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16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 14:05

Rechercher les origines de Montaure revient à analyser aussi le territoire de Tostes car cette paroisse fut créée en 1687 à partir de terres montauroises. Cette autonomie fut maintenue à la Révolution française où Tostes fut constituée en commune.

Le Montaure des origines est une clairière dans l’arc-de-cercle formé par la forêt de Bord depuis Elbeuf à Louviers en passant par Pont-de-l’Arche.

Des traces d’habitat épars ont été retrouvées, comme les vestiges gallo-romains des Quatre-bancs, en forêt de Bord, qui présentent des bases de murs et un puits. On ne retrouve cependant pas d’agglomération.

Vestiges gallo-romains des Quatre-bancs, dans la forêt de Bord (carte d'état major IGN).

Vestiges gallo-romains des Quatre-bancs, dans la forêt de Bord (carte d'état major IGN).

La Carte archéologique de la Gaule (CAG) fait état d’une enceinte quadrilatérale (page 222) dans la commune de Montaure. Elle pourrait bien n’être qu’un enclos d’élevage de la forêt de Bord à l’instar des autres enclos retrouvés au moins à quatre endroits de ce massif forestier. C'est la thèse publiée par Henri Guibert en 1903. Nous les avons localisés à partir de la carte d’état major de l’Institut géographique national (IGN) au 1/25 000e. Un enclos dit « vestige d’enceinte antique » est situé près de la route forestière de Montaure (commune de Louviers). D’autres « vestiges d’enceinte » sont localisés entre le chemin du Coq et la Vallée de la croix, près du bassin des Carènes.

Des vestiges d'enceinte, ici à Louviers, ponctuent la forêt de Bord. Il s'agirait en fait d'enclos pour bétail (carte d'état major IGN).

Des vestiges d'enceinte, ici à Louviers, ponctuent la forêt de Bord. Il s'agirait en fait d'enclos pour bétail (carte d'état major IGN).

La CAG mentionne aussi le passage par Montaure et Tostes d’une voie romaine reliant Le Vieil-Evreux à Pont-de-l’Arche. Elle n’appuie toutefois pas cette thèse sur une découverte archéologique ou une étude consolidée. Le doute quant à l’existence de cette voie romaine officielle est permis puisque Pont-de-l’Arche n’est apparu qu’au IXe siècle avec la création de son pont entre 862 et 873. La voie romaine Evreux-Rouen passait par Caudebec-lès-Elbeuf. Plus vraisemblablement, il devait exister des chemins ruraux serpentant jusqu’à la vallée de la Seine mais ils n’ont pas été mis au jour scientifiquement.

Jusqu’alors, il n’y a quasiment pas eu de matériel archéologique retrouvé à Montaure. Difficile, en l’état, de dire si ce rebord du plateau du Neubourg était défriché avant le Moyen Âge. Françoise Guilluy cite (pages 68 et 71) Joseph Drouet. A l’occasion de fouilles à Caudebec-lès-Elbeuf, cet homme avança en 1883 que certains objets en céramique retrouvés proviendraient de Montaure ou de La Haye-Malherbe. Preuve pour lui que ces localités existaient et exploitaient la terre, un coffret en fer rempli de bijoux en or et de pierres gravées fut retrouvé en 1848 avec des monnaies datées du haut-empire (Antonin le Pieux, Faustine, Domitien, Gordien, Philippe 1er). La découverte est située au Teurtre. D’autres objets furent trouvés aux « Friches Mongras » (au sud d'Ecrosville). Jusqu’à plus ample informé, ceci indiquerait que, du temps de la Gaule romaine, l’exploitation de l’espace par l’Homme s’arrêtait à La Haye-Malherbe, sauf enclaves de-ci de-là.

Avec les Friches-Montgras, Le Teurtre est un endroit où ont été retrouvés quelques vestiges archéologiques, à la limite sud du Montaure (carte d'état major IGN).

Avec les Friches-Montgras, Le Teurtre est un endroit où ont été retrouvés quelques vestiges archéologiques, à la limite sud du Montaure (carte d'état major IGN).

Moyen Âge, un toponyme : Montaure

L’espace montaurois était assurément exploité et défriché avant la colonisation scandinave comme en témoigne le toponyme roman de Montaure.

Selon Louis-Etienne Charpillon, Montaure est formé de Mont et « or » écrit sous la forme latine « mons aureus ». Les Regestrum visitationum d’Eudes Rigaut désignent par deux fois la paroisse de « Montoire » (1255 et 1258). On retrouve cette forme en 1506. Aux XVIIe et XIXe siècles, c’est la forme « Montore » qui est utilisée. Plusieurs théories sont avancées sans toutefois épuiser la question.

« Aureus » dérive du latin or, « qui brille », et par extension ce qui est « magnifique, splendide »… Louis-Etienne Charpillon a écrit que c’était une référence aux champs fertiles. Cependant, cela peut aussi être une référence à l’argile car Montaure a été bâti sur un important filon de cette terre. L’argile est blanchâtre. Dans le vocabulaire désignant les couleurs, l’argile est un gris neutre très pâle tirant sur le blanc. L’étymologie est aussi intéressante : du latin « argilla » : terre luisante, que l’on peut rapprocher de « arguo » signifiant « clarifier la situation ». Ce mot appartient à la même famille que « argentum », argent.

D’après l’abbé Bleunven, ancien de curé de Montaure, ce nom proviendrait du celte « or » signifiant froid (Françoise Guilluy).

