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19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 16:45
Quelques vues sur l'Eure en aout 2016, clin d'oeil à deux aimables sportifs
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Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Published by Armand Launay
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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 17:05
Carte postale des Amis de l'école laïque, association à vocation pédagogique et militante présidée par Emile Chary, militant radical-socialiste, avec la participation active du directeur de l'école des garçons, le militant socialiste SFIO Louis Guérin. Ici, près de 110 enfants de la section de gymnastique photographiés devant le mur de la ferme autrefois située au bout de la cour du groupe scolaire Maxime-Marchand (ferme remplacée par la résidence Lucie-et-Raymond-Aubrac).

Carte postale des Amis de l'école laïque, association à vocation pédagogique et militante présidée par Emile Chary, militant radical-socialiste, avec la participation active du directeur de l'école des garçons, le militant socialiste SFIO Louis Guérin. Ici, près de 110 enfants de la section de gymnastique photographiés devant le mur de la ferme autrefois située au bout de la cour du groupe scolaire Maxime-Marchand (ferme remplacée par la résidence Lucie-et-Raymond-Aubrac).

 

Avec nos remerciements à Loïc Lemarchand pour ses informations et la motivée insufflée.

 

 

Né au Havre en 1889, Louis Guérin devint directeur de l’école de Pont-de-l’Arche (qui était alors dans la salle Ambroise-Croizat, près de l’église) en 1930. Son arrivée fut saluée par le journal L’Industriel de Louviers. Dans son édition du 11 janvier 1930, il relata le remplacement de M. Hubert, directeur de l’école de garçons, par M. Guérin, précédemment instituteur à Bosc-Roger-en-Roumois. Louis Guérin retrouva donc Pont-de-l'Arche où il était institueur au moins durant l'année 1912.

 

Voilà un enseignant qui fit polémique, durant le Front populaire, à cause de ses convictions socialistes avancées (il était membre de la SFIO et de tendance révolutionnaire). Louis Guérin a rejoint une association nommée les Amis de l’école laïque et animée par des militants radicaux-socialistes. Parmi les activités de cette association, il y avait la très populaire fête de la jeunesse, rassemblement annuel de défilés des enfants des écoles publiques.  

Louis Guérin se fit très vite mal voir du conseil municipal présidé par le maire conservateur Charles Morel. Ainsi la délibération du 12 juillet 1933 rapporta que le maire était invité à la fête de la jeunesse, dimanche 16 juillet, par M. Guérin, directeur de l’école. Le maire demanda ‒ pour la forme ‒ à ce que le Conseil municipal dans son entier fût invité, contrairement à ce qui fut fait à la fête de 1932. Le maire précisa ensuite au président des Amis de l’école laïque, Émile Chary, qu’il était loin d’être hostile envers l’école laïque (pour preuves la subvention à la caisse des écoles, au prix du 14-Juillet et l’aboutissement prochain du projet de création du groupe scolaire… Ainsi, Louis Guérin fut le premier directeur du groupe scolaire que nous connaissons de nos jours). Ceci pour préparer à une mise en garde : le Conseil municipal « Réprouve les agissements de certains qui, sous le couvert de la fête de la jeunesse, cherchent à faire une propagande de leur politique marxiste. » Les rad-soc, ça passe encore, les socialistes non ! S'il n'était pas nommé, Louis Guérin était clairement visé.

Cela ne refroidit nullement notre homme. Révolutionnaire, il est compté ‒ au moins pour l’année 1935-1936 ‒ parmi les précurseurs de la pédagogie de Célestin Freinet, pédagogie voulant placer la créativité de l’enfant au cœur de la construction des apprentissages. Autogestion, quand tu nous tiens…  

La même année, le Conseil municipal parvint à démontrer que Louis Guérin n’enseignait pas que la morale républicaine en classe mais diffusait ses idées socialistes. La délibération du 25 septembre 1935 relata que M. Guérin avait « violé la neutralité scolaire » en montrant une brochure intitulée « Les Faucons rouges ». Pour les élus conservateurs, c’était une documentation “socialiste à tendance communiste”, ce qui est vrai dans la mesure où cette revue prônait la révolution complète du système et, par conséquent, la formation dès à présent les cadres du prochain pouvoir socialiste. Une pétition de parents d’élèves fut initiée, signée puis envoyée au ministère. M. Guérin reconnut avoir diffusé les idées socialistes incriminées. Preuve à l’appui, le Conseil municipal vota une motion de “déplacement” de M. Guérin dans une autre école et vota un “blâme les instituteurs qui se livrent dans l’exercice de leurs fonctions à une propagande néfaste contre la Famille et contre la Patrie.” On apprécie la politesse du pluriel employé et, mêmement, que le mot travail n’ait pas ‒ déjà ‒ été utilisé avant la “famille” et la “patrie”.  

Militant convaincu, en 1937 Louis Guérin était secrétaire du Comité des loisirs. Le 1er-mai, à l’occasion de la Fête du printemps organisée par les Amis de l’école laïque, M. Maze, secrétaire du comité national des loisirs exposa les buts de ce comité… “Les loisirs ne doivent pas être le privilège d’une élite, mais être distribués à tous. (...) Le machinisme, qui tend de plus en plus à remplacer l’ouvrier, ne doit pas servir à occasionner du chômage, mais à procurer des loisirs à l’ouvrier. (...) Des organisations de loisirs existent dans la plupart des pays étrangers. Il a fallu attendre l’avènement d’un gouvernement de Front populaire pour en créer en France.” Puis M. Degouey, directeur du tourisme aux chemins de fer de l’État indiqua les facilités offertes par les “billets Léo Lagrange” (billets de fin de semaine, billets de famille…). Les adhésions à ce comité furent enregistrées par M. Guérin. Puis des films furent projetés, dont un sur le familistère de Godin...  

Dans la délibération du 27 octobre 1938, les élus communaux, présidés par Raoul Sergent, reprochèrent à M. Guérin de se livrer « à des attaques contre la religion, méconnaissant ainsi les principes fondamentaux de neutralité de l’école laïque. » Ils relayaient ainsi la plainte que Maurice Desdouits, curé de la paroisse, avait adressée au préfet. En 1938, toujours, on retrouve Louis Guérin en tant que secrétaire du Bureau de la Ligue des droits de l’Homme de Pont-de-l’Arche (délibération du 5 février 1938).

Puis nous perdons trace de ce personnage qui campe admirablement ‒ à l’échelle de notre bon Pont-de-l’Arche ‒ les débats passionnés et les mutations sociales, voire symboliques, qui ont refaçonné la France dans les années 1930. Loïc Lemarchand nous apprend que Louis Guérin fut instituteur de la proche commune de Canappeville de 1923 à 1927 et qu’il décéda en 1963 à Sotteville-lès-Rouen.

Reproduction d'une photographie éditée suite à la Fête du printemps de 1937 organisée par les Amis de l'école laïque de Pont-de-l'Arche. Endoctrinement politique ou démonstration, par l'exemple, de la force créatrice et pédagogique ? Le débat était déjà vif en ce temps à ce sujet...

Reproduction d'une photographie éditée suite à la Fête du printemps de 1937 organisée par les Amis de l'école laïque de Pont-de-l'Arche. Endoctrinement politique ou démonstration, par l'exemple, de la force créatrice et pédagogique ? Le débat était déjà vif en ce temps à ce sujet...

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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4 janvier 2016 1 04 /01 /janvier /2016 13:17
Ce dessin de 1782 montre que le châtelet de Limaie était en bel état de conservation. Cette vue fut reproduite dans l'article de Léon Coutil intitulé "Le vieux château de Limaie et le vieux pont de Pont-de-l'Arche (Eure)" publié dans le Bulletin de la Société d'études diverses de Louviers, tome XVI, 1921-1922.

Ce dessin de 1782 montre que le châtelet de Limaie était en bel état de conservation. Cette vue fut reproduite dans l'article de Léon Coutil intitulé "Le vieux château de Limaie et le vieux pont de Pont-de-l'Arche (Eure)" publié dans le Bulletin de la Société d'études diverses de Louviers, tome XVI, 1921-1922.

Notre ville doit son nom aux multiples ponts bâtis par les rois depuis 862 sur la Seine. Ces ponts ont eu une fonction militaire (contre les Vikings et les Anglais) et de police intérieure au royaume (navigation sur la Seine, émeutes populaires, Ligues…).

Il fallait donc fortifier ces ponts. Ainsi, la ville royale de Pont-de-l’Arche fut entourée de remparts et un châtelet fut érigé sur la rive droite de la Seine, sur la paroisse d’Igoville : le fort de Limaie. Entièrement disparu mais souvent cité lorsqu’on tourne les pages de l’histoire locale, nous avons résumé l’histoire de cet ouvrage qui a laissé son nom à un hameau d’Igoville : “le Fort”…    

 

Où était ce fort précisément ?

Imaginez-vous du côté de l’ancienne poste de Pont-de-l’Arche, c’est-à-dire au niveau d’Arche immobilier de nos jours. Allez un peu plus vers Les Damps (il n’y avait alors pas autant de maisons en ce lieu). Imaginez-vous à cet endroit en 1782. Vous regardez de l’autre côté de la Seine et vous avez cette vue : le château fort de Pont-de-l’Arche, c’est-à-dire Limaie, vue depuis la coste d'amour. Le pont que vous connaissez de nos jours toucherait sur ce dessin la berge d'Igoville presque à l'endroit de la tour d'angle la plus proche de nous. Ce dessin est une reproduction d’une illustration parue dans un article de Léon Coutil intitulé "Le vieux château de Limaie et le vieux pont de Pont-de-l'Arche (Eure)".

 
Pour localiser plus précisément ce châtelet disparu, nous avons dessiné sur la vue satellitaire de Google earth quelques tours, les remparts et le corps de garde contrôlant l’accès nord du pont.

Pour localiser plus précisément ce châtelet disparu, nous avons dessiné sur la vue satellitaire de Google earth quelques tours, les remparts et le corps de garde contrôlant l’accès nord du pont.

 

Description d’ensemble

 

Le châtelet est protégé par deux fossés en eau. S’il n’est pas sûr que les ingénieurs aient utilisé une ancienne ile alluviale pour bâtir le châtelet, il est évident qu’il ont profité du fond de la vallée de la Seine pour aménager ces deux protections naturelles.

Le premier fossé n'est pas protégé. Il barre d'accès au premier rempart, une palissade dans le document de 1640 signé P. Petit, ci-dessous, qui est accessible par un pont-levis au bout d'un petit pont de pierre.

Le second fossé protège le rempart principal. Un pont en pierre constitue le principal accès au châtelet. La vue de P. Petit montre un petit pont-levis contrôlé par un corps de garde. Un second pont, en bois celui-ci, offre accès à une poterne, peut-être pour un meilleur déploiement de la garnison durant un assaut, voire pour une contre-attaque.

Le second et principal rempart est flanqué de tours cylindriques. Deux possèdent une terrasse, une autre est couverte d'un toit conique. Un angle est étonnant ; celui du sud-Est, donnant sur la Seine. Il est constitué d'un angle droit dans le rempart et semble ne servir que de poste de guet. C'est la tour maitresse, la tour philipienne, qui devait assurer le gros de la défense de ce côté-ci du châtelet, ainsi que des engins de tir sur une sorte de chemin de ronde plus élargi le long du flanc Est. Dans la cour intérieure, se trouvent des potagers, des jardins, quelques maisons blotties contre les remparts. Une chapelle (placée sous le vocable de Saint-Étienne) est visible côté nord et reconnaissable à une croix surplombant le pignon Est situé près de la poterne. Une longue maison semble tenir lieu de caserne devant la tour maitresse. Selon le plan de 1640, quelques demeures longent le chemin central reliant les deux garde-corps. Selon la vue de Gomboust, c'est bien plutôt un rempart intérieur qui interdit l'accès vers la caserne et la tour maitresse. Les deux ont très bien pu se compléter comme le montre un plan de 1754 plus bas dans cet article.

 

Nous voyons donc ici une suite impressionnante d'obstacles visant à garder le contrôle de l'entrée nord du pont. Avec une faible garnison, le châtelet de Limaie était en mesure de résister à plusieurs semaines d'assaut avant l'arrivée de renforts. Sans compter que, tant que la ville de Pont-de-l'Arche n'était pas prise, elle pouvait ravitailler Limaie.

 

 

 
"Plan du chasteau du ¨Pont de l'Arche" par P. Petit, 1640, cabinet des estampes, Bibliothèque nationale de France.

"Plan du chasteau du ¨Pont de l'Arche" par P. Petit, 1640, cabinet des estampes, Bibliothèque nationale de France.

Illustration du tome I de l’Encyclopédie médiévale, 1873, d’Eugène Viollet-le-Duc (illustration de l’article “châtelet“ de Wikipédia).

Illustration du tome I de l’Encyclopédie médiévale, 1873, d’Eugène Viollet-le-Duc (illustration de l’article “châtelet“ de Wikipédia).

"Chasteau du Pont de l'Arche" par Jacques Gomboust, extrait de l'ouvrage du cartographe Matthäus Merian (vers 1593-1650) intitulé Topographiae Galliae et publié en 1657. Une comparaison entre les vues précédentes montre qu'Eugène Viollet-le-Duc a reposé son travail sur celui de Jacques Gomboust.

"Chasteau du Pont de l'Arche" par Jacques Gomboust, extrait de l'ouvrage du cartographe Matthäus Merian (vers 1593-1650) intitulé Topographiae Galliae et publié en 1657. Une comparaison entre les vues précédentes montre qu'Eugène Viollet-le-Duc a reposé son travail sur celui de Jacques Gomboust.

Qui a bâti Limaie ?

Le choix de l’emplacement du fort ne fait aucun mystère : protéger l’entrée du pont à la place de fortifications antérieures dont les plus anciennes datent de Charles le Chauve. Mais qui a fait bâtir les fortifications que nous voyons dans les vues du XVIIIe siècle ?

Jusqu’à plus ample informé, la plus ancienne mention du nom de Limaie date de 1198, encore sous le règne de Richard Cœur de Lion donc. On la retrouve dans les Grands rôles de l’Échiquier de Normandie : “Limai de Capite Pontis Arche” c’est-à-dire Limai à la tête du pont de Pont-de-l’Arche.

Nous avons consacré un article aux fortifications de Pont-de-l’Arche, la ville et aussi, un peu, de Limaie. Nous avons vu que Richard Cœur de Lion avait consacré presque 1000 livres à des travaux sur le pont et les fortifications de Pont-de-l’Arche, soit le vingtième d’un budget annuel. Pas étonnant que le nom de Limaie ait été associé à ces importants travaux. Dans cet article, nous avons aussi vu que son rival, Philippe Auguste, avait fait de Pont-de-l’Arche sa résidence après qu’il a pris possession de la Normandie. Il fit faire des travaux sur le pont et les remparts. Il installa son administration et signa en ce lieu beaucoup d’actes royaux. Notre analyse fait ressortir que les fortifications archépontaines s’inscrivent nettement dans l’architecture militaire de Philippe Auguste. Une tour philippienne en est l’élément le plus clair dans l’enceinte de Limaie.

Nous concluons que Limaie a été bâti par Philippe Auguste sur les bases édifiées par Richard Cœur de Lion. Le châtelet que nous voyons sur les vues du du XVIIIe siècle est donc un jeune homme de presque 500 ans qui a eu l’air de bénéficier de restaurations régulières.

 

Que signifie le nom de “Limaie” ?  

Belle énigme que ce nom de Limaie ! Jacques Le Maho le rattache au mot latin “limites” désignant la limite, ici entre les deux pays gaulois que sont le Roumois (pays de Rouen) et l’Évrecin (pays d’Évreux). Le châtelet de Limaie aurait donc bien marqué une limite. Nous pouvons penser qu’il a surtout constitué un passage à travers cette limite, un point de contrôle, tant au niveau de la route qu’au niveau de la navigation. La limite en question concernait certainement plus la navigation que la route ou la frontière entre pays. Nous restons cependant sur notre faim car il dût il y avoir d’impressionnantes quantités de lieux-dits “la limite” si ce nom permettait à nos ancêtres d’identifier aisément des lieux.

Nous nous sommes intéressés à l’homophone Limay, près de Mantes (Yvelines) où la thèse de la limite est aussi défendue dans le Lexique toponymique de l’arrondissement de Mantes-la-Jolie de Claude Guizard. L’encyclopédie Wikipédia rapporte aussi que “La localité est attestée sous le nom Limaium en 1249. Le nom de "Limay" parait être abrégé de celui de "Limais" ou plutôt "Li Mais", qui veut dire la maison, la demeure, l'habitation, en latin Mansio.” À se demander ‒ une fois encore ‒ pourquoi il n’y a pas plus de Limaies dans les pays romans ?

L’étonnant point commun entre notre Limaie et le Limay des Yvelines est sa position vis-à-vis de la grande ville : à la sortie du pont sur la rive opposée de la Seine. Le pont de Limay, face à Mantes, date du XIe siècle. Si la thèse de la “limite” était bonne, nous pourrions envisager que ce sont les habitants de Mantes et de Pont-de-l’Arche qui désignaient par limite les habitations ou constructions militaires situées à la limite du pont. Là cette appellation aurait été suffisamment concrète pour ce nom soit significatif.

Nous en sommes donc aux conjectures. La thèse du “limites” latin pourrait aussi nous renvoyer vers le proche mot “limus” qui a donné limon. Le limon est peut-être un point commun entre Limay, Limaie et Limetz (Yvelines)... des lieux habités près du fond de la vallée de la Seine ?

D’autres conjectures sont possibles. Le plan cadastral d’Igoville nomme précisément “Les Limais” la zone autour de la ferme située à l’Est de l’auberge du Pressoir, au bord de l’ancienne route du Manoir. On pourrait rattacher ce nom aux ormaies, les bois formés d’ormes, du latin “ulmus” et qui est lié à la racine, si je puis dire, indo-européenne “al” comme dans alisier (une des étymologies possibles d’Alizay)…

 

Autres représentations visuelles

Le fort de Limaie : un châtelet sur la Seine à Pont-de-l’Arche
Le corps de garde contrôlant l'accès nord du pont de Pont-de-l'Arche. Détail d'un vitrail de l'église Notre-Dame-des-arts (cliché Armand Launay, 2007).

Le corps de garde contrôlant l'accès nord du pont de Pont-de-l'Arche. Détail d'un vitrail de l'église Notre-Dame-des-arts (cliché Armand Launay, 2007).

La représentation la plus étonnante est celle du vitrail du montage des bateaux. Ce vitrail se trouve dans l’église Notre-Dame-des-arts, autrefois Saint-Vigor, et date de 1606. Comme nous l’avons décrit dans un article, ce vitrail a constitué une revendication de la paroisse sur certaines taxes perçues sur les commerçants passant sous le pont. Or, ces taxes furent détournées par la garnison de Limaie.

En attendant la représentation est belle, surtout en ce qui concerne les monteurs de bateaux. Le fort de Limaie est bien mis en valeur, pour ne pas dire montré du doigt, au centre de la perspective qui se trouve dans l'axe de la route reliant les deux garde-corps du châtelet. La représentation n'est toutefois fidèle à la réalité. Ceci particulièrement net dans le nombre de tours, volontairement limité ici, et la grandeur du petit pont donnant accès au châtelet.

« Plan du château du Pont de l'Arche pour servir au projet de l'année 1754 ». Ce plan aquarellé (41 x 54 cm), est conservé à la Bibliothèque nationale de France, département Arsenal, et accessible sur Internet : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb421591410. Il confirme plutôt les vues de P. Petit et Jacques Gomboust.

« Plan du château du Pont de l'Arche pour servir au projet de l'année 1754 ». Ce plan aquarellé (41 x 54 cm), est conservé à la Bibliothèque nationale de France, département Arsenal, et accessible sur Internet : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb421591410. Il confirme plutôt les vues de P. Petit et Jacques Gomboust.

Quelles furent ses activités ?

La fonction du fort de Limaie était avant tout d'assurer la police intérieure : le contrôle de la circulation sur le pont et sous ce pont. Ces passages étaient taxés. Le châtelet constituait de plus une caserne, non loin de Rouen, prête à intervenir en cas de souci.

La suite de ce paragraphe provient des écrits de Léon Coutil. Nous préciserons nos recherches plus tard.

Cependant, Limaie a aussi été utile en matière militaire. C'est ainsi qu'en 1417, le châtelet fut réparé et complété afin de résister aux Anglais. L'effort fut vain car Pont-de-l'Arche, ville et fort compris, tomba sous la domination d'Henry V d'Angleterre. Le fort de Limaie ne fut repris par les Français qu'en 1449 que grâce à la ruse (par abus de confiance d'un soldat du corps de garde).

Sous les guerres de religions, le château et la ville restèrent aux mains des catholiques.

Mais Limaie trouva une autre utilité, contraire aux intérêts du roi ce coup-ci. En effet, après la reddition de Pont-de-l'Arche à Henri IV en 1589, le châtelet resta aux mains des Ligueurs. Qui plus est, pendant la Fronde, le gouverneur était le marquis de Chamboy qui ne rendit le château que le 7 février 1650. Limaie pouvait très bien être une base hostile au roi.

 

Pourquoi et quand fut-il détruit ?

Le châtelet de Limaie avait perdu de son intérêt militaire. De plus, il avait été utilisé à plusieurs reprises contre le pouvoir royal. C'est ainsi que le projet de démolition de Limaie fut approuvée par Louis XIV peu après 1650. Cependant, une vue de 1782 montre que le châtelet avait encore fière allure et que, comme toute base militaire, le pouvoir ne trouvait pas sa destruction urgente. Limaie servait notamment de prison, notamment pour certains protestants.

Le coup de grâce a été donné à LImaie par Louis Thiroux de Crosne (1736-1794), intendant de la généralité de Rouen de 1768 à 1787. Cet homme, une sorte de Préfet de l’époque, fit appliquer certaines ordonnances royales traitant d’urbanisme. Il fit ainsi dresser les plans des boulevards de Rouen avant de combler les fossés médiévaux. Il en fit de même dans d’autres villes haut-normandes (Louviers) et donna son accord à la municipalité de Pont-de-l’Arche d’utiliser le déblai de la corvée pour aplanir la place des Champs (délibération du conseil municipal de Pont-de-l’Arche du 16 septembre 1779). Puis, il autorisa le conte de Pons, gouverneur de Pont-de-l’Arche, à faire démolir le châtelet de Limaie (1782). La somme récupérée de la vente des pierres permit de démolir deux portes de chaque côté de la ville, comme le souhaitent les habitants. En hommage, la municipalité décida de donner le nom de Crosne à la porte Saint-Jean et de Pons à la porte de Léry (rue Jean-Prieur) (délibération du 20 avril 1782).

 
En 1790, Aubin-Louis Millin présenta à l’Assemblée constituante une œuvre recensant le patrimoine national. Dans le chapitre 43 de ses désormais célèbres Antiquités nationales l’auteur accorde quelques belles pages à Pont-de-l’Arche. Il aborde notamment « … le château de Pont-de-l’Arche, actuellement démoli, et que j’ai fait dessiner au moment de la destruction… ».  Il s’agit d’une vue sur le châtelet de Limaie, alors en démantèlement. Reproduite ci-dessus, elle fut dessinée par Garneray et sculptée par Desmaisons.

En 1790, Aubin-Louis Millin présenta à l’Assemblée constituante une œuvre recensant le patrimoine national. Dans le chapitre 43 de ses désormais célèbres Antiquités nationales l’auteur accorde quelques belles pages à Pont-de-l’Arche. Il aborde notamment « … le château de Pont-de-l’Arche, actuellement démoli, et que j’ai fait dessiner au moment de la destruction… ». Il s’agit d’une vue sur le châtelet de Limaie, alors en démantèlement. Reproduite ci-dessus, elle fut dessinée par Garneray et sculptée par Desmaisons.

