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11 octobre 2020 7 11 /10 /octobre /2020 16:10
Vue sur le moulin de Beauregard (cliché de Frédéric Ménissier, septembre 2020).

Vue sur le moulin de Beauregard (cliché de Frédéric Ménissier, septembre 2020).

 

Esseulé dans la morne plaine entre La Haye-Malherbe et Crasville, l’ancien moulin de Beauregard fait partie du paysage quotidien, semble-t-il souvent gris. Mais lorsqu’on a la bonne idée de s’en approcher, le relief se fait autour de lui et l’on prend plaisir à le découvrir ainsi que son environnement…  

Pour nous mettre en appétit, nous avons consulté les photographies ensoleillées de notre ami non moins lumineux Frédéric Ménissier. Ses images sont celles de l’été septembral où le moulin apparait entre le bleu du ciel, les ors des champs et les vertes lisières des chemins. Le ruban goudronné, montant vers Crasville, attire le regard vers la tour gris-clair et blanc du moulin, entourée de son bouquet d’arbres. On croirait voir une tour défensive. 

 

Autres vues sur le moulin de Beauregard (clichés de Frédéric Ménissier, septembre 2020).Autres vues sur le moulin de Beauregard (clichés de Frédéric Ménissier, septembre 2020).

Autres vues sur le moulin de Beauregard (clichés de Frédéric Ménissier, septembre 2020).

 

L’autre document est le court-métrage d’Éric Levigneron pris depuis un drone. Dans la lumière du matin, à la belle saison, les images de ce professionnel passionné nous emmènent tout autour de la silhouette de la tour moulinière et exposent la variété des matériaux utilisés. 

 

 

Un bel édifice médiéval

Bâti sur une petite motte, il s’agit d’un moulin à tour cylindrique. Cette tour est, plus précisément, télescopique, c’est-à-dire que le diamètre des niveaux se réduisent à mesure qu’on s’éloigne du sol. Le corps principal de l’ancien moulin est composé de trois niveaux du plus large au plus resserré, donc. Deux larmiers séparent les niveaux. Le rez-de-sol est évasé et ouvert par deux portes dans un axe sud-est nord-ouest. Celles-ci sont couronnées par deux arcs. Le plus ample est vouté en tiers point, à la mode gothique. Le plus petit, au-dessus de la porte, est surbaissé. Y eut-il deux portes en bois protégeant chacune des entrées de ce lieu si important dans l’alimentation de nos ancêtres ? C’est peut-être cette protection contre le vol qui expliquerait l’aspect défensif, et donc militaire, du moulin. 

Les deux premiers niveaux sont composés d’une élégante alternance de lits de pierre de taille calcaire et de petits moellons carrés de silex clair de pays. 

Le troisième niveau est bâti avec les mêmes matériaux mais leur alternance se fait à la manière d’un damier ou presque car une ligne de pierre de taille interrompt l’harmonie. 

La tour est couronnée par un garde-corps en brique. Celui-ci fut réalisé après 1868, date à laquelle le moulin fonctionnait toujours selon MM. Charpillon et Caresme, et 1900 où les cartes postales illustrées apparaissent dans les archives. Entre temps, la toiture et les pales, sûrement déjà érodées, ont été démolies. Quant au garde-corps, un propriétaire aura pensé à la sécurité des visiteurs, aimant à admirer ici le paysage alentour, et aux chevaliers désobéissants libérant une princesse imaginaire entre deux parties de billes ou de soin des animaux. 

En décalage par rapport aux niveaux visibles depuis l’extérieur, des trous de solives trahissent les anciens planchers intérieurs. Quelques meurtrières percent les murs, sûrement pour aérer le grain, et offrent un caractère très médiéval à l’édifice entier. 

 

Voici un cliché du moulin de Beauregard datant vraisemblablement du 11 octobre 1950 (on lit cette date, à l’envers, en haut à droite du document). On le retrouve dans la Plateforme ouverte du patrimoine (POP), proposée par le Ministère de la culture (sous la notice APMH00115036). L’original est conservé à la Médiathèque de l'architecture et du patrimoine. Il est signé de Gabriel Bretocq (1873-1961), membre de la Société française d'archéologie, historien, curé de Ménesqueville et de Rosay-sur-Lieure dans l'Eure. Il fut nommé chanoine honoraire de la cathédrale d'Évreux en 1955 et était membre de l’Association des monuments et sites de l’Eure. Il réalisa aussi des reportages photographiques au Liban, en Syrie, en Palestine et en Égypte.

Voici un cliché du moulin de Beauregard datant vraisemblablement du 11 octobre 1950 (on lit cette date, à l’envers, en haut à droite du document). On le retrouve dans la Plateforme ouverte du patrimoine (POP), proposée par le Ministère de la culture (sous la notice APMH00115036). L’original est conservé à la Médiathèque de l'architecture et du patrimoine. Il est signé de Gabriel Bretocq (1873-1961), membre de la Société française d'archéologie, historien, curé de Ménesqueville et de Rosay-sur-Lieure dans l'Eure. Il fut nommé chanoine honoraire de la cathédrale d'Évreux en 1955 et était membre de l’Association des monuments et sites de l’Eure. Il réalisa aussi des reportages photographiques au Liban, en Syrie, en Palestine et en Égypte.

 

Un édifice du XVe siècle ?

Très proche géographiquement et architecturalement du moulin de la Couture, à Tostes, nous avançons volontiers que la moitié du XVe siècle est la date probable de construction de cet édifice. 

C’est dans ce sens qu’est aussi allé l’expert de la conservation régionale des Monuments historiques, auteur d’une notice (IA00019331) disponible en ligne par la Plateforme ouverte du patrimoine (POP). La notice rappelle que cette propriété privée n’est protégée ni par un classement ni par une inscription sur l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques. Elle est simplement réputée “à signaler”. La notice nous informe que le moulin est référencé sous les parcelles cadastrales “1964 ZA 86” et “87”. Il aurait été cité dès 1246 mais aurait été rasé dans le même siècle. Le moulin actuel daterait, quant à lui, du XVe siècle mais avec un point d’interrogation.

 

Cartes postales illustrées des années 1910 (Archives départementales de l'Eure). Cartes postales illustrées des années 1910 (Archives départementales de l'Eure).

Cartes postales illustrées des années 1910 (Archives départementales de l'Eure).

 

Le moulin de Beauregard ou de Heurtevent ?

