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4 janvier 2016 1 04 /01 /janvier /2016 15:17
Ce dessin de 1782 montre que le châtelet de Limaie était en bel état de conservation. Cette vue fut reproduite dans l'article de Léon Coutil intitulé "Le vieux château de Limaie et le vieux pont de Pont-de-l'Arche (Eure)" publié dans le Bulletin de la Société d'études diverses de Louviers, tome XVI, 1921-1922.

Ce dessin de 1782 montre que le châtelet de Limaie était en bel état de conservation. Cette vue fut reproduite dans l'article de Léon Coutil intitulé "Le vieux château de Limaie et le vieux pont de Pont-de-l'Arche (Eure)" publié dans le Bulletin de la Société d'études diverses de Louviers, tome XVI, 1921-1922.

Notre ville doit son nom aux multiples ponts bâtis par les rois depuis 862 sur la Seine. Ces ponts ont eu une fonction militaire (contre les Vikings et les Anglais) et de police intérieure au royaume (navigation sur la Seine, émeutes populaires, Ligues…).

Il fallait donc fortifier ces ponts. Ainsi, la ville royale de Pont-de-l’Arche fut entourée de remparts et un châtelet fut érigé sur la rive droite de la Seine, sur la paroisse d’Igoville : le fort de Limaie. Entièrement disparu mais souvent cité lorsqu’on tourne les pages de l’histoire locale, nous avons résumé l’histoire de cet ouvrage qui a laissé son nom à un hameau d’Igoville : “le Fort”…    

 

Où était ce fort précisément ?

Imaginez-vous du côté de l’ancienne poste de Pont-de-l’Arche, c’est-à-dire au niveau d’Arche immobilier de nos jours. Allez un peu plus vers Les Damps (il n’y avait alors pas autant de maisons en ce lieu). Imaginez-vous à cet endroit en 1782. Vous regardez de l’autre côté de la Seine et vous avez cette vue : le château fort de Pont-de-l’Arche, c’est-à-dire Limaie, vue depuis la coste d'amour. Le pont que vous connaissez de nos jours toucherait sur ce dessin la berge d'Igoville presque à l'endroit de la tour d'angle la plus proche de nous. Ce dessin est une reproduction d’une illustration parue dans un article de Léon Coutil intitulé "Le vieux château de Limaie et le vieux pont de Pont-de-l'Arche (Eure)".

 
Pour localiser plus précisément ce châtelet disparu, nous avons dessiné sur la vue satellitaire de Google earth quelques tours, les remparts et le corps de garde contrôlant l’accès nord du pont.

Pour localiser plus précisément ce châtelet disparu, nous avons dessiné sur la vue satellitaire de Google earth quelques tours, les remparts et le corps de garde contrôlant l’accès nord du pont.

 

Description d’ensemble

 

Le châtelet est protégé par deux fossés en eau. S’il n’est pas sûr que les ingénieurs aient utilisé une ancienne ile alluviale pour bâtir le châtelet, il est évident qu’ils ont profité du fond de la vallée de la Seine pour aménager ces deux protections naturelles.

Le premier fossé n'est pas protégé. Il barre d'accès au premier rempart, une palissade dans le document de 1640 signé P. Petit, ci-dessous, qui est accessible par un pont-levis au bout d'un petit pont de pierre.

Le second fossé protège le rempart principal. Un pont en pierre constitue le principal accès au châtelet. La vue de P. Petit montre un petit pont-levis contrôlé par un corps de garde. Un second pont, en bois celui-ci, offre accès à une poterne, peut-être pour un meilleur déploiement de la garnison durant un assaut, voire pour une contre-attaque.

Le second et principal rempart est flanqué de tours cylindriques. Deux possèdent une terrasse, une autre est couverte d'un toit conique. Un angle est étonnant ; celui du sud-Est, donnant sur la Seine. Il est constitué d'un angle droit dans le rempart et semble ne servir que de poste de guet. C'est la tour maitresse, la tour philipienne, qui devait assurer le gros de la défense de ce côté-ci du châtelet, ainsi que des engins de tir sur une sorte de chemin de ronde plus élargi le long du flanc Est. Dans la cour intérieure, se trouvent des potagers, des jardins, quelques maisons blotties contre les remparts. Une chapelle (placée sous le vocable de Saint-Étienne) est visible côté nord et reconnaissable à une croix surplombant le pignon Est situé près de la poterne. Une longue maison semble tenir lieu de caserne devant la tour maitresse. Selon le plan de 1640, quelques demeures longent le chemin central reliant les deux garde-corps. Selon la vue de Gomboust, c'est bien plutôt un rempart intérieur qui interdit l'accès vers la caserne et la tour maitresse. Les deux ont très bien pu se compléter comme le montre un plan de 1754 plus bas dans cet article.

 

Nous voyons donc ici une suite impressionnante d'obstacles visant à garder le contrôle de l'entrée nord du pont. Avec une faible garnison, le châtelet de Limaie était en mesure de résister à plusieurs semaines d'assaut avant l'arrivée de renforts. Sans compter que, tant que la ville de Pont-de-l'Arche n'était pas prise, elle pouvait ravitailler Limaie.

 

 

 
"Plan du chasteau du ¨Pont de l'Arche" par P. Petit, 1640, cabinet des estampes, Bibliothèque nationale de France.

"Plan du chasteau du ¨Pont de l'Arche" par P. Petit, 1640, cabinet des estampes, Bibliothèque nationale de France.

Illustration du tome I de l’Encyclopédie médiévale, 1873, d’Eugène Viollet-le-Duc (illustration de l’article “châtelet“ de Wikipédia).

Illustration du tome I de l’Encyclopédie médiévale, 1873, d’Eugène Viollet-le-Duc (illustration de l’article “châtelet“ de Wikipédia).

"Chasteau du Pont de l'Arche" par Jacques Gomboust, extrait de l'ouvrage du cartographe Matthäus Merian (vers 1593-1650) intitulé Topographiae Galliae et publié en 1657. Une comparaison entre les vues précédentes montre qu'Eugène Viollet-le-Duc a reposé son travail sur celui de Jacques Gomboust.

"Chasteau du Pont de l'Arche" par Jacques Gomboust, extrait de l'ouvrage du cartographe Matthäus Merian (vers 1593-1650) intitulé Topographiae Galliae et publié en 1657. Une comparaison entre les vues précédentes montre qu'Eugène Viollet-le-Duc a reposé son travail sur celui de Jacques Gomboust.

Qui a bâti Limaie ?

Le choix de l’emplacement du fort ne fait aucun mystère : protéger l’entrée du pont à la place de fortifications antérieures dont les plus anciennes datent de Charles le Chauve. Mais qui a fait bâtir les fortifications que nous voyons dans les vues du XVIIIe siècle ?

Jusqu’à plus ample informé, la plus ancienne mention du nom de Limaie date de 1198, encore sous le règne de Richard Cœur de Lion donc. On la retrouve dans les Grands rôles de l’Échiquier de Normandie : “Limai de Capite Pontis Arche” c’est-à-dire Limai à la tête du pont de Pont-de-l’Arche.

Nous avons consacré un article aux fortifications de Pont-de-l’Arche, la ville et aussi, un peu, de Limaie. Nous avons vu que Richard Cœur de Lion avait consacré presque 1000 livres à des travaux sur le pont et les fortifications de Pont-de-l’Arche, soit le vingtième d’un budget annuel. Pas étonnant que le nom de Limaie ait été associé à ces importants travaux. Dans cet article, nous avons aussi vu que son rival, Philippe Auguste, avait fait de Pont-de-l’Arche sa résidence après qu’il a pris possession de la Normandie. Il fit faire des travaux sur le pont et les remparts. Il installa son administration et signa en ce lieu beaucoup d’actes royaux. Notre analyse fait ressortir que les fortifications archépontaines s’inscrivent nettement dans l’architecture militaire de Philippe Auguste. Une tour philippienne en est l’élément le plus clair dans l’enceinte de Limaie.

Nous concluons que Limaie a été bâti par Philippe Auguste sur les bases édifiées par Richard Cœur de Lion. Le châtelet que nous voyons sur les vues du du XVIIIe siècle est donc un jeune homme de presque 500 ans qui a eu l’air de bénéficier de restaurations régulières.

 

Que signifie le nom de “Limaie” ?  

Belle énigme que ce nom de Limaie ! Jacques Le Maho le rattache au mot latin “limites” désignant la limite, ici entre les deux pays gaulois que sont le Roumois (pays de Rouen) et l’Évrecin (pays d’Évreux). Le châtelet de Limaie aurait donc bien marqué une limite. Nous pouvons penser qu’il a surtout constitué un passage à travers cette limite, un point de contrôle, tant au niveau de la route qu’au niveau de la navigation. La limite en question concernait certainement plus la navigation que la route ou la frontière entre pays. Nous restons cependant sur notre faim car il dût il y avoir d’impressionnantes quantités de lieux-dits “la limite” si ce nom permettait à nos ancêtres d’identifier aisément des lieux.

Nous nous sommes intéressés à l’homophone Limay, près de Mantes (Yvelines) où la thèse de la limite est aussi défendue dans le Lexique toponymique de l’arrondissement de Mantes-la-Jolie de Claude Guizard. L’encyclopédie Wikipédia rapporte aussi que “La localité est attestée sous le nom Limaium en 1249. Le nom de "Limay" parait être abrégé de celui de "Limais" ou plutôt "Li Mais", qui veut dire la maison, la demeure, l'habitation, en latin Mansio.” À se demander ‒ une fois encore ‒ pourquoi il n’y a pas plus de Limaies dans les pays romans ?

L’étonnant point commun entre notre Limaie et le Limay des Yvelines est sa position vis-à-vis de la grande ville : à la sortie du pont sur la rive opposée de la Seine. Le pont de Limay, face à Mantes, date du XIe siècle. Si la thèse de la “limite” était bonne, nous pourrions envisager que ce sont les habitants de Mantes et de Pont-de-l’Arche qui désignaient par limite les habitations ou constructions militaires situées à la limite du pont. Là cette appellation aurait été suffisamment concrète pour ce nom soit significatif.

Nous en sommes donc aux conjectures. La thèse du “limites” latin pourrait aussi nous renvoyer vers le proche mot “limus” qui a donné limon. Le limon est peut-être un point commun entre Limay, Limaie et Limetz (Yvelines)... des lieux habités près du fond de la vallée de la Seine ?

D’autres conjectures sont possibles. Le plan cadastral d’Igoville nomme précisément “Les Limais” la zone autour de la ferme située à l’Est de l’auberge du Pressoir, au bord de l’ancienne route du Manoir. On pourrait rattacher ce nom aux ormaies, les bois formés d’ormes, du latin “ulmus” et qui est lié à la racine, si je puis dire, indo-européenne “al” comme dans alisier (une des étymologies possibles d’Alizay)…

 

Autres représentations visuelles

Le fort de Limaie : un châtelet sur la Seine à Pont-de-l’Arche
Le corps de garde contrôlant l'accès nord du pont de Pont-de-l'Arche. Détail d'un vitrail de l'église Notre-Dame-des-arts (cliché Armand Launay, 2007).

Le corps de garde contrôlant l'accès nord du pont de Pont-de-l'Arche. Détail d'un vitrail de l'église Notre-Dame-des-arts (cliché Armand Launay, 2007).

La représentation la plus étonnante est celle du vitrail du montage des bateaux. Ce vitrail se trouve dans l’église Notre-Dame-des-arts, autrefois Saint-Vigor, et date de 1606. Comme nous l’avons décrit dans un article, ce vitrail a constitué une revendication de la paroisse sur certaines taxes perçues sur les commerçants passant sous le pont. Or, ces taxes furent détournées par la garnison de Limaie.

En attendant la représentation est belle, surtout en ce qui concerne les monteurs de bateaux. Le fort de Limaie est bien mis en valeur, pour ne pas dire montré du doigt, au centre de la perspective qui se trouve dans l'axe de la route reliant les deux garde-corps du châtelet. La représentation n'est toutefois fidèle à la réalité. Ceci particulièrement net dans le nombre de tours, volontairement limité ici, et la grandeur du petit pont donnant accès au châtelet.

« Plan du château du Pont de l'Arche pour servir au projet de l'année 1754 ». Ce plan aquarellé (41 x 54 cm), est conservé à la Bibliothèque nationale de France, département Arsenal, et accessible sur Internet : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb421591410. Il confirme plutôt les vues de P. Petit et Jacques Gomboust.

« Plan du château du Pont de l'Arche pour servir au projet de l'année 1754 ». Ce plan aquarellé (41 x 54 cm), est conservé à la Bibliothèque nationale de France, département Arsenal, et accessible sur Internet : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb421591410. Il confirme plutôt les vues de P. Petit et Jacques Gomboust.

Quelles furent ses activités ?

La fonction du fort de Limaie était avant tout d'assurer la police intérieure : le contrôle de la circulation sur le pont et sous ce pont. Ces passages étaient taxés. Le châtelet constituait de plus une caserne, non loin de Rouen, prête à intervenir en cas de souci.

La suite de ce paragraphe provient des écrits de Léon Coutil. Nous préciserons nos recherches plus tard.

Cependant, Limaie a aussi été utile en matière militaire. C'est ainsi qu'en 1417, le châtelet fut réparé et complété afin de résister aux Anglais. L'effort fut vain car Pont-de-l'Arche, ville et fort compris, tomba sous la domination d'Henry V d'Angleterre. Le fort de Limaie ne fut repris par les Français qu'en 1449 que grâce à la ruse (par abus de confiance d'un soldat du corps de garde).

Sous les guerres de religions, le château et la ville restèrent aux mains des catholiques.

Mais Limaie trouva une autre utilité, contraire aux intérêts du roi ce coup-ci. En effet, après la reddition de Pont-de-l'Arche à Henri IV en 1589, le châtelet resta aux mains des Ligueurs. Qui plus est, pendant la Fronde, le gouverneur était le marquis de Chamboy qui ne rendit le château que le 7 février 1650. Limaie pouvait très bien être une base hostile au roi.

 

Pourquoi et quand fut-il détruit ?

Le châtelet de Limaie avait perdu de son intérêt militaire. De plus, il avait été utilisé à plusieurs reprises contre le pouvoir royal. C'est ainsi que le projet de démolition de Limaie fut approuvée par Louis XIV peu après 1650. Cependant, une vue de 1782 montre que le châtelet avait encore fière allure et que, comme toute base militaire, le pouvoir ne trouvait pas sa destruction urgente. Limaie servait notamment de prison, notamment pour certains protestants.

Le coup de grâce a été donné à LImaie par Louis Thiroux de Crosne (1736-1794), intendant de la généralité de Rouen de 1768 à 1787. Cet homme, une sorte de Préfet de l’époque, fit appliquer certaines ordonnances royales traitant d’urbanisme. Il fit ainsi dresser les plans des boulevards de Rouen avant de combler les fossés médiévaux. Il en fit de même dans d’autres villes haut-normandes (Louviers) et donna son accord à la municipalité de Pont-de-l’Arche d’utiliser le déblai de la corvée pour aplanir la place des Champs (délibération du conseil municipal de Pont-de-l’Arche du 16 septembre 1779). Puis, il autorisa le conte de Pons, gouverneur de Pont-de-l’Arche, à faire démolir le châtelet de Limaie (1782). La somme récupérée de la vente des pierres permit de démolir deux portes de chaque côté de la ville, comme le souhaitent les habitants. En hommage, la municipalité décida de donner le nom de Crosne à la porte Saint-Jean et de Pons à la porte de Léry (rue Jean-Prieur) (délibération du 20 avril 1782).

 
En 1790, Aubin-Louis Millin présenta à l’Assemblée constituante une œuvre recensant le patrimoine national. Dans le chapitre 43 de ses désormais célèbres Antiquités nationales l’auteur accorde quelques belles pages à Pont-de-l’Arche. Il aborde notamment « … le château de Pont-de-l’Arche, actuellement démoli, et que j’ai fait dessiner au moment de la destruction… ».  Il s’agit d’une vue sur le châtelet de Limaie, alors en démantèlement. Reproduite ci-dessus, elle fut dessinée par Garneray et sculptée par Desmaisons.

En 1790, Aubin-Louis Millin présenta à l’Assemblée constituante une œuvre recensant le patrimoine national. Dans le chapitre 43 de ses désormais célèbres Antiquités nationales l’auteur accorde quelques belles pages à Pont-de-l’Arche. Il aborde notamment « … le château de Pont-de-l’Arche, actuellement démoli, et que j’ai fait dessiner au moment de la destruction… ». Il s’agit d’une vue sur le châtelet de Limaie, alors en démantèlement. Reproduite ci-dessus, elle fut dessinée par Garneray et sculptée par Desmaisons.

L’espace autrefois occupé par le fort de Limaie ne resta pas longtemps sans emploi. En effet, en 1813 Napoléon fit réaliser un canal et une écluse auxquels nous avons consacré un article. Pour cela, l’ile fut transformée et un fossé du châtelet servit partiellement au percement du canal. Léon Coutil précisa qu'en 1918, on boucha l'écluse et après la démolition des derniers vestiges des vieux murs on construisit au-dessus des hangars. La photographie ci-dessous montre ces derniers vestiges.

Cette reproduction de carte postale des années 1910 montre le pont enjambant le canal de l'ancienne écluse de Napoléon. Remarquez, à gauche, ce qui semble être (le dernier ?) vestige du châtelet de Limaie.

Cette reproduction de carte postale des années 1910 montre le pont enjambant le canal de l'ancienne écluse de Napoléon. Remarquez, à gauche, ce qui semble être (le dernier ?) vestige du châtelet de Limaie.

Découvertes de vestiges de fondations du fort de Limaie par les équipes travaillant à la construction du pont actuel de Pont-de-l'Arche (de 1951 à 1954). Il semble que l'arc de cercle en bas de cliché (studio Henry, Louviers, page 15 de la référence ci-dessous) montre une partie de la tour maitresse. Le reste est plutôt méconnaissable.

Découvertes de vestiges de fondations du fort de Limaie par les équipes travaillant à la construction du pont actuel de Pont-de-l'Arche (de 1951 à 1954). Il semble que l'arc de cercle en bas de cliché (studio Henry, Louviers, page 15 de la référence ci-dessous) montre une partie de la tour maitresse. Le reste est plutôt méconnaissable.

Sources

- Coutil Léon, "Le vieux château de Limaie et le vieux pont de Pont-de-l'Arche (Eure)" publié dans le Bulletin de la Société d'études diverses de Louviers, tome XVI, 1921-1922 ;

- Le Maho Jacques, « Un grand ouvrage royal du IXe siècle : le pont fortifié dit « de Pîtres » à Pont-de-l’Arche (Eure) », pages 143-158, in Des Châteaux et des sources. Archéologie et histoire dans la Normandie médiévale : mélanges en l’honneur d’Anne-Marie Flambard Héricher, Publications des universités de Rouen et du Havre, 2008, 622 pages ;

- Ministère des travaux publicsLe nouveau pont-route de Pont-de-l’Arche : 1951-1954, imprimerie Logier et Cie, 32 pages.

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 11:55

La ville de Pont-de-l’Arche (Eure) est connue pour son patrimoine et notamment ses vestiges de fortifications (partiellement classés ou inscrits aux Monuments historiques). De quand datent ces remparts ? Par qui et pourquoi ont-ils été érigés ? Aucun travail n’a encore posé la question.

Pont-de-l’Arche depuis la rive droite de la Seine. Lithographie d’E. Cagniard, Rouen, d’après un croquis d’Eustache Hyacinthe Langlois (extrait de Léon de Duranville, Essai historique…, 1870).

Pont-de-l’Arche depuis la rive droite de la Seine. Lithographie d’E. Cagniard, Rouen, d’après un croquis d’Eustache Hyacinthe Langlois (extrait de Léon de Duranville, Essai historique…, 1870).

Des fortifications du IXe siècle… bien évanouies !

Les premières fortifications de Pont-de-l’Arche datent de 862-873. Charles le Chauve, roi des Francs, fit bâtir un immense pont de bois sur la Seine afin de retarder, voire de repousser les Vikings. Le souverain fit construire deux tours-porches, en bois et en pierre, aux entrées du pont1. À l’évidence, les vestiges que nous voyons aujourd’hui dans la ville ne correspondent pas à ces fortifications du IXe siècle. En 1020, une charte de duc de Normandie Richard II cite la paroisse de Pont-de-l’Arche, organisée autour de l’église Saint-Vigor. Elle dépend de l’abbaye de Jumièges. Cette charte démontre que le châtelet de la rive gauche a laissé place à une ville dont aucune fortification n’est citée. Seules des archives du XIIe siècle mentionnent des fortifications à Pont-de-l’Arche.

 

Les importants travaux de Richard Cœur de Lion

L’Échiquier de Normandie2, parlement rassemblant les notables du duché, a enregistré les recettes et les dépenses des ducs de Normandie. Nous nous sommes intéressés à celles de Richard II, dit Cœur de Lion, après son retour de croisade et de captivité (février 1194). Le roi d’Angleterre et duc de Normandie entreprit de restructurer la défense de la Normandie que convoitait le roi de France, Philippe Auguste. La pièce majeure du dispositif de défense est le célèbre Château Gaillard bâti, un peu plus tard, entre 1197 et 1198, qui couta près de 37 000 livres au trésor. À partir de 1194, Richard Cœur de Lion investit dans de nombreuses places-fortes le long de la frontière avec la France : Lyons-la-Forêt, Radepont, Arques, Driencourt, Moulineaux, Orival, Bellencombre, Le Vaudreuil et… Pont-de-l’Arche.

 

Nous avons noté les principales sommes confiées aux ingénieurs en charge des travaux (operationibus). Trois dépenses concernent uniquement Pont-de-l’Arche sans mentionner son château3 :

- 190 livres pour Guillaume Engelais et Roger Falel4 ;

- 200 livres pour Guillaume Tyrel5 ;

- 40 livres pour Éric et Guillaume Tyrel6.