L’espace autrefois occupé par le fort de Limaie ne resta pas longtemps sans emploi. En effet, en 1813 Napoléon fit réaliser un canal et une écluse auxquels nous avons consacré un article. Pour cela, l’ile fut transformée et un fossé du châtelet servit partiellement au percement du canal. Léon Coutil précisa qu'en 1918, on boucha l'écluse et après la démolition des derniers vestiges des vieux murs on construisit au-dessus des hangars. La photographie ci-dessous montre ces derniers vestiges.

Cette reproduction de carte postale des années 1910 montre le pont enjambant le canal de l'ancienne écluse de Napoléon. Remarquez, à gauche, ce qui semble être (le dernier ?) vestige du châtelet de Limaie.

Cette reproduction de carte postale des années 1910 montre le pont enjambant le canal de l'ancienne écluse de Napoléon. Remarquez, à gauche, ce qui semble être (le dernier ?) vestige du châtelet de Limaie.

Découvertes de vestiges de fondations du fort de Limaie par les équipes travaillant à la construction du pont actuel de Pont-de-l'Arche (de 1951 à 1954). Il semble que l'arc de cercle en bas de cliché (studio Henry, Louviers, page 15 de la référence ci-dessous) montre une partie de la tour maitresse. Le reste est plutôt méconnaissable.

Découvertes de vestiges de fondations du fort de Limaie par les équipes travaillant à la construction du pont actuel de Pont-de-l'Arche (de 1951 à 1954). Il semble que l'arc de cercle en bas de cliché (studio Henry, Louviers, page 15 de la référence ci-dessous) montre une partie de la tour maitresse. Le reste est plutôt méconnaissable.

Sources

- Coutil Léon, "Le vieux château de Limaie et le vieux pont de Pont-de-l'Arche (Eure)" publié dans le Bulletin de la Société d'études diverses de Louviers, tome XVI, 1921-1922 ;

- Le Maho Jacques, « Un grand ouvrage royal du IXe siècle : le pont fortifié dit « de Pîtres » à Pont-de-l’Arche (Eure) », pages 143-158, in Des Châteaux et des sources. Archéologie et histoire dans la Normandie médiévale : mélanges en l’honneur d’Anne-Marie Flambard Héricher, Publications des universités de Rouen et du Havre, 2008, 622 pages ;

- Ministère des travaux publicsLe nouveau pont-route de Pont-de-l’Arche : 1951-1954, imprimerie Logier et Cie, 32 pages.

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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4 janvier 2016 1 04 /01 /janvier /2016 07:57

Avec nos remerciements à notre ami Frédéric Ménissier pour les reproductions des gravures.

 

Les représentations anciennes de Pont-de-l’Arche sont nombreuses qui témoignent de l’importance de cette ville fortifiée, lieu de  franchissement de la Seine entre Rouen et Paris, étape fluviale entre les deux plus grandes villes du royaume et siège de l’administration royale pour la région de Louviers et d’Elbeuf.

 

Parmi les artistes qui ont voulu immortaliser la beauté et l’importance de ces lieux, on compte Jacob Philipp Hackert. Né en 1737 et décédé en 1807, Hackert est un peintre allemand, néoclassique, spécialisé dans les paysages.

L’on apprend sur sa fiche Wikipédia qu’il séjourna en France en 1767 dans la résidence de campagne que Louis-André de Grimaldi, évêque du Mans, possédait à La Chaussée-d’Ivry. Cette commune se trouve à côté d’Ivry-la-Bataille, près de Saint-André-de-l’Eure. L’on apprend aussi qu’il voyagea en Normandie en 1768, notamment avec le peintre Nicolas Pérignon, nous apprend le site de ventes aux enchères Arcadja. Nicolas Pérignon a signé une des plus belles toiles sur le Pont-de-l'Arche de l'époque et, plus précisément, sur le bas de la rue Abbaye-sans-toile (voir notre ouvrage cosigné avec Frédéric Ménissier et Patrice Royer (coucou Papa !) Pont-de-l'Arche 1911-2011, page 11).

 

De Pont-de-l’Arche, Hackert laissa deux peintures chacune intitulée “Vue de la ville du Pont-de-l’Arche près de Rouen”. Nous ignorons si les peintures originales existent toujours mais elles furent reproduites par gravure par Pierre Charles Nicolas Dufour (1725-1818). Ainsi, il en existe des copies. Nous en avons reproduisons ici deux sans connaitre les ouvrages dans lesquels elles ont été publiées.

Hackert et Pont-de-l'Arche
Hackert et Pont-de-l'Arche

Des copies des toiles d’Hackert sont souvent citées dans les catalogues des œuvres largement reproduits dans Gallica et Google livres. D’après nos recherches, le plus grand détail donné sur ces copies se trouve dans le Catalogue raisonné de l'œuvre gravé de Jacques Aliamet, d'Abbeville, précédé d'une notice sur sa vie et son œuvre... Dressé par Émile Delignières et édité par Rapilly (Paris) en 1896, ce catalogue est accessible sur Gallica.

Hackert et Pont-de-l'Arche
Hackert et Pont-de-l'Arche
Hackert et Pont-de-l'Arche

Ces représentations étonnent les personnes connaissant Pont-de-l’Arche. Hackert représente une étrange ville, dans la première vue, où l’église Notre-Dame-des-arts est peu reconnaissable et mal orientée, les remparts sont assez bien figurés mais bizarrement ouverts près de ce qui serait la tour de Crosne. Détail bien plus troublant : où est le pont… de l’arche ? Où se trouve la rive droite de la Seine et le fort de Limaie qui devraient être visibles sur la gauche de la gravure ? Quels sont ces clochers plus lointains ? Saint-Pierre des Damps ? Et où se trouve la Côte-des-deux-amants ? Le reste du décor évoque bien plus l’estuaire de la Seine que la vallée de Pont-de-l’Arche. Les roches des rives, les falaises, les navires de mer… on croirait évoluer ici du côté de Quillebeuf-sur-Seine de l'époque ; très maritime...

 

La deuxième vue sur "Pont-de-l’Arche" n’a plus rien à voir avec notre ville. Le beau château du premier plan, la ville en arrière-plan ne renvoient pas du tout au paysage local. L’on retrouve les personnages animés autour d’activités fluviales. Une autre reproduction de cette vue, trouvée sur le site Arcadja cité plus haut, est colorée et horizontalement inversée. Le commentaire qui l'accompagne précise que la boucle de La Bouille serait ici représentée avec le manoir de Marbeuf, à Sahurs, mais sans grande fidélité avec la réalité. La courbe gauche de la Seine serait celle de Grand-Couronne et la falaise du fond celle de Sainte-Catherine. Rouen serait proche... mais que font ces roches, à gauche, et pourquoi la Seine est si peu large ?   

 

HACKERT Jacob Philipp Deux Paysages Fluviaux Animés De Personnages

 

Quid de cette confusion entre les lieux ? Dans son atelier, Hackert aura-t-il confondu des croquis dessinés rapidement dans les différents lieux visités ? Aura-t-il confondu plusieurs villes entre elles sachant qu’il a surtout représenté des cités maritimes ? C'est ce que laisse entendre le commentaire sur Arcadja qui précise que ces tableaux "furent probablement peints à Paris, au retour de ce séjour normand". Quoi qu’il en soit, le peintre allemand nous a laissé-là des vues parmi les plus originales de Pont-de-l’Arche… et c'est peut-être ce qui intéressait la clientèle de l'époque : de belles perpectives, de belles compositions pour décorer un intérieur, pas une reproduction fidèle de la réalité.

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 09:55

La ville de Pont-de-l’Arche (Eure) est connue pour son patrimoine et notamment ses vestiges de fortifications (partiellement classés ou inscrits aux Monuments historiques). De quand datent ces remparts ? Par qui et pourquoi ont-ils été érigés ? Aucun travail n’a encore posé la question.

Pont-de-l’Arche depuis la rive droite de la Seine. Lithographie d’E. Cagniard, Rouen, d’après un croquis d’Eustache Hyacinthe Langlois (extrait de Léon de Duranville, Essai historique…, 1870).

Pont-de-l’Arche depuis la rive droite de la Seine. Lithographie d’E. Cagniard, Rouen, d’après un croquis d’Eustache Hyacinthe Langlois (extrait de Léon de Duranville, Essai historique…, 1870).

Des fortifications du IXe siècle… bien évanouies !

Les premières fortifications de Pont-de-l’Arche datent de 862-873. Charles le Chauve, roi des Francs, fit bâtir un immense pont de bois sur la Seine afin de retarder, voire de repousser les Vikings. Le souverain fit construire deux tours-porches, en bois et en pierre, aux entrées du pont1. À l’évidence, les vestiges que nous voyons aujourd’hui dans la ville ne correspondent pas à ces fortifications du IXe siècle. En 1020, une charte de duc de Normandie Richard II cite la paroisse de Pont-de-l’Arche, organisée autour de l’église Saint-Vigor. Elle dépend de l’abbaye de Jumièges. Cette charte démontre que le châtelet de la rive gauche a laissé place à une ville dont aucune fortification n’est citée. Seules des archives du XIIe siècle mentionnent des fortifications à Pont-de-l’Arche.

 

Les importants travaux de Richard Cœur de Lion

L’Échiquier de Normandie2, parlement rassemblant les notables du duché, a enregistré les recettes et les dépenses des ducs de Normandie. Nous nous sommes intéressés à celles de Richard II, dit Cœur de Lion, après son retour de croisade et de captivité (février 1194). Le roi d’Angleterre et duc de Normandie entreprit de restructurer la défense de la Normandie que convoitait le roi de France, Philippe Auguste. La pièce majeure du dispositif de défense est le célèbre Château Gaillard bâti, un peu plus tard, entre 1197 et 1198, qui couta près de 37 000 livres au trésor. À partir de 1194, Richard Cœur de Lion investit dans de nombreuses places-fortes le long de la frontière avec la France : Lyons-la-Forêt, Radepont, Arques, Driencourt, Moulineaux, Orival, Bellencombre, Le Vaudreuil et… Pont-de-l’Arche.

 

Nous avons noté les principales sommes confiées aux ingénieurs en charge des travaux (operationibus). Trois dépenses concernent uniquement Pont-de-l’Arche sans mentionner son château3 :

- 190 livres pour Guillaume Engelais et Roger Falel4 ;

- 200 livres pour Guillaume Tyrel5 ;

- 40 livres pour Éric et Guillaume Tyrel6.

 

Cependant, la majeure partie des dépenses concernent plusieurs châteaux (castri) à la fois.

Cinq dépenses concernent les châteaux de Pont-de-l’Arche et du Vaudreuil :

- 300 livres pour Éric et Guillaume Tyrel7 ;

- 100 livres pour Éric et Guillaume Tyrel8 ;

- 140 livres pour Éric et Guillaume Tyrel9 ;

- 100 livres pour Éric et Guillaume Tyrel10 ;

- 100 livres pour Éric et Guillaume Tyrel11.

 

Une dépense concerne les châteaux de Pont-de-l’Arche et de Radepont :

- 360 livres pour Guillaume Tyrel12.

 

À la lecture de ces sommes, nous notons que Pont-de-l’Arche a bénéficié du travail de plusieurs maitres. La majeure partie des dépenses concernent le château. Sans plus de précisions sur la répartition des dépenses, nous ne pouvons définir exactement le montant dépensé pour Pont-de-l’Arche. Cependant, pour avoir un ordre d’idée, nous avons divisé en parts égales les dépenses imputées à Pont-de-l’Arche et Radepont (360 divisés par 2 = 180) et Pont-de-l’Arche et Le Vaudreuil (740 divisés par 2 = 370). Ce total de 550, additionné aux dépenses propres à Pont-de-l’Arche (420), donne 980 livres.

 

Pour évaluer l’importance des sommes consacrées aux fortifications de Pont-de-l’Arche, nous avons additionné les autres principaux investissements de fortifications engagés durant ce laps de temps par Richard Cœur de Lion en Normandie orientale. Lorsque les montants concernaient deux fortifications, nous les avons divisés par deux.


 

Places fortes

Dépenses

Totaux

Le Vaudreuil

32 + 10 + 100 + 100 + 200 + 211 + 150 + 50 + 70 + 50 + 50

1023

Pont-de-l’Arche

190 + 200 + 40 + 180 + 150 + 50 + 70 + 50 + 50

980

Lyons-la-Forêt

75 + 400

475

Radepont

75 + 100 + 180

355

Arques

225 + 100

325

Driencourt

225 + 100

325

 

À la lecture de ce tableau, on mesure que Le Vaudreuil et Pont-de-l’Arche étaient au centre des priorités militaires de Richard Cœur de Lion. Selon Jean Favier, le revenu royal avoisinait les 22 000 livres en 1193-1194 puis environ 20 000 livres les années suivantes13. La dépense consentie à Pont-de-l’Arche n’était donc pas anecdotique puisqu’elle représentait le vingtième du budget annuel.

Sans plus d’éléments sur la nature des travaux entrepris par Richard Cœur de Lion, nous nous nous sommes demandé si le contexte politique et militaire pouvait nous apporter un certain éclairage.

 

Philippe Auguste enfonce la frontière de l’Epte (1192-1195)

Depuis le traité de Saint-Clair-sur-Epte (911), les rois de France ont souhaité – et tenté, pour certains d’entre eux – de reprendre la main sur la Normandie. Ils l’ont d’autant plus espéré que les ducs de Normandie sont devenus rois d’Angleterre à partir de 1066, c’est-à-dire plus puissants que les rois de France. Au XIIe siècle, l’empire anglo-normand dépassait largement la Normandie et l’Angleterre et comprenait notamment la Guyenne (l’”Aquitaine”, région de Bordeaux), le Maine, l’Anjou… Un duel se déroula entre Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste. Lors d’une trêve, où ils firent bâtir conjointement l’abbaye de Bonport, à Pont-de-l’Arche, les deux monarques partirent en croisade en 1191. Mais le roi de France rentra plus tôt. Il voulait profiter de l’absence de Richard II pour reconquérir la Normandie, alors gérée par Jean sans Terre, le frère de Richard II. En avril 1193, Philippe s’empara du Vexin et de Gisors, Aumale, Eu, Ivry, Pacy14. En janvier 1194, Jean sans Terre abandonna à Philippe l’Est de la Seine sauf Rouen. À la fin de l’hiver et au début du printemps 1194, Philippe prit Le Vaudreuil, Évreux et Le Neubourg. Il menaça Rouen jusqu’à l’annonce du retour de Richard. En effet, après la croisade et une période de captivité en Bavière, Richard arriva à Londres le 14 mars 1194 et débarqua à Barfleur à la mi-mai 1194. Richard infligea une imposante défaite à Philippe Auguste le 3 juillet 1194 à Fréteval (vallée du Loir). Jean sans Terre et le comte d’Arundel, à la tête des bourgeois de Rouen, assiégèrent alors Le Vaudreuil, occupé par des troupes françaises. Ils furent chassés par Philippe Auguste, venant de Fréteval.

 

C’est alors que Richard arriva en personne. C’est ce que décrit L’Histoire de Guillaume le Maréchal, conte de Striguil et de Pembroke, qui mentionne la marche de Richard vers Pont-de-l’Arche dont la tête de pont était brisée. Le roi l’aurait fait réparer rapidement15. C’est peut-être ce qui explique la somme versée à Guillaume Engelais et Roger Falel qui est antérieure à toutes les autres sommes versées à Éric et Guillaume Tyrel pour Pont-de-l’Arche et Le Vaudreuil (voir plus haut). L’Histoire de Guillaume le Maréchal montre ensuite que Philippe fit sournoisement tomber les remparts du château du Vaudreuil, en juillet, alors qu’il faisait mine de négocier avec Richard. Puis il partit. Une trêve fut signée le 23 juillet 1194 entre les deux rois suite à une intervention papale. Cette trêve dura jusqu’en janvier 1196 et, selon Alain Sadourny16, fut le « théâtre de préparatifs militaires » qui concernent Pont-de-l’Arche.

 

Richard et la fortification de la vallée de la Seine (1195-1197)

Comme l’écrivit Jean Yver17 : « … tout l’effort qui, une ou deux décennies auparavant, au temps de Henri II, s’était appliqué aux forteresses du Vexin, s’est concentré sous Richard Cœur de Lion sur ce secteur de la Seine, devenu crucial par l’effondrement de l’autre. » Richard profita de la trêve conclue en juillet 1194 pour verrouiller la vallée. Ainsi on retrouve parmi les dépenses miliaires Le Vaudreuil, Pont-de-l’Arche, Radepont et Lyons-la-Forêt. Ces places-fortes entouraient le Vexin et barraient la route de Rouen. Pont-de-l’Arche était particulièrement intéressant par son pont barrant la Seine et qui venait d’être fraichement restauré. Ces travaux entrepris par Richard confirment l’intérêt qu’il exprima pour Pont-de-l’Arche à l’occasion d’une charte signée avec les moines de Jumièges le 18 janvier 1195. En effet, le monarque donna sa baronnie de Conteville aux moines contre Pont-de-l’Arche, désormais propriété ducale directe18. Des pourparlers de paix eurent ensuite lieu au Vaudreuil et Issoudun (novembre et décembre 1195) entre Richard et Philippe. Ils furent officialisés par le traité de Gaillon le 14 janvier 1196 qui laissait à Philippe le Vexin et Gisors, Vernon, Gaillon, Neaufles, Pacy et Ivry. Cependant, au printemps 1196, le roi de France rompit l’accord de paix en attaquant Aumale. Richard, sachant à quoi s’en tenir, décida la construction de l’immense Château Gaillard.

 

Jean sans Terre et Pont-de-l’Arche

La mort de Richard II en 1199 changea le rapport de forces entre l’Angleterre et la France. Jean sans Terre succéda à son frère et fut très tôt débordé par Philippe Auguste. En 1202, Jean sans Terre enleva la fille du comte d’Angoulême et confisqua les terres de barons aquitains. Ceux-ci se tournèrent vers le roi de France, leur suzerain, qui cita Jean sans Terre devant sa cour. Celui-ci ne vint pas et la cour prononça la commise de tous les fiefs qu’il tenait du roi. L’armée de Philippe II s’engouffra en Normandie. Au début du mois de mars 1203, Montfort-sur-Risle et Beaumont-le-Roger abandonnèrent le roi Jean, bientôt rejoints par Le Vaudreuil qui se rendit au roi de France sans combattre. Fin aout, Radepont chuta. Après 6 mois de siège, le verrou de la Seine, Château Gaillard, céda le 6 mars 1204. Rouen capitula à la fin du mois de juin 1204. Enfin les dernières places se livrèrent : Arques, Verneuil et Pont-de-l’Arche. Guillaume le Breton, hagiographe du roi de France, signala que Jean sans Terre détruisit le pont en 1204 : « Ainsi tourmenté par les remords de sa conscience, le malheureux détruit lui-même ses propres biens et renverse le pont que l'on appelle de l'Arche...19 » En 1204, Philippe Auguste devint maitre de la Normandie. Quelle fut la place de Pont-de-l’Arche sous la gouvernance du roi de France ?

 

Pont-de-l’Arche : résidence normande de Philippe Auguste

Nous savons que Philippe Auguste voulait assoir son pouvoir en Normandie. Il doutait de la fidélité des Normands et voulait prévenir toute tentative de reconquête par Jean sans Terre. Dans ce cadre, il renforça ou reconstruisit des places fortes et les munit de garnisons. Il n’oublia pas Pont-de-l’Arche qu’il reprit en fief direct en 1210 où il donna aux moines de Jumièges la baronnie de Conteville en dédommagement20. Les moines conservèrent le patronage de l’église Saint-Vigor et furent exemptés de péage pour la circulation de leurs biens sous le pont de la ville. L’échange fut de nouveau confirmé en 1246 par Louis IX21.

Coupé par Jean sans Terre, le pont dût vraisemblablement bénéficier d’une reconstruction sous Philippe Auguste.

L’importance de Pont-de-l’Arche peut aussi se lire à travers le nombre de séjours de Philippe Auguste dans la ville. Ce sont les actes royaux, signés de la sa propre main, qui nous renseignent sur ses lieux de résidence. Ainsi, John Baldwin22 a dénombré 49 actes signés à Pont-de-l’Arche entre 1204 et 1223 ce qui représente 3 % des actes connus de Philippe II. Cela fait de Pont-de-l’Arche le 7e lieu de résidence du roi et le premier de Normandie, surtout après 1215 où l’on dénombre 33 actes. C'est aussi à Pont-de-l'Arche que semble fonctionner le mieux l'administration royale que le roi a renforcé dans la ville, donnant ainsi de bonnes bases au futur bailliage.

Peut-être qu'un certain Guillaume du Pont-de-l'Arche a-t-il joué un rôle entre sa ville et son roi. Ce membre d'une famille aristocratique a été évêque de Lisieux de 1218 à 1250. Il avait la confiance de Philippe II.

Si Philippe Auguste a résidé à Pont-de-l’Arche, c’est que la ville fortifiée et son château de l’autre côté de la Seine garantissaient la sécurité du roi et ce à 20 km de Rouen. Le capétien pouvait surveiller la capitale normande sans s’exposer à une éventuelle insurrection populaire. Ainsi, très soucieux de la police intérieure, le roi de France a ordonné et financé une campagne des travaux de renforcement de ses fortifications. L’ingénieur militaire, Guillaume de Flamenville, fut missionné vers 1210 pour faire une tourelle à Pont-de-l’Arche sur les fonds reçus pour la ville d’Évreux23… le document ne donne pas de précision permettant de localiser cette tourelle. Il s'agit peut-être d'une tour philipienne du château de Limaie (voir plus bas). Confirmant l’intérêt miliaire de la place, le trésor royal a aussi détaillé les dépenses de munitions conservées dans des tours archépontaines24.

 

Arrivé à ce point de notre exposé, nous avons vu que Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste ont doté Pont-de-l’Arche de fortifications. Mais qui a fait quoi ? Nous avons voulu tendre vers ce degré de précision en analysant le type de constructions visibles sur les cartes et illustrations anciennes mais aussi sur le terrain contemporain.



Notes

1 Le Maho Jacques, « Un grand ouvrage royal… »

2 Léchaudé d’Anisy Amédée-Louis, « Grands rôles des Echiquiers de Normandie »…, p. 164.

3 Il s’agit du château de la rive droite qui défendait l’accès du pont en venant de Rouen. Connu aussi sous le nom de fort de Limaie et succédant aux fortifications en bois construites au IXe siècle sur ordre de Charles le Chauve.

4 Ibidem, page 42, 2e colonne : Willelmo Engelais et Rogerio Falel pro operationibus de Ponte Arche 190 lib. per id. brev.

5 Ibidem, page 48 : Willelmo Tyrel ad operationes Pontis Arche 200 lib. per id. brev.

6 Ibidem, page 73 : Item Magistro Eurico et Willelmo Tyrel ad operationes Pontis Arche 40 lib. per id. brev.

7 Ibidem, page 48 : Magistro Elrico et Willelmo Tyrel ad operationes Vallis Rodolii et Pontis Arche 300 lib. per id. brev.

8 Ibidem, page 72, 2e colonne : Magistro Elrico et Willelmo Tyrel ad operationes Pontis Arche et Vallis Rodolii 100 lib. per id. brev.

