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22 novembre 2020 7 22 /11 /novembre /2020 08:15

Consultez, sur la Plateforme ouverte du patrimoine (POP) du ministère de la culture, une série de photographies sur les habitants de Léry entre 1970 et 1973. 

En effet, des photographies de la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine (de Saint-Cyr) y ont été versées. 

Cette série a été réalisée par Jean Pottier, né en 1932, dans le cadre de la construction de Val-de-Reuil, qu’on appelait alors la ville nouvelle du Vaudreuil. Elle est humblement nommée “les habitants des communes alentours”.

Cette série est un peu éparpillée parmi les résultats de la base POP. On y voit la sortie des écoles, les enfants et les mamans, et quelques activités ou lieux divers. Certaines têtes seront connues des lérysiens pure chouque (pure souche)…  

Poursuivez la recherche dans la base POP où beaucoup de documents concernent Léry ; son patrimoine religieux surtout.

Nous reproduisons ci-dessous certaines photographies de la série en question. Merci Jean Pottier ! 

 

Accédez à la base POP :  https://www.pop.culture.gouv.fr/

Café des sports. 16 juillet 1970. Jean Pottier. Base POP (AP1736T000570).

Café des sports. 16 juillet 1970. Jean Pottier. Base POP (AP1736T000570).

Femmes dans la rue (sic), 16 juillet 1970 (resic), par Jean Pottier. Base POP (AP1736T000569).

Femmes dans la rue (sic), 16 juillet 1970 (resic), par Jean Pottier. Base POP (AP1736T000569).

Sans titre. 16 juillet 1970 (sic). Jean Pottier. Base POP (AP1736T000571).

Sans titre. 16 juillet 1970 (sic). Jean Pottier. Base POP (AP1736T000571).

Sortie d’école. 13 juillet 1970 (sic). Jean Pottier. Base POP (AP1736T000568).

Sortie d’école. 13 juillet 1970 (sic). Jean Pottier. Base POP (AP1736T000568).

Potager. Jean Pottier. 21 novembre 1973. Base POP (AP1736T000505).

Potager. Jean Pottier. 21 novembre 1973. Base POP (AP1736T000505).

Sablière près de Léry par Jean Pottier, 31 mars 1971. Base POP (AP1736T000609).

Sablière près de Léry par Jean Pottier, 31 mars 1971. Base POP (AP1736T000609).

Par ailleurs, un cliché d'Yvon Miossec, dans la même base... 

Centrale hydroélectrique, actuellement théâtre municipal. Cliché d'Yvon Miossec, 1984 (base POP : IVR23_19842700985X).

Centrale hydroélectrique, actuellement théâtre municipal. Cliché d'Yvon Miossec, 1984 (base POP : IVR23_19842700985X).

Armand Launay

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22 novembre 2020 7 22 /11 /novembre /2020 08:04
Carte postale des années 1910 montrant une vue générale de Léry et sa plaine alluviale depuis les hauteurs de la Voie-blanche (Archives départementales de l'Eure : 8 Fi 362-3).

Carte postale des années 1910 montrant une vue générale de Léry et sa plaine alluviale depuis les hauteurs de la Voie-blanche (Archives départementales de l'Eure : 8 Fi 362-3).

 

Sur l’Eure, dans la partie nord de la plaine du Vaudreuil, à deux kilomètres du confluent avec la Seine, se trouve Léry. Ce nom est un mystère. Au-delà des formes latinisées, “Lereti” en 1021 et “Liretum” en 1077, un radical en “Ler” renverrait vers un hydronyme, selon Albert Dauzat et Charles Rostaing. C’est ce qu’ils affirment pour la Risle dont on a gardé les noms des communes de la Vieille-Lyre et la Neuve-Lyre. Mystère donc. Nous aurions affaire à un nom prégaulois, ce qui irait avec la présence d’un dolmen, aujourd’hui disparu, aux Vignettes. 

Quel beau site ! Depuis la hauteur de la Crute (75 m) entre Les Damps et Léry, un coteau descend doucement vers Incarville, le long de l’orée de la forêt de Bord. En contrebas s’égrenaient, le long de l’Eure, des villages depuis regroupés sous le nom de Léry : la Ruelle-Polet, Léry, La Ruelle-Goujon, Les Vallées et, à mi-pente, La Voie-blanche. On peut aisément retracer les multiples activités paysannes qui occupaient immémorialement quelques familles : en forêt, la glandée des porcs ; sur le coteau plus sec de la Crute, la divagation des caprins ; l’exploitation de carrières comme on en voit toujours le relief en haut de la Voie-blanche ; la vigne à mi-pente ; la culture autour des hameaux ; l’élevage au bord de l’Eure et dans les iles ; la pêche et le commerce sur le petit port proche de l’église Saint-Ouen et de l’ancienne église Saint-Patrice (début du XIIe siècle). Le tout à l’abri des crues qui recouvraient régulièrement la plaine du Vaudreuil.  

Ce sont surtout des ecclésiastiques qui se rendirent maitres des lieux au Moyen Âge. Vers 1077, Guillaume le Conquérant dota l’abbaye aux hommes et l’abbaye aux femmes, chez lui à Caen, de terres et de deux moulins, à construire : celui de l’Offrand et du moulin du roi. Ils subsistèrent jusqu’au début du XXe siècle où le moulin du roi fut reconverti en usine de pâte à papier. Elle accueille aujourd’hui la compagnie théâtrale Beau geste. 

C’est l’abbaye Saint-Ouen de Rouen qui fut la mieux dotée. Vers 1018, Richard II dota cette immense abbaye de terres à Léry et lui confia la tutelle de la paroisse qui prit son nom. L’église Saint-Ouen en témoigne toujours par son nom et son architecture d’époque, bâtie entre 1130 et 1160. Classée Monument historique en 1911, elle fait partie des rares églises romanes locales. Sa beauté provient de la blancheur calcaire et l’harmonie de ses lignes pures regroupées en forme de croix latine autour d’une tour-clocher carrée. La décoration romane est riche : fenêtres en plein cintre, modillons sculptés sous le rebord du toit, portail… Même la charpente de son clocher, en flèche élancée du XVIe siècle, entre en harmonie avec l’édifice. À noter aussi, une croix hosannière du XVIe siècle, restaurée et installée devant l’église en 1875, et classée Monument historique en 1927. 