 

Cependant, la majeure partie des dépenses concernent plusieurs châteaux (castri) à la fois.

Cinq dépenses concernent les châteaux de Pont-de-l’Arche et du Vaudreuil :

- 300 livres pour Éric et Guillaume Tyrel7 ;

- 100 livres pour Éric et Guillaume Tyrel8 ;

- 140 livres pour Éric et Guillaume Tyrel9 ;

- 100 livres pour Éric et Guillaume Tyrel10 ;

- 100 livres pour Éric et Guillaume Tyrel11.

 

Une dépense concerne les châteaux de Pont-de-l’Arche et de Radepont :

- 360 livres pour Guillaume Tyrel12.

 

À la lecture de ces sommes, nous notons que Pont-de-l’Arche a bénéficié du travail de plusieurs maitres. La majeure partie des dépenses concernent le château. Sans plus de précisions sur la répartition des dépenses, nous ne pouvons définir exactement le montant dépensé pour Pont-de-l’Arche. Cependant, pour avoir un ordre d’idée, nous avons divisé en parts égales les dépenses imputées à Pont-de-l’Arche et Radepont (360 divisés par 2 = 180) et Pont-de-l’Arche et Le Vaudreuil (740 divisés par 2 = 370). Ce total de 550, additionné aux dépenses propres à Pont-de-l’Arche (420), donne 980 livres.

 

Pour évaluer l’importance des sommes consacrées aux fortifications de Pont-de-l’Arche, nous avons additionné les autres principaux investissements de fortifications engagés durant ce laps de temps par Richard Cœur de Lion en Normandie orientale. Lorsque les montants concernaient deux fortifications, nous les avons divisés par deux.


 

Places fortes

Dépenses

Totaux

Le Vaudreuil

32 + 10 + 100 + 100 + 200 + 211 + 150 + 50 + 70 + 50 + 50

1023

Pont-de-l’Arche

190 + 200 + 40 + 180 + 150 + 50 + 70 + 50 + 50

980

Lyons-la-Forêt

75 + 400

475

Radepont

75 + 100 + 180

355

Arques

225 + 100

325

Driencourt

225 + 100

325

 

À la lecture de ce tableau, on mesure que Le Vaudreuil et Pont-de-l’Arche étaient au centre des priorités militaires de Richard Cœur de Lion. Selon Jean Favier, le revenu royal avoisinait les 22 000 livres en 1193-1194 puis environ 20 000 livres les années suivantes13. La dépense consentie à Pont-de-l’Arche n’était donc pas anecdotique puisqu’elle représentait le vingtième du budget annuel.

Sans plus d’éléments sur la nature des travaux entrepris par Richard Cœur de Lion, nous nous nous sommes demandé si le contexte politique et militaire pouvait nous apporter un certain éclairage.

 

Philippe Auguste enfonce la frontière de l’Epte (1192-1195)

Depuis le traité de Saint-Clair-sur-Epte (911), les rois de France ont souhaité – et tenté, pour certains d’entre eux – de reprendre la main sur la Normandie. Ils l’ont d’autant plus espéré que les ducs de Normandie sont devenus rois d’Angleterre à partir de 1066, c’est-à-dire plus puissants que les rois de France. Au XIIe siècle, l’empire anglo-normand dépassait largement la Normandie et l’Angleterre et comprenait notamment la Guyenne (l’”Aquitaine”, région de Bordeaux), le Maine, l’Anjou… Un duel se déroula entre Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste. Lors d’une trêve, où ils firent bâtir conjointement l’abbaye de Bonport, à Pont-de-l’Arche, les deux monarques partirent en croisade en 1191. Mais le roi de France rentra plus tôt. Il voulait profiter de l’absence de Richard II pour reconquérir la Normandie, alors gérée par Jean sans Terre, le frère de Richard II. En avril 1193, Philippe s’empara du Vexin et de Gisors, Aumale, Eu, Ivry, Pacy14. En janvier 1194, Jean sans Terre abandonna à Philippe l’Est de la Seine sauf Rouen. À la fin de l’hiver et au début du printemps 1194, Philippe prit Le Vaudreuil, Évreux et Le Neubourg. Il menaça Rouen jusqu’à l’annonce du retour de Richard. En effet, après la croisade et une période de captivité en Bavière, Richard arriva à Londres le 14 mars 1194 et débarqua à Barfleur à la mi-mai 1194. Richard infligea une imposante défaite à Philippe Auguste le 3 juillet 1194 à Fréteval (vallée du Loir). Jean sans Terre et le comte d’Arundel, à la tête des bourgeois de Rouen, assiégèrent alors Le Vaudreuil, occupé par des troupes françaises. Ils furent chassés par Philippe Auguste, venant de Fréteval.

 

C’est alors que Richard arriva en personne. C’est ce que décrit L’Histoire de Guillaume le Maréchal, conte de Striguil et de Pembroke, qui mentionne la marche de Richard vers Pont-de-l’Arche dont la tête de pont était brisée. Le roi l’aurait fait réparer rapidement15. C’est peut-être ce qui explique la somme versée à Guillaume Engelais et Roger Falel qui est antérieure à toutes les autres sommes versées à Éric et Guillaume Tyrel pour Pont-de-l’Arche et Le Vaudreuil (voir plus haut). L’Histoire de Guillaume le Maréchal montre ensuite que Philippe fit sournoisement tomber les remparts du château du Vaudreuil, en juillet, alors qu’il faisait mine de négocier avec Richard. Puis il partit. Une trêve fut signée le 23 juillet 1194 entre les deux rois suite à une intervention papale. Cette trêve dura jusqu’en janvier 1196 et, selon Alain Sadourny16, fut le « théâtre de préparatifs militaires » qui concernent Pont-de-l’Arche.

 

Richard et la fortification de la vallée de la Seine (1195-1197)

Comme l’écrivit Jean Yver17 : « … tout l’effort qui, une ou deux décennies auparavant, au temps de Henri II, s’était appliqué aux forteresses du Vexin, s’est concentré sous Richard Cœur de Lion sur ce secteur de la Seine, devenu crucial par l’effondrement de l’autre. » Richard profita de la trêve conclue en juillet 1194 pour verrouiller la vallée. Ainsi on retrouve parmi les dépenses miliaires Le Vaudreuil, Pont-de-l’Arche, Radepont et Lyons-la-Forêt. Ces places-fortes entouraient le Vexin et barraient la route de Rouen. Pont-de-l’Arche était particulièrement intéressant par son pont barrant la Seine et qui venait d’être fraichement restauré. Ces travaux entrepris par Richard confirment l’intérêt qu’il exprima pour Pont-de-l’Arche à l’occasion d’une charte signée avec les moines de Jumièges le 18 janvier 1195. En effet, le monarque donna sa baronnie de Conteville aux moines contre Pont-de-l’Arche, désormais propriété ducale directe18. Des pourparlers de paix eurent ensuite lieu au Vaudreuil et Issoudun (novembre et décembre 1195) entre Richard et Philippe. Ils furent officialisés par le traité de Gaillon le 14 janvier 1196 qui laissait à Philippe le Vexin et Gisors, Vernon, Gaillon, Neaufles, Pacy et Ivry. Cependant, au printemps 1196, le roi de France rompit l’accord de paix en attaquant Aumale. Richard, sachant à quoi s’en tenir, décida la construction de l’immense Château Gaillard.

 

Jean sans Terre et Pont-de-l’Arche

La mort de Richard II en 1199 changea le rapport de forces entre l’Angleterre et la France. Jean sans Terre succéda à son frère et fut très tôt débordé par Philippe Auguste. En 1202, Jean sans Terre enleva la fille du comte d’Angoulême et confisqua les terres de barons aquitains. Ceux-ci se tournèrent vers le roi de France, leur suzerain, qui cita Jean sans Terre devant sa cour. Celui-ci ne vint pas et la cour prononça la commise de tous les fiefs qu’il tenait du roi. L’armée de Philippe II s’engouffra en Normandie. Au début du mois de mars 1203, Montfort-sur-Risle et Beaumont-le-Roger abandonnèrent le roi Jean, bientôt rejoints par Le Vaudreuil qui se rendit au roi de France sans combattre. Fin aout, Radepont chuta. Après 6 mois de siège, le verrou de la Seine, Château Gaillard, céda le 6 mars 1204. Rouen capitula à la fin du mois de juin 1204. Enfin les dernières places se livrèrent : Arques, Verneuil et Pont-de-l’Arche. Guillaume le Breton, hagiographe du roi de France, signala que Jean sans Terre détruisit le pont en 1204 : « Ainsi tourmenté par les remords de sa conscience, le malheureux détruit lui-même ses propres biens et renverse le pont que l'on appelle de l'Arche...19 » En 1204, Philippe Auguste devint maitre de la Normandie. Quelle fut la place de Pont-de-l’Arche sous la gouvernance du roi de France ?

 

Pont-de-l’Arche : résidence normande de Philippe Auguste

Nous savons que Philippe Auguste voulait assoir son pouvoir en Normandie. Il doutait de la fidélité des Normands et voulait prévenir toute tentative de reconquête par Jean sans Terre. Dans ce cadre, il renforça ou reconstruisit des places fortes et les munit de garnisons. Il n’oublia pas Pont-de-l’Arche qu’il reprit en fief direct en 1210 où il donna aux moines de Jumièges la baronnie de Conteville en dédommagement20. Les moines conservèrent le patronage de l’église Saint-Vigor et furent exemptés de péage pour la circulation de leurs biens sous le pont de la ville. L’échange fut de nouveau confirmé en 1246 par Louis IX21.

Coupé par Jean sans Terre, le pont dût vraisemblablement bénéficier d’une reconstruction sous Philippe Auguste.

L’importance de Pont-de-l’Arche peut aussi se lire à travers le nombre de séjours de Philippe Auguste dans la ville. Ce sont les actes royaux, signés de la sa propre main, qui nous renseignent sur ses lieux de résidence. Ainsi, John Baldwin22 a dénombré 49 actes signés à Pont-de-l’Arche entre 1204 et 1223 ce qui représente 3 % des actes connus de Philippe II. Cela fait de Pont-de-l’Arche le 7e lieu de résidence du roi et le premier de Normandie, surtout après 1215 où l’on dénombre 33 actes. C'est aussi à Pont-de-l'Arche que semble fonctionner le mieux l'administration royale que le roi a renforcé dans la ville, donnant ainsi de bonnes bases au futur bailliage.

Peut-être qu'un certain Guillaume du Pont-de-l'Arche a-t-il joué un rôle entre sa ville et son roi. Ce membre d'une famille aristocratique a été évêque de Lisieux de 1218 à 1250. Il avait la confiance de Philippe II.

Si Philippe Auguste a résidé à Pont-de-l’Arche, c’est que la ville fortifiée et son château de l’autre côté de la Seine garantissaient la sécurité du roi et ce à 20 km de Rouen. Le capétien pouvait surveiller la capitale normande sans s’exposer à une éventuelle insurrection populaire. Ainsi, très soucieux de la police intérieure, le roi de France a ordonné et financé une campagne des travaux de renforcement de ses fortifications. L’ingénieur militaire, Guillaume de Flamenville, fut missionné vers 1210 pour faire une tourelle à Pont-de-l’Arche sur les fonds reçus pour la ville d’Évreux23… le document ne donne pas de précision permettant de localiser cette tourelle. Il s'agit peut-être d'une tour philipienne du château de Limaie (voir plus bas). Confirmant l’intérêt miliaire de la place, le trésor royal a aussi détaillé les dépenses de munitions conservées dans des tours archépontaines24.

 

Arrivé à ce point de notre exposé, nous avons vu que Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste ont doté Pont-de-l’Arche de fortifications. Mais qui a fait quoi ? Nous avons voulu tendre vers ce degré de précision en analysant le type de constructions visibles sur les cartes et illustrations anciennes mais aussi sur le terrain contemporain.



Notes

1 Le Maho Jacques, « Un grand ouvrage royal… »

2 Léchaudé d’Anisy Amédée-Louis, « Grands rôles des Echiquiers de Normandie »…, p. 164.

3 Il s’agit du château de la rive droite qui défendait l’accès du pont en venant de Rouen. Connu aussi sous le nom de fort de Limaie et succédant aux fortifications en bois construites au IXe siècle sur ordre de Charles le Chauve.

4 Ibidem, page 42, 2e colonne : Willelmo Engelais et Rogerio Falel pro operationibus de Ponte Arche 190 lib. per id. brev.

5 Ibidem, page 48 : Willelmo Tyrel ad operationes Pontis Arche 200 lib. per id. brev.

6 Ibidem, page 73 : Item Magistro Eurico et Willelmo Tyrel ad operationes Pontis Arche 40 lib. per id. brev.

7 Ibidem, page 48 : Magistro Elrico et Willelmo Tyrel ad operationes Vallis Rodolii et Pontis Arche 300 lib. per id. brev.

8 Ibidem, page 72, 2e colonne : Magistro Elrico et Willelmo Tyrel ad operationes Pontis Arche et Vallis Rodolii 100 lib. per id. brev.

9 Ibidem, page 72, 2e colonne : Magistro Elrico et Willelmo Tyrel ad operationes Pontis Arche et Vallis Rodolii 100 lib. per id. brev. Eisdem ad easdem operationes 40 lib. per id. brev.

10 Ibidem, page 73 : Magistro Eurico et Willelmo Tyrel ad operationes Pontis Arche et Vallis Rodolii 100 lib. per id. brev.

11 Ibidem, page 73 : Magistro Eurico et Willelmo Tyrel ad operationes Pontis Arche et Vallis Rodolii 100 lib. per id. brev.

12 Ibidem, page 42, 2e colonne : In operationibus de castri de Ponte Arche et de Radepont per Willelmum Tyrel 360 lib. per id. brev.

13 Favier Jean, Origines et destins d’un empire (XIe-XIVe siècles), voir page 391.

14 Sadourny Alain, « La fin de la Normandie Plantagenêt », page 145.

15 Nous avons consulté l’édition de Paul Meyer, 1894, tome II, p. 14 : « Puis [Richard] s'en vint dreit al Pont de l'Arche / Qui dépeciez esteit de front / En poi d'ure refist le pont… »

16 Opere citato.

17 Yver Jean, « Philippe Auguste et les châteaux normands... », voir page 236.

18 Vernier Jean-Jacques, Chartes de l'abbaye de Jumièges…, acte CLXVIII, page 119.

19 Le Breton Guillaume, La Philippide, voir pages 210 et 211.

20 Loth Julien (éd.), Histoire de l’abbaye royale de Saint-Pierre de Jumièges, Rouen, Métérie, 1882-1885, 305 pages. Chapitre 8. Vraisemblablement, Jean sans Terre avait annulé l’échange effectué en 1195 par Richard Cœur de Lion.

21 Delisle Léopold, page 75, acte n° 459, juillet 1246, Evreux.

22 Baldwin John, Philippe Auguste, voir le tableau de la page 66.

23 Chatelain (André), « Recherche sur les châteaux de Philippe Auguste ». L’auteur site ses sources à la Bibliothèque nationale de France : registre a f° 93 r°.

24 Delisle Léopold (publié par), « Cartulaire normand de Philippe Auguste… », page 34 : Hee sunt munitiones castrorum domini Regis. Falesia, Oxime, Pons Audomari, Bonavilla, Molinella, Vallis Rodolii, Harecurtis, Anetum, Paciacum, Vernonem, Lions, Andeliacum, Gaillardum, Britolium, Ebroicas, Guletum, Rothomagum, Mortuum Mare, Archie. [Apud] Pontem Archie. X. lorice, X. galee, capelli XXXI., quarelli LX.m baliste de cornu XXI. de quibus due sunt ad tornum, et XV lignee de quibus sunt ad tornum, gamboissons XVII., croci IIII, turni tres.

 

 

 

La place-forte de Pont-de-l’Arche et le château de Limaie :

description architecturale

 

Les archives citées jusqu’alors laisseraient volontiers penser que Richard Cœur de Lion est père des remparts de Pont-de-l’Arche. Mais ces sources sont trop lacunaires. Nous poursuivrons cet exposé par une description architecturale des vestiges archépontains et d’illustrations que nous comparerons à des fortifications leur ressemblant.

 

Il y avait deux systèmes défensifs à Pont-de-l’Arche : la ville fortifiée, au sud du pont ; et le fort de Limaie, bastion barrant l’accès nord du pont.

 

Plan d’ensemble de la ville fortifiée

Nous avons dessiné (ou tenté de le faire) les remparts tels qu’ils devaient être au Moyen âge. Nous nous sommes fondés sur le plan cadastral de 1834 ; l’Atlas de Trudaine (réalisé vers 1759) ; le plan de Nicolas Magin (dressé avant 1742) ; un plan des archives départementales de l’Eure (6 pl. 49) ; un croquis de Léon Coutil datant de 1922 et sur des observations de terrain. Sur le dessin, les vestiges sont remplis de noir. Les parties disparues sont représentées en gris.


 

Plan de la ville de Pont-de-l'Arche avec ses remparts tels qu'ils devaient être au XVIIIe siècle (carte d'A. Launay, décembre 2015)

Plan de la ville de Pont-de-l'Arche avec ses remparts tels qu'ils devaient être au XVIIIe siècle (carte d'A. Launay, décembre 2015)

Les remparts de la ville longent l’Eure (la Seine avant les années 1930) et forment un vaste demi-cercle tourné vers le sud. Les courtines étaient percées par quatre entrées protégées de tours jumelles : une donnait sur le pont ; une deuxième sur la route d'Elbeuf ; une troisième sur la place Aristide-Briand et une dernière vers Les Damps. En plus de ces portes d’entrées, la ville comptait 9 tours. Certaines d’entre elles étaient des tours d’angles cylindriques (la tour de Crosne, la tour des Damps, la tour Louise, la tour du bailliage). Les autres étaient des tours hémicylindriques remplies qui flanquaient les courtines. Des fossés secs entouraient les remparts en arc de cercle. La description qui suit part de la porte de Crosne (1) et commente les éléments constitutifs des remparts dans le sens des aiguilles d’une montre jusqu’à la tour du bailliage (17).

 

La porte de Crosne, ancienne porte Saint-Jean (1)

Seul vestige d’une des quatre entrées de ville, ce premier niveau d’une des tours de la porte de Crosne a été sauvé par Marie-Auguste de Subtil de Lanterie (1789-1875) qui construisit une maison d’habitation au second niveau et autour. La tour subsistant a une forme en « u ». Elle est percée de deux archères partiellement obstruées. Elle est située dans le prolongement d’un édifice rectangulaire dans lequel on peut encore voir le passage de la herse surmonté d’un départ de voute, visible sur deux clés. Sa partie basse a été enterrée lors du comblement du fossé. Cet édifice privé fut inscrit sur l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques le 15 juin 1939.

La porte de Crosne en 2011. La rue de Crosne est située à droite du mur (cliché A. Launay).

La porte de Crosne en 2011. La rue de Crosne est située à droite du mur (cliché A. Launay).

Vestige d'une des tours d'entrée de la ville, rue de Crosne. Ici on voit nettement le passage de la herse et le début de la voute (cliché A. Launay, mai 2011).

Vestige d'une des tours d'entrée de la ville, rue de Crosne. Ici on voit nettement le passage de la herse et le début de la voute (cliché A. Launay, mai 2011).

La tour de Crosne (2)

La tour de Crosne est une tour cylindrique située à l’angle nord-ouest. Seule est conservée sa partie basse jusqu’au rez-de-jardin intérieur. Une archère est visible depuis l’extérieur. A l’intérieur, les corbeaux et les départs d’une croisée d’ogive sont encore visibles. La partie haute est une construction romantique bâtie vers 1850 que l’on doit au propriétaire Marie-Auguste de Subtil de Lanterie (1789-1875). C’est sous ce nom qu’elle était connue il y a encore un siècle. Cet édifice privé fut classée Monument historique le 9 aout 1941. Lire notre article plus approfondi en cliquant ici.

 
La tour de Crosne en mai 2011, coiffée d’une restauration romantique de la première moitié du XIXe siècle (cliché A. Launay).

La tour de Crosne en mai 2011, coiffée d’une restauration romantique de la première moitié du XIXe siècle (cliché A. Launay).

La tour du presbytère (3)

Belle tour de flanquement hémicylindrique, on voit plusieurs étapes de construction apparaitre sur l'appareillage de la tour du Presbytère. Avec la tour Saint-Vigor, elle possède des traces du chemin de ronde. Cet édifice privé fut classé Monument historique le 9 aout 1941 ainsi que la courtine attenante.

 

La tour du presbytère vue depuis le Quai-Foch. Observez la poterne surmontée d'un arc en tiers point à sa droite (cliché Armand Launay, avril 2006).

La tour du presbytère vue depuis le Quai-Foch. Observez la poterne surmontée d'un arc en tiers point à sa droite (cliché Armand Launay, avril 2006).

La tour du presbytère vue depuis la propriété de la tour de Crosne (cliché A. Launay, juillet 2012).

La tour du presbytère vue depuis la propriété de la tour de Crosne (cliché A. Launay, juillet 2012).

La tour Saint-Vigor (4)

Grâce à l’important dénivelé, les vestiges de cette tour de flanquement hémicylindrique sont visibles sur une grande hauteur. Sa partie basse est évasée afin de renforcer ses assises. Nous avons forgé ce nom en référence à l’ancien vocable de l’église Notre-Dame-des-arts. Le garde-corps est une reconstruction plus récente. Cette tour et la courtine attenante appartiennent à la Ville de Pont-de-l’Arche. Elles furent classées Monuments historiques le 8 novembre 1939.

 
La tour Saint-Vigor vue depuis l’arrière de la sacristie (cliché A. Launay, avril 2012).