L’ancien moulin est appelé “moulin de La Haye-Malherbe” ou “moulin de Beauregard”, du nom du lieu-dit. Il est vrai que la vue est belle depuis cet endroit : l’on y mire les hauteurs de la vallée de Seine notamment au-dessus de Rouen. Il est souvent difficile de déterminer si un nom de lieu (toponyme) a permis de nommer un homme (patronyme, pas homonyme;), ou si c’est l’inverse. Mais il semble qu’ici le Beauregard désigne bel et bien la vue notable et non un ancien notable en vue.  

La carte toponymique de l’Institut géographique national (IGN) nous informe, par l’accès au site Géoportail, que Beauregard culmine à 160 mètres. Cette altitude doit s’apprécier en la comparant à son environnement : le plateau du Neubourg s’élève généralement entre 140 et 160 mètres. Il s’agit donc d’un point culminant du plateau et, surtout, d’une hauteur qui se détache de l’éperon de Montaure et Tostes, entre 140 à 125 mètres d’altitude ; éperon qui termine vers le nord-est le plateau neubourgeois. Le moulin devait se trouver, au Moyen Âge, dans un couloir d’air venu d’ouest renforcé par une culture à champs ouverts et non enclose de haies abondantes comme, assurément, à La Haye-Malherbe. L’élévation au-dessus de La Haye-Malherbe doit sûrement offrir une belle exposition aux vents du nord. Cette lecture des vents peut être complétée par le rappel de l’existence de la “ferme de Heurtevent”. Ce nom est clair, ce qui est assez rare en toponymie : ce lieu était connu pour son exposition au vent. Nous émettons cependant l’hypothèse selon laquelle la ferme a pris l’ancien nom du moulin de Beauregard. Peut-être fut-il connu, un temps, sous le nom de moulin de Heurtevent ?  

 

Carte topographique de l'Institut géographique national (capture d'écran de Géoportail le 11 octobre 2020) qui sert d'appui aux commentaires ci-dessous.

Carte topographique de l'Institut géographique national (capture d'écran de Géoportail le 11 octobre 2020) qui sert d'appui aux commentaires ci-dessous.

 

Au carrefour de quatre, voire cinq, paroisses ? 

Un peu à l’est de la ferme de Heurtevent passait un chemin, depuis disparu, et qui reliait semble-t-il Surtauville à Montaure. La carte IGN actuelle montre encore des portions de ce chemin immédiatement au nord de Beauregard et son moulin, au sud de La Haye-Malherbe et à travers un espace appelé La Boulangère à l’ouest d’Écrosville (sûrement le nom donné à une terre meuble, presque pétrissable comme de la pâte à pain). Le chemin devait ensuite, mais ce n’est qu’une déduction, se prolonger vers le château de Montaure et la rue Maurice-Emmanuel, celle de l’église et des Fosses.

Le moulin de Beauregard était donc situé à un carrefour entre quatre paroisses : Crasville, Surtauville, Vraiville et La Haye-Malherbe. Mais de nombreux exploitants de Montaure-Écrosville devaient recourir aux services du moulin de Beauregard. Les limites des communes, créées en 1790, reprennent peu ou prou ces délimitations. C’est tout de même à La Haye-Malherbe qu’a été rattaché le moulin de Beauregard comme pour signifier que c’était la plus imposante des quatre communes, à défaut d’être la plus proche. 

Si l’on mesure l’accessibilité de ce moulin aux livraisons de céréales de Crasville et Surtauville, la côte le séparant de La Haye-Malherbe, Montaure et Écrosville laisse plus songeur. Il est plausible qu’une partie des céréales montauroises allassent au moulin de la Couture, propriété des moines de Bon port, à Tostes. De même, pour une partie des récoltes vraivillaises au moulin à l’ouest de cette paroisse. Idem pour Crasville avec le moulin sis à son sud, comme le montre la carte de Cassini de la fin du XVIIIe siècle. 

Enfin, il est probable que les terres de Beauregard fussent moins propices à la culture au Moyen Âge. En effet, un champ malherbois se nomme aujourd’hui “La Caprie”. On y lit ici la référence nette aux caprins, c’est-à-dire aux chèvres aimant à paitre les herbes sèches des espaces pentus.  

 

Pour conclure…

Le moulin de Beauregard est un très bel édifice médiéval du rebord du plateau du Neubourg. Datant vraisemblablement du milieu du XVe siècle, son corps principal est encore bien conservé. Il témoigne de la vitalité des campagnes d’alors, animées de cultivateurs et leurs familles vivant de la production locale. Le moulin est situé dans un espace central entre quatre, voire cinq paroisses : Crasville, Surtauville, Vraiville, La Haye-Malherbe et Montaure-Écrosville. Il s’en est fallu de peu qu’il appartînt à la commune de Surtauville et qui se nommât Heurtevent. Il reste à en découvrir les noms des propriétaires qui se sont succédé afin de mieux comprendre l'intérêt de ce moulin. Ce sont des plaisirs à venir...    

 

À lire aussi…

Tostes et le moulin de la Couture

L’histoire de La Haye-Malherbe : petit survol…

L’histoire de La Haye-Malherbe selon MM. Charpillon et Caresme

L’histoire de Crasville

 

Armand Launay

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9 octobre 2020 5 09 /10 /octobre /2020 10:06
Cartes postales de La Haye-Malherbe issues des fonds des Archives départementales de l'Eure ou d'une collection privée.
Cartes postales de La Haye-Malherbe issues des fonds des Archives départementales de l'Eure ou d'une collection privée.Cartes postales de La Haye-Malherbe issues des fonds des Archives départementales de l'Eure ou d'une collection privée.
Cartes postales de La Haye-Malherbe issues des fonds des Archives départementales de l'Eure ou d'une collection privée.Cartes postales de La Haye-Malherbe issues des fonds des Archives départementales de l'Eure ou d'une collection privée.Cartes postales de La Haye-Malherbe issues des fonds des Archives départementales de l'Eure ou d'une collection privée.

Cartes postales de La Haye-Malherbe issues des fonds des Archives départementales de l'Eure ou d'une collection privée.

 

Nom champêtre s’il en est, La Haye-Malherbe évoque la végétation et les haies qui caractérisent la Normandie. Pourtant le terme de haie fait déjà controverse : certains y voient un bois, une lisière de forêt, une haie fortifiée (plessée)... Il semble que la haie ait désigné une belle propriété entourée d’arbres à la manière des clos-masures du pays de Caux. Cette propriété fut possédée par une famille Malherbe dont on retrouve le nom de Ranulf Malherbe dans une charte de 1206. 