9 Ibidem, page 72, 2e colonne : Magistro Elrico et Willelmo Tyrel ad operationes Pontis Arche et Vallis Rodolii 100 lib. per id. brev. Eisdem ad easdem operationes 40 lib. per id. brev.

10 Ibidem, page 73 : Magistro Eurico et Willelmo Tyrel ad operationes Pontis Arche et Vallis Rodolii 100 lib. per id. brev.

11 Ibidem, page 73 : Magistro Eurico et Willelmo Tyrel ad operationes Pontis Arche et Vallis Rodolii 100 lib. per id. brev.

12 Ibidem, page 42, 2e colonne : In operationibus de castri de Ponte Arche et de Radepont per Willelmum Tyrel 360 lib. per id. brev.

13 Favier Jean, Origines et destins d’un empire (XIe-XIVe siècles), voir page 391.

14 Sadourny Alain, « La fin de la Normandie Plantagenêt », page 145.

15 Nous avons consulté l’édition de Paul Meyer, 1894, tome II, p. 14 : « Puis [Richard] s'en vint dreit al Pont de l'Arche / Qui dépeciez esteit de front / En poi d'ure refist le pont… »

16 Opere citato.

17 Yver Jean, « Philippe Auguste et les châteaux normands... », voir page 236.

18 Vernier Jean-Jacques, Chartes de l'abbaye de Jumièges…, acte CLXVIII, page 119.

19 Le Breton Guillaume, La Philippide, voir pages 210 et 211.

20 Loth Julien (éd.), Histoire de l’abbaye royale de Saint-Pierre de Jumièges, Rouen, Métérie, 1882-1885, 305 pages. Chapitre 8. Vraisemblablement, Jean sans Terre avait annulé l’échange effectué en 1195 par Richard Cœur de Lion.

21 Delisle Léopold, page 75, acte n° 459, juillet 1246, Evreux.

22 Baldwin John, Philippe Auguste, voir le tableau de la page 66.

23 Chatelain (André), « Recherche sur les châteaux de Philippe Auguste ». L’auteur site ses sources à la Bibliothèque nationale de France : registre a f° 93 r°.

24 Delisle Léopold (publié par), « Cartulaire normand de Philippe Auguste… », page 34 : Hee sunt munitiones castrorum domini Regis. Falesia, Oxime, Pons Audomari, Bonavilla, Molinella, Vallis Rodolii, Harecurtis, Anetum, Paciacum, Vernonem, Lions, Andeliacum, Gaillardum, Britolium, Ebroicas, Guletum, Rothomagum, Mortuum Mare, Archie. [Apud] Pontem Archie. X. lorice, X. galee, capelli XXXI., quarelli LX.m baliste de cornu XXI. de quibus due sunt ad tornum, et XV lignee de quibus sunt ad tornum, gamboissons XVII., croci IIII, turni tres.

 

 

 

La place-forte de Pont-de-l’Arche et le château de Limaie :

description architecturale

 

Les archives citées jusqu’alors laisseraient volontiers penser que Richard Cœur de Lion est père des remparts de Pont-de-l’Arche. Mais ces sources sont trop lacunaires. Nous poursuivrons cet exposé par une description architecturale des vestiges archépontains et d’illustrations que nous comparerons à des fortifications leur ressemblant.

 

Il y avait deux systèmes défensifs à Pont-de-l’Arche : la ville fortifiée, au sud du pont ; et le fort de Limaie, bastion barrant l’accès nord du pont.

 

Plan d’ensemble de la ville fortifiée

Nous avons dessiné (ou tenté de le faire) les remparts tels qu’ils devaient être au Moyen âge. Nous nous sommes fondés sur le plan cadastral de 1834 ; l’Atlas de Trudaine (réalisé vers 1759) ; le plan de Nicolas Magin (dressé avant 1742) ; un plan des archives départementales de l’Eure (6 pl. 49) ; un croquis de Léon Coutil datant de 1922 et sur des observations de terrain. Sur le dessin, les vestiges sont remplis de noir. Les parties disparues sont représentées en gris.


 

Plan de la ville de Pont-de-l'Arche avec ses remparts tels qu'ils devaient être au XVIIIe siècle (carte d'A. Launay, décembre 2015)

Plan de la ville de Pont-de-l'Arche avec ses remparts tels qu'ils devaient être au XVIIIe siècle (carte d'A. Launay, décembre 2015)

Les remparts de la ville longent l’Eure (la Seine avant les années 1930) et forment un vaste demi-cercle tourné vers le sud. Les courtines étaient percées par quatre entrées protégées de tours jumelles : une donnait sur le pont ; une deuxième sur la route d'Elbeuf ; une troisième sur la place Aristide-Briand et une dernière vers Les Damps. En plus de ces portes d’entrées, la ville comptait 9 tours. Certaines d’entre elles étaient des tours d’angles cylindriques (la tour de Crosne, la tour des Damps, la tour Louise, la tour du bailliage). Les autres étaient des tours hémicylindriques remplies qui flanquaient les courtines. Des fossés secs entouraient les remparts en arc de cercle. La description qui suit part de la porte de Crosne (1) et commente les éléments constitutifs des remparts dans le sens des aiguilles d’une montre jusqu’à la tour du bailliage (17).

 

La porte de Crosne, ancienne porte Saint-Jean (1)

Seul vestige d’une des quatre entrées de ville, ce premier niveau d’une des tours de la porte de Crosne a été sauvé par Marie-Auguste de Subtil de Lanterie (1789-1875) qui construisit une maison d’habitation au second niveau et autour. La tour subsistant a une forme en « u ». Elle est percée de deux archères partiellement obstruées. Elle est située dans le prolongement d’un édifice rectangulaire dans lequel on peut encore voir le passage de la herse surmonté d’un départ de voute, visible sur deux clés. Sa partie basse a été enterrée lors du comblement du fossé. Cet édifice privé fut inscrit sur l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques le 15 juin 1939.

La porte de Crosne en 2011. La rue de Crosne est située à droite du mur (cliché A. Launay).

La porte de Crosne en 2011. La rue de Crosne est située à droite du mur (cliché A. Launay).

Vestige d'une des tours d'entrée de la ville, rue de Crosne. Ici on voit nettement le passage de la herse et le début de la voute (cliché A. Launay, mai 2011).

Vestige d'une des tours d'entrée de la ville, rue de Crosne. Ici on voit nettement le passage de la herse et le début de la voute (cliché A. Launay, mai 2011).

La tour de Crosne (2)

La tour de Crosne est une tour cylindrique située à l’angle nord-ouest. Seule est conservée sa partie basse jusqu’au rez-de-jardin intérieur. Une archère est visible depuis l’extérieur. A l’intérieur, les corbeaux et les départs d’une croisée d’ogive sont encore visibles. La partie haute est une construction romantique bâtie vers 1850 que l’on doit au propriétaire Marie-Auguste de Subtil de Lanterie (1789-1875). C’est sous ce nom qu’elle était connue il y a encore un siècle. Cet édifice privé fut classée Monument historique le 9 aout 1941. Lire notre article plus approfondi en cliquant ici.

 
La tour de Crosne en mai 2011, coiffée d’une restauration romantique de la première moitié du XIXe siècle (cliché A. Launay).

La tour de Crosne en mai 2011, coiffée d’une restauration romantique de la première moitié du XIXe siècle (cliché A. Launay).

La tour du presbytère (3)

Belle tour de flanquement hémicylindrique, on voit plusieurs étapes de construction apparaitre sur l'appareillage de la tour du Presbytère. Avec la tour Saint-Vigor, elle possède des traces du chemin de ronde. Cet édifice privé fut classé Monument historique le 9 aout 1941 ainsi que la courtine attenante.

 

La tour du presbytère vue depuis le Quai-Foch. Observez la poterne surmontée d'un arc en tiers point à sa droite (cliché Armand Launay, avril 2006).

La tour du presbytère vue depuis le Quai-Foch. Observez la poterne surmontée d'un arc en tiers point à sa droite (cliché Armand Launay, avril 2006).

La tour du presbytère vue depuis la propriété de la tour de Crosne (cliché A. Launay, juillet 2012).

La tour du presbytère vue depuis la propriété de la tour de Crosne (cliché A. Launay, juillet 2012).

La tour Saint-Vigor (4)

Grâce à l’important dénivelé, les vestiges de cette tour de flanquement hémicylindrique sont visibles sur une grande hauteur. Sa partie basse est évasée afin de renforcer ses assises. Nous avons forgé ce nom en référence à l’ancien vocable de l’église Notre-Dame-des-arts. Le garde-corps est une reconstruction plus récente. Cette tour et la courtine attenante appartiennent à la Ville de Pont-de-l’Arche. Elles furent classées Monuments historiques le 8 novembre 1939.

 
La tour Saint-Vigor vue depuis l’arrière de la sacristie (cliché A. Launay, avril 2012).

La tour Saint-Vigor vue depuis l’arrière de la sacristie (cliché A. Launay, avril 2012).

La poterne de la Petite chaussée (5)

Cette poterne donnait accès à la Petite chaussée, un des rares espaces de la Ville qui était chaussé. En effet, en ce lieu se trouvait un petit quai donnant directement sur la Seine.

 

La poterne de la Petite chaussée  (détail du dessin d’Hyacinthe Langlois référencé au début de cette étude).

La poterne de la Petite chaussée (détail du dessin d’Hyacinthe Langlois référencé au début de cette étude).

La porte de Rouen (6)

Cette entrée de la ville, qui donnait directement sur le tablier du pont, était défendue par deux tours cylindriques, évasées à la base, et surmontée d’un logis. Aucun vestige ne subsiste aujourd’hui. Sur le plan cadastral de 1834, la tour ouest reste un peu visible. Nous avons forgé ce nom par opposition à la porte de Paris.

 
La porte de Rouen, à droite du pont, était défendue par deux tours en « u ». Une d’entre elles apparait sur ce dessin réalisé vers 1840 par Edouard Lanon (musée de Louviers). Elle a été percée de grandes ouvertures et par des œils-de-bœuf. Elle sert d’appui à un vaste logis qui la dépasse et qui prend aussi appui sur une colonne plantée dans la Seine.

La porte de Rouen, à droite du pont, était défendue par deux tours en « u ». Une d’entre elles apparait sur ce dessin réalisé vers 1840 par Edouard Lanon (musée de Louviers). Elle a été percée de grandes ouvertures et par des œils-de-bœuf. Elle sert d’appui à un vaste logis qui la dépasse et qui prend aussi appui sur une colonne plantée dans la Seine.

La poterne de la Grande chaussée (7)

Autour de l’entrée du pont, une seconde poterne donnait accès à la Seine. Elle était située dans la rue Abbaye-sans-toile. Il n’en subsiste aucun vestige. Seules des représentations anciennes nous montrent ce que fut cette poterne voutée en plein cintre dont les clés pourraient bien avoir été réemployées dans la voute de la rue Maurice-Delamare qui servait de portail à une propriété aujourd’hui disparue. Une délibération du Conseil municipal datée du 22 janvier 1857 précise que les remparts seront rasés auprès du pont afin de relier la rue de l’Abreuvoir (Abbaye-sans-toile) et la rue de la Petite chaussée « au quai large de 4 mètres qui est bâti dans le cadre des travaux du nouveau pont. »

La poterne de la Grande chaussée, tout à gauche de ce dessin anonyme du début du XIXe siècle, se trouve en bas de l’actuelle rue Abbaye-sans-toile, derrière le Crédit agricole. Au centre, une des deux tours de la porte de Rouen et le logis construit autour.

La poterne de la Grande chaussée, tout à gauche de ce dessin anonyme du début du XIXe siècle, se trouve en bas de l’actuelle rue Abbaye-sans-toile, derrière le Crédit agricole. Au centre, une des deux tours de la porte de Rouen et le logis construit autour.

Tour et courtine de Jeucourt (8)

Ancienne tour de flanquement hémicylindrique complètement rasée. Nous avons forgé ce nom en référence au Manoir de Jeucourt, premier nom connu du Manoir de Manon (rue Jean-Prieur) et référence au seigneur de Jeucourt. La courtine s’étend sur plusieurs dizaines de mètres. Elle a fait l’objet de nombreuses réparations contre le montrent ses matériaux divers, surtout à l’emplacement de la tour disparue (notre photo). Au-dessus des petites maisons de brique, elle présente quelques archères assez larges immédiatement en dessous du chapeau de gendarme qui couvre le garde-corps. D’imposantes pierres de taille constituent cette courtine qui ne ressemble en rien aux vestiges de la porte de Crosne, de la tour de Lanterie, du bailliage et de la tour Louise. Ce rempart est inconnu des Monuments historiques.

 
La courtine de Jeucourt, quai de Verdun, la partie la plus récente des remparts  de Pont-de-l’Arche comme l’indiquent les briques et, plus généralement, la diversité des matériaux (cliché A. Launay (janvier 2006).

La courtine de Jeucourt, quai de Verdun, la partie la plus récente des remparts de Pont-de-l’Arche comme l’indiquent les briques et, plus généralement, la diversité des matériaux (cliché A. Launay (janvier 2006).

La tour des Damps (9)

Tour cylindrique située à l’angle nord-est de la place forte. Elle était déjà complètement rasée en 1834 lorsque le plan cadastral fut dessiné. Nous avons forgé cette appellation en référence aux Damps, commune limitrophe.

 

 

Les poternes des Damps (10)

 

Nommées poternes depuis quelques dizaines d’années faute de comprendre leur fonction, ces vestiges sont situés dans l’alignement du rempart. Ils se trouvent dans une zone où les fortifications ont été largement remaniées. Ainsi des appareillages très divers entourent ces deux voutes qui pourraient bien avoir servi de cave sous un bâtiment encore visible sur les photographies de 1910. Les grilles n’ont été posées que depuis l’aménagement de l’escalier public vers la fin de la construction du pont (1951-1955). Cette partie des remparts, propriété privée, a été inscrite sur l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques le 15 juin 1939. Pour le nom, voir à « la tour des Damps ».

Les « poternes » orientées vers Les Damps (cliché A. Launay, décembre 2010).

Les « poternes » orientées vers Les Damps (cliché A. Launay, décembre 2010).

La porte de Pons (11)

Cette porte a totalement disparu. Si les portes de la ville étaient similaires, les plans anciens et les vestiges de la porte de Crosne nous laisseraient entrevoir que la porte de Pons était munie de deux tours en U surmontées d’un logis ; renforcées par une herse et un pont-levis. En 1782, le gouverneur de Pont-de-l’Arche, dénommé Pons, obtint de l’intendant Louis Thiroux de Crosne l’autorisation de détruire les fortifications de Pont-de-l’Arche et Limaie. En remerciement, la municipalité donna le nom de Pons à cette porte donnant vers Les Damps. En 1340, cet endroit se nommait « porte Sainte Marie » (Jules Andrieux, Cartulaire de Bonport, page 393).

 

 

La tour Sainte-Marie (12)

 

Le tracé de cette tour de flanquement hémicylindrique est encore visible sur le plan cadastral de 1834. Cependant, il n’en subsiste aucun vestige. Nous avons forgé ce nom en référence à la rue Sainte-Marie qui longe ici le rempart.

 

La tour Louise et sa courtine (13)

 

La tour Louise, nom populaire, est la tour d’angle cylindrique du sud-est des fortifications archépontaines. Elle est conservée jusqu’au niveau du corps de place. Le comblement partiel du fossé ne masque pas l’évasement de la base de cette tour. Elle fut inscrite sur l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques le 15 juin 1939. La notice des Monuments historiques indique l’existence d’une casemate voutée ce que nous n’avons pas vérifié. Cette tour est devenue une propriété publique en 2011 afin de raser une maison moderne qui gâchait cette partie la mieux préservée des fossés de la cité médiévale.

La tour Louise en 2010. Sa base évasée est nettement visible grâce à la conservation partielle des fossés médiévaux (cliché A. Launay, janvier 2010).

La tour Louise en 2010. Sa base évasée est nettement visible grâce à la conservation partielle des fossés médiévaux (cliché A. Launay, janvier 2010).

La tour de Rouville (14)

Cette tour de flanquement hémicylindrique a complètement disparu avant la réalisation du plan cadastral de 1834. Nous avons forgé de nom en référence à la place de Rouville, située immédiatement à côté, dans le corps de place.

 

La porte de Paris (15)

Nous avons forgé ce nom sur l’ancienne appellation de la rue Président-Roosevelt : rue de Paris. En 1340, cet endroit se nommait « porte de Louviers » (Jules Andrieux, Cartulaire de Bonport, page 393). En 1699, une délibération du Conseil municipal la nomme porte des Champs, certainement par opposition à la porte de l’eau, vers Rouen. Cette appellation rappelle l’utilité des espaces mis en culture autour de la ville jusqu’à une période récente.

À quoi ressemblait cette porte sud de la ville qui a entièrement été rasée ? Certes il reste bien des fondations mises au jour brièvement lors des travaux de rénovation du centre-ville dans les années 1990 et lors de la réhabilitation de la place Aristide-Briand entre 2013 et 2014. Mais celles-ci ne nous permettent pas de reconstituer cette porte.

C’est un plan de 1773, ainsi que le cadastre de 1834, qui nous donnent l’image la plus précise de ce que devait être cette porte.

Ci-dessous nous reproduisons un détail d'un plan au 1/150e conservé aux Archives nationales sous le nom de "Plan des fossés et glassis de Pontdelarche..." Il constitue une annexe de l'arrêt du Conseil du 16 juillet 1773 portant sur une contestation d'abattage d'arbres par le "sieur Durufley". En haut du plan, on voit l'arc de cercle des remparts sud. Une avancée de ces remparts, notée "fort" au milieu, protège l'entrée de la ville. L'accès à ce bastion se faisait par un "petit pont" donnant, à droite, sur deux premières maisons et l'ancien calvaire. Cet endroit doit être occupé de nos jours par l'ancien garage Renault où une bibliothèque est envisagée par la municipalité. Ce bastion sortant des remparts pour mieux protéger l'entrée explique la largeur de la place des Champs depuis le pied des remparts au sud de la rue Sainte-Marie jusqu'aux maisons des faubourg représentées sur le plan. Ce bastion est assurément le résultat d'un remaniement en profondeur d'une des entrées de ville telles qu'elles étaient conçues dans les fortifications philipiennes.

 
Qui a bâti les fortifications de Pont-de-l’Arche ?

Les délibérations du Conseil municipal attestent que l'autorisation de combler le "pont dormant de la place des champs" fut accordée en 1747. Ces mêmes archives montrent que la place des champs fut aplanie en 1779 suite à l'autorisation de l'intendant Louis Thiroux de Crosne. C'est en ce temps que les boulevards de la ville furent créés et le fort de Limaie démoli avec maintes parties des remparts.

Le plan cadastral de 1834 montre encore le pont à bascule au milieu de l’espace nommé “place Aristide-Briand” en 1937.   

Qui a bâti les fortifications de Pont-de-l’Arche ?

La tour de l’hospice (16)

Ce vestige de tour de flanquement cylindrique possède encore une petite partie du deuxième niveau. La base de cette tour est masquée par le comblement du fossé. Elle fut nommée ainsi en raison de la proximité de ce qui est devenu un Établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes (EHPAD). Cette tour fut inscrite sur l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques le 15 juin 1939.

 
La tour de l’hospice en aout 2008 (vue prise du rempart du bailliage) avant une restauration malheureuse. Cette partie la moins bien conservée et restaurée des remparts de Pont-de-l’Arche est constituée d’une tour cylindrique dont une partie du second niveau est encore debout (cliché A. Launay, aout 2008).

La tour de l’hospice en aout 2008 (vue prise du rempart du bailliage) avant une restauration malheureuse. Cette partie la moins bien conservée et restaurée des remparts de Pont-de-l’Arche est constituée d’une tour cylindrique dont une partie du second niveau est encore debout (cliché A. Launay, aout 2008).

La tour du bailliage (17)

La tour du bailliage est une tour cylindrique non remplie située à l’angle sud-ouest. Elle présente une belle archère ainsi qu’un début de parement de la courtine partant vers l’Est. La base de cette tour est enterrée par le comblement du fossé. Elle fut inscrite sur l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques le 15 juin 1939.

La tour du bailliage et ses courtines comptent parmi les plus beaux vestiges des fortifications de Pont-de-l’Arche (cliché A. Launay, juin 2010).

La tour du bailliage et ses courtines comptent parmi les plus beaux vestiges des fortifications de Pont-de-l’Arche (cliché A. Launay, juin 2010).

Le château de Limaie

Le château de Limaie, démantelé à partir de 1782, était un bastion protégeant l’entrée nord du pont. Ses courtines étaient bâties selon un plan presque rectangulaire, resserré sur sa partie Est. Une tour maitresse se trouvait à l’intérieur du corps de place du côté du sud-ouest. Les courtines étaient renforcées par trois tours d’angles cylindriques. La porte donnant sur le pont était renforcée de deux tourelles. Celle donnant vers le nord était défendue par une tourelle et était munie d’un pont-levis. Une poterne se trouvait au nord-ouest du corps de place. Deux fossés en eau, séparés par une palissade de bois, séparaient ce bastion de la plaine alluviale.

 
Dessin de 1782 représentant le fort de Limaie vu depuis la côte d'Amour, c'est-à-dire entre Pont-de-l'Arche et Les Damps. Le pont actuel touche la berge d'Igoville à l'endroit de la tour d'angle figurant sur ce dessin reproduit dans un article de Léon Coutil intitulé "Le vieux château de Limaie et le vieux pont de Pont-de-l'Arche (Eure)" publié dans le Bulletin de la Société d'études diverses de Louviers, tome XVI, 1921-1922.

Dessin de 1782 représentant le fort de Limaie vu depuis la côte d'Amour, c'est-à-dire entre Pont-de-l'Arche et Les Damps. Le pont actuel touche la berge d'Igoville à l'endroit de la tour d'angle figurant sur ce dessin reproduit dans un article de Léon Coutil intitulé "Le vieux château de Limaie et le vieux pont de Pont-de-l'Arche (Eure)" publié dans le Bulletin de la Société d'études diverses de Louviers, tome XVI, 1921-1922.

Plan du chasteau du Pont de l’arche par P. Petit vu comme si nous tournions le dos à Igoville (plan antérieur à 1782).

Plan du chasteau du Pont de l’arche par P. Petit vu comme si nous tournions le dos à Igoville (plan antérieur à 1782).

Richard Cœur de Lion ou Philippe Auguste ?

 

 

D’après les archives, on peut raisonnablement dater les fortifications archépontaines de la fin du XIIe siècle ou du début du XIIIe siècle. Cependant, peut-on les rattacher aux constructions de Richard Cœur de Lion entre 1194 et 1195 ou à celles de Philippe Auguste après 1204 ?

 

 

Dans une étude très poussée portant sur la cuisine de l’ancienne abbaye de Bonport, Frédéric Épaud et Jean-Baptiste Vincent datent du XIIIe les murs de la cuisine. Une comparaison des moellons permet de vérifier leur ressemblance avec les moellons des vestiges archépontains, hormis ceux des bords de Seine.

 

 
Extrait de Frédéric Épaud, Jean-Baptiste Vincent, « La cuisine de l’abbaye cistercienne de Bonport... »

Extrait de Frédéric Épaud, Jean-Baptiste Vincent, « La cuisine de l’abbaye cistercienne de Bonport... »

Les remparts de Pont-de-l’Arche sont dotés d’éléments techniques apparus dans la seconde moitié du XIIe siècle dans le domaine Plantagenet. Ainsi les tours de flanquement hémicylindriques ou en « u » apparurent à partir de 1170-1180. Elles remplaçaient des tours de flanquement rectangulaires, saillantes, aux arêtes trop brutes. De nombreuses archères, longues et fines apparurent aussi qui remplaçaient des ouvertures plus larges. Les tours furent aussi munies d’un second étage vouté en pierre alors que, précédemment, ce type de défense était planchéié. On était entré dans l’ère de la défense active des places fortes (Jean Mesqui, Les tours à archères...).