La tour Saint-Vigor vue depuis l’arrière de la sacristie (cliché A. Launay, avril 2012).

La poterne de la Petite chaussée (5)

Cette poterne donnait accès à la Petite chaussée, un des rares espaces de la Ville qui était chaussé. En effet, en ce lieu se trouvait un petit quai donnant directement sur la Seine.

 

La poterne de la Petite chaussée  (détail du dessin d’Hyacinthe Langlois référencé au début de cette étude).

La poterne de la Petite chaussée (détail du dessin d’Hyacinthe Langlois référencé au début de cette étude).

La porte de Rouen (6)

Cette entrée de la ville, qui donnait directement sur le tablier du pont, était défendue par deux tours cylindriques, évasées à la base, et surmontée d’un logis. Aucun vestige ne subsiste aujourd’hui. Sur le plan cadastral de 1834, la tour ouest reste un peu visible. Nous avons forgé ce nom par opposition à la porte de Paris.

 
La porte de Rouen, à droite du pont, était défendue par deux tours en « u ». Une d’entre elles apparait sur ce dessin réalisé vers 1840 par Edouard Lanon (musée de Louviers). Elle a été percée de grandes ouvertures et par des œils-de-bœuf. Elle sert d’appui à un vaste logis qui la dépasse et qui prend aussi appui sur une colonne plantée dans la Seine.

La porte de Rouen, à droite du pont, était défendue par deux tours en « u ». Une d’entre elles apparait sur ce dessin réalisé vers 1840 par Edouard Lanon (musée de Louviers). Elle a été percée de grandes ouvertures et par des œils-de-bœuf. Elle sert d’appui à un vaste logis qui la dépasse et qui prend aussi appui sur une colonne plantée dans la Seine.

La poterne de la Grande chaussée (7)

Autour de l’entrée du pont, une seconde poterne donnait accès à la Seine. Elle était située dans la rue Abbaye-sans-toile. Il n’en subsiste aucun vestige. Seules des représentations anciennes nous montrent ce que fut cette poterne voutée en plein cintre dont les clés pourraient bien avoir été réemployées dans la voute de la rue Maurice-Delamare qui servait de portail à une propriété aujourd’hui disparue. Une délibération du Conseil municipal datée du 22 janvier 1857 précise que les remparts seront rasés auprès du pont afin de relier la rue de l’Abreuvoir (Abbaye-sans-toile) et la rue de la Petite chaussée « au quai large de 4 mètres qui est bâti dans le cadre des travaux du nouveau pont. »

La poterne de la Grande chaussée, tout à gauche de ce dessin anonyme du début du XIXe siècle, se trouve en bas de l’actuelle rue Abbaye-sans-toile, derrière le Crédit agricole. Au centre, une des deux tours de la porte de Rouen et le logis construit autour.

La poterne de la Grande chaussée, tout à gauche de ce dessin anonyme du début du XIXe siècle, se trouve en bas de l’actuelle rue Abbaye-sans-toile, derrière le Crédit agricole. Au centre, une des deux tours de la porte de Rouen et le logis construit autour.

Tour et courtine de Jeucourt (8)

Ancienne tour de flanquement hémicylindrique complètement rasée. Nous avons forgé ce nom en référence au Manoir de Jeucourt, premier nom connu du Manoir de Manon (rue Jean-Prieur) et référence au seigneur de Jeucourt. La courtine s’étend sur plusieurs dizaines de mètres. Elle a fait l’objet de nombreuses réparations contre le montrent ses matériaux divers, surtout à l’emplacement de la tour disparue (notre photo). Au-dessus des petites maisons de brique, elle présente quelques archères assez larges immédiatement en dessous du chapeau de gendarme qui couvre le garde-corps. D’imposantes pierres de taille constituent cette courtine qui ne ressemble en rien aux vestiges de la porte de Crosne, de la tour de Lanterie, du bailliage et de la tour Louise. Ce rempart est inconnu des Monuments historiques.

 
La courtine de Jeucourt, quai de Verdun, la partie la plus récente des remparts  de Pont-de-l’Arche comme l’indiquent les briques et, plus généralement, la diversité des matériaux (cliché A. Launay (janvier 2006).

La courtine de Jeucourt, quai de Verdun, la partie la plus récente des remparts de Pont-de-l’Arche comme l’indiquent les briques et, plus généralement, la diversité des matériaux (cliché A. Launay (janvier 2006).

La tour des Damps (9)

Tour cylindrique située à l’angle nord-est de la place forte. Elle était déjà complètement rasée en 1834 lorsque le plan cadastral fut dessiné. Nous avons forgé cette appellation en référence aux Damps, commune limitrophe.

 

 

Les poternes des Damps (10)

 

Nommées poternes depuis quelques dizaines d’années faute de comprendre leur fonction, ces vestiges sont situés dans l’alignement du rempart. Ils se trouvent dans une zone où les fortifications ont été largement remaniées. Ainsi des appareillages très divers entourent ces deux voutes qui pourraient bien avoir servi de cave sous un bâtiment encore visible sur les photographies de 1910. Les grilles n’ont été posées que depuis l’aménagement de l’escalier public vers la fin de la construction du pont (1951-1955). Cette partie des remparts, propriété privée, a été inscrite sur l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques le 15 juin 1939. Pour le nom, voir à « la tour des Damps ».

Les « poternes » orientées vers Les Damps (cliché A. Launay, décembre 2010).

Les « poternes » orientées vers Les Damps (cliché A. Launay, décembre 2010).

La porte de Pons (11)

Cette porte a totalement disparu. Si les portes de la ville étaient similaires, les plans anciens et les vestiges de la porte de Crosne nous laisseraient entrevoir que la porte de Pons était munie de deux tours en U surmontées d’un logis ; renforcées par une herse et un pont-levis. En 1782, le gouverneur de Pont-de-l’Arche, dénommé Pons, obtint de l’intendant Louis Thiroux de Crosne l’autorisation de détruire les fortifications de Pont-de-l’Arche et Limaie. En remerciement, la municipalité donna le nom de Pons à cette porte donnant vers Les Damps. En 1340, cet endroit se nommait « porte Sainte Marie » (Jules Andrieux, Cartulaire de Bonport, page 393).

 

 

La tour Sainte-Marie (12)

 

Le tracé de cette tour de flanquement hémicylindrique est encore visible sur le plan cadastral de 1834. Cependant, il n’en subsiste aucun vestige. Nous avons forgé ce nom en référence à la rue Sainte-Marie qui longe ici le rempart.

 

La tour Louise et sa courtine (13)

 

La tour Louise, nom populaire, est la tour d’angle cylindrique du sud-est des fortifications archépontaines. Elle est conservée jusqu’au niveau du corps de place. Le comblement partiel du fossé ne masque pas l’évasement de la base de cette tour. Elle fut inscrite sur l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques le 15 juin 1939. La notice des Monuments historiques indique l’existence d’une casemate voutée ce que nous n’avons pas vérifié. Cette tour est devenue une propriété publique en 2011 afin de raser une maison moderne qui gâchait cette partie la mieux préservée des fossés de la cité médiévale.

La tour Louise en 2010. Sa base évasée est nettement visible grâce à la conservation partielle des fossés médiévaux (cliché A. Launay, janvier 2010).

La tour Louise en 2010. Sa base évasée est nettement visible grâce à la conservation partielle des fossés médiévaux (cliché A. Launay, janvier 2010).

La tour de Rouville (14)

Cette tour de flanquement hémicylindrique a complètement disparu avant la réalisation du plan cadastral de 1834. Nous avons forgé de nom en référence à la place de Rouville, située immédiatement à côté, dans le corps de place.

 

La porte de Paris (15)

Nous avons forgé ce nom sur l’ancienne appellation de la rue Président-Roosevelt : rue de Paris. En 1340, cet endroit se nommait « porte de Louviers » (Jules Andrieux, Cartulaire de Bonport, page 393). En 1699, une délibération du Conseil municipal la nomme porte des Champs, certainement par opposition à la porte de l’eau, vers Rouen. Cette appellation rappelle l’utilité des espaces mis en culture autour de la ville jusqu’à une période récente.

À quoi ressemblait cette porte sud de la ville qui a entièrement été rasée ? Certes il reste bien des fondations mises au jour brièvement lors des travaux de rénovation du centre-ville dans les années 1990 et lors de la réhabilitation de la place Aristide-Briand entre 2013 et 2014. Mais celles-ci ne nous permettent pas de reconstituer cette porte.

C’est un plan de 1773, ainsi que le cadastre de 1834, qui nous donnent l’image la plus précise de ce que devait être cette porte.

Ci-dessous nous reproduisons un détail d'un plan au 1/150e conservé aux Archives nationales sous le nom de "Plan des fossés et glassis de Pontdelarche..." Il constitue une annexe de l'arrêt du Conseil du 16 juillet 1773 portant sur une contestation d'abattage d'arbres par le "sieur Durufley". En haut du plan, on voit l'arc de cercle des remparts sud. Une avancée de ces remparts, notée "fort" au milieu, protège l'entrée de la ville. L'accès à ce bastion se faisait par un "petit pont" donnant, à droite, sur deux premières maisons et l'ancien calvaire. Cet endroit doit être occupé de nos jours par l'ancien garage Renault où une bibliothèque est envisagée par la municipalité. Ce bastion sortant des remparts pour mieux protéger l'entrée explique la largeur de la place des Champs depuis le pied des remparts au sud de la rue Sainte-Marie jusqu'aux maisons des faubourg représentées sur le plan. Ce bastion est assurément le résultat d'un remaniement en profondeur d'une des entrées de ville telles qu'elles étaient conçues dans les fortifications philipiennes.

 
Qui a bâti les fortifications de Pont-de-l’Arche ?

Les délibérations du Conseil municipal attestent que l'autorisation de combler le "pont dormant de la place des champs" fut accordée en 1747. Ces mêmes archives montrent que la place des champs fut aplanie en 1779 suite à l'autorisation de l'intendant Louis Thiroux de Crosne. C'est en ce temps que les boulevards de la ville furent créés et le fort de Limaie démoli avec maintes parties des remparts.

Le plan cadastral de 1834 montre encore le pont à bascule au milieu de l’espace nommé “place Aristide-Briand” en 1937.   

Qui a bâti les fortifications de Pont-de-l’Arche ?

La tour de l’hospice (16)

Ce vestige de tour de flanquement cylindrique possède encore une petite partie du deuxième niveau. La base de cette tour est masquée par le comblement du fossé. Elle fut nommée ainsi en raison de la proximité de ce qui est devenu un Établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes (EHPAD). Cette tour fut inscrite sur l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques le 15 juin 1939.

 
La tour de l’hospice en aout 2008 (vue prise du rempart du bailliage) avant une restauration malheureuse. Cette partie la moins bien conservée et restaurée des remparts de Pont-de-l’Arche est constituée d’une tour cylindrique dont une partie du second niveau est encore debout (cliché A. Launay, aout 2008).

La tour de l’hospice en aout 2008 (vue prise du rempart du bailliage) avant une restauration malheureuse. Cette partie la moins bien conservée et restaurée des remparts de Pont-de-l’Arche est constituée d’une tour cylindrique dont une partie du second niveau est encore debout (cliché A. Launay, aout 2008).

La tour du bailliage (17)

La tour du bailliage est une tour cylindrique non remplie située à l’angle sud-ouest. Elle présente une belle archère ainsi qu’un début de parement de la courtine partant vers l’Est. La base de cette tour est enterrée par le comblement du fossé. Elle fut inscrite sur l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques le 15 juin 1939.

La tour du bailliage et ses courtines comptent parmi les plus beaux vestiges des fortifications de Pont-de-l’Arche (cliché A. Launay, juin 2010).

La tour du bailliage et ses courtines comptent parmi les plus beaux vestiges des fortifications de Pont-de-l’Arche (cliché A. Launay, juin 2010).

Le château de Limaie

Le château de Limaie, démantelé à partir de 1782, était un bastion protégeant l’entrée nord du pont. Ses courtines étaient bâties selon un plan presque rectangulaire, resserré sur sa partie Est. Une tour maitresse se trouvait à l’intérieur du corps de place du côté du sud-ouest. Les courtines étaient renforcées par trois tours d’angles cylindriques. La porte donnant sur le pont était renforcée de deux tourelles. Celle donnant vers le nord était défendue par une tourelle et était munie d’un pont-levis. Une poterne se trouvait au nord-ouest du corps de place. Deux fossés en eau, séparés par une palissade de bois, séparaient ce bastion de la plaine alluviale.

 
Dessin de 1782 représentant le fort de Limaie vu depuis la côte d'Amour, c'est-à-dire entre Pont-de-l'Arche et Les Damps. Le pont actuel touche la berge d'Igoville à l'endroit de la tour d'angle figurant sur ce dessin reproduit dans un article de Léon Coutil intitulé "Le vieux château de Limaie et le vieux pont de Pont-de-l'Arche (Eure)" publié dans le Bulletin de la Société d'études diverses de Louviers, tome XVI, 1921-1922.

Dessin de 1782 représentant le fort de Limaie vu depuis la côte d'Amour, c'est-à-dire entre Pont-de-l'Arche et Les Damps. Le pont actuel touche la berge d'Igoville à l'endroit de la tour d'angle figurant sur ce dessin reproduit dans un article de Léon Coutil intitulé "Le vieux château de Limaie et le vieux pont de Pont-de-l'Arche (Eure)" publié dans le Bulletin de la Société d'études diverses de Louviers, tome XVI, 1921-1922.

Plan du chasteau du Pont de l’arche par P. Petit vu comme si nous tournions le dos à Igoville (plan antérieur à 1782).

Plan du chasteau du Pont de l’arche par P. Petit vu comme si nous tournions le dos à Igoville (plan antérieur à 1782).

Richard Cœur de Lion ou Philippe Auguste ?

 

 

D’après les archives, on peut raisonnablement dater les fortifications archépontaines de la fin du XIIe siècle ou du début du XIIIe siècle. Cependant, peut-on les rattacher aux constructions de Richard Cœur de Lion entre 1194 et 1195 ou à celles de Philippe Auguste après 1204 ?

 

 

Dans une étude très poussée portant sur la cuisine de l’ancienne abbaye de Bonport, Frédéric Épaud et Jean-Baptiste Vincent datent du XIIIe les murs de la cuisine. Une comparaison des moellons permet de vérifier leur ressemblance avec les moellons des vestiges archépontains, hormis ceux des bords de Seine.

 

 
Extrait de Frédéric Épaud, Jean-Baptiste Vincent, « La cuisine de l’abbaye cistercienne de Bonport... »

Extrait de Frédéric Épaud, Jean-Baptiste Vincent, « La cuisine de l’abbaye cistercienne de Bonport... »

Les remparts de Pont-de-l’Arche sont dotés d’éléments techniques apparus dans la seconde moitié du XIIe siècle dans le domaine Plantagenet. Ainsi les tours de flanquement hémicylindriques ou en « u » apparurent à partir de 1170-1180. Elles remplaçaient des tours de flanquement rectangulaires, saillantes, aux arêtes trop brutes. De nombreuses archères, longues et fines apparurent aussi qui remplaçaient des ouvertures plus larges. Les tours furent aussi munies d’un second étage vouté en pierre alors que, précédemment, ce type de défense était planchéié. On était entré dans l’ère de la défense active des places fortes (Jean Mesqui, Les tours à archères...).

 

Les remparts décrits plus hauts correspondent à ces innovations techniques. Cependant, ces dernières furent aussi maitrisées et employées par les ingénieurs de Philippe Auguste. Ils les ont même reproduits systématiquement au point d’en faire une marque du pouvoir royal.

 

Afin de retrouver ou non la marque de Philippe Auguste à Pont-de-l’Arche, nous nous sommes intéressé à Dourdan (Essonne). En effet, selon le castellologue Jean Mesqui (Châteaux forts... pages 153 et 154) : « Dourdan est sans doute le plus pur produit de la maitrise d’ouvrage philippienne ; dernier construit parmi les châteaux de Philippe Auguste, il est le plus abouti… »2 Achevée dans les années 1220, cette place forte est construite selon un plan rectangulaire. Elle est dotée d’une tour maitresse cylindrique de 13,6 m de diamètre isolée du corps de place par un fossé propre. Archétype des tours philipiennes, elle tour possédait un double accès. Trois angles sont pourvus de tours cylindriques, voutées en coupole et sur ogives, et munies de nombreuses archères à ébrasement simple. Les courtines sont flanquées, dans leur milieu, de tours hémicylindriques d’un diamètre extérieur de 9 m. Un châtelet à deux tours hémicylindriques protège l’entrée.

 
A gauche la tour du Midi, à Dourdan (cliché Philippe_28). A droite, la tour Saint-Vigor, à Pont-de-l'Arche (cliché A. Launay, avril 2012). Sans être jumelles, ces tours hémicylindriques appartiennent à la même époque, le XIIe siècle, et témoignent d’un même savoir-faire technique.
A gauche la tour du Midi, à Dourdan (cliché Philippe_28). A droite, la tour Saint-Vigor, à Pont-de-l'Arche (cliché A. Launay, avril 2012). Sans être jumelles, ces tours hémicylindriques appartiennent à la même époque, le XIIe siècle, et témoignent d’un même savoir-faire technique.

A gauche la tour du Midi, à Dourdan (cliché Philippe_28). A droite, la tour Saint-Vigor, à Pont-de-l'Arche (cliché A. Launay, avril 2012). Sans être jumelles, ces tours hémicylindriques appartiennent à la même époque, le XIIe siècle, et témoignent d’un même savoir-faire technique.

Pour revenir à Pont-de-l’Arche, nous remarquons que le plan rectangulaire, majeur dans la fortification philippienne, a été adapté à l’arc de cercle de la cité médiévale et à Limaie où le rectangle était quelque peu resserré vers la pointe Est de l’ile artificielle. La disposition de tours cylindriques aux angles et de tours hémicylindriques flanquant les courtines a aussi été scrupuleusement observée. Quant à la tour maitresse, dans le château de Limaie, elle était isolée de la courtine mais dans le corps de place, certainement par manque d’espace extérieur sur l’ile artificielle. Les portes étaient protégées par des châtelets à deux tours hémicylindriques. Reprenons la définition de Jean Mesqui (Châteaux et enceintes..., page 44) : « Aussi la fortification philippienne, dès lors qu’elle quitte le domaine du noyau central, se cantonne-t-elle dans l’application d’un principe majeur : celui du flanquement de courtines rectilignes par des tours sphériques, celui de la défense des portes par des massifs à deux tours. »

Nous voyons que Pont-de-l’Arche répond plutôt bien à cette définition. Nous pouvons raisonnablement avancer que, si Philippe Auguste n’a pas été le seul monarque à doter Pont-de-l’Arche de fortifications, c’est lui qui les a le plus élevées et marquées de son empreinte.

    

 
La porte d’entrée de Dourdan nous donne certainement une bonne illustration de ce que furent les entrées de Pont-de-l’Arche. Comparez les dimensions des tours ainsi que les archères de Dourdan et de la porte de Crosne à Pont-de-l'Arche (cliché Philippe_28).

La porte d’entrée de Dourdan nous donne certainement une bonne illustration de ce que furent les entrées de Pont-de-l’Arche. Comparez les dimensions des tours ainsi que les archères de Dourdan et de la porte de Crosne à Pont-de-l'Arche (cliché Philippe_28).

En guise de conclusion

Si les sources écrites ne nous permettent pas d’affirmer que Richard Cœur de Lion fut le premier duc de Normandie à doter Pont-de-l’Arche de remparts en pierre, elles attestent que celui-ci y a fait réaliser d’importants travaux.

Face à la convoitise de Philippe Auguste, Richard Cœur de Lion a fortifié la vallée de la Seine (route de Rouen) avec, au premier plan, Pont-de-l’Arche et son pont, Le Vaudreuil et le Château Gaillard. Dans ce cadre, il a aussi inclus Pont-de-l’Arche dans le domaine ducal direct. Cependant, Richard Cœur de Lion mourut en 1199 et son frère Jean sans Terre perdit la Normandie en 1204.

Philippe Auguste, peu confiant dans le peuple rouennais, fit de Pont-de-l’Arche son principal lieu de résidence en Normandie. C’est ce qu’atteste le grand nombre de documents royaux signés à Pont-de-l’Arche, place forte royale.