C’est de cette période qu’émerge la paroisse Saint-Nicolas et son église dont il ne reste rien. L’église actuelle présente d’impressionnants contreforts et des baies du XVIe siècle. L’édifice fait l’objet d’une rénovation légère appelant aux dons sur le site de la Fondation du patrimoine

La Haye-Malherbe est aussi une commune qui regroupe Le Camp des ventes, dans un vallon descendant vers Saint-Pierre-lès-Elbeuf, une partie de La Vallée et des hameaux depuis regroupés dans le centre-bourg : Le Mont-Honnier, Le Carbonnier, Les Hoguettes. Car La Haye-Malherbe constitue une sorte de point central : la place derrière l’église rappelle l’existence d’un marché local et ancestral qui perdure. Les commerces rouvrent autour de la place. L’INSEE, dans le cadre de ses enquêtes statistiques, traite même d’”unité urbaine” autour de La Haye-Malherbe regroupant Terres de Bord et Vraiville. Il est vrai qu’un petit pôle d’activité vit ici qui ne demande qu’à être soutenu et sollicité. 

La Haye-Malherbe rompt la monotonie des champs ouverts du plateau du Neubourg. La Haye ici prend tout son sens : quelques haies perdurent, des vallons boisés y démarrent leur course vers Montaure ou les hauts d’Elbeuf. D’ailleurs le relief malherbois est aussi plissé par endroits par l’exploitation passée d’un bon filon d’argile. Depuis au moins le XVe siècle et jusqu’à la Seconde guerre mondiale, des tuiliers et potiers extrayaient et exploitaient l’argile. Ils étaient 31 professionnels en 1868. 

Le patrimoine malherbois, que l’on parcourt volontiers par ses chemins de randonnée, est composé d’un four à pain et d’une magnifique maison médiévale, anciennement couverte de chaume, dans la route de Louviers. N’oublions pas le très élégant Château d’Argeronne, bâti entre 1650 et 1655 par Louis Berryer, membre de la noblesse normande et qui occupa des fonctions d'État. Ce château se loue ‒ et se visite parfois ‒ dans son écrin forestier. La Haye-Malherbe, c’est aussi la figure tutélaire du moulin de Beauregard qui occupe l’un des points culminants de la commune, point depuis lequel on voit les hauts de Rouen d’ailleurs. Il reste de ce moulin la tour télescopique sur lits de pierre de taille calcaire et de silex blanc. Il date au moins du XVe siècle.      

 

Le moulin de Beauregard, sur les hauteurs, est un des patrimoines bâtis les plus notables de La Haye-Malherbe (clichés de Frédéric Ménissier, septembre 2020).
Le moulin de Beauregard, sur les hauteurs, est un des patrimoines bâtis les plus notables de La Haye-Malherbe (clichés de Frédéric Ménissier, septembre 2020).

Le moulin de Beauregard, sur les hauteurs, est un des patrimoines bâtis les plus notables de La Haye-Malherbe (clichés de Frédéric Ménissier, septembre 2020).

Armand Launay

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8 avril 2020 3 08 /04 /avril /2020 17:07
Collection de cartes postales de La Haye-Malherbe
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16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 14:05

Rechercher les origines de Montaure revient à analyser aussi le territoire de Tostes car cette paroisse fut créée en 1687 à partir de terres montauroises. Cette autonomie fut maintenue à la Révolution française où Tostes fut constituée en commune.

Le Montaure des origines est une clairière dans l’arc-de-cercle formé par la forêt de Bord depuis Elbeuf à Louviers en passant par Pont-de-l’Arche.

Des traces d’habitat épars ont été retrouvées, comme les vestiges gallo-romains des Quatre-bancs, en forêt de Bord, qui présentent des bases de murs et un puits. On ne retrouve cependant pas d’agglomération.

Vestiges gallo-romains des Quatre-bancs, dans la forêt de Bord (carte d'état major IGN).

Vestiges gallo-romains des Quatre-bancs, dans la forêt de Bord (carte d'état major IGN).

La Carte archéologique de la Gaule (CAG) fait état d’une enceinte quadrilatérale (page 222) dans la commune de Montaure. Elle pourrait bien n’être qu’un enclos d’élevage de la forêt de Bord à l’instar des autres enclos retrouvés au moins à quatre endroits de ce massif forestier. C'est la thèse publiée par Henri Guibert en 1903. Nous les avons localisés à partir de la carte d’état major de l’Institut géographique national (IGN) au 1/25 000e. Un enclos dit « vestige d’enceinte antique » est situé près de la route forestière de Montaure (commune de Louviers). D’autres « vestiges d’enceinte » sont localisés entre le chemin du Coq et la Vallée de la croix, près du bassin des Carènes.

Des vestiges d'enceinte, ici à Louviers, ponctuent la forêt de Bord. Il s'agirait en fait d'enclos pour bétail (carte d'état major IGN).

Des vestiges d'enceinte, ici à Louviers, ponctuent la forêt de Bord. Il s'agirait en fait d'enclos pour bétail (carte d'état major IGN).

La CAG mentionne aussi le passage par Montaure et Tostes d’une voie romaine reliant Le Vieil-Evreux à Pont-de-l’Arche. Elle n’appuie toutefois pas cette thèse sur une découverte archéologique ou une étude consolidée. Le doute quant à l’existence de cette voie romaine officielle est permis puisque Pont-de-l’Arche n’est apparu qu’au IXe siècle avec la création de son pont entre 862 et 873. La voie romaine Evreux-Rouen passait par Caudebec-lès-Elbeuf. Plus vraisemblablement, il devait exister des chemins ruraux serpentant jusqu’à la vallée de la Seine mais ils n’ont pas été mis au jour scientifiquement.

