d’années).   

Le saviez-vous ? Des carrières ponctuent toute la longueur du coteau. Elles servirent d’abri à la population locale peu de temps avant la Libération d’août 1944. En effet, les gens craignaient les bombardements qui frappaient le pont de Pont-de-l’Arche et les écluses de Poses. Ils craignaient aussi les représailles allemandes qui ont failli couter la vie à de nombreux civils (voir Criquebeuf).  

 

Pont-de-l’Arche

A Pont-de-l’Arche, les maisons bourgeoises laissent place aux maisons que les mariniers ont construit au bord de l’eau, contre le rempart, depuis la Renaissance au XXe siècle.

Avant d’arriver en ville, le sentier passe sous le pont inauguré le 29 janvier 1955 par Pierre Mendès France (km 2). Ce pont battait alors le record d’Europe des ponts soudés à poutres continues. S’il arrive en 14e position, au moins, dans l’histoire des ponts de la ville, c’est le premier ouvrage qui contourne le centre ville de Pont-de-l’Arche. A noter, les curieuses poternes qui creusent le rempart médiéval juste à côté du pont. Très visible le long de l’Eure, le rempart date de Philippe Auguste qui a fait de Pont-de-l’Arche sa résidence principale lorsqu’il devint maitre de la Normandie en 1204.

 

Poursuivez sur le trottoir. Avant le Crédit agricole, tournez à gauche dans la rue Abbaye-sans-toile (km 2,2).

 

Vous entrez ici dans les ruelles médiévales aux maisons de guingois. Certaines d’entre elles datent du XVe siècle, celles où le 2e niveau déborde sur le premier. On appelle ce style d’édifice des maisons à « encorbellement ».

 

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Remontez la rue Abbaye-sans-toile.

 

Arrivés sur la place Hyacinthe-Langlois, vous êtes au cœur de la ville médiévale où se tenait le marché de la région de Pont-de-l’Arche sous une halle tombée en 1856. Sur cette place se marient les façades de la Belle-époque, avec leurs peintures publicitaires, mais aussi les pans de bois du Moyen Âge. Un portique existe encore au n° 17, vers le haut de la place. Il permet à une ruelle de passer sous une maison. A gauche de ce portique, entre le rez-de-chaussée et le premier étage, se trouve un panneau sculpté. Il représente une femme assise sur un char tiré par des chevaux ailés et précédés par des musiciens. Cette scène comprend aussi un moine sortant d’une cité, un cavalier, un levrier, un pèlerin… Ce curieux mélange date du début du XVIe siècle et devait orner la façade d’une auberge.

 

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Remontez la rue André-Antoine en direction de l’église (km 2,3).

 

Le pittoresque point de vue vers l’église et les maisons à pans de bois est une véritable carte postale de Pont-de-l’Arche. Bâtie entre 1499 et 1585 l’église déploie sa dentelle de pierres caractéristique de la phase finale de l’architecture gothique : le flamboyant.

A droite, en approchant de l’église, se trouve la Salle d’armes qui est la cave de l’ancien hôtel-Dieu de la ville. Si la partie supérieure a disparu, cette vaste salle en plein cintre du XIIIe est largement ouverte au public grâce aux nombreuses expositions culturelles organisées par la ville de Pont-de-l’Arche.

Dans l’église, vous découvrirez un très bel écrin gothique doté d’une riche statuaire. Le mobilier est aussi très intéressant que ce soient les stalles de l’ancienne abbaye de Bonport, la chaire, ou encore le maitre-autel baroque (1630-1640). A ne pas rater, le vitrail du halage (côté rue) qui représente des habitants de Pont-de-l’Arche tirant un bateau pour qu’il remonte le courant passant sous l’ancien pont de la ville.

 

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En sortant de l’église, continuez à droite dans la rue de Crosne.

 

Après quelques dizaines de mètres, vous remarquerez la base d’une tour sur votre droite (km 2,5). Celle-ci faisait partie de l’enceinte médiévale et, avec une tour jumelle, défendait une des quatre entrées de la ville. La porte de Crosne présente encore de beaux vestiges avec une meurtrière, le passage de la herse et le départ d’une voûte.

 

Poursuivez dans la rue de Crosne et tournez à droite au croisement. Après quelques dizaines de mètres, entrez dans l’espace vert à droite (km 2,6).