Léry a aussi attiré les moines de l’abbaye de Bonport. Depuis 1195 et un don de Richard Cœur de Lion, les moines bonportois ont acquis un clos et de très nombreuses pièces de vignes. On voit encore le “manoir du clos de Bonport” au n° 3 de la rue Jules-Ferry. Il conserve du XIVe siècle, semble-t-il, des voutes en tiers point et une belle alternance d’assises de silex noir et de pierre calcaire qui rappellent le moulin de la Couture de Tostes et le manoir de Blaquetuit, à Montaure. Deux magnifiques fenêtres à meneaux de la Renaissance ajourent ce bel édifice qui accueille des chambres d’hôtes. 

Léry a connu de nombreuses cultures. Celle du pavot, de la gaude pour la teinture jaune. On cultiva le tabac, avec Le Vaudreuil et Les Damps, ce que le blason contemporain rappelle par une feuille de tabac. On cultiva aussi le chardon dont on récupérait les crochets pour faire des brosses fermes. Elles servaient aux cardeurs des usines textiles qui épaississaient très légèrement les tissus en les brossant.

Léry a connu ‒ sûrement plus encore que la moyenne des communes ‒ une révolution après la Seconde guerre mondiale : celle de l’immobilier. Léry a été rolivalisé, c’est-à-dire dévalisé par la création de Val-de-Reuil qui prit 601 hectares lérysiens et apporta une vaste population (13 000 habitants) comparée au petit village normand (2 000 habitants). Un nouveau quartier fut adjoint à Léry, le quartier Candide. Léry est partiellement devenu rolivalois. Dans la même logique, afin de construire des villes nouvelles et surtout d’agrandir celles existant, d’énormes carrières de sable ont vidé la plaine de Léry-Poses. Des étangs ont remplacé le traditionnel paysage agricole et ont laissé place à la Base de loisirs de Léry-Poses, en 1972, qui a diffusé le nom de Léry dans maints esprits. Un monde a basculé qui évoluait déjà vite, comme le notèrent les ethnologues Claude Macherel et Jacques Le Querrec, en 1974, dans Léry, village normand. Un croquis ethnologique. Comme s’ils étaient conscients qu’une page se tournait ; ils ont voulu inviter leurs lecteurs à la relire afin d’en mémoriser la richesse. De même, des photographies de Jean Pottier ont alors été commandées pour immortaliser cette période que l’on savait bousculée.  

Aujourd’hui les Lérysiens ont à cœur de maintenir une sociabilité à échelle communale, qu’elle soit associative, municipale ou gravitant autour de ses petits commerces. L’une d’entre elles, étudiée par les ethnologues, est celle du Petit-Saint-Ouen. Il s’agit d’un culte catholique aux réminiscences païennes qui réunit des paroissiens sur les hauteurs de Léry au printemps.

 

Cartes postales et photographies issues de la collection de Joëlle David que nous remercions vivement.
Cartes postales et photographies issues de la collection de Joëlle David que nous remercions vivement.
Cartes postales et photographies issues de la collection de Joëlle David que nous remercions vivement.
Cartes postales et photographies issues de la collection de Joëlle David que nous remercions vivement.
Cartes postales et photographies issues de la collection de Joëlle David que nous remercions vivement.

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Sablière près de Léry par Jean Pottier en 1971 (base POP du patrimoine, Ministère de la culture).

Sablière près de Léry par Jean Pottier en 1971 (base POP du patrimoine, Ministère de la culture).

Armand Launay

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22 novembre 2020 7 22 /11 /novembre /2020 07:56
Histoire de Montaure : petit survol...

 

On a pu dire que Montaure signifie “la montagne de l’or”... Belle image s’il en est mais on peine à y trouver l’or, même grâce aux couleurs des blés de la belle saison. La montagne quant à elle, peut s’expliquer mieux. S’il ne s’agit pas d’une montagne alpine, une montoire en ancien français est une montée. Or, le cœur de Montaure, autour de l’église, est situé au-dessus de la ravine de la Glacière. Cette ravine nait entre La Haye-Malherbe (centre) et l’ancien hameau du Mont-Honnier. Encore un mont qui n’est qu’une côte ! Cette ravine a permis l’exploitation d’une belle terre d’argile. En 1868, la moitié des potiers de l’Eure travaillaient à La Haye-Malherbe et, un peu aussi, à Montaure. Ceci explique la “rue à la Boudine”, terre que l’on boudine facilement et une “rue aux Potiers” à Écrosville. 

Plus que l’or, Montaure serait volontiers la montagne arborée. En effet, du haut de ses 135 m se trouvent deux grandes propriétés plantées de grands arbres se voyant alentour. Ces propriétés témoignent de la puissance des Stigand. L’un d’entre eux, Odon Stigand, a été le sénéchal de Guillaume le Conquérant, c’est-à-dire son bras droit plutôt en charge des questions de justice. Il possédait à Montaure un fort au-dessus de la ravine, fort aujourd’hui disparu, à l’endroit du somptueux château de Montaure (propriété privée). Estimé à la première partie du XVIIe siècle, il semble qu’il ait été bâti pour François Le Camus (1671-1743) qui fut administrateur de la Manufacture royale de draps de Louviers, fondée par Colbert. Le domaine du château comprend aussi un pressoir classé Monument historique en 1990. À visiter dès la fin des travaux ! 

L’autre propriété est celle du prieuré. En 1063 Odon Stigand donna l’église et ses terres à la grande abbaye Saint-Ouen de Rouen. Celle-ci y établit un prieuré avec quelques moines. Il reste de ce prieuré, fermé en 1663, de beaux bâtiments vraisemblablement du XVIIe siècle et un enclos inscrits aux Monuments historiques en 1997, tout comme l’église Notre-Dame. L’église est le plus beau legs historique de Montaure. Certaines de ses parties ont 1000 ans ! Avec son clocher-carré, Notre-Dame fait partie des plus belles églises romanes de la région. Son intérieur n’est pas en reste avec, surtout, la magnifique statue dorée de la Vierge à l’Enfant Jésus, classée monument historique au titre d’objet en 1912. Pour parachever un des plus pittoresques tableaux de la région, la place Jean-Baptiste-Charcot est ornée d’une croix hosannière inscrite aux Monuments historiques en 1954 ainsi que de deux margelles de puits anciens. 