Jusqu’alors, il n’y a quasiment pas eu de matériel archéologique retrouvé à Montaure. Difficile, en l’état, de dire si ce rebord du plateau du Neubourg était défriché avant le Moyen Âge. Françoise Guilluy cite (pages 68 et 71) Joseph Drouet. A l’occasion de fouilles à Caudebec-lès-Elbeuf, cet homme avança en 1883 que certains objets en céramique retrouvés proviendraient de Montaure ou de La Haye-Malherbe. Preuve pour lui que ces localités existaient et exploitaient la terre, un coffret en fer rempli de bijoux en or et de pierres gravées fut retrouvé en 1848 avec des monnaies datées du haut-empire (Antonin le Pieux, Faustine, Domitien, Gordien, Philippe 1er). La découverte est située au Teurtre. D’autres objets furent trouvés aux « Friches Mongras » (au sud d'Ecrosville). Jusqu’à plus ample informé, ceci indiquerait que, du temps de la Gaule romaine, l’exploitation de l’espace par l’Homme s’arrêtait à La Haye-Malherbe, sauf enclaves de-ci de-là.

Avec les Friches-Montgras, Le Teurtre est un endroit où ont été retrouvés quelques vestiges archéologiques, à la limite sud du Montaure (carte d'état major IGN).

Avec les Friches-Montgras, Le Teurtre est un endroit où ont été retrouvés quelques vestiges archéologiques, à la limite sud du Montaure (carte d'état major IGN).

Moyen Âge, un toponyme : Montaure

L’espace montaurois était assurément exploité et défriché avant la colonisation scandinave comme en témoigne le toponyme roman de Montaure.

Selon Louis-Etienne Charpillon, Montaure est formé de Mont et « or » écrit sous la forme latine « mons aureus ». Les Regestrum visitationum d’Eudes Rigaut désignent par deux fois la paroisse de « Montoire » (1255 et 1258). On retrouve cette forme en 1506. Aux XVIIe et XIXe siècles, c’est la forme « Montore » qui est utilisée. Plusieurs théories sont avancées sans toutefois épuiser la question.

« Aureus » dérive du latin or, « qui brille », et par extension ce qui est « magnifique, splendide »… Louis-Etienne Charpillon a écrit que c’était une référence aux champs fertiles. Cependant, cela peut aussi être une référence à l’argile car Montaure a été bâti sur un important filon de cette terre. L’argile est blanchâtre. Dans le vocabulaire désignant les couleurs, l’argile est un gris neutre très pâle tirant sur le blanc. L’étymologie est aussi intéressante : du latin « argilla » : terre luisante, que l’on peut rapprocher de « arguo » signifiant « clarifier la situation ». Ce mot appartient à la même famille que « argentum », argent.

D’après l’abbé Bleunven, ancien de curé de Montaure, ce nom proviendrait du celte « or » signifiant froid (Françoise Guilluy).

Selon Auguste Le Prévost (page 413), Montaure proviendrait du latin « mons », montagne, et « aura », cours d’eau. Cependant, « aura » signifie « vent » en latin ; un vent dont la présence est attestée par les moulins à La Haye-Malherbe (moulin de Beauregard) et de Tostes (moulin de la Couture).

Enfin et plus simplement, en ancien et moyen français, une montoire désigne une montée, une colline, une montagne. Il existe le célèbre Montoire-sur-le-Loir, près de Vendôme, et un hameau Montaure en Haute-Loire.

A priori, appeler « colline » ou « montée » un hameau situé sur le plateau du Neubourg peut paraitre bien surprenant. Cependant, la topographie fait nettement apparaitre la naissance d’une dépression à La Haye-Malherbe qui se prolonge par la ravine de la Glacière, au-dessus de laquelle a été bâtie l’église Notre-Dame, et qui se creuse ensuite en vallon jusqu’à la vallée de l’Eure, à Louviers. Nous tenons-là le passage d’un cours d’eau asséché. En venant d’Ecrosville et de La Haye-Malherbe, cette dépression met en valeur l’église et le centre-bourg de Montaure qui peuvent apparaitre, aux yeux du promeneur, comme perchés sur une colline. Mais pourquoi installer un hameau en ce lieu ? Au-delà de la ravine qui a pu constituer un rempart naturel à des fortifications militaires, c’est peut-être une nappe phréatique aisément exploitable qui a attiré ici quelques familles. Cette nappe est identifiable de nos jours grâce aux deux puits centraux de Montaure et à la fontaine Saint-Eustache située dans la crypte de Notre-Dame. Cette dernière, comme nous l’écrivons dans un article consacré à l’église montauroise, a peut-être investi un lieu de culte païen dédié à une divinité de l’eau. Quoi qu’il en soit, la présence d’habitations groupées en ce lieu rend identifiable une « colline », une « montée », une Montoire par rapport à d’autres reliefs de la proche région.

Vu d'Ecrosville, Montaure apparait perché au-dessus de la ravine de la Glacière. Ce relief expliquerait l'étymologie de Montaure, "Montoire" qui signifiait la colline, la montée, en Ancien français (cliché Armand Launay, juillet 2013).

Vu d'Ecrosville, Montaure apparait perché au-dessus de la ravine de la Glacière. Ce relief expliquerait l'étymologie de Montaure, "Montoire" qui signifiait la colline, la montée, en Ancien français (cliché Armand Launay, juillet 2013).

Mais c’est peut-être les noms de Blacquetuit et Écrosville qui nous fournissent des éléments de réflexion plus précis sur le peuplement de Montaure.

Le toponyme Blacquetuit est composé de deux éléments norrois : « Blákka » qui est peut-être un surnom dérivé de « bleu », voire « noir » et « thveitr » qui désigne un essart : l’ « essart de Blakka ».

Quant à Écrosville, ce toponyme est peu renseigné. On le retrouve cependant dans le nom de la commune Saint-Aubin-d'Écrosville, plus proche du Neubourg. La fiche Wikipédia de la commune, citant les travaux de François de Beaurepaire, expose que le nom de cette paroisse était "Sanctus Albinus de Crocvilla" au XIIe siècle. Certains amateurs de toponymie scandinave, la Société historique Hag'dik, proposent de voir ici le nom d'un homme : Krókr. En effet, la forme du nom est connue dans la région où on retrouve beaucoup de suffixes en ville avec un nom scandinave ou, plus généralement, germanique : Igoville vient de Wigautvilla, Sotteville de Sotivilla, c'est-à-dire le "domaine de Wigaut", le "domaine de Soti". Écrosville serait ainsi le "domaine de Krókr" et il est possible que ce personnage ait été possessionné dans deux endroits à Montaure et Saint-Aubin, donc. Ce toponyme est curieusement proche de celui de Crasville, commune à laquelle nous avons consacré un petit article

Cela semble prouver qu’il y eut une colonisation scandinave synonyme d’une nouvelle vague de défrichements. Il n'y a qu'à relier les toponymes scandinaves de la proche région du plateau du Neubourg : Le Thuit-Signol et Le Thuit-Simer... Blacquetuit est un nom scandinave donné à une grande ferme montauroise mais n’a pas désigné le bourg en lui-même. C’est peut-être l’indicatif d’une population suffisamment nombreuse autour de Notre-Dame pour conserver le toponyme roman de Montaure. Quant à Écrosville, c'est un toponyme roman mais qui montre que la plus grande propriété a été attribué à un personnage scandinave. C'est assurément une propriété qui existait déjà comme toutes les villae du plateau : Crasville, Canappeville, Surtauville, Iville...