 

De cet espace, un beau panorama se découvre sur la vallée de la Seine, les hauteurs de Freneuse, mais aussi l’Eure et les iles de Seine en contrebas. Au-delà du mur dépasse un des plus beaux symboles de Pont-de-l’Arche : la tour de Crosne. Ce vestige des remparts médiévaux a été reconstruit dans sa partie haute à la fin du XIXe siècle. Avec sa fenêtre en tiers-point, il constitue un bel exemple d’architecture romantique qui présente un Moyen Âge rêvé où les tours militaires sont aussi élégantes que les constructions religieuses. 

 

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Sortez de cet espace et prenez à droite. Empruntez les escaliers de la sente des Plâtriers. Traversez la route en contrebas et poursuivez à gauche le long de l’Eure.

 

De cet endroit, on peut admirer l’ile d’Harcourt et son bouquet d’arbres. Le pont d’Arromanches (km 2,8) rappelle l’époque de la Libération où les Alliés firent construire un pont Bailey, c’est-à-dire un pont provisoire avec des pièces assemblées. Le pont de la ville ayant été dynamité en 1940 et son remplaçant bombardé en 1944, un nouvel ouvrage s’imposait dont il ne reste que cette partie enjambant l’Eure.

 

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Poursuivez le long de l’Eure, après le pont d’Arromanches.

 

Ici le chemin devient plus sauvage entre les moutons et les hautes herbes…

 

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Prenez de quoi pousser les orties ! N'ayez pas peur de longer les maïs ! Autrement, si la voie est impraticable, empruntez le chemin du Becquet, à partir du pont d’Arromanches, et prenez à droite après la gendarmerie. Rendez-vous à la grille d’entrée de l’abbaye de Bonport, longez le mur d’enceinte par la droite et reprenez le chemin en contrebas.

Après quelques centaines de mètres, apparait la silhouette romantique et grave de l’ancienne abbaye de Bonport (km 3,7).  

 

Bonport (1)

 

Fondée par Richard Cœur de Lion, l’abbaye de Bonport fut bâtie entre 1190 et 1225. Rattachée à l’ordre de Cîteaux, elle ferma ses portes après la Révolution… Depuis le sentier de halage, on peut apprécier le pignon du dortoir et celui du réfectoire avec ses deux fenêtres élancées : les lancettes. Le meileur point de vue se situe dans l’ile de Bonport accessible par un petit pont sur l’Eure. Dans le mur d’enceinte, on aperçoit la porte Sainte-Marie qui a permis aux moines d’accéder à la Seine durant de nombreux siècles.  

 

La légende de Bonport

L’abbaye de Bonport et sa figure romantique ont inspiré bien des légendes. Parmi elles, on parle d’une Vierge en or enterrée dans un souterrain des alentours. On parle aussi – et surtout – de sa fondation par Richard Cœur de Lion, duc de Normandie et roi d’Angleterre. Le premier à avoir couché sur le papier la fondation légendaire de cette abbaye est Jacques Le Batelier d'Aviron, un avocat d’Evreux, dans la première moitié du XVIIe siècle. Il parla en ces termes de l’arrivée de Richard après son sacre royal en Angleterre, en 1189 :

"Les prelats, barons et seigneurs de Normandie luy jurerent (…) fidelité et obeissance (…) et son adrivée a Roüen ce ne fut que bals, festins et tournois ; la chasse fut le dernier divertissement de sa cour ; mais comme en l'air le plus serain est un presage de tempête, Richard seul courant un cerf fut emporté, soit par la vigueur de son cheval altéré, soit par quelqu'autre accident, si avant dans la Seine, que ce roy courut au hazard de sa vie. Ce Coeur de Lion, emporté au milieu du cours rapide de cette grosse rivière, ne perdit point le jugement ; mais considerant le peril ou il estoit fit voeu a Dieu de faire bastir une abbaye au lieu ou son cheval prendroit pied sur terre ferme : ce lieu fut depuis appelé Bonport, a cause de l'heureux abord du roy Richard. » 

Très chevaleresque, cette légende est un joli jeu de mots, un joli clin d’œil au fondateur de l’abbaye. Mais que vaut-elle quand on sait qu’une des armes de l’abbaye montre Jésus Christ dans son étable de naissance ? Le « bon port » ne serait-il pas, dans l’esprit des religieux, la venue du Christ parmi les hommes ?

 

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Continuez tout droit vers Criquebeuf.