Selon Auguste Le Prévost (page 413), Montaure proviendrait du latin « mons », montagne, et « aura », cours d’eau. Cependant, « aura » signifie « vent » en latin ; un vent dont la présence est attestée par les moulins à La Haye-Malherbe (moulin de Beauregard) et de Tostes (moulin de la Couture).

Enfin et plus simplement, en ancien et moyen français, une montoire désigne une montée, une colline, une montagne. Il existe le célèbre Montoire-sur-le-Loir, près de Vendôme, et un hameau Montaure en Haute-Loire.

A priori, appeler « colline » ou « montée » un hameau situé sur le plateau du Neubourg peut paraitre bien surprenant. Cependant, la topographie fait nettement apparaitre la naissance d’une dépression à La Haye-Malherbe qui se prolonge par la ravine de la Glacière, au-dessus de laquelle a été bâtie l’église Notre-Dame, et qui se creuse ensuite en vallon jusqu’à la vallée de l’Eure, à Louviers. Nous tenons-là le passage d’un cours d’eau asséché. En venant d’Ecrosville et de La Haye-Malherbe, cette dépression met en valeur l’église et le centre-bourg de Montaure qui peuvent apparaitre, aux yeux du promeneur, comme perchés sur une colline. Mais pourquoi installer un hameau en ce lieu ? Au-delà de la ravine qui a pu constituer un rempart naturel à des fortifications militaires, c’est peut-être une nappe phréatique aisément exploitable qui a attiré ici quelques familles. Cette nappe est identifiable de nos jours grâce aux deux puits centraux de Montaure et à la fontaine Saint-Eustache située dans la crypte de Notre-Dame. Cette dernière, comme nous l’écrivons dans un article consacré à l’église montauroise, a peut-être investi un lieu de culte païen dédié à une divinité de l’eau. Quoi qu’il en soit, la présence d’habitations groupées en ce lieu rend identifiable une « colline », une « montée », une Montoire par rapport à d’autres reliefs de la proche région.

Vu d'Ecrosville, Montaure apparait perché au-dessus de la ravine de la Glacière. Ce relief expliquerait l'étymologie de Montaure, "Montoire" qui signifiait la colline, la montée, en Ancien français (cliché Armand Launay, juillet 2013).

Vu d'Ecrosville, Montaure apparait perché au-dessus de la ravine de la Glacière. Ce relief expliquerait l'étymologie de Montaure, "Montoire" qui signifiait la colline, la montée, en Ancien français (cliché Armand Launay, juillet 2013).

Mais c’est peut-être le nom de Blacquetuit qui nous fournit un élément de réflexion plus précis sur le peuplement humain de Montaure. Le toponyme Blacquetuit est composé de deux éléments norrois : « Blákka » qui est peut-être un surnom dérivé de « bleu », voire « noir » et « thveitr » qui désigne un essart : l’ « essart de Blakka ». Cela semble prouver qu’il y eut une colonisation scandinave synonyme d’une nouvelle vague de défrichement si on relie les toponymes scandinaves de la proche région du plateau du Neubourg : La Londe, Le Thuit-Signol et Le Thuit-Simer, Daubeuf-la-campagne, Limbeuf... Or ce nom norrois a été donné à une grande ferme montauroise mais n’a pas désigné le bourg en lui-même. C’est peut-être l’indicatif d’une population suffisamment nombreuse autour de Notre-Dame pour conserver le toponyme roman de Montaure.

Ensuite, les textes font état de grandes propriétés seigneuriales de Montaure au XIe siècle. Les écrins de verdure situés au centre de Montaure témoignent toujours de ces grands domaines qui étaient dans la mouvance directe du pouvoir ducal normand. Ceci confirme que Montaure était la principale paroisse de la proche région. Elle devait attirer les convoitises pour ses richesses : culture, terres, forêts...

 

Sources

- Amsellem Emmanuelle, « Les Stigand : des Normands à Constantinople », Revue des études byzantines, tome 57, 1999, pages 283 à 288 ;

- Bonnin Thierry, Regestrum visitationum archiepiscopi rothomagensis : journal des visites pastorales d'Eude Rigaud, archevêque de Rouen, Rouen, Le Brument, 1852, 876 pages ;

- Charpillon Louis-Etienne, Caresme Anatole, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys, Delcroix, 1868, 960 pages, tome II, voir les pages 541 à 543 ;

- Cliquet Dominique, Carte archéologique de la Gaule : l’Eure 27, Paris, ministère de la culture, 1993, 285 pages ;

- Delisle Léopold, Passy Louis, Mémoires et notes de M. Auguste Le Prévost pour servir à l’histoire du département de l’Eure, tome II, Évreux, Auguste Hérissey, 1864 ;

- Guibert Henri, "Note au sujet de retranchements aux environs de Louviers", Bulletin de la Société d'études diverses de Louviers, tome VIII, 1903, 120 pages, pages 57 à 62 ;   

- Guilluy Françoise, Tuiliers et potiers de l’Eure : La Haye-Malherbe et Montaure, Association pour la sauvegarde du patrimoine malherbois, 1995, 192 pages ;

- Ministère de la culture, Base Mérimée, www.culture.gouv.fr.

 

A lire aussi... 

Les châteaux de Montaure du XIe siècle à nos jours...

L'ancienne ferme de Blacquetuit (Montaure)

L'histoire de Tostes des origines à l'autonomie communale

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 17:50

Document communiqué par M. Jean-Pierre Binay et Mme Ghislaine Mathias. Tous mes remerciements !  