Ces puits témoignent de la présence d’une nappe phréatique qui a fidélisé les hommes en ce beau lieu. L’église Notre-Dame est bâtie sur une source : la fontaine Saint-Eustache, dans la crypte. Son eau était réputée pour soigner la danse de Saint-Guy, ancien nom de pathologies épileptiques.  

Montaure, village aux dimensions modestes, était le centre de maints hameaux parmi lesquels Écrosville, peut-être plus peuplé mais dépourvu d’église, La Vallée, Blacquetuit, Les Fosses. Avant 1687, Montaure comprenait aussi Tostes, La Corbillière, le moulin de la Couture, La Cramponnière et les Treize-livres ; ceci avant que l’abbé de Bonport, Louis, fils du grand Colbert, n’obtienne la création de la paroisse de Tostes

Puis les voies de communication ont quelque peu isolé le cœur historique de Montaure. Ainsi la voie La Haye-Malherbe-Pont-de-l’Arche a fait du quartier Saint-Blaise, ancienne léproserie, un carrefour aujourd’hui fréquenté pour sa célèbre boulangerie. 

Citons enfin la Garde-Châtel, ancien couvent de carmes déchaussés construit à partir de 1660 aux confins d’Écrosville afin que des hommes y trouvent le “désert” propice au recueillement. Il reste de cet établissement un impressionnant mur d’enceinte dans la forêt et quelques murs de bâtiments agricoles. Une demeure à l’architecture classique le remplace depuis le XIXe siècle. 

Quel est le mieux pour profiter de ces beautés ? Les randonnées, avec piquenique dans le sac, aux beaux jours revenus ? Certainement ! La fête de la Libération de Montaure et sa célèbre foire-à-tout, fin aout, celle qui fut honorée par un écrit de Philippe Delerm ? Assurément !

 

Cartes postales issues de la collection de Pascal Leloup que nous remercions.
Cartes postales issues de la collection de Pascal Leloup que nous remercions.
Cartes postales issues de la collection de Pascal Leloup que nous remercions.
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Armand Launay

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22 novembre 2020 7 22 /11 /novembre /2020 07:50
Vue générale depuis la falaise est sur une carte postale des années 1910 conservée aux Archives départementales de l'Eure (10 NUM 3612).

Vue générale depuis la falaise est sur une carte postale des années 1910 conservée aux Archives départementales de l'Eure (10 NUM 3612).

 

Le riche patrimoine d’Acquigny est bien mis en valeur et protégé. On le parcourt avec un évident fil conducteur : l’eau. 

Un ru tailla le Val Noël qui sépare un éperon du plateau de Madrie. Sur cet éperon, appelé Cambremont, une enceinte préhistorique, classée Monument historique en 1945, a été identifiée par Léon Coutil. Avec l’allée couverte de Pinterville elle atteste l’occupation humaine depuis le Néolithique récent du Bassin parisien, c’est-à-dire entre 2000 et 3000 avant Jésus-Christ. La défense d’Acquigny se mesure aussi par le “château Robert”, daté du XIIe siècle, au même lieu mais en ruine et, probablement, un camp romain dans le bois de Mesnil-Jourdain. Acquigny a, semble-t-il, été un verrou défensif de l’entrée du méandre de Louviers. 

La présence humaine a été continue comme le reflète son nom romain : Acinius iacum, le domaine d’Acinius, surnom désignant la baie (le fruit). Un propriétaire chauve, rougeaud ou rondouillard a peut-être été affublé de ce sobriquet comme Cicéron fut dénommé d’après son crâne chauve rappelant le “pois chiche” (“cicero”). 

Acquigny est le lieu où confluent l’Eure et l’Iton. Le premier confluent était naturel, à l’est des Planches, et fut remplacé par la base de loisirs nautiques. Le second confluent se lit sur la carte de Cassini, au XVIIIe siècle. Il se trouve à Acquigny même et est alimenté par un bras de l’Iton remontant artificiellement vers le nord, peut-être dans un ancien bras de l’Eure, jusqu’au château d’Acquigny en arrosant le moulin-Potel. Ceci explique peut-être partiellement le culte voué à saint Mauxe et saint Vénérand depuis le haut Moyen Âge. Au-delà d’un type de légende commun ‒ où des saints donnent leur vie pour démontrer leur foi dans une vie après la mort ‒ nous notons que les deux confluents sont dévolus au culte des saints martyrs. Une chapelle Saint-Mauxe, vestige du prieuré, se trouve près du confluent aval. Un clos Saint-Mauxe se trouve au confluent amont, à la limite de la paroisse d’Heudreville. Saint-Mauxe semble informer des limites d’une propriété foncière ancienne autour de ce lieu de passage. 

Acquigny a été colonisée par les Vikings, comme en atteste la toponymie : “Le Hom” désignant une ile en norrois, “La Londe” désignant un bois, “Becdal” au nord de la commune désignant semble-t-il le champ de la rivière. Un imposant manoir du XVIIe siècle, classé Monument historique en 1978, se trouve en ce lieu. De cette implantation sont issus les barons du duché normand. Un Roger Ier de Tosny, propriétaire à Conches, donna ici en 1035 des terres à l’abbaye de Conches pour y fonder le prieuré Saint-Mauxe. À n’en pas douter, le confluent nécessita une présence humaine pour s’assurer du respect des droits de passage. Après tout, l’Iton donne accès à Évreux puis Conches par la route et l’Eure donne accès à Chartres, d’un côté, et à la Seine de l’autre côté.