 

Sur votre gauche, vous pouvez apercevoir les dépendances de l’abbaye dont une ancienne chaumière, puis les arrières – coquets - de la Plaine de Bonport. Après le pont de l’autoroute de Normandie (km 5,6), se présente l’entrée de Criquebeuf-sur-Seine par le chemin du Val Richard. Dès les premiers pas, l’histoire est au rendez-vous avec la présence de colonnes coiffées de chapiteaux sculptés issus de Bonport (au n° 262) (km 5,7). Comme d’autres maisons de Criquebeuf, des pierres arrachées à l’abbaye il y a deux siècles ont été récupérées par des particuliers.

 

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Au croisement, prenez à droite.

 

Vous aurez un point de vue sur les petites maisons faites de silex et de craie. Elles sont entourées de maraichages, une des activités caractéristiques de Criquebeuf. Si des cultures ont disparu telles que l’osier et la gaude (plante qui servait à teindre les draps d’Elbeuf), la culture des légumes fait vivre une trentaine d’exploitants réunis en coopérative.

 

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Tournez à droite vers la ruelle des Cygnes qui, comme des dizaines de ruelles, permettait aux habitants de relier la rivière aux champs. De retour sur les berges de l’Eure, prenez à gauche. Peu à peu, vous vous rapprochez du pont communal, le « pont des alliés » (km 6,8), qui fut construit en même temps que celui des Damps. En l’empruntant, vous avez la possibilité d’accéder aux berges de la Seine où un joli point de vue sur les coteaux de Freneuse vous attend (0,5 km aller-retour). En rebroussant chemin, la vue se dégage sur l’église et le centre du village historique.  

 

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L’église Notre-Dame présente une imposante tour-clocher datée de la seconde moitié du XIVe siècle (km 6,9). Celle-ci est surmontée d’une flèche polygonale couverte d’ardoises. Le reste de l’édifice fut bâti entre 1874 et 1879 par M. Simon, architecte rouennais, avec de la brique en chainage et du moellon calcaire scié en remplissage. Autour de l’église se trouvent de belles maisons construites en moellons calcaires de pays. L’une d’entre elles, à l’encoignure de la rue du Pont des alliés et de la rue du Village, est datée de 1806 et présente d’étranges sculptures…

 

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Les otages de 1944

Criquebeuf, comme de nombreuses communes, a été marquée par la Seconde Guerre mondiale. Les noms de ses rues en témoignent : le pont aux Alliés, place des Otages… Comme le rappelle une plaque apposée sous le portique à gauche du n° 713 de la rue du VIllage : « Le 24 août 1944, des éléments de l’armée allemande en déroute enfermèrent 63 criquebeuviens dans l’église. Le maire de la commune, Monsieur Lucien Langlois et le curé de la paroisse, Monsieur l’abbé Louis Boussel se trouvaient parmi eux.

Madame Anne Fleck, une alsacienne vivant au village, négocia, au péril de sa vie, avec l’officier commandant. Grâce à sa courageuse intervention, tous les otages furent libérés.

La population reconnaissante. »

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Puis prendre la rue du Village vers Martot.

 

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Après la bifurcation où se trouve une imposante statue de Notre-Dame-de-la-Délivrande, tournez à droite vers la ruelle de la Vicomté (km 7,6).

 

Quelle vicomté ? Le chemin nous l’apprend très vite… Une magnifique maison apparait en bas à gauche de la ruelle. Si un tiers de sa longueur a été démolli, cette imposante demeure présente des murs en pierre du XIVe au rez-de-cour et des pans de bois du XVIe à l’étage. A noter la longue galerie, côté sud, qui donne accès à toutes les pièces. Partiellement inscrit aux Monuments historiques en 1932, cette demeure abritait une perception des droits de la vicomté de l’eau de Rouen au Moyen Âge et sous l’Ancien Régime.

 

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En bas de la ruelle, tournez à gauche et admirez la face Nord de la maison de la Vicomté.

 

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La balade le long de l’Eure se dessine entre les cours et les potagers, d’un côté, et les iles de Seine et les coteaux de Freneuse, de l’autre côté. S’il y a parfois des herbes folles derrière des clôtures rouillées, les jardins rivalisent de soin et ce sont de belles fleurs, de beaux potagers qui accueillent les visiteurs l’été. Arrivé au hameau de Quatre-âges, on retrouve des maisons en pierres anciennes.

 

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Continuez toujours tout droit, éloignez-vous un peu des berges et coupez à travers champs (km 8,6).