 

 

 

 

criquebeuf-sur-seine 

 

Epoque Gauloise

 

Lors des draguages effectués dans la Seine, de 1881 à 1883, entre Martot et Bédanne, près Oissel, on découvrit trois lames d'épée et une bouterolle en fer, du type marnien. Ces armes ont figuré à l'Exposition de Rouen, en 1884, elles appartenaient au service des Ponts et Chaussées; M. de Vesly en a parlé à la Commission des antiquités de la Seine-Inférieure ([1]). M. A. de Mortillet les a citées également sans de plus amples détails ([2]). 

 

Les fouilles du Catelier de Criquebeuf, en 1896 et 1897, ont donné des fibules à ressort en bronze et en fer du type Marnien et de la Tène, qui indiquent que cet édifice était en usage à l'époque de la Conquête. Mais si on a trouvé des monnaies du ler siècle avec ces fibules gauloises dont l'usage s'est continué même jusqu'au milieu du IIe siècle, nous sommes absolument surpris de les voir aussi accompagnées de monnaies allant jusqu'au règne de Maxime, c'est-à-dire à la fin du IVe siècle ; ce mélange a lieu de surprendre un peu.

 

Epoque Gallo-Romaine

 

Près du hameau de Quatre-Ages, non loin de la forêt de Bord, en extrayant du caillou pour la route, on trouva en 1885, en face de la borne n° 16, plusieurs vases romains dont un à anse, provenant d'une incinération gallo-romaine.

 

Au Congrès des Sociétés Savantes tenu à la Sorbonne, en 1897, MM. V. Quesney et de Vesly communiquèrent le résultat d'une première fouille faite l'hiver précédent sur un mamelon nommé le Catelier, situé en face Martot et Quatre-Ages, à un kilomètre à peine de la forêt de Pont-de-1'Arche et à peu près à la cote 34m de la carte d'Etat-Major.

  

Les fouilles ont été reprises et terminées, en 1897. Nous avons pu les visiter, ainsi que les objets trouvés, lors d'une excursion de la Société d'Etudes diverses de Louviers, le 21 septembre 1897 ([3]).

 

L'Edifice. — Les substructions découvertes se composaient de deux enceintes rectangulaires concentriques ne mesurant plus qu'environ 1 mètre de hauteur ; vers la face sud, à 4m40 de dis­tance se trouvaient deux autres petites dépendances. Le péribole mesurait 16m10, la base des murs était encore recouverte d'en­duits de gypse coloré en brun rouge, vert veronèze, bleu lapis et vert sombre, les murs mesuraient 0m70 d'épaisseur. Sur ce sou­bassement on a supposé qu'une colonnade de bois a pu être dressée pour supporter une toiture; nous n'avons vu, en effet, aucuns vestiges de colonnes, de chapiteau ou d'entablement ; les substructions analogues découvertes en Normandie n'en ont pas donné non plus.

  

Nous trouvons donc un peu risquée l'attribution qui en a été faite, de classer toutes ces modestes constructions à deux enceintes concentriques comme des temples, alors que ce pouvaient être aussi des tours d'observation, ou de simples villas; nous aurons l'occasion de développer plus loin ces hypothèses.

  

L'appartement intérieur (cella?) mesurait 8m50 de côté et l'épaisseur de ses murs était de 0m90; toute la maçonnerie était faite en petits moellons carrés réunis par des joints très soignés en mortier de chaux. Les angles extérieurs étaient formés de pierres plates mesurant 0m90 de longueur; ces assises alternaient avec des petits pavés plats en terre cuite, suivant l'usage géné­ralement adopté à l'époque gallo-romaine.


Cet édifice était orienté normalement, sur sa face Est, à 4m50 de distance et aux angles nord et sud, se trouvaient deux petits édicules, également rectangulaires, mesurant 4m50 de côté et dont l'épaisseur des murs n'était que de 0m45. Ces deux pièces ont-elles servi à abriter quelque divinité, comme on l'a supposé ? Dans l'une, on a recueilli une corne en pierre ornée d'une touffe de poils, ainsi qu'un petit disque en plomb où se voit un cercle rayonnant : ces deux objets ne suffisent vraiment pas à démontrer le culte de Mithra dans ce modeste réduit.

  

Auprès du rectangle sud, ils recueillirent des débris de sta­tuettes de Vénus (3 fragments de face, 5 de dos, y compris une chevelure et les épaules, ainsi que les quatre supports hémisphé­riques des mêmes statuettes. Ces quelques débris suffisent-ils pour prouver que Vénus était adorée en ce lieu ? L'aire en argile cuite par le feu nous paraît bien peu luxueuse pour un temple dédié à Vénus ou à Mithra, comme on l'a supposé : aussi est-il plus vraisemblable de penser que ces deux petites pièces symé­triquement placées devant l'édifice central lui servaient tout simplement de dépendances, sans se torturer l'esprit pour leur assigner un emploi plus ou moins arbitraire.

  

Autour de l'édifice central, on a trouvé dans la terre un peu noirâtre, deux grands bronzes d'Antonin et 230 moyens et petits bronzes; la plus ancienne monnaie est en potain et gauloise, elle rentre dans la série des Aulerci-Eburovices ; il existait une seule en argent de Carausius (250-293), les autres sont de Tibère, Antonia Augusta, Néron, Vespasien, Titus, Domitien, Nerva, Hadrien, Antonin le Pieux, Marc Aurèle, Lucius Verus, Com­mode, Valerien, Gallien, Posthume, Victorinus, Claude II, Aurelien, Tetricus, Probus, Carausius, Hélène, Théodora, Licinius, Valerien Licinius, Constantin, Crispus, Constantin jeune Constans, Magnence, Valentinien, Gratien, Maximen. La série commence donc avec Tibère (14-37) et se termine avec Gratien, (367-383) et Maxime (383-388) ; on remarquera l'absence des monnaies de Commode (192) et de Gordien (238), on trouve aussi plusieurs monnaies de consécration, peu de pièces étaient saucées. La description détaillée de ces monnaies a été donnée par M. Quesné ([4]).