Il n’est donc pas étonnant que l’église et le château seigneurial fussent bâtis entre l’Eure et l’Iton, quelque peu protégés. Un temps possédé par les contes de Laval, le château actuel, classé Monument historique en 1946, fut édifié à partir de 1557 par Anne de Laval. Cette veuve de Louis de Silly, était cousine du roi de France et première dame d’honneur de Catherine de Médicis. Par bonheur, Acquigny est toujours rehaussée par ce château et son parc, sertis par les rivières. C’est même le château qui ‒ fait assez rare pour une commune de cette taille ‒ est plus notable que l’église paroissiale. Celle-ci, placée sous le patronage de Sainte-Cécile, a pourtant ‒ et à juste titre ‒ été classée Monument historique en 1975 et 2001. Elle est fortement marquée par sa rénovation du XVIIIe siècle ; rénovation due au président d’Acquigny : Pierre-Robert Le Roux d’Esneval, qui dirigeait une des chambres du parlement de Normandie. Le plus original dans la région, à défaut d’être plus ancien, est le fronton de la façade refait vers 1780 par l’architecte Charles Thibault ; un fronton qui évoque bien plus un temple classique que l’art roman ou gothique commun dans nos églises locales. 

Le long d’une ancienne voie qui servait sûrement à éviter les eaux de crue, c’est presque un second Acquigny qui s’est développé depuis quelques siècles le long de la route de Louviers, allant vers Évreux. Ce quartier contourne le cœur historique de la commune, préfigurant la voie rapide actuelle et traduisant le fait que le passage s’est détourné de l’eau. 

Enfin, la force de l’eau a alimenté les moulins, notamment pour battre la monnaie royale au XVIIe siècle. Une proto-industrialisation s’est développée au début du XIXe siècle. On voit encore les moulins à foulon puis les usines le long de l’Eure sur les différentes illustrations du XXe siècle. Avec les anciennes carrières, le long des falaises vers Pinterville, toute une histoire industrielle se lit qui a animé et fait vivre le peuple acquignicien. 

 

Les illustrations ci-après sont issues de la Plateforme ouverte du patrimoine mise à disposition par le Ministère de la culture. 

 

Histoire d'Acquigny : petit survol...
Histoire d'Acquigny : petit survol...

Armand Launay

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24 octobre 2020 6 24 /10 /octobre /2020 15:24
Extrait d'un plan des Archives départementales de Seine-Maritime (coté : 12Fi532) et intitulé "Paroisse d'Ymare, plans des bois de l'abbaye de Saint-Ouen."

Extrait d'un plan des Archives départementales de Seine-Maritime (coté : 12Fi532) et intitulé "Paroisse d'Ymare, plans des bois de l'abbaye de Saint-Ouen."

 

Le cœur d’Ymare, près de sa mairie, est un parc qui nous invite à la promenade. 

D’un côté, côté bois, l’on y retrouve les feuillus qui habillent avec pudeur les courbes des monts et des vallées. C’est ainsi qu’on entre à Ymare, par la route des Authieux, depuis un ancien méandre de Seine fossilisé et culminant tout de même à 75 mètres d’altitude, en moyenne, entre Igoville et Le Port-Saint-Ouen. 

De l’autre côté, côté champs, Ymare s’ouvre sur le plateau de Boos, ses champs ouverts et sa ruralité toujours vivante, voire odoriférante. Les sentiers sont ici riches qui nous offrent des sensations variées. La ferme de Bel-évent, exposée au vent, se trouve dans une partie du village d’antan, celui du hameau de la Forge et ses vergers en direction de Quèvreville-la-Poterie. On entend dans ces noms l’âpre et patiente exploitation des richesses du sol qui par ses minéraux de la forge qui par l’argile des poteries. 

C’est cette argile qui a sûrement servi à la construction des bâtiments constituant le “Clos de la ferme”, au cœur d’Ymare. Ancienne propriété noble dont le château a disparu dans les années 1970, le Clos comporte un four à pain du XIXe siècle récemment restauré et, surtout, un ensemble patrimonial essentiellement du XVIIIe siècle, en partie en brique de pays : vaste logis, colombier, écuries, mur d’enceinte... ainsi qu’un très bel alignement d’arbres au sud de la propriété donnant vers les champs ouverts des hauteurs d’Alizay. Au loin se profilent les hauteurs de Vironvay. 

Face à cette propriété aristocratique, qui appartint peut-être un temps au poète de renommée nationale Pierre de Marbeuf (1596-1645), se trouve une allée d’arbres conduisant à la charmante et modeste église rurale Saint-Aubin du XVIIe siècle. L’édifice est très bas et dépasse à peine des champs, vue du nord, malgré sa flèche de charpente pointue et couverte d’ardoise. Un socle de calvaire du XVIe siècle et des gravures sur certaines pierres de façade complètent ce beau tableau notamment immortalisé par Yves Ducourtioux. 

La mare d’Ymare est proche, mare fondatrice de son nom, semble-t-il, puisqu’Ymare serait d’origine scandinave et signifierait la “mare de Le blanc ou Le fort.” Ce propriétaire dut choisir ce domaine pour la proximité d’une source, visiblement près de l’église et qui devait alimenter jadis la mare centrale du village. Une petite rivière devait couler le long de la Grand rue et creuser un petit vallon vers Les Authieux, puis vers le Pré-cantui et Igoville. 

C’est là, côté bois, que se trouve le second – ou premier – hameau d’Ymare, où des longères à pans de bois cohabitent près du calvaire datant de 1791. Ce hameau se trouve en direction des anciens terrains communaux, aujourd’hui lotis de riches demeures, qui étaient des terres dévolues aux plus pauvres personnes qui pouvaient y laisser paitre leurs animaux et récupérer du bois mort avant 1789. Des marnières ont aussi créé un relief torturé, en ce lieu, pour alimenter les champs avoisinants. Au milieu de ces champs d’ailleurs, se trouve un “dolmen”, encore appelé “Tombe du druide”. Des érudits y ont vu un mégalithe christianisé puisqu’une croix est gravée sur une pierre. Un culte lui était rendu avant guerre car on lui prêtait des vertus curatives. Il s’agit, semble-t-il, d’un reste de table de prière d’une ancienne croix de chemin

Mais que de patrimoine naturel et historique dans une commune que l’on connait souvent assez peu ou, alors, par l’implantation de l’entreprise de télécommunication Thales et son énigmatique boule blanche, non loin de l’aéroport de Boos.

 

Cartes postales des années 1910 : l'église Saint-Aubin d'Ymare vue depuis sa belle allée d'arbres et une scène de la vie paysanne.
Cartes postales des années 1910 : l'église Saint-Aubin d'Ymare vue depuis sa belle allée d'arbres et une scène de la vie paysanne.