L’observation de vues anciennes sur le château de Limaie et l’observation des vestiges actuels rattachent les fortifications archépontaines aux constructions philipiennes : un plan rectangulaire, avec adaptation locale, comportant des tours cylindriques aux angles, des tours hémicylindriques flanquant les courtines, des châtelets à deux tours aux portes, les volumes des tours au premier rang desquelles la tour maitresse de Limaie… Nous pouvons commencer à répondre à notre question : qui a bâti les fortifications de Pont-de-l’Arche ? Il s’agit de Philippe Auguste, certainement sur les bases établies par Richard Cœur de Lion…

 

 

Sources

- Baldwin John, Philippe Auguste, Paris, Fayard, 1998, 717 pages ;

- Boussard Jacques, « Philippe Auguste et les Plantagenêts », p. 263-289, in Bautier Robert-Henri (dir.), La France de Philippe Auguste - Le temps des mutations : actes du colloque international organisé par le CNRS (Paris, 29 septembre – 4 octobre 1980), Paris : éditions du CNRS, 1982, 1034 pages ;

- Chatelain (André), « Recherche sur les châteaux de Philippe Auguste », Archéologie médiévale, tome XXI, 1991, éditions du CNRS, pages 115-161 ;

- Delisle Léopold (publié par), « Cartulaire normand de Philippe Auguste, Louis VIII, Saint-Louis et Philippe le Hardi », in Mémoire de la Société des antiquaires de Normandie, 6e volume, XVIe volume de la collection, Caen, 1852, 390 pages ;

- Duranville Léon Lévaillant de, Essai historique et archéologique sur la ville du Pont-de-l'Arche : documents supplémentaires accompagnés d’une vue de la ville de Pont-de-l'Arche, d'après un croquis de E.-H. Langlois et du fac-similé d'un plan exécuté par J. Gomboust, dans le XVIIe siècle, Rouen : A. Le Brument, 1870, 55 pages ;

- Épaud Frédéric, Vincent Jean-Baptiste, « La cuisine de l’abbaye cistercienne de Bonport (Pont-de-l’Arche, Eure) », pages 99-113, in Bulletin monumental, tome 169-2, Paris, Société française d’archéologie, 2012 ;

- Erlande-Brandenburg Alain, « L’architecture militaire au temps de Philippe Auguste : une nouvelle conception de la défense », in La France de Philippe Auguste. Le temps des mutations, Robert-Henri Bautier (dir.), Actes du colloque organisé par le CNRS (Paris, 29 septembre-4 octobre 1980), Paris, éditions du CNRS, 1982, pages 595-603 ;

- Le Breton Guillaume, La Philippide, Paris, Brière, 1825, 418 pages ;

- Léchaudé d’Anisy Amédée-Louis, « Grands rôles des Echiquiers de Normandie » dans les Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie : documents historiques, tome I, Paris, 1845, 356 pages ;

- Le Maho Jacques, « Un grand ouvrage royal du IXe siècle : le pont fortifié dit « de Pîtres » à Pont-de-l’Arche (Eure) », pages 143-158, in Des Châteaux et des sources. Archéologie et histoire dans la Normandie médiévale : mélanges en l’honneur d’Anne-Marie Flambard Héricher, Publications des universités de Rouen et du Havre, 2008, 622 pages ;

- Mesqui Jean, « Les tours à archères dans le domaine Plantagenet français 1160-1205 », p. 77-88, in Les fortifications dans le domaine Plantagenet, XIIe-XIVe siècle : actes du colloque international tenu à Poitiers du 11 au 13 novembre 1994, Université de Poitiers, 2000, 138 pages ;

- Mesqui Jean, Châteaux et enceintes de la France médiévale, volume 1 : De la défense à la résidence, Picard, 1991, 375 pages ;

- Mesqui Jean, Châteaux forts et fortifications en France, Paris, Flammarion, 1997, 493 pages ;

- Sadourny Alain, « La fin de la Normandie Plantagenêt », pages 141-151, in Le Roc’h-Morgère Louis, Richard Cœur de Lion roi d’Angleterre, duc de Normandie (1157-1199), actes du colloque international tenu à Caen, 6-9 avril 1999, Caen, Direction des archives départementales du Calvados, 2004, 365 pages ;

- Vernier Jean-Jacques, Chartes de l'abbaye de Jumièges (v. 825 à 1204) conservées aux archives de la Seine-inférieure, tome II, Rouen, Lestringant, 1916 ;

- Yver Jean, « Philippe Auguste et les châteaux normands. La frontière orientale du duché », pages 309-348, in Bulletin de la société des antiquaires de Normandie, tome LIX, 1967-1989, Caen.

 

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 09:37

Le premier corps d’infanterie de l’armée française s’est formé en 1481 suite à la volonté de Louis XI. Ce roi de France voulait créer une infanterie régulière et mobile à l’image de la cavalerie. C’est ainsi que sont nées les célèbres « bandes de Picardie » formées par des Suisses dans un vaste camp situé entre Pont-de-l’Arche et Pont-Saint-Pierre (Eure). Nous avons mené l’enquête sur ce tournant militaire où notre ville est au cœur de l’histoire de France…

Pour la défense de son royaume, Louis XI eut le souci permanent d’organiser une armée efficace reposant principalement sur l’infanterie. Ainsi en 1469, il réforma le corps des francs-archers créé à la fin de la guerre de Cent-ans par Charles VII1 notamment pour former les garnisons de certaines villes frontalières. Il élargit l’espace de recrutement des francs-archers, améliora l’enrégimentement de ceux-ci en 8 bandes de 500 hommes et, enfin, fit encadrer chaque bande par un capitaine, un lieutenant et un enseigne. La population était sommée de fournir au roi des hommes mobilisés du printemps à l’automne2 contre une solde et un armement fournis. Ce sont près de 16 000 fantassins qui servaient alors le roi.

Louis XI fit de l’infanterie le principal corps de son armée rompant avec la prééminence ancestrale de la chevalerie. Malgré des victoires, le corps des francs-archers ne donna pas satisfaction au roi à cause de l’absence de formation, du manque de discipline – voire de compétence3 – mais aussi de la difficulté de mobiliser rapidement ces troupes très éparses. La défaite d’Enguinegatte (Pas-de-Calais) face à Maximilien de Habsbourg (en 1479) persuada Louis XI de renoncer à ce corps et de créer une infanterie d’un genre nouveau.

Les piquiers, nouveaux combattants mis en avant par Louis XI pour bâtir une infanterie régulière. Détail de « Troupes anciennes. N°3, Coustilliers, Règne de Charles VII - Piquiers, Règne de Louis XI », gravure sur bois en couleurs (46 x 36 cm) éditée chez Pellerin, Épinal, 1859. BnF, département Estampes et photographie, FOL-LI-59 (6).

Les piquiers, nouveaux combattants mis en avant par Louis XI pour bâtir une infanterie régulière. Détail de « Troupes anciennes. N°3, Coustilliers, Règne de Charles VII - Piquiers, Règne de Louis XI », gravure sur bois en couleurs (46 x 36 cm) éditée chez Pellerin, Épinal, 1859. BnF, département Estampes et photographie, FOL-LI-59 (6).

Louis XI, roi de France Louis XI, né en 1423, régna de 1461 à 1483. Au-delà de l’image du roi moyenâgeux et cruel forgée par ses opposants, Louis XI passe aujourd’hui pour un roi pragmatique, diplomate, ayant un sens de la raison d’État et donc une faculté de trancher. Sacré roi à la fin de la guerre de Cent-ans, il ne se contenta pas de voir refleurir l’économie, il orchestra la prospérité de son royaume en y introduisant de nouvelles activités, de nouvelles foires et en défendant une monnaie forte. Il passa une grande partie de son règne à assoir son autorité contre ses opposants : les seigneurs, la Bourgogne et l’Angleterre. Il vainquit la Ligue du Bien public formée contre lui avec son frère Charles de France. Il s’imposa après de nombreuses batailles et d’infinies négociations avec le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, qui décéda en 1477. Il signa le fameux traité de Picquigny mettant fin aux prétentions anglaises sur la couronne de France (1475). Cette pacification permit à Louis XI d’affermir et d’organiser le pouvoir royal. Il conquit le Maine et la Provence (1481), la Picardie, le Boulonnais, le duché de Bourgogne, l'Artois et la Franche-Comté en 1482. C’est cette force, notamment démographique et économique, qui lui permit de mettre sur un pied une armée forte et de lancer les bases d’un État moderne.

Louis XI, roi de France Louis XI, né en 1423, régna de 1461 à 1483. Au-delà de l’image du roi moyenâgeux et cruel forgée par ses opposants, Louis XI passe aujourd’hui pour un roi pragmatique, diplomate, ayant un sens de la raison d’État et donc une faculté de trancher. Sacré roi à la fin de la guerre de Cent-ans, il ne se contenta pas de voir refleurir l’économie, il orchestra la prospérité de son royaume en y introduisant de nouvelles activités, de nouvelles foires et en défendant une monnaie forte. Il passa une grande partie de son règne à assoir son autorité contre ses opposants : les seigneurs, la Bourgogne et l’Angleterre. Il vainquit la Ligue du Bien public formée contre lui avec son frère Charles de France. Il s’imposa après de nombreuses batailles et d’infinies négociations avec le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, qui décéda en 1477. Il signa le fameux traité de Picquigny mettant fin aux prétentions anglaises sur la couronne de France (1475). Cette pacification permit à Louis XI d’affermir et d’organiser le pouvoir royal. Il conquit le Maine et la Provence (1481), la Picardie, le Boulonnais, le duché de Bourgogne, l'Artois et la Franche-Comté en 1482. C’est cette force, notamment démographique et économique, qui lui permit de mettre sur un pied une armée forte et de lancer les bases d’un État moderne.

1481 : création du corps des piquiers et hallebardiers

En 1480, le roi de France conclut une trêve avec ses ennemis le duc de Bourgogne et le roi d’Angleterre et signa un armistice avec le roi d’Autriche, en aout. Il eut donc enfin le temps de réorganiser en profondeur son infanterie. Il commença par supprimer, en octobre, le corps des francs-archers et prit exemple sur l’armée suisse, la meilleure de ce temps, pour constituer en janvier 1481 une infanterie principalement composée de piquiers, d’hallebardiers et de mercenaires suisses4. À contrecourant des mentalités, le roi continua donc à mettre en avant les « gens de pied », les roturiers, au point de les intégrer dans son armée régulière jusqu’alors constituée des nobles chevaliers des compagnies d’ordonnance5.

Louis XI cessa de demander à la population de fournir des hommes et leva un impôt spécialement destiné à payer des soldes permanentes à ses gens de pied français et étrangers. Cette réforme du mode de financement des hommes de pied permit au roi de mettre en place une infanterie de camp permanente6. Il est possible que d’anciens francs-archers se soient reconvertis en piquiers, mais Thomas Basin, chroniqueur contemporain de Louis XI, parle bien de remplacement des soldats7.

 

 

L'utilité des bandes de piquiers ?

À la fin du XVe siècle, l’infanterie comptait trois armes principales :

- les archers, qui visaient surtout les chevaux pour rompre la charge de cavalerie ;

- au contact avec celle-ci, les coutiliers coupaient les jarrets des chevaux, tuaient les cavaliers tombés qui ne valaient aucune rançon ;

- enfin, les piquiers jouaient un double rôle défini par Jean de Wavrin (homme de guerre et bibliophile bourguignon du XVe siècle) : « Les piques sont bâtons moult convenables pour mettre une pique entre deux archers contre le foudroyeux effort des chevaux qui voudraient effondrer dedans eux, car il n’est cheval, s’il n’est atteint d’une pique en la poitrine, qui ne doive mourir sans remède. Et aussi servent ces piquenaires à démarcher et atteindre les chevaux de côté et iceux percer tout outre. »

Les piquiers étaient réunis par bandes de 800 à 1 000 hommes chacune. Cette technique de combat suisse, inspirée de la phalange grecque, a été enseignée à l’armée française principalement dans le camp de Pont-de-l’Arche, en 1481. L’infanterie avançait sur le champ de bataille en masses carrées hérissées de piques de 5 à 6 mètres de long. Elles étaient capables de résister à une charge de cavalerie... Les piquiers, disposés sur plusieurs rangs au centre du carré, sont protégés sur les flancs par des archers puis des couleuvriniers et des arbalétriers.

Un exemple de charge de piquiers : La Bataille d’Heiligerlee (1568) d'après Frans Hogenberg (1536-1590). Au second plan, les piquiers de Guillaume d’Orange et ses alliés mettent en déroute les mercenaires espagnols de l’armée de Jean de Ligne, stathouder de Frise resté fidèle au roi d’Espagne. Cette bataille marque le début de la guerre de Quatre-vingts-ans et aboutit à l’indépendance des Provinces-unies (Pays-Bas).

Un exemple de charge de piquiers : La Bataille d’Heiligerlee (1568) d'après Frans Hogenberg (1536-1590). Au second plan, les piquiers de Guillaume d’Orange et ses alliés mettent en déroute les mercenaires espagnols de l’armée de Jean de Ligne, stathouder de Frise resté fidèle au roi d’Espagne. Cette bataille marque le début de la guerre de Quatre-vingts-ans et aboutit à l’indépendance des Provinces-unies (Pays-Bas).

Albrecht Altdorfer (vers 1480-1538), La Bataille d’Alexandre, 1529, peinture sur bois, Alte Pinakothek (Munich), commandée par le duc Guillaume IV de Bavière. Alexandre le Grand lutte contre le roi de Perse Darius. Cette œuvre montre au premier plan une bande de piquiers en mouvement et, au second plan, une masse compacte en train d’attaquer telle une forêt de piques.

Albrecht Altdorfer (vers 1480-1538), La Bataille d’Alexandre, 1529, peinture sur bois, Alte Pinakothek (Munich), commandée par le duc Guillaume IV de Bavière. Alexandre le Grand lutte contre le roi de Perse Darius. Cette œuvre montre au premier plan une bande de piquiers en mouvement et, au second plan, une masse compacte en train d’attaquer telle une forêt de piques.

Mais quel rôle devait jouer la nouvelle infanterie de Louis XI ?

 

Nouvelle infanterie, nouvelles armes : le rôle de Pont-de-l’Arche

En l’espace de quelques mois, Louis XI a recruté une importante infanterie professionnelle devant manipuler de nouvelles armes (piques, hallebardes…) et souhaitait, de plus, modifier la stratégie de combat en plaine. Pour concrétiser ces réformes sans trop exposer son armée en temps de guerre, il manquait une solide expérience à ses troupes. C’est là qu’intervint le camp de Pont-de-l’Arche.

« … le Roy voulust et ordonna que certain camp de bois (…) fust dressé et mis en estat en une grand plaine près le Pont de l’Arche (…) et dedans icelluy certaine quantité de gens de guerre armez, avec hallebardiers et picquiers, que nouvellement avoit mis sus… ». Pour établir ce camp, le roi mobilisa les pionniers du camp d’Abbeville8 ? Ces hommes, responsables de la construction, de l’entretien et de l’approvisionnement du camp furent placés par le roi sous le commandement de Guillaume Picquart, bailli de Rouen, qui épaula Philippe de Crèvecœur dans l’encadrement de l’infanterie9.

Philippe de Commynes précisa que l’infanterie royale était alors composée de « vingt mil hommes de pied tousjours prestz, et deux mil cinq cens pionniers, et s’appeloient icy les gens du champ : et ordonna avec eulx quinze cens hommes d’armes de son ordonnance, pour descendre à pied quand il en seroit besoing »10.

L’ensemble de ces hommes de pied devaient venir à Pont-de-l’Arche car le roi « voulust que lesdits gens de guerre feussent par l’espace d’ung mois [dans le camp] pour sçavoir comment ils se conduisoient (…) et pour sçavoir quels vivres il conviendroit avoir…11 ». Le roi voulait mesurer – grandeur nature – l’investissement humain, technique et financier que représentait une infanterie de camp de cette ampleur. Mais à quoi bon posséder une infanterie de camp ? Louis XI voulait améliorer la mobilité de ses troupes hors des frontières du royaume et surtout en plaine, eu égard au relief picard et nordiste. Mois après mois, toute son infanterie devait passer dans ce camp et s’aguerrir aux longs déplacements et à la vie de camp12.

Le roi avait pu mesurer en 1470, à Montlhéry, l’efficacité d’un camp retranché établi par ses adversaires, les Bourguignons. Ceux-ci s’étaient appuyés sur ce camp pour les manœuvres de l’infanterie, la mise en sureté de l’artillerie et des munitions mais aussi des hommes durant la nuit. En 1471, le roi ordonna la fabrication d’un tel camp à Montargis et en fit un outil durant ses campagnes de Normandie et de Picardie (le camp d’Abbeville). En 1480 donc, le roi décida de tester un camp de guerre, pas trop près des frontières pour ne pas exciter ses ennemis, mais pas trop loin non plus des Pays-Bas et de l’Angleterre. C’est ainsi que la Normandie fut choisie pour accueillir l’entrainement de l’artillerie et de l’infanterie dans un vaste camp. Louis XI joua un fort rôle dans la structuration de l’artillerie en laissant à sa mort 5 bandes d’artillerie contre une lors de son installation

Le second objectif du camp de Pont-de-l’Arche était la formation de l’armée aux techniques de combat des Suisses. La fin des francs-archers et la création des piquiers et hallebardiers avait été actée, mais qu’en était-il de la formation de la nouvelle armée ?

Les 20 000 hommes de pied, ou une partie du moins, se sont succédé dans le camp de Pont-de-l’Arche où se trouvaient les 6 000 mercenaires Suisses travaillant pour Louis XI depuis 147413. Commandés par Guillaume Diesbach, les Suisses ont formé les hommes des garnisons de la région d’Hesdin aux techniques de combat en bandes, encore appelées enseignes. C’est pourquoi le roi commanda près de 40 000 armes nouvelles pour faire de Pont-de-l’Arche un énorme camp d’instruction14. Une fois formées, on retrouve ces bandes l’année suivante aux côtés des Suisses et selon Philippe de Commynes « 8 000 piquiers » formant une armée qui « estoit fort belle »15. C’est à partir de ce moment que l’on a pu parler de « bandes de Picardie » restées célèbres dans l’histoire en tant que premières assises du « régiment de Picardie », autrement dit le 1er Régiment d’infanterie de l’armée française (voir l'illustration). On peut sourire de la proximité entre le nom "Picard" et nos picquiers louis-onziens.

 
Buste de Philippe de Commynes, chroniqueur et diplomate. Calcaire polychrome du début du XVIe s. Musée du Louvre, Paris. Philippe de Commynes (1447-1511), seigneur d’Argenton, était un des chroniqueurs les plus lus en Europe. Il laissa à la postérité ses Mémoires qui rapportent la manière dont le roi Louis XI a exercé le pouvoir royal (livres I à VI, composés entre 1489 et 1493). Puis ils rapportent l’expédition de Charles VIII en Italie (livres VII et VIII, composés entre 1495 et 1498) et enfin le couronnement de Louis XII. Écrits en langue vulgaire, et non en latin, ces Mémoires sont aussi novateurs sur le fond car ils jettent la lumière sur la pratique quotidienne du pouvoir, ce qu’a connu Philippe de Commynes en tant que conseiller et chambellan de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, puis de Louis XI à partir de 1472. Il s’attacha à mettre en valeur le travail diplomatique de Louis XI.

Buste de Philippe de Commynes, chroniqueur et diplomate. Calcaire polychrome du début du XVIe s. Musée du Louvre, Paris. Philippe de Commynes (1447-1511), seigneur d’Argenton, était un des chroniqueurs les plus lus en Europe. Il laissa à la postérité ses Mémoires qui rapportent la manière dont le roi Louis XI a exercé le pouvoir royal (livres I à VI, composés entre 1489 et 1493). Puis ils rapportent l’expédition de Charles VIII en Italie (livres VII et VIII, composés entre 1495 et 1498) et enfin le couronnement de Louis XII. Écrits en langue vulgaire, et non en latin, ces Mémoires sont aussi novateurs sur le fond car ils jettent la lumière sur la pratique quotidienne du pouvoir, ce qu’a connu Philippe de Commynes en tant que conseiller et chambellan de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, puis de Louis XI à partir de 1472. Il s’attacha à mettre en valeur le travail diplomatique de Louis XI.

Pourquoi choisir la Normandie ?

Louis XI avait négocié une trêve mais espérait surtout une paix durable avec ses adversaires. Le camp de Pont-de-l’Arche était une mise en application de l’adage « Si tu veux la paix, prépare la guerre » mais aussi un message fort envoyé aux autres souverains. D’ailleurs, le roi d’Angleterre craignit un moment que Louis XI ne prépare une attaque des terres anglaises de Calais16. C’était justement tout l’intérêt de Pont-de-l’Arche : une cité éloignée de la frontière afin de ne pas provoquer les rois en délicatesse avec Louis XI, mais suffisamment proche des zones à risques pour contrecarrer une opération soudaine17.

La place forte royale de Pont-de-l’Arche, connue du roi depuis qu’il la libéra de la Ligue du bien public en 1466, était facilement ravitaillable par la Seine18 et le chemin de Paris à Rouen et bénéficiait, de plus, de la présence de grandes forêts royales si utiles pour le bois du camp et des charriots. La ville fut peut-être aussi choisie par le roi pour faire une démonstration de force aux Normands récemment repassés sous son autorité. La police intérieure ne fait-elle pas partie des missions de l’armée ?

 

 

Après le camp…

Le roi fut satisfait de ce qu’il vit au camp de Pont-de-l’Arche à partir du 22 juin 1481 et les dix jours qui suivirent. C’est heureux car le trésor royal engagea pour ce camp 1 500 livres en quelques mois. Supportées par une lourde taille, elles représentaient la moitié des charges militaires annuelles de ce temps.

Le camp de Pont-de-l’Arche permit à Louis XI d’organiser son infanterie en bandes de piquiers professionnels destinés au combat en plaine. Quant à la vie dans un camp, il fut décidé de loger 30 hommes par tente, d’adopter des pavillons pour loger les gens de qualité et le nombre de véhicules de transport était désormais connu pour déplacer tout le matériel notamment l’artillerie… Une infanterie de camp était donc prête à chaque instant pour des opérations mobiles au-delà des frontières du royaume. L’infanterie régulière est donc née en deux étapes :

- le remplacement des francs-archers en janvier 1481 par le corps permanent des piquiers et hallebardiers ;

- la formation des troupes dans le camp de Pont-de-l’Arche en 1481.

Les bandes de Picardie constituèrent donc l'infanterie française jusqu'en 1494 où Charles VIII créa les bandes de Piémont qui participèrent à la guerre d'Italie contre l'Autriche de Charles Quint. Cependant, Charles VIII, a remplacé le corps des piquiers en 1487 par les francs-archers désormais appelés « gens de pied ». Ceux-ci coutaient moins cher au trésor royal mais ne donnaient pas satisfaction. C’est seulement au XVIe siècle qu’une infanterie permanente fut rétablie.

 
Le 1er régiment d’infanterie français est aujourd’hui basé à Sarrebourg. Il porte l’enseigne à croix blanche sur fond rouge, vraisemblablement en mémoire de l’instruction donnée par les Suisses à Pont-de-l’Arche aux troupes françaises affectées ensuite sur la frontière picarde et qui ont ainsi donné naissance aux célèbres « bandes de Picardie » et… à l’infanterie française !