  

La présence de monnaies de Maxime fait croire que ce serait à la fin du IVe siècle, ou plutôt dans la première moitié; du Ve siècle que ce temple aurait été détruit, au milieu de l'anarchie des généraux qui se faisaient nommer empereurs, et après quel­ques années étaient assassinés par leurs soldats ou des collègues qui, à leur tour, avaient su gagner la faveur populaire. La destruction de cet édifice peut être due aussi à la seconde insurrection, des Bagaudes (436-439) suivant Flavien, ou encore aux luttes religieuses entre le paganisme à son déclin et le triomphe du christianisme, si on admet qu'il s'agisse d'un temple ; dans cette hypothèse, la destruction des constructions et des figurines aurait été amenée par les prédications dans nos contrées de Saint-Nicaise au IIe siècle, de Saint-Martial au IIIe ,de Saint-Thaurin au IVe, de Saint-Vitrice, vers 410, et Saint-Ouen, vers le milieu du VIIe siècle. Nous n'insistons pas d'ailleurs sur cette hypothèse, pas plus que sur celles qui précèdent.
Objets découverts. — Bronzes. — 1° Une petite main ; 2° un fragment de pied (orteils) plus grand, appartenant à une autre figurine pouvant mesurer 1 mètre de hauteur ;

  

3° Un petit sanglier en demi-ronde bosse ayant pu servir d'applique, mesurant 0m09 de longueur; bien que des sangliers plus petits aient été recueillis dans des ruines romaines, nous leur trouvons une technique différente de celle-ci ; à ce propos, nous citerons le sanglier-fibule du musée de Rouen et celui dés ruines du Vieil-Evreux, au musée d'Evreux.

  

4" Un ornement ou fleuron formé de quatre feuilles disposées en croix et recouvertes d'un seul côté par une feuille d'or, mesure 0m06 ;

  

5° Trois fibules avec plaque ronde centrale et à plaque d'arrêt ressemblant à celles d'Uggate ([5]) ; trois à ressort, du type de la Tène, à queue évasée ou à disque médian dont la présence au milieu de ces objets a lieu d'étonner, puisqu'on y a trouvé des monnaies datant de la fin du IVe siècle.

  

6° Une boucle et son ardillon accompagnée d'une contre-plaque triangulaire composée d'une feuille de bronze repliée sur elle-même, pour recevoir, entre les deux lames l'extrémité de la ceinture qui y était assujettie à l'aide de petits rivets. La partie courbe de cette boucle est décorée d'arcs accolés, aux angles des­quels se trouvent des cercles avec point central : deux têtes de serpent accostent la charnière. De nombreuses boucles de ce genre ont été trouvées au Vieil-Evreux, en 1860, par M. Bonnin; dans le cimetière gallo-romain de Vermand (Aisne), décrit par M. Pilloy ([6]) ; ainsi que dans le cimetière d'Abbeville, près de Sedan ; à Saint-Abban, près de Mayence, et aussi dans les sépultures belgo-romaines de la province de Namur (musée de Namur).

        

Ces ornements ont appartenu à des légionnaires romains, car jusqu'ici, si l'on admet la théorie de M. Pilloy, c'est toujours dans des sépultures de soldats qu'elles ont été rencontrées, et surtout dans la Belgica.

  

Le musée de Namur possède des boucles de même style recueillies avec des objets romains; ces parures semblent donc plutôt belgo-romaines et contemporaines des objets trouvés dans le voisinage. M. Ed. Fleury les classe parmi les parures caro­lingiennes, sans justifier cette attribution ; il en a recueilli à Misery et à Landifay, canton de Guise (Aisne) ([7]). On en a trouvé aussi à Little-Wilbraham (Cambridgeshire).

  

M. de Baye a signalé des boucles qui offrent beaucoup d'analogie comme forme avec celles-ci, bien que le décor de cette plaque soit un peu différent ; elles ont été trouvées en Crimée (musée de l'Ermitage impérial) ; il attribue ces parures aux Goths ([8]).

  

7° Nous citerons encore parmi les objets en bronze une sorte de triangle pouvant provenir d'une armure formée d'écailles ? et mesurant 0m04.

  

8° Une tige de bronze de 0m16 de longueur avec quatre divi­sions ayant pu servir pour mesurer les matériaux employés par les maçons (tuiles, briques, moellons).

  

9° Quatre cuillers à parfums ou à onguents, creuses, allon­gées et fort étroites, afin de pénétrer dans les cols étroits des vases en verre : souvent les tiges de ces cuillers sont tordues en spirales pour mieux adhérer aux doigts ; une de ces tiges est ainsi terminée, ce qui peut laisser supposer qu'elles ont pu servir aussi à des usages chirurgicaux.

 

10° Un stylet uni.

 

11° Une bague dont le chaton était orné d'une topaze gravée représentant un animal couché, la tête retournée dans l'attitude de la salamandre des armes de François Ier. M. de Vesly dit dans sa notice que la gravure représentait une chèvre, mais comme cette bague a été égarée, il est impossible de contrôler les deux assertions. 

 

12° Une autre bague était tout en bronze et ornée de frettes.

 

13° Nous signalerons encore un couteau à manche de bronze. 