Ensuite, les textes font état de grandes propriétés seigneuriales de Montaure au XIe siècle. Les écrins de verdure situés au centre de Montaure témoignent toujours de ces grands domaines qui étaient dans la mouvance directe du pouvoir ducal normand. Ceci confirme, avec la majestueuse construction de l'église Notre-Dame au XIe siècle, que Montaure était la principale paroisse de la proche région. 

 

Sources

- Amsellem Emmanuelle, « Les Stigand : des Normands à Constantinople », Revue des études byzantines, tome 57, 1999, pages 283 à 288 ;

- Bonnin Thierry, Regestrum visitationum archiepiscopi rothomagensis : journal des visites pastorales d'Eude Rigaud, archevêque de Rouen, Rouen, Le Brument, 1852, 876 pages ;

- Charpillon Louis-Etienne, Caresme Anatole, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys, Delcroix, 1868, 960 pages, tome II, voir les pages 541 à 543 ;

- Cliquet Dominique, Carte archéologique de la Gaule : l’Eure 27, Paris, ministère de la culture, 1993, 285 pages ;

- Delisle Léopold, Passy Louis, Mémoires et notes de M. Auguste Le Prévost pour servir à l’histoire du département de l’Eure, tome II, Évreux, Auguste Hérissey, 1864 ;

- Guibert Henri, "Note au sujet de retranchements aux environs de Louviers", Bulletin de la Société d'études diverses de Louviers, tome VIII, 1903, 120 pages, pages 57 à 62 ;   

- Guilluy Françoise, Tuiliers et potiers de l’Eure : La Haye-Malherbe et Montaure, Association pour la sauvegarde du patrimoine malherbois, 1995, 192 pages ;

- Ministère de la culture, Base Mérimée, www.culture.gouv.fr.

 

A lire aussi... 

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Armand Launay

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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 15:08
La gare de Montaure était en fait située à La Haye-Malherbe...

La gare de Montaure était en fait située à La Haye-Malherbe...

Le bâtiment qui accueillit la gare de La Haye-Malherbe-Montaure est situé sur la commune de La Haye-Malherbe. Cette gare était une station de la voie Rouen-Orléans (construite de 1872 à 1883) et, plus précisément, du tronçon Caudebec-lès-Elbeuf / Louviers qui fut ouvert le 15 aout 1875. Lors de l’inauguration, les billets portaient le nom de « gare de Montaure » ce qui émut les Malherbois.

Cette voie servit à transporter notamment les céréales de la Beauce d’Orléans à Rouen, le premier port céréalier de France. Elle servit aussi beaucoup aux nombreux journaliers des campagnes qui travaillaient dans les usines textiles d’Elbeuf et de Louviers.

Autre activité, non négligeable, la gare qui nous intéresse servit à transporter une partie de la production de poteries et tuiles. Françoise Guilluy reprend (page 122) une délibération du Conseil municipal de La Haye-Malherbe : datée de 1865, elle demande des arrêts plus fréquents à gare car l’industrie locale produit 6 000 tonnes de tuiles, pavés et poteries par an. Elles sont exportées dans les 30 km. 

Cette voie fut fermée aux voyageurs le 1er mars 1940 (hormis le tronçon Chartres-Orléans). En 1945, la gare vit passer un impressionnant fret destiné au ravitaillement des armées alliées. Chaque jour sont passés plus de 15 trains constitués de plus de 35 wagons tirés par une locomotive à l’avant et poussés par une seconde locomotive à l’arrière. Puis, après quelques mois, cette voie fut fermée avec l’accord des municipalités locales (Jean Leloup, page 121). Cette fermeture marqua la montée en puissance des transports routiers qui ont rendu désuet le rail local après seulement 70 années de service.

Le parvis de la gare, aujourd'hui privatisé par une entreprise privée (cliché contemporain Armand Launay, juillet 2013).
Le parvis de la gare, aujourd'hui privatisé par une entreprise privée (cliché contemporain Armand Launay, juillet 2013).

Le parvis de la gare, aujourd'hui privatisé par une entreprise privée (cliché contemporain Armand Launay, juillet 2013).

L’ancienne ligne de chemin de fer est encore nettement visible derrière le Bois-Midi et dans Montaure avec une halte transformée en maison d’habitation à la sortie de l’agglomération vers Tostes. Elle court ensuite à travers champs avant d'entrer dans la forêt de Bord par le ravin du Rouquis. La halte située au bout de la rue du Petit-Noyer, sur la route Elbeuf-Louviers, a été rasée vers 1990.

La halte de Montaure est située à la sortie de l'agglomération vers Tostes (cliché contemporain Armand Launay, juillet 2013).
La halte de Montaure est située à la sortie de l'agglomération vers Tostes (cliché contemporain Armand Launay, juillet 2013).

La halte de Montaure est située à la sortie de l'agglomération vers Tostes (cliché contemporain Armand Launay, juillet 2013).

Sources

Guilluy Françoise, Tuiliers et potiers de l’Eure : La Haye-Malherbe et Montaure, Association pour la sauvegarde du patrimoine malherbois, 1995, 192 pages ;

Leloup Jean, La Sanglante bataille de la Seine. Témoignage. Jean Leloup, réfractaire au STO, La Chapelle-Montligeon, éditions Humuβaire, 2003, 153 pages.

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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 16:22

L’exploitation d’un filon d’argile de qualité du Deffend à Ecrosville a occupé les artisans puis entrepreneurs de La Haye-Malherbe et, dans une moindre mesure, de Montaure. C’est ce qu’a mis en relief Françoise Guilluy dans son ouvrage Tuiliers et potiers de l’Eure : La Haye-Malherbe et Montaure.