 

Un point de vue se dégage sur Martot, son église, les forêts de Bord et de La Londe au-dessus d’Elbeuf. Plus loin, on charge par camion les sables et graviers de la proche carrière sur un tapis roulant passant au-dessus de l’Eure, de l’ile, avant de finir dans une barge de Seine (km 9,6).

 

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Prenez le chemin près de l’eau. Ici de jeunes plantations s’épanouissent dans des espaces protégés. Bientôt deux panneaux d’information nous apprennent l’existence d’une réserve naturelle : la forêt fluviale. Saules, frênes, érables, sycomores, orme, prunier myrobolan… Ici l’attention est portée sur la protection de la diversité de ces espaces naturels si importants pour la faune. Puis un agréable chemin vous invite entre une allée de peupliers… et l’Eure qui ressemble à un véritable canal tant elle est calme.

 

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De l’autre côté de la rivière, d’anciens bras morts de Seine servent de paradis aux oiseaux dans des tourbières et des étangs.

 

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Sur votre gauche, d’anciens lopins de maraichers reconvertis en espaces de plaisance accueillent des familles de la région dans leurs petits bungalows et leurs jeux pour enfants.

 

Bientôt apparait le bruit reposant de la chute d’eau du barrage de Martot (km 11)… Ce barrage permet aux eaux de l’Eure de garder un niveau minimum depuis les années 1930 (voir Les Damps).

 

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Un passage sur le barrage s’impose. De l’autre côté, prenez sur la droite où vous attend un joli passage sous les arbustes qui laissent entrevoir des vues sur les marais et sur la rive gauche de l’Eure. Plus en aval, le confluent définitif de l’Eure et de la Seine n’est qu’à un peu plus de 500 mètres…

 

 

 

Orientations bibliographiques

Launay (Armand), L’Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l’Arche, éd. Charles Corlet, 2007

Launay (Armand), Pont-de-l’Arche, Collection Mémoire en images, éd. Alan Sutton, 2008

Le Batelier d’Aviron (Jacques), Le Mémorial historique des évêques, ville et comté d'Évreux..., publié pour la première fois par l'abbé Pierre-François Lebeurier, Bibliothèque de l'école des chartes, 1866

 

Armand Launay

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 22:56

Toutes les rues du centre-ville de Pont-de-l’Arche et de quartiers des faubourgs sont marquées de plaques bleues datant des années 1960 et 1970. Cependant une d’entre elle est bien plus belle… celle d’André Antoine.

 

Cette attention ne tient pas au fait qu’André Antoine était un résistant. En effet, de nombreuses rues portent les noms de résistants à Pont-de-l’Arche et, malheureusement, tous n’ont pas de belles plaques en leur honneur. En 1994, Madeleine Antoine, veuve d’André Antoine, fit part au maire Paulette Lecureux, de sa déception : la plaque de rue « André Antoine » n’exprime rien. « André Antoine ! Qui est-il pour les générations futures ? » écrivit-elle au maire. Elle demanda alors qu’une nouvelle plaque soit posée, mentionnant : « Lieutenant-colonel André Antoine / Résistant-chef de réseau / 1939-1944 ».

Cette demande tout à fait légitime fut retenue de suite par Paulette Lecureux, premier magistrat sensible à l’histoire. Ainsi une plaque fut commandée, apposée, et inaugurée le 8 mai 1995 à l’occasion du 50e anniversaire du 8-Mai 1945. Les cérémonies coorganisées avec la commune des Damps et les associations d’anciens combattants se déroulèrent en présence de Madeleine Antoine et quelques proches. Madeleine Antoine, dans un courrier en date du 11 mai 1995, s’est dite « reconnaissante du témoignage (…) cette journée du 8 mai 1995 restera gravée dans ma mémoire… »

 

André Antoine (plaque Pont-de-l'Arche)

L'hommage rendu par la Ville de Pont-de-l'Arche en 1945

et renforcé en 1995 par Paulette Lecureux, maire (photo A. Launay)


 

 

André Antoine, éléments de biographie

 

André Louis Antoine est un résistant français né le 29 mars 1920 à Saint-Dizier (Haute-Marne) et mort pour la France le 27 février 1944.