 

Plomb. — Un. disque de plomb de 0m043 de diamètre et 0m002 d'épaisseur porte d'un côté, au centre, deux cercles con­centriques séparés par des raies perpendiculaires en relief : sur le pourtour, se trouve le même motif. Sur l'autre face, au centre., sont placés trois cercles concentriques en relief avec point central, et sur le pourtour une série de lignes obliques cantonnées dans un cercle; sur un point, on remarque deux demi cercles concen­triques avec rayons extérieurs obliques. 

 

On a supposé que le demi cercle radié, et les autres cercles avec raies droites et obliques figuraient le soleil, emblème de Mithra ? C'est aller chercher bien loin un motif décoratif inventé peut-être par un modeste artisan illettré, sans pensées aussi com­pliquées.

 

 

Fer. — Une clef à deux pannetons et des fibules gauloises serpentiformes à ressort, du type de la Tène, des clous à tête plate ou pyramidale, des pointes de flèches ? et une lame de couteau constituent la série des objets en fer.

 

Os. — Un petit disque ou tessère et une petite plaque rhom­boïde portant un cercle à la partie centrale se trouvaient avec des boutoirs de sanglier et des ossements divers.

 

Céramique. — Nous avons dit que les figurines de Vénus étaient brisées parfois en quatre morceaux et que les têtes man­quaient : doit-on y voir une intention d'empêcher de les réparer et de les adorer de nouveau ? Les vases étant brisés, il n'est pas surprenant que les figurines encore plus fragiles aient eu le même sort et que les têtes manquent comme d'autres morceaux. Mais parce que l'on a trouvé 5 figurines incomplètes, il ne s'ensuit pas que l'édifice voisin ait été un temple ; car actuellement, dans presque toutes nos maisons se trouvent aussi diverses statuettes pieuses, parfois même plusieurs Christ, Sainte-Vierge ou autres figurines religieuses.

Vers l'angle sud-ouest extérieur de l'édifice central, on a trouvé de nombreux débris de vases en terre rouge vernie, sans ornements, sauf une écuelle ornée d'une tête de lion avec ouver­ture partant de la gueule et traversant le vase de part en part, ornementation que l'on a retrouvée en Normandie et un peu partout. Sur un fragment de vase en terre rouge, nous avons vu une estampille de potier un peu confuse, ce qui ne nous a pas permis de la déchiffrer ; nous pouvons affirmer ce détail, bien que M. de Vesly ait dit : «Qu'aucune marque de potier n'avait été apposée, sauf une seule fleur étoilée » ([9]). Mais cette fleur étoilée constituait un décor et non une marque de potier. Nous avons vu aussi des fragments d'olla, de grands vases à anses et d'am­phores. 

 

Objets divers. — Notons aussi quelques fragments de fioles en verre et des scories de verre fondu.

Un curieux mortier en pierre tendre à anses, de 0m045 de diamètre, rappelle, en petit, les mortiers des foulonniers gallo-romains de Mediolanum-Aulercorum.

 

Fragments d'architecture. — Nous citerons aussi des moulures en pierre ornées de perles, de feuilles d'eau, de roses et de feuil­lages qui ont pu orner une frise de l'édifice, ainsi que des modillons en pierre tendre. M. de Vesly cite, en outre « des débris de bases et de chapiteaux de colonne en pierre et des frag­ments d'un autel qui auraient été trouvés près de là, dans le champ de M. Adolphe Leloup ». 

On ne nous a pas montré ces fragments, lors de notre visite ; ils auraient eu surtout de l'importance s'ils avaient été trouvés près de l'enceinte extérieure pour spécialiser son emploi. 

Enfin, dans les déblais, on trouva paraît-il, 5 haches en silex, 2 en chloromelanite, de menus éclats et 2 fragments de lames en silex cireux du Grand-Pressigny : cette découverte peut être abso lument fortuite au milieu de la quantité de terre remuée et nous n'osons affirmer que ce soient d'anciens ex-voto, bien que M. de Vesly en ait signalé une certaine quantité dans d'autres édifices analogues qu'il a fouillés.

 

Destination de l'édifice. — Après la découverte, lorsque nous avons publié notre notice sur Les constructions gallo-romaines du Catelier de Criquebeuf-sur-Seine ([10]), nous avions adopté tout d'abord l'hypothèse émise par MM. Quesné et de Vesly que cet édifice était un temple, et nous ajoutions : « Toutefois, ce n'est pas sur  quelques débris de statuettes, de murs démantelés, dont il ne reste que les fondations ou quelques assises de blocages, que l'on peut deviner à quoi il a pu servir jadis ». Dans une notice jointe à cette plaquette et intitulée La ville gallo-romaine d'Uggate (car on avait voulu prétendre tout d'abord que la construction du Catelier dépendait d'Uggate), nous avons indiqué sommai­rement un certain nombre d'endroits de l'Eure et de la Seine-Inférieure nommés Les Cateliers, où des substructions romaines avaient été trouvées, et nous disions à ce propos : « Qu'étaient ces édifices, des postes de défenses, des métairies ou des tem­ples ? ([11]) ». 

 

Depuis cette époque, et malgré les nouvelles découvertes d'édifices analogues faites par M. de Vesly, à Orival et aux Essarts, nous ne sommes pas encore édifié sur leur véritable destination, et cela sans aucun parti pris contre l'opinion de M. de Vesly, qui croit que tous ces édifices étaient des temples ? 