  

De la ferme du Deffend à Ecrosville, un important filon d'argile de qualité a donné aux habitants de La Haye-Malherbe et Montaure une activité artisanale et industrielle depuis au moins le XVIe siècle jusqu'à 1955 (carte d'état major IGN 1/25 000e). .

De la ferme du Deffend à Ecrosville, un important filon d'argile de qualité a donné aux habitants de La Haye-Malherbe et Montaure une activité artisanale et industrielle depuis au moins le XVIe siècle jusqu'à 1955 (carte d'état major IGN 1/25 000e). .

L’origine de l'exploitation de l'argile locale reste indéterminée. Françoise Guilluy cite (pages 68 et 71) les travaux de Joseph Drouet qui avança en 1883, que certains objets en céramique trouvés dans les fouilles de sites gallo-romains à Caudebec-lès-Elbeuf proviendraient de Montaure ou de La Haye-Malherbe. Joseph Drouet a dû être influencé dans son interprétation par le fait, qu’au XIXe siècle, les tuiles de La Haye-Malherbe étaient embarquées sur bateaux au quai aux tuiliers, à Caudebec-lès-Elbeuf. Cependant, il n’a pu fournir de preuves scientifiques sur la nature de l’argile ou sur le travail des poteries attestant l’origine malherboise.

Quelques traces apparaissent, çà-et-là, sur cette activité comme en 1253 où une charte de Bonport mentionne une vente par Robert Tuillier (tegularius) d'une rente de 5 sous à prendre par les moines de Bonport sur une terre près de la léproserie de Montaure (Jules Andrieux, page 202). La profession de tuillier fournit un nom à ce personnage. 

Il faut attendre le XVIIe siècle pour lire des références explicites au travail de l’argile à Montaure. En 1673, François Le Cordier de Bigards, marquis de la Londe, rendit aveu au roi de son fief d’Ecrosville : « J’ai des fourneaux à faire pot et brique dont me sont payés les droits coutumiers par ceux qui y travaillent et prennent la terre sur mon fief. » (page 47).

Le plan terrier des « terres et seigneurie de Montaure » de 1763 nomment les longères d’Ecrosville « masures au bout à potiers ». L’actuelle « rue aux Potiers » semble en être un vestige. Ici se trouve un bâtiment industriel du XIXe siècle en brique, moellons et pans de bois, juste derrière le n° 10 de la rue de la Résistance. Nous n’avons pu visiter les lieux et vérifier éventuellement la présence de fours mais ce bâtiment doit être le témoin d’un des deux potiers montaurois cités par Louis-Etienne Charpillon en 1868. Françoise Guilluy cite l’atelier de François Lécuyé (page 61) et précise qu’en 1896 il n’y avait plus de potiers dans la commune.

La rue Aux potiers témoigne de l'existence passée de l'exploitation de l'argile à Ecrosville-Montaure. Quant à ce bâtiment situé dans la rue Aux potiers et derrière le n° 10 de la rue de la Résistance, il pourrait bien avoir accueilli une poterie au XIXe siècle (clichés Armand Launay, été 2013)
La rue Aux potiers témoigne de l'existence passée de l'exploitation de l'argile à Ecrosville-Montaure. Quant à ce bâtiment situé dans la rue Aux potiers et derrière le n° 10 de la rue de la Résistance, il pourrait bien avoir accueilli une poterie au XIXe siècle (clichés Armand Launay, été 2013)

La rue Aux potiers témoigne de l'existence passée de l'exploitation de l'argile à Ecrosville-Montaure. Quant à ce bâtiment situé dans la rue Aux potiers et derrière le n° 10 de la rue de la Résistance, il pourrait bien avoir accueilli une poterie au XIXe siècle (clichés Armand Launay, été 2013)

Quant à l’activité tuilière, elle apparait dans le plan terrier de la seigneurie de Saint-Saire, datée de 1742 et conservée à la mairie de La Haye-Malherbe. Il mentionne à Montaure un « triège de la thuillerie au Cherre ou Buisson Pelgas », près de la rue à la Boudine. Le nom de « cherre » était aussi donné à la rue de la poste, à La Haye-Malherbe. Peut-être était-ce un nom de famille, disparue depuis, ou un mot du parler local.

Le plan terrier de Montaure, cité ci-dessus, désigne le « triège de la thuillerie au cherre » situé entre le triège des Forrières et le château. Or, ces trièges étaient séparés par « la rue venant de la Haye Malherbe à Montaure et tendant au chemin des forières ». C’est-à-dire précisément l'actuelle rue à la Boudine. La Boudine est une terre meuble que l’on peut boudiner, poteler. Il dût y avoir une activité propre à l’argile ici.

La rue A la boudine, dans le centre-bourg de Montaure, témoigne assurément de l'activité tuilière dans l'ancien "triège de la thuillerie" (cliché Armand Launay, septembre 2013)

La rue A la boudine, dans le centre-bourg de Montaure, témoigne assurément de l'activité tuilière dans l'ancien "triège de la thuillerie" (cliché Armand Launay, septembre 2013)

Autres traces locales de l’exploitation de l’argile, les tuiles de certains bâtiments, les pavés comme les tomettes d’une partie du chœur de l’église Notre-Dame (cliché Armand Launay, été 2013).

Autres traces locales de l’exploitation de l’argile, les tuiles de certains bâtiments, les pavés comme les tomettes d’une partie du chœur de l’église Notre-Dame (cliché Armand Launay, été 2013).

Comment mesurer l’importance de l’exploitation locale de l’argile ? Il faut savoir que, vers 1870, La Haye-Malherbe et Montaure rassemblaient la moitié des poteries de l’Eure. Et pour cause, en 1868, Louis-Etienne Charpillon dénombrait un tuilier à La Haye-Malherbe mais surtout 31 potiers. La terre était puisée aux Puchaux, de « pucher » qui signifie puiser en Normand. Une rue des Tuiliers existe toujours à La Haye-Malherbe. Vers 1870, il existait une tuilerie montauroise, citée par Françoise Guilluy (page 159), dont la trace est perdue en 1891. Peut-être s’agit-il de la même tuilerie que le plan terrier situe aux alentours de la rue à la Boudine.

