Jeudi 16 février 2012 4 16 /02 /Fév /2012 09:57

Parmi mes coups de cœurs, il y a Tostes depuis toujours et son église depuis peu. Voici le compte rendu d’une visite de courtoisie rendue en février à l’église Sainte-Anne avec mon ami Michel Lepont.


Informations diverses

 

Adresse postale : 6-8, rue de l’église, 27340 TOSTES

Propriétaire : commune de Tostes (code INSEE : 27648) depuis 1905.

Affectataire : église catholique, évêché d’Evreux, paroisse Notre-Dame des bois, pays de Louviers.

Protection : recensé en 1986 par les Monuments historiques. Ni inscrit, ni classé. Référence Mérimée : IA00018022.


Eléments d’histoire

En 1255, le pape Alexandre IV autorisa les moines de Bonport à construire, pour leur usage, un autel dans leur grange de Tostes. Ce fait relate l’importance des moines de Bonport qui ont possédé de très nombreuses terres à Tostes mais ne nous permet pas de faire le lien avec l’église actuelle. Au XIVe siècle, une chapelle est construite dans le village (notice Mérimée), peut-être à l’emplacement de l’église aujourd’hui. A la demande de Louis Colbert, abbé de Bonport et surtout fils du célèbre homme d’État, la paroisse de Tostes fut érigée le 14 janvier 1687 et dédiée à sainte Anne. La mainmise de Bonport sur Tostes était ainsi renforcée. Il fallut une quarantaine d’années pour que les paroissiens se dotent d’un nouveau lieu de culte, l’église actuelle, qui porte quelques millésimes : 1722 sous le clocher , 1728 sur la baie près de la porte et 1748 sur un lambris du chœur. Depuis lors, l'église a bénéficié de restaurations plus ou moins continues.

1                                   Notre-Dame de Tostes vue depuis la rue, côté nord (février 2012).



Architecture
Avec le monument aux Morts, l’église de Tostes forme un beau tableau avec son muret en pierres de taille et moellons maçonnés ainsi que la présence d’éléments végétaux. L’église Sainte-Anne est le bâtiment public le plus remarquable du centre village et le seul visitable à l’occasion de concerts et de messes.


Gros-œuvre
Tournée vers l’Est, l’église Sainte-Anne est constituée d’un seul vaisseau de plan allongé réalisé avec de petites pierres de taille en chainage et, en remplissage, un appareillage – rustique et élégant – de petits moellons calcaires et de silex sombre. Ceux-ci sont alternés à raison d’une ligne de moellons toutes les 2 à 4 lignes de silex. Le haut du pignon Est et l’escalier à vis (dans l’œuvre) sont réalisés en pans de bois et en torchis. Le chœur est constitué d’un bâtiment deux fois plus réduit que la nef et composé des mêmes matériaux, les moellons calcaires exceptés.

 

Ouvertures
La nef est percée de deux paires de baies en vis-à-vis et au chambranle réalisé en pierres de taille. Les baies les plus proches du chœur sont géminées et surmontées d’un œil de bœuf percé de trois cercles. Les baies les plus proches du clocher sont voutées en berceau. La baie côté nord porte le millésime « 1728 ». La porte est couverte d’un arc en plein cintre. Le pignon Est est ajouré de deux œils-de-bœuf ; le pignon ouest en possède un.

 

2Détail de la baie côté nord.


Couverture
La nef est protégée par un toit à longs pans avec un pignon couvert. Il est surmonté d’un clocher à flèche de charpente polygonale portant une girouette. A part le clocher, couvert d’ardoises, le toit est couvert de tuiles plates de pays.


Charpente et décor intérieur
La charpente de la nef est masquée par un berceau lambrissé en coque de navire renversé. Toutefois, les trois entraits sont apparents dont un soutient un balcon situé sous le clocher. Le sol est couvert d’un beau pavé orné de décors floraux dans le chœur et d’un pavé plus rustique dans la nef. La voute du chœur est recouverte de lambris portant le millésime de « 1748 ».  

Mobilier
Malgré de modestes dimensions, Sainte-Anne de Tostes recueille un mobilier riche et varié.

Les retables classés
Deux sculptures sur bois ont été classées par les Monuments historiques au titre d’objets le 10 juin 1907. Il s’agit des retables des deux autels latéraux qui encadrent des toiles. Chacun présente de fines sculptures dessinant un fronton brisé avec une sorte de cartouche en son centre. Des motifs floraux décorent les parties latérales où l’on attendrait des colonnes. Ils s’inscrivent pleinement dans l’art baroque du XVIIe siècle. Le retable nord propose une peinture sur toile représentant le Paralytique ou Jésus guérissant les malades (références Mérimée AP58N00162 et AP58N00263). Le retable sud est enrichi d’une peinture sur toile représentant la Résurrection de Lazare (références Mérimée AP58N00161 et AP58N00262).

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Le retable côté nord, "le Paralytique ou Jésus guérissant les malades",

classé Monument historique en 1907.


4 Le retable côté sud, la "Résurrection de Lazare",

classé Monument historique en 1907 également.

 

Le retable central et son tabernacle
L’élégant retable central est de style baroque. En son centre se trouve une toile millésimée 1657 illustrant la présentation de la Vierge Marie, au Temple, par ses parents Joachim et sainte Anne. De part et d’autre du corps central se trouvent deux colonnes à chapiteaux corinthiens surmontés d’un arc en plein cintre. Au-dessus de celui-ci, on peu voir un symbole de la trinité portant la date de 7551. Le tabernacle, tout aussi baroque avec ses colonnettes torses, possède des niches où se trouvent les statuettes de sainte Anne, du Christ au globe et de saint Joseph.  

 5                                         Le retable central, de style baroque, porte une toile millésimée 1657

illustrant la présentation de la Vierge Marie, au Temple,

par ses parents Joachim et sainte Anne.



Statuaire
Les plus anciennes statues datent du XVe siècle. Il s’agit d’une Vierge à l’Enfant naïve, près du retable sud, d’une Sainte-Anne et d’un Saint-Eloi, près du retable nord. Ces statues présentent encore une belle polychromie. Une statue de Saint-Onuphre, patron des tisserands, orne le bas-côté sud. Ce saint guérisseur des rhumatismes et des problèmes d’articulation était très vénéré à Tostes. Il faisait l’objet d’un pèlerinage le 12 juin  et ce jusque dans les années 1930. Un oratoire accolé à l’église lui était dédié. Représentant sainte Anne, une statue en bois servant aux processions est rangée contre le retable nord.  Enfin, deux statues forment avec le crucifix du mur sud un ensemble en bois malheureusement en mauvais état.