Cartes postales des années 1910 : l'église Saint-Aubin d'Ymare vue depuis sa belle allée d'arbres et une scène de la vie paysanne.

Vues ymaroises par un beau jour d'été : le mur du Clos de la ferme et la mare centrale (clichés d'Armand Launay, aout 2020).
Vues ymaroises par un beau jour d'été : le mur du Clos de la ferme et la mare centrale (clichés d'Armand Launay, aout 2020).

Vues ymaroises par un beau jour d'été : le mur du Clos de la ferme et la mare centrale (clichés d'Armand Launay, aout 2020).

Armand Launay

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11 octobre 2020 7 11 /10 /octobre /2020 16:10
Vue sur le moulin de Beauregard (cliché de Frédéric Ménissier, septembre 2020).

Vue sur le moulin de Beauregard (cliché de Frédéric Ménissier, septembre 2020).

 

Esseulé dans la morne plaine entre La Haye-Malherbe et Crasville, l’ancien moulin de Beauregard fait partie du paysage quotidien, semble-t-il souvent gris. Mais lorsqu’on a la bonne idée de s’en approcher, le relief se fait autour de lui et l’on prend plaisir à le découvrir ainsi que son environnement…  

Pour nous mettre en appétit, nous avons consulté les photographies ensoleillées de notre ami non moins lumineux Frédéric Ménissier. Ses images sont celles de l’été septembral où le moulin apparait entre le bleu du ciel, les ors des champs et les vertes lisières des chemins. Le ruban goudronné, montant vers Crasville, attire le regard vers la tour gris-clair et blanc du moulin, entourée de son bouquet d’arbres. On croirait voir une tour défensive. 

 

Autres vues sur le moulin de Beauregard (clichés de Frédéric Ménissier, septembre 2020).Autres vues sur le moulin de Beauregard (clichés de Frédéric Ménissier, septembre 2020).

Autres vues sur le moulin de Beauregard (clichés de Frédéric Ménissier, septembre 2020).

 

L’autre document est le court-métrage d’Éric Levigneron pris depuis un drone. Dans la lumière du matin, à la belle saison, les images de ce professionnel passionné nous emmènent tout autour de la silhouette de la tour moulinière et exposent la variété des matériaux utilisés. 

 

 

Un bel édifice médiéval

Bâti sur une petite motte, il s’agit d’un moulin à tour cylindrique. Cette tour est, plus précisément, télescopique, c’est-à-dire que le diamètre des niveaux se réduisent à mesure qu’on s’éloigne du sol. Le corps principal de l’ancien moulin est composé de trois niveaux du plus large au plus resserré, donc. Deux larmiers séparent les niveaux. Le rez-de-sol est évasé et ouvert par deux portes dans un axe sud-est nord-ouest. Celles-ci sont couronnées par deux arcs. Le plus ample est vouté en tiers point, à la mode gothique. Le plus petit, au-dessus de la porte, est surbaissé. Y eut-il deux portes en bois protégeant chacune des entrées de ce lieu si important dans l’alimentation de nos ancêtres ? C’est peut-être cette protection contre le vol qui expliquerait l’aspect défensif, et donc militaire, du moulin. 

Les deux premiers niveaux sont composés d’une élégante alternance de lits de pierre de taille calcaire et de petits moellons carrés de silex clair de pays. 

Le troisième niveau est bâti avec les mêmes matériaux mais leur alternance se fait à la manière d’un damier ou presque car une ligne de pierre de taille interrompt l’harmonie. 

La tour est couronnée par un garde-corps en brique. Celui-ci fut réalisé après 1868, date à laquelle le moulin fonctionnait toujours selon MM. Charpillon et Caresme, et 1900 où les cartes postales illustrées apparaissent dans les archives. Entre temps, la toiture et les pales, sûrement déjà érodées, ont été démolies. Quant au garde-corps, un propriétaire aura pensé à la sécurité des visiteurs, aimant à admirer ici le paysage alentour, et aux chevaliers désobéissants libérant une princesse imaginaire entre deux parties de billes ou de soin des animaux. 

En décalage par rapport aux niveaux visibles depuis l’extérieur, des trous de solives trahissent les anciens planchers intérieurs. Quelques meurtrières percent les murs, sûrement pour aérer le grain, et offrent un caractère très médiéval à l’édifice entier. 

 

Voici un cliché du moulin de Beauregard datant vraisemblablement du 11 octobre 1950 (on lit cette date, à l’envers, en haut à droite du document). On le retrouve dans la Plateforme ouverte du patrimoine (POP), proposée par le Ministère de la culture (sous la notice APMH00115036). L’original est conservé à la Médiathèque de l'architecture et du patrimoine. Il est signé de Gabriel Bretocq (1873-1961), membre de la Société française d'archéologie, historien, curé de Ménesqueville et de Rosay-sur-Lieure dans l'Eure. Il fut nommé chanoine honoraire de la cathédrale d'Évreux en 1955 et était membre de l’Association des monuments et sites de l’Eure. Il réalisa aussi des reportages photographiques au Liban, en Syrie, en Palestine et en Égypte.

Voici un cliché du moulin de Beauregard datant vraisemblablement du 11 octobre 1950 (on lit cette date, à l’envers, en haut à droite du document). On le retrouve dans la Plateforme ouverte du patrimoine (POP), proposée par le Ministère de la culture (sous la notice APMH00115036). L’original est conservé à la Médiathèque de l'architecture et du patrimoine. Il est signé de Gabriel Bretocq (1873-1961), membre de la Société française d'archéologie, historien, curé de Ménesqueville et de Rosay-sur-Lieure dans l'Eure. Il fut nommé chanoine honoraire de la cathédrale d'Évreux en 1955 et était membre de l’Association des monuments et sites de l’Eure. Il réalisa aussi des reportages photographiques au Liban, en Syrie, en Palestine et en Égypte.

 

Un édifice du XVe siècle ?

Très proche géographiquement et architecturalement du moulin de la Couture, à Tostes, nous avançons volontiers que la moitié du XVe siècle est la date probable de construction de cet édifice. 