Marié et sans enfant, cet artisan radioélectricien, diplômé de l’école centrale de TSF de Paris, fut mobilisé le 9 juin 1940. Il rejoignit le 8e Régiment du génie à Versailles et partit dans l’Ain. Rentré aux Damps, où il résidait, il entra aussitôt dans la résistance en construisant et réparant des postes d’émission et de réception de TSF. Quand l’occupant l’obligea à se rendre à Cherbourg pour y travailler, le 15 avril 1943, il devint clandestin en s’arrêtant à Brionne où il passa de suite à l’action. Sous le pseudonyme d’ « Allais », il s’engagea dans un réseau appelé Front national, sans rapport avec le parti d’extrême droite de nos jours. Il en devint rapidement un des cadres départementaux les plus influents sous le grade de Lieutenant-colonel. Par la suite, il adhéra au réseau appelé Résistance, en juillet 1943, avec un autre chef de secteur du Front national, Armand Tarissan, et en devint le chef régional. André Antoine a été nommé Lieutenant-colonel, grade homologué au Journal officiel de la République française au titre de la résistance intérieure française. 

Après de très riches faits d’armes (voir ci-dessous), André Antoine fut grièvement blessé le 16 janvier 1944, à 15 h, par des tirs de mitraillettes allemands chez Monsieur Lerouge (charpentier à Beaumesnil). Il était venu en ce lieu s’informer et s’assurer de l’inviolabilité des ordres et papiers secrets ainsi que du poste d’émission détenus par le capitaine Trumelet arrêté cinq jours auparavant par les Allemands. Il fut aussitôt transporté à Rouen par la Gestapo où il subit son premier interrogatoire vers 23h. Il fut placé en traitement à l’hôtel-Dieu où il subit une opération révélant sept perforations des intestins et une blessure par balle au-dessus de la cheville gauche. Descendu dans les locaux disciplinaires de l’hôpital de Rouen pour un nouvel interrogatoire, il dut subir une nouvelle intervention chirurgicale. Interrogé plusieurs fois sur son lit de souffrances, n’a pas jamais voulu répondre. Il décéda le 27 février 1944 à 14h05. Il fut inhumé au cimetière des Damps le 2 mars 1944. 

 Les élus de Pont-de-l’Arche décidèrent d’honorer la mémoire de ce martyr en donnant son nom à la rue de l’église lors du Conseil municipal du 20 mars 1945. Une plaque commémorative rappelle aussi sa bravoure sur le monument aux Morts des Damps (photo ci-dessous).

 

 

André Antoine (plaque Les Damps)

L'hommage sur le Monument aux morts des Damps (photo A. Launay)

 

 

Détail des faits d’armes d’André Antoine

 

Activités générales

Camouflage des réfractaires en très grand nombre.

Regroupement des patriotes français.

Sauvetage, hébergement et départ des parachutistes alliés.

 Regroupement des indications militaires : passage de troupes, repérage des postes d’émission de DCA et des postes d’écoute allemands.

 

Activité personnelle

Cambriolage de la gendarmerie de Serquigny pour se procurer le pli secret allemand concernant le débarquement allié.

Incendie de meules de lin aux environs de Beaumesnil.

Relevé et dressé des plans des gares de la région en vue de bombardements.

Relevé et dressé des plans d’embuscades en vue du débarquement.

Nomination de Robert I comme chef de ce maquis.

Relevé et dressé les plans concernant les champs d’aviation de Beaumont-le-Roger, Evreux et Conches.

Renseignements sur l’activité de ces champs d’aviation.

Démolition de l’appareil de contrôle des avions allemands en vol (appareil placé sur le terrain même de Beaumont-le-Roger).

Organisation complète de la Résistance dans l’Eure notamment dans les cantons de Brionne, Saint-Georges, Lieurey, Pont-Audemer, Bernay, Beaumont-le-Roger, Beaumesnil, Verneuil-sur-Avre, Breteuil, Conches, Bourtheroulde…

Organisation de la résistance dans le département du Maine-et-Loir notamment Saumur, Fontenay et Roumaison.

Nomination de A 18 comme lieutenant de cette région.

Dépôt chez les grossistes du reliquat des tickets d’alimentation de manière que ces derniers puissent être utilisés normalement par le maquis sans avoir recours à la force.

Relevé et dressé des plans de la Centrale électrique de Distre en vue de son bombardement.

Agent de renseignement pour l’Intelligence service par l’intermédiaire de M. Follope de Bernay fusillé par les Allemands.

Nomination du capitaine Trumelet de Beaumesnil comme chef militaire de Résistance dans l’Eure.

Passé au Comité directeur « Résistance à Paris » sous les ordres directs d’Alger.

Activités dans les départements du Calvados et Seine-Maritime.

 

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La tombe d'Antoine Antoine, aux Damps (photo Madeleine Antoine)

 

 

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...