 

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Saint-Onuphre         Sainte-Anne                                                                        


Fonts baptismaux
Octogonaux, les fonts baptismaux ont été taillés dans de la pierre calcaire de Vernon. Sobres et élégants, ils semblent dater du XVIIe siècle et sont encore munis de leur cuve en plomb.  


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Vitraux
Les vitraux se trouvent dans le chœur. Du XIXe siècle, vraisemblablement, ils représentent Sainte-Anne (côté sud) et un évangéliste (saint Luc ?) présentant la Bible devant le Mont-Carmel (côté nord), le genou à terre, devant une bible ouverte sur le sol.

Cloche
La cloche a été réalisée par la fonderie Mahuet, à Dreux. Pesant 200 kg, elle porte cette inscription : « L'an 1863, Mgr Devoucoux étant évêque d'Evreux, j'ai été fondue par la générosité de M. Janvier de la Motte, préfet de l'Eure, par celle des habitants de Tostes et par les soins de M. Dedessulamare, maire – Bénite par M. Marette, curé de Montaure et de Tostes – nommée Marie par M. Alphonse Gantier et Melle Eugénie Heullant ». Silencieuse avant les années 1950, la cloche tinta de nouveau après 1980 suite à des travaux, notamment d’électrification, financés par la commune et une souscription publique lancée par le maire M. Drouet. Elle est de nouveau muette depuis près de 3 ans.

 

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Stalles et banc de présidence
Contre le mur pignon Ouest se trouvent quatre stalles et le banc de présidence. En bois sculpté, ces beaux éléments du XVIIe siècle se trouvaient dans le chœur.


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 Sources
-    Base Mérimée du ministère de la Culture ;
-    MASSON, Max, Histoire de Tostes par Tostes pour Tostes, 2 tomes, Tostes, mairie, [1985 ?], 55 f. Ce livre est disponible en mairie contre 15 €. Il rassemble les photocopies des travaux dactylographiés de Max Masson, ancien adjoint au maire. Cet homme, aujoud'hui décédé, s’appliqua à éplucher et commenter les archives municipales.

Par Armand - Publié dans : Tostes & Montaure - Communauté : La Normandie
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Mercredi 15 février 2012 3 15 /02 /Fév /2012 11:31

Les premiers combats et la retraite française jusqu’en Normandie.

 

Dès les premiers combats (à partir du 19 juillet), l’armée française a essuyé des défaites qui lui firent perdre l’Alsace. Ce n’est pas qu’elle fût nettement moins puissante que l’armée allemande mais ses généraux commirent de nombreuses fautes stratégiques.

En effet, bien que l’armée impériale fût peu préparée et même moins bien organisée que celle de l’ennemi, elle était tout de même considérable et capable de résister. La bataille de Rezonville / Mars-La-Tour (16 aout) fut gagnée par 90 000 Allemands alors que le général Bazaine avait sous ses ordres près de 140 000 hommes. Un tiers des Français n’ont pas combattu ce jour là faute d’un commandement judicieux.


Le 2 septembre 1870, c’est Napoléon III en personne qui capitula avec une des plus grandes armées françaises à Sedan, où les Allemands les avaient encerclés et dont l’assaut final risquait d’être encore plus horrible. Cette date est le signe manifeste que les Allemands ont abattu l’Empire : l’Empereur est capturé, la France n’a plus d’armée régulière. La victoire leur semble acquise.


Or, ce qui n’était pas prévu, ce fut la proclamation de la république à Paris, le 4 septembre. Les Allemands étaient en route pour Paris, c’est pourquoi les républicains, pourtant rétifs à la guerre, mirent en place un Gouvernement de défense nationale. Ce dernier opposa une résistance étonnamment efficace mais pas assez pour imposer la souveraineté française. Le front de guerre se rapprochait inexorablement de Paris. La ville de Toul tomba le 23 septembre ; Orléans le 11 octobre (car le but des Allemands était d’assiéger Paris).


Les troupes allemandes entrèrent en Normandie le 3 décembre et étaient déjà à Rouen le 5 décembre.

 

Prussiens.JPGDes soldats prussiens, photographie, Rouen, 1870.

 

   Les Prussiens aux Damps.

 

Le début de la guerre ne semble pas avoir eu de répercussions sur la vie du village hormis la mobilisation de quelques hommes et des collectes de fonds comme l’atteste la délibération du Conseil Municipal du 30 octobre 1870 :

 

Une circulaire de M. le Préfet de l’Eure, en date du 24 septembre 1870, concernant le renvoi momentané des militaires blessés ou malades dans leurs foyers ; aucun militaire de la Commune se trouvant dans le cas prévu, il n’y a rien à faire quant à présent. Une circulaire de M. le préfet de l’Eure, en date du 24 octobre 1870, demandant le concours en argent des communes pour l’achat d’armes et de munitions. M. le Maire complète cette communication en disant qu’une souscription qui a produit 55 francs ayant été ouverte par ses soins pour le même objet, il n’y a pas lieu de demander à la Commune de nouveaux sacrifices…

Cependant, la défense nationale n’ayant pas été à la hauteur, le front de guerre se rapprocha et dépassa Les Damps, vouant ainsi sa population aux exigences de l’occupant. Le document que nous allons utiliser est le témoignage de l’ancien Maire des Damps, M. Charpentier-Grandin, rapporté par M. Géfrotin (Cf. Bibliographie : pages 157 à 159) ce qui explique le ton assez neutre et dénué de spontanéité.

 

Le… mercredi 7 décembre, vers trois heures de l’après-midi, une colonne, forte de 4000 hommes environ, sous les ordres du général Strubberg, vint de Rouen pour s’installer à Pont-de-l’Arche.  Comme il était impossible de loger tout ce monde, trois bataillons allèrent s’établir, l’un à Alizay, l’autre à Criquebeuf et le troisième aux Damps. Cette dernière commune, de 300 habitants, ne pouvait se faire à l’idée que cette masse d’hommes et de chevaux qui s’avançait le long de la Seine allait s’abattre sur elle.

Bientôt, néanmoins, le doute ne fut plus possible, car la tête de la colonne fit halte devant la mairie. Le commandant, sans descendre de cheval, demanda le maire, comme d’habitude. M. Charpentier-Grandin, qui était présent, s’avança, et il s’établit entre eux le dialogue suivant :

 

 

LE COMMANDANT. – Nous devons stationner ici.

LE MAIRE. – Mais c’est impossible ; car vos hommes ne sauraient y trouver ni logement, ni nourriture.

LE COMMANDANT. – Il nous faut 500 kilogrammes de viande.

LE MAIRE. – Mais nous n’avons pas de boucher.

LE COMMANDANT. – Vous avez des vaches et nous avons des bouchers. Donnez-nous deux vaches.