 

Les remparts décrits plus hauts correspondent à ces innovations techniques. Cependant, ces dernières furent aussi maitrisées et employées par les ingénieurs de Philippe Auguste. Ils les ont même reproduits systématiquement au point d’en faire une marque du pouvoir royal.

 

Afin de retrouver ou non la marque de Philippe Auguste à Pont-de-l’Arche, nous nous sommes intéressé à Dourdan (Essonne). En effet, selon le castellologue Jean Mesqui (Châteaux forts... pages 153 et 154) : « Dourdan est sans doute le plus pur produit de la maitrise d’ouvrage philippienne ; dernier construit parmi les châteaux de Philippe Auguste, il est le plus abouti… »2 Achevée dans les années 1220, cette place forte est construite selon un plan rectangulaire. Elle est dotée d’une tour maitresse cylindrique de 13,6 m de diamètre isolée du corps de place par un fossé propre. Archétype des tours philipiennes, elle tour possédait un double accès. Trois angles sont pourvus de tours cylindriques, voutées en coupole et sur ogives, et munies de nombreuses archères à ébrasement simple. Les courtines sont flanquées, dans leur milieu, de tours hémicylindriques d’un diamètre extérieur de 9 m. Un châtelet à deux tours hémicylindriques protège l’entrée.

 
A gauche la tour du Midi, à Dourdan (cliché Philippe_28). A droite, la tour Saint-Vigor, à Pont-de-l'Arche (cliché A. Launay, avril 2012). Sans être jumelles, ces tours hémicylindriques appartiennent à la même époque, le XIIe siècle, et témoignent d’un même savoir-faire technique.
A gauche la tour du Midi, à Dourdan (cliché Philippe_28). A droite, la tour Saint-Vigor, à Pont-de-l'Arche (cliché A. Launay, avril 2012). Sans être jumelles, ces tours hémicylindriques appartiennent à la même époque, le XIIe siècle, et témoignent d’un même savoir-faire technique.

A gauche la tour du Midi, à Dourdan (cliché Philippe_28). A droite, la tour Saint-Vigor, à Pont-de-l'Arche (cliché A. Launay, avril 2012). Sans être jumelles, ces tours hémicylindriques appartiennent à la même époque, le XIIe siècle, et témoignent d’un même savoir-faire technique.

Pour revenir à Pont-de-l’Arche, nous remarquons que le plan rectangulaire, majeur dans la fortification philippienne, a été adapté à l’arc de cercle de la cité médiévale et à Limaie où le rectangle était quelque peu resserré vers la pointe Est de l’ile artificielle. La disposition de tours cylindriques aux angles et de tours hémicylindriques flanquant les courtines a aussi été scrupuleusement observée. Quant à la tour maitresse, dans le château de Limaie, elle était isolée de la courtine mais dans le corps de place, certainement par manque d’espace extérieur sur l’ile artificielle. Les portes étaient protégées par des châtelets à deux tours hémicylindriques. Reprenons la définition de Jean Mesqui (Châteaux et enceintes..., page 44) : « Aussi la fortification philippienne, dès lors qu’elle quitte le domaine du noyau central, se cantonne-t-elle dans l’application d’un principe majeur : celui du flanquement de courtines rectilignes par des tours sphériques, celui de la défense des portes par des massifs à deux tours. »

Nous voyons que Pont-de-l’Arche répond plutôt bien à cette définition. Nous pouvons raisonnablement avancer que, si Philippe Auguste n’a pas été le seul monarque à doter Pont-de-l’Arche de fortifications, c’est lui qui les a le plus élevées et marquées de son empreinte.

    

 
La porte d’entrée de Dourdan nous donne certainement une bonne illustration de ce que furent les entrées de Pont-de-l’Arche. Comparez les dimensions des tours ainsi que les archères de Dourdan et de la porte de Crosne à Pont-de-l'Arche (cliché Philippe_28).

La porte d’entrée de Dourdan nous donne certainement une bonne illustration de ce que furent les entrées de Pont-de-l’Arche. Comparez les dimensions des tours ainsi que les archères de Dourdan et de la porte de Crosne à Pont-de-l'Arche (cliché Philippe_28).

En guise de conclusion

Si les sources écrites ne nous permettent pas d’affirmer que Richard Cœur de Lion fut le premier duc de Normandie à doter Pont-de-l’Arche de remparts en pierre, elles attestent que celui-ci y a fait réaliser d’importants travaux.

Face à la convoitise de Philippe Auguste, Richard Cœur de Lion a fortifié la vallée de la Seine (route de Rouen) avec, au premier plan, Pont-de-l’Arche et son pont, Le Vaudreuil et le Château Gaillard. Dans ce cadre, il a aussi inclus Pont-de-l’Arche dans le domaine ducal direct. Cependant, Richard Cœur de Lion mourut en 1199 et son frère Jean sans Terre perdit la Normandie en 1204.

Philippe Auguste, peu confiant dans le peuple rouennais, fit de Pont-de-l’Arche son principal lieu de résidence en Normandie. C’est ce qu’atteste le grand nombre de documents royaux signés à Pont-de-l’Arche, place forte royale.

L’observation de vues anciennes sur le château de Limaie et l’observation des vestiges actuels rattachent les fortifications archépontaines aux constructions philipiennes : un plan rectangulaire, avec adaptation locale, comportant des tours cylindriques aux angles, des tours hémicylindriques flanquant les courtines, des châtelets à deux tours aux portes, les volumes des tours au premier rang desquelles la tour maitresse de Limaie… Nous pouvons commencer à répondre à notre question : qui a bâti les fortifications de Pont-de-l’Arche ? Il s’agit de Philippe Auguste, certainement sur les bases établies par Richard Cœur de Lion…

 

 

Sources

- Baldwin John, Philippe Auguste, Paris, Fayard, 1998, 717 pages ;

- Boussard Jacques, « Philippe Auguste et les Plantagenêts », p. 263-289, in Bautier Robert-Henri (dir.), La France de Philippe Auguste - Le temps des mutations : actes du colloque international organisé par le CNRS (Paris, 29 septembre – 4 octobre 1980), Paris : éditions du CNRS, 1982, 1034 pages ;

- Chatelain (André), « Recherche sur les châteaux de Philippe Auguste », Archéologie médiévale, tome XXI, 1991, éditions du CNRS, pages 115-161 ;

- Delisle Léopold (publié par), « Cartulaire normand de Philippe Auguste, Louis VIII, Saint-Louis et Philippe le Hardi », in Mémoire de la Société des antiquaires de Normandie, 6e volume, XVIe volume de la collection, Caen, 1852, 390 pages ;

- Duranville Léon Lévaillant de, Essai historique et archéologique sur la ville du Pont-de-l'Arche : documents supplémentaires accompagnés d’une vue de la ville de Pont-de-l'Arche, d'après un croquis de E.-H. Langlois et du fac-similé d'un plan exécuté par J. Gomboust, dans le XVIIe siècle, Rouen : A. Le Brument, 1870, 55 pages ;

- Épaud Frédéric, Vincent Jean-Baptiste, « La cuisine de l’abbaye cistercienne de Bonport (Pont-de-l’Arche, Eure) », pages 99-113, in Bulletin monumental, tome 169-2, Paris, Société française d’archéologie, 2012 ;

- Erlande-Brandenburg Alain, « L’architecture militaire au temps de Philippe Auguste : une nouvelle conception de la défense », in La France de Philippe Auguste. Le temps des mutations, Robert-Henri Bautier (dir.), Actes du colloque organisé par le CNRS (Paris, 29 septembre-4 octobre 1980), Paris, éditions du CNRS, 1982, pages 595-603 ;

- Le Breton Guillaume, La Philippide, Paris, Brière, 1825, 418 pages ;

- Léchaudé d’Anisy Amédée-Louis, « Grands rôles des Echiquiers de Normandie » dans les Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie : documents historiques, tome I, Paris, 1845, 356 pages ;

- Le Maho Jacques, « Un grand ouvrage royal du IXe siècle : le pont fortifié dit « de Pîtres » à Pont-de-l’Arche (Eure) », pages 143-158, in Des Châteaux et des sources. Archéologie et histoire dans la Normandie médiévale : mélanges en l’honneur d’Anne-Marie Flambard Héricher, Publications des universités de Rouen et du Havre, 2008, 622 pages ;

- Mesqui Jean, « Les tours à archères dans le domaine Plantagenet français 1160-1205 », p. 77-88, in Les fortifications dans le domaine Plantagenet, XIIe-XIVe siècle : actes du colloque international tenu à Poitiers du 11 au 13 novembre 1994, Université de Poitiers, 2000, 138 pages ;

- Mesqui Jean, Châteaux et enceintes de la France médiévale, volume 1 : De la défense à la résidence, Picard, 1991, 375 pages ;

- Mesqui Jean, Châteaux forts et fortifications en France, Paris, Flammarion, 1997, 493 pages ;

- Sadourny Alain, « La fin de la Normandie Plantagenêt », pages 141-151, in Le Roc’h-Morgère Louis, Richard Cœur de Lion roi d’Angleterre, duc de Normandie (1157-1199), actes du colloque international tenu à Caen, 6-9 avril 1999, Caen, Direction des archives départementales du Calvados, 2004, 365 pages ;

- Vernier Jean-Jacques, Chartes de l'abbaye de Jumièges (v. 825 à 1204) conservées aux archives de la Seine-inférieure, tome II, Rouen, Lestringant, 1916 ;

- Yver Jean, « Philippe Auguste et les châteaux normands. La frontière orientale du duché », pages 309-348, in Bulletin de la société des antiquaires de Normandie, tome LIX, 1967-1989, Caen.

 

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

24 octobre 2015 6 24 /10 /octobre /2015 09:45
Difficile de croire, même après des recherches dans les archives, qu'un couvent de bénédictines occupait la moitié ouest de l'espace Jacques-Henri-Lartigue avant 1738... (cliché Armand Launay, mars 2014).

Difficile de croire, même après des recherches dans les archives, qu'un couvent de bénédictines occupait la moitié ouest de l'espace Jacques-Henri-Lartigue avant 1738... (cliché Armand Launay, mars 2014).

 

Souvent, quelques vieilles pierres indiquent des évènements passés ; le patrimoine visible motive alors la recherche historique. Parfois, ce ne sont que quelques archives qui témoignent de faits et de lieux complètement disparus. C’est le cas du couvent Saint-Antoine de Pont-de-l’Arche qui fut exista de 1635 à 1738. Nous utilisons, ici, les recherches d’Albert Lepage réalisées vers 1900 à partir des archives départementales. Nous les avons vulgarisées et nous avons localisé précisément ce couvent disparu.  

 

 

1634, le projet d’une famille noble : les de Montenay

Le travail spirituel doit reposer sur des assises temporelles. C’est ainsi que le projet de fonder un monastère naquit dans l’esprit d’un couple de nobles de la région de Saint-André-de-l’Eure : Antoine de Montenay, chevalier, baron de Garencières, conseiller du roi au parlement de Rouen, et sa femme Marguerite Dugué. Ils se marièrent en 1599.

Le 6 décembre 1634, ils officialisèrent auprès du tabellion (notaire) de Garencières un acte de fondation précisant les conditions de création d’un monastère de religieuses à Pont-de-l’Arche. Ce couvent catholique était créé en honneur de Dieu, de la Vierge et de saint Antoine le grand. On pourrait trouver orgueilleux de créer un couvent de Saint-Antoine quand on se prénomme, soi-même, Antoine… mais il s’agit ici autant de piété que de volonté d’immortaliser un nom de famille. Ceci est renforcé par la date de décès d’Antoine de Montenay, 1637, montrant que trois ans auparavant il devait avoir conscience qu’il était temps de s’assurer du salut de son âme.

Qui plus est, tous les nobles un minimum aisés offraient, en ce temps, aux paroisses des dons souvent mis en valeur dans les gisants, les dédicaces et les vitraux des églises. Selon l’évangile de Matthieu (19:24), Jésus dit, avec une image cocasse, qu’il est “plus facile de faire passer un chameau par le chas d’une aiguille que de faire entrer un riche au Paradis.” Alors, quand on est un bon catholique, mieux vaut transformer quelque bien terrestre en passeport spirituel pour soi et les siens.

Le choix des Montenay pour un monastère de femmes est très cohérent. La sœur d’Antoine de Montenay, Marguerite, était religieuse en l’abbaye du Val de Notre-Dame du Gif, dans le diocèse de Paris. Elle en fut même l’abbesse de 1610 à 1612. Albert Lepage écrit qu’elle était connue, en religion, sous le prénom de Madeleine. Or, Madeleine de Montenay est précisément le nom de la fille d’Antoine de Montenay, elle aussi religieuse en l’abbaye bénédictine du Gif où elle prononça ses vœux le 6 avril 1625. Ceci explique assurément le fait que le couvent archépontain se donna pour règle à la fois spirituelle et matérielle (organisation, tâches quotidiennes) celle de saint Benoit, souvent appelé le “père des moines”. Nous avons donc affaire ici à des bénédictines.

Les Montenay mobilisèrent une importante somme, 6 000 livres, pour acheter un bâtiment à Pont-de-l’Arche. Ils donnèrent au couvent une ferme à Mousseaux (près de Gisors) afin d’aider les sœurs à subvenir à leurs besoins. Dans l’acte de fondation du couvent, les Montenay stipulèrent que la fonction de prieure (la cheffe des sœurs) devaient revenir prioritairement aux membres de la famille de Montenay. Ils précisèrent aussi que quelques prières devaient leur être adressées et qu’ils pourraient faire graver ou suspendre leurs armoiries dans le monastère. Enfin, les Montenay nommèrent des procureurs chargés d’obtenir les permissions nécessaires à cette pieuse fondation. Le 7 mars 1635, l’évêque d’Évreux donna son aval au projet. Le 13 mai 1635, ce fut au tour des notables de Pont-de-l’Arche. En septembre, le roi Louis XIII en fit de même. En 1641, le Pape concéda des indulgences aux sœurs, ce qui témoigne de son aval à une date antérieure qui nous échappe.  

 

 

Pourquoi choisir Pont-de-l’Arche ?

Le choix d’installer un couvent dans la ville de Pont-de-l’Arche n’a été expliqué dans l’acte de fondation. Cependant, Albert Lepage nous apprend que, peu après la signature de cet acte, Marguerite de Montenay quitta le Gif pour devenir la première prieure du couvent de Pont-de-l’Arche. Elle y fut rejointe par Marthe Cousin, fille de Jean Cousin, seigneur de Martot, lieutenant général de la vicomté de Pont-de-l’Arche (c’est-à-dire le représentant du bailli de Rouen au bailliage secondaire de la ville : le premier homme de Pont-de-l’Arche donc, une sorte de sous-préfet de l’époque...). Qui plus est, l’évêque d’Évreux semblait motivé par l’ouverture du couvent comme le démontre la réprimande qu’il adressa à la prieure à cause du retard des travaux d’aménagement du bâtiment acquis à Pont-de-l’Arche. Il faut dire que celui-ci menaçait ruine. L’évêque fit de Nicolas Hays, avocat, le procureur des religieuses, c’est-à-dire le responsable de leurs biens. La famille Hays était une des familles d’officiers royaux établis au bailliage de Pont-de-l’Arche qui compta, plus tard, un de ses membres parmi les sœurs du couvent Saint-Antoine. Rappelons, comme précisé au début de cet article, qu’Antoine de Montenay était conseiller du roi au parlement de Rouen, c’est-à-dire confrère des officiers de Pont-de-l’Arche. Nous concluons que le couvent de Pont-de-l’Arche put se réaliser dans la mesure où il était destiné aux filles de nobles familles locales dont les ainés étaient des seigneurs et, bien souvent, des officiers du roi. Si les de Montenay se sont le plus investis à Pont-de-l’Arche, ce couvent concerna plusieurs grandes familles présentes dans la ville grâce au bailliage. Était-ce pour autant une bonne nouvelle pour les habitants ?

 

 

1635, un accueil très réservé des Archépontains. 1640, idem chez Richelieu

Le dimanche 13 mai 1635, les officiers royaux, bourgeois et habitants de Pont-de-l’Arche étaient assemblés au prétoire (la salle du tribunal au bailliage) pour s’exprimer sur la fondation du couvent dans la ville. Cette réunion était présidée par Jean Cousin, le lieutenant général de la vicomté comme vu ci-dessus. L’avocat Jean Vitrecocq présenta la demande des de Montenay. Le sieur Dubosc, échevin en charge (sorte de maire) et aussi conseiller du roi, contrôleur du grenier à sel, et le syndic (les “conseillers municipaux”) étaient chargés de présenter l’accord et les restrictions ; les religieuses ne pourraient posséder ni plus d’un demi-acre de terre dans la ville et ni plus de trois acres de terres alentour. Il n’y aurait jamais plus de douze religieuses. En fait, les habitants, déjà peu fortunés, n’admettaient pas que les autorités placent de nouveaux propriétaires, de nouvelles bouches à nourrir ‒ fussent-elles bénies du ciel. Cette opposition fut encore plus forte, comme le nota Paul Goujon (lire les sources) quand en 1649 des frères pénitents s’installèrent dans la ville, certainement inspirés par ce précédent cas d’installation d’un établissement religieux dans la ville royale de Pont-de-l’Arche.

En 1640, le cardinal de Richelieu, gouverneur de Pont-de-l’Arche (responsable des “forces de gendarmerie”), écrivait à son lieutenant en place dans la ville : « Monsieur de Saint-Georges, je trouve un peu estrange que vous ne m’ayez pas averty qu’on veult establir un couvent de religieuses dans une maison qui est si proche du Pont de l’Arche [c’est-à-dire le pont en lui-même] qu’il est impossible sans que le chasteau et forteresse en reçoivent du préjudice. Mandez-moi parment ce que c’est et cependant empeschez qu’on ne face aucun establissement en ladite maison, lequel je ne puis en aucune façon consentir, si la chose est comme on me l’a représentée. J’attendray donc vostre response sur ce sujet, et vous asseureray cependant que je suis le meilleur de vos amis. Le card. de Richelieu. » Jean de Lonlay, seigneur de Saint-Georges, rassura son gouverneur ; le couvent ne gênait pas les défenses militaires du pont. Mais où était situé ce couvent pour qu’il y ait doute sur son potentiel de nuisance ?

 

 

Où s’installèrent les sœurs ?

Albert Lepage doit être à l’origine d’une légende urbaine : le nom de la rue et de l’impasse de l’Abbaye-sans-toile serait une déformation du nom du couvent Saint-Antoine. C’est ce qu’il indique déjà dans le titre de l’article qui nous instruit tant ici. Nous avons déjà rejeté cette interprétation dans un autre article où nous soulignons qu’au Moyen-âge on appelait cette voie la “basse sentelle”, c’est-à-dire la petite sente du bas. Dans le parler local, cela se prononçait la “bassontelle”. On l’aura francisé en “L’abba[ye] sans telle”, la telle signifiant la toile en normand.  

Partant sur une fausse piste, Albert Lepage décida de localiser le couvent au fond de l’impasse de l’Abbaye-sans-toile. Nous étions en train de le suivre au fond de l’impasse quand la lecture de son article nous indiqua que le couvent se situait entre les rues Fichet, de Montalent (actuelle rue Jean-Prieur), et Sainte-Marie (citées dans la vente de 1840). Il n’y a qu’à consulter le plan cadastral (ci-dessous) pour retrouver assez facilement l’appréciable étendue foncière finale du couvent. Celui-ci comprenait au sud une importante partie verte pour le jardin et le potager… Il devait comprendre deux bâtiments principaux et quelques édicules. Quant aux maisons situées au nord-est, elles devaient appartenir à des particuliers tant elles semblent isolées de la cour intérieure du couvent et tournées vers la rue. Albert Lepage précisa même que l’espace du couvent était occupé de son temps, vers 1900 donc, par la propriété de “Monsieur Thomas” (voir nos cartes postales ci-dessous). Selon notre auteur les archives rapportent que le bâtiment acheté pour placer le couvent était une maison “dite du Roy”, ce qui expliquerait la grande étendue verte à l’intérieur même des remparts de la ville, ce qui était l’apanage d’illustres propriétaires. Albert Lepage cite, parmi les aménagements du couvent, l’installation d’une niche “sur le pignon ensoleillé à midi afin d’y loger la statuette de saint Antoine”. Il cite aussi “des fenêtres ouvertes sur la cour intérieure” et celles de l’extérieur qui ont été murées afin d’isoler le couvent du monde extérieur. On apprend encore que l’église des bénédictines était située le long de la rue Jean-Prieur

 
Grâce au plan cadastral de 1834, signé Le Fébure (Archives de l’Eure), on localise l’assise foncière du couvent Saint-Antoine entre la rue de Montalent (au nord, le haut), la rue Fichet (à l’ouest) et la rue Sainte-Marie.

Grâce au plan cadastral de 1834, signé Le Fébure (Archives de l’Eure), on localise l’assise foncière du couvent Saint-Antoine entre la rue de Montalent (au nord, le haut), la rue Fichet (à l’ouest) et la rue Sainte-Marie.

 

Devenir prieure du couvent Saint-Antoine

Limité à douze personnes, ce couvent fut actif plus de 100 ans et ordonna de nouvelles sœurs le plus souvent parmi les familles nobles. Les nominations des prieures montrent que la direction du couvent intéressait les nobles et les religieux souhaitant, par là, favoriser leur candidate. Le 28 février 1641, le roi Louis XIII écrivit à son cousin le cardinal Anthoine pour nommer Madeleine de Montenay à la suite de sa tante Marguerite de Montenay. En 1647, l’évêque d’Évreux, monseigneur Boutaut, défendait Marie de Clinchamps de Bellegarde face à Marie de la Faye soutenue par la prieure Madeleine de Montenay. Marie de la Faye fut envoyée par l’évêque à Verneuil en 1651. En 1663, une bulle papale installa Anne Antoinette de Moy ce qui mécontenta M. de Montenay, conseiller au Parlement de Rouen. Il en référa au chancelier le 18 mai 1664 en se fondant sur l’acte de fondation favorisant les membres de sa famille mais n’obtint pas gain de cause. On apprend d’Albert Lepage qu’en 1679 le couvent Saint-Antoine reçut des lettres d’affiliation à l’ordre des chartreux (page 61) sans que nous ne puissions interpréter cette information.

 

 

Les raisons de la fermeture (1738)

Cette mélodie n’a guère changé ; il semble que les moyens financiers aient causé la perte de cet établissement qui se voulait retranché du monde matériel. Les revenus provenaient de la ferme de Mousseaux, des dons (sous forme de rentes notamment) et de pensions payées par des religieuses. Or, celles-ci n’ont jamais été très nombreuses. Au plus, il semble que le couvent ait compté 19 religieuses ; 15 étant des sœurs, 4 étant converses (c’est-à-dire qu’elles vivaient comme les sœurs sans avoir prononcé leurs vœux). Malgré la limite de 12 religieuses autrefois imposée par les Archépontains, 19 personnes au mieux constituaient ce qui n’était pas une grande communauté. Des religieuses s’entretenaient par leur travail autant que possible. seule la nourriture leur était fournie sur place. Albert Lepage nota que les recettes excédaient très rarement les dépenses durant les 10 dernières années d’activités du couvent (1728-1738). On ne sait si l’argent explique seul la fermeture du couvent en 1738.