C’est dans ce sens qu’est aussi allé l’expert de la conservation régionale des Monuments historiques, auteur d’une notice (IA00019331) disponible en ligne par la Plateforme ouverte du patrimoine (POP). La notice rappelle que cette propriété privée n’est protégée ni par un classement ni par une inscription sur l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques. Elle est simplement réputée “à signaler”. La notice nous informe que le moulin est référencé sous les parcelles cadastrales “1964 ZA 86” et “87”. Il aurait été cité dès 1246 mais aurait été rasé dans le même siècle. Le moulin actuel daterait, quant à lui, du XVe siècle mais avec un point d’interrogation.

 

Cartes postales illustrées des années 1910 (Archives départementales de l'Eure). Cartes postales illustrées des années 1910 (Archives départementales de l'Eure).

Cartes postales illustrées des années 1910 (Archives départementales de l'Eure).

 

Le moulin de Beauregard ou de Heurtevent ?

L’ancien moulin est appelé “moulin de La Haye-Malherbe” ou “moulin de Beauregard”, du nom du lieu-dit. Il est vrai que la vue est belle depuis cet endroit : l’on y mire les hauteurs de la vallée de Seine notamment au-dessus de Rouen. Il est souvent difficile de déterminer si un nom de lieu (toponyme) a permis de nommer un homme (patronyme, pas homonyme;), ou si c’est l’inverse. Mais il semble qu’ici le Beauregard désigne bel et bien la vue notable et non un ancien notable en vue.  

La carte toponymique de l’Institut géographique national (IGN) nous informe, par l’accès au site Géoportail, que Beauregard culmine à 160 mètres. Cette altitude doit s’apprécier en la comparant à son environnement : le plateau du Neubourg s’élève généralement entre 140 et 160 mètres. Il s’agit donc d’un point culminant du plateau et, surtout, d’une hauteur qui se détache de l’éperon de Montaure et Tostes, entre 140 à 125 mètres d’altitude ; éperon qui termine vers le nord-est le plateau neubourgeois. Le moulin devait se trouver, au Moyen Âge, dans un couloir d’air venu d’ouest renforcé par une culture à champs ouverts et non enclose de haies abondantes comme, assurément, à La Haye-Malherbe. L’élévation au-dessus de La Haye-Malherbe doit sûrement offrir une belle exposition aux vents du nord. Cette lecture des vents peut être complétée par le rappel de l’existence de la “ferme de Heurtevent”. Ce nom est clair, ce qui est assez rare en toponymie : ce lieu était connu pour son exposition au vent. Nous émettons cependant l’hypothèse selon laquelle la ferme a pris l’ancien nom du moulin de Beauregard. Peut-être fut-il connu, un temps, sous le nom de moulin de Heurtevent ?  

 

Carte topographique de l'Institut géographique national (capture d'écran de Géoportail le 11 octobre 2020) qui sert d'appui aux commentaires ci-dessous.

Carte topographique de l'Institut géographique national (capture d'écran de Géoportail le 11 octobre 2020) qui sert d'appui aux commentaires ci-dessous.

 

Au carrefour de quatre, voire cinq, paroisses ? 

Un peu à l’est de la ferme de Heurtevent passait un chemin, depuis disparu, et qui reliait semble-t-il Surtauville à Montaure. La carte IGN actuelle montre encore des portions de ce chemin immédiatement au nord de Beauregard et son moulin, au sud de La Haye-Malherbe et à travers un espace appelé La Boulangère à l’ouest d’Écrosville (sûrement le nom donné à une terre meuble, presque pétrissable comme de la pâte à pain). Le chemin devait ensuite, mais ce n’est qu’une déduction, se prolonger vers le château de Montaure et la rue Maurice-Emmanuel, celle de l’église et des Fosses.

Le moulin de Beauregard était donc situé à un carrefour entre quatre paroisses : Crasville, Surtauville, Vraiville et La Haye-Malherbe. Mais de nombreux exploitants de Montaure-Écrosville devaient recourir aux services du moulin de Beauregard. Les limites des communes, créées en 1790, reprennent peu ou prou ces délimitations. C’est tout de même à La Haye-Malherbe qu’a été rattaché le moulin de Beauregard comme pour signifier que c’était la plus imposante des quatre communes, à défaut d’être la plus proche. 

Si l’on mesure l’accessibilité de ce moulin aux livraisons de céréales de Crasville et Surtauville, la côte le séparant de La Haye-Malherbe, Montaure et Écrosville laisse plus songeur. Il est plausible qu’une partie des céréales montauroises allassent au moulin de la Couture, propriété des moines de Bon port, à Tostes. De même, pour une partie des récoltes vraivillaises au moulin à l’ouest de cette paroisse. Idem pour Crasville avec le moulin sis à son sud, comme le montre la carte de Cassini de la fin du XVIIIe siècle. 

Enfin, il est probable que les terres de Beauregard fussent moins propices à la culture au Moyen Âge. En effet, un champ malherbois se nomme aujourd’hui “La Caprie”. On y lit ici la référence nette aux caprins, c’est-à-dire aux chèvres aimant à paitre les herbes sèches des espaces pentus.  

 

Pour conclure…

Le moulin de Beauregard est un très bel édifice médiéval du rebord du plateau du Neubourg. Datant vraisemblablement du milieu du XVe siècle, son corps principal est encore bien conservé. Il témoigne de la vitalité des campagnes d’alors, animées de cultivateurs et leurs familles vivant de la production locale. Le moulin est situé dans un espace central entre quatre, voire cinq paroisses : Crasville, Surtauville, Vraiville, La Haye-Malherbe et Montaure-Écrosville. Il s’en est fallu de peu qu’il appartînt à la commune de Surtauville et qui se nommât Heurtevent. Il reste à en découvrir les noms des propriétaires qui se sont succédé afin de mieux comprendre l'intérêt de ce moulin. Ce sont des plaisirs à venir...    

 

À lire aussi…

Tostes et le moulin de la Couture

L’histoire de La Haye-Malherbe : petit survol…

L’histoire de La Haye-Malherbe selon MM. Charpillon et Caresme

L’histoire de Crasville

 

Armand Launay

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9 octobre 2020 5 09 /10 /octobre /2020 10:18
Carte postale issue des fonds des Archives départementales de l'Eure.