Il nous faut, en outre, 500 kilogrammes de pain.

LE MAIRE. – Mais nous n’avons pas de boulangers. Les habitants s’approvisionnent à Pont-de-l’Arche, et, cette ville étant elle-même occupée, ils ne trouveront rien.

LE COMMANDANT. – C’est bon. Vous avez de la farine, cela nous suffira, et, si ça ne se trouve pas, mes hommes chercheront. Il nous faut aussi 100 bottes de foin et 12 litres d’avoine par cheval. Nous en avons 43.

LE MAIRE. - Mais…

LE COMMANDANT. – C’est bien.

 

 

Le vocabulaire des réquisitions était à peine épuisé que presque tous les hommes étaient casés : 100 dans une maison [vraisemblablement dans la Gentilhommière], 30 ou 40 dans une autre, et chez les plus pauvres 10, 12, 15.

 

M. Charpentier-Grandin, qui n’avait pas prévu qu’il aurait cent convives affamés à traiter, et qui ne pouvait les satisfaire sur l’heure, vit sa maison presque pillée et sa cave vidée en un instant. Cela se passait en sa présence, sous les yeux des officiers, qui laissaient faire. Les soldats enlevaient jusqu’aux rideaux de laine de la salle à manger, et les déchiraient par bandes pour se faire des cache-nez !

Pendant ce temps, les réquisitions pleuvaient ; les habitants, ahuris et manquant de tout, accouraient se plaindre. C’était un tableau navrant. La même chose à peu près se produisit à Alizay.

Pont-de-l’Arche fut moins maltraité, comparativement, parce qu’il offrait plus de ressources".

 

En quoi consistaient ces réquisitions et leur montant était-il plus important, en proportion, que celui qui fut perçu à Pont-de-l’Arche ? C’est ce que nous allons aborder grâce aux délibérations du Conseil municipal.

 

 

Le 18 novembre 1870 :

 

M. le Maire expose que le mercredi 7 et le jeudi 8 novembre 1870 la Commune a eu à loger et à nourrir, pour deux jours, le 2ème bataillon commandé par le Major Von der Mosel, du 28ème régiment de ligne des armées prussiennes, soit environ 960 hommes et 43 chevaux, selon la déclaration du commandant ;

Que cette occupation considérable, qu’on aurait pu croire impossible eu égard au petit nombre de maisons agglomérées (environs 48), les seules qui aient été requises par les soldats pour leur logement, et le peu de ressources que présentaient la plupart, il en est résulté un préjudice important, soit à cause des réquisitions opérées, soit à cause des pertes éprouvées par les habitants ;

Que, pour la conservation des droits de tous, il propose de faire dresser un état estimatif des réquisitions faites ; de faire estimer la dépense de nourriture pour chaque homme… et de demander aux habitants de remettre un état détaillé de toutes les pertes qu’ils ont éprouvées, en outre de la nourriture et du logement.

Que pour faire ce travail estimatif des réquisitions faites et de celles qui pourraient avoir lieu plus tard (puisque la contrée est sans cesse occupée par les troupes ennemies)… il y a lieu de nommer une commission qui s’entourera de tous les renseignements nécessaires puis fera son rapport sur lequel il sera établi par le Conseil ce qu’il appartiendra.

 

 

Le 15 janvier 1871 :

 

Exemple de denrées réquisitionnées et / ou consommées sur place par les Allemands : vaches, poules, bottes de foins, avoine, blé, bijoux, draps, serviettes, barrique de vin, chemises, lapins, eau de vie, sucre, café, bas de laine, beurre, argent, bois à brûler, bottes de luzerne, pommes de terre, bottes de seigle, sel…

 

 

Le 26 février 1871 :

 

Le 15 février courant, il a été requis par les Prussiens et par l’entremise de M. le Maire 4 hectolitres d’avoine qui ont été fournis par M. Lange…

Que du 20 au 21 courant les habitants de la Commune ont donné la nourriture et le logement à 140 hommes et 140 chevaux composant la 2ème batterie de l’escadron Munich du 1er régiment d’artillerie de l’armée allemande.

 

 

Le 19 mars 1871 :

 

Pertes d’argent dues à la présence allemande :

 

Impôts perçus par le Trésor allemand : 174,2 francs.

Valeur des objets mobiliers enlevés : 4500 francs.

 

 

Les documents que nous avons parcourus ont mis en évidence l’importance des réquisitions, par rapport à la petitesse du village mais aussi leur étendue. En effet, les troupes ennemies ne sont pas contentées de prendre les dentées vitales, elles se sont aussi attelées au vol des biens monétaires et mobiliers. Il en ressort que l’estimation des pertes donne un total de près de 4700 francs. Comparée à l’estimation dressée à Pont-de-l’Arche, cette somme est effectivement colossale car cela revient à dire que chacun des 280 Dampsois s’est vu réquisitionner la valeur de 38 francs alors que chacun des 1640 Archépontains a, lui, perdu, 24 francs.


Cette importance du montant des réquisitions est dû au fait que la commune des Damps était enfermée dans le périmètre du pont de Pont-de-l’Arche, placé sous la haute protection des troupes allemandes. C’est ce que nous montre clairement la carte du livre de M. Géfrotin. Des tranchées ont été creusées à hauteur des Damps ainsi que de la forêt et de la route d’Elbeuf car les Allemands, prévoyants, redoutaient un éventuel retour des Mobiles français. La défense du pont était aussi renforcée par des postes de gardes allemands dans les maisons de la place Briand, à l’entrée de la rue de Paris (rue Roosevelt, aujourd’hui) mais aussi dans l’Hôtel de Normandie et dans la zone du Fort, à Igoville, où les envahisseurs avaient levé à la hâte un camp fortifié.


Par conséquent, Les Damps connut une occupation permanente, pour garder les lieux, et une intrusion passagère mais continue de troupes en mouvement qui passaient par le pont de l’Arche.


Cependant, comme chaque village qui eut à subir des dommages de guerre, Les Damps put bénéficier de dédommagements de l’Etat, comme en témoignent les délibérations suivantes.

 

Le 26 avril 1871 :

 

M. le Maire soumet un nouveau questionnaire relatif à l’occupation prussienne et qui a été adressé de l’Assemblée nationale par le Président de la Commission des départements envahis…

 

 

Le 28 janvier 1872 :

 

M. le préfet a fait savoir à M. le Maire que le Ministre de l’Intérieur a accordé la somme de 100 millions de francs, "approuvée par la loi du 6 septembre 1871, à titre de dédommagement provisoire pour réquisitions et dommages causés par l’invasion allemande en 1870–1871.

 

 

Le 21 juin 1874 :

 

Fin du versement des indemnités de guerre :

 

Dernier versement aux Damps des indemnités de guerre.