Le 1er régiment d’infanterie français est aujourd’hui basé à Sarrebourg. Il porte l’enseigne à croix blanche sur fond rouge, vraisemblablement en mémoire de l’instruction donnée par les Suisses à Pont-de-l’Arche aux troupes françaises affectées ensuite sur la frontière picarde et qui ont ainsi donné naissance aux célèbres « bandes de Picardie » et… à l’infanterie française !

 

Notes

(1) Institué le 28 avril 1448.

(2) À raison d’un homme pour 50 foyers comme le précise l’ordonnance de 1466-1468. Voir Bessey Valérie, Construire l’armée page 33.

(3) Bessey Valérie (Ibidiem, page 33) précise que certains gros contribuables profitaient des exemptions fiscales dont bénéficiaient les francs archers ce qui donne une idée de la qualité du recrutement...

(4) Commynes Philippe de, Mémoires ou Chronique scandaleuse, page 160 : « En ce temps le Roy fist casser & abatre tous les francs archers du Royaume de France, & en leur place y voulut estre & demeurer pour servir en ses guerres les Suisses & picquiers. »

(5) Il tenta même d’enrégimenter les nobles du ban et de l’arrière ban à la manière des francs-archers c’est-à-dire sous la direction d’un capitaine. Il voulut aussi leur faire manier les piques et les hallebardes pour servir dans son infanterie ce qui se solda par un échec et un abandon de ce projet en 1483 (Valérie Bessey, Construire l’armée, page 34).

(6) Basin Thomas, Histoire de Louis XI (page 335) : « Il leva en Normandie 4 000 de ces hallebardiers et, pour payer leur solde, il imposa à cette province une contribution de 250 000 livres, sans compter des tailles considérables dont il l’avait chargée auparavant ; de la même façon, il instaura des hallebardiers dans la France entière (qui) avaient des soldes, comme la cavalerie, chacun d’eux touchant 60 livres par an. »

(7) Basin Thomas, Histoire de Louis XI (page 335) : « À leur place en effet il leva des gens de pied nommés hallebardiers… »

(8) Mandrot Bernard de, Journal de Jean de Roye(page 108) : « Ce sont ces troupes que Louis XI fit venir en Normandie à Pont-de-l'Arche ».

(9) Dupont Émilie, Mémoires… (page 217) : « Le bailli de Rouen commandait les pionniers du champ : ces pionniers étaient logés à Abbeville et aux environs. »

(10) Dupont Émilie, Mémoires… (page 217).

(11) Commynes Philippe de, Mémoires ou Chronique scandaleuse, page 161.

(12) Ce pourquoi « il feit faire grant nombre de charriots pour les clorres, les tentes et les pavillons » Dupont Émilie, Mémoires... (page 218).

(13) et de façon permanente à partir de 1477

(14) Jean Favier apporte ces précisions (Louis XI, page 353) : « Pour équiper le champ de Pont-de-l’Arche, le roi a passé d’un coup d’énormes commandes dont l’ensemble est réparti entre les marchands d’une vingtaine de villes, chargés de procurer, en deux mois, aussi bien des produits de la métallurgie locale que ceux d’importation. L’infrastructure est assurée par 700 tentes et 700 charriots. La réserve d’armes individuelles est impressionnante : 38 500 pièces dont 18 500 dagues, 14 500 hallebardes et 5 500 piques. Paris fournit 9 000 pièces, Tours et Angers 3 450. Il en coute 45 000 livres. Bien plus, il faut payer les ouvriers, les charretiers, les pionniers. »

(15) Commynes Philippe de, Mémoires ou Chronique scandaleuse (page 165) : « 1482 (…) le Roy avoit fait mettre sus les champs grand partie de ses gens de guerre, qu’il avoit en garnison au pays de Picardie, dont avoit la charge & conduitte le Sgr. des Querdes, laquelle compagnie il faisoit beau veoir, car elle estoit fort belle. En laquelle compagnie avoit quatorze cens lances fournies, très bien accompagnées de six mille Suisses & aussi de huict mille picquiers ».

(16) Dupont Émilie, Mémoires… (note 1, page 218).

(17) En effet, en 1480 Louis XI avait déjà envoyé 3 000 de ses Suisses en Normandie en prévision d’une attaque des troupes anglaises comme le cite Bernard de Mandrot, Journal de Jean de Roye… (page 108).

(18) On lit dans Dupont Émilie, Mémoires… (note 1, page 217) : que les pionniers logés à Abbeville avant de venir à Pont-de-l’Arche étaient ravitaillés « en blé par la rivière de Somme ».

 

 

Sources

- Brisson Charles, « Quand les Suisses, à Pont-de-l’Arche… », Notre vieux lycée : bulletin de l’association des anciens élèves du lycée Corneille, n° 112, 1962, pages 19-23 ;

- Basin Thomas, Histoire de Louis XI, traduction de Charles Samaran et Monique-Cécile Garand, tome III, Paris, Les Belles lettres, 1972, 462 pages ;

- Bessey Valérie, Construire l’armée française, textes fondateurs des institutions militaires. Tome I, De la France des premiers Valois à la fin du règne de François Ier. Brepols : Turnhout, 2006, 263 pages ;     

- Commynes Philippe de, Mémoires ou Chronique scandaleuse, Paris, Rollin, 1747, 660 pages ;

- Corvisier André, Histoire militaire de la France. Tome I, Des origines à 1715, sous la direction de Philippe Contamine, Presses universitaires de France, Paris, 626 pages ;

- Dupont Émilie, Mémoires de Philippe de Commynes, tome II, Paris : Jules Renouard, 1843, 607 pages ;

Dussieux Louis-Étienne, L'Armée en France, 1884, Versailles : L. Bernard, tome 1, pages 268 et suivantes ;

- Favier Jean, Louis XI, Paris, Fayard, 2001, 1019 pages.     

- Mandrot Bernard de, Journal de Jean de Roye connu sous le nom de Chronique scandaleuse : 1460-1483, Paris : Renouard, 1894-1896, 2 vol. (366 pages et 471 pages) ;    

- Revol Joseph Fortuné, Histoire de l'armée française, 1929, Paris : Larousse, 308 pages ;

- Yvert André, « Pont-de-l’Arche berceau de l’infanterie française », L’Industriel de Louviers, février 1939 ;

- Ministère de la Défense, « L’arme et son histoire », dossier n° 5, site Internet du 1er régiment d’infanterie : www.ri1.terre.defense.gouv.fr          

 

 
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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 20:45

On le découvre le plus souvent grâce à une visite commentée de Pont-de-l’Arche, ce panneau de bois sculpté couronnant la vitrine de deux commerces des numéros 15 et 17 de la place Hyacinthe-Langlois.

Ces édifices ont été inventoriés par le service des Monuments historiques en 1986 (IA00017925) mais sans protection ni pour eux ni pour le panneau qui attire notre attention ici. Pis, jusqu’à plus ample informé, aucune recherche n’a porté sur cet élément du patrimoine qui, au mieux, a parfois été considéré comme une “scène de triomphe” mais sans plus de précision ni sur son sens ni sur sa fonction.

 

Avec mes remerciements à mon ami Frédéric Ménissier pour ses photographies, le complément de description des personnages et les pistes ouvertes sur l'interprétation de la scène dans son entier. 

 

Le bâtiment

Les numéros 15 et 17 font partie d’un même bâtiment qui semble dater du XVIe siècle. Il s’agit d’une maison à pans de bois adaptée à l’urbanisme dense du centre ville ce qui explique ses deux étages carrés plus un étage de comble. Le bâtiment repose sûrement sur une cave. Il est couvert d’un toit à deux pans couvert d’ardoises comme la façade sud est couverte d’essentes en ardoises. La façade nord qui nous intéresse a été ravalée de plâtre, avec soin cependant, à la fin du XIXe siècle. Ce qui est grandement dommage pour l’œil  et donc pour le cachet de cette très pittoresque place  a, en l’occurrence, protégé de certains outrages de l’érosion le panneau qui nous intéresse. En effet, la partie située sur le numéro 17 a été remise au jour dans la fin des années 1990, d'où la meilleure conservation de l’enduit grossier qui la couvre.

 

Le panneau dans son entier (cliché Frédéric Ménissier, décembre 2015).

Le panneau dans son entier (cliché Frédéric Ménissier, décembre 2015).

Ce dessin signé Faubin montre que le bâtiment qui nous intéresse était déjà divisé en deux boutiques en 1837 et que son panneau sculpté était masqué (Archives de l'Eure : 1Fi 855)

Ce dessin signé Faubin montre que le bâtiment qui nous intéresse était déjà divisé en deux boutiques en 1837 et que son panneau sculpté était masqué (Archives de l'Eure : 1Fi 855)

Description du thème

Cette scène illustre la marche d’un char entouré de plusieurs personnages allant de gauche à droite. C’est ce sens de lecture que nous respectons.

 
Détail de la ville fortifiée d'où part la scène. Dans l'entrée se trouve le moine à la clé (cliché Frédéric Ménissier, décembre 2015).

Détail de la ville fortifiée d'où part la scène. Dans l'entrée se trouve le moine à la clé (cliché Frédéric Ménissier, décembre 2015).

Tout à gauche se trouve un temple à fronton triangulaire. Ce temple peut aussi symboliser une ville entière, Rome ou Jérusalem. Il évoque l'architecture byzantine, avec une coupole, et quoi qu'il en soit antique avec ses ouvertures étroites et en plein cintre. Au centre se trouve une porte d’entrée voutée d'où sort un moine tenant dans sa main droite une clé.

 
Détail sur les danseuses (cliché Frédéric Ménissier, décembre 2015).

Détail sur les danseuses (cliché Frédéric Ménissier, décembre 2015).

Puis, contre toute attente, se trouvent trois danseuses dans des tenues, semble-t-il, un peu légères... surtout en Normandie. Leur danse est gracieuse, chacune a son mouvement mais l'ensemble est coordonné dans la même danse. Ce sont les seuls personnages qui apparaissent de face, au sein de la même scène que les autres personnages, mais qui ne sont pas dans le même déplacement de gauche à droite... Ces danseuses sont-elles marquées par le péché et ont-elles été brillamment négligées par le moine et les personnages qui transitent de gauche à droite ? Sont-elles inspirées par les Grâces des représentations antiques ? Ce ne serait étonnant si le panneau datait du début du XVIe siècle où les Grâces étaient réapparues depuis quelques décennies sous les pinceaux d'artistes comme Sandro Boticelli, Raphaël ou Lucas Cranach l'ancien.

Détail sur le cavalier (cliché Frédéric Ménissier, décembre 2015).

Détail sur le cavalier (cliché Frédéric Ménissier, décembre 2015).

À leur droite, un cavalier monte un cheval cabré. Le cavalier tient un étendard dont la tige repose sur le sol. À ses côtés se tient un lévrier et, dans le décor à sa droite, une tour (de guet ?).

 
Détail sur le fantassin et le pèlerin (cliché Frédéric Ménissier, décembre 2015).

Détail sur le fantassin et le pèlerin (cliché Frédéric Ménissier, décembre 2015).

À droite toujours, se trouve un fantassin tenant un fusil sur son épaule droite.

Puis, un personnage portant une cape, qui vole au vent, s'appuie sur un bâton de pèlerin. Nous eûmes aimé voir sur lui une coquille de saint Jacques mais la boule située sur son ceinturon peut tout aussi bien être une gourde.

 
Détail sur le char (cliché Frédéric Ménissier, décembre 2015).

Détail sur le char (cliché Frédéric Ménissier, décembre 2015).

Puis se trouve un élément central de ce panneau sculpté : le char reposant sur deux roues. Il est entouré d’une ou deux chimères à corps de serpent(s) et, d'une part, à tête de mouton (à gauche du char) et, d'autre part, à tête de canard peut-être (à droite). Sur le char est assise une femme, apparemment, tenant dans sa main gauche une belle fleur à quatre pétales majeurs et quatre pétales mineurs. Elle tend cette fleur devant elle : est-ce à la chimère ? Derrière elle, en décor, apparaissent une tour (à moins que ce ne soit le dossier sur lequel le personnage appuie son dos) et un arbre. D’aucun y ont vu une référence au récit biblique de la rupture de l’alliance entre le dieu principal des Hébreux et Adam et Ève. Mais, quid d’Adam et du fruit défendu ici (bas) ? Il semble que la tête d’un poisson apparaisse d’une vague à gauche du char, sous la femme. Une autre tête de mouton étrange tient dans sa gueule la corde de l’attelage reliant le char aux chevaux de trait. Les chimères ne semblent pas ennemies des personnages humains ; l'une d'entre elles semble même sourire.

 
Détail sur l'attelage (cliché Frédéric Ménissier, décembre 2015).

Détail sur l'attelage (cliché Frédéric Ménissier, décembre 2015).

À droite toujours, après un petit oiseau situé dans le décor, s’étendent quatre chevaux ailés attelés par deux au char. La mythologie grecque est bien présente : Pégase est un cheval ailé, monté par Bellérophon qui est un héros tueur de monstres, dont la Chimère. Celle-ci était composée de parties de corps de lion, de chèvre et de serpent, ce qui correspond aux chimères autour du char, hormis le lion. Mais, il n'y a là aucune référence précise, aucune revendication de sens de la mythologie grecque. Le rôle des ailes des chevaux peut-être symbolique ; le char est promis à une élévation dans le ciel spirituel... mais il reste pourtant bien au sol et les ailes semblent bien fantaisistes.

 

Détail sur les musiciens et la fin apparente du panneau (cliché Frédéric Ménissier, dit le "sponsor", décembre 2015).

Détail sur les musiciens et la fin apparente du panneau (cliché Frédéric Ménissier, dit le "sponsor", décembre 2015).

Puis, se trouvent quatre personnages soufflant dans des instruments à vent. Leurs habits, et la nature d'un d'entre eux, rappellent la mode antique. Dans le décor apparaissent des édicules.

À l’extrême droite de ce panneau se trouvent un chien de course, semble-t-il, un arbre et un buisson sûrement.

La scène semble se prolonger encore. Nous ne pensons cependant pas qu’elle se prolonge beaucoup. En effet, nous voyons bien le début du panneau à sa gauche. Limité ainsi sur sa droite, il semble trouver une position centrale sur la façade des deux commerces réunis.

 

Interpréter tout cela…

On lit ce panneau comme un vitrail et une statuaire d'église. En effet, il est destiné à une lecture visuelle. Les images remplacent les mots pour une population alors illettrée mais cultivée. Ce panneau présente un travail de sculpture soignée, même s'il n'est pas signé (à notre connaissance). La preuve du soin apporté par l'artiste réside dans la précision des visages, doués d'expression, ayant chacun sa position, soignés dans le détail des yeux, nez, mentons, bouches, et même des chevelures ayant une texture. Le soin se lit aussi dans les restes de polychromie qui laisssent entrevoir que la sculpture était rehaussée par la peinture. Même les tenues des personnages sont soignées ; le drapé, les différentes pièces de tissu que ce soient la robe, la tunique, les bas...

Un premier plan apparait avec les différents personnages et un arrière plan campe un décor. Ce dernier est loin d'être anecdotique car il devait conférer à la scène une profondeur renforçant la richesse de son atmosphère dans une perspective, somme toute, très médiévale où apparait principalement au premier plan ce qui a le plus d'importance. Ici le sens est plus la signification que l'orientation encore que la scène a un début et une fin.

Eh oui, autre preuve de la qualité de cette scène : le mouvement. Frédéric Ménissier voit deux temps dans cette scène : l'instantané qui fige la pompe du cortège et le mouvement général de la scène de gauche à droite, sens de la lecture.

 

Alors faut-il lire dans ce panneau un épisode du Premier testament ou de la mythologie gréco-romaine ?

La tentation est grande, et pas que dans le désert, d'y voir l'illustration d'un passage de la vie d'un saint catholique. En effet, les références chrétiennes sont indiscutablement là. Le personnage sortant de la ville avec une clé ne serait-il pas saint Pierre ? Le personnage sur le char ne rappelle-t-il pas ces hagiographies (histoires des saints) où la foi chrétienne vainc les démons païens. On pense évidemment, à Pont-de-l'Arche, à saint Vigor de Bayeux terrassant le dragon vivant sur les terres du seigneur nommé Volusien.

 

Malgré tout, a notre sens, il n'y a pas ici de référence religieuse précise. On se balade dans l’évocation libre jusqu’à la fantaisie de personnages fictifs, de religieux, de militaires, de personnages de la mythologie gréco-romaine que l'on réanime alors avec plaisir et liberté…

Le fil conducteur est le voyage et la scène montre des personnages qui ont besoin de voyager et, le soir venu, de trouver une bonne auberge où se reposer et, mieux, de faire bonne chère ; d’où, peut-être, les danseuses, les musiciens, les animaux comestibles chassés grâce aux chiens de chasse... Une évocation fantaisiste dans une atmosphère chrétienne : c'est notre point de vue pour le coup assez rabelaisien...

La galerie donnant accès à la Cour Ainé a sûrement été un passage de l'auberge qui nous intéresse vers ses écuries situées dans la cour arrière (cliché Armand Launay, octobre 2010).

La galerie donnant accès à la Cour Ainé a sûrement été un passage de l'auberge qui nous intéresse vers ses écuries situées dans la cour arrière (cliché Armand Launay, octobre 2010).

Si l’on retient cette thèse de l’auberge, tout s’éclaire : la localisation de son immeuble dans la place centrale du Pont-de-l’Arche médiéval, ville fortifiée et soumise au couvre-feu ; la galerie donnant accès à la Cour Ainé et, surtout, à l’arrière cour de l’auberge afin d’y nourrir et reposer les chevaux.

Le panneau sculpté aurait donc eu pour fonction de renseigner les gens sur l’activité de cette maison : une auberge. Elle aurait donc été une enseigne… à la mode médiévale. Imaginons-là peinte comme le suggèrent les quelques traits sculptés voulant donner une texture au décor et, peut-être, la polychromie (coloration) vieillie autour des personnages entre le temple et le char.

Quant à la datation, n’étant pas spécialiste de ce type de supports, nous pensons néanmoins qu’il se rattache à l’architecture médiévale qui se clôt un siècle après cette période (la fin du XVIe siècle, donc). On pourrait penser que ce panneau est plus ancien et qu'il a été réemployé ici, comme bien souvent les pièces de bois dans l'architecture à pans de bois. Mais, le décor sculpté nous oriente, cependant et timidement, vers l’esthétique de la Renaissance grâce aux références antiques : les chevaux ailés, les jupettes des soldats et musiciens rappelant l’uniforme romain tout comme les éléments d’architecture comme les dômes et les ouvertures étroites et cintrées des fortifications. À mettre au conditionnel, donc, mais nous daterions volontiers ce panneau du premier tiers du XVIe siècle pour son équilibre entre architecture médiévale et début d'esthétique renaissante.

 
Ce bâtiment annexe, situé au fond d'une cour arrière, a vraisemblablement servi d'écuries pour l'auberge des n° 15 et 17 de la place Hyacinthe-Langlois. Datable de la fin du Moyen-Âge, son architecture est aussi intéressante que menacée de ruine (clichés Armand Launay, 2008, Frédéric Ménissier, 2016).
Ce bâtiment annexe, situé au fond d'une cour arrière, a vraisemblablement servi d'écuries pour l'auberge des n° 15 et 17 de la place Hyacinthe-Langlois. Datable de la fin du Moyen-Âge, son architecture est aussi intéressante que menacée de ruine (clichés Armand Launay, 2008, Frédéric Ménissier, 2016).

Ce bâtiment annexe, situé au fond d'une cour arrière, a vraisemblablement servi d'écuries pour l'auberge des n° 15 et 17 de la place Hyacinthe-Langlois. Datable de la fin du Moyen-Âge, son architecture est aussi intéressante que menacée de ruine (clichés Armand Launay, 2008, Frédéric Ménissier, 2016).

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 14:20

Le château de Rouville et ses dépendances se trouvent dans un vaste domaine situé entre le bourg d’Alizay et une zone industrielle en bordure de Seine. Au-delà de l’intérêt des bâtiments subsistants, l’histoire de Rouville est riche en interrogations que ce soit sur le premier château construit en ce lieu ou sur son toponyme. 

Le château de Rouville (1882) vers 1910, un bel édifice à l'architecture classique, son parc à la française et son portail en fer forgé.

Le château de Rouville (1882) vers 1910, un bel édifice à l'architecture classique, son parc à la française et son portail en fer forgé.

Le même château de nos jours, modifié suite à l'incendie de 1949 (cliché Armand Launay, novembre 2013).

Le même château de nos jours, modifié suite à l'incendie de 1949 (cliché Armand Launay, novembre 2013).

Les textes médiévaux

Dans l’article consacré à Alizay, Luis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme tracent de grandes lignes de la vie de deux familles de propriétaires de Rouville. Les premières références datent du XIVe siècle où le domaine est une propriété de la famille Gougeul. Ce fief permettait à ses propriétaires de revendiquer l’appellation de « seigneur de Rouville ». Les possessions de ce fief étaient importantes et lucratives, notamment grâce aux terres cultivables, aux droits perçus sur l’amarrage des bateaux en face de Pont-de-l’Arche, aux droits sur les passagers du bac des Damps à la Maison rouge... On retrouve un Pierre Gougeul capitaine du château de Pont-de-l’Arche (Limaie) à la fin du XIVe siècle.