  

Nous pensons bien faire de rappeler tous les édifices analogues trouvés en Normandie et notamment dans l'Eure et la Seine-Inférieure. MM. Quesné et de Vesly en avaient mentionné seulement 9, en comptant ceux des Buis, près de Tôtes, et de Criquebeuf, qu'ils ont explorés ensemble ([12]). 


Mais avant les fouilles de MM. Quesné et de Vesly, il est bon de rappeler que déjà on connaissait 10 édifices semblables offrant aussi deux enceintes rectangulaires concentriques ; et qu'actuel­lement, on peut discuter cette question, non avec le résultat de neuf fouilles, mais avec vingt fouilles d'édifices semblables. 

 

Nous donnons, ci-après, un résumé très sommaire de ces différentes découvertes :

 

1° A la Cité de Limes, (Camp de Bracquemont), près de Dieppe, en 1826, M. Féret en avait découvert un, avec deux enceintes rectangulaires ; au centre de la première se trouvait un petit avant-corps, au lieu d'un perron de deux ou trois marches; mais les fondations se sont écroulées avec la falaise elle-même dont les éboulements sont fréquents sur cette côte. Dans les substructions, on trouva 24 monnaies gauloises, un casque en bronze également gaulois, et cinq passoires de même métal, 72 monnaies romaines depuis Constantin II (317-337), -jusqu'à Valens (364-378).

 

Un pastel de M. Féret, reproduisant l'édifice et les objets existe au musée de Dieppe ([13]).

 

2° Dans les dépendances de la villa romaine de Sainte-Marguerite-sur-Mer, près de Dieppe, l'abbé Cochet aurait exploré, en 1864, un édifice analogue; toutefois, sa description manque un peu de précision et il n'en donne pas les dimen­sions ([14]).

 

3° à 7° L'Atlas des antiquités gallo-romaines des Eburovices, publié par Bonnin, en 1860, reproduit cinq autres édifices carrés : le premier qui s'en rapproche le plus, avec un perron et deux édicules, était dans la nécropole du Vieil-Evreux ; d'autres plus simples ont été trouvés, l'un au Vieil-Evreux  ; l'autre à La Londe, prés Heudreville ; enfin deux autres dans la forêt de Beaumont-le-Roger, dans cette même forêt, il y en avait aussi un circulaire, à deux enceintes concen­triques, rappelant par son plan, mais avec des proportions beau­coup plus restreintes, celui de la tour de Vesone, à Périgueux.

 

8° Un édifice carré a été exploré à la Pointe d'Harfleur, par M. Fallue ([15]), en 1840; puis par M. l'abbé Maze, en 1884 ; et plus récemment par M. Naef, en 1893 ; le côté extérieur mesurait 13 mètres, le côté intérieur, plus petit, 6 mètres : on y a trouvé un trépied en bronze, les fragments d'une Vénus, un bœuf en terre cuite, des poteries, des verreries, une épingle, une spatule en os, 3 monnaies romaines de Trajan à Valentinien ; les murs inférieurs 'étaient ornés d'enduits colorés. La partie centrale et le vestibule extérieur étaient pavés avec le même béton, il est à remarquer que le centre était plus élevé que l'entrée : un petit réduit était accolé sur le côté Est. M. de Vesly mentionne une découverte de hachettes, mais M. Naef n'en parle pas dans sa des­cription ([16]).

 

9° Dans la Forêt de la Londe, entre Orival et La Londe, au lieu dit le Nouveau-Monde, triage de Saint-Nicolas, M. de La Serre a découvert, en juin et octobre 1890, un autre édifice carré dont le plus grand côté mesurait 13m60 et le plus petit 4m90, l'épais­seur des murs était de 0m80 ; l'intérieur des murs était orné d'un enduit coloré ; extérieurement et au centre se trouvait un perron de trois marches ; l'aire située entre les deux enceintes était dallée en pierres plates et dures de 0m04 d'épaisseur, mais l'aire centrale n'offrait pas de dallage. En prolongeant de, 45 degrés vers le sud-est la diagonale du carré, il trouva un autre édifice carré avec des murs ayant également 0m80 d'épaisseur, 5m15 de plus grand côté et 3m55 d'après le plan de M. de La Serre, (et 4m30 sur3mI5 d'après sa notice) ; il recueillit des fragments de verre, de poteries, de fer, des monnaies romaines comprises entre Auguste et Agrippa, jusqu'au règne de Claude II ; auprès de quatre sque­lettes se trouvaient des fragments d'épée et de poignard([17]).

 

10° M. G. Le Breton en a découvert un autre, dans la forêt d'Eawy, près de Saint-Saëns, au triage du Teurtre, en 1892 : le côté extérieur mesure 14 mètres et le petit côté intérieur 7m80. On y a recueilli des fibules en bronze à plaquettes carrées ou rondes et à ressort recouvert, une clef, une petite hache votive, des fragments de poterie romaine, une perle en verre ; une dizaine de Vénus Anadyomène, de deux ateliers différents ; le dos d'une Déesse Mère, une monnaie de Germani Indutilii, des monnaies romaines dont la plus récente est de Constantin II. A côté se trouvait un petit édifice de 6m50 de côté ; et en face, à 30 mètres, une autre construction de 13m50 sur 7m40 ([18]) ;


Nous ne parlerons pas de 10 charmantes petites haches polies et 19 plus grandes en silex qui auraient été trouvées dans ces fouilles, et même 4 haches en diorite, car une main coupable avait placé aussi dans le terrain à fouiller 150 grattoirs ou autres instruments recueillis sur les plateaux des environs de Saint-Saëns, ainsi qu'une cinquantaine de lames, grattoirs et pointes plus ou moins retouchées du type du Moustier, provenant incontesta­blement de la briqueterie voisine, de Critot ; et pour compléter la série, on y avait ajouté des haches fausses en poudingue : il a fallu que nous insistions et que nous réunissions des collègues devant les vitrines du musée de Rouen pour montrer l'infamie d'un pareil procédé, dont on ne peut expliquer le mobile.