Françoise Guilluy précise et confirme cette quantité de potiers et tuiliers malherbois : 27 tuiliers-potiers en 1801 (page 131) ; 44 tuiliers en 1825 dont 3 au Mont-Honnier (page 132) ; 14 tuiliers en 1891 ; 9 tuiliers en 1901 (page 133) et 6 tuiliers en 1911. La même auteure reprend (page 122) une délibération du Conseil municipal de La Haye-Malherbe : datée de 1865, elle demande des arrêts plus fréquents à gare car l’industrie locale produit 6 000 tonnes de tuiles, pavés et poteries par an. Elles sont exportées dans les 30 km.

Françoise Guilluy nous apprend la date ultime de toute exploitation de l’argile locale. Il s’agit de 1955 avec la fermeture de la poterie Leroux, près du Deffend.

 

Sources

- Andrieux Jules, Cartulaire de l'abbaye royale de Notre-Dame de Bon-Port de l'ordre de Citeaux au diocèse d'Evreux, Evreux, Auguste Hérissey, 1862, 434 pages ;

- Guilluy Françoise, Tuiliers et potiers de l’Eure : La Haye-Malherbe et Montaure, Association pour la sauvegarde du patrimoine malherbois, 1995, 192 pages ;

Guilluy Françoise, "Les potiers de Montaure et de La Haye-Malherbe", pages 35 à 41, Collectif, Monuments et sites de l'Eure, Brionne, Amis des monuments et sites de l'Eure, n° 149, décembre 2013, 48 pages. 

Armand Launay

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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 17:10

Charpillon Louis-Etienne, Caresme Anatole, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys : Delcroix, 1868, 960 p., t. II, p. 352-354.

 

  la-haye3

 

 

LA HAYE-MALHERBE

 

 

Paroisse des : Dioc. d’Évreux. –  Le Neubourg. – Bail., Vic. et Élec. de Pont-de-l’Arche. – Parl. et Gén. de Rouen.

La Haye-Malherbe occupe l’emplacement d’un bois qui se trouvait sur la lisière de la forêt de Bord et qui avait appartenu à un premier concessionnaire nommé Malherbe[1]. La paroisse ne remonte pas au-delà du XIIe siècle, époque de la diffusion du culte de Saint-Nicolas.

On a découvert, en 1848, à la Haye-Malherbe, un trésor renfermant des bijoux romains d’une grande valeur ; on y a trouvé des médailles antiques, des tuiles à rebords et des haches gauloises.

Le 23 juillet 1194, les délégués des rois de France et d’Angleterre, réunis entre Verneuil et Tillières, convinrent que la Haye-Malherbe resterait au roi d’Angleterre[2]

 

En 1206, Ranulfe Malherbe fut témoin d’une charte de Guillaume d’Ennebout[3]

Le roi Louis VIII donna, en 1225, à Martin Andoile, son sergent, ce qu’il avait à la Haye-Malherbe en échange du moulin que Philippe-Auguste lui avait donné au Vaudreuil. 

Au mois d’octobre 1246, saint Louis étant à Pacy, donne à l’abbaye de Royaumont tout ce que Martin Andoile, mort sans postérité, avait possédé à la Haye-Malherbe.

Un arbitrage de Raoul de Grosparmi, évêque d’Évreux de, de 1261, entre les abbayes de Saint- Vandrille (sic) et de Royaumont, est daté de la Haye-Malherbe.

En 1281, l’évêque d’Évreux disposa de la dîme des novales de la Haye-Malherbe.

Lorsque saint Louis avait donné le domaine de la Haye-Malherbe à Royaumont, il avait retenu le patronage car en 1382 le roi de France est dit patron[4].

Les religieux de Royaumont convinrent en 1391, avec leurs hommes de la Haye-Malherbe, que la mesure à laquelle ils paieraient leurs rentes, seraient la rasière ou double boisseau contenant 3 boisseaux ¼, mesure de Paris.

Louis IX, en mourant le 30 août 1483, légua le patronage de la Haye-Malherbe au chapitre de Cléry où il avait choisi sa sépulture. Dès le XVe siècle, les tuileries de la Haye-Malherbe sont mentionnées dans les comptes du domaine de Louviers. 

En 1523, N.H. Louis de Montfreville, de la Haye-Malherbe, produisit sa généalogie, il portait : d’argent, à 3 mouchetures d’hermine de sable.

Le procès-verbal de la réformation de coutume de Normandie de 1583 constate comme seul usage local de la vicomté de Pont-de-l’Arche, la disposition suivante :

« Aux acquisitions qui se font constant le mariage, des héritages dépendant de la haute justice des abbés et religieux de Royaumont, au village de la Haye-Malherbe, les femmes y ont moitié en propriété. »

« Le droit de bourgage existait sur tous les biens à la Haye-Malherbe[5].

De 1611 à 1638, un orage ayant causé de graves dommages à la Haye-Malherbe, les habitants furent déchargés de la taille.

Le 9 mars 1649 pendant la Fronde, le comte d’Harcourt, commandant les troupes du roi, partit de la Haye-Malherbe pour aller au Troncq et attaquer ensuite le duc de Longueville. Chemin faisant, il s’empara du Neubourg.

À la fin du XVIIe siècle, Henri Martin était avocat et bailli de la Haye-Malherbe, Jean de Béthencourt était tabellion juré, et Nicolas Caresme était sergent de sergenterie de la Haye-Malherbe.

Royaumont conserva la seigneurie de la Haye-Malherbe jusqu’à la Révolution.

 

Fiefs.

Argeronne était un plein fief de haubert, qui appartenait en 1645 à messire dom Berryer, comte de la Ferrière, près Domfront, secrétaire au Conseil, conseiller d’État.

Messire Louis Berryer fit bâtir le château d’Argeronne de 1650 à 1655, et il mourut en 1686, laissant Jean-Baptiste et Nicolas-René Berryer.

Ce dernier eut le fief d’Argeronne ; il devint Procureur Général du grand conseil et laissa pour héritier Nicolas-René, IIe du nom, qui mourut garde des sceaux le 15 août 1762, laissant trois filles, dont l’aînée épousa le président Lamoignon.

Jean-Louis Berryer, comte de la Ferrière[6] hérita de la seigneurie d’Argeronne, mais il mangea toute sa fortune, et le 13 septembre 1774 les fief-terre et seigneurie d’Argeronne furent adjugés par la règle des créanciers devant les notaires du Châtelet de Paris, à messire Jean-Jacques-Pierre de Guenet, baron de Saint-Just, chevalier, conseiller en la grande chambre du parlement de Normandie, seigneur des Jonquerets, d’Aubricot et de la Pille, décédé en 1795.