 

Des vestiges du XVIIe siècle

Toujours selon Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme, le fief de Rouville changea de mains en 1684 où les héritiers Gougeul furent dépossédés au profit du Président du Parlement de Normandie, Gilles Hallé. Il semble que ces riches propriétaires modifièrent en profondeur le château, remplaçant les parties médiévales par des constructions de style Renaissance. L’inventaire général du patrimoine a constaté en 1974 la présence d’une cheminée de la première moitié du XVIIe siècle, « vestige de l'édifice antérieur ». Autre vestige – plus récent – de cette époque, le beau colombier du domaine daté du XVIIIe siècle.

A partir de la fin du XVIIIe siècle, le château de Rouville a manqué d’entretien. Ainsi, en 1882 un propriétaire fit rénover – pour ne pas dire « remplacer » – le château par les soins de l’architecte rouennais Loisel. Hormis un incendie qui affecta cet édifice en 1949, le château prit son apparence définitive. Les cartes postales du début du XXe siècle montrent un portail d’entrée en fer forgé qui a disparu depuis. Le château de Rouville, son domaine boisé, la ferme et le colombier furent achetés par une vaste papèterie d’abord appelée SICA puis ModoPaper, Mreal et Double A. Depuis 2012, Rouville appartient au Département de l’Eure.

Un des deux colombiers du domaine de Rouville (XVIIIe siècle) Marcel Maillard (1899-1978) le 14 septembre 1952 (Fonds iconographique Philippe Manneville, bibliothèques municipales du Havre : http://lehavre.fr/MMaillard)

Un des deux colombiers du domaine de Rouville (XVIIIe siècle) Marcel Maillard (1899-1978) le 14 septembre 1952 (Fonds iconographique Philippe Manneville, bibliothèques municipales du Havre : http://lehavre.fr/MMaillard)

Le château de Rouville ne doit pas occulter la ferme et ses beaux bâtiments ruraux des XVIIe et XVIIIe siècles (carte postale vers 1910).

Le château de Rouville ne doit pas occulter la ferme et ses beaux bâtiments ruraux des XVIIe et XVIIIe siècles (carte postale vers 1910).

Une origine normande ?

Certains auteurs ont écrit que le nom de Rouville viendrait de Rollon, premier duc de Normandie : « Rollonis villa » (le domaine de Rollon). Cette explication nous laisse sceptique.

Dans La première Normandie (X-XI siècles), Pierre Bauduin, se fondant sur les travaux de Marie Fauroux sur les actes des ducs de Normandie, écrit que « Au confluent de la Seine, de l’Andelle et de l’Eure, la villa du Manoir, avec l’église, l’eau, un bois, des terres arables, figure parmi les donations du comte Raoul à Saint-Ouen-de-Rouen entre 1006 et 1011, avec des biens à Pîtres. » Nous tenons la preuve que la villa du Manoir, jouxtant Rouville, a été possédée par un seigneur nommé Raoul (d’Ivry). Alors, s’il faut trouver une étymologie à Rouville, nous serions plus tentés d’y lire la « villa de Raoul » que la « villa de Rollon » dont il resterait à établir la présence et l’autorité en ce lieu.

Plus avant dans la réflexion, Raoul d’Ivry, demi-frère du duc Richard Ier, est un descendant direct des Normands. Il a été possessionné dans un ancien fisc des rois carolingiens identifié à Pîtres par Lucien Musset (page 23) : « Parmi les fiscs, certains paraissent avoir fait, de toute antiquité, partie du patrimoine du souverain ; ce sont les grands axes de la vallée de la Seine, groupés autour des résidences royales : Arelaunum, en forêt de Brotonne ; Gemmeticum, Jumièges ; Pistae, Pitres ; Veteres Domus qui est sans doute Louviers ; Rotoialum, Le Vaudreuil, ce dernier même remonte peut-être à l’époque gallo-romaine... »

Il semble acquis que ce fisc carolingien est devenu une propriété des nouveaux colons normands. Or c’est aussi dans ce fisc qu’eut lieu le plus grand chantier du règne de Charles le Chauve, le pont dit de Pîtres, barrant la Seine aux incursions Vikings, touchant Paris, Beauvais, Chartres… Ce pont fut construit de 862 à 873 avec un fort protégeant chaque entrée comme l’a écrit Jacques Le Maho.

Une représentation cartographique de ces défenses montre leur omniprésence autour de la Seine mais leur relatif isolement au fond de la vallée. L’idée première des fortifications était de rendre incessible le cours supérieur de la Seine, l’Eure et l’Andelle. Le pont fortifié fut donc bâti au niveau des Damps. Il donna naissance ultérieurement à la ville de Pont-de-l’Arche.

Comme l’a noté Pierre Bauduin, ces fortifications ont dû être renforcées en d’autres lieux. Le chercheur de citer le « Château Robert », à Acquigny : En attendant de considérer cette enceinte comme un élément défensif associé aux fortifications du pont de Pîtres et destiné à couvrir la vallée de l’Eure » et de l’Iton (page 127).

Ainsi bous sommes tentés de placer un premier fort à l’emplacement de Rouville ou à proximité.

En effet, la vallée de la Seine n’avait pas l’aspect qu’elle a acquis dans les années 1930 où elle fut draguée – et donc approfondie – et canalisée. Elle était moins profonde et occupait, par plusieurs bras, un plus large espace au fond de la vallée. En lisant les courbes de niveau des cartes d’état-major de l’IGN (1/25 000e), on retrouve le départ d’un ancien bras de Seine en aval du Manoir ; bras courant vers les fossés de l’ancien château de Rouville puis, indirectement vers les bras encore humides de Freneuse. Il nous semble assez logique que les Francs aient voulu barrer l’ensemble de la vallée de la Seine aux Normands, capables de contourner le pont de Pont-de-l’Arche en tirant leurs navires dans la vaste partie nord de la Seine. Qui plus est, lors des périodes de crue et de forts coefficients de marée, la marée se faisant sentir jusqu’au bas du pertuis de Poses, les Normands devaient être en mesure d'emprunter des bras secondaires de la Seine. Pour renforcer notre propos nous publions une carte du bassin des crues de la Seine – PHEC telle qu’accessible sur le site geoportail.fr. Le château de Rouville se trouve à la limite nord de la zone inondable et donc, peut-être, d'un ancien bras de Seine.

Les courbes de niveau de la carte d'état-major de l'IGN (1/25 000e) montrent le départ d'un ancien bras de Seine au sud ouest du Manoir et vers les fossés en eau du château de Rouville. C'est un indice nous appelant à envisager que la vallée de la Seine a largement changé au cours des siècles.

Les courbes de niveau de la carte d'état-major de l'IGN (1/25 000e) montrent le départ d'un ancien bras de Seine au sud ouest du Manoir et vers les fossés en eau du château de Rouville. C'est un indice nous appelant à envisager que la vallée de la Seine a largement changé au cours des siècles.

La carte du bassin des crues de la Seine – PHEC, accessible sur le site geoportail.fr, montre que Rouville est à la limite des zones inondables. Nous pensons qu'un premier château a été construit en ce lieu ou à proximité pour compléter les défenses de Pont-de-l'Arche barrant la Seine aux Normands.

La carte du bassin des crues de la Seine – PHEC, accessible sur le site geoportail.fr, montre que Rouville est à la limite des zones inondables. Nous pensons qu'un premier château a été construit en ce lieu ou à proximité pour compléter les défenses de Pont-de-l'Arche barrant la Seine aux Normands.

En guise de conclusion

Par conséquent, bien qu’aucun document ne vienne prouver notre thèse, la localisation du château de Rouville, ainsi que son nom, nous font penser qu’il trouve ses origines parmi les défenses franques du IXe siècle.

 

A lire aussi... 

Les grandes dates qui expliquent la naissance de la Normandie et de Pont-de-l'Arche

 

Sources

- Ministère de la culture, Base Mérimée, www.culture.gouv.fr : référence IA00017934 ;

- Bauduin Pierre, La première Normandie (Xe-XIe siècles) : sur les frontières de la Haute-Normandie : identité et construction d’une principauté, Presses universitaires de Caen, 2004, 469 pages ;

- Charpillon Louis-Etienne, Caresme Anatole, « Alizay », pages 96 à 97, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, tome I, Les Andelys, Delcroix, 1868, 960 pages. Accessible sur ce blog ;

- Le Maho Jacques, « Un grand ouvrage royal du IXe siècle : le pont fortifié dit “de Pîtres” à Pont-de-l’Arche (Eure) » pages 143 à 160, Lalou Elisabeth, Lepeuple Bruno, Roch Jean-Louis, Des châteaux et des sources : Archéologie et histoire dans la Normandie médiévale, Mélanges en l’honneur d’Anne-Marie Flambard Héricher, Publications des universités de Rouen et du Havre, 2008 ;

- Musset Lucien, « Note pour servir d’introduction à l’histoire foncière de Normandie : les domaines de l’époque franque et les destinées du régime domanial du IXe au XIe siècle, pages 7 à 97, Collectif, Bulletin de la société des antiquaires de Normandie, tome XLIX, années 1942 à 1945, Caen, L. Jouan et R. Bigot, 1946, 622 pages.

Armand Launay

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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 16:06


La guerre de Cent ans fut une longue succession de batailles entrecoupées de pauses qui opposèrent divers clans français et la monarchie anglaise. L’enjeu de ces conflits fut le trône de France et la maitrise de vastes territoires qui ont, par la suite, formé notre pays. Les premiers combats commencèrent en 1339 suite aux velléités d’Edouard III, roi d’Angleterre, sur le trône de France. En 1346, celui-ci se lança dans une chevauchée armée du Cotentin à Paris, puis de Paris à Calais. Ce fut un échec, notamment devant Pont-de-l'Arche qu’il voulait prendre de surprise. Néanmoins, les terres continentales étaient déchirées entre diverses luttes d’influences et d’alliances plus ou moins trahies. Pour compliquer le tout, la famille royale se déchira : le roi Charles VI étant sujet à des crises de démence, il régnait une certaine vacance du pouvoir français. Son fils Charles VII, encore très jeune, n’était que le Dauphin du roi. Une vendetta opposa les Armagnacs, proches de Charles VII, aux Bourguignons, c'est-à-dire les proches du duc de Bourgogne autour de Jean sans Peur, oncle du Dauphin. Profitant de cette division, Henri V d’Angleterre débarqua en aout 1417 dans l’estuaire de la Touques. Il conquit toute la Normandie, dont l’actuel département de l’Eure, d’avril 1418 à décembre 1419.

 

Comment le pont de l'arche fut prins"Comment le pont de l’arche fut prins", peinture, fol. 138v, in Martial d'Auvergne, Vigiles de Charles VII, France, 1484, manuscrit, parchemin, II-266 feuillets. Bibliothèque nationale de France, département des manuscrits (division occidentale), Français 5054. cf. aussi  http://gallica.bnf.fr. Jusqu'à plus ample informé, c'est la plus ancienne évocation de pont à Pont-de-l'Arche, l'évènement datant de 1449. 

 

Prise de possession en 1418 par Henri V

Après s’être rendu maitre de Louviers, Henri V, roi d’Angleterre, arriva à Pont-de-l’Arche le 29 juin 1418 avec 10 000 hommes. Tenant déjà Harfleur, il voulait maitriser la Seine en aval de Rouen, avant de s’attaquer à cette ville. Il fit camper ses troupes entre la forêt et Pont-de-l’Arche et établit ses quartiers dans l’abbaye de Bonport. Jean Malet, seigneur de Graville et capitaine de la garnison de Pont-de-l'Arche, resta fidèle au Dauphin Charles VII en refusant de donner les clés de la ville. Henri V devait encore encercler la ville et faire battre en retraite plus de 2 000 combattants français, venus en renfort, qui attendaient les Anglais de l’autre côté du fleuve (fournissant ainsi un ravitaillement à la ville). Le 4 juillet, le duc de Cornouailles franchit alors la Seine avec huit bateaux, soit une soixantaine de combattants et quelques canons, et gagna une petite ile d’où il put tirer sur les Français. Impressionnés, ceux-ci se dispersèrent. Mil anglais traversèrent le fleuve, suivis le lendemain (5 juillet) par le duc de Clarence et 4 000 soldats ; la ville et le château de Pont-de-l’Arche étaient alors assiégés des deux côtés de la Seine.

Jean Malet tint ses positions et envoya plusieurs messages à ses soutiens. Les Rouennais, malgré une alliance signée le 5 juin 1418, n’intervinrent pas [1]... Jean sans Peur, tenant Pontoise et Chartres, interdit tout envoi de secours en Normandie et ce, de la part du gouvernement – armagnac – de Paris… Quelques escarmouches se produisirent encore devant le château de la rive droite. Isolé, Jean de Graville dut se résigner et signa un acte de reddition le 19 juillet, précisant que lui, Pierre de Rouville (son second) et mille de leurs hommes pouvaient partir libres sous la protection du roi d’Angleterre (jusqu’au 25 de ce mois). Les Anglais s’emparèrent alors de Pont-de-l’Arche, perçant ainsi les défenses bourguignonnes, et se rabattirent sur Rouen.

Jean de Graville eut le mérite de rester fidèle à Charles VII : isolé, il s’opposa à la fois aux Anglais et à Jean sans Peur, qui s’appuyait sur la bourgeoisie commerçante de Paris et qui vivait du trafic de la Seine et de ses affluents. On peut d’ailleurs pressentir une collusion financière entre celui-ci et le roi d’Angleterre. Quoi qu’il en soit, Charles VII remercia Jean de Graville en lui assignant 200 livres par mois (pour lui-même et pour 150 hommes) et en le nommant grand maitre des arbalétriers. Charles VII pouvait d’autant plus gratifier le capitaine de Pont-de-l'Arche que, si tous les sujets étaient restés aussi fidèles que Jean de Graville, Henri V d’Angleterre n’aurait pu se proclamer roi de France, suite au traité de Troyes (1420) [2].

 

Quel rôle pour le Pont-de-l’Arche anglais ?

Quel était le rôle stratégique de Pont-de-l'Arche ? Le contrôle des vivres nous semble intéressant car si les Anglais comptaient assiéger Rouen, mieux valait pour eux contrôler les vivres qui pouvaient être acheminées par notre cité, soit par voie de Seine, soit par la rive droite de ce fleuve. Or Pont-de-l’Arche contrôlait à la fois le passage sur la Seine (par le montage des bateaux sous son pont) et au dessus de celle-ci. D’ailleurs, une fois Pont-de-l’Arche tombé, Rouen ne tarda pas. Les taxes perçues ne devaient pas non plus être dédaignées. Mais, plus généralement, la maitrise de la Seine était essentielle aux déplacements d’une armée, de son matériel et de son approvisionnement [3]. En 1420, Thomas Holgill devint pourvoyeur des provisions de plusieurs places fluviales en Normandie [4]et notamment de Pont-de-l’Arche. Il assura aussi le ravitaillement des troupes anglaises de Paris. C’est ainsi que le 20 février 1420 le nouveau capitaine de Pont-de-l’Arche, Jean Falstof, fut chargé d’acheminer de Rouen à la Bastille de Paris un convoi fluvial de froment et d’orge. Il avait aussi pour mission de surveiller les navires suspectés de transporter des provisions pour les Français et, au besoin, de les réquisitionner ou les détruire. Car le danger était toujours présent, les Français de Charles VII contre attaquèrent, notamment à Verneuil en 1424.

Mais qui dit contrôle fluvial, dit présence et contrôle de troupes armées : Jean Beauchamp, autre capitaine, et ses troupes furent passés en revue en 1425 par les commissaires du roi d’Angleterre. Cette même année, le 8 octobre, une ordonnance contre les soldats qui avaient déserté leurs corps fut adressée au chevalier Jean Kigley, bailli de Rouen, et à Guillaume Crafford, lieutenant du même bailli et capitaine de Pont-de-l’Arche. Quelle était l’ampleur de la garnison ? Elle allait de 20 à 110 hommes (surtout vers les dernières années) durant la période anglaise. L’année 1429 est représentative : 10 hommes d’armes et 30 archers à cheval, 10 hommes d’armes et 30 archers à pied. Les troupes à cheval parcouraient la région dans un petit périmètre, les autres étaient en permanence dans le fort et pouvaient aussi s’atteler à des réparations comme celles du pont en 1435.

 

Les capitaines de la garnison anglaise de Pont-de-l’Arche de 1419 à 1447 [5]

1419 : Amauri le Coq, " capitaine du pont " ;

1421 : Maurice Bron [= Brown ?], " capitaine de la ville et du château pour le roi d’Angleterre " ;

1429-1432 : Robert de Willoughby, " capitaine du Pont-de-l’Arche" ;

1422 : Thomas Maitreson, " capitaine de la ville et du château " ;

1422-1429 : Jean de Beauchamp, " capitaine de Pont-de-l’Arche " ;

1433 : Jehan Talbot ;

1434 : le comte d’Arundell, " capitaine de la ville et du château " ;

1435-1437 : Robert de Willoughby, " capitaine du Pont-de-l’Arche" ;

1440-1443 : le cardinal de Luxembourg, " capitaine de Pont-de-l’Arche " ;

1443 […] : Adam Hilton, " capitaine de Pont-de-l’Arche " ;

1446-1447 […] : le duc d’York, " gouverneur de France et de Normandie, capitaine de Pont-de-l’Arche " et Thomas Mulso, lieutenant ;

1448 : Fauquemberg.

 

 

La Libération de Pont-de-l’Arche en 1449 par Charles VII

L’importance stratégique de Pont-de-l'Arche se sentit aussi en matière diplomatique. Outre les Etats de Normandie qui s’y tinrent en 1432, 1437, 1438 et 1439, la ville accueillit des conférences entre Anglais et Français. Cependant le vent tourna, les Français s’étaient ressaisis, notamment en 1435où les Armagnacs firent la paix avec les Bourguignons. En 1441, Evreux fut libéré. La garnison anglaise de Pont-de-l'Arche fut renforcée et confiée parfois à des personnalités de premier plan comme le duc d’York, par exemple. Le 30 novembre 1440, Henri V réunit à Pont-de-l’Arche une assemblée des notables de la ville et des environs pour faire cesser les actes de résistance et l’avancée des troupes françaises qui s’étaient momentanément emparées de Louviers. En 1444, les places de Verneuil, Vernon, Château Gaillard et Pont-Audemer furent à leur tour libérées.

Le roi de France, Charles VII, eut l’intention de reprendre Rouen en 1449 : il concentra ses forces sur Louviers et Pont-de-l'Arche en vue, très certainement, de faciliter le passage des troupes, du matériel et des futures vivres. Et, contrairement à l’arrivée des Anglais à Pont-de-l'Arche, les Français voulurent reconquérir la ville non par la force mais par la ruse, d’après les chroniqueurs du Moyen Age. Un marchand de Louviers, qui passait habituellement par Pont-de-l'Arche pour aller vendre ses denrées à Rouen, prit une place cardinale dans une stratégie un peu spéciale. Alors que le marchand devrait obtenir des gardes l’ouverture de la porte, quelques Français à pied resteraient cachés près de l’entrée du château de Limaie, sur la rive droite en face du pont, et attendraient la première occasion pour s’engouffrer dans les fortifications. Pendant ce temps, quelque 4 à 500 cavaliers patientaient à l’orée de la forêt, rive gauche. Alors, le 13 mai 1449, selon les propos de Léon de Duranville ;

Le marchand, traversant le Pont-de-l'Arche, suivant son habitude, réclame du portier l’ouverture de la porte pour le lendemain de très bonne heure, et ce, sous promesse de récompense. […] au point du jour, il frappe pour éveiller le portier. Celui-ci conçoit d’abord quelques inquiétudes, en voyant deux hommes sortir de l’hôtellerie ; mais il se sécurise sur l’assurance à lui donnée que ce sont deux habitants de Louviers. Toute prime mérite son salaire ; le marchand laisse tomber à terre quelques pièces de monnaie, et, profitant de la posture du portier… il le tue. Le bruit alarme ceux qui sont dans le château, et l’un d’eux, descendant en chemise, s’efforce de lever le pont-levis. Il y avait deux ponts-levis, l’un par lequel on accédait au boulevard, et qui se trouvait au pouvoir des assaillants, et l’autre, dont le soulèvement pouvait encore sauver la place. Le marchand s’élance, et met à mort ce second adversaire. […] Il restait encore une seconde entreprise ; ce fut l’affaire d’un clin d’œil que de passer le pont et d’arriver à la porte de la ville. Le sommeil régnait encore, un seul anglais défendit longtemps et courageusement cette porte. Les autres soldats de l’Angleterre furent tous prisonniers, et notamment le seigneur de Fauquemberg [qui] venait d’arriver durant la nuit. […] La place étant au pouvoir des Français de Brézé [6], ils ouvrirent une des portes qui donnaient vers la forêt ; alors, le bailli d’Evreux et le seigneur de Magny… entrèrent dans la place… Cet événement coûta la vie à huit ou dix anglais.

La chute de Pont-de-l'Arche éveilla la fureur du duc de Sommerset, gouverneur de Rouen, car la route de sa ville était ouverte au roi de France. Elle tomba peu de temps après, en 1450 (ainsi que la Normandie continentale) aux mains du roi de France. En 1475, cessaient les attaques anglaises et donc la guerre de Cent ans. Mais, cependant, les monarques anglais ont depuis lors conservé le titre de… roi de France…

 

 

A lire aussi...

Les ponts de Pont-de-l'Arche de 862 à nos jours

Les remparts de Pont-de-l'Arche

 

 

Notes

[1] A moins qu’ils eussent envoyé les soldats dont nous parlions ci-dessus qui, très rapidement, se sont enfuis, comme si la défense de Pont-de-l'Arche leur importait peu…

[2] Ce qui fut approuvé par le Parlement et l’Université de Paris…

[3] Henri V protégea en priorité la Normandie et Paris et rendit sûr l’axe de la Seine en s’emparant de Sens, Montereau, Melun, Dreux (en 1421).

[4] dont Rouen, Château Gaillard, Vernon et les Goulets.

[5] Delabos Christian, annexe IV. 