 

Vers la fin de la guerre. Bien que les troupes allemandes se soient retirées de la région de Pont-de-l’Arche dès le début du mois de mars, tout le territoire n’était pas libéré et les autorités ennemies demandaient à la France le paiement d’une « indemnité » de guerre de près de 5 milliards de francs (correspondant à peu près à 100 milliards de francs nouveaux et 15 milliards d’euros). Une souscription publique fut alors lancée dans le pays afin de libérer le territoire national. Elle put très rapidement fournir le montant exigé ce qui éveilla le regret, parmi les dirigeants allemands, ne n’avoir pas demandé un montant plus grand encore. La délibération suivante témoigne parfaitement de la situation.

 

 

Le 18 février 1872 :

 

Souscription patriotique pour la libération du territoire français. M. le Maire ne doute pas que l’œuvre dont il s’agit ne réussisse aux Damps. Les habitants qui ont subi les misères et les hontes de l’occupation étrangère comprendront mieux qu’aucuns le triste et douloureux sort réservé à leurs compatriotes du Nord et de l’Est qui gémissent encore sous la domination prussienne.

 

Sources 

 

- Géfrotin A., L’Arrondissement de Louviers pendant la guerre de 1870–1871, Louviers, 1875, 268 pages.

- L’Elbeuvien du 20 mars 1918.

- Merlier M. (sous la dir. de), La Guerre de 1870-1871 en Haute-Normandie, Rouen, CRDP, 1972, 233 pages.

- Roth F., La Guerre de 1870, Paris, Hachette, 1993, 778 pages.

- Pessiot G., Histoire de Rouen 1850-1900 en 500 photographies, Rouen, Editions du P’tit Normand, 1981, 289 pages. L’illustration de cet article est extraite de la page 61 de ce livre.

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Vendredi 10 février 2012 5 10 /02 /Fév /2012 18:53

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Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 12:59

Michel Bussi, auteur des Damps, dédicace son dernier roman, Un Avion sans elle, à la Presse de l'arche le samedi 25 février de 10h à 12h.

 

Pour lire la critique sur le site des Presses de la cité, cliquez sur l'image...

 

M.-Bussi--un-avion--JPG

Par Armand - Communauté : Vivre en Normandie
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Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 12:34

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Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 09:19

 

Les noms de familles se sont forgés il y a si longtemps que leur sens nous échappe aujourd’hui. Voici l’origine de quelques noms bien connus à Pont-de-l’Arche et sa région…



 - Ameline : c’est le féminin du nom Amelin, nom d’origine germanique et qui signifie « brave au travail ».  


Anquetil : nom scandinave qui fut porté à Pont-de-l’Arche par des gens de la famille du célèbre cycliste Jacques Anquetil. Formé sur le mot Ansketel issu lui-même de Ans, nom d’une divinité, etketell, chaudron.   

 

Anseaume : d’Anselme, nom germanique formé sur Ans, nom d’une divinité, et helm, heaume.   

 

Auvray : nom dérivé de Alfred qui, en germanique, veut dire « conseil des elfes ».   

 

Aveline : nom issu du latin Abellana signifiant « lieu planté de noisetiers ». Le premier porteur de ce nom aura donc habité près de noisetiers.   

 

Bréham : il s’agit peut-être là d’une déformation normande du nom Abraham.   

 

Faucampré : ce nom normand, plutôt rare, a été donné à un homme habitué à faucher un pré.      

 

Gonord : nom d’origine scandinave. Formé de deux mots, gunn et vor il signifiait « prudent, avisé  au combat ».   

 

Guerre : désigne un homme guerrier, bagarreur.  

 

- Havet : ce mot désignait un croc, un pic an ancien français. Par extension ce terme est devenu le nom de celui qui le manipulait régulièrement.   

 

Hédouin : formé de deux mots germaniques : Haid, maison et win, ami.   

 

- Hublet : de Huberet, diminutif d’Hubert mais prononcé avec un r très roulé devenu « l » : Hubelet. Hubert vient du germanique et signifie « esprit brillant ».   

 

Hue : ce nom est un dérivé d’Hugues, lui-même formé sur un radical germanique hugo signifiant « intelligent ».   

 

Infray : Infroy, en Français d’Ile-de-France. C’est un nom de personne germanique formé sur inni, intérieur, et frid, paix.   

 

Jouvin : « le jeune ».   

 

Langlois : signifie « l’Anglais » en vieux français.   

 

Lesueur : ce nom a signifié « le cordonnier » et, aux Damps, a été formé à partir de la profession de « sieur de long », métier forestier.   

 

Lambert : nom germanique : Landberth, land signifiant « pays » et berth « brillant, illustre ».  

 

Morel : variante ancienne de Moreau. Les personnes désignées par ce sobriquet devaient avoir la peau mate, si bien qu’on les compara aux « Maures ».  

 

Padeloup : ce nom est issu d’un sobriquet concernant quelqu’un au pas léger, discret, alerte.   

 

Papeil : viendrait peut-être d’un mot de l’ancien français signifiant « faux-dévôt ».  

 

Poupardin : du latin puppa, poupée. Ce sobriquet désignait une personne qui a gardé un visage d’enfant.   

 

Prieur : si le nom de dignité ecclésiastique est patent dans ce nom, c’est son utilisation en tant que sobriquet qui est beaucoup moins connue mais qui a, pourtant, donné naissance à nombre de ces patronymes.   

 

Riberprey : on peut émettre plusieurs hypothèses à propos de ce nom courant dans la vallée de la Seine et qui fut porté par un député des Andelys. L’hypothèse la plus romantique veut que ce nom signifie « Prêtre de Rib », ville de Scandinavie. Ce nom aurait donc été porté par un Scandinave immigré tardivement en Normandie. Cette date tardive serait prouvée par le fait qu’il soit arrivé déjà chrétien dans notre région. La deuxième hypothèse avance que Riberprey signifie « Pré de la rive ». Ce nom aurait ainsi désigné quelqu’un qui habitait, ou possédait un champ situé près de la rive d’une rivière, d’un fleuve. La dernière, enfin, défend l’idée que ce nom provient du Thil-Riberpré, un village de Seine-Maritime, dont le nom est formé à partir de deux éléments latin : Rimbertus pratum, soit le « Pré de Raimbert ». 

 

Thorel : nom qui dériverait de taureau et donc, très certainement, d’un propriétaire de taureau ou quelqu’un au caractère fort.     


  

 Sources  

 

Beaucarnot Jean-Louis, Les noms de famille et leurs secrets, Paris : Robert Laffont, 1998, 355 p.  

 

Morlet Marie-Thérèse, Dictionnaire étymologique des noms de famille, Paris : Perrin, 1997, 1027 p. 