Louis-Alexandre-Clovis, marquis de Guenet, capitaine au régiment de la Reine-Dragons, chevalier de saint Louis, servit dans l’armée des princes et rentra en France en 1800 ; il fut alors remis en possession de la terre d’Argeronne, qu’il conserva jusqu’à sa mort en 1848.

Aujourd’hui, cette terre appartient à M. le marquis Arthur de Guenet, fils du précédent, qui habite le château.

De Guenet porte : d’azur au chevron d’or, accompagné de 3 dauphins d’argent.

 

Les Hoguettes. Vers 1570, Jean Le Tellier, sieur des Hoguettes, vendit la sergenterie d’Huedebouville à Guillaume Le Chartier[7] ; il était remplacé en 1608 par Louis Le Tellier, sieur des Hoguettes.

Jean Le Tellier, IIe du nom, sieur des Hoguettes, conseiller du roi était, en 1613, maître des eaux et forêts de Pont-de-l’Arche. Le sieur Le Tellier, maître particulier des eaux et forêts, mort en 1659, devait être son fils.

Le Tellier : d’azur, à une tour d’argent maçonné de sable.

Jean Baudry, esc., demeurant à la Haye-Malherbe en prenait le titre. Le 1er décembre 1669, un jugement le déclara usurpateur de noblesse ; il y eut un appel par Catherine Le Tellier sa femme, séparée quant aux biens.

Baudry : d’azur à 3 besants d’argent entre 2 bandes d’or, accostées de 2 mollettes du même.

Messire Louis Berryer, comte de la Ferrière, seigneur d’Argeronne, acheta les Hoguettes en 1672. Nicolas-René et Jean-Louis Berryer furent ensuite seigneurs des Hoguettes.

Le domaine des Hoguettes appartient aujourd’hui à M. Fortier, de Louviers.

 

Les Loups, Rouville ou Saint-Saire. Guillaume de Rouville dit Taupin, vendit en 1391 le fief Aux-Danois, qu’il possédait à Thuit-Signol. C’est lui qui a probablement laissé son nom au fief de Rouville ou Saint-Saire.

N. H. Jacob ou Jacques Prudon, esc., conseiller du roi, vendit le 7 mai 1619, le fief Saint-Saire ou Rouville, à messire Nicolas Le Roux, baron de Bourgtheroulde[8].

Vers 1620, le président Nicolas Le Roux, baron de Bourgtheroulde, mourut laissant deux fils : Claude, baron après lui, et Louis Le Roux, seigneur d’Imfreville, qui eut Saint-Saire dans son lot.

Louis Le Roux, estimé de Richelieu et de Mazarin, devin intendant de la Marine du Levant et du Ponant ; il épousa Marguerite d’Anviray, qui lui donna Louis, ci-après.

Louis Le Roux, IIe du nom, sieur d’Imfreville, chevalier de Malte, capitaine des vaisseaux de guerre de Sa Majesté, devint commissaire général de la Marine de France ; il tenait, en 1683, Saint-Saire dit Fief-aux-Loups ou Rouville, 8e de haubert, relevant de Saint-Aubin-d’Écrosville ; il mourut en 1708, laissant pour héritier David-François Jubert, chevalier, seigneur de Chailly, à Gamaches, son petit-neveu, qui vendit la même année le fief de Saint-Saire à Nicolas-François Le Métayer, esc., sieur Des Champs, qui fit hommage.

Le 29 mars 1719, ce 8e de fief avait colombier à pied, droit de tor et vert, avec des droits d’usage en la forêt de Bord.

En 1734, M. Midi de Saint-Saire fut reçu conseiller auditeur aux Comptes à Rouen ; il avait acheté, la même année, le fief de Saint-Saire, il vivait encore en 1787.

Midi : d’azur, au chevron d’or accompagné en chef de 2 étoiles du même et en pointe d’un croissant d’argent supportant une palme d’or brochant sur le tout ;

 

Le Défends est une ferme où l’on voit les vestiges d’un petit fort qui dominait un vallon boisé ;

 

Saint-Blaise doit son nom à une ancienne chapelle qui était certainement la léproserie du pays.

 

LA HAYE-MALHERBE. Cant. de Louviers, 140 m. d’alt. – Sol : alluvium ancien, diluvium. – Ch. de gr. com. n° 17 de Montfort à Louviers, n° 4 de Pont-de-l’Arche au Neubourg. – Surf. terr. 990 hect. – Pop. 1291 hab. – 4 cont. 10,009 fr. en ppal. – Rec. ord. du budg., 6269 fr. – * de Louviers. – Percep. de Surville. – Rec., cont. ind. de Pont-de-l’Arche. – Paroisse. – Presbyt. – École spéc. de 62 garç. et de 57 filles. – 1 maison d’école. – Bur. de bienfaisance. – 9 déb. de boissons. – 16 perm. de chasse. – Dist. en kil. aux ch.-l. de dép., 28 d’arr. et de cant. 9.

 

Dépendances : Argeronne, Les Bertins, Le Camp-des-Ventes, Le Deffant, La Haye, Les Hoguettes, Le Mont-Hoguet, La Vallée.

Agriculture : Céréales, bois.

Industrie : 31 tuileries, briqueteries, 1 moulin à vent. – 1 poterie. – Marché le dimanche. – 87 patentes.

 


[1] On veut que ce Malherbe ait été un des compagnons de Rollon, mais rien ne justifie cette prétention de même que Payen de Malherbe est un personnage purement imaginaire.  

[2] Cart. de Louviers, p. 57. C’est la première mention dans l’histoire de la Haye-Malherbe.  

[3] Sauf Ranulfe les autres Malherbe ne peuvent être attribués au village qui nous occupe.  

[4] Cart. de Louviers.  

[5] Notes Le Prévost. T. 2, p. 235.  

[6] M. le comte de Guenet, auquel nous devons une grande partie de nos notes sur la Haye-Malherbe le dit fils de Nicolas-René IIe. Nous pensons qu’il descendit de Jean-Baptiste qui avait eu le comté de La Ferrière ; La Chesnay-des-Bois n’en parle pas.  

[7] Archives de la Seine-Inférieure.  

[8] Id. 

 

Armand Launay

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 13:42

 

 

levigneron

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au cœur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

- Mieux connaitre Pont-de-l'Arche à travers 150 noms de rues et de lieux ! (Autoédité, 2019, 64 pages). 

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte.

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