 

Aussi sommes-nous très sceptique, maintenant, sur les collec­tions de silex trouvées dans les constructions romaines décou­vertes aux environs de Rouen.              

 

11° En 1894, MM. Quesné et de Vesly, reprenant les fouilles de M. l'abbé Cochet, interrompues en 1870, déblayèrent sur la commune de Tôtes, au sud du vallon suivi par le chemin de fer venant d'Elbeuf, et non loin de la halte de Tôtes-La Vallée, au bord de la forêt, près de la cote 118 de la carte d'Etat-major, un édifice dit Butte des Buis, à deux enceintes mesurant pour le côté extérieur 13 mètres et 4m35 pour le côté intérieur ([19]).

 

12° M. de La Serre découvrait, en 1896, dans la Forêt .de Rouvray, sur la comme d’Oissel, au triage de la Mare du Puits, un autre édifice dont les murs étaient plus soignés ; les deux murs extérieurs mesuraient l4m20 et 13m20, les plus petits 6m90 et 6m30 ([20]). C'est ce même édifice que M. de Vesly a complètement' fouillé, en 1902 ; ses fouilles lui ont donné des débris de poterie rouge et noire, une tige de bronze, 30 monnaies allant d'Antonin le Pieux (86), à Constant (350), du verre irisé et des enduits colorés. 

 

M. de Vesly indiquant cette fouille lui donne la date de 1895 et les dimensions de 13 mètres et 6m50 pour la partie centrale; ces dernières mesures ne figurent pas dans la note de M. de La Serre ([21]). 

 

13° En 1896, MM. Power et G. Prévost, ont exploré à Saint-Ouen-de-Thouberville, près de la ferme des Rocques et de la forêt de La Londe, un édifice avec perron central de 4m32, pré­cédé de deux marches accédant à une porte de 3 mètres; vis-à-vis, dans le mur de la seconde enceinte, existe une autre porte de 2m48.-En avant et de chaque côté, sur l'alignement de la façade, deux petites constructions rappellent celles du Catelier de Criquebeuf-sur-Seine. Une grande mare existe près de là. Le grand côté mesure 12m12, le petit côté central 6m10. Environ 300 monnaies romaines en bronze et une en argent ont été recueillies  avec des débris de poteries, de verre, des ferrures, une clef; une seule hache polie en silex et une autre fragmentée.([22]

 

14° M. Vallée, agent-voyer à Lillebonne, en a reconnu un autre, en 1896, le long de la route neuve de Lillebonne à Harfleur, lorsqu'on l'élargit, dans le Bols de la Bossaye, appartenant à M. Fauquet, sur le territoire de Saint-Jean-de-Folleville ; on trouva d'abord deux tombeaux francs et trois tronçons de colonnes sculptées avec chapiteau corinthien ; un autre tronçon semble faire partie de la même colonne; ces objets sont chez M. Fauquet, au château de Folleville ; il est probable qu'ils proviennent de l'édifice rectangulaire découvert ensuite, et dont le pavage consiste en un béton de mosaïque rustique; on a trouvé aussi des enduits colorés, des dalles, des tuiles et des scories. 

 

Les fouilles commencées, en 1897, n'ont pas été complètement terminées par M. Vallée ([23]). 

 

15° Pendant l'été de 1897, sur les indications de M. de La Serre, M. Sanson, inspecteur-adjoint des forêts, a fouillé dans la Forêt de Roumare, au canton du Hasard, près de Canteleu, un autre petit édifice carré de 5 mètres pour le côté extérieur, mesures correspondant à celles du petit édifice associé à un autre découvert, en 1890, par M. de La Serre, à Orival, au Nouveau-Monde ; les murs avaient aussi 0m80 d'épaisseur ; les monnaies étaient du IIe au IIIe siècles ([24]).

 

16° M. de Vesly a exploré, en 1901, un édifice carré ana­logue aux précédents, dans la Forêt de Rouvray, au Catelier d'Orival, dans une enceinte rectangulaire de 500 mètres de côté et 25 hectares de superficie : les murs extérieurs mesuraient 12m60 et 12m25, ceux du centre 6m50 et 6m15 ; un petit perron se trou­vait sur un côté ; et au centre du rectangle intérieur, un massif de maçonnerie de 3 mètres de long sur 1m10 d'épaisseur, avec un évidement médian : il a recueilli des enduits colorés adhérant aux murs intérieurs et extérieurs, des débris de vases, de verrerie, des tuiles, un crochet en fer qu'il croit avoir servi à maintenir une gouttière ([25]). Nous nous permettrons de faire remarquer que les gouttières sont d'un usage fort récent.

 

17° L'année suivante, en 1902, il trouvait un édifice ana­logue aux Essarts, commune de Grand-Couronne, le mur extérieur mesurait 12 mètres et le plus petit 6m20 ; contre le mur extérieur il recueillit 3 haches paléolithiques, 47 haches en pierre polie et 35 fragments, presque tous ces instruments très émoussés sur leurs bords comme s'ils avaient longtemps roulé ; trois fibules gauloises à ressort, des fragments de miroirs, une perle en bronze, des fragments de perles en verre, 32 monnaies des règnes d'Hadrien (117-138) à Constantin (306-337) ([26]). 

