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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 22:11

A Pont-de-l'Arche, il est difficile de ne pas entendre parler de Maurice Delamare grâce à la rue et à l'impasse qui portent son nom. En effet, l'ancienne « route du Vaudreuil » et ancienne "impasse Salette" ont été rebaptisées ainsi le 4 mars 1937 lors du conseil municipal présidé par Raoul Sergent. Outre l’estime que lui portaient les élus, il semble que l’on ait aussi salué le beau-père de Marcel Ouin, le célèbre patron des chaussures Marco. Mais qui était Maurice Delamare ? 

 

Maurice Delamare

La photo de Maurice Delamare publiée dans

 L'Industriel de Louviers du 14 avril 1928.

 

Né à Veules-les-Roses en 1869 et décédé à Pont-de-l’Arche le 12 juillet 1930, Maurice Delamare acquit une officine de pharmacie à Pont-de-l’Arche. En 1910, il abandonna sa pharmacie pour se consacrer à une fabrique de produits pharmaceutiques fondée en 1897 et transférée en 1912 à Romilly-sur-Andelle.

Maurice Delamare arriva au Conseil municipal grâce aux élections du 24 avril 1900. Il émargeait déjà chez les républicains de gauche, voire radicaux car il fut le seul avec Léon Bataille, maire, à s’opposer à la demande d’ouverture d’une école confessionnelle dans la ville (l'école Saint-Charles). On a aussi compté Maurice Delamare parmi les rangs des républicains radicaux. L’Industriel de Louviers notait, lorsque l’association des républicains de gauche du canton se réunit le 20 avril 1913 pour désigner un candidat pour les élections cantonales : Sur l'insistance de M. Lécaudé, de Léry, qui suppliait M. Delamare de porter le drapeau de la République radicale, le maire de Pont-de-l’Arche a accepté la candidature. Puis par 36 voix contre 24, les membres présents ont décidé de ne pas changer le nom de l'Association républicaine du canton. Ce même journal, devenu conservateur, notait à la mort de l’élu que : D’opinion radicale, M. Delamare ne consentait point à arborer l’étiquette radicale-socialiste et affirmait des idées raisonnables. Un radical modéré mais resté à gauche, en somme. Cette modération traduisait peut-être des soucis électoraux car le canton de Pont-de-l’Arche n’était pas profondément ancré à gauche.

En-tête de lettre de Maurice Delamare, pharmacien, qui fonda une fabrique de produits pharmaceutiques en 1897. Celle-ci fut transférée en 1912 à Romilly-sur-Andelle. Ses locaux sont représentés sur cette illustration (Archives municipales de Pont-de-l'Arche : 5H9).

En-tête de lettre de Maurice Delamare, pharmacien, qui fonda une fabrique de produits pharmaceutiques en 1897. Celle-ci fut transférée en 1912 à Romilly-sur-Andelle. Ses locaux sont représentés sur cette illustration (Archives municipales de Pont-de-l'Arche : 5H9).

Si la popularité se lit au nombre de voix qui se portaient sur notre homme aux différents scrutins communaux, Maurice Delamare séduisait surtout les élus. Le 29 décembre 1909, notre homme talonnait Henri Girard quand il s’était agi de nommer un adjoint au maire, Jules Fromont (républicain de gauche). Le 17 mai 1908, alors qu’il était arrivé en dernière position dans la liste des hommes élus au scrutin municipal, il fut nommé adjoint au maire, Henry Prieur (républicain de gauche). Avec les principaux élus, il avait bataillé pour la construction d’un groupe scolaire mixte, en vain car il fut mis en minorité par ses propres amis conseillers parmi les plus conservateurs qui souhaitaient construire une école neuve pour les seuls garçons.