 

 

La postérité des bâtiments conventuels

Monseigneur de Rochechouart, évêque d’Évreux, donna les biens de cet établissement au couvent Saint-Nicolas de Verneuil-sur-Avre. Les religieuses entretinrent ces possessions et décidèrent de les faire fieffer. C’est Jean-Martin Le Brasseur, employé au grenier à sel du roi (Pont-de-l’Arche), qui les acheta comme le prouve le contrat passé devant un notaire de Verneuil-sur-Avre le 23 aout 1780. En plus du prix d’achat des locaux, il devait verser des rentes à la fabrique de l’église Saint-Vigor, aux chanoines de la Saussaie, aux religieuses de Verneuil et quelques autres personnes. En 1782, ce nouveau propriétaire concéda l’ancienne église à la ville afin d’y tenir une petite école, la première de la ville, nous semble-t-il.

Les autres bâtiments claustraux demeurèrent la propriété d’Anne-Marie Colombel, veuve de Le Brasseur, jusqu’en 1824. C’est sa fille, Marie-Madeleine Le Brasseur, épouse de Jacques-François Cirot, père (peintre et vitrier de la ville), qui les vendit en 1840. En état de vétusté, ces bâtiments furent aussitôt détruits. Ils laissèrent place à la propriété qui appartenait, au moins à la fin du siècle, à Monsieur Thomas (voir les copies de cartes postales ci-dessus). Il s’agit, semble-t-il, d’Adolphe Thomas qui fut maire de 1892 à 1894. Puis, cette propriété laissa place à l’imposante usine de chaussons puis de chaussures de Paul Nion… qui laissa elle-même place à l’espace Jacques-Henri-Lartigue. Le couvent Saint-Antoine a donc bel et bien disparu matériellement.

 
Sur cette copie de carte postale des années 1910, on voit une maison bourgeoise (qui doit dater des années 1840) ressemblant à l'hôtel de Ville, de la même époque. Son expéditeur indique qu'il s'agissait alors de la maison de Monsieur Thomas. Albert Lepage indiqua que les bâtiments du couvent furent rasés en 1840 et se situaient à cet emplacement, c'est-à-dire à l'angle de la rue Jean-Prieur et de la rue Fichet (voir la photographie ci-dessous).

Sur cette copie de carte postale des années 1910, on voit une maison bourgeoise (qui doit dater des années 1840) ressemblant à l'hôtel de Ville, de la même époque. Son expéditeur indique qu'il s'agissait alors de la maison de Monsieur Thomas. Albert Lepage indiqua que les bâtiments du couvent furent rasés en 1840 et se situaient à cet emplacement, c'est-à-dire à l'angle de la rue Jean-Prieur et de la rue Fichet (voir la photographie ci-dessous).

Cette autre copie de carte postale des années 1910 montre une photographie de la rue Jean-Prieur. Après les premières maisons à pans de bois à gauche, se trouve un mur en moellon calcaire, en remplissage, et en brique de chainage. Il délimite la propriété de Monsieur Thomas, dont on voit le portail d'entrée, visible sur la photographie précédente. Il délimite assurément l'ancienne assise foncière du couvent Saint-Antoine. Cette partie de la ville a ensuite été rasée par Paul Nion afin d'y construire son immense usine de chaussons puis de chaussures. Puis, dans les années 1990 fut construite la résidence Jacques-Henri-Lartigue dont la photographie sert de première illustration à cet article.

Cette autre copie de carte postale des années 1910 montre une photographie de la rue Jean-Prieur. Après les premières maisons à pans de bois à gauche, se trouve un mur en moellon calcaire, en remplissage, et en brique de chainage. Il délimite la propriété de Monsieur Thomas, dont on voit le portail d'entrée, visible sur la photographie précédente. Il délimite assurément l'ancienne assise foncière du couvent Saint-Antoine. Cette partie de la ville a ensuite été rasée par Paul Nion afin d'y construire son immense usine de chaussons puis de chaussures. Puis, dans les années 1990 fut construite la résidence Jacques-Henri-Lartigue dont la photographie sert de première illustration à cet article.

 

Sources

- Archives municipales de Pont-de-l’Arche ;

- Archives départementales de l’Eure ;

- Goujon Paul, « L'hôtel-Dieu et les pénitents du Pont-de-l’Arche », La Normandie, 1897, n° 3 de mars (pages 66-76), n° 4 d’avril (pages 105-115) ;

- Lepage Albert, « Essai historique sur le prieuré de Saint-Antoine du Pont-de-l’Arche vulgairement désigné sous le nom d'abbaye sans toile », in Bulletins de la Société d’études diverses de l’arrondissement de Louviers, tome V, année 1898, 439 pages, voir les pages 25-28 (chapitre 1) ; tome IX, année 1905, 76 pages, voir les pages 48-67 (chapitres 2-6). Albert Lepage, amateur de lettres et d’histoire de la région de Louviers, a rédigé un autre article sur Pont-de-l’Arche portant sur le commerce et l’industrie ;

- Pattou Étienne, Famille de Montenay, arbre généalogique, consulté le 23 octobre 2015 sur http://racineshistoire.free.fr/LGN

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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Bando 13x9 (1)

21 octobre 2015 3 21 /10 /octobre /2015 13:02
Hormis durant des travaux ponctuels, allons-nous voir disparaitre, dans les prochaines années, ce type de panneaux délimitant Les Damps et Pont-de-l’Arche ? (cliché Armand Launay, juillet 2015).

Hormis durant des travaux ponctuels, allons-nous voir disparaitre, dans les prochaines années, ce type de panneaux délimitant Les Damps et Pont-de-l’Arche ? (cliché Armand Launay, juillet 2015).

 

Depuis mai 2013, le maire socialiste de Pont-de-l’Arche, Richard Jacquet, a officialisé un projet qu’il murit depuis son premier mandat, donc, où je comptais dans son équipe élue : fusionner administrativement les communes de Pont-de-l’Arche et des Damps. Il vise ainsi une plus grande efficacité du service public grâce à une mutualisation des moyens et un champ d’action plus cohérent : l’agglomération qui compte près de 5 800 habitants et non deux communes côte à côte avec des projets parfois discordants ou redondants.

Ce débat n’est pas nouveau et nous prenons plaisir à rappeler un chapitre de notre livre publié grâce à la mairie des Damps et son maire UDI, René Dufour : L’Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l’Arche (2007, éditions Charles-Corlet) : “La fusion des communes de Pont-de-l’Arche et des Damps… 4 projets en deux siècles !” Ajoutons un chapitre sur ce blog pour immortaliser ce cinquième projet qui sera peut-être, à moyen terme, le bon ?

Pont-de-l'Arche et Les Damps, ici sur Google maps (capture d'écran, octobre 2015), deux communes qui forment une même agglomération de 5 800 personnes. La question de la fusion entre les communes, à défaut de faire l'unanimité, mérite d'être étudiée.

Pont-de-l'Arche et Les Damps, ici sur Google maps (capture d'écran, octobre 2015), deux communes qui forment une même agglomération de 5 800 personnes. La question de la fusion entre les communes, à défaut de faire l'unanimité, mérite d'être étudiée.

Depuis 862… Pont-de-l’Arche s’est construit sur le territoire des Damps

Le projet de fusion des communes fait penser, de prime abord, à une volonté d’annexion de la petite commune par la grande. Le petit Poucet dampsois et l’ogre archépontain. Pourtant, Les Damps semble être l’agglomération d’origine. Au IXe siècle, quand le roi Charles le Chauve fit construire un pont fortifié pour barrer la Seine aux Vikings, la rive droite était appelée Pîtres et la rive gauche Asdans (qui deviendra “Les Damps”). Le hameau de Saint-Martin, appelé aujourd’hui Plaine de Bonport (commune de Criquebeuf-sur-Seine) était appelé Maresdans (la mare des Damps). Autour du fort protégeant l’entrée du pont, une ville s’est développée : Pont-de-l’Arche, c’est-à-dire le “pont de la forteresse”.

Les archives nous montrent que Les Damps était une paroisse organisée autour de son église Saint-Pierre, à l’endroit où l’on voit de nos jours la chapelle.

 

Les Damps se trouve depuis dans l’ombre de la ville...

Mais Pont-de-l’Arche, place militaire de fondation royale, a beaucoup grandi grâce à son rôle de police intérieure, au siège des administrations royales, et à son rayonnement marchand avec son marché, sa halle, ses artisans… Les Damps est devenu une petite paroisse qui a même été rattachée à celle de Saint-Vigor de Pont-de-l’Arche dans les années 1780. Les paroisses étaient les ancêtres autant que les embryons de nos communes. Les Damps a donc été annexé pendant des années et les Dampsois présentèrent donc leurs avis dans le cahier de doléances de Pont-de-l’Arche en 1789.

 

1790 : Les Damps devient une commune autonome… défendant ses droits !

Les Damps est doté en 1790 d’une entité administrative à la Révolution et possède, de ce fait, un Conseil municipal. Celui-ci doit se battre contre les prétentions de la commune de Pont-de-l’Arche surtout autour de l’ancienne église Saint-Pierre. Celle-ci était la propriété de la paroisse de Pont-de-l’Arche. Avec la Révolution, elle devint un bien de l’État avant d’être restituée à l’Église par Napoléon Bonaparte en 1801 (Concordat) et donc à la paroisse de Pont-de-l’Arche. Un problème administratif de taille se posa : l’église Saint-Pierre étant fermée par la paroisse de Pont-de-l’Arche, où pouvait-on enterrer les morts dampsois ? Un arrêté préfectoral datant de 1803 ferma le cimetière des Damps car l’église était abandonnée. La paroisse de Pont-de-l’Arche démolit l’église des Damps et son cimetière pour financer la construction d’un presbytère... à Pont-de-l’Arche. Déshabiller Pierre pour habiller Paul... Le litige entre la commune et la paroisse d’à-côté s’éternisait. En 1837, le préfet enjoignit la paroisse de Pont-de-l’Arche de laisser le cimetière à la commune des Damps ou d’éclairer cette affaire en justice. La paroisse de Pont-de-l’Arche se tourna vers ses amis élus...

Voici le début d’un texte présenté en 1850 par les élus dampsois contre la demande réunion des Damps à Pont-de-l’Arche. Le titre virulent et la forme dactylographiée ‒ rare en ce temps dans les archives communales ‒ montrent la détermination des Dampsois à se faire entendre par la préfecture. Archives de l’Eure (2F art. 2512).

Voici le début d’un texte présenté en 1850 par les élus dampsois contre la demande réunion des Damps à Pont-de-l’Arche. Le titre virulent et la forme dactylographiée ‒ rare en ce temps dans les archives communales ‒ montrent la détermination des Dampsois à se faire entendre par la préfecture. Archives de l’Eure (2F art. 2512).

1838 et 1848 : Pont-de-l’Arche passa à l’attaque !

Pressés par les dirigeants de la paroisse, le conseil municipal de Pont-de-l’Arche, souvent les mêmes personnes, présenta en 1838 à la préfecture une demande de fusion entre les deux communes. Les élus Dampsois obtinrent gain de cause et en 1841 le préfet déclara irrecevable la demande du maire archépontain. Le litige sur le cimetière continua. En 1848, le maire de Pont-de-l’Arche, Jean-Baptiste Olivier [des Bordeaux] décida d’agrandir le cimetière communal et demanda au conseil municipal des Damps de participer à la dépense. Ce dernier trouva la demande déplacée car le cimetière communal était inutilisable à cause de la paroisse archépontaine. En 1848, des Dampsois frappèrent un employé de la paroisse de Pont-de-l’Arche qui démolissait le mur du cimetière. Le conseil municipal des Damps entreprit de rouvrir son cimetière, ce qui déplut au maire de Pont-de-l’Arche qui arrêta que l’on n’enterrerait plus de Dampsois dans sa commune ! C’est le sous-préfet de Louviers qui résolut le conflit en proposant qu’on enterre les Dampsois à Pont-de-l’Arche jusqu’à l'ouverture du nouveau cimetière des Damps et que l’on trouve un terrain d’entente sur la participation des Damps aux frais d’utilisation du cimetière de Pont-de-l’Arche. Pour tenter d’anéantir la résistance des élus dampsois, le conseil municipal de Pont-de-l’Arche déposa en préfecture une demande de fusion entre sa commune et celle des Damps en 1848. Ceci devait être un chantage : Pont-de-l’Arche retirerait sa demande de fusion contre la cession du cimetière. Les élus Dampsois eurent gain de cause, rouvrirent le cimetière et, grâce au don des fidèles, la chapelle Saint-Pierre fut érigée et ouvrit ses portes en 1856.

 

1942 et 1972 : le Département proposa la fusion

Le Département proposa, dans le cadre de plans de regroupement de communes, la fusion entre Les Damps et Pont-de-l’Arche. Les Damps ne fut pas concerné contrairement à de nombreuses petites communes n’atteignant pas quelques dizaines d’habitants à cause du dépeuplement rural. Ce mouvement n'était pas nouveau : on passa, dans l’Eure, de près de 800 communes en 1850 à 650 de nos jours. Le conseil municipal du 30 octobre 1972 répondit en ces termes : “Le conseil, après avoir pris connaissance du plan départemental de regroupement des communes et du projet établi par la commission d’élus, projet qui prévoit la fusion des deux communes de Pont-de-l’Arche et des Damps, se faisant l’interprète de la population, hostile dans sa grande majorité ; tient à marquer – par un vote unanime – son opposition à ce projet de fusion”. Ces projets de simplification administrative restèrent sans conséquences pour notre commune.

 

L’intercommunalité, une sorte de fusion qui a fait peur en son temps...

La loi Joxe du 6 février 1992 a relancé la question de la fusion en incitant les collectivités locales à se regrouper en Communautés de communes. La fusion se limite, dans ce cadre, à la mise en commun de moyens humains et financiers pour mieux étudier les besoins d’un territoire et faire des économies d’échelle. Il s’agit de mettre en commun certaines compétences administratives. Concernant nos communes, l’embryon de la Communauté d’agglomération Seine-Eure (CASE) émerge à partir de 1993 (le “PACT urbain”) autour de Louviers, Val-de-Reuil et Pont-de-l’Arche, dont le maire était alors la socialiste Paulette Lecureux.

Mais ce type de projet suscite bien des craintes parmi la population et donc parmi les élus. La majeure partie des maires du canton de Pont-de-l’Arche craint que la CASE n’éteigne la voix des petites communes et que celles-ci paient les projets et les dettes des grandes communes. Ils fondent alors en 1996 la Communauté de communes Seine Bord (CCSB). La CASE quant à elle prend sa forme actuelle en 2001 et Paulette Lecureux parvint à y faire entrer Pont-de-l’Arche malgré une mobilisation de citoyens hostiles à ce projet. Si l’histoire a donné raison à Paulette Lecureux le 1er janvier 2013 où Seine Eure et Seine Bord ont fusionné, cette élue a peiné à expliquer le bienfondé de sa démarche et l'a payé par une défaite électorale en 2001.  

 

Mais… Les Damps et Pont-de-l’Arche sont déjà réunis !?

Aujourd’hui l’intercommunalité suscite une question : à quoi bon fusionner nos communes si elles font déjà partie de la même intercommunalité et que nos maires sont tous deux Vice-présidents de cette agglomération ?

D’une part, la majeure partie des compétences restent municipales. De plus, la naissance des intercommunalités ne s’est pas traduite par le transfert du personnel des communes aux nouvelles intercommunalités. Il est dommage de ne pas alléger les dépenses de fonctionnement par des commandes plus vastes, permettant des économies d’échelle. Il est dommage de ne pas additionner les compétences des fonctionnaires qui gagnent en spécialisation et en formation professionnelle dans des structures plus grandes. Pensons aux services centraux (finances, ressources humaines, accueil…), aux espaces verts et aux services techniques, aux accueils de loisirs... Il est dommage qu’une commune comme Les Damps ne s’adjoigne pas les services communication, parentalité, espace jeunes, animation, social et accompagnement, la police municipale d’une commune de taille moyenne comme Pont-de-l’Arche.

 

On ne pourra pas reprocher à Richard Jacquet d’œuvrer pour son intérêt électoral. En effet, étant donné le poids du vote de droite aux élections municipales des Damps, il donnerait à son opposition de droite, dans le cadre d’une fusion, une base électorale qu’elle a perdu depuis la fin des années 1970.

Quoi qu’il en soit, le conseil municipal des Damps du 19 octobre 2015 a précisé qu’il n’avait pas été élu en 2014 sur les bases, mêmes hypothétiques, d’une fusion avec Pont-de-l’Arche. À ce titre, il reporte un tel projet aux élections de 2020 si les candidats et les électeurs jugent pertinent ce débat et ce choix. Il ne ferme pas les discussions projetant, éventuellement, la mutualisation de services qui, elle, a le mérite de pouvoir se faire même sans fusionner les communes. Ce serait un test progressif pour évaluer l’opportunité humaines et financière d’une fusion…

Il sera difficile de convaincre les Dampsois, d’une part, que la ville de Pont-de-l’Arche leur fera gagner des services supplémentaires et, d’autre part, qu’ils ne verront pas leurs impôts locaux s’alourdir.  

Passées, peut-être, ces difficultés… et après un référendum, qui sait (?), on parlera dans les documents administratifs de la commune de Pont-de-l’Arche Les Damps et, dans les conversations, dans les cœurs, on restera toujours Archépontain et Dampsois. Prenons exemple sur Autheuil et Authouillet, villages qui ont fusionné en 1971 dans la commune d’Autheuil-Authouillet… et qui n’en restent pas moins des villages à part entière.

 

Conclusion

Après les projets honteux de 1838 et 1848, les projets froidement administratifs de 1942 et 1972, la proposition de Richard Jacquet constitue la première demande de fusion des deux communes autour d’un projet d’intérêt commun, d’un contenu à élaborer de part et d’autre de la rude frontière du chemin de la Borde et de la rue du Val. Aux élus archépontains de convaincre, aux élus Dampsois de décider.  

Depuis 1838, le camp gaulois des Damps résiste farouchement aux positions de Pont-de-l'Arche, récemment renforcées par César Jacquet (avé Richard, ceux qui sont exilés te saluent !). Il leur faudra parlementer pour peut-être construire le domaine des dieux là où l'Eure et la Seine se rejoignent pour la première fois...

Depuis 1838, le camp gaulois des Damps résiste farouchement aux positions de Pont-de-l'Arche, récemment renforcées par César Jacquet (avé Richard, ceux qui sont exilés te saluent !). Il leur faudra parlementer pour peut-être construire le domaine des dieux là où l'Eure et la Seine se rejoignent pour la première fois...

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 07:37

Le premier corps d’infanterie de l’armée française s’est formé en 1481 suite à la volonté de Louis XI. Ce roi de France voulait créer une infanterie régulière et mobile à l’image de la cavalerie. C’est ainsi que sont nées les célèbres « bandes de Picardie » formées par des Suisses dans un vaste camp situé entre Pont-de-l’Arche et Pont-Saint-Pierre (Eure). Nous avons mené l’enquête sur ce tournant militaire où notre ville est au cœur de l’histoire de France…

Pour la défense de son royaume, Louis XI eut le souci permanent d’organiser une armée efficace reposant principalement sur l’infanterie. Ainsi en 1469, il réforma le corps des francs-archers créé à la fin de la guerre de Cent-ans par Charles VII1 notamment pour former les garnisons de certaines villes frontalières. Il élargit l’espace de recrutement des francs-archers, améliora l’enrégimentement de ceux-ci en 8 bandes de 500 hommes et, enfin, fit encadrer chaque bande par un capitaine, un lieutenant et un enseigne. La population était sommée de fournir au roi des hommes mobilisés du printemps à l’automne2 contre une solde et un armement fournis. Ce sont près de 16 000 fantassins qui servaient alors le roi.

Louis XI fit de l’infanterie le principal corps de son armée rompant avec la prééminence ancestrale de la chevalerie. Malgré des victoires, le corps des francs-archers ne donna pas satisfaction au roi à cause de l’absence de formation, du manque de discipline – voire de compétence3 – mais aussi de la difficulté de mobiliser rapidement ces troupes très éparses. La défaite d’Enguinegatte (Pas-de-Calais) face à Maximilien de Habsbourg (en 1479) persuada Louis XI de renoncer à ce corps et de créer une infanterie d’un genre nouveau.

Les piquiers, nouveaux combattants mis en avant par Louis XI pour bâtir une infanterie régulière. Détail de « Troupes anciennes. N°3, Coustilliers, Règne de Charles VII - Piquiers, Règne de Louis XI », gravure sur bois en couleurs (46 x 36 cm) éditée chez Pellerin, Épinal, 1859. BnF, département Estampes et photographie, FOL-LI-59 (6).

Les piquiers, nouveaux combattants mis en avant par Louis XI pour bâtir une infanterie régulière. Détail de « Troupes anciennes. N°3, Coustilliers, Règne de Charles VII - Piquiers, Règne de Louis XI », gravure sur bois en couleurs (46 x 36 cm) éditée chez Pellerin, Épinal, 1859. BnF, département Estampes et photographie, FOL-LI-59 (6).

Louis XI, roi de France Louis XI, né en 1423, régna de 1461 à 1483. Au-delà de l’image du roi moyenâgeux et cruel forgée par ses opposants, Louis XI passe aujourd’hui pour un roi pragmatique, diplomate, ayant un sens de la raison d’État et donc une faculté de trancher. Sacré roi à la fin de la guerre de Cent-ans, il ne se contenta pas de voir refleurir l’économie, il orchestra la prospérité de son royaume en y introduisant de nouvelles activités, de nouvelles foires et en défendant une monnaie forte. Il passa une grande partie de son règne à assoir son autorité contre ses opposants : les seigneurs, la Bourgogne et l’Angleterre. Il vainquit la Ligue du Bien public formée contre lui avec son frère Charles de France. Il s’imposa après de nombreuses batailles et d’infinies négociations avec le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, qui décéda en 1477. Il signa le fameux traité de Picquigny mettant fin aux prétentions anglaises sur la couronne de France (1475). Cette pacification permit à Louis XI d’affermir et d’organiser le pouvoir royal. Il conquit le Maine et la Provence (1481), la Picardie, le Boulonnais, le duché de Bourgogne, l'Artois et la Franche-Comté en 1482. C’est cette force, notamment démographique et économique, qui lui permit de mettre sur un pied une armée forte et de lancer les bases d’un État moderne.

Louis XI, roi de France Louis XI, né en 1423, régna de 1461 à 1483. Au-delà de l’image du roi moyenâgeux et cruel forgée par ses opposants, Louis XI passe aujourd’hui pour un roi pragmatique, diplomate, ayant un sens de la raison d’État et donc une faculté de trancher. Sacré roi à la fin de la guerre de Cent-ans, il ne se contenta pas de voir refleurir l’économie, il orchestra la prospérité de son royaume en y introduisant de nouvelles activités, de nouvelles foires et en défendant une monnaie forte. Il passa une grande partie de son règne à assoir son autorité contre ses opposants : les seigneurs, la Bourgogne et l’Angleterre. Il vainquit la Ligue du Bien public formée contre lui avec son frère Charles de France. Il s’imposa après de nombreuses batailles et d’infinies négociations avec le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, qui décéda en 1477. Il signa le fameux traité de Picquigny mettant fin aux prétentions anglaises sur la couronne de France (1475). Cette pacification permit à Louis XI d’affermir et d’organiser le pouvoir royal. Il conquit le Maine et la Provence (1481), la Picardie, le Boulonnais, le duché de Bourgogne, l'Artois et la Franche-Comté en 1482. C’est cette force, notamment démographique et économique, qui lui permit de mettre sur un pied une armée forte et de lancer les bases d’un État moderne.