Carte postale issue des fonds des Archives départementales de l'Eure.

 

Flipou est une petite commune de 330 habitants perchée dans le Vexin au-dessus de la Côte-des-deux-amants. Flipou, le nom a des sonorités rigolotes et demeure bien énigmatique d’un point de vie toponymique (le nom de lieu). L’étymologie (l’origine du mot) qui laisse le plus rêveur est celle de MM. Charpillon et Caresme, dans le Dictionnaire historique de toutes les communes de l’Eure (1879) : Fageti podium, “la colline des hêtres”. L’on se plait à imaginer le nom de la Côte-des-deux-amants alors boisée de hêtres. 

Les cartes postales de 1900, issues des collections des Archives de l’Eure, montrent une commune peu peuplée mais attrayante. Les cartes sont éditées par des cafés-épiceries de Fleury-sur-Andelle et Pont-Saint-Pierre, preuve que quelques touristes, quelques visiteurs venaient à Flipou d’où ils envoyaient leurs nouvelles par cartes interposées. 

On y voit l’église Saint-Vaast, construite en 1852 sur les bases de l’ancien édifice dont il ne reste que le relativement haut clocher carré remontant à la fin du XVIIe siècle. 

L’ancienne paroisse d’Orgeville a été rattachée à la commune de Flipou. On en voit encore son ancienne église, en ruine (photo de Giogo sur Wikipédia) et la croix monumentale datée du XIIe siècle. Ceci à quelques mètres de l’excellente ferme des Peupliers et ses savoureux produits laitiers. 

 

Cartes postales issues des fonds des Archives départementales de l'Eure.
Cartes postales issues des fonds des Archives départementales de l'Eure.
Cartes postales issues des fonds des Archives départementales de l'Eure.
Cartes postales issues des fonds des Archives départementales de l'Eure.

Cartes postales issues des fonds des Archives départementales de l'Eure.

Vestiges de l'église d'Orgeville, ancienne paroisse rattachée à la commune de Flipou (cliché de Giogo publié sur Wikipédia).

Vestiges de l'église d'Orgeville, ancienne paroisse rattachée à la commune de Flipou (cliché de Giogo publié sur Wikipédia).

Armand Launay

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9 octobre 2020 5 09 /10 /octobre /2020 10:14
Carte postale issue des fonds des Archives départementales de l'Eure.

Carte postale issue des fonds des Archives départementales de l'Eure.

 

Village-rue du bord de Seine, Criquebeuf semble désigner tout d’abord le centre-village, sa mairie et son église Notre-Dame. C’est ici que la sociabilité paroissiale et communale se sont constituées grâce aux écoles et aux commerces qui perdurent. 

Mais Criquebeuf désigne, à l’origine, un chapelet de hameaux et son centre-bourg. Le premier des hameaux, à l’est, est La plaine de Bonport, anciennement Saint-Martin-de-Maresdans, puis Gaubourg, Criquebeuf et Quatre-âge. Ces hameaux, groupes de fermes familiales, ont été réunis au fil des décennies par l’urbanisme galopant et grignotant les maraichages. Il convient de parcourir ces hameaux à pied afin de les sentir pleinement. Ils présentent une harmonie commune : celles de petites maisons en moellon calcaire de pays, toutes reliées à la Seine grâce des venelles parallèles. Les surprises sont au rendez-vous : la maison Riquier, ancien siège de la vicomté de l’eau présente une magnifique galerie à pans de bois à son second étage. Ce bâtiment du XVIe siècle a été classé Monument historique en 1932. Ces activités fluviales se lisaient encore dans les cartes postales du début du XXe siècle où l’on voit un gué et un bac nécessaires à la traversée du fleuve et à l‘exploitation des iles. Face à l’église, retrouvez quelques pierres, sculptées de lettres gothiques ou d’un feuillage, issues de l’ancienne abbaye de Bonport tout comme les stalles du chœur de Notre-Dame.

C’est sûrement un des grands attraits de cette charmante commune que de conserver ses airs ruraux, voire naturels, au milieu des villes et des routes très fréquentées.  

 

Cartes postales issues des fonds des Archives départementales de l'Eure.
Cartes postales issues des fonds des Archives départementales de l'Eure.
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9 octobre 2020 5 09 /10 /octobre /2020 10:06
Cartes postales de La Haye-Malherbe issues des fonds des Archives départementales de l'Eure ou d'une collection privée.
Cartes postales de La Haye-Malherbe issues des fonds des Archives départementales de l'Eure ou d'une collection privée.Cartes postales de La Haye-Malherbe issues des fonds des Archives départementales de l'Eure ou d'une collection privée.
Cartes postales de La Haye-Malherbe issues des fonds des Archives départementales de l'Eure ou d'une collection privée.Cartes postales de La Haye-Malherbe issues des fonds des Archives départementales de l'Eure ou d'une collection privée.Cartes postales de La Haye-Malherbe issues des fonds des Archives départementales de l'Eure ou d'une collection privée.

Cartes postales de La Haye-Malherbe issues des fonds des Archives départementales de l'Eure ou d'une collection privée.

 

Nom champêtre s’il en est, La Haye-Malherbe évoque la végétation et les haies qui caractérisent la Normandie. Pourtant le terme de haie fait déjà controverse : certains y voient un bois, une lisière de forêt, une haie fortifiée (plessée)... Il semble que la haie ait désigné une belle propriété entourée d’arbres à la manière des clos-masures du pays de Caux. Cette propriété fut possédée par une famille Malherbe dont on retrouve le nom de Ranulf Malherbe dans une charte de 1206. 