Ce sont les municipales du 19 mai 1912 qui ont donné le premier mandat de maire à Maurice Delamare où il obtint 10 suffrages sur les 16 conseillers. Ses capacités et sa popularité l’amenèrent à se présenter face à Maurice Hervey (droite) aux élections cantonales. Contre toute attente, il battit ce candidat le 3 aout de la même année. L’Industriel de Louviers publia un article rapportant que 350 personnes se rendirent à un banquet républicain fêtant la victoire de Maurice Delamare dans l’usine du radical Marcel Ouin (MARCO). Il nota que « l’intelligence et la valeur de M. Hervey sont d’une envergure difficile à atteindre par les hommes politiques du département. À la valeur du vaincu se mesure l'importance de la victoire et la joie des vainqueurs ».

Maurice Delamare fut mobilisé dès le début de la Première Guerre mondiale mais fut de retour à la séance du 27 janvier 1915, date à partir de laquelle il put assumer le difficile ravitaillement de la population. Dans un contexte peu favorable à la gauche,

Maurice Delamare ne fut pas réélu lors des cantonales de 1919 face à Alexandre Raoul-Duval (droite) ainsi qu’aux législatives. Notre homme voulut prendre ses distances avec la vie publique et refusa de postuler en tant que maire de la ville le 10 décembre 1919 alors qu’il fut réélu conseiller municipal. Albert Prieur, pourtant nommé maire par 11 voix sur 16, refusa ce poste et ce fut le conservateur Anthime Ferrandier qui fut nommé premier magistrat de la ville.

Cependant on ne refoule pas un penchant aussi facilement, Maurice Delamare fut le président du comité pour l’érection d’un monument aux Morts tombés pour la France durant la Grande guerre, c’est-à-dire un poste clé, au centre de la sociabilité communale.

Inauguration du Monument aux morts de Pont-de-l'Arche en 1923. Il semble que l'orateur soit Maurice Delamare, président du Comité pour l'érection du monument aux morts (photographie : collection particulière).

Inauguration du Monument aux morts de Pont-de-l'Arche en 1923. Il semble que l'orateur soit Maurice Delamare, président du Comité pour l'érection du monument aux morts (photographie : collection particulière).

Le 16 décembre 1923, suite au décès d’Anthime Ferrandier, six conseillers municipaux sur douze désignèrent pour maire Maurice Delamare par trois tours de suite. L’élu refusa ce poste et préféra attendre les élections municipales de 1924 où sa liste républicaine de gauche obtint 16 postes de conseillers municipaux, parmi lesquels les industriels de la chaussure Marcel Ouin, Henry Prieur, Emile Duprai et le docteur Louis Hardy. Le 17 février 1924, il fut élu maire avec 15 voix sur 16. Le cartel des gauches était passé dans les mentalités et, désormais, l’on peut aisément lire un clivage gauche-droite qui ne divisait guère les élus archépontains cohabitant jusqu’alors dans une sorte de cénacle de notables.

Maurice Delamare fut réélu le 18 mai 1929 avec 9 voix sur 16 ; Raoul Sergent en obtenant 6. Cependant notre homme dut très vite se faire remplacer par son adjoint, M. Prieur, tant la vieillesse l’exposait à la maladie.

A son décès le 12 juillet 1930, les festivités du 14-Juillet furent annulées, sauf les remises des prix des écoles. L’église Notre-Dame fut trop petite pour accueillir tout le monde lors de la messe funèbre. Sur la scène politique locale, Maurice Delamare laissa à Pierre Mendès France le flambeau de la gauche républicaine et radicale, avec tout le succès qu'on lui connait.

Un dernier honneur – bien involontaire – s’est produit en 1968 quand la mairie fut installée dans la rue… Maurice-Delamare !

 

 

Sources

Délibérations du Conseil municipal : 1D 13-17.

L'Industriel de Louviers : numéros des 14 avril 1928 et 19 juillet 1930.

 

 

A lire aussi...

Les maires de Pont-de-l'Arche

La mystérieuse voute de la rue Maurice-Delamare

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

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commentaires

Vinsareva 20/02/2013 10:24


Merci pour la leçon d'histoire. Je ne connaissais pas cet homme pourtant très important dans la vie de la commune.

  • : Pont de l'Arche histoire, patrimoine et tourisme
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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...