1481 : création du corps des piquiers et hallebardiers

En 1480, le roi de France conclut une trêve avec ses ennemis le duc de Bourgogne et le roi d’Angleterre et signa un armistice avec le roi d’Autriche, en aout. Il eut donc enfin le temps de réorganiser en profondeur son infanterie. Il commença par supprimer, en octobre, le corps des francs-archers et prit exemple sur l’armée suisse, la meilleure de ce temps, pour constituer en janvier 1481 une infanterie principalement composée de piquiers, d’hallebardiers et de mercenaires suisses4. À contrecourant des mentalités, le roi continua donc à mettre en avant les « gens de pied », les roturiers, au point de les intégrer dans son armée régulière jusqu’alors constituée des nobles chevaliers des compagnies d’ordonnance5.

Louis XI cessa de demander à la population de fournir des hommes et leva un impôt spécialement destiné à payer des soldes permanentes à ses gens de pied français et étrangers. Cette réforme du mode de financement des hommes de pied permit au roi de mettre en place une infanterie de camp permanente6. Il est possible que d’anciens francs-archers se soient reconvertis en piquiers, mais Thomas Basin, chroniqueur contemporain de Louis XI, parle bien de remplacement des soldats7.

 

 

L'utilité des bandes de piquiers ?

À la fin du XVe siècle, l’infanterie comptait trois armes principales :

- les archers, qui visaient surtout les chevaux pour rompre la charge de cavalerie ;

- au contact avec celle-ci, les coutiliers coupaient les jarrets des chevaux, tuaient les cavaliers tombés qui ne valaient aucune rançon ;

- enfin, les piquiers jouaient un double rôle défini par Jean de Wavrin (homme de guerre et bibliophile bourguignon du XVe siècle) : « Les piques sont bâtons moult convenables pour mettre une pique entre deux archers contre le foudroyeux effort des chevaux qui voudraient effondrer dedans eux, car il n’est cheval, s’il n’est atteint d’une pique en la poitrine, qui ne doive mourir sans remède. Et aussi servent ces piquenaires à démarcher et atteindre les chevaux de côté et iceux percer tout outre. »

Les piquiers étaient réunis par bandes de 800 à 1 000 hommes chacune. Cette technique de combat suisse, inspirée de la phalange grecque, a été enseignée à l’armée française principalement dans le camp de Pont-de-l’Arche, en 1481. L’infanterie avançait sur le champ de bataille en masses carrées hérissées de piques de 5 à 6 mètres de long. Elles étaient capables de résister à une charge de cavalerie... Les piquiers, disposés sur plusieurs rangs au centre du carré, sont protégés sur les flancs par des archers puis des couleuvriniers et des arbalétriers.

Un exemple de charge de piquiers : La Bataille d’Heiligerlee (1568) d'après Frans Hogenberg (1536-1590). Au second plan, les piquiers de Guillaume d’Orange et ses alliés mettent en déroute les mercenaires espagnols de l’armée de Jean de Ligne, stathouder de Frise resté fidèle au roi d’Espagne. Cette bataille marque le début de la guerre de Quatre-vingts-ans et aboutit à l’indépendance des Provinces-unies (Pays-Bas).

Un exemple de charge de piquiers : La Bataille d’Heiligerlee (1568) d'après Frans Hogenberg (1536-1590). Au second plan, les piquiers de Guillaume d’Orange et ses alliés mettent en déroute les mercenaires espagnols de l’armée de Jean de Ligne, stathouder de Frise resté fidèle au roi d’Espagne. Cette bataille marque le début de la guerre de Quatre-vingts-ans et aboutit à l’indépendance des Provinces-unies (Pays-Bas).

Albrecht Altdorfer (vers 1480-1538), La Bataille d’Alexandre, 1529, peinture sur bois, Alte Pinakothek (Munich), commandée par le duc Guillaume IV de Bavière. Alexandre le Grand lutte contre le roi de Perse Darius. Cette œuvre montre au premier plan une bande de piquiers en mouvement et, au second plan, une masse compacte en train d’attaquer telle une forêt de piques.

Albrecht Altdorfer (vers 1480-1538), La Bataille d’Alexandre, 1529, peinture sur bois, Alte Pinakothek (Munich), commandée par le duc Guillaume IV de Bavière. Alexandre le Grand lutte contre le roi de Perse Darius. Cette œuvre montre au premier plan une bande de piquiers en mouvement et, au second plan, une masse compacte en train d’attaquer telle une forêt de piques.

Mais quel rôle devait jouer la nouvelle infanterie de Louis XI ?

 

Nouvelle infanterie, nouvelles armes : le rôle de Pont-de-l’Arche

En l’espace de quelques mois, Louis XI a recruté une importante infanterie professionnelle devant manipuler de nouvelles armes (piques, hallebardes…) et souhaitait, de plus, modifier la stratégie de combat en plaine. Pour concrétiser ces réformes sans trop exposer son armée en temps de guerre, il manquait une solide expérience à ses troupes. C’est là qu’intervint le camp de Pont-de-l’Arche.

« … le Roy voulust et ordonna que certain camp de bois (…) fust dressé et mis en estat en une grand plaine près le Pont de l’Arche (…) et dedans icelluy certaine quantité de gens de guerre armez, avec hallebardiers et picquiers, que nouvellement avoit mis sus… ». Pour établir ce camp, le roi mobilisa les pionniers du camp d’Abbeville8 ? Ces hommes, responsables de la construction, de l’entretien et de l’approvisionnement du camp furent placés par le roi sous le commandement de Guillaume Picquart, bailli de Rouen, qui épaula Philippe de Crèvecœur dans l’encadrement de l’infanterie9.

Philippe de Commynes précisa que l’infanterie royale était alors composée de « vingt mil hommes de pied tousjours prestz, et deux mil cinq cens pionniers, et s’appeloient icy les gens du champ : et ordonna avec eulx quinze cens hommes d’armes de son ordonnance, pour descendre à pied quand il en seroit besoing »10.

L’ensemble de ces hommes de pied devaient venir à Pont-de-l’Arche car le roi « voulust que lesdits gens de guerre feussent par l’espace d’ung mois [dans le camp] pour sçavoir comment ils se conduisoient (…) et pour sçavoir quels vivres il conviendroit avoir…11 ». Le roi voulait mesurer – grandeur nature – l’investissement humain, technique et financier que représentait une infanterie de camp de cette ampleur. Mais à quoi bon posséder une infanterie de camp ? Louis XI voulait améliorer la mobilité de ses troupes hors des frontières du royaume et surtout en plaine, eu égard au relief picard et nordiste. Mois après mois, toute son infanterie devait passer dans ce camp et s’aguerrir aux longs déplacements et à la vie de camp12.

Le roi avait pu mesurer en 1470, à Montlhéry, l’efficacité d’un camp retranché établi par ses adversaires, les Bourguignons. Ceux-ci s’étaient appuyés sur ce camp pour les manœuvres de l’infanterie, la mise en sureté de l’artillerie et des munitions mais aussi des hommes durant la nuit. En 1471, le roi ordonna la fabrication d’un tel camp à Montargis et en fit un outil durant ses campagnes de Normandie et de Picardie (le camp d’Abbeville). En 1480 donc, le roi décida de tester un camp de guerre, pas trop près des frontières pour ne pas exciter ses ennemis, mais pas trop loin non plus des Pays-Bas et de l’Angleterre. C’est ainsi que la Normandie fut choisie pour accueillir l’entrainement de l’artillerie et de l’infanterie dans un vaste camp. Louis XI joua un fort rôle dans la structuration de l’artillerie en laissant à sa mort 5 bandes d’artillerie contre une lors de son installation

Le second objectif du camp de Pont-de-l’Arche était la formation de l’armée aux techniques de combat des Suisses. La fin des francs-archers et la création des piquiers et hallebardiers avait été actée, mais qu’en était-il de la formation de la nouvelle armée ?

Les 20 000 hommes de pied, ou une partie du moins, se sont succédé dans le camp de Pont-de-l’Arche où se trouvaient les 6 000 mercenaires Suisses travaillant pour Louis XI depuis 147413. Commandés par Guillaume Diesbach, les Suisses ont formé les hommes des garnisons de la région d’Hesdin aux techniques de combat en bandes, encore appelées enseignes. C’est pourquoi le roi commanda près de 40 000 armes nouvelles pour faire de Pont-de-l’Arche un énorme camp d’instruction14. Une fois formées, on retrouve ces bandes l’année suivante aux côtés des Suisses et selon Philippe de Commynes « 8 000 piquiers » formant une armée qui « estoit fort belle »15. C’est à partir de ce moment que l’on a pu parler de « bandes de Picardie » restées célèbres dans l’histoire en tant que premières assises du « régiment de Picardie », autrement dit le 1er Régiment d’infanterie de l’armée française (voir l'illustration). On peut sourire de la proximité entre le nom "Picard" et nos picquiers louis-onziens.

 
Buste de Philippe de Commynes, chroniqueur et diplomate. Calcaire polychrome du début du XVIe s. Musée du Louvre, Paris. Philippe de Commynes (1447-1511), seigneur d’Argenton, était un des chroniqueurs les plus lus en Europe. Il laissa à la postérité ses Mémoires qui rapportent la manière dont le roi Louis XI a exercé le pouvoir royal (livres I à VI, composés entre 1489 et 1493). Puis ils rapportent l’expédition de Charles VIII en Italie (livres VII et VIII, composés entre 1495 et 1498) et enfin le couronnement de Louis XII. Écrits en langue vulgaire, et non en latin, ces Mémoires sont aussi novateurs sur le fond car ils jettent la lumière sur la pratique quotidienne du pouvoir, ce qu’a connu Philippe de Commynes en tant que conseiller et chambellan de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, puis de Louis XI à partir de 1472. Il s’attacha à mettre en valeur le travail diplomatique de Louis XI.

Buste de Philippe de Commynes, chroniqueur et diplomate. Calcaire polychrome du début du XVIe s. Musée du Louvre, Paris. Philippe de Commynes (1447-1511), seigneur d’Argenton, était un des chroniqueurs les plus lus en Europe. Il laissa à la postérité ses Mémoires qui rapportent la manière dont le roi Louis XI a exercé le pouvoir royal (livres I à VI, composés entre 1489 et 1493). Puis ils rapportent l’expédition de Charles VIII en Italie (livres VII et VIII, composés entre 1495 et 1498) et enfin le couronnement de Louis XII. Écrits en langue vulgaire, et non en latin, ces Mémoires sont aussi novateurs sur le fond car ils jettent la lumière sur la pratique quotidienne du pouvoir, ce qu’a connu Philippe de Commynes en tant que conseiller et chambellan de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, puis de Louis XI à partir de 1472. Il s’attacha à mettre en valeur le travail diplomatique de Louis XI.

Pourquoi choisir la Normandie ?

Louis XI avait négocié une trêve mais espérait surtout une paix durable avec ses adversaires. Le camp de Pont-de-l’Arche était une mise en application de l’adage « Si tu veux la paix, prépare la guerre » mais aussi un message fort envoyé aux autres souverains. D’ailleurs, le roi d’Angleterre craignit un moment que Louis XI ne prépare une attaque des terres anglaises de Calais16. C’était justement tout l’intérêt de Pont-de-l’Arche : une cité éloignée de la frontière afin de ne pas provoquer les rois en délicatesse avec Louis XI, mais suffisamment proche des zones à risques pour contrecarrer une opération soudaine17.

La place forte royale de Pont-de-l’Arche, connue du roi depuis qu’il la libéra de la Ligue du bien public en 1466, était facilement ravitaillable par la Seine18 et le chemin de Paris à Rouen et bénéficiait, de plus, de la présence de grandes forêts royales si utiles pour le bois du camp et des charriots. La ville fut peut-être aussi choisie par le roi pour faire une démonstration de force aux Normands récemment repassés sous son autorité. La police intérieure ne fait-elle pas partie des missions de l’armée ?

 

 

Après le camp…

Le roi fut satisfait de ce qu’il vit au camp de Pont-de-l’Arche à partir du 22 juin 1481 et les dix jours qui suivirent. C’est heureux car le trésor royal engagea pour ce camp 1 500 livres en quelques mois. Supportées par une lourde taille, elles représentaient la moitié des charges militaires annuelles de ce temps.

Le camp de Pont-de-l’Arche permit à Louis XI d’organiser son infanterie en bandes de piquiers professionnels destinés au combat en plaine. Quant à la vie dans un camp, il fut décidé de loger 30 hommes par tente, d’adopter des pavillons pour loger les gens de qualité et le nombre de véhicules de transport était désormais connu pour déplacer tout le matériel notamment l’artillerie… Une infanterie de camp était donc prête à chaque instant pour des opérations mobiles au-delà des frontières du royaume. L’infanterie régulière est donc née en deux étapes :

- le remplacement des francs-archers en janvier 1481 par le corps permanent des piquiers et hallebardiers ;

- la formation des troupes dans le camp de Pont-de-l’Arche en 1481.

Les bandes de Picardie constituèrent donc l'infanterie française jusqu'en 1494 où Charles VIII créa les bandes de Piémont qui participèrent à la guerre d'Italie contre l'Autriche de Charles Quint. Cependant, Charles VIII, a remplacé le corps des piquiers en 1487 par les francs-archers désormais appelés « gens de pied ». Ceux-ci coutaient moins cher au trésor royal mais ne donnaient pas satisfaction. C’est seulement au XVIe siècle qu’une infanterie permanente fut rétablie.

 
Le 1er régiment d’infanterie français est aujourd’hui basé à Sarrebourg. Il porte l’enseigne à croix blanche sur fond rouge, vraisemblablement en mémoire de l’instruction donnée par les Suisses à Pont-de-l’Arche aux troupes françaises affectées ensuite sur la frontière picarde et qui ont ainsi donné naissance aux célèbres « bandes de Picardie » et… à l’infanterie française !

Le 1er régiment d’infanterie français est aujourd’hui basé à Sarrebourg. Il porte l’enseigne à croix blanche sur fond rouge, vraisemblablement en mémoire de l’instruction donnée par les Suisses à Pont-de-l’Arche aux troupes françaises affectées ensuite sur la frontière picarde et qui ont ainsi donné naissance aux célèbres « bandes de Picardie » et… à l’infanterie française !

 

Notes

(1) Institué le 28 avril 1448.

(2) À raison d’un homme pour 50 foyers comme le précise l’ordonnance de 1466-1468. Voir Bessey Valérie, Construire l’armée page 33.

(3) Bessey Valérie (Ibidiem, page 33) précise que certains gros contribuables profitaient des exemptions fiscales dont bénéficiaient les francs archers ce qui donne une idée de la qualité du recrutement...

(4) Commynes Philippe de, Mémoires ou Chronique scandaleuse, page 160 : « En ce temps le Roy fist casser & abatre tous les francs archers du Royaume de France, & en leur place y voulut estre & demeurer pour servir en ses guerres les Suisses & picquiers. »

(5) Il tenta même d’enrégimenter les nobles du ban et de l’arrière ban à la manière des francs-archers c’est-à-dire sous la direction d’un capitaine. Il voulut aussi leur faire manier les piques et les hallebardes pour servir dans son infanterie ce qui se solda par un échec et un abandon de ce projet en 1483 (Valérie Bessey, Construire l’armée, page 34).

(6) Basin Thomas, Histoire de Louis XI (page 335) : « Il leva en Normandie 4 000 de ces hallebardiers et, pour payer leur solde, il imposa à cette province une contribution de 250 000 livres, sans compter des tailles considérables dont il l’avait chargée auparavant ; de la même façon, il instaura des hallebardiers dans la France entière (qui) avaient des soldes, comme la cavalerie, chacun d’eux touchant 60 livres par an. »

(7) Basin Thomas, Histoire de Louis XI (page 335) : « À leur place en effet il leva des gens de pied nommés hallebardiers… »

(8) Mandrot Bernard de, Journal de Jean de Roye(page 108) : « Ce sont ces troupes que Louis XI fit venir en Normandie à Pont-de-l'Arche ».

(9) Dupont Émilie, Mémoires… (page 217) : « Le bailli de Rouen commandait les pionniers du champ : ces pionniers étaient logés à Abbeville et aux environs. »

(10) Dupont Émilie, Mémoires… (page 217).

(11) Commynes Philippe de, Mémoires ou Chronique scandaleuse, page 161.

(12) Ce pourquoi « il feit faire grant nombre de charriots pour les clorres, les tentes et les pavillons » Dupont Émilie, Mémoires... (page 218).

(13) et de façon permanente à partir de 1477

(14) Jean Favier apporte ces précisions (Louis XI, page 353) : « Pour équiper le champ de Pont-de-l’Arche, le roi a passé d’un coup d’énormes commandes dont l’ensemble est réparti entre les marchands d’une vingtaine de villes, chargés de procurer, en deux mois, aussi bien des produits de la métallurgie locale que ceux d’importation. L’infrastructure est assurée par 700 tentes et 700 charriots. La réserve d’armes individuelles est impressionnante : 38 500 pièces dont 18 500 dagues, 14 500 hallebardes et 5 500 piques. Paris fournit 9 000 pièces, Tours et Angers 3 450. Il en coute 45 000 livres. Bien plus, il faut payer les ouvriers, les charretiers, les pionniers. »

(15) Commynes Philippe de, Mémoires ou Chronique scandaleuse (page 165) : « 1482 (…) le Roy avoit fait mettre sus les champs grand partie de ses gens de guerre, qu’il avoit en garnison au pays de Picardie, dont avoit la charge & conduitte le Sgr. des Querdes, laquelle compagnie il faisoit beau veoir, car elle estoit fort belle. En laquelle compagnie avoit quatorze cens lances fournies, très bien accompagnées de six mille Suisses & aussi de huict mille picquiers ».

(16) Dupont Émilie, Mémoires… (note 1, page 218).

(17) En effet, en 1480 Louis XI avait déjà envoyé 3 000 de ses Suisses en Normandie en prévision d’une attaque des troupes anglaises comme le cite Bernard de Mandrot, Journal de Jean de Roye… (page 108).

(18) On lit dans Dupont Émilie, Mémoires… (note 1, page 217) : que les pionniers logés à Abbeville avant de venir à Pont-de-l’Arche étaient ravitaillés « en blé par la rivière de Somme ».

 

 

Sources

- Brisson Charles, « Quand les Suisses, à Pont-de-l’Arche… », Notre vieux lycée : bulletin de l’association des anciens élèves du lycée Corneille, n° 112, 1962, pages 19-23 ;

- Basin Thomas, Histoire de Louis XI, traduction de Charles Samaran et Monique-Cécile Garand, tome III, Paris, Les Belles lettres, 1972, 462 pages ;

- Bessey Valérie, Construire l’armée française, textes fondateurs des institutions militaires. Tome I, De la France des premiers Valois à la fin du règne de François Ier. Brepols : Turnhout, 2006, 263 pages ;     

- Commynes Philippe de, Mémoires ou Chronique scandaleuse, Paris, Rollin, 1747, 660 pages ;

- Corvisier André, Histoire militaire de la France. Tome I, Des origines à 1715, sous la direction de Philippe Contamine, Presses universitaires de France, Paris, 626 pages ;

- Dupont Émilie, Mémoires de Philippe de Commynes, tome II, Paris : Jules Renouard, 1843, 607 pages ;

Dussieux Louis-Étienne, L'Armée en France, 1884, Versailles : L. Bernard, tome 1, pages 268 et suivantes ;

- Favier Jean, Louis XI, Paris, Fayard, 2001, 1019 pages.     

- Mandrot Bernard de, Journal de Jean de Roye connu sous le nom de Chronique scandaleuse : 1460-1483, Paris : Renouard, 1894-1896, 2 vol. (366 pages et 471 pages) ;    

- Revol Joseph Fortuné, Histoire de l'armée française, 1929, Paris : Larousse, 308 pages ;

- Yvert André, « Pont-de-l’Arche berceau de l’infanterie française », L’Industriel de Louviers, février 1939 ;

- Ministère de la Défense, « L’arme et son histoire », dossier n° 5, site Internet du 1er régiment d’infanterie : www.ri1.terre.defense.gouv.fr          

 

 
20 août 2015 4 20 /08 /août /2015 07:14
L'hospice tel qu'il se présentait dans les années 1960 : deux édifices parallèles (XVIIe siècle) tournés vers le nord. A remarquer, le cartouche qui couronne le portail en fer forgé et qui indique : Hôpital - hospice. A remarquer aussi, devant le pavillon en brique au fond à gauche, quelques personnes âgées discutant, notamment sur les bancs sous les arbres (cliché Ciné Lefer pour le bulletin municipal : Revue cantonale n° 1, 1965).

L'hospice tel qu'il se présentait dans les années 1960 : deux édifices parallèles (XVIIe siècle) tournés vers le nord. A remarquer, le cartouche qui couronne le portail en fer forgé et qui indique : Hôpital - hospice. A remarquer aussi, devant le pavillon en brique au fond à gauche, quelques personnes âgées discutant, notamment sur les bancs sous les arbres (cliché Ciné Lefer pour le bulletin municipal : Revue cantonale n° 1, 1965).

Faites le point sur le patrimoine architectural ancien de l’hôpital.

 

 

Un lointain ancêtre : l’hôtel-Dieu et la Salle d’armes

Un hôtel-Dieu est un établissement tenu par des religieux afin d’accueillir les pauvres et les malades. Hôtel et hôpital, deux mots qui désignent en français les espaces où l’on accueille des hôtes. Ces établissements sont les très lointains ancêtres de nos hôpitaux.

Nous nous basons ici sur l’étude de Paul Goujon, citée dans les sources, fondée sur les Archives de l’Eure pour jalonner l’histoire de l’hôtel-Dieu de Pont-de-l’Arche et, surtout, l’action des frères pénitents.

Le document le plus ancien, 1281, cite une maison où les pauvres recevaient l’hospitalité. Celui-ci est signé par le doyen de Lisieux, Guillaume du Pont-de-l’Arche, qui donna aux moines de l’abbaye de Bonport divers édifices près des remparts et du cimetière, donc de l’église Saint-Vigor, actuelle Notre-Dame-des-arts. Il conditionna ce don par l’obligation de continuer à accueillir les pauvres. On peut supposer que cet hôtel-Dieu était situé au-dessus de la Salle d’armes car cet espace apparait plus tard comme la cave de l’hôtel-Dieu. Il serait alors en face du cimetière et près des remparts.

La première mention de l’hôtel-Dieu se trouve dans une charte du roi Philippe le Bel datée de mars 1310. Les moines de Bonport n’ont pas dû en garder longtemps la responsabilité car les archives médiévales montrent que l’hôtel-Dieu était dirigé par un gouverneur et administrateur qui recevait une dotation de la vicomté. Il en reversait, le plus souvent, une part à un gérant qui était réellement présent sur les lieux. Paul Goujon montre que les administrateurs étaient le plus souvent des prêtres qui résidaient peu sur place et se faisaient remplacer par des assistants. Le même auteur identifie vers 1590 deux noms de directeurs de l’hôpital : Pierre Langlois, curé, et Louis Langlois, clerc, membres d’une famille d’officiers royaux siégeant au bailliage. L’hôtel-Dieu était alors un bénéfice ecclésiastique dépendant de l’évêque, c’est-à-dire un bien censé donner des moyens de subsistance... et d’action à un dignitaire catholique.