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Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 18:38

C’est peut-être étonnant en Normandie, mais les cadrans solaires n’y sont pas rares.

 

Pour témoignage, le cadran de Pont-de-l’Arche, situé sur la façade sud de Saint-Vigor, actuellement Notre-Dame-des-arts.

 

Cadran-solaire.JPG

 

Il nous semble qu’il date du XIXe siècle.

 

Cette photo de l’auteur fut prise lors de la journée du patrimoine le 18 septembre 2005 mais à quelle heure ?...

 

Les rayons solaires venant de l’ouest, l’ombre de l’aiguille dépasse les III heures.

 

L’été, notre horaire devance celui du soleil de deux heures : il était donc près de 17 h 15 lorsque le cliché fut pris…

 

Quant à l’indication latine bene utere, elle signifie " Fais-en bon usage ".

 

Placé sur la façade d’une église, ce conseil est un vrai compromis : utilise le temps comme bon te semble ! à des fins pieuses comme à des fins épicuriennes…

 

Un vrai choix de Normand !

Par Armand - Publié dans : Pont-de-l'Arche - patrimoine - Communauté : Vivre en Normandie
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Vendredi 6 janvier 2012 5 06 /01 /Jan /2012 18:42

Présentation

Eustache Hyacinthe Langlois, né à Pont-de-l'Arche en 1777, a publié « Le sacristain de Bonport » dans la Revue de Rouen et de Normandie en 1847 (tome 29). Ce texte traduit l’âme de son auteur : triste et en quête de feux magiques. Hyacinthe Langlois, historien et artiste de génie, a vécu misérablement et ne s’est pas trouvé en phase avec les hommes de son temps. C’est pourquoi sa plume l’emmène souvent dans des balades où se mêlent l’insouciance de son enfance et l’Ancien Régime où vivait encore, quelque part, le Moyen âge, la foi et la magie des nombreuses croyances et des mystères populaires. Il y a du romantisme dans les écrits d’Hyacinthe Langlois qui fait revivre, un temps, des personnages que l’on sait devenus fantômes. Le cadre de leur action ne parvient pas à oublier le lierre qui pousse sur les ruines et détruit peu à peu les œuvres des temps passés. Si Hyacinthe Langlois, enfant de la Révolution, a beaucoup propagé les lumières dans ses domaines de prédilection, les écueils vécus durant la période révolutionnaire le rendent nostalgique du passé. Il rejette une trop grande lumière, trop rationnelle pour être humaine, et aime à prendre repos dans des endroits plus sombres en apparence mais où brille une petite lumière dans l’œil des savoirs anciens, plus modestes peut-être où les traits d’humeur sont loin d’être absents.

 

 

 

 

Littérature.

 

LE SACRISTAIN DE BONPORT [1].

 

Légende fantastique.

 

(Œuvre inédite de E.-H. Langlois, du Pont-de-l’Arche)

 

____

 

Sacristain Bonport

Revue de Rouen et de Normandie, t. 29. 1847, 

Renouard del., A. Péron sculp.

 

Les traditions, les légendes populaires d’antiques origines, se sont, en  grande partie, effacées et perdues devant de plus graves et plus véridiques récits. Il n’est guère aujourd’hui de foyer rustique qui n’entende raconter, au lieu de magiques histoires d’apparitions ou de revenants, les pompeuses annales de nos victoires et les merveilleux exploits du héros Austerlitz. Nos excursions armées à travers tant de climats divers, nos guerres si longues, si meurtrières [1], ont fait pénétrer l’habitude et le goût des préoccupations politiques jusque sous le chaume ; et là, d’ailleurs, il est peu de chefs de famille qui ne se soient fait un répertoire d’événements dans lesquels leur louable et naïf orgueil se complaît à s’attribuer quelque portion de gloire. Cependant, si l’amour du merveilleux déserte nos campagnes, en revanche, il se propage dans nos villes où l’on semble s’efforcer, pour ainsi dire, de devenir simples et crédules comme nos anciens paysans [2] ; tant on y est lassé de ce que le positif a de sec et de désolant. Mais on a beau faire, on ne peut se commander des convictions, des croyances ; l’art et l’imagination des romanciers ne pourront jamais répandre sur leurs écrits, quelqu’ingénieux qu’ils soient d’ailleurs, ce prestige et cette teinte mystérieuse dont la main du temps avait empreint, aux yeux de la raison même, les fables du moyen-âge.

Une des causes qui ont principalement contribué à détruire, dans nos campagnes, le charme attaché si long-temps à nos vieilles légendes, c’est la suppression des monastères. Elle a rompu la chaîne des traditions qui se transmettaient d’âge en âge au sein de ces paisibles retraites, où le surnaturel fut si long-temps en crédit. Ce n’est pas que les moines ne fussent, pour la plupart, devenus aussi peu crédules que les gens du monde ; mais, outre que, dans les couvents de femmes, le merveilleux était encore généralement en faveur, il n’était guère d’abbaye d’hommes où le fantastique n’eût encore son conteur inspiré, et c’était ordinairement un des plus vieux moines ou quelqu’un des plus anciens serviteurs de la maison. L’abbaye de Bonport comptait le sien parmi ces derniers. Oh ! combien j’écoutais avidement, âgé de dix à onze ans alors, les récits de ce vieillard, ancien sonneur et sacristain [3], et véritable miroir historial du monastère ! Perclus des deux jambes, et confiné, comme une pagode enfumée, dans un des coins de l’immense foyer de la cuisine, il ne connaissait plus que deux jouissances au monde : celle de causer avec un énorme corbeau à la voix rauque et sépulcrale, animal aveugle et plus que centenaire, et celle de faire écouter ses prodigieux et terribles récits. Pauvre Pierre ! Dieu vous pardonne les frayeurs que vous m’avez causés, lorsque, sortant la nuit de l’abbaye par la porte de la Vierge [4] avec mon excellent père [5], je croyais voir vos fantômes nichés dans les angles de chaque contre-fort de l’enceinte, et vos diables accroupis dans les énormes touffes de lierre qui revêtaient les murs de leur noires guirlandes.

Je dois l’avouer, cependant, une partie des merveilles que racontait le vieux Pierre était sues de beaucoup de monde, et n’excitaient pas toujours un égal intérêt dans l’esprit de ses auditeurs, bien qu’il eût soin d’affirmer très sérieusement que lui, Pierre, ou du moins son père, en avait été témoin. C’est sous une semblable garantie que m’a été confiée la légende que ma mémoire a le plus fidèlement conservée, et que je vais essayer de retracer.