 

Depuis plusieurs années, nous avons projeté d'ajouter deux édifices de plus à cette liste, nous avons reconnu leurs fondations sur les Plateaux des Andelys, l'un d'eux est situé aussi en un lieu dit Les Cateliers, ce qui permet de supposer, comme à Criquebeuf-sur-Seine, qu'il s'agit d'un petit poste d'observation (Castellum).

 

Nous pourrions d'ailleurs citer dans la Gaule bien d'autres édifices antiques, notamment les deux constructions semblables et voisines de Champiguy-lès-Langres (Haute-Marne)([27]), qui avaient le double de grandeur ; le pourtour intérieur recevait le jour grâce aux colonnes dont on a retrouvé des entablements et des fûts, en 1892.

 

Dans le Camp de Chassey (Saône-et-Loire), un autre édifice a été fouillé, en 1866, par le colonel Coynard; il se rapproche des précédents, le grand côté mesure 16m08 et le petit côté 8m40; deux petits édicules sont accolés aux angles. 

 

M. Flouest rejette l'hypothèse de temples émise tout d'abord, puisque cet édifice se trouve dans un camp ; il suppose avec juste raison que c'était un castellum ou un contubernium, et pour lui, l'enceinte intérieure serait l'impluvium et l'atrium, elle correspon­drait au pourtour : par suite, il ne croit pas que la partie exté­rieure ait été munie de colonnes, puisqu'il n'en a pas non plus trouvé ; cette partie était couverte en tuiles. Cet archéologue se demande si les petits édifices placés souvent à l'extérieur n'ont pas servi de laraires, parce qu'on a trouvé à côté une statuette en pierre oolithique (Jupiter Taranis), un petit Mercure en bronze, une Junon, un buste en bronze d'Hercule, un fragment de Risus ou Telesphore en argile, un pied en bronze ex-voto? et un taureau en bronze([28]).

Armand Launay

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Published by Armand Launay - dans Criquebeuf Archéologie
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1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 15:36

 

Alizay (IGN, fouilles)

 

Les constructions immobilières étant très nombreuses, le BTP a besoin de sable. Ainsi la vallée de la Seine est un terrain propice aux carrières. L’une d’elles, située à Alizay et Igoville, ouvrira pour le compte de la Compagnie des sablières de la Seine (Lafarge-Cemex). Avant cela, conformément à la loi du 17 janvier 2001 relative à l’archéologie préventive, ce sont 22 hectares de terrains qui ont bénéficié d’un diagnostic réalisé par l’INRAP entre 2007 et 2009.  

 

Celui-ci a révélé un fort potentiel et notamment

 

- de nombreux silex taillés de la fin de la dernière glaciation ; 

- un vase de la Hoguette à 1,80 m de profondeur, (5370-5222 avant notre ère) ; 

- un pic en bois de cerf et divers restes animaux à 2,6 m de profondeur (mésolithique, 7606-7578 avant notre ère) ;

- des structures d’habitat et un foyer du néolithique ; 

- des traces de l’âge du bronze ; 

- une tombe médiévale… 


L’enjeu est donc de taille. Les archéologues ont devant eux un très vaste espace qui recèle des objets bien conservés dans les anciens sédiments de Seine. Depuis février, ils peuvent étudier exhaustivement les modes d’occupation des sols depuis la fin du paléolithique (11 000 avant notre ère).

 

Le chantier d’Alizay-Igoville doit devenir une référence régionale en matière de caractérisation des différents types d'habitats qui se sont succédé au fil des siècles et de l’adaptation des hommes aux changements climatiques. Il offre aussi une belle opportunité aux spécialistes d’étudier l’évolution du mobilier et donc le processus de néolithisation, c’est-à-dire le passage progressif des sociétés nomades de chasseurs-cueilleurs du paléolithique et du mésolithique à l’élevage et la culture qui caractérisent le néolithique et la sédentarisation.

Archeologie-Alizay

Pour mener à bien ces recherches, pas moins d’une trentaine de spécialistes vont travailler pendant près de 14 mois. L’étude du site est placée sous la responsabilité de Cyril Marcigny et Bruno Aubry. L’analyse chronologique nécessite l’intervention de spécialistes des différentes périodes (paléolithique supérieur, moyen, inférieur, mésolithique et processus de néolithisation, néolithique ancien, moyen et final, bronze ancien, final, 1er âge du fer, périodes historiques.


Pour analyser le site le plus précisément possible, d’autres spécialistes interviendront tels que palynologue (pollen), géomorphologue (reliefs et leur évolution), entomologiste (insectes), archéozoologue (relations hommes-animaux), malacologue (mollusques), carpologue (graines), anthracologue (hommes et forêt). 


Toutes ces travaux sont intimement liées à un important travail de topographie. Un Système d’information géographique (SIG) est nécessaire pour restituer les couches stratigraphiques et modéliser les différents sols, reconstituer leur évolution (chronométrie) et établir des référentiels typochronologiques (des documents montrant des modèles d’occupation de l’espace par l’Homme selon les époques).


Avec plusieurs milliers d'objets déjà récoltés, l’étude est prometteuse. Le public intéressé a hâte de voir les premiers résultats de ces fouilles. Les archéologues ont pensé aux amateurs d’archéologie et aux habitants de la région et vont présenter les plus belles découvertes dans quelques semaines. L’information sera donnée en temps et en heure. 


Sources

- Résultats des diagnostics et protocole de fouille, Bruno Aubry et Cyril Marcigny, février 2011 ; 

- Site de la commune d’Alizay.

 

 

Salut Ghislaine;-)

Armand Launay

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...