Au début du XVIIe siècle, l’hôtel-Dieu revint au curé de Cléon, Thomas Cyrot, membre d’une famille comptant des officiers royaux au bailliage. En 1611, c’est Richard Cyrot, plus tard curé de Criquebeuf, qui devint administrateur et ce pendant 36 années. Paul Goujon, ayant lu les comptes annuels rendus à la vicomté, mesure le sérieux de la gestion et l’implication financière de Richard Cyrot qui mobilisa ses deniers personnels. Les revenus de l’hôtel-Dieu étaient misérables : 30 livres de la vicomté plus les recettes de quelques terres et jardins, de quelques redevances perçues sur des particuliers et sur les droits de halle du marché… Quant au service, il était bien maigre : quelques lits, des couvertures, du bois de chauffage, un peu de nourriture, d’eau et de vin.

Quelques décorations au rez-de-chaussée et surtout la Salle d'armes (ancienne cave) rappellent l'existence de ce qui fut l'hôtel-Dieu de Pont-de-l'Arche, remplacé - pour sa partie haute - par un bâtiment du début du XIXe siècle (clichés Armand Launay, 2006 et 2013).
Quelques décorations au rez-de-chaussée et surtout la Salle d'armes (ancienne cave) rappellent l'existence de ce qui fut l'hôtel-Dieu de Pont-de-l'Arche, remplacé - pour sa partie haute - par un bâtiment du début du XIXe siècle (clichés Armand Launay, 2006 et 2013).

Quelques décorations au rez-de-chaussée et surtout la Salle d'armes (ancienne cave) rappellent l'existence de ce qui fut l'hôtel-Dieu de Pont-de-l'Arche, remplacé - pour sa partie haute - par un bâtiment du début du XIXe siècle (clichés Armand Launay, 2006 et 2013).

Les pénitents acquièrent l’hôtel-Dieu (1649) et l’étouffent.

La municipalité le récupère

Vers 1647, Richard Cyrot se laissa persuader d’aider des frères pénitents du tiers ordre de Saint-François de la province de Saint-Yves (prenez une respiration) à établir un couvent à Pont-de-l’Arche pour gérer l’hôtel-Dieu notamment grâce à une présence humaine et spirituelle plus ample. Il appuya leur demande auprès des autorités. Le rôle d’un certain “père Chérubin” est cité. Celui-ci, gardien du couvent des pénitents de Vernon, était déjà connu dans la ville pour ses sermons convainquants et il était, qui plus est, né à Pont-de-l’Arche au sein de la famille de Richard Cyrot...

Rappelons aussi que le catholicisme connaissait alors un renouveau notamment par la prédication, que ce soit avec des moines séculiers ou des laïcs comme les pénitents du tiers ordre franciscain exerçant une vie consacrée à l’image des moines (premier ordre) et des moniales (deuxième ordre). Ceci est évidemment une des réactions promues par la Réforme pour contrecarrer le protestantisme.

Paul Goujon souligna l’arbitraire de la bienveillance des autorités religieuses et royales qui, en juillet 1649 et après de longues intrigues, accordèrent aux pénitents le droit de s’installer dans les locaux de l’hôtel-Dieu qui ne sera désormais plus un bénéfice ecclésiastique. Ce renouveau du prêche catholique explique aussi l’installation à Pont-de-l’Arche, vers 1640, du couvent Saint-Antoine.

Les pénitents eurent à faire face à l’hostilité de la population qui voyait arriver, certes des hommes de religion, mais aussi des propriétaires ayant besoin de se nourrir et donc de maitriser des biens très matériels. Des biens que ces hommes spirituels n’oubliaient pas si l’on en croit l’ironie mordante de Paul Goujon qui leur taille peut-être pas un costume mais une robe de bure à leur dimension. Ils venaient s’ajouter au curé, son vicaire, six chapelains et divers prêtres habitués à venir à Pont-de-l’Arche.

Paul Goujon relata que les pénitents se désintéressèrent fortement de l’accueil des nécessiteux à l’hôtel-Dieu près de l’église : 5 lits, pas de soins, presque pas de nourriture. Le gardien de ces lieux avait failli être licencié faute de tâche à remplir. Les pénitents concurrençaient en revanche le curé par leurs messes et les dons afférents. Leur impéritie avérée, les pénitents furent démis de la gestion de l’hôtel-Dieu en 1674 par la Chambre royale mais gardèrent, après lutte, plusieurs bâtiments et ressources. L’hôpital fut géré par des représentants de l’Ordre du Mont-Carmel, avec encore moins de ressources, jusqu’à ce que le roi décidât en 1693 d’attribuer la gestion des hôpitaux aux communes.

L’hôtel-Dieu semble n’avoir pas eu grande activité ; dénué de moyen, oublié par les officiers royaux gérant la municipalité... officiers eux-mêmes parfois liés aux pénitents qui continuaient à percevoir indûment des revenus de l’hospice. Les bâtiments de hospice menaçaient de s’écrouler, faute d’entretien, ce qui explique sûrement pourquoi cet édifice ne nous est pas parvenu au-delà du niveau de la Salle d’armes, sa cave. À partir de 1768, l’hôpital n’était plus animé à tel point que, selon Étienne-Alexandre Sorel, pages 9 à 11, c’est une association de “douze dames charitables” parmi les grandes familles de la ville qui en reprirent la gestion.

 
Il semble que ce soit le choix des pénitents, qui ont délaissé l'ancien hôtel-Dieu, qui a mené à la ruine la partie de haute de cet édifice, rebâti au début du XIXe siècle par Julien Blin et qui a servi de première école communale (salles Croizat et de Beauregard) (cliché Armand Launay, 2008).

Il semble que ce soit le choix des pénitents, qui ont délaissé l'ancien hôtel-Dieu, qui a mené à la ruine la partie de haute de cet édifice, rebâti au début du XIXe siècle par Julien Blin et qui a servi de première école communale (salles Croizat et de Beauregard) (cliché Armand Launay, 2008).

Les pénitents créent leur couvent (1652-1754), futur hôpital...

Les pénitents se sentaient à l’étroit dans leurs locaux jouxtant l’église. Ils les délaissèrent et en cherchèrent de plus vastes. Après avoir lorgné sur la propriété royale autour de ce qu’on appelle de nos jours la tour de Crosne, les pénitents acquirent en 1652, par Richard Cyrot, une propriété avec plusieurs maisons, cour et jardin qui appartenaient à Nicolas Vallée, seigneur du Parc, conseiller du roi et président en l’élection de Pont-de-l’Arche… à deux pas de son lieu de travail : le bailliage. La même année, ils acquirent une autre maison jouxtant cette propriété et trois demeures avec jardins et terrains l’an d’après. Ils constituèrent ainsi une grande partie de l’assise foncière du couvent des pénitents à l’endroit où nous connaissons l’hôpital aujourd’hui.

En 1664, les pénitents achetèrent de Jehan Le Boulanger, conseiller et ancien avocat du roi, une maison avec cour et jardin et ce pour y construire une église. Il est probable que ce terrain ait permis de construire l’actuelle chapelle les années qui ont suivi. Le gros œuvre devrait donc vraisemblablement dater des années 1670.

En 1699, les pénitents acquirent d’Henry Lyard, procureur aux juridictions de la vicomté, un terrain et un jardin près de la porte des Champs (place Aristide-Briand). La même année, le roi leur donna un bout de rempart et une tour à l’encoignure de leur enclos (la tour de l’hospice). Ceci provoqua l’ire de l’Assemblée des habitants car les pénitents allaient supprimer la ruelle reliant la porte des Champs au bailliage. Son entrée aujourd’hui se trouve entre le Balto et le traiteur, presque en face de la rue Sainte-Marie. Son autre entrée était du côté du four à pain de la cour du bailliage.  

En 1754, les pénitents devinrent propriétaires du bien immobilier de Bertrande Millet, veuve de Jean Huault, secrétaire du roi, directeur des aides, qui comprenait une maison et un terrain qui servirent à la construction d’une porte cochère (qui existe toujours).

 
Sur le plan cadastral de 1834, signé Le Fébure (Archives de l’Eure), on retrouve aisément le tracé de la propriété des pénitents : la parcelle carrée au centre de cet extrait et les parcelles et maisons au nord, donnant sur la rue de la Municipalité (actuelle rue Julien-Blin). En comparant avec les photographies actuelles, on se rend compte que deux petits bâtiments ont été démolis depuis (ceux marqués d’un “9”) et que la porte cochère se trouvait au niveau de la parcelle n° 163 du plan cadastral. L’entrée des piétons devait être en face la venelle du Petit-salut sous le plus petit bâtiment. On remarque au sud de la propriété des pénitents le tracé de l’ancienne ruelle permettant de longer les remparts par l’intérieur entre la rue de Paris (rue Roosevelt) et le bailliage. Quoi qu’il en soit, les pénitents possédaient l’une des plus grandes propriétés intramuros de la ville. Ce n’est pas étonnant qu’ils se soient détournés d’autres dépenses comme l’assistance des pauvres et l’entretien de leurs anciens locaux près de l’église.

Sur le plan cadastral de 1834, signé Le Fébure (Archives de l’Eure), on retrouve aisément le tracé de la propriété des pénitents : la parcelle carrée au centre de cet extrait et les parcelles et maisons au nord, donnant sur la rue de la Municipalité (actuelle rue Julien-Blin). En comparant avec les photographies actuelles, on se rend compte que deux petits bâtiments ont été démolis depuis (ceux marqués d’un “9”) et que la porte cochère se trouvait au niveau de la parcelle n° 163 du plan cadastral. L’entrée des piétons devait être en face la venelle du Petit-salut sous le plus petit bâtiment. On remarque au sud de la propriété des pénitents le tracé de l’ancienne ruelle permettant de longer les remparts par l’intérieur entre la rue de Paris (rue Roosevelt) et le bailliage. Quoi qu’il en soit, les pénitents possédaient l’une des plus grandes propriétés intramuros de la ville. Ce n’est pas étonnant qu’ils se soient détournés d’autres dépenses comme l’assistance des pauvres et l’entretien de leurs anciens locaux près de l’église.

La Révolution libère les locaux...

À la Révolution, l’Assemblée constituante nationalisa les biens de l’Église (1789) puis supprima les ordres religieux (1790). Le couvent des pénitents, vidé de ses moines qui partirent à Saint-Pol (62) selon Émile Chevalier, revint alors à l’État. Quelques Conseils municipaux se tinrent dans la chapelle durant deux années durant avant que les élus municipaux ne siègent au bailliage. Puis, pour financer ses dépenses, en l’absence de levées d’impôts, l’État mit en vente ses “biens nationaux”. Le couvent des pénitents fut ainsi privatisé, après enchères, le 15 juin 1793 à François Jean. La vente concerna la maison conventuelle, l’église, un bâtiment, la cour et le jardin. Étienne-Alexandre Sorel nous apprend, page 83, que le couvent des pénitents fut pillé en 1793. On comprend pourquoi aucun mobilier ancien n’a été conservé. Ce François Jean semble faire partie des nombreux spéculateurs qui se sont enrichis grâce à la privatisation des biens nationaux car il est resté propriétaire peu de temps. En effet, une délibération du Conseil municipal en date du 3 juin 1834 nous apprend qu’en 1811 c’est un dénommé Michel Prudhomme qui avait vendu à Julien Blin une “maison” devenue depuis l’hôpital.

 
L'ancienne église des pénitents (bâtie vers 1670) a accueilli les conseils municipaux deux ans durant la période révolutionnaire. Elle est devenue la chapelle Saint-Luc de l'hôpital local qui a ouvert ses portes vers 1830 (cliché Armand Launay, 2006).

L'ancienne église des pénitents (bâtie vers 1670) a accueilli les conseils municipaux deux ans durant la période révolutionnaire. Elle est devenue la chapelle Saint-Luc de l'hôpital local qui a ouvert ses portes vers 1830 (cliché Armand Launay, 2006).

… et Julien Blin permet la renaissance d’un hôpital de statut public (1830)

Julien Blin (1738-1826) était ingénieur des ponts et chaussées, un poste important dans le lieu de passage qu’était Pont-de-l’Arche. Cet homme s’est fait connaitre pour sa bonne gestion de la commune quant il fut nommé maire sous la Restauration. Il gagna aussi l’estime de la population par sa générosité notamment par de larges dons immobiliers en faveur de la commune. Ses dons permirent la création de la première école communale (au-dessus de la Salle d’armes) et l’hospice qui nous intéresse.

Une délibération du Conseil municipal en date du 25 aout 1827 précise que Monsieur Blin, n’ayant pas de descendant, donne à la commune l’ancien couvent des pénitents afin de servir d’hôpital aux « indigents malades et inférieurs » de la ville et de bonne moralité. Mû par une vision catholique de l’entraide et par un souci de la vie en collectivité, Julien Blin permit à la municipalité de jeter les bases de ce qui est devenu un service public de soin et d’assistance pour personnes âgées. En remerciement, en 1865 la municipalité donna le nom de Julien Blin à une rue de la ville : celle de l’hôpital… ce qui permet de rattacher un peu le nom de cet homme à l’institution qu’il a contribué à créer. Néanmoins, avec la nouvelle ouverture du côté de la rue Général-de-Gaulle, le nom de Julien Blin apparaitra bien peu au côté de l’hôpital.

Une délibération, déjà citée, du Conseil municipal du 3 juin 1834 nous apprend qu’une commission administrative de cet hôpital avait été instituée par un arrêté du préfet en date du 9 juillet 1830. L’hôpital a donc fonctionné comme un service administratif doté de faibles moyens et animé au quotidien par des religieuses dont le travail ne doit pas être masqué par l’impéritie des pénitents d’antan. L’ancienne église Saint-Luc reprit du service en tant que chapelle de l’hospice. Il semble que l’hospice perdait de la vitesse quand la municipalité s’intéressa de nouveau à lui à la toute fin du XIXe siècle.

 

 

Vers un service public de qualité

L’idée est récente que l’État, représentant les citoyens et leurs intérêts, doive rendre un service de qualité en matière de santé et de prise en charge de la dépendance. Elle apparait en gestation dans certains programmes de la Révolution et émerge avec l’arrivée au pouvoir des républicains et plus encore des socialistes auxquels il faut rattacher les communistes.

Le maire, républicain de gauche, Eugène Ferrand marqua un renouveau dans la gestion de l’hospice. Il fit rétablir la commission administrative gérant l’hôpital local ce qui témoigne de sa volonté de mettre de l’ordre, au nom de la mairie et donc des habitants, dans la gestion de ce service.

Tout en diminuant les dépenses de l’hôpital, il en augmenta la capacité d’accueil (de 12 à 18 lits) en ajoutant un nouveau bâtiment en brique, bien éclairé, aujourd’hui englobé dans les locaux actuels où se trouvent les salles de loisirs et de restauration. Le journal L’Elbeuvien du 30 décembre 1900 retrace l’inauguration de ce nouveau bâtiment : « sous la présidence de M. Eugène Ferrand, assisté de membres de la commission administrative de l’hospice. L’auteur des plans est M. Marie, ancien agent-voyer, qui en a conçu les aménagements d’après les derniers perfectionnements préconisés par la science moderne. L’hôpital est tenu par les sœurs de la Providence d’Évreux ».

 
Du pavillon en brique construit en 1900 par l'architecte et agent-voyer de la commune, Hubert Marie, il reste au moins deux murs qui ont été conservés dans l'agrandissement de 1995 (clichés Armand Launay, 2015).
Du pavillon en brique construit en 1900 par l'architecte et agent-voyer de la commune, Hubert Marie, il reste au moins deux murs qui ont été conservés dans l'agrandissement de 1995 (clichés Armand Launay, 2015).

Du pavillon en brique construit en 1900 par l'architecte et agent-voyer de la commune, Hubert Marie, il reste au moins deux murs qui ont été conservés dans l'agrandissement de 1995 (clichés Armand Launay, 2015).

 

L’hospice inspira Octave Mirbeau

La gestion paramunicipale de l’hospice était toujours soumise à la logique toute chrétienne de l’accueil et du soin des malades et des vieillards. Elle était mue par un sentiment de charité mais aussi un jugement moral des comportements individuels. Ceci a commencé à déplaire à une partie de la population qui s’est détachée de la morale religieuse. C’est le cas du célèbre écrivain anarchiste français Octave Mirbeau (1848-1917) qui, de plus, reprochait à l’administration sa passivité voire son indifférence à l’égard des souffrances de nombreux citoyens. Il habita aux Damps, rue Marie-Morel-Billet, à quelques mètres de Pont-de-l’Arche et trouva dans la région une importante source d’inspiration littéraire. L’hôpital local fut ainsi la cible de ses attaques à cause du caractère arbitraire de son règlement restreignant l’accès à certaines personnes… Dans la nouvelle intitulée Les Abandonnés et datée du 28 juillet 1890, c’est le cas de Justine Lecœur, journalière isolée tombée enceinte hors mariage, ce qui était très mal vu. Son l’amant lui a été retiré par le service militaire imposé par l’État. Honoré Rebours, le maire de Saint-André-du-Courtil, nom imaginaire mais faisant écho à Pont-de-l’Arche, est révolté car Justine Lecœur, sur le point d’accoucher, est refusée dans tous les hospices de la région, dont le sien :     

Mais moi non plus, je ne puis vous recevoir à l'hospice... Il ne m'appartient pas et je n'ai aucune autorité... On y reçoit que des vieillards... Les règlements sont formels... Et encore faut-il que ces vieillards privilégiés réunissent des conditions d'âge, de moralité, de domicile, qui entravent généralement leur admission. C'est ainsi que les bienfaiteurs… Et le maire appuya sur ce mot avec une ironie cruelle qui échappa complètement à l'esprit simple de Justine...

- Que les bienfaiteurs entendent toujours la charité... Ils demandent à la douleur ses papiers, ils exigent de la pauvreté des certificats de bonnes vie et mœurs... Il faut que les larmes leur plaisent et qu'elles aient eu de la vertu...

Il force ensuite les règlements en faisant admettre Justine à l’hôpital de Louviers afin que celle-ci soit prise en charge, le temps de l’accouchement, avant de retourner dans sa misère…

Le problème n’était peut être pas tant les conditions d’admission de l’hôpital local que l’inexistence d’un système de santé national vers lequel renvoyer les citoyens dans la détresse. C’est ce qui explique pourquoi la santé et l’aide sociale se sont peu à peu laïcisées afin que les conditions d’accès aux soins soient moins jugeantes, restrictives ; en somme, moins subjectives et surtout que l’accès à la santé soit un droit discutable par tous par le biais de la politique.  

 
 
Octave Mirbeau, un écrivain engagé qui s'est inspiré de la région de Pont-de-l'Arche pour se révolter contre la misère d'une grande partie de la population (source : Wikipédia).

Octave Mirbeau, un écrivain engagé qui s'est inspiré de la région de Pont-de-l'Arche pour se révolter contre la misère d'une grande partie de la population (source : Wikipédia).

 

1976 : début de la grande restructuration de l’hôpital

Avec la loi du 21 décembre 1941, les hospices devinrent des hôpitaux dotés d'une direction. Cette loi pose les fondations du système hospitalier actuel. En 1976, l’hospice était néanmoins une institution vieillie, sans jeu de mots, ce qui motiva le lancement d’imposants travaux à étaler dans le temps. Il s’agissait d’agrandir les locaux, d’améliorer les services et d’humaniser le lieu. C’est en 1976, sous le mandat de Roland Levillain, que démarra la première tranche de travaux qui se solda par la livraison de l’important bâtiment de 41 lits. Celui-ci se trouve au centre, le long du muret parallèle à la rue Général-de-Gaulle et qui signale l’ancien rempart (voir la photographie).

 
Vue générale sur les travaux de 1976 depuis le nord. On voit, à l'avant plan, le pavillon de 1900, et l'on identifie bien quelle partie de l'hôpital a été ajoutée en ce temps (archives municipales de Pont-de-l'Arche).

Vue générale sur les travaux de 1976 depuis le nord. On voit, à l'avant plan, le pavillon de 1900, et l'on identifie bien quelle partie de l'hôpital a été ajoutée en ce temps (archives municipales de Pont-de-l'Arche).

1996 : nouveaux bâtiments et litiges sur les anciens

Puis, la deuxième phase d’agrandissement fut lancée sous le mandat de Paulette Lecureux grâce à l’investissement du Conseil général de l’Eure promis à partir de 1990. En 1992, le projet de l’architecte lovérien Bruno Foulkes fut retenu qui prévoyait 45 lits supplémentaires ainsi que l’amélioration des parties communes, des bureaux et de l’accueil. Ce projet enveloppa, notamment, deux murs (au moins) du pavillon en brique de 1900 et prolongea l’hôpital du côté de la rue Julien-Blin en éliminant les anciens bâtiments. Aider les anciens en oubliant l’ancien, en somme… La même année, cette partie du projet provoqua l’incompréhension et l’opposition d’habitants, dont le conseiller municipal le plus proche des questions patrimoniales, Jean-Pierre Patin. Celui-ci alerta les Amis des monuments et sites de l’Eure. Ceux-ci furent entendus et rejoints par l’Architecte des bâtiments de France qui refusa la destruction de la chapelle et des bâtiments anciens. Malgré cela, le préfet signa le permis de démolir le 8 avril 1993. Ce permis fit l’objet d’un recours auprès Tribunal administratif de Rouen. Après négociation avec le Ministère de la culture, un nouveau permis fut accordé le 9 novembre 1993 qui préservait la chapelle Saint-Luc et quatre travées de l’édifice en face. Seuls furent sacrifiés, parmi le projet initial, un jardin, une dizaine de places de parking et un accès plus aisé aux véhicules notamment de livraison. Les travaux démarrèrent en janvier 1994 et les bâtiments furent livrés en 1995.

 
La chapelle Saint-Luc et quatre travées de l'édifice nord ouest ont survécu à plus de 300 ans d'érosion et au projet d'agrandissement de l'hôpital en 1995 grâce à la mobilisation de passionnés du patrimoine ancien (clichés Armand Launay, 2014 et 2015).
La chapelle Saint-Luc et quatre travées de l'édifice nord ouest ont survécu à plus de 300 ans d'érosion et au projet d'agrandissement de l'hôpital en 1995 grâce à la mobilisation de passionnés du patrimoine ancien (clichés Armand Launay, 2014 et 2015).

La chapelle Saint-Luc et quatre travées de l'édifice nord ouest ont survécu à plus de 300 ans d'érosion et au projet d'agrandissement de l'hôpital en 1995 grâce à la mobilisation de passionnés du patrimoine ancien (clichés Armand Launay, 2014 et 2015).

2015 : troisième extension… jusqu’à la rue Général-de-Gaulle

En 2011, l’hôpital fut labellisé Établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) et ce grâce à sa conformité avec les exigences nationales. Ainsi, les maisons de retraite médicalisées changèrent-elles peu à peu d'appellation.

Suite au départ d’un magasin (Coop), l'EHPAD a acheté plusieurs parcelles donnant sur la rue Général-de-Gaulle. Récupérant ainsi l’espace qui lui faisait cruellement défaut pour adapter ses services au vieillissement de la population française, il put lancer son troisième projet d’extension et ce avec L'Agence régionale de santé, le Conseil départemental et le maire Richard Jacquet, président de l'EHPAD. En 2013, l’espace acquis fut libéré de ses anciens locaux (le magasin et deux maisons). Ce projet prévoit notamment le passage en chambres individuelles pour 78 résidents, la création de lits d’hébergement temporaire, la création d’un Pôle d’activité et de soins adaptés (PASA) et la création d’une unité sécurisée pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Pour ce faire, les bâtiments seront rénovés et un nouveau bâtiment est entièrement créé le long de la rue Général-de-Gaulle. Celui-ci permettra l’accès des véhicules par une galerie ainsi que l’agrandissement du parc au profit des résidents. Ce bâtiment à l’architecture contemporaine est couvert de brique de parement afin de le marier - un peu - à l’ensemble urbain, très XIXe siècle, qui caractérise cet espace de faubourgs. Cette métamorphose de l’urbanisme intervient au moment où la place Aristide-Briand a été entièrement refaite et où la municipalité entend réaménager l’ensemble de l’axe Est-ouest (de Bonport au rondpoint des écoles).