Il y avait autrefois un conte de Brionne, puissant suzerain, qui, menait un véritable train de roi. Ce grand personnage, dont Pierre ne pouvait dire le nom, était demeuré veuf et, de son mariage, n’avait eu qu’une fille, plus belle que les fées, et qu’il idolâtrait. Il partageait, cependant, ses affections entre elle et un neveu, auquel son père, mort dans la Terre sainte, n’avait laissé pour héritage que son épée et son nom. Ce jeune homme, élevé près de la cousine, avait conçu pour elle une passion violente, à laquelle la jeune fille ne paraissait pas toujours insensible ; mais fière, hautaine, capricieuse et jalouse, elle faisait souvent subir, à la constance de son amant, les plus dures épreuves. Un jour, il lui signifia, sous peine d’encourir éternellement sa disgrâce, de ne jamais parler devant elle de la beauté d’aucune autre dame, et le jeune homme le promit sur serment. Cela se passait à l’instant même où le sire de Brionne préparait une grande fête pour célébrer l’anniversaire de la naissance de sa fille.

Sur ces entrefaites, arriva, dans le pays, un vieux médecin ambulant, remarquable par sa prodigieuse barbe jaune. Ce docteur nomade, qui s’entourait d’un grand mystère, outre le crédit qu’il s’attirait par ses miraculeuses guérisons, se signalait encore par sa science extraordinaire à deviner le passé, à prédire l’avenir. Il n’était question que de lui, lorsque la reine d’Angleterre, en voyage, vint à passer à Brionne. La beauté de cette princesse était merveilleuse ; et, comme tout le monde en parlait avec extase à la table du comte, le malheureux jouvencel [sic], oubliant sa promesse, laissa lui-même échapper quelques mots d’admiration. Un regard foudroyant de sa maîtresse lui fit sentir sa faute ; mais déjà le mal était sans remède, et quelques jeunes seigneurs, d’humeur railleuse et légère, qui étaient arrivés pour la fête, s’aperçurent sans peine du dédain que lui témoignait sa maîtresse.

– Il nous semble, dit l’un d’eux à l’amant désolé, que vous êtes mal en point avec la belle châtelaine.

– Je gage mon honneur contre votre diamant, répliqua avec vivacité le chevalier, que je vous prouve le contraire en ouvrant demain le bal avec elle.

– Votre honneur sera perdu et le diamant me restera, car cela ne sera pas.

– Le pauvre amant s’était senti piqué au jeu, et avait, comme on dit, compté sans son hôte. La noble damoiselle le lui prouva bien ; car lorsque, la trouvant à part, il s’agenouilla à ses pieds pour en obtenir la faveur dont il s’était vanté :

– Je ne voudrais pas, lui dit-elle avec mépris, danser avec vous, même en songe ; et, si vous avez gagé votre honneur, comme vous le dites, c’est un faux gage qui ne vous appartenait déjà plus du moment que vous aviez violé votre foi de gentilhomme. L’amant ne pouvant vaincre cette cruelle résistance, ne voulut pas encourir la honte qui l’attendait, et, poussé par une inspiration diabolique, il se précipita du haut de la grande tour du château.

– C’est dommage ! dit le médecin à la barbe jaune, en faisant une indéfinissable grimace, un si beau jeune homme ! Et pourtant il est damné, du moins à ce que diront les moines.

– Énigmatique personnage ! c’était lui, cependant, qui, s’étant emparé de l’esprit de la châtelaine, avait en secret attisé le feu de son jaloux ressentiment. Dès le même jour, ce conseiller funeste quitta le pays, pour n’y revenir, disait-il, qu’au bout d’une année.

La nuit suivante, la jeune comtesse s’éveilla en poussant d’horribles cris, et répétant que son cousin mort la forçait de danser avec lui. Dès lors l’affreux cauchemar ne cessa de revenir, mais de plus en plus terrible ; car l’image du défunt apparaissait à la misérable fascinée dans l’appareil incessamment croissant de sa décomposition physique ! C’étaient d’abord des membres froids, une face pâle et contractée, puis l’odeur infecte, les tâches livides de la putréfaction, enfin des chairs pendantes dévorées par les vers, et bientôt des débris informes, des nerfs racornis, collés à des ossements desséchés. Une année s’écoula de la sorte, et sans que l’infortunée songeât à réclamer sa délivrance de la bonté du ciel. Tout à coup, le médecin à la barbe jaune reparut dans Brionne, appelé par la châtelaine, dont le père était mort.

Le mystérieux médecin ne voulant admettre aucun témoin dans son entrevue avec la jeune fille, et lui parla de la sorte :

– Si vous eussiez cru, comme ces papelards et bigots, à tout ce que racontent les moines ; si vous eussiez eu seulement, suivant l’usage, quelque tondu de chapelain dans votre château, vous n’auriez pas manqué d’avoir recours à force messes et neuvaines qui ne vous eussent pas guérie, car je connais votre mal ; il est grand, mais le remède en est simple et facile. Il consiste, poursuivit-il, non sans quelque hésitation à cracher sur les cinq plaies de l’image du Nazaréen que mes pères ont justement crucifié, car, sachez-le, je suis Juif pour vous servir [6].

– Si peu chrétienne que fût la demoiselle de Brionne, elle fut épouvantée des blasphèmes de ce mécréant, et lui ordonna de se retirer. Cependant, la nuit revint avec son cortège habituel de terreurs. La pauvre fille voulut, comme à l’ordinaire, vaincre le sommeil, et, comme à l’ordinaire, le sommeil vint à l’appel de la nature épuisée. Trois fois l’horrible fantôme s’empara de sa victime en proférant son cri de vengeance :

– Ah ! Tu ne voulais pas danser avec moi, même en rêve !

– Folle d’épouvante, la malheureuse se résolut enfin à suivre l’horrible conseil du Juif ; elle avait dans sa chambre un prie-dieu qui depuis la mort de sa mère, n’était là que pour la forme ; elle en saisit le crucifix avec fureur, mais à peine avait-elle, dans son égarement, consommé le sacrilège dont on lui avait suggéré la criminelle pensée, qu’elle tomba frappée par un coup de foudre si violent, qu’il fendit la tour jusque dans ses fondements [7].

Le lendemain de ce funeste jour, deux prêtres et deux nobles vassaux de la comtesse gardaient son corps dans l’église du bourg. Après de longues heures de prières, le sommeil s’était enfin emparé d’eux, lorsqu’un bruit affreux, qui paraissant venir du cimetière, les réveilla tous les quatre en sursaut. Mais quel fut leur effroi, en apercevant, à la lueur pâle et lugubre des cierges, le cercueil ouvert et vide ! Un plus épouvantable spectacle les attendait dans le cimetière : le squelette du suicidé gambadait sur sa fosse, en forçant la comtesse décédée à suivre tous ses mouvements, et, d’une voix effroyable, il répétait :

– Ah ! Tu ne veux pas danser avec moi, même en rêve ! Avec moi, qui, pour te plaire, ait sacrifié mon salut éternel !