[6] Pierre de Brézé (sénéchal d’Anjou, de Poitou et de Normandie, capitaine de Louviers), Robert de Flocques (bailli d’Evreux, maréchal de Normandie, propriétaire de la seigneurie d’Orcher, près d’Harfleur), Jacques de Clermont, Guillaume de Bigars…

 

 

Sources 

Bodinier Bernard (dir.), L’Eure de la préhistoire à nos jours, Saint-Jean-d’Angély : éd. J.-M. Bordessoules, 2001, 495 pages ;

Charpillon Louis-Etienne, Caresme Anatole, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys : éd. Delcroix, 1868, 960 pages ;

Delabos Christian, La Seine et les opérations militaires à la fin du Moyen Age, mémoire de maitrise soutenu à Rouen sous la direction d’Alain Sadourny en 1991, 248 pages ;

Demurger Alain, Temps de crises, temps d’espoirs : XIVe-XVe  siècle, Paris : Le Seuil, collection points histoire,1990, 380 pages ;

Duranville Léon de, Essai archéologique et historique sur la ville du Pont-de-l’Arche et sur l’abbaye Notre-Dame-de-Bonport, auto produit, 1856, 231 pages.

 

 

 

Armand Launay

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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 12:19

Les trois moulins de Pont-de-l'Arche ont disparu avec le pont médiéval en 1856. Depuis, ils continuent de peupler les lithographies anciennes chéries par les collectionneurs et les amateurs d'histoire. IIls appellent donc à se questionner sur leur origine, leur activité et c'est pourquoi nous avons mis à plat nos connaissances sur cet aspect de l’histoire industrielle de Pont-de-l’Arche et d'Igoville. 

 

Moulins 4

Girard, del et lith., lithographie monochrome, 47,3 x 31,9 cm, en bas : Paris, publié par Victor Delarue, 10, place du Louvre, Archives de l’Eure (1 Fi 841).

 

 

I) Origine et architecture des moulins de Pont-de-l’Arche 

 

1)      Origine des trois moulins du pont : premières traces en 1020 

Dans notre étude sur les ponts de la ville, nous avons réussi à dater la construction du premier pont. Cependant, nous avons remarqué qu’il existait une période obscure, c'est-à-dire non documentée correspondant à la naissance de la ville entre le IXe siècle et le début du XIe siècle. Cette période concerne les moulins qui nous intéressent.

            On peut néanmoins envisager avec sérieux que le pont fut muni de moulins dès ses premières années. En effet, l’on sait que Charles le Chauve accorda à l’évêque de Paris la possession du Grand pont et de ses moulins en 861. C’est donc qu’il était techniquement possible, dès l’époque de Charles le Chauve, de munir les ponts de moulins[2]. Patrick Sorel (voir sources) précise qu'en ce temps il devait s'agir de moulins-bateaux et non de moulins à roue pendante que l'on voit sur les lithographies et qui ne sont apparus que vers le XIIIe siècle et le XIVe siècle. Ces équipements devaient être essentiels aux hommes de garnison de Pont-de-l'Arche mais aussi à leurs familles qui ont peu à peu donné naissance à la ville.

Nous retrouvons trace de l’histoire de la ville en 1020 grâce à une charte officialisant la donation par le duc de Normandie Richard II de plusieurs droits sur Pont-de-l’Arche au bénéfice des religieux de l’abbaye de Jumièges. Ces droits portent sur l’église, le tonlieux[3], avec les droits sur les moulins et les pêcheries situées sous le pont aux moulins, un pré de deux acres, et un moulin appartenant à l’église[4].

 La présence d'un pont contrariait le cours de la Seine et concentrait son courant entre les piles. Une cataracte de plusieurs dizaines de centimètres existait qui devait rendre l'endroit particulièrement intéressant pour établir des moulins. La région de Pont-de-l'Arche était déjà très intéressante comme en témoignent les nombreux moulins établis à proximité : Martot, Cléon, Freneuse, Poses, Amfreville-sous-les-monts...   

 

2)      L’architecture des moulins 

           Comme le montrent les deux reproductions de gravures ci-dessous, les moulins reposaient sur des pieux et étaient rattachés au tablier du pont. Le moulin Saint-Ouen, sur la gravure, fournit le meilleur document relatif à l’architecture de ces ouvrages. Les moines de l’abbaye Saint-Ouen de Rouen dressèrent un document, en 1759, qui reprend  point par point les travaux à accomplir dans les nombreuses propriétés de l’abbaye et notamment au moulin de Pont-de-l’Arche[5].

 

  Moulins 2

Ch. Dubourg sc., d’après un croquis de Mme Drouin, eau-forte, début XIXe siècle, 23,5 x 15,3 cm (Archives départementales de l’Eure : 1 Fi 843).

 

Ce document nous apprend que les motelles (les assises de terre qui émergent de l’eau au pied du pont[6]) faisaient l’objet d’un entretien très élaboré et ce principalement pour le maintien des berges de celles-ci. Cet aspect de l’entretien n’est pas perceptible dans les gravures anciennes, tout comme celui de la vanne du moulin.

Ensuite, élément frappant des dessins, le document aborde les pieux sur lesquels repose la partie supérieure des moulins. La majorité de ces pieux est à remplacer. Ce qui n’apparait pas, en revanche, c’est le dispositif devant préserver chaque pieu de la glace hivernale et, tout simplement, de l’usure des eaux.

Tout l’ensemble de la roue : l’arbre qui tient la roue, celle-ci et ses 54 dents doit être refait à neuf, tant les bois sont usés. Le nombre de pièces participant au maintien et à la rotation de la roue est impressionnant qui compte parmi les réparations. De même pour les lanternes, ces engrenages reliant par un système de roues dentelées tous les arbres qui, au final, donnent la force du mouvement de l’eau à la pression exercée sur la meule.

La maisonnée et les bâtiments annexes qui se trouvent à hauteur de la chaussée du pont doivent être rénovés par l’usufruitier, c’est-à-dire le locataire, en quelque sorte, qui habite et fait moudre le grain en permanence. C’est aussi lui qui règle des droits aux propriétaires de l’abbaye. Les moines ont tout de même noté, pour mémoire, les travaux à réaliser. Est-ce en vue d’une vérification ultérieure des travaux réalisé ou bien (aussi ?) par crainte que les réparations soient faites sans soin, sans connaissances techniques par l’usufruitier ? Toujours est-il que ces dernières réparations sont celles d’une maison comme les autres (colombages, dallages, tuiles de pays, cheminées…).

Un document qui remonte au XIIIe siècle, montre comment les religieux de Saint-Ouen se fournissaient en matériaux. Ils exigeaient de certains de leurs vassaux qu’ils fournissent annuellement le bois nécessaire à l’entretien de leurs édifices. Le fief forestier de Sotteville-sous-le-Val doit garder les bois des Autiez et de Bonet par nuit et par jour et doit rapporter touz les meffés as seignor de Saint Oen et doit avoir ses pors frans de pasnage a son user et doit avoir 12 d. por semondre le pasnage et la moitié des coupeax des arbres qui sont coupez es devant diz bois por fere merrien au molin du Pont de l’Arche (…) et doit moldre eu molin Saint Oen aprez celui de la treimie…[7]

Quant au transport de ce matériau, c’est le fermier de Houlegate (ferme aujourd’hui disparue), à Sotteville-sous-le-Val, qui en était, notamment, chargé : La masure villaine de Houlegate (…) doit l’aide de la porte de Lyons refere et deu merrien du molin carier. [8] Outre le fait que le vassal des religieux devait charrier le bois, il devait aussi, si nous interprétons bien l’ancien français, participer à l’entretien de la porte de Lyons ce qui doit désigner la porte du château de Limaie donnant sur la route de Pîtres, Fleury-sur-Andelle, Lyons-la-Forêt. 

À l’issue de ce court descriptif et après avoir observé les anciennes gravures, nous notons que, malgré de nombreux siècles d’existence, les moulins qui nous intéressent ont la même architecture, à défaut d’avoir les mêmes proportions.

Chacun des édifices a ses deux bâtiments annexes, ses quatre cheminées, semble-t-il (car les représentations diffèrent), ses lucarnes

 

 

II) Dénominations des moulins ; les propriétaires et leur utilisation

 

 1)      Les propriétaires des moulins et les noms attribués à ces édifices

 

Moulins 3

 

  Les noms des trois moulins de Pont-de-l’Arche avaient une origine géographique ou faisaient référence aux propriétaires. Les édifices se trouvent "près de la ville", "près du château de Limaie" et  "au milieu du pont" (ou Parmi, Treimie[9], mots synonymes de "milieu" dans l’usage local). Ils ont tout naturellement trouvé une appellation des plus évidentes… et facile à retenir !

Les moulins dépendaient de fiefs. Il n'est donc pas étonnant que les noms de propriétaires de ces fiefs aient été uilisés pour identifer ces équipements. Le moulin de Saint-Ouen dépendait du fief d'Igoville, propriété de l'abbaye Saint-Ouen de Rouen. L'ensemble des vassaux de ce fief étaient obligés de moudre leurs grains au moulin de leu seigneur, moyennant redevance. Cette pratique féodale a pris fin en 1789 avec la liverté du commerce.      

 

Dates (sources)

Saint-Ouen – château

Parmi – Matignon

Danois – Dames – ville

1025 (Marie Fauroux, p. 139).

Église Saint-Vigor (Par déduction du texte ci-dessous)

Propriété ducale

Propriété ducale

1025 (Marie Fauroux, p. 139)

Richard II cède l’église de Pont-de-l’Arche ainsi que le moulin qui lui appartient et le tribut des trois moulins du pont.

Propriété ducale

Propriété ducale

XIIIe siècle (Henri Dubois)

Propriété des moines de l’abbaye Saint-Ouen

Propriété royale

Famille Le Danois (?)

1308 (Charpillon & Caresme)

Un sieur Jean Larchevêque tenait en fief-ferme les moulins du roi de Pont-de-l’Arche (cela s’applique-t-il au moulin Saint-Ouen ?).

1324 (P.-F. Lebeurier, p. 332, 357)

1321 (selon Charpillon & Caresme)

 

 

 

Jean Gougeul obtint du roi Charles le Bel que le moulin Aux Dames soit réuni au fief de Rouville.

XVe siècle (Yvette Petit-Decroix)

 

Propriété de Guy de Matignon

 

1688 (Charpillon & Caresme)

 

Emmanuel Théodore de la Tour d’Auvergne, duc d’Albret, abbé de Saint-Ouen, donna aux Jésuites de Rouen, un moulin à blé.

 

 

1750 (P.Sorel, p. 25)

 

Dépendance du fief de Port-Pinché, propriété des de Matignon

Faisait encore partie du fief de Rouville

1838 (Yvette Petit-Decroix, p. 91[10])

M. Foucher ou Lequeux

M. Fréret

M. Foucher ou Lequeux

L’Industriel de Louviers 1856

 

Le moulin de Parmi qui avait appartenu à l’abbaye de Bonport avant la Révolution nous avait été vendu 36 000 francs par deux richards d’Igoville, MM. Fréret et Nouvel. 

 

L’Industriel de Louviers 1856

 

Famille Desmarets

 

 

Le nom de moulin aux Danois a plu à certains historiens qui ont vu dans cette appellation un témoin de l’ancien colon scandinave. D’une part, il est douteux que ce nom, dont la première occurrence connue date du XIVe siècle, remonte à la période des invasions et de l’implantation des scandinaves. D’autre part, nous retrouverions des forêts, villages, masures danoises partout où nos lointains ancêtres nordiques ont posé le pied et utilisé le soc…

Le nom de Aux Danois est lié, pour commencer, aux seigneurs de Rouville. En effet, ces deux appellations ont coexisté du XIVe au XVIIIe siècle. Plus précisément, en 1324, lorsque Jean Gougeul, seigneur de Rouville fit l’acquisition de ce moulin, ce dernier portait déjà le nom de aux Danois. Nous pensons que aux Danois désigne un nom de famille ou un surnom. Nous avons deux thèses à ce sujet : soit un seigneur de Rouville a porté ce nom ; soit un autre personnage a possédé ledit moulin.

Nous apprenons de l’article "La Haye-Malherbe" du Dictionnaire historique de MM. Charpillon & Caresme que Guillaume de Rouville dit Taupin, vendit en 1391 le fief Aux-Danois, qu’il possédait à Thuit-Signol. C’est lui qui a probablement laissé son nom au fief de Rouville ou Saint-Saire. Parallèlement, nous apprenons de la lecture du résumé du mémoire de Sophie Roullé que :  En 1278, André le Danois vend aux moines toutes les dîmes qu’il possédait au Thuit-Signol et à Saint-Pierre-des-Cercueils. "[11]

Nous concluons qu’il existait une famille Le Danois dans la région du Thuit-Signol aux XIIIe et XIVe siècle et qu’elle tirait une partie de ses revenus des céréales. Il ne nous étonnerait donc pas : soit que les Le Danois aient acquis provisoirement les droits sur un moulin de Pont-de-l’Arche ; soit qu’un seigneur de Rouville ait acquis le surnom de Aux Danois de sa propriété du Thuit-Signol. Il n’y a donc pas de traces de grands blonds chevelus portant des casques à cornes sur le pont de la ville ! 

 

3)      Que produisait-on aux moulins du pont ? 

Selon MM. Charpillon et Caresme, en 1209, Philippe Auguste permit aux religieux de moudre au moulin de Pont-de-l’Arche le mercredi de chaque semaine. Il échangea ensuite ce droit contre le septième du revenu de ce moulin, ce qui devait être un gain pour les moines.

Cette activité occupa la quasi totalité du temps d’existence des moulins de Pont-de-l’Arche car on voit que le blé est encore moulu en 1856, année où s’effondra le dernier pont d’Ancien Régime et les moulins qu’il portait. Moudre le blé, les céréales et les végétaux (comme le pavot) alimentaires est une activité qui approvisionne les habitants de la proche région de Pont-de-l’Arche. Elle n’apporta cependant aucune activité originale à la ville, aucune industrie, aucune prospérité retombant sur l’ensemble de l’économie urbaine.

Nous allons nous pencher sur une activité qui a apporté une originalité à l’histoire des moulins qui nous intéressent. Ce qui suit est un résumé des travaux de M. Drouet, publiés en 1903. Pont-de-l’Arche fut le lieu ponctuel de frappe de monnaies royales quand, pour une fois, le monarque décida de faire battre sa monnaie sur des presses privées, en 1654. Et l’on fit battre des liards de cuivre à Pont-de-l’Arche

Le liard de cuivre est une monnaie qui existe depuis le règne de Louis XIV. Il y eut six émissions différentes de cette monnaie durant le règne de ce monarque et c’est la troisième de celles-ci qui intéresse les moulins de Pont-de-l’Arche.

Les moulins de la localité n’avaient jamais battu la monnaie. C’est donc un contexte très particulier qui engendra cette reconversion d'un d'entre eux, vraisemblablement, et sur lequel nous allons nous pencher. 

En 1654, le trésor royal avait besoin d’argent à cause notamment des troubles de la Fronde et de l’expédition des Flandres. Il concéda à un fermier général le droit de fabriquer et d’émettre le numéraire de cuivre dénommé liard. Il était temps car les commerçants, le peuple, les établissements religieux manquaient de numéraire pour leurs échanges quotidiens.

Isaac Blandin, bourgeois de Paris, se vit confier l’entreprise générale de fabrication des liards en cuivre pur pour deux ans. Contre paiement des redevances au Trésor royal, celui-ci avait toute liberté de sous-traiter.

Ceci était un fait nouveau. Jamais auparavant la monnaie n’avait été fabriquée en dehors des ateliers royaux. L’hostilité des monnayeurs officiels doit donc expliquer le refuge dans des villes qui n’avaient encore jamais accueilli ce type de production. La présence de moulins à Pont-de-l’Arche, mus par un courant constant, était donc une manne pour les projets d’Isaac Blandin.

M. Drouet narre les aménagements de ces moulins (page 131) : La roue motrice met en mouvement un arbre de couche pourvu, à intervalle égaux, de taquets soulevant chacun un pilon dans lequel est encastré un coin qui retombe sur un autre coin fixe ; il suffit alors qu’un ouvrier, sans le moindre apprentissage, une femme, un enfant même, glisse à chaque fois que le pilon se relève, une rondelle de métal dans le coin fixe pour obtenir la fabrication considérable sans la moindre difficulté.

Le nombre de monnaies créées devait être contrôlé par les pouvoirs royaux afin qu’il n’y ait pas de surproduction. En effet, si le nombre de pièces créées dépassait les besoins du peuple, il y aurait une inflation et, bien vite, un refus d’une monnaie sans valeur.

En principe, 120 presses devaient servir en France à la frappe des liards (Drouet, page 132). Mais le décret du 1er juillet 1654 réduisit ce nombre à 40 seulement. Un liard devait valoir 3 deniers et 64 pièces au marc. Le travail devait durer depuis 4 heures du matin à 8 heures le soir. Les poinçons devaient être gravés par le tailleur général des monnaies. Des commissaires, provenant de la Cour des monnaies, devaient être établis dans les dites fabriques par le roi et devaient fermer à clé les lieux où étaient réservées les monnaies afin que nul n’y travaille en dehors des heures officielles. 

Le 3 aout 1654, la Cour des monnaies autorisa officiellement Isaac Blandin à procéder à l’exécution de sa commission pour la fabrication des liards de cuivre. La Cour l’aida à préparer les outils de fabrication. Isaac Blandin prêta serment le 21 octobre 1654. Il fut autorisé par un arrêt du Conseil du 10 décembre 1654 à établir 44 presses dont 5 à Pont-de-l’Arche (Drouet, page 133). Or, l’arrêt du 9 aout 1656 accorda à René Péchenat, procureur de Pont-de-l’Arche, deux presses d’augmentation, outre les six portés à son traité et ce pour le dédommager des préjudices par lui subis (cf. plus bas).

Le 13 mai 1655 commença l’exploitation des liards à Pont-de-l’Arche et Acquigny jusqu’à la fin de l’année 1657. Près de 350 livres de liards furent produites chaque jour soit 28000 pièces à raison de 80 par livre de métal[12].

           Mais bien trop de pièces furent frappées… De nombreuses plaintes s’ensuivirent. Les producteurs locaux (les sieurs Ravillard Case, Péchenat de la Salle, Béthencourt) furent assignés à comparaitre le 2 mars 1656 par un arrêt du Parlement de Rouen (Drouet, page 137).

            Les producteurs fabriquaient bien trop de liards par marc de cuivre : 69 voire 76 au lieu de 60. Ce procédé leur permettait de spéculer sur la valeur des liards lorsqu’ils échangeaient (dans les bureaux de change locaux) cette monnaie contre de l’argent ou de l’or. Ils cédaient leurs liards à prix avantageux sachant que celui-ci ne valait pas sa valeur nominale et sachant aussi qu’une concurrence faisait rage entre les producteurs qui avaient donc tendance à baisser leurs prix.

           Quelques extraits du jugement sont particulièrement éloquents (Drouet, page 138) :

On espérait que cette fabrication des liards ne donnerait qu’une somme modique ; mais cette monnaie de liards, que l’on proposait pour la commodité du peuple, s’est trouvée amenée à sa ruine par la quantité qui s’en retrouvée distribuée et répandue depuis dix-huit mois dans toutes les villes, bourgs et maréchaussées de cette province…Au seul bureau de Pont-de-l’Arche, on y a travaillé jour et nuit, même pendant les fêtes, à six presses, contre l’ordonnance expresse de la Déclaration.

            Cependant, le Parlement, qui avait fait interdire la fabrique de liards à Pont-de-l’Arche, fut dénigré par le roi en personne. Celui-ci rétablit la fabrique dans son droit par un arrêt du 24 mai 1656. M. Blandin obtint même un dédommagement suite aux émeutes qui nuisirent à ses intérêts et suite à la suspension ponctuelle de la production. Le roi accorda au fermier général 4 mois de droits de production supplémentaires. René Péchenat, déclarant avoir commencé à travailler le 13 mars 1655, put travailler jusqu’à la fin de l’année 1657 (Drouet, page 140).

De guerre lasse, le roi interdit néanmoins toute fabrication de liards à partir du 31 aout 1657 à cause des trop nombreuses protestations.

            Le dernier incident relatifs à ces liards est consécutif à l’édit du 20 juin 1658 qui réduisit la valeur d’un liard de 3 à 2 deniers (Drouet, page 141). Ceci exacerba la souffrance et le mécontentement des gens du peuple qui avaient durement travaillé pour gagner 3 deniers et qui devaient maintenant vivre avec seulement 2 deniers. Les boulangers fermèrent leurs boutiques car ils ne voulaient plus accepter les liards, réputés ne valoir plus qu’un denier. Le Parlement ne put rétablir la situation qu’après une dizaine de jours d’émeutes (Drouet, page 142).

 

Liard-Louis-XIV-1656-B.jpg

 

Liard de France recto-verso frappé à Pont-de-l'Arche en 1656. Il est identifiable grâce à la lettre B, au I de liard qui est pointé et au point sur le T de "ET.DE.NA". Source Liards de France. 

 

Les presses de Pont-de-l’Arche et d'Acquigny fonctionnèrent donc en même temps, de mai 1655 à décembre 1657. M. Péchenat semble avoir été bien plus présent à Acquigny, où il resta quelques années après la fin de la fabrication des liards (Drouet, page 143, note 1).

M. Drouet n’a pas trouvé trace des commissaires de la Cour des monnaies à Pont-de-l’Arche et Acquigny. Ceci lui fit émettre des doutes quant à la présence de tels agents de l’État, du moins durent-ils rester bien sourds et aveugles.