La troisième extension de l'hôpital en 2014 et 2015 (clichés Armand Launay) et selon la perspective d'architecte (cabinet MVT).
La troisième extension de l'hôpital en 2014 et 2015 (clichés Armand Launay) et selon la perspective d'architecte (cabinet MVT).
La troisième extension de l'hôpital en 2014 et 2015 (clichés Armand Launay) et selon la perspective d'architecte (cabinet MVT).

La troisième extension de l'hôpital en 2014 et 2015 (clichés Armand Launay) et selon la perspective d'architecte (cabinet MVT).

Vue sur le jardin d'après la perspective d'architecte du cabinet MVT. La porte d'entrée, sous galerie, se trouve à droite et donne sur la rue Général-de-Gaulle. Cet aménagement va mettre en valeur la tour de l'hospice, et son mauvais état, à peu près à l'endroit d'où cette vue est tirée.

Vue sur le jardin d'après la perspective d'architecte du cabinet MVT. La porte d'entrée, sous galerie, se trouve à droite et donne sur la rue Général-de-Gaulle. Cet aménagement va mettre en valeur la tour de l'hospice, et son mauvais état, à peu près à l'endroit d'où cette vue est tirée.

 

Faites le point sur le patrimoine architectural ancien de l’hôpital.  

 

 

Conclusion

Il y a d’importantes ruptures dans le service d’assistance et de soin depuis le XIIIe siècle à nos jours. On ne peut pas dire que l’hôpital local soit issu de l’hôtel-Dieu. Il provient néanmoins des vestiges patrimoniaux (le couvent des pénitents) et du souvenir spirituel de cet établissement religieux. On dit souvent qu’il n’y a pas de justice parmi les hommes. Cependant, on a vu, ci-dessus, que ceux qui ont puisé dans les ressources de l’hôtel-Dieu pour construire un couvent, entre autres, ont été chassés par la Révolution. Leurs biens ont été restitués par Julien Blin à un organisme public capable de gérer correctement cette institution exigeante, selon les besoins et les attentes des citoyens.   

L’hôpital s’adapte en effet au vieillissement de la population, à la croissance de ses exigences - pour ceux qui peuvent en payer le prix - mais aussi à la révolution des transports. La circulation et le stationnement des voitures et des camions est devenu difficile dans le centre-ville médiéval. L’hôpital a d’abord souhaité faire disparaitre les anciens édifices qui ont pourtant été cruciaux dans la naissance de cette institution et dans sa pérennité, notamment avec une spécialisation dans la prise en charge des personnes âgées. Sans la grandeur des locaux, une petite unité de soin aurait tôt fait de fermer dans le cadre d’une concentration des moyens médicaux dans de plus grandes villes.  

Heureusement, des habitants se sont mobilisés pour sauvegarder - au moins partiellement - les anciens édifices dont la chapelle. Ils ont sauvé l’un des plus beaux paysages urbains de Pont-de-l’Arche à l’endroit de la douce courbe de la rue Julien-Blin et ses demeures anciennes de part et d’autre. Qu’ils en soient remerciés. Ils ont, par là, forcé l’hôpital à chercher une meilleure adaptation aux besoins nouveaux et ce en mariant agrandissement et restructuration par une ouverture vers les faubourgs et la rue Général-de-Gaulle. Cette ouverture reporte néanmoins à l’arrière plan, physiquement et emblématiquement, les anciens locaux.

Il serait heureux aujourd’hui, en sus et malgré les grosses et récentes dépenses de l’EHPAD, que le patrimoine ancien soit pleinement réhabilité. La tour de l’hospice (XIIIe siècle) sera désormais visible dans les espaces verts. La chapelle Saint-Luc a besoin d’une dernière phase de réhabilitation pour être redonnée au culte car le bienêtre physique est complémentaire au bienêtre spirituel des résidents, de leurs accompagnants, de leurs familles. Il serait beau, aussi, que la chapelle soit redonnée au culte pour souligner les origines de cet hôpital associé au nom de Julien Blin et à ses attaches catholiques.

 

 

À lire aussi, plus triste : La léproserie de Pont-de-l’Arche

 

 

Sources

- Chevallier Émile, Guide du touriste et de l’archéologue au Pont-de-l’Arche, vers 1933, Fimin-Didot ;

- Goujon Paul, “L’hôtel-Dieu et les pénitents du Pont-de-l’Arche”, La Normandie, n° 3 de mars 1897, pages 65 à 76, et n° 4 (?) d’avril 1897, pages 105 à 115 ;

- Pont de l’Arche, bulletin municipal, n° 20, janvier 1994, 32 pages. “Rénovation de l’hôpital, par B. Maillard, directeur”, page 13 ;

- Monuments et sites de l’Eure n° 66, 1993, Patrimoine en péril : l’hôpital de Pont-de-l’Arche. RV 77 n° 66 ;

- Patin Jean-Pierre, “L’hôpital de Pont-de-l’Arche”, Monuments et sites de l’Eure n° 67, 1993, p. 17-18.

- Registres des délibérations du Conseil municipal.

 

 

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 13:33
Vue bucolique sur une partie de l'EHPAD depuis la courtine du bailliage (cliché Armand Launay, 2008).

Vue bucolique sur une partie de l'EHPAD depuis la courtine du bailliage (cliché Armand Launay, 2008).

 

Le patrimoine ancien de l’hôpital de Pont-de-l'Arche, actuellement appelé Établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), comprend la tour dite de l’hospice, deux restes d’édifices de l’ancien hospice dont l’un comprend la chapelle Saint-Luc. Bel ensemble donc qui reste plutôt ignoré du public.  

 

Faites le point sur l’historique de l'hôpital... de l'hôtel-Dieu à l’EHPAD


La tour de l’hospice a longtemps été oubliée, ou presque, derrière une maison et sous des broussailles poussant entre deux propriétés : celle de l’hôpital et celle d’un particulier. C’est un vestige d’une des tours de flanquement des fortifications du Pont-de-l’Arche médiéval. Hémicylindrique (demi cylindre), elle possède encore une petite partie de son deuxième niveau. Le premier niveau semble avoir été comblé avec du moellon. Elle semble dater, comme le gros des remparts de la ville, des travaux lancés par Philippe Auguste, au début du XIIIe siècle donc. La base de cette tour est masquée par le comblement du fossé qui séparait la ville fortifiée de la terrasse alluviale du Pont-de-l’Arche des faubourgs et des nouveaux quartiers.

Ce monument est inscrit sur l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques depuis le 15 juin 1939. Les travaux de restructuration de l’EHPAD mettront en valeur le mauvais état de la tour car ce monument se trouvera au bord du parking et parmi un cadre à la fois vert et patrimonial qui compte parmi les critères d’un service de qualité rendu aux résidents. Des subventions sont pourtant à demander au ministère de la culture pour envisager sa restauration.

La tour de l'hospice sera désormais visible dans le cadre du réaménagement de l'EHPAD. Le public pourra voir son mauvais état, côté EHPAD, et ses réparations improvisées, côté privé (cliché Armand Launay, 2012).

La tour de l'hospice sera désormais visible dans le cadre du réaménagement de l'EHPAD. Le public pourra voir son mauvais état, côté EHPAD, et ses réparations improvisées, côté privé (cliché Armand Launay, 2012).

Les édifices nord

Autour de l’ancienne entrée, par la rue Julien-Blin, se trouvent deux édifices de la seconde moitié du XVIIe siècle, semble-t-il. En partie conservés, ils témoignent de ce que fut le couvent des pénitents mais ne font l’objet d’aucun classement par les services des Monuments historiques.

Ces édifices comprennent deux niveaux sur cave et sont couverts d’un toit à deux versants portant des ardoises. Au n° 13 de la rue Julien-Blin, l’édifice nord ouest de l’hôpital a été rasé à 60 % vers 1995. Il présente deux baies côte à côte à chaque niveau des deux murs pignons. Le mur gouttereau (façade) le plus visible présente quatre baies à chaque niveau. Le rez-de-cour offre une décoration en haut relief de voutes en plein cintre qui encadrent les baies et créent une fausse galerie avec deux bandeaux courant le long des murs. Ceci crée une série de faux chapiteaux qui sépareraient des colonnades et des voutes. Ce type de décor se trouvait dans l’édifice Est, en vis-à-vis. De là à imaginer un air de cloitre et son jardin disparu…

Quant au gros œuvre, il doit être composite : pierre de taille, brique, moellon, silex. Il tranche, quoiqu'il en soit, avec le pan de bois qui constitue tous les édifices de cette partie de la ville, ce qui semble appuyer la thèse que les locaux du couvent ont été bâtis par les moines en lieu et place d'anciennes demeures. Les édifices nord sont couverts de plâtre légèrement travaillé de manière à souligner les encadrements des ouvertures et les bandeaux entre les niveaux. L’édifice nord ouest est plus finement décoré avec des sculptures imitant des pierres de taille aux encadrements des fenêtres et en guise de clés des voutes du premier niveau. L’intérieur de ces édifices ne présente aucun intérêt patrimonial à cause des aménagements récents (faux plafonds…). Les caves doivent présenter un intérêt mais nous n’avons pas pu les visiter. La partie intérieure qui présente un intérêt est celle de la chapelle Saint-Luc.    

 
L'édifice nord ouest, XVIIe siècle, avant sa démolition partielle (cliché EHPAD, vers 1993). Puis, le même édifice vu depuis l'EHPAD (cliché Armand Launay, 2014).L'édifice nord ouest, XVIIe siècle, avant sa démolition partielle (cliché EHPAD, vers 1993). Puis, le même édifice vu depuis l'EHPAD (cliché Armand Launay, 2014).

L'édifice nord ouest, XVIIe siècle, avant sa démolition partielle (cliché EHPAD, vers 1993). Puis, le même édifice vu depuis l'EHPAD (cliché Armand Launay, 2014).

La chapelle Saint-Luc et l'édifice nord Est, XVIIe siècle, qui fut entièrement démoli (cliché EHPAD, vers 1993). La chapelle Saint-Luc vu depuis la cour de l'EHPAD avec l'extrémité de l'extension de 1995 (cliché Armand Launay, 2015).La chapelle Saint-Luc et l'édifice nord Est, XVIIe siècle, qui fut entièrement démoli (cliché EHPAD, vers 1993). La chapelle Saint-Luc vu depuis la cour de l'EHPAD avec l'extrémité de l'extension de 1995 (cliché Armand Launay, 2015).

La chapelle Saint-Luc et l'édifice nord Est, XVIIe siècle, qui fut entièrement démoli (cliché EHPAD, vers 1993). La chapelle Saint-Luc vu depuis la cour de l'EHPAD avec l'extrémité de l'extension de 1995 (cliché Armand Launay, 2015).

La chapelle Saint-Luc

Discrète mais pourtant bien présente, se trouve la chapelle Saint-Luc au numéro 11 de la rue Julien-Blin. C’est le seul bâtiment de l’édifice nord-Est épargné par les travaux de 1995. Les ¾ de cet édifice ont alors été rasés. Quant au saint patron, il semble s’agir de saint Luc l’évangéliste puisque ce médecin, auteur du troisième évangile, est considéré par les chrétiens comme saint patron des médecins et des services de santé mais aussi des peintres. Il est célébré le 18 octobre.

La chapelle date vraisemblablement des années 1670. C'est Paul Goujon qui nous donne des indices en ce sens. L'auteur, qui a compulsé les archives départementales, nous apprend qu'en 1664 les pénitents achetèrent de Jehan Le Boulanger, conseiller et ancien avocat du roi, une maison avec cour et jardin et ce pour y construire une église. Il est probable que ce terrain ait permis de construire l’actuelle chapelle les années qui ont suivi. Comme les autres édifices nord de l'hôpital, la structure de la chapelle n'est pas composée de pans de bois, ce qui la distingue du reste du quartier du bailliage. Il semble donc qu'ils aient rasé la demeure nouvèlement acquise afin de construire une église dans un espace réduit, reprénant les dimensions d'une maison d'habitation avec un volume suffisant à l'accueil de fidèles que les pénitents voulaient nombreux. L'accueil du public obligea les pénitents à construire l'église le long de la rue qui n'était pas nécessairement le plus vaste emplacement.

Un autre indice, livré par Paul Goujon, nous intéresse. Les pénitents étaient en procès en 1741 avec Pierre et Nicolas Lebret, charpentiers de La Neuville-Chant-d'Oisel qui avaient rénové l’église des pénitents. Ces travaux semblent confirmer que l’église avait vieilli et, par conséquent, qu’elle devait dater des premières années suivant l’acquisition du terrain en 1664.

L'expulsion des pénitents en 1791 sonna la fin du culte qui ne reprit que quand cette ancienne église devint une chapelle de l'hôpital créé par la municipalité après et grâce aux dons de Julien Blin (1826).

 

Depuis l’extérieur, la chapelle est reconnaissable aux deux croix en relief sur plâtre qui couronnent les deux portes d’entrée (côté rue et côté cour). Deux baies, et une porte donc, percent une façade nord (rue Julien-Blin) rendue si fade par son ravalement que, sans ses symboles chrétiens, elle attirerait bien peu l’attention depuis la rue.

Parmi ces symboles, on peut compter la belle porte d’entrée en bois, côté rue, qui ne semble pas ancienne (début du XXe siècle). Chacun des deux vantaux est orné de lignes sculptées formant une grande croix. C’est au centre de ces croix, quel clin-d’oeil, que se trouvent les poignées d’ouverture... Couronnant ces vantaux, un panneau de bois présente deux roses à quatre lobes inscrites chacune dans son cercle et, plus largement, dans un carré. La porte ouvrant sur la cour intérieure est identique à celle donnant sur la rue. Elle est cependant couronnée d’un vasistas orné de deux petits vitraux de Pierre Lafoucrière (voir plus bas).

De plan carré, la chapelle présente - en toute logique - un autel orienté, c’est-à-dire tourné vers l’orient. Elle ne possède plus de cloche qui peut-être se trouvait dans un lanternon et sur les petits édifices le long de la rue.

La décoration intérieure de la chapelle s’inspire du baroque mais son caractère récent ne fait pas mystère grâce, notamment, à une plaque de marbre à gauche de la porte de la cour : “Cette chapelle a été décorée grâce à la générosité de M. André Désiré Le Normand. Juillet 1894”.

L’autel en bois est décoré par l’agneau du sacrifice entouré de rayons solaires, le tout relevé par des dorures. Il repose dans un chœur marqué par une élévation d’une marche et pavé d’élégants carrés en céramique à décor floral. Sur le mur Est, derrière l’autel, se trouve une niche voutée en cul-de-four qui accueillait une statue et une console sur chaque encoignure. Ces deux consoles devaient porter les statues de saint Luc et, peut-être, de la Vierge Marie, de saint François...  

Sur ce mur sont sculptées en relief deux colonnes décoratives à chapiteaux corinthiens de part et d’autre de la niche centrale. Elles sont jumelées en vis-à-vis par deux colonnes sur le mur ouest. Le long du mur sud, une ancienne porte a été rouverte par l’équipe venue il y a quelques années éradiquer le salpêtre. Cette porte devait servir d’entrée aux officiants du temps des pénitents. Le mur nord comprend deux colonnes et trois voutes rappelant un peu le décor des façades des deux édifices nord de l'hôpital. Notons aussi la présence d'un harmonium Dumont-Lelièvre.

L’élément patrimonial le plus notable de cette chapelle sont les quatre vitraux dessinés par l’artiste peintre Pierre Lafoucrière (né en 1927) et réalisés en 2001 par l’atelier de Dominique Bony-Bogros (Paris). Les vitraux ne sont pas figuratifs. Ils laissent passer une large lumière colorée grâce à de grandes pièces de verre. Ceci pallie le manque de luminosité de cette chapelle dont les principales ouvertures sont tournées vers le nord, c'est-à-dire la rue et donc les fidèles. Les bougies et l’ambiance solennelle de la messe devaient donc beaucoup compter afin que ce lieu soit propice au recueillement. Le financement des vitraux a été assuré par les dons des paroissiens. Dans le même temps, Pierre Lafoucrière exposa ses oeuvres à Pont-de-l’Arche grâce à ses bonnes relations avec le curé Paul Bigo, très versé dans le monde des arts. Bel hommage à saint Luc, donc, qui est aussi patron des peintres... peut-être est-ce aussi une manière de rappeler l'importance de cette chapelle qui fut menacée, la décennie précédente, de destruction ?

Cependant, la chapelle Saint-Luc n’est plus utilisée par le culte catholique depuis quelques années à cause des travaux d’éradication du salpêtre. Ceux-ci ont conduit au retrait de nombreuses boiseries au pied des murs où il reste les traces des anciennes attaches. La chapelle a aujourd’hui besoin d’une nouvelle phase de réhabilitation afin qu’elle soit redonnée au culte catholique, ne serait-ce que pour rappeler ce que l'hôpital doit à certaines personnes qui ont puisé dans cette religion une force d'action. En attendant cette rouverture, le curé reste évidemment aumonier auprès des résidents de l’EHPAD qui le souhaitent.

 
Les croix qui couronnent les deux entrées de la chapelle Saint-Luc. Vue sur la porte d'entrée de la rue Julien-Blin (clichés Armand Launay, 2013, 2013 et 2014).
Les croix qui couronnent les deux entrées de la chapelle Saint-Luc. Vue sur la porte d'entrée de la rue Julien-Blin (clichés Armand Launay, 2013, 2013 et 2014).
Les croix qui couronnent les deux entrées de la chapelle Saint-Luc. Vue sur la porte d'entrée de la rue Julien-Blin (clichés Armand Launay, 2013, 2013 et 2014).

Les croix qui couronnent les deux entrées de la chapelle Saint-Luc. Vue sur la porte d'entrée de la rue Julien-Blin (clichés Armand Launay, 2013, 2013 et 2014).

La chapelle de la fin du XVIIe siècle a nécessité plusieurs campagnes de restauration dont celle de 1894 qui a maintenu (?) la chapelle dans son style baroque (cliché Armand Launay, 2014).

La chapelle de la fin du XVIIe siècle a nécessité plusieurs campagnes de restauration dont celle de 1894 qui a maintenu (?) la chapelle dans son style baroque (cliché Armand Launay, 2014).

Vue sur le mur nord de la chapelle Saint-Luc et sur ses deux vitraux de Pierre Lafoucrière datant de 2001. Puis, zoom sur le vitrail nord ouest (celui de gauche) et sur la signature (clichés Armand Launay, 2015).
Vue sur le mur nord de la chapelle Saint-Luc et sur ses deux vitraux de Pierre Lafoucrière datant de 2001. Puis, zoom sur le vitrail nord ouest (celui de gauche) et sur la signature (clichés Armand Launay, 2015).
Vue sur le mur nord de la chapelle Saint-Luc et sur ses deux vitraux de Pierre Lafoucrière datant de 2001. Puis, zoom sur le vitrail nord ouest (celui de gauche) et sur la signature (clichés Armand Launay, 2015).

Vue sur le mur nord de la chapelle Saint-Luc et sur ses deux vitraux de Pierre Lafoucrière datant de 2001. Puis, zoom sur le vitrail nord ouest (celui de gauche) et sur la signature (clichés Armand Launay, 2015).

Tombeau d'autel de la chapelle Saint-Luc avec l'agneau du sacrifice. Porte voutée de la cour de l'EHPAD. Très récente, c'est le seul endroit de Pont-de-l'Arche où l'on peut symboliquement passer les vestiges de remparts sous une voute (clichés Armand Launay, 2015 et 2006).
Tombeau d'autel de la chapelle Saint-Luc avec l'agneau du sacrifice. Porte voutée de la cour de l'EHPAD. Très récente, c'est le seul endroit de Pont-de-l'Arche où l'on peut symboliquement passer les vestiges de remparts sous une voute (clichés Armand Launay, 2015 et 2006).

Tombeau d'autel de la chapelle Saint-Luc avec l'agneau du sacrifice. Porte voutée de la cour de l'EHPAD. Très récente, c'est le seul endroit de Pont-de-l'Arche où l'on peut symboliquement passer les vestiges de remparts sous une voute (clichés Armand Launay, 2015 et 2006).

A gauche, édifice sud ouest totalement rasé en 1995 qui semble être de la facture d'Hubert Marie, architecte et agent-voyer de la commune qui a déjà réalisé des façades mixtes, chargées en décors (cf. la Salle d'armes et le bailliage). Celles-ci réunissent les âges tant et si bien que l'on a affaire ici à fantaisie de type renaissance avec des fenêtres à meneaux (cliché EHPAD vers 1993). A droite, vestige du pavillon sud Est de 1900 construit par Hubert Marie. Deux pans de ce pavillon ont été conservés dans l'agrandissement de 1995 et, plus précisément, englobés dans les verrières où se trouvent les espaces communs (cliché Armand Launay, 2015). A gauche, édifice sud ouest totalement rasé en 1995 qui semble être de la facture d'Hubert Marie, architecte et agent-voyer de la commune qui a déjà réalisé des façades mixtes, chargées en décors (cf. la Salle d'armes et le bailliage). Celles-ci réunissent les âges tant et si bien que l'on a affaire ici à fantaisie de type renaissance avec des fenêtres à meneaux (cliché EHPAD vers 1993). A droite, vestige du pavillon sud Est de 1900 construit par Hubert Marie. Deux pans de ce pavillon ont été conservés dans l'agrandissement de 1995 et, plus précisément, englobés dans les verrières où se trouvent les espaces communs (cliché Armand Launay, 2015).

A gauche, édifice sud ouest totalement rasé en 1995 qui semble être de la facture d'Hubert Marie, architecte et agent-voyer de la commune qui a déjà réalisé des façades mixtes, chargées en décors (cf. la Salle d'armes et le bailliage). Celles-ci réunissent les âges tant et si bien que l'on a affaire ici à fantaisie de type renaissance avec des fenêtres à meneaux (cliché EHPAD vers 1993). A droite, vestige du pavillon sud Est de 1900 construit par Hubert Marie. Deux pans de ce pavillon ont été conservés dans l'agrandissement de 1995 et, plus précisément, englobés dans les verrières où se trouvent les espaces communs (cliché Armand Launay, 2015).

Faites le point sur l’historique de l'hôpital... de l'hôtel-Dieu à l’EHPAD qui propose, de plus, une conclusion à cette étude.

 

Sources

- Chevallier Émile, Guide du touriste et de l’archéologue au Pont-de-l’Arche, vers 1933, Fimin-Didot ;

- Goujon Paul, “L’hôtel-Dieu et les pénitents du Pont-de-l’Arche”, La Normandie, n° 3 de mars 1897, pages 65 à 76, et n° 4 (?) d’avril 1897, pages 105 à 115 ;

- Pont de l’Arche, bulletin municipal, n° 20, janvier 1994, 32 pages. “Rénovation de l’hôpital, par B. Maillard, directeur”, page 13 ;

- Monuments et sites de l’Eure n° 66, 1993, Patrimoine en péril : l’hôpital de Pont-de-l’Arche. RV 77 n° 66 ;

- Patin Jean-Pierre, “L’hôpital de Pont-de-l’Arche”, Monuments et sites de l’Eure n° 67, 1993, p. 17-18.

- Registres des délibérations du Conseil municipal.

 

Armand Launay

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...