– Plusieurs démons prenaient part, avec joie, à cette scène infernale [8], et, parmi ces derniers, il en était un qu’à son énorme barbe jaune on reconnut pour le médecin mystérieux. Au premier chant du coq, les démons disparurent, le squelette rentra dans sa fosse, et la comtesse de Brionne, retomba froide et morte sur l’herbe humide du cimetière. On ne l’en inhuma pas moins en terre bénite, parce qu’elle était grande dame ; mais, pendant six cents ans, la nuit anniversaire de sa mort, elle remontait de son caveau mortuaire pour venir dans le cimetière danser, avec son amant, ce branle infernal, objet d’épouvante pour les vivants.

Tel était à peu près, mais avec de bien plus grands détails, un des récits de Pierre.

– Pour celui-là, mon père l’a vu, disait-il naïvement en concluant ; le cher homme me l’a assuré, et, pour le salut de son corps, il n’eut pas voulu dire la plus petite menterie [9]. –

 

E.-H. Langlois

 

 

 

 

 

Notes (A. Launay)


[1] Le décès de son frère, André, pendant une bataille du premier Empire n’est évidemment pas resté sans impact sur le jugement de l’artiste.

[2] C’est un mouvement caractéristique du XIXe siècle, la candeur en moins, où les travaux d’histoire veulent conserver le patrimoine de l’Ancien Régime qui tend à disparaitre à mesure qu’avancent les idées révolutionnaires.

[3] Le sacristain est chargé de l’entretien des objets utiles au déroulement de la messe.

[4] La porte de la Vierge existe encore de nos jours : elle perce le mur d’enceinte de l’ancienne abbaye de Bonport sur les bords de la Seine (l’Eure, de nos jours). Elle doit son nom d’une représentation de Marie, disparue depuis longtemps.

[5] André-Gérard Langlois, conseiller du roi, garde-marteau en la maitrise particulière des eaux et forêts. Il mourut en 1812 soit 6 ans après sa femme. Ce couple posséda une assez importante propriété aux Damps, au Val plus précisément.

[6] Que le fauteur de trouble soit juif n’est guère étonnant dans la bouche d’un moine de cette époque. Il ne faisait que poursuivre un antisémitisme ancestral qui brocardait la foi d’un peuple à partir des quelques individus des Évangiles qui ont demandé la mort de Jésus, un autre juif, aux romains. Le jaune de la barbe n’est pas sans rappeler la couleur des rouelles qu’on fit porter par les juifs de certains ghettos du Moyen Age et dans les pays dominés par la réaction nazie. La morale toute religieuse de cette légende est simple : les impies sont détournés de la religion vraie par les sectaires d’autres cultes… et en sont punis éternellement par des démons.

[7] Explication amusante des ruines du donjon qui domine, en effet, la ville de Brionne.

[8] Cette thématique des danses de squelettes a marqué Hyacinthe Langlois qui en a réalisé des représentations qui sont de dignes continuatrices des images morbides issues du XIVe et des pandémies de pestes qui le frappèrent. Voir l’ouvrage de Langlois intitulé Rouen au XVIe siècle, et la danse des morts au cimetière de Saint-Maclou, planche XVII (l’illustration qui accompagne ce texte en est extraite).

[9] Ce mot est intéressant. Il doit marquer la simplicité du sacristain qui s’exprimait sans doute avec des mots du parler normand et de l’ancien français qui nommaient menterie ce que nous appelons de nos jours mensonge. Joli trait d’humour que cette dernière phrase !



[1] [Note de la revue de Revue de Rouen et de Normandie] : Nous nous estimons heureux d’avoir retrouvé, griffonnée au crayon, et sans doute composée pendant une nuit d’insomnie, cette légende inédite, souvenir de jeunesse de notre regrettable compatriote E.-H. Langlois. Nous avons même retrouvé, entre les mains d’un amateur de cette ville, le dessin qui devait en accompagner la publication. Nous ne doutons pas que l’une et l’autre ne fussent destinées à enrichir notre recueil ; c’est donc une espèce de restitution que nous opérons aujourd’hui en publiant d’abord la légende. L’existence du dessin nous a été révélée trop tardivement pour que nous puissions en faire exécuter une copie avec tout le soin que celui-ci réclame ; nous espérons y réussir plus tard. En attendant, M. Renouard a bien voulu composer, pour cet objet, avec tout le gracieux talent qu’on lui connaît, une piquante scène d’intérieur, représentant le sacristain de Bonport. (Note du gérant.)

Par Armand - Publié dans : Abbaye de Bonport - Communauté : La Normandie
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Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 14:47

Dans la rue des Carrières se trouve la plus ancienne demeure des Damps : la maison de la Dame blanche. Tous les curieux d’histoire locale ont entendu dire que ce nom a pour origine Blanche de Castille, qui aurait habité ici...

 

P1150701


La lecture du Dictionnaire historique de toutes les communes de l’Eure (1868), de MM. Caresme et Charpillon, démontre que ce n’est pas Blanche de Castille qui vécut ici mais Blanche de France, identifiée grâce aux actes de propriété conservés :  

 

"En mai 1331, Philippe le Bel donnait à Etienne de la Chapelle, son cuisinier, des héritages assis aux Damps, à Léry, et dans les environs, qui avaient été confisqués sur Robert de Gasny, pendu pour ses démérites. Il se trouve que ce domaine de Léry appartenait alors à Blanche de France, fille de Philippe le Long, qui en avait hérité de sa mère Blanche de Bourgogne, morte en 1330. Cette princesse prétendit que les biens du supplicié lui appartenaient par échoite, et avec l’approbation de sa famille, elle les donna à deux religieuses de Longchamps ; mais Guillaume de la Chapelle, fils d’Eustache, fit une vigoureuse résistance en s’appuyant sur la donation faite à son père. Le roi intervint par lettre de juillet 1335 et ordonna l’exécution d’une décision de ses gens de comptes, qui avaient adjugé les héritages à Blanche de France".

           

Deux Blanche, mère et fille, ont bien été propriétaires de terres aux Damps au XIVe siècle. Mais, est-ce à dire que ces dames fussent propriétaires de la demeure qui nous intéresse ?

Son ancienneté permettrait de le penser puisqu’une cave présente les caractéristiques du XIIIe siècle avec des arcs doubleaux chanfreinés en plein cintre (comme la Salle d’Armes à Pont-de-l’Arche). Les parties les plus anciennes de la maison semblent dater du XIVe siècle. Les décorations gothiques sculptées dans les poteaux de la façade nord (notamment des encadrements des fenêtres) indiquent une construction antérieure à la fin du premier tiers du XVIe siècle. Au milieu de la façade sud se trouve un bel escalier en vis en demi-hors-d’œuvre non visible depuis la route. Il met en valeur le parfait parallélisme de ce bâtiment.