Le copinage du roi couta cher au Trésor et à la police intérieure. Les quelques années de frappe de la monnaie royale à Pont-de-l’Arche ne durent guère apporter d’emploi et moins de richesses encore. Quant au mécontentement du peuple au sujet des liards, il fut important comme on peut le lire dans les cahiers de doléances de l’année 1655.

Les meules de la ville reprirent leur activité habituelle en écrasant du blé jusqu’à la chute du pont en 1856, et ce malgré au moins une tentative de reconversion : un certain Quesney, chef de la 1re division des bureaux de la préfecture de la Seine-Inférieure, réagit dans une lettre du 24 fructidor an X (11 septembre 1802) aux propos tenus dans un journal intitulé Annales de statistique ou Journal général d’économie politique[13]. Il niait qu’il existât à Pont-de-l’Arche une manufacture de draps. Il profitait de cette précision pour proposer aux autorités de favoriser l’implantation de manufactures de draps mues par la force hydraulique des moulins. Cependant, comme nous l’avons déjà noté[14], les manufactures de draps à Pont-de-l’Arche n’ont jamais pu vivre durablement à cause de la pression des industries lovériennes et elbeuviennes. La demande de M. Quesney resta lettre morte.

 

Conclusion

          Entre les brumes de la Seine et de l’histoire, nous avons esquissé quelques contours de ce qui a fait l’histoire des moulins du pont de Pont-de-l’Arche et Igoville. Cette histoire est celle de la subsistance : un moulin permettait de fournir la farine nécessaire à la consommation quotidienne de près de 1200 personnes au XIIe siècle. Les moulins utilisèrent la force hydraulique afin de nourrir la population d’une ville qui naquit au Xe siècle. Ils accompagnèrent ensuite l’accroissement démographique de la vallée.

            À n’en pas douter, les trois moulins de la ville attirèrent la population des villages alentours afin de faire moudre leur propre grain ou de trouver sous les halles de la ville la farine des producteurs locaux. Ils attirèrent aussi les communautés de moines qui recherchaient les moyens de leur autonomie financière. 

            Ces moulins, lucratifs par l’argent perçu sur le service de moulage mais aussi par les taxes, devinrent l’objet de convoitises. Les différents noms donnés à ces édifices se font l’écho des propriétaires qui spéculaient sur leur valeur. 

            Enfin, ces moulins ont intéressé des industries. De 1655 à 1657, ils ont frappé de la monnaie royale exceptionnellement accordée au secteur privé. Si l’idée naquit d’utiliser la force hydraulique des moulins au profit de l’industrie du drap, elle ne put être concrétisée car les industriels d’Elbeuf et Louviers ont fait pression sur les autorités afin de limiter la concurrence locale. La concurrence était faussée.

           Durant de nombreux siècles, ces édifices ont apporté des services à la population locale sans apporter d’autre prospérité que celle de leurs quelques propriétaires. 

En 1856, ces figures familières qui peuplent les anciennes gravures de la ville ont été emportées dans les eaux de la Seine, avec le pont ancestral. Presque oubliés, ils n’apparaissent plus que dans les écrits à caractère historique et dans les rêveries de ceux qui aimeraient bien se balader à travers les âges… Ceux-ci peuvent toujours aller à Vernon où subsiste un de ces édifices sur les restes de l’ancien pont de la ville. Ils écouteront le murmure de l’eau et les vieilles histoires de ce grand-père de la force hydraulique. 

 

       A. Launay, avec nos remerciements à Patrick Sorel

 

 

Réparations à faire au moulin de Pont-deL’arche

 

=> Abbaye de Saint-Ouen de Rouen, [Cahier des réparations à faire dans les propriétés de l’abbaye], 1759, Archives départementales de Seine-Maritime, 1 B 5657. 

 

Autour des motelles seront remplacés quatorze pieux neuf pieds de longueur sur sept à huit pouces d’équarissage, lesquels seront armés d’un sabot de fer a quatre branches du poids de dix livres compris les cloux, et seront enfoncés jusqu’à six pouces au dessus de l’affleurement des pièces de Rives de la motelle aux quelles ils seront retenus chacun par un étrier de fer du poids de neuf livres compris les cloux, ensuite seront remplacées trois pièces de rives aux dites motelles pour servir à encastrer les Radiers lesquels auront chacun trente six pieds de longueur sur six à onze pouces à l’équarissage et seront retenües ensemble à leur extrémité par un boulon de fer à tête et clavelle, du poids de six livres.

Pour entretenir les dites motelles et retenir l’écartement  seront remplacées treize solles gravières en bois de chesne neuf de douze pieds de longueur chacune sur six à onze pouces d’équarissage, et pour contre garder les pièces de la motelle, sera remplacé quarante pieds de longueur de planches de douze pouces de large, et deux pouces d’épaisseur ; en plus à la grande motelle est à remplacer trois madriers de douze pieds de longueur chacun sur neuf pouces de large et quatre pouces d’épaisseur.

À l’angle de la digue sera aussi remplacé un pilot de neuf pieds de longueur sur sept à huit pouces d’équarissage lequel sera battu à refus et armé d’un sabot de fer de quatre branches du poids de dix livres compris les cloux comme ci devant.

 

Pieux pour le soutien du moulin

Du coté de la ville il sera remplacé un pieux d’écorre de trente deux pieds de longueur lequel sera placé en grume et aura quatre pouces de diamètre moyen, et pour soutenir ledit pieu d’écorre et le garantir du choc des glaces, il sera placé une pièce de garde en guette qui sera assemblée laquelle aura vingt un pieds de longueur sur dix pouces de gros ; Sera aussi remplacé pour soutenir ledit moulin douze autres pieux intermédiaire en grume de même longueur  et équarissage que celui ci dessous, tous seront solidement affermis et assemblés à tenons sur les Brayes ou semelles qui y seront fournis à neuf et auront cinq pieds de longueur chacune sur treize à quatorze pouces d’équarissage.

Parmi le surplus des pieux qui servent à soutenir ledit moulin, dix qui peuvent encore servir seront rafraîchis et il sera remplacé sous chacun une Braye ou semelle de cinq pieds de longueur, comme ci devant, sur treize à quatorze pouces d’équarissage.

Sera remplacé neuf masuriaux de neuf pieds de longueur chacun et de dix à onze pouces d’équarissage.

Sera posé pour la réparation de la vanne du moulin une planche de douze pieds de longueur, quatorze pouces de largeur et deux pouces d’épaisseur.

Sera remplacé au harnois d’en bas du moulin un seüil de vingt huit pieds de longueur que quatorze à quinze pouces d’équarissage.

On remplacera aussi deux Rayes pour élever ledit harnois, elles auront trente six pieds de longueur chacune et six à dix pouces d’équarissage.

Sera pareillement remplacé à neuf deux glisseurs pour porter les extrémités de l’arbre tournant, ils auront cinq pieds de longueur chacun sur douze à quinze pouces d’équarissage et seront posés sur les quatre selettes qui auront cinq pieds de longueur chacune, huit à neuf pouces de gros et qui seront aussi remplacés à neuf.

Sera remplacé, six arbalestriers de vingt pieds de longueur chacun sur onze à douze pouces d’équarissage pour porter le grand arbre tournant.

La grande roüe du moulin est à reconstruire à neuf, les bois en sont entièrement consumés ; pour ce on fournira un arbre tournant de vingt quatre pieds de longueur sur vingt cinq pouces en quarré, de droit fil et équari à vive arrette, six courbes avec leurs doublures pour le grand Roüet chacune de huit pieds de longueur sur quatorze pouces de largeur et neuf pouces d’épaisseur avec la doublure.

Cinquante quatre chevilles ou dents de Roüet, chacune de dix huit pouces de longueur et cinq à six pouces de gros.

Trois grands bras chacun de six sept pieds de longueur neuf pouces de largeur et quatre pouces et demy d’épaisseur, neuf autres bras pour porter les cintres aussi de dix sept pieds de longueur chacun sur quatre à cinq pouces d’équarissage.

Dix huit pièces de petits cintres chacun de dix sept pieds de longueur sur quatre à cinq pieds de gros.

Quarante huit esseliers ou lieus dont douze pour le grand cintre de deux pieds de longueur chacun et de six à quatre pouces d’équarissage et trente six pour le petit cintre de dix huit pouces de longueur chacun et quatre à cinq pouces d’équarissage. Dix huit aubes de seize pieds de longueur chacune sur un pieds de largeur et neuf lignes d’épaisseur plus six joües pour attacher les petits cintres de cinq pieds de longueur chacune sur quatre pouces de largeur et un pouce d’épaisseur ?

Tous ces bois seront bien choisis et bien servis, chacun de l’espée destinée à son usage, bien et solidement chevillé et assemblés suivant l’art, les cintres seront retenus et liés avec les grands bras, avec six boulons de quinze pour pouces de longueur chacun et un pouce d’épaisseur ; seront placés aux extrémités de l’arbre tournant trente six allumelles de fer de dix huit pouces de longueur, deux pouces de largeur et neuf ligues d’épaisseur. L’un des liens des extrémités de fer de l’arbre tournant sera remis en œuvre, l’autre sera fourny à neuf et aussy sept pieds quatre pouces de circonférence, trois pouces de largeur et neuf ligues d’épaisseur.

L’arbre montant de la lanterne sera remplacé à neuf, il sera équari à vive arreste et aura trente six pieds de longueur sur treize à treize (sic) pouces d’équarissage.

La grande lanterne sera reconstruite à neuf, les tourteaux auront cinq pieds de diamètre et huit pouces d’épaisseur avec leurs boubleuses, ou fournises pour ladite lanterne seize fuseaux de trois pieds de demy de longueur chacun et quatre à quatre pouces d’équarissage.

Sera remplacé à la heuse une pièce de neuf pieds de tour sur trente pouces d’épaisseur. Plus deux semelles de cinq pieds de longueur chacune sur dix à douze pouces de gros. Sera encore remplacé deux moises qui seront assemblées dans l’acolade de la heuse et qui auront sçavoir neuf pieds de longueur sur vingt à dix pouces de gros et l’autre neuf pieds aussy de longueur sur huit à vingt pouces de gros. Le hérison sera remplacé à neuf et composé sçavoir de huit bras de neuf pieds de longueur chacun et sept à huit pouces de gros et trente cinq pieds de cintre intérieur pour servir de doublure de même échantillon que les premiers ; soixante et douze dents ou chevillette de quinze pouces de longueur chacune sur cinq à six pouces d’équarissage. Les boulons de l’ancien hérison seront remis en œuvre.

La petite lanterne du montage sera aussy remplacée à neuf. Les tourteaux auront deux pieds un pouce de diamètre et cinq pouces d’épaisseur. On fournira douze fuseaux de deux pieds de longueur chacun sur trois pouces de diamètre. Sera aussy fourni à neuf pour laditte lanterne une frette de fer de six pieds sept pouces de circonférence deux pouces de largeur et six ligues d’épaisseur. Le pallier pour poser la meule sera aussy remplacé à neuf, il aura quinze pieds de longueur sur huit à huit pouces de gros, ensemble un montant de cinq pieds de longueur sur sept à huit pouces d’équarissage.

Sera encore remplacé à neuf trois visses et un héron desdits visses de cinq pieds de hauteur sur six pouces en quarré et l’héron de cinq pieds de longueur sur onze à treize pouces de gros.

 

Blutoir 

On fournira pour la réparation de la bluture vingt quatre pieds quarrés de planches de hêtre d’un pouce d’épaisseur assemblées à rainures et languettes plus deux potelets de quatre pieds six pouces de longueur chacun sur quatre à quatre pouces de gros.

Cette réparation étant à la charge de l’usufruitier [fermier, locataire], elle est énoncée icy seulement pour mémoire.

La trémie sera reconstruite à neuf et composée de quatre potelets de trois pieds de longueur chacun que quatre à quatre pouces de gros et vingt neuf pieds quarrés de planches de chesne d’un pouce d’épaisseur assemblées à rainures et languettes et retenües aux potelets avec quatre équerres de fer de huit pouces de branches est article cy inséré pour mémoire.

La cuve de meules sera réparée parce qu’il sera remplacé vingt deux pieds de longueur de cintres pour le bas sur cinq pouces de hauteur et douze pouces de largeur, dix montants  de deux pieds de longueur sur quatre et trois pouces de gros, quarante cinq planchettes de deux pieds de longueur chacune en mairain sur trois pouces de largeur et six lignes d’épaisseur, assemblées, à rainures et languettes. Inséré icy pour mémoire.

Les bois d’enchevesture du moulin sont entierrement consumés, il est nécessaire d’y remplacer quatre solives, sçavoir deux de neuf pieds de longueur et deux de huit pieds, les quatre de huit à douze pouces de gros, et assemblées aux bois, en observant les parties cintrées telles qu’elles sont aujourdhuy.

Sera remplacé au plancher du 1er étage deux poutrelles de neuf pieds de longueur chacune sur huit à neuf pouces de gros, plus deux pièces d’enchevesture chacune de dix pieds de longueur sur six à sept pouces d’équarrissage, plus deux autres pièces de trois pieds chacune aussi de six à sept pouces de gros, on employera à la réparation de ces planches soixante dix pieds quarrés de madriers de trois pouces d’épaisseur, assemblés ajouts quarrés, chevillés avec cheville ébarbelées de quatre à la livre.

Sera remplacée une dalle sous les colombages de vingt sept pieds de longueur sur onze à treize pouces d’équarrissage dans laquelle les dits colombages seront assemblés à tenons et mortoises. Pour parvenir à cette réparation, on fournira les étays nécessaires.

Sera remplacé deux auvents de vingt sept pieds de longueur chacun composés ensemble de cent trente six pieds quarrés de planches de chesne et quinze lignes d’épaisseur posées en recouvrant l’une sur l’autre de trois pouces, sur dix sept de chèvre (?) de trois pieds de longueur ? Inséré icy pour mémoire.

Sera fourni aussi pour garantir le moulin de l’égout des laviers (?) une gouttière de plomb de dix huit pouces de longueur sur quinze pouces de largeur et une ligne et demie d’épaisseur posée sur un triangle et une équerre de fer de force suffisante.

Le plancher du rès de chaussée sera réparé, on y employera vingt quatre pieds quarrés de planches de chesne sur deux pouces d’épaisseur. Inséré icy pour mémoire.

 

Cabinet au rès de chaussée, costé du château

Le cabinet sera reconstruit ainsy qu’il suit. Sera remplacé trois sommiers pour le plancher d’en bas de quinze pieds de longueur sur neuf à dix pouces d’équarrissage, lesquels seront recouverts dans toute la superficie du cabinet avec madriers de trois pouces d’épaisseur, assemblés à joints quarrés et chevillés sur chaque sommier avec chevilles de fer ébarbelées de quatre à la livre en nombre suffisant.

Sera posé tout au pourtour du cabinet un cours de dalle de vingt huit pieds de longueur et de six à sept pouces de gros sur lequel seront posés les poteaux de colombage lesquels auront huit pieds de longueur espacés à six pouces d’entrevaux et quatre à cinq pouces d’équarrissage et seront assemblés à tenons et à mortoises sur le cours de dalle et un cours de sablières qui sera à cet effet posés sur lesdits colombages et qui aura cinq à six pouces de gros.

Pour former le plancher supérieur sera posé deux sous glaces (?) de quinze pieds de longueur chacune sur trois à quatre pouces de gros attachées avec chevilles de fer aux pans de colombage sur lesquelles seront posés treize petits soliveaux de six pieds de longueur sur quatre à quatre pouces de gros, qui seront recouverts de planches de sapin d’un pouce d’épaisseur, cloüées sur les soliveaux avec bons cloux et assemblés à rainures et languettes.

Sera fourni pour la couverture dudit cabinet quinze chevrons de dix pieds de longueur sur trois à quatre pouces d’équarrissage. La couverture sera faite ensuite comme celle du moulin.

 

Des colombages

Les entrevaux tout au pourtour du cabinet seront remplis en plattre et gravelles et enduit de chaque côté à bois apparent. Dans l’intérieur du moulin il sera divers réparations aux entrevaux des colombages en plattre et gravelle montant ensemble à six toises superficielles. Inséré pour mémoire.

La couverture du moulin sera refaite à neuf en essaute, il y sera remplacé cinquante quatre pieds de longueur de chevrons, toute la latte, chaulatte, contrelatte et faitières seront fournis à neuf. Inséré pour mémoire.

Sera refait à neuf cinq croisées en bois de chesne et à un seul venteau, chacune de deux pieds et demi de largeur sur quatre pieds de hauteur, garnies de leurs ferrures et vitrage. Inséré pour mémoire.

 

 

Orientations documentaires

- Abbaye de Saint-Ouen de Rouen, [Cahier des réparations à faire dans les propriétés de l’abbaye], 1759, "Réparations à faire au moulin de Pont-deL’arche [sic]", Archives départementales de Seine-Maritime, 1 B 5657 et 14H919, article 19, pages 64-66 ;

- Charpillon Louis-Étienne, Caresme, Anatole, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys : Delcroix, 1868, 960 pages ;

- Drouet " Liards de France frappés à Pont-de-l’Arche et Acquigny (Eure) avec le différent de Rouen en 1655, 1656 et 1657 ", in Procès-verbaux de la Commission des antiquités de la Seine-Inférieure pendant l’année 1903, séance du 18 décembre 1903, pages 121-169 ;

- Dubois Henri (dir.), Un censier normand du XIIIe siècle : le livre des jurés de l’abbaye de Saint-Ouen de Rouen, Paris : C.N.R.S., 2001, 478 pages ;

- Fauroux Marie, "Recueil des actes des ducs de Normandie (911–1066)", in Mémoires de la société des antiquaires de Normandie, tome XXXVI, Caen : Société des antiquaires de Normandie, 1961, 560 pages ;

- Petit-Decroix Yvette, Binay Jean-Pierre, Masson Patrick…, Les moulins à eau du pays de Louviers, Louviers : Société d’études diverses de Louviers et sa région, 2005., 96 pages ;

- Roullé Sophie, "Les activités économiques et l’abbaye de Bonport au XIIIe siècle", p. 25-32, in Connaissances de l’Eure n° 104, Évreux, Société libre de l’Eure, avril 1997, 42 pages ; 

Sorel Patrick, "Les moulins de la Seine normande de Vernon à La Manche, Eure et Seine-Maritime, moulins ruraux et isolés, moulins à roue pendante et moulins bateaux", in Les moulins, n° 24, Paris, Fédération française des Associations de sauvegarde des moulins, 2010, 151 pages ; 

- Viollet Pierre-Louis, Histoire de l’énergie hydraulique : moulins, pompes, roues et turbines de l’Antiquité au XXe siècle, Paris : Presse de l’école nationale des Ponts et chaussées, impr. 2005, 232 pages.

       

 

 

[2] Viollet Pierre-Louis, Histoire de l’énergie hydraulique : moulins, pompes, roues et turbines de l’Antiquité au XXe siècle, page 48.

[3] Teloneum, toloneum (latin tardif) : bureau du percepteur d’impôts, le tonlieux.

[4] Fauroux Marie, Pontem Archas, et ecclesiam, et theloneum, cum molendinis tribus et piscariis omnium sub ipso Pont molendinorum et duas acres prati, et molendinium unum ad ecclesiam pertinentem…, page 139.

[5] Cf. annexe I, qui reprend l’intégralité de la partie concernant Pont-de-l’Arche.

[6] Elles ont grandi au fil des siècles tant et si bien que lors des draguages du lit de la Seine, après la chute du pont de 1856, on dût se débarrasser de ces terres en les jetant sur la rive en face de Pont-de-l’Arche : c’est ce qui explique pourquoi on voit apparaitre, entre les dernières gravures et les premières photographies, une large bande de terre sur laquelle se trouve, aujourd’hui le terrain de camping...

[7] DUBOIS Henri (dir.), Un censier normand du XIIIe siècle, page 150.

[8] DUBOIS Henri (dir.), Un censier normand du XIIIe siècle, page 152.

[9] DUBOIS Henri (dir.), Un censier normand du XIIIe siècle…, page 150.

[10] Petit-Decroix Yvette  (page 91) : "En 1838, plainte auprès du préfet de l’Eure des trois propriétaires des moulins à blé : Fréret, Fouchet et Lequeux, car les " entrepreneurs de bateaux à vapeur, de Rouen à Paris et vice-versa, ont conçu le projet, dans le seul intérêt de leur entreprise, de faire creuser une partie du lit de la rivière à l’amont de l’Arche Lacroix, la plus rapprochée de celle où sont placés leurs moulins, dans le but de procurer à leurs bateaux, lors des basses eaux, une profondeur convenable pour passer par cette arche et éviter ainsi de passer par l’écluse..." Les travaux étaient censés être dangereux pour le pont. La passe fut creusée. 1856, chute du pont justement à l’arche de la Croix.  

[11] Roullé Sophie, "Les activités économiques et l’abbaye de Bonport au XIIIe siècle", p. 28.

[12] M. Drouet : Nous tenons de la bouche d’un vieillard, qui avait travaillé à la reconstruction du pont de Pont-de-l’Arche, que, lors des dragages opérés pour déblayer le chenal obstrué par les fondations du vieux pont, des quantités de pièces de monnaie furent extraites parmi les déblais fournis par cette opération ; toutes les terres en provenant furent employées à l’établissements des talus qui bordent aujourd’hui les berges du fleuve du côté de la ville. Ces nombreuses pièces tombées montrent la vétusté des planchers des moulins mais aussi le peu d’importance bientôt attribuée à ces liards.  

[13] N° 4 d’aout 1803, p. 183. La réaction de M. Quesney fut vraisemblablement publiée dans le n° 5 de septembre, pages 55-57.

[14] Launay Armand, "Les manufactures de drap de Pont-de-l’Arche (XVIIe-XVIIIe siècle)", pages 21-24, in La Fouine magazine n° 10, décembre 2005.  Aussi sur le Net.

 

Armand Launay

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...