C’est de cette période qu’émerge la paroisse Saint-Nicolas et son église dont il ne reste rien. L’église actuelle présente d’impressionnants contreforts et des baies du XVIe siècle. L’édifice fait l’objet d’une rénovation légère appelant aux dons sur le site de la Fondation du patrimoine

La Haye-Malherbe est aussi une commune qui regroupe Le Camp des ventes, dans un vallon descendant vers Saint-Pierre-lès-Elbeuf, une partie de La Vallée et des hameaux depuis regroupés dans le centre-bourg : Le Mont-Honnier, Le Carbonnier, Les Hoguettes. Car La Haye-Malherbe constitue une sorte de point central : la place derrière l’église rappelle l’existence d’un marché local et ancestral qui perdure. Les commerces rouvrent autour de la place. L’INSEE, dans le cadre de ses enquêtes statistiques, traite même d’”unité urbaine” autour de La Haye-Malherbe regroupant Terres de Bord et Vraiville. Il est vrai qu’un petit pôle d’activité vit ici qui ne demande qu’à être soutenu et sollicité. 

La Haye-Malherbe rompt la monotonie des champs ouverts du plateau du Neubourg. La Haye ici prend tout son sens : quelques haies perdurent, des vallons boisés y démarrent leur course vers Montaure ou les hauts d’Elbeuf. D’ailleurs le relief malherbois est aussi plissé par endroits par l’exploitation passée d’un bon filon d’argile. Depuis au moins le XVe siècle et jusqu’à la Seconde guerre mondiale, des tuiliers et potiers extrayaient et exploitaient l’argile. Ils étaient 31 professionnels en 1868. 

Le patrimoine malherbois, que l’on parcourt volontiers par ses chemins de randonnée, est composé d’un four à pain et d’une magnifique maison médiévale, anciennement couverte de chaume, dans la route de Louviers. N’oublions pas le très élégant Château d’Argeronne, bâti entre 1650 et 1655 par Louis Berryer, membre de la noblesse normande et qui occupa des fonctions d'État. Ce château se loue ‒ et se visite parfois ‒ dans son écrin forestier. La Haye-Malherbe, c’est aussi la figure tutélaire du moulin de Beauregard qui occupe l’un des points culminants de la commune, point depuis lequel on voit les hauts de Rouen d’ailleurs. Il reste de ce moulin la tour télescopique sur lits de pierre de taille calcaire et de silex blanc. Il date au moins du XVe siècle.      

 

Le moulin de Beauregard, sur les hauteurs, est un des patrimoines bâtis les plus notables de La Haye-Malherbe (clichés de Frédéric Ménissier, septembre 2020).
Le moulin de Beauregard, sur les hauteurs, est un des patrimoines bâtis les plus notables de La Haye-Malherbe (clichés de Frédéric Ménissier, septembre 2020).

Le moulin de Beauregard, sur les hauteurs, est un des patrimoines bâtis les plus notables de La Haye-Malherbe (clichés de Frédéric Ménissier, septembre 2020).

Armand Launay

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9 octobre 2020 5 09 /10 /octobre /2020 09:53
Balade à Poses, sur la passerelle du barrage en avril 2013 (clichés d'Armand Launay).
Balade à Poses, sur la passerelle du barrage en avril 2013 (clichés d'Armand Launay).

Balade à Poses, sur la passerelle du barrage en avril 2013 (clichés d'Armand Launay).

 

Si l’intérêt touristique et promenadier de Poses n’est plus à faire, le long de la Seine, des ruelles et du barrage, il est bon d’y voyager dans le temps afin de voir combien évoluent vite les modes de vie et donc, quelque part, les paysages.

Déjà son église Saint-Quentin des XVe et XVIe siècles, au chœur et au transept gothiques, est intrigante si loin des maisons. Elle témoigne d’un temps où Poses n’était pas que ce village-rue peuplé de mariniers aux maisonnettes blotties et réparties au gré des venelles. Poses a aussi été un ensemble de hameaux situés hors des eaux des crues, notamment dans la plaine vers Léry, parmi lesquels se trouvait, naguère, un moulin depuis recouvert par les eaux des étangs ayant remplacé les carrières de sable. La vigne a même été entretenue et exploitée dans cette plaine comme en témoignent les lieux-dits comme “le clos des vignes” vers Tournedos.  

Qui sait qu’ici sont distinguées la haute Seine, celle de Paris et des berges aussi basses que végétales, de la basse Seine soumise aux marées ? La basse Seine fut transformée en chenal entre le milieu du XIXe siècle et les années 1930, ceci afin de rendre plus aisée la navigation. Ainsi Poses est le point cardinal où la Seine perd le plus de son altitude. C’est ce qui explique la présence des écluses d’Amfreville-sous-les-Monts afin d’aider les péniches à passer la cataracte.

Avant l’inauguration, en 1887, du barrage et des écluses, Poses était déjà une pause dans la pénible navigation des mariniers. Déjà en ce lieu la Seine perdait une altitude suffisamment importante pour baisser le tirant d’eau et rendre périlleuse la remontée, comme la descente, des bateaux. Des heures de guidage et montage des bateaux étaient nécessaires selon le poids des embarcations. Cela nécessitait des équipes de professionnels sur place et des aubergistes pour loger les transporteurs et leurs clients les commerçants, eux qui surveillaient le déplacement de leurs marchandises vers Paris ou vers la mer. Il parait que les bateaux étaient posés sur des iles, appelées les “poses”, en attendant la marée haute et donc les manœuvres des hommes. Ce serait là l’origine du nom de Poses au pluriel assez singulier.  

Ces activités batelières se lisent encore nettement sur les cartes postales des années 1910, notamment disponibles sur le site des Archives de l’Eure. Elles animent aujourd’hui encore le musée flottant de la batellerie : un prétexte supplémentaire pour aller se balader à Poses et savourer un patrimoine bâti serti dans un agréable écrin naturel. 

 

Cartes postales de Poses des fonds des Archives départementales de l'Eure.
Cartes postales de Poses des fonds des Archives départementales de l'Eure.
Cartes postales de Poses des fonds des Archives départementales de l'Eure.
Cartes postales de Poses des fonds des Archives départementales de l'Eure.
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  • : Pont de l'Arche histoire, patrimoine et tourisme
  • : Bienvenue sur ce blog perso consacré à Pont-de-l'Arche et sa région (Normandie, Eure). Contactez-moi afin d'étudier ensemble, plus avant, l'histoire et donc de progresser vers la connaissance. Bonne lecture ! armand.launay@gmail.com
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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au cœur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

- Mieux connaitre Pont-de-l'Arche à travers 150 noms de rues et de lieux ! (Autoédité, 2019, 64 pages). 

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte.

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