 

Cependant, rien n’atteste que cette demeure ait appartenu à Blanche de Bourgogne et Blanche de France. En effet, il est douteux qu’une tradition orale ait survécu 650 ans (soit une trentaine de générations)… Qui plus est, la confusion avec Blanche de Castille montre le peu de fiabilité de la mémoire orale au-delà du propre vécu des témoins. Cette confusion est très certainement due à la déformation de propos apportés aux Dampsois à partir des textes de MM. Charpillon et Caresme, grands vulgarisateurs des chartes oubliées dans les archives.

 

 

 

Voie blanche

 

La Voie blanche désigne plusieurs lieux de la région de Val-de-Reuil. L’origine de son nom a suscité des explications dignes de légendes…

 

- le chemin forestier qui part des Damps vers Léry ;  

- un hameau de Léry (centre équestre et quelques maisons) ;

- un quartier de Val-de-Reuil.

 

D’aucuns ont écrit que ce nom provenait de Blanche de Castille qui aurait possédé des terres aux Damps (voir ci-dessus). Or, la Voie blanche n’existait pas en ce temps. La partie qui nous intéresse est un ancien tronçon de la voie royale, puis impériale, reliant Paris à Rouen. Ce tronçon fut déclassé en chemin forestier en 1869 car son relief le rendait moins accessible que le tracé historique longeant l’Eure par Léry. On peut avancer une autre explication : le chemin entre Les Damps et Val-de-Reuil parcourt l’éperon Nord-Est du plateau du Neubourg. C’est ainsi qu’affleure le blanc calcaire contrastant avec les chemins qui empruntaient le creux de la vallée avant l’arrivée du goudron. A notre sens, c’est cette particularité visuelle qui a permis à nos ancêtres de nommer cet espace géographique et non la présence d’une grande dame. Il serait tentant de donner des explications érudites mais le plus intéressant est de retrouver les préoccupations quotidiennes de nos ancêtres, surtout dans un temps où l’on ne donnait pas de nom de personnes aux lieux.

Par Armand - Publié dans : Les Damps - Communauté : La Normandie
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Jeudi 22 décembre 2011 4 22 /12 /Déc /2011 15:51

Didier Simon (19 juillet 1881-3 mars 1954) fut maire de Pont-de-l’Arche entre 1953 et 1954.

 

Il décéda des suites d’un accident de voiture par temps de neige à Heudebouville.

 

Né à Nancy, il devint ingénieur suite à une formation à l'Institut chimique de Nancy.

 

Mobilisé en 1914 en tant que sergent au 26e Régiment d’infanterie, son mérite lui valut plusieurs blessures mais aussi le grade de capitaine, la Croix de guerre et le grade de Chevalier de la Légion d'honneur.

 

En 1918, il entama une carrière d’assureur en tant que directeur de la société d'assurances Winterthur à Paris.

 

Didier Simon

Le portrait de Didier Simon peu avant sa mort (La Dépêche de Louviers).

 

Vers la fin de sa carrière, en 1938, il acquit une résidence secondaire à Pont-de-l'Arche.

 

Elu conseiller municipal en 1947, il fut élu maire en 1953. Il continua à faire avancer les dossiers de construction de l’actuelle salle des fêtes et de l’école maternelle. Il lança un programme de construction de logements d’urgences pour reloger des habitants de la rue Huault.

 

Lors du conseil municipal extraordinaire du 4 mars 1954, le premier adjoint Roland Levillain déclara que « Les services rendus à Pont-de-l'Arche par M. Simon, tant comme conseiller municipal que comme maire laisseront dans la mémoire de tous nos concitoyens un très grand souvenir et une reconnaissance inoubliable. »

 

Le cercueil du défunt fut ouvert dans la salle du Conseil municipal un soir afin que la population lui rende un dernier hommage.

 

Un deuil d’un mois fut décidé et « Sur la demande du Dr Leduc et après discussion le Conseil, à l’unanimité, décide d’appeler le square situé derrière le groupe scolaire : square Didier Simon en mémoire de M. Simon Maire décédé le 3 mars 1955 à la suite d’un accident d’auto. Les plaques nécessaires seront commandées ainsi que les plaques pour l’avenir Delattre de Tassigny. »

 

Un bac à sable et des bancs furent installés. Cependant l’hommage fut de brève durée car ce square tomba vite en désuétude peut-être à cause de l’avenue De-Lattre-de-Tassigny qui fut construite à côté avec l’ouverture du nouveau pont en janvier 1955.

 

Aujourd’hui, peu de personnes connaissent ce square et personne ne le nomme sous ce nom. Il est même appelé à disparaitre en 2012 avec la construction d’une nouvelle résidence…

 

Square Didier-SimonLe quare Didier-Simon (janvier 2012) : un espace délaissé qui accueillera bientôt une résidence.  
  

Par Armand - Publié dans : Pont-de-l'Arche - histoire
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Pour la jeunesse, je vote Hollande !

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Présentation !

Armand Launay 

Armand

Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant de devenir agent des bibliothèques (DUT information-communication).

Depuis 2002, j'utilise mes connaissances afin de mettre en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche :


- visites commentées de la ville depuis 2004 ;


- publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79.


Bibliographie


- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages) 1-damps

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

PONT-DE-L-ARCHE

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

1788540-2432884

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages). Version en ligne en cliquant sur l'image ci-dessous. 

Couv.-guide-touristique

Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages). Version en ligne en cliquant sur l'image ci-dessous.

Pont-de-l-Arche-1911-2011 

Depuis les élections de 2008, je suis conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

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Depuis l'ouverture de mon blog en 2005, j’ai répondu à plusieurs centaines de questions sur Pont-de-l’Arche et sa région. Aujourd’hui, je souhaite mettre en valeur ce service et préciser son utilisation. Pourquoi ce nom ? En hommage à Hyacinthe Langlois, Archépontain qui a fait connaitre notre ville au-delà de ses frontières au XIXe siècle et qui a mis en valeur le patrimoine normand.  

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1. c'est un service gratuit

2. il est ouvert aux curieux, aux Archépontains exilés, aux chercheurs...

3. il est réservé aux personnes qui signent de leur nom et qui précisent le but de leurs recherches

4. il demande parfois quelques journées d'attente afin de bâtir une réponse...

5. il pratique l'Anglais, l'Espagnol, le Français et le Normand:)

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armand.launay@